Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, 1 juin 1982, juin
Bulletin de la Montréal Vol.16, n°2 Juin 1982 ISBN 0045 - 1967 BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC Ministère des Affaires culturelles Bibliothèque nationale du Québec Aux réceptions de Bernard Valiquette se retrouvaient plusieurs personnalités du monde des lettres, du theatre, du cinéma, comme en atteste cette photo De gauche a droite (assis), Mme Lucien Parizeau, Bernard Valiquette, son fils Hubert, son épouse Michelle, et le comédien François Rozet Debout, toujours dans Tordre habituel.Rudel-Tessier, directeur littéraire des Editions Bernard Valiquette.et le Comte Alfred de Marigny. „.„.„,.„.,., BIBLIOTHEQUE _ NATIONALE ISSN OMS - 1H7 DU QUEBEC Montréal — Vol.16, n° 2 — Juin 1982 DIRECTION Louis Bélanger COMITÉ DE RÉDACTION Jean-Rémi Brault, président Lise Côté Louis Chantigny Nicole Dufresne Louise Filion Denis Roy Anastassia Khouri St-Pierre PHOTOGRAPHIE Jacques King COLLABORATION SPÉCIALE Gilles Archambault Jean-Cléo Godin Pierre de Grandpré Claudette Hould Juliette Rémillard Courrier de la deuxième classe Enregistrement N° 1503 Dépôt légal — 2e trimestre 1982 Bibliothèque nationale du Québec ISBN 0045— 1967 Reproduction autorisée des textes non copyright, sur demande et mention de l'auteur et de la source.Les articles publiés n'engagent que leurs auteurs.LE BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC est publié trimestriellement.Il est distribué gratuitement â titre personnel.On peut se le procurer en adressant sa demande â la Bibliothèque nationale du Québec.Service des publications 1700, rue Saint-Denis Montréal (Québec) H2X 3K6 SOMMAIRE Nos richesses manuscrites La «VÉRITÉ» de Tardivel 550 ouvrages publiés! qui dit mieux aujourd'hui?Les éditions Bernard Valiquette, un phénomène et un tour de force L'héritage culturel de Lionel Groulx Édition critique des oeuvres d'Alain Grandbois Répertoire des livres d'artistes au Québec, 1900-1980 Humeurs littéraires Les vieux papiers, moi, je les brûle! Comme si vous y étiez Nouvelles brèves Acquisitions récentes Pages Pierre de Grandpré 2 Louis Chantigny Juliette Rémillard Jean-Cléo Godin Claudette Hould Gilles Archambault Yvan Morier 4 10 13 15 16 17 19 20 Nos richesses manuscrites LA «VÉRITÉ» DE TARDIVEL Jules-Paul TARDIVEL (1851-1905) appartient bien, chronologiquement, au tournant du XXe siècle.Mais avec ce «personnage», c'est le cas de le dire, nous changeons d'époque, de siècle et d'univers moral.Nous voici ramenés d'un coup aux sources de cet humanisme classique, de cette orthodoxie triomphante et bourgeoise, qui s'est prolongée au Québec — quoique ressentie de plus en plus comme anachronisme — jusqu'à la fin de l'ère du-plessiste.Tardivel demeure le symbole majeur des positions conservatrices et de repli adoptées par l'ensemble de notre vie intellectuelle dans la seconde moitié du XIXe siècle.Ce fonds tout entier constitue une précieuse source documentaire pour l'histoire des idées et des mentalités au Québec, en particulier sur les querelles religieuses, les comportements et les convictions du haut et du bas clergé; sur les conflits, surtout, entre ultra-montains et libéraux, de 1880 à la fin du XIXe siècle.Un volumineux cahier qui s'y trouve de feuillets sur papier fin soigneusement reliés et conservés, formant l'essentiel de la correspondance de Tardivel, pourrait faire l'objet d'une édition critique des plus utiles à l'histoire de notre milieu intellectuel.Ces lettres s'adressent soit à des pères jésuites qui nous sont présentés comme les directeurs spirituels du polémiste, soit à certains de ses amis «persécutés» (le Dr Bourgeois de Trois-Rivières en faveur de qui il écrit au premier ministre M.de Boucherville, l'abbé Desjardins, l'avocat Lamothe, F.-X.Trudel de l'Étendard.), soit à ses alliés français (les successeurs de Louis Veuillot à L'Univers, Mgr Fèvre qui deviendra son biographe), etc.Ce pourfendeur des Francs-Maçons n'est pas sans nourrir lui-même un certain goût de la clandestinité: par exemple, sa correspondance comporte des «clefs» sous forme de numéros servant à désigner un certain nombre de personnes non directement identifiées.2 Comme son maître en orthodoxie de La Vérité entend être le «soldat de Dieu» envers et contre tous, y compris les évêques qui «pactiseraient» avec l'erreur.L'homme, au reste, ne manque pas d'allure, de générosité, de panache, voire de vraie noblesse.Le 26 décembre 1889, il écrit que pour accepter de ses amis engagés dans la même lutte les sommes qu'ils lui offrent, il lui faudrait la certitude morale de pouvoir «tenir» longtemps.Aussi préférerait-il, son hebdomadaire ne lui rapportant aucun revenu direct, qu'on lui procure un emploi supplémentaire: il serait prêt, durant les dix ou quinze années de force et d'énergie qui pourraient lui rester, à travailler la nuit, par exemple comme traducteur, afin de subsister comme journaliste et de faire vivre décemment sa famille.Son journal étant un jour menacé de faillite par les menées de ses adversaires, du moins l'affirme-t-il, c'est le don de 600 $ par sa tante des États-Unis, qui avait été sa première éducatrice et sa mère d'adoption (on sait que ce Français si intégralement «québécois» dès le collège classique, était d'origine anglophone et américaine), c'est ce legs entre vifs qui lui a permis d'installer une presse a bras dans le sous-sol de son logis du chemin Sainte-Foy, à Québec (un peu au nord de la rue des Érables), et de maintenir ainsi à flot la publication qui lui servait de tribune.Ses lettres traduisent à tout moment les dégoûts et les lassitudes surmontées, les difficultés du travail, l'angoisse devant le sort de ses proches.Lorsque son confrère le sénateur F.-X.Trudel est mort et qu'il a été enterré: «Je vous affirme, écrit-il, que je voudrais être à sa place.» Après ce décès, son nom est mis de l'avant pour la succession de Trudel à la rédaction du quotidien L'Étendard, La Vérité devant, dans cette éventualité, lui être laissée comme «soupape», afin qu'il soit libre d'y exprimer le fond de sa pensée.Tar-divel commente ainsi cette offre dans une lettre du 22 janvier 1890: «Si les amis de Montréal sont déterminés à M.Jules-Paul Tardive/, propriétaire de la Vérité, de Quebec boycotter en quelque sorte La Vérité pour me forcer à me transplanter à Montréal, que faudrait-il faire?Pour moi, dans une telle conjoncture, je suis d'avis de laisser tomber La Vérité complètement, en attendant des jours meilleurs.Si pour gagner ma vie, il faut que je me mette ainsi rédacteur de L'Étendard, écrivant sous une direction quelconque, je pourrais peut-être me résoudre à cette humiliation, pourvu que Ton n'essaye pas de me faire écrire contre ma conscience.Mais avoir deux manières d'écrire, l'une pour L'Étendard, l'autre pour La Vérité, celle-ci indépendante, celle-là contrôlée, jamais!.Ma plume sera ce qu'elle a toujours été depuis neuf ans, ne relevant que de Dieu et de ma conscience, ou bien elle ne sera pas.Si le bon Dieu me refuse les moyens de continuer mon oeuvre de journaliste absolument libre, je m'inclinerai non seulement avec soumission mais avec joie; car je ne demande pas mieux que d'être débarrassé de mon fardeau.Mais qu'on ne me demande pas de retourner dans «la terre d'Egypte et la maison de servitude», c'est-à-dire dans le journalisme contrôlé.J'aime mieux mourir dans le désert.» Souverainiste québécois dans son roman Pour la patrie, Tardivel s'en prend dans certaines de ses lettres à ces religieux missionnaires qui prêchent rétablissement de Canadiens français du Québec, par exemple, au Manitoba."Nous sommes toujours dans la lutte, écrit-il le 13 avril 1890.Ici le combat contre le libéralisme — si toutefois on peut appeler nos faibles et inutiles efforts un combat — est compliqué par une atrophie alarmante du sentiment national.Les Canadiens-français, au lieu de résister courageusement contre ceux qui cherchent a les dénationaliser pour mieux les déchristianiser ensuite (c'est déjà, au temps de Chapais, «/a langue gardienne de la foi» de Bourassa), se laissent aller à la mollesse.Ils n ont pas même le ressaut patriotique.Dans de telles circonstances, toute oeuvre de réaction devient doublement difficile.C'est vous dire que La Vérité végète toujours.On trouve son rédacteur bien importun; il trouble le sommeil de ceux qui voudraient dormir.!» Révélatrices de l'indépendance de cet esprit fougueux même à l'égard du clergé sont les huit grandes pages bien tassées qu'il adresse à l'abbé Huard, du Séminaire de Chicoutimi, sur les luttes à mener avec les évêques, «ou sans eux» s'ils font défection au combat religieux dont, selon l'esprit de Léon XIII, ils devraient prendre la direction.C'est dans ce sens que les lettres des 2, 4 et 20 décembre 1895 à Mgr Gagnon opposent un refus poli mais énergique au voeu de Mgr Bégin que ne soit pas publié dans La Vérité l'article de William Chapmann accusant de plagiat le juge Routhier: affaire de moeurs littéraires, argue-t-il, qui ne regarde en rien l'autorité spirituelle.> 3 500 ouvrages publiés! Qui dit mieux aujourd'hui?LES ÉDITIONS BERNARD VALIQUETTE, UN PHÉNOMÈNE ET UN TOUR DE FORCE Si le journaliste réagit souvent avec la fierté du gentilhomme, le romancier montre aussi toute la vulnérabilité de l'homme de lettres.Tardivel a le sentiment d'avoir un peu par ses écrits contribué à la victoire du gouvernement auquel appartient l'honorable L.P.Pelletier, secrétaire de la Province de Québec, lorsqu'il lui écrit, le 15 février 1896, en apprenant que l'État a renoncé, après achat massif de 500 exemplaires de Pour la patrie, à distribuer ce livre, comme il est d'usage, dans les écoles: «.Si je ne m'attendais à aucune faveur, il me semblait que j'avais droit, de la part de ce gouvernement, à un certain respect.Or, depuis vingt-trois ans que je suis dans le journalisme, je n'ai jamais été humilié, bafoué devant tout le pays comme je l'ai été ces derniers temps par le gouvernement dont vous êtes l'esprit dirigeant.J'ai compris que le gouvernement du Québec, après avoir acheté mon livre sans sollicitation de ma part, l'avait condamné «à être mangé par les rats» pour obéir aux francs-maçons et aux rouges!» Pierre de Grandpré Quiconque écrira un jour la grande et petite histoire de la littérature au Québec devra consacrer un chapitre tout entier aux Éditions Bernard Va-liquette; plusieurs pages à l'homme, au visionnaire surtout costumé en administrateur; enfin quelques lignes au rêve, grandiose pour les uns, démesuré et démentiel pour les autres, que le personnage est venu si près de réaliser.En scrutant le dossier du fonds Bernard-Valiquette*, le chercheur sera sage d'avancer avec prudence.L'homme est tellement complexe, donc contradictoire, le personnage si balzacien, donc plus grand que nature, ses entreprises si excessives et ses projets audacieux que l'histoire ici côtoie sans cesse la légende et risque au moindre détour d'y basculer.Qu'on se rappelle.La sienne n'est pas l'époque des subventions plantureuses.Encore moins l'âge d'or des ententes franco-québécoises qui facilitent, encouragent et même suscitent rencontres et échanges entre Paris et Montréal.Ni l'ère des rivalités Ottawa-Québec autour, et surtout au profit de la chose culturelle.Ce n'est pas non plus l'heure des travailleurs de la culture anti-élitiste, pérorant ad nauseam en nuits de ceci, en parlottes de cela.C'est toujours l'heure, combien folklorique, si touchante, du risque à affronter, de l'effort à consentir, avec un minimum de talent, à défaut de génie.D'où peut-être ces propos un tantinet désabusés, un brin amers, de Bernard Valiquette, lors d'une entrevue qu'il accordait à Gérald Godin (alors journaliste) et publiée dans la livraison du 21 avril 1962 du Nouveau Journal: «J'envie les éditeurs d'aujourd'hui qui bénéficient de l'aide du Conseil "On peut consulter ce fonds au Département des manuscrits.(MSS-216) des Arts et de l'assurance-édition.À l'époque où nous avons travaillé, nous avons probablement démontré aux éditeurs à succès d'aujourd'hui qu'il existait chez nous un marché pour le livre et les oeuvres de qualité à condition que les procédés et méthodes commerciales de lancement et de diffusion soient appliqués.» Qu'on se rappelle encore que l'époque dont il est question est celle des années 1939-1945.C'est donc la guerre, en Europe d'abord, bientôt un peu partout à travers le globe.En France vaincue, à Paris occupé, le petit monde des lettres ne vit pas ses heures les plus édifiantes, avant d'en connaître de pires: celle de la Libération et de l'Épuration.Qu'on se rappelle toujours quelques-uns des grands noms dont se constelle la littérature française du temps: Chardonne, Aragon, Jouhan-deau, Mauriac et Montherlant, Gide et Malraux, Morand et Drieu La Rochelle, Giono, Paulhan, Saint-Exupéry, Georges Duhamel, Brasillach, Jules Romain, et combien, combien d'autres encore.Dont un professeur du Havre, un certain Jean-Paul Sartre.A l'humiliation de la défaite toutes ces belles plumes s'offrent le luxe d'ajouter leurs guerres idéologiques et leurs querelles d'intérêts personnels, de préséance.En plus de diviser Paris en deux rives, la Seine, effectivement, jette à droite et à gauche des factions qui n'ont rien de romantique.Certains épisodes de cette période lamentable s'écriront en lettres de sang: Drieu se suicide, Brasillach est fusillé aux petites heures de l'aube.Plus cruelles peut-être encore sont les oubliettes dans lesquelles les vainqueurs du jour, quand ce n'est pas de l'heure, rejetteront les tenants de la thèse perdante.Les «Salauds», clamera Sartre du haut > 4 Antoine de Saint-Exupéry fut cènes l'une des plus prestigieuses tètes d'affiche des grands auteurs français publiés au Quebec par les Éditions Bernard Valiquette.Il signe ici le Livre d'or de la Ville de Montréal, flanqué à gauche de l'éditeur Bernard Valiquette, à droite du représentant du maire de Montréal.L'événement se déroula aux environs du 30 avril 1942.de sa superbe triomphaliste.Et les petits camarades de sortir des caves existentialistes de Juliette Gréco et de Boris Vian pour glapir en écho, Simone de Beauvoir en tête, le stylo frémissant.Si l'on piaille beaucoup au Café de Flore, aux Deux-Magots, au Dôme ou Chez Lipp, on écrit assez peu.Pour diverses raisons.Les unes nobles: la dignité du silence, par exemple.Les autres, prosaïques: la rareté du papier.Certaines, moins louables: la peur de se compromettre entre collaborateurs et résistants, Pétainistes et Gaullistes, ceux-ci n'étant pas forcément aux côtés de ceux-là quand les subdivisent, encore, les idéologies de Droite et de Gauche, inextinguible séquelle, souvent, de l'affaire Dreyfus.Par ailleurs, des journaux, des revues, des maisons d'édition disparaissent.5 Plusieurs publications «se replient» (sic) à Lyon, quelques-unes à Marseille, d'autres à Vichy.Selon leurs convictions, leurs moyens, leurs intérêts ou leur caractère, les écrivains demeurent sur place, suivent, vont et viennent entre la zone occupée et la zone libre, ou s'exilent.C'est ainsi, par un long détour, que les malheurs de Paris feront les délices d'un certain New York et le bonheur de Montréal.De Bernard Valiquette, plus particulièrement.Écoutons-le, en écho, s'entretenir avec Gérald Godin: «Il y avait à cette époque à New York une faune française extraordinaire.Tous les intellectuels français en chômage s'y étaient réunis: Saint-Exupéry, Pierre Lazareff, Kisling, Fernand Léger.La plupart étaient vexés de voir que les Américains n'étaient pas au courant de la notoriété qu'ils avaient, ou croyaient avoir.Tout ce monde me rappelait un panier de crabes.C'était divisé en clans très fermés et chacun compliquait la vie de l'autre.« Ce panier de crabes allait d'ailleurs me causer des difficultés quand j'invitais Saint-Exupéry à Montréal pour trois jours en 1940.quelque chose.À cette époque, j'étais associé avec l'éditeur Brentano de New York et j'allais si souvent à New York que le Barman du Saint-Régis croyait que j'y demeurais." Séjours fructueux.Armé de son entregent, de sa culture, de son audace, Valiquette noue des relations, gagne des sympathies, s'attire des amitiés.Celle de Saint-Exupéry, justement.Qui lui vaudra de connaître, puis de fréquenter Pierre Lazareff, Denis de Rou-gemont, Pierre Brodin, et celui-ci, et celles-là.Ainsi Bernard Valiquette se tisse un réseau de relations dont sa correspondance témoigne, dont les contrats d'édition attestent.Les circonstances, en outre, jouent en saveur.Il le reconnaît volontiers.«C'était la guerre.Les dispositions spéciales des lois de l'époque autorisaient les éditeurs canadiens à reproduire les oeuvres publiées par les éditeurs français, à condition que ce fût de manière intégrale et en respectant la disposition des éditions françaises.Nous devions, en retour, verser les droits d'auteur au séquestre des biens ennemis à Ottawa, constitué pour toute la durée de la guerre.«C'est grâce à ces avantages que les maisons d'édition se sont multipliées au Canada français et que nous avons publié, par exemple, aux Éditions Valiquette, La Condition humaine, de Malraux, des pages immortelles de Pascal préfacées par Mauriac, Aurélia de Nerval, des essais de Jacques Rivière, Le Diable au corps de Raymond Radiguet, et tout Saint-Exupéry.» Les Éditions Valiquette, dès lors, sont vraiment lancées.Leur offre, un marché idéal un monde angoissé, donc avide de lecture, d'évasion.D'autant que la source s'est tarie en France, que le besoin de livres est urgent.«Comme tous les éditeurs du temps, et avant la plupart de mes confrères, dit Valiquette, toujours dans l'interview du Nouveau Journal, j'ai entrepris de suppléer à la carence des livres français non seulement sur le marché canadien, mais aussi sur le marché du monde libre.Nous sommes ainsi devenus presque la seule source d'approvisionnement au monde, en littérature de langue française.«Nous exportions en Australie, en Amérique du Sud, en Israël (sic), en Egypte.C'est ainsi par exemple que certains de mes copains canadiens qui ont participé à l'invasion alliée de l'Afrique du Nord ont pu trouver de mes bouquins à Alger.L'historien Robert Rumilly fut l'un des auteurs célèbres publiés aux Éditions Valiquette.On le voit ici en compagnie de son éditeur, dans le bureau de ce dernier.6 «Le Canada absorbait la moitié de mes éditions et 44 pays du monde libre, l'autre moitié.J'ai eu quelques surprises dans cette aventure.J'ai vendu entre 15 et 20 000 exemplaires de Terre des Hommes de Saint-Exupéry et le plus frappant, j'ai dû faire trois éditions de Rimbaud, que j'ai vendues à plus de 10 000 exemplaires.» Une lecture rapide de quelques titres et prix indiqués dans le catalogue 1943 des Éditions Valiquette nous laissera songeurs.Pierre Brodin: Les Écrivains français de l'entre deux guerres 1.25 $ Paul Claudel: Morceaux choisis 1.00 $ Julien Green: Varouna 1.00 $ Antoine de Saint-Exupéry: Vol de nuit 1.00$ En nos jours de crise économique, de récession et d'inflation, l'exploit d'édition et le chef-d'oeuvre de bas prix demeurent, certes, la publication des Oeuvres poétiques complètes de Victor Hugo.«Cette année (N.D.L.R.: propos tenus en 1962, il y a 20 ans), alors que l'édition française est en excellente santé, ons'esbaudit encore du fait que Jean-Jacques Pauvert publie les poésies complètes de Victor Hugo en un volume», s'exclamait Valiquette.«Je l'avais fait en 1944.Il fallait de l'audace et la foi dans la poésie.Un volume de 1 300 pages, la matière sur deux colonnes.Il pesait quatre livres et demi.On le vendait 4.50 $.Pauvert vend aujourd'hui (1962) le sien 25.00 $.» Contrairement à ce que l'on pourrait déduire, les Éditions Valiquette ne furent pas une maison française par canadien interposé, exilée à Montréal, via New York, en raison de la guerre en Europe et de l'occupation allemande à Paris.Elles furent enregistrées en Cour supérieure, pour la province de Québec, district de Montréal, le 26 mai 1939, auprès de Eugène Bellay, protonotaire, soit un peu plus de trois mois avant le début de la guerre.Il ne s'agit pas là davantage, façon de parler, d'une coïncidence heureuse.Ni d'un acte de prémonition extraordinaire de la part d'un Bernard Valiquette extralucide jouant gagnant à coup sûr.Bien au contraire, le fait de fonder une maison d'édition à l'époque constituait, au mieux une manoeuvre commerciale fort audacieuse, au moins une aventure de rêveur doublé d'un casse-cou.A ce propos, les témoignages de Pierre Péladeau (des Éditions Québécor), et de Alain Stanké (des Éditions du même nom) sont formels: l'édition essentiellement québécoise n'était pas rentable en ce temps-là.Pas même question de faire ses frais.Rares les lecteurs de romans, et rarissimes leurs acheteurs.De plus, il ne faut pas l'oublier, la grande crise économique sévit toujours à la fin des années 30.Une ère de prospérité eût-elle régné que l'édition demeurait une entreprise mort-née.Valiquette lui-même ne rendait-il pas ce verdict lorsqu'il déclarait: «Les gens qui, à l'époque, avaient une certaine notoriété et auraient pu être des succès en librairie, répugnaient assez à un effort continu.Ils avaient tendance à grouper, en un volume, des conférences et des essais publiés dans diverses revues à tirage limité.» Et d'ajouter en conclusion, qui dit tout: «En un mot, nous manquions de vrais écrivains.» C'est aussi l'opinion de l'ancien journaliste Pierre Prévost, qui fut le patron de Bernard Valiquette, des années plus tard, à la salle de nouvelles de CKAC.«Avant 1940, écrit Prévost, l'édition au Canada français avait un aspect folklorique et bien pensant, comme beaucoup d'autres de nos institutions.Ce qu'on publiait surtout, c'était des manuels scolaires, quand ils avaient reçu l'imprimatur du département de l'Instruction publique.A peu près seul dans ces temps, Albert Lévesque tenta de donner à l'industrie et au commerce du livre chez nous, les assises solides et le sérieux qui leur manquaient.Il publia des oeuvres de quelques publicistes, romanciers, poètes et critiques valables, comme Edouard Montpetit, Jovette Bernier, Claude-Henri Grignon, Albert Des Rochers, Louis Dantin et Albert Pelletier.Les efforts d'Albert Lévesque n'obtinrent qu'un succès mitigé, dont il serait trop long d'examiner ici les causes.«À Bernard Valiquette, conclut Pierre Prévost, revient le mérite d'avoir le premier au Québec, véritablement ouvert à l'édition la voie du professionnalisme.Il paya d'audace et ne craignit pas les risques.L'enseignement de notre histoire fut à jamais modifié quand il décida — après le refus de plusieurs autres éditeurs — de publier l'Histoire de la province de Québec de Robert Rumilly.Une quarantaine (sic) de volumes de cette oeuvre monumentale, précieuse en dépit de ses scories, sortirent des presses des Éditions Valiquette.» D'autres oeuvres authentiquement québécoises virent le jour, dont plusieurs fort valables.A Edouard Mont-petit échut l'honneur d'être le premier auteur (tant parmi les français que les autochtones) publié aux Éditions Valiquette.Conquête économique fut lancé le jour même qu'à la radio s'entendaient, depuis Munich, les appels à la paix de Daladier, de Chamberlain, et d'un certain Adolf Hitler.Au nombre des oeuvres du premier rayon, rappelons \Histoire de la province de Québec de Rumilly, I Histoire > 7 du Canada de Thomas Chapais, en huit volumes.Les voyages de Marco Polo de Alain Grandbois.Ramage de mon pays de Victor Barbeau.Sans oublier des ouvrages de François Hertel, de Mgr Camille Roy, de Esdras Min-ville, de Lionel Groulx.Dans le monde de l'édition, la grande gaffe demeure le rejet du chef-d'oeuvre en puissance d'un auteur inconnu.On parle encore, on parlera toujours de Gaston Gallimard (conseillé par André Gide!) refusant de publier du Côté de chez Swann, d'un certain Marcel Proust.Parmi la copieuse correspondance du fonds Bernard Valiquette à la Bibliothèque nationale du Québec, dans une lettre datée du 17 février 1942, l'éditeur dit à un dénommé Roger Le-melin regretter de ne pouvoir publier son manuscrit.Donc, les presses roulent, d'où jaillissent les ouvrages, 550, au compte final.Si ce n'est tout à fait la fortune, c'est la belle prospérité, du moins ses apparences.Les éditions ont pignon sur rue au 1430, Saint-Urbain: des bureaux d'un modernisme fonctionnel, fort révolutionnaire à l'époque; un entrepôt, doublé d'une salle de réception — livraison auxquels les camions ont directement accès.Bref, une organisation dynamique, unique en son genre, sujet d'échos dans la presse, objet d'étonnement, d'admiration ou d'envie parmi les concurrents et dans l'opinion publique.Dans les couloirs se croisent, s'ils ne se saluent pas toujours, quelques-uns des grands ténors de la littérature française en exil: le romancier Saint-Exupéry, bien sûr.Le philosophe-essayiste Denis de Rougemont, parmi d'autres.On y voit aussi cet auteur belge d'un certain renom: Georges Simenon, qui séjourne tantôt à New York, tantôt dans le Connecticut, tantôt en voisin à Sainte-Marguerite, à \'Estérel.Aujourd'hui à la retraite après une carrière distinguée de journaliste, d'écrivain, de romancier radiophoni-que, Rudel-Tessier, le directeur littéraire des Éditions Valiquette, évoque ces temps heureux avec attendrissement, humour et nostalgie.A la délicatesse de ses propos se devine sans peine qu'il fut moins le collaborateur immédiat du patron que son ami le plus proche, son confident le plus intime, et, ajoute-t-il avec un sourire, son bâilleur de fonds occasionnel.«Disons-le tout clair: Valiquette n'avait nul besoin d'un directeur littéraire, et de ma petite personne encore moins.Nous avions fait connaissance par l'entremise d'un ami commun, Gérard Dagenais, le grammairien, frère du dramaturge, du philosophe — un autre dont il faudrait consigner l'histoire, un de ces jours, avant qu'elle ne sombre dans l'oubli.En dépit de périodes difficiles, de soubresauts, notre amitié demeura indéfectible jusqu'à sa mort.Quel homme! Quel personnage!» Ces deux exclamations deviendront le leitmotiv des nombreux témoignages recueillis ici et là, en divers milieux, au sujet de Bernard Valiquette.On parlera beaucoup, en sous-thèmes, de l'original, du noctambule, du bohème dépareillé.Sur toutes les lèvres se dessinera un sourire, qu'il faut interpréter, comprendre, selon le contexte, et l'éclairage donné par l'entretien, les inflexions même de la voix.Chose certaine, l'homme et l'éditeur menaient grande vie.Un butler japonais vous accueillait cérémonieusement à sa résidence de Côte-des-Neiges.Dans son salon se rencontrait le Tout-Paris de passage, en transit ou en exil.Des financiers puissants, qui ne devinrent jamais, hélas, des bâilleurs de fonds.Des comédiens fameux: Charles Boyer, Ludmilla Pitoëff; ou à la veille de la devenir: Dalio, François Rozet.Des écrivains célèbres, bien sûr, dont l'inévitable Saint- Exupéry, qui s'avisa, une nuit, de cisailler les cravates des messieurs.Et toute une faune d'intellectuels (authentiques et pseudo), de snobs, de joyeux drilles, de couche-tard, de pique-assiette institutionnels et de parasites notariés.Tout ce monde mange beaucoup et boit davantage — trop, dans les deux cas.Chez Bernard Valiquette, on petit-déjeune, à l'aube, au caviar et au champagne, rien de moins.Ces élégants travaillent-ils, parfois, se couchent-ils, jamais?La question est pertinente, surtout dans le cas de Valiquette, qui brûle de partout la proverbiale chandelle.Ainsi que l'argent.«S'il avait vécu comme un millionnaire, passe encore», dit aujourd'hui Rudel-Tessier.«Mais il vivait en multimillionnaire, selon le beau principe que question d'argent n'est pas souci de gentilhomme.Tout cela, c'est bien agréable, et gentil, mais arrivait le jour où il fallut passer à la caisse, et l'impressionnant butler japonais, faute de monnaie sonnante, voyait le laitier repartir avec sa chopine de crème.» Un Bernard Valiquette plus prévoyant, ou moins généreux (c'est selon), eût-il réussi à sauver sa maison d'édition, une fois la guerre terminée, ses auteurs français rentrés à Paris, la situation des lettres françaises rétablie, redevenue normale?On pourrait épiloguer sans fin à ce sujet, comme à celui des messageries dont nous reparlerons, et plusieurs s'y sont employés avec plus ou moins de sérieux, ou de bienveillance.Quoi que l'on puisse dire des faiblesses de l'administrateur, des insuffisances du gestionnaire, de l'insouciance ou de l'incurie de l'un et de l'autre, un fait demeure, inaltéra- > 8 ble, inscrit dans les chiffres et les faits des tirages et des oeuvres publiées: Bernard Valiquette a été et demeurera l'un des sommets de l'édition québécoise, certes l'un de ses plus grands avant-gardistes.Libre aux comptables de le juger selon leurs critères et leur esprit.Les lecteurs cultivés préféreront se souvenir de ses livres plutôt que de ses bilans.(Dans le numéro de décembre: Les messageries, et Bernard Valiquette, l'homme).Louis Chantigny Caricature de Bernard Valiquette par Robert La Palme 9 L'HÉRITAGE CULTUREL DE LIONEL GROULX Si vous déambulez l'un de ces jours, sur l'avenue Bloomfield, à Outremont, vous serez peut-être intrigué par une plaque de bronze apposée à l'entrée du 261, et une pancarte indiquant Centre de recherche Lionel-Groulx, au 257.Qu'abritent donc ces deux grandes maisons d'aspect familial?L'une est l'ancienne demeure du chanoine Lionel Groulx, acquise en 1939 et où il a vécu jusqu'à sa mort en 1967.Elle est aujourd'hui le siège social de l'Institut d'histoire de l'Amérique française et de sa Revue d'histoire de l'Amérique française, le siège social aussi de l'étude du passé français de l'Amérique.» Histoire de l'IHAF et de sa revue L'Institut d'histoire de l'Amérique française, sans être lié à une institution ou à une école de pensée particulière, groupe presque tous les chercheurs importants en histoire du Québec.C'est dans cet esprit d'indépendance vis-à-vis des départements ou instituts déjà établis ou des interprétations diverses du passé que le chanoine Lionel Groulx a fondé l'IHAF en 1946 et la RHAF en 1947.«J'ai souhaité former ici, dira Lionel Groulx, une équipe de chercheurs et d'écrivains d'histoire qui s'emploieraient tout spécialement à l'étude du passé français de l'Amérique.» Les lettres patentes du 10 avril 1945 décrivent comme suit les fins et moyens de l'Institut, soit favoriser l'étude de l'histoire du Canada français et de tout le fait français en Amérique, et à cette fin générale: a) organiser des équipes d'historiens b) recruter des membres-correspondants c) organiser des sections d'étudiants d) publier une revue e) constituer un fonds d'archives f) éditer des textes ou des oeuvres g) distribuer des bourses d'études h) encourager par des prix les ouvrages d'histoire méritants i) réunir en congrès ou en séances d'études les membres ou les sections de l'Institut, etc.L'Institut a tenu ses engagements.La Revue d'histoire de l'Amérique française, périodique trimestriel de 160 pages chacun, termine, avec le numéro de mars 1982, sa 35e année.On conviendra que pour une revue de ce genre, revue scientifique, de caractère austère, c'est un record et presque un événement national.Sa diffusion à travers le monde tient lieu d'ambassadrice auprès du public européen et américain où elle trouve sa place dans les grandes bibliothèques et universités.Sa qualité est reconnue à travers le Canada et hors de nos frontières et elle soutient la comparaison avec les bonnes revues historiques canadiennes et étrangères.C'est un comité de rédaction représentatif sur le plan des sous-spécialités et des régions du Québec qui en assume la responsabilité.L'IHAF organise chaque année un congrès pour ses membres et pour les chercheurs et étudiants intéressés à l'histoire du Québec.Ces colloques constituent un banc d'essai privilégié pour les recherches nouvelles ou la présentation de résultats préliminaires, ou encore l'exposé de résultats d'une recherche menée à terme, sans parler de l'occasion qu'ils fournissent de débattre maints problèmes historiques controversés.Depuis quelques années, l'Institut attribue des prix au meilleur ouvrage d'histoire scientifique paru durant l'année, soit le Prix Lionel-Groulx (1 500 $ don de la FLG), et le Prix Guy-Frégault, au meilleur article paru dans la RHAF (750 $ don de Mme Frégault).Un autre projet s'est concrétisé il y a quelque temps: un comité d'étudiants chargé de dresser un bilan des études supérieures au Québec et au Canada français.Le but de ce projet est: 1° d'amorcer un débat au sein des historiens et du milieu universitaire sur les études supérieures en histoire; 2° d'assurer la relève de l'Institut en y intéressant activement des étudiants diplômés qui pourront servir de relais dans chacune des universités et y jouer un rôle d'animateurs.Contribution importante à la formation de futurs historiens.Le président actuel de l'IHAF est M.Jacques Mathieu, de l'Université Laval de Québec.Si l'on évoque le coup d'audace qu'avaient pu être la naissance de l'Institut et de sa Revue, leur survivance opiniâtre ne peut que réjouir tous ceux-là qui attachent quelque importance à cette discipline irremplaçable dans la vie d'un peuple qu'est l'histoire.Édition critique de Groulx.— Depuis 1979, une équipe de recherche, dirigée par les professeurs Benoît Lacroix, Jean-Pierre Wallot et Serge Lu-signan, s'est mise au travail en vue de préparer une édition critique des oeuvres de Lionel Groulx.La première phase du travail vise les inédits.D'ici quelque temps une édition critique du Journal intime (1895-1911) de Lionel Groulx verra le jour.Cette première de l'édition de Groulx «intéressera autant l'historien traditionnel des institutions et des pouvoirs que l'ethnosociologue de l'histoire «concrète».Le premier retrouvera les grandes fiertés de Groulx, ses jeunes entêtements aussi, la manière dont il conçoit déjà son oeuvre d'éducateur «populaire», ses options nationalistes, ses «premiers maîtres à penser» (RHAF, 34,3:502).L'ordinateur va intervenir dans trois phases principales de l'édition, soit la préparation du texte, la constitution des index et la fabrication des matrices d'impression des ouvrages.La correspondance conservée dans nos archives s'échelonne sur 72 ans ( 1895-1967).L'état actuel des dossiers laisse prévoir plus de 3 000 corres- > 10 pondants et environ 15 000 lettres.Il est inutile d'insister sur l'ampleur de la tâche, longue et difficile.Pourrions-nous ne récupérer que la moitié des lettres de Groulx en raison d'une série de problèmes d'ordre matériel, nous en serions fort heureux.Catalogue des manuscrits.— Un catalogue de tous les manuscrits de Lionel Groulx est en train de s'élaborer.C'est une «première» au Canada, tant par l'étendue du contenu et la valeur phénoménale au point de vue pratique et historique.C'est un relevé systématique et descriptif de tous les écrits de Lionel Groulx.Somme de travail considérable, apport précieux pour l'historiographie canadienne.Fondation Lionel-Groulx.— En 1956, quelques amis de l'oeuvre ont cru qu'il conviendrait, lors du 10e anniversaire de l'IHAF, de constituer une corporation pour assurer à l'organisme un gage de survie.C'est ainsi que naît la Fondation Lionel-Groulx, corporation légalement constituée par lettres patentes, et composée de cinq membres dont Me Joseph Blain, Maxime Raymond, le Dr Jacques Genest, président actuel, Lionel Groulx lui-même, le notaire Charles-Auguste Émond; la soussignée agit comme secrétaire.Le chanoine Groulx, par acte notarié, donne alors à la Fondation la maison qu'il possède (261), sa bibliothèque, ses manuscrits, ses archives.Les deux organismes, IHAF et Fondation visent le même but.En 1978, c'est le centième anniversaire de naissance de Lionel Groulx.Une campagne de souscription est lancée et apporte à la Fondation une stabilité financière qui lui permet d'acquérir la maison adjacente, soit le 257, pour en faire son siège social et son Centre de recherche en histoire de l'Amérique française.Centre de recherche Lionel-Groulx.— Constituer un fonds d'archives, créer un climat de travail fécond, d'ini- Le chanoine Lionel Groulx, prétre-historien, decede en 1967.11 tiative, faire en sorte que le chercheur ou l'étudiant puisse travailler avec aisance et facilité, tel a toujours été le but ultime de Lionel Groulx.Avec les années, de généreux dons d'archives ont constitué une quinzaine de fonds de manuscrits, mine documentaire fort riche, recouvrant divers aspects de l'histoire du Québec au XXe siècle et de l'histoire de l'Amérique française.Le Centre de recherche était né.L'acquisition de la nouvelle maison, presque identique à l'autre, a permis à la Fondation de déposer ces fonds dans une magnifique voûte à l'épreuve de l'eau et du feu.Chercheurs, étudiants de niveau supérieur, professeurs, à la recherche d'une maîtrise ou d'un doctorat, peuvent venir consulter ces divers fonds, dans une salle mise à leur disposition.La bibliothèque, composée d'au moins 18 000 volumes et d'au-delà 5 000 brochures, complète la documentation qui s'accroît de jour en jour.Voici une description sommaire des archives du Centre de recherche Lionel-Groulx: FONDS LIONEL-GROULX: Manuel d'histoire du Canada olographe (3 vol.) — Journaux intimes — recueils de morceaux personnels — cours d'histoire manuscrits — notes de littérature — manuscrits des ouvrages publiés — cahiers de notes d'archives — correspondance comprenant 10 tiroirs de classeurs — 30 dossiers de documents d'archives copiés (1600-1867) — 3 volumes d'archives de l'ACJC, etc.97 spicilèges.FONDS J.-J.GIROUARD: une cinquantaine de documents — olographes ou copiés — de lettres, journaux, relations, etc.sur les patriotes de 1837-1838.FONDS GEORGES-PELLETIER: conférences, discours, articles (1933-1944) — correspondance — lettres manuscrites — 12 spicilèges de coupures de journaux, articles et éditoriaux de l'auteur — cours sur le journalisme — environ une centaine de dossiers.FONDS ANDRÉ-LAURENDEAU: documents sur le Bloc populaire canadien — les Jeune-Canada — les Jeunesses patriotes — la Commission Laurendeau-Dunton — correspondance personnelle — spicilèges, etc.FONDS MAXIME-RAYMOND: (1883-1961): documents sur le Bloc populaire canadien — correspondance personnelle — nombreuses chemises sur divers sujets, élections, subsides, textiles, etc.FONDS LÉO-PAUL-DESROSIERS: correspondance — 5 volumes û'Iro-quoisie non publiés — copies dactylographiées d'articles déjà parus.FONDS MICHEL-BROCHU: documentation considérable sur l'histoire contemporaine du Nouveau-Québec — Amérindiens et Inuit de l'Arctique d'Amérique du Nord — des dizaines de manuscrits scientifiques personnels, des centaines de chemises de coupures de presse sur divers sujets, etc.FONDS ALPHONSE-DESJARDINS: — sur les écoles du Nouveau-Brunswick, comprenant 160 lettres manuscrites depuis 1879.FONDS ADÉLARD-LANGEVIN: — une cinquantaine de lettres adressées au colonel Alphonse Audet (1892-1912).FONDS BLANCHET: — livres, brochures, lettres sur la famille et en particulier sur l'évêque François-Norbert, etc.FONDS DES ÉTUDES LATINO-AMÉRICAINES: comprenant documents — sources imprimées, périodiques, monographies, publications.FONDS RENÉ-DESMARAIS: liasses de coupures de journaux sur divers sujets.FONDS DU BLOC POPULAIRE CANADIEN: — constitution, règlements, procès-verbaux, lettres originales, etc.FONDS DE LA LIGUE POUR LA DÉFENSE DU CANADA: — constitution, correspondance, etc.FONDS ONÉSIME-LACOUTURE: — correspondance, journal, manuscrits.FONDS JOSEPH-GAUVREAU: 780 p.de documents sur L'Action française FONDS DIVERS: — une vingtaine de spicilèges — coupures de journaux, sur divers sujets: Bourassa, minorités, rapport Sirois, écoles d'Ontario, luttes scolaires en Saskatchewan, etc.photostats, photographies, cartes géographiques, divers manifestes, 1933, 1940; divers mémoires, manuscrits, etc.tous concernant l'histoire de l'Amérique française et surtout l'histoire du Québec.Un inventaire sommaire ou analytique existe pour certains fonds.D'autres sont en voie de classification.Ces documents représentent une richesse incomparable pour notre patrimoine québécois.La Fondation Lionel-Groulx en assure la conservation et la diffusion.C'est ainsi qu'un fac-similé du Livre d'orgue de Montréal a été édité au cours de l'année par la Fondation Lionel-Groulx, manuscrit tiré du fonds J.-J.-Girouard et identifié par Elisabeth Morin comme ayant appartenu à Jean Girard (1724), organiste à Notre-Dame et maître d'école.La critique a accueilli cette oeuvre > 12 ÉDITION CRITIQUE DES OEUVRES D'ALAIN GRANDBOIS comme un grand événement dans le monde musical.La Fondation Lionel-Groulx patronne aussi depuis 4 ans le Concours Lionel-Groulx, organisé par la Société des professeurs d'histoire du Québec, au niveau collégial et secondaire.En résumé, sous un même toit, une véritable fourmilière.Des organismes qui visent le même but: ressaisir le fait français en ses traits communs, en ses diverses expressions, le ressaisir surtout en son originalité, faciliter aux étudiants, chercheurs, à tous ceux-là qui aiment l'histoire, l'accès à la documentation.L'oeuvre n'a pas trop démérité des engagements pris à sa naissance.Nous regardons l'avenir avec espoir et confiance.Juliette Rémillard Relationniste et responsable de la documentation Avec une importante subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal prépare une édition critique des oeuvres d'Alain Grandbois; l'équipe est composée de Jacques Brault, Nicole Deschamps, Jean-Cléo Godin et Ghislaine Legendre, qui seront secondés par des assistants ou assistantes de recherche.Il s'agit d'un projet d'envergure, étalé sur une période de cinq ans; la publication est prévue pour 1986.On compte actuellement une dizaine d'oeuvres publiées, totalisant environ 1 300 pages.On prévoit cependant que l'édition critique, avec les variantes, notes explicatives et la partie de l'oeuvre encore inédite, constituera un ensemble d'environ 5 000 pages.La première phase du projet, qui porte sur les deux premières années, sera consacrée à réunir sur microfilm ou photocopie tous les manuscrits de Grandbois.Ceux de Né à Québec, les Voyages de Marco Polo et Visages du monde sont déposés aux Archives nationales d'Ottawa.Un examen sommaire du fonds permet de croire que ces manuscrits proposeront peu de variantes; cependant, on sait que seuls les deux tiers des textes de Visages du monde ont été publiés.C'est grâce à l'important fonds, légué par le poète à la Bibliothèque nationale du Québec et conservé à l'annexe Aegidius-Fauteux, qu'on peut espérer projeter sur l'oeuvre des éclairages nouveaux.Décrits dans une brochure préparée par Danielle Rompre, ce fonds comprend au-delà de 15 000 feuillets.La principale difficulté de ce projet d'édition critique réside dans la transcription et l'identification de tous ces textes et documents.Plus de 3 000 de ces feuillets concernent l'oeuvre poétique.On y trouve des poèmes qui figurent déjà dans les Poésies, mais aussi plusieurs inédits et beaucoup de variantes aux poèmes déjà publiés.Certains de ces textes sont d'une lecture particulièrement difficile.Les textes de prose, trois fois plus nombreux, contiennent des notes et réflexions diverses, certains éléments autobiographiques ou récits de voyage, des projets de contes, de nouvelles ou de pièces de théâtre.Dans une boîte de mélanges, par ailleurs, on trouve des cahiers, carnets, calepins ou agendas.Enfin, on trouve dans une boîte 743 feuilles manuscrites contenant surtout des échanges de correspondance: ces documents ne peuvent être consultés qu'avec la permission expresse des exécuteurs testamentaires.Pour assurer une utilisation optimale de tous ces documents, l'ensemble des textes publiés aussi bien qu'inédits sera traité par ordinateur.Cela permettra d'établir des concordances et de diminuer les risques d'erreur d'interprétation, de datation ou de transcription.On pourra, plus aisément, repérer les contaminations ou emprunts d'un texte à l'autre, de même que les variantes d'un même texte publié ou inédit.Grâce aux indications fournies par les agendas ou carnets et dans la correspondance, on espère arriver à mieux dater et situer chacune de ces oeuvres; il devrait également être possible de retracer ainsi la genèse des oeuvres.L'équipe responsable du projet croit avoir localisé tous les fonds de documents touchant l'oeuvre de Grandbois.Dans ce genre d'entreprise, toutefois, il reste possible de faire de nouvelles découvertes.S'il arrivait qu'un lecteur connaisse une nouvelle source de renseignements, l'équipe apprécierait d'en être informée.Il faudrait alors communiquer avec le signataire de cet article, au Centre d'études québécoises (département d'études françaises) de l'Université de Montréal.Au terme de ce travail, on n'ambitionne pas de pouvoir presenter les > 13 oeuvres complètes.Il serait en effet étonnant qu'on retrouve et qu'on puisse publier toute la correspondance, dont une partie a vraisemblablement été perdue.À cette exception près, toutefois, la publication envisagée devrait offrir aux lecteurs et chercheurs la somme la plus complète des oeuvres de Grandbois, dans un texte qui, nous l'espérons, pourra être considéré comme définitif.Jean-Cléo GODIN JEAN-CLÊO GODIN est professeur titulaire au département d'études françaises à l'Université de Montréal.Alain Grandbois à Cannes.14 RÉPERTOIRE DES LIVRES D'ARTISTES AU QUÉBEC 1900-1980 La Bibliothèque nationale du Québec procédera bientôt au lancement du Répertoire des livres d'artistes publiés au Québec de 1900 à 1980.Dans le cadre d'une recherche subventionnée par l'Université du Québec à Montréal, Claudette Hould, assistée de quelques étudiants de l'UQAM, a répertorié 284 ouvrages conçus dans la tradition de la bibliophilie française, proches de la conception des maîtres-graveurs de l'estampe originale de la fin du XIXe siècle.Dans l'introduction au Répertoire l'auteure explique longuement les motifs qui l'ont amenée à définir le livre d'artiste comme l'association d'un texte et d'estampes, obtenues par les habituels procédés de gravure — à l'exclusion des procédés photomécaniques — sur bois, métal, pierre lithographique, écran sérigraphique.Outre l'estampe originale, l'estampe d'interprétation, où un artiste grave d'après l'oeuvre d'un peintre ou d'un dessinateur, a été admise.Cette définition, étroite et rigide en apparence, se trouve justifiée par une tradition québécoise complètement marginale en Amérique du Nord et démarquée du reste de la production canadienne, très souvent calquée sur l'américaine, et qui a conservé son caractère artisanal à toutes les étapes du processus de fabrication: la plupart des artistes québécois conçoivent leur image, la gravent et l'impriment eux-mêmes sur des presses à bras.De même, la typographie est souvent composée à la main avec un souci évident de mise en page adaptée à l'ensemble de l'oeuvre.En outre, elle ne correspond nullement à la définition qu'en a donnée Germano Celant dans une étude qui situait l'apparition, au début des années 60, d'un livre à caractère multidisciplinaire et incarné dans l'art conceptuel.Très peu de livres québécois correspondent à cette définition.L'histoire du livre d'artiste, telle qu'elle vient d'être définie, colle de très près à celle de la gravure.Sur les 284 livres répertoriés de 1900 à 1980, une dizaine de livres seulement ont paru avant la première publication des Éditions Erta en 1949: Dumouchel y illustrait de quatre sérigraphies le Faire naître du typographe-poète-graveur, Roland Giguère.Ce procédé de multiplication de l'image était alors pratiquement inconnu et c'est Dumouchel qui commença à l'enseigner, en même temps que les autres procédés de gravure, à l'Institut des arts graphiques d'abord, puis à l'École des beaux-arts de Montréal.Ses premiers élèves, nos premiers graveurs, ont souvent préféré l'intimité du livre à l'indiscrétion du mur; une forte proportion des estampes des 25 livres publiés dans les années 50 relève de l'abstraction lyrique ou de l'imagerie surréalisante chère aux disciples de Dumouchel.Une trentaine de livres parurent dans la décennie 60 alors que, sous l'influence grandissante de l'art américain, un certain nombre de jeunes artistes commencent à introduire dans leurs oeuvres une figuration inspirée du Pop Art tout en recourant de plus en plus à la sérigraphie aux dépens de la gravure sur bois et de l'eau-forte.Ce sont les années 70 — effet de la Révolution tran- quille dans le domaine de l'enseignement des beaux-arts?— qui voient paraître les trois-quarts de toute la production: 193 livres, dont une dizaine en anglais ou bilingues.Pour 1980 seulement, 27 livres témoignent de l'intérêt grandissant des collectionneurs qui, malheureusement, restent encore avec les bibliothèques les clients privilégiés d'un produit de luxe dont le coût d'acquisition est élevé et le tirage limité, jusqu'ici davantage en raison d'une demande faible que d'une offre volontairement raréfiée.Une bonne partie de ces livres furent édités à compte d'auteur, mais 82 maisons d'édition ont été dénombrées, dont plusieurs furent éphémères.Viennent en tête les Éditions Erta avec 23 titres, suivies par la Guilde graphique et les «graffofones» de Graff avec 21 et 20 titres respectivement; les Éditions Michel Nantel ont publié 14 livres alors que Songe et Songe/lconia en totalisent 9.Plusieurs maisons plus récentes: Art Global, du Noroît, de la Maison, de la Serfouette, de l'Obsidienne, etc., soignent des éditions confiées à nos meilleurs auteurs, graveurs et relieurs.Avec cette augmentation spectaculaire des éditions de livres d'artistes, deux tendances se sont accentuées: les livres d'une qualité remarquable qui proposent une recherche formelle authentique contrastent avec des opérations purement commerciales déguisées sous des présentations luxueuses, dont le contenu médiocre mystifie de moins en moins un public que l'on s'efforce d'informer de mieux en mieux.Claudette Hould Claudette Hould est professeure d'histoire de l'art à l'Université du Québec à Montréal: elle prépare une thèse de doctorat sur la gravure comme moyen de propagande durant la Révolution française.15 Humeurs littéraires* LES VIEUX PAPIERS, MOI, JE LES BRÛLE! Pourquoi le cacher plus longtemps, j'ai l'âme envieuse.Tout au long de ma passionnante vie, j'ai lorgné dans le champ du voisin (parfois à cause de la voisine).Ce que j'ai vu ne m'a pas toujours rendu malheureux, mais il n'empêche que j'aurais bien aimé qu'on me serve le cognac au lit en me faisant sentir que je le méritais bien.J'ai pour péché mignon d'écrire des livres, alors vous sentez bien que c'est dans cette direction que se situent mes frustrations." L'autre jour donc, j'ai appris que certains de mes confrères en littérature, point encore décédés ni agonisants, vendaient leurs manuscrits à des universités.J'ai commencé par me dire que c'était là un souci bien futile, que la littérature est une passion aussi passagère que les autres, que les universitaires sont des politiciens de la culture, que notre pays ou le leur (vous savez, les onze provinces) est bien mignon d'avoir des préoccupations aussi touchantes, lui qui méprise tout ce qui est création véritable, mais je me suis arrêté.Pauvre ami, me suis-je dit dans un mouvement de touchante complaisance, pourquoi voudrais-tu t'insurger contre la civilisation qui t'a vu naître et qui te verra mourir?Puisque ces braves gens bardés de subventions achètent les vieux trucs, les manuscrits raturés, les correspondances les plus inutiles, les discours prononcés devant les clubs Kiwanis ou Lyon's par des romanciers brûlés par l'alcool et les lettres au Devoir, pourquoi ne mettrais-tu pas en branle, toi aussi, une vaste opération de marketing?N'ai-je pas déjà reçu des lettres de confrères renommés?N'ai-je pas publié chez les plus illustres éditeurs du Québec?N'ai-je pas porté bien haut le flambeau de la culture laurentienne?Le problème (car il y en a un) vient de ce que je ne conserve rien.Mon esprit attiré vers des ailleurs n'a pas plus de mémoire que ma corbeille à papier.J'aimerais bien que l'Université de Laval ouest me verse cent mille dollars pour mes archives, mais je n'en possède pas.Il me faudrait pour récupérer tout cela courtiser tant de gens, fouiller des greniers, contacter des indésirables.Je préfère mourir pauvre et digne.Quant à la postérité, elle ne perdra rien puisque de toute façon, ces vieilleries (les miennes ou les autres) n'intéressent personne! Gilles Archambault Ndlr — Des lots de copies originales des «Humeurs littéraires», publiées par Livre d'ici en 1981, seront prochainement disponibles à nos bureaux à un prix que notre collaborateur n'a pas encore précisé.Trois présentations sont à l'étude: pochette de laine tissée par des artisans d'Old Orchard, carquois en écorce de bouleau laminé à l'huile de lin et coffret luxueux en peau de chagrin.Réservez dès maintenant vos exemplaires numérotés et signés par les enfants de l'auteur.Prix David 1981, Gilles Archambault a écrit douze livres, romans pour la plupart, depuis 1963.Le style intimiste de ses romans, teinté de mélancolie, contraste avec la verve et l'humour des diverses chroniques qu'il publie en marge de son oeuvre principale.Ce billet est dans cette veine.'Extrait de Livre d'ici, vol.7, n° 18, 3 fév.1982, p.(4).16 COMME SI VOUS Y ÉTIEZ Qui ne se rappelle pas les leçons d'histoire du Canada pendant lesquelles il devait écouter les courtes explications données par un professeur qui préparait en même temps son prochain cours de mathématiques?De plus, rendu à la maison, il fallait reprendre le petit manuel d'histoire, relire attentivement chacune des lignes pour s'imprégner l'esprit de toutes ces données historiques.Toutefois, grâce à quelques illustrations qui établissaient un lien subconscient avec les ancêtres, l'imagination s'activait et les images se mettaient à défiler devant des yeux fermés qui ne demandaient pas mieux que de voir.Selon les talents de chacun, les exploits se succédaient et les valeureux explorateurs s'en tiraient toujours malgré les périls.Puis, la réalité s'imposait, le petit manuel reparaissait avec ses nomenclatures et ses tableaux synoptiques.Ainsi, il est presque impossible de ne pas revenir à ces moments, lorsque l'on a entre les mains des livres tel que EDITS, ORDONNANCES ROYAUX, DÉCLARATION ET ARRÊTS DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI,\ Avec ça, plus de place pour une imagination poétique mais seulement pour une confrontation avec la réalité.Là, tout y est, en passant par les premiers fondateurs, les compagnies, les missionnaires, les premières familles installées dans les seigneuries.Tous évoluent au gré des jours tissant la toile de nos us et coutumes.Ainsi, le sieur de Champlain recevait, le 15 février 1625, de M.le duc de Ventadour sa commission «Commettons, ordonnons et députons par ces présentes, notre Lieutenant, pour représenter notre personne au dit Pays de la Nouvelle France: et pour cet effet, lui avons ordonné d'aller se loger, avec tous ses gens, au lieu de Québec, étant dedans le Fleuve Saint Laurent, autrement appelé la Grande Rivière de Canada, au dit pays de la Nouvelle France» etc.2 et de suivre d'autres charges «pour essayer à trouver le chemin facile pour aller par de- dans le dit pays au Royaume de la Chine»; «soigneusement rechercher et reconnaître toutes sortes de mines d'or, d'argent, cuivre et autres métaux».3 Les devoirs et les prérogatives de la Compagnie des Cent-Associés illustrés par les vingt articles accordés par M.le cardinal de Richelieu lors de la signature en 1627, de l'Acte pour l'établissement de la dite Compagnie.Par exemple, à l'article 1, à savoir «Promettront faire passer au dit pays de la Nouvelle France, deux à trois cens hommes de tous métiers dès l'année prochaine 1628, et pendant les années suivantes en augmenter le nombre jusqu'à quatre mille de l'un et de l'autre sexe.»* Peut-on imaginer également les drames engendrés par l'usage de la fameuse «monnoie de Canes.» Ainsi, en ce «vingt-unième Mars 1718», une déclaration du roi en réduit leur valeur à la moitié.«Disons, déclarons, et ordonnons, voulons et nous plait, qu'à commencer du jour de l'enregistrement des présentes au Conseil Supérieur de Québec, toutes les monnoies de Cartes de Canada.n'ayent plus cours dans la dite Colonie du Canada, que pour la moitié de la valeur écrite sur les dites Cartes, et ne soient reçues que sur ce pied.»5 Pour ceux qui sont intéressés aux anciennes paroisses, on trouve les règlements des Districts des Paroisses de la Nouvelle-France6 du 3 mars 1722 déterminant les étendues de chacune.Tous les noms connus des paroisses longeant le fleuve Saint-Laurent y apparaissent, côté nord, de Baie-Saint-Paul à Lachine, côté sud, de Kamou-raska jusqu'à Châteauguay.Quant aux ordonnances des intendants, elles collaient davantage à la vie quotidienne.Il est remarquable de voir le soin qu'on prenait pour éviter la propagation des incendies.Les ordonnances à cet effet étaient très nom- breuses.Pour celle du 12 juillet 1734, on y lit: «Les accidents du feu arrivent souvent par la faute des particuliers qui négligent de faire ramoner leurs cheminées, nous ordonnons que les règlements faits à ce sujet seront exécutés, à peine de trois livres d'amende contre ceux qui n'y auront point satisfait, et de dix livres d'amende contre ceux dont une des cheminées prendra feu».7 Toutefois, il est tout à fait surprenant de ne point trouver de règlements relatifs à la chasse et à la pêche, si l'on excepte ce qui se rapporte aux prérogatives de la traite des fourrures.Malgré tout, le souci pour l'écologie manifesté par Philippes de Rigaud a peut-être sauvé notre gelinotte.«Nous défendons à toutes sortes de personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient de tuer des perdrix depuis le 15e Mars jusqu'au 15e Juillet, à peine de cinquante livres d'amende.»8.Pour d'autres, les préoccupations sont différentes.Le sieur de Belle-chasse, par exemple, voulait préserver ses érables.Aussi, obtient-il en 1716, de Michel Bégon, la Défense suivante.«Nous faisons défenses à toutes personnes d'entailler les arbres d'érable, tant sur le domaine de Bellechasse que sur les terres de la dite seigneurie non concédées, sous prétexte de faire des sucres,.»9 En somme, s'il fallait continuer à indiquer ici tout ce qui est intéressant, tout ce qui pique la curiosité, on ne pourrait plus en finir.Pour pénétrer dans la vie quotidienne de nos ancêtres, pour savoir ce qui les a modelés, rien de tel que de lire cet ouvrage.Les deux volumes sont présentés de façon à faciliter les recherches.Au début du premier volume, on présente la «Table des titres des édits, ordonnances royaux, déclarations et arrêts, Contenus dans ce premier volume, > 17 suivant l'Ordre Chronologique, avec les dates des Insinuations»; dans le second: «Table des titres Contenus dans chaque chapitre, suivant Tordre chronologique».Les descriptions sont assez complètes et permettent de trouver immédiatement ce dont il s'agit, comme il appert des titres suivants: Établissement du Séminaire de Québec, par Monseigneur l'Évêque de Pétrée»; «Ordonnance qui défend aux habitants de faire galoper leurs chevaux et leurs cahotes à la sortie de l'église».Également, à la fin des volumes, une «Table Alphabétique des Matières contenues dans.» permet un accès direct à toutes les lois, ordonnances, arrêts, règlements, etc.Le mot clé servant de référence est suivi d'une courte description qui permet d'éviter toute ambiguïté.Ainsi, comme cela a été mentionné au début, ce recueil de textes est réellement propre à faire naître dans notre imagination les véritables images qui se présentaient chaque jour devant les yeux de nos ancêtres.Aujourd'hui, tous et chacun, grâce à la magie de la photographie, ont la possibilité de consulter ce recueil ancien.Le microfilm 35mm est disponible au coût de 18 $.Les établissements et les organismes québécois bénéficient d'une réduction de 25%.1.Édits, ordonnances royaux, déclaration et arrêts du Conseil d'état du Roi,.Québec, Desbarats, 1803.Tome I.2.Ibid, Tome I, p.11.3.Ibid, Tome I, p.12.4.Ibid, Tome I, p.3.5.Ibid, Tome I, p.386.6.Ibid, Tome I, p.404.7.Ordonnances des intendants et arrêts portant règlements du Conseil supérieur de Québec.Québec, Desbarats, 1806.Tome II, p.102.8.Ibid, Tome II, p.268.9.Ibid, Tome II, p.266.Yvan Morier Service de microphotographie VIENT DE PARAITRE Maintenant disponible sui microfilm EDITS, ORDONNANCES ROYAUX, DECLARATIONS E T ARRETS du CONSEIL D'ETAT du ROI, Concernant le Canada ; MIS PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE, ET Publiés par ordre de Son Excellence SIR ROBERT SHORE MILNE S, Baronet, Lieutenant Gouverneur de la Province du Bas-Canada, En consequence de deux différentes Adresses de la Chambre d'Asicmblce, en date des 5c et je Mars, i8oii V O L.I.QUEBEC: imprima par P.E.D E S E .1 R A T S, Imprimeur du Loix de la Trii Exttlltnu Maj'JU du Roi.1HO3.Economie d'espace Modicité du coût Intégrité des collections Distribution rapide de l'information Manipulation pratique Facilité de conservation Prix avantageux (25 % de réduction aux établissements québécois) Commandes par téléphone acceptées 18 NOUVELLES BRÈVES Mise en valeur des collections musicales En janvier 1982, Gabrielle Bourbonnais a assisté à une réunion convoquée par l'Association pour l'avancement de la recherche en musique du Québec (l'ARMuQ), en vue de préparer un colloque sur l'état des archives musicales du Québec.Ce colloque a eu lieu le 13 mars 1982 à l'Université du Québec à Montréal.À cette occasion l'ARMuQ avait invité des représentants de bibliothèques et de dépôts d'archives pour expliquer aux membres de l'association quelles étaient les méthodes de travail utilisées pour conserver et mettre en valeur les collections de musique.Nicole Dutresne et Denis Rivest y représentaient la Bibliothèque nationale.* * * Journées de conférence Le Comité de perfectionnement de l'Association pour l'avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED), avec la collaboration de l'École de bibliothéconomie de l'Université de Montréal, offrait deux journées de conférences qui avaient pour thèmes: «Bases de données bibliographiques; comment choisir et interroger une base bibliographique, et les outils à notre disposition.» Mmes Francine Lamonde, Nicole Larochelle et Louise Tessier ont participé à ces deux journées de formation.M.Jean-Rémi Brault, conservateur en chef, a participé à la réunion annuelle du Conseil de l'Institut canadien de microreproductions historiques; cette réunion a eu lieu au Séminaire de Québec, le 5 mars 1982.Le 12 mars, Mme Suzanne Ledoux participait à la journée de formation de la corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ), à l'Université de Montréal.Cette journée portait sur l'utilisation des microordinateurs dans les bibliothèques.Récital Le dimanche 21 mars 1982 avait lieu à la Bibliothèque nationale du Québec le récital de l'ensemble vocal Arioso en hommage à la mémoire du réputé chef d'orchestre Karl Bôhm; ce concert était sous la présidence d'honneur de M.Nandor F.Loewenheim, consul général de l'Autriche à Montréal et de M.Jean-Rémi Brault, conservateur en chef.* * ft Sessions de perfectionnement Lors d'une session de perfectionnement organisée conjointement par l'ASTED, la CBPQ, et l'Association canadienne des sciences de l'information (ACSI), et en collaboration avec l'École de bibliothéconomie de l'Université de Montréal, M.Marcel Fontaine présentait un exposé ayant pour titre «L'informatique, véhicule ou témoin de l'information documentaire: état de la question au Québec».Cette session se tenait à l'Université de Montréal, le 2 avril 1982.* * # Mme Anastassia Khouri Saint-Pierre représentait la Bibliothèque nationale du Québec à la 10e conférence annuelle de l'ACSI.La conférence se tenait à Ottawa, du 2 au 6 mai 1982, et avait pour thème: L'information de A à Z.Acquisition du fonds Jacques-Blanchet La Bibliothèque nationale du Québec a négocié une entente avec Mme Michelle Blanchet Thériault pour l'acquisition du fonds Jacques-Blanchet.On connaît la participation importante de Jacques Blanchet à la chanson québécoise autant chez nous qu'à l'étranger.De plus, ces documents contiennent des poèmes, des essais et des esquisses de romans, sans compter une correspondance intéressante avec les gens du milieu où il vivait.Visite de stagiaire Le conservateur en chef recevait M.Ousmane Sané, professeur à l'Université de Dakar au Sénégal.M.Sané est venu au Québec pour un stage d'information à l'Université de Montréal et dans les principaux centres d'archives du Québec.Ce stage, sous le patronage de l'ACDI, est un projet de coopération entre l'École des bibliothécaires, archivistes et documentalistes de l'Université de Dakar et l'École de bibliothéconomie de l'Université de Montréal.* * * Congrès M.Réal Bosa, coordonnateur des Services publics, assistait, du 3 au 7 mai 1982, au Congrès international sur l'accès universel aux publications.A l'invitation de l'Unesco, ce congrès était organisé en collaboration avec la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques et s'est tenu à Paris.• * * Du 17 au 19 mai 1982, Nicole Du-fresne, responsable du Département des manuscrits, a assisté au congrès de l'Association des archivistes du Québec qui avait lieu à Hull.A l'occasion du même congrès, Pierre Lépine, responsable du Département des cartes et plans, présentait un exposé dans le cadre d'un atelier ayant pour titre: Inventaires informatisés, possibilités et perspectives.19 Port de retour garanti Bibliothèque nationale du Québec 1700, rue Saint-Denis MONTREAL (Québec) H2X 3K6 ¦S "JE" Canada Posta* 1 ¦ Ifm Poal Canada / Second Deuxième class classe 1503 MONTREAL ACQUISITIONS RÉCENTES CLEVELAND, Edward.A S/
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