Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, 1 juin 1983, juin
ISSN 0045 - 1967 Bulletin de la Montréal 17e année, n" 2 Juin 1983 BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC J'écoute la pluie s'endormir dans la neige et les herbes se tapir chez les morts j'écoute aussi le temps qui me dure Ministère des Affaires culturelles Bibliothèque nationale du Québec Tire de : Vingt-quatn murmures en novembre de Jacques Brault.gravure de Janine Leroux-Guillaume, 19X0. BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUEBEC J'écoute ta pluie s'endormir dam la neige et les herbes tt tapir ihcz les morts j'écoute aussi la temps qui me dure H— SOMMAIRE Montréal — 17e année, n" 2 — Juin 1983 Éditeur: Jean-Rémi Brault Directeur et rédacteur en chef: Louis Chantigny Adjoint au rédacteur en chef et directeur de l'édition: Louis Bélanger Directeur de la photographie: Jacques King Courrier de la deuxième classe Enregistrement n" 1503 Dépôt légal — 3e trimestre 1983 Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0045 — 1967 Reproduction autorisée des textes non copyright, sur demande et mention de l'auteur et de la source.Les articles publiés n'engagent que leurs auteurs.LE BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC est publié trimestriellement.Il est distribué gratuitement à titre personnel.On peut scie procurer en adressant sa demande à la Bibliothèque nationale du Québec.Service de l'édition 1700, rue Saint-Denis Montréal (Québec) H2X 3K6 Les travaux de bibliothéconomie: un travail d'équipe Lorsque notre littérature était jeune Une étoile filante au ciel de l'édition Une vie consacrée à la bibliothéconomie Emile Nelligan Les formateurs d'une certaine élite d'aujourd'hui Un Québécois du XIX'' siècle Michelle Le Normand entre Albert Lozeau, Georges Monarque et Léo-Paul Desrosiers La collectivité bénéficie d'un nouvel instrument de recherche Dictionnaire des écrivains québécois contemporains Un legs testamentaire des plus riches Le développement des collections à l'heure du XXI1' siècle L'imprimé au Québec L'estampe originale, une prise de position Identification des monographies imprimées éditées avant 1801 Traitement normalisé des partitions musicales Pages Jean-Rémi Brault Conservateur en chef 3 Willie Chevalier 5 Roger Duhamel 8 Jean-Rémi Brault Conservateur en chef 12 Pierre de Grandpré 13 Richard Thouin Bureau de la conservation 14 Roland Auger Développement des collections et de la conservation 15 Pierre de Grandpré 16 Yvan Lamonde 19 Lise Lavigne Bureau de la bibliographie courante 22 Jean-Rémi Brault Conservateur en chef 23 Lise Bergeron Service des acquisitions 24 Pierre Mailloux Bureau de la bibliographie rétrospective 26 Guy Langevin Vice-président Conseil de la gravure du Québec 28 Denis Houde Bureau de la bibliographie courante 31 Hélène Boucher Bureau de la bibliographie courante 32 2 bulletin de la bibliothèque nationale du québec — juin 1983 LES TRAVAUX DE BIBLIOTHÉCONOMIE: UN TRAVAIL D'ÉQUIPE par Jean-Rémi lirault M.Jean-Rémi Brault, conservateur en chef, a son bureau du pavillon Marie-Claire-Daveluy.(Photo Jacques King) Le mandat confié par le législateur à la Bibliothèque nationale du Québec est le même que celui qui a été confié à toutes les autres institutions similaires.Pour accomplir ce mandat, la Bibliothèque nationale requiert un personnel relativement nombreux et particulièrement qualifié.Même si, à certains égards, les tâches de ce personnel sont semblables à celles qui sont accomplies dans toutes les bibliothèques, il est certain que le caractère spécifique de cette institution nationale apporte une collaboration particulière à tous les travaux.Les services de référence sont forcément différents.Surtout les travaux relatifs à la préparation de la bibliographie nationale requièrent l'application rigoureuse des règles internationales dans le domaine de la description bibliographique.L'application du dépôt légal et la conservation des documents, qui caractérisent les bibliothèques nationales, exigent d'être définies et revues périodiquement.Ces grandes fonctions, déjà proposées par l'UNESCO à toutes les bibliothèques nationales, doivent être adaptées aux circonstances concrètes de chaque institution nationale.Elles doivent être redéfinies en fonction de coordonnées, sinon de contraintes locales.Le personnel de la Bibliothèque nationale a donc été invité depuis quelques années à poursuivre un certain nombre d'études, à participer à l'élaboration de définitions, de politiques, de projets.Ces travaux, marginaux par rapport à la tâche principale, mais intégrés à celle-ci, ont impliqué successivement un grand nombre de professionnels et un certain nombre de techniciens.Ils n'ont surtout pas concurrencé les tâches principales de chaque personne.Sans être exhaustif, un bilan néanmoins révélateur L'objectif du présent article consiste donc à dresser un bilan de cette activité poursuivie à la Bibliothèque natio- Première partie nale.Bilan sans doute non exhaustif, mais qui indique l'ampleur et l'importance que la Direction accorde à ces travaux.S'agit-il de recherches en bibliothéconomie?Il serait sans doute prétentieux de coiffer tous ces travaux du titre ronflant de « recherches bibliothéconomiques».Car, nous admettons volontiers que «le sens du moi recherche est gal-vaudé ».' Et nous croyons qu'il faut trouver « une définition conforme a Ici réalité bibliothéconomique québécoise-2 Une définition qui corresponde à la réalité concrète de chaque bibliothèque et de chaque centre d'information.Mais ces recherches elles-mêmes doivent être poursuivies par des membres de cette profession, convaincus de l'importance de leur démarche.Et il arrivera peut-être que, à l'instar de monsieur Jourdain, certaines personnes poursuivront des recherches sans en prendre conscience.C'est dans ce contexte que nous avons réfléchi à la situation précise qui prévaut à la Bibliothèque nationale.Et nous avons dressé un bilan des travaux poursuivis dans cette institution nationale par des membres du personnel.Car.c'est bien d'un bilan dont il sera question dans le présent article.Bilan sommaire, bien sûr, qui tient compte des objectifs et des limites en espaces du Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec.Mais, bilan tout de même.Dans le cadre de cet article, ces travaux dont il s'agit cherchent des solutions concrètes à des problèmes réels.Ces solutions sont obtenues par l'observation systémati- BACHANI), Michelle et KLOCK, Buddhi.État de la recherche en bibliothéconomie et en science de l'information au Quebec: résultat d'un sondage".Argus, vol.10, nos 3-4.mai-août 1981.p.75.Voir aussi: LALIBKRTÉ, Madeleine.«État de la recherche en bibliothéconomie et en science de l'information au Québec : résultat d'un sondage » (partie 2).Ar^its.vol.10, no 5, septembre-octobre 1981.pp.99-103.ibid.BULLETIN DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC — JUIN lv>X3 3 que, l'expérimentation et le raisonnement.Et dans la mesure où ces travaux sont poursuivis avec méthode, selon des procédés et des techniques éprouvés, dans la même mesure la connaissance nouvelle sera importante et valable.Et dans ce sens, il s'agit d'une forme de recherche expérimentale, pratique, qui peut se définir «any systematic quest for knowledge that is characterised by disciplined inquiry.»3 Destinés à solutionner un problème bien identifié, à améliorer une situation, à atteindre plus sûrement un objectif, ces travaux sont conduits sérieusement, avec méthode.« Sans entrer dans les méandres de distinctions qui seraient finalement assez académiques, on peut dire que deux grands types d'activités se partagent l'ensemble de l'action des ministères (du gouvernement québécois) en matière de recherche scientifique.Il y a d'abord la recherche dont les ministères ont besoin pour pouvoir assumer adéquatement leurs missions propres (.) Le second type de recherche gouvernementale recouvre l'ensemble des initiatives prises par les ministères pour assurer et promouvoir le développement des domaines d'activités qui se rattachent à leurs champs respectifs de responsabilité et de juridiction.»4 C'est vraiment pour « assumer adéquatement » sa mission propre, remplir le mandat qui lui a été confié par le législateur que la Bibliothèque nationale doit, de toute nécessité, poursuivre ces travaux.Pourtant d'autres raisons militent en faveur de l'implication du personnel dans l'élaboration de ces travaux.À la recherche de méthodes originales À cause de sa mission, à cause aussi du rôle qu'elle doit jouer et de l'influence qu'elle doit exercer au sein des réseaux de bibliothèques, la Bibliothèque nationale doit développer des expertises, découvrir des méthodes originales, solutionner des problèmes selon des schemes non explorés.Si les problèmes administratifs se ressemblent forcément d'un type de bibliothèque à un autre, les problèmes strictement bibliothéconomiques d'une bibliothèque nationale revêtent souvent une coloration particulière et exigent des solutions originales.Déjà, les très nombreux articles qui, depuis quelques années, ont été publiés dans les périodiques spécialisés sur les bibliothèques nationales constituent, en eux-mêmes, autant d'exemples de cette réflexion féconde.Ainsi, dans un récent article, Maurice Line, de la British Library Lending Division, disait de la recherche dans les bibliothèques nationales, qu'elle est «a possible function, which may however be performed in other ways and other 3.BUSHA, Charles H.« Research Methods », Encyclopedia of Library and Information Science.New York, Marcel Dekker, 1978, vol.25, p.254.4.LAURIN, Camille.Pour une politique québécoise de la recherche scientifique.Québec, Éditeur officiel, 1979, p.77.places than the national library*} Mais il s'empressait d'ajouter: (The National Library) «must in any case carry out research for its own purposes.»(i Nos collègues français ne pensent pas différemment.Dans un texte élaboré à l'occasion de la préparation du Colloque national sur la recherche et la technologie, en janvier 1982, une collègue parlait de la Bibliothèque nationale de Paris en ces termes: «La richesse comme la diversité de ses fonds accumulés depuis des siècles, sans cesse enrichis par l'apport du dépôt légal (.) nécessitent un recours permanent à la recherche et aux techniques modernes pour lui permettre de remplir pleinement son rôle dans les trois domaines essentiels qui sont les siens: conservation, communication, exploitation de ces documents de toute nature.»7 Ces travaux favorisent le développement intellectuel du personnel, les incitent à garder le contact avec les organismes et les périodiques spécialisés.Les professionnels, entre autres, ont reçu une formation universitaire qui les rend aptes à assumer des travaux spécialisés dans la ligne de leurs études académiques.Est-il même exagéré d'affirmer que ces professionnels sont des universitaires qu'anime un souci de perfectionnement constant.C'est, du moins, l'opinion du directeur de la Library of Congress, Dr Daniel Boorstin : «If librarians cease to become scholars in order to become computer experts, scholars will cease to feel at home in our libraries: and then our whole citizenry will find that our libraries add little to their view of the world, but only reinforce the pressures of the « imperial instant everywhere ».8 En permettant aux professionnels de maintenir un niveau intellectuel digne de la formation qu'ils ont reçue, en les invitant à participer à ces travaux reliés à la tâche spécifique qui leur a été assignée, nous aidons cette institution nationale à atteindre ses principaux objectifs.Les cinq grand pôles Or, même quelquefois formulées de façon différente et selon des ordres variés, tous les spécialistes acceptent que ces fonctions se regroupent autour des pôles suivants: — «choix et acquisition de la documentation ; — conservation de cette documentation ; 5.LINK, Maurice B.«The Role of National Libraries: a Reassesment», Lihri.1980, vol.30, no I, p.13.6.Ibid.7.LAMBKRT, Monique.«La Bibliothèque nationale et la recherche», in Bulletin d'information de l'Association des bibliothécaires français, no 114, 1er trimestre 1982, p.7.8.Information for the 19X0's.Final report of the White House Conference on Library and Information Sciences.Washington, D.C., 1980, p.251.Suite à la page 30 4 BULLETIN DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC — JUIN 1983 Lors d'une réunion qui regroupait plusieurs hommes-clés de l'édition Raymond C'arignan.Pierre Tisseyre.Jacques Hébert, Roland Sasseville, québécoise, on retrouve dans l'ordre habituel J.-Z.-Léon Patenaude.Victor Martin.(Photo André Hébert) Pierre Tisseyre, éditeur LORSQUE NOTRE LITTÉRATURE ÉTAIT JEUNE par Willie Chevalier Aux Éditions Pierre Tisseyre M.Jean-Pierre Guay, lauréat en 1974 du Prix du Cercle du Livre de France, fondé par M.Tisseyre, vient de publier sous le titre de Lorsque noire littéral lire était jeune1 des propos du même M.Tisseyre qu'il a recueillis et qu'il présente avec une bienveillance qui se comprend.L'ouvrage se divise en quatre parties et la première, d'une soixantaine de pages, porte sur la vie de M.Tisseyre «de la naissance à la guerre: 1909-1945».Il n'est pas du tout sans 1.GUAY, Jean-Pierre.Lorsque noire littérature était jeune.Propos de Pierre Tisseyre recueillis et présentés par Jean-Pierre Guay.Montreal, Pierre Tisseyre, CLF, 1983.264 p.intérêt de connaître les réactions d'un jeune Français qui voyait venir la guerre et la fit durant 55 heures, «c'est-à-dire le temps durant lequel nous nous sommes battus », pour passer ensuite cinq ans de captivité en Allemagne.Il y a été interrogé par la Gestapo qui a torturé son père, mort quelques jours seulement avant la fin.Pendant ce temps, comme si cela ne suffisait pas, la mère et une soeur de M.Tisseyre étaient arrêtées à la Libération, dénoncées par le maire du patelin où elle avait sa petite maison de campagne et où elle vivait parce que c'était plus facile qu'à Paris.«Ily avait à cette époque une atmosphère de terreur, de règlements de compte », les nazis y ayant provoqué une sorte de guerre civile parallèle à la guerre mondiale.M.Tisseyre a de peine et de misère réussi à faire libérer sa mère et il raconte tout cela à M.Guay sur le ton tranquille d'une conversation de salon, sans vantardise, avec un accent de vérité qui ne trompe pas.Dans les quelques dernières années d'avant-guerre, M.Tisseyre avait vécu des aventures plus ou moins ro-cambolesques ainsi qu'il en arrive à tous les jeunes gens qui.par goût ou nécessité, veulent se débrouiller tout seuls autant que possible.Échec à New York, succès à Montréal La deuxième partie, c'est l'histoire du Cercle du Livre de France après bulletin de la bibliothèque nationale du quebec — juin 1983 5 Pierre Tisseyre (' Photo Gaby) quelques tentatives courageuses mais vouées à l'échec dans l'industrie de la presse.Le Cercle est au vrai né à New York.M.Tisseyre s'y est associé et bientôt la succursale montréalaise a réussi mieux que le siège social.L'embarras d'un choix trop riche C'est un fait que l'interlocuteur de M.Guay choisissait très bien les «livres du mois» offerts aux membres du Cercle.«C'était relativement facile, dit-il modestement, car il paraissait sans cesse de très bons livres et les éditeurs français collaboraient en m'envoyant un jeu d'épreuves de leurs meilleurs romans.» Au contraire, précisément à cause de la pléthore de bons ouvrages, le choix devait être difficile.D'autant plus que plusieurs écrivains, et non des moins prestigieux, se voulaient «engagés», mettaient la littérature au service de passions qu'ils appelaient des idées.On peut croire que beaucoup de lecteurs n'y ont vu que du feu, la valeur littéraire du livre éclipsant souvent, et heureusement, le «message» plutôt uniforme.Depuis longtemps M.Tisseyre rêvait de pratiquer le métier d'éditeur auquel certaines de ses occupations d'avant-guerre l'avaient préparé.Ayant gagné en 1944 le prix Cazes, nullement négligeable, pour son livre, 55 heures de guerre, il voulait aussi créer à son tour un prix littéraire.Il y réussit en 1949.Le montant, 500 $, peut sembler dérisoire.Il y a trente ans c'était beaucoup.En doutez-vous, homme jeune?Renseignez-vous sur les prix, à l'époque, du boeuf, du homard, des cigarettes, d'une voiture, d'un gallon d'essence, d'un complet fabriqué sur mesure par un bon tailleur, etc.Sauf un ou deux noms de personnalités dont on n'aurait pas pensé qu'elles s'intéressassent à la littérature, la liste des jurys de M.Tisseyre témoignant d'un heureux sens de l'équilibre.Et si l'on pouvait se trouver en désaccord avec eux, force est de reconnaître qu'ils n'ont pas couronné de navet.Leur discernement vaut bien, toutes choses égales d'ailleurs, celui des Goncourt par exemple.Épris de ce qu'il appelle l'édition culturelle, M.Tisseyre devait en vivre ainsi que sa famille et sa maison.Il a donc imaginé, et alors dans un but essentiellement lucratif, qui n'est pas déshonorant, un Cercle du Livre romanesque allant de pair avec la publication d'ouvrages utilitaires promis au rancart, à l'oubli, après leur popularité fugace.Tisseyre, l'écrivain, se livre C'est surtout dans la deuxième partie que se livre l'écrivain Pierre Tisseyre.N'ayant pas lu 55 heures de guerre, carence à laquelle il est aisé de suppléer, je ne saurais en parler.Mais j'admire que l'écrivain-éditeur confie: «Le premier chapitre, si je ne l'ai pas recommencé 200 fois, je ne l'ai pas recommencé une seule.J'ai calculé une fois que j'avais noirci 300 pages pour arriver à trouver le ton du départ.Et j'ai dû noircir au moins 3 000 pages pour arriver à écrire le livre tout entier.» Si le résultat n'est pas à la hauteur de cet effort, celui-ci témoigne d'une conscience professionnelle qu'il convient de citer en exemple aux étudiants, à quiconque veut devenir écrivain.Et aux gens qui n'ont jamais pensé qu'il a fallu « travailler» un texte pour qu'ils le lisent et le comprennent sans peine.Le chapitre 9 de la deuxième partie répond à des questions sur le financement et le fonctionnement des «clubs de livres».La troisième partie s'intitule «un éditeur au service de sa profession» et M.Tisseyre y évoque son rôle dans les diverses associations auxquelles il s'est dévoué et s'étend notamment sur le rôle de l'État et la nécessité de «remplacer le marché qui nous manque ».Ne discutons rien de tout cela, encore qu'il devienne fatigant d'entendre tout le monde réclamertout de l'État et du même souffle se plaindre dans les journaux et à la radio-télévision de ses prélèvements sur nos revenus.On veut bien que le gouvernement accorde des bourses aux artistes (dont les bons écrivains, en tout cas ceux qui promettent), des subventions aux éditeurs.En particulier si ça ne nous coûte rien en théorie, comme à l'origine du Conseil des Arts doté d'un fonds impressionnant à l'occasion d'une manne.Mais il est une question capitale qu'à mon souvenir on n'a jamais posée.Tout pouvant arriver, supposons qu'un artiste et son marchand de tableaux, un romancieret son éditeur deviennent millionnaires grâce à une oeuvre exécutée ou écrite et publiée à la faveur (partielle si l'on veut) d'une bourse, d'une subvention.Le montant en sera-t-il remboursé pour que d'autres en profitent?Ce serait équitable.L'éditeur se fait critique Dans la quatrième partie M.Tisseyre se transforme en critique de ses auteurs.Il aime tout particulièrement André Langevin et François Aquin.Dans le premier il voit «le plus grand écrivain québécois.le seul.qui aurait une vraie chance d'obtenir le prix Nobel de littérature ».Ainsi soit-il.Quant à Aquin, avec lequel M.Tisseyre a eu des démêlés dont le compte rendu amuse, il serait le seul rival que Langevin considère comme son égal tandis que pour ce dernier «Langevin était presque un maître».BULLETIN DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC — JUIN 1983 ChezClaire Martin l'éditeur semble, sans injustice, louer d'abord et surtout le noble souci de la forme.Elle possède d'autres qualités qui font souhaiter qu'elle nous offre d'autres romans rédigés avec plus de sérénité qu'autrefois, soit dit en sachant qu'il serait présomptueux et vain de vouloir indiquer à une romancière où puiser son inspiration.Parlant de son écurie, M.Tisseyre semble attacher une importance exagérée au fait que certains de ses auteurs soient étudiés dans les «cégeps».Cela peut rassurer le gérant de sa banque mais ne prouve exactement rien.En France, de grands écrivains sont bannis des manuels les plus en vogue et de l'enseignement pour des motifs tout à fait étrangers à la littérature.Et chez nous 99.99 p.c.des «cégépiens», c'est infiniment probable, n'ont jamais entendu parler de Paul Morin, René Chopin, Guy Delahaye ; d'un critique égal aux meilleurs de la France de 1983, René Garneau, — mais c'est un peu sa faute puisqu'il ne publie pas de livre.Et commencerait-on (peut-être.) à rendre justice à Victor Barbeau s'il n'était devenu, il y a quelques années et sans l'avoir cherché, une demi-vedette de la télévision?De même, avant ses succès de 1940 à la radio, qui dans le bon peuple s'était avisé qu'en Louis Francoeur nous avions un journaliste de la qualité du grand Jules Fournieret de son ami (à Fournier.), le bienfaisant Olivar Asselin?Il y avait en M.Tisseyre — il y a plutôt car il est heureusement vivant et aux dernières nouvelles bien portant — un bon juge des lettres.Ce qui ne lui a sûrement pas nui dans l'édition.11 a publié l'esprit et les yeux grand ouverts La nouvelle inquisition de Paul Toupin, styliste remarquable quand il se surveille, et dont quelques pages des Souvenirs pour demain sont tout simplement extraordinaires.Il l'a fait probablement pour encourager Toupin, ce qui est bien et bon, probablement aussi dans le vague espoir de gagner de l'argent, ce qui est légitime, mais il savait que « Toupin n'est pas un romancier».Il n'ignorait pas davantage que plusieurs «romans» d'écrivains renommés ne sont en vérité que séduisants exercices de style, essais mal déguisés sous forme de fiction.Lorsque notre littérature était jeune, titre accrocheur au goût du jour et de demain.La vérité, c'est que notre littérature est encore bien jeune quoique ses débuts datent de longtemps avant l'heureuse arrivée de M.Tisseyre au Canada, de bien avant 1960et 1976, ces années que l'on dit charnières.La plupart de nos auteurs d'avant 1900 furent de simples « mainteneurs » et leurs éditeurs des risque-tout : les uns et les autres souvent héroïques, — pensez au charmant climat imprévisible et à l'ambiance intellectuelle.Quelques mises au point Peut-on faire d'autres observations?Walter Lippmann est mentionné en page 33 ; de voir son nom amputé d'un «p» et d'un «n» l'aurait outré.Page 81 : Jacques de Lacretelle, en ce moment nonagénaire, a passé les années de guerre en France contrairement à Jules Romains qui de New York pourfendait les Allemands.Page 84: notre ami Roger Duhamel a dû s'étonner d'apprendre que La Patrie, où il brilla comme dans les autres journaux où il fut éditorialiste, était «nationaliste à grand tirage».M.Duhamel était certes et reste nationaliste, mais La Patrie.'.On bute sur des anglicismes : « sur» le jury; «vicieusement» (viciously) pour méchamment, avec malveillance, haineusement, brutalement, violemment.Je ne pense pas qu'il soit fautif d'écrire qu'««// Québec, il n'y pas vraiment de rapport entre le travail investi dans un livre et ce que ça rapporte à l'auteur», mais la phrase est désagréable.Un ami m'a déjà demandé quand j'investirais dans une coupe de cheveux.J'ai calculé rapidement que ça ne me rapporterait exactement rien sauf que j'aurais l'air plus propre et me sentirais mieux peut-être, physiquement, dans ma Jean-Pierre Guay (Photo Cercle du Livre de France) peau.Mais si la visite au coiffeur — c'était l'hiver — me valait un rhume qui m'aurait empêché de travailler, j'aurais perdu mon investissement! Les bons vieux prix d'autrefois Quelque chose déplairait vraiment dans le livre de M.Guay, ou plus précisément dans les propos de M.Tisseyre, qu'il faudrait vite le pardonner, l'oublier, pour ne retenir que ces judicieuses remarques: «On a aboli le moyen essentiel, le moyen le plus efficace de faire démarrer les bibliothèques privées.C'est le livre de prix.Quand l'enfant recevait des prix et rentrait chez lui avec cinq ou six bouquins, c'était l'embryon de sa bibliothèque à lui, c'était ses livres.Il les plaçait à côté de ses manuels scolaires qu'aujourd'hui on lui fournit gratuitement mais qui ne lui appartiennent plus.C'était comme ça que se constituaient les bibliothèques.Le gouvernement a choisi de supprimer le livre de prix.Ca me semble avoir été une décision dramatique quant à l'avenir culturel, quant à l'avenir d'une littérature québécoise »¦ On devrait reproduire de temps à autre ces lignes, le samedi, dans les pages dites littéraires de nos grands quotidiens.Mesdames et Messieurs Qui-de-droit finiraient par comprendre.Lorsque notre littérature était jeune recense les maisons d'édition qui proliférèrent au Canada français (c'est bulletin de la bibliothèque nationale du québec — juin 1983 7 Un centre de ralliement intellectuel UNE ÉTOILE FILANTE AU CIEL DE L'ÉDITION plus tard qu'on a dit « au Québec ») durant près d'une décennie.Comme si l'on avait cru que la guerre se prolongerait indéfiniment et que par la force des choses nous monopoliserions le marché du livre français.En attendant la liquidation ou la faillite, quelques éditeurs et Lucien Parizeau, tout le premier, ont publié des textes de haute époque littéraire sur de beaux papiers bien illustrés.Parizeau n'avait d'ailleurs pas attendu la guerre pour se faire éditeur après un trop bref séjour météorique dans le journalisme.S'il est vrai qu'il a causé des ennuis à M.Tisseyre (qu'il faut croire), il restera en revanche dans les collections de l'Ordre, du Canada et d'autres journaux, sous la signature de Lucien Parizeau, des articles brillants comme on n'en n'écrit plus.M.Tisseyre est décoré, sauf erreur, de l'Ordre du Canada.Il m'ériterait une promotion s'il voulait bien écrire une histoire de l'édition de langue française au Canada.S'il s'en abstient, nous lui devrons quand même des remerciements.par Roger Duhamel Amoins de se contenter d'être un simple comptoir où s'échangent des produits dans le plus total anonymat, une maison d'édition digne de ce nom ne peut manquer d'exercer une influence qui dépasse les considérations commerciales.Elle devient, par la nature même de son activité, un centre de ralliement intellectuel, un pôle d'attraction qui capte, si elle ne les oriente, les idées et la sensibilité d'une époque.On n'exagérera jamais le rôle immense et profond joué depuis de nombreuses années par l'entreprise Gallimard, et ce n'est là qu'un exemple retenu entre plusieurs autres.À notre échelle, nous avons également connu de ces foyers d'animation culturelle.Sans remonter jusqu'aux quelques écrivains qui réchauffaient leurs espoirs au siècle dernier dans la librairie d'Octave Crémazie, les aînés n'ont pas oublié la tentative audacieuse d'Albert Lévesque, au début des années trente.On n'a sûrement pas rendu un suffisant hommage à ce pionnier entêté qui nous fit connaître Louis Dantin, Jovette Bernier, Rex Desmarchais, Dion-Lévesque, Robert Rumilly et plusieurs autres écrivains plus ou moins oubliés.Il y a eu Bernard Valiquette Au terme de cette décennie, ce fut au tour du pittoresque Bernard Valiquette de reprendre le flambeau — le fardeau serait un mot plus juste.Logé lui aussi rue Saint-Denis, artère privilégiée, il connaîtra, pour une part à la faveur de la guerre et de la rupture temporaire des relations franco-québécoises qui devait s'ensuivre, un succès éclatant et malheureusement éphémère.Un jet d'eau qui montait n'est pas redescendu.ou plutôt il s'est changé en vapeur dans l'exaltation de ces années agitées.Je n'ai jamais oublié ce que me disait un jour Edouard Montpetit, qui compta parmi ses premiers auteurs: «Ce petit Valiquette, j'ai un faible pour lui, il a de l'étoffe!» D'autres maisons voient le jour.Je pense aux Éditions de l'Arbre, une initiative ambitieuse née de la collaboration de mon ami disparu, Robert Char-bonneau, et de Claude Hurtubise, qui se fit un nom dans le métier.L'aventure de Lucien Parizeau sera de brève durée, mais on s'en souvient grâce aux Iles de la nuit de mon cher Alain Grandbois.Pourquoi mener plus avant cette nomenclature quand il ne s'agit ici que de ramasser quelques remarques en marge du bilan des Éditions du Jour qu'a dressé avec autant de ferveur que de minutie Claude Janelle, un jeune écrivain porté, comme il se doit à son âge, à l'admiration et à la crédulité {Les Editions du Jour, une génération d'écrivains, Cahiers du Québec, collection «Littérature», Hurtubise HMH, Montréal, 1983).' Cette étude opportune contient des pièces docu- I.J ANKLLE, Claude.Les Editions du Jour : une génération d'écrivains.Préface d'André Major.Montréal, Hurtubise HMH, 1983.338 p.(Cahiers du Québec.Collection littérature).w (lande Janelle (Photo Hurtubise HMH) g BULLETIN DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC — JUIN I9K.1 mentaircs précieuses pour la connaissance de la chose écrite dans notre milieu.Il me demeure toutefois difficile de ne pas éprouver un certain malaise à la lecture de cet ouvrage très probe, mais dépourvu d'unité organique.L'auteur y traite tout à la fois et un peu pêle-mêle d'un homme, M.Jacques Hébert, des éditions qu'il a créées et dirigées pendant une quinzaine d'années, et enfin des différents écrivains qui ont fait paraître leurs oeuvres sous l'estampille du Jour.Nous passons d'un sujet à l'autre sans aucun ordre apparent et cet éparpillement ne laisse pas d'être agaçant.Jacques Hébert, un remarquable communicateur Peu d'hommes ont possédé autant d'attributs que M.Hébert pour conférer du rayonnement aux diverses initiatives auxquelles il s'est prêté.Ce licencié des HEC a toujours su protéger en lui des parties de poète.Il est un remarquable communicateur, aussi bien par la parole que par la plume.Avec un instinct suret peut-être inconscient, car il serait disgracieux de lui imputer quelque penchant démagogique, il est prompt à épouser les réactions généreuses et superficielles d'un public empressé à reconnaître en lui un justicier sans peur et sans reproche.Ce paladin souriant de l'équivoque altière sait comme pas un faire vibrer les coeurs en jetant le doute sur la culpabilité d'un assassin ou en s'apitoyant sur les détresses du tiers-monde.Journaliste d'occasion dans la foulée de ses pérégrinations de grand voyageur — «rien que la terre», a-t-il dû répéter après Morand —, écrivain doué qui se serait davantage affirmé s'il eût approfondi son sillon, il était normal, presque inévitable, qu'il songeât un beau jour à se tourner vers l'édition.Il le fit avec l'élégance et le panache qui lui sont propres et le rendent attachant même à ceux qui ont l'outrecuidance de faire des réserves sur la pertinence de certaines de ses Jacques Hébert (Photo André Larose) démarches.Autour de lui affluent spontanément des jeunes gens mordus de la tarentule littéraire et à qui il n'eut aucun mal à faire partager son contagieux enthousiasme.Pendant plusieurs années, les Éditions du Jour publient à un rythme d'enfer.J'ignore si M.Hébert a refusé beaucoup de manuscrits, mais je constate à la lecture des ouvrages imprimés qu'il en a lancé un bon nombre qui ne méritaient pas cette bonne fortune prématurée! C'est là une politique d'accueil qui ne réunit pas tous les suffrages, mais qui n'est nullement déshonorante.Il n'empêche que cette indulgence excessive dessert à la longue la littérature ; elle aboutit sûrement à plus ou moins brève échéance à des lendemains qui déchantent.L'histoire d'une démission.Au mois d'août 1974, M.Hébert fait paraître un communiqué pour annoncer sa démission, sans fournir les raisons véritables de son départ.Il parle de recyclage personnel, de son désir BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONAL!'.DU QUEBEC JUIN l'W 9 Yves Thériault (Photo Hurtubise HMH) d'aborder d'autres projets, il remercie ses collaborateurs immédiats et ses auteurs, il ne témoigne d'aucune amertume à l'égard de qui que ce soit.Une page est tournée et vite au prochain chapitre ! La réalité n'est pas aussi limpide.Bien entendu, l'éditeur n'avait aucune obligation à procéder à une confession publique et à étaler ses embarras de trésorerie.Seul son banquier le sait.Si nous en apprenons aujourd'hui davantage, sans qu'on puisse être accusés de la moindre indiscrétion, nous le devons à son rapport personnel et confidentiel, un document longtemps demeuré inconnu et reproduit in extenso par M.Janelle.Il va de soi qu'il n'est pas dans nos intentions d'entrer dans les méandres de ces démêlés mercantiles.Il ressort des explications de M.Hébert qu'il n'eut qu'à se féliciter de son association financière avec M.Jacques Brillant.Ses déceptions datent de l'entrée en scène de la Fédération des caisses d'économie du Québec et du directeur de son contentieux, Me Claude Bé-land.Si l'on se fie à la relation circonstanciée de ce mémoire — il n'y a aucune raison sérieuse de le mettre en doute —, il ressort que les nouveaux venus, si excellents hommes d'affaires qu'ils aient cru être, se sont jetés à l'aveuglette dans un champ d'activité qui leur était entièrement étranger et où ils se sont comportés avec la maladresse de chiens dans une boutique de faïence.Aussi bien comment transformer en partenaires chaleureux et efficaces des amateurs de livres et des Gérard Bessette (Photo James Gauthier, Keystone Press Agency Ltd) teneurs de livres! Ils ne déchiffrent pas les mêmes caractères.Ces questions de gros et petits sous! Une fois admise cette différence fondamentale d'optique, il faut néanmoins éviter de tomber dans un angé-lisme puéril.Si le génie n'a pas de prix, nous vivons, hélas !, dans un monde où le papier, l'encre, les rémunérations, les commissions aux distributeurs et aux libraires, les redevances aux auteurs, les frais publicitaires ont un prix, et ce prix affiche une tendance irréversible à la hausse.Libre au pur M.Janelle de reprocher à la Fédération sa « vision mercantile », de la blâmerde se considérer comme un banquier «pour qui chaque investissement doit rapporter un profit».Il n'en reste pas moins que les gens sérieux, qui se soumettent à la nature des choses plutôt que cultiver les fleurs chétives de l'utopie, ont parfaitement compris qu'il était du devoir de la FCEQ de vouloir avant tout «récupérer sa mise de fonds initiale et les prêts subséquents qui s'élevaient à environ un million de dollars».Bigre, cet argent, c'était celui des sociétaires! Aurait-il été équitable qu'elle le sacrifiât d'un coeur léger pour satisfaire des ambitions littéraires dont il reste permis d'alléguer qu'elles n'étaient pas toutes solidement fondées?Je rappelle ici une vérité première, sans départager en aucune façon les responsabilités d'intervenants qui ne s'exprimaient pas dans le même langage.Donc, après trois lustres, M.Hébert quitte le secteur de l'édition, sans au- Victor-Lévy Beaulieu (Photo James Gauthier, Keystone Press Agency Ltd) cune volonté de retour.Il n'est plus le jeune homme prolongé dont il a longtemps maintenu l'image, la raréfaction capillaire jointe à la lourdeurdu regard lui ont conféré une allure de gravité digne d'un futur pair de la nation, il songe sérieusement à s'arrimer au navire canadien —«Bien sûr, je suis fédéraliste », proclame-t-il comme si nous en avions jamais douté ! —, bref, il a compris que rien ne s'oppose à ce que des amitiés anciennes et fidèles soient lucratives, tout comme beaucoup de gens sont convaincus qu'une foi qui n'agit pas n'est pas une foi sincère.Désormais, pour le meilleur et pour le pire, M.Hébert appartient beaucoup plus à l'État canadien qu'à la littérature.De Pierre Trudeau à Pierre Sévigny La compilation attentive de M.Janelle passe en revue un bon nombre des quelque 900 publications de la maison, réparties en 21 collections.On aura deviné que toutes ne revêtent pas la même importance.Personne ne retiendra les livres pratiques et utilitaires auxquels doit se résigner tout éditeur soucieux de boucler ses fins de mois.Dans une catégorie voisine et aussi périssable se classent les livres d'actualité politique et c'est faire preuve d'une louable impartialité que publier concurremment un Marcel Chaput et un Pierre Trudeau, un Stanley Knowles et un Pierre Sévigny.Si ce n'est pas là de l'éclectisme.La collection des Poètes du Jour n'ayant révélé, à deux ou trois exceptions près, aucun nom prometteur, le critique est tout à fait justifié de faire 10 bulletin de la BIBLIOTHÈQUE nationale du québec — juin 198.1 Jacques Ferron et André Major (Photo James Gauthier.Keystone Press Agency Ltd) porterie poids de son effort sur l'écurie des romanciers.C'est là qu'on peut trouver en effet le meilleur titre des Éditions du Jour à la gratitude des amateurs de belles-lettres.Comme il est question dans ce livre de «héros thériausiens» et de «l'entreprise pou-partienne» (sic), on ne s'étonnera pas que je veuille inscrire de rapides réflexions découlant de l'analyse janelli-sante ! Il est évident que des aînés de qualité comme Yves Thériault et Gérard Bessette, Jacques Ferron et Marie-Claire Biais n'ont eu nul besoin de telle ou telle maison spécifique comme rampe de lancement.Leur talent seul suffisait à les imposer.Au demeurant, quand ils ont grimpé l'escalier de la rue Saint-Denis et pénétré dans le bureau du sympathiqe directeur, ils avaient déjà gagné leurs galons; ils les ont confirmés sous son égide, ce qui n'est négligeable ni pour l'un ni pour les autres.Un nom à dégager: Victor-Lévy Beaulieu Des noms les plus étroitement associés à la fortune de la maison, il faut dégager celui de Victor-Lévy Beau- lieu, à la fois comme auteur et comme directeur littéraire.Quand son principal collaborateur le quitte à la suite d'une sotte prétention de ce dernier, M.Hébert, bon prince, lui rend un témoignage éclatant et fortement exagéré en voyant en lui «un des meilleurs écrivains qu'a produit le Québec jusqu'à ce jour» ! Est-ce propos d'humoriste ou doit-on se demander jusqu'à quel degré d'égarement peut mener la cécité.ou l'astuce'.' M.Janelle se montre plus pondéré: après avoir noté le «comique gros et croustillant » de Beaulieu, il souligne malicieusement «son incapacité à conserver ses amitiés dans le milieu littéraire » et il reconnaît en lui un «maître dans l'art de dresser les uns contre les antres et de cultiver le paradoxe ».Ce qui semble moins aimable que judicieux.Sans doute serait-il vain de reprendre un à un les jugements, généralement modérés, du jeune historien des lettres.Il a certainement raison de souligner que M.Hébert «mise sur de jeunes romanciers qui en sont à leur première oeuvre d'imagination».Le malheur, c'est que tout indique que la chronologie a été trop souvent le critère déterminant.Les Radiguet ne courent pas les rues de Montréal ! Il s'ensuit que le papier étant impuissant à se défendre, nous avons subi l'étrenne de nombreux textes à peu près illisibles, souvent axés sur une démangeaison sexuelle infantile et recourant à une langue délibérément (?) débile, marinant dans la vulgarité épaisse et satisfaite.Dieu aidant, plusieurs de ces pseudo-romanciers pu-bertaires et incultes n'ont pas franchi l'étape du second roman.Ce commentaire ne vise pas tous les romanciers de la maison ni sans doute la majorité d'entre eux.Il n'en est pas moins vrai que plusieurs de ces récits confondent prose et poésie (l'une et l'autre souvent frelatées)ou se limitent à n'être que des exercices d'écriture peu aptes à solliciter et à retenir l'attention des lecteurs.Le laboratoire, l'atelier, l'usine, c'est indispensable.Marie-Claire Biais (Photo James Gauthier.Keystone Press Agency Ltd) mais le public s'intéresse peu aux copeaux et aux brouillons informes! Je ne crois pas errer en soutenant que l'histoire accordera, au rayon du roman, une place plus importante au Cercle du Livre de France qu'aux Éditions du Jour.Sous la houlette autoritaire et avisée de Pierre Tisseyre et malgré d'inévitables dérapages vers la banalité, il reste qu'un André Langevin et une Claire Martin, un Jean Simard et une Maheux-Forcier détiennent une hypothèque plus forte sur la postérité que les auteurs de Ma tite vache a mal aux pattes, de Z à A, des Confidences d'une prune ou de Johnny Bungalow.Une salutaire secousse littéraire Une initiative née de la ferveur et de l'enthousiasme n'est jamais indifférente.En créant les Éditions du Jour, M.Hébert a secoué fort opportunément notre milieu littéraire.Par son entregent et son don de l'amitié, aussi par une certaine légende qu'il a toujours entretenue autour de sa personne, il a encouragé de jeunes écrivains qu'il a mis en orbite.Que certains parmi eux n'aient pas mérité de BULLETIN DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC - JUIN 1983 11 décoller, lestés d'un trop mince bagage, c'est sans doute le fait de l'indulgence accueillante de son tempérament beaucoup plus encore que de la pauvreté de son sens critique.Il n'aura pas en tout cas à rougir de son passage dans les plaines arides de l'édition.Flanqué de son Sancho Pança — pourquoi pas notre ami Zénon-Léon ! —, nous sommes plusieurs à conserver l'aimable souvenird'un Don Quichotte à la poursuite des moulins à vent.Cela se passait bien avant qu'il ait entrevu dans les brumes outaouaises les tours rassurantes du Parlement.Lucille Busseau UNE VIE CONSACRÉE À LA BIBLIOTHÉCONOMIE par Jean-Rémi Brault Ala fin du mois d'avril 1983, mademoiselle Lucille Busseau, bibliothécaire, quittait la Bibliothèque nationale du Québec après trente années de service ininterrompu.Au moment de prendre sa retraite, elle était la doyenne d'âge et d'années de service de notre institution, respectée de tout le personnel aussi bien pour sa compétence et sa culture que pour sa gentillesse et son respect des collègues.Lucille Busseau laisse le souvenir d'une collègue d'une qualité exceptionnelle.Elle est entrée à ce qui s'appelait encore la Bibliothèque Saint-Sulpice le 1er juin 1953.Et durant toute sa carrière, elle travailla au Service du cata-logage et au Service de l'analyse documentaire.Spécialiste des problèmes de classification, elle accepta des responsabilités administratives, soit comme responsable du Service du ca-talogage, soit même comme coordon-nateur par intérim des Services techniques.Parcourir le «dossier» de Lucille Busseau, c'est revivre trente années de cette institution nationale.Et en transcendance dans ce dossier, et en filigrane dans cette histoire, c'est la vie d'une personne qui non seulement a littéralement donné trente années de sa vie mais l'a fait dans le respect des autres, dans la compétence, dans la dignité du service.Pour elle, la Bibliothèque nationale du Québec, c'est bien plus qu'un lieu de travail ou une source de revenus nécessaires, c'est une famille.C'est un lieu d'affection.C'est une occasion de servir une institution unique avec une dignité unique.C'est une occasion de servir le Québec.Elle faisait partie de ces employés de l'État, plus nombreux que d'aucuns le pensent et le répètent, qui ont fait de leur vie un service et qui ont offert ce service à l'État.C'est pour ce service, vécu dans la compétence, c'est pour ce qu'elle fut comme collègue et compagne de travail, que nous conservons de Lucille Busseau un souvenir constant et reconnaissant.Mademoiselle Lucille Busseau entourée des membres du Service de l'analyse documentaire à l'occasion d'une fête donnée en son honneur.On reconnaît dans l'ordre habituel Pierre Deslauriers.Lucille Busseau, Nicole Tremblay, Van Khoa Nguyen.Lucie Pellerin.Pauline Lauzon, Danielle Pigeon, Sylvie Mailhot, Lise Bricn Hamcl, Ghislaine Bolduc Naidoo, Noélla Gravel.(Photo .lacques King) 12 bulletin de la bibliotheque nationale du québec — juin 1983 Nouvelle publication de la Bibliothèque nationale du Québec Emile Nelligan Pierre de Grandpré Emile Nelligan Pierre de Grandpré Une brochure récente «.le la Bibliothèque nationale du Québec, consacrée à Emile Nelligan, présente, sur tond d'illustrations, quelques-uns des plus beaux poèmes et certains des plus beaux vers isolés du poète II s'agit d'un texte lie à une exposition qui a eu lieu antérieurement à la Place des Arts qui tentait de taire le relevé île la thématique de l'oeuvre.Les éléments île biographies qui suivent (1872- 1941 ) résument déjà la vie tourmentée de Nelligan.Cette publication, d'un niveau de qualité soignée est disponible, sur demande, au Service de l'édition.Ministère des Affaires culturelles Bibliothèque nationale du Québec Pour faire revivre Emile Nelligan clans le souvenir, il faut tenter de recréer une atmosphère familiale, de retracer l'histoire d'un quartier, de rappeler par l'image et le texte ce qu'était la vie morale et intellectuelle, à Montréal, au tournant du XX
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