Le couac, 1 mars 1998, mars
OYCOTTE Le progrès McDonald's innove toujours.Après les emballages jetables et les employés jetables, voici enfin les restaurants jetables.D.L.Bilan Jeux Olympiques d'hiver 1998 Les conscrits irakiens remportent la médaille d'or du creusement de tranchées, les Américains celle de l'escalade militaire.Votre AMI L'Accord mondial sur les investissements (AMI), vous connaissez?Il sera sans doute signé en avril par 29 pays II met en place un nouvel ordre économique mondial où les capitaux seront maîtres et rois.L'AMI, c'est en effet le droit pour les entreprises d'investir et de s'installer où elles veulent, quand elles veulent, sans possibilité pour les États de les contraindre à quoi que ce soit.Dans Le Monde diplomatique de février, Lori M.Wallach écrit: «Il faut remonter aux traités coloniaux |.| pour trouver exposés avec autant d'arrogance dominatrice [.) les droits imprescriptibles du plus fort».Et sous la gouverne de qui s'est négocié cet accord, à l'insu des populations?Donald Johnston, secrétaire général de l'OCDE, ancien président du Parti libéral du Canada et ami de longue date de Pierre Elliot Trudeau.Le monde est petit.JFN La bonne raison Pourquoi la Cour suprême du Canada n'a pas à se mêler de la question du droit à la sécession du Québec?Parce que c'est une question politique plutôt que juridique?Non.Parce que le Québec n'a jamais accepté la Constitution de 1982 grâce à laquelle la Cour suprême détient son autorité?Pas du tout.Parce que la légitimité de la démarche politique du Québec en la matière a déjà été reconnue lors de référendums?Vous n'y êtes pas.Parce que des arbitres juridiques nommés par Ottawa ne sauraient s'attribuer le monopole de la raison.Vraiment, vous ne saisissez pas du tout l'affaire Les gens de Pro-Démocratie, «un rassemblement de personnes provenant de différentes familles politiques», ont eux trouvé la bonne réponse.Ils l'ont d'ailleurs fait publier à pleine page dans les journaux le 6 février.Et quelle est cette lumineuse réponse?Celle-ci: parce que vous avez le droit d'inviter «les amis de votre choix pour souper» Génial.Le sens des priorités La diplomatie canadienne met beaucoup d'efforts à défendre un surfeur des neiges suspecté d'avoir fumé du pot à Nagano.En même temps, on se prépare gaiement à aider l'ami Clinton à bombarder des civils irakiens.Quand on veut des médailles, on prend les moyens.Un drôle d'oiseau Les charmes de la peine de mort Nathalie Petrowski, avec toute l'acuité d'analyse qu'on lui connaît, trouve à se réjouir de l'exécution de Karla Faye Tucker au nom même de la lutte contre la peine capitale (La Presse, 4 février).«Avant Karla Faye Tucker, écrit-elle, la croisade contre la peine de mort manquait de charme, de drame et de romantisme.» Lui importe peu, au fond, que les chaises électriques ne servent à rien et que pourtant on s'en serve encore.Car avant l'horreur, il y a l'image qu'on a de l'horreur.Le prisonnier se trouve au bord du gouffre.Il est à deux doigts du triomphe de l'inhumanité sur la raison.Et Petrowski nous lance que ce qui compte à ce moment, c'est le sex-appeal du prisonnier, «ce mélange de charisme et de charme qui a rendu Karla Faye Tucker presque aussi populaire que le président Clinton».En d'autres termes, «si le condamné à mort est un deux de pique abruti et fascisant |.|, les gens s'opposeront à son exécution pour la forme tout en se disant dans leur fors (sic) intérieur: tant mieux pour lui, il le méritait».Alors pourquoi dépenser tant d'argent en frais d'avocat quand il serait plus profitable d'investir dans des chirurgies plastiques et des conversions religieuses?La justice n'aboutirait pas au cimetière si tout le monde était beau et illuminé par une grâce divine.En 1996, le nombre d'exécutions capitales a atteint le triste record de 4200.La Chine se classe toujours bonne première.Aux États-Unis, dans les couloirs de la mort, quelque trois mille détenus croupissent dans l'attente de leur exécution.Petrowski pourrait peut-être se porter volontaire pour aller grossir leur rang.Nous aurions enfin un motif de la défendre pour quelque chose, bien que sa bêtise n'ait rien de romantique.JEAN-FRANÇOIS NADEAU J L v Si on voyait Çd Nathalie Petrowski se réjouit.Elle croit que le «sex-appeal» de Karla Faye Tucker aidera les opposants à la peine de mort.L'espoir pour les opposants à la peine de mort?Que Miss Texas soit condamnée.?Sondage Couac Pourquoi, selon vous, les États-Unis tiennent-ils à bombarder l'Irak?• Pour protester contre l'obstruction d'Israël au processus de paix au Moyen Orient.• Pour protester contre les violations des droits de la personne en Chine.• Pour protester contre les massacres en Algérie.• Pour protester contre la faim dans le monde.• Pour protester contre l'excision du clitoris.N'envoyez pas vos réponses, elles n'y changeront rien.f 437 exécutions aux États-Unis depuis 1976 56 31 0 1 0 2 0 1 2 n.i.i.llll 1976 78 80 82 84 86 88 90 92 94 96 97 Naganouille On proposait récemment une nouvelle discipline olympitre où l'on pourrait battre tous les trois jours le record du saut en profondeur: le petrowski bottine.Mais le CIO ne l'a pas acceptée aux Jeux d'hiver parce qu'elle semble se pratiquer en toutes saisons.Sauvez les universités québécoises Enseignez bénévolement! «Bénévolat»: que l'on évoque ce mot et notre esprit nous entraîne aussitôt de centres d'accueil en associations de quartier, au milieu des sans-abri et des aînés solitaires.Bien entendu, on ne pense pas tout de suite aux étudiants.Et si eux aussi, pour recevoir une formation digne de ce nom, devaient compter sur la générosité des enseignants?Depuis le mois de janvier 1998, le professeur Robert Boily, du Département de sciences politiques de l'Université de Montréal, enseigne bénévolement.Bien qu'il ait été mis à la retraite en juin 1997, on lui demande d'offrir le cours obligatoire intitulé «Institutions politiques comparées» à plus de 150 étudiants de première année.«La Faculté des arts et des sciences n'était pas en mesure de fournir les sommes nécessaires pour engager un nouvel enseignant, explique M.Boily.Si j'ai accepté de donner ce cours gratuitement, c'est avant tout par intérêt pour le département de science politique et parce que ça me fait plaisir.» C'est lui-même qui, douze ans plus tôt, a créé ce cours que tous les étudiants de première année de Baccalauréat spécialisé en science politique doivent obligatoirement suivre.Selon Robert Comeau, du département d'histoire de l'UQAM, la situation de M.Boily est la conséquence d'une stratégie établie par les universités: «On essaie d'utiliser gratuitement les professeurs qui sont à la retraite, explique-t-il.Ils sont nommés «professeurs associés» parce qu'on a besoin d'eux.» Un système qui fonctionne, compte tenu de la passion légendaire que les enseignants ont pour leur profession.Le savoir amputé Mais que se serait-il passé si M.Boily avait refusé?Les étudiants auraient probablement dû se rabattre sur un autre cours et oublier les «Institutions politiques comparées».Que devrait-on penser alors de ce cours obligatoire?Est-il obligatoire parce qu'il est indispensable à la formation de l'esprit dans ce domaine?Si tel est le cas, comment se fait-il qu'il soit impossible de le financer?Il semble bien que le champ de l'indispensable rétrécisse ces jours-ci et que le bricolage tienne lieu de planification.Par exemple, en histoire, à l'UQAM, on passera désormais plus vite sur les Patriotes ou les Amérindiens: les spécialistes sont partis.Ils n'ont pas été remplacés.Au total, à l'UQAM, sept professeurs d'histoire, qui s'intéressent pour la plupart au Canada et au Québec des xixe et xxe siècles, ont pris leur retraite en l'espace d'un an et demi.L'université leur promet d'engager.un remplaçant.Une situation d'autant plus grave que ce domaine d'étude, aujourd'hui menacé, constitue depuis longtemps le point fort du département.Quant à l'Université de Montréal, pas moins de onze professeurs ont quitté le département d'études françaises.Seulement quatre nouvelles recrues ont repris le flambeau.«Ce sont des champs entiers du savoir qui disparaissent», déplore M.Comeau.Pour M.Boily, cette politique est littéralement suicidaire.«Nous avons mis 25 ans à construire quelque chose qui est en train d'être détruit.J'ai un peu l'impression d'avoir perdu mon temps pendant toutes ces années.Il va falloir que nous nous arrêtions rapidement, parce qu'il est parfois plus difficile de reconstruire que de construire.» Seuls et démotivés Le fait que les étudiants disposent désormais d'un choix de cours plus limité n'est pas l'unique conséquence des coupures budgétaires.Ils souffrent de surcroît d'un manque d'encadrement et d'une démotivation grandissante.«Le budget affecté aux auxiliaires d'enseignement a considérablement diminué.Nous avons obtenu 15% de moins que ce que nous avions demandé, puis 7% de la somme reçue a été supprimé», explique Gracelia Ducatenzeiler, directrice du Département de sciences politiques de l'Université de Montréal.Une situation d'autant plus préoccupante que le nombre d'étudiants a augmenté de 10% dans ce département par rapport à 1996-1997.Il y a en moyenne 160 étudiants de première année dans les amphithéâtres «."^ ne peux pas connaître tous mes étudiants! regrette M.Comeau.Comment faire avec 25 maîtrises et 5 codirections en plus des cours surchargés?» Le plus grave, estime-t-il, est que ses étudiants sont de moins en moins motivés «Il n'y a pas de perspective d'emploi.Les étudiants sont découragés.Il n'y a aucune incitation à étudier en sciences humaines.» Laurent Mailhot, professeur de littérature française et québécoise aujourd'hui à la retraite, est plus optimiste.Selon lui, contraintes de se serrer la ceinture, les universités amorcent leur autocritique.«Dans l'ensemble, les coupures sont saines Les programmes se sont multipliés; il devenait nécessaire de faire le ménage.» Si les uns jouent moins les Cassandre que les autres, tous s'accordent toutefois sur le fait que les coupures devraient avant tout se faire au niveau de l'administration et des privilèges.Les idées ne manquent pas: lorsque M.Mailhot suggère de faire disparaître la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal, trop lourde et «artificielle», M.Comeau propose de couper dans les primes accordées aux professeurs.L'espoir est mis dans les syndicats de professeurs, où «il semble y avoir quelques réactions» selon M.Comeau.Mais il y a loin de la coupe aux lèvres si l'on se fie à l'évolution de la stratégie destinée à atteindre le fameux «déficit zéro» exigé par le gouvernement.Des programmes entiers, fruits de décennies de recherches, pourraient être dilapidés tandis que l'on cherche de nouvelles cibles pour le couperet budgétaire.En attendant les miracles , il ne reste plus qu'à trouver de bonnes âmes qui sauront transmettre leur savoir aux étudiants.pour le seul plaisir d'enseigner.morale: un cours indipensable, c'est un cours qu'on ne peut plus dispenser, de peur de dépenser.CATHY PÉPIN Vol.1 • no 6 Mars 1998 1,99 $ Coot\ç, Qu'est-ce qui est le plus obscène?Que le Président américain se fasse tailler une pipe dans la Maison Blanche ou que les enrôlés irakiens se fassent encore une fois casser la pipe par les Américains?Tuer l'ourse lis ont eu sa peau! Pendant toute la durée du carnaval, la Fourmi Atomik, un estaminet alternatif de Québec, affichait fièrement sa toute dernière prise: la peau du Bonhomme Carnaval, clouée au mur.Inspirée, l'opposition de Sainte-Foy cherche maintenant à avoir celle de la mairesse Boucher.Souvenir: Jeux Olympiques d'hiver 1998 Souvenir du Japon: l'équipe olympique américaine a-t-elle visité Hiroshima, là où il y a 53 ans les Américains raflaient la médaille d'or de la course aux armements?Humour mortel L'animateur Jean-Michel Dufaux admire Nathalie Petrowski pour «sa critique sociale et son humour tantôt cynique, tantôt ironique» (Le Lundi, 14 février).Ce cher Jean-Michel, toujours le mot pour rire.fean Chrétien s'en va-t-en guerre S'il restait quelques naïfs pour croire encore au mythe du Canada, pays pacifiste, ils devront maintenant se rendre à l'évidence.Au premier signal donné par Bill Clinton, Jean Chrétien se lance dans l'aventure guerrière contre l'Irak.Est-ce vraiment là le moyen de ramener Saddam Hussein à de meilleurs sentiments?Il est évident que non.Si elle survient, l'attaque du «grand Satan» ne peut que conforter l'image du dictateur en héros national.Ce n'est pas lui qui souffrira des bombes, c'est son peuple déjà durement éprouvé par la guerre du Golfe, il y a sept ans, et par le blocus qui a suivi.La misère règne aujourd'hui dans ce pays naguère prospère.Cette fois, le président des Etats-Unis n'est même pas drapé dans le manteau des Nations Unies, Peut-on se demander si son mobile, dans cette affaire, ne serait pas de faire diversion, de détourner l'attention du «braguettegate»?Ou encore s'il cède sous les pressions des compagnies pétrolières dont le blocus sert les intérêts?Quoi qu'il en soit, si l'Irak fait problème, la guerre ne pourra qu'aggraver la situation.On sait quand on la déclenche.On ne sait pas après combien de morts elle s'arrête.PIERRE DE BELLEFEUILLE k Le Couac, mars 1998, page 2 d'hydrolâtrie! Les politiciens, Lucien Bouchard en tête, ne cessent d'encenser Hydro-Québec et son télégénique PDG au col roulé.On se demande bien pourquoi.À part les monteurs de ligne, il y a là-dedans peu de héros.Au contraire, la tempête de verglas a révélé la grande fragilité du réseau, dont les dirigeants d'Hydro-Québec portent évidemment la responsabilité Même le syndicat des ingénieurs de la maison dénonce les carences dans l'entretien des lignes de transmission.Malgré les avertissements qu'ont constitués les précédentes tempêtes de verglas, la direction d'Hydro-Québec a pensé profits plutôt que sécurité.Elle rêve d'augmenter la production afin d'exporter aux Etats-Unis des surplus très profitables.Il est beaucoup question du plan stratégique, qui doit être étudié, si l'on peut dire, en commission parlementaire.Ce plan ne devrait avoir qu'un seul objectif: réparer et solidifier le réseau Mais les députés de la majorité péquiste vont sans doute noyer tout débat dans l'habituel bénissage.Pousseront-ils la soumission jusqu'à porter tous le col roulé?MAX Lumineux Sainte-Brigide-d'Iberville, une des dernières municipalités privées de courant, est rebranchée par Hydro-Québec après 35 jours de panne.La Presse écrit en première page de son édition du 9 février: «Les soirées de karaoké pourront enfin reprendre au Bar L'Entre-Deux».Et La Presse pourra repartir à la recherche d'un autre scoop.On s'en fout La Société canadienne des postes vendra les timbres britanniques consacrés à Lady Di.Réductions La Société canadienne des postes a réduit de 16% la taille du drapeau canadien sur les timbres courants/ Vive 1' Alberta libre! Lu dans le Globe and Mail (10 février), ce commentaire de J.P.Bryan, président démissionnaire de Gulf Canada:
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