Le devoir, 24 décembre 2015, Cahier E
[" Rétrospective de l\u2019année 2015 en musique Page E 3 Jésus est-il de gauche?La chronique de Louis Cornellier Page e s Culture livres CAHIER E .LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 SEVILLE Cate Blanchett dans une des scènes du film Carol du réalisateur Todd Haynes % I f UNIVERSAL Straight Outta Cornton du réalisateur F.Gary Gray sur le groupe de «gangsta rap» américain NWA 2015 en 12 moments forts Réplique à faire pleurer, regards troublants, découverte de nouveaux talents, monologue intense, musique inoubliables, les critiques cinéma du Devoir dressent la liste des souvenirs cinématographiques les plus marquants de l\u2019année.Une année également marquée par la disparition d\u2019Excentris à Montréal.Et une année qui se termine sur deux images fortes: la déferlante Star Wars, et l\u2019inoubliable Carol, le seul titre qui apparaît systématiquement dans le peloton de tête du palmarès de nos quatre critiques ! Des textes d\u2019Odile Tremblay, Erançois Lévesque, André Lavoie et Manon Dumais.Les regards les plus parlants Un grand magasin, en 1950.Derrière son comptoir du département des jouets, la jeune Therese ne se sent pas à sa place, un sentiment qui, en réalité, l\u2019habite à cœur de jour.Lorsqu\u2019elle aperçoit Carol, une femme élégante et un peu plus âgée qu\u2019elle, ses yeux s\u2019illuminent.Croisant son regard, Carol lui sourit spontanément.Passe alors entre elles deux quelque chose comme un soulagement de s\u2019être trouvées, de s\u2019être reconnues.En partant, Carol adresse un clin d\u2019œil furtif à Therese.Et c\u2019est là l\u2019un des gestes les plus sensuels imaginables du film Carol.RL.Le « musical » qui cogne le plus Straight Outta Cornton de E Gary Gray siu le groupe de «gangsta rap» américain NWA.Le film a édulcoré bien des pans de la vie violente des musiciens noirs légendaires qui scandaient Fuck the police!, au grand dam du EBI.Même nettoyé poiu la bonne bouche, ce film de sexe, drogue, rap et coups sur la gueule, remarquablement interprété par O\u2019Shea Jackson fils, Corey Hawkins, Jason Mitchell et Neil Brown fils, dégage une grande force de frappe.Réalisation et musique cognent de concert.O.T.L\u2019actrice dont on ne peut plus se passer Alicia Vikander a-t-elle du flair ou de la chance?Un peu des deux, mais surtout un immense talent, et pas juste pour masquer son accent suédois.Pas une saison ne passe sans que l\u2019on admire sa prestance et son charme, très à l\u2019aise dans les corsets du film historique (A Royal Affair, The Danish Girl, Testament of Youth), ceux de la science-fiction {Ex Machina), ou encore les robes coiutes des sixties (Jhe Man From UNC.LE.), Ingrid Bergman serait fière de sa jeune compatriote.A.L.Talents à surveiller Pace à Maxim Gaudette, aq jeu d\u2019une magififique retenue dans Les êtres chers d\u2019Anne Emond, Karelle Tremblay fait montre d\u2019une fougue et d\u2019une force peu communes.Dans Guibord s\u2019en va-t-en guerre de Philippe Palardeau, Irdens Exantus se révèle im formidable partenaire pour im Patrick Huard au sommet de sa forme.Avec sa tête de poète, sa forte présence à l\u2019écran.Anthony Therrien est l\u2019incarnation parfaite du héros tragique dans Corbo de Mathieu Denis.La relève est plus qu\u2019assiuée chez nos acteius de cinéma.M.D.VOIR PAGE E 4 : MOMENTS FORTS La crème de 2015 Le palmarès de fin d\u2019année des quatre critiques du Devoir.N\u2019apparaissent pas les films vus uniquement dans les festivals : nous privilégions les titres qui ont connu une sortie commerciale au Québec.Les choix d\u2019Odile Tremblay The Assassin de Hou Hsiao-hsien (Taiwan-Chine) Taxi de Jafar Panahi Qran) Cçirol de Todd Haynes (Etats-Unis-Grande-Bretagne) Youth de Paolo Sorrentino Qtalie) Straight Outta Çomton de P.Gary Gray (Etats-Unis) Les choix de François Lévesque Cçirol de Todd Hajmes (Etats-Unis-Grande- Bretagne) Spotlight de Torn McCarthy (Etats-Unis) The Assassin de Hou Hsiao-hsien (Taiwan-Chine) The Martian de Ridley Scott (Etats-Unis) Trois souvenirs de ma jeunesse d\u2019Arnaud Desplechin (Erance) Les choix d\u2019André Lavoie Cçirol de Todd Hajmes (États-Unis-Grande-Bretagne) Mad Max: Fury Road de Çeorge Miller (Australie-États-Uifis) Le sel de la terre de Juliano Ribeiro Salgado etWim Wenders (Brésil-Prance-Italie) Sommeil d\u2019hiver de Nmi Bilge Ceylan (Tiuquie-AUe-magne-Prance) Timbuktu d\u2019Abderrahmane Sissako (Erance-Mauritanie) Les choix de Manon Dumais Cçrol de Todd Hajmes (États-Uifis-Grande- Bretagne) Spotlight de Torn McCarthy (Etats-Uifis) Félix et Meira d\u2019Alexandre Laferrière (Canada- Québec) Ex Machina d\u2019Alex Garland (Grande-Bretagne) Trois souvenirs de ma jeunesse d\u2019Arnaud Desplechin (Erance) E 2 LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 CULTURE Le radeau de Bozo Bozo Paroles et musique de Félix Leclerc Ce texte s\u2019inscrit dans la série « Un hiver avec Félix Leclerc » qui, jusqu\u2019au 21 mars prochain, explore des mutations, des perspectives, des enjeux sociaux, politiques ou culturels du Québec contemporain tout en faisant un clin d\u2019œil à l\u2019artiste.Aujourd\u2019hui, la pauvreté, l\u2019exclusion et le pouvoir de la poésie, sur l\u2019air de Bozo.Odile Tremblay / V i ans mon coin de Montréal, il y a un sans-abri très gros qui sourit aux anges.Parfois, je le retrouve étendu sur un banc du métro, une bouteille vide à côté de lui.Les gens lui lancent un œil torve, car il pue, faut dire, en plus d\u2019occuper toute la place.Nul ne songerait à s\u2019asseoir à ses côtés, par le bout du banc.Tous attendent que la rame passe, bien campés sur leurs deux pieds, en regardant ailleurs.Puis il se secoue un peu, nous examine avec son air d\u2019innocence, part se promener en tanguant.Dans la rue, des larmes coulent sur son visage de temps en temps.Alors on lui fait des saints, on lui donne un peu d\u2019argent en espérant le consoler.Mais il vit ailleurs, là-bas dans les nuages, loin des passants, loin des usagers du métro aux mines respectables qui s\u2019en vont bosser.Sans toute sa tête, c\u2019est évident.Un simplet, comme on aurait dit jadis., Je l\u2019appelle Bozo, à part moi.A cause de la touchante chanson de Félix Leclerc.Vous savez, celle qui célèbre le fils du matelot, fou du lieu, dans son marais de joncs mauvais.Maître céans de ce palais branlant, le simplet de Leclerc s\u2019invente un château, des fêtes somptueuses et une amoureuse.Puis la réalité le rattrape et il pleure ses illusions perdues sur son vieux radeau.Comme Bozo, je l\u2019entends rêver tant qu\u2019il peut, ce sans-abri de mon quartier.Son monde imaginaire le sauve de bien des réalités malveillantes.Du moins, il me plaît de le croire.Car je m\u2019invente des histoires à sa vue : qu\u2019il se voit mince, riche et beau, dans un décor de conte de fées, avant de retomber sur le macadam de tout son poids.Ouille ! Rêve, mon Bozo ! Sans feu ni lieu Cet homme habite un coin de mon paysage mental.Aussi un autre que les policiers sur-nomment « Spike Lee », pour sa ressemblance avec le cinéaste noir américain, et qui chaparde des trucs chez Jean Coutu.Tous deux tendent la main ou le chapeau sur le trottoir.La vieille gitane également, dont les yeux désenchantés m\u2019assurent qu\u2019ils ont tout vu, même le pas raconta-ble.Elle ne rêve pas, celle-là, à moins que veille et sommeil ne soient peuplés de purs cauchemars.La dame soupire d\u2019un air las quand on prend de ses nouvelles, répond: «C\u2019est dur» dans un français cassé.D\u2019où vient-elle?De Roumanie, à vue de nez; pas malade ni intoxiquée.Juste pauvre, sans doute violentée.Alors oui, le projet du maire Coderre de nommer un protecteur des personnes itinérantes est un vrai pas en avant, comme celui de sortir 2000 itinérants de la rue d\u2019ici cinq ans, même si plusieurs de ses fils restent à attacher.Ils seraient un peu plus de 3000 parmi nous à Montréal sans feu ni lieu, plusieurs toxicomanes, d\u2019autres comme mon Bozo, dérivant sur leur radeau dans la démence en sus de l\u2019alcool.Quand l\u2019hiver est doux comme cette année, ça fait juste un peu moins mal au cœur de les voir couchés n\u2019importe où.Les jeunes comme les vieux.Ils ont trébuché.On ignore sur quoi.Alors juger.Du reste, c\u2019est la diversité dans leur camp aussi.Certains n\u2019ont même pas perdu l\u2019équilibre, mais rejettent «le système», comme tant de vagabonds depuis toujours et sous tous les deux.Ils seront plus rétifs à sortir de la rue, ceux-là.Après tout, de grands poètes ont connu l\u2019errance, de François Villon à Georges Brassens, en passant par Arthur Rimbaud, les poings dans leurs poches crevées, libérés du poids des biens matériels et des tracasseries du travail, mais l\u2019esprit en envol.Ceux que les graves gens regardent de travers voient parfois au loin le gouffre planétaire où la folie consommatrice entraîne les nantis, en refusant de s\u2019y associer.Des vendeurs de L\u2019Itinéraire me jettent leurs vers en pâture ici et là.Bozo est parmi eux.Des formes encapuchonnées Dans le temps de Noël, les gens se sentent plus généreux.On les voit vider leur gousset devant une forme encapuchonnée au centre-ville, avec la mauvaise conscience de ceux qui vont fêter et une vague réminiscence du sens religieux de cette fête-là, aux valeurs collectives balayées en même temps que la religion ; de partage, d\u2019éthique et de tolérance.L\u2019esprit des Fêtes aide du moins à garnir le bas de laine de fondations comme celle de l\u2019Accueil Bonneau, qui soutient le peuple de la rue, avec le toit, les vêtements, le couvert, et plus encore.Car sont offerts aussi là-bas des ateliers d\u2019artistes, musique et création.L\u2019être humain ne vit pas que de pain.C\u2019est souvent du bas de l\u2019échelle que l\u2019esprit embrasse au plus profond l\u2019horizon social, avec mille choses à exprimer en retour.Clochards ou robineux, punks vingt fois troués, sages d\u2019en avoir tant bavé, voyants parce qu\u2019invisibles, qu\u2019avez-vous à dire à ceux qui vous croisent d\u2019un pas trop pressé ?Autrefois, les rêveurs errants, les simplets, les « originaux et détraqués», comme titrait notre poète Louis Fréchette son recueil de portraits bigarrés, étaient mieux intégrés à la société qu\u2019en nos temps d\u2019individualisme urbain.H y décrivit si bien au XIX® siècle les bizarreries des ermites, des «quêteux», des bohèmes, des pousseurs d\u2019injures et des fous mystiques du Québec; son livre vivant et coloré se savoure encore avec délectation.«Je n\u2019ai ni bourse, ni bagage, ni feu, ni lieu.Je jette l\u2019or par les fenêtres quand j\u2019en ai, et j\u2019oublie souvent que je n\u2019en ai pas», écrivait Fréchette aussi en 1871 dans sa pièce Félix Poutré, hommage à un Patriote errant.D\u2019hier à aujourd\u2019hui, les Bozo de nos rues et des chemins de campagne ont lancé des rimes et des pleurs au vent.Par-delà les aumônes tendues de haut en bas, on gagnerait tous \u2014 eux dans leur dignité, nous dans notre connaissance du monde \u2014 à ralentir le pas et à soudain tendre l\u2019oreille, juste pour les écouter.otremhlay@ledevoir.com Dans un marais De joncs mauvais Y\tavait Un vieux château Aux longs rideaux Dans l\u2019eau Dans ce château Y\tavait Bozo Le fils du matelot Maître céans De ce palais branlant Par le hublot De son château Bozo Voyait entrer Ses invités Poudrés De vieilles rosses Traînant carrosse Et la fée Carabosse Tous y étaient Moins celle qu\u2019il voulait.Vous devinez Que cette histoire Est triste â boire Puisque Bozo Le fou du lieu Est amoureux Celle qu\u2019il aime N\u2019est pas venue C\u2019est tout entendu Comprenez ça Elle n\u2019existe pas.Ni le château Aux longs rideaux Dans l\u2019eau Ni musiciens Vêtus de lin Très fin Y\ta que Bozo Vêtu de peau Le fils du matelot Qui joue dans l\u2019eau Avec un vieux radeau Si vous passez Par ce pays La nuit Y\ta un fanal Comme un signal De bal Dansez, chantez Bras enlacés Afin de consoler Pauvre Bozo Pleurant sur son radeau.rji I -À.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ils seraient un peu plus de 3000 à Montréal sans feu ni lieu.Dessine-moi un spectacle Fort de ses années de rencontres avec les jeunes, Tristan Demers leur prépare un spectacle interactif qui stimulera l\u2019imagination MANON DUMAIS Depuis 30 ans, Tristan Demers rencontre de 35 000 à 40 000 jeunes dans les écoles et les salons du livre afin de leur transmettre sa passion pour la bédç et stimuler leur imaginaire.A 43 ans, fort de cette expérience, le bé-déiste foulera les planches du Monument-National où il proposera aux 7 à 12 ans On dessine !, spectacle hybride interactif et premier one-man-show de sa prolifique carrière.«Je travaille beaucoup sur le principe d\u2019une ligne, un punch, explique Tristan Demers, rencontré dans son atelier qui ressemble à une chambre d\u2019ado.Avec les enfants, mon delivery est très stand-up; on rigole, on est dans la caricature instantanée, on transforme les choses.J\u2019avais envie de raconter une histoire.Avec mon agente, Dominique Lemieux, on s\u2019est dit qu\u2019on pourrait structurer ce que je présente dans les écoles pour lui donner un aspect show, qu\u2019on sorte de la bédé et du gars qui a un Sharpie et un pad, aller vers quelque chose de plus éclaté.On fiushe donc tout le volet pédagogique et on ne garde que le ludique, car c\u2019est Noël, alors on rigole.» Gargouille et compagnie Au moment de l\u2019entrevue, Tristan Demers venait de terminer l\u2019enregistrement de Transformatruc, une série de 65 capsules d\u2019un quart d\u2019heure qui sera présentée dès le dimanche 10 janvier sur ICI Radio-Canada Télé.Celui qui se définit comme un gars de marketing et un communicateur de la bédé avait un horaire si chargé au cours des dernières semaines qu\u2019il n\u2019avait même pas encore pu rencontrer la scénographe de ce spectacle mis en scène par Louis-Carl Tremblay.«C\u2019est en train de prendre forme, on est dans les répétitions.Je pense que ça va être ben le fin.Cela dit, je n\u2019arrive pas sur une plateforme en faisant des pirouettes en collants.Il n\u2019y a pas de pétards, je ne suis pas un clown.Le spectacle se passe dans l\u2019imaginaire des enfants et sur papier.Je converse avec mes personnages qui apparaissent sur écran.Ils nous emmènent dans une enquête sur une bestiole d\u2019Amazonie croqueuse de bédés rapportée par Super Mémé.Pour mettre la main dessus, il faut inventer une histoire avec les jeunes, créer, transformer les éléments, travailler avec les formes géométriques.C\u2019est lâ qu\u2019on rejoint un peu ce qu\u2019on fait dans les capsules Dessinatruc.» Personnage ayant propulsé Tristan Demers sur la planète bédé.Gargouille interviendra durant le spectacle afin de faire progresser l\u2019enquête; «Gargouille a fêté ses 32 ans; c\u2019est ma relation la plus stable^ lance-t-il à la blague.A y i PEDRO RUIZ LE DEVOIR Tristan Demers se définit comme un gars de marketing et un communicateur de la bédé.l\u2019époque, les médias ont joué sur le fait que j\u2019étais jeune.Aujourd\u2019hui, avec les réseaux sociaux, je suis sûr qu\u2019on pourrait trouver plein d\u2019ados de 12 ans qui se font des bandes dessinées photocopiées.» Reconnecter avec son imaginaire En 30 ans de tournée, Tristan Demers a pu constater que l\u2019imaginaire des jeunes se dégradait; «Pourquoi faire semblant dans une ruelle qu\u2019une branche est une épée quand tu peux en acheter une qui allume au Dollarama ?Je le vois dans les écoles, les jeunes ne jouent plus dehors; ils sont dans un mode de réception, toujours devant l\u2019écran.Avec mon crayon de feutre et mon papier, il a fallu que je me batte parce que j\u2019avais presque l\u2019air ringard.» Devant la situation, Demers ne baisse pourtant pas les bras.Animé d\u2019une passion contagieuse, il n\u2019hésite pas à stimuler l\u2019imaginaire des jeunes en les sortant de leur zone de confort.«La bédé que je fais est un prétexte pour donner le goût aux enfants de se dépasser dans la créativité, pour les rebrancher avec le plaisir d\u2019imaginer les choses.Il y a quelque chose de démocratique dans le dessin.Ce n\u2019est pas vrai que tous les enfants du monde entier ont des iPad.Le dessin, c\u2019est un moyen de communiquer qui est formidable, peu importe la langue.Un peu comme la musique, le dessin est un art rassembleur.» Souhaitant que petits et grands (re) découvrent le plai- {{Rya quelque chose de démocratique dam le dessin.Ce n\u2019est pas vrai que tous les enfants du monde entier ont des iPad.Le dessin, c\u2019est un moyen de communiquer qui est formidable, peu importe la langue, yy sir de dessiner, le bédéiste convie donc les jeunes et leur famille dans une ambiance intime lui rappelant les Noëls de son enfance.Qui sait, ce sera peut-être le début d\u2019une nouvelle tradition des Eêtes ; «Ça pourrait être le funl On ne sait jamais!» Le Devoir ON DESSINE! Les 27, 28 et 29 décembre au Studio Hydro-Québec du Monument-National #JaideCIBL Parce que CIBL encadre et forme plus de 225 artisans-bénévoles par année www.haricot.ca LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 E 3 CULTURE» MUSIQUE 2015 EN MUSIQUE La bataille du streaming, les festivals dans le rouge.et quelques disques phares Hello Adele, boiyour les millions ! Ça ne pouvait pas rater, l\u2019industrie du disque y jouait son année fiscale.Chacun sa guerre des étoiles, et la mise en marché de 25, l\u2019album des 25 ans d\u2019Adele Laurie Blue Adkins, a été préparée comme une invasion de planète.Fallait créer l\u2019événement avant l\u2019événement, et ce fut Hello, ballade imparable et clip en forme de court-métrage dramatisé par notre Xavier Dolan.En un seul jour d\u2019octobre, ça cliqua 28 millions de fois, et le compte à rebours amorçait son tic-tac inexorable vers le triomphe.Le reste du plan de match était presque superflu : l\u2019émission Adele at the BCC, le passage à Saturday Night Live, le seul et unique spectacle au Radio City Music Hall.Le 20 novembre arriva, les 55 à 65 ans piétinèrent les jeunes dans les magasins, et ce fut le grand vlan! dans les records de tous les temps : 3,5 millions 4\u2019exemplaires rien qu\u2019aux Etats la première semaine, on en est à 15 millions dans le monde.Et il reste encore le Boxing Day.Sylvain Cormier L\u2019incontournable disque de Kendrick Lamar «Every nigger is a star», en-tend-on au tout début du disque To Pimp a Butterfly, du rappeur américain Kendrick Lamar.Voilà un échantillon d\u2019une pièce de Boris Gardiner (1973), elle-même inspirée d\u2019un titre de Sly and the Family Stone, Everybody Is a Star.Ôe dernier morceau est aussi échantillonné en introduction du disque The Tipping Point (2004), de The Roots, champion du rap américain.Voyez la profondeur du travail musical de Lamar et de son équipe?Le jeune musicien de 28 ans offre ici quelque chose comme un film musical, avec des saynètes, des personnages et du bruitage.Il y fait le portrait de la situation des Afro-Américains tout en leur donnant de l\u2019espoir.C\u2019est rap, mais pas vraiment, car on plonge dans le funk, le soul, le jazz, le spoken word, la musique progressive.C\u2019est Omette Coleman qui rencontre King Crimson quelque part dans Compton.Lamar sait tout, nous dit-il sur le disque, et on a tendance à le croire en écoutant To Pimp a Butterlfy pour une 18\u2019\u2019fois.Un album tout en écho avec les manifestations de Baltimore qui ont marqué 2015.Philippe Papineau Festivals en alerte rouge Il suffit d\u2019être allé une fois au Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, et au Festival de la chanson de Ta-doussac, de l\u2019autre côté du Fleuve, pour comprendre leur importance pour ces localités.Mais les éditions 2015 des deux événements se sont terminées avec un appel à l\u2019aide des patrops respectifs de ces festivals.A Tadoussac, Charles Breton se sentait à bout de souffle, et à Petite-Vallée, Alan Côté, d\u2019un naturel optimiste, redoutait sérieusement le naufrage en raison d\u2019un déficit de 275 000$ sur un budget total d\u2019environ 1,5 million.La ministre de la Culture, Hélène David, avait promis de se pencher sur cette question à l\u2019automne, mais sa future politique culturelle ne sera discutée qu\u2019à la session d\u2019hiver.Tadoussac et Petite-Vallée ne sont pas restés les bras croi- VIRGINIA SHERWOOD/NBC VIA ASSOCIATED PRESS La mise en marché du nouvel album d\u2019Adele a été préparée comme une invasion de planète.Avec What Happened, Miss Simone?, programme de documentaires musicaux.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Cette année Leloup aura été celle où l\u2019homme a marché du même pas dans la rue et sur les scènes.sés, et tenteront de s\u2019aider mutuellement en créant une «destination chanson-fleuve», et en harmonisant leurs dates pour se rendre plus intéressants aux yeux des touristes mélomanes d\u2019ici et surtout d\u2019ailleurs.PP Ta photo, tes droits La pratique n\u2019est pas nouvelle, mais son ridicule s\u2019est avéré encore plus frappant cette année.Les grands artistes de la pop et du rock ont mené la vie dure aux photographes de presse cet été en demandant à ces maîtres du cadrage et de la lumière de céder de façon abusive les droits des images capturées pendant les concerts.Le tollé est d\u2019abord venu par Taylor Swift, mais la chanteuse a par la suite fait marche arrière.Puis un nouvel enjeu du même acabit a aussi eu lieu au Festival d\u2019été de Québec, où les Foo Fighters désiraient approuver les photos, en plus de se les approprier, et empêcher les médias de s\u2019en servir plus qu\u2019une fois.Les médias présents ont décidé de contourner les règles.Alors que Le Devoir a choisi de prendre en photo la foule présente au concert.Le Journal de Québec a diffusé une image prise de l\u2019extérieur du site avec un puissant téléobjectif.Le Soleil, lui, a eu la bonne idée de troquer la photo pour une illustration de Francis Desharnais.PP ASSOCIATED PRESS Netflix a lancé un On a marché avec Leloup «Il est trop tard pour te refaire; retour au concessionnaire», se rime à lui-même Jean Leloup dans Paradis City, chanson-titre de l\u2019album sorti fin janvier.La vérité, c\u2019est qu\u2019une fois les démons dûment dévisagés, tout redevient possible, et d\u2019abord chanter la mort en souriant parce qu\u2019on se sent très vivant.En cela, cette année Leloup aura été celle où l\u2019homme a marché du même pas dans la rue et sur les scènes, enfin lui-même tout le temps et pas mécontent.Dans les entrevues pour l\u2019album, chaque soir de sa série avec orchestre au Métro-polis (toutes générations présentes et extatiques), dans le numéro d\u2019intro et au podium du gala de l\u2019ADISQ, en dansant dans l\u2019escalier de Tout le monde en parle, en totale liberté dans SCOTT ROTH/INVISION/ASSOCIATED PRESS Kendrick Lamar fait le portrait de la situation des Afro-Américains tout en leur donnant de l\u2019espoir.internationale de l\u2019industrie phonographique, en 2014, 41 millions de personnes dans le monde payaient pour un service musical en ligne, comparativement à 28 millions en 2013.Mais le milieu semble se resserrer.En novembre, par exemple.Pandora a fait l\u2019acquisition de Rdio pour 75 millions de dollars.Apple a fermé son service Beats, et des experts américains croient qu\u2019à la longue, d\u2019autres joueurs seront rachetés ou fermeront boutique.Qui saura tirer son épingle d\u2019un marché en forte mutation ?PP Péladeau lance son « En français ! » On dirait que l\u2019événement s\u2019est produit il y a des années, mais c\u2019est le 29 janvier dernier, pendant l\u2019événement Quartiers d\u2019hiver à Rouyn-Noranda, que Pierre Karl Péladeau a lancé son désormais célèbre «En français!» pendant le spectacle du groupe montréalais Groenland.M.Péladeau avait créé un malaise dans la salle abitibienne en demandant quatre fois plutôt qu\u2019une que le groupe chante un morceau dans la langue de Molière, alors que la formation menée par Sabrina Halde et Jean-Vivier Lévesque (le fils de Raymond Lévesque) n\u2019avait que des titres anglophones sur son premier et unique disque.Qui sait, peut-être que le prochain album de Groenland aura un petit quelque chose pour PKP?PP le péril assumé de Wilfiid-Pelle-tier tout seul avec sa guitare et son grand crâne tel Hamlet à l\u2019envers, il n\u2019a rien évité, tout osé, et tout gagné.Joie, ça continue : il y a des supplémentaires jusqu\u2019aux Francos.S.C.Gloire et concentration dn streaming Ça brasse dans le monde du streaming musical, aussi appelé «musique diffusée en flux continu».Les derniers mois ont vu la création d\u2019Apple Music (qui a annoncé en octobre avoir attiré 6,5 millions d\u2019abonnés) et le rachat par Jay Z du service Tidal, qui s\u2019ajoutent aux Spotify, Deezer et autres Google Play Music.Selon la Fédération Les Beatles tout le temps C\u2019est fou mais ce n\u2019est jamais tout.Cette année comme les précédentes, l\u2019actualité des p\u2019tits gars de Liverpool \u2014 morts ou vivants \u2014 ne connaît pas la péremption.Paul McCartney a rempli des stades, Ringo Starr son lot de salles avec son énième All-Starr Band (y compris un soir au Saint-Denis).Le même Paul a intronisé le même Ringo au Rock and Roll Hall of Fame; la première batterie Ludwig de Père de gloire a été achetée pour deux p\u2019tits millions par un proprio d\u2019équipe de football.Les portefeuilles moins garnis n\u2019ont pas été moins épargnés: entre autres rééditions diverses et livres essentiels (la saga Apple, le splendide Photographs de Ringo), c\u2019est le coffret Beatles 1 +, avec ses 50 clips restaurés et ses 27 succès remixés, qui aura fait frétiller les fans qui n\u2019en espéraient pas tant.Notez qu\u2019au milieu de l\u2019été, il y a eu les Rolling Stones sur les Plaines.Ainsi va la vieille rivalité : pas question de céder un micron, encore moins le micro.S.C.Quand Netflix raconte la musique What Happened, Miss Simone ?Il est arrivé ceci, en 2015: la chaîne de visionne-ment en flux continu Netflix, en produisant un film exceptionnel, réalisé par Liz Gar-bus, liant documents d\u2019archives remuants et entrevues pertinentes, a permis à un public non initié de découvrir la grande chanteuse, musicienne et activiste.A suivi Keith Richards : Under the Influence, portrait un brin complaisant mais très centré sur la musique et les influences musicales de l\u2019increvable guitariste des Rolling Stones.Les médias en ont parlé, les téléspectateurs ont été ravis : Netflix va continuer de produire.et de diffuser.Présentés dans les salles obscures d\u2019abord avant d\u2019aboutir à Netflix, on a eu droit aux parcours troublés d\u2019une Amy Winehouse {Amy \u2014 The Girl Behind The Name) et d\u2019un Kurt Cobain {Cobain \u2014 Montage of Heck).Janis : Little Girl Blue, à propos de Janis Joplin, vient de prendre l\u2019affiche en salle.Et si Netflix était l\u2019avenir du documentaire musical?S.C.L\u2019hommage, avec ou sans crémage On décerne désormais un Félix «album de l\u2019année \u2014 réinterprétations», ce qui veut dire que c\u2019est devenu un genre à part entière.Pour le meilleur et le pire.Souvent sur le même disque.Jugez-en par le Pag revisité, où un Patrice Michaud jouant d\u2019audace {Les bombes, façon piano électrique) côtoie surtout du copié-collé: pas facile de s\u2019approprier la pop parfaite des année,s 1970 de Michel Pagliaro.A l\u2019opposé, les airs très marqués par la manière et les maniérismes d\u2019une Diane Dufresne ont été libérés par les nouvelles interprétations des Marie-Pierre Arthur, Catherine Major, Ariane Moffatt pour l\u2019album-hom-mage à la diva.Cela étant, le constat demeure : ça se multiplie.C\u2019était déjà la tartine des rares émissions variétés à la télé, mais on a senti en 2015 que ces disques collectifs \u2014 et les spectacles qui en sont décantés dans les festivals \u2014, sont devenus la valeur refuge d\u2019une industrie fragilisée.Où les créateurs continuent pourtant de créer.S.C. E 4 LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 CULTURE.CINEMA SUITE DE LA PAGE E 1 Le plan-séquence de l\u2019année L\u2019ouverture de Spectre de Sam Mendes, le dernier James Bond, à Mexico, façon Inârritu.Daniel Craig laissant là sa conquête pour partir sur les toits de la ville trucider un vilain, avec maison qui s\u2019écroule ; le tout sur fond surréaliste de fête des Morts, de Mexicains masqués, à travers un défilé de squelettes allégoriques et de Frida Kahlo démultipliée, sans coupes, bravo ! La scène d\u2019introduction devient plus capitale que jamais dans les James Bond.Après celle-ci, on peut se tirer du film.O.T.Le duo de copains de l\u2019année Michael Caine et Harvey Keitel dans Youth de Paolo Sorrentino.Le film peut irriter par sa surenchère d\u2019effets esthétiques et sa distribution résolument «ail stars», dans une Suisse alpine qui ne parle qu\u2019anglais, mais.vive ce tandem de potes octogénaires, formé par le Britannique Michael Caine et l\u2019Américain Harvey Keitel.Leurs répliques cyniques ou nostalgiques, la complicité vite installée entre deux grands interprètes pour la première fois réunis se croquent comme des bonbons acidulés.O.T.Le monologue le plus mémorable Prostrée dans une chapelle désertée.Lady Macbeth, dans Macbeth de Justin Kurzel, livre un plaidoyer halluciné.Le froid ambiant rend sa peau diaphane encore plus blanche.Serait-elle d\u2019ores et déjà morte?Ses grands yeux mouillés de larmes amères, elle regarde devant elle, l\u2019air hanté.Assis en face, un enfant la fixe en retour.Est-ce celui que la souveraine a perdu, ou s\u2019agit-il plutôt de l\u2019un de ceux que son mari a envoyés au bûcher?Pour Lady Macbeth, libération rimera avec damnation.RL.Le retour le plus attendu Il y a bien longtemps, en 1977, dans une galaxie lointaine, très lointaine, le public fit la connaissance de Luke Skylwalker, de la princesse Leia et de Han Solo.Dans son univers régi par la Force, laquelle est utilisée pour le bien par les Jedi et pour le mal par les Sith, cet improbable trio composé d\u2019un aspirant Jedi, d\u2019une diplomate intrépide et d\u2019un contrebandier fort en gueule vint à bout de maints dangers à l\u2019issue desquels ledit public les adopta.Trente ans après leur troisième aventure, ce ne sont pas des personnages que l\u2019on retrouve dans Star Wars, mais de vieux amis.KL.h La réplique tire-larmes Il suffit parfois d\u2019une seule scène pour illuminer un film et en révéler tqute sa pertinence.Dans Les êtres chers, Anne Emond atteint cette grâce lors d\u2019un superbe moment d\u2019intimité entre une petite fille et sa grand-mère.Âmes meurtries après deux suicides qui ont marqué la vie de leur famille, la première demande à la seconde pourquoi il faut vivre.«Pour voir vieillir ceux qu\u2019on aime», lui répond Louise Turcot, ici d\u2019une fragilité extrême.En peu de mots, avec délicatesse, tout est dit.A.L.Splendeurs et misères de la vulgarité L\u2019été apparaît parfois comme la saison de la désinvolture débilitante.Or, la vulgarité peut aussi être un art, et certains le maîtrisent mieux que d\u2019autres.Avec Ted 2, tous les espoirs étaient permis, mais Seth MacFarlane a déçu, et devrait songer à un retour à la télévision.Pour une cascade de rires, il a fallu compter sur les artisans de Vacation, revisitant une célèbre série de comédies où la bêtise se porte avec panache.Merci au duo Ed Helms et Christina Applegate de ne reculer devant rien.A.L.L\u2019enfance volée Trois films puissants illustrent les ravages provoqués dans l\u2019entourage d\u2019un enfant victime d\u2019enlèvement et d\u2019agression: Room: le monde de Jack de Lee Abrahamson, où l\u2019on découvre le monde à travers les yeux de gamin de cinq né en captivité ; Les démons de Philippe Lesage, incursion dans l\u2019esprit d\u2019un garçon hy- P f Dans le sens des aiguilles d\u2019une montre: des scènes de Spectre, Macbeth et Ville-Marie.persensible à l\u2019affût de tous les dangers; et Chorus de François Delisle, réflexion sur le deuil où l\u2019amour triomphe sur l\u2019horreur.Un hiptyque dérangeant.M.D.Je me fais mon cinéma Et s\u2019il n\u2019y avait pas que la musique pour pdou-cir les mœurs?Dans Ville-Marie, Guy Edoin hansforme Monica Bellucci en star platine qui joue sa vie dans un mélo évoquant Sirk et Almodovar.Troublant documentaire de Crystal Moselle, The Wolfpack s\u2019intéresse à une fratrie faisant des remakes des films de Tarantino afin d\u2019échapper à sa triste réalité.Avec ses héros tournant des pastiches de classiques américains, Me and Earl and the Dying Girl d\u2019Alfonso Gomez-Rejon s\u2019avère une vibrante lettre d\u2019amour au cinéma.M.D.#1 AU BOX OFFICE 2015 EN FRANCE! DANIELTORDJMAN ET JEROME SEYDOUX PRESENTENT JEAN-PAUL VANESSA JXDJXMS i20Ui/£ CSUIilO£ LÉES^RiilL\tJUIDOi^ £SLAAI£ ?Cf LE PARISIEN « UNE COMEDIE A SAVOURER EN FAMILLE » TV cnnMoes ch/umes « ALADIN, OU COMMENT REPRENDRE LE FLAMBEAU DE ASTÉRIX A OBÉLIX : MiSSiON CLÉOPaniE » ?PARIS MATCH F i J J www.az1ilms.ca UN FILM DE ülIRTHUIR B£N2JI0UEN AU CINÉMA DEMAIN! f ItimI Icinéma S&sudietf\\ rLlïISîïLTAfUi\u2019n I QUARTIER LATIN | I 2396.Beaubien E.721-6060 | | PONT-VIAU 16 | |\u2014LES CINÉMAS GUZZO\u2014i i-CINÉMA CAPITOL 1 rr-^ ! = î = I I LANGEUER6 I | DRUMMONDVILLE I ILe TAPIS ROUgE I I VERSION FRANÇAISE -CINÉMA- -CINEMA-1 LE CLAP I Se casser la tête CONCUSSION (V.R : Commotion) ?1/2 Drame de Peter Landesman.Avec Will Smith, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Adewle Akinnuoye-Agbaye.Etats-Unis, 2015,123 minutes.ANDRÉ LAVOIE If I don\u2019t speak for the dead, who will?» déclare de sa voix douce le médecin légiste et neuropathologiste Bennet Omalu dans Concussion, le récit de ses recherches et de ses combats ayant d\u2019abord fait l\u2019objet d\u2019un article signé Jeanne Marie Laskas dans le magazine GQ.Car affronter la puissante National Football League (NFL) relève quasiment de l\u2019insouciance, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de lui faire admettre que ce sport aux contacts robustes peut grandement affecter la santé et le cerveau des joueurs au point de les ruiner, les pousser à l\u2019itinérance, voire au suicide.Autrefois journaliste d\u2019enquête, Peter Landesman s\u2019est hansformé en scénariste {Kill the Messenger) et en cinéaste {Parkland), réunissant dans Concussion toutes ses passions, dont celle de la dénonciation virulente.Et il ne pouvait trouver héros plus édifiant que cet homme bardé de diplômes, originaire du Nigeria, fantasmant sur l\u2019Amérique au point d\u2019en êhe aveuglé de naïveté, ne regardant jamais la télévision, et encore moins le football.Sans compter que, oui, il parle aux morts avant de les disséquer à la morgue de Pittsburgh, cette ville parmi tant d\u2019autres où les footballeurs sont considérés comme des dieux, sauf s\u2019ils vivent dans leur voiture et ressemblent à des clochards.En scrutant finement des cerveaux, payant de sa propre poche son zèle de chercheur.Dans un souci évident d\u2019éduquer les masses, Peter Landesman aménage de multiples moments pédagogiques les découvertes d\u2019Omalu vont ébranler les colonnes du temple, ainsi que ses propres convictions patriotiques.Il sera vite entouré d\u2019alliés circonstanciels et d\u2019ennemis imposants, souvent défendus par des acteurs de renom (Albert Brooks, Alec Baldwin, Luke Wilson, Paul Reiser) qui ne font parfois que passer, avec en prime une romance d\u2019une pudeur digne des années 1950.Ces satellites mettent ainsi en lumière l\u2019importance de ce héros incarné par Will Smith avec déférence, mais si lisse, si parfait qu\u2019il en devient ennuyeux avec tous ses discours lénifiants.Dans un souci évident d\u2019éduquer les masses, et de secouer leur idolâtrie pour ce sport hop souvent assimilé à une religion, Peter Landesman aménage de multiples moments pédagogiques pour bien faire comprendre les enjeux médicaux et psychologiques du fléau des commotions cérébrales.La charge apparaît parfois bien lourde, rarement entrecoupée d\u2019instants de pur cinéma, sauf les parties de football transformées en chorégraphies dangereuses où le monteur William Goldenberg (oscarisé pour Argo) s\u2019en donne à cœur joie avec cet alignement infini de coups à la tête.Véritable pari que d\u2019offrir Concussion en pâture pendant la période des Fêtes, ce choix n\u2019a rien de hasardeux tant la figure de Bennet Omalu, dont la bataille demeure inachevée malgré les preuves accumulées, arbore des airs messianiques.Pour un acteur comme Will Smith cherchant un second souffle et un ticket pour la haute saison des grands prix de cinéma, ce personnage constituait davantage un gage de sûreté qu\u2019une périlleuse gageure.On ne change pas les mœurs de la NFL si facilement.Ni celles d\u2019Hollywood.Collaborateur Le Devoir COLOMBIA Tout au long du film, le personnage de Bennet Omalu, joué par Will Smith, est entouré de ses alliés et ses ennemis qu\u2019interprètent des acteurs de renom, dont Alec Baldwin.^487467714 http://www.azfilms.ca/accueil_fr.html LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 E 5 ICIffEMA ©CINE OUTREMONT Montréal® theatreoutremont.ca 514495-9944 L\u2019HOMME IRRATIONNEL AVEC JOAQUIN PHOENIX, EMMA STONE ET JAMIE BLACKLEY lÜllU Le lundi 28 décembre 116 h et 19 h 30 Joy et allégresse Et de trois pour le cinéaste David O\u2019Russell et l\u2019actrice Jennifer Lawrence JOY(V.O.etV.F.) ?1/2 Réalisation: David O Russell Avec Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Virginia Madsen, Isabella Rossellini, Diane Ladd, Bradley Cooper États-Unis, 2015, 124 minutes.FRANÇOIS LÉVESQUE VOUS connaissez Joy Man-gano ?À moins que les in-fopublicités comptent parmi vos émissions de télévision favorites, probablement pas.Il se trouve qu\u2019en 1990, cette jeune divorcée, mère de trois enfants, inventa.la Miracle Mop, une serpillière tellement ingénieuse qu\u2019elle fit la fortune de sa créatrice, qui devint dans la foulée une véritable sensation sur la chaîne Home Shopping Network.Très (très) librement inspiré de la vie de cette entrepre-neure partie de rien, Joy marque la troisième collaboration entre le réalisateur David O\u2019Russell et la comédienne Jennifer Lawrence.De nouveau, le courant passe drôlement bien entre ces deux-là.L\u2019action se déroule dans une ville non identifiée aux allures de Long Island, quelque part vers la fin des années 1980.Dans une grande maison déla- brée, Joy (Lawrence) veille sur sa famille hautement dysfonctionnelle avec force courage et patience.Au rez-de-chaussée, sa mère alitée (Virginia Madsen) regarde en boucle un feuilleton télévisé (drôle à hurler) .Au sous-sol, son ex-mari (Edgar Ramirez), un aspirant chanteur, et son père (Robert De Niro), un amoureux en série largué à répétition, se regardent en chiens de faïence.Et c\u2019est sans compter cette sœur envieuse.Heureusement que la marmaille de Joy ne lui cause aucun souci.Néanmoins, habituée qu\u2019elle est depuis l\u2019adolescence de s\u2019occuper de tout le monde sauf d\u2019elle-même, Joy, une ancienne première de classe, a mis tous ses rêves de côté.Des rêves que sa grand-mère (Diane Ladd) la pousse régulièrement à dépoussiérer.Jadis une enfant allumée prompte à construire et inventer, Joy fait un jour exactement cela.Empruntant les crayons à colorier de sa fille, la voilà obnubilée par cette idée un peu saugrenue d\u2019une serpillière superabsorbante qu\u2019on n\u2019aurait pas besoin de toucher pour l\u2019essorer et la laver.Avec un prêt de la nouvelle flamme de son père (Isabella Rossellini), Joy se lance.¥.20TH CENTURY FOX Jennifer Lawrence n\u2019en finit plus d\u2019impressionner avec un registre apparemment illimité.Rapide, la montée sera comme il se doit suivie d\u2019une chute vertigineuse avant le triomphe ultime.Délicieuse excentricité Ce qui est formidable avec le plus récent film de David O\u2019Russell, c\u2019est son approche amplifiée du réel, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un recours à des rêveries surréalistes lors desquelles Joy plonge dans le roman-sa- von de sa mère, ou encore de la direction d\u2019acteurs décalée qui induit, de par son homogénéité cohésive, une impression de petit monde en vase clos.Comme dans ses précédents Le bon côté des choses (qui valut un Oscar à Jennifer Lawrence) et Arnaque américaine (pour lequel elle fut nommée), le ci-néaste cisèle des dialogues denses conçus pour se chevaucher à la livraison (façon Ro- bert Altman), et auxquels une brillante distribution confère un cachet naturel.Dommage que le scénario tende à s\u2019éparpiller au troisième acte, avec par exemple cet épilogue à l\u2019issue duquel on revient au dénouement qui l\u2019a précédé: un ajout particulièrement inutile.Joy, à l\u2019instar d\u2019ailleurs A'Arnaque américaine, s\u2019avère ainsi moins ramassé que Le bon côté des choses.Toutefois, l\u2019ensemble séduit, ne serait-ce que par sa délicieuse excentricité, une qualité du reste inhérente au travail récent de David O\u2019Russell, qui a réussi à se réinventer après un long passage à vide professionnel.Plus qu^une muse A cet égard, nul doute que sa rencontre avec Jennifer Lawrence a contribué à cette résurgence artistique.Bien davantage qu\u2019une simple muse, elle est devenue une collaboratrice indispensable.En effet, la jeune superstar n\u2019en finit plus d\u2019impressionner avec un registre apparemment illimité, mais surtout avec cette capacité rarissime à ne jamais donner l\u2019impression qu\u2019elle joue, mais qu\u2019elle est (voir aussi Winter\u2019s Bone, pour lequel elle décrocha sa première nomination aux Oscar) .Surtout, elle comprend manifestement le ton inusité qui prévaut dans le cinéma de David O\u2019Russell.Telle Joy Mangano présidant avec poigne et bienveillance aux destinées de son clan, Jennifer Lawrence domine, souveraine, l\u2019univers cinématographique de David O\u2019Russell.Le Devoir Z Zi, ri-s- !' i:\t-s 1 /r PARAMOUNT Steve Carell donne le ton, jouant les cassandres de la finance.La poésie des subprimes THE BIG SHORT (V.F.: Le casse du siècle) ?1/2 Comédie dramatique dAdam McKay.Avec Christian Baie, Steve Carell, Ryan Gosling, Brad Pitt.États-Unis, 2015, 131 minutes.ANDRÉ LAVOIE The Big Short s\u2019apparente à un film catastrophe, mais vous ne verrez aucune tour s\u2019écrouler, aucune foule courir dans tous les sens, à peine quelques larmes versées par des personnages en impeccables complets trois-pièces.De plus, Adam McKay, un petit roi de la comédie {Talladega Nights, Anchorman, The Other Guys), n\u2019a rien perdu de son humour en illustrant la tragique débâcle financière de 2008, ou plutôt les nombreux signes précurseurs de la tempête économique du siècle.Pour des millions de propriétaires et de travailleurs américains, ce dérèglement du système bancaire - par des bonzes qui ne cessent de supplier les gouvernements de relâcher les contrôles.\u2014 fut synonyme de faillites et de chômage ; l\u2019essayiste Michael Lewis a d\u2019ailleurs décortiqué avec succès la mécanique de cette bulle immobilière.Or, malgré l\u2019ampleur des dommages, et l\u2019impact majeur sur les finances publiques de plusieurs pays, car le Canada n\u2019y a pas totalement échappé, sommes-nous devant un sujet éminemment cinématographique ?Belle insolence McKay a relevé le défi en adaptant ce bouquin, y insufflant une belle insolence destinée à ceux et celles que la litté-ratie financière rebute, sachant que le contingent est imposant.Par ailleurs, The Big Short témoigne à nouveau du génie révisionniste d\u2019Hollywood en célébrant l\u2019audace de banquiers, de conseillers financiers, de pe- tits investisseurs ou de rois de la finance convertis à la simplicité volontaire, somme toute assez peu nombreux, qui ont compris avant les autres qu\u2019offrir du crédit hypothécaire à tous les vents provoquerait un véritable tsunami économique.La suite n\u2019allait pas leur donner tort, et certains s\u2019en mettront plein les poches.Cet aréopage de visionnaires cyniques évolue parfois dans des mondes parallèles, se croisant le temps d\u2019une conférence ou d\u2019une rencontre au sommet, tous survoltés, caractériels, lunatiques, névrosés et opiniâtres.A ce jeu.Steve Carell donne le ton, conserve de part en part cette énergie revancharde, jouant les cassandres de la finance, suivi de près par un Christian Baie dans une exécution quasi autiste (eh oui, encore.), décortiquant de multiples colonnes de chiffres sur fond de heavy metal pour mieux y voir clair, même avec un œil de vitre.Ces deux énergumènes, et tous les autres à leur suite (Ryan Gosling en banquier sorti des pages du dernier GQ, Brad Pitt en dalaï-lama exilé de Wall Street), sont observés comme des rats de laboratoire, McKay imposant un rythme frénétique et une approche visuelle oscillant entre le documentaire politique et la téléréalité voyeuriste.D\u2019où les jump cuts, les plans excédant rarement quelques secondes, les regards adressés à la caméra et les multiples apartés à la fois ludiques et pédagogiques pour expliquer des termes aussi poétiques que «subprimes» ou «collateralized debt obligations».The Big Short fait le pari qu\u2019une tragédie financière possède un évident potentiel de séduction commerciale.Parlez-moi d\u2019une démarche cohérente à la sauce typiquement capitaliste.Collaborateur Le Devoir Et vogue le kayak COMME UN AVION ?1/2 Comédie de Bruno Podalydès.Avec Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons.France, 2015, 105 minutes.ANDRÉ LAVOIE Les films de Bruno Podalydès sont rarement hilarants ou larmoyants, baignant le plus souvent dans un climat mélancolique et indolent {Dieu seul me voit.Bancs publics), s\u2019inspirant parfois de romans un peu surannés comme ceux de Gaston Leroux {Le mystère de la chambre jaune).On dira du cinéaste qu\u2019il apparaît décalé, et l\u2019homme y verra un hommage.Pour découvrir la manière Podalydès, rien de mieux que de prendre un ticket pour Comme un avion, une fantaisie à son image, parfois poussée à son paroxysme dans cette description d\u2019une crise de la cinquantaine où les débordements émotifs sont rares.Cette quiétude émane d\u2019abord de la figure centrale du film, incarnée par le cinéaste lui-même, acteur à ses heures, le plus souvent effacé contrairement à son frère Denis, pour une rare fois relégué à un second rôle dans son cinéma.Michel, infographiste insatisfait (d\u2019à peu près tout), traverse son existence à moto, mais il ne rêve que d\u2019aviation, sans pour autant se secouer afin de prendre son envol.A la faveur d\u2019une discussion sur les palindromes, ces mots lus aussi bien à gauche qu\u2019à droite, «kayak» devient pour lui une illumination.Peu importe qu\u2019il ne connaisse rien à la navigation fluviale, comme le souligne sa charmante épouse (la non moins charmante Sandrine Kiberlain), l\u2019homme prendra ses rames, et une tonne d\u2019équipement inutile, pour, dit-il, rejoindre la mer.Il fera quelques dizaines de kilomètres, mais aura surtout la chance d\u2019accoster devant une auberge tenue par une veuve broyant parfois du noir (voluptueuse Agnès Jaoui) et sa jolie serveuse (Vimala Pons).Michel ne devait y passer qu\u2019une seule nuit, mais toutes sortes de situations incongrues, et même un excès d\u2019absinthe, vont l\u2019immobiliser dans ce lieu paradisiaque qui le force à tout remettre en question.Cette prise de conscience n\u2019aura rien d\u2019une prise de tête.Podalydès aligne les scènes intimistes et burlesques avec la même délicatesse, faisant de son personnage un philosophe du quotidien, parfois ahuri, parfois indifférent, rigolo sans faire de grossières pitreries.Il lui suffit de débarquer au milieu d\u2019un repas, de se réveiller en pleine nuit ou de découvrir l\u2019efficacité de syntoniser Erance Culture et ainsi chasser les moustiques (eh oui.) pour saisir le monde d\u2019une autre façon.Peu doué pour les nouvelles technologies, celles-ci deviendront un révélateur de sa situation conjugale ; à ce BRUNO ^\tSANDRINE\tAGNES VIMALA PODALYDES KIBERLAIN\tPONS ?« COMME UN AVION VOLE HAUT.\t« UN MOMENT DE PUR BONHEUR AU SOMMET DE LA COMÉDIE FRANÇAISE.» CINÉMATOGRAPHIOUE OUI DONNE DES AILES.» LE NOUVEL OBSERVATEUR\tTÉLÉ 7 JOURS LA NOUVELLE COMED E DE FUNFILM Comme un avion est un curieux voyage immobile dans une enclave champêtre aux contours quasi irréels.chapitre, mieux vaut ne pas en dire davantage.Curieux voyage immobile dans une enclave champêtre aux contours quasi irréels.Comme un avion multiplie les échappées fantaisistes pour célébrer le pouvoir des rêves, et de l\u2019exotisme à deux pas de chez soi.Cet antihéros ne se prive jamais d\u2019en être la vedette, planant dans les airs ou rencontrant un vieux pêcheur grincheux ressemblant à Pierre Arditi, «mais en moins sympa», et joué par Pierre Arditi! Si toutes les crises existentielles provoquées par l\u2019âge dégageaient autant d\u2019insouciance, nul doute que plusieurs n\u2019hésiteraient pas à les vivre comme dans un film de Bruno Podalydès.Ou partiraient en kayak.Collaborateur Le Devoir DES LE VENDREDI 25 DECEMBRE CINÉMA BEAUBIEN] 2396 Beaubien E 514-721-60601 LeS N E M A Cl PIS ROUGCI LE CLAP CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINEMAS LE DEVOIR métropole GAGNEZ L\u2019UN DES 50 LAISSEZ-PASSER DOUBLES POUR ASSISTER À LA PREMIÈRE DU FILM DE GRAND PRIX FESTIVAL DE CANNES NOMINATION AUX § GOLDEN GLOBES f MEILLEUR FILM EN LANGUE ÉTRANGÈRE iB -OSCARS\u201d 2016- RE P RÉ S E NIANT DE LA HONGRIE FILS SAUL I UN FILM DE LASZLO NEMES LE LUND111 JANVIER 19H AU CINEMA BEAUBIEN (2396 rue Beaubien E ) PARTICIPER, VISITEZ LE concoursitietropolefllins.com 1 La promotion aura lieu sur le site web du 22 décembre 2015 au 4 janvier 2016 inclusivement et le tirage se fera le 5 janvier 2016.50 gagnants recevront une invitation double par courriel.Règlements disponibles chez Métropole Films.AU CINÉMA LE 15 JANVIER metropoletilms.com.9 E 6 LE DEVOIR LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 CULTURE»DE VISU Dans le rétroviseur de la modernité ATELIERS CROISES.Mariette Rousseau-Vermette et Claude Vermette : artisans DE LA MODERNITÉ QUÉBÉCOISE Au Musée d\u2019art contemporain des Laurentides (101, place du Curé-Labelle, Saint-Jérôme).Jusqu\u2019au 14 février.JEROME DELGADO Entre art et artisanat, entre modernité et tradition.Ou plutôt l\u2019un et l\u2019autre, en même temps, comme s\u2019il fallait une fois pour toutes arrêter de séparer le travail de type artisanal et l\u2019exploration artistique.L\u2019héritage des Vermette, Claude et Mariette de leurs prénoms, est de cette importance.C\u2019est ce souci historique que poursuit une exposition posthume conçue par René Viau, ancien critique du Devoir.Mise en circulation par le Musée d\u2019art contemporain de Baie-Saint-Paul, la voici, en format plus concis, mais non moins juste, au Musée d\u2019art contemporain des Laurentides, à Saint-Jérôme.Couple dans la vie, Claude Vermette et Mariette Rousseau-Vermette ont eu des pratiques bien distinctes, et pourtant connexes.Lui céramiste, elle lissière, ils ont, tous les deux, poussé leur discipline en dehors de la sphère traditionnelle.Près de dix ans après leurs décès respectifs, survenus dans l\u2019espace d\u2019un mois, au printemps 2006, l\u2019expo Ateliers croisés.Mariette Rousseau-Vermette et Claude Vermette: artisans de la modernité québécoise les ressuscite de belle manière.Une redécouverte Céramiques et laines, assiettes comme œuvres murales, échantillons ou archives photographiques, l\u2019art des Vermette est à redécouvrir sous plusieurs facettes.Ceci malgré le nombre limité d\u2019œuvres, tirées pour la plupart des ateliers des artistes \u2014 les pièces du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée national des beaux-arts du Québec reproduites dans le catalogue de l\u2019expo n\u2019ont pas fait le voyage dans les Laurentides.Dans la lignée des mouvements esthétiques qui surgissent pendant la moitié du XX® siècle, entre la gestuelle des automatistes et la géométrie des plasticiens, les Vermette ont participé de plein gré à l\u2019arrivée du Québec moderne.Les deux ont eu l\u2019occasion de travailler des œuvres monumentales, notamment dans le contexte de programmes d\u2019intégration à l\u2019architecture.Lui, par exemple, dans le métro de Montréal, qui possède plusieurs stations portées par la céramique de Mousseau (Berri, Beaubien, Saint-Laurent.).Elle, dans des salles de spectacles à Washington, à Qttawa ou à Toronto.Parler d\u2019art public dans un musée est toujours un défi.Ça se résume souvent à une simple évocation par le biais des archives.René Viau n\u2019arrive pas avec une solution magique.Son approche cependant ne met pas tant l\u2019accent sur les bâtiments et les œuvres finales que sur les ateliers et le processus de création.Du céramiste Vermette, le commissaire expose une table bien garnie en échantillons, fragments de stations de métro ou simples tuiles richement travaillées.De la tisserande Vermette, il propose des pans de tissu conservés par l\u2019artiste, comme ceux assemblés dans un cartable à anneaux.Un même air créatif Au-delà de ces morceaux, l\u2019expo parle d\u2019« ateliers croisés».Sans insister sur la proximité formelle des vases de l\u2019un et des assemblages en fils de l\u2019autre, elle laisse imaginer les deux artistes en discussion, animés du même air créatif, loin de la fonction d\u2019usage associée à leur discipline.Ce regard de l\u2019intérieur est soutenu du volet photographique mené par le collectif After Life, dont les images tentent de capter le temps révolu.Ces photographes, dont fait partie l\u2019artiste et professeure de l\u2019Université Concordia Raymonde April, ont eu accès à la résidence et aux ateliers du couple Vermette à Sainte-Adèle.Le résultat de leur visite est magnifié dans des cahiers thématiques («fenêtres», «objets choisis», «forêt».), à consulter avec le plus grand soin.Quelques tirages grands formats sont aussi exposés en salle, dont celui qui lie le rustique de la cabane en bois à l\u2019harmonie des lignes modernistes.Dommage seulement que ces photos ne rythment pas davantage ce retour dans le temps proposé par l\u2019expo.La tâche de commissaire de René Viau, tout comme le projet poursuivi par After Life, s\u2019évertue certes dans un travail de mémoire, il se fait sans excès.Du moins dans la présentation de l\u2019expo au MACL.Les panneaux didactiques sont rares, les grandes lignes biographiques aussi.Les murs respirent.C\u2019est tout à l\u2019hon-neur des artistes, dont le travail peut être apprécié pour ce qu\u2019il est.Œuvres sorties de l\u2019oubli \u2014 et des ateliers, de la sphère privée \u2014, ce regard morcelé, en pièces détachées, en archives et en échantillons semble cependant voué aux marges.Après ses passages aux musées de Baie-Saint-Paul et de Saint-Jérôme, établissements de second ordre, l\u2019expo aura certes son arrêt à Montréal, mais au Musée des maîtres et artisans du Québec, situé dans l\u2019arrondissement de Saint-Laurent, en retrait de la ville du spectacle.Collaborateur\tphotos musée d\u2019art contemporain des laurentides Le Devoir En haut, l\u2019intérieur de la maison de Claude Vermette et ci-dessus, l\u2019atelier de Mariette Rousseau-Vermette.Apocalypse Now Simon Bilodeau nous montre un monde au bord du précipice.Tic-tac, tic-tac.EMPIRE VOUS AVEZ DIT EMPIRE?de Simon Bilodeau Jusqu\u2019au 24 janvier à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal.NICOLAS MAVRIKAKIS Il y a peu de temps, je vous parlais de l\u2019œuvre de Cari Trahan chez Battat Contemporary, artiste qui s\u2019intéresse à décortiquer la montée de valeurs extrémistes dans la modernité occidentale, en soulignant comment ces valeurs ont trouvé à se nourrir auprès d\u2019une certaine approche de la science et des technologies.Le hasard et la direction prise par les recherches en art contemporain veulent qu\u2019à Montréal soit aussi présentée ces jours-ci une exposition de l\u2019artiste multidisciplinaire Simon Bilodeau, qui lui aussi se penche, depuis plusieurs années, sur un phénomène assez similaire.Une des phrases que nous retrouvons dans l\u2019expo de Trahan pourrait d\u2019ailleurs tout à fait servir à celle de Bilodeau : L\u2019autodestruction de l\u2019âge du progrès.Mais alors que Trahan a plutôt un regard historique \u2014 sur le XIX® siècle et la première moitié du XX® siècle, avec entre autres comme sujets la seconde vague de la Révolution industrielle, le nazisme, le fascisme, le mouvement futuriste \u2014, Bilo-deau fait ce que dans le domaine du cinéma ou de la littérature on considère comme appartenant au genre de l\u2019œuvre d\u2019anticipation.Il y a dans le travail de Bilodeau des affinités avec la science-fiction dysto-pique, contre-utopique.L\u2019image détournée Malgré ce que le titre peut évoquer, sa plus récente exposition, intitulée Empire vous avez dit Empire ?ne fait pas dans un anti-américanisme primaire.Bilodeau, depuis plusieurs expositions, se penche sur le fait que nos sociétés sont porteuses d\u2019une bombe à re- SIMON BILODEAU Il y a dans l\u2019œuvre de Simon Bilodeau une réflexion sur la fln de modèles économiques, mais aussi une résistance à l\u2019idée d\u2019images illustratives.tardement: problèmes écologiques effrayants, problèmes de surconsommation et de gaspillage des ressources qui est intenable.Bilodeau rappelle comment certaines valeurs économiques, financières, industrielles qui nous mènent pourtant vers une catastrophe sont devenues totalement dominantes, ayant créé une emprise totale sur nos modes de vie et sur la planète.C\u2019est de cet empire-là qu\u2019il nous parle.Et son travail avec le temps est devenu encore plus sombre, plus noir, recélant de moins en moins d\u2019espoir.Il nous montre donc un monde futur en destruction, en ruine, un monde postapocalyqitique.Alors que notre époque voit de plus en plus d\u2019artistes qui célèbrent et/ou qui profitent du capitaliste triomphant et mondialisé, recyclant et blanchissant l\u2019argent gagné en exploitant le tiers-monde ou les économies émergentes, il existe aussi des approches plus contestataires des systèmes dominants.Heureusement.Et Bilodeau y participe à son échelle.Fin de modèles économiques L\u2019œuvre de Bilodeau n\u2019est pas pour autant littérale.Elle n\u2019est pas une simple illustration de ces idées.C\u2019est une œuvre et non un manifeste politique al-termondialiste.Il y a dans son œuvre une réflexion sur la fin de modèles économiques, mais aussi une résistance à l\u2019idée d\u2019images illustratives, à l\u2019idée d\u2019un art soumis à une célébration du capitalisme ou simplement opposé à celui-ci.L\u2019image s\u2019offre ici comme une résistance au système de communication habituel.Ce qui trouble dans les plus récentes œuvres de Bilodeau est justement leur 4ésir d\u2019illisibilité, d\u2019effacement.À preuve, ces tableaux fracassés (de la série « Il y avait un mur») qui sont placés derrière des filets antidébris, comme ceux qui servent pour protéger les passants lors de travaux en bas d\u2019un immeuble en réfection ou en démolition.Dans une précédente expo chez Art Mûr, ses dessins étaient déjà placés derrière des vitres fumées, opaques, cachant à notre regard un monde secret, un monde de bâtiments, dont deux centrales nucléaires, désertés, certains tombés en ruine.Ces dispositifs rendaient presque indéchiffrables ces images.Artiste représenté par la galerie Art Mûr, Bilodeau expose (Je plus en plus souvent aux Etats-Unis et à l\u2019étranger.En 2015, il avait un solo à la galerie Circuit 12 à Dallas au Texas et il participait à l\u2019expo collective Personal Structures, projet réalisé dans le cadre du Programa Collateral de la Biennale de Venise, au Palazzo Bembo.En 2014, il avait une expo, The End has Different Stories, au Savannah College of Art & Design.Et l\u2019an prochain, il aiua un solo à la galerie 151 à New York.Certes, son expo ces jours-ci à Montréal est d\u2019une envergure plus modeste que ces projets précédents, mais elle montre clairement comment son travail explore des voies formelles nouvelles.Une histoire à suivre.Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 E 7 CULTURE.LIVRES Paris nostalgie r \\ 1 Christian ¦ '\u2022 \" Desmeules Comme toutes les grandes villes, Paris est double.Il y a d\u2019un côté la ville réelle, avec ses millions d\u2019habitants, ses rues et ses cicatrices, et de l\u2019autre il y a le fantasme.Celle qui a été écrite, chantée, filmée, sublimée depuis des centaines d\u2019années.Le Paris de Villon, Louis-Sébastien Mercier, Eugène Sue ou Modiano, celui de Marcel Carné, Truffaut et Chris Marker.En novembre 1956, Ernest Hemingway met la main sur deux malles oubliées qu\u2019il avait fait entreposer dans les caves de l\u2019hôtel Ritz en 1928.Une vraie machine à voyager dans le temps pleine de carnets de notes oubliés qu\u2019il avait remplis durant les années 1920.Publié en 1964, trois ans après son suicide, Paris est une fête {A Moveable Feast) est ce qui se rapproche le plus de ses mémoires.Journaliste pigiste pour le Toronto Star et écrivain en herbe dans le Paris des années folles, l\u2019Américain a eu la chance d\u2019y faire la connaissance de James Joyce, d\u2019Ezra Pound, de Zelda et Francis Scott Fitzgerald, de Gertrude Stein et de Sylvia Beach, patronne de la mythique librairie Shakespeare & Co.Il était jeune, pauvre, affamé de la vie et amoureux (il y vivait avec sa première femme, Hadley Richardson).«Nous mangions bien et pour pas cher et buvions bien et pour pas cher et dormions bien et au chaud ensemble et nous nous aimions.» Des moments de bonheur bref et pas toujours tranquille, revisités avec une énergie folle et des éclats de nostalgie poignante.Un antidote à la barbarie Plébiscité au lendemain des attentats du 13 novembre, Paris est une fête est spontanément devenu une sorte d\u2019antidote à la violence et à la barbarie.Une septuagénaire qui était venue se recueillir près du Bataclan, interrogée par une chaîne française d\u2019info en continu, avait déclaré : « C\u2019est très important d\u2019apporter des fleurs à nos morts, c\u2019est très important de voir [sic] plusieurs QummimssiQ KENZO TRIBOUILLARD AGENCE ERANCE PRESSE Après les attentats du 13 novembre à Paris, sortir en terrasse dans la capitale française a été vu comme une sorte d\u2019antidote à la violence et à la barbarie.fois le livre d\u2019Hemingway Paris est une fête.Nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs.[.] Nous fraterniserons avec les cinq millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment et nous nous battrons contre les 10 000 barbares qui tuent, soi-disant au nom d\u2019Allah.» Après ce beau témoignage devenu viral, les ventes de Paris est une fête ont explosé.A la suite des attentats de janvier, les lecteurs s\u2019étaient plutôt rués sur le Traité sur la tolérance de Voltaire, dont 165 300 exemplaires auraient trouvé preneur depuis le début de l\u2019année \u2014 contre 6800 en 2014.Ville de livres, d\u2019éditeurs, de lecteurs et de liberté, il n\u2019est pas étonnant non plus que tant d\u2019écrivains \u2014 y compris bien sûr beaucoup d\u2019écrivains québécois \u2014 y aient été attirés.«Être Parisien, ce n\u2019est pas être né à Paris, c\u2019est y renaître», croyait Sacha Guitry.«J\u2019ai passé les plus belles années de ma jeunesse à Paris», racontait Alain Grandbois dans ses Visages du monde.Après un séjour à Berlin, Constantinople, Bombay ou Djibouti, l\u2019auteur d\u2019Avant le chaos y revenait un peu comme on rentre chez soi.Il prenait ses aises aux Deux-Magots, au Flore, chez Lipp, à la Closerie des Lilas, autant de lieux fréquentés autrefois par la bohème de la rive gauche et qui sont à présent devenus mythiques.La légende veut même que Grandbois et Hemingway aient un jour fait connaissance au bar du Ritz: après que l\u2019auteur de L\u2019adieu aux armes eut tenté de le frapper, le poète québécois l\u2019aurait envoyé au tapis au moyen d\u2019une savante savate.Un parfum de nostalgie Avec son Dictionnaire amoureux de Paris, Nicolas d\u2019Estienne d\u2019Orves, écrivain et journaliste né en 1974, livre un ouvrage éclectique et passionné \u2014 même si le genre lui-même confine tqujours un peu aux images d\u2019Epinal.Un hommage à ses garçons de café, à ses bateaux-mouches et à ses brasseries.A ses boulangeries, à ses cimetières, ses musées et ses gares, ses cinémas d\u2019art et d\u2019essai, à ses restaurants et ses parcs.«À Paris, j\u2019ai souvent le sentiment d\u2019être né trop tard», confie Nicolas d\u2019Estienne d\u2019Orves dans ce livre à l\u2019enthousiasme contagieux, rempli d\u2019anecdotes, de citations et d\u2019histoire.Un livre à l\u2019écriture vive et spirituelle, franchement tourné du côté d\u2019une nostalgie, avec son côté «vieille France» qui fait largement l\u2019impasse sur la dimension cosmopolite de Paris.La nostalgie a aussi ses limites.Et peut-être, au fond, ne peut-elle s\u2019exprimer mieux que dans un livre.Aujourd\u2019hui, s\u2019il vous prenait l\u2019idée d\u2019aller vous entasser sur la terrasse des Deux-Magots pour y laisser refroidir un espresso à sept dollars, vous y seriez entouré de momies grimées, d\u2019Asiatiques qui sourient à leur téléphone et de couples en voyage de noces.Les vrais amoureux de Paris savent qu\u2019il faut aller voir ailleurs, loin des sentiers battus par les touristes et les nantis.Ou chercher entre les pages d\u2019Hemingway, de Zola ou d\u2019Henri Calet.Il ne reste plus grand-chose, forcément, du Paris d\u2019Hemingway et de Grandbois.Mais comme le croyait Goldoni au XVHLsiècle: «Le débauché trouvera facilement de quoi satisfaire ses passions, et l\u2019homme de bien se verra encouragé dans l\u2019exercice de ses vertus.» C\u2019est la vraie richesse de Paris : chacun devrait y trouver son compte.DICTIONNAIRE AMOUREUX DE PARIS Nicolas d\u2019Estienne d\u2019Orves Plon Paris, 2015, 736 pages PARIS EST UNE FÊTE Ernest Hemingway Gallimard, coll.«Folio» Paris, 2012, 256 pages La maternité comme bouée Un premier roman qui jette un regard implacable sur la symbiose mère-fils DANIELLE LAURIN / Eloi, bientôt 18 ans, s\u2019apprête à quitter le foyer familial à Montréal pour entreprendre des études de biologie marine à Rimouski.Pour son père, c\u2019est dans l\u2019ordre des choses.Pour sa mère, au contraire, il s\u2019agit d\u2019un abandon, d\u2019une trahison sans nom.Au départ du premier roman de la jeune Montréalaise Karine Geoffrion, il y a le çhoc ressenti par la mère d\u2019Éloi: comme si elle n\u2019avait jamais songé qu\u2019un jour, ce fils à qui elle a tout donné voudrait voler de ses propres ailes.L\u2019aveuglement de cette femme quant à ce qui lui pendait au bout du nez, quant à ce qui tôt ou tard devait arriver: l\u2019auteure, mère de deux fils, explore sans ménagement cette avenue.On remonte aussi à la source du problème, à ses causes.Avant de mesurer les conséquences destructrices d\u2019un tel comportement: c\u2019est la partie la plus importante du récit.Sans pour autant s\u2019étendre, multiplier les méandres psy-chologisants, Karine GeofMon met le doigt sur la faille.Depuis près de 18 ans, la mère d\u2019Éloi ne vit que pour son fils.Il est sa raison d\u2019exister.Symbiose parfaite.Jusque-là.Aux yeux de la mère du moins.Pour le fils, on comprendra plus tard que malgré toute l\u2019affection, l\u2019attachement et le respect qu\u2019il ressent pour celle qui lui a donné la vie, il étouffait.Besoin de respirer, désir de liberté.Quoi de plus naturel?Et une fois qu\u2019il aura goûté à son indépendance, à son autono- ü Éloi l\u2019avait sauvée.Lui avait redonné vie dès son premier cri et l\u2019avait investie d\u2019une mission transcendant tout le reste: elle serait dorénavant une Mère, la meilleure des mères.}} Extrait de Éloi et la mer mie, pas de revenez-y.Mais revenons à la mère puisque c\u2019est elle, le centre d\u2019attraction.C\u2019est de la place prépondérante, omniprésente, pour ne pas dire obsessive, maladive, de la maternité dans sa vie qu\u2019il est question.On comprend que la venue de son fils l\u2019a sauvée du vide de son existence, qu\u2019elle s\u2019est accrochée à lui comme à une bouée.La maternité comme identité.«Avant la venue d\u2019Éloi, elle avait l\u2019impression de n\u2019avoir été qu\u2019une enveloppe vide s\u2019incrustant dans la vie des autres, s\u2019accrochant ici et là à des mains inconnues qui, inévitablement, finissaient par la repousser.» Oublions la relation avec le mari qu\u2019ellç n\u2019a jamais vraiment aimé.Epousé comme un moindre mal après l\u2019abandon d\u2019un prétendant, il ne lui aura servi qu\u2019à fuir le cours de sa vie et à devenir quelqu\u2019un.Nous en sommes là.Le fils s\u2019en va.Le mari part pour un long voyage d\u2019affaires au Mexique.La femme se retrouve seule dans la grande maison.Déprime, alcool, laisser-aller.«Elle semblait si triste, vieillie d\u2019au moins dix ans.Qui était cette femme ?» Comment cela va-t-il évoluer?Pour le pire, en fait.Nous sommes bel et bien dans une tragédie.Mais avant d\u2019en arriver là, il y aura une sorte de pause teintée d\u2019enchantement, marquée par l\u2019espoir d\u2019une autre vie, d\u2019un recommencement possible.N\u2019entrons pas trop dans les détails.Mais laissons la magie opérer un moment, alors que cette femme de 55 ans seule au monde et plus qu\u2019à l\u2019aise financièrement croise le regard d\u2019un jeune artiste désœuvré, désargenté.L\u2019impression de glisser dans une autre dimension.Comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fable.D\u2019illusion en illusion, de chimère en chimère, la femme va se construire un univers de rêve.Elle va miser sur une relation de remplacement, aussi fusionnelle que celle qu\u2019elle avait avec son fils, le désir sexuel en plus.La descente aux enfers Peu importe, à ses yeux, que ce sentiment soit partagé : elle finira bien, à force de ca- deaux, de don de soi, de patience et, il faut bien le dire, de manipulation,, à se rendre indispensable.A faire en sorte que l\u2019autre lui appartienne, qu\u2019il se laisse aimer enfin.Le sauver.Et par le fait même, être sauvée.C\u2019est sa ligne, la seule qu\u2019elle connaisse.Ne pas en déroger, quoiqu\u2019il advienne.S\u2019accrocher à tout prix.Pathétique.Tout va se précipiter.Et ce qu\u2019on pressentait va finir par arriver.On l\u2019aura bien vue, cette femme, s\u2019enfoncer dans son entêtement, son aveuglement, encore une fois.Et foncer droit dans le mur.Pas de baume pour sa détresse.Pas de porte de sortie.Implacable, le regard de la romancière, sur cette femme.Une façon de démonter la mécanique de ses agissements, de décortiquer ses comportements, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une souris affolée prise au piège.Résultat: pas vraiment d\u2019apitoiement possible, au final, pour nous.C\u2019est de l\u2019extérieur, avec une certaine froideur, qu\u2019on observe le fiasco annoncé se mettre en place.Comme dans un laboratoire.Ce qui fait contraste cependant, ce qui illumine ce récit de l\u2019intérieur, c\u2019est la plume délicate de l\u2019auteure.Tant de finesse dans l\u2019écriture, comme pour contrer tant de dureté.Collaboratrice Le Devoir ÉLOI ET LA MER Karine Geoffrion Sémaphore Montréal, 2015, 104 pages NORD ALICE Nos LECTURES DE L\u2019ANNÉE Romans québécois et français Pour la vastitude du Grand Nord; pour l\u2019autopsie minutieuse d\u2019une relation amoureuse ; pour le questionnement sur la masculinité, la filiation.Nord Alice (Marc Séguin, Leméac).Pour le regard implacable sur la mort; pour le retour aux sources inévitable qu\u2019implique la mort des parents; pour le mélange de lucidité, de tendresse et de dureté.Chemin Saint Paul (liseTremblay, Boréal).Pour la simplicité apparente de l\u2019écriture pleine de nuances ; pour le portrait hors-norme du père cruel, violent, mythomane ; pour ce petit garçon malmené qui cherche ses repères.Parce que, grand oublié des prix littéraires, c\u2019est à mon sens l\u2019un des romans les plus forts de la rentrée française d\u2019automne 2015, Profession du père (Soij Chalandon, Grasset).Danielle Laurin P ?Romans étrangers De feu et de glace : Un missionnaire danois se rend au Groenland à la fin du XVHP siècle pour évangéliser les Inuits.Roman d\u2019aventures, épopée mystique, chronique ténébreuse et exotique du grand fracas né de la rencontre entre deux mondes, le 4® livre du Danois Kim Leine est rempli de questions et de visions qui hantent.Un roman d\u2019une rare puissance.Les prophètes du fjord de r Éternité, de Kim Leijie (Gallimard).Ecrit « à l\u2019oreille » : On y trouve de la foi aveugle et de l\u2019héroïsme ordinaire, des idéaux communistes piétinés et du désespoir.Mais aussi des histoires d\u2019amour pleines de rires, de fleurs et d\u2019enfants, des cœurs brisés, beaucoup de morts et des cauchemars sans nombre dans trois des quatre premiers livres de témoignages de la Biélorusse Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015.Fascinant.Œuvres, de Svetlana Alexievitch (Actes Sud).Livre phare : cette nouvelle traduction de L\u2019art de la Joie (Le Tripode), le grand et gros roman de l\u2019Italienne Goliarda Sa-pienza (1924-1996), trace le parcours étonnant d\u2019une femme libre : féministe, communiste, antifasciste, bisexuelle, en permanence entourée d\u2019une nuée de personnages complexes et vivants, tous transfigurés par une écriture sensuelle et poétique, fougueuse et incandescente.Christian Desmeules La Vitrine POESIE FRAYER Marie-Andrée GUI La Peuplade Chicoutimi, 2015, 88 pages Trouver son chemin, remonter aux origines, tel est le projet de Marie-Andrée Gill, postée devant le lac Piekuakami, repensant la profondeur du lien innu qui lui prend le cœur.Le lieu est envahi d\u2019un sentiment ombré.« On a appris à contourner les regards à devenir/ beaux comme des cimetières d\u2019avions», dit-elle avec lucidité.Tâche ingrate que cette conscience d\u2019être fracturée par le destin.«Lécher la surface de l\u2019eau avec la langue que je ne parle pas», confie-t-elle encore, afin de «caresser la cassure, la parole.» La poésie incisive de Marie-Andrée Gill retrace des désirs sans cesse inassouvis: «Je veux l\u2019Amérique comme elle te ressemble de la voix./ Je la veux de nos sangs bardassés, / nos sangs couleur powwow de la terre.» En fait, constat et chant, «c\u2019est l\u2019heure dégrisée / de la soif d\u2019eau juste».Beau recueil au ton lyrique qui pénètre le cœur gris d\u2019une douleur atavique, mais dans la conscience des possibles retournements, tant la parole est porteuse de rêves scandés : «Les armes se découpent à coups de dents / je le sais nous sommes / le plumage du bleu / la symétrie des épinettes / et le langage de la grêle.» Hugues Corriveau Châtelet Suite a La Derniere Leçon RECIT SUITE A LA DERNIERE LEÇON Noelle Châtelet Seuil Paris, 2015, 219 pages À l\u2019heure oû la question de l\u2019euthanasie est brûlante, celle du suicide assisté l\u2019est plus encore.On se souviendra de La dernière leçon (Seuil), récit de la philosophe Noelle Châtelet à propos de la fin de vie de sa mère, il y a 12 ans.L\u2019infirmière accoucheuse avait décidé de mettre fin à ses jours à 92 ans.Elle enjoignit à ses quatre enfants d\u2019accompagner sa décision, lumineuse et espiègle jusqu\u2019à la fin.Cette douloureuse épreuve a conduit Noelle Châtelet, par fidélité à sa mère, à militer pour le droit de mourir dans la dignité, puis à soutenir le film de Pascale Pouzadoux, tiré de son livre.Ce film est sorti sur les écrans en 2014, avec Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga incarnant cette relation d\u2019amour mère-fille, toutes deux ayant entrepris ensemble la «défusion» propre au deuil.Suite à La dernière leçon est la reviviscence de ce pénible moment, cette fois centrée sur le tournage du film.Les thèmes du rapport à l\u2019émotion, à la mort, au souvenir, au double joué et aux différences y sont traités minutieusement: ils donnent à réfléchir.«Et pourquoi la mort cesserait-elle sa macabre besogne, tandis que nous tentons, tant bien que mal, les yeux dans les yeux, de dialoguer avec elle ?» Stoïque, méditatif et profond.Guylaine Massoutre E 8 LE DEVOIR, LE JEUDI 24 DECEMBRE 2015 CULTURE>LIVRES Jésus est-il de gauche \u2018 Louis CORNELLIER George W.Bush s\u2019est attiré bien des sarcasmes, en 2000, quand il a présenté Jésus comme son philosophe préféré.Pourtant, Spinoza, au XVIP siècle, qualifiait lui aussi Jésus de «plus grand des philosophes».Aussi, si Bush faisait erreur, ce n\u2019était pas en liant Jésus à la philosophie, mais en invoquant le Christ à l\u2019appui de ses politiques de droite, comme l\u2019expliquait le politologue et ex-jésuite Louis Balthazar à Antoine Robitaille, dans le « Devoir de philo » du 26 janvier 2008.Jésus n\u2019est pas venu faire de la politique, selon Balthazar, mais il reste qu\u2019un prqgramme politique inspiré des Evangiles est possible et doit alors servir «à rétablir plus d\u2019égalité réelle entre les humains, à redistribuer les biens, à combattre la pauvreté».Par conséquent, ajoutait Balthazar, «le type de libéralisme souvent pratiqué aux Etats-Unis repose sur une philosophie qui rompt avec la solidarité chrétienne».Révolutionnaire Cette analyse correspond à celle du catholique de gauche qu\u2019est Dominique Boisvert, partisan de la simplicité volontaire et évangélique.Dans Québec, tu négliges un trésor!, Boisvert, juriste de formation, qualifie Jésus de «profondément révolutionnaire», non pas dans un sens strictement politique, mais dans la mesure où sa doctrine représente «l\u2019exact contre-pied de ce que l\u2019on nous propose généralement pour être heureux».Jésus, explique Boisvert, incarne la liberté absolue devant les pouvoirs et les peurs, s\u2019adresse à tous mais en donnant la priorité à «ceux et celles qui sont déconsidérés dans sa société», fait de la pauvreté (et non de la misère) une richesse, «car elle met l\u2019accent sur l\u2019essentiel», place le partage au-dessus de la propriété, refuse la violence dans les rapports humains, professe la dignité de chaque personne et prêche par l\u2019exemple, comme le montre l\u2019histoire de sa vie.Bien sûr, son «royaume n\u2019est pas de ce monde», il cherche d\u2019abord à convertir les cœurs, et lire son message à partir de la grille gauche droite peut-être considéré comme un anachronisme, mais n\u2019empêche.Pour voir autre chose que des idées dites aujourd\u2019hui de TASSO MARCELO AGENCE ERANCE PRESSE Jésus peut recevoir le qualificatif de «profondément révolutionnaire», selon Dominique Boisvert.gauche dans ce programme, il faut être de mauvaise foi.Malheureusement, constate Boisvert, le catholicisme est en voie de devenir, au Québec, un héritage abandonné, un «folklore sympathique».Dans le passé, l\u2019Eglise nous a servis, mais elle a fini par occuper trop de place.En réaction à cette «mainmise de plus en plus pesante», nous l\u2019avons re- Jésus, explique Boisvert, incarne la liberté absolue devant les pouvoirs et les peurs jetée, en confondant le message et le messager.Ce faisant, nous avons négligé de préserver un trésor, c\u2019est-à-dire le message de Jésus, si essentiel à l\u2019heure d\u2019affronter les questions de sens.L\u2019humanisme moderne, rappelle Boisvert après d\u2019autres, est impensable sans considération de ses sources chrétiennes.Ouvertement croyant, Boisvert, dont la prose est simple et vibrante, n\u2019écrit pas pour convertir, mais pour inviter les Québécois à renouer lucidement avec un héritage porteur d\u2019un élan libérateur.Son Jésus, s\u2019il revenait, militerait probablement à Québec solidaire.Petitfils amoureux Spécialiste de l\u2019Ancien Régime, le grand historien français Jean-Christian Petitfils, dans son très riche Dictionnaire amoureux de Jésus, reconnaît qu\u2019«f/ y a dans le rabbi de Nazareth la force, l\u2019énergie, la violence même d\u2019un prophète» qui n\u2019a rien «d\u2019un miè- vre prédicateur», que le Christ opère bel et bien «un renversement des valeurs» et que, par conséquent, l\u2019option préférentielle pour les pauvres prônée par le christianisme social est parfaitement légitime, mais il récu,se la lecture de gauche des Evangiles.Jésus, écrit Petitfils, «ne se veut sûrement pas un nouveau Spartacus, soulevant les miséreux contre les possédants ou appelant à un renversement de l\u2019ordre social ».Sa révolution est intérieure et demande le détachement « à l\u2019égard des biens temporels, la dépossession de soi, loin de la cupidité de notre société».Or, peut-on répliquer à l\u2019historien, cela est-il possible en adoptant une perspective économique de droite ?Croyant et père d\u2019un prêtre, Petitfils, qui a consacré une monumentale biographie à Jésus (Fayard, 2011), est d\u2019abord un érudit et un magnifique styliste.Son Dictionnaire amoureux de Jésus fait le tour de la question avec grâce et rigueur (sauf quand il attribue l\u2019encyclique Fides et Ratio, de Jean-Paul II, à Benoît XVI).Qu\u2019il traite du Jésus de l\u2019histoire ou du Jésus de la foi, l\u2019historien brille par son intelligence et sa liberté de ton.Sa lecture du personnage demeure au plus près de celle de l\u2019Église, mais elle dégage une telle joie dans l\u2019analyse qu\u2019elle n\u2019en devient que plus convaincante.Petitfils se permet toutefois deux audaces.Selon lui, l\u2019évangéliste Jean n\u2019est pas l\u2019apôtre, mais un prêtre de Jérusalem, et le linceul de Turin peut être tenu pour une relique authentique.Jésus en direct Poète et théologien, Jacques Gauthier, dans Jésus raconté par ses proches, utilise un intéressant procédé littéraire.Il fait parler à la première personne, dans des chapitres distincts, Marie, Joseph, chacun des 12 apôtres, Marie de Magdala et Paul de Tarse, les laissant ainsi témoigner directement de leur vision personnelle de Jésus.La somme se veut une sprte de relecture intime des Évangiles, dont plusieurs passages sont intégrés dans les témoignages.Écrivain délicat.Gauthier n\u2019actualise toutefois le canon que sur le plan stylistique, sans audaces interprétatives.Il rejette d\u2019ailleurs la pertinence des notions de droite et de gauche appliquées à Jésus.Pas moi.louisco@sympatico.ca DICTIONNAIRE , AMOUREUX DE JESUS Jean-Christian Petitfils Plon Paris, 2015, 768 pages QUÉBEC, TU NÉGLIGES UN TRESOR! Dominique Boisvert Novalis Montréal, 2015,112 pages JÉSUS RACONTÉ PAR SES PROCHES Jacques Gauthier Novalis Montréal, 2015, 228 pages POLAR Une taupe sympathique.MICHEL BELAIR Il y a des choses qui marquent une vie.Le suicide d\u2019un père, par exemple, même s\u2019il est reconnu comme un policier corrompu à la solde du «milieu».Sonny Lofthus, lui, ne s\u2019est jamais remis de l\u2019abrupte disparition de son paternel et, à la suite de sa mère qui s\u2019est transformée en épave sous le choc, il a peu à peu tout abandonné avant de sombrer dans l\u2019enfer de la drogue.C\u2019est lui qu\u2019on retrouve dans une prison à sécurité maximale au début de cette histoire.Il purge une lourde peine pour deux assassinats atroces commis à Oslo, mais allez savoir pourquoi, il est devenu un junky cool recueillant les confidences de tout le monde dans la prison.Jusqu\u2019à ce qu\u2019un détenu lui confie avoir la preuve que son père ne s\u2019est pas suicidé mais qu\u2019on l\u2019a plutôt éliminé.A partir de là, tout va basculer.Violemment.Corruption tous azimuts Bien vite.Sonny Lofthus va trouver la force d\u2019amorcer une période de sevrage puis de s\u2019évader.Grâce aux confidences d\u2019autres détenus, le lecteur saisira peu à peu qu\u2019on a profité de sa dépendance à l\u2019hérome pour lui faire porter des crimes qu\u2019il n\u2019a pas commis.Lofthus prend d\u2019ailleurs le large au moment où il est MICHALCIZEK AGENCE ERANCE PRESSE Jo Nesbo parvient à créer des univers à niveaux multiples avec une incroyable habileté.censé avoir perpétré un autre meurtre violent durant une permission.Sonny n\u2019a vraiment pas vu grand-chose des 15 ou 20 dernières années et il est un peu étrange de le voir se débrouiller si bien dans un monde hostile.Peu importe, il s\u2019est fixé comme but de faire payer ceux qui ont commis les crimes pour lesquels il était en prison.Sa quête l\u2019amènera à confronter les petits puis les grands caids du milieu de la drogue et de la prostitution, à mettre la main sur un magot impressionnant et à défier ainsi ouvertement «le Jumeau», le grand patron de tous les truands d\u2019Oslo.En parallèle, Simon Kefas, le patron de la brigade criminelle, est lui aussi sur l\u2019affaire avec une nouvelle recrue qu\u2019il est en train de former.Ancien ami d\u2019Ab Lofthus, le père de Sonny, c\u2019est par lui qu\u2019on apprendra l\u2019existence d\u2019une taupe dans la police.et qu\u2019on saisira à quel point toute l\u2019institution policière \u2014 et même carcérale ! \u2014 est presque aussi corrompue qu\u2019elle l\u2019était à l\u2019époque.Simon marche sur des œufs et cherche à trouver le jeune Lofthus avant que les policiers, ou les hommes du Jumeau c\u2019est tout comme, lui mettent la main dessus.Voilà le cadre général de cette passionnante histoire de trahisons diverses qui dé- boule à un rythme stupéfiant.Et bien sûr, on ne vous en dira pas plus sur la scène finale que personne ne verra vraiment venir.Ce qu\u2019on peut noter, par contre, c\u2019est l\u2019incroyable habileté de Jo Nesbo à créer des univers à niveaux multiples qui ne se dévoilent dans toute leur complexité qu\u2019à la toute fin du récit.Il sait aussi utiliser des niveaux de langue (merci à sa traductrice de nous les faire sentir si bien !) qui campent ses actions romanesques de façon extrêmement efficace.De plus, en mettant en scène des personnages solides souvent tout en nuances, en s\u2019appuyant sur une connaissance profonde des couleurs changeantes de la psyché humaine, il parvient à manipuler les apparences et les faux-semblants comme pas un.Tout cela explique peut-être qu\u2019on ne soit pas trop surpris quand, après une recherche Internet pour étoffer un peu le commentaire, on découvre qu\u2019un scandale de corruption majeur a secoué la police d\u2019Oslo, et toute la Norvège, en 2014.Collaborateur Le Devoir LE FILS Jo Nesbo Traduit du norvégien par Hélène Hervieu Gallimard, Série noire Paris, 2015, 515 pages Nos LECTURES DE L\u2019ANNÉE Essais québécois l> m I Il mil lii KH I I J CLAUDE ST ONGE e dopage des enfants Publié en début d\u2019année.Le roman sans aventure (Boréal) d\u2019Isabelle Daunais s\u2019impose comme l\u2019essai le plus marquant, le plus saisissant de la cuvée 2015.Il a suscité un débat concernant le peu de reconnaissance du roman québécois sur la scène internationale, mais l\u2019essentiel est ailleurs.Cet essai profond et subtil est d\u2019abord et surtout une brillante relecture de notre canon romanesque, dont l\u2019originalité, montre-t-il, consiste à raconter «un monde à l\u2019abri du monde».Très fort.Solides, aussi, les Essais de littérature appliquée et Google Goulag (Boréal), du revenant Jean Larose.Défense tranchante du potentiel libérateur de la grande culture et critique radicale de «la contre-culture de consommation» technophile, ces deux essais, rédigés dans une prose relevée et douloureusement jubilatoire, disent non à la tentation de la médiocrité qui nous guette.Dans TDAH?Pour en finir avec le dopage des enfants (Écosociété), J.-Claude St-Onge jette courageusement un pavé dans la mare.Et si ce trouble, propose-t-il, relevait plus de causes sociales que génétiques ou chimiques?Le débat ne fait que commencer.Louis Cornellier Littérature Magistrale, Svetlana Alexievitch, Prix Nobel 2015.Ses Œuvres (Actes Sud) lancent trois salves d\u2019entretiens, menés dans la Russie des années 80-90, années Gorbatchev et Eltsine.Le dégel fut-il un soulagement?Tant de Russes y virent s\u2019effondrer leurs convictions et dénier leurs souffrances.La Biélorusse, familière des horreurs, a porté son enregistreuse partout.Résultat?Des récits inouïs (sans exagérer).Cette épouvante, de portée universelle, fait parler les assassins de guerre et de barbarie.Par idéal.Consolation, un dialogue, tout à fait inactuel, clair et stylé.C\u2019est chose tendre que la vie (Albin Michel).Grand lecteur, André Comte-Sponville, philosophe humaniste, émule de Montaigne, parle de bonheur et de civilisation.Autre antidote, une évasion à rebours avec Carole Martinez (La terre qui penche, Gallimard).Écart gratuit entre tous, au XIV® siècle : deux voix romancent la vie d\u2019une enfant précoce au domaine des Murmures, en plein jeu de désordres, orages, peste et guerre de Cent Ans.Guylaine Massoutre ViichoComtc SpoiiNdlc I V II lilit Ql I l'I \\( III H'f Alain Mabanckou Petit Piment Alain MABANCKOU Jeunesse L\u2019album qui est tombé pile-poil: en même temps, en fait, que le grand «flush» de Montréal.Dans Aux toilettes (André Ma-rois et Pierre Pratt, Druide), les créateurs revisitent avec audace ce lieu qui devient pratiquement mythique.Une ode à l\u2019imagination peu commune.Il fallait y penser.Le récit au titre le plus accrocheur : Les poèmes ne me font pas peur (Laurent Theillet, Boréal) est un récit prenant dans lequel une adolescente tente de trouver sa place dans l\u2019univers chaotique qui l\u2019entoure.La forme poétique et le fond romanesque s\u2019unissent pour déjouer le lecteur et le faire entrer dans cet univers imagé.Le roman qui m\u2019a tourneboulée : Petit Piment (Alain Mabanckou, Seuil), c\u2019est un orphelin qui grandit à Pointe-Noire, village fait d\u2019espoirs et de corruptions, où il est entouré d\u2019une faune bigarrée.Pour les sourires décrochés et l\u2019émotion vécue, pour la sensibilité et la candeur de l\u2019écriture de Mabanckou, qui sait dire l\u2019enfance et l\u2019adolescence de ce Moïse atypique avec force et douceur, pour tout ça et plus encore.Marie Fradette Polars Verhoeven (Pierre Lemaître, Livre de poche).Quatre romans policiers du Gon-court 2013 réunis dans un gros livre tournant autour du même personnage intrigant: Camille Verhoeven, commandante à la brigade criminelle de Paris.Quatre enquêtes repoussant les frontières même de la définition de ce qui est humain et de ce qui ne l\u2019est pas.C\u2019est horriblement dur, imprévisible, déstabilisant et magnifiquement écrit.Du sang sur la glace (Jo Nesbo, Série noire).Un tour de force qui réussit à rendre sympathique un tueur à gages en nous faisant entrer dans son intimité et sa conscience.Tragédie glaciale d\u2019une étonnante beauté, cette histoire fait la part belle à une poésie qui se laisse sentir entre les lignes dès les toutes premières pages du récit.Un polar exemplaire et déstabifisant comme on les aime.Bondrée (Andrée A.Michaud, Québec-Amérique).Une histoire absolument envoûtante située au cœur d\u2019une forêt archétypale où tout peut arriver.Un univers de rêve pourtant horriblement concret dévoilé par une écriture exceptionnelle.Une des révélations de l\u2019année, tous genres confondus.Michel Bélair "]
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