Le devoir, 9 février 1914, lundi 9 février 1914
VOLUME V—No.32 MONTREAL, LUNDI 9 FEVRIER.1914 UN SOULE NUMERO ABONNEMENTS : Édition Quotidienne i CANADA ET ETATS-UNIS.*3.00 UNION POSTALE.*6.00 Édition Hebdomadaire : CANADA.$1.00 ETATS-UNIS , .*1.80 UNION POSTALE.$2.00 Rédadtion et Administration : 71* RUE SAINT JACQUES ' MONTREAL* TÉLÉPHONES : ADMINISTRATION : Main 7461 RÉDACTION i - Main 746Q Diredteur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! UNE COMMISSION ROYALE S’IMPOSE LE “ TREFONDS ” DE L’AFFAIRE Nous nous sommes abstenus jusqu’ici de tout commentaire sur le fond et la forme de l’enquête qui se poursuit à Québec.Avec tous les bonnêtes gens qui n’ont d’autre intérêt que le souci de voir la législature de notre province laver ses souillures, nous nous sommes bornés à réclamer “la vérité, toute la vérité" (1).En dépit de certains indices inquiétants et de l’attitude indécente de la presse ministérielle, nous avons évité soigneusement de faire planer le moindre doute sdr la bonne foi des ministres et des membres des deux commissions parlementaires.Mais nous ne pouvons tarder davantage à signaler la trame qui s’ourdit pour étouffer l’enquête et tromper l’opinion publique en faisant des trois démissionnaires les victimes expiatoires du régime de corruption (|yi infeste la Législature depuis vingt ans.11 n’y aurait qu’un moyen de connaître “la vérité, toute la vérité”: ce serait de nommer une commission royale, munie des pouvoirs les plus amples et entourée de toutes les garanties d’impartialité.Cette commission devrait avoir pour mandat de rechercher par quelles méthodes et quelles influences ont été votées, depuis dix ou quinze ans, toutes les lois importantes d’ordre privé que l’on signalerait à son attention.C’est le remède que M.Chapais avait recommandé.Il s’est chargé d’en démontrer la nécessité par l’attitude extraordinaire qu’il a prise dès la première comparution de MM.MacNab et Nichols à la barre du Conseil législatif, alors qu’il est tombé d’accord avec les représentants du ministère pour restreindre l’accusation aux seuls conseillers inculpés directement par le récit des détectives» La démonstration a été rendue plus palpable encore par le zèle incompréhensible que le même M.Chapais, devenu président de la Commission d’enquête, a déployé afin d’épargner à sir Hugh Graham l’ennui de se confesser en public.En vérité, si l’on ne savait l’historien de Montcalm trop honorable — et trop naïf — pour jouer ce rôle machiavélique, on serait tenté de croire qu’il a voulu prouver par l’absurde l’inanité d’une enquête parlementaire.* *¦ A l’assemblée législative, tant que la majorité de la commission, dominée par M.Taschereau et par M.Perron, a cru flairer une “conspiration” politique et sentir la trace ensoufrée de Béelzébuth Rogers, on a poussé l’interrogatoire dans tous les sens.On a permis à Me Laflamme de retourner M.Beck comme un gant et de fouiller dans les poches de M.Riddinger, comme il faisait jadis dans celles de M.Turgeon.Entre parenthèses, l’habile criminaliste n’a pas dû trouver, comme il disait de j’ex-ministre, que le sous-chef de la police de New-York a le “flanc nou”.Mais dès que la vérité eut commencé à percer; dès qu’il fut établi que la manipulation du bill ir>8 n’était qu’un incident, du vaste conflit d'intérêts qui se poursuit depuis quatre ans autour de la charte des Tramways de Montréal, de président de la Commission et le représentant de la Compagnie des Tramways à la Législature s’empressèrent d’emboîter le pas à M.Chapais et de couper court à l’interrogatoire de M.Graham — tout comme en restreignant l’enquête au seul J.-O.Mousseau.3ir Lomer Gouin n’avait pas manqué d’invoquer les arguments et l’exemple du leader de l’opposition au Conseil législatif.On est même en train d’oublier de faire venir M.McGibbpn, qui a ’ait tous les frais de la “conspiration”, y compris les pots-de-vin qui ont lervi à étancher la soif des “victimes”! « - # * * Si Ton pouvait prétexter, que l’enquête est circonscrite à la recherche de la culpabilité des trois accusés, il serait possible d’expliquer un lel oubli, peut-être même de justifier l’étrange immunité accordée au sinistre tireur de ficelles, qui jongle avec les journaux de Montréal et les politiciens d’Ottawa et de Québec, comme un Japonais avec des billes de verre.Mais, au contraire, dès le début, le premier ministre a marqué la nécessité de rechercher les auteurs et les mobiles de la “conspiration”.“Nous allons scruter cette affaire jusqu’au tréfonds”, gronda-t-il d’une voix menaçante, avec des gestes tragiques.Dans la motion qu’il a rédigée et fait voter par la Chambre, le 22 janvier, sir Lomer Gouin affirme — .que tes paiements allégués auraient été faits au cours d’une conspiration entre des personn es maintenant inconnues, et dont les actes constitueraient une violation grave des privilèges de cette Chambre.II ajoute — .que l'intérêt publie et le bon renom de cette Chambre exigent qu’une enquête soit tenue sur les accusations portées contre ledit .1.Octave Mousseau, dans l’article reproduit ci-dessus, et sur la conspiration an cours de laquelle les paiements allégués auraient été faits.^ Et il conclut en proposant la formation d’un comité — “chargé de s’enquérir du bien-fondé des dites accusations portées contre ledit J.Octave Mousseau, député de Soulanges, et des faits constituant ladite conspiration.” Le style est épais mais la pensée est claire.Le lendemain, M.Pérodeau, leader ministériel au Conseil législatif, fait adopter une motion semblable, sauf qu’il substitue les noms de MM.Bérard et Bergevin à celui de M.Mousseau.Qu’on note bien ce point essentiel: ce n’est pas seulement sur les tentatives faites pour séduire les trois inculpés que les ministres, et M.Chapais, veulent au début porter la lumière, mais sur tous “les faits constituant ladite conspiration”.“au cours de laquelle, les paiements allégués auraient été faits.” * * * Devant les deux chambres et leurs commissions respectives, on interroge minutieusement MM.Beck, MacNab et Nichols sur les origines de la “conspiration”.Le directeur et le rédacteur en chef du Mail affirment sous serment que deux jours avant la publication du premier article, paru le 20 janvier, ils ne connaissaient pas le premier mot de l’affaire.M.Beck déclare qu’il a recueilli tout le dossier pour le Herald, dont 11 était alors le directeur et M.Lome McGibbon, le propriétaire.Il résulte de son interrogatoire que le but de la mission confiée à l’agence Burns était de contrecarrer les projets de la Compagnie des Tramways en démontrant de quelle manière certains législateurs trafiquent des droits du peuple et de leur propre mandat.Après la vente du Herald, M.Beck est allé offrir son dossier à sir Hugh Graham qui, sans être proprié taire du Herald CD, y fait tout de même la pluie et le beau temps; el sir Hugh Graham a interdit au Herald de publier ces pièces.A la suite du témoignage de M.Beck et de son refus d’entrer dans les détails de sa conversation avec M.Graham, M.MacNab fait assigner sir Hugh Graham, propriétaire connu du Star et censeur occulte du Herald-Tclcgraph, afin de lui faire dévoiler les motifs qui ont dicté son refus de publier la preuve de la corruption parlementaire.Avec une désinvolture sans égale, le Janus de la presse montréalaise refuse de répondre — non pas, comme Bérard et Bergevin, “de peur de s’incriminer”, mais simplement parce que ça ne fait pas son affaire! M.MacNab et son avocat déclarent qu’ils veulent prouver la véritable “conspiration”, celle contre laquelle M.McGibbon et M.Beck ont voulu se prémunir en prenant d’avance la température de l’Assemblée législative, Et M.Chapais, el M.Taschereau, et M, Perron, naguère tout feu et lout flamme pour dévoiler la “conspiration” ourdie dans le but abominable de faire succomber la tendre vertu d’une poignée de politiciens, n’ont pas assez d’éteignoirs et d’extincteurs pour empêcher de faire la lumière sur la “conspiration au cours de laquelle les paiements allégués” ont été faits et dont l’objet ultime était d’utiliser les mêmes politiciens afin de bAcler un bill du Tramway, qui aurait mis des millions dans la poche des flibustiers de la haute finance — et combien dans celle de leurs complices de la Législature?Et M.Chapais de dire: “M.MacNab, nous ne pouvons entrer dans ces détails." Ces DETAILS 1 En vérité, cet excellent homme est plus au courant des faits et gestes de l’intendant Talon que des entreprises de scs contemporains.S’il y a un detail, dans toute cette affaire, c’est bien l’acceptation de (1) Devoir du 24 janvier.menus pots-de-vin par quelques carottiers.L’essentiel, le mal organique qu’il faut rechercher à fond et guérir radicalement, c’est l’état de choses qui permet île croire qu’en y mettant le prix, on peut tout faire passer ou tout empêcher de passer, à la Législature.L’attitude prise par la majorité de la Commission de l’Assemblée et par la totalité de celle du Conseil n’est guère propre à détruire cette impression qui est en bonne voie de devenir une conviction arrêtée, mo tivée et justifiée.Que pensent et disent aujourd’hui tous les esprits droits, que n'aveuglent ni la passion de parti ni la complicité de fait ou d’immoralité instinctive?C’est que s’il est possible, avec quelques menus pourboires, de faire marcher à la baguette députés et conseillers, et de railroader un faux projet de loi d’importance secondaire, que ne peuvent obtenir de la Législature les cormorans de la finance, lorsqu’il s’agit d’entreprises gigantesques dont les profits se chiffrent par millions et qui servent les intérêts particuliers de maints politiciens et journalistes?Pourquoi les gens qui réclamaient la lumière à grands cris, qui voulaient “scruter l’affaire jusqu’au tréfonds”, lorsqu’ils croyaient que le “coup” partait d’Ottawa ou de Winnipeg, veulent-ils éteindre toutes les lanternes, et ne plus même soulever le couvercle du pot aux roses, maintenant qu’il est prouvé que le “coup” est parti de Montréal et qu’il porte, non pas sur un parti politique, mais sur un groupe de gros intérêts financiers?Serait-ce parce qu’en scrutant “l’affaire jusqu’au tréfonds”, on mettrait à nu les fils souterrains qui ont assuré le succès du premier “coup” du tramway et qui préparaient le choc du “coup” décisif que le Herald dénonçait, avant que des “personnes maintenant inconnues” ne l’eussent acheté et bâillonné?Cet aspect de la question peift n’être qu’un “détail” insignifiant aux yeux des braves gens qui vivent à un siècle et demi des réalités de notre époque; mais il a quelque importance dans l’estimation des gens avertis, et aussi des flibustiers qui profitent de la complaisance-des aveugles.Si M.Chapais avait commencé par écrire la vie du concussionnaire Bigot avant de célébrer les mérites de l’honnête Talon, il aurait peut-être été plus méfiant à l’endroit des rusés compères qui se sont payé sa tète.* * « En dehors du refus de faire la lumière sur le fond même et l’élément principal de l’affaire, il devient chaque jour plus évident que la détermination est prise de restreindre- l’enquête aux faits et gestes des trois démissionnaires, de leur faire la partie aussi belle que possible — sauf au malheureux Mousseau, “le pelé, le galeux, d’où vient tout le mal” — et de sauver leurs complices.Pour la masse des lecteurs, les indices de cette détermination se sont perdus dans le flot des récits sensationnels*.Il est urgent de les remettre en lumière avant que les tentatives d’étouffement n’aient porté leurs fruits.C’est ce que nous ferons demain.Henri BOURASSA.BILLET DU SOIR.ELEONORE PAYEZ LA SITUATION EN ANGLETERRE Théophile Gautier a appelé la musique “le plus misérable des bruits”.C’est un gros mot pour un poète qui a tant aimé les cascades de vers et les sonnailles de rimes.J’ai souvent songé: Gautier devait loger sous un professeur de piano: et alors je me l’explique et j’envoie à ses mânes toute une gamme de sympathie; il a dû subir des récitals d’élèves, sa vieille soeur devait lui secouer sur la tête des arpèges quand il voulait dormir ; peut-être même a-t-il enduré; — il y a tant de façons d’être martyr! —dans quelque, salle en bois sonore, la fanfare des écoliers des chers Frères, prêtant gracieusement son concours pour l’ouverture d’une séance dramatique on comme prélude à une conférence.Et alors je ne mets plus de mesure à ma sympathie.Mens Théo.Gauthier, évidemment, n’a pas entendu ce que je viens d’entendre.Et alors je lui pardonne et le.plains.Je viens d’entendre Eléonore Payez: une grande fillette dans la vingtaine tout au plus, plus jeune encore que son âge en candeur et en simplicité charmante.Ses deux yeux sont pleins de surprise devant votre émerveillement, elle sourit devant votre joie, comme son piano chante sous sa main, elle vibre, s'anime, s’emballe, se perd dans des enthousiasmes délirants, éclate en éloquence, troublante et mugit comme l’orage; ou bien s’émeut, jase mélancoliquement en douce confidence, détaille par le menu des douceurs d'artiste, égrène dans le silence respectueux qui l’écoute des noies si suaves qu’elles font rêver à des plaintes d’oiseau, à quelque souvenir cher, ou à des ruisseaux coulant sur les graviers entre deux rideaux de mousse.Mlle Payez connaît déjà des grands maîtres tous les secrets.Elle a pénétré leur âme et vaincu les difficultés techniques de leur art.Saint-Saëns, Huss, Chopin, — surtout Brown, après ses trois petites valses —- lui eussent baisé les deux mains.Ils eussenl applaudi à sa virtuosité, à son doigté, à son merveilleux respect des nuances.Et si l’un d’eux avait osé lui reprocher certains mouvements nerveux, l’auditoire, épris, ravi, qui l’entendait aurait répondu: “Ne voyez-vous pas qu’elle incarne toutes vos sensibilités et qu’elle vibre de.tonies vos vibrations de virtuose!’’ Ses premières maîtresses, les Soeurs des SS.A’.V.de Jésus et de Marie, doivent être très fières d’elle.C’est pour elles, pour leurs élèves et quelques invités qu’elle jouait, samedi soir, dans la jolie salle, du pensionnat d’Outremonf.Et maintenant, elle est retournée à Brooklyn et à ses concerts de New-York.Les Américains, qui Vont surnommée le “Paderewski en jupe", l’entourent de leur admiration, se demandent chaque jour où ils iront l’applaudir le lendemain, parlent déjà de gloire comme d’une , belle étoile montant au ciel de la musique.Je me demande pourquoi elle n’est pas encore connue chez nous.\ Scrait-cc parce qu elle est trop jeu- , ne, ou parce qu'elle est Canadien-' ne-française?Frank LEMARC.Le parlement anglais est convoqué en session régulière pour demain, le 10 février, à un moment où les nuages qui s’étaient amoncelés du côté -du Levant semblent se dissiper.Bien que la situation de l’Albanie soit restée inquiétante, la réponse des puissances de la Triplice à la proposition de sir Ed.Grey a été favorable et l’Europe jouit d’un moment de répit après deux ans * d'anxiétés et d’alarmes.Hors d’Europe, où il y avait également quelques points noirs, les choses se sont calmées aussi.Le malaise entre les Etats-Unis et T Angleterre a été apaisé par l’avancement donné au ministre d’Angleterre au Mexique, sir Lionel Garden, qui s’en va au Brésil.La bonne volonté dont le gouvernement anglais a fait preuve en cette circonstance est un exemple caractéristique des relations anglo-américaines et de l’extrême déférence de l’Angleterre pour les Etats-Unis.Les Américains, de leur côté, n’entendent pas être en reste -de bons procédés, puisque le président Wilson vient de faire proposer au Congres le rappel des dispositions de la loi de 1912 qui exemptaient les caboteurs américains de tout droit de passage dans le canal de Panama.On se rappelle en effet -que l’Angleterre avait protesté contre ce traitement de faveur qu’elle jugeait contraire aux stipulations du traité Hay-Pauncefote.Pour l’instant donc, la situation internationale et la politique intérieure sont relativement calmes.L’agitation ouvrière s’apaise peu à peu et la campagne menée ebntre l’autonomie irlandaise est moins active en ce moment.Le chef de l'opposition, M.Bonar Law, annonce, il est vrai, que les conversations qui ont eu lieu entre M.Asquith et lui au sujet de ITIster n’ont donné aucun résultat et qu'il ne croit pas qu’elles puissent en donner.Mais en réfléchissant un peu aux faits, -voici ce que Ton constate.Le Home Bide Bill devra être voté une troisième fois pendant la session de 1914, laquelle se prolongera jusqu’à la fin de Tété.Il y a donc six mois de délai, pendant lesquels bien des choses peuvent arriver, même un accord entre M.Asquith et l’opposition.Et puis, le Home Hide une fois voté, il ne pourra être appliqué, au plus tôt, avant 1915.Donc, un an de répit, de réflexion, avant que l’Ulster songe à se révolter, même en admettant qu’un accord n’intervienne pas d’ici-ià.Tl n’y a pas lieu de .s’alarmer encore, par conséquent.En Angleterre, quand on arrive à une impasse et que tout semble Perdu, il se présente invariablement quelqu’un qui découvre une porte, une fenêtre, une issue quelconque qui permet de sortir avec une facilité imprévue.Il y a bien des chances pour qu’il en soit ainsi une fois de plus.Outre la question de l’Irlande, le Home Hide avec les revendications de T Ulster, les problèmes qui s’imposent aux hommes d’Etat anglais sont, pour ne citer que les plus importants, la question ouvrière, qui comprend aussi bien les revendications des ouvriers des villes que celles des ouvriers agricoles ; la I question agraire et celle du logement -des ouvriers, plus sérieuse I villes; les Trade Unions et T opposition à l’Insurance Act; la Réforme Electorale et la suppression du vote plural ; le Désétablissement de l’Eglise dans le Pays de Galles; les revendications féministes, et bien d’autres, II y a dans ces divers problèmes — vieux d’un siècle et plus pour la plupart — de quoi absorber longtemps les méditations des parlementaires anglais, qui ne peuvent plus, comme on Ta fait avec plus ou moins d’habileté depuis la fin du dix-huitième siècle, en retarder la solution.' “L’Angleterre est en révolution, dit un collaborateur anonyme du Correspondant.Cette révolution ne s’accomplit pas, jusqu’à présent du moins, par des barricades et des batailles, et il faut espérer que les guerres civiles menaçantes pourront être évitées, mais elle existe et les modifications profondes qu’elle apportera transformeront la société anglaise.Depuis les Stuarts, ce pays ne s’est pas trouvé dans une période de transformation aussi grave.” Dans l'Empire britannique même, ou entend de sourds grondements qui font redouter des orages.Aux Indes, il règne toujours une effervescence parmi les sujets de l’empereur George ; musulmans et Hindous semblent désirer deux choses: le Home.Hide -— pour employer une expression caractéristique de la domination anglaise — et le protectionnisme.Les Hindous aspirent à se gouverner eux-mêmes et à s’affranchir du joug de l’administration britannique qui leur pèse.On attribue ce sentiment de nationalisme à la guerre russo-japonaise, d’une part, et à la défaite de la Turqpuie, de l’autre; -la première cause aurait influé sur les Hindous et la seconde sur les musulmans.C’est peut-être vrai dans une certaine mesure; mais ce qui a surtout amené la situation actuelle, c’est l’instruction européenne donnée aux Indiens dans les collèges de l’Inde et dans les universités anglaises où tant de jeunes Asiatiques ont passé depuis cinquante ans.Du jour où l’Angleterre a répandu aux Indes ses principes et son éducation, elle a commencé à saper la base de sa puissance.Uldérlc TREMBLAY.“L.4 VIE QUI PASSE.’’ CABNET D’UN FUNEUR les petites et blanches à garnir les DIMANCHE.1er FEVRIER — ON DONNE CONGE., Ce matin, j’ai eu un bien agréable réveil.Ma propriétaire m’aborde avec le sourire.Diable ! Qu’a-t-elle donc de désagréable à me communiquer ?C’est bref, mais très substantiel : “Tenez-vous à garder l’appartement ?” — Fichtre oui, j’v tiens : gaz, électricité, bain, chauffage central, quartier charmant, voisins to-lilement dépourvus de pianos, de chiens, d’enfants et autres animaux particulièrement criards et assommants.“Je tiens à vous prévenir que le loyer est augmenté de trois piastres.Aïe ! voilà qui change.Trois piastres par mois, cela fait trente-six piastres par an, et le “boss” ne parle p(js de m’augmenter, lui ; il n’y a-pas de danger.le monstre.Donc, me voilà sans feu ni lieu, théoriquement du moins, et je contemple d’un oeil torve et mélancolique affiches noires qui commencent portes un peu partout.Combien de sonnettes va-t-il falloir faire glapir ! Combien de marches escalader, combien de visages renfrognés affronter avant de pouvoir reconstruire le nid bouleversé ! Et dire qu’il y a des journaux assez compatissants pour prévenir les propriétaires de la date fatidique, ces pauvres propriétaires exploités par les méchants locataires.Mauvais farceurs, va ! LUNDI.2 FEVRIER —LA CHANDELEUR.Le joli nom populaire, et comme il évoque bien dans son euphonie poétique les lumineuse théories qui vont déployer .leurs méandres dans nos églises catholiques.Jésus est venu apporter la lumière qui éclaire les nations.Depuis dix-neuf cents ans, ce flambeau de la vérité luit sur le monde : c’est lui qui nous montre le chemin, qui nous préserve de l’aveuglement du péché, qui nous aide à supporter les peines et les misères de notre exil ici-bas.Brille, petite lumière bénie, au chevet des mourants ; mets-leur la suprême espérance au coeur, et qu’à ta clarté vacillante, ils entonnent au fond de leur âme leTNunc dimittis” du vieillard Simeon : "Maintenant, ô Maîti'c, laissez j)ar-“tir votre serviteur en paix selon “votre parole, puisque mes yeux ont “vu la lumière qui va dissiper les “troubles de la mort et m’illuminer “à jamais de votre éternelle posses-“sion .JEUDI, 5 FEVRIER — FRAGMENT DE LETTRE EGAREE.affaires de microphone ne doivent guère vous intéresser, n'est-ce pas, chère maman.Parlons plutôt de la rue Sainte-Catherine, le Broadway, les Grands Boulevards de Montréal.Rien de plus bizarre que cette longue artère en ligne droite, et surtout que les gens qui la LETTRE DE QUÉBEC LE COMMENCEMENT DE LA FIN Québec, 8 — La Législature prorogera-t-elle cette semaine ?Peut-être, mais cela n’est pas abslomnent certain.Le travail des commissions d’enquête n’est pas encore fini et certaines gens prétendent même qu’il pourrait bien être assez ' long encore.Si M.Biddinger revient et si M.Carpenter témoigne il faudra peut-être deux ou trois séances additionnelles.Puis appellera-t-on M.McGibbon ?Jusqu’à présent, personne ne l’a demandé.Son témoignage devrait pourtant avoir son importance.Mais !.Il y a tout au fond de cette affaire le tramway, et qui sait comment cela tournerait si M.McGibbon se mettait à parler ?D’autre part, M.Tascheijeau, président de la commission, se doit de tenter au moins la preuve de conspiration, puisque dès la première mention de cette affaire à la Chambre, c’est lui qui a affirmé qu’elle était le résultat d’une conspiration de la troupe de bandits qui voyage de Winnipeg à Ottawa.Jusqu’à présent il a complètement manqué de faire la moindre preuve dans ce sens.Cherchera-t-il à se reprendre d’un autre côté ?L’avis de M.Perron sera demandé sur ce point.Quoi qu’il en soit, la commission pourra difficilement faire son rapport avant mardi ou mercredi.Quel sera ce rapport ?Sera-t-il unanime, diffèrera-t-on quant aux conclusions ou se contentera-t-on de soumettre la preuve à l’Assemblée législative ?Cette dernière alternative nous paraîtrait la plus probable ,si 1 on pouvait se dispenser du témoignage de M.Mousseau ; mais il n’est guet e probable que les accusateurs y consentent.Alors demandera-t-on l'ajournement de la commission avec le pouvoir pour elle de siéger durant la vacance ?Cela est dangereux quelquefois.Lxemplc ; la commission Prévost-Kelly, qui servit d’échelon à deux de ses membres, MM.Weir et Boy, mais qui ne fil jamais de rapport à la province.Le plus sûr est d’attendre.On ne sait jamais comment finissent ees i hoses-la.Que voile, par exemple, la demande faite par M.Prévost, de rappeler M .Biddinger ?Le député 'le Terrebonne a déclaré à la Chambre que M.Biddinger lui a déclaré à lui-même, M.Prévost, qu’il avait des renseignements additionnels à donner, et il a fait cette déclaration sur un ton qui indiquait qu’il n’i- gnorait pas tout à fait la nature de ces renseignements.On a remarqué aussi le nuage épais qui passait sur certaines figures au moment où le député de Ter-rebonne parlait ainsi.Qu’estéee que tout cela présage ?A part l’affaire il reste à l’ordre du jour quelques projets d’une certaine importance' et Tétudo de If plus grande partie du budget.Le budget, c’est l’occasion, à peu près la seule, pour les députés, de discuter toute la politique du gouvernement, par le détail, d’interroger les ministres, de les serrer de près, beaucoup plus que dans les débats généraux où chacun n’a le droit de parler qu’une fois sur le même sujet.L’étude des crédits se fait en comité général, sans cérémonie, très souvent sous forme de dialogue, alors qu’il est plus difficile de s’esquiver, de choisir ses renseignements, et c’est pourquoi il est beaucoup plus facile de tout découvrir et d’amener le gouvernement à s’engager pour l’avenir.Par exemple, c’est en comité général de la Chambre qu’après avoir fait produire les pièces et réduit le ministre à quia, l’opposition a réussi, il y a un an ou deux, à faire promettre au gouvernement de changer les conditions de publication du “Journal d’Agrieulture” qui faisaient la fortune du “Canada”.Le résultat a été une économie fort appréciable et doublement fructueuse si on l'applique avec intelligence au développement de l’agriculture.Bègle générale, le gouvernement ne recherche pas ce genre de critiques.A Québec du moins c’est l'habitude depuis longtemps de retarder l’étude des crédits jusqu’aux dernières heures de la session.Aussitôt après le discours du budget on demande le vote des crédits pour les institutions de charité parce que cela ne souffre aucùne discussion, mais on remet aussitôt la liste sous clef.Voici près de trois mois que.la Législature siège et Ton n’a commencé l’étude sérieuse du budget que depuis trois ou quatre séances.Les députés ennuyés, lassés par d’autres travaux, anxieux de retourner chez eux, et quelques-uns écoeurés de ce qui se passe, sont plutôt portés à abréger.Ne parlons pas de la refonte du code municipal commencée il y a trois ou quatre ans ; on Ta complètement oubliée depuis trois semaine et il est entendu qu’on l’ajourne encore une fois.Jean DUMONT.fréquentent à certaines heures.Il y a en particulier le coin de la rue .Saint-Denis qui ne laisse pas que de m intriguer.Je suis obligé de passer par là bien souvent pour me rendre à l’université.Eb bien ! à toute heure du jour, surtout l’après-midi et le soir, je me heurte à un bloc compact d’individus qui semblent établis là à demeure.Ils me iont penser aux sans-travail qui chez nous passent leurs journées sur le Port, vous vous souvenez, ceux que nous avions baptisés “les Chevaliers du Soleil”.Mais ici, il lait trop froid pour qu’on puisse les appeler ainsi, et puis, ils sont trop bien habillés pour être des miséreux ; souliers vernis soigneusement entretenus, pantalons à pli impeccable retroussés du bas (il pleut à Londres !), pardessus du dernier confortable, cravates (ici on dit cols) aux tons les plus suaves et les plus “dernier cri”, la fine fleur des petits pois.Il paraît que ces jeunes gens (vous ai-je dit que c’étaient tous des jeunes gens ?) se font passer pour des étudiants de l’université Laval.Mais, à part deux ou trois qui d’ailleurs ne sont là que très rarement, je puis vous assurer que les autres ne suivent guère les cours de nos doctes professeurs.Qui sont-ils alors ?J’ai voulu faire mon petit Burns, mais j’avoue à ma courte honte que je n’ai pas découvert grand’chose.D’aucuns m’ont assuré que c’étaient des pickpockets profitant du tohu-bohu pour alléger les voyageurs distraits et pressés de monter à l’assaut des “straps” (un mot anglais : ils en ont comme ça pas mal, mes cousins les Canadiens).D’autres se sont contentés de répondre à mes questions par un sourire énigmatique plein de sous-entendus.Il paraît que ce sont des choses dont il vaut mieux ne pas parler.Pourtant je crois bien avoir deviné ; aussi vous pouvez être sûre, chère petite maman, que maintenant je tâche d’attendre mon tramway à un autre carrefour jwur ne pas me trouver au milieu de ces.* * » VENDREDI, (i FEVRIER — EN ROUTE POUR LA BESOGNE.Ce matin, une incoercible insomnie m’a jeté de bonne'heure à bas du lit.J’en ai profité pour m’en aller flâner à des heures impossible-ment matinales.L’occasion était unique pour un paresseux comme moi de voir un pqu le Montréal d’avant le soleil.Aussi bien, le roulement des tramways sous mes fenêtres me faisait des invites réitérées auxquelles je n’ai pas su résister.Me voilà donc routant vers les six heures du’ matin au milieu d'un flot d’ouvriers.Dehors, les rues désertes sont encore toutes noires et c’est à peine si les grosses lampes à arc trouent de lueurs blafardes rette obscurité matinale, plus lourde et plus froide que celle du soir.Autour de moi, d’épais pardessus qui n’ont jamais connu l’élégance dans leur grossier confortable aux teintes neutres et indécises, des casquettes rabattues qui n’ont plus ni forme ni couleur, de lourds souliers à clous qui ne connurent jamais la douceur du cirage.Entre les mains déformées par les rudes attouchements, parla cuisante morsure de la fournaise qu’on bourre, toutes noircies par les parcelles de charbon incrustées dans les pores de la peau rugueuse, le maigre repas du midi se devine dans la traditionnelle petite boite carrée.Ceux-là sont les travailleurs de la première heure : ils vont raviver les feux assoupis depuis la veille,et quand les camarades arriveront, la grande usine grondera, haletante, toute prête pour le gigantesque labeur.Peu à peu, mécaniciens et chauffeurs disparaissent, insensiblement remplacés par d’autres, des ouvriers encore.Pourtant la pysionomie générale change.Les mains sont encore calleuses, mais plus blanches : jdus de charbon, mais seulement l’usure et la déformation due au même outil continuellement manié, dans le même mouvement qui courbe le corps et Tankylose dans sa j)osition coutumière.Quelques chapeaux défraîchis surgissent au milieu des casquettes, doucement balancés dans le dodelinement de la tête encore appesantie par le sommeil trop tôt interrompu.Les pardessus çô et là se souviennent d'avoir été neufs et élégants.Et ceux-là s’évanouissent les uns après les autres.A chaque carrefour, moins de casquettes et plus de chapeaux, même des chapeaux de femmes.Pauvres chapeaux que la dernière des modistes renierait, abritant de pâles visages aux traits fatigués, émaciés par la .hlorose, minés par la consomption dans la fatale usine.Toutes, jeunes et vieilles, ont le même air de lassitude résignée, les mêmes doigts piqués et jaunis par Pâcre nicotine : toutes fleurent le même parfum de tabac moisi mêlé de vagues relents d’eau de lavande ou d’essence de roses.Ce sont les pauvres cigarières qui, tout le jour, dans le même mouvement de leurs doigts agiles, vont hacher, rouler, gaufrer et empaqueter ces cigarettes aux noms prétentieusement turcs ou égyptiens qui rempliront d’inutile fumée nos heures de paresse et de désoeuvrement.Brusquement toutes sont descendues : un moment d’accalmie, of le même continuel mouvement re commence.Le public du tramway va, vient, se renouvelle incessani-mant, mais Télément ouvrier a disparu : les gens de bureau et les dactylographes remplacent les petits écoliers gibecière au dos.Tout à 112 rue Saint-Jacques - - - -Téléphone Main 4 ANTIKOR-lAURENCt Cu»t Ramcaïi oef Co
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