L'itinéraire, 1 janvier 1999, avril
[" LA VIOLENCE ctfr fw toujour; frappant mai* ÇA FAIT TOUJOURS MAL Québec ss et ses partenaires communautaires Lltineraire est produit et vendu en majeure partie par des sans-emploi, des personnes Itinérantes, ex-itinérantes ou toxicomanes, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sur le marché du travail.Pour chaque numéro vendu 2 dollars, 1 dollar revient directement au vendeur.Les profits de L'Itinéraire servent à financer les coûts de production du journal, les projets de réinsertion sociale, et le Café sur la rue, destiné aux personnes itinérantes.La direction de L'Itinéraire tient à rappeler qu'elle n'est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre chose que le journal, ils le font à titre personnel.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus ou le comportement des vendeurs, communiquez sans hésiter avec le responsable de la distribution, Michel Desjardins au (514) 597-0238, poste 32.InFo pOUR VENdRE L'itinéraire.CaH iVR U Mit, au 1104, rue OntarIo Est (cojn AmNerst) CAFE SUR LA RUE - Des gens de la rue ou de milieu modeste se côtoient au Café sur la rue dans une ambiance agréable.De bons petits repas à 3,50 $ (2,25 $ pour les membres) sont servis par des gens en réinsertion sur le marché de l'emploi.Un cuisinier leur apprend à travailler et à gérer une cuisine.Le Café sur la rue est également le premier café électronique pour personnes démunies.Il n'en coûte que 1$ l'heure pour naviguer sur Internet ou utiliser un ordinateur.Des animateurs offrent de la formation gratuite à ceux qui n'ont aucune expérience en informatique.Ce projet a été réalisé grâce entre autres à la participation de Vidéotron et du Gouvernement du Québec.Café sur la rue: 1104, rue Ontario Est (angle Amherst), téléphone: (514) 597-0238, poste 32, fax:(514) 597-1544.Attention aux fraudeurs! Nous tenons à vous rappeler que personne n'a le droit de faire du porte-à-porte ou de solliciter des dons auprès des commerçants au nom de L'itinéraire.Dites non aux fraudeurs et faites parvenir directement vos chèques au journal.La formation professionnelle des travailleurs(euses) au journal Lltineraire a été rendue possible grâce, entre autres, au Ministère de la Métropole, à la CDEC du Plateau Mont-Royal/ Centre-Sud, à la Ville de Montréal, à la Régie régionale de la santé Montréal-Centre et à l'UQAM.1907, rue Amherst, Montréal (Québec) H2L 3L7 Tél.: (514) 597-0238 Fax:(514) 597-1544 Courriel: itinéraire@videotron.ca Site internet: http://itineraire.educ.infinit.net Le journal L'Itinéraire a été fondé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d'aide et maisons de chambres.Depuis mai 1994, il est vendu régulièrement dans la rue.Plus de la moitié de cette publication est rédigée par des personnes ayant connu l'itinérance.Les articles écrits par des journalistes pigistes professionnels portent la mention «collaboration spéciale.» Le groupe communautaire L'Itinéraire est un organisme de charité fondé en 1989 pour aider les itinérants.Le conseil d'administration est composé en majorité par des gens ayant connu l'itinérance ou la toxicomanie.i Conseil d'administration du Groupe communautaire iXli» L'Itinéraire: Président: Mario Lanthier Vice-président: Luc Lenoir Secrétaire: Réjean Mathieu Trésorier: Guy Lapointe Conseillères: Claudette God ley.Michelle Wilson, Gabriel le Girard.Comité de direction: Ariane Pelletier, Serge Lareault, Denise English, Michel Desiardins.Équipe de production du journal: Rédacteur en chef: Serge Lareault Adjointe à la rédaction: Cathy Bazinet Comité éditorial: Serge Lareault, Réjean Mathieu, Luc Lenoir.Collaborateurs:Cylvie Gingras, Gina MazeroIIe.Pierre Demers, Pierre Hamel, Serge Bergeron, Claude Brûlé, Léo-Paul Lauzon et François Patenaude.Photographes: Phillipe Burnel, Jean-François Gascon, Robert Simoneau.Illustration: André-Philippe Côté, Patrick Lamoureux.Webmestre: Pierre-Paul Doré.Révision: Jean-Paul Baril, Marie-Thérèse Déry, Michèle Jolicoeur, Robert-Yves Lalonde, Marie-Paule Arbour.André Martin, Mariette Éthier-Morand.Mots croisés: Gaston Pipon Infographie: Jocelyne Sénécal, Serge Lareault.Distribution: Michel Desjardins (coordinateur), Michèle Wilson, Denis Blanchard Imprimeur: Hebdo Lilho Tirage: 15 000 exemplaires vendus par des itinérants et des sans-emploi dans les rues du centre-ville de Montréal Administration du groupe: Directrice administrative: Ariane Pelletier' Publicité: Éric Cimon, Isabelle Laliberté Secrétaire-comptable: Sylvie Boos Agente de développement: Gabrielle Girard Coordination du Caté sur la rue: Denise English, Mario Lanthier (adjoint).Resp.Caté électronique: Sébastien Lang la is(coord.) ISSN 1481-3572 L'Itinéraire est membre de la NASNA L'Association nord américaine des lournaux de rue et de ^j^QQTSS Journal L'Itùiéraiie Montreal \u2022 aMJ 933 Son tirage est certifié par /\\ L'IttiUtûtrt Ht ~* endimncnt ncydible Photo de la page couverture : Philippe Burnet Branchez vous à T alternative enéducation! En vous branchant sur InfiniT éducation, vous pénétrez au coeur de la pédagogie.Plus de 25 sites instructifs, vivants et animés, pour mieux apprendre.SOMMAJRE rDossier logement social 13 Édita: Inéquités et sans-abri, pire qu'un séisme 14 La situation du losement social à Montréal 16 Quelle est la mission sociale d'un logement social?jêê (www.education, infinit.net Branchez votre école à haute vitesse! Renseignements : (514) 281-9149 1 888 246-2256 Vidéotron r® Actualités Édite: L'affaire Rozon Ouellet: le boxeur-poète-Torture.aux États-Unis Bouffer dans les poubelles Pulsart: l'art dans la rue Methadone, m'en donnes-tu?Chroniques 5 Baptiste 24 Globe-trottoir 27 Restos à moins de 10$ 35 Chronique Internet 37 Mots croisés 36 Prof Lauzon 39 Courrier des lecteurs ^BEkTf s M ', BILL LE SALON DE BILLARD La tradition du billard Denis Roy Claude Roy 3798, rue Ontario Est, Montréal (Québec) H1W 1S4 (514) 524-2238 e de Vavenir Quels sont les enjeux de la société?avec Serge Lareault Rédacteur en chef de L'Itinéraire Mercredi 12 mai à 19 h 30 au 6970, rue Marquette (coin Bélanger, une rue avant Papineau) Entrée: 5$ Organisée par Les Productions Sociales JltmiJ L'Ilinétaite \u2022 Montréal - avril 1993, 3> (3-0 0P;^cwâ L'affaire Rozon LfAbsoliïioN iNcoNdmoNNElU: seuIs Les mctas îront au pARAdis?SjBGj LaREAUJT RmIactevii in chef Gilbert Rozon pourra conserver un casier judiciaire vierge, même s'il a été plaidé coupable à une accusation d'agression sexuelle, commise l'année dernière.Il n'a pas été acquitté, puisqu'il a plaidé coupable, mais, en appel, le juge Béliveau lui a accordé un pardon inconditionnel: Rozon n'aura donc pas de casier judiciaire.Le juge a l'ait remarquer que monsieur devait voyager souvent aux États-Unis et qu'un casier judiciaire nuirait à ses déplacement chez nos voisins du Sud; que la victime avait peu de séquelles: que les médias avaient accordé une grande place à l'affaire, ce qui était une punition suffisante en soi.On en déduit donc qu'une personnalité publique est toujours gagnante devant la justice, qu'il y a deux poids et deux mesures, «selon que l'on est puissant ou misérable».Malgré la demande de nombreuses personnes, la ministre Linda Goupil ne contestera pas la décision et affirme qu'«aucune pression sociale ou politique» ne doit entraver sa décision.Selon elle, il s'agit d'une question de droit.Justement.Les médias ont mis l'accent sur la question d'agression sexuelle, ce qui nous a fait oublier l'autre scandale: le riche que favorisent les jugements de cour.Parce que M.Rozon brasse de «grosses affaires» et qu'il a les moyens de se payer les meilleurs avocats, il obtient une absolution que très peu de justiciables se verront accorder.Pas d'absolution pour vous et moi N'importe qui.n'importe quel petit travailleur, pour un délit cent fois moins grave, aurait vu sa demande d'absolution refusée.Pour le commun des mortels, une condamnation pour un délit mineur, et le casier judiciaire qui s'ensuit, deviendra un boulet qui freinera toute tentative future de développement économique et social : impossibilité de voyager dans certains pays, de créer une entreprise, etc.Pour Me Johanne Delfausse, M.Rozon n'a pas reçu l'absolution parce qu'il est riche et célèbre: «Quand on est capable de démontrer que le préjudice l'emporte sur l'infraction, on peut obtenir l'absolution inconditionnelle.Par exemple, moi, qui suis avocate, si je commets un vol à l'étalage, je peux demander l'absolution inconditionnelle, car je ne peux exercer mon métier avec un casier judiciaire.Un immigrant est passible d'expulsion pour une même infraction.Donc le délit n'a pas les mêmes répercussions pour chaque individu.Par exemple, Mme Lorraine Page, présidente de la CEQ, pourrait demander une absolution inconditionnelle, si elle était jugée coupable de vol à l'étalage».Doit-on exiger une peine plus sévère pour Rozon, l'abolition de ce dispositif d'absolution inconditionnelle ou plutôt son élargissement plus équitable?t> Lorsqu'on demande à Me Delfausse si une personne de condition sociale inférieure à M.Rozon demandait une telle absolution, elle nous répond: «Cela dépend du juge».Au Nouveau-Brunswick, un policier, accusé d'abus de pouvoir a pu obtenir une absolution inconditionnelle, afin de continuer.à faire respecter la loi! Il s'agit donc d'être du «bon côté de la loi».Juges = préjugés?Il nous apparaît évident que nos juges, dont l'impartialité a été si souvent remise en question ces dernières années, ne prennent pas les mêmes décisions selon la condition sociale, la race, le sexe, etc.de la personne.En droit, la peine imposée par le juge doit tenir compte et de la nature de la faute et de l'intérêt public.S'il est pas dans l'intérêt public de tenir compte qu'une carrière peut être brisée par le scandale causé par un procès, le juge peut éviter l'emprisonnement à l'accusé ou lui accorder une absolution inconditionnelle.Le Québec matraque plus Il semblerait qu'au Québec, les juges tendent à imposer des peines beaucoup plus sévères et soient moins enclins à accorder l'absolution.Selon Me Bill Sloan, certains juges cultivent «la mentalité matraque plutôt que la mentalité solution.On matraque la personne, sinon elle ne comprend pas, pensent-ils.» «Dans certaines villes de la région métropolitaine, certains juges semblent être les employés des centres-d'achat tellement ils les protègent de façon jalouse.Dans une ville comme Saint-Bruno, où il y a un centre-d'achat, un vol à l'étalage semble aussi grave qu'un meurtre, tellement les peines sont sévères!, s'exclame Me Sloan.Pour un premier vol à l'étalage de 50$, on peut vous coller une amende de 800 $, alors qu'en Ontario, on éco-perait d'une peine de prison avec sursis ou d'une absolution inconditionnelle.Pas d'avocat, pas de justice «Depuis que l'Aide juridique n'offre plus d'avocat dans le cas de délits mineurs, je vois chaque jours des gens, et particulièrement des immigrants, plaider coupable et être bien contents de n'obtenir qu'une sentence, sans se douter qu'ils vont en souffrir plus tard et risquer de ne pas obtenir leur citoyenneté», Illustration: Patrick Lamoureux Journal L'Itinéraire Montréal ¦ avril 1999 EH aft' irme Mc Sloan, spécialisé dans la défense des immigrants.Ces gens qui pourraient demander l'absolution sont mal informés, faute d'avocat.Mais de toute façon, certains juges, malgré une jurisprudence de la Cour d'appel, sont encore réticents, selon Me Sloan, à accorder l'absolution dans les cas où le préjudice causé au coupable n'est pas aussi évident que dans celui d'une personnalité, comme le président du Festival Juste pour Rire.Tous les juges n'évaluent pas de la même façon les préjudices causés aux gens moins fortunés, dont la destinée est «moins importante» pour le «rayonnement international» du Québec.Pourtant, le préjudice causé à un immigrant dont la sentence pourrait l'empêcher de devenir canadien est aussi dramatique.Favoriser l'absolution «On ne peut que féliciter les groupes de femmes qui ont demandé la tenue d'un débat de société plutôt que le retrait du dispositif d'absolution inconditionnelle suite à l'affaire Rozon, de dire Me François Cyr, dont le cabinet défend des personnes plus démunies.«On doit élargir l'accès à l'absolution inconditionnelle pour que plus de gens puissent en profiter et avoir une seconde chance».Me Sloan renchérit: «Il faut développer les sentences alternatives.Par exemple, la Cour municipale de Montréal offre le programme E.V.E.(Entraide-vol à l'étalage) destiné aux femmes condamnées pour vol à l'étalage.Ce programme constitue une forme de thérapie, d'une dizaine de semaines, qui amène ces femmes à s'ouvrir, à parler de leurs problèmes.Si elles persévèrent jusqu'au bout, le juge peut leur accorder un sursis de peine, et même une absolution inconditionnelle.L'Affaire Rozon, au-delà du cas personnel et de l'agression sexuelle, que nous devrons toujours condamner, nous apprend donc qu'il faut non seulement réviser nos attitudes, mais envisager de nouvelles façons d'imposer des peines qui seraient plus positives et plus novatrices Le casier judiciaire, au fond, ne change rien à la nature de la faute et contribue peu à l'intérêt public.L'itinérance à Laval UN pRoblÈME QUE l'oN NE SAURAiT VOÎR.gangs de rue plus criminalises qu'auparavant.«Ce sont des ados isolés, poursuit Cynthia Brunet, qui se retrouvent entre eux.dans les parcs, par exemple, de peur d'être vus par les voisins.Car Laval, c'est vaste et petit à la fois.On fait beaucoup moins d'échanges de seringues qu'à L'Anonyme, car les utilisateurs de drogues injectables se cachent beaucoup plus qu'à Montréal», ajoute-t-elle.C'est d'ailleurs là qu'ils se retrouvent la fin de semaine, tant et si bien que L'Oasis reste dans le garage les vendredi et samedi.Quant à l'hébergement, il n'existe qu'une ressource à Laval, régie par la DPJ.«Les jeunes ne veulent pas toujours y aller parce qu'ils ont peur que l'on prévienne leurs parents», ajoute Mme Brunet.__MaXJmE VaJIIaNCOURT, CAM \u20ac l0T ET $ERqE LAREAULT Alors que la municipalité de Laval refuse de voir qu'il y a des itinérants sur son territoire et offre peu d'aide aux groupes communautaires, selon les intervenants rencontrés, les problèmes reliés à l'itinérance ne cessent d'augmenter.Il y a de plus en plus de jeunes qui développent des problèmes de toxicomanie et peu de services leur sont offerts.L'Oasis, une roulotte comme celle du Père Pops ou de l'Anonyme, sillonne les rues de Laval depuis plus de deux ans et le T.R.I.L., un organisme de travailleurs de rue tente d'aider ses jeunes avec les moyens du bord.Le phénomène étant relativement plus récent et la population dans certains quartiers de Laval plus aisée qu'à Montréal, le passage de la roulotte de L'Oasis fait parfois peur et cause une certaine commotion auprès de citoyens huppés: «Les gens deviennent inquiets et se demandent si ça va très mal dans leur quartier», de dire Cynthia Brunet, coordonnatrice du projet qui compte cette année 2000 interventions.En fait, le problème des intervenants est de rejoindre les jeunes en difficulté.Ils ne sont pas dans la rue comme à Montréal, mais dans les parcs ou autour du métro Henri-Bourassa.«Ils sont souvent plus jeunes et n'ont nulle part où aller, explique Mme Brunet.Ils sont encore fonctionnels, vont à l'école, mais consomment presqu'à tous les soirs.Ici, les jeunes ont plus d'argent pour le faire.» Enfants de professionnels peu souvent à la maison, ils ont en effet l'argent et le temps pour le vagabondage et le développement de problèmes graves.Par exemple, on constate le développement de Cet espace publicitaire a été mis à la disposition du magazine L'Itinéraire par le Casino de Montréal, soucieux de contribuer à la vie communautaire de cette région.Selon des intervenants, s'il y avait plus de services d'aide aux jeunes.Montréal écoperait moins des problèmes reliés à la délinquance juvénile des jeunes de banlieue.Ces derniers n'ont pas le choix d'aller là où les services se trouvent et des intervenants doivent les diriger vers Montréal pour assurer leur sécurité.On pointe le manque d'investissements de la Régie régionale de la santé et de la Ville de Laval.En attendant, les travailleurs de rue de l'Ile de Laval (T.R.I.L.).cinq gars et trois filles, rencontrent environ 500 jeunes par mois, éparpillés dans une ville qui n'a pas véritablement de centre-ville, donc pas de problèmes.concentrés. que veut s'attaquer le groupe SHARP, qui prend sa source dans le courant traditionnel du mouvement skinhead, né de la classe ouvrière anglaise, opposé à toute forme de discrimination.Le grand public les associe tous à tort à l'extrême droite.Dans le jargon de la rue, les néonazis au crâne rasé sont maintenant désignés par le terme de boneheads.Nicolas, membre de SHARP et militant antiraciste reconnu, a d'ailleurs goûté à leur médecine, il y a deux ans, lorsqu'une dizaine d'entre eux l'ont coincé à la sortie d'un bar pour le tabasser à coups de battes de baseball.Mais ce n'était pas suffisant pour le faire renoncer à mettre sur pied une cellule montréalaise de SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice), à l'image de celles que l'on retrouve autour du globe, depuis sa fondation en 1988 à New-York.Garçons et filles de toutes nationalités et de toutes cultures, les membres de SHARP ont pour objectif commun la lutte contre le racisme organisé, ainsi que tout autre forme de discrimination: sexisme, homophobie, xénophobie et antisémitisme.Et leurs affrontements avec les néo nazis ne sont pas qu'idéologiques: ils ratissent les rues de Montréal pour les débusquer et les empêcher de semer la terreur sur leur passage.«L'extrême-droite est intimement liée à l'action, c'est pourquoi SHARP Montréal affronte ces militants physiquement.Nous ne pouvons les laisser avoir une mainmise sur notre communauté.SHARP est vouée à «sa scène» et à sa communauté et veut travailler de concert avec d'autres organismes antiracistes ou tout bon citoyen», explique Nicolas.Par sa présence, SHARP veut donc assurer la sécurité et la santé de la scène musicale skinhead, la mettre à l'abri des néonazis qui s'amusent à perpétrer des actes de violence lors d'événements orchestrés par les skinheads.«Un bonehead ne sera jamais admis dans nos spectacles et notre front commun nous protégera des attaques physiques.Ces individus sont une menace pour la société.Les néonazis rasés n'ont rien à voir avec , «SHARP: Skinheads Antiracistes Populaires ifeÉHT COMMUN CONTRE Ie RACJSME les origines du mouvement skinhead ni avec la classe ouvrière.À cause de leurs actions, la perception publique du mouvement skinhead est biaisée et ce sont les vrais skins, de tous horizons, qui en paient le prix.SHARP veut être une force positive reconnue dans la communauté et mise sur sa visibilité pour changer l'opinion publique sur le sujet du mouvement skinheads.» SHARP n'a pas de chef et tous les membres de l'organisation mettent la main à la pâte.Aucun recrutement actif ne se fait; ce sont les intéressés à titre volontaire, qui contactent le groupe.Ils doivent démontrer, sur un long laps de temps, leur volonté de combattre le racisme.«Tous les membres de SHARP doivent être d'accord pour accepter un nouveau candidat.Une organisation comme la nôtre, engagée À l'origine, le crâne rasé des dans des confrontations directes, ne peut absolument jamais se permettre d'avoir un maillon faible.Être membre de SHARP exige beaucoup de temps et de travail.Il faut aussi être prêt à subir les conséquences d'une telle position, comme les assauts ou le CAThy Bazjnet Les skinheads ont une réputation de mauvais garçons.Souvent perçus et médiatisés comme des brutes au crâne rasé, skinheads est relié à la condition sociale c'est justement à cette image et non à l'identité culturelle ou ethnique revendiquée par les néo nazis.Dans les quartiers ouvriers anglais des années soixante, les petits garçons ont tous la même coupe de cheveux: le coiffeur tond le crâne pour la modique somme de 5 cents.harcèlement.» Justement, quand on lui demande s'il craint les représailles, Nicolas hausse les épaules: «Chacun a sa cause.Je suis prêt à la défendre, peu importe le prix, même si ça implique de vivre en regardant toujours derrière son épaule».Journal L'Itinéraire Montréal ¦ mars 1999 Un mouvement qui repose sur la musique punk La première génération de SHARP est apparue en mai 1991, à l'initiative d'une bande de skinheads du West Island qui voulaient rétablir leur réputation, ternie par les activités de néonazis.Toutefois, des dissensions au sein de l'organisation ont réduit les activités de SHARP, jusqu'en juillet 1998, où le mouvement a repris de l'ampleur sous l'impulsion de nouveaux membres.C'est grâce à la musique (punk, 01 ! et ska) que le mouvement s'est exporté partout à travers le monde.Sur la scène locale, le groupe The Discords de Notre-Dame de Grâce a été le premier à faire de la musique 01 (street punk) au Canada.Il a gravé un seul 45 tours, en 1982, sous le titre «The Discords».Les groupes Kingpins, Shock Troops et Street Troopers contribuent à diffuser cette musique sur la scène locale.43ÊL\t \t \t \t 1 Travaux forcés pour les sans-abri, chômage pour les travailleurs Pierre Demers Le maire de NewYork, Rudolph Giuliani, surnommé monsieur Net à cause de ses politiques pour nettoyer la Grosse Pomme de tout parasite (sic) (squeegees, vendeurs ambulants, manifestants, automobilistes ivres, etc.), vient de proposer un nouveau règlement municipal dévastateur pour les sans-abri.Si un tel règlement est accepté par les élus du Conseil, les itinérants qui touchent un certain montant d'aide sociale ne pourront plus loger gra-tuitement dans les refuges mis à leur disposition.Pour y avoir droit, ils devront travailler gratuitement pour la ville, au moins 35 heures par semaine.4 600 familles et 7 000 itinérants vivant seuls risquent d'é-coper pour satisfaire le besoin de propreté de l'administration Giuliani.Pourtant, le maire s'attaque à un droit fondamental des sans-abri de New York qui, depuis 1981, peuvent dormir dans les refuges sans restriction.Toutefois, la ville avait peu à peu instauré de nouvelles normes d'admissibilité pour réduire le nombre de clients dans les dortoirs.New York demeure encore la municipalité des États-Unis la plus ouverte à l'hébergement gratuit pour les sans-abri.Dans de nombreuses villes améri- type.Mais déjà, la ville a demandé aux refuges qui profitent de subventions municipales de faire le recensement des itinérants aptes à travailler bénévolement et de se préparer à expulser les adultes et les familles qui bénéficient d'une aide sociale «suffisante».Si des enfants de familles itinérantes sont touchés par le règlement, on prévoit même les retirer du circuit de l'itinérance et les placer sous la tutelle des services de protection de l'enfance.On va créer bientôt un centre d'emploi des sans-abri pour les orienter vers des travaux reliés au nettoyage des parcs ou à la bureaucratie.Les organismes de défense des itinérants sont révoltés par le projet de règlement du maire Giuliani.«Non seulement veut-il faire coucher dehors la moitié des itinérants de sa ville, mais il veut aussi séparer les familles en outrepassant leurs droits fondamentaux de survie», souligne Steven Banks, directeur du Service d'aide juridique aux itinérants de la ville.De plus, des personnes à risques qui fréquentent les refuges de la ville (malades mentaux, handicapés physiques, victimes d'abus et de violence) risquent d'être particulièrement affectées par un tel règlement qui ne tient aucunement compte de leur condition particulière.Les refuges ont toujours été à caines, des règlements comme celui yg créer à New York UPI Centre ^ew ^0T^ ' et a'^eurs aux États-que s'apprête à faire adopter le Unis avant les années 90 - le maire Giuliani existent depuis d'emploi dCS SanS-âbh pour les Orietl- seul filet de sécurité quelques années, provoquant la publique pour les person- fermeture de centaines de ter Vers des travaux relies au nettoyage des nes en détresse.Main- refuges- parcs.Des milliers de personnes risquent ,tenant,qu! le maire Glu\" Le règlement en question K K , liant s y attaque, on pense, n'est pas encore en vigueur à New ainsi de se trouver avec un emploi York parce que l'on doit attendre les décisions des tribunaux dans des causes forcé, sinon à la rue.dans les milieux américains de l'itinérance, que les politiciens d'extrême-droite vont pousser encore plus loin cette bl LES OEUVRES DE LA MAISON DU PÈRE 550, boul.René-Lévesque Est Montréal (Québec) H2L 2L3 Tél.: (514) 845-0168 Fax: (514) 845-2108 L'Abri d'espoir (514) 934-5615 Centre d'hébergement à court et moyen terme pour femmes en difficultés Tortures dans les prisons aux États-Unis Amnistie Intern atjonaIe à Ia cIéFense.cIes Américains! CATky Bazjnet Alors que les frasques du président des Etats-Unis, Bill Clinton, et de son ex-stagiaire, Monica Lewinsky, monopolisent toujours l'attention publique et la classe politique américaine.Amnistie internationale lance une campagne accablante contre le pays de l'oncle Sam.Les irréductibles défenseurs de la moralité s'intéresseront-ils autant aux droits humains bafoués sur leur territoire qu 'aux histoires de cigares mal placés?Pourtant, il y a matière à s'indigner, si l'on en croit Amnistie, qui fait le constat troublant que les pays du Tiers-Monde n 'ont pas le monopole de la cruauté.La population carcérale des États-Unis est l'une des plus importantes au monde.Depuis 1980.le nombre de prisonniers a plus que triplé, atteignant 1.7 millions de détenus, alors que le nombre de femmes incarcérées a été multiplié par quatre.Non seulement le nombre de prisonniers a augmenté, mais il y a davantage d'exécutions et de crimes punis par la peine capitale, même si plus de 100 pays l'ont abolie.Depuis 1990, environ 350 prisonniers ont été exécutés et 3 300 autres attendent l'heure fatidique dans les couloirs de la mort.Fait plus troublant encore, plus de 70 détenus de la mort ont été libérés, au cours des vingt dernières années, après que la preuve de leur innocence a été établie.Combien d'innocents ont été exécutés?Personne ne peut avancer de chiffre.Ce qui fait dire à Amnistie que le verdict de vie ou de mort dépend moins du délit commis que de la qualité de la défense.«L'accusé a-t-il les moyens de se payer un bon avocat?Paie-t-il pour l'ambition d'un procureur ou d'un juge qui, souhaitant voir son mandat reconduit, veut donner l'impression qu'il ne fait pas de concessions à la criminalité?», s'interroge Pierre Sané, secrétaire général d'Amnistie internationale.Par ailleurs, on peut se demander quelle était la motivation de Bill Clinton, alors gouverneur de l'Arkansas et candidat à la présidence en avril 1992, lorsqu'il a interrompu sa campagne pour rentrer en Arkansas et refuser de gracier Ricky Ray Rector, un noir arriéré mental, qui avait si peu compris l'imminence de son exécution qu'il n'avait pas mangé le dessert de son dernier repas, préférant «le garder pour plus tard».Serrée, la ceinture paralysante! Non seulement la peine de mort est-elle monnaie courante chez nos voisins du Sud, mais l'utilisation d'un vaste éventail de Journal l'Itinéraire Montréal \u2022 airil 1938 techniques inhumaines destinées à maîtriser et immobiliser les prisonniers ont été mises au point au cours des dernières années.Les autorités ont, en effet, adopté une nouvelle approche, plus coercitive: quartiers à très haute sécurité, ceintures télécommandées envoyant des décharges électriques aux délinquants, aérosols de produits chimiques et chaises d'immobilisation font partie de leur arsenal.Bien qu'elles soient notoirement dangereuses, on utilise fréquemment des chaises d'immobilisation, conçues pour réduire des prisonniers à l'impuissance.Amnistie relate d'ailleurs le cas de Michael Valent, mort des suites d'un caillot sanguin, en mars 1997, après être resté attaché 16 heures d'affilée sur une de ces chaises.11 avait les pieds maintenus par des fers et un trou avait été percé dans la chaise pour qu'il puisse uriner et déféquer sans se déplacer.Les Américains ont aussi inventé une ceinture paralysante digne des tortures médiévales: portée à la taille par les prisonniers, elle peut être actionnée à distance par un gardien et envoie une décharge électrique si puissante quelle provoque une douleur intense et peut amener le prisonnier à uriner ou déféquer.«Dans le cadre de notre campagne, nous appelons les autorités américaines à interdire immédiatement l'usage des ceintures neutralisantes télécommandées, l'un des plus redoutables dispositifs permettant d'envoyer des décharges électriques.Cette ceinture est par nature conçue pour terrifier et faire souffrir la personne qui la porte.Même si le gardien n'appuie jamais sur le bouton, le fait que le détenu redoute en permanence de recevoir une décharge électrique est inhumain.Un tel traitement en dit long sur l'évolution dangereuse que connaissent les États-Unis, où les droits les plus élémentaires de l'être humain sont peu à peu rognés», estime Pierre Sané.De plus, le choix d'une politique répressive à l'égard des détenus, plutôt que d'une politique de réinsertion, s'est traduit, dans de nombreuses prisons américaines, par la suppression de certains programmes, équipements, activités et formations.Et la tendance à la privatisation du milieu carcéral ne laisse présager aucune amélioration à ce niveau.Menottées pendant l'accouchement Selon Amnistie internationale, certaines femmes seraient menottées.même au cours de leur accouchement! «C'est une pratique que l'on retrouve dans plusieurs États, estime Anne Sainte-Marie, responsable des communications pour Amnistie internationale au Québec.La population carcérale féminine est souvent composée de femmes ayant commis des délits mineurs et très rarement pour des crimes violents.Pourtant, elles sont traitées comme de grandes criminelles.Je ne vois pas comment elles pourraient s'enfuir pendant leur accouchement!», raconte Anne Sainte-Marie.De surcroît, les femmes sont fréquemment victimes de sévices sexuels: au mépris des normes internationales, les prisons emploient un personnel masculin pour surveiller les détenues.Dans certains milieux carcéraux, les abus étaient si importants que le ministère de la Justice des États-Unis a cité à comparaître en justice, en 1997, les États du Michigan et de l'Arizona, parce qu'ils ne protégeaient pas leurs détenues contre les sévices sexuels.La prison comme terre d'accueil Amnistie rapporte les propos d'une réfugiée détenue durant quatorze mois dans des conditions particulièrement éprouvantes avant de se voir accorder l'asile: «Tout le monde dit que l'Amérique est le pays des droits humains.J'ai pensé que je m'étais peut-être trompée de pays.» En effet, depuis l'entrée en vigueur, en 1996, d'une nouvelle loi sur l'immigration, des procédures accélérées de refoulement permettent de renvoyer sommairement chez elles les personnes qui tentent d'entrer aux États-Unis sans papiers en règle.Même si elles réussissent à convaincre les autorités qu'elles ont des «craintes fondées» en cas de retour dans leur pays, elles sont généralement placées en détention dans l'attente d'une réponse à leur demande, ce qui peut prendre plusieurs mois, voire des années.Entre 1996 et 1998, le nombre de demandeurs d'asile qui ont été détenus a augmenté de 75% et, bien qu'ils ne soient pas des criminels, ils sont souvent incarcérés en compagnie de pri-sonniers de droit commun.Pourtant, les normes internationales sont claires: les demandeurs d'asile ne doivent être privés de li-berté que pour des motifs légitimes, uniquement dans le cas où d'autres mesures seraient insuffisantes et seulement pour une période limitée.Dans plusieurs établissements, ils ne sont pas autorisés à recevoir la visite de leur avocat, ni à bénéficier des services d'interprète ou de l'aide offerte par des représentants d'organismes non gouvernementaux, et se voient refuser une mise en liberté sous caution et ignorent la date de leur libération.Karla Faye Tucker Joseph Stanley Faulde ban* un film d« Uncle Sam Pas le droit de voter mais le droit de mourir Il est illégal pour un mineur de boire, fumer et voter aux États-Unis, mais pas d'être condamné à la peine de mort! En effet, 24 États peuvent appliquer la peine capitale aux personnes qui n'avaient pas 18 ans au moment où elles ont commis leur crime.Les États-Unis ont exécuté neuf mineurs délinquants depuis 1990, soit la moitié des exécutions de mineurs recensées dans le monde pendant la même période! Les neuf autres exécutions ont eu lieu dans cinq pays, soit l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Nigeria, le Yémen et le Pakistan.Aujourd'hui, plus de 70 prisonniers attendent d'être exécutés pour des crimes commis à l'âge de seize ou dix-sept ans.Plus aberrant encore, le recours à l'incarcération est considéré, dans certaines juridictions, comme un châtiment approprié, même pour les délits mineurs, comme les bagarres à l'école.Amnistie relate, en autres, le cas d'une fillette de treize ans, détenue pour avoir été trouvée en possession de marijuana, qui s'est révélée par la suite de l'origan.Une fois aux prises avec le système judiciaire pour adultes, ils peuvent rester en détention préventive pendant des mois avant d'être jugés, laps de temps pendant lequel ils sont souvent mis en péril, au lieu d'être protégés, sans compter qu'un séjour en prison n'est pas la meilleure façon de favoriser leur réinsertion! Par ailleurs, les États-Unis et la Somalie sont les deux seuls pays au monde à ne pas avoir ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant.Les États-Unis, un modèle?Campagne États-Unis: les mêmes droits pour ur plus d'information, contactez Amnistie Inten pourtous?ntematîonale: Parmi toutes les nations industrialisées, les États-Unis n'ont donc pas de quoi pavoiser: ce pays affiche un bilan particulièrement déplorable en ce qui concerne la ratification d'instruments internationaux, et pourtant, il juge les autres pays à l'aune de ces mêmes normes.Pour Amnistie internationale, une piste de solution serait que les autorités fédérales et celles des États créent et financent des organismes totalement indépendants de l'administration pénitentiaire, chargés de contrôler les conditions de vie dans les prisons et habilités à prendre des mesures pour remédier aux problèmes constatés.Ce n'est peut-être pas la panacée à tous les maux, mais cela permettrait déjà une surveillance plus étroite des prisons américaines.Journal L'Itinéiaite \u2022 Montréal \u2022 avril 1999 » La poésie et la boxe dans une même arène Stéphane Ouellet, âgé de 27 ans, a grandi dans le monde des arts.Son père est artiste-peintre et sa mère a une boutique d'artisanat.Depuis sa jeunesse, il a toujours préféré la solitude.S'il n'aimait pas les sports d'équipe, il a fait du scoutisme jusqu'à 'âge de douze ans.Boxer pour sa soeur! C'est par un concours de circonstances tout à fait charmant qu'il a découvert la boxe.«Ma soeur était en amour avec un boxeur de Jonquière qui allait à la polyvalente avec elle.Elle voulait aller le voir et elle n'avait pas de raison.Je m'en souviens comme hier.Elle a trouvé la raison: elle m'a convaincu d'aller faire de la boxe avec mes gros bras de scout et c'est ce a qui déclenché ma carrière.» Bon vivant Pourtant, il n'était pas très emballé par ce sport au début.«Ça représente beaucoup de sacrifices.C'est plutôt la solitude, le travail de l'entraînement et la création que j'ai aimés.Créer le mouvement comme une ballerine pour gagner.C'est éphémère et quand c'est fini, il faut recommencer».Stéphane Ouellet est un bon vivant et son goût pour la fête a suscité de l'incompréhension dans son entourage: on n'admettait pas qu'il puisse avoir du succès et du plaisir.«Pour moi, je faisais une vie normale d'ado-| lescent.J'étais très populaire.Je voyageais dans le monde et je gagnais des médailles d'or partout.Je vibrais, je tripais.» C'est justement son indiscipline qui l'a amené à Montréal, à 17 ans.Son entraîneur de l'époque l'avait expulsé du club de boxe de Jonquière, à cause de l'influence négative qu'il avait sur les jeunes qui commençaient la boxe.«J'ai pilé sur mon orgueil et j'ai rappelé mon entraîneur.Il m'a dit: viens me voir à 6 heures, se souvient très bien Stéphane.Je conduisais l'auto de mon père et en route pour aller voir mon entraîneur, j'ai embarqué un pouceux.Je suis allé le reconduire chez lui et je suis arrivé trois minutes en retard à mon rendez-vous.Mon entraîneur m'a dit: T'es encore en retard à cause de ton indiscipline et il est parti.» Stéphane a vu rouge et ce fut la fin de la boxe pour lui à Jonquière.Prenant le taureau par les cornes, il a quitté son patelin pour la grande ville.«J'ai appelé Yvon Michel (un promoteur de boxe) et je lui ai dit: Je m'en vais à Montréal.J'ai déménagé en deux jours.Je suis un excessif dans tout ce que je fais», ajoute-t-il.L'écriture dans la solitude D s'est donc retrouvé dans un quatre et demi à Montréal pour poursuivre sa carrière.Il s'est senti libéré de ses détracteurs, mais il vivait dorénavant dans l'anonymat.«C'était un choc, il fallait que je me débrouille, personne ne me connaissait.Je me suis retrouvé avec moi-même, j'ai pris conscience de qui j'étais.C'est à ce moment-là que j'ai commencé à écrire», se souvient-il.Stéphane Ouellet a écrit de la poésie pendant deux ans.Il a écrit un livre, La Bible de l'Inconnu, où il parlait des femmes, du sexe, de la drogue et d'alcool.«À cause de mon statut de boxeur, mon ego était haut et j'ai cru qu'il suffisait d'écrire pour être poète.J'ai fait une petite crise existentielle, j'écrivais sur les réalités de ma vie et sur la mort.J'ai écrit un poème sur la douleur.Celle des poings disparaît avec le temps.Mais celle des mots ne s'efface jamais, le temps ne fait que l'adoucir.» Gros bras.grosse tête Dans l'écriture, il voyait un moyen de se prouver qu'il était capable de faire autre chose que de la boxe, qu'il ne trouvait pas assez valorisante.«C'est bien beau d'être fort mais c'est pas ça qui attire le respect.C'est important de réfléchir.J'avais besoin de me prouver que j'étais intelligent.Aujourd'hui, je sais que c'est ma tête qui fait marcher mes poings».Son incursion dans le monde littéraire a été de courte durée.Un journée où il magasinait dans un marché aux puces, il a été forcé d'admettre qu'il ne vivrait pas de cet art.«Je me suis arrêté à un kiosque où on vendait des livres et j'en ai choisi cinq.J'ai demandé combien à la vendeuse, elle m'a répondu: 1,25$.Un de ces livres était mon recueil de poèmes», raconte Stéphane en riant.Aujourd'hui, il écrit encore, mais pour lui-même.«Je me suis lancé dans la poésie pour m'é-vader de la boxe.Le milieu de la boxe m'apporte une certaine notoriété, mais parfois, c'est comme un ouragan.J'aime pas le cirque médiatique, continue Stéphane.J'ai embarqué là-dedans; je l'accepte, mais c'est un cercle vicieux et des fois je capote.Je suis un ami de la solitude.J'ai besoin de ça.» Une marche mortuaire Le boxeur est aussi passionné par tout ce qui est mystique.«La marche vers l'arène, c'est comme une marche mortuaire.J'aime la préparation psychologique.Ça demande beaucoup d'émotion et d'intensité.C'est le seul moment que je peux retrouver l'adrénaline et le stress qui me sont nécessaires.C'est là que je me sens plus proche de la mort.Quand j'avance vers le ring, je me sens seul, un peu comme à l'église.Les entraîneurs te conduisent sur l'arène pour l'affrontement final, où tu te retrouves face à l'inconnu.Tu ne sais pas ce qui t'attend.C'est comme si ta dernière heure était venue.» Suite page suivante \t\t \t\t M\t\t La mort le fascine au point que son ambition était de devenir thanatologue.avant d'être boxeur.Mais sa carrière l'a fait voyager à travers le monde et il a quitté l'école au 4 ieme secondaire.«Ma philosophie, dans ce temps-là, c'était qu'à 25 ans, je serais trop vieux pour boxer et que je pourrais faire autre chose.Mais j'ai continué à boxer.Je veux faire autre chose, plus tard.J'aimerais ça prendre soin des morts.Même s'ils étaient amochés, je les maquillerais pour leur dernière sortie.» Il n'exclut pas l'idée d'avoir son propre bar.Jouer au billard, en prenant une bonne bière, est un loisir qui l'aide à relaxer.«C'est une place où les gens vont pour réfléchir ou pour faire le point sur la semaine tout en ayant du fun», parole du scout Stéphane! Stéphane Ouellet est un peu comme un taureau dans une corrida.Les banderil-los (ses détracteurs ) le poussent à aller au bout de lui-même, et en même temps, on essaie de l'affaiblir en le frappant.Les coups sont à l'image des dards qu'on plante dans le cou du taureau.Mais, contrairement au boxeur, le jeune taureau n'a aucune chance de survivre à son combat.Mais Stéphane Ouellet est un bon vivant.Ci-contre, un poème de son cru.sur la bière et la taverne, comme quoi la poésie peut s'assoir à n'importe quelle table, ou n'importe quelle arène.Photos: Philippe Burnet (Agence Stock Photo) f Journal L'Itinéraire Montréal ¦ avril 1939 Monde d'Euphorie J'aime être seul, ivre, Regardant le temps s'immobiliser Assis dans le pénombre de cette taverne Je pénètre dans l'univers des ombres.Face à moi une planète me sert de table Où les cadavres s'entassent, fantôme dément, Peu à peu mon regard s'alourdiL.Et comme un roi Ayant la clef du rêve dans les poches J'ordonne qu'on m'apporte, sur un plateau de vérité, Cet or liquide, physiquement palpable.Ce trésor limpide Qui déshydrate mes rêves de liberté.Maintenant plongé dans un rêve d'euphorie Un intrus essaie d'y pénétrer M'eftbrçant d'ouvrir les yeux J'aperçois dans toute sa droiture, Un jeune homme, au visage dédoublé Qui me dit, à moi, d'un ton moqueur:
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