Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 février 1898, février
SIR (ilfORGE PRKVOST BULLETIN DES Recherches historiques 4 FEVRIER 1898 No 2 SAINTE-GENEVIEVE LE BATISCAN La première terre située dans les limites de Sainte-Geneviève fut concédée à Jacques Massicot, originaire de la Saintouge, le 10 octobre 1697, par Tes Jésuites, propriétaires de la seigneurie de Batiscan.Le 15 mars 1723, on permettait aux “ habitants de cette colonie ” de se construire une chapelle où le curé de Batiscan était tenu d’aller dire la messe et faire le catéchisme un dimanche chaque mois.Les fidèles commencèrent la construction d’une église quelque temps avant la cession du pays, mais les travaux furent suspendus durant la guerre et le temple ne fut livré au culte qu’aux environs de 1768 La bénédiction de la pierre angulaire de l’église actuelle eut lieu le 17 juillet 1870.Elle fut bénite et consacrée le 12 décembre 1871.Desservants et curés de Sainte-Geneviève : R.P.J.-F Lesueur, 1727 ; M.Richard, 1731; R P.Sauvevat, 1738 ; R.P.Lesneur, 1740 ; M.Poquebeau, 17 11 ; M.Porlier, 1748 ; M.Lacroix, 1750 ; M.St-Onge, 1761 ; R P Germain, 1761; M B.Parent, 1767; M.Lefebvre, 1769; M Panet, 1780; M Huot, 1781; M.Aubry, 1785; M.Jean, 1792; M.O.Langlois, 1802 ; M.A.üorval, 1805 ; M.J.Irlandais, 1812 ; M Charles Ilot.1813 ; M.F.-X (oté, 1828; M.Ed.Chabot, 1862 ; M A.Noiseux, 1863 ; M.E Laflèche, 1894, et M.Charles Bellemare, curé actuel.E.-Z.MASSICOTTE — 34 — FRONTENAC PARRAIN Malgré la distance qui nous sépare des hommes du dix-septième siècle, il n’est pas sans intérêt da rappeler à notre souvenir les vertus des uns et les exploits des autres.Les faits d’armes, les prodiges de valeur sont généralement connus ; les actes de leur vie intime, les côtés moins saillants mais souvent admirables de leur existence sont plus ignorés La Nouvelle-France a connu des gouverneurs irréprochables quant aux mœurs, des guerriers sans peur et sans reproche, des citoyens intègres dans toute l’acception du mot.Qu’il suffise de mentionner Champlain, Maisonneuve, Montmaguy.d’Ailleboust, Denonville, Bourdon, etc.On les voit se prêter de bonne grâce à toutes les œuvres de moralisation.On les voit figurer dans les fêtes religieuses, porter le dais aux processions de la Fête-Dieu.Les gouverneurs et les intendants condescendaient souvent à porter sur les fonts baptismaux les petits enfants de leurs administrés.Talon, Courcelles furent de ce nombre.Mais aucun d’eux n’y a rnis de meilleur vouloir que Frontenac, gouverneur de noble soucbe et nullement apparenté dans la colonie.Il ne connaît pas de préférences.Peu lui importe que ce soit un enfant de la noblesse, de la bourgeoisie ou du peuple ; il est même parrain de petits sauvages.Nul ne s’est prodigué avec une aussi bonne grâce.J’ai pris la peine de compulser les registres de la paroisse de Québec, afin de m’assurer du nombre de baptêmes où l’on voit figurer Frontenac comme par- — 35 — rain.La moisson a été abondante, puisqne j’en ai retracé 33 en quinze ans, de 1673 à 1680, et de 1090 à 1698.C’est à peine croyable, et pourtant c’est l’exacte vérité.Parmi les filleuls et filleules de Frontenac il en est qui moururent à la fleur de l’âge.Tels furent Geneviève Berthier, Louise Gareman, Louis-Joseph Ru.'tte d’Auteuil, Louis Regnard du Plessis, Marie-Catherine Boutonnière et Louise Angélique de Ga-lifet.Plusieurs se firent religieuses: Louise Roussel, hospitalière, dite sœur Saint-Gabriel : Louise-Thérèse Renaust Davenne des Meloîses, hospitalière, dite sœur de la Sainte-Vierge ; Louise-Madeleine Dupuis, hospitalière, dite sœur de la Nativité.D autres jouèrent un assez beau rôle dans le monde et firent de brillantes alliances ou parvinrent à des positions très honorables.Ainsi Louise-Elizabeth de Joybert épousa, le 21 novembre 1690, le marquis de Vaudreuil, qui devint gouverneur de la Nouvelle-France ; Louise-Catherine d’Ailleboust épousa Pierre Payen de Noyan, petit fils de Charles Lemoyne, père du premier baron de Longueuil.Parmi les noms les plus illustres, citons : Louise le Gardeur.fille de Charles le Gardeur de Tilly; Louis de Peiras, fils de J.-B de Peiras, conseiller au Conseil Souverain ; Louis-Denis de la Ronde, qui épousa Louise Chaitier de Lotbinière, filleule elle-même de Frontenac ; Louise de Chavigny ; Louise-Catherine Robineau ; M.M.Louise Levasseur, qui épousa Henri de Saint-Vincent ; Louis — 36 — Rouer de Villerai ; Angélique Perrot ; Louise Bi-zard ; Louis-Philippe Rigaud de Vaudreuil; Louis-Pierre Descayrac ; Louis-Denis de Monseignat.Veut-on connaître la liste complète des filleuls et filleules rendus illustres par le grand nom de leur parrain ; la voici en détail : 1673—30 septembre : Marie-Geneviève Berthier, fille d’Alexandre et de Marie le Gardeur.Marraine : Geneviève Juchereau, femme de Charles le Gardeur et grand’mère de l’enfant.1673— 25 décembre : Marie-Anne Bouchard, fille d’Etienne, chirurgien.Marraine : Marie-Anne Fleu-reau, femme de Jean de Launoy, chirurgien.1674— 1 mars : Louise Roussel, fille de Timothé.chirurgien.Marraine : Catherine de Lostelneau, épouse de Charles Denis de Vitré.1674—24 mars : Louise le Gardeur, fille de Charles Marraine : Geneviève Macart, femme de Charles Bazire, et petite-fille de Guillaume Couillard.1674— 27 décembre : Louis de Peiras, fils de Jean-Baptiste.Marraine: Catheriue de Lostelneau, tante de l’enfant.1675 —15 juin: Louise-Elizabeth de Joybert, fille de Pierre de Joybert, seigneur de Marçon et de Sou-langes, et de Marie-Françoise Chartier.Marraine : Elizabeth Damours, femme de Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, grand’mère de l’enfant.1675- 28 juin: Louise Cressé, fille de Michel Cres-sé, seigneur de la rivière Nicolet, et de Marguerite Denis, fille de Simon Denis, sieur de la Trinité.Marraine : Catherine de Lostelneau. 37 - 1675—4 août : Denis-Louis, fils de Pierre-Denis, sieur de la Ronde.Marraine: Marie-Aune Leneuf de la Poterie, épouse de Pierre Robineau, seigneur de Bécancourt, baron de Portneuf, chevalier de Saint-Michel et officier du régiment de Turenne.1675—11 novembre : Louise de Chavigny, fille de François de Chavigny, sieur de la Chevrotière et d Antoinette-Charlotte de l’Hôpital.Marraine : j eanne-Reuée Gourdeau, fille de Jacques Gourdeau, sieur de Beaulieu.1677—14 juin : Louise Gareman, fille de Charles Gannonchiaseet de Marie Gounentenne, onueïoute.Marraine : Angélique Denis, fille de Pierre Denis, sieur de la Ronde.1677—25 septembre : Louise-Catherine Robineau, fille de René Robineau, baron de Bécancourt.Marraine : Marie-Renée Godefroy, femme de sieur Saint-Pierre le Senne, représentant demoiselle Catherine le Gardeur, femme de M.de Sorel.1677—12 décembre : Louise Bolduc, fille de Louis Bolduc, procureur du roi, et d’Elizabeth Hubert.Marraine : Catherine Leneuf, épouse de Pierre Denis de la Ronde.1679—8 août : Angélique Perrot, fille de François-Marie Perrot et de Madeleine LaGuide.Perrot était seigneur de Sainte-Geneviève,et gouverneur de Montréal.1679—10 août : Louise Bizard, fille aînée de Jacques Bizard, de Neufchàtel en Suisse, et de Jeanne-Cécile Closse, fille du sergent-major Lambert Closse, - 83 — tué avec douze Français dans un combat contre les Iroquois.1680-28 août: Marie-Louise, sauvagesse retirée des mains des Outaouaks, à l'âge de 16 ans.Marraine : Marguerite Denis, veuve de Thomas de la Naudière, seigneur de la rivière Sainte-Aune (de la Pérade).1690—21 février: Louise-Thérèse Renaud, fille aînée de François-Marie Renaud-Davenne, sieur des Meloises et de Françoise-Thérèse Dupont, fille de Nicolas Dupont de Neuville.Marraine : Charlotte Denis, fille de Pierre Denis de la Ronde.1690—9 juillet : Louis Aubert, fils de Charles Aubert de la Cheuaye et d’Angélique Denis.Marraine: Marie-Madeleine Chapoux, femme de l’intendant Jean Boehart de Champigny.1690— 3 août : Louis Rouer, fils aîné d’Augustin Rouer, sieur de la Cardouuiere et de Marie-Louise le Gardeur.Marraine : Marie-Anne de Lancey, épouse du sieur de Villeray.16 0 — 23 décembre : Louise-Angélique Bouthier, fille cadette de Guillaume Bouthier, marchand, et de Françoise Denis, fille de Pierre Denis de la Ronde.Marraine : Marie-Angélique Denis, femme de Charles Aubert de la Cheuaye.1691— 6 mai : Louise Chartier, fille de René-Louis Chartier de Lotbi nière, conseiller.Marraine'.Louise-Elizabeth de Joybert.1691 26 sopji'Hibre : Louis-Philippe Rigault de Vaucireuil, fils du marquis de Vaudreuil et d’Elizabeth de Joybert.Marraine : M.Mad.Chapoux. — 39 — 1691— 29 octobre : Louis Denis, fils de Richard Denis, sieur de Fronsac, et de Françoise Cailleteau.Marraine : Louise-Elizabeth de Joybert.Cet enfant avait été ondoyé en Acadie par M.Tabeau, missionnaire, le 30 octobre 1690.1692— 3 janvier : Louis-Pierre Descayrac, fils de Pierre Descayrac, sieur de Reau, capitaine d’une compagnie de la marine.1692—18 mars : Louis-Joseph Ruette d’Auteuil, fils de F.M.d’Auteuil Marraine : M.M.Chapoux.1692— 28 juin : Louis Chaillé, fils aîné de Claude Chaillé et de Marie-Anne Brière, Cap-Sauté.Marraine .1693— 3 janvier : Louis Regnard du Plessis, fils de Georges Regnard du Plessis, seigneur de Morampont et de Lauzon, trésorier de la marine, et de Marie le Roy.Marraine : M.M.Chapoux.1693— limai : Louise-Madeleine du Puy, dernière fille de Paul du Puy, seigneur de l’ile aux Oies, et de Jeanne Couillard.Marraine: AI.M.Chapoux 1694— 2 juin : Louise-Madeleine Lefebvre, deuxième fille de François Lefebvre, sieur du Plessis-Fa-ber, de Champlain.Marraine: M.M Champoux.1694—3 octobre : Louis-Denis de Monseignat, fils aîné de Charles de Monseignat et de Claude de Saintes.Marraine : L E.Joybert.1694— 23 octobre : AI Aladeleine-Louise Levasseur, fille de Jacques Levasseur de Néré, chevalier de Saint-Louis, ingénieur en chef des fortifications.Marraine: AI.AI.Chapoux.1695— 3 juillet : Louis Boucher, fils aîné de Lam- — 40 — bert Boucher et de Marguerite Yauvril, des Trois-Rivières.Petit-fils de Pierre Boucher.1697—13 janvier: Marie-Catherine Bourgonnière, fille aînée de Barthélémy-François Bourgounière, sieur d’Hauteville, secrétaire de Frontenac, et de Ma-rie-Anue Leonard.Marraine : Catherine le Neuf, veuve de Denis de la Ronde.1697— 2 juillet: Louise-Catherine d’Ailleboust, fille de Nicolas d’Ailleboust, sieur de Manteht.Marraine : Catherine le Neuf.1698— 3 janvier: Louise-Angélique de Galifet, fille de François de G-alifet, major, de Québec, et de Marie Aubert de la Chesnaye.Marraine: Marie-Angélique Denis, femme de Charles Aubert de la Chesnaye.Quelques particularités relatives à certains de ces baptêmes : Louise-Elizabeth de Joybert qui fut baptisée le 15 juin 1675.avait été oudoyée le 13 août 1673 au lort de Jemsek, sur la rivière Saint-Jean, par un nommé Lavergne, chirurgien.Le père de l’enfant tenait alors le commandement de ce fort.Louise Cressé était née le 15 février 1675, et avait été oudoyée à Nicolet par le Père Martial, récollet.Louise Ga reman avait ete amenée de la bourgade des Ouneïouts où demeuraient ses parents, et elle fut placée chez les Ursuliues de Québec.Marie-Louise, sauvagesse, avait été retirée des mains des Outaouais, et avait alors seize ans.N.-E.Dionne — 41 — LA CONSPIRATION DE 1806 0n es* toujours étonné, dans ce pays, de voir combien^ peu de personnes savent lire, dans la classe élevée ou prétendue instruite.Je viens d’en faire encore une fois la longue et pénible expérience.Depuis trois mois que la correspondance Finlay de Gros I in et compagnie a été publiée, aucune voix ne s’est élevée dans la presse contre cette œuvre de loustics—mais ces lettres ont été prises au sérieux.Pourtant, il s agit de savoir lire pour les réfuter.Quel est le fond de ces lettres ?Lisez-les, vous y verrez que le général Turreau est sollicité, par quatre individus qui portent des noms imaginaires, de les aider dans une guerre contre les Anglais du ’ Canada, afin de ranger cette colonie sous le drapeau de “ l’empereur des Français notre père ”, Ils se qualifient d’officiers canadiens.Officiers de quoi ?Pas des Canadiens-français certainement, puisqu’ils disent et répètent plusieurs ibis qu’ils représentent “ les nations du nord prêtes à déterrer la hache de guerre ”.Et les lecteurs sérieux ont gobé tout cela, comme cet espiègle de Faucher, ce faiseur de tours, l'avait désiré avant sa mort.Il n’avait pu réussir à tromper la Société Royale, il a recommencé et cette fois il berne tout le public.Un vrai succès ! Comme cela, il y avait en 1806 des nations du nord qui se préparaient à faire la conquête du Canada ! Les Tétes-de-Boule et les Montagnaisdu Saguenay, au nombre de trente ou quarante guerriers, — 42 — allaient se mettre en armes et combattre pour “ obtenir le bonheur de hailer le grand Napoléon pour notre libérateur.” Finlay de Gros Tin et son compère J.Perreault écrivent ces folies dans le style d’un écolier qui sait autant d’anglais que de français.Tous deux sont cachés dans les environs de New-York et se préparent à soulever le Canada si Turreau leur fournit quelques piastres, mais pour le moment, ils disent que leurs parents les blâment très fort de ce qu’ils s’exposent à des dangers en retournant en Canada.Alors qu’ils aillent trouver les nations du nord et qu’ils nous laissent tranquilles ! Ce galimatias est tellement bête que Turreau, renommé pour sa sottise, s’est tenu eu garde, otlrant seulement de donner une entrevue aux conspirateurs, s’ils se rendaient à Baltimore à leurs propres frais ; mais comine il n’y mettait pas d’argent, il n’a pas vu la couleur de nos suisses.Je puis vous montrer, au département de la milice, une collection de lettres de ce genre.Ou offre au ministre de lui révéler un grand secret militaire s’il veut bien payer les frais de route d’une personne qui se rendrait à Ottawa dans ce but.Règle générale, ces communications dénoncent le fumiste à chaque ligne; aussi, comme nous avons appris à lire, nous nous en moquons.Mais lorsque de semblables compositions d’écoliers tombent dans un monde qui ne sait pas lire, c’est — 4S — autre chose ! et voilà où nous eu sommes avec les quatre-s-officiers de Faucher.Finlay de Gros l’in dit que les Canadiens sont au nombre déplus d’un million dames, ce qui est quatre fois trop mais les gens qui ne savent pas lire avalent ce chiffre tout ainsi qu’ils croient à l’existence des “ nations du nord ” et à leur hache de guerre.Que des platitudes de cette espèce se retrouvent dans les papiers de Turreau, je veux bien le croire : nous en avons tant et plus au bureau de la milice— mais cela n indique nullement que nous y croyons.Ceux qui ne savent pas lire ignorent que, en 1806, il était aussi difficile qu'à présent d’organiser une révolution à 1 aide des nations du nord.Alors, comme aujourd hui, il fallait des hommes connus pour parler de la plus simple réforme ; à plus forte raison s il s agit d uu changement d’allégeance on ne prend [tas pour chefs des scieurs de bois, des enfants, des êtres imaginaires, car Gros Fin, Perreault et Turner sont des mythes et rien davantage.\ a-t-il quelque chose (b* plus cocasse que Turner offrant de faire la conquête du Canada et de la Nou-velle-Eoosse, pourvu que la France fournisse les subsides, l’armée, etc.Il dit que ses amis “ parlent bon français.” Il prendra d’abord Québec et l’occupera en attendant la flotte française.Tout cela est fou, archi-fou—et cependant, faute de savoir lire, on y attache de l’importance, on va même jusqu’à en tirer la conclusion que les Caua-diens-français conspiraient eu ce temps-là contre le — 44 — gouvernement britanique.Mais ici, je touche à l’histoire et je ne m’adresse plus aux gens qui ne savent pas lire.Ni dans les livres qui parlent de l’époque en question, ni dans les pièces absurdes qu’il nous présente sérieusement, M.Faucher n’a pu trouver trace de la moindre démarche faite par l’empereur des Français du côté du Canada, et malgré tout, il termine son article en disant, que vers 1812, Napoléon abandonna ses projets sur notre pays.Abandonner des projets que l'on a jamais eus ! Faut-il être dévoré de l’envie de blaguer le public pour écrire de semblables choses ! La Société Royale ayant repoussé cette œuvre de loustic, M.Faucher n’a pas su profiter de la leçon et il a persisté à faire mentir l’histoire pour le plaisir de se montrer autrement que le commun des mortels.On me dit que, de son vivant, il a fait une brochure de cette détestable fumisterie, mais il s’est bien gardé de la répandre dans notre comité, qui aurait vu clair là-dedans.Les lettres de Gros Pin et ses collègues appartiennent à l’histoire bouffonne et ne sauraient être présentées sous un autre jour saus encourir le blâme le plus sévère.Quiconque a lu les journaux de 1809-1810, pour ne pas mentionner d’autres sources de renseignements, sait fort bien que nul homme de bon sens ne se serait mis dans la tête des “ plans de nègres ” semblables.C’est un outrage à la vérité et à l’in- — 45 — telligence de nos pères.Voilà pourquoi, à la Société Royale, nous avons été indignés.Nous ne sommes pas de ceux qui jouent à la cachette et qui ont pour principe : “ Il ne faut pas qu’on le dise ” ; nous disons uettemont : “ Il ne faut pas mentir.’’ Le trait final de l’article de M.Faucher est d’une audace révoltante.C’est comme si les lecteurs étaient tous des imbéciles prêts à gober une falsification grossière et méchaute.Grossière parce qu’elle joue avec l'histoire ; méchante en ce qu’elle tend à nous faire passer pour des faiseurs de complots et à exciter contre nous les gens qui ne demandent pas mieux que de nous chercher noise.Voyez aussi comme la Gazette de Montréal a mordu dans ses racontars.Il y a vingt ans, un ami consulta sur ma demande, le prince Napoléon qui avait lu toute la correspondance manuscrite de Napoléon I, et voici la réponse qu’il en reçut : —L’empereur ne s’est occupé ni de Panama ni du Canada.Plus de cinquante Canadiens versés dans l’étude de l’histoire m’ont dit qu’ils n’ont jamais rencontré le moindre indice d’une démarche de Napoléon I, à l’égard du Canada.Cette question n’est pas nouvelle ; nous nous en occupons depuis 1840, et je la poursuis pour ma part depuis 1866.Tout ce que l’on trouve c’est que Napoléon a connu, vers le printemps de 1812, quelque chose des projets du cabi- — 46 — not de 'Washington pour la conquête du Canada.Il n’était pas le seul à savoir cela ! A quoi sert donc d’avoir des cercles littéraires, historiques, etc., puisque l’on imprime des faussetés comme si c’étaient paroles d’Evangile ?Remarquez qu’il ne s’agit pas d’une erreur puisque l’écrit dont je parle avait subi la critique à huis clos et qu’il est, de plus, manifestement perfide aux yeux des gens qui savent lire.Ah ! s’il n’y avait que de l’erreur d’un homme qui prend autour pour alentour, un peu de discussion ramènerait l’afTaire en bonne place, mais il y a intention de créer une légende, réprouvable autant que ridicule Benjamin Sulte UN CAMPBELL INDIEN L’ex-gouvemeur-général du Canada le marquis de Lome, delà famille des Campbell de la maison d’Argvle, professait une mande admiration J'• eir li s types indiens.Pendant son séjour enee pays, il elini citait toutes les occasions de voir des Sauvages, et surtout des Sauvages pur sang.Un jour qu’il était à Ristigouche, je crois, il aperçut un Micmac superbe: teint foncé, pommettes dej ii* s saillantes, o il a reflets, front fuyant, cheveux plats ailette-corbeau, prestance de chef de tribu.—Milord, dit quelqu’un de la suite du gouverneur, voilà enfin un Sauvage pur sang.—Je le or is en eflbt, dit le marquis de Lome ; et sa ns doute il doit porter quelque nom curieux, comme le Point-du-.Tour, le Hihou-Notr, le Poisson-dés-Lacs, ou simplement l’Orignal l’Aigle, le Renard, le Vison.Je parie pour le Vison.Puis, s’adressant au Sauvage : —Quel est votre nom ?dit-il, Le personnage interpellé hésita un peu, mais le gouverneur ayant répété Quel est votre nom ?Il répondit : —Campbell.Ernest Gagnon — 47 - LE PREMIER BARON DE LONGUEUIL Charles LeMoyne, premier baron de Longneuil, qui avait épousé une des daines d’atour de la duchesse d’Orléans, avait amené avec lui un Sauvage en France.Un jour qu’on était à table, le Sauvage se mit à pleurer et à faire des grimaces.Le baron de Longneuil lui demanda ce qu’il avait et s’il souffrait.Le Sauvage ne lit que pleurer plus amèrement.Lougueuil insistant vivement, le Sauvage lui dit : —Nu me force pas à le dire, c'est toi que cela concerne et non pas moi.Pressé plus que jamais, il finit par dire : —J’ai vu par la fenêtre que ton frère était assassiné eu tel endroit du Canada, par telle personne qu’il lui nomma.Longueuil se mit à rire et lui dit : — Tu es devenu fou.Le Sauvage répondit : — Je ne suis pas du tout fou Mets par écrit ce que je t’annonce, et tu verras si je me trompe.Le baron de Longueuil écrivit, et, six mois après, quand les navires du Canada arrivèrent, il apprit que la mort de son frère était arrivée au moment exact et à l’endroit où le Sauvage l'avait vu, en l’air, par la fenêtre C’est la duchesse d'Orléans elle-même qui se porte garante de la véracité de cette anecdote dans une lettre à sa sœur, la comtesse palatine Louise, datée de Versailles le 2 mars 1709.R. 48 — RÉPONSES Tartufe à Québec.(I, IX, 81.)—D’après M.de Latour (Mémoiren sur la vie de M.de Laval, p.213), Frontenac aurait fait jouer le Tartufe au château Saint-Louis, chez les Jésuites, aux Ursulines et à l’Hôtel-Dieu, puis aurait eu le dessein de faire répéter la pièce au Séminaire, et n’y aurait renoucé que sur les représentations des directeurs.M de Latour écrivait cela plus de trente ans après l’événement.Nous croyons qu'il y a lieu de douter si réellement Frontenac fit jouer le Tartufe à Québec.Il en avait formé le projet, mais il y renonça à la demande de Mgr de Saint-Vallier, qui lui donna pour odi cent pistoles.Ecoutons plutôt à ce sujet M.de Champion y : " l’Evêque, dit-il.ayant eu avis que M.le gouverneur voulait faire reprendre la comédie du Tartufe, lit son possible pour l’empêcher, et parson ordre il fut fait une explication publique, dans une messe de paroisse, des comédies impures, comme était, dit-il, celle du Tailufe, à laquelle on ne pouvait aller sans péché mortel ‘ et animé du zèle qu’il fait paraître contre tout ce qu’il croit être mal, il prit l’occasion que .j étais avec M, de brontenac pour le prier de ne pas faire jouer cette pièce, s’offrant de lui donner cent pistoles ; ce que M.de Frontenac ayant accepté, 1 ¦|,en ^ 8011 billet, qui fut payé le lendemain.J avais regardé cette action entre ces deux messieurs, comme une chose qui ne devait servir qu’à engager M le Gouverneur de se désister du dessein qu’il avait pu avoir de faire jouer le Tartufe, afin de donner cette satisfaction à M.l’Evêque, avec lequel i ét,ai.1 étroitemeut uni, et qu’il ue tarderait pas à lut faire 1 honnêteté de lui renvoyer ses cent pistoles, comme il me semblait qu’il devait faire par rapport à l’amitié réciproque qui était eutre eux.' " Mais la suite me lit voir des choses tout opposées.L’entreprise faite contre Mareuil eu même temps commença à aigrir M.le Gouverneur contre M.l’Evêque ; et depuis leur division est venue à un point qui me fait croire avec beaucoup de fondement que le remède 11e s’en peut trouver que dans l’autorité de Sa Majesté.” Froirenac ne niait pas avoir reçu cent pistoles de l'évêque pour ne pas fairejouer le Tartufe : il se contentait de plaisanter là-dessus: “ A l’égard des cent pistoles que M.l’Evêque m'a données, écrit-il au ministre, c’est une chose si risible, que je n’ai jamais cru qu’on la pût tourner à mon désavantage, mais qu’elle donnerait matière de se réjouir à ceux qui en entendraient parler.Si M.l’Evêque avait voulu me croire, et suivre les conseils que l’amitié qu’il me témoignait alors me donnait souvent la liberté de lui donner sur toutes les choses que lui ou ses ecclésiastiques entreprenaient tous les jours, et à la continuation desquelles je lui représentais qu’il était impossible qu’à la lin on 11e s’opposât, il n’aurait pas tait tant de fausses démarches.Mais vous devez le connaître assez pour savoir qu’il ne suit pas toujours ce que ses amis lui conseillent ”, (Ibid., Lettre de Frontenac au Ministre, 4 novembre 1695).L’ABBÉ AUGUSTE GOSSELIN Les marais de la Suète.(Ill, I, 269.)—“ La rivière Suète (on dit aussi Suède) descend des montagnes du nord, ou mieux de ta montagne de Bélair, traverse presque directement du nord au sud la seigneurie de Bélair, tombe dans la plaine qui sépare Lorette de Saint-Foye, à environ deux milles à l’ouest de l’église de I’Ancienue-Lorette, y fait mille et mille 50 — détours, traverse le chemin de la Suète, puis gagne l’est directement jusqu’à son arrivée dans la petite rivière S ùut-Charles a deux milles environ an sud- est ue lVglise.” Le 2T avril 1700, l'armée française, sous le commandement de Lévis, fut obligée de franchir les marais de ia Suète pour livrer, le lendemain, la belle bataille de Saiute-Foye.M de Ga-pé (.1 naens Canadiens, p.244) croit que les marais de ia Suète ont été nommés ainsi parce que la terre su» eu cet endroit.P.G.B.La guérison du scorbut.(Ill, II, 289 )-J’irrno-re si nos an êtres, pour «ruérir un pauvre diable atn-int du scorbut, le couvraient de terre et le laissaient dans ett position de longues heures, mais je sais qa ia milieu du dix-huitième siècle cette pratiqua était -u us.ure dans l’armée aiurlaise A .a date du 6 août 17 >9, le capitaine John Knox, qui taisait parue du corps d’armée de Wolfe, campé i Moutmor u-y écrit dans sou journal (4n h -t r- ni h “ -“i ' the ¦¦¦ ni ar/ns in Nmth-Agença, IL p 8) : " Ce matin j ai assisté à l’enterrement d’un mate-plein de vie Ou voulait le guérir du scorbut.Ou creusa un- fosse, le patient s’y installa, et on le cou.rit d - .Naturellement, "la tèteresta décou* Ou e mis* » ainsi pendant quelques heures.Le pauvre diable semblait en bonne humeur, riant 7', ¦' 'r~1 - : -.ve - les badauds qui l’entouraient.Lo éra: i e t être renouvelée chaque jour, jns-qa a sruérison complète.” ’ ' Ce n ets;: vis .a première fois d’ailleurs qu’on es-siv -.ce remèd Lors de la fameuse expédition de -crû Anson uans les ûlers du Sud, il fut tenté avec — 51 — beaucoup de succès.Les médecins lui avaient même donné le nom de bain de terre.La messe du revenant.(Ill, VII, 334.)—Du temps où l’église de Saint-Louis de Lotbinière était à l’endroit appelé “ La Ferme ”, non loin de l’endroit où se trouve aujourd’hui le moulin du seigneur Joly de Lotbinière, un bon matin, le bedeau se rend à la sacristie en passant par l’église, s’y agenouille pendant quelques minutes et pendant ce temps voit arriver un vieux prêtre à cheveux blancs, avec tout ce qu’il faut pour dire la messe.Il monte à l’autel, y dépose le calice, revient au bas des marches, et commence : “ In nomine Patris, etc.Introibo ad altare Dei.” Le bedeau interloqué, stupéfié, n’ose pas répondre.Le vieux prêtre attend, et ne recevant pas de réponse disparaît.Le lendemain, la même chose se répète.Le bedeau intrigué va raconter au curé ce dont il a été témoin.Celui-ci lui dit : “Si pareille chose arrive demain, vas répondre et servir.” “ J'ai peur ”, dit le bedeau." Vas-y ”, répond le curé, “ et je réponds de toi.” Le lendemain matin, voilà le vieux prêtre qui se montre pour la troisième fois, et après avoir déposé le calice et préparé le missel, il revient au bas des marches et commence par “ In nomine, etc.Introibo, etc.” Le bedeau, pas trop rassuré, se rend à ses côtés, répond et sert la messe en entier.Après la messe tous deux fout la génuflexion au bas des marches, le bedeau se rend à la sacristie les mains jointes et suivi du prêtre.Arrivés à la sacristie, ils font ensemble le salut à la croix, se saluent réciproquement et le prêtre à cet instant disparaît.Le fait qui précède m’a été raconté, il y a treize ou quatorze ans, par Antoine Auger, de Lotbinière, qui P.G.R.C^VES HAT/i t OfiÉBtC — 52 — lui-même le tenait de sou aïeule contemporaine du bedeau en question.A Saint-Ji an d'Eschaillons, un M.Mailhot avait donné à son curé de l’argent pour chanter une grand’ messe pour les âmes.Le curé oublie d’annoncer et d>* célébrer la messe.Quelque temps après, M.Mailhot fait remarquer à son curé que la messe avait été oubliée.Le curé assure qu’il l’a célébrée.Au bout de quelques mois, le curé meurt.L été suivant, Mailhot, en travaillant dans le haut de sa propriété, apperçoit un prêtre revêtu de violet, comme pour dire la messe, U n’ayant pas de tête, visible au moins, s’acheminant vers lui.Le lendemain et le surlendemain, le même phénomène se reproduit, le prêtre apparaissant de jour en jour plus près de Mailhot.Ce dernier, justement intrigué, et se rappelant l’incident de la messe oubliée de l’année d auparavant, va trouver le nouveau curé et lui raconte ce qui se passait, et ce qui avait eu li-u l'année précédente entre lui et son prédécesseur.Le curé lui dit: 11 Je vais chanter cette messe demain, et si vous remarquez quelque chose, vous m’en ferez pirt La messe lut chantée le lendemain, et Mailhot n*> vit plus rien.Celui qui m’a raconté ce dernier épisode avait bien connu Mailhot et il le tenait de lui-même.l’abbe b.a.Le gobelet d’argent du père Ambroise.(IH, XI, 373.) —Le récollet Amable-Ainbroise Iioui 1 lard, plus connu sous le nom de père Ambrais
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