L'itinéraire, 1 janvier 1995, mai
[" (Photo: Louana Angeles) Un nouveau journal indépendant L'Itinéraire Édito Alain Demers V ITINERAIRE < 1223, rue Ontario Est Montréal (Québec) H2L-1 1*3 Tél.: (514) 597*0238 Fax: (514) 597-1544 Le Journal L'Itinéraire est un mensuel publié par le Groupe L'Itinéraire et vendu sur la rue au coût de 1$ dont 500 revient directement au vendeur itinérant.Tirage: 22 000 exemplaires.Le Journal L'Itinéraire est vendu et produit en majeure partie par des personnes itinérantes, ex-itinérantes et/ ou toxicomanes, dans le but de leur venir en aide et permettre leur réinsertion future sur le marché du travail.Les articles écrits par des journalistes pigistes professionnels portent la mention «collaboration spéciale».Comité de direction: Alain Deniers, Josette Bouchard, Johanne Poulin * Rédacteur en chef: Serge Lareault \u2022 Adjoint à la rédaction: Robert Beaupré \u2022 Collaborateurs: Cylvie Gingras, Marie-Céline Arsenault, Jocelyne Mac Donald, Pierre Manic I \u2022 Mise en page: Josette Bouchard, Serge Lareault \u2022 Promotion: Serge Lareault, Alain Demers \u2022 Adjoint administratif: Alain Demers \u2022 Secrétaire administratif: Denis Blanchard \u2022 Distribution: Johanne Poulin, Guylaine Hébert, Denise English, Gabriel Bissonnette, Michel Desjardins, François Thiv ierges \u2022 Sécrétai re-réceptionniste : Danielle Larivée \u2022 Photos: Lyne Marie Roy \u2022 Correction: Mannon Bédard, Jean Le May, Jacques Larue-Langlois \u2022 Mot-mystère: Monique Lapierre \u2022 Imprimeur: Imprimerie Québécor L'Itinéraire est entièrement recyclable Lorsque en 1992 un groupe de personnes itinérantes et ex-itinérantes a décidé de produire un petit journal sous forme de brochure afin de faire connaître leur organisme, elles étaient loin de se douter que ce journal prendrait l'allure actuelle et atteindrait un tirage d'environ 20 000 exemplaires par mois.Encore moins que ce projet prendrait tant d'ampleur que le journal deviendrait une entité légale indépendante.C'est pourtant ce qui est arrivé! Les membres du Groupe communautaire L'Itinéraire ont voté en faveur de la création d'un nouvel organisme sans but lucratif, appelé Journal L'Itinéraire, dont l'activité principale est la production d'un mensuel.Après une enfance difficile, L'Itinéraire a passé le cap de la majorité et vole maintenant de ses propres ailes.Beaucoup de travail et d'énergie ont été dépensés par l'équipe.Il faut rappeler que, si ce journal existe, c'est grâce au bénévolat de ceux et celles qui y ont cru depuis le début.Des «BS», des gens dits «inemployables», des exclus, des itinérants et des toxicomanes ou ex-toxicomanes.Bref, des gens dont l'entreprise privée ne veut «rien savoir» se sont regroupés pour se donner un moyen d'expression et réapprendre ensemble à travailler.Par le journal, ils démontrent au grand public qu'ils ont des choses à dire et des opinions à émettre sur tous les sujets.Mais c'est aussi une expérience de travail et des techniques nouvelles que les membres de L'Itinéraire ont apprises.De plus, la vente dans la rue a permis à plusieurs personnes, qui autrefois mendiaient, de se revaloriser et de se réinsérer à leur rythme sur le marché du travail.Vente sur la rue Le 24 mai 1994, L'Itinéraire fit son apparition dans les rues de Montréal et connut un vif succès dès le premier numéro.Grâce à la motivation et à un effort constant des participants, le journal fut publié à tous les deux mois d'abord, et mensuellement depuis janvier dernier.L'Itinéraire a souvent été sujet de reportage de la part des médias électroniques et écrits.Cette visibilité lui a permis de se faire connaître plus rapidement par la population montréalaise, et même ailleurs.Depuis janvier dernier, L'Itinéraire est aussi disponible par voie d'abonnement; ce qui permet aux gens vivant en banlieue de nous lire.Les journaux de rue sont un phénomène à la mode.Plusieurs grandes villes à travers le monde comptent maintenant leur journal.Contrairement à ces derniers, L'Itinéraire est géré, produit et vendu par des itinérants et ex-itinérants; ce qui constitue un défi de taille pour une population marginalisée.À l'heure où la plupart des journaux ont de la difficulté à survivre, L'Itinéraire tente de rentabiliser son entreprise afin de pouvoir rémunérer ses employés et de promouvoir la réinsertion sociale des personnes itinérantes.Ce défi est impossible à réaliser sans votre appui et celui de nos annonceurs.Nous profitons de ce premier anniversaire pour remercier toutes les personnes qui nous ont encouragés depuis un an et ont rendu possible la création du journal.Nous tenons aussi à remercier nos nombreux commanditaires et supporteurs.Défendre des causes L'Itinéraire défend, depuis sa création, la cause des itinérants, des sans-emploi et des plus démunis en général.Tous les sujets d'actualité peuvent être traités afin de mettre en lumière une population jetée dans l'ombre ou carrément ignorée.Ce neuvième numéro, dédié aux femmes, représente la réussite d'un groupev souvent ignorée par les médias.À l'origine du Groupe et du Journal L'Itinéraire, les femmes étaient majoritaires et ont travaillé d'arrache-pied pour s'adjoindre de nouveaux collaborateurs, dont des hommes.Pionnières souvent oubliées, nous tenons ici à les féliciter, et nous leur dédions ce numéro de L'Itinéraire. Les femmes présentées par elles-mêmes j Un dossier.féminin Pour ce numéro de mai, le Journal L'Itinéraire se joint à toutes les femmes du Québec qui quotidiennement ont une petite ou grande victoire à remporter dans leur vie contre un système, une société qui les discrimine plus souvent qu'à leur tour.Du 26 mai au 4 juin prochain, la Fédération des femmes du Québec et de nombreux groupes organiseront la Marche des femmes contre la pauvreté afin de revendiquer plusieurs actions qui doivent être entreprises par les gouvernements pour freiner la pauvreté.Des centaines de femmes entreprendront le 26 mai, à partir de Montréal, une grande marche de 2(10 Km qui les mènera à Québec, le 4 juin, parcourant ainsi 20 Km par jour.Près de 10 000 femmes sont attendues dans la capitale.Sous la bannière du Pain et des roses, elles revendiquent le travail qui procure le pain mais aussi des roses pour la qualité de vie.L'Itinéraire a donc choisi ce mois-ci pour laisser des femmes, des inconnues, des «madames tout le monde» s'exprimer sur elles-mêmes.-%rr>s GRAND RASSEMBLEMENT 4 JUIN 1995, À QUÉBEC INFOS: (514) 948-1994 ou 1-800-817-1994 MARCHE DES FEMMES CONTRE LA PAUVRETÉ Les femmes itinérantes ont besoin de plus qu'un abri Comité femmes RAPSIM L 'itinérance est une réalité qui atteint un nombre croissant de femmes.De plus en plus de femmes sont dans cette situation.On les retrouve directement dans la rue, dans les ressources pour sans-abri,' dans les maisons d'hébergement pour femmes en difficultés, dans des réseaux de drogues et de prostitution.À Montréal seulement, on estime à près de 6 000 le nombre de femmes sans domicile fixe (40% de la population itinérante).Malgré le développement au cours des dernières années de nombreuses ressources communautaires et la bonne volonté des intervenantes du milieu, plusieurs centaines de femmes sont refusées dans les centres chaque mois et retournées à leur milieu.L'itinérance ne fait plus que guetter les femmes, c'est devenu un problème réel et grandissant.Dans les ressources d'hébergement communautaires, la durée du séjour s'allonge, les demandes de réadmission augmentent et les perspectives de sorties rapides s'amenuisent.Alors qu'auparavant une partie des femmes sans-abri pouvaient plus facilement se sortir d'une impasse temporaire, la détérioration des conditions socio-économiques ne permet presque plus de le faire (manque de logements sociaux , précarité de l'emploi, insuffisance de revenus , discriminations, violence.).La société ne permet plus aux femmes en difficultés de récupérer et de reprendre pied.Quand les femmes demandent d'être hébergées dans un refuge ou une maison pour femmes en difficultés, c'est qu'elles n'ont pu trouver aide et asile dans leur réseau personnel de relations et qu'elles ont souvent adopté des comportements qui entraînent leur rejet par d'autres instances d'aide.La société les a stigmatisées.L'itinérance c'est le fond du baril de la pauvreté.Plus qu'un simple toit Pour les femmes sans-abri, itinérantes, marginalisées et victimes de problèmes socio-affectifs, de santé mentale et/ou physique, d'alcoolisme, de polytoxicomanie, de passé judiciarisé, l'habitation c'est plus qu'un toit sur la tête, une place pour dormir ou se réfugier.Encore faut-il qu'il y ait stabilité.Pour une femme qui a vécu l'itinérance, se trouver un logement se traduit par une lutte avec elle-même et avec la société qui la discrimine constamment pour une place stable sous le soleil.Ainsi de nombreuses femmes présentant des problèmes socio-affectifs ne réussissent pas à percer les barrières d'admissibilité à un logement social.À cause de leurs antécédents (manque d'argent, santé précaire, Suite en page 23 a.I I Trois générations de femmes parlent de la condition féminine actuelle Allez savoir à quelle sainte se vouer! Autrefois, les enfants se promenaient avec une médaille de la Sainte Vierge autour du cou.Les temps ont bien changé, et les mères d'aujourd'hui ne savent plus trop à quelles saintes se vouer ni dans quels paradis électroniques expédier leurs enfants.Les super-nintendo, les ordinateurs, vidéo et différents gadgets s'avèrent d'excellents outils, voire d'excellentes gardiennes, mais ils ne remplacent pas pour autant la chaleur maternelle et n'offrent en rien la sécurité indispensable aux enfants.L'iceberg de l'essoufflement des femmes et des mères est de plus en plus visible, et chacune essaie par différemes astuces de le repousser.8 .S I 4 ^Marie-Céline Arsenault *^ Collaboration spéciale Quatre générations de Lamoureux: Rose-Aimée, au centre, une arrière grand-mère de 85 ans entourée de sa fille Mouette et de sa petite fille Mirabelle et tenant dans ses bras son arrière-pettte-fille,la petite Jade.ose-Aimée Lamoureux, énergique petite femme de quatre-vingt-cinq ans, mère, grand-mère et arrière-grand-mère, est perplexe devant cette génération de femmes qui courent du matin jusqu'au soir.Elle n'envie nullement ces jeunes femmes qui, très tôt le matin, déposent leurs petits à la garderie, laissent partir le grand à l'école avec la clef de la maison accrochée au cou (bye bye Sainte Vierge) et reviennent tard chercher la marmaille pour la longue procession des leçons, devoirs, souper, coucher.«Les pauvres pedtes femmes, à quelle heure elles se lèvent pour habiller leurs petits l'hiver?Et les enfants d'aujourd'hui, quelle sorte de génération ça va faire?Ces enfants-là, ça va faire une génération de stressés,» dira-t-elle dans le même souffle.Elle ne se sent pas sévère pour autant, consciente que certains psychologues vont encore plus loin en considérant ces enfants de familles éclatées comme une génération de déséquilibrés.«Nous, quand les enfants sortaient de l'école, ils ne sont jamais arrivés devant une porte barrée et surtout pas la clef dans le cou.Ils étaient sûrs de trouver papa, maman ou quelqu'un à la maison.» Rose-Aimée se demande encore si les femmes d'aujourd'hui ont vraiment avancé.Pour sa part, elle les trouve plutôt à plaindre.«E semble aujourd'hui que le mari veut que sa femme travaille.Quand il y a un mari! Il faut qu'elle gagne son sel.Elles me semblent pas plus heureuses même si elles ont plus d'argent et sont plus instruites», commente-t-elle.Il y a de plus en plus de familles monoparentales! Tout retombe sur les épaules de la mère.C'est lourd! «Faut être la meilleure dans tout, diplômée et deux fois supérieure aux hommes pour le même travail, avec un salaire moindre.» Des femmes libérées?Mirabelle Lamoureux corrobore les propos de sa grand-mère et ne se sent pas du tout femme libérée.Elle constate, à vingt-quatre ans, qu'il est difficile de donner à ses enfants sécurité et confiance en soi alors que sa génération en manque terriblement «Faut être la meilleure dans tout, diplômée et deux fois supérieure aux hommes pour le même travail, avec un salaire moindre.Autrefois, c'était plus simple et surtout plus clair.L'homme avait un rôle et la femme aussi.» C'est en s'inspirant de l'expérience de sa mère et de sa grand-mère que Mirabelle éduque ses deux enfants.Un monde plus exigeant pour elles Dans ce monde d'hommes, elle sait qu'elle devra être plus exigeante pour sa fille que pour son garçon, en espérant que dans vingt ans les choses auront évolué au mieux pour les femmes.Ce n'est pas évident pour Mirabelle de concilier les rôles de mère et de femme, «n faut être sexy pour son chum, avoir de belles jambes, des gros seins, ravageuse au lit et en même temps répondre à un modèle de mère.» C'est à l'hôpital que la jeune mère prit conscience de deux générations de femmes: celles qui pensaient carrière et les autres qui optaient famille, soit les 18-25 ans et les 35 ans et plus.L'entre-deux brillait par son absence.«C'est du sport être femme: une job à temps plein», constate celle qui travaille à monter sa propre affaire, histoire de se donner confiance, de se prouver qu'elle est capable et par souci également d'avoir des horaires plus flexibles, plus adaptés aux besoins des enfants.«Il y a du progrès à faire Les femmes présentées par elles-mêmes pour se sentir épanouie, heureuse en tant que femme et mère.C'est pas demain la veille», d'enchérir Mirabelle.Une génération choyée C'est tout sourire que Monette Lamoureux se présente d'emblée comme une jeune grand-maman fière de pouvoir aider sa fille et de garder ses deux beaux petits- enfants.Elle se compte également chanceuse de pouvoir vivre cela avec un conjoint qui s'engage et les aime beaucoup, même s'il n'est pas lié par les liens du sang.En femme choyée par la vie et consciente de ses privilèges (travail à temps partiel, femme de ménage, voiture), Monette assume sa part en faisant tout Entretien avec ma soeur aînée h, le temps gourmand! Je n 'avais pas le temps d'écouter ses réponses, elle n'avait pas le temps de me recevoir.Nous trouvâmes un compromis.Je lui «garrochaî» quelques questions et lui demandai d'y penser et de me faxer ses réponses via mon répondeur.«Sois brève, concise et précise, car le télé-réponse s'impatiente au bout de deux minutes.» Ce fut un jeu d'enfant pour ce professeur d'art plastique et d'art culinaire habituée de jongler avec le temps.L'aînée de onze enfants, à l'aube de la cinquantaine, mère de trois adultes, me répondit d'une façon magistrale.Merci soeurette.J'ai bien aimé ta logique de femme, ta sensibilité réaliste et ton esprit de synthèse qui rejoignent d'une façon très articulée mes autres beaux témoignages.- Marie-Céline.Gaétane Arsenault, quelle est ta vision de la femme actuelle?La femme d'aujourd'hui est engagée et consciente des réalités qui l'entourent.Mais elle est aussi beaucoup plus angoissée devant ces réalités-là.Elle sait et se sent impuissante.C'est sûr qu'elle est libérée et n'a pas de permission à demander comme autrefois, mais en même temps elle n'est pas plus heureuse, car elle est écartelée dans ses choix de femme de carrière, de mère de famille, de maîtresse de maison, donc dans ses choix de bonheur.Elle veut tout réaliser et tout mener de front, mais elle est essoufflée, car elle a trop à faire.Est-ce que celle-ci est désillusionnée face à la femme dite moderne?Oui, elle est désillusionnée vis-à-vis du véritable rôle qu'elle peut jouer.Tant qu'elle se battait pour gagner sa place au soleil, elle pouvait s'illusionner sur le pouvoir qu'elle aurait.Maintenant que cette place est pratiquement gagnée, quelle est le véritable pouvoir de la femme?Elle est bafouée partout dans le monde.La femme ne gouverne pas, ou si peu, dans presque tous ce qu'elle peut pour aider sa progéniture.Ce qu'elle déplore le plus dans le monde actuel, c'est l'éclatement des familles, difficile à supporter pour tout le monde.«Moi, j'ai eu mon divorce quand Mirabelle avait quinze ans et je crois qu'elle en a été vraiment marquée.Ça n'a pas été fait de gaieté de coeur», d'assurer posément la belle quinquagénaire.«Mais c'est la vie qui nous emmène là!» Consciente d'être débarquée du cadre sécurisant d'autrefois et d'être rendue à une époque de grand chambardement, Monette trouve triste l'effritement de la famille, la course des jeunes mamans à la garderie et «la «Il faut être sexy pour son chum, avoir de belles jambes, des gros seins, ravageuse au lit et en même temps répondre à leur modèle de mère.» Marie-Céline Arsenault les pays, ce sont encore les hommes qui décident, qui laissent se continuer la guerre, les atrocités, la violence.Ils refont des comités, des études, pendant que des innocentes meurent.Où est le grand pouvoir que devait nous donner la libération?Choisir la couleur de notre voiture me paraît bien mince.Quelles sont les conditions des mères d'aujourd'hui?La situation d'une jeune mère est en très grande partie atroce.Son rôle de mère est relégué au second plan.Elle est une mère , à temps partiel après son travail, ses courses, ses dilemmes, ses angoisses.On ne reconnaît pas la grande valeur des mères.C'est un peu comme une maternité accidentelle.C'est pourtant elles qui bâtissent le pays.Je trouve que nos mères avaient une beaucoup plus grande cote d'amour; leurs rôles et leurs valeurs étaient reconnus et appréciés.On savait qu'elles donnaient beaucoup et on le voyait.Tant que la société n'aura pas mieux compris et assumé financièrement la maternité dans le monde, il sera difficile pour la mère de trouver un équilibre heureux entre ses deux rôles et ses deux pôles.Ou elle fait acte de bravoure en étant mère quand même ou bien elle refuse d'être mère jusqu'à ce que les décideurs aient compris vraiment.Es-tu optimiste face à l'avenir?Non, je ne suis pas optimiste vis-à-vis de l'avenir planétaire.La notion de village global que nous formons m'enlève beaucoup d'optimiste.Peut-être parce qu'on prend conscience, par les médias, de la violence, des génocides, des luttes d'argent et de pouvoir.Les atrocités me font frémir, chaque jour.Mon optimiste grandira quand plus de monde sera conscient.La conscience du monde par le monde.Pour des décisions qui s ' ensuivent.Voilà le véritable défi du monde actuel pour mon propre bonheur.La femme a pris une place dans la société, mais a-t-elle véritablement pris la place qu'elle voulait ?5 6 religion qui a pris le bord».«Je ne dis pas qu'il faut pratiquer la religion à outrance, mais avoir quelque part la foi en une croyance», assure Monette Lamoureux.Elle n'est pas loin des pensées de Rose-Aimée, qui constatait elle aussi qu'il n'y a plus de spiritualité et que les jeunes ne croient plus à grand-chose.Une autre Lamoureux éponge ses désillusions au Nautilus C'est après une séance de Nautilus et attablée devant une bonne bière que Gaétane Lamoureux, soeur cadette de Monette, nous livrait sa vision de la femme moderne.Pour elle, les principaux acquis furent le lave-vaisselle, l'accès à la contraception et l'avortement.«Ça change toute une vie de ne plus laisser personne penser à notre place, sauf que ça a également pour effet de déresponsabiliser les hommes», dit-elle._ Elle ajoute que la grande différence entre elle et sa mère, c'est que celle-ci, la journée où elle a fixé son choix sur un homme, ça l'engageait pour la vie, alors que les femmes d'aujourd'hui sont appelées à vivre l'insécurité des amours.«Les femmes de quarante ans ont vécu au moins deux ou trois relations majeures.On est loin du tandem heureux de mes parents qui, jusqu'au bout de la vie, se sont épaulés.» Tout en continuant sur le chemin des désillusions, elle met en dilemme le non-engagement des hommes, le partage inéquitable des tâches domestiques entre deux conjoints qui travaillent et le choix biaisé pour la femme d'aller ou non travailler à l'extérieur.«Ça ne ferait plus des femmes épuisées comme il y en a aujourd'hui si la femme autonome jouis-également du vrai partage des tâches.Dans leur vision sombre, les hommes sont loin d'avoir fait le chemin parcouru par les femmes depuis quarante ans.Ce n'est pas eux qui ont facilité l'accession des femmes sur le marché du travail.» En plus, déclare Gaétane, «ils ont de la difficulté à suivre et semblent toujours à la remorque des femmes en ce qui a trait à leur émotions».«Qu'est-ce qui ne va pas chéri, parle, dis-moi., combien de fois il faut lui tirer les vers du nez», s'insurge-t-elle.«Pourquoi nous autres maintenant il faudrait leur faire rattraper mille cinq cents ans?» Je l'ai tellement dans la peau.Francine Renzetti, seconde comparse à partager sueurs et bières chez Nautilus, semble plus optimiste et plus encline à épauler la gent masculine et à lui tirer, s'il le faut, les vers du nez.C'est la mère en elle qui s'exclame: «Ben voyons donc, parce qu'on les aime! On n'est pas en guerre, on peut les aider.» Là où son rire franc s'assombrit, c'est quand elle fait allusion aux difficultés des femmes à partager avec le conjoint nouveau les enfants d'une précédente relation.«C'est souvent des gros conflits, fresque la guerre!» Néanmoins, elle retrousse ses manches et essaie d'avoir le sourire.sait Elle trouve que les femmes sont mieux dans leur peau en terme de sexualité et de travail.Elle les sent qui s'affirment et sont moins frustrées.«Bien sûr, il y a toujours place à amélioration», dira-t-elle.Mère de trois enfants, Francine essait d'être la plus optimiste possible face à l'avenir.Elle veut avancer, rayonner, donner un peu d'espoir aux autres.«On est toutes dans le même bateau.Si tu arrives toujours les épaules basses, toute triste et qu'il n'y a rien qui marche, on est aussi bien d'aller tout de suite se suicider», commente-t-elle.Ce qui ennuie le plus Francine, c'est qu'elle n'a pas le temps de s'ennuyer.Elle rêve de vivre la chanson de Vigneault La femme est seule à s'ennuyer (.) «Mon désennui, c'est de m'ennuyer.» Le temps lui manque terriblement.Si elle pouvait vivre des journées de trente-six heures! «On veut tout faire et on prend moins le temps de faire l'amour, de faire la bouffe, de voir ses amis.Nous sommes tellement polyvalentes.C'est un désavantage.Il n'y a pas de piège, il y a un prix à payer.» Des gains fragiles Pour Anne Kettenbeil, une autre amie de la famille, les pièges sont dans les mots.U n'y a pas, selon elle, de coupure drastique avec le passé.Bien entendu, les femmes ont fait du progrès face à ce qu'elles étaient il y a cinquante ans.Elles sont plus présentes dans le monde, dans le milieu du travail, mais les gains que les femmes ont fait sont si fragiles qu'il faut cesser de prendre des rôles, des étiquettes qui, au lieu de libérer les femmes, les enchaînent.«Ma grand-mère est plus moderne que je peux l'être, car dans les choses qu'elle a faites, la vie qu'elle a eue, elle a vraiment coupé dans le passé au moment de l'histoire où ça ne se faisait pas.Moi, je suis un sous-produit de l'histoire.Je tiens beaucoup de choses pour acquises alors qu'elle, elle a vraiment osé.» Quand Anne fait référence à sa grand-mère, elle pense à celle qui osa se faire couper les cheveux très courts à une époque où les cheveux des femmes se portaient longs, celle qui décida de conduire une voiture et qui continua d'enseigner à ses pairs la détermination et surtout le souvenir que les femmes n'ont pas d'autre choix que d'être égales aux hommes.Demeurer optimiste Du haut de ses vingt-cinq ans, Véronique Saint-Laurent voit la femme libre de ses choix, mais pas libérée.Elle fait face à beaucoup d'avenues.Elle doute que les femmes de sa génération sachent vraiment quel rôle jouer et pense qu'il leur faudra beaucoup de temps pour se réaliser, tout comme leur mère.Si elle a un conseil à donner aux mères, c'est de jouer la carte vers l'extérieur, vers les autres.Elle déplore le fait que certaines mères se replient vers l'intérieur, «pognées toute la journée avec les petits».Quand on lui demande si elle est optimiste face à l'avenir des femmes, elle répond: «Oui, à vingt-cinq ans, l'avenir, c'esttoute la vie.La femme peut juste être optimiste». pour y avoir résidé, travaillé ^TnJ ou s'y intéressent Fête au parc Lafontaine dimanche le 11 juin 1995 à partir de midi (annulé en cas de pluie) Pour information: 597-1499 r i i Je désire m'abonner au journal L'Itinéraire aux conditions suivantes: Un abonnement d'un an (12 numéros) 30$ (taxes et frais d'envoi inclus) Abonnements d'un an 30$ pour le premier abonnement et 12$ chaque abonnement supplémentaire (taxes et frais d'envoi inclus) Nombre d'abonnements: Nom: Adresse: Téléphone: Date: Envoyez un chèque ou mandat poste à l'ordre du Journal L'Itinéraire à l'adresse suivante: 1223, rue Ontario Est, Montréal (Québec) H2L 1R5 Petit journal deviendra grand! Joyeux premier anniversaire à L'Itinéraire L'actualité I 19 IT) 8 \u2022S Chronique de la rue Une journée dans la vie d'un camelot Cette chronique nfin, j'ai appris à fonctionner selon la loi de la logique.Je suis capable de prendre une bière pour le dîner, une autre pour le souper sans devoir me saouler.Persévérance, amour du monde.Je me sens respecté: j ' aime ça quand les policiers me saluent.Et puis, même s'ils n'achètent pas le journal, les passants vont avoir le sourire, ils vont me dire «bonjour» ! On en voit beaucoup.De toute façon, le journal nous aide à survivre, nous aide à être dans le monde, dans la société.Ça contribue aussi à faire tourner l'économie.J'ai tellement connu de négatif.Aujourd'hui, tout me semble plus positif.Les gens nous encouragent régulièrement.Pour un qui dit des folies, il y en a deux ou trois qui disent: «Lâchez pas, continuez!» Et puis je fais un quart de travail -moi, c'est de 8h à 5h ou de 8h à 6h.Ce qui me permet d'être avec le monde.Au lieu d'être chez moi, je suis à un poste de travail et je me sens respecté .Briser l'isolement.Au lieu de rester à la maison à regarder la télé en fumant un joint, je m'en vais vendre le journal LE RÉSEAU D'AIDE Félicitations pour ce 1er anniversaire de persévérance des travailleurs et travailleuses de L'Itinéraire.Un pas de géant en faveur de la prise de parole des personnes itinérantes.94 rue ste-catherine est montréal (québec) h2y1k7 tél.-(514)879-1949 Bonne route pour la prochaine année L'Itinéraire.Récemment, j'ai été opéré pour une hernie inguinale de naissance.On m'a conseillé de prendre un mois de congé.Des clients me suggéraient même de prendre au moins six mois.Je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter parce que j'avais mon journal à vendre.Je préférais travailler que de rester à ne rien faire parce que c'est bon pour le moral d'être avec les gens.Mario Lanthier QUE toute femme a droit au respect et à la sécurité de sa personne QUE h sentiment d'insécurité des femmes, dans les villes, eityjstifit, qc/ç ?« hommes ont la responsabilité d'éliminer la violence masculine enve.-i 'es femmes.OiJi :'e irfe.\"ce Jez hommes contribue a limiter la pleine pwKipatitir.des femmes à ta vie urbaine tHO'Jl NC-.\u2022 ENGAGEONS a O ENONCER, 'a «wwiee faite aux femmes, s fermes A fAVORKER
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