La presse, 21 décembre 1991, B. La Presse Plus
[" LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 21 DÉCEMBRE 1991 W *¦ >.MARTHA GAGNON n fouillant la vie de la famille Pinot, le juge René Hurtubise de la Cour supérieure a découvert plusieurs choses qui ont contribué à semer le doute dans son esprit et l'ont amené à rejeter l'action en dommages-intérêts qu'elle avait intentée contre un fabricant et un installateur de mousse isolante d'urée formaldehyde.Dans le cas de chaque famille impliquée dans le long procès de la miuf.on a scruté les dossiers médicaux, effectue des enquêtes minutieuses sur les habitudes de vie et gratte jusque dans l'intimité de chacun.Les 21 personnes de ces causes-types ont été soumises à des batteries de tests.En plus de procéder à des examens physiques, on a analyse leur comportement et même leur caractère.Par exemple, dans le cas de M.Georges Pinot, qui habite à Montreal, un médecin notait dans la conclusion de son rapport : «Chez cet homme, la réaction d'anxiété, c'est d'exagérer au superlatif ce qui pour un autre serait banal.Sa vie est littéralement envahie par la miuf.» Devant la cour, sa femme.Mmc Rita Pinot, affirmait que l'isolation à la mousse formaldehyde, en décembre 1979.avait provoque les malaises suivants: quintes de toux le soir, fatigue le matin, maux de gorge, nez bouché et etourdissements la nuit.L'analyse du dossier médical a cependant révélé que Mmc Pinot avait subi une operation pour une déviation de la cloison nasale à l'âge de 16 ans et souffrait d'une rhinite (inflammation ) chronique qui la Certes il y avait de la MIUF chez les Pinot.Mais il y avait aussi dans cette famille une ménopause, de l'anxiété, du tabagisme.Le juge a conclu que les problèmes de santé pouvaient être dus à de nombreux facteurs tant physiques, que psychologiques Les trois - briques» qui constituent la somme du jugement prononcé par le juge René Hurtubise qui s'est prononcé contre les requêtes des familles.rendait hypersensible aux irritants.De plus, l'intervention chirurgicale a provoqué une perforation de la cloison nasale.Lors d'un examen pulmonaire, on a aussi remarqué des signes de bronchite chronique qu'on attribue à vingt ans de cigarette.Mmc Pinot a toutefois cessé de fumer en 1974: De plus, les tests cutanés d'allergie au formaldehyde se sont révélés négatifs.Des médecins pensent que l'utilisation abusive de décongestionnants pourrait expliquer quelques-uns des maux.Et ce n'est pas tout, il y a la ménopause! Les premiers symptômes seraient apparus peu de temps avant les travaux d'isolation de la maison.Était-ce la cause des etourdissements et de la grande fatigue?«Comme il fallait trouver une cause, on a mis bien des choses sur le compte de la ménopause», repond Mmc Pinot, aujourd'hui âgée de 56 ans, qui, comme les autres plaignants, est extrêmement déçue du jugement.Le juge Hurtubise conclut qu'il est en face de plusieurs possibilités, mais d'aucune probabilité, encore moins de certitude.Selon lui, rien ne permet de relier ces malaises à la miuf: «La preuve médicale ne supporte pas de façon prépondérante les prétentions de M,,K Pinot.» Dans le cas de cette famille, comme dans celui des autres, le juge estime que ces phénomènes subjectifs ont pu être causés par de nombreux facteurs, tant physiques que psychologiques.Il a retenu la preuve présentée par les défendeurs et selon laquelle le stress, le tabagisme, la dépression, l'alcool, le travail, les allergies, les problèmes psychologiques, la médication et même la ménopause pouvaient tout autant que la miuf être a l'origine des différents malaises ressentis par ces personnes.M.Georges Pinot devant sa maison isolée à la miuf qu'il habite toujours rue Berri, à Montreal: «Oue le juge pense que je suis hystérique, je ne le prends pas!» photopaulmenritalbot upr^t Le toxicologue Albert Nantel, nies, a reconnu qu'une partie des expert principal pour les victi- troubles de M,nc Pinot pouvaient dépendre de la perforation de la cloison nasale et de l'utilisation des décongestionnants.Mais selon lui, «même si la rhinite n'a pas été causée par l'exposition à la miuf, il est probable que ce phénomène ait été aggravé par ce produit.» Le fils.André, qui avait neuf ans à l'époque, se plaignait lui aussi de saignements de nez et autres malaises, contrairement à ses deux soeurs qui n'ont jamais connu de problèmes de santé.Dans son témoignage, M.Pinot raconte: «Tout le monde parlait de miuf chez-nous.On n'avait plus de vie de famille.» Le docteur Nantel a émis l'hypothèse que cette anxiété était peut-être à l'origine de l'infarctus qu'a subi M.Pinot en 1983.A un certain moment, le professeur d'André est intervenu pour conseiller aux parents de cesser de parler de la miuf à la maison parce que cela rendait leur fils terriblement nerveux.«Que le juge pense que je suis hystérique, je ne le prends pas.Qu'il pense que nous avons été victimes de la psychose collective, je ne le prends pas.Et qu'il dise que ma maison n'a subi aucun dommage, ça non plus, je ne le prends pas! Pour enlever cette saloperie dans lés murs, il me faut 100 000$».déclare M.Pinot aujourd'hui âgé de 59 ans.Le docteur Gilles Pineau a examiné M.Pinot qui se plaignait, entre autres, d'irritation des yeux : « Il est difficile de caractériser ces symptômes dont la descri-tion varie chaque fois.que monsieur en parle», dit-il.À son avis, certains malaises sont probablement attribuables à de la fatigue oculaire causée par les nombreuses heures de travail de dessinateur, au tabagisme ou encore aux produits chimiques qu'il utilise pour sa machine à copier les plans.Le juge a retenu cette version.La famille Pinot vit toujours dans la maison isolée à la miuf sur la rue Berri, à Montréal.Les problèmes de santé se seraient atténués, même si la mousse est encore dans les murs.Il semble que le taux de formaldhéyde diminue avec le temps.M.Paillé est un gros fumeur de pipe Le toxicologue Albert Nantel n'a pu, dans certains cas, soutenir la thèse des victimes.11 a, par exemple, refusé de rédiger des rapports pour défendre la cause de M.Jean-Guy Paillé et de ses trois enfants qui vivent à East Angus.«Si on me demande de me prononcer sur une relation causale possible, là je pense que je ne suis pas capable», a-t-il expliqué.Il a été démontré en cour que l'une des filles avait souffert d'infection des voies respiratoires, de dermite, de névrose et d'anxiété bien avant l'installation de la miuf et même après avoir quitté la maison.Chaque année, la jeune fille consultait le médecin pour des problèmes de bronchite.Quant au père, il a admis durant son témoignage qu'il souffrait de maux d'estomac avant la miuf et qu'il avait subi une opération.M.Paillé fumait également de cinq à dix pipes par jour, plus quelques cigares.En parlant des malaises-ressentis par ce dernier, le docteur Nantel déclare: «Il est difficile de se faire une opinion claire.Ceci est principalement dû à ses antécédents médicaux, ainsi qu'à ses habitudes de vie.» Un autre médecin a conclu a une «bronchite tabagique».Et estime que tous les malaises rapportés ont des causes plausibles qui n'ont rien à voir avec l'isolation d'une maison.Les familles reprochent au juge de s'en être tenu aux arguments des compagnies Le juge René Hurtubise avoue avoir été impressionné par la preuve présentée par Borden Chemical et Lorcon MARTHA GAGNON Les avocats des familles reprochent au juge Hurtubise d'avoir retenu uniquement la preuve présentée par les compagnies défenderesses impliquées dans la fabrication et l'installation de la mousse d'uree formaldehyde.Dans son épais jugement, celui-ci ne cache pas qu'il a été davantage impres-! sionné par la preuve des défendeurs Borden Chemical et Lorcon que par celle du I docteur Albert Nantel, directeur du Centre de toxicologie du Québec et témoin-clé pour les victimes.«Au-delà de son dévouement, cet expert (le docteur Nantel ) nous a semblé disposer de ressources ' matérielles limitées et, en quelque sorte, il est apparu coincé et seul face à l'ampleur du problème», explique le juge.Un élément que devra prendre en con-I sidération l'Office de protection des consommateurs qui décidera prochainement si la cause doit être portée en appel.Le jugement sur les six causes-type risque d'avoir une influence déterminante sur les 5000 autres plaintes portées par des citoyens.Le docteur Nantel a choisi d'interpréter les symptômes des gens en se fiant à son experience comme toxicologue et en se basant sur la littérature scientifique et les données médicales, qui sont peu I nombreuses.Il n'a pas fait d'examens cliniques.Pour lui, il n'était pas nécessaire jÉ d'arriver à un degré de certitude absolue, mais il suffisait de dresser la liste des possibilités ou des probabilités.Le juge lui reproche île ne pas avoir fourni tous les rapports médicaux des personnes, ce qu'ont fait les défendeurs.«11 eut ete préférable qu'il consulte systématiquement le dossier médical, tant antérieur que postérieur à l'installation de la miuf».Le tribunal estime que cette demarche lui aurait permis de verifier les declarations du patient.î Et le juge pose une autre question: «Pourquoi le docteur Nantel n'a-t-il soumis les familles à aucun test dit objectif?» Pour justifier son approche, le toxicologue déclarait devant la cour qu'il était extrêmement difficile de recruter des médecins qui auraient consenti à examiner les personnes et à venir témoigner de leurs résultats en cour.Selon lui, la procedure imposée qui l'obligeait à consulter les avocats et l'Office de protection des consommateurs, rendait ces démarches encore plus compliquées.De plus, le docteur Nantel n'a pas participé aux choix des causes-types.Il estimait qu'il était difficile, voire impossible, de poser un diagnostic clinique dans ce contexte.Il a mis au défi qui que ce soit de réussir.Il ne pouvait non plus s'engager dans une étude épidémiologi-que prospective qui aurait été fort longue et fort coûteuse.Dans plusieurs cas, le docteur Nantel ignorait les antécédents médicaux des individus.Par exemple, Mmc Rita Berthiau-nie, une des plaignantes, ne l'a pas informe des 35 visites effectuées auprès de divers médecins de 1969 à 1984.11 ignorait aussi qu'elle avait une difformité au ne/, qui pouvait occasionner certains ennuis.Le juge estime que le docteur Nantel aurait du posséder ces informations pour être capable de porter un jugement de valeur.En contre-interrogatoire, le toxicologue modifiait son opinion pour conclure que la cause des symptômes de MMU Berthiaume n'était pas le formaldehyde dont le taux était très faible dans cette maison.«Mais peut-être des microparticules.» On a même obtenu des expertises psychiatriques Le juge Hurtubise affirme que les compagnies défenderesses ont utilisé une méthode d'analyse rigoureuse qui posse de une «ligne de force indéniable».Ils ont procédé à un questionnaire médical complet.îles examens physiques, des e\\ Le juge Hurtubise: à ses yeux, le docteur Nantel, l'expert des familles, disposait de ressources matérielles limitées et, - en quelque sorte, il est apparu coince et seul face a l'ampleur du problème».aniens de laboratoire, des consultations de spécialistes au besoin, des visites au domicile des gens et ils ont produit les sommaires des dossiers médicaux antérieurs.Dans certains cas, on a même déposé à la cour des expertises psychiatriques.C est ce qui s'est produit pour Mmc Dolores Simard qui avait déjà été hospitalisée pour une dépression.Le juge s'est dit particulièrement touché par l'histoire et le témoignage sincère de cette mère de famille qui éprouvait une grande crainte de vivre dans sa maison isolée à la miuf et de développer un cancer.Malgré cela, il s'est dit incapable de re-lier les malaises de Mmc Simard à la présence de la mousse.Les médecins l'on convaincu que l'anxiété sont souffrait Mmc Simard pouvait avoir des «retombées sur la symptomatologie de celle-ci, ce que la preuve a révèle».Dans tous les cas, le juge appuie sa decision sur les examens et rapports médicaux.«Le tribunal n'a d'autre choix, sur la base de la preuve reçue, que de reconnaître la logique de celle offerte par les compagnies défenderesses.Cette preuve a révèle le passe medical complet de chaque intéressé, historique qui dans plusieurs cas démentait les versions et pretentions des demandeurs».M1 Nicole Hesler.représentante des victimes, affirme qu'il s'agit d'une « mauvaise interpretation de la preuve.Le juge voulait des certitudes, or ce n'est pas possible dans un telle cause.Il a preside ce procès comme sjil s'agissait d'une commission scientifique.Est-ce qu'on sait pourquoi des gens contractent la méningite et d'autres pas?De la même manière, est-ce qu'on peut savoir pourquoi des ^ens sont plus sensibles que d'autres à la miuf?» À son avis, le juge a imposé aux victimes un fardeau de preuve beaucoup trop lourd.Par ailleurs, le procès n'a pas permis d'établir un lien entre la miuf et le cancer.Un seul médecin des Etats-Unis est venue affirmer en cour qu'elle connaissait quatre cas de personnes qui avaient développé des cancers après avoir été e.n-posées à la formaldehyde.Elle a cependant refusé de dévoiler leurs noms, malgré une ordonnance du tribunal lui enjoignant de le faire.Selon Mc Hesler.elle a agi ainsi parce qu'elle pouvait être poursuivie chez elle pour ne pas avoir respecte le secret professionnel.Le juge a soulevé l'hypothèse ; de la psychose collective Mc Hesler reproche au juge d'avoir soulevé l'hypothèse de la psychose collective.Celui-ci note dans son jugement : «Au-delà des difficultés de preuve, faut-il s'étonner que les demandeurs et nombre d'autres utilisateurs de la miuf aient cru fondés une multiplicité de malaises \u2022allant jusqu'à la crainte du cancer?N'étaient-ils pas invites à réagir de la sorte par une série de décisions politiques et administratives qui ont trouvé des échos prononcés dans les médias?» Il donne comme exemple la mise en oeuvre de programmes d'aide aux présumées victimes, la création du Centre miuf et la publication de documents sur la relation entre les symptômes et le cancer.Le juge se demande si cette «chaîne de decisions était porteuse d'une responsabilité morale sur le plan socio-politique».S'il pose la question, il se garde bien d'y répondre.«Il ne nous appartient pas de disposer de cet aspect, d'autant moins que le gouvernement canadien n'est pas une des parties.» Qui est le juge René Hurtubise?\u2014page B7 B2 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 21 DECEMBRE 1991 Éditorial Paul Desmarais president du conseil d administration Roger D.Landry president et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desiardins directeur de I information Alain Oubuc éditorialiste en chef Le temps des enfantillages doit cesser Le débat constitutionnel vient de traverser un autre episode loufoque, avec le chasse-croise qui a entoure la conference des premiers ministres sur l'économie, la ruse du premier ministre Mulroney pour asseoir onze premiers ministres a la même table, la valse-hesitation de Robert Bourassa qui est reste a Quebec.Tous ces enfantillages peuvent faire sourire.Mais ils ont aussi un impact sur le cours des négociations entre le Quebec et le reste du Canada.Un impact néfaste.Car ce n'est pas de cette façon que le gouvernement Bourassa pourra débloquer le dossier constitutionnel ou permettre au Quebec de gagner des points.Robert Bourassa a commis une erreur de jugement en boycottant la conference des premiers ministres.Cette conference, même si elle n'a rien donné de concret, a semble une demarche assez positive aux dix autres premiers ministres pour qu'ils décident de se revoir en février.Cette fois-la, le premier ministre Bourassa devra mettre fin aux comportements d'enfants d'école qui dominent notre vie politique et participer a la rencontre.La stratégie québécoise repose sur la promesse formulée après l'échec de i accord du lac Meech de ne plus jamais négocier a onze.Cette decision, éminemment logique, se justifie pour deux raisons: d'abord éviter que les représentants québécois soient marginalises et pressurises, et ensuite éviter la surenchère, les revirements et la confusion qu'engendrent des négociations a onze joueurs qui ont chacun leurs intérêts.Mais on a oublie ces raisons pour faire du refus de négocier le symbole de la fermeté de Robert Bourassa.Ce glissement nous a plonges dans une situation intenable qui nous fait lentement sombrer dans le ridicule.Certains voient dans ce boycottage des rencontres à onze comme une victoire dans la guerre des nerfs entre le Quebec et le reste du Canada.Mais dans un cas comme la conférence des premiers msinistres où il n'y avait pas de négociations et pas de débat constitutionnel, de quoi le Quebec s'est-il protege?A-t-on gagné des points?A-t-on amélioré notre rapport de forces?Non.M.Bourassa n'a réussi qu'a rappeler qu'il est fâché depuis Meech.Bref, on en est venus a ériger la bouderie au statut de stratégie politique.La bouderie appartient à l'arsenal des relations enfantines.À une différence près: même les tout-petits savent qu'un jour, il faut cesser de bouder.Ce temps est venu pour nos politiciens.D'abord parce que le mythe de la faiblesse de Robert Bourassa face au Canada doit être dégonfle.Le premier ministre a bien des défauts, on lui repproche ses hesitations, mais, au fil des ans, on a pu constater à quel point il était tetu.Il n'a pas cédé a Victoria.Il n'a jamais cede a Meech.même dans les derniers jours.En outre, la vigilance de l'opposition péquiste et de la population est telle qu'on n'arrive pas a imaginer comment M.Bourassa pourrait faire une concession inacceptable aux Québécois et survivre politiquement.C'est pourquoi affirmer que les intérêts du Quebec sont lies a son refus de rencontrer d'autres premiers ministres relevé de l'enfantillage.Au contraire, cela a nui au Quebec.Les rencontres jouent un role fondamental dans les négociations et les rapports entre pays, entre partenaires économiques: Baker en URSS, les sommets des grands, les sommets socio-économiques, les négociations patronales-syndicales.Au nom de quelle loi le processus constitutionnel echapperait-il a ces règles qui gouvernent les relations entre humains?Le résultat du boycott québécois était prévisible.L'absence de M.Bourassa a ulcere les autres premiers ministres, et leur a surtout enlevé le goût d'accepter les aménagements que reclame le Quebec.Est-ce un progrès pour le Quebec?Ce l'est surtout pour les souverainistes qui.en toute logique, n'ont aucun intérêt a encourager des discussions qui leur paraissent vaines.Mais pour M.Bourassa, qui favorise une forme de fédéralisme renouvelé, l'attitude est suicidaire.Le même raisonnement s'applique a l'autre fondement de la doctrine québécoise qui.en raison du carcan de la loi 150, ne peut pas discuter avec le reste du Canada d'une offre avant qu'elle ne soit formelle.Il est vrai que le Quebec doit se protéger en sassurant que le Canada anglais s'est entendu sur une formule avant d'entamer des négociations.Mais en refusant de commenter les propositions constitutionnelles, en refusant d'expliquer ce qui est acceptable ou inacceptable dans ces propositions, defend-on les intérêts du Quebec?Si la bouderie relevé du comportement enfantin, cette attitude se rapproche du mode de seduction pré-pubère.Les négociations constitutionnelles ne sont pas un jeu de devinettes.Ce silence québécois, la encore, ne peut qu entraver une démarche qui amènerait a un renouveau acceptable au Que-bec.La vraie fermeté, ce n'est pas de se taire et de se cacher dans le bunker de la Grande-Allée.C'est d'abord de lutter pour ses convictions et se battre pour les intérêts du Quebec.Dans ce cas précis, M.Bourassa doit dire clairement ce qu'il attend du reste du Canada, ce qu'il estime être inacceptable dans les offres fédérales, ce qui peut être améliore.Ses hesitations s'expliquent peut-être par le fait qu il craint que l'opinion publique, qui penche en faveur de la souveraineté, lui reproche de travailler trop clairement au renouvellement du fédéralisme.Qu'il se rassure.Un sondage Multi-Reso.publie dans Le Devoir, indique que 56 p.cent des Québécois sont en faveur des négociations a onze, et qu'a peine 23.9 p.cent des répondants préfèrent les négociations a deux avec Ottawa! Cet appui vaut encore plus pour une rencontre économique.M.Bourassa ne doit pas craindre de rencontrer les autres premiers ministres si cela peut contribuer a la relance économique, autrement plus importante pour le vrai monde que le débat constitutionnel.Alain DUBUC Loto Canada! On croyait pourtant avoir tout vu.Apres les « freak shows» de la Commission Spicer et les «concours d'amateurs» animés par lex-duo Castonguay-Dobbie, on était certain d'avoir atteint le fond du baril.C'était compter sans lïmagination des stratèges fédéraux qui viennent d'inventer la loterie constitutionnelle.Le jeu est relativement simple et tout le monde est invité à y participer.Il suffit, dans une lettre de presentation, de faire part à Ottawa de son intérêt pour le débat en cours en précisant l'angle particulier sur lequel on prétend avoir quelque chose à dire.Avec un peu de chance et à condition de correspondre au profil des figurants recherchés, on peut décrocher le gros lot: un voyage, toutes dépenses payées, dans une grande ville canadienne pour y jouer le role d'un citoyen ordinaire dans un forum de la dernière chance pour l'unité canadienne.A quelques mois, en effet, de l'échéance fixée par le Québec, le gouvernement tiendra, à compter de janvier prochain, cinq réunions publiques à Halifax, Calgary, Montréal, Toronto et Ottawa pour tenter de dégager un consensus sur la revision de la constitution.Comme il se doit, des parlementaires, fédéraux et provinciaux, des experts et des représentants de groupes de pression seront invites à y discuter des modalités du projet.Les organisateurs sont cependant coinces entre le souvenir de consultations antérieures assez éprouvantes et le désir maintes fois exprime par beaucoup de Canadiens d'être associés à cette démarche.D'où la présence de représentants du «monde ordinaire», choisis par tirage au sort.Ceux-ci donneront à cet aréopage un caractère résolument populaire tout en lui.évitant de tomber dans la lourdeur d'une bien problématique assemblée constituante.Le procédé ne manque certes pas d'astuce.Mais son caractère aléatoire risque fort d'alourdir encore l'hypothèque de scepticisme qui pèse sur toute nouvelle initiative d'Ottawa.Car quand on en est rendu à laisser une aussi grande place au hasard, on s'expose a se faire accuser de jouer a la loterie avec l'avenir d'un pays.Et d'être prêt à tout pour sauver les apparences.Y compris, pourquoi pas, un bingo constitutionnel.Pierre gravel 5*05 3//
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