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L'Incunable : bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec
L'Incunable - Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, publié à Montréal de 1984 à 1986, est une publication trimestrielle qui fait suite au Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec (1973-1983). [...]
L'Incunable - Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, publié à Montréal de 1984 à 1986, est une publication trimestrielle qui fait suite au Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec (1973-1983), et est suivi à partir de 1987 par À rayons ouverts. Comme les précédents bulletins de la bibliothèque, il rend compte des activités de l'institution et présente ses richesses documentaires. Créée en 1967, la Bibliothèque nationale du Québec est logée au 1700, rue Saint-Denis à Montréal, dans le bâtiment de la Bibliothèque Saint-Sulpice, dont elle est l'héritière. Elle a pour principale mission de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois. L'Incunable accorde une plus large place que ses prédécesseurs au monde littéraire et accueille une panoplie de collaborateurs de prestige. On y présente des dossiers sur des intellectuels québécois comme André Laurendeau, Robert Choquette et François Hertel, et on y propose plusieurs articles sur l'histoire de la presse montréalaise, soit sur La Gazette littéraire de Fleury Mesplet, Le Devoir et La Patrie.
Éditeur :
  • Montréal :la Bibliothèque,1984-1986
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec,
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L'Incunable : bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, 1985-03, Collections de BAnQ.

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bulletin de la bibliotheque nationale du quebec l'incunable Montréal, 19° année, no 1 Mars 1985 ISSN 0X25-1746 Ministère des Affaires culturelles Bibliothèque nationale du Québec SOMMAIRE l'incunable UNS LE DEVOIR a____ Montréal — 19' année, no 1 — Mars 1985 Éditeur: Jean-Rémi Brault Directeur et rédacteur en chef: Louis Chantigny Adjoint au rédacteur en chef et directeur de l'édition: Louis Bélanger Secrétaire à la rédaction : Louise Lecavalier Directeur de la photographie: Jacques King Courrier de la deuxième classe Enregistrement n" 1503 Dépôt légal — I" trimestre 1985 Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0825-1746 Reproduction autorisée des textes non copyright, sur demande et mention de l'auteur et de la source.Les articles publiés n'engagent que leurs auteurs.L'INCUNABLE est publié trimestriellement.Il est distribué gratuitement à titre personnel.On peut se le procurer en adressant sa demande à la Bibliothèque nationale du Québec.Service de l'édition 1700, rue Saint-Denis Montréal (Québec) H2X 3K6 Quel homme était vraiment le fondateur du Devoir Un grand patron oublié: Georges Pelletier Une initiation à l'histoire du Devoir, qu'il faudra un jour écrire André Laurendeau à Paris, ou le statut de l'intellectuel Le Québec et l'Église Eine bella langue universal?Portrait d'une métropole en devenir Écritures féminines des années 70: Madeleine Gagnon Du bizarre, de l'insolite et du sacré Notre libéralisme depuis Jean-Charles Harvey jusqu'à Robert Bourassa Mais l'histoire du Parti québécois reste à écrire De notre naïveté politique aux « blokes » et à Gabrielle Roy Bergeron évoque de façon saisissante l'affrontement des «frères ennemis» Le véritable «Père de la Révolution tranquille» méritait un meilleur sort Livres d'artistes et éditions de luxe Willie Chevalier ( 'ollaboration spéciale Roger Duhamel ( 'ollaboration spéciale Gérard Filion ( 'ollaboration .spéciale Louis Chantigny Secrétariat à l'information Pages 3 7 8 10 19 Roland Auger Direction dit développement et de la conservation des collections Arthur Gladu 20 Collaboration spéciale Pierre Lépine 22 Service des collections spéciales Pierre de Grandpré 24 Collaboration spéciale Serge Provencher 26 Collaboration spéciale Gérard Pelletier 28 Collaboration spéciale André d'Allemagne 31 C 'ollaboration spéciale Roger Duhamel 34 ( 'ollaboration spéciale Gérard Pelletier 36 Collaboration spéciale Cyrille Felteau 38 Collaboration spéciale Mario Hébert 41 Bureau de la bibliographie (durante 2 L'INCUNABLE — MARS 1985 LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR Quel homme était vraiment le fondateur du Devoir?Willie Chevalier Henri Bourassa, fondateur d'un journal, serait en 1985 un anachronisme ; à la fin de la première décennie du siècle, la race n'était pas éteinte des idéalistes pour qui un journal était une arme plutôt qu'un moyen d'information.Tout journaliste de carrière en notre milieu est heureux de l'existence du Devoir — on ne saurait avoir trop de débouchés —, mais on peut encore se demander s'il était indispensable, en 1910, de fonder ce quotidien quand chaque semaine, depuis 1904, paraissait Le Nationaliste organe de la Ligue nationaliste fondée un an plus tôt par Olivar Asselin et que Bourassa pouvait y collaborer à volonté comme il se faisait le porte-parole de la Ligue sans cependant en être membre.Attention à ce dernier détail.Il autorise à croire que Bourassa a voulu Le Devoir surtout parce qu'il ne pouvait travailler en équipe que s'il la dirigeait.Cherchons à le comprendre.Bien qu'orphelin de mère à six mois, il semble avoir eu une enfance ouatée.En tout cas, il fit des études secondaires sous la houlette d'un précepteur.Cela doit marquer.En plusieurs occasions par la suite, Bourassa donnera l'impression qu'il se croyait différent du commun des hommes, sinon supérieur à eux.Dans un cas comme dans l'autre, il n'avait pas tort.Qui voudrait le juger pourrait lui reprocher les manifestations de ce sentiment.M.Victor Barbeau, qui tout jeune fut reporter au Devoir a écrit que «distant et altier, Bourassa ne connaissait ni ne voulait connaître ses subalternes».Encore récemment, à l'occasion du 75" anniversaire de fondation du journal, il a raconté qu'il était allé plusieurs fois porter des épreuves à corriger chez le grand homme et que, chaque fois, ce dernier avait daigné lui demander paternellement son nom.Henri Bourassa, député de Labelle (Photo : Le Devoir) Enregistrons aussi ce témoignage un peu long d'Asselin : « Le Nationaliste venait de se fonder.Il s'était établi dans un ancien magasin de la rue Notre-Dame froid comme une glacière, et qui reposait sur une cave ouverte à l'arrière, où la neige pénétrait par bancs.La presse, mue par un moteur ci gaz èi action intermittente, menaçait èi tout moment de dégringoler dans la cave, et le journal, par suite de ces circonstances, ne paraissait jamais avant quatre heures le dimanche matin, bien qu'il fût censé paraître le samedi après-midi.Après quatre mois de cette existence, le ré- dacteur (c'était moi) était forcé de prendre des vacances.Comme je devais passer quelques semaines en Gas-pésie (chez un frère curé), la question de mon remplacement ne laissait pas d'être embarrassante, car les journalistes nationalistes étaient rares, à cette époque, et ceux d'entre nous qui voulaient bien se contenter d'un salaire de 20 $ par semaine, virtuellement introuvables.Me rappelant certains articles bien tournés que j'avais trouvés dans un éphémère hebdomadaire, la Gazette de Québec, sous la signature de Ferdinand Paradis, je proposai à celui-ci, que je ne connaissais pas et qui débutait dans l'industrie du bois au Lac-au-Saumon, sur la Mata-pédia, de venir faire du journalisme à Montréal, la rémunération devant consister en un billet de chemin de fer et 15 $ par semaine.Paradis accepta tout de suite.et pour cause.Il posa seulement comme condition d'être présenté à Henri Bourassa, pour qui il avait une véritable vénération.Je l'installai à mon minable domicile, qui à ce moment-là se trouvait rue Drôlet, entre l'avenue des Pins et la rue Roy, et j'eus à peine le temps d'échanger avec lui quelques mots.Je pris le train à 7 heures du soir à la gare Bona venture et, en route, griffonnai au crayon, entre Montréal et Saint-Hyacinthe, un mot où je mettais M.Bourassa au courant des circonstances de la venue de Paradis.Par la même occasion je faisais part au député de Labelle du désir ardent de ce néophyte.M.Bourassa était alors secrétaire de la Sauvegarde et tous les soirs il passait devant le journal pour prendre à la gare Viger le train de Sainte-Rose, où il était en villégiature.Pendant tout un mois, Paradis, par la glace de l'ancien magasin, le vit défiler, fringant, sautillant ; mais pas une seule j'ois M.Bourassa ne pensa à entrer saluer ce père de famille venu du fond de la Matapédia pour servir nos idées.Paradis n'est pas loquace, mais j'imagine qu'à voir passer devant sa porte, tous les soirs, le dé- L INCUNABLE — MARS 1985 3 Henri Bourassa LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR Conférence au Plateau en 1944.guerre mondiale ; dans l'intervalle elle fera trébucher — c'est un euphémisme — Charles Devlin, F.D.Monk, Charles Fitzpatrick, N.-K.Laflamme, Armand Lavergne, Esioff Patenaude et combien d'autres frères d'armes et amis personnels de Bourassa ! De tous ses compagnons de lutte et collaborateurs des premières heures, seul Orner Héroux tiendra le coup, si l'on peut dire, jusqu'à la fin.Avec, peut-être, dans une moindre mesure, Georges Pelletier ou trois hommes d'affaires, bailleurs de fonds du Devoir dès le début.Pendant l'été de 1916, Jules Four-nier (I884-1918), probablement le plus brillant journaliste de langue française du Canada, commençait à rédiger un essai sur La faillite (?) du nationalisme, dont le texte inachevé d'une cinquantaine de pages a été recueilli par sa veuve et Olivar Asselin dans Mon encrier.Fournier, avec Asselin, avait travaillé quelques semaines au Devoir en 19I0 après avoir collaboré au Nationaliste et avant de fonder en 19I l un hebdomadaire, L'Action, qui cessa de paraître en I916.Il connaissait très bien Bourassa et l'avait appuyé de tous ses dons, de toutes ses forces, en tout désintéressement.Pourquoi donc Bourassa, qui depuis vingt ans, «par le discours, la confé- rence, l'article de journal, la brochure et le livre.travaille à faire descendre ses idées dans le peuple», a-t-il échoué?Avant de répondre, Fournier insiste sur les qualités de Bourassa, rarement réunies chez une même personne.Il croit pouvoir «donner au moins trois raisons» de son échec.«D'abord, cet impérieux besoin d'étaler son érudition, qui l'a conduit dès-longtemps à sacrifier, au profit d'arguments savants sans doute, les raisons toutes simples, les solides et admirables raisons sur lesquelles il avait d'abord fondé sa doctrine.D'un bâtiment.bâti sur le roc même du bon sens et de la raison, il a voulu faire un édifice qui ne reposât que sur les pointes d'aiguilles de sa nouvelle dialectique, aussi mauvaise que prétentieuse.Serai-je taxé d'exagération si je dis que par là M.Bourassa, à lui seul, a fait plus de tort à sa cause que tous les adversaires du nationalisme ensemble ?» Fournier continue, et près de quarante ans plus tard Rumilly, par un simple exposé des événements, démontrera qu'il n'a dit que la vérité.«Ensuite, frappante contre-partie de son assurance sur le terrain des idées, son embarras constant sur le terrain des faits, son inaptitude foncière à l'action.4 L'INCUNABLE — MARS 1985 pillé de Labelle, il perdit quelque peu de son enthousiasme.Moi-même, mon dévouement devait durer longtemps, mais l'affaire me fit quand même quelque chose.«En I90H, M.Bourassa était candidat à l'Assemblée législative dans Saint-Jacques et dans Saint-Hyacinthe.Sa candidature dans Saint-Jacques fut décidée 12 jours-avant le scrutin.Comme on n'avait pas le sou, il fallut se mettre en quête d'une modeste caisse électorale.En moins de 10 jours, j'avais recueilli 2 800 $ en somme de 5 $ à 50 $, avec-deux souscriptions de 200 $ chacune.La plupart des gens à qui je m'adressais ne m'avaient jamais vu et je ne les connaissais pas davantage.L'élection terminée et les délais réglementaires écoulés, je suggérai à M.Bourassa d'envoyer sa carte aux souscripteurs, dont aucun ne lui devait rien et dont aucun non plus n'était un aspirant fournisseur de l'Etat ou un entrepreneur de travaux publics.«Ces procédés, dit M.Bourassa, c'est bon pour les charlatans :je ne m'abaisse pas à cette démagogie ».Un caractère énigmatique.On vous fait grâce des commentaires judicieux d'Asselin.Quand il écrivit ces lignes dans La Renaissance, en octobre 1935, il avait rompu depuis longtemps avec le directeur du Devoir dont il essayait d'expliquer la défaite électorale toute récente dans la circonscription de Labelle.Son témoignage sur l'ingratitude curieusement considérée comme un devoir par Bourassa est corroboré par un fervent admirateur de de dernier.Les 790 pages d'un des meilleurs ouvrages du regretté Robert Rumilly, Henri Bourassa, La vie publique d'un grand Canadien, fourmillent de noms d'hommes qui se sont dévoués pourle personnage et pour ses causes et qui, par la suite, se sont éloignés de lui quand ce n'est pas lui qui s'est avisé de les combattre.Et pourquoi?Généralement au nom du nationalisme que, vers la fin de sa vie, le tribun répudiera dès 1904, écrit Rumilly, «ni les Anglais, ni les libéraux, ni les conservateurs ne comprennent Bourassa.Quelques nationalistes, parmi les plus réfléchis, découvrent la faille qui la sépare d'eux».Cette faille deviendra avec les années un fossé très large qui rétrécira soudain à l'occasion de la Deuxième LE DEVOIR LE DEVOIR «Enfin, son inexpérience et son dé-Juin des hommes, lesquels ont fini de faire de lui, dans notre vie publique, une manière de styliste, abritant à l'ombre de sa colonne un, deux.peut-être trois disciples dignes d'êtres comptés, c'est-à-dire aptes à répandre dans la foule son enseignement.Deux choses, en effet, par dessus tout, auront toujours manqué au chef nationaliste dans son action politique: un peu d'indulgence humaine et d'humaine sympathie.Il lui aura manqué de connaître les hommes, et de les aimer.» Mon encrier a paru en 1922, l'éditeur en étant Mme Jules Fournier.Si l'excellent journaliste avait mal jugé Bourassa, ce dernier s'appliquera à lui donner raison, particulièrement à compter de 1926 quand, après une audience que lui accorde Pie XI, il partira en guerre contre le nationalisme, lui faisant plus de tort à lui seul, pour reprendre le mot de Fournier, que tous ses adversaires ensemble ! Quelle mouche l'a piqué?Sans doute faut-il compter, au nombre de ses amis et admirateurs les plus consternés, Lionel Groulx; mais on ne fera croire à personne que cet historien ait voulu se venger (de quoi, d'ailleurs?) ou ait succombé à la malice, encore moins à la méchanceté, en essayant de comprendre l'étrange retournement.Avec délicatesse il écrit dans ses mémoires que Bourassa a souffert durant une quinzaine d'années d'une « maladie morale » et qu' « il n'y a rien d'infamant en certaines maladies de l'esprit, surtout passagères, et parfois même héréditaires.» Le lecteur intéressé ferait bien de se reporter à l'ouvrage de Groulx dont les explications de la diathèse Papineau-Bourassa sont difficilement résu-mables, — qu'on veuille bien excuser ce néologisme.Disons seulement qu'une de ces «maladies de l'esprit» consistait en d'excessifs scrupules religieux ; Bourassa en guérit, comme on le sait, sous le double choc de la crise économique de 1929-1939 et de la Deuxième Guerre mondiale, — cette dernière, dit Groulx, «coup de foudre qui, des yeux de l'ancien chef nationaliste, fit subitement tomber les écailles.Mais quoi! Ce n'était donc-pas contre une ombre, un mythe qu'il s'était battu?L'ennemi rentrait violemment dans la place.Du coup, la conscience d'Henri Bourassa se fit limpide, lumineuse ; il retomba sur ses pieds; il sortit de son mauvais rêve».M.Roger Duhamel, qui jamais ne manqua de mesure même quand il faillit devenir polémiste, écrivait en 1947 : « Personne ne conteste aujourd'hui le rôle considérable tenu pendant un demi-siècle par M.Henri Bourassa dans l'opinion canadienne.L'éloquence et la virulence de son verbe, lu ténacité de son action politique, ses outrances de langage, sa culture historique exceptionnelle et son immense talent, tout a contribué à l'imposer à l'attention et il n'est nullement étonnant que d'aucuns aient voulu trouver en lui un maître et un guide, d'autant plus que cette situation lui agréait fort.Son plus grand tort aura été de croire en sa propre infaillibilité, de s'imaginer que lui seul était honnête et que les autres hommes politiques n'obéissaient qu'à des motifs mesquins.Péché d'orgueil, qui n 'entame en rien le respect général qui entoure l'ancien chef nationaliste.» Honnêteté rigoureuse.Ce respect, qui n'implique pas nécessairement l'amour, Bourassa l'a toujours mérité malgré ce que chacun peut lui reprocher selon son tempérament et ses idées.Dès sa jeunesse il a cherché à se rendre utile à la collectivité.Si l'on ne qualifie pas sa vie d'irréprochable et d'exemplaire, c'est uniquement parce qu'elle paraît trop austère aux hédonistes conscients ou inconscients que nous sommes presque tous.Son rigorisme passerait pour de la yésanie en 1985.À plusieurs reprises, il a été l'interprète éloquent d'un peuple dont il incarnait plusieurs vertus.Il a combattu le complexe d'infériorité, confinant au masochisme, d'un trop grand nombre de ses compatriotes.Ses nombreux voyages en Europe ne pouvaient donner à ses interlocuteurs qu'une haute idée de nous.Sa culture historique devait les impressionner.Il a montré qu'un francophone — mais est-ce titre de gloire?— pouvait égaler et même dans leur langue les plus illustres parlementaires britanniques.Il a ranimé ou raffermi la foi de beaucoup de croyants et fait réfléchir des sceptiques.Vers la fin de sa vie, dans un moment d'humilité et avec lucidité, il a déclaré à des amis: «Si le bon Dieu m'a donné quelque talent de parole, il ne m'a pas donné celui d'écrire»; il n'en laisse pas moins des brochures très lisibles, encore et pour longtemps d'actualité.On pourrait ainsi continuer, en toute sincérité, à faire son éloge aussi longuement que l'on fait plus haut des réserves sur son caractère et son action.C'est pourquoi — et en l'occurrence le pronom n'exclut nullement la personne qui s'exprime — c'est pourquoi on tombe à la renverse quand on constate que le numéro spécial du Devoir publié à l'occasion de son 75e anniversaire ne contient aucun article sur Bourassa.Seul de tous les collaborateurs, avec deux ou trois annonceurs, l'ancien directeur Gérard Filion sait que Bourassa a existé, semble-t-il.«Confiant, rajeuni, plutôt heureux», le journal nous dit qu'il «n'avait pas envie de célébrer ses 75 ans sous les bougies tremblotantes de la nostalgie, et dans la seule rumeur de ses souvenirs ».Phrase assez élégante mais dénuée de sens; qu'est-ce qu'un anniversaire sinon le rappel de souvenirs?Le cordon ombilical coupé depuis trois quarts de siècle, la maturité depuis longtemps atteinte, on peut encore et toujours honorer ses père et mère.C'est même un devoir.L'INCUNABLE — MARS 1985 5 LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR 1" septembre 1868 — Naissance à Montréal d'Henri Bourassa, fils de Napoléon Bourassa, architecte, peintre et romancier (1827-1916) et d'Azélie Papineau, fille de Louis-Joseph Papineau.28 mars 1869 — Décès de Mme Napoléon Bourassa à 34 ans ; sa soeur célibataire Ezilda prend soin des orphelins.1876-1885 — Pensionnaire à l'Institut des sourdes-muettes ; leçons particulières, durant deux ans, d'une dame Ducondu, cours à l'école Archambault qui deviendra l'école du Plateau ; préceptorat d'un Français, Frédéric André ; à l'automne de 1885, quelques semaines d'étude à l'école polytechnique de Montréal puis quelques mois au collège Holy Cross de Worcester.Au cours de ces années, Bourassa prend goût aux livres d'histoire dont il sera fervent toute sa vie.1887 — Aide son père à l'administration de la succession Papineau, à Mon-tebello dont il devient maire en janvier 1890 à 21 ans, après avoir refusé le poste deux ans plus tôt parce qu'il n'était pas majeur.1890 — Médaillé du Mérite agricole.1891 — Participation active à la campagne du candidat libéral, Charles R.Devlin, dans la circonscription fédérale d'Ottawa.1892 — Achat de l'Interprète, hebdomadaire du comté de Prescott qu'il dirige et rédige à peu près seul pendant plus de deux ans.Participe à des élections partielles, dont celle d'Israël Tarte, en fin de 1892, à la demande de Laurier.1896 — Élu maire de Papineauville pour un mandat de deux ans.En juin, faisant campagne à ses propres frais, devient député libéral de Labelle.À l'automne, il accompagne dans l'Ouest canadien, à titre de secrétaire, Israël Tarte, chargé par Laurier de régler l'affaire des écoles du Manitoba.6 avril 1897 — Pour quelques jours seulement, directeur de La Patrie, journal dont Tarte vient de se porter acquéreur.1898 — Secrétaire d'une conférence internationale.Bourassa : la haine de l'injustice.18 octobre 1899 — Démission de la Chambre des communes pour protester contre l'envoi de troupes canadiennes au Transvaal.A l'élection complémentaire qui suit, le 18 janvier 1900, réélu par acclamation.Aux Communes et à l'extérieur, dénonciations de l'impérialisme anglais.Été 1901 — Premier voyage en Europe ; séjour de plusieurs semaines en Angleterre et en Irlande.1904 — Réélection aux Communes.Aide Armand Lavergne à se faire élire député de Montmagny ; celui-ci était membre de la Ligue nationaliste fondée un an plus tôt par Olivar Asselin et commence à collaborer au Nationaliste, hebdomadaire que vient de fonder le même Asselin.1905 — Prend aux Communes la défense des écoles françaises du Nord-Ouest que Laurier abandonne devant la menace de scission de son cabinet.Le 5 septembre, épouse, à Sainte-Adèle, Joséphine Papineau, arrière-petite-fille de Denis-Benjamin Papineau (frère de Louis-Joseph).Octobre 1907 — Nouvelle démission des Communes pour passer à la scène provinciale.Défait dans la circonscription de Bellechasse par Adélard Tur-geon le 4 novembre.1908 — Élu député indépendant de Saint-Jacques et de Saint-Hyacinthe.Opte pour ce dernier comté.Nouveau séjour en Angleterre à l'été et voyage en France.1910 — Fondation du Devoir.Assemblées et conférences.Le 10septembre, pendant le congrès eucharistique international, fait sensation en répondant à un discours du cardinal Francis Bourne, légat du pape, à Notre-Dame de Montréal.La brillante improvisation est heureusement sténographiée et le texte en est reproduit dans plusieurs ouvrages, en tout ou en partie.1911 — Appui à F.D.Monk et à plusieurs autres candidats conservateurs ainsi qu'à des nationalistes et à des indépendants contre Laurier, qui perd le pouvoir.1912 — Affaire des écoles du Kee-watin.1915 — Lutte contre le règlement XVII, relatif aux écoles françaises, en Ontario.1917 — Presque tous les députés nationalistes et indépendants élus au Québec grâce à Bourassa passent au Parti conservateur.26 janvier 1919— Décès de Mme Henri Bourassa.1922 — Voyage en Europe.1925 — Retour à la politique fédérale comme député indépendant de Labelle mais favorable au Parti libéral dirigé par Mackenzie King.Réélections en 1926 et 1930.1926 — Audience privée de S.S.Pie XI.1927 — Voyage dans l'Ouest canadien.1929 — Publication dans Le Devoir de cinq articles sur l'affaire de "La Sentinelle » de Providence, R.I., — autant de condamnations du nationalisme.1930 — Voyage en Europe.1932 — Démission du Devoir.1935 — Conférence contre le nationalisme.Désaccord avec les Jeune-Canada.Défaite dans Labelle.1940 — Conférence au Plateau.Participation à une assemblée anticonscrip-tionniste au marché Saint-Jacques.1943-1944 — Conférences-mémoires et interventions publiques en faveur du Bloc Populaire.31 août 1952 — Décès.6 L'INCUNABLE — MARS 1985 Chronologie d'Henri Bourassa LE DEVOIR LE DEVOIR Un grand patron oublié: Georges Pelletier Des centaines et des centaines de personnes descendent la rue Saint-Denis, de l'Institution des Sourdes-Muettes, où Louis Francoeur a été exposé en chapelle ardente, jusqu'à l'église Saint-Jacques où l'on célèbre les obsèques du grand journaliste décédé dans des circonstances tragiques.Devant moi marchent deux messieurs dans la soixantaine, le directeur et le secrétaire de rédaction du Devoir, Georges Pelletier et Louis Dupire.C'est mon premier regard sur deux vedettes d'une profession où je viens de m'engager depuis quelques mois.Peu de temps après, un coup de fil de Maxime Raymond, dont la carrière politique à demi avortée demeure un exemple de probité et de droiture, me convoque à son bureau.Après quelques instants d'entretien, une porte s'ouvre où s'encadre son excellent ami, Pelletier lui-même.J'ai oublié la nature exacte de nos propos, mais je me souviens du déjeuner pris en commun le jour suivant au Cercle universitaire avec mon nouveau patron.Comme on l'imagine, la conversation ne déborde pas les grandeurs et les misères du journal pour lequel il nourrit un culte véritable qu'il n'éprouve aucun mal à me faire partager.L'époque n'est pas réjouissante.Le Canada est en guerre et le quotidien qu'il dirige ne donne pas dans tous les pièges et les bobards de la propagande.D'où une surveillance étroite d'Ottawa et les tracasseries administratives qui s'ensuivent.Comme toujours, l'argent fait dangereusement défaut, malgré les tenaces efforts du brave Orner Héroux suppliant sans relâche les lecteurs de «hâler» avec Le Devoir.La conversation, plus exactement le monologue, a duré longtemps et j'y ai beaucoup appris.Personnalités situées aux antipodes C'est une tâche ingrate de succéder à Henri Bourassa et de précéder Gérard Filion à la tête d'une entreprise de presse.Le premier s'improvise journaliste sans aucun apprentissage préa- par Roger Duhamel lable et cette lacune ne sera jamais comblée.Pour lui, l'éditorial est un discours qui n'a pas été prononcé — ou au contraire qui l'a été et dont il importe de prolonger le rayonnement.Il possède plus de force que de finesse, s'adressant toujours à un antagoniste incarné dans les adversaires politiques du moment.Il lui est difficile de ramasser sa pensée en quelques paragraphes qui fassent mouche.Ses articles ressemblent beaucoup à des thèses, éclairant tous les tenants et aboutissants d'une question.Il ne commente pas un fait, il multiplie les oracles ou il fulmine les excommunications.Mais sa rigueur discursive demeure sans rivale.Filion est d'une étoffe bien différente.Moins étincelant que le tribun, il a moins de génie, mais plus de bon sens que lui ! Sous une écorce qui se veut rude, il est extrêmement intelligent, posant au naturel débonnaire, épris de formules percutantes, affectant une brusquerie de propos et de manières qui n'est qu'une forme de pudeur dissimulant une finesse véritable et une rare subtilité d'analyse.C'est un homme de contradiction, et il n'est pas le seul à l'être.Parce qu'il est issu des H.E.C., il s'est cru à tort une vocation d'homme d'affaires.Répétant sur tous les tons qu'il déteste écrire, il se hisse sans effort apparent au sommet d'une profession qu'il se plaisait à exercer comme s'il n'eût été qu'un amateur d'occasion.Il est curieux de souligner qu'en trois-quarts de siècle d'existence.Le Devoir a connu cinq directeurs.Or aucun d'entre eux, ce qui ne diminue en rien leur valeur intellectuelle ni l'étendue de leur culture, n'a eu l'occasion de se soumettre aux humbles servitudes et aux disciplines anonymes et austères du métier.Aucun, sauf Pelletier, qui fut si peu avocat.Le travail dans l'ombre Georges Pelletier est aussi ferme et convaincu que son maître Bourassa, Georges Pelletier (Photo Le Devoir) mais c'est un esprit d'une nature bien différente.Pour moi, il continue de représenter le type accompli du grand patron.Ses goûts personnels ne le poussent pas à occuper l'avant-scène.S'il s'amuse des saillies spirituelles ou des coups de boutoir d'un Asselin ou d'un Francoeur, il n'éprouve nullement la tentation de les rejoindre sur leur terrain.Il se consacre au service d'une cause et il lui est indifférent que son nom demeure dans une ombre relative.Ce n'est en rien le diminuer qu'affirmer qu'il fut avant tout un brillant second.Il n'envie pas le grand ténor adulé des foules, la direction en sous-main de l'orchestre lui suffit.Pendant près d'un quart de siècle, il s'acquitte de ces fonctions délicates, sous la houlette capricieuse de Bourassa.Le grand homme siège à Ottawa ou parcourt les provinces canadiennes ou séjourne de longues semaines en Europe ou se renferme chez lui.Il n'empêche que Le Devoir continue, grâce à Pelletier, peu enclin aux mouvements d'humeur et aux réactions de prima donna.Quand il assumera la pleine et entière responsabilité de la maison, en 1932, il y est préparé depuis longtemps.En somme, il ne fait que continuer.L'INCUNABLE — MARS 1985 7 LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR LE DEVOIR Omer Héroux (Photo : Le Devoir) dant des années, à Ottawa, il a suivi les débats parlementaires ; du haut de la galerie, il a assisté à la comédie humaine.Il a ainsi développé en lui ce coup d'oeil du moraliste pondéré et pénétrant dont il usera dans la série de portraits qu'il publie modestement sous le pseudonyme de Paul Dulac.Il ne conserve aucune illusion sur les hommes, il connaît leurs faiblesses, leurs lâchetés, leurs incessantes palinodies, mais sa charité chrétienne lui interdit de les mépriser.Excellence et probité Ses fonctions de courriériste, ses contacts nombreux avec les politiciens et les coulissiers, les confidences qu'il en reçoit, surtout ses lectures abondantes et sérieuses l'ont enrichi d'une information large et étendue.«Je ne suis pas un littéraire », répète-t-il souvent, sans le regretter ni en tirer vanité ! Sa culture historique et politique est à tous égards remarquable.On s'en rendit compte plus particulièrement pendant la guerre.Chaque jour, il rédige, sur deux colonnes imposantes, le résumé des nouvelles internationales, reliant avec sûreté les effets aux causes, dégageant à chaud l'enseignement des événements.Il n'y eut rien de cette qualité dans tout le journalisme canadien.Aujourd'hui, tout le monde écrit avec plus ou moins de science et de discernement sur les phénomènes économiques.Parmi les Canadiens français, Pelletier est l'un des premiers à se débrouiller dans les problèmes financiers, à les exposer en toute lucidité.Sa puissance dialectique, dépouillée de toute passion, lui permet de démêler des écheveaux passablement compliqués et de saisir le fil d'Ariane que les apprentis sorciers des combinaisons politoco-financières eussent souhaité laisser dans l'ombre.Technicien excellent du journalisme, Georges Pelletier laisse le souvenir, pour ceux qui n'ont pas perdu la mémoire, d'une probité professionnelle qui est à la fois une leçon et un exemple.S'il n'avait été terrassé sur un quai de gare quelque part dans l'Ouest canadien, je n'aurais jamais quitté sa maison dont il avait su m'in-culquer le culte et l'affection.D Une initiation à l'histoire du qu'il faudra un Le lecteur ne doit pas s'attendre à trouver dans cet ouvrage une histoire exhaustive du Devoir.N'étant pas historien de métier, l'auteur ne possède pas les techniques ni les connaissances qui lui auraient permis de placer le quotidien au centre des affaires canadiennes, québécoises et montréalaises et de faire voir dans quelle mesure il a pu peser sur les événements.Car en soixante-quinze ans, Le Devoir a joué un rôle, parfois modeste parfois déterminant, dans l'évolution de la société.Au départ, son influence fut surtout politique, à cause de la carrière de son fondateur.Petit à petit, il fut amené à diversifier ses intérêts pour satisfaire une clientèle plus exigeante; timidement il toucha à la musique, puis aux lettres, ensuite au théâtre et au cinéma et finalement aux loisirs et aux voyages, tout en développant une expertise en matière d'affaires économiques.Le Devoir de 1985 est encore essentiellement celui de 1910, mais enrichi d'un éventail de préoccupations qui n'étaient pas à la portée des pionniers.On entend dire ici et là que Le Devoirn 'a pas le nerf des belles années ; il est moins combatif, moins impitoyable.C'est peut-être vrai dans une certaine mesure, encore que la diversité de ses intérêts a pour effet de masquer ce qu'il peut avoir de rigoureux dans ses prises de position politiques.Et puis les hommes et les problèmes n'étant plus les mêmes, les méthodes de combat Ce n'est pas toutes les équipes de rédaction qui ont eu l'ineffable privilège d'avoir des têtes de Turc sur qui cogner comme Camilien Houde, Maurice Duplessis, Sarto Fournier, John Dieffenbaker, T.D.Bouchard, etc.Il y eut dans l'histoire du Devoir des années de grand 8 L'INCUNABLE — MARS 1985 L'homme et le directeur De taille légèrement inférieure à la moyenne, le dos voûté, son front largement dénudé est cerné d'une brève couronne de cheveux blancs.11 parle à voix basse, d'un débit souvent précipité, ponctué de quelques craquements de crécelle quand une indignation longtemps contenue l'emporte sur le calme qu'il affiche et qui doit être une conquête quotidienne sur sa nervosité naturelle.On n'oublie pas ses yeux d'un bleu d'acier, en harmonie avec les costumes gris clair qu'il affectionne.Il ressemble beaucoup à son confrère parisien Franc-Nohain, le père de Claude Dauphin.Dans son bureau aussi austère qu'une cellule de moine, seule la blancheur du bloc éclaire la nudité verdâtre de son pupitre.Pelletier est-il aimé de ses collaborateurs immédiats ?Il est assurément admiré et respecté.Sa brusquerie, née d'une timidité qu'il n'a jamais réussi à vaincre entièrement, décourage camaraderie et familiarité.Sous une carapace souvent rugueuse, il dissimule une sensibilité vite écorchée.La liberté d'autrui est pour lui un bien précieux et il s'emploie à convaincre quand il n'aurait qu'à commander.Cet homme, que d'aucuns ont prétendu hautain et emmuré dans sa suffisance, connaît avec exactitude ses propres limites et ne les dépasse pas.C'était un esprit minutieux et précis.Sa formation juridique a sans aucun doute renforcé cette tendance.Pen- LE DEVOIR LE DEVOIR par Gérard Filion cru, qui ont permis à des gens ordinaires de faire montre de talent.Pour revenir à l'ouvrage de Pierre-Philippe Gingras, disons qu'il s'agit d'un bon débroussaillage, qui sera indispensable aux hommes de métier qui entreprendront de raconter et de décrire tout le contexte socio-politique dans lequel Le Devoir a évolué durant soixante-quinze ans.Pour l'ancien directeur que je suis, l'ouvrage rappelle des moments pénibles et des instants glorieux, auxquels j'ai été associé comme acteur ou comme spectateur.J'ai eu l'avantage de connaître la plupart de ceux qui m'ont précédé: Bourassa, Pelletier, Asselin, Héroux, pour ne mentionner que les principaux.Bourassa, que j'ai voyagé entre sa résidence et le Plateau pour les dix conférences-mémoires qu'il donna en 1943.Pelletier avec qui j'ai siégé au conseil de la Ligue pour la défense du Canada en 1942.Asselin, chez qui son fils Pierre, mon camarade aux H.E.C., me conviait pour le repas du soir, et qui nous lisait à table l'article vitrioli-que qu'il destinait à Camilien Houde en page éditoriale du Canada du lendemain matin.Héroux, qui était en poste à mon arrivée et qui le resta encore durant une bonne huitaine d'années.De 1947 à aujourd'hui j'ai connu, pour les avoir côtoyés ou les avoir lus régulièrement la plupart de ceux qui ont signé des articles : Sauriol, Lauren-deau, Vigeant, Laporte, Michel Roy, Ryan, etc, etc.Je regrette simplement que l'ouvrage de Gingras ne rende pas pleine justice à plusieurs hommes et à quelques femmes qui ont apporté à l'oeuvre une contribution précieuse.La division du volume en cinq parties, correspondant à autant de directeurs, met l'accent sur ceux qui ont eu la lourde responsabilité de donner le ton Jean-Louis Roy, Pierre-Philippe Gingras, auteur du livre sur Le Devoir, Gérard Filion et Lise Bissonnette.(Photo Jacques King) au journal et d'assurer la survie de l'entreprise.Ils accaparent à eux seuls tout l'avant-scène et refoulent presque dans les coulisses des acteurs de haute performance.C'est à peine si on entrevoit ici et là quelques silhouettes, celles d'Orner Héroux, d'André Lau-rendeau, celles plus fugitives de Louis Dupire, de Paul Sauriol, de Michel Roy.Ces journalistes, et d'autres moins connus, ont contribué autant à la renommée du Devoir que le directeur sous l'autorité duquel ils ont écrit.J'aurais pu signaler ici et là plusieurs erreurs de faits que l'auteur aurait eu avantage à faire vérifier par des acteurs encore vivants.C'est ainsi qu'on m'attribue comme collègues des hommes éminents comme Edouard Montpetit et Esdras Minville, alors qu'ils furent en fait mes professeurs.De même on affirme que j'aurais fré- quenté assidûment Georges Pelletier, durant les années précédant son décès, alors qu'entre 1942, année du plébiscite, et 1947, année de son décès, nous ne nous sommes jamais vus ni parlé.C'est Jacques Perrault qui me confia après mon entrée au Devoir que ma nomination répondait au souhait de Georges Pelletier.Mais ce sont là des vétilles qui n'entachent pas pour la peine la valeur de l'ouvrage.Cette initiation à l'histoire, du Devoir valait d'être écrite.Il faut maintenant souhaiter qu'un historien de métier reprenne toute cette matière et fasse revivre la saga de cette aventure journalistique qui n'a pas son pendant au Canada français.GINGRAS.Pierre-Philippe.— Le Devoir.— Éditions Libre Expression 1985.— 396 p.L'INCUNABLE - MARS 1985 9 LE DEVOIR André Laurendeau à Paris, ou le statut de l'intellectuel.Pente naturelle de son caractère nuancé, souci pointilleux et peut-être excessif de rigueur dialectique, ou tout simplement répugnance à trancher dans le vif de certains sujets?Chose certaine, André Laurendeau s'interrogera toute sa vie durant sur le statut, la fonction et les responsabilités de l'intellectuel, sans jamais parvenir, une fois pour toutes, à résoudre la question.À peine quelques mois avant sa mort, il s'en expliquait (ou s'en excusait ?) toujours en disant qu'il avait retenu de ses études classiques au Collège Sainte-Marie l'habitude que Descartes et Schopenhauer tenaient pour le fondement même de la philosophie, soit de ne rien tenir pour vrai et beau, mais de tout examiner comme s'il s'agissait d'un problème sans cesse posé et reposé au gré des éclairages et des circonstances.par Louis Chantigny Pourtant, sur le fond même de la question, Laurendeau ne dérogera jamais de quelques principes.Selon lui, on entrait en intellengtsia comme dans les grands ordres monastiques.Il apparentait effectivement à un sacerdoce difficile et à une ascèse exigeante le rôle de l'intellectuel.Point question pour celui-ci de droits, comme le veut l'idéologie courante, mais de devoirs rigoureux, de responsabilités combien lourdes de conséquences.La notion de service désintéressé à la communauté était essentielle à ses yeux, leitmotiv de toute son action, clef-de-voûte de toute son oeuvre.Parce qu'on avait reçu beaucoup, un milieu favorable à la culture, l'accès aux études supérieures, et quelques dons au départ, obligation vous était faite d'en remettre davantage.Ad majorent Dei Gloriam, bien entendu, comme Laurendeau l'écrivait consciencieusement tout au haut de la première page dans ses cahiers de devoirs, français, grecs ou latins.Cette vue idyllique des choses et des hommes, au demeurant combien éli-tiste, ne manqueront pas ici de s'écrier d'aucuns, allait toutefois vaciller au sortir du collège.Une crise économique et existentialiste La crise éclate, à un double point de vue.Économique, en tout premier lieu, qui angoisse et révolte cette génération déjeunes frais émoulus des collèges classiques.Lionel Groulx écrit à ce sujet dans ses Mémoires: « Un pays ne traverse pas impunément ses régressions économiques.La jeunesse entre dans la vie, piaffante, 10 L'INCUNABLE — MARS 1985 bruissante d'ambitions.Elle voit devant elle toutes portes fermées.Volontiers s'en prend-elle aux aînés qu'elle tient responsables de ses malheurs.Alors qui s'étonnera qu'en ces dix années 1930-1940 foisonnent les mouvements de jeunesse d'allure plus ou moins révolutionnaire ?On y a le verbe haut, le poing levé, l'anathème en bouche contre les gens en place, les politiciens impuissants ».La crise est aussi, et en l'occurrence peut-être davantage «existentialiste» avant le mot.Rappelons-nous: nos jeunes bacheliers bercent, et beaucoup dorlottent leur ennui, leur spleen, leur wanderlust.Ils forment des cercles, des cénacles élevés au culte de mélancoliques pensées et de sombres états d'âme.A ce propos, Denis Monière parle de «la tentation du mépris, car, pour ces intellectuels, être au-dessus des masses, être différent de la plèbe ignare et moutonnière représente l'idéal de la réussite.» Toujours au même sujet, et dans la même veine que Lionel Groulx, Monière cite Pierre Dansereau, confrère de classe de Laurendeau au Sainte-Marie: La tentation intellectuelle du mépris «Nous méprisions profondément tous nos hommes politiques sans presque faire d'exception pour qui que ce fût.Nous méprisions encore plus la Société Saint-Jean-Baptiste.Nous parlions un français exquis par comparaison avec ce que ces gens-là parlaient, c'étaient des chaussons, des habitants, des gens avec qui on n'avait pas grand chose à échanger.» À cette crise économique et psychologique s'ajoute chez Laurendeau un problème tout personnel: il s'enlise dans une profonde dépression nerveuse, qui n'a rien de la pose romantique.Des maux de tête atroces l'assaillent; ils le tortureront, par intermittence, jusqu'à la fin de ses jours.Le voici donc confiné à la maison, souvent au lit.La convalescence sera longue, coupée de rechutes aussi soudaines qu'inexplicables.Il inquiète ses parents, il angoisse les rares intimes qui connaissent ses pulsions suicidaires.Dans les parenthèses d'apaisement que lui laisse la maladie, Laurendeau se remet à la musique, à la lecture.Il médite.Il fait le point.Peu à peu, grâce au robuste bon sens qui sera toujours le sien — «nous le tenons de nos ancêtres paysans», lui disait son père — il comprend que son dandysme de bel intellectuel ténébreux à la Chateaubriand ou style Musset n'est qu'une pose risible, dangereuse de surcroît, l'impasse dont il importe de se désengager au plus tôt.Il s'en explique dans une lettre à Ghislaine Perreault, qui deviendra sous peu sa fiancée: « Alors partir pour se fuir.Comme si on ne se retrouvait pas toujours où qu'on aille.On peut quitter ses amis, son pays, il est impossible d'échapper à soi-même.Il n'y a qu'un moyen d'en sortir, étudier, participer à une oeuvre collective, élargir son paysage intérieur.J'en ai soupe de cet égoïsme étroit, sans but, que je défendais autrefois.Il ne mène à rien, sinon au dégoût, à la négation de tout, même à l'annihilation de la personnalité.» Sortir de soi-même pour se donner à une cause plus grande que soi, servir un idéal qui nous exalte, assouvir son besoin d'absolu dans le feu d'une grande passion, n'est-ce pas ce que lui conseillaient les Pères Jésuites lors de longs va-et-vient sous le préau?Bref, pour citer Denis Monière, Laurendeau en était arrivé «à la conclusion que la libération de l'individu ne peut être un acte de conscience pure mais qu'elle suppose une transformation du milieu, ce qui exige l'engagement ! » Un engagement nationaliste Il jouera donc son rôle d'intellectuel — quel qu'en soit le cadre — dans un engagement total à la cause du nationalisme canadien-français.Il suit ainsi la trace de son père, admirateur passionné de Henri Bourassa et de Lionel Groulx, lecteur assidu et enthousiaste de Louis Veuillot, de Charles Maurras et de Léon Daudet.D'où cette lettre toute frémissante d'affection paternelle: «Sais-tu à quoi je rêve ?Que tu sois un homme très instruit et que tu écrives de beaux livres comme ceux de Daudet et de Veuillot.Si tu n'es pas musicien, je ne t'en ferai aucun reproche, il me semble que c'est plutôt dans la littérature que tu réussiras.Tu as la sensibilité très vive, le mot juste, de la fougue.Tâche aussi d'avoir la santé.» Mais alors que sa conception de l'intellectuel semblait s'être fixée une fois pour toutes dans l'engagement nationaliste, voici que Laurendeau la remet fondamentalement en question après quelques mois à peine passés à Paris.«Je tombais mal et je faisais dur avec mon nationalisme du cru, racontait-il des années plus tard, dans son bureau au Devoir.Platon (428-348 av.J.-C.) «Mes interlocuteurs m'écoutaient avec un mélange à peine courtois d'e-tonnement et de mépris.Quelle bête rare et quel naif je devais paraître à leurs yeux, alors que la « peste brune » du facisme prenait les traits de Franco en Espagne, de Mussolini en Italie, et surtout de Hitler en Allemagne.sans parler de la guerre civile qui couvait sous les cendres à Paris ! «Je ne pouvais pas être plus offbeat, plus à contre-courant des idées L'INCUNABLE — MARS 1985 11 André Laurendeau en réflexion du jour.Vous auriez dû les entendre quand j'aggravai encore davantage mon cas en citant Maurras, Béraud et Daudet! «Mais de quelle lune tombez-vous, mon petit monsieur!».Le choc au contact des intellectuels parisiens Laurendeau tombait effectivement de haut.Les intellectuels parisiens, dans l'ensemble, comme les exilés politiques espagnols, allemands et italiens, vomissaient le nationalisme bleu-horizon de Barrés et le chauvinisme cocardier des Maurras, Daudet, Massis et Cie.Tous chantaient la fraternité de peuples, l'Internationale socialiste et la grande lueur d'espoir qui rougeoyait à l'Est.Depuis sa retraite en Suisse, depuis les cimes dominant «la mêlée», Romain Rolland jouait Moïse en prêchant le pacifisme universel., au profit de Moscou.Et presque tous les grands ténors del'intellengtsia internationale de faire chorus: jamais plus la guerre, sinon celle des classes ; non passaram, le fascisme ne passera pas ! De ce premier choc, du «petit monsieur» railleur qu'il n'oubliera de sa vie, Laurendeau eut du mal à se remettre.Lui que sa famille entourait de vénération, ses amis de respect, jamais n'avait-il été aussi humilié.Plus irritant encore, réflexion faite, il devait donner raison aux rieurs.Avec quelle suffisance s'était-il présenté à Paris, son baccalauréat sous le bras, son baluchon de culture humaniste sur l'épaule, et ses gros chaussons d'habitant du Danube laurentien ! Parler thomisme quand ses interlocuteurs lui citaient — souvent en allemand — des passages entiers de Nietzsche de Weber, de Hegel et de Marx, vraiment! Faire référence à Charles Maurras pour s'entendre jeter à la figure des noms comme Boukharine, Jan Waclav Makhaïski, Rosa Luxembourg et Gramsci ! Même sentiment d'insuffisance dans le domaine littéraire, où il se croyait si fort.Il avait bonne mine, le «petit monsieur », avec ses Barrés, Bordeaux, Bourget et Bazin dans ses discussions avec Malraux, Breton, Guéhenno, Aragon, et combien d'autres auteurs illustres dont il n'avait pas lu une seule ligne.Pour brutal et humiliant qu'il ait été, le choc n'en fut que plus salutaire.Laurendeau tira vite ses conclusions: si sa culture se révélait aussi mince, son bagage de connaissances aussi léger; s'il s'était mépris à ce point et avait fondé sa notion de l'intellectuel sur une base aussi fragile, force lui était donc de faire table rase, de se restructurer de fond en comble et, selon les termes de sa lettre à Ghislaine, d'«élargir son paysage intérieur».N'était-il pas, au reste, venu à Paris dans ce but?Remonter aux sources de la pensée C'est à cette tâche qu'il s'emploie désormais presque tous les jours à sa table du Petit Voltaire, rue Mouffe-tard.Il n'y est plus aujourd'hui un passant entré au hasard, le badaud qui cherche son chemin, le bourgeois qui s'encanaille à humer les sueurs prolétariennes, mais un habitué à plein titre et de plein pied avec les « solitaires » de l'arrière-salle, à bien distinguer de l'autre clientèle qui consomme debout au zinc.Il a maintenant droit au grand rituel : poignée de main du patron, bise de madame, petits soins de Anne-Marie, la jeune serveuse, fort mi- gnonne de surcroit, qui fleure encore bon son Morbihan natal.Bref, Laurendeau est le « canadien » de la maison, le lointain «cousin» retrouvé, et gare à qui l'importunerait lorsqu'il travaille à sa table.Et il y travaille fort, consciencieusement, avec l'humilité du provincial qui ne se prend plus pour Rastignac.Laurendeau, nous le savons maintenant, n'est jamais parvenu à fixer une fois pour toutes sa notion de l'intellectuel.Jusqu'à sa mort, sa pensée fluctuera à ce sujet.Ce n'aura pas été pourtant faute de réflexion et de recherches.Et de conseils.De la part de Jacques Ma-ritain et de Emmanuel Mounier notamment, qui lui suggèrent de revenir aux sources les plus lointaines, et de ce fait peut-être les plus sûres: Platon, So-crate, Aristote.S'il veut éviter de se perdre dans d'interminables méandres, il importe toutefois, au départ, de bien baliser sa route et de régler avec grand soin l'angle et la perspective de ses recherches.Étudier le statut de l'intellectuel exclusivement en soi, hors de toutes contingences?Ou plutôt envisager la question dans le cadre plus vaste de ses relations avec les hommes au coeur de leurs institutions?Compte tenu de ses orientations personnelles — servir la communauté et le nationalisme canadien-français, n'en déplaise aux esprits forts de l'intelligentsia parisienne — Laurendeau re- 12 L'INCUNABLE — MARS 1985 tient la deuxième hypothèse, au demeurant la seule féconde à ses yeux.Toutes ses études et ses recherches porteront donc sur le statut de l'intellectuel par rapport à la politique, donc, par voie de conséquences, au Pouvoir.Ne s'agit-il d'ailleurs pas là d'une nécessité quasi métaphysique?Dépassés, ennuyeux, ces Anciens?.Cette prémisse posée, Laurendeau «plonge» (selon son expression) dans les oeuvres de Platon et d'Aristote, en particulier La République, Le Politique et les Lois du premier, Politique et Ethique à Nicomaque du second.Révélation ! Ennuyeux, dépassés, ces philosophes?Il les découvre, littéralement, dans toute leur modernité frémissante et les approfondit avec enthousiasme, après les avoir abordés avec ennui.Platon — qui l'eût cru ! —, n'est-ce pas le grand précurseur de Machiavel, Marx, Engels?N'est-il pas aussi l'inspirateur de toutes les idéologies totalitaires, de gauche comme de droite, postulant d'un ton péremptoire et sans appel que l'homme doit être sauvé contre lui-même, contre ses aspirations immédiates, grâce à une pensée politique juste et bonne, dont surgira l'homme nouveau et forcément heureux?Platon, n'est-ce pas aussi le tout premier à parler ce que l'on appellera la langue de bois du pouvoir, et le premier toujours à décrire les rouages de la machinerie d'oppression politique, qu'il s'empressera de légitimer par le souci et la quête de notre plus grand bien ?Aux leviers de commande, le philosophe, comme de bien entendu DIXIT Platon: pas de théorie politique sans connaissance de l'homme; et pas de connaissance de l'homme sans le préalable d'une théorie philosophique.En clair, le philosophe (ou l'intellectuel avant le mot) est l'homme du Bien et de la Sagesse.Désinterressé, la tête perdue dans le nuage des grandes idées abstraites, loin des contingences bassement matérielles, donc seul capable de conduire le troupeau humain sur les voies du Bonheur.C.Q.F.D., note Laurendeau dans ses carnets.Aristote et le libéralisme moderne A l'opposé, Aristote.Laurendeau découvre aussitôt en lui le père du libéralisme véritable et du pluralisme moderne.Contrairement à Platon qui voit dans les imperfections et les différences (ou les inégalités) de l'homme une tare indélébile et une fatalité qui justifient son système répressif, Aristote trouve plutôt en cela le reflet de la réalité dans tout son magnifique chatoiement.Des inégalités des talents, Aristote (384-322 av.J.-C.) des aptitudes, il ne fait pas une tragédie.A chacun son rôle, selon ses dons, et en toute liberté: aux meilleurs la recherche d'un idéal élevé, l'accomplissement d'actions belles et admirables ; aux défavorisés des dieux, aux moins aptes, un objectif à leur mesure ; et en règle générale, un bonheur taillé à l'aune des besoins et des aspirations de chacun.Quant au statut du philosophe, de l'intellectuel, Aristote est formel: absolument pas question pour lui de s'attribuer les fonctions du pouvoir.Qu'il se tienne, non pas à l'écart, mais au-dessus de ces considérations vulgaires et de ces basses besognes.Aux arti- sans de la chose politique d'agir, au philosophe d'observer, de conseiller au besoin.En bref et clair, note Laurendeau, Platon et Aristote partagent une conception aristocratique de leur statut de philosophe-intellectuel.Le premier est toutefois utopiste, le second réaliste, ou pragmatique, selon le vocabulaire moderne.Platon est géomètre et Aristote physicien.Le premier est l'intellectuel de la Vérité, le second philosophe des vérités.En conclusion, ils constituent les deux termes de l'alternative, les deux mâchoires d'une même tenaille dialectique, les deux pôles entre lesquels notre monde a toujours pensé la politique depuis l'aube des temps.Laurendeau note aussi qu'entre les deux se situe le champ idéologique de vingt-cinq siècles de méditation, bien sûr, mais aussi de luttes acrimonieuses, de guerres atroces, de mers de sang.Quel meilleur exemple, façon de parler, que l'an de (dis)Grâce 1936! Ici, en France, la Droite en perte de vitesse et la Gauche culminante se déchirent en un corps-à-corps fratricide dont surgissent aux élections la victoire du Front populaire et la prise du pouvoir du gouvernement Blum.A l'extérieur, mais dans le même contexte d'affrontement idéologique, Staline consolide sa dictature en des purges sanglantes, tandis que Hitler et Mussolini fourbissent les armes de fascisme sur les champs de bataille des Républicains et de Franco.Énormes sujets de méditation, dont Laurendeau sort perplexe et songeur.Après Athènes, Rome et ses penseurs Des pères fondateurs grecs, le voici passé aux auteurs romains.Il se retrouve en terrain familier, du moins le pensait-il, car l'étude des textes lui démontre très tôt à quel point le cours classique ne jette ou ne peut jeter qu'un regard forcément superficiel sur ces oeuvres monumentales de la pensée politique universelle.Comme tout bon élève de nos vieux collèges, Laurendeau a traduit («plus L'INCUNABLE — MARS 1985 13 mal que bien», dira-t-il) le De bello gallico de César, et anonné plus ou moins docilement le célèbre Quousque tandem aboutere Catilina patientia nostra?de Cicéron.De toutes ces heures d'efforts de mémorisation — les fameuses 900 lignes de l'examen oral — Laurendeau constate qu'il n'a à vrai dire rien retenu, sinon la grisaille du pensum, l'ennui et le dégoût.À la décharge des Jésuites, ses anciens professeurs, il se rappelle toutefois le préambule de leurs cours: «plus tard, dans la vie, quelle que soit votre fonction, vous gagnerez, à relire ces auteurs ; ils vous enseigneront les grandes règles du jeu du pouvoir et du gouvernement des hommes.» César et Cicéron, quels personnages hors mesure, authentiques héros d'une tragédie dont le thème, sur fond de conquêtes glorieuses et de guerres civiles lamentables pose l'éternelle énigme du respect des lois, du maintien de l'ordre, de la défense de la liberté ! L'éternel dilemne : l'ordre et la liberté La liberté ! n'est-ce pas sous sa bannière que Rome étendit sa domination sur le monde?Mais force est bien de maintenir et d'imposer l'ordre parmi tous ces peuples disparates et turbulents.Des contraintes s'imposent dès lors en terres lointaines, d'autant plus qu'à Rome les factieux s'agitent et conspirent.Sauver l'État, la République, est et demeurera toujours le premier souci de l'intellectuel, surtout quand il est empereur.Et s'il est le meilleur, le plus apte à maintenir la paix et à sauver l'essentiel des institutions, n'a-t-il pas, non seulement le droit, mais aussi et surtout le devoir, pour le bien de tous, de s'élever au-dessus des lois?Ainsi pense César, devant lequel Cicéron se dresse.Moment historique, affrontement inoubliable.Entre ces deux grands esprits s'engage alors une lutte passionnante, lutte que se livreront toujours et sans cesse l'homme d'État et l'homme de lettres.Car c'est de la nature même du pouvoir César (101-44 av.J.-C.) de l'intelligence qu'il s'agit: César y voit un aspect particulier de la force ; Cicéron, en revanche, veut et entend opposer l'intelligence à la force.D'où son immortelle formule: «Cédant arma togae».Traduction libre: en politique, la parole vaut mieux que les armes.Et Napoléon dira un jour: «la plume est plus forte que l'épée.» Ainsi se trouve justifié aux yeux de Cicéron l'engagement politique de l'intellectuel : si celui-ci intervient au Forum, c'est pour mettre la liberté en lumière et en consolider le principe dans le cadre des Lois.Qu'il faudra défendre de sa vie, au besoin.Besoin fut, et Cicéron fut assassiné dans des circonstances atroces.Laurendeau voyait en Cicéron le grand ancêtre de l'intellectuel moderne «médiatisé».Pratiquant l'art de la parole avec plus de plénitude encore que Démosthène, il avait compris qu'on ne pouvait être éloquent sans être aussi philosophe.Ainsi décrit-il la culture nécessaire à la parfaite et véri- table éloquence dans son dialogue DE ORATORE: «Pour le véritable orateur, tout ce qui fait partie de la vie humaine, pour autant qu'il y est engagé et quelle est la matière de son art, doit être étudié, écouté, lu, disputé, mis en question » « La parole, écrira Alain Michel2, est logos; elle appelle la philosophie ; le premier parmi les Anciens, et le seul avec Sénèque et Marc Aurèle, Cicéron a été philosophe et écrivain en même temps qu'homme d'Etat investi des plus hautes charges et promu à certains moments au gouvernement du monde.Le fait de donner une telle place à ses intellectuels est une originalité de Rome.Cicéron sait bien pourquoi: la République avait hérité à la fois de la pensée d'Athènes et des pouvoirs d'Alexandre.Pour la première fois, il était possible de découvrir une véritable philosophie politique, celle qui se juge dans l'action.» À ce propos, le De la République de Cicéron est une oeuvre essentielle.Laurendeau la scrute, l'annote, la médite, en transcrit des passages entiers.Entre autres celui-ci, où Scipion Émi-lien fait l'éloge des sciences politiques : La science politique au temps des Romains «Je peux vraiment dire qu'il n'est aucun sujet de réflexion auquel je m'adonne avec plus d'ardeur (.).Je vois en effet que tout artisan, si du moins il se distingue dans sa profession, fait porter sa réflexion, son étude et sa préoccupation seulement sur ce qui pourrait accroître, en son domaine, sa supériorité ; pour moi, puisque cette seule tâche me fut spécialement laissée par mes parents et mes ancêtres, l'administration et la gestion de l'Etat, ne reconnaîtrais-je pas avoir mis moins d'activité que le premier artisan venu si je dépensais moins d'efforts dans cette science suprême (.).En m'écoutant, n'oubliez, pas, je vous en prie, que, sans ignorer complètement la science grecque, je ne la préfère pas à la nôtre, dans ce domaine surtout, et considérez-moi comme un simple ci- L'INCUNABLE — MARS 1985 toy en, qui doit à la sollicitude de son père d'avoir reçu une éducation libérale.» Que de fois, durant sa carrière de journaliste, Laurendeau allait-il méditer ce texte ! Ce qui le fascine encore chez Cicéron, et les Stoïciens, c'est leur philosophie du refus, qu'il fera d'ailleurs sienne.Il y trouvait notamment — but capital de ses recherches — la plus grande vertu de l'intellectuel, sa force, son invulnérabilité, la source de son influence, le secret de son rayonnement.Le député du Bloc Populaire s'en souviendra, à Québec, sous les sarcasmes de Maurice Duples-sis et les grossièretés de ses aboyeurs serviles.Le co-président de la Commission B & B s'en souviendra encore lors de son périple dans l'Ouest Canadien, devant l'intolérance fanatique de quelques individus et la hargne de certains groupes.La vertu du Stoïcisme Dans une telle ambiance d'intolérance et parfois de haine, comment, se demandait le journaliste Michel Roy, parvenait-il à demeurer calme, impassible, toujours courtois et grand seigneur?Laurendeau mettait en pratique, souvent non sans peine, les préceptes de ses vieux maîtres Stoïciens : toujours, en toutes circonstances, conserver son indépendance personnelle, sa liberté intérieure.Le sage est celui qui sait préserver avant tout sa cohérence spirituelle.Il sait que seul son esprit dépend de lui, mais qu'il en est totalement le maître, et que cela suffit, ou du moins devrait suffire à lui assurer la paix de l'âme, la quiétude d'esprit, en un mot la sérénité, voire, peut-être, le bonheur.Avec Nicholas Machiavel, Laurendeau quitte les hauteurs de VAgora et du Forum de la Belle et Grande Politique (avec majuscules) pour pénétrer dans les arcanes de pouvoir maléfique, corrupteur ou perverti.Il aborde le Prince, bien entendu, mais aussi les Discours sur Tite-Live avec toute la méfiance et les préjugés de son éducation.Machiavel, n'est-ce pas l'apologie des moyens justifiant la fin?La Nicolas Machiavel (1469-1527) manipulation toute cynique du pouvoir pour le pouvoir en soi, sans même le prétexte d'un idéal, d'une foi en un monde meilleur?N'est-ce pas aussi l'usage immoral — amoral au mieux — de la dissimulation comme technique promue au rang d'un art?Ou encore, selon une formule célèbre, la manipulation intelligente du vice pour tempérer les ardeurs meurtrières d'un certain usage de la vertu ?Conscient de ses préventions envers un auteur dont il n'avait jamais pourtant parcouru une seule ligne, Laurendeau s'efforce d'entreprendre l'analyse de l'oeuvre avec le moins de subjectivité possible.Chose certaine, écrit-il, et telle sera son attitude à l'endroit de Karl Marx, un penseur ne peut exercer une influence aussi profonde et durable dans l'histoire politique sans être valable et sérieux à quelques égards.De fait, qu'avait écrit Machiavel de si reprehensible, qui lui valut un tel degré de réprobation?Le grand hérétique: Machiavel Essentiellement, d'où le scandale, Machiavel fonde toute sa pensée sur le rejet de la philosophie politique classique.Hérésie suprême: le Prince n'est pas, n'est plus le représentant de Dieu sur terre, ni même le bras séculier de son Église, mais le détenteur d'un pou- voir qu'il a dû arracher de hautes luttes, et qu'il lui faudra conserver, et renforcir, quel qu'en soit le prix.En d'autres mots, Machiavel décrit la politique telle qu'elle est et se joue, et non comme les utopistes (Platon) et les idéalistes (Cicéron) voudraient qu'elle soit.Ainsi en est-il des hommes, des citoyens, que Machiavel examine sous sa loupe et dont il parle sans fard et sans poudre aux yeux : des esclaves heureux, reconnaissants et soulagés.Qu'on se rappelle le discours du Grand Inquisiteur de Dostoïevski.Autrement dit encore, Machiavel dépouille l'art de la politique de tous les splendides ornements moraux dont l'a drapé la pensée traditionnelle.Le clerc florentin n'a que faire de belles et nobles considérations.Clinicien de la chose politique, il ne glose pas sur les fondements et la nature même du pouvoir, dont il n'a cure.En cela, il rejoint Aristote, pour lequel la pratique politique est toujours empirique au sens où elle s'effectue selon un art qui se découvre et se définit lui-même en s'exerçant.Machiavel, donc, ne juge pas.S'il semble prêcher, c'est que le style de l'ouvrage l'exige: le Prince sera bien avisé de.Le Prince aura intérêt à.Il observe ce qui est, le note, en tire des conclusions, enfin des préceptes, pour ensuite, espère-t-il.les chuchoter à l'oreille du Prince et de ce fait, peut-être se rendre indispensable.Fut-il, à cet égard, le premier « image-maker » à l'américaine de l'histoire politique?Sans doute, dans la mesure où Machiavel enseigne au Prince qu'il n'y a pas de pouvoir possible et durable sans dissimulation.Dans la mesure encore où il apprend au Prince qu'un décalage irréductible doit s'interposer entre sa conduite effective et l'image qu'il veut en projeter.Le Prince doit paraître bon, juste, généreux, magnanime, etc., alors même et quand bien même les contraintes du pouvoir le forcent à agir cruellement, serait-ce contre son gré.En d'autres mots encore, le pouvoir est tel qu'on ne peut l'exercer, et à plus forte raison le conserver que par la division de l'être et du paraître, de la substance et L'INCUNABLE — MARS 1985 15 de son reflet.Bref, la simulation et la dissimulation constituent les conditions sine que non de la conquête, de la possession èt de la préservation du pouvoir.C'est pour l'avoir dit aussi crûment que Machiavel ne sera jamais pardonné.D'où sa condamnation universelle — en principe, du moins — pour cause d'immoralité, ou d'amoralité.C'est ici, façon de parler, qu'interviendra Laurendeau.longtemps plus tard, lors de longs entretiens.Il importe de préciser que nous parle alors un Laurendeau mûri par son expérience du Bloc Populaire, et peut-être désenchanté par une longue observation des hommes politiques.L'exemple de Charles de Gaulle À la décharge de Machiavel et de ses thèses, il cite «Le fil de l'épée» de Charles de Gaulle, ouvrage qu'une critique dans l'ensemble unanime qualifia de «magistral» et de «chef-d'oeuvre du genre».Dépouillé du style hautain et majestueux typique du Général, qu'est-ce d'autre, objectivement, qu'une longue apologie de la simulation et de la dissimulation en politique?Et le thème du chef aux traits de sphynx, muré dans le silence, enrobé dans ses nuées de mystère, dieu lointain, idole inaccessible, ne l'avait-il pas déjà abordé dans un livre précédent, «La France et son armée»'! Or, poursuit Laurendeau, le Général mettra en pratique, contrairement à Machiavel, ses théories livresques.De main de maître.Avec un art consommé.Une finesse d'exécution qui ravit ses partisans et enrage ses ennemis.Observons-le dans le silence et la solitude de Colombey, alors que l'Algérie s'embrase, qu'Alger se soulève, que Paris s'agite et s'affole.«Je vous ai compris» s'écrie-t-il, ses grands bras en croix de Lorraine, et ce Sésame qu'on ne comprendra que bien plus tard, beaucoup trop tard, lui rouvre toutes béantes les portes du pouvoir.Chef-d'oeuvre de machiavélisme pur, adapté à notre époque, branché surles média, apprêté bien sûr à l'incomparable sauce gaullienne.Ce sera au reste l'accusation d'un certain François Mitterand.Sans pour autant justifier ses thèses et ses techniques, et Laurendeau prend bien soin de le souligner au passage, Machiavel n'est pas un a-moraliste au sens vrai du terme.Jamais n'a-t-il tant soi peu mis en doute l'existence en chaque homme de la conscience.Mais il observe, il prend note et il prend acte que dans l'exercice concret du pouvoir la conscience ne pèse guère, ou si peu, sinon pas du tout.Soulignons en outre, on l'oublie volontiers, que Machiavel prodigue ses préceptes aussi bien aux républicains qu'aux tyrans de l'époque.Ce qui, enchaîne Laurendeau, nous ramène à un bon vieil auteur de nos études classiques, Xénophon.Il dit à peu près dans le Hièron (ou de la Tyrannie) que le tyran n'écoutera le sage que dans la mesure où il le craint.Ce qu'il craint, c'est l'attrait mystérieux et parfois irrésistible qu'exerce le sage sur l'imagination des hommes.Selon Xénophon toujours, c'est en sachant jouer des passions et des intérêts du tyran que le sage pourrait espérer le convertir à des vues plus modérées.Or quoi d'autre, toutes proportions gardées, font les conseillers politiques d'aujourd'hui, l'entourage de l'homme d'Etat ?L'exemple de Maurice Duplessis «Mais je m'égare, disait Laurendeau, qui aimait bien d'ailleurs ces digressions.Quand j'étais en Chambre, à Québec, et que j'observais les manoeuvres de Duplessis, je n'en comprenais guère les mobiles, les ressorts, tout banalement la raison d'être, tant et aussi longtemps que je ne me rappelais pas les préceptes de Machiavel.Comme tout alors s'éclairait! J'en éprouvais, aussi bien le reconnaître, une jubilation intérieure, un peu celle d'un bon joueur d'échecs appréciant l'astuce d'un adversaire brillant.16 L'INCUNABLE — MARS 1985 Socrate (470-399 av.J.-C.) « On me dira : votre antipathie pour Duplessis colore votre jugement.Il n'en est rien.Et je citerai le cas du plus grand machiavélique de nos chefs politiques canadiens, Mackenzie King.Je doute que Mackenzie King ait jamais lu une seule ligne du Prince.Je serais fort étonné que Duplessis ait seulement entrouvert l'ouvrage, encore qu'avec ce diable d'homme, sait-on jamais?«Ce que je cherche à dire, c'est que tous les chefs politiques de quelque envergure appliquent, avec plus ou moins de bonheur, les préceptes de Machiavel, même sans, l'avoir lu, ou l'avoir compris.La force, le mérite., oui, je dis bien le mérite de Machiavel, c'est d'avoir démontré les mécanismes de la politique telle qu'elle se joue, et non telle que nos idéaux l'embellissent ou cherchent à l'ennoblir Et cela devient de plus en plus vrai, maintenant que les techniques de communication se raffinent et que les spécialistes pullulent autour des hommes politiques.Vieilles recettes, techniques modernes, qu'en sortira-t-H?Du processus démocratique tel que nous l'entendons, pour ne citer qu'un exemple?.» Nicolas Machiavel ! Un adversaire, et de taille, encore qu'un peu tardivement, allait lui faire face : François Marie Arouet, dit Voltaire.Nous sommes, bien sûr, au Siècle des Lumières, qui se veulent «le juge et non le tyran de /'humanité », comme Laurendeau le lit à l'article « Critiques » de l'Encyclopédie.Les Lumières, toujours, proclament qu'il faut mettre fin à la dissimulation en politique, et dans le même souffle dénoncent le despotisme, dont la nature est de se faire publiquement obéir par des voies secrètes.Dévoiler les mécanismes de la simulation et de la dissimulation du pouvoir entraînera leur perte, car révéler le mal, n'est-ce-pas le dissoudre?La critique intellectualiste du despotisme se traduit du même coup en censure morale.C'est à la lumière de ces principes incontestables ( ?) que Voltaire publie l'Anti-Machiavel à l'intention du futur Frédéric II.On sait quel usage en fit ce dernier.Les intellectuels contre le Pouvoir Dans sa patiente étude des Encyclopédistes, Laurendeau s'attachera moins à leurs oeuvres, qu'il connaît du reste assez bien, qu'à leur statut de penseurs politiques et à leurs rapports avec le Pouvoir.Apparaît en effet au XVIIIe siècle un phénomène nouveau, soit l'émergence des gens de lettres, qui s'attaquent aux fondements même des pouvoirs religieux et royal.Tant et si bien qu'on leur attribuera la responsabilité, ou le mérite, au choix, d'avoir provoqué la chute de la monarchie et l'avènement de la Révolution française.Qu'ils aient réussi ce tour de force sans le prévoir, et peut-être même sans le souhaiter, constitue pour Laurendeau un fait intéressant, certes, mais secondaire.L'important, l'essentiel à ses yeux demeure le fait que quelques écrivains, pourchassés par la censure, traqués par la vindicte royale, jetés en prison, acculés à la fuite et à l'exil soient parvenus, par la seule force de leur plume, et de leur génie, à vraincre la crosse et le glaive.Cicéron (106-43 av.J.-C.) Car c'est bien d'un déicide et d'un régicide qu'il s'agit.Rappelons-nous que règne alors la monarchie absolue.Elle fonde sa légitimité et son autorité sur le principe du droit divin.Le sacre de Rheims intronise non seulement le nouveau souverain, mais scelle à nouveau le pacte entre la Religion et l'État.D'où la puissance, et l'invulnérabilité (pensait-on) de ce pouvoir bicéphale, immuable et sacré.Pour le renverser, hypothèse au demeurant inconcevable, il faudrait mener un double combat suicidaire à la fois contre les curés et les rois.Le journaliste virtuel en Laurendeau ne peut donc que se passionner aux péripéties d'une pareille campagne de presse, si l'on peut dire.Dans ce triomphe unique dans l'histoire, peu lui importe le mérite personnel de Voltaire, Diderot.Rousseau, et celui du quatrième mousquetaire fort injustement oublié, Montesquieu; que les érudits et les cuistres glosent et ergotent sans fin à ce sujet.L'essentiel toujours, aux yeux de Laurendeau, penché sur sa table au Petit Voltaire, au milieu de ses livres, de ses dossiers et de ses carnets, c'est de reconstituer à travers les siècles, depuis Socrate L'INCUNABLE — MARS 1985 17 Voltaire (1694-1778) Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) Diderot (1713-1784) jusqu'à ces jours de I936, l'évolution et l'enchaînement de causes à effets dans la condition et le statut de ceux-là qu'on a dénommés tour à tour philosophes, sages, aèdes, sophistes, clercs, lettrés, intellectuels enfin.L'intellectuel à travers les siècles À ce propos, le XVIIL siècle marque une cassure et une transition, tant dans le statut de l'intellectuel que dans le mode d'écriture.S'il évolue toujours dans l'entourage du Prince dont il s'éloigne ou se rapproche en curieuses orbites, ses rapports avec lui ont changé de nature et seront jamais plus les mêmes.En atteste l'affaire Calas, où Voltaire préfigure le Zola de l'af- Maurice Ouplessis (Photothèque La Press») faire Dreyfus.Déjà se profile en filigrane l'engagement au sens que l'entendront Jean Guehenno, le tout premier, puis Julien Benda, enfin et plus tard Albert Camus et Jean-Paul Sartre.Sociologie, ontologie, généalogie de l'intellectuel?Contentons-nous tout simplement de son histoire.Celle qu'à Paris, dans un modeste bistrot de la rue Mouffetard, André Laurendeau tâche de reconstituer, de comprendre.O Suite dans le prochain numéro ' Cité par Denis Monièrc dans André Laurendeau, Éditions Québec-Amérique, p.45.2 Professeur d'histoire à la Sorbonne, co-autcur d'un ouvrage sur Cicéron, aux Éditions Le Seuil.18 L'INCUNABLE — MARS 1985 Le Québec et l'Église Comment s'est vécu le catholicisme au Québec depuis près d'un siècle, c'est ce que veulent établir les auteurs Jean Hamelin et Nicole Gagnon dans le troisième volume de l'Histoire du catholicisme québécois de 1898 à nos jours.Les dates limites de cette étude sont circonscrites dans le plan d'une histoire d'ensemble, dont les autres volets paraîtront plus tard.Vers la fin du pontificat de Léon XIII, son encyclique Rerum Novarum (1891) sur la question ouvrière a eu beaucoup de retentissement dans le milieu de la chrétienté.La religion devient intimement mêlée aux questions sociales.La hiérarchie ecclésiastique surveille de près l'action de l'État dans ce secteur.Son action syndicale, aiguillée par des aumôniers, se méfie des unions internationales qu'elle considère périlleuse pour la foi des ouvriers.Elle exerce un contrôle absolu sur l'enseignement à tous les niveaux, du primaire jusqu'à l'université inclusivement.La recherche effectuée par les auteurs se situe au plan sociologique, c'est une étude factuelle qui ne cherche ni à décrier l'Église ni à rétablir la prépondérance qu'elle a eue dans notre société ! Sur près de mille pages on reconstitue le cheminement des hommes d'Église, des institutions religieuses.On y retrace avec la même objectivité leur action bénéfique et leurs interventions parfois envahissantes et ombrageuses vis-à-vis les pouvoirs civils.Inconditionnellement fidèle à Rome, l'épiscopat québécois se plaint parfois mais avec discrétion de l'épiscopat anglophone des autres provinces canadiennes auprès de la Curie.Les sources, pour mener en profondeur cette étude, ont manqué en raison de peu de recul dans le temps.Les archives sont encore trop contemporaines pour être aisément accessibles et la perspective fait défaut pour porter des jugements définitifs.On peut quand même y reconnaître la forte emprise du pouvoir ecclésial, l'autorité incontestée de l'épiscopat, le rigou- par Roland Auger reux encadrement religieux que les curés exercent dans les paroisses, l'action inlassable des communautés religieuses dans le domaine hospitalier et celui de l'éducation.L'action missionnaire, les préoccupations sociales, l'ouverture à l'oecuménisme, le pilotage de mouvements laïques au sein de Une élévation vers le ciel (Photo Jacques King) l'Église y sont aussi manifestés.On y voit s'amorcer la désaffection religieuse après la seconde guerre mondiale, désaffection qui va s'accentuer radicalement à partir des années '60.Des notes abondantes en fin de volume, une bibliographie bien nourrie étayent les avancés de nos historiens.On pourrait peut-être regretter que les notes soient loin du texte plutôt qu'en bas de page.Par ailleurs les nombreux encarts peuvent y pallier mais ils ont l'inconvénient — pour intéressants qu'ils soient — de nous faire perdre le fil, de nous distraire du texte principal.Ils ont pourtant l'avantage d'apporter un témoignage direct qui colle bien aux réalités décrites.Cette somme de l'histoire de notre Église arrive toutefois à point dans l'évolution de notre société.Il est intéressant de constater que ce ne sont pas des ecclésiastiques mais des laïcs qui écrivent cette histoire.Des femmes deviennent théologiennes.Cette fois, c'est une historienne de l'Église que l'on retrouve comme collaboratrice de son collègue universitaire.Si la rigueur de la discipline a maintenu les auteurs dans l'objectivité d'une analyse sereine, ils n'ont pas manqué de s'amuser un peu de petites chicanes internes entre clergé régulier et séculier.Ils ne sont pas tombés non plus dans le panégyrique béat ni dans le dénigrement mesquin.On sera même un peu étonné qu'ils aient démontré que les curés de plusieurs paroisses et beaucoup de communautés religieuses n'ont pas autant roulé sur l'orque l'on aurait été porté aie croire.Ils ont pu signaler des situations économiques précaires dans plusieurs cas.C'est le reflet d'un cadre de vie qu'on nous fait voir, un cadre de vie qu'on a souvent trouvé astreignant et qu'on a assez vigoureusement secoué depuis le dernier quart de siècle, mais un cadre de vie qui nous a quand même façonnés, marqués, qui a ancré certaines valeurs indéniables et nous a peut-être préparés, à notre insu, à mieux voir qu'il y en a d'autres ailleurs sans renier l'acquis.O L'INCUNABLE — MARS 1985 19 Eine bella langue universal?Nous lisions dernièrement, qu'un M.Antoine Piras de France, avait inventé une nouvelle langue internationale surnommée ADLI.« My ami caro Louis, i me hasten de repondre a ta bulletina que i co-receive ce matin e dont i tener a te danken.Arturo.» Voici, avec quelques changements personnels, comment je remercierai peut-être un jour, le rédacteur de ce bulletin en employant la nouvelle langue dite internationale, du Français Antoine Piras.Comme il n'y avait qu'une seule personne parlant l'espéranto en 1887, M.Piras est le seul (en plus de son ordinateur.) à connaître cette langue.Destinée à promouvoir de meilleures relations entre les diplomates, scientistes et touristes, l'ADLI, d'après son créateur, s'apprend facilement à cause de la connaissance internationale des langues anglaise, française, espagnole, allemande et italienne.Simplifié par l'emploi de l'ordinateur, ce mélange est basé sur une grammaire simple complétée par des affixes et des trait d'union.Comprenant 25 000 mots, le vocabulaire continue à augmenter et peut s'apprendre, d'après M.Piras, en quelques semaines à l'aide d'un programme audiovisuel.ADLI contient cinq langues dans les pourcentages suivants: anglais 42%, français 22%, espagnol 16% et de 8 à 9% pour l'allemand et l'italien (sic).Il est vrai qu'un milliard de personnes sont déjà familières à l'une de ces langues et connaissent, en partant, près du tiers du vocabulaire.Ceci n'en fait pas un langage international.Les peuples orientaux, avec plusieurs milliards d'individus, devraient apprendre de nouveaux signes abstraits étrangers à leurs langages visuels.L'étude de notre alphabet, démontre que nos lettres ont évolué à partir de signes représentatifs pour devenir les abstractions d'aujourd'hui.Depuis 35 siècles, les chinois emploient des pictogrammes comme moyen de communication.Le langage parlé ignore nos règles de grammaire compliquées ; les conjugaisons et les genres sont inexistants.La syntaxe, bête noire de l'étu- par Arthur Gladu Fig.1 Ces pictogrammes de l'australien C.K.Bliss sont simples et précis.Quelques secondes suffisent pour les interpréter.diant, et de votre humble serviteur, n'existe pas.Le langage parlé est totalement séparé du langage visuel.C'est pourquoi il y a tellement de variations dans la langue chinoise mais aucune dans leurs signes pictoraux.Le chinois d'aujourd'hui ne comprendrait plus la langue parlée au temps de Confucius mais assimilerait les caractères écrits du même personnage.Comparativement, essayons de déchiffrer un texte français ou anglais du 12e siècle.Cette évolution différente explique pourquoi il est difficile de «romaini-ser» le chinois.L'adoption de signes abstraits interchangeables ne contribuerait qu'à diviser les langues chinoises existantes.Si je veux communiquer avec un anglais, un français et un hongrois et leur parler d'un carré, je devrai connaître les mots : Square, carré et négyszog.Si par contre je leur montre l'image suivante: [ZI tous les trois comprennent simultanément ! C'est ce que fait un pictogramme pour les chinois parlant le: Mandarin, Wu, Xiang, Cantonais, Kejia,Gan, Min, Mongolien,Tibétain, Formosan et pour le Japonais.A cause des nouvelles techniques et en partant du principe qu'une image est plus simple d'emploi qu'un fouillis de signes abstraits, la recherche doit s'orienter dans cette direction.L'avènement des écrans et le triomphe de l'image sur le langage écrit nous porte à trouver un nouveau langage visuel et oublier les nouvelles formes de lettres.Dans x années on dira: Tu vois ce que je veux dire.et non Tu comprends ce que je veux dire.Si on se fie aux relations actuelles entre les puissances mondiales, on risque d'attendre longtemps avant que naisse une langue universelle tenant compte de toutes les susceptibilités nationalistes, des tendances politiques, etc.Plus de 2 800 langues différentes sont employées dans le monde, sans compter les dialectes et le jouai local.Tout ce charabia doit être abandonné ou transformé et ça presse.Pour le langage parlé, plusieurs ont essayé, depuis le dernier siècle, à trou- Fig.2 Un essai parmi tant d'autres tendant à créer un nouvel alphabet : la prière Our Father dessiné par J.F.Magrath pour le concours d'Icographlc en 1974.20 L'INCUNABLE — MARS 1985 ver une solution de simplification de l'alphabet, mais sans grand succès.Bernard Shaw encouragea fortement les recherches pour une nouvelle forme d'écriture de la langue anglaise.Des linguistes, après de longs essais, aboutirent à l'emploi de 44 sons, ce qui s'avéra inadéquat.Herbert Bayer, typographe et designer bien connu, crée une nouvelle forme de lettres qu'il appelle Basic Alphabet, vite oublié parmi les autres.Un designer québécois, M.Henry Eveleigh, ex-professeur en communication graphique à l'École des Beaux-Arts de Montréal et de design à l'Université du Québec à Montréal, après de longues années de recherche pour créer une nouvelle forme de caractère, aboutit à un résultat alliant la beauté graphique à une approche inédite, baptisée FONETIK.Voici comment il le présente: Fig.3 Le nouvel alphabet FONETIK dessiné par le designer Henry Eveleigh.Une grande partie de la population mondiale peut communiquer aujourd'hui dans la langue anglaise.La notion de communiquer et la compréhension en découlant entre de larges segments de la population mondiale s'est produit naturellement.Ce rassemblement des masses influence tellement la forme de la langue anglaise, qu'elle semble toute indiquée comme la future langue universelle.Pour répondre à ce besoin, nous avons dessiné l'alphabet FONETIK.Au point de vue des formes, nous avons gardé une certaine familiarité de dessins auxquels nous sommes habitués depuis des siècles.La ressemblance et la mémoire des formes connues nous rassurent et facilitent la lecture.Tout en étant une nouvelle forme d'écriture de la langue anglaise, FONETIK s'adapte aussi aux autres langues.La seule règle fixe étant que les 25 sons sont prononcés à l'anglaise.La lettre est facile à écrire, se reproduit facilement dans le langage numérisé des composeuses, les signes représentant des sons se transformant aisément en écriture.La forme graphique de FONETIK n'apparaît pas étrangère au calligraphie oriental (signe ou image).Il ressemble à l'hébreu et à l'arabe (calligraphie).Il semble familier avec les formes de lettres russe et grecque.Impossible de trouver un lien avec l'Afrique qui n'a pas de langue écrite.La forme des lettres est basée sur un type de majuscules uniformes composée de 26 caractères.L'épel-lation dans la langue anglaise est ridicule.Le français, au contraire, emploie l'épellation phonétique accouplée à une grammaire archicom-pliquée.Nous visons surtout à une nouvelle approche de l'épellation de l'anglais, accessible à tout le monde.Les autres langues peuvent l'employer en conservant la règle des voyelles que nous préconisons.Les 26 lettres sont des majuscules uniformes employées comme des consonnes, plus le signe & (perluette), la combinaison UN, IN et IM.Dans ces derniers, le I devient partie intégrante de la ligne verticale de la lettre suivante en ajoutant un point en-dessous.Les formes de lettres identiques, à l'exception du W comportant un accent, changent de sons et deviennent 25 voyelles.Exemple: le Z se prononce maintenant ZI ou ZEE en anglais.Ceci représente une économie de lettres de 12 à 20%.Sans l'aide des symboles employés dans une autre langue, un individu peut Fig.4 Le Notre Père (Our Father) écrit à l'aide du caractère FONETIK.En plus d'être beau graphiquement, le FONETIK est une expérience intéressante et une recherche de grande valeur.Déjà, son auteur envisage une autre approche révolutionnaire à ce problème.Nous croyons qu'un effort collectif tendant à un emploi universel d'une nouvelle langue phonétique ou visuelle, devra être entrepris par un groupe d'individus de chaque grande division du globe, autant ethnique que politique: de linguistes, sociologues, designers, etc.Tant que ce mouvement n'est pas universel, les recherches personnelles, si valables soient-elles, sont vouées à l'échec.Nous sommes encore loin de l'apparition du « Symbolis Universalis » et de son implantation dans la jungle africaine, au Québec, à New York et à Moscou.O L'INCUNABLE — MARS 1985 21 esrtfclde Montréal de t846 parûmes Caoe.Vi X fi I ^ Portrait d'une métropole en deve nir En 1846, avec sa population d'environ 45 000 habitants, Montréal aurais pu ne demeurer qu'une petite vfjle à l'image de ces nombreuses communautés qui, aujourd'hui comme.hier, '¦.avec une population à peu prèssem-.blable, ne sont pourtant paî appelées à ^devenir de grandes métropoles'.Si l'on «^àniBrie, une ça/te.dé tftprrtrfal Tie -, émette époque"" ojj.déçp^usre-,i que cette ville porte déjà*tes pj^n - de soft développement futur La cadfê typographique et/pwtUiUlè -de là Cité de Montréal dressée en 1,846 par James Caïfêi'noùsrrévèle maints "détails de la future grande.$lle : o'ij yÇ*i" iu observe ses installations ponn*â}rés;et l'entrée du canal de La£hin'é1 on y voit .sfiSuJnstityticinS d'enseignement supé-, 'v ' " Topographical and pictorial map of the city of Montreal I surveyed and drawn by James Cane, civil engineer; lithographed by Matthews & McLees; the views drawn by J.Duncan.— Montreal: Robert W.S.Mackay, publisher 1846./C 22 L'INCUNABLE — MARS 1985 L'INCUNABLE — MARS 1985 23 nos richesses manuscrites Écritures féminines des années 70 : Madeleine Gagnon Les «écritures au féminin », au Québec, à partir de 1975, — si l'on y inclut l'abondante production de livres de simple témoignage féministe qui la sous-tend, — constitueront certainement l'un des chapitres majeurs de notre Histoire littéraire récente.De ce soudain jaillissement collectif, Madeleine Gagnon apparaît comme un témoin capital.Ayant été frappé par l'excellente tenue, à tous égards, des correspondances françaises de cet écrivain (MSS-265), j'ai interrogé ses papiers de jeunesse (MSS-236) et y ai découvert des tendresses, des ironies et des aspirations plus ou moins occultées par la suite.Une nouvelle intitulée Fabrice, ou le suicide d'un héros contient un court texte d'avant-propos qui ne manque pas d'accent.Ces lignes portent sur l'impossibilité, aujourd'hui, de lagran-deur héroïque, singulièrement chez les jeunes.Dans nos sociétés telles qu'elles ont évolué, ou bien l'on est saint, ou bien l'on est fou: «Il me semble que la vulgarité et l'amour se marient fort mal.Pour que le corps du Christ découpe celui du monde [souvenir de Teilhard de Chardin ?] il faudrait qu'une naïveté survive.Le siècle de l'analyse a condamné les naïfs.Chaque petit politicien arriviste, chaque petit professeur d'université compétitif et jaloux de sa science, chaque petit artiste envieux, chaque petit médecin ultra-spécialisé et borné, chaque petit psychiatre déformateur de la liberté individuelle, chaque petit moine riche et engraissé, chaque petit sociologue déformateur de nos sociétés en chiffres, chaque poète «computer» électronique, a condamné à jamais le naïf, l'enfant fou, l'idiot.Dans quelque couloir somptueux d'une université nord-américaine, Fabrice, t'y promenant plutôt que dans ta cour de Parme avant de te renfermer à jamais dans ta par Pierre de Grandpré douce Chartreuse, — Fabrice, tu aurais vomi!» La période universitaire de Madeleine Gagnon se déploie sous le double signe du formalisme sémiotique et du marxisme, avec interaction constante de ces deux courants.Les apparentements se nomment, ici, Barthes, Derri-da, Lacan, Althusser, Marx, Brecht, Mao Tsé-toung (Mao Zédung!).D'autre part, divers travaux de Madeleine Gagnon professeur, depuis son essai de maîtrise de 1972 sur Angéline Madeleine Gagnon, à Paris, en novembre 1977 à l'émission France Inter.(MSS-265) de Montbrun sous-titré « Fonctionnement métaphorique du texte » et qui annonce comme sujet : « Le mensonge historique et la subversion de la métaphore blanche », attestent les dettes de cette génération à l'égard de la sémiologie, du structuralisme et de diverses méthodes de la nouvelle critique.Voici pourtant certaines intuitions antérieures, les méfiances malicieuses d'une certaine Nounouche, dans le récit de jeunesse Les morts vivants: «Les profs m'ennuient, dit Nounouche.— Et pourquoi! demande Lucknie.— Tu sais ce qu'il a dit, celui de mardi matin ?Que la statistique était la plus belle et la dernière des sciences et que bientôt elle sera le seul outil valable pour l'étude de la poésie ; que les plus beaux poèmes sont les mieux construits, ceux qui se dissèquent comme un théorème ; que les seconds, en ordre de priorité, sont les «sociaux», ceux qui témoignent d'un engagement réfléchi tenant compte de la logique de l'Histoire et des «données » du milieu.Puis il dit que désormais le mot poème serait remplacé par scheme et le mot critique littéraire, par celui de statisticien littéraire.» La libération de la parole Si elle devait traverser sans encombre les systèmes d'influences, fort distincts entre eux, de l'«agit-prop » et du formalisme structural, si elle devait s'en imprégner simultanément, Madeleine Gagnon allait cependant, un jour, prendre ses distances à leur égard et aboutir, par exemple, à cette profession de foi nouvelle, qui fait allusion à Paroles de femmes d'Annie Leclerc: «Contribuer à libérer cette parole m'est désormais toute recherche.» Au cours de cette nouvelle période, Madeleine Gagnon lit et commente ses consoeurs européennes, comme la 24 L'INCUNABLE — MARS 1985 belle Hélène Cixous, si proche d'elle.L'un des articles de Madeleine Gagnon, à ce moment, contient une formule particulièrement éclairante: «Le féminisme n'est pas la guerre des sexes.Il la termine.» Elle élabore également, par exemple dans le texte Mon corps dans l'écriture, sa théorie sur la nouveauté absolue de la future écriture féminine, fondée sur la différence des structures mentales (en faisant place à ce qui pourrait apparaître de prime abord irrationnel, fou, naïf, etc.).Un texte intitulé De toute beauté est le «grand oeuvre» inachevé d'un collectif québécois d'amitiés et de création féminines.Denise Boucher et Madeleine Gagnon étaient, aux abords de 1975, au centre de ce groupe de cinq ou six amies (parmi lesquelles Pauline Julien), qui avaient entrepris de se révolter, de s'amuser, de s'entr'aider, de rire et de travailler dans la plus étroite communion d'esprit.Des féministes belges et françaises (Hélène Cixous et Annie Leclerc déjà nommées), Chris-tiane Rochefort, Claire Lejeune, Liliane Wouters, Luce Irrigaray et d'autres, venues au Québec en 1975 pour le colloque de Liberté sur « Les femmes et l'écriture», avaient été frappées de la vitalité, de la virulence gaillarde et de la joie au combat de leur soeurs québécoises.«Montréal, allait écrire par exemple Claire Lejeune, est manifestement un lieu d'accélération, un creuset de mutation des consciences».Elle proclame être retournée cinq fois dans la «grotte des fées » qu'était devenu, pendant son séjour, le Théâtre du Nouveau Monde.Et Claire Lejeune d'évoquer ces «petites fdles dont le corps s'est mis à leur parler: Alice, Lilith, les Sirènes.» ; au fond, la Femme à venir, — tout à l'opposé du symbolisme réducteur de la femme.Elle note la joie de la salle « à ce grand déblocage psychique, son rire de source, contagieux, proche des larmes».Comme l'écrivait Claude Gauvreau: «L'émancipation est un immense délice.» Une amie européenne a remarqué qu'à la représentation bruxelloise des Fées ont soif, son mari était « vert de rage » : il ne s'est pourtant pas estimé concerné, puisque «lui ne bat pas sa femme».Quatre mois plus tard, nouvelle missive de la même: «J'ai une boîte postale à Bruxelles, puisque mon mari.n'est pas concerné.Je suis libre, il ne me bat pas ! » Autre lettre de l'été 1979, suite à cette représentation des Fées: «J'ai décidé de me séparer de mon mari.J'emménagerai seule dans un appartement plus spacieux que je viens de louer.» La solidarité effritée Débat sur Retailles au Centre culturel canadien à Paris, novembre 1977 (MSS-265) Mais revenons à De toute beauté, l'entreprise littéraire du collectif féminin de création: «Moi-Je».Comme l'expérience des «phalanstères» et comme la tentative imaginaire du Désert de Bièvre, l'effort de création commune s'est soldé ici par des désaffections, des rejets, des rancunes.Finalement, Madeleine Gagnon et Denise Boucher sont les seules rescapées du groupe lorsqu'elles rédigent ensemble Retailles, où les styles sont aussi disparates que les carreaux contrastés noirs et blancs dans la trame de nos «catalognes» campagnardes.Plus tard encore témoignent de rancoeurs sourdes quelques lettres assez perfides.Et voici dès lors consommé le désastre communautaire.La «mystique» se dégradant en «politique», l'« utopie» jubilante confrontée aux quotidiennes réalités de la persévérance dans l'effort et de l'inévitable émulation, c'est un scheme connu.Il n'est pas douteux que le féminisme en littérature, — tout comme le nationalisme, tout comme la revendication sociale, — aura un destin tributaire de la seule qualité des oeuvres qu'il aura suscitées.Les meilleurs ne seront pas nécessairement les plus conformes à un projet conscient.Il ne me semble pas contestable, par exemple, que L'Euguélionne de Lou-ky Bersianik, et à un moindre degré mais pour des raisons voisines, Le crachat solitaire de Jovette Marchessault, ont marqué l'irruption dans nos lettres d'oeuvres féminines d'une impressionnante nouveauté.Hors le texte de Claire Lejeune — mais il s'agit là d'un simple témoignage, et européen, — je n'aperçois guère, parmi les manuscrits inédits relevant de la nouvelle «féminie », dans les fonds inventoriés (Francine Du-fresne, Nicole Brossard, Denise Boucher.: — j'y reviendrai), de textes qui sembleraient s'imposer dans l'immédiat pour publication.Le meilleur de leur contenu est déjà en librairie.L'enquête vaut cependant d'être poussée un peu plus: elle nous réserve encore quelques menues «révélations ».L'INCUNABLE — MARS 1985 25 nos lettres en silhouette Henri Tranquille Du bizarre, de l'insolite et du sacré Des lettres sur nos Lettres ci rivains-éditeurs- critiques libf atres-lect eu ts par Serge Provencher L'univers de la bizarrerie Les vingt-trois nouvelles contenues dans Incidents de frontière ont le mérite de désarçonner le lecteur.En effet, elles lui réservent toujours quelque surprise issue d'univers teintés d'étrange et de fantastique.Nous sommes ici en présence de vibrants éloges de la bizarrerie, en quelque sorte, dans les- quels les coïncidences et les paradoxes s'accumulent pour mieux échapper à toute forme de compréhension véritable.Les frontières qui éclatent sont celles de la géographie, du temps et de l'espace, mais aussi celles de l'homme qui n'est rien d'autre que l'esclave de son passé et de ses passions.Et c'est ainsi que l'on se transporte de la rue Saint-Hubert jusqu'aux Nouvelles-Hébrides, de Charles-Quint jusqu'à Mae West, et de l'hebdo La Patrie jusqu'au dernier livre de Liv Ullman, sur les ailes d'une écriture particulièrement vive et qui foisonne de trouvailles.Un ouvrage résolument moderne et conduit de main de maître, interrogeant et faisant réfléchir tous les vivants du vingtième siècle, et qui a valu à son auteur le «Prix Adrienne-C hoquette 1984».BERTHIAUME, André.— Incidents de frontière.Montréal, Leméac, «Roman québécois», 1984, 144 pages.Un rayon de lumière sur les difficultés de l'édition Quand Jean-Jules Richard publia Neuf jours de haine en 1948, ce roman portant sur la dernière guerre fut acclamé par la critique et un large public.Gabriel Marcel reçut lui-même Richard en visite à Paris, saluant, disait-il, un futur grand écrivain.Il ne se trompait pas tout à fait car Richard allait être bientôt l'auteur d'une oeuvre considérable mais trop mal connue aujourd'hui encore pour des raisons plus ou moins obscures.Or, dans Des lettres sur nos lettres, voilà qu'on apprend que le célèbre Henri Tranquille joua un rôle de premier plan dans la parution de l'ouvrage de son ami, se démenant comme un diable dans l'eau bénite pour que le livre puisse voir enfin le jour.En font foi les missives nombreuses qui figurent ici, rédigées en 1947 et 1948.Toutes témoignent de la vigueur qui caractérisait le libraire lorsqu'il s'agissait d'appuyer les jeunes écrivains de ce temps.Mais elles jettent aussi un peu de lumière sur un des chapitres de la petite histoire de l'édition au Québec, et sur une année cruciale dans l'évolution de notre littérature.TRANQUILLE, Henri.— Des lettres sur nos lettres, Montréal, Bergeron, «Ainsi soit-il!», 1984, 147 pages.26 L'INCUNABLE — MARS 1985 ROGER FOURNIER Tour l'amour de Sawinne SANK LIBRE ExnessiOM Un tableau insolite Pour l'amour de Sawinne est le dernier volet de la trilogie de Roger Fournier intitulée «Le cycle taurin».Il s'ouvre sur le retour au Québec de Norbert, héros de Les cornes sacrées, qui retrouve après quinze ans son frère Josué, personnage de La marche des grands cocus.Or, dans l'intervalle, quantité de changement sont survenus dans le Bas-du-fleuve, sans compter qu'a grandi la fille que Josué eut jadis avec une Indienne: Sawinne.Cette dernière devient vite amoureuse de son oncle, qui, fou de désir, ne peut résister à ses attraits juvéniles et à l'interdit qui débouchera sur le drame.Bien sûr, les thèmes auxquels nous a habitués Monsieur Fournier défilent ici encore (la vierge pure et innocente, le mâle dur et viril, la force brutale de l'instinct), y compris les scènes erotiques dont il semble tant se délecter.Et l'on se prend à espérer que l'ouvrage ne renforce pas les préjugés de certains des Français qui le liront, vu les dialogues exagérément régionalistes, l'agri-culturisme caricatural, et, surtout, l'Amérindienne de service.Devant l'étang Un miroir sécurisant Assises devant l'étang d'un hôpital psychiatrique, deux femmes contemplent les eaux dormantes sans parler ni bouger, comme si elles en étaient le reflet exact.L'une d'elles laisse alors voguer ses réflexions, qui nous feront entrevoir les flots troubles de son passé et de son présent.La moindre réminiscence, la plus minuscule sensation, tout respire soudain l'irrévocable fragilité de cet être se disant décentré mais qui s'accroche et tente de retrouver son équilibre.Les démons de la folie s'appellent ici «l'inaptitude à contrôler ses émotions », «les restrictions que la vie impose » et « les illusions éteintes».Parallèlement, les produits chimiques dont Jeanne est gavée ne forment qu'une carapace aussi trouée qu'un tamis, tandis que le fameux rapport thérapeutique permet de constater que les «garde-fous» sont souvent habités par davantage de monstres encore.Mais ce qui ressort par-dessus tout, c'est la lucidité tranquille de l'internée.Les pages sur l'enfance et l'amour sont notamment des plus réussies, peut-être parce qu'il est impossible de ne pas s'y retrouver.LE PRINCE DIEU L'alliance de la poésie et du sacré Jean Fourastié écrivait un jour qu'il ne croyait à aucun des dieux que les hommes ont adorés, tout en étant convaincu que Dieu existe mais sous une forme qui n'a rien à voir avec les représentations nées au cours des siècles.Ce à quoi II ressemble dépasserait tout simplement notre entendement, et correspondrait à quelque concept indéfinissable et hors de notre portée.Dans Le Prince Dieu, de Jean-Ethier Biais, le Seigneur invoqué rejoint Celui de Fourastié malgré une certaine influence islamique.Pourtant, au-delà de cette dimension éthé-rée, il est prétexte à un discours poétique d'un beauté qui rappelle certains des textes sacrés.C'est la prière de «l'homme de péché » au Père, Source de Vie et d'Espérance, sur la route où il transporte son fardeau jusqu'aux confins du monde, et cet appel à l'Éternel est éloquent.La condition humaine s'y élève pour mieux accéder à la Sagesse dans un mouvement empreint de mysticisme et d'Orient, au-dessus d'une nature d'où émergent descriptions chatoyantes ou pensées simples mais profondes.FOURNIER, Roger.— Pour l'amour de Sa- HAROUX, Lise.— Devant l'étang, Montréal.ÉTHIER-BLAIS, Jean.— Le Prince Dieu, winne, Montréal, Sand/Libre Expression, 1984, VLB Éditeur.1984, 101 pages.Montréal, Leméac, «Poésie Leméac».1984, 250 pages.99 pages.L'INCUNABLE — MARS 1985 27 En passant par la Révolution tranquille de Jean Lesage Notre libéralisme depuis Jean-Charles Harvey jusqu'à Robert Bourassa par Gérard Pelletier Voici trois ouvrages qui trahissent de manière flagrante le métier de leurs auteurs.Même si MM.Teboul, MacDonald et Thomson avaient dissimulé leur identité sous des pseudonymes inviolables on devinerait sans peine, avant d'avoir tourné la dixième page de leurs livres, qu'il s'agit d'un journaliste et de deux professeurs.Je me propose de recenser ici, dans l'ordre chronologique des sujets qu'ils abordent, ces trois évocations de notre passé récent.Le Jour Emergence du libéralisme moderne cru Québec Un objet de scandale L'entreprise de Victor Teboul ne manque pas d'intérêt.On sait que Le Jour, hebdomadaire montréalais, fut en son temps un objet de scandale.De 1937 à 1946, le journal de Jean-Charles Harvey se piqua de trouver tous les interdits, d'aborder tous les sujets tabous de l'époque et de proposer une doctrine qui mettait au défi l'idéologie dominante de la société québécoise.Il fut haï, condamné, harcelé, applaudi parfois mais faiblement.Peu de gens, à l'époque, voulaient souscrire aux propositions ou «libéralisme» moderne quand une telle attitude risquait de vous attirer la rage des nationalistes, la hargne du clergé, la méfiance générale.En bon prof, l'auteur embrasse l'ensemble du sujet.Son plan comprend trois parties dont la première est consacrée au «combat idéologique», la deuxième à la culture et aux arts, la troisième aux « idées littéraires».L'ouvrage comprend treize chapitres, chacun coiffé d'une conclusion et le livre lui-même s'achève sur une conclusion générale.Cette démarche un peu scolaire risquerait d'engendrer l'ennui mais le style alerte de M.Teboul conjure ce danger.On suit avec intérêt une analyse qui prend en compte toutes les positions du Jour et les articles de presque tous les collaborateurs, du moins pour les deux ou trois premières années de publication auxquelles la recherche semble ici limitée.Parce qu'au-delà de 1940, le sel du Jour s'était affadi?C'est bien possible.Les meilleures pages du livre, à mon sens, tournent autour des divergences de vues entre Harvey et son collaborateur Louis Dantin.Le libéralisme de Harvey paraît aujourd'hui très bourgeois, assez faiblard, élitiste et singulièrement naïf.Le socialisme de Louis Dantin n'est sûrement pas révolutionnaire mais il s'exprime avec une netteté qui fait plaisir.Il intègre les aspects les plus positifs du libéralisme et pressent déjà la social-démocratie qui naîtra de la guerre.Le dialogue entre les deux hommes souligne le contraste frappant entre la vivacité, la vigueur de style et de pensée qui caractérise Dantin et la mollesse, le manque de rigueur et de couleur des articles de Harvey.Adolescents, nous étions attirés par l'odeur de fruit défendu qui entourait le Jour et les romans de son directeur.Mais quelle déception que la lecture des Demi-Civilisés ! On en venait à croire que le «mal» dénoncé par nos maîtres manquait vraiment d'attrait et ses apôtres, de talent.Il est vrai que les prédécesseurs du «dissident» Harvey et de ses amis étaient Jules Fournier et Olivar Asselin.Quand même ! Le Jour eut un singulier mérite.Critiquer notre système d'éducation, en 1937, et dénoncer l'antisémitisme sans aucune arrière-pensée, il fallait le faire, comme on dit aujourd'hui.Et Harvey l'a fait.M.Teboul a eu raison de consacrer une étude à ce chapitre de nos éphémérides intellectuelles.;uhiT.du Quebec Le Jour Xa «fou Le Jour Le Jour Le Jour r r f Le Jour Le Jour Le Jour ii l'un i.i .m u lour Le Tour te Jour J Le Jour ."'"^'j"»r Le Jour Le Jour TEBOUL, Victor.—Le Jour.Emergence du libéralisme moderne au Québec, Éditions Hurtubise HMH, Ville LaSalle, 1984.Hurlubise HMH La modernisation du Québec Voici enfin la version française de Jean Lesage publiée en anglais par Macmillan of Canada.C'est un ouvrage de première importance, le meilleur, à mon avis, qui ait été consacré au «père» de la Révolution tranquille et à l'oeuvre de son gouvernement.L'auteur a fondé son étude sur un travail de recherche stupéfiant, au moins aux yeux d'un profane comme le soussigné.Tout ce qu'il avance, à de très rares exceptions près, est basé sur un document valable.On croit deviner que le Pr.Thomson a eu accès aux archives personnelles de Jean Lesage mais il a tenu à lire aussi des tonnes de documents officiels, à fouiller méthodiquement la presse de l'époque, à interroger un grand nombre de témoins et d'auteurs de la Révolution tranquille.Un livre de professeur, donc, avec toutes les 28 L'INCUNABLE — MARS 1985 Jean Lesage en campagne électorale.(Photothèque La Presse).grandes qualités et quelques-uns seulement des petits défauts que le genre implique.Le récit de Dale Thomson couvre en détail la période 1958-1970 et retrace pour l'essentiel la vie entière du premier ministre Lesage.Mais il est centré, bien entendu, sur la carrière québécoise de l'homme politique depuis son élection à la tête du parti libéral jusqu'à sa démission de ce poste.Il ne s'agit pas d'une simple chronique, bien que tous les faits saillants du règne soient rapportés avec soin.Le livre va beaucoup plus loin en étudiant en détail la « modernisation du Québec » effectuée par le gouvernement Lesage après les longs combats d'arrière-garde menés contre le changement sous le régime Duplessis.L'ouvrage constitue un document de la plus grande valeur sur une période cruciale de notre histoire récente.Et le travail est mené d'une main sûre.L'auteur s'exprime sereinement sans jamais élever la voix, dans un style assez neutre mais d'une correction admirable.Lui aussi a tenu à terminer son livre sur une «conclusion» pas tellement concluante mais qui aurait manqué, je suppose, aux exigences professorales, si M.Thomson l'avait omise.Qu'on n'aille surtout pas croire que l'exposé, tout scolaire qu'il soit dans sa Jean Lesage et René Lévesque.(Photothèque La Presse).L'INCUNABLE — MARS 1985 tenue extérieure et sa remarquable rigueur, respire l'ennui d'une salle de cours mal chauffée par un matin hivernal.Au contraire! Massif (plus de 600 pages), le livre se lit quand même avec un agrément extrême.Si le style manque parfois de couleur, il se révèle constamment efficace dans l'évocation des événements qui eux sont hautement colorés.J'en pourrais citer maint passage mais qu'il me suffise de signaler le récit passionnant et ahurissant des négociations entre Québec, Terre-Neuve, Ottawa et la Société Brinco sur le harnachement des chutes Hamilton-Churchill.M.Thomson révèle une telle masse de faits jusqu'ici inconnus (de moi, tout au moins) qu'on en reste pantois.Ceux qui, comme le soussigné, ont publié à l'époque des éditoriaux fondés sur une information tronquée, (la seule dont nous disposions) hésiteront à se relire en 1985, après avoir parcouru ce chapitre.On pourrait en dire autant de plusieurs autres passages du livre.Le lecteur apprendra beaucoup de choses sur l'homme Jean Lesage, par exemple qu'il excellait à potasser un dossier, à mettre en forme un texte de loi, à répliquer par l'offensive quand il était attaqué.Dans le portrait de M.Thomson, j'ai parfaitement reconnu, pour ma part, Jean Lesage que j'ai un peu connu, la personne à qui l'on pardonnait tous ses défauts parce qu'il avait aussi de remarquables qualités.Me revient le souvenir d'un dimanche passé au Lac Beauport, à la maison d'été du premier ministre, avec Fernand Seguin et une équipe de télévision.Je ne pus m'empêcher de glisser à Seguin : «// peut sans doute être insupportable à certains moments.Mais en compensation pour ces moments-là, quel appétit de vivre qui insufflerait le goût de l'action à n'importe quel paralytique ! » Des considérations tranquilles de Pr Thomson se dégage un portrait juste et très vivant de Jean Lesage et de son oeuvre.I I THOMSON, Dale C.— Jean Lesage et la révolution tranquille.Éditions du Trécarré.Saint-Laurent.1984.La nature profonde des hommes en cause Après les deux professeurs et leur démarche sereine, méthodique et délibérée, voici le journaliste, Ian MacDonald, grand reporter, écrivain prolifique dont le style vous pousse dans le dos comme s'il fallait terminer la lecture du livre avant le prochain arrêt du métro.Sa fresque, enlevée comme un scherzo, débute en 1976 avec la défaite de Robert Bourassa et se termine sur son retour à la tête du parti libéral, à l'automne de 1983.C'est sans doute pour cette raison que MacDonald l'a intitulé De Bourassa à Bourassa, même si Claude Ryan dont le nom n'apparaît pas dans le titre, occupe presque autant d'espace dans le livre que son prédécesseur-successeur.De fait, l'ouvrage de MacDonald contient le meilleur compte-rendu que je connaisse (et à mon sens le plus exact, le plus sympathique aussi) du passage de Claude Ryan dans la politique active au Québec.Son accession à la chefferie précédée de longues hésitations, son travail de réforme au sein du parti, l'épisode référendaire et la défaite aux élections géné- 29 rales, toute cette aventure défile à grande vitesse, comme un film bien monté.Ian MacDonald a un sens remarquable du récit à l'américaine, du portrait rapidement brossé mais constamment retouché tout au long de l'ouvrage et qui finit par révéler la nature profonde des hommes en cause.Il pouvait difficilement choisir deux hommes plus différents l'un de l'autre que Ryan et Bourassa, ces deux protagonistes de l'histoire qu'il retrace.Et pourtant, les deux portraits sont fidèles.Je ne suis pas un juge très autorisé de la prose anglaise contemporaine ! Mais je puis affirmer, sans ridicule j'espère, que la démarche journalistique de l'auteurest impeccable, typique du journalisme professionnel contemporain.Ian MacDonald a lu, de toute évidence, les documents écrits qui ont marqué les six ans recensés dans son récit.Mais ce qui le fascine et nous fascine aussi comme lecteurs, ce sont les témoignages de vive voix recueillis auprès d'une bonne centaine d'acteurs, de vedettes et de témoins privilégiés des épisodes qu'il raconte.Il a causé longuement avec Ryan, Bourassa et plusieurs autres.Je garde toujours une solide méfiance à l'égard de ce que j'appelle «l'histoire instantanée», c'est-à-dire figée dans un livre quand elle vient tout juste de se dérouler, ce qui prive l'auteur de tout recul sur les faits qu'il raconte.Mais quand elle est bien ficelée, l'histoire procure au lecteur de bien agréables moments.MacDONALD, L.Ian.— From Bourassa to Bourassa.Harvest House, Montréal, 1984.Les relations les plus cordiales.(Photo James Trois ouvrages consacrés à des libéraux.Au libéralisme comme doctrine?Seul Le Jour décortique des articles de journal pour en dégager l'idéologie qui les inspira.Quant aux deux autres études, il n'y est guère question de définitions doctrinales.Us suivent à la trace des hommes d'action qui, à l'exception de Claude Ryan, ne sont guère portés aux spéculations intellectuelles.Mais de Lesage à Seely) Bourassa, certaines causes communes, tels les droits de la personne, le progrès social, la justice distributive, identifient une attitude largement inspirée d'un certain libéralisme.Toutefois, notre politique ne s'embarrasse pas de pureté doctrinale et de libéralisme a contracté de fortes dettes à l'égard du personnalisme, du socialisme.et du conservatisme.30 L'INCUNABLE — MARS 1985 Une oeuvre utile Mais l'histoire du Parti québécois reste à écrire Les travaux de synthèse sur l'histoire récente du Québec, de l'après-guerre à nos jours, sont rares.Ainsi attend-t-on toujours une étude pleinement satisfaisante de la «Révolution tranquille », même si le «Lesage» de Dale Thomson s'en rapproche.Il faut donc pour se faire une idée de cette époque, glaner un peu partout, notamment dans les revues et les biographies.Sans combler cette lacune, ce qui d'ailleurs n'est pas son but, le Parti québécois de Graham Fraser vient s'ajouter à la liste des sources à consulter.Cet ouvrage, en effet, dépasse largement le cadre annoncé par son titre et contribue à éclairer toute la période des années 60 à aujourd'hui.En ce sens, il est indéniablement utile.Utile, mais parfois un peu décevant.L'étude du Parti québécois, qui constitue quand même l'essentiel de l'ouvrage, centrée presque exclusivement sur des personnages (Lévesque et son entourage), n'apporte que peu de données sur l'électorat du parti, ses militants, ses finances, ses stratégies ou sa sous-culture, contrairement à ce qu'on aurait pu attendre ou souhaiter.De plus, le livre de Fraser contient bien des affirmations qui correspondent à des idées reçues et des opinions largement répandues, mais qui n'en restent pas moins gratuites, ainsi que des interprétations un peu sommaires.Reprise d'images véhiculées par la presse C'est un peu rapidement, par exemple, que l'auteur évoque, au sujet de la victoire du PQ en 1976, «l'agitation et même la panique qu'avait provoqué le résultat de l'élection qui avait enflammé l'imagination des journalistes tout en suscitant l'angoisse des investisseurs au Canada et à l'étranger.» Que la propagande libérale ait à l'époque exploité ce thème, conformément à sa pratique habituelle du terrorisme intellectuel (qu'on se souvienne du «coup de la Brinks » et d'octobre 70), il n'y a guère lieu de s'en étonner, mais dans les faits rien ne démontre la par André d'Allemagne «panique» ni «l'angoisse» des milieux en question, ni que les résultats électoraux aient eu des effets négatifs sur le plan économique.De même, s'il est vrai que les désordres qui marquèrent le défilé de la Saint-Jean, le 24juin 1968, fournirent à un Lévesque plus que réticent un prétexte en or pour rompre définitivement les négociations avec le RIN, il est pour le moins hasardeux de supposer (même en précisant que c'est le point de vue de «nombreux observateurs») qu'un tel incident ai décidé de la victoire électorale des libéraux sur la scène fédérale, le lendemain.Quand on sait l'attachement tribal et pathologique des libéraux québécois à Trudeau, une telle explication semble superflue.Pour ce qui est des autres provinces, l'ampleur de la victoire libérale ( 155 sièges sur 264) permet difficilement de croire que la manifestation de Montréal ait eu des conséquences décisives, voire de quelque poids, et d'ailleurs on ne voit pas a priori pourquoi elle aurait dû e.n avoir.Il n'est pas évident non plus, contrairement à ce qu'affirme Fraser (et que Lévesque semble avoircru aussi) relativement au «rapatriement » de la constitution canadienne et à la Loi constitutionnelle de 1982, «que si l'unanimité se faisait à l'Assemblée nationale, la position du Québec serait infiniment plus forte lorsque viendrait le temps de faire les pressions auprès des députés du parlement britannique pour les inciter îi rejeter le projet Trudeau.» On savait bien à Londres dans quelles circonstances, durant la nuit du 4 au 5 novembre 1981, l'accord avait été conclu entre le gouvernement fédéral et les provinces, le Québec étant tenu à l'écart.Le fait que le Parlement de Westminster ait accepté de recevoir, de débattre et de soumettre au vote le projet canadien, en dépit de la tradition soulignée par la Cour Suprême, qui reconnaissait tacitement un droit de veto au Québec, permet de croire que les Britanniques avaient de toute façon décidé du transfert de la constitution.Le référendum de 1980 avait révélé au Canada anglais que le Québec pouvait être tenu pour entité négligeable.Pourquoi la leçon n'aurait-elle pas été comprise aussi bien à Londres qu'à Ottawa, Toronto ou Vancouver?Relations incertaines de cause à effet Dans le même ordre d'idées, on peut éprouver un certain agacement en retrouvant le refrain bien connu sur l'exode des anglophones par suite de la «Loi 101 ».que l'auteur reprend à son compte comme s'il s'agissait d'une certitude.« Le prix à payer, écrit-il, fut considérable, au plan démographique.Des milliers d'anglophones, incapables de s'adapter, prirent le parti de quitter le Québec.D'autres, qui auraient pû être tentés d'y venir — dans le cycle normal du mouvement migratoire caractéristique de la vie nord-américaine — en décidèrent autrement.» Là encore, rien ne prouve que la migration en question (d'ailleurs fort L'INCUNABLE — MARS 1985 31 André d'Allemagne fait le point (Photo Reina Goldseger Winter) restreinte) soit attribuable à la législation linguistique plutôt qu'au mouvement général de déplacement vers l'ouest qui se manifeste depuis déjà un bon nombre d'années dans l'ensemble de l'Amérique du nord.Au surplus, faut-il considérer comme un «prix à payer» ou comme une heureuse solution pour tous les intéressés le départ de ceux qu'en d'autres temps René Lé-vesque appelait nos «Rhodésiens» et qui selon l'auteur lui-même sont «in- capables de s'adapter» à une société pourtant fort accueillante?Enfin, il est dans l'ouvrage de Fraser des naïvetés inattendues.Comment s'étonner, par exemple, que Radio-Canada, de l'aveu même du ministre André Ouellet, ait eu pour consigne de ne pas rester neutre dans le débat référendaire alors que ses statuts lui confient explicitement la tâche de promouvoir l'unité canadienne?Et il est difficile de ne pas sourire.ou grima- cer lorsque l'auteur, soulignant que « les leaders politiques qui dominèrent la période du référendum avaient tous en commun une maîtrise extraordinaire de la langue », donne en exemple Pierre-Elliot Trudeau.Il suffit pourtant de lire les courtes citations de celui-ci que l'on trouve quelques pages plus loin pour constater que si à l'époque lointaine de Cité Libre, la remarque de Fraser eut sans doute été fondée, la qualité linguistique de M.Trudeau s'est quelque peu détériorée depuis à la sauce d'un Jean Chrétien.Tout cela dit, le livre de Graham Fraser est à lire.Non pas tant pour ce qu'il peut nous apprendre que pour ce qu'il nous rappelle et que nous avons trop tendance à oublier.Nous nous en tiendrons ici à quelques exemples.Le jeu du pendule Le Québec, c'est Sisyphe.Son histoire est un perpétuel recommencement.Fraser l'a bien compris et bien décrit: «À chaque génération, l'élite instruite du Canada français s'obstine à reprendre le vieux débat nationaliste, éprouvant de nouveau à chaque fois les angoisses dramatiques d'une minorité isolée qui refuse obstinément de se voir assimilé par la majorité anglophone de l'Amérique du Nord.Chaque génération doit renouveler son engagement à l'égard de la survie d'une société parlant français en Amérique du Nord.» Comment expliquer un tel phénomène?Sans doute par le manque de continuité entre les générations, chacune ignorant l'expérience de ses prédécesseurs.S'il n'y a pas de peuple sans histoire (quitte à ce qu'elle soit faite par les autres), il y a des peuples qui ne connaissent pas leur histoire.Et ce n'est certes pas les monuments de leurs villes ni les noms de leurs rues qui apprendront aux Québécois la leur ! Le sens le plus profond, la valeur la plus essentielle de l'indépendance aurait été précisément de mettre fin à ce piétinement, et de faire de notre histoire un cheminement au lieu d'une danse en rond.32 L'INCUNABLE — MARS 1985 Mais les résultats du référendum nous ont fait reculer d'une vingtaine d'années, au temps qu'évoque Fraser, où Daniel Johnson présentait l'indépendance comme un « ultime recours » comparable au droit de grève.Pour Lévesque, la «souveraineté» est devenue «une police d'assurance» au cas où « le beau risque du fédéralisme » se révélerait décevant ! L'ennui, c'est que le Québec est peut-être trop malade pour être encore assurable.Pourtant, au lendemain du référendum, une fois passé le premier choc, ce n'est pas la souveraineté mais l'association qui faillit être mise au rancart.Tout d'abord à l'automne de 1981 quand Lévesque déclarait que si le PQ laissait tomber l'association, «ça ne serait pas la fin du monde».Puis au congrès de décembre, c'est-à-dire le mois suivant, lorsque le parti rejeta carrément la souveraineté-association en faveur de l'indépendance.Cela aussi, il est bon de se le faire rappeler, quelles que soient les conclusions qu'on en tire.Originellement destiné à un public anglophone, le livre de Fraser est écrit dans un style journalistique américain dont la traduction de Dominique Clift, par ailleurs fort bien réussie, ne peut entièrement se dégager.Si le contenu en est très conventionnel et par endroits un peu superficiel, c'est un ouvrage de référence qui mérite sa place dans la bibliothèque de tous ceux qui portent quelque intérêt à la société québécoise.EU Pierre Bourgault aux élections de 1966.FRASER, Graham.— PQ.René Lévesque & the Parti québécois in Power.Macmillan of Canada, Toronto, I984.Pierre Trudeau, Claude Morin et René Lévesque en décembre 1976.(Canapress Photo Service) L'INCUNABLE — MARS 1985 revue des revues De notre naïveté politique aux « blokes » et à Gabrielle Roy par Roger Duhamel l'écrivain.Cette dernière a le mérite de mettre un terme à la distinction artificielle entre écriture masculine et écriture féminine, en notant avec justesse que «dès qu'on fait sauter les barrières, je pense qu'on arrive à un fond où il n'y a plus ni masculin ni féminin, il n'y a que de la matière vivante.» Si l'histoire de l'humanité a été pendant des millénaires une histoire d'hommes, c'est là un fait de civilisation que nous pouvons accepter ou regretter, ce n'est nullement une question d'écriture.Mme Ouellette-Michalska possède l'autorité pour dégonfler cette baudruche et elle l'a fait.Châtelaine SAGES-FEMMES: UN BILAN PORTRAITS 4 COMPOSITEURES 4 MUSIQUES MODE PETITS PRIX iSRANDE .ALLURE Québec français Lin, écrire et compter avec Logo Vos enfante et l'orthographe Madeleine Ouellette-Michalaka Québec français À titre d'organe de l'Association québécoise des professeurs de français, il est normal que cette publication s'intéresse prioritairement aux questions de la langue et plus particulièrement de son enseignement.Elle aborde donc les problèmes pédagogiques avec compétence, sans éprouver le besoin de se perdre dans un hermétisme prétentieux qui éloignerait les profanes.Les parents soucieux de l'apprentissage de leurs enfants y trouveront leur bénéfice.Il est heureux que la revue déborde ce cadre strictement professionnel.On peut y lire, par exemple, une brève étude savoureuse de M.Lionel Bois-vert sur les appellations usitées par les Canadiens français pour désigner de façon péjorative les membres des autres groupes ethniques, notamment les anglophones.Autrefois, on appelait les Anglais «rosbif», allusion à leur mets national (excellent!), ou « goddam », qui aurait été leur juron de prédilection.Par la suite, on a eu recours au mot « bloke », ensuite à « tête carrée », qui ne laisse pas supposer une grande souplesse intellectuelle.Pour nous distinguer des Anglais, nous les appelons souvent, en français, les « Englishes », ce qui n'est pas très méchant.Tout cela à charge de revanche ; il fut un temps où nous étions bien marris d'être interpelés comme « frogs » ou «peasoup».Tout cela n'est qu'affaire d'étiquette.A lire également une analyse de Mme Caroline Barrett sur l'oeuvre de la romancière Madeleine Ouellette-Michalska, suivie d'une entrevue de Élégante pouliche francophone dans l'écurie Maclean Hunter, cette publication témoigne toujours d'une recherche et d'une originalité typographiques d'une qualité exceptionnelle.Sans doute soucieuse d'atteindre un vaste public, surtout féminin, qui ne dispose pas pour la lecture d'autant de loisir qu'il le souhaiterait, la rédaction consacre de nombreuses pages à des informations brèves et pertinentes qui résument en capsules l'essentiel de ce qu'il est avantageux de connaître sur telle question pratique.Des dames qui détiennent encore le privilège biologique d'être en mesure d'enrayer le fléau local de la dénatalité auront sans doute intérêt à prendre connaissance d'une étude sur les sages-femmes.Le terme lui-même paraît vieillot et nous ramène, ainsi l'imposent nos préjugés, à une époque prémédicale.Il se peut fort que nous nous soyons trompés et que nous soyons engagés dans le cycle de l'éternel retour.J'ai néanmoins sursauté en lisant qu'«accoucherpeut êtrejouissif.» Ce qui ne concorde nullement avec les confidences de ma mère et de ma femme.Un bon article sur Mme Andrée Champagne, qui entreprend comme ministre à Ottawa une troisième carrière.Adolescente, elle prêta son charme pathétique à la Donalda de Claude-Henri Grignon.De nombreuses années à laver le plancher avec une rémunération bien supérieure à celle d'une femme de ménage auraient pu la marquer d'un stéréotype irrécupérable.Elle sut au contraire effectuer un virage adroit et lucratif en fondant l'agence Duo-Casting, qui la maintenait tout près du métier qu'elle ¦¦A L'INCUNABLE — MARS 1985 connaissait bien pour l'avoir pratiqué et qui l'initiait au domaine des affaires.C'est cette jeune femme de 45 ans — elle fait dix ans de moins ! —, mère de deux grands enfants, qui a recueilli la majorité des suffrages dans son patelin de Saint-Hyacinthe et à qui le premier ministre n'a pas hésité à confier un maroquin.Comme toutes les femmes intelligentes, Mme Champagne s'affirme «plus féminine que féministe.» Elle estime qu'on ne doit aider que ceux qui méritent de l'être et sa philosophie se ramène à préférer «distribuer des cannes à pêche plutîn que du poisson.» Que l'exercice du pouvoir ne lui fasse pas perdre cette lucidité salubre ! Quiconque se passionne pour la politique étrangère prendra connaissance des propos de Mme Claire Sterling, une Américaine vivant en Italie et se spécialisant dans les affaires ténébreuses du terrorisme international.Ancienne communiste, donc nourrie dans le sérail, elle a rompu quand elle s'est rendue compte comment le parti manipulait le mouvement syndical.Elle considère aujourd'hui que le terrorisme constitue la tentative pousui-vie par l'Union soviétique de déstabiliser l'Occident.Ce n'est pas là une surprise pour plusieurs d'entre nous, mais il était excellent que par ses questions pertinentes, Mme Denise Bombardier le fasse dire clairement à son interlocutrice.Liberté D'un numéro copieux qui offre surtout des textes d'imagination, on peut retenir les réponses que se donnent M.Josef Skvorecky à la question qu'il s'est lui-même posée: Les Canadiens souffrent-ils de naïveté politique ?Originaire de Tchécoslovaquie, l'auteur vit au Canada depuis une quinzaine d'années.S'il a eu le temps pour apprendre à connaître ses nouveaux concitoyens, il conserve néanmoins à leur égard un jugement suffisamment neuf qui lui permet d'éviter certains clichés.Il se scandalise surtout qu'il se trouve encore parmi nous des gens pour ajouter foi à des initiatives soviétiques cousues de fil rouge, comme cette incroyable Assemblée mondiale en faveur de la paix et de la vie et contre la guerre nucléaire, tenue à Prague en 1983.Avec une sévérité entièrement justifiée, M.Skvorecky, malgré son appartenance récente à notre pays, a le courage de dénoncer l'insensibilité et l'ignorance canadiennes, notre inaptitude à voir l'importance de la quantité dans la qualité, notre négligence à bien nous documenter, notre incapacité à comprendre que les esprits totalitaires sont bel et bien différents de nous, notre absence de formation historique, notre habitude paresseuse à juger les autres d'après nous-mêmes.Une phrase a retenu mon attention: « Les Canadiens souffrent d'un grave rétrécissement de la mémoire, ou bien.leur connaissance des affaires du monde est lamentable.» Ce jugement vaut sûrement pour la majorité d'entre nous.Mais il en est quelques-uns qui ont remplacé la naïveté par la connivence et la complicité discrètes et sournoises.Études littéraires Cette publication savante paraissant à l'enseigne de l'Université Laval jouit d'un grand prestige.La science de ses collaborateurs et leur souci de s'écarter des sentiers battus rendent amplement compte de cette réputation.On y donne avec ferveur dans le structuralisme et la linguistique pour cerner le phénomène littéraire, souvent réduit à un objet de laboratoire sur lequel s'acharnent des spécialistes jusqu'à épuisement.C'est là une mode qui passera, qui commence déjà à passer Il était tout à fait normal que l'équipe d'Etudes littéraires consacrât un numéro d'hommage à Gabrielle Roy.Si sa disparition récente procurait un prétexte utile, la hauteur et la variété de son oeuvre suffisaient à provoquer la curiosité des chercheurs.En somme, il s'agit beaucoup plus d'un ouvrage collectif que d'un simple numéro de revue.Il n'y a nullement lieu de nous en plaindre.De plusieurs contributions valables, on retiendra surtout le panorama établi par M.François Ricard, à qui nous devons beaucoup depuis qu'il semble s'être institué le légataire universel de Mme Roy, de même qu'une entrevue très vivante de Mme Paula Gilbert Lewis avec la romancière.D'autres textes plus techniques fournissent une excellente documentation.Sans vouloir être inutilement désagréable, comment ne pas souligner ce qui n'est pas et ne doit pas être la critique littéraire.Un exemple suffira: «.Il faut maintenant y ajouter deux élé- ments toutefois, lesquels caractérisent l'écriture descriptive de Gabrielle Roy, à savoir J + et J - correspondant à un jugement favorable ou à un jugement défavorable sur l'objet de la description et qui figurent ici dans l'ordre suivant : J - + C + FV + P(pqlpf) + J + » Si c'est cela la littérature, je préfère les mots croisés ! LIBERTE Les a 156 \Canadiens souffrent ils de naïveté politique 9 /'in JmeJ SA i un; k 1 ÊÊ I Il III \{ UK décembre 10S4 5$ L'INCUNABLE — MARS 1985 35 Paradoxe au galop Bergeron évoque de façon saisissante l'affrontement des «frères ennemis» par Gérard Pelletier Dans son avant-propos d'une admirable franchise, Gérard Bergeron applique à son dernier ouvrage le qualificatif inattendu : « demi-universitaire », s'excusant presque d'avoir emprunté au journalisme certains procédés qui ne sont pas de mise en chaire.Je ne vais pas l'en blâmer; j'aime bien, au contraire, que le professeur-écrivain consente à courtiser un peu la galerie sans pour autant trahir son épouse légitime: la Science politique avec un grand «S».C'est là un flirt qui a déjà réussi à l'auteur de Ne bougez plus et à son double des années '50, qui avait nom I soc rate.Jamais un moment d'ennui Notre miroir ù deux faces répète l'exploit.Dans ces trois cents pages bien serrées, pas un moment d'ennui.Bergeron nous y promène à travers quarante années de vie politique canadienne et québécoise.Il tresse l'une avec l'autre les deux biographies contrastées de Pierre Trudeau et René Lévesque.Il évoque le milieu et les circonstances où ses deux héros ont évolué.Il peint l'entourage de chacun ; il ressuscite des centaines d'événements et de personnes, certains à demi oubliés, d'autres tout frais encore.Et tout cela défile au grand galop, si j'ose dire, sans interruptions, sans complaisance universitaire.C'est raconté au rythme de l'Histoire elle-même qui, comme chacun sait, ne fait pas de pauses.Aussi bien l'ouvrage de Gérard Bergeron n'a-t-il rien d'une thèse.Le peu qu'il se propose de démontrer l'est déjà dans le titre.Il insiste d'ailleurs assez peu sur le fait évident que Lévesque et Trudeau représentent tous deux le Québec, et tous deux de façon émi-nente, en dépit de leurs positions politiques respectives diamétralement op- posées.Il se contente de nous faire entendre que tel est le paradoxe québécois de notre génération.Aucun des lieux communs habituels On est reconnaissant à l'auteur de ne proposer à cette réalité ambiguë aucune des explications simplistes et réductrices qui couraient les rues, hier encore: confusion dans l'esprit «colonisé» des Québécois, «élites» divisées, référendum «faussé » par le vote des femmes et des vieux, règne de la peur et autres sornettes qui eurent chacune son heure de gloire.Bergeron ne fait même pas écho à ces interprétations douteuses.D'ailleurs, il se soucie moins d'expliquer que d'exposer les faits dans toutes leurs dimensions, y compris celle du paradoxe, et de poser en pleine lumière ses deux personnages, leurs collaborateurs et parfois même leurs comparses.Il s'efforce, avec un succès quasi constant, de saisir en profondeur les motivations des protagonistes plutôt que de les juger.Il dit : voyez ces deux hommes que vous avez hissés au pouvoir parce que chacun de son côté vous avait d'abord persuadés de la justesse de ses positions.Voyez comment chacun s'est acquitté de sa tâche.Voyez et jugez vous-mêmes, vous les auteurs du paradoxe vivant que constitue leur présence simultanée au pouvoir, chacun dans sa sphère d'autorité.Relire notre histoire récente à travers les destins respectifs de Trudeau et de Lévesque, Bergeron nous démontre que c'est à la fois instructif, confondant et passionnant.Sous la plume du professeur-écrivain-journaliste, le récit prend un relief et soulève un intérêt qui se suffisent à eux-mêmes ; nul besoin de thèse ou de démonstration pour justifier l'ouvrage.Quant à certaines sources-Bien entendu, la lecture d'une telle fresque, peinte à la brosse plutôt qu'au pinceau, ne va pas sans malaises momentanés.Après tout, le lecteur aussi a ses préjugés.Pour moi, par exemple, il est bien clair que Gérard Bergeron, citoyen de Québec-en-ville, est beaucoup plus à l'aise pour décrire et comprendre René Lévesque que pour suivre Pierre Trudeau à la trace.Avec le premier, il fait cage commune dans la ville de Québec, alors que la cage-Ottawa est située très loin de la Grande Allée.Pour pallier cet inconvénient, notre auteur a recours à des témoignages plus ou moins sûrs, ceux par exemple de Christina Newman et de Richard Gwyn.L'universitaire Bergeron, également journaliste, ignorerait-il encore, à son âge, quelles difficultés éprouve la tribune outaouaise de la presse, quand il s'agit de faire la différence entre le potin, le ragot et l'information sérieuse?Ailleurs (p.241), il prend à son compte l'affirmation suivante: «La vérité est que Trudeau, dans toute cette affaire (le rapatriement de la Constitution), a joué en maître de l'équivoque ».Il n'est pas sans intérêt de comparer ce jugement à celui de Graham Fraser, excellent chroniqueur de la même époque: «.there is no evidence to suggest that Trudeau had committed himself to anything but « change » — and change, in his terms, has always meant patriation of the B.N.A.Act and a charter of rights ».' 36 L'INCUNABLE — MARS 1985 GÉRARD BERGERON Notre miroir à deux faces Mais cela n'a guère d'importance.On oublie facilement qu'on a tiqué sur quelques paragraphes.Le souvenir que nous laisse la lecture de cet ouvrage, c'est celui d'heureuses retrouvailles avec l'événement et les hommes qui l'ont créé.Car Gérard Bergeron sait conduire un récit.Il sait également tenir en laisse ses opinions personnelles et ses préjugés.De même, pour quelques négligences de style peu dignes de lui, quels bonheurs d'expression tout au long de ce texte ! L'auteur méritait mieux! Malheureusement, on ne peut pas faire à l'éditeur les mêmes compliments qu'à l'auteur.Les gens de Québec-Amérique ne doivent pas se sentir fiers de leur travail, s'il leur arrive de relire ce livre.Mais pourquoi dis-je: relire?Il paraît assez douteux qu'ils l'aient jamais lu avant de le publier, même pas sur épreuves, quand on voit le nombre indécent de mots et de lettres manquants ou liés mal à propos, de fautes grammaticales et typographiques qui déshonorent une page sur deux.Quelques exemples pris au hasard: «.les conservateurs s'étaient donnés Stanfield comme leader.» (p.90), «.pour que le candidature devint réelle.» (p.91), «.à élaborer sur ces questions.» (p.143), «.la presse rediophonique.» (p.151), «.chez celui avait trop d'image.» (p.202), «.puisqu'il ne pouvaint pas agir.» (p.218), etc.etc.etc.hélas! Quand on est un éditeur soigneux, comment peut-on laisser un de ses auteurs citer tout au long d'un ouvrage l'archi-connu Allan MacEachen en l'affublant du nom de MacEachern ?Je sais que la correction d'épreuves (et la révision de textes) est un dur métier, qu'il échappe toujours, quoi qu'on fasse, des erreurs et des fautes.Mais en pareille quantité?Gérard Bergeron ne méritait pas ça.?1 FRASER, Graham.— PQ.René Livesque and the Parti québécois in Power.Macmillan.Toronto, 1984, p.228 BERGERON, Gérard.— Notre miroir à deux faces.Québec-Amérique, Montréal.1985, 341 pages.L'INCUNABLE — MARS 1985 37 Le véritable «Père de la Révolution tranquille» méritait un meilleur sort par Cyrille Felteau « H faut quitter ce bas monde pour se voir louanger, souvent avec excès».Cette maxime née de la sagesse populaire s'est confirmée une fois de plus à la mort de Georges-Émile Lapalme1.Les jours suivants, on pouvait lire dans les journaux nombre de témoignages d'admiration presque sans réserves à l'adresse de l'ancien chef libéral et leader de l'Opposition, concepteur, promoteur et titulaire initial du premier ministère des Affaires culturelles dont se soit jamais doté un gouvernement en Amérique du Nord.La plupart des auteurs de ces éloges saluaient en lui, sans hésitation, le «Père de la Révolution tranquille ».Ils louaient également à l'envie sa grande culture, sa rigueur et son honnêteté intellectuelles, sa sincérité, sa franchise parfois brutale, mais surtout son sens inné de la justice, de la justice sociale en particulier.On a rappelé la phrase qu'il a si souvent répétée au point d'en faire une sorte de slogan politique: «Etre libéral, c'est être socialement juste».Le plus fervent de ses panégyristes, un ancien membre de la Commission des biens culturels (que le défunt avait présidée de 1972 à 1978) l'a montré sous les traits d'un Phénix, d'une espèce de demi-dieu descendu de l'Olympe.Il l'a qualifié «d'aristocrate, fier, intègre, digne, incapable de compromis, encore moins de compromissions», avant de louer «son courage, son sens de l'humour, et la qualité de son écriture»."Il savait écrire», affirmait Jean-Paul Nolet dans une lettre à la «Tribune libre» de LA PRESSE, sous le titre: «Un phare lumineux ».Oui, il savait écrire, d'une langue classique, pure, teintée parfois d'un lyrisme retenu, d'une émotion étouffée, à son image.Nous n'avons qu'à relire ses Mémoires.MM.Jean Lesage et Georges-Émile Lapalme à la cérémonie de prestation du serment comme membre du Gouvernement du Québec (5 juillet 1960).(Photothèque La Presse) L'homme sous une autre lumière Par acquit de conscience, j'ai voulu relire les trois volumes de ses Mémoires, et avec une attention particulière le troisième, intitulé : « Le paradis du pouvoir», celui où Georges-Émile Lapalme exprime souvent avec amertume le profond désenchantement qu'il a éprouvé après la prise du pouvoir, début juillet I960.Notre ami Nolet de Radio-Canada ne se formalisera sans doute pas si je me permets de différer d'opinion avec lui, non pas en ce qui a trait au courage de M.Lapalme (qui fut grand devant Duplessis, je puis en témoigner personnellement pour l'avoir vu à l'oeuvre à l'Assemblée législative), mais plutôt en ce qui concerne son sens de l'humour et la qualité de son écriture, tels qu'on peut les observer dans ses Mémoires.Il faudrait préciser ici, cependant, à la décharge de M.Nolet, qu'il a connu M.Lapalme dans des circonstances spéciales, à la fin de sa vie, alors qu'il était détaché depuis des années des embarras, des ennuis et des mille et une tracasseries de la politique active.Si M.Nolet l'avait approché et fréquenté lorsqu'il était plongé dans le feu de l'action politique, peut-être aurait-il eu une autre impression et gardé une autre image de lui.Pour ma part, j'ai pu le voir et l'observer d'assez près, tant à l'Assemblée législative que dans ses campagnes électorales, notamment celle de I956, qui a vu se nouer l'alliance plutôt incongrue entre le parti libéral et les cré-ditistes de Réal Caouette et de Gilberte Côté-Mercier (un «mariage morganatique », ne cessait de répéter dans ses discours Maurice Duplessis).Dans un climat bien différent de celui qui pouvait régner aux séances de la Commission des biens culturels, le chef libéral se révélait nerveux, impatient, irritable, souvent taciturne.En petit comité ou encore seul à seul avec lui, on éprouvait de grandes difficultés à amorcer la moindre conversation avec lui.Aux questions qu'on lui posait avec la meilleure volonté du monde, il ne répondait bien des fois que par des monosyllabes, avec son air le plus grognon et le plus bourru.On n'avait pas envie de récidiver.Après des discours enflammés sur les hustings, au lieu de descendre dans la foule pour s'y mêler et serrer le plus de mains possible, il s'esquivait furtivement, disparaissant comme un ombre dans le décor.Drôle de politicien, n'est-ce pas, que celui qui se sent mal à l'aise à la fois parmi les foules et au pouvoir.38 L'INCUNABLE — MARS 1985 Un climat de confrontation Il faut relire les pages que Georges-Emile Lapalme a consacrées à Duplessis dans le Tome 2 de ses Mémoires («Le vent de l'oubli», pp.244 à 258) pour constater jusqu'à quel point ces deux hommes étaient différents, presque aux antipodes l'un de l'autre: devant cet enfant gâté, ce gamin, ce «galopin » de la politique que fut Duplessis, G.-E.Lapalme apparaît comme la personnification même du sérieux, de la sincérité, mais aussi d'une raideur, d'une intransigeance et d'une absence d'humour quasi totales.Voyons comment l'ancien chef de l'Opposition décrit les rapports qui s'établirent entre lui et son vis-à-vis au début de son mandat: « Notre vie politique allait peu à peu se doter d'un double visage.Nous nous verrions face à face en Chambre, devant le public, chacun derrière son bouclier, se harcelant, retenant à peine l'injure qui bientôt allait enfiévrer le climat.Puis, ce furent, par la force des choses, les brèves conversations devant son pupitre, avant l'ouverture des séances, de rares coups de téléphone de lui, d'interminables conférences dans son bureau la veille des sessions, enfin, ses appels de dernière année dans lesquels il sollicitait mon adhésion quant à l'opportunité de présenter dans la journée un projet de loi plutôt qu'un autre.» Dans ces pages très révélatrices de la mentalité prude et ultra-conformiste du leader libéral, M.Lapalme se demande à plusieurs reprises pourquoi, dans l'intimité de son bureau, Duplessis persistait à lui raconter toutes sortes d'histoires croustillantes sur un peu tous les membres de la faune politique du temps, et tout particulièrement, il va sans dire, sur les libéraux les plus en vue, tant à Québec qu'à Ottawa.«Ah! répétait Duplessis avec un sourire narquois, vous ne saviez pas et vous ne croyez pas encore que Armand Lavergne était le fils naturel de Wilfrid Laurier ?Allons donc ?Tout le monde sait ça!» Son interlocuteur ne semble pas avoir pensé un seul instant que le principal objectif de Duplessis, en lui racontant tous ces ragots, était de le mystifier, de le scandaliser, mais aussi de le désarçonner, en quelque sorte.Si Georges-Émile La- (Photothèque La Presse) palme avait été doté d'un sens plus aigu, plus affiné de l'humour, il n'eût certes pas attaché autant d'importance à de telles balivernes.Les contrastes de situations Lorsqu'on fait allusion au sens de l'humour de Georges-Émile Lapalme, un souvenir personnel me revient aussitôt en mémoire.Au début des années '50, peu après son élection à la direction du Parti libéral, un ami se mit en tête de lui faire entendre, en petit comité, quelques disques de chansonniers parisiens (de Jean Rigaux, Pierre-Jean Vaillard, etc).Cet ami croyait, bien à tort, qu'il goûterait pleinement l'art consommé de ces grands spécialistes de l'humour un peu leste.Il ne fallut que quelques minutes à l'organisateur de cette petite réunion pour constater qu'il s'était lourdement trompé: pendant toute la durée de la séance, c'est-à-dire pendant plus d'une heure d'horloge, la figure glabre et sévère de Lapalme ne se dérida pas un seul instant! Inutile d'ajouter qu'il n'y eut pas de récidive.Je dois confesser ici (que M.Nolet me pardonne encore !) que, la relecture des Mémoires de M.Laplame (tout particulièrement le Tome 3) me fut laborieuse et pénible par moments, à cause de leur ton « gonflé » et grandilo- quent.Visiblement, l'auteur ne pouvait se départir d'un certain style «oratoire » qu'il a forcément pratiqué pendant longtemps.Je crois qu'un tel ton, un tel style conviennent assez mal à des Mémoires.Idéalisme vs pragmatisme Malgré tout, selon son grand ami Me Maurice Riel, «ces mémoires de M.Lapalme, publiées de 1969 à 1973 pourraient s'intituler : « Une éducation québécoise ».Ils débutent par une description de la vie familiale d'avant 1914, dans le petit village de Saint-Esprit, puis de collégien au collège de Joliette après la Première Grande Guerre, d'étudiant en droit à Montréal dans les années 20, puis déjeune avocat dans les années 30, déjeune député après la deuxième guerre, puis de chef de parti dans les années 50 et, enfin, de membre du gouvernement du Québec aux idées réformistes au début des années 60.» Toujours selon Me Riel, qui a vécu dans son intimité, M.Lapalme était «un penseur, un idéaliste et il était doué d'une sensibilité extrême.Il aurait plutôt, je crois, comme Chateaubriand qu'il aimait tant, employé l'expression •< affligé d'une sensibilité extrême ».Mais il tâchait de dissimuler tout cela sous un extérieur sévère, par- L'INCUNABLE — MARS 1985 39 M.G.-E.Lapalme, à son siège, lors de l'ouverture de la session de 1958.À sa gauche, le Dr.C.-A.Kirkland qui fut député de Jacques-Cartier pendant 22 ans.(Photothèque La Presse) fois brusque, parfois bourru.Il n'encourageait pas la familiarité, il était respectueux de l'individualité des autres et voulait qu'on respecte la sienne.Il y avait un mur entre l'homme et l'extérieur.On ne le franchissait pas facilement.M.Lapalme était un passionné.Quand il croyait à quelque chose, il s'y donnait tout entier.» On pourrait trouver là, semble-t-il, la clef de son grand engouement pour André Malraux et de l'enthousiasme avec lequel il entreprit son oeuvre maîtresse, le ministère des Affaires culturelles.Plusieurs pages de la fin du Tome 3 sont révélatrices à ce sujet.On peut en conclure également que la grande déception ressentie devant le peu de pouvoirs dont il disposait en tant que titulaire de ce ministère fut la cause déterminante de sa démission, dès 1964.Fait à noter, le style presque exclusivement allusif du Tome 3 nous laisse sur notre faim.Dans cette partie de ses Mémoires, M.Lapalme pose beaucoup plus de questions qu'il n'en résout.A tout moment, on est forcé de se demander: de qui veut-il parler au juste?A quoi voulait-il faire allusion?La réponse ne vient pas, parce qu'elle est restée enfermée dans son esprit.Selon la direction des Éditions Leméac et certains de ses proches collaborateurs, il aurait raturé impitoyablement, à la dernière minute, des chapitres entiers de ses Mémoires, dans la crainte d'indisposer, de froisser et surtout de blesser des témoins encore vivants.Sous la poussée d'un sentiment qui l'honore et que l'on peut comprendre après coup, il a quand même enlevé à la dernière partie de son oeuvre un intérêt considérable, qui aurait pu servir à faire l'histoire véritable de cette époque.Le ferment de la Révolution tranquille Quand on a refermé le dernier Tome des mémoires de Georges-Émile Lapalme, une question reste posée: mé-rite-t-il vraiment le titre qu'on lui a accordé si libéralement après sa mort, celui de «Père de la Révolution tranquille»?Qu'en pensait-il, par exemple, de son vivant?La question lui fut posée directement, environ un an avant sa mort, en février 1984, par un reporter de LA PRESSE, Pierre Vennat.Et voici quelle fut sa réponse : «C'est Fernand Seguin, au Sel de la semaine, qui le premier, m'a baptisé ainsi.Je m'y suis habitué mais ce qui me fait rire, c'est que généralement les gens voient deux pères à la Révolution tranquille .Jean Lesage et moi.Quand on sait que le clou de la Révolution tranquille fut la nationalisation de l'électricité et que Lesage y fut opposé jusqu'à la dernière minute, il y a de curieuses interprétations de l'histoire.» On conçoit facilement que la grande fierté de Georges-Émile Lapalme résidait dans le fait qu'il avait rédigé le programme du Parti libéral de I960, un des seuls programmes électoraux qui aient été massivement réalisés.On sait que ce programme donna naissance à toute une série de grandes réformes qui transformèrent radicalement la physionomie sociale et politique de cette province : outre la nationalisation de l'électricité, il faut souligner la création d'un véritable réseau public d'institutions des affaires sociales, d'un ministère de l'Éducation, la syndicalisa-tion du secteur public, le ministère des Affaires culturelles, d'un ministère des Affaires gouvernementales, la Délégation générale à Paris, l'établissement de relations privilégiées avec la France, etc.Georges-Émile Lapalme a avoué lors de son interview avec Pierre Vennat : « qu'il ne regrettait pas de n 'avoir jamais été premier ministre; à vrai dire, il n'y a jamais pensé.Bien sûr, ajouta-t-il, alors que j'étais chef du Parti libéral, si j'avais remporté les élections, j'aurais été premier ministre, mais ce qui m'intéressait, c'était de voir mes idées progresser.» On ne saurait nier que dans l'ensemble, les idées qui étaient siennes ont énormément progressé depuis un quart de siècle.Toutes ces transformations sociales majeures constituent, en quelque sorte, le meilleur témoignage de l'influence déterminante que Georges-Émile Lapalme a exercée sur le cours récent de l'histoire du Québec.LAPALME, Georges-Émile.— Mémoires.Tome I — Le bruit des choses réveillées, 1969.Tome 2 — Le vent de l'oubli, 1970.Tome 3 — Le paradis du pouvoir, 1973.Les Éditions Leméac, Montréal.40 L'INCUNABLE — MARS 1985 Mer et monde.«Tu étais si petit.» Pierre Bourassa.acquisitions Livres d'artistes et éditions de luxe Albert Dumouchel, un hommage/ [textes de Friedhelm Lach et Jacques Dumouchel ; 1 xylographie par Albert Dumouchel, 13 estampes par Sylvia Ary.et al.].— Montréal: Atelier Graphia3710, 1983.— 1 emboîtage ([6] feuilles, [14] feuilles de pl.): ill.(certaines en coul.); 68 cm.Texte en français et en anglais.— Ed.limitée à 35 exemplaires numérotés et signés par les artistes.— «La xylographie d'Albert Dumouchel a été imprimée.sur les presses de l'Atelier Graff par Pierre Guillaume ».-F.[6].— «Les 13 autres images ont été imprimées.sur les presses de l'Atelier Graphia par les artistes».-F.[6].— «Les textes.ont été imprimés par Pierre Guillaume à son atelier de Montréal le 25 novembre 1983.» -F.[6].— Emboîtage par Odette Milot.-Cf.f.[6] 3 000,00 $ par Mario Hébert Liste des livres d'artistes et éditions de luxe acquis par la Bibliothèque nationale du Québec en 1984.compilée au Bureau de la bibliographie courante à partir des notices bibliographiques rédigées par ce Bureau et publiées dans la Bibliographie du Québec mensuelle.Art-écologie/ [par un groupe d'étu-diants(es) sous la direction de Suzanne Brunet].— [Laval]: Société d'horticulture et d'écologie de Laval, [1984] ([Laval] : Atelier de gravure de Laval).— 1 emboîtage ([8] feuilles, [10] feuilles de pl.: ill.(sérigraphies, en coul.) ; 40 cm.Éd.limitée à 33 exemplaires signés par les artistes.50,00 $ AUBIN, Denis Paramnèsesl Denis Aubin.— [Outremont]: NBJ, cop.1984 (Montréal: F.Louder, 1984).— [12] f.: 1 ill.; 21 cm.Certains feuillets sont imprimés des deux côtés.— Éd.limitée à 48 exemplaires ordinaires plus 20 exemplaires spéciaux comportant une encre en couleur et la signature de l'auteur.ISBN 2893140092 (br.): 12,00 $.— ISBN 2893140130 (ex.avec une encre): 30,00 $ BEAULIEU, Michel Images du tempsI douze poèmes de Michel Beaulieu: six lithographies et L'INCUNABLE — MARS 1985 41 six gaufrures de Gilles Boisvert.— [Saint-Lambert, Chambly]: Éditions du Noroit, [1983) (Montréal: M.Du-four).— 1 emboîtage([14)cahiers): ill.en coul.; 41 cm.Éd.limitée à 60 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 12 exemplaires hors commerce.— «Les lithographies ont été tirées par Paul Suégin sous la direction de l'artiste à l'Atelier de l'île de Val-David.» — Justification — «L'emboîtage a été conçu et réalisé par Pierre Ouvrard en son atelier de Saint-Paul de l'lle-aux-Noix.» — Justification.ISBN 2890180875: I 000,00 $ BEAULIEU, Michel Natalités! cinq poèmes de Michel Beaulieu; cinq eaux-fortes de Monique Voyer.— Magog: Sylvédite, [1984] (Montréal: Serge Lacroix et Brigitte Ayotte).—¦ 1 emboîtage ()8) f.doubles, |5) feuilles de pl.): en coul.; 42 cm.Éd.limitée à 25 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste Je suis de ce pays.«Je suis.» Estampe de Joanne Poitras.plus 20 exemplaires hors commerce sous emboîtage de cuir et comprenant chacun l'une des plaques de cuivre perforées.— «L'emboîtage a été conçu et réalisé par Odette Drupeau-Milot en son atelier de Montréal ».— F.[8].400,00 $ BELL, Célyne Carnaval de l'hiver! Célyne Bell, Pierre Bourassa.—Québec: Éditions Aries, [1984].— I portefeuille (20 f.doubles, 20 f.de pl.): ill.en coul.; 63 x 47 cm.Éd.limitée à quinze exemplaires numérotés et signés par les auteurs.(Dans un emboîtage): 1 800,00 $ BELL, Célyne Mer et monde I Céline Bell, Pierre Bourassa.— Québec: Aries, [1984].— 1 portefeuille ([13] f.double) : ill.en coul.; 32 x 52 cm.Éd.limitée à 15 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste.(Dans un emboîtage): 800,00 $ BELLEFEUILLE, Normand de Miser I Normand de Bellefeuille ; [illustration de Jean-Yves Collette].— [Outremont]: NBJ, cop.1984 (Montréal: F.Louder, 1984).— [24] p.: 1 ill.; 21 cm.Éd.limitée à 40 exemplaires ordinaires plus 8 exemplaires hors commerce et 12 exemplaires de tête signés de la main de l'auteur plus 8 hors commerce.ISBN 2893140106 (br.): 12,00 $.— ISBN 2893140122 (ex.autographié) (cart.): 25,00 $ CAISERMAN-ROTH, Ghitta Ghitta Caiserman-Roth, Ghitta Cai-serman I [text by Friedhelm Lach].— [Montréal]: [Ghitta Caiserman-Roth], 11984] (Montréal : Kerberly-Share).— [8] p.: ill.en coul., 1 portr.en coul.; 31 cm + 1 dessin et 1 poème; 28 x 22 cm + 1 brochure.Titre de la couv.— Insérés à la p.[2] de la couv.: 1 dessin original, 1 poème manuscrit de l'artiste et 1 livret; traduction française du présent ouvrage par Irène Spilka.— Éd.de luxe limitée à 10 exemplaires numérotés et signés par l'auteur.(Br.): 300,00 $ CANTIN, Marco Robert et son sac I Marco Cantin.— [Vanier]: Éditions des Blés d'or, [1984].— [26] f.: ill.en coul.; 38 x 34 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par l'auteur.(Dans un emboîtage): 380,00 $ CARON, Louis Le Vrai voyage de Jacques Cartier I Louis Caron.— Montréal : Art global, cop.1984 ([Québec (Province)]: Jean Valiquette).— [42] p.; 26 x 21 cm.Éd.limitée à 40 exemplaires signés par l'auteur plus 9 exemplaires hors commerce.— Papier des pages intérieures, Richard de Bas.Papier de la couverture et des pages de garde, Papeterie Saint-Gilles.— Reliure d'éditeur, conception et réalisation du coffret, Pierre Ouvrad.(Dans un emboîtage) : 300,00 $ CHAPDELAINE GAGNON, Jean Essaime I Jean Chapdelaine Ga-gnon ; avec 5 dessins de Denis Demers.— Saint-Lambert, [Chambly]: Éditions du Noroît, cop.1983 ([Montréal]: Presses Élite, 1983).— 112 p.; 23 cm.«Le Texte Corps androgynes est paru dans La Nouvelle Barre du jour, no 125, sous le titre Le Corps de la page».Pièces liminaires.— Éd.de luxe limitée à 15 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste.Ces exemplaires sont augmentés d'un dessin original, en couleur, de l'artiste.4^ L'INCUNABLE — MARS 1985 ISBN 2890180883 (nr.): 10,00 $ (200,00 $ éd.de luxe: épuisée) COTE, Adrien Le Carnaval de Québec I Adrien Côté; [illustré d'aquagraphies de] Iré-mée Lemieux.— Vanier: Éditions des Blés d'Or, [1984].— [21] f., [31] f, de pl.: ill.en coul.; 52 cm.Ed.limitée à 50 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 800,00 $ COTE, Luk Kisakihitin I [estampe, Luk Côté ; poème, André St-Denis].— [Montréal]: Éditions dans la rue, cop.1984.— [4] p.: ill.en coul.; 22 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires.(Br.).DESROCHERS, Clémence Veux-tu encore ce jardin.I Clémence Desrochers; sérigraphies de Benoît Simard.— [Québec]: Éditions Regards, [1983] ([Québec]: Ateliers de Crétac).— 1 emboîtage (|9] f.doubles, [7] feuilles de pl.): en coul.; 41 x 59 cm + 1 sérigraphie.Éd.limitée à 150 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 15 exemplaires hors commerce.— Emboîtage de Pierre Ouvrad.Cf.f.double [ 1 ].— Sérigraphies tirées à la main par André Lemieux.Cf.f.double [I].115,00 $ FAILLE, Muriel Fleur d'adolescence I texte, Muriel Faille ; verroterie originale, Lydia Tes-sier.— St-Jean-sur-Richelieu : Éditions Kimanie, [1984| ([Montréal]: Pierre Guillaume).— 1 portefeuille (3 cahiers, I verroterie) : en coul.; 32 cm.Éd.limitée à 42 exemplaires plus 8 exemplaires hors commerce numérotés, signés par l'auteur, l'illustrateur I " ' + \ ¦ t : * Natalités.«Je t'écris ce poème.» Eau-forte de Monique Voyer.et portant le sceau de l'éditeur.— Portefeuille réalisé par Pierre Ouvrard.Cf.cahier [3[.150,00 $ FORTAICH, Claude Danser la nuit I [textes et sérigra- phies de] Claude Fortaich, Pierre Rondeau.— Drummondville : Éditions Sé-riart, 1984 (Montréal: Atelier Graff; Drummondville: Atelier Sériart ; Montréal : Atelier du Collège d'Ahunt-Sic).— 1 emboîtage ([7] f., [26] f.de pl.) : ill.en coul.; 80 cm.L'INCUNABLE — MARS 1985 43 Éd.limitée à 13 exemplaires signés par les artistes.— «Tome 1 ».— «L'impression a été faite sur papier pur chiffon Johannot 22" x 30".» — F.[2].— «L'emboîtage a été conçu et réalisé par Robert Tanguay ».— F.[2].5 000,00 $ FORTAICH, Claude L'Intrus I [sérigraphies], Claude Fortaich ; texte de Alain Fortaich [et Claude Fortaich].— [Montréal]: [C.Fortaich], [1984] (Montréal: Atelier Graff).— 1 emboîtage ([11] f., [21] f.de pl.: ill.en coul.; 61 x 81 cm.Éd.limitée à 10 exemplaires numérotés et signés par l'artiste plus 3 exemplaires hors commerce.— «Emboîtage conçu et réalisé par Robert Tanguay.» — F.[2] — «Les copies supplémentaires de chaque estampe sont en tirage libre».— F.[2].4 800,00 $ FORTIN, Nicole Journal de bord: Québec 1534-1984 / [Nicole Fortin].— Québec: Édiart, 1984.— Env.180 p.; 33 cm.Éd.limitée à 150 exemplaires signés par l'auteur plus 15 exemplaires hors commerce.— « La conception graphique du corps d'ouvrage est de Gilles Guilbault ».— P.de justification.— Typographie: Pierre Guillaume.Cf.p.de justification.— «La préface est d'Yves Gélinas qui signe également la partie technique du journal de bord.» — P.de justification.— «La reliure a été réalisée à la main en peau de chagrin avec support de plexiglass par Pierre Ouvrad.» — P.de justification.— «La couverture, effectuée en deux étapes, cuir repoussé et porcelaine déposée sur cuivre, est de Nicole Fortin.» — P.de justification.(Rel.dans un emboîtage): 1 250,00 $ (prix de prévente): 1 050,00 $ GAGNON, Jean-Gilles La Plume ivre : contes et nouvelles I de Jean-Gilles Gagnon.— [Saint- Sauveur]: [La Gargouille], [1983].— [79] f.: ill.en coul.; 34 cm.Éd.de luxe limitée à 100 exemplaires signés par l'auteur.— Texte écrit à la main par France St-Laurent.(Dans un emboîtage): 800,00 $ Huit poèmes infiniment / textes, Stéphane-Albert Boulais.[et al]; gravure, Vincent Théberge.— [Ed.de luxe].— [Sainte-Cécile-de-Masham] : [Groupe sept plus un], |1983] ([Montréal]: P.Guillaume).— I portefeuille ([12] feuilles, [1] feuille de pl.): en coul.; 29 cm.Éd.limitée à 40 exemplaires signés par les auteurs et l'artiste plus 11 exemplaires hors commerce.— Cette édition comprend aussi 20 tirés à part de chacun des poèmes ainsi que 8 épreuves d'artiste de la gravure.Cf.feuille [11].60,00 $ LACROIX, Georgette Le Carnaval aux souvenirs I Georgette Lacroix; [illustré de vingt-cinq linogravures d'] Irénée Lemieux.— Québec: Éditions la Minerve, 11984]-— 69 p.: ill.en coul.; 33 cm Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par les auteurs.(Dans un emboîtage): 990,00 $ LACROIX, Georgette Les Fermières d'Armagh pour la terre et pour le foyer I Georgette Lacroix ; [illustré d'aquagraphies d'Iré-née Lemieux].— Québec: Éditions la Minerve, [1984].—91, [2] p., [30] f.de pl.: ill.en coul.; 52 cm.Écrit à la demande de l'artiste pour souligner le 50' anniversaire du Cercle des fermières d'Armagh.— Pages imprimées d'un seul côté.— Éd.limitée à 50 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste.— Bibliogr.: P- [93].(Rel.dans un emboîtage): 1 950,00 $ LEMIEUX, Irénée Le Chant de la voile I poèmes choisis et illustrés d'aquagraphies d'irénée Lemieux/.— Vanier: Éditions des Blés d'or, 11984].—67 f.: ill.en coul.; 39 x 51 cm.Éd.limitée à 50 exemplaires signés par l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 800,00 $ LEMIEUX, Irénée Lui et elles I [texte de] Marie Lemieux; [aquagraphies d'] Irénée Lemieux.— Québec: Éditions la Minerve, [1984].— 141 p.: ill.en coul.; 53 x 40 cm.Éd.limitée à vingt exemplaires signés par l'auteur et l'artiste.(Dans un emboîtage): I 800,00 $ LEMIEUX, Irénée Suite marine: Ipoèmes choisis] / [illustré d'aquagraphies d'irénée Lemieux].— Vanier: Éditions des Blés d'or.[1984].— 67 f.: ill.en coul.; 51 cm.Éd.limitée à 50 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.— « .publié à l'occasion de la venue des grands voiliers».— F.[8].(Dans un emboîtage): 1 800,00 $ LEMIEUX, Irénée Le Voilier d'amour I [poèmes choisis et illustrés d'aquagraphies de Irénée Lemieux].— Vanier : Éditions des Blés d'or, [ 1984].—67 f.: ill.en coul.; 41 x 53 cm.Éd.limitée à 50 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.(Dans un emboîtage): 1 800,00 $ 44 L'INCUNABLE — MARS 1985 LÉVEILLÉ, André Marie, reine du monde I André Lé-veillé ; [ 1 vitrail acétate sérigraphié et 2 sérigraphies-monocopies de Ruben D.Palacios].— Montréal : Éditions F.A., 1984 (Montréal : Atelier Métier d'art).— 1 portefeuille (5 feuilles, 3 feuilles de pl.): ill.en coul.; 60 cm.Titre du portefeuille.— Éd.limitée à 22 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste plus 24 exemplaires hors commerce.— «La pré- sentation sous emboîtage est de Pierre Ouvrard».— Feuille I.— Poésie tracée en or 23 carats et plus.Cf.feuille 1.ISBN 2892580013 (dans un emboîtage) : 3 000,00 $ MAILLET, Antonine Mariaagélas I Antonine Maillet; illustré par Paul-Tex Lecor.— Montréal-Ouest: Éditions la Frégate, cop.1983 (Montréal: Typographie D.B., 1983).—210, [3] p.[12] feuilles de pl.: ill.; 37 cm + 14 lithographies.Éd.limitée à 100 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 25 exemplaires hors commerce, ceux-ci contenant en plus des 12 planches lithographiques, une suite de ces douze planches et deux planches refusées.— Tirage des lithographies: Paul Séguin.Cf.p.[213J.— Texte imprimé par le maître pressier Serge Arial.Cf.p.[213].— Éd.originale, Montréal: Le-méac, 1973.ISBN 2920047078 (en cahiers dans un emboîtage): 1 400,00 $ L'INCUNABLE — MARS 1985 45 NORMANDIN, Gisèle Soupe aux noix gravées I [texte de Gisèle Normandin ; 14 gravures par Gisèle Normandin.et al.; sous la direction de Hannelore Surich-Storm|.— Montréal: [H.Storm], 1984 ([Montréal): Université du Québec à Montréal).— 1 emboîtage ([4] f., [14] f.de pl.): ill (certaines en coul.); 27 cm.Éd.limitée à 22 exemplaires dont 17 sont numérotés et signés par l'auteur et les artistes.— «Les images sont gravées sur bois de fil.» — P.de justification.— «La couverture a été conçue par Réal Longpré».— P.de justification.— «La page titre par Diane Bernard ».— P.de justification.— « La reliure par André Brodeur ».— P.de justification.— «La calligraphie par Francine Houle ».— P.de justification.PAQUET, Michel Besoin de vous I Michel Paquet; [poèmes illustrés par Hélène Beck.et al].— Vanier: Éditions des Blés d'or, [1984].— 3 vol.: ill.(certaines en coul.) ; 53 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés par l'auteur.(Dans 3 emboîtages): 1 700,00 $ chacun.PAQUET, Michel Un homme et un homme I Michel Paquet; [linogravures d') Irénée Lemieux.— Québec: Éditions belli-mage, [1984].—49 f.: ill.en coul.; 42 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 400,00 $ Raconte-moi grand'mère/ Julie Lé.[et al.; illustré d'aquagraphies d'irénée Lemieux].— Vanier: Éditions des Blés d'or, [1984].— 2 vol.: ill.en coul.; 46 cm.Éd.limitée à 25 exemplaires numé- rotés et signés par l'artiste.(Dans un emboîtage): 1 200,00 $ chacun.RAYNAULD, André Gestes de liberté I [textes de) André Rayauld ; [oeuvre picturale del Claude Vermette.— [Montréal]: [A.Ray-nauld], cop.1984 (Québec: Impr.Renaissance, 1984) — 1 portefeuille (57, [4] p.[ 11 f.de pl.plié) : en coul.; 38 cm.Titre du portefeuille.— Éd.limitée à 100 exemplaires (35 en français et 65 en anglais) signés par l'auteur et l'artiste plus 8 exemplaires hors commerce.— «Cet ouvrage fait partie d'une collection de cent tableaux originaux exécutés et signés en 1984 par le peintre Claude Vermette.» — P.[2] du portefeuille.— Les neuf textes de l'auteur reproduits ici ont été rédigés sur une période d'une dizaine d'années.Ils ont été publiés dans divers périodiques ou ont été exposés lors de congrès.Cf.p.[3|.— L'oeuvre picturale de l'artiste est montée et collée sur plexiglass de 3 mm d'épaisseur.Son format ouvert est de 113 x 34 cm, fermé, 28 x 34cm.Cf.p.[61].— Conception visuelle: René J.Lemieux.Cf.p.[2] du portefeuille.— Reliure : Pierre ouvrard.Cf.p.[2[ du portefeuille.— Bibliogr.(Br.dans un emboîtage): 3 500,00 $ RIOPELLE, Jean-Paul Cap Tourmente : 13 lithographies originales / Riopelle.— [Paris]: D.Lelong, [1983].— 1 portefeuille ([13] feuilles de pl.): en coul.; 95 cm.— (Repères.Cahiers d'art contemporain ; n" 9).Éd.limitée à 60 exemplaires signés par l'artiste.— Est accompagné d'une brochure de 3 pages illustrées avec une préface de Lise Gauvin publiée à Paris, Galerie Maeght Lelong, cop.1983.ISBN 2855871190 ROBERT, Guy Déborder l'hiver I en six scènes de Guy Robert et six gravures de Roland Pichet.— Montréal : Éditions P.R.B., 1983 (Longueuil : Gilles Desmarchais).— 1 emboîtage [8| feuilles, [6| feuilles de pl.): en coul.; 31 x 43 cm.Éd.limitée à 75 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 20 exemplaires hors commerce.— «Les gravures de Roland Pichet ont été tirées sur les presses à bras de l'Atelier du scarabée, à Val-David.» — Feuille [8].— L'emboîtage a été fait par la reliure d'art La Tranchefile.Cf.feuille [8].1 035,00 $ RONDEAU, Pierre Sol I [texte et sérigraphies de ] Pierre Rondeau.— [Drummondville] : [P.Rondeau], [1983].— 1 emboîtage ([9] feuilles, [15] feuilles de pl.): ill.en coul.; 61 x 80 cm.Texte en français et en anglais.— Éd.limitée à 10 exemplaires numérotés et signés par l'auteur ; les sérigraphies sont tirées à 15 exemplaires dont 5 sont en tirage libre.— Emboîtage de Robert Tanguay.I 700,00 $ ROUSSEAU, Jean Ton nom I poèmes de Jean Rousseau ; gravures d'Albert Carpentier.— Québec: Édition Mireau, [1983].— I portefeuille (21 feuilles); 47 x 62 cm.Éd.limitée à 32 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.— Les exemplaires 1 à 12 ont été imprimés sur papier japonais Toroniko ; les gravures de ces séries sont vendues individuellement.Les numéros 13 à 32, sur papier japonais Sékishu ; ces séries sont disponibles dans un cartable exécuté par François Ouvrard.— Les textes sont tirés du livre Ton nom, paru aux Éditions paulines, 1983, Montréal.650,00 $ SCHWARZ, Herbert T.Homage to Pablo Picasso, 1881- 46 L'INCUNABLE — MARS 1985 1973 I written by Herbert Schwarz; illustrated by Luc Archambault ; photos by André Villers.— [Québec): Éditions Isabeau, cop.1984 (Vallauris [France]: Impr.Arnéra, 1984).— 1 portefeuille ([20] feuilles, [II] feuilles de pl.) : (certaines en coul.) ; 69 cm.Titre du portefeuille.— Homage to Picasso.— Éd.limitée à 115 exemplaires (95 en français, 20 en anglais) signés par l'auteur et l'artiste plus 22 exemplaires hors commerce.— «This personal journal with its accounts from the Canadian Artie, Quebec and the South of France centres around the legendary figure of Pablo Picasso.» (Dans un emboîtage): 3 000,00 $ SCHWARZ, Herbert T.Hommage à Pablo Picasso, 1881-1973 I texte de Herbert Schwarz ; illustrations de Luc Archambault ; photos d'André Villers; traduit de l'anglais par Michel Beaulieu.— [Québec]: Éditions Isabeau, cop.1984 (Vallauris [France]: Impr.Arnéra, 1984).— 1 portefeuille ([21] feuilles, [II] feuilles de pl.) : (certaines en coul.) ; 69 cm.Traduction de : Homage to Pablo Picasso, 1881-1973.— Titre du portefeuille: Hommage à Picasso.— Éd.limitée à 115 exemplaires (95 en français, 20 en anglais) signés par l'auteur et l'artiste plus 22 exemplaires hors commerce.— «Ce journal personnel qui prend place dans l'Arctique canadien, à Québec et dans le sud de la France, s'inspire du personnage légendaire de Pablo Picasso».(Dans un emboîtage): 3 000,00 $ SIMARD, Benoit Les Voies de la lumière I Robert Thibaudeau ; estampes de Benoit Si-mard.— Québec: Éditions de la Grande-Allée, cop.1984 (Québec : Ar-senault et associés).— 1 portefeuille ([10] feuilles, [5] feuilles de pl.): en coul.; 68 cm.Éd.limitée à 150 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 38 exemplaires hors commerce.— Impression des estampes «Les Racines du ciel », «Rosae Rosa Rosam», «Les Dames de coeur», «Alléluia»: Guy Ruel.Cf.feuille [15].— Impression de l'es- 3.«Génésique».Gravure de Liliane Dumas.tampe « La Fête Dieu » : Rémi Bilo-deau.Cf.feuille [15].— Les textes ont été imprimés sur papier Saint-Gilles de la Papeterie Saint-Gilles de St-Joseph-de-la-Rive.Cf.feuille [15].— Portefeuille de Pierre Ouvrard.Cf.feuille [15].— «Cet ouvrage a été édité à l'occasion de la visite de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul 11 au Québec en septembre 1984» — Feuille [2].1 300,00 $ ST-GERMAIN, Daniel Je suis de ce pays I [texte inédit de Daniel St-Germain ; estampes originales de Fernande Boulanger.et al.].— [Rouyn]: Atelier les Mille feuilles, [1984|.— 1 emboîtage ([7[ feuilles, [9] feuilles de pl.): en coul.; 35 cm.Éd.limitée à 22 exemplaires signés par l'auteur et les artistes plus 7 exemplaires hors commerce.— Emboîtage de François Ouvrard.Cf.feuille [2].375,00 $ ST-PIERRE, Georges Au jardin de rêve I [poèmes choisis illustrés de graphiques de Georges St-Pierre].— Québec: Éditions la Minerve, [1984].— 69 p., [30] f.de pl.: (certaines en coul.); 53 x 40 cm.Éd.limitée à 15 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.— Pages irnprimées d'un seul côté.(Dans un emboîtage): 1 800,00 $ SURREY, Philip Présences du réel I soixante et un dessins [de] Philip Surrey; accompagnés d'un texte de Claude Beauso-leil.— [Saint-Lambert, Chambly]: Éditions du Noroît, cop.1983 ([Montréal]: Presses Élite, 1983).— 123 p.; 30 cm.— (Le Coeur dans l'aile ; 4) La plupart des pages sont imprimées d'un seul côté.— Éd.de luxe limitée à 100 exemplaires signés par l'auteur plus 10 exemplaires hors commerce.Une eau-forte originale signée par l'auteur accompagne chacun des exemplaires numérotés.ISBN 2890180891 (br.): 25,00 $ (125,00 $ pour l'éd.de luxe).3 / [texte de Denis Goulet ; sérigraphies, B Ayotte.et al.].— [Trois-Rivières]: [B.Ayotte.et al.], 1984 ([Trois-Rivières] : Imprimerie de l'UQTR).— 1 portefeuille ([3] feuille.[12] feuilles de pl.): en coul.; 40 cm.Éd.limitée à 15 exemplaires signés par l'auteur et les artistes plus 5 exemplaires hors commerce.— Portefeuille de Pierre Ouvrard.Cf.feuille [3].VIGNEAULT, Gilles Septuor maritime I Gilles Vi-gneault ; estampes de Antoine Prévost, Alfred Pellan, Stanley Cosgrove, Claude A.Simard, Luc Archambault, Benoit Simard.— Québec: Éditions de la Grande-Allée, cop.1984 (Québec : Arsenault et associés).— 1 portefeuille ([11] feuilles, [6[ feuilles de pl.) : en coul.; 68 cm + 1 feuille de pl.: en coul ; 69 x 77 cm.«Cet ouvrage a été édité à l'occasion du 450' anniversaire de la traversée de l'Atlantique par Jacques Cartier».— Verso de la p.de t.— Éd.limitée à 210 exemplaires signés par l'auteur et les artistes plus 68 exemplaires hors commerce.— Impression des estampes: Guy Ruel.Cf.feuille [17].— Impression de l'estampe de Claude A.Simard : Rémi Bilodeau.Cf.feuille [17].— Le texte a été imprimé sur papier Saint-Gilles de la Papeterie Saint-Gilles de Saint-Joseph-de-la-Rive.Cf.feuille [17].— Portefeuille: Pierre Ouvrard.Cf.feuille [171.3 200,00 $ ?L'INCUNABLE — MARS 1985 47 Port de retour garanti Bibliothèque nationale du Québec 1700, rue Saint-Denis MONTREAL (Québec) H2X 3K6 Port payé à Montréal Courrier de la 2e classe Enregistrement 1503 vient de paraître Histoire des COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES AU QUÉBEC: bibliographie I listoire des COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES AU QUÉBEC: bibliographie La Bibliothèque nationale du Québec profite de l'occasion de la venue du Pape au Québec pour rendre hommage aux communautés religieuses catholiques qui se consacrent depuis des siècles au mieux-être tant spirituel que temporel des Québécois.Cet hommage prend la forme d'une exposition et d'une bibliographie signalétique.Cette dernière, qui n'est pas exhaustive, présente par odre alphabétique des noms des communautés, les livres traitant de l'histoire des communautés au Québec et de leur rayonnement missionnaire dans le monde.On a retenu également les biographies des fondateurs et fondatrices des communautés d'origine québécoise.Des index (auteurs, titres et sujets) complètent cet ouvrage de référence décrivant 651 titres, orné d'une attrayante couverture en couleurs et de nombreuses planches.La bibliographie est distribuée gratuitement aux maisons religieuses, aux organismes intéressés et aux bibliothèques en s'adressant au: Service de l'édition Bibliothèque nationale du Québec 1700, rue Saint-Denis MONTRÉAL (Québec) H2X 3K6 48 L'INCUNABLE — MARS 1985
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