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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1932-10, Collections de BAnQ.

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54e Vol.Québec, Octobre 1932 N° 2 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION PÉDAGOGIE UN APPEL AUX COMMISSIONS SCOLAIRES En faveur des institutrices La Semaine Religieuse de Québec, du 8 septembre dernier, a publié la déclaration suivante de Son Excellence Mgr Villeneuve, O.M.I., archevêque de Québec: “Son Exc.Mgr l’Archevêque apprend avec peine que diverses commissions scolaires auraient décidé la fermeture de certaines écoles, et le renvoi de maîtresses même déjà engagées.“Son Excellence croit devoir rappeler aux commissaires la grave responsabilité qui leur incombe de procurer aux enfants de leur district la faculté de fréquenter la classe.Us ne sauraient se décharger de ce soin sans manquer à leur mandat.Qu’ils sachent imposer les économies nécessaires et découvrir les ressources convenables à cette fin, mais sans se départir de leur rôle de représentants des contribuables, c’est-à-dire des pères de famille qui leur ont confié cette tâche.“Fermer les écoles dans un pays civilisé ne se conçoit qu’à la dernière extrémité, comme en cas de guerre ou d’épidémie.On ne saurait le faire aussi longtemps que les cinémas restent ouverts et que la vie sociale, quoique gênée, continue de fonctionner.” Mgr L’ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC ET L’EPARGNE SCOLAIRE La Semaine Religieuse de Québec, du 8 septembre dernier, a publié l’importante lettre qui suit, adressée à MM.les Curés de la ville de Québec: A Messieurs les Curés de la ville de Québec, Sur l’Épargne Scolaire.Révérends et chers Messieurs, Nos Seigneurs les Évêques de la Province civile de Québec n’ont pas manqué, dans leur dernière lettre pastorale collective, de signaler combien l’imprévoyance des années passées accentue la crise actuelle due à diverses causes.Il faut reconnaître que bien peu encore présentement dans nos populations se rendent compte du devoir de l’économie pour remédier à leur condition pénible.Malgré la crise, combien sacrifient au plaisir, au luxe, au superflu le plus manifeste, de ce qui devrait aller à l’épargne en vue des mauvais jours à venir.Les Conférences de Saint- 66 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Vincent de Paul constatent depuis longtemps chez la plupart des pauvres qu’elles soutiennent que l’imprévoyance dans les jours meilleurs a été la cause de leur misère présente.Nous avons donc lieu de nous appliquer à faire chez notre peuple l’éducation de l’épargne, surtout dans la génération encore jeune et susceptible de prendre des habitudes vertueuses.La Commission scolaire de Québec a établi dans toutes les écoles de la ville, avec le concours de la Caisse d’Économie Notre-Dame, une campagne d’épargne scolaire qu’il nous faut encourager pratiquement.Faisons appel aux parents à cet effet, afin qu’ils secondent le personnel enseignant dans cette œuvre éducative qui habituera l’enfant au sacrifice, à la modération dans l’usage des biens, à la tempérance dans le plaisir, et formera ainsi son caractère.Les maîtres et les maîtresses voudront bien aussi, comme ils l’ont fait dans le passé, se rendre aux suggestions de la Commission scolaire, assurés de coopérer ainsi à une œuvre éminemment vertueuse et sociale.On a parfois trop de souci exclusif d’instruire tandis que l’éducation est au premier chef une entreprise de formation morale et de dressage du caractère de l’enfant dans les bonnes habitudes.La vertu de tempérance, à laquelle l’épargne se rattache, est l’une des plus importantes à inculquer à l’enfance.Je vous invite donc, mes chers Messieurs, à user de votre influence pastorale dans ce dessein.Veuillez croire à l’assurance de mon dévouement le plus entier en N.-S.et M.I.f J.-M.Rodrigue, O.M.I., Archevêque de Québec.L’ÉPARGNE SCOLAIRE DANS LA VILLE DE QUÉBEC Commission scolaire catholique de Québec {Lettre adressée aux Directeurs et aux Directrices des écoles de la ville de Québec) Québec, ce 8 septembre 1932.Il y a quelques années, la Commission Scolaire Catholique de Québec, avec le concours bienveillant de la Caisse d’Êconomie Notre-Dame de Québec, instituait dans chacune des écoles sous son contrôle l’œuvre éducatrice de l’Épargne scolaire.Presque toutes les écoles se sont rendues au désir de la Commission Scolaire en instituant dans plusieurs de leurs classes une petite caisse d’épargne.La direction de la Caisse d’Économie avait fourni—et elle fournit encore—à chaque école les livrets et autres fournitures nécessaires au bon fonctionnement de la Caisse d’épargne scolaire.La mise en train de ‘TÉpagne scolaire” a déjà suscité chez nos maîtres et nos maîtresses d’appréciables dévouements.Mais le mouvement de l’épargne dans nos écoles n’a pas été assez général, car d’après un relevé fait pour l’année scolaire 1931-32, un “grand nombre” d’élèves se sont abstenus de déposer à la Caisse régulièrement chaque semaine le montant fixé, dix sous.Des prix sont accordés par la Caisse d’Économie aux élèves qui sont fidèles à l’épargne hebdomadaire, et aux écoles qui favorisent cette épargne avec zèle et persévérance.Vu les temps difficiles que nous traversons, il importe de revenir aux traditions de nos ancêtres qui furent des économes et des prévoyants.Dans leur récent mandement collectif, Nos Seigneurs les Archevêques et Évêques de la Province civile de Québec, ont consacré un passage de cet important document à l’économie, à l’épargne, particulièrement chez les enfants, afin de leur faire contracter de bonne heure de bonnes habitudes et de former leur caractère. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 67 L’épargne scolaire devient donc une question d’éducation par excellence, à laquelle le personnel enseignant ne saurait rester indifférent.Je dois vous dire que dans une entrevue que Son Excellence Mgr l’Archevêque de Québec a bien voulu m’accorder, il y a quelques jours, l’initiative de la Commission Scolaire de Québec concernant “l’éducation de l’épargne” a été hautement louée par notre Premier Pasteur.La Commission Scolaire prie donc avec confiance les Directeurs, les Directrices et tous les maîtres et maîtresses de ses écoles, de répondre à son désir et d’instituer sans retard dans “toutes les classes” l’épargne scolaire telle qu’organisée en notre ville, il y a quelques années, par la Caisse d’Économie.Pour plus amples renseignements, on voudra bien s’adresser à M.le Gérant général de la Caisse d’Économie, Haute-Ville, Québec.Veuillez agréer, Madame la Directrice ou Monsieur le Directeur, l’assurance de mon entier dévouement.J.-E.Bédard, ¦président, Commission Scolaire Catholique de Québec.AIMONS LE SOL DE NOTRE PATRIE Respectons nos traditions rurales L’amour du sol, le respect des traditions terriennes, du sentiment du devoir national, l’obligation économique, autant de leçons que l’instituteur ayant apprises lui-même devra avec enthousiasme enseigner aux petits enfants de notre race.Agissant ainsi, les modestes instituteurs et institutrices qui sont les grands professeurs de patriotisme, faisant incliner, dans un salut quotidien, au sol, les petits êtres que nous leur confions, créeront pour leur race, leur province, leurs pays une force sur laquelle tous ont droit de compter.Alors, meublant ces petits cerveaux comme ils le font aujourd’hui de connaissances nouvelles, ils en feront des cultivateurs instruits, qui, ajoutant au jugement et au raisonnement splendide que donne à l’homme des champs la contemplation de la belle et grande nature, leur fera entonner la chanson de reconnaissance au sol à qui nous devons d’être devenus ce que nous sommes.Combien serait belle, chaque année, dans nos paroisses, la fête de l’agriculture.A l’époque où les épis mûris par le chaud soleil de juillet n’attendent plus que la faulx du moissonneur, les filles et les garçons, portant les épis dorés, comme au printemps, les premiers brins de muguet, hommes et femmes, ayant peiné, portant dans leurs traits la preuve de leur rude et ardu labeur, vieillards qui ne peuvent plus dispenser au sol la vitalité qu’il leur a prise, mais tous, se joignant en un superbe cortège pour entonner l’hymne de reconnaissance.Selon leur croyance, le matin au pied de l’autel, ils auraient remercié la Providence et nous les retrouverions le soir, au moment où le soleil en se couchant fait ruisseler sur l’herbe les diamants d’une fine rosée, gage des splendeurs nouvelles que le soleil veut donner à la terre.Tous réunis au pied d’un mai, sous un drapeau flottant à la brise, drapeau que leur cœur leur inspirera, ils entonneront l’hymne national qui, montant de la plaine jusqu’au sommet des monts, éveillera de son écho sonore, le courage et l’énergie dans le cœur quelquefois défaillant du colon, que l’éloignement du centre aura empêché de venir.Ce chant, né d’un patriotisme vrai, sincère, éclairé, fera tressaillir les ancêtres endormis et qui pourtant veillent encore sur nous, car il sera l’écho du baiser qu’un peuple agenouillé a dans le passé donné au sol de son pays.L.-A.David, Secrétaire de la Province. 68 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE MOYENS DE PERFECTIONNEMENT Une bonne institutrice aura soin de préparer ses leçons à l’avance; elle fera mieux encore.Tous les matins, avant d’entrer en classe, elle se recueillera pour penser à ses diverses occupations de la journée, les classer, les coordonner; elle se tiendra aussi prête à tout événement.C’est surtout en s’acquittant le mieux possible de sa tâche journalière qu’elle deviendra une bonne institutrice.La maîtresse zélée ne se borne pas à préparer sa classe, puis à répandre de l’activité, de l’intérêt et de l’attrait sur son enseignement; lorsque l’heure ramène la fin des leçons, il lui reste un devoir à remplir, c’est l’étude.Elle doit être son occupation quotidienne.Elle aurait beau prétexter là-dessus que son instruction est au niveau des nécessités de son enseignement et que, par conséquent, elle n’a pas besoin d’étudier.Elle se tromperait.En fait d’instruction surtout, quand on n’avance pas on recule.Chaque jour efface un peu de notre mémoire ce que nous y avions si soigneusement consigné, chaque jour diminue les provisions de notre esprit.Il faut donc lutter sans cesse contre ces attaques continuelles du temps.Car s’il est une nécessité reconnue dans l’enseignement c’est qu’une institutrice, pour remplir dignement sa tâche, sache bien au delà de ce qu’elle doit enseigner; ses leçons sont alors mieux comprises, mieux dirigées, plus intéressantes, plus fécondes.Elle doit savoir que ce n’est pas assez d’avoir de l’instruction, mais qu’elle a surtout besoin du talent de la transmettre aux autres.Ce talent s’acquiert et s’accroît sans doute par l’expérience et la pratique, mais il s’augmente et se perfectionne par l’étude des modèles, par la lecture des maîtres dans l’art de l’éducation, c’est-à-dire par le travail et la réflexion.Lecture.—Ce n’est pas assez de rechercher à gagner de l’expérience par soi-même; il faut profiter des découvertes d’autrui.Le point essentiel est de faire un choix judicieux de livres traitant chacune des branches de son enseignement.ENSEIGNEMENT AGRICOLE RURAL En marge d’une vieille question Une politique nouvelle, des avantages nouveaux.—-Quelques réflexions se rapportant à la création de la “Section agricole” dans les collèges ruraux (Pour VEnseignement Primaire) En matière d’enseignement agricole, voici du nouveau.En effet, l’honorable M.Godbout, ministre de l’agriculture, vient d’offrir des avantages aux collèges ruraux (“académies rurales”) qui voudront organiser une section d’enseignement agricole moyen.Il y a longtemps que les amis de l’agriculture désirent entrer dans le champ de la réalisation.Voilà au moins, dans le ciel assombri, une lueur annonciatrice de clarté prochaine.; disons mieux: voilà assurément—si l’on finit par s’entendre—une coopération offerte qui devrait nous acheminer vers les réalisations.Par cette organisation nouvelle, les autorités croient pouvoir mettre debout un enseignement encore plus conforme aux aspirations et aux besoins de notre classe agricole.Ainsi, on instituera, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 69 dans le cours d’études et en parallèle aux études commerciales, une section agricole, théorique et pratique.Le ministre consent à coopérer avec les communautés enseignantes rurales, en vue de diffuser des notions d’agriculture essentielles chez les futurs agriculteurs et de les famihariser avec les pratiques agricoles les plus recommandées par l’expérience.Il s’agit donc, à la fin des études primaires ordinaires (7ème et Sème années, croyons-nous), de faires acquérir, aux meilleurs enfants de nos cultivateurs, une instruction professionnelle moyenne en rapport avec leur condition et appropriée à leurs futurs besoins.Au temps où l’agriculture était moins comprise et peu en honneur, nombre de parents et de commissaires d’écoles désiraient pour leurs enfants—et avec quelle cruelle insistance.-—un cours commercial.Les enseignants, malgré eux, ont dû s’y prêter presque totalement.De cet enseignement, en maints endroits, sont nés les as de la machine à écrire, les champions-sténographes et les commis qui parlent l’anglais (l’anglâ.) aussi bien que le français.mais, aux cultivateurs entraînés à demeurer dans la profession et préparés à vaincre les difficultés nouvelles de l’agriculture, on a moins songé.On a voulu fabriquer en masse des “messieurs”.Dieu sait comment cette production (ou cette surproduction) fut intense! Inconsciemment, on a sorti des cadres de l’industrie rurale nombre de jeunes ruraux qui sont allés grossir le contingent innombrable des commis, fonctionnaires, gens de magasin et de bureau de tout acabit, d’intermédiaires financiers et autres dont plusieurs encombrent actuellement villes et campagnes, vivant dans l’inquiétude du boire et du manger alliée au souci du logis et du vêtement.Par chance, à l’époque troublée où nous vivons, il est plus aisé de voir les contrastes des situations et les erreurs du passé.Déjà, on comprend mieux que l’agriculture est une profession honorable et digne de l’intelligence, requérant un entraînement scientifique et pratique.De toute évidence, c’est pour le corps enseignant et les cultivateurs d’élite, qui comprennent ces vérités élémentaires, que le ministre de l’agriculture a décidé cette politique nouvelle.Mais venons à l’application de ce système d’enseignement.Apportons ici quelques brèves considérations.D’abord, ce n’est pas l’exclusion des notions commerciales du cours d’études; au contraire, on les conserve, mais appliquées à l’agriculture.A côté de cela, on demande un cours moyen d’agriculture, échelonné en deux années de quelques mois d’études.Les pédagogues auraient assurément des suggestions à faire à ce sujet; mais, passons.Cette question sera à débattre mutuellement entre les autorités intéressées.Les matières agricoles devront être enseignées par un technicien, laïc ou religieux, porteur d’un diplôme es-sciences agricoles accordé par une université reconnue.L’essentiel, c’est que ce professeur soit à la hauteur de la tâche : c’est dire, homme avisé en matière agricole théorique et pratique, et personne apte à l’enseignement.Cette double compétence n’est pas fréquente, mais elle devrait se rencontrer ou se produire, avec le temps.Que le titulaire fasse un succès de son enseignement, que le collège apporte son appui en achetant une ferme et s’efforce de l’exploiter avec méthode et rendement; ce serait déjà une magnifique réalisation.Mais, ce qu’il ne faut pas, c’est que la culture de cette ferme, dite exemplaire, soit un fiasco.Au contraire, il importe qu’elle devienne, dans l’esprit des élèves et même des parents, un moyen honorable de vivre, intéressant et fructueux.Disons-le ici, il est temps que cesse, pour les jeunes cultivateurs, l’attrait du garage du coin, de la petite succursale de banque ou enfin du magasin de village, où se fait solennellement un book-keeping douteux et.souvent inquiétant pour la santé des voisins.! Relativement à la future ferme du collège, le ministère n’est pas prêt à accepter un professeur quelconque avec une ferme quelconque.Il entend qu’on fasse le choix d’un homme de valeur, qui au moins assurera à la ferme un succès égal à celui des meilleurs cultivateurs de la région.Entreprise hardie, il est vrai, mais réalisable, avec les moyens mis à la disposition des intéressés.Il est évident aussi que les communautés auront de gros sacrifices à faire; achat d’une ferme, service d’un régisseur, paiement d’une partie du salaire du professeur, remaniements à faire chez le personnel du collège, etc.Pour les communautés, voilà des problèmes et des soucis.En plus, me confiait un directeur de communauté, “—les parents enverront-ils chez nous leurs enfants et persisteront-ils à les maintenir dans notre institution rénovée ?” Inquiétante question! Par ailleurs, le gouvernement s’engage à contribuer au paiement des deux tiers du salaire 70 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d’un professeur d’agriculture, sans toutefois que la contribution de l’état dépasse $1000.En plus, le ministère accordera aux fils de cultivateurs une bourse de $9.00 par mois, mais pas plus de 40 bourses par collège.Ces bourses sont accordées pour un maximum de six mois par année, à chaque élève.Au surplus, le ministère gratifiera la ferme du collège des mêmes avantages pécuniaires et techniques qu’il donne aux fermes de démonstrations officielles, mais à la condition expresse d’exercer la même surveillance et de réclamer la même coopération consentie par les régisseurs des fermes de démonstration.Ce plan, s’il est accepté, par les communautés et par le peuple agricole, devrait provoquer la mise en action de l’idée de l’instruction agricole à la portée de tous.Voyons maintenant un dernier aspect de la question.C’est celui qui concerne les agriculteurs et les commissions scolaires.Et, ce n’est pas le moindre.Les autorités civiles et religieuses feront-elles en vain des;sacrifices et des dépenses?Voilà un point d’interrogation qui provoquerait bien des réflexions.L’avenir devrait y répondre favorablement, dans nombre de paroisses rurales.Cependant, espérons.C’est le temps plus que jamais de se remettre à l’agriculture.C’est encore la terre qui, à meilleur compte, abrite, chauffe et nourrit, et en plus, assure, avec un minimum de misères, un maximum de paix, de santé et de bonheur.Si, avec ces nouveaux avantages accordés aux collèges de la campagne, les comtés ruraux négligent d’envoyer une quarantaine de leurs enfants à ces collèges agricoles, c’est que le cultivateur est dans une profonde détresse “financière” ou, mieux encore, c’est qu’il a perdu confiance dans sa profession ou qu’il n’a pas foi dans l’enseignement agricole.D’autre part, les associations agricoles ou mieux les commissions scolaires pourraient et devraient s’intéresser à cette œuvre nouvelle, dans l’intérêt général.Une heureuse initiative à ce sujet se dessine déjà, assure-t-on.On m’informe que les deux commissions scolaires de St-Rémi de Napierreville se sont unies pour aider les Frères de l’endroit et se déclarent disposées à souscrire la somme de $500.00 par an, tant que l’œuvre d’enseignement agricole durera.Voilà un résultat rassurant.Pourquoi pas ailleurs où les ressources permettraient cette action généreuse?En résumé, l’initiative nouvelle des autorités, si elle prend corps et se met en marche avec succès, devrait assurer, en même temps que la continuité terrienne, si désirable pour notre province, devrait assurer une agriculture mieux comprise et plus fructueuse, et, en conséquence, produire une bienfaisante prospérité à l’avantage de toutes les industries et de toutes les classes de notre pays.Ceux qui observent et qui voient savent que ce n’est pas la terre qui manque aux hommes; ce sont plutôt les hommes qui manquent à la terre.! Line occasion nouvelle nous est offerte.Ceux qui le peuvent devraient y répondre.Il est beau d’espérer.Mais, ce sont les actes qui décident de la valeur des hommes et des institutions, et les bons mouvements ne sont rien, s’ils ne deviennent de bonnes actions.Jean-Chs Magnan, Agr., Chef, Section des Jeunes agriculteurs, Ministère de VAgriculture, Québec.DE L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE NATIONALE Méthodologie (1) (Pour Y Enseignement Primaire) IL—l’histoire et la formation de l’enfant L’histoire surpasse en puissance éducative la plupart des autres disciplines: langues vivantes, langues anciennes, mathématiques, sciences physiques et naturelles, etc.Aussi le bon Rollin la regardait comme le premier maître qu'il faut donner aux enfants (2).Sa (1) Voir l’Enseignement Primaire de septembre 1932.(2) Traité des Études, livre V, avant-propos. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 71 méthode intégrale tient à toutes les autres disciplines: elle est,^ d’après le R.P.Charmot, dont nous résumons ici les idées, concrète et idéaliste, scientifique et littéraire, positive et philosophique: Concrète, basée sur des faits solidement établis; Idéaliste, s’adressant aux sens, à l’imagination, à l’intelligence, au cœur, à l’âme tout entière: “toute la symphonie des sentiments humains vibre dans ses cordes”; Scientifique, assujettie à une méthode rigoureuse qui apprécie la valeur des témoignages et des documents; à des recherches délicates faites avec un amour passionné de la.vérité; Littéraire, œuvre d’art autant que de science, exigeant d’un écrivain les plus brillantes facultés, mais soumises à une raison qui les discipline; Positive, adaptée aux réalités, basée sur des faits, non sur des utopies et des rêves, des idées préconçues ou un esprit de système qui la défigure; Philosophique, apprenant à regarder de loin et de haut, et voyant au-dessus des événements la main de Dieu qui les conduit.Dans cet office qui lui est propre, aucune discipline ne saurait la remplacer.Ainsi conçue, l’histoire est pour l’enfant un excellent moyen de formation intellectuelle et d’éducation morale.A.—l’histoire et l’éducation intellectuelle 1.L’histoire fortifie l’attention.—Elle la provoque, la captive, la tient en éveil; elle établit une communication intime entre le maître et l’élève, associe leurs intelligences et rend la leçon animée et profitable.L’attention profite à toutes les facultés, aux fonctions d’acquisition comme aux fonctions d’élaboration; elle les assouplit et développe leur puissance.Un enfant attentif est un enfant dont l’éducation est possible.Elle a son influence au point de vue moral: elle règle la sensibilité, la modifie; elle développe l’énergie et la volonté, produit l’effort indispensable à la vie intellectuelle et à la vie morale.De spontanée, elle devient volontaire et réfléchie, et se porte avec la même ardeur aux autres matières du programme.Tel est l’appoint considérable qu’apporte à la formation de l’esprit l’enseignement de l’histoire.2.L’histoire enrichit et développe la mémoire.—Il faut bien se garder de mépriser cette précieuse faculté qui emmagasine et conserve les connaissances.Mais l’enfant doit comprendre d’abord, lorsque la leçon lui a été expliquée, les mots et les expressions dont il se sert ne sont plus pour lui des sons vagues et imprécis; ce sont des idées claires et nettes qu’il faut exprimer en termes exacts.Dès le cours moyen, on fera apprendre quelques dates importantes que l’on gravera dans son esprit non par des procédés de mémotechnie, mais en se guidant sur l’enchaînement des faits et en s’aidant du principe de causalité.Chaque leçon peut donner lieu à un résumé court, correct, méthodique qui doit être appris mot à mot.On recommande de faire apprendre quelques pages remarquables des grands historiens nationaux: descriptions, récits, portraits, etc.Ce travail sera d’un grand profit pour la formation littéraire, surtout si l’on en fait ensuite l’explication oralement et par écrit.On le voit: il faut bannir absolument l’enseignement qui ne serait que pur exercice de mémoire et se réduirait à une sèche nomenclature de dates et de faits; il serait sans intérêt pour l’enfant et l’histoire y perdrait la plus grande partie de sa valeur éducative.3.L’histoire discipline et cultive l’imagination.—L’histoire doit être une résurrection, dit Michelet.Dans tous les cours, le maître doit la rendre pittoresque le plus possible, faire revivre les époques, les personnages, les mœurs, les usages, les coutumes, les formes spéciales de la civilisation (habitation, nourriture, vêtements, armes, état des lettres, des sciences, des arts, etc.).“Il importe qu’il joue lui-même le rôle de l’historien, qu’il tire les faits ou les hommes du passé, qu’il les évoque devant l’esprit de ceux qui l’écoutent, qu’il donne aux élèves les éléments nécessaires pour qu’ils se les représentent avec netteté et les créent à leur tour, bref qu’il parle à leur imagination et arrive à l’ébranler.Il pourra recourir aux tableaux historiques, aux gravures du livre, au dessin, aux productions de l’art, à la visite des monuments.Aussi bien il devra mettre de la chaleur, de l’émotion dans son récit pour raconter certains faits et décrire certaines scènes”.(Rayot.) 72 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE En un mot, le maître doit dramatiser l’histoire.C’est le sentiment unanime des grands éducateurs: "ianimez vos récits de tons vifs et familiers, faites parler vos personnages; les enfants qui ont l’imagination vive doivent croire les voir et les entendre” (1).“Il faut que les personnages historiques deviennent pour les enfants des êtres réels, vivants, qu’ils aiment ou qu’ils haïssent, qu’ils estiment ou qu’ils repoussent” (2).Le maître se formera à cette méthode en lisant certains ouvrages dont le style est particulièrement dramatique: Froissart, par exemple, dont les récits ont une vie extraordinaire; Augustin Thierry; Michelet dans ses pages de bonne inspiration; Thiers, modèle de narration bien conduite; Carneau, Ferland, Casgrain et autres historiens contemporains dont les récits font revivre les personnages, les événements, avec un talent qui les apparente à nos grands historiens français.4.L’histoire contribue à la formation du jugement et du raisonnement.—Kant veut qu’on enseigne l’histoire pour exercer l’entendement à bien juger.Il ne fait que répéter Montaigne qui écrit au chapitre de l’Institution des enfants: “Somme, je veux que l’histoire soit le livre de mon écolier.parce qu’il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain de la fréquentation du monde”.Sans l’histoire, ajoute-t-il,“nous sommes contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez”.Lorsqu’il en vient à l’esprit dans lequel doit se faire cet enseignement, il dit: “qu’on n’apprenne pas tant les histoires qu’à en juger”.Rien de plus juste.L’histoire est propre à former la raison spéculative et la raison pratiqiiej La raison spéculative, par la recherche tenace de la vérité, l’emploi de l’induction et de la déduction, par le recours à l’hypothèse, par une espèce de divination qui supplée à l’insuffisance des témoignages, par le soin de tenir compte de l’époque, du milieu, de la civilisation, du caractère spécial des personnages.La raison pratique, par des applications au gouvernement de la vie: l’histoire est comme le dit Cicéron, “la lumière de la vérité, la maîtresse de la vie”.Elle perfectionne la prudence, réduit les éventualités au nombre limité de celles qui se produisent; elle instruit sur l’avenir par le passé et le présent.Dans la pratique de l’enseignement, le maître groupe les faits, les enchaîne, les classe, remonte aux causes, mais en exigeant la collaboration des élèves.Sans cesse, il pose des pourquoi et des comment pour forcer l’enfant à réfléchir et à penser, pour l’inviter à trouver la raison explicative ou du moins à choisir entre les diverses causes possibles celle qui a le plus de chance d’être la vraie.“Dans l’enseignement de l’histoire, ce qui importe, c’est d’organiser les faits, de les rattacher les uns aux autres par des rapports de cause à effet, de moyen, afin de faire de chaque époque principale un système où l’esprit voit clair.C’est seulement à cette condition que les leçons du maître seront retenues et gravées pour longtemps.Mais ceci montre encore davantage l’erreur de concevoir l’histoire comme se rapportant exclusivement à la mémoire: elle demande du jugement.Aussi sera-t-il intéressant pour le maître de faire procéder à des comparaisons, d’inviter à rechercher certaines analogies, d’éclairer ainsi certaines époques par certaines autres.C’est là un exercice essentiellement intellectuel qui ne peut avoir que d’heureux effets sur la pensée.A cet égard, l’importance de l’histoire pour la formation de Vesprit scientifique ne saurait se discuter”.(Rayot.) Louis Riboulet.ÉTUDE THÉORIQUE DE L’ATTENTION I.—L’attention n’est pas une “faculté” spéciale et autonome.Manifestation de la personnalité, elle est une tension de l’esprit qui a ses conditions, ses degrés et ses modes.II.—L’attention est le principe de l’intelligence et de la volonté.C’est elle qui met de la différence entre les hommes.Bile est le ressort de l’éducation intellectuelle et morale.L’art de l’éducateur consiste principalement à éveiller, à soutenir et à fortifier l’attention.(1) Fénelon, Éducation des filles, VI.(2) Guizot, Hist, de France racontée à nos petits enfants, avant-propos. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 73 III.—L’intérêt et l’attention ne se séparent pas.L’intérêt, générateur et moteur de l’attention, peut être provoqué par “l’objet”,mais sa vraie source est dans le “sujet”._ IV.—L’aperception—mainmise du “sujet” sur “l’objet”—fixe, nourrit, maintient l’attention en excitant et renouvelant l’intérêt.A l’école, c’est surtout l’attention aperceptive qu’il faut mettre en œuvre.V.—Instruire c’est étendre le cercle des idées de l’enfant par des aperceptions méthodiques et graduelles.VI.—Enseigner c’est aiguiller l’intérêt du “sujet” sur l’“objet” de l’enseignement.VII.—^Apprendre à connaître l’enfant est, pour l’éducateur, le premier des soins.(L’École attentive) Paul Bernard.OPINIONS PEDAGOGIQUES La composition française Quand on examine la manière dont se pratique l’exercice de la composition française dans nos écoles, on constate trop souvent cette anomalie : tandis que dans les classes d’examen le professeur attache le plus grand soin à cet enseignement qu’il juge, avec raison, très difficile et très important, dans les petites classes, au contraire, le professeur paraît s’en désintéresser.Cette négligence a, cependant, de fâcheuses conséquences; elle oblige les professeurs des grandes classes à revenir sur le chemin déjà parcouru au lieu d’aller de l’avant; elle compromet la formation de l’enfant, car certaines lacunes ne peuvent se combler dans la suite des études: les différents exercices de composition concourent à la formation de l’enfant,, chacun avec une fin particulière.Si on n’a pas enseigné, dans les petits cours, à un élève l’art de se servir de ses sens et d’observer avec justesse et intelligence au moyen de descriptions bien choisies et bien préparées, on aura beau, plus tard, dans les grandes classes par exemple, multiplier les dissertations, cela n’y remédiera pas.Il faudrait préciser notre méthode d’enseignement de la composition, après nous être assuré que nous en avons une, ce qui n’apparaît pas dans certains cas! Le professeur ne donne-t-il pas souvent n’importe quel sujet de devoir, le premier qui lui vient à l’esprit, comme si son unique but était d’occuper les enfants, alors qu’un peu de réflexion lui aurait fait découvrir, dans leurs études historiques, littéraires, ou même scientifiques, dans les événements extérieurs ou même dans l’actualité de la classe, un sujet bien d’accord avec les préoccupations des élèves et qui aurait eu grande chance de les intéresser?Les enfants, nous le savons, ne se passionnent pour une matière d’enseignement qu’autant que s’y intéresse le professeur qui la leur enseigne.Donc, n’attendons pas de résultats excellents si nous traitons la composition française pour nous en débarrasser.C’est une faute fréquente, tout imputable aux professeurs.Il en existe une autre encore: c’est qu’on n’impose pas, dans chaque cours, un genre particulier de sujets—sans exclusivisme,bien entendu—le mieux approprié, par ses difficultés, à l’âge et au développement des élèves, de façon que l’enfant qui a parcouru le cycle des différentes classes, ait pratiqué à coup sûr et d’une manière suivie, les principaux exercices de composition française: description, narration, portrait, etc.La “méthode” trop fréquente, qui consiste à “aller au petit bonheur”, rend impossible un enseignement sérieux.Comment enseigner d’une façon fructueuse les principes de la composition, si nous en parlons une fois en passant pour y revenir, une autre fois, à l’occasion, à plusieurs semaines de distance.Nos élèves auront sûrement oublié, à la seconde épreuve, ce que nous leur avions enseigné lors de la première, et l’effort aura été à peu près inutile de part et d’autre.Ces choses n’arriveraient pas, si nous faisions de l’exercice de narration, par exemple, l’exercice fondamental de la composition dans une classe.Nous serions alors forcés de répéter les principes se rapportant à ce genre, chaque fois que les élèves les auraient enfreints.Par ce travail soutenu sur un point bien déterminé, ils arriveraient à les posséder, et peut-être même à les observer.Les grandes classes en bénéficieraient: les enfants seraient moins embarrassés quand nous leur proposerions d’expliquer un texte narratif et quand nous leur donnerions une dissertation comprenant une partie narrative, la moitié des élèves produirait un travail suffisant. 74 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Pourquoi l’enseignement de la composition française n’est-il pas astreint à un programme bien limité et clairemant défini?Tandis qu’on discute à propos de matières de mémoire, comme l’histoire et la géographie, dans un enseignement destiné plus que tout autre à la formation de l’esprit, on se désintéresse de la méthode à suivre! C’est une anomalie, et il faudrait y remédier en se conformant, autant que possible, aux indications du programme officiel, auxquelles sont ajoutés quelques conseils et remarques très dignes d’intérêt.L’étude du style et de la composition se confond presque avec l’étude de la langue.Il est trop tôt de parler de “Compositions françaises”, même très simples, dans les petits cours.C’est assez exiger de ces jeunes débutants que de leur demander de s’exprimer correctement, sans trop de gaucherie, ajoutons—on peut l’attendre de quelques rencontres heureuses— avec un certain agrément, sur des sujets qui ne dépassent pas leur expérience et qui peuvent émouvoir leur sensibilité d’enfants.Suivent d’autres conseils sur la nécessité de ne donner à raconter aux élèves du cours élémentaire que des récits qu’on leur a d’abord lus ou contés en classe.Nous ne croyons pas beaucoup, même avec les petits, à l’efficacité de la lecture préalable qui a, pensons-nous, le défaut d’enlever tout intérêt au devoir.En revanche, nous croyons qu’une bonne préparation du devoir en classe est toujours nécessaire.Il est indispensable, à notre avis, que le professeur de petit cours écrive en tête de son emploi du temps, pour la composition française: 1° donner le devoir suivant, 2° l’expliquer.Cette explication sera plus ou moins longue, selon la difficulté du devoir, selon qu’un devoir du même genre aura déjà été donné ou non, elle portera sur le fond ou sur la forme, particulièrement selon l’effort que le professeur veut faire faire à son petit monde, mais elle ne saurait, en aucun cas, être supprimée.Arrêtons-nous encore à une autre idée.Est-il vraiment trop tôt pour parler de “Composition française”,même très simple,aux cours élémentaires?Si nous avons choisi des sujets vraiment simples, qui intéressent les enfants, si nous les avons soigneusement préparés, nous pourrons obtenir de vraies petites compositions qui ne manqueront pas d’agrément.Habituez vos jeunes élèves à répondre avec netteté à des questions précises et sur des phrases courtes et détachées; il sera plus facile de les corriger pour l’idée et pour la forme.On demandera, par exemple, quels sont les trois principaux traits de caractère de tel personnage?Quels sont les faits qui les révèlent?Supposons qu’il s’agisse du loup dans “le Petit Chaperon rouge”.La plupart des enfants répondront à peu près: il est méchant, il est cruel, ils est gourmand.Il faudra leur apprendre à répondre aux questions ainsi posées, par des mots abstraits; leur montrer que méchanceté et cruauté, ici font double emploi, leur faire chercher lequel est le mot juste, leur apprendre comment se nomme la gourmandise du loup.Pour arriver à écrire: “Les trois principaux traits de caractère du loup sont la gloutonnerie, la cruauté, la fourberie”, les enfants doivent faire une quantité de petites opérations intellectuelles dont ils trouveront, par la suite, un grand profit.On pourra demander, de même, après la lecture d’une fable ou d’une histoire quelconque, quel est le plus intelligent ou le plus sympathique de deux personnages et pourquoi.Exiger ici que les enfants répondent bien à la double question,—ce qui leur est difficile— et disent pourquoi l’un est intelligent et l’autre l’est moins, etc.Ces petits devoirs sont généralement très bien vus des enfants, parce qu’ils ont un air de devinette et qu’il y a peu à écrire, et du professeur, parce qu’ils sont rapidement corrigés.Il n’en reste pas moins vrai que la véritable composition française, dans les petits cours, sera la description.Dans un prochain article, nous étudierons ce sujet.F.Oudot, (Studia.) LE JARDIN ZOOLOGIQUE DE CHARLESBOURG (près Québec) Dans Y Enseignement Primaire de septembre nous avons dit un mot de l’heureuse initiative du Ministère de la Colonisation de Québec, qui dotera bientôt la vieille capitale d’un magnifique jardin zoologique.On s’est peut-être demandé pourquoi un jardin zoologique.Le sous-ministre de la Colonisation, M.L.-A.Richard, a répondu comme suit à cette question: Mais à quoi sert un jardin zoologique, se demandera-t-on peut-être ?Pourquoi emprisonner pour la vie tous ces pauvres animaux qui n’aspirent après tout qu’après la liberté des grands bois ? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 75 Les jardins zoologiques s’imposent pour bien des raisons et entre autres: 1.Pour faciliter aux naturalistes, aussi bien qu’aux simples amateurs, l’étude de cette importante partie des sciences naturelles qui concerne la zoologie.2.Pour permettre à la population en général d’utiliser agréablement et profitablement ses loisirs; 3.Pour orienter la jeunesse vers les choses de la nature, pour développer son sens de l’observation et pour l’amener tout naturellement à avoir des idées saines en matière de conservation et de protection.4.Pour ajouter un attrait de plus à ceux qu’une région ou qu’une ville doit offrir aux touristes.5.Pour inspirer des motifs nouveaux à ceux qui se livrent aux beaux-arts ou aux arts domestiques et pour les aider à varier leurs sujets.6.Pour donner à quelques-uns, chez nous, une raison et un moyen de suivre, même de loin, les études poussées qui sont faites en certains pays en matière de zoologie, et pour enlever à toute personne l’excuse facile, pour cacher sa paresse intellectuelle, d'invoquer les difficultés de se livrer à l’étude des sciences naturelles, dans la Province de Québec.Ceux qui ont eu la responsabilité de tracer les plans d’aménagement du jardin zoologique de Québec n’ignoraient pas les difficultés auxquelles ils devaient se heurter.Or, après avoir étudié consciencieusement plusieurs plans ils se sont finalement ralliés à un projet qui présente une double originalité et qui devrait entraîner l’adhésion de tous ceux qui, chez nous, s’intéressent à la faune, à l’architecture et à l’histoire canadiennes.Lorsque ce projet sera réalisé, d’ici quelques années, Québec possédera un jardin zoologique tout à fait différent des autres.On pourrait dire qu’il sera unique dans son genre, si la chose ne paraissait pas d’une prétention désagréable.L’idée, c’est d’en faire un jardin uniquement consacré à la faune de l’Amérique du Nord et où chaque ordre, chaque famille et chaque genre soit représenté par des spécimens types.L’idée, c’est encore de construire toutes les maisons et toutes les dépendances en s’inspirant de V architecture normande de façon à donner l’illusion d’un petit village canadien-français du 18'eme siècle.“L’ENSEIGNEMENT FRANÇAIS AU CANADA” Le dernier livre de M.l’abbé Groulx—(1) Ce dernier livre de M.l’abbé Lionel Groulx, paru en février 1932, à Montréal, aux Éditions Lévesque, unin-huit de trois cent vingt-sept pages au texte serré, très bien imprimé et de belle apparence, c’est L’Enseignement français au Canada—dans la Province de Québec.Il sera suivi, sous peu, d’un autre, son frère jumeau, qui portera le même titre, avec une variante, soit L’enseignement français au Canada—chez les minorités franco-catholiques.Ce sera, en deux volumes, toute l’histoire de l’enseignement français chez nous, au Canada, depuis les origines de la Nouvelle-France jusqu’à nos jours.“Ces études historiques que nous offrons aujourd’hui au public, écrit M.Groulx dans une note préliminaire, ont eu, pour origine, la préparation d’un cours en dix leçons destiné à la Sorbonne et à quelques universités catholiques de France.Ces leçons devaient prendre forcément le caractère synthétique.Les études préparatoires n’ont pu échapper à cetf^e préoccupation.On est donc prié de ne pas chercher, en ce volume, ce que l’auteur se défend d’y avoir mis: une monographie complète et détaillée de l’enseignement français au Canada.Telles quelles, ces études rendront peut-être quelque service: elles explorent un domaine assez peu fréquenté jusqu’ici par nos historiens.” Vraiment, à l’exemple des écrivains de réelle valeur, M.l’abbé Groulx est trop modeste.Son présent volume—comme sans doute celui qui viendra—mieux encore qu’une monographie complète et détaillée, est bien, je pense, une véritable et solide synthèse de tout ce qui s’est fait pour l’enseignement français, depuis les origines jusqu’à nos temps, dans la Nouvelles-France d’autrefois, dans l’ancien Bas-Canada et dans notre province de Québec d’aujourd’hui.Je ne suis pas surpris que les journaux et les revues de France nous aient parlé, l’an passé, avec tant d’éloges, de ces cours donnés en Sorbonne, dont le livre qui vient de paraître (1) Notre éminent collaborateur, M.l’abbé Élie-J.Auclair, de la Société Royale du Canada, a bien voulu noue commumquer un article qu’il a naguère écrit pour VAvenir du Nord, sur l’important ouvrage de M.l’abbé Groulx sur 1 enseignement du français au Canada. 76 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE prolonge le développement, et je comprends parfaitement que, présenté récemment comme thèse de doctorat, devant la Faculté des lettres de TUniversité de Montréal, ce volume ait valu à son auteur le titre de docteur ès-lettres avec la plus haute mention d’honneur —Maxima cum lande.L’Enseignement français au Canada—dans la Province de Québec est certainement, en effet, l’un des livres les meilleurs et les plus utiles, sinon le meilleur et le plus utile, qui ait été édité chez nous, ces années-ci, sur l’histoire de notre pays, ou, pour parler plus exactement, sur l’histoire de notre race au pays canadien.L’ESPRIT PRIMAIRE Le mot “primaire’’ a deux sens bien distincts.Trop de gens les confondent, souvent au détriment de l’instituteur primaire ou de personnes qui n’ont pu faire que des études primaires, mais qui ne méritent aucun mépris.M.R.Maurecourt répond à un lecteur de L’Ami du Peuple: Je n’ouvrirai aucun dictionnaire, et je dirai simplement, comme je le sens, que le mot primaire a deux sens bien distincts: 1° Il signifie élémentaire; il correspond au début, à ce que l’on étudie pour commencer.Exemple: enseignement primaire, école primaire, études primaires.En ce sens tout technique, il n’a, et ne peut avoir aucun sens péjoratif.Rien de plus respectable, de plus honorable, que l’enseignement primaire et les fonctionnaires qui donnent consciencieusement cet enseignement, 2° Le mot primaire a un autre sens, tout à fait différent.Il désigne toute personne qui tranche brutalement, a priori, soit par incapacité d’examiner une question à fond, soit par volonté systématique déjuger des choses conformément à une opinion préconçue.Et il est certain que dans cette seconde acception du mot, il y a malheureusement bien des “secondaires” et des “Isupérieurs” qui sont primaires.Et il est bien évident que chacun est libre, suivant son propre jugement, défaire entrer ou non tel ou tel personnage en vue dans cette catégorie.Inversement, il est des primaires (de la première définition) instituteurs ou élèves, qui ne méritent pas du tout d’être classés dans la seconde catégorie, parce qu’ils font preuve de cette qualité d’esprit—si voisine de ce qu’on appelle l’esprit scientifique—par laquelle on sait examiner les choses avec circonspection, avec impartialité, et surtout avec sûreté de jugement, avant de se prononcer, en un mot, avec bon sens.Suivent quelques exemples intéressants.En voici un, celui de Hello_ Le premier mot de l’homme médiocre (primaire, deuxième manière) qui juge, porte toujours sur un détail.Et ce détail est toujours faux, fût-il vrai.Il est faux par la place qu’il occupe, faux par l’importance qui lui est donnée, faux par l’isolement où il reste.Il a l’air de compter pour tout{ ce qui n’est rien, et pour rien ce qui est tout.C’est Bossuet sans doute qui a su donner le plus fortement l’idée de ce que peut être un primaire, par cette phrase magistrale: Le plus grand dérèglement de l’esprit consiste à voir les choses non pas telles qu’elles sont en réalité, mais telles qu’on désirerait qu’elles fussent.E.M.Maurecourt continue: Primaire, la politique de l’autruche qui met sa tête sous son aile et, ne voyant plus le danger, croit l’avoir ainsi supprimé.Primaire le cerveau de ceux que j’ai appelés les briseurs de baromètres, et qui croient en supprimant cet honnête instrument, empêcher orages et tempêtes.Et alors, encore une fois, je laisse à mon correspondant le soin de classer, ou non, M.X., ancien professeur de rhétorique, parmi les primaires seconde manière.“Ainsi sont réhabilités l’école et les instituteurs primaires, puisque le simple bon sens peut suffire à les préserver de l’esprit primaire.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 77 M.Maurecourt ajoute pour terminer: “Malheur aux individus et aux nations qui se laissent conduire par des primaires! “Ils vont droit aux abîmes.” Nous préférons lire sur un journal ces sages réflexions que le conseil de nous rallier à des primaires d’esprit qui pensent d’abord à la laïcité, celle de l’école, par l’enseignement dit neutre, celle de la famille par l’union libre ou le divorce.Primaires, ceux qui ne tiennent aucun compte de l’expérience et des enseignements de l’histoire; primaires, ceux dont un mysticisme d’ailleurs déformé, étouffe le bon sens commun.En somme, on peut être instituteur primaire sans être primaire au sens péjoratif, et on peut être un professeur de rhétorique, même excellent, et se montrer primaire quand on se mêle de raisonner sans tenir compte de la raison ni de l’expérience.L'École, Paris.L’ENSEIGNEMENT DU CHANT ET DE LA MUSIQUE À L’ÉCOLE {Deuxieme article) (1) “Objections, difficultés” Naturellement à l’encontre de l’enseignement musical à l’école, il se présente des objections et des difficultés.Les premières ne sont pas sérieuses.Les difficultés sont réelles, mais point insurmontables.-—De quoi s’agit-il, après tout ?—De faire de chaque enfant un musicien de carrière, un professionnel ?Évidemment non! En enseignant les éléments du calcul, vise-t-on à former des ingénieurs, des techniciens ?Pas immédiatement.Les notions élémentaires sont une base indispensable à des développements ultérieurs possibles.- La musique, nous l’avons vu, est d’usage courant dans la vie religieuse et sociale.Dès lors, pourquoi ne jouirait-elle pas, elle aussi, d’un enseignement régulier qui l’émanciperait de la routine où elle est enlisée ?Et cet enseignement, s’il est soigneusement dosé selon l’âge et les aptitudes, pourquoi ne pourrait-il être donné dès le début de l’assistance à l’école ?Alors les petits ont plus de loisirs et leurs facultés en éveil se prêtent bien à ces exercices.La leçon de musique et de chant, bien mise à leur portée, devient une diversion, une détente qui tient lieu de repos: économie d’un temps qu’il faudrait autrement dépenser en jeux.En outre, l’étude de la musique forme à la discipline, développe l’esprit d’observation et complète l’éducation.“Le chant bien exécuté,” dit un médecin français de renom, “améliore la respiration; il est au premier chef un purificateur de l’organisme, un stimulant de toutes les fonctions”.(Dr Wicart, Paris) * ?* Mais tous ne sont pas doués î C’est un fait que les aptitudes musicales varient d’un enfant à l’autre.Mais n’en est-il pas de même pour toute autre matière scolaire ?Y voit-on un motif de les écarter ?Non! On mesure la besogne et les efforts qu’elle réclame à la moyenne collective et l’on obtient les résultats désirés.Le classement s’établit; il y en a qui brillent au premier rang, d’autres sont à l'arrière, mais ils finissent par acquérir une certaine compétence.Du reste, pour revenir au point, est-il si certain que nombre d’enfants sont dépourvus d’aptitudes musicales et, par suite, incapables de formation ?Il semble bien que le contraire est plutôt vrai, d’après le témoignage de l’expérience.Et puis, même dans le nombre restreint de ces déshérités de la fortune musicale, la plupart sont susceptibles, surtout dès le bas âge, d’un développement parfois étonnant.(1) Voir VEnseignement Primaire de Septembre 1932. 78 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE A force d’entendre leurs petits camarades, l’instinct d’imitation propre à leur âge, aiguillonné par l’émulation toujours ardente en eux, fera que les moins doués emboîtent le pas et donnent un rendement inespéré.* * * Mais la musique est difficile A première vue, oui; parce qu’on semble en compliquer à plaisir l’enseignement, faute de le bien graduer.La plupart des manuels, sans souci pédagogique, présentent à la fois toutes les notions de même nature, avec le résultat inévitable de surcharger et de décourager.C’est que leur objectif est de presser indûment le pas, pour former des spécialistes en musique.Une telle manière de faire est en contravention avec le but que l’on se propose en introduisant l’étude de la musique à l’école.En ce dernier cas, le programme à parcourir doit être: 1° fort restreint; 2° soigneusement dosé et gradué d’après l’âge et les aptitudes moyennes des élèves; 3° il doit être d’ordre pratique avant tout, et écarter provisoirement tout ce qui est de pure théorie et de questionnaire à apprendre par cœur.Chez les enfants, les tout jeunes surtout, l’action, l’activité personnelle s’impose.Les explications abstraites, le “par cœur” les ennuient, les embrouillent et les dégoûtent.Avant qu’on lui enseigne à lire, l’enfant a appris à parler; il a tout un petit vocabulaire à son usage.C’est en utilisant ce dernier qu’on saura l’intéresser à la lecture et qu’on obtiendra de lui de rapides progrès.De même pour la musique, faire apprendre d’abord quelques petits airs faciles, de peu d’étendue, qu’on leur fera solfier ensuite en leur expliquant les signes.* * * Mais cet enseignement est inutile “Eh! oui.—“Sans lui, en effet, on a jusqu’ici obtenu de bons résultats.Bien plus, il y a des “avantages à cette lacune, car les exécutions sont meilleures, paraît-il, quand tout le personnel “chanteur possédant sa partie de mémoire et n’étant pas astreint à sa copie, suit plus fidèlement “la direction”.Voilà qui semble bien le fidèle écho de l’opinion courante et la justification de la routine qui sévit un peu partout.Reprenons: “Sans se donner la peine d’apprendre la musique, on a obtenu de bons résultats”.Je présume que l’on sous-entend ici la musique vocale, et qu’il ne s’agit ni des “violoneux, ni des joueurs d’harmonica, d’accordéon et autres instruments du genre”.Que faut-il entendre par ces bons résultats dont on se prévaut ?Pour formuler une juste appréciation et rendre un verdict judicieux, il faut considérer la valeur de l’œuvre mise à l’étude, sa préparation, son exécution.Si l’œuvre est très facile,—ce qui est le cas le plus fréquent,—elle risque d’être banale, de goût médiocre et de qualité inférieure.Si elle a du mérite et une réelle valeur, elle exigera des efforts et le labeur d’une longue préparation, vu l’insuffisance musicale des choristes.Reste l’aléa de l’exécution où le moindre accident peut amener un désastre.Dans le premier cas, on reste dans le médiocre; dans le second, on gaspille un temps énorme sans profit ultérieur; dans le troisième, l’interprétation ne sera probablement pas ce qu’elle devrait être avec des éléments mieux préparés.Sont-ce là de bons résultats ?Mais soyons bons princes: admettons qu’ils soient satisfaisants, ne le seraient-ils pas davantage, si les exécutants avaient été munis d’une certaine formation musicale et vocale, même élémentaire ?La réponse s’impose d’elle-même.* * * Mais nous n’avons pas le temps d’étudier la musique C’est juste.En effet, ce n’est pas à quinze, à dix-huit, à vingt ans qu’on a les loisirs et surtout la patience et le courage de s’atteler à ces études; les eût-on que les facilités de le faire (professeur, manuel, etc.) font défaut.Et c’est précisément pour ces motifs qu’il faut que l’enseignement musical soit donné de bonne heure à l’école, suivant la sage recommandation de Pie X, reprise et renforcée par Pie XI.On n’a pas le temps (lisez la volonté) de s’assimiler les rudiments de la musique, mais on en trouve pour de multiples répétitions où l’on avance à pas de tortue pour apprendre quelques pièces L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 79 à coups d’exercices, et cela sans bénéfice, car on n’est guère plus avancé après qu’avant pour aborder l’étude d’autres œuvres.“On veut récolter sans avoir semé”; voilà qui résume la situation! C’est l’histoire de deux fermiers et de leurs pommiers.Je l’emprunte à l’article de Mme Ward, duquel j’ai fait plus haut une citation: “Tous les deux désiraient une ample récolte de fruits.L’un se mit à bêcher et engraisser le “terroir, à tailler ses arbres, et il attendit que les rayons du soleil et la pluie du ciel produisissent “la récolte.L’autre fermier désirait un résultat qui flattât les regards et il le désirait immédiat.“Il ignorait la taille des arbres et ne se souciait guère de bêcher; il ne désirait qu’une chose, des “fruits.Il acheta donc tout un panier de belles pommes qu’il attacha une à une aux branches de “son arbre!” Pour une bonne part, le travail de direction chorale ne consiste-il pas à attacher de grosses pommes bien rouges à de petites branches stériles ?Quant à la prétention que l’exécution de mémoire, sans copies, est supérieure en excellence, cette prétention est pour le moins discutable.Elle ne saurait se justifier que dans le cas des enfants, dont la mémoire est si prompte et si tenace.Et même en un tel cas, c’est un procédé tout d’occasion qui ne saurait ni tenir, ni produire de résultats sérieux.La lecture musicale ne se supplée pas.* * * Comment organiser Renseignement de la musique à Eécole?C’est le nœud gordien à trancher.Les difficultés sont multiples, quand il s’agit d’un mouvement d’une telle envergure et qui doit mettre en branle tout un personnel déjà bien affairé.Le plan d’études musicales aux écoles primaires suppose un programme et exige des manuels et des professeurs en état d’enseigner.Le travail du professeur et sa compétence dépendent intimement de son outillage; dans le cas actuel, du manuel à utiliser et de la méthode à suivre.r Le manuel lui-même doit être calqué sur le programme à parcourir et sur les années que le cours scolaire embrasse.Aux écoles primaires ce programme ne doit pas dépasser les rudiments de la musique: valeur des notes, (rondes, blanches, noires); mesures simples à deux et trois temps; connaissance de la gamme majeure et des intervalles naturels; directions fondamentales Sur l’émission des sons, sur la respiration (point fondamental et presque entièrement négligé), vocalises faciles pour assouplir et développer la voix.Ce sont les grandes lignes d’un enseignement à répartir en quatre ou cinq années.Nous en ferons le sujet d’un troisième article.C.-H.Lefebvre, S.J.LES SCIENCES NATURELLES DANS L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE II A Pécole primaire (1) A) Rôle éducatif.1° Ce qu’il faut avant tout demander aux sciences naturelles, c’est de développer Y esprit d’observation des enfants.C’est que Y observation des faits est le procédé fondamental de ces sciences, auquel tous les autres (hypothèse, expérimentation, induction) sont subordonnés.Sans doute, les sciences biologiques font un constant appel à l’expérimentation, dont la pratique contribue au plus haut degré au développement de Y esprit critique.Mais, l’expérimentation, chez elles, est difficile et délicate à cause de la complexité même des phénomènes biologiques.Il me semble que l’initiation à la méthode expérimentale, qui n’est du reste accessible qu’aux élèves des cours avancés, doit être réservée aux sciences physico-chimiques, dont les phénomènes sont plus simples et se prêtent mieux à des relations numériques.(1) Yoît l’Enseignement Primaire de septembre 1932. 80 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’observation attentive, précise et méthodique n’est pas un acte aussi simple et aussi facile qu’on le croit souvent.Elle exige, en même temps qu’elle les développe, des qualités intellectuelles éminemment précieuses, telle que la curiosité, dont on a pu dire qu’elle est le commencement de la phisolophie et de toute science (Platon), telle que la sagacité, vertu indispensable à l’art du discernement.Elle exige et développe encore les qualités morales de patience, de courage et d’impartialité.Pour que les exercices d’observation puissent atteindre à un tel rendement intellectuel et moral, surtout dans les limites de l’enseignement primaire, il faut certes toute l’adresse d’un maître compétent.Mais cette condition étant remplie, rien ne permet de douter qu’ils doivent échouer.Et s’il est vrai que l’esprit d’observation est l’une des qualités dont nous sommes le plus pauvrement pourvus, nous serions inexcusables de ne pas commencer à l’inculquer aux enfants, et de ne pas recourir, à cette fin, et dès l’école primaire, aux disciplines scientifiques les plus aptes à le développer.2° La classification est un procédé caractéristique des sciences naturelles.Or, elle met en jeu un mécanisme psychologique éminemment éducatif, Elle implique, en effet, une observation précise des objets à classer, puis, une comparaison de ces divers objets, qui fait abstraction de certains de leurs caractères et n’en retient que certains autres.Par quoi, cet exercice favorise au plus haut degré la formation du jugement.L’enfant étant volontiers collectionneur des plus futiles objets, serait-il plus difficile de l’habituer à classer des plantes, des coquillages, des insectes, plutôt que des images ou des timbres-poste ?En exploitant cette tendance naturelle de l’enfant, nous développons en même temps chez lui des habitudes à’ordre et de propreté, car classer c’est mettre chaque chose à sa place.3° Rien n’égale le monde vivant en richesse et variété de splendeurs.Le moindre organisme végétal ou animal, peut devenir le point de départ d’une émotion esthétique ou d’une leçon de beauté, si le maître peut mettre en lumière les éléments artistiques qu’il contient.—(d suivre).Dr Geo.Préfontaive, Professeur de biologie à l’Université de Montréal et à l’École normale de Saint-Hyacintre.LA TÊTE ET LE CŒUR (Dialogue)^—«uite et fin (1) (Pour Y Enseignement Primaire) Jeannette.—Cela peut se trouver, j’en conviens.Mais il faut que le cœur s’en mêle.Car la délicatesse est une qualité du cœur.Un bon cœur ne fait de mal à personne, qu’il s’allie ou non à la finesse d’esprit.Et cela montre la supériorité du cœur sur l’esprit, puisqu’il lui donne de sa richesse.La bonté attire tout le monde, tandis que l’esprit tend à éloigner même ceux qu’il amuse, parce qu’il les fait craindre d’être un jour- ou l’autre la cible de ses traits, étant de sa nature de n’épargner personne, à l’occasion.Fernande.— Il faut se rendre à l’évidence.En ce domaine, le cœur a décidément l’avantage sur la tête.Et cependant nous n’avons fait que l’effleurer.Quels trésors n’y découvririons-nous pas en l’explorant?La bonté du cœur prend toutes les formes: bienfaisance, pitié, tendresse, sollicitude, dévouement, sacrifice.Et il n’y a pas danger de s’y tromper, comme pour le bel esprit.Aquiline.—Oui, mais cela ne tranche pas la question générale.Il est d’autres domaines où la tête prend sa revanche.Alma.-—Lesquels?Aquiline.—Celui de la littérature, par exemple.Que d’écrivains illustres! que de beaux ouvrages il nous est donné de lire! On y admire tour à tour tous les dons de l’esprit et de l’imagination, unis aux agréments du style.Adrienne.—Et le sentiment, qu’en faites-vous ?Ne constitue-t-il pas une grande partie du charme que procure un ouvrage bien fait ?Paulette.—Oui, mais vous conviendrez que, si le cœur y a sa part, c’est surtout avec la tête qu’on fait un livre; qu’on en conçoit d’abord l’idée, qu’on en dispose les parties, qu’on (1) Voir VEnseignement Primaire de septembre 1932. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 81 en trouve l’expression.C’est la raison elle-même qui y assigne au sentiment sa place.Et c’est le goût, cette fleur de la raison, qui possède les secrets du style.En un mot, c’est la pensée qui domine dans un ouvrage, et quand on parle de l’auteur, on dit qu’il a du talent ou du génie.Jülie-Anna.—Je pourrais bien vous répondre en vous citant le mot de Vauvenargues: “Les grandes pensées viennent du cœur”; et celui de Pascal: “Le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas.” Mais je préfère vous laisser l’avantage en cette matière et convenir qu’on désigne les livres, en général, par le terme à’ouvrages de l’esprit.Je me reprends sur la parole.“C’est le cœur, selon un autre mot célèbre, qui rend éloquent”, et les orateurs sont parmi les plus grands hommes.Et si Bossuet domine toute la littérature française, c’est grâce à son éloquence.Madeleine.—Mais on dit aussi que ses livres d’histoire, de controverse, de théologie, le placent parmi les plus grands génies de l’humanité, et que c’est grâce à son génie qu’on l’appelle l’Aigle de Meaux.Ce n’est pas tout.Vous devez m’accorder encore que, dans tous les domaines, le génie appartient à la tête.J’ajouterai donc au grand nom de Bossuet: dans les lettres encore, Fénelon, Pascal, Corneille, Racine, Dante, Virgile, et une multitude d’autres; dans les arts, Raphaël, Michel-Ange, Mozart, pour ne parler que de ceux qui dominent tous les temps; dans les sciences, tous les grands découvreurs et inventeurs, un Newton, un Laplace, un Pasteur, un Edison; dans la philosophie et la théologie, celui qui résume tous les autres, saint Thomas d’Aquin, que la sublimité de son esprit a fait surnommer l’Ange de l’école, et son maître saint Augustin, la lumière des premiers siècles de l’Église et qui éclaire encore les nôtres.Vous ne nierez pas que tous ces grands hommes aient, par leur esprit, fait honneur à l’humanité.Jeannette.-—Non, nous ne le nierons point.Mais, en regard du génie, je mettrai l’héroïsme.Sans parler des Saints, qui sont tous des héros, voyez cette armée de missionnaires qui abandonnent tout ici-bas pour gagner des âmes à Jésus-Christ; voyez ces légions de vierges qui consacrent leur vie aux déshérités de ce monde; voyez ces milliers de soldats qui font à la patrie un rempart de leurs poitrines et répètent stoïquement, avant d’être fauchés par la mort: ils ne passeront pas! Voyez, chez nous, cette Madeleine de Verchères qui vaut, à elle seule, une armée; voyez ces braves du Long-Sault qui se font tuer jusqu’au dernier pour sauver leurs frères; voyez tous nos héros et toutes nos héroïnes au berceau et au cours de notre histoire: un Champlain, un Maisonneuve, un Montcalm, un Sala-berry; une Marie de l’Incarnation, une Jeanne Mance, une Marguerite Bourgeoys, une madame de la Peltrie, une d’Youville, une madame Roy, voyez enfin nos incomparables martyrs.Voyez briller les noms de Carillon, de Ste-Foye, de Châteauguay et des missions jésuites.Y a-t-il quelque chose de plus beau que ces prodiges ?Et, si les grands génies font honneur à l’humanité, ces grands cœurs et ces grandes choses n’en sont-ils pas la gloire ?Claire.—Impossible de le nier et d’empêcher nos cœurs de battre au rappel de ces souvenirs.Mais, pour relever encore le génie, puisque nous parlons de la gloire militaire, à qui revient-elle, en définitive ?N’est-ce pas au général ?Qu’est-ce qui gagne les batailles ?N’est-ce pas le calcul du chef?N’est-ce pas la “sublimité de génie” qui, au dire de Bossuet, a fait un Condé ?Après Alexandre, César, Napoléon, qui sont les plus grands noms de l’histoire, vient Foch, peut-être le plus grand de tous.Éh bien, à quoi les Français et leurs alliés de la grande guerre durent-ils la victoire ^finale, si durement achetée et si longtemps attendue, si ce n’est, comme on nous l’a raconté, à la géniale stratégie du maréchal Foch?Napoléon disait justement qu’à la guerre il faut avoir le cœur dans la tête, et cela est le don du chef.Fernande.—Napoléon poussait peut-être trop loin lui-même cette qualité extraordinaire, sans égard pour le sang de ses soldats.Foch fit mieux.Dès que l’ennemi eut enfin capitulé, comme on nous l’a dit également, pour épargner une goutte de sang de plus, il arrêta le feu sur tout l’immense front de ses armées.Il pouvait aller à Berlin et remporter une victoire auprès de laquelle eussent pâli tous les Austerlitz et tous les Waterloos.Sa magnanimité l’en empêcha, et Foch fut encore plus grand par son cœur que par sa tête.Gilberte.-—Je m’applaudis, Mesdemoiselles, de vous avoir conviées à discuter ce sujet.De la discussion ont surgi toutes sortes de belles pensées, d’aperçus ingénieux, de considérations éloquentes.Des deux côtés on a fait valoir les meilleurs arguments, et des deux côtés on a plaidé avec chaleur.Et je vois venir le moyen, non pas de les préférer l’un à l’autre, mais de concilier le cœur et la tête.Mais auparavant je vous signalerai un terrain où votre discussion n’est pas descendue.Le cœur est fait pour aimer, et nous n’avons pas parlé de l’amour.Paulette.—C’est un terrain délicat.Madeleine.—Et c’est ici que la tête reprend tous ses avantages, si elle en avait besoin.Qui ne sait, en effet, que, dans ce domaine, le cœur ne fait que des sottises ?Ce n’est pas pour rien qu’on représente l’amour les yeux bandés; aussi marche-t-il à l’aveugle et entraîne-t-il ses victimes dans tous les précipices.3 82 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE • Adrienne.—Oui, mais l’amour profane n’est pas le seul.En dehors de lui, que de nobles amours! L’amour maternel, par exemple, Qui dira jamais sa tendresse, sa profondeur, son inépuisable dévouement, son héroïsme ?Il n’aurait d’égal que l’amour paternel, s’il pouvait être égalé.C’est par des sacrifices, des travaux, des peines de tous les jours et de toutes les heures, que nos pères et nos mères nous témoignent leur amour.Toutes.—Oh! que cela est vrai! Gilberte.-—Voilà le cri du cœur.Fernande.—Oui, mais répondons-nous à la tendresse dont nous sommes l’objet par un amour filial plein de respect, de soumission et de reconnaissance?Notre légèreté ne nous fait-elle pas oublier, trop souvent, ce que nous devons à nos parents ?Ici, pas d’excès à craindre; pas d’exagération possible.Nous n’aimerons jamais trop, jamais assez, ceux qui nous ont donné la vie, nous la conservent avec tant de sollicitude, et mettent le comble à leur amour en nous procurant une éducation de choix, gage d’un avenir assuré et d’une vie utile.Aquiline.—Comment pourrions-nous ne pas partager ces sentiments?Notre raison nous le commande autant que notre cœur nous y invite.Alma.—N’oublions pas la douce amitié, un des plus beaux sentiments de l’âme humaipe, la consolation et la force de la vie, le soutien dans l’épreuve, le partage des joies et des peines.Nous sommes ici des sœurs; nous goûtons le charme et sentons le bienfait de l’amitié et de la fraternité chrétiennes.Claire.—Il est bien vrai; car nous sommes les enfants d’une autre Mère, bonne comme la nôtre, que nous aimons comme elle, et dont nous sommes si heureuses de célébrer aujourd’hui la fête.Toutes.—Oh! Oui.Gilberte.—Nous voilà unies dans un même sentiment d’estime et d’affection fraternelle et filiale.Il nous sera facile de rapprocher nos esprits et nos cœurs sur le sujet que nous venons de débattre amicalement.Vous avez montré d’ailleurs qu’il n’est pas si difficile qu’il le paraissait d’abord d’accorder la tête avec le cœur.Sans doute, pris séparément, ils semblent tous deux avoir l’avantage l’un sur l’autre, tellement ils sont tous deux grands et nobles et tellement ils s’identifient avec notre nature raisonnable.Il n’est que trop vrai qu’ils peuvent entrer en conflit, s’égarer aussi, l’un ou l’autre, et parfois l’un et l’autre.Mais ce n’est pas dans leurs dissensions et leurs égarements qu’il faut les considérer.Ils sont faits pour s’entendre et marcher de concert, en se prêtant un mutuel secours.L’intelligence éclaire la volonté, et la volonté commande à l’intelligence; par suite, la vérité et le bien illuminent et animent toute notre vie.Le cœur sans la tête est aveugle et nous entraîne aux abîmes; la tête sans le cœur est un fanal inutile.Mais la tête avec le cœur font les vies ordonnées et bienfaisantes, et, s’ils sont de premier ordre, les vies glorieuses et bénies, et, s’ils se transfigurent dans la foi et la charité, les vies saintes que la religion canonise sur la terre et dans le ciel.METHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUÉE A L’ECOLE PRIMAIRE SUPERIEURE ET A L’ECOLE NORMALE Les laboureurs (GEORGE SAND, LA MARE AU DIABLE) Je marchais sur la lisière d’un champ que des paysans étaient en train de préparer pour la semaille prochaine.Le paysage était vaste et encadrait de grandes lignes de verdure, un peu rougie aux approches de l’automne, ce large terrain d’un brun vigoureux, où.des pluies récentes avaient laissé, dans quelques sillons, des lignes d’eau que le soleil faisait briller comme de minces filets d’argent.La journée était claire et tiède, et la terre, fraîchement ouverte par le tranchant des charrues, exhalait une vapeur légère.Dans le haut du champ, un vieillard poussait gravement son areau de forme antique, traîné par deux bœufs tran- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 83 quilles, à la robe d’un jaune pâle, véritables patriarches de la prairie, hauts de taille, un peu maigres, les cornes longues et rabattues, de ces vieux travailleurs qu’une longue habitude a rendus frères, comme on les appelle dans nos campagnes, et qui, privés l’un de l’autre, se refusent au travail avec un nouveau compagnon et se laissent mourir de chagrin.Mais ce qui attira ensuite mon attention était véritablement un beau spectacle, un noble sujet pour un peintre.A l’autre extrémité de la plaine labourable, un jeune homme de bonne mine conduisait un attelage magnifique, quatre paires de jeunes animaux à robe sombre, mêlée de noir fauve à reflets de feu, avec ces têtes courtes et frisées qui sentent encore le taureau sauvage, ces gros yeux farouches, ces mouvements brusques, ce travail nerveux et saccadé qui s’irrite encore du joug et de l’aiguillon et n’obéit qu’en frémissant de colère à la domination nouvellement imposée.C’est ce qu’on appelle des bœufs fraîchement liés.L’homme qui les gouvernait avait à défricher un coin naguère abandonné au pâturage et rempli de souches séculaires, travail d’athlète auquel suffisaient à peine son énergie, sa jeunesse et ses huit animaux quasi indomptés.Un enfant de six à sept ans, beau comme un ange, et les épaules couvertes, sur sa blouse, d’une peau d’agneau qui le faisait ressembler au petit saint Jean-Baptiste des peintres de la Renaissance, marchait dans le sillon parallèle à la charrue et piquait le flanc des bœufs, avec une gaule longue et légère, armée d’un aiguillon peu acéré.Les fiers animaux frémissaient sous la petite main de l’enfant et faisaient grincer les jougs et les courroies liés à leur front, en imprimant au timon de violentes secousses.Lorsqu’une racine arrêtait le soc, le laboureur criait d’une voix puissante, appelant chaque bête par son nom, mais plutôt pour calmer que pour exciter; car les bœufs, irrités par cette brusque résistance, bondissaient, creusaient la terre de leurs larges pieds fourchus, et se seraient jetés de côté, emportant l’areau à travers champs, si, de la voix et de l’aiguillon, le jeune homme n’eût maintenu les quatre premiers, tandis que l’enfant gouvernait les quatre autres.Il criait aussi, le pauvret, d’une voix qu’il voulait rendre terrible et qui restait douce comme sa figure angélique.Tout cela était beau de force ou de grâce: le paysage, l’homme, l’enfant, les taureaux sous le joug; et malgré cette lutte puissante où la terre était vaincue, il y avait un sentiment de douceur et de calme profond qui planait sur toutes choses.Quand l’obstacle était surmonté et que l’attelage reprenait sa marche égale et solennelle, le laboureur dont la feinte violence n’était qu’un exercice de vigueur et une dépense d’activité, reprenait tout à coup la sérénité des âmes simples et jetait un regard de contentement paternel sur son enfant, qui se retournait pour lui sourire.COMMENTAIRE LITTÉRAL lÀsïere: du latin lista, bordure.Donc, bord.Être en train de: Train désigne le mouvement d’une personne, d’un animal ou d’une chose qui est en action.Donc être en train de signifie être en mouvement, en action pour faire une chose.Semaille: action de semer.Usité surtout au pluriel.Le paysage était vaste et encadrait: Deux aspects successifs du même paysage: 1° pris dans son ensemble, dans toute son étendue; 2° pris à son extrémité, à sa ligne d’horizon et considéré maintenant comme le cadre qui limite cette vaste étendue.Un brun vigoureux: brun intense, vif et se détachant nettement sur les autres couleurs.Le tranchant des charrues: Le contre ou fort couteau fixé à l’avant du soc.Lignes d’eau: au fond des sillons, l’eau ne peut s’étaler, mais s’allonge comme une ligne.Exhalait: émettait comme une haleine.Areau: charrue toute de bois.Robe: sens dérivé, poil ou plumage d’un animal considéré surtout quant à sa couleur.Patriarches: leur ancienneté, leur taille, leur énergie, tout cela leur confère, parmi les animaux de la prairie, la même dignité qu’aux patriarches parmi les hommes.Privés l’un de l’autre: participiale hypothétique, si l’un est privé de l’autre.De bonne mine: Mine=l° l’apparence du visage (avoir bonne mine).—2° l’air, l’aspect général de quelqu’un (c’est ici le cas).—3° l’apparence, opposée à la réalité.L’attelage: ensemble de bêtes attelées.Noir fauve: noir à reflets roux (peut-être sous les rayons du soleil).Frisées: dont les poils bouclent.Sentent le taureau: Au sens figuré, sentir signifie exhaler un parfum qui rappelle un autre objet (sentir l’œillet, sentir l’étable, etc.).Ici l’idée d’odeur a disparu et seule subsiste l’idée de souvenir, d’évocation, de comparaison.Farouches: fiers, indomptables. 84 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce travail nerveux et saccadé: qui procède par mouvements brusques et d’ailleurs vigoureux (cf.l’expression, avoir du nerf.—C’est tout autre chose qu’avoir ses nerfs.) Ce travail qui s’irrite: Syllepse pour “en travaillant les bœufs s’irritent.En frémissant: avec une agitation convulsive.A la domination: à, préposition causale, à cause de la domination.Fraîchement liés: récemment attachés au joug.—Plus haut déjà, nous avons eu “la terre.fraîchement ouverte”.Mais l’adverbe gardait là quelque chose de son sens premier; car, ouverte depuis peu, la terre garde quelque chose de sa fraîcheur.Gouvernait: plus fort que conduisait et même dirigeait.Indique mieux la difficulté de l’opération, et l’habileté qu’elle exige.Défricher: labourer pour la première fois un terrain en friche, c.-à-d.inculte.Naguère: récemment (il n’y a guère de temps).Ne pas confondre avec jadis qui signifie au temps passé.Souches: Partie du tronc qui reste en terre avec les racines quand l’arbre a été coupé.Séculaires: Vieilles au moins d’un siècle.Travail d’athlète: 1° apposition à “avait à défricher”, etc.—2° athlète, lutteur de profession, puis homme vigoureux, entraîné à l’effort.Quasi: conjonction latine signifiant comme si et devenue en français synonyme de presque.Indomptés: C’est à peine si on a pu encore se rendre maître (dominus) de ces jeunes bœufs farouches.Beau comme un ange: Comparaison usuelle et qui serait banale, si, familière au peuple, elle ne s’appliquait ici à un personnage populaire.Peintres de la Renaissance: peintres italiens du 15e et du 16e siècle qui ont souvent représenté saint Jean-Baptiste enfant et vêtu d’une peau de mouton.Le sillon parallèle: celui qui vient d’être creusé.Gaule: longue branche.—Cf.gauler, abattre des fruits avec une gaule.Acéré: dérivé de acier et avec deux sens voisins l’un de l’autre: 1° à la pointe aigûe (c’est ici le cas); 2° au tranchant affilé.—On a exprès confié, un aiguillon peu acéré à l’enfant dont la main inexperte aurait pu blesser les bœufs.Fiers: même sens que plus haut, farouches.Grincer: produire un son aigre par le frottement.Le timon: longue pièce de bois qui, dans un attelage à deux, relie le véhicule (ici, la charrue) à la tête ou aux flancs des animaux de trait.Sur le timon, on fixe soit le joug, soit les harnais.Impriment: communiquent par pression.Secousses: Mouvements brusques en tous sens.Bondissaient: les bœufs ne font pas de vrais bonds, et pour cause; mais leur allure devient brusque, irrégulière.Pieds fourchus: formé de deux parties cornées nettement séparées, le pied du bœuf présente, pour ainsi dire, une bifurcation.Maintenu: tenu, retenu avec la main.Le pauvret: aucune idée de pauvreté, bien entendu, sinon au sens figuré: l’enfant est pauvre de force.Ce diminutif exprime une pitié amicale, sans aucun dédain.Tout cela: expression expliquée par l’énumération qui suit.Un sentiment de douceur et de calme: Le paysage, les bêtes (au moins les deux bœufs tranquilles du début), les hommes se sentent dans le calme et la douceur.Planer: se tenir en l’air, sans remuer les ailes, en les gardant planes.L’obstacle: la racine ou la pierre qui s’était dressée (stare, ob) devant la charrue.Était surmonté: c’est bien le mot propre: On avait passé par-dessus.Solennelle: lente, pesante, régulière la démarche de ces grands bœufs a quelque chose de majestueux., La feinte violence: Les cris du laboureur n’étaient que colère affectee, pour dompter 1 attelage.Au fond de lui-même, il restait très calme.Mais, en même temps, cet “exercice de vigueur”, cette “dépense d’activité” lui était agréable et comme salutaire.Sérénité: calme pur, absolu.Des âmes simples: qui, justement, ne compliquent rien et ne s’embarrassent pas de soucis inutiles.Pour lui sourire: sourire d’amitié et aussi de satisfaction, son père et comme lui.ANALYSE LITTÉRAIRE l’enfant étant fier de travailler avec Nous trouvons ici d’abord un tableau rustique admirablement composé, ce tableau comportant un paysage, des bêtes, des hommes.T Le pavsage nous offre à la fois de grandes lignes simplifiées et quelques details choisis.Les grandes lignes d’abord: son étendue, ses limites avec leur teinte verte “un peu rougie aux approches de l’automne”, son “large terrain d’un brun vigoureux”.Et voici les détails, peu nombreux, mais expressifs: “des pluies récentes avaient laissé, dans quelques sillons, des lignes d’eau que le L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 85 soleil faisait briller comme des filets d’argent”.Enfin, l’atmosphère dans laquelle semblent baigner toutes choses: “La journée était claire et tiède, et la terre.exhalait une vapeur légère.Ainsi tout est indiqué: les lignes, les lumières, la couleur, la saison, l’heure du jour (le soleil doit être assez haut déjà pour faire briller l’eau au creux des sillons).Et tout donne une impression de noblesse simple.Dans ce paysage, travaillant côte à côte des hommes et des animaux, mais ainsi répartis qu’on ne peut séparer ceux-ci de ceux-là.Deux groupes distincts, mais dans chacun une véritable unité.Premier groupe, celui des anciens, bêtes et gens: un vieillard poussait gravement son areau.traîné par deux bœufs tranquilles, à la robe d’un jaune pâle, véritables patriarches de la prairie.un peu maigres.vieux travailleurs.Nous avons souligné tous les termes qui unifient, pour ainsi dire, la vieillesse de l’homme et celle de ses bêtes.Et en voici un autre qui, à leur grand âge, associe celui même des choses: “un vieillard poussait gravement un areau déformé antique”.A ce groupe vénérable s’en oppose bientôt un autre tout différent, celui d’“un jeune homme de bonne mine conduisant un attelage magnifique”.Et aussitôt tous les détails vont accuser les différences: tout à l’heure deux bœufs tranquilles, à la robe d’un jaune pâle.un peu maigres.vieux travailleurs.”.Maintenant “quatre paires de jeunes animaux à rohe sombre, mêlée de nmr fauve à reflets de feu, avec ces têtes courtes et frisées qui sentent encore le taureau sauvage, ces gros yeux farouches, etc.Autant de traits qui ont une double valeur, une valeur pittoresque et une valeur psychologique, puisque, en peignant l’aspect des êtres, ils nous révèlent leur caractère.Mais voici un nouveau contraste.Non que surgisse un troisième groupe, ce qui ne manquerait pas de paraître artificiel; mais, auprès du jeune homme et de ses huit bœufs apparaît, comme soudain dégagé de leur ombre, un enfant.Tout jeune, “six à sept ans”; et dans son vêtement rustique (“sur sa blouse.une peau d’agneau.”) évoquant une image de beauté et d’innocence (.le petit saint Jean-Baptiste des peintres de la Renaissance), sans cesser pour autant de rester un petit paysan déjà plein de cœur à la besogne.Ne le voyons-nous pas “marcher dans le sillon parallèle à la charrue et piquer le flanc des bœufs avec une gaule longue et légère, armée d’un aiguillon peu acéré” ?Ainsi G.Sand trouve-t-elle le moyen d’associer la poésie à la vérité.Ainsi fera-t-elle encore un peu plus loin; mais pour l’instant la voilà tout entière à la description du travail.Ce travail, elle l’a défini et qualifié plus haut: “L’homme.avait à défricher un coin de terre naguère abandonné au pâturage, et rempli de souches séculaires, travail d’athlète auquel suffisaient à peine son énergie, sa jeunesse, et ses huit animaux quasi indomptés”.—Elle va nous faire assister maintenant à ses péripéties mouvementées, presque dramatiques, égavées pourtant de jolis détails.Ce travail, en effet, est une lutte: lutte de l’homme et de ses bœufs contre la terre, parfois aussi lutte de l’homme contre ses bêtes elles-mêmes.“Lutte puissante”, dira tout à l’heure l’écrivain.A la dureté de cette terre longtemps abandonnée au pâturage, s’ajoute la présence des racines, contre lesquelles le soc butte et s’arrête.Alors c’est l’irritation et presque la révolte de 1 attelage avec ses bonds, ses écarts.Et le laboureur doit crier d’une voix forte, user de l’aiguillon pour maintenir les quatre premiers bœufs.L’enfant lui-même doit intervenir et non content de “gouverner les quatre autres, il crie aussi.d’une voix qu’il veut rendre terrible”.Bonne volonté touchante, et d’ailleurs efficace, avec un rien de présomption naïve.Cette innocente illusion, G.feand la souligne d’un mot à la fois attendri et légèrement moqueur: “Il criait aussi, le pauvret^., Mais comme si elle craignait de lui faire tort même par un sourire, elle ajoute aussitôt: “.d’une voix qu’il voulait rendre terrible et qui restait douce comme sa figure angé-hque .Comparaison analogue à celle qui avait d’abord caractérisé l’enfant (“.petit saint Jean-Baptiste.”) et qui éclairé de sa gentillesse cette scène vigoureuse.L’écrivain ne cherche pas d’ailleurs à dissimuler son intention.La description n’a rien de exactRU(ie laborieuse et impersonnelle à quoi s’appliqueront Flaubert et ses successeurs, lout cela était beau de force ou de grâce”, dit-elle.Plus haut déjà, elle avait noté: “.Ce qui attira ensuite mon attention était véritablement un beau spectacle, un noble sujet pour un pein-trG.En quoi consistent donc cette beauté, cette noblesse qui émeuvent ainsi- l’artiste ?C’est la beauté des choses, sans doute, mais c’est surtout la beauté des êtres vivants, et la noblesse de 1 homme.Beaute, noblesse morales surtout à laquelle les animaux eux-mêmes ne laissent pas de participer.^ , kes.bœufs tranquilles du veillard sont de “véritables patriarches.de ces vieux travailleurs qu une longue habitude a rendus frères.Trois substantifs, trois substantifs empruntés au vocabulaire humain et qui suppriment, pour ainsi dire, toute distance entre l’animal et son maître Bien plus, et pour justifier l’un d’eux, qu’elle a pris soin de souligner (frères), G.Sand décèle chez ces betes quelque chose qui ressemble fort à un sentiment : “.privés l’un de l’autre, ils se refusent au travail avec un nouveau compagnon et se laissent mourir de chagrin Les huit bœufs qui composent le second attelage ont sans doute quelque chose de plus fran-cbement animal, lout en eux “sent encore le taureau sauvage”; pour l’homme, ils ne sont encore que des serviteurs indociles contre lesquels il faut toujours lutter.Mais quel “attelage magni- 86 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE fique”! dans leur impatience, quelle fierté! après leurs essais de révolte, quelle soumission sous la petite main et à la voix débile d’un enfant! et, finalement, quelle facilité à reprendre leur “marche égale et solennelle”.Cependant G.Sand n’est pas de ceux qui exaltent les animaux pour humilier les hommes.Pour le paysan, en particulier, elle éprouve amitié, estime, admiration même.Il est facile de le constater ici.Si dans notre texte le vieillard occupe peu de place (“un vieillard poussait gravement un areau de forme antique.”), les mots nobles employés par G.Sand {vieillard.gravement.) témoignent du moins de son respect, et le texte intégral montre les efforts continus et réglés du vieux laboureur aussi efficaces que ceux de son fils.Quant au jeune homme, il a “bonne mine”; “son énergie ne recule pas devant un “travail d’athlète”; sa voix est “puissante”, sa main forte et calme “gouverne” son attelage, sa “feinte violence n’est qu’un exercice de vigueur” et la sérénité est l’état ordinaire de son âme simple.Faut-il rappeler enfin avec quelle complaisance la romancière a peint la grâce, l’innocence, la bonne volonté, la naissante énergie de l’enfant, et comment le sourire cache mal un émoi tout maternel! Mais G.Sand n’a pas séparé ceux entre qui distingue notre analyse.Comme elle associe dans le même effort l’animal etl’homme, à plus forte raison unit-elle intimement le père et l’enfant.Parallèle est leur marche, concordants leurs cris et leurs gestes; et bien qu’occupés du même objet extérieur, leur pensée, leur cœur, leurs regards, leur sourire, vont de l’un à l’autre, et de l’un à l’autre portent force et douceur: “le laboureur.jetait un regard de contentement paternel sur son enfant qui se retournait pour lui sourire”.Echange sentimental émouvant en soi, mais qu’ennoblissent encore les circonstances.C’est après un dur labeur, après une lutte véritable même, que le père et l’enfant se reposent un instant dans leur commune tendresse; mais tout, autour d’eux, semble participer à leur détente, à leur apaisement : “Malgré cette lutte puissante où la terre était vaincue, il y avait un sentiment de douceur et de calme profond qui planait sur toutes choses.Quand l’obstacle était surmonté et que l’attelage reprenait sa marche égale et solennelle, le laboureur.reprenait tout à coup la sérénité des âmes simples et jetait un regard de contentement paternel sur son enfant qui se retournait pour lui sourire”.Ainsi s’accentue, pour finir, le caractère de cette description, par ailleurs si exacte, et qui est une espèce de chant, tout pénétré de poésie et d’émotion.Poème en l’honneur des choses, des bêtes et de l’homme; en l’honneur du travail rustique et de la famille paysanne.Et poème authentique où, sans conventions vaines, une idéalisation relative de la nature, des animaux et de l’humanité ne supprime la vérité profonde et universelle.Gaillard de Champris, Professeur à l’Institut Catholique de Paris.UNE BELLE PAGE DE NOTRE HISTOIRE Madeleine de Verchères {suite et fin) (1) Défense du fort Il n’y avait dans le fort que deux soldats, un vieillard, La violette, les deux jeunes frères de Madeleine, quelques femmes et des petits enfants.En y entrant, Madeleine croyait trouver les soldats déjà prêts à la défense.Loin de là, tout tremblants, ils s’étaient réfugiés dans la redoute reliée au fort par un passage souterrain et où étaient les armes et les munitions.Elles les y surprit tenant une mèche allumée et en train de faire sauter la forteresse par peur d’être pris et scalpés.Indignée, elle les traite de misérables, leur ordonne d’éteindre la mèche et de la suivre.Elle parle avec une telle autorité qu’elle est obéie.(1) Voir VEnseignement Primairede septembrel932. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 87 Et voilà Madeleine qui se coiffe d’un casque de soldat, s’arme d’un fusil, en distribue à ceux qui peuvent tirer, assigne un poste à chacun.S’adressant à ses petits frères dont l’aîné n’avait que douze ans: “Combattons jusqu’à la mort pour notre patrie et notre religion,” leur dit-elle.Souvenez-vous des leçons que mon père nous a données: que des gentilshommes ne sont nés que pour verser leur sang au service de Dieu et du roi.” Les petits étaient aussi fiers et aussi braves que Madeleine, ils se défendirent comme des hommes.Ayant tout organisé, elle chargea elle-même le canon et le tira “non seulement pour effrayer les Iroquois, en leur faisant voir que nous étions en état de nous défendre, écrit-elle, mais aussi pour prévenir du danger les soldats des autres forts.” Accompagnée de Laviolette, elle fit ensuite le tour de la palissade pour y faire réparer les brèches, elle-même aidant à soulever les énormes pieux.C’est après avoir ainsi tout disposé que l’attention de Madeleine fut attirée par un canot qui s’approchait de la rive: elle reconnut un voisin, Pierre Fontaine et sa famille, qui revenaient de Montréal.De loin, les Iroquois aussi guettaient, et Madeleine vit le grand danger des arrivants.Elle demanda aux soldats d’aller à leur rencontre.Leur hésitation étant visible—c’étaient décidément des capons!—Madeleine n’insista pas: elle ordonna à Laviolette de se tenir en sentinelle près de la porte ouverte et seule, cette petite fille de 14 ans, le fusil sur l’épaule, alla au devant des Fontaine qu’elle accompagna jusqu’au fort, sous les yeux des Iroquois qui, croyant à une ruse pour les attirer à portée des fusils, ne les attaquèrent pas.Ce renfort arrivait à propos: la jeune commandante, ayant armé et placé les nouveaux venus, ordonna de continuer à tirer le canon.La journée se passa ainsi, à échanger des coups de feu qui n’atteignaient pas les gens du fort et tuèrent quelques sauvages.Ces derniers attendaient la nuit pour attaquer: elle vint, froide, obscure et orageuse.Madeleine ne changea rien à ses dispositions, et toute la nuit, de la redoute au fort et du fort à la redoute, on entendait à tout moment les sentinelles s’appeler et se répondre: “Bon quart! Bon quart!” “On aurait cru, à nous entendre, écrit Madeleine, que le fort était rempli d’hommes de guerre.” Aussi les Iroquois furent-ils trompés par les apparences et n’osèrent s’approcher du fort, mais ils ne s’en allèrent pas.“Je puis dire avec vérité, continue-t-elle, que je fus deux fois vingt-quatre heures sans dormir et sans manger.Je n’entrai pas une seule fois dans la maison de mon père.Je me tenais sur le bastion ou bien j’allais voir de quelle manière on se comportait à la redoute.Je paraissais toujours avec un air riant et gai et j’encourageais ma petite troupe par l’espérance que je leur donnais d’un prompt secours.Le huitième jour, (car nous fûmes huit jours dans de continuelles alarmes, toujours à la vue de nos ennemis, et exposés à leur fureur et à leur barbarie), le huitième jour, enfin, M.de la Monnerie arriva avec quarante hommes.” .Madeleine leur fit ouvrir la porte, et en apercevant M.de la Monnerie, dit-elle, je le saluai par ces paroles: —Monsieur, soyez le bienvenu, je vous rends les armes.Mademoiselle, répondit-il d’un air galant, elles sont en bonnes mains.—Meilleures que vous ne croyez, lui répliquai-je.H visita le fort, le trouva en très bon état, une sentinelle sur chaque bastion.Et je lui dis: Monsieur, faites relever les sentinelles afin qu’elles puissent prendre un peu de repos; il y a huit jours que nous ne sommes pas descendus de nos bastions.” Autre exploit Madeleine de Verchères épousa, en 1/06, M.de la Pérade.Elle raconte, dans ce long rapport au gouverneur, qu’en 1722, elle eut l’occasion de sauver la vie de son mari.Il avait été attaqué par deux Abénaquis, entrés chez lui pour lui chercher querelle.M.de la Perade, après une vive discussion, les avait mis à la porte.Il les croyait loin quand ils revinrent en poussant leur cri de mort et armés, l’un d’un casse-tete, 1 autre, d’une hache avec laquelle il enfonça la porte.Il entre comme un furieux, dit Madeleine, lève la hache sur M.de la Pérade qui fut assez adroit pour parer le coup en se jetant à corps perdu sur le sauvage, mais il était trop faible pour 88 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pouvoir résister longtemps à cet homme d’une stature gigantesque et dont les forces répondaient à la stature.Un homme de résolution qui se trouva fort à propos à notre porte donna du secours à M.de la Pérade.Le sauvage qui était armé d’un casse-tête, voyant son compagnon en danger, entre, lève le bras pour décharger son coup sur mon mari.Résolue de périr avec lui et suivant les mouvements de mon cœur, je saute, ou plutôt, je vole vers ce sauvage, j’empoigne son casse-tête et je le désarme.Il veut monter sur un coffre, je lui casse les reins et il tombe à mes pieds.“Je nefus jamais plus surprise que de me voir à l’instant enveloppée par quatre s^uvagesses.L’une me prend à la gorge, l’autre aux cheveux, après avoir arraché ma coiffe.Les deux autres me saisissent par le corps pour me jeter dans le feu.Ces femmes étaient furieuses de voir, l’une son mari, l’autre leur parent étendu là presque sans vie.Bientôt j’allais être jetée dans le feu quand mon fils Tarieu, âgé de douze ans seulement, animé comme un lion à la vue de son père aux prises avec un sauvage, et de sa mère prête à être dévorée par les flammes, s’arme de ce qu’il rencontre et frappe avec tant de force et de courage sur la tête et sur les bras des sauvages, qu’il les oblige à lâcher prise.Débarrassée d’entre leurs mains, je cours au secours de M.de la Pérade.” La nouvelle se répand Les sauvagesses et Tarieu aussi se portèrent vers les combattants et la mêlée fut générale mais les Français finirent par avoir le sauvage à leur merci et il demanda grâce: elle lui fut accordée.“Nous crûmes, dit Madeleine, qu’il était plus glorieux de pardonner à notre ennemi vaincu que de le faire mourir.Ainsi, je sauvai la vie à mon mari, et mon fils, âgé de douze ans, sauva la vie à sa mère.Cette action fut aux oreilles de M.de Vaudreuil, il voulut s’informer du fait par lui-même, il vingt exprès sur les lieux: il vit la porte cassée, il parla au Français témoin de l’action, et il sut, dans la suite, des sauvages mêmes, la vérité de ce que je viens d’exposer.” Après cela,vous ne serez pas surpris d’apprendre que Madeleine de Verchères, douée d’une telle humeur belliqueuse, ne brilla pas, dans la vie de famille, parla souplesse et la soumission.On parle de difficultés, de brouilles, de procès.C’est fort possible, mais que voulez-vous.On n’est pas à la fois femme de guerre et ange de douceur.Quoi qu’il en soit, si elle ne s’accorda pas toujours avec sa famille, elle aima son mari profondément; elle le prouva en lui sauvant la vie au péril de la sienne.Madeleine nous apparaît commé une grande Canadienne, croyante, brave, intelligente, faite pour commander et conduire, mais capable aussi d’aimer fortement, puisque rien ne la fit reculer quand il fallut défendre ceux qu’elle aimait.Elle est une de nos plus pures gloires nationales et j’espère que j’aurai contribué un pî'èu à vous la faire admirer et aimer davantage.LE PIN BLANC {') Rédaction d’après l’image (exercices d’observation, de langage et de rédaction, au cours supérieur de l’école PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE) (Pour VEnseignement Primaire) I.LA CAUSERIE PRÉPARATOIRE Remarques.—Nous omettons, dans la publication de ce travail, pour ne pas le prolonger outre mesure, l’exercice si important de la causerie préparatoire.On pourra s’inspirer, quant à la façon (1) Ouvrages consultés: “Le pin blanc”, fascicule publié gratuitement par le Service forestier, Ministère de l’Intérieur, Ottawa, “Native trees of Canada”, bulletin No 61, département de l’Intérieur: “The Forest Trees of Ontario” Forestry Branch, Toronto: Almanach de l’Action Sociale Catholique, 1929, "Le pin blanc”, article du Rév.Frère Marie-Victorin, F.E.C.Cet article du F.M.-Victorin peut fournir aux titulaires des classes avancées de beaux extraits comme sujets de lecture expliquée, d’analyse littéraire, de dictée et même de récitation. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 89 de l’organiser, de la préparation de classe sur “Les armoiries de la Province de Québec” parue dans le dernier numéro de septembre de VEnseignement Primaire.En autant que possible, on procédera encore par intuition.La différence cependant ici, c’est qu’à l’école rurale surtout on pourra compléter ou même remplacer l’observation de la gravure par celle encore plus vivante et féconde de la nature.“Heureuse l’institutrice rurale! Elle a mieux qu’un étalage artificiel, elle possède une exposition permanente; elle a mieux qu’un musée scolaire, le temple de la nature s’ouvre devant ses élèves! Donc, la maîtresse d’école conduira son élève à l’école de la nature, et lui fera prendre un contact conscient avec ce bel ouvrage de Dieu.” “La Normalienne en philosophie” de Mgr Sylvio Corbeil, d’où est tiré le texte précédent, nous donne aux pages 57 et 58 la théorie des différents “regards” dont on doit donner l’habitude à l’élève en le mettant à l’école de la nature.Inutile de dire qu’il n’est pas nécessaire de donner tous ces regards aux élèves pour chaque sujet étudié.Rappelons que la causerie préparatoire a pour principal but de former l’élève à l’habitude de l’observation intense et intelligente, de lui fournir toutes les explications nécessaires et de l’entraîner à la phraséologie en lui faisant dire dans des phrases complètes simplement ce qu’il a vu et ce qu’il pense.La matière que nous présentons ici servira pour plusieurs leçons et devoirs.Nous croyons qu’il est préférable de maintenir un même sujet à l’affiche assez longtemps, pour en bien scruter graduellement les principaux aspects, plutôt que d’effieurer superficiellement, à la hâte et sans préparation suffisante, une foule de sujets.Ce qui n’empêche que l’on peut aussi parfois, pour mettre de la variété, aborder des thèmes de portée plus brève par eux-mêmes.Nous voulons montrer cette fois ce que pourrait être un tableau synoptique, résultat sommaire du travail fait en commun de la recherche et de l’ordonnance des idées.Ce deuxième travail, confectionné avec la collaboration de l’élève, pourra servir d’exercice intermédiaire entre l’analyse de la causerie préparatoire et la synthèse de la rédaction même.II.UN TABLEAU SYNOPTIQUE LE PIN BLANC 1°) Préliminaire: Nos arbres forestiers: 2° Regard des traits distinctifs: j élément de beauté et richesse naturelle; ( donc intérêt de leur étude.Dimensions : Racines : Habitat: Port et forme : \ hauteur: 100 à 150 pds; } diamètre : 30 à 40 pcs.\ s’étendent en surface, ' protègent l’arbre contre forts vents.de l’Atlantique au Manitoba, J vers le nord pas au delà du partage des eaux; fuit les marécages, aime sols légers, sablonneux; ^ souvent sur terrains élevés et granits des montagnes, quand jeune et surtout isolé: \ forme conique, fortes branches plutôt à angle droit; ( en verticilles plus ou moins réguliers de cinq; quand plus vieux: forme moins régulière, cime s’aplatit; en peuplement serré : I à cause de l’ombre branches inférieures sèchent, J tronc s’élance droit vers le ciel pour soleil, tronc dénudé sur à peu près ses %» ^ branches et feuilles reléguées à la tête.4 90 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 1 Écorce : ! r Feuilles: / Cônes : Une rumeur: des jeunes arbres et branches: très unie, brun verdâtre; plus tard: i fissures peu profondes, larges sillons continus; ( d’un gris foncé.très résineuse—gouttes transparentes—arôme vivifiant, en forme d’aiguilles longues de 3 à 5 pcs; douces et délicates, d’un vert tendre, persistantes, toujours réunies en groupement de 5 feuilles chacun, et quand jeune, entouré à sa base d’une fine gaine brune; apparence d’ensemble: / milliers fins pompons captant énergie solaire; < immenses flabella projetant ombre dense; t pin isolé: belle plantation décorative, fruits secs, pédonculés, pendant aux branches supérieures; de forme presque cylindrique, allongée, un peu recourbée; écailles imbriquées en spirale, minces, épaissies sur bords; prennent deux ans à se former, graines mises à nu; 1ère année: atteignent un ou deux pcs, de couleur pourpre; 2ème année: ' au printemps deviennent verts; en juillet atteignent 5 à 10 pcs de long sur 1 de large; fin d’août ou commencement de septembre, brunissent et laissent échapper de dessous chaque écaille 2 graines; chaque graine d’un brin rougeâtre munie d’une ailette; une fois vide, cône, vers octobre, tombe sur tapis roux; souvent écureuil se fait cambrioleur de graines, celle puisante et douce des vents dans fortes membrures et fines aiguilles.3° Regard à rapprochement: j Par sa haute taille, le roi de la forêt du Canada oriental; / Par la majesté de son port, le plus imposant de nos conifères.4° Regard de pieuse idéalisation: I dans la campagne: branches paraissent bras en prière; -, Dans temple de la forêt, semble flèche de clocher.[ Une citation: “Je suis le Pin,.etc”) 5° Regard utilitaire: Quand il pousse en peuplement serré: le meilleur bois d’œuvre: j fort et léger, très ouvrable et durable, gardant sa forme; le plus apprécié pour constructions—surtout pour navires; [ son emploi très généralisé comme bois d’œuvre.Au commencement de la colonie : ^ pin blanc: 450 milliards de pieds; \ constituait alors toute exploitation forestière; Aujourd’hui : r grande diminution de cette richesse; J surtout par fausses méthodes de coupe et feux de forêts; reste environ 25 milliards de pieds; meilleurs peuplements vierges dans vallée Ottawa, prov.Qué.; il y a 15 ans tenait 1er rang dans industrie bois construe.; maintenant au 3e rang.Angleterre ne peut trouver nulle part un substitut.Donne produits pharmaceutiques pour voies respiratoires.Histoire du pin blanc prouve nécessité pour citoyen de coopérer pour protéger forêts contre feux.Nouvelle menace : la rouille du pin blanc par groseillers. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Deux jeunes rois de la montagne : : ilwSijiiigiiiiî Pin blanc isolé N Reste d’un peuplement ••• Y ;^-Æ S**'*. 92 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE .,:r f, v t'
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