La presse, 30 mai 1992, Cahier spécial: L'eau. L'obsession du XXIe siècle.
[" 1990 \\ plus «Ie )xz^ de n L 64 pays 17% de la population \\es te*50.-V 4 \\ de T moins û u» latim r'tcaln sur deux accède .potable en 1990.Le ri table «nieu à Vhofuon \"^«ement 2025 51 pays 16% de la population s' 1990 65 pays 66% de la population 10 ooo De par 2O00onaneetP* mi an liions de m3 pers et *a\\e.ss\\e «\\'ic tes! e« ^.e ¦^JŒ**S* **** cei doï des 2025 61 pays 34% de la population m Toujours plus d'hommes toujours moins d'eau Si elle était bien répartie sur Terre, l'eau douce suffirait à couvrir dix fois les besoins de l'humanité.Mais elle abonde surtout dans les zones dépeuplées et manque dramatiquement là où la demande est la plus fbrto.Si bien que la pénurie progresse ggj& au rythme de la démographie : 27 pays et 800 millions d'hommes- \u2022 I f » m sont menacés de en 2025.L'BAU » Par 32ooo, /es Etats-Unis 36 pays\tI2025 41% de la II\\H).)\\\\\\ \\>l\\!>l\\> M NO A Kl M>|!> |>l \\U\\IIO O.ISOMOI .V.-MMlt) l\\IMI\\OI\\ KOCtAYH» V ST.-ISSX.) peut compter que sur les moussons.En mai de l'année dernière, poussées par les vents chauds du sud, celles-ci avaient rejoint plus tôt et plus vite que d'habitude la région du Yang-tsé-Kiang.Bloquées par une masse d'air froid sibérien, elles s'étaient alors abattues en pluies diluviennes.Le nord, lui, est resté au sec.On a beaucoup spéculé sur les causes de cette catastrophe.Les puits de pétrole brûlant au Koweït?L'explosion du Pinatubo aux Philippines?Ou simplement, une mauvaise humeur de la mousson, une de plus?En 2000 ans, la région du Huai a connu plus de neuf cents inondations, et autant de sécheresses.Les digues de Mao pour le développement Aujourd'hui, le gouvernement chinois peut faire valoir à juste titre qu'il est parvenu à préserver jusqu'ici sa population de telles catastrophes.Mao avait vu dans la construction de digues et de ca- * naux une des conditions pour le développement de la Chine.Durant les années 50 et 60, les populations des campagnes se sont vues mobilisées pour agrandir les digues, aménager des réservoirs et des déversoirs.Jamais les habitants des zones à risques n'avaient vécu dans une telle sécurité, jamais non plus les récoltes n'avaient été aussi bonnes.Seulement voilà: en l'espace de 40 ans, la population s'est multipliée par deux, passant à 1,2 milliard.Le manque croissant de terres cultivables a poussé les hommes à s'installer dans les zones les plus menacées par les inondations.Ainsi, la moitié de la population de la province d'Anhui vit aujourd'hui sur les sites les plus exposés.Pour gagner en surface, on a même asséché des lacs qui servaient de réservoirs en eau.Malgré des campagnes spectaculaires, comme le projet «mur vert» en Chine du nord, l'érosion des sols n'a pu être stoppée.Depuis 1949, les fleuves charrient toujours davantage de boue.Même les fonctionnaires de Pékin ont reconnu que la dernière inondation était due surtout à l'insuffisance du dispositif de protection.Les communes populaires qui avaient édifié les digues et réservoirs ont été dissoutes dans les années 80, dans la foulée des réformes économiques.Aujourd'hui, dans certaines régions, personne ne sait qui est chargé de ces installations.Dans certains cas, elles ont été purement et simplement détruites.Les digues du fleuve Huai ont beau être propriété d'État, cela n'a pas empêché les paysans d'y faire paître leurs bêtes ou d'en prélever des pierres et de la terre pour leur propre usage.L'argent aussi a fait cruellement défaut.Dans les derniers plans quinquennaux, les crédits alloués aux constructions \u2022agricoles (dont les digues) ont été réduits de plus d'un tiers.Face au choc subi l'année dernière, l'État semble décidé à réagir.Ainsi, les fonds budgétaires ont de nouveau été revus à la hausse cette année.Comme au bon vieux temps du maoïsme, on encourage les populations locales à rénover les vieilles installations.Le plus grand barrage du monde Ce n'est pas tout: le gouvernement affiche sa volonté d'amener «l'eau du sud vers le nord».La redistribution des ressources en eau doit permettre de réduire les risques d'inondation au sud et de combattre la sécheresse au nord.Mais pour obtenir ce résultat, il faudra construire le plus énorme barrage du monde dans la vallée du Yang-tsé-Kiang (voir page 10).Ce projet, longtemps controversé en raison de son coût et de son impact sur l'environnement, a de bonnes chances d'être adopté cette année.Les travaux du barrage une fois achevés, d'immenses réserves en eau pourraient être acheminées par un canal depuis le Yang-tsé-Kiang jusqu'au nord, en passant par la province du Henan.À Zhengzhou elles s'écouleraient dans le fleuve (aune, pour le quitter un peu plus loin et rejoindre Beijing le long de la voie ferrée.Mais avant que la province ne profite de ce canal, il faudra attendre des dizaines d'années.D'ores et déjà les écologistes mettent en garde contre les conséquences de ce programme: avec les années en effet, les boues charriées par le Yang-tsé-Kiang se déposeront au fond du barrage, et accentueront encore les risques d'inondation en amont.En aval, la réduction du débit fluvial entraînera vraisemblablement des pertes considérables pour l'agriculture.La redistribution des ressources en eau pourrait donc avoir l'effet d'un boomerang. 8 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 30 MA11992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXje SIÈCLE Le fleuve Sénégal, côté mauritanien ; le fleuve constitue la frontière entre les deux pays.Le puits communautaire, dans les pays du Sahel, constitue un point de rassemblement des gens.S'entretuer pour 7 eau: cas fleuve Sénégal Y' et la Mauritanie ont pourtant tiré profit de l'aménagement du fleuve JEAN THUAL World Media UAND LE SOLEIL SE couche sur le fleuve Sénégal, le vert intense des jardins irrigués tranche avec l'ocre du désert qui enserre la vallée comme un étau.C'est l'heure de la lessive au bord du fleuve, l'heure du bain et de la palabre pour les villageois mauritaniens.Sur l'autre rive, le Sénégal.Le même village, les mêmes jardins, d'autres paysans.Au printemps 1989, ce paysage tranquille s'est pourtant embrasé.Durant des mois, les massacres et les affrontements interethniques ont ensanglanté les rives de ce «Nil du Sahel» qui fait vivre la région.Si le calme règne dans la vallée, les esprits se souviennent, et le flot des haines et des rancunes sépare aujourd'hui les deux pays plus sûrement que le fleuve.Le bilan du conflit est lourd: centaines de morts, lynchés par la foule dans les deux pays, 170 000 à 250 000 Mauritaniens obligés de quitter le Sénégal, 70 000 à 100 000 Sénégalais expulsés de Mauritanie.Il faut également compter des dizaines de milliers de «déguerpis», majoritairement originaires de la vallée du fleuve, soupçonnés d'être «d'origine sénégalaise».Sur la rive mauritanienne, leurs villages désertés ne se comptent plus.Expulsés en l'espace de quelques heures, les «déguerpis» installés depuis des générations ont tout perdu.Quant aux «rapatriés» mauritaniens, ils ont dû quitter le Sénégal dans les mêmes conditions.La frontière sénégalo-mauritanienne qui épouse le tracé du fleuve est fermée.Tout contrevenant s'expose à rencontrer une patrouille de l'armée mauritanienne qui n'hésitera pas à faire feu.De mois en mois, un contrebandier, ou un paysan désirant rejoindre sa famille, sont ainsi abattus.Une violence difficile à expliquer Un tel déchaînement de violence paraît inexplicable, alors même que les deux pays ne se disputent pas l'exploitation du fleuve à des fins énergétiques ou agricoles.Us célébreront cette année le vingtième anniversaire de la création de l'Office de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).Rassemblant le Sénégal, la Mauritanie et le Mali, cet organisme a poursuivi ses travaux dans les pires moments de la crise.Concrétisant les efforts de coopération intertétatiques engagés dès les années 60, l'OMVS a entièrement rempli le rôle qui lui avait été imparti il y a 20 ans.La construction de deux barrages à Diama (dans le delta du fleuve) et à Manantali (en territoire malien) a permis de régler les trois problè-.mes qui empêchaient une utilisation rationnelle du Sénégal : les remontées d'eau salée, l'affaiblissement de son débit au plus fort de la saison sèche (avril à juin ) et la force de ses crues.Comment dès lors expliquer que les deux pays ont bien failli s'affronter en une guerre ouverte, après avoir mobilisé respectivement leurs forces armées?La réponse à cette question doit être trouvée au nord du fleuve, en territoire mauritanien, à des centaines de kilomètres des périmètres irrigués et des jardins maraîchers du Sénégal.Quelque part sur cette «route de l'espoir» qui relie la capitale, Nouakchott, aux régions du sud, là où jour après jour les bulldozers déblaient les dunes qui recouvrent l'asphalte.Ou encore dans les régions semi-désertiques des anciens «cercles» (régions) coloniaux du Tagant ou du Brakna, où les hommes livrent un combat désespéré contre le sable qui, à raison de plusieurs kilomètres par an, envahit les quelques terres fertiles encore existantes.C'est ici que se joue, ou plutôt que s'est joué, le conflit Sénégal-Mauritanie.La sécheresse que connaît le Sahel depuis le début des années 70 a fait imploser l'ensemble du système économique et social mauritanien.«En quelques Le chameau, sorte de camion du désert, a priorité au puits.mois, j'ai vu disparaître les deux tiers de mon troupeau faute de pâturages, confie Ahmed, ancien gros éleveur, j'ai bien cru devenir fou!».Pour un nomade, qu'il soit maure blanc comme Ahmed (descendants des conquérants arabes et maîtres du pays), maure noir (anciens esclaves des maures blancs) ou encore peul ( négro-africain ), le troupeau n'est pas seulement une richesse véritable, il est aussi le signe de la réussite sociale, l'assise de son pouvoir politique et économique, et la garantie d'un avenir assuré.Au bout de sa fuite vers le sud, vers l'eau et vers la vie, l'éleveur a trouvé son ennemi héréditaire, l'agriculteur, adversaire acharné de ces grands troupeaux qui ravagent ses cultures.Mettant en contact deux populations qui jusqu'ici se tenaient à distance, cette descente vers le sud a créé les conditions de tensions et d'affrontements potentiels.La faute des États Si le conflit a pris une telle ampleur, la faute en revient à part égale aux deux États.Le Sénégal et la Mauritanie ont plaqué sur cette guerre de l'âge du fer une façade géopolitique et économique moderne.À l'occasion de la sécheresse, l'État mauritanien a redécouvert le fleuve.Traditionnellement tourné vers le nord, vers le désert, le gouvernement contrôlé par les maures blancs a entrepris de mettre en valeur la dernière richesse disponible: l'eau du fleuve.Cette exploitation se heurte à un obstacle majeur.Les terres riveraines sont majoritairement la propriété des populations négro-africaines.Pour ces populations, la notion de frontière n'a aucune valeur.Le fleuve n'est pas une limite, encore moins une barrière, il est au contraire un centre, le centre d'une civilisation commune.Comme l'explique cet agriculteur, « les paysans d'origine mauritanienne ont bien souvent plus de terres au Sénégal qu'en Mauritanie, et l'inverse est également vrai».En décidant de «reconquérir» ces terres fertiles, le gouvernement mauritanien a rompu un équilibre social et économique fragile.Pour ce faire, il n'a pas hésité à utiliser les haines raciales opposant populations nomades arabisantes (noires et blanches) et agriculteurs né-gro-africains.L'effet ne s'est pas fait attendre.Défenseur traditionnel de ces derniers, le Sénégal s'est élevé contre cette politique.Certains milieux n'ont d'ailleurs pas hésité à pratiquer la surenchère, obligeant le gouvernement à adopter des positions plus dures.S'appuyant sur un décret colonial de 1933, le Sénégal est allé jusqu'à revendiquer la souveraineté sur les deux rives du fleuve, ce qui a donné des arguments supplémentaires à la Mauritanie pour dénoncer l'ennemi de l'intérieur négro-africain, soupçonné de vouloir l'éclatement du pays.Aujourd'hui, le temps est venu de négocier.La reprise des relations diplomatiques et la réouverture de la frontière sont à l'ordre du jour.Mais les tensions ne disparaîtront pas aisément.Chaque jour, les expulsés et les «déguerpis» mauritaniens installés au Sénégal observent, à portée de fusil, les nouveaux propriétaires, maures noirs ou blancs, cultivant leurs terres.« Je me rappelerai toute ma vie du jour où les soldats sont venus nous expulser», confie ce «déguerpi» rentré clandestinement.«le ne suis pas prêt à pardonner à ceux qui ont massacré les miens, à ceux qui ont volé nos biens et ceux qui étaient avec moi de l'autre côté ne souhaitent qu'une seul chose, passer le fleuve et se venger.» Dans le cas d'une réouverture trop brusque de la frontière, cette haine et ce désir de vengeance déferleraient sur la vallée et relanceraient le conflit.\u2022\tOGILVY RENAULT ¦ DROIT DE L'ENVIRONNEMENT\tAVOCATS Conseils et services juridiques dans les domaines suivants :\t assainissement de l'eau et de l'air \u2022 caractérisation et réhabilitation des sols \u2022 contentieux administratif, plaintes pénales et poursuites civiles \u2022 gestion, transport et élimination des déchets \u2022 permis, certificats et autres autorisations gouvernementales ou municipales \u2022 santé et sécurité en milieu de travail \u2022 transactions commerciales et financières \u2022 vérifications environnementales.\t\u2022 | MONTRÉAL OGILVY RENAULT 1981, AVENUE McCILL COLLEGE MONTRÉAL (QUÉBEC) CANADA H3A 3C1 TÉLÉPHONE (514) 847-4747 TÉLÉCOPIEUR (514) 286-5474 \u2022 Notre équipe est constituée de : Jean G Bertrand Éric Dunberry Jean Piette Louis-Paul Cullen François G.Fontaine Paul S.Prosterman Guy Des Rosiers P.Wilbrod Gauthier, c.r.Jocelyn F.Rancourt Jacques Dufresne Sylvie Parent Michel G.Sylvestre \u2022 \u2022\tOTTAWA OGILVY RENAULT 50, RUE O'CONNOR, BUREAU 1015 OTTAWA (ONTARIO) CANADA K1P6L2 TÉLÉPHONE (613) 230-8661 TÉLÉCOPIEUR (613) 230-5459 \u2022 QUÉBEC OGILVY RENAULT 500, GRANDE-ALLÉE EST, BUREAU 520 QUÉBEC (QUÉBEC) CANADA G1R 2)7 TÉLÉPHONE (418) 640-5000 TÉLÉCOPIEUR (418) 640-1500 OSLER RENAULT l ADNlR LONDRES PARIS HONGKONG NEW YORK Khadjettou et l'eau Pour les nomades du désert mauritanien, l'eau est une richesse essentielle.Les hommes sont chargés de faire boire les troupeaux, mais ce sont les femmes qui doivent ramener l'eau pour l'ensemble de la famille.Descendante d'es-claves, Khadjettou, 18 ans, est lune d'elles.Elle parle.¦ Je suis une «haratin», c'est-à-dire une maure noire.Il y a très longtemps, nous étions les «captifs», les esclaves, de notre paître qui était maure blanc.Aujourd'hui, nous sommes affranchis mais ma famille appartient toujours au clan de nos maîtres qui nous aident beaucoup.Quand je pars du campement avant que le soleil se lève, personne ne doit me dire «Khadjettou (c'est mon nom), va chercher notre eau ! ».Ma famille compte sur moi pour amener ce qui est nécessaire pour vivre une journée.J'ai la chance d'habiter près d'un puits oui donne de l'eau toute l'année, même quand il fait très chaud.Nous avons trouvé de quoi nourrir le troupeau à environ cinq kilomètres de ce puits.Il y a des femmes qui doivent parcourir 10 kilomètres, ou même plus, pour trouver de l'eau.J'ai 18 ans et des jambes solides.Il me faut une heure pour arriver jusqu'au puits.Le plus dur finalement, c'est d'être forcée d'attendre les deux ânes qui transportent mes quatre bidons.Une fois arrivée au puits, le plus difficile commence.Je sais que les animaux, les vaches, les moutons, les dromadaires, et même les ânes, passent d'abord, et qu'ils doivent être servis les premiers.Si de grands troupeaux viennent boire au puits, je dois attendre toute la journée, et je ne peux pas repartir avant que le soleil se couche.De toute façon, je dois être aidée par les hommes.Ils sont forts, et ils peuvent soulever les «dellous » remplis d'eau, et faire avancer les chameaux et les ânes qui font remonter les dellous du fonds du puits.Une fois mes bidons remplis, il faut encore que je retourne chez moi.L'eau que je ramène sert à donner à boire à la volaille, aux chèvres, et à préparer la cuisine.Pour le bain et la lessive, on doit descendre au puits deux à trois fois dans la semaine.Le reste de l'eau sert à la boisson, à la préparation du thé et aux ablutions.Mon père m'a toujours dit que si tu es un bon musulman, et si tu as assez d'eau, tu dois faire tes ablutions avant de faire les cinq prières.Si tu n'a pas assez d'eau, alors tu peux éviter ça.Si l'eau du puits disparaissait, ou si les animaux ne trouvaient plus à manger, on devrait partir et chercher de l'eau un peu plus loin.Moi, je ne suis pas encore mariée, et je suivrais ma famille et mon clan.De toute façon, mariée ou pas, je continuerai toujours à aller chercher l'eau jusqu'à ce que je sois trop vieille pour pouvoir le faire. LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 30 MA11992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE LES ENACES signal venu de l'Antarctique: les glaces reculent Si toute la glace de l'Antarctique fondait, le niveau des mers monterait de 50 mètres MALEN AZNAREZ El Pais MADRID UI DIT ANTARCTI-que dit eau.Eau liquide de ses mers ou solide de ses glaciers et blocs de glace.L'eau est le protagoniste quasi absolu de ce continent lointain et méconnu que Ton appelle continent des glaces.Si c'est un lieu commun que de définir le Pôle Sud comme « la grande réserve d'eau de l'humanité», la surprise est grande lorsqu'on rappelle que dans ce continent l'épaisseur moyenne de la glace est de trois kilomètres.Tout aussi grande est l'inquiétude du voyageur confronté à l'âpreté de ses mers d'eaux sombres et riches en plancton, très prisé des chercheurs du fait du rôle qu'il joue dans la circulation de l'oxygène dans l'atmosphère et dans les courants océaniques, vitaux pour le climat.En Antarctique, l'eau, douce ou salée, est aussi essentielle que le sable au Sahara.Seuls quelques chercheurs ont le privilège d'accéder à ce continent déclaré Patrimoine de l'humanité en 1991.Un continent de 14 millions de kilomètres carrés, de 15 millions de mètres cubes de glace \u2014 90 p.cent de la glace de la planète \u2014 consacré à la science.Une glace d'un blanc intense, faite d'énormes langues glaciaires qui glissent jusqu'à la mer.Ces langues qui flottent dans les baies et dont le dessus est d'un bleu translucide ou quelquefois rayé de sombres traits marron, résultats d'éruptions volcaniques, composent de singuliers tableaux abstraits.Cette glace qui a été formée sur des millions d'années, grâce aux continuelles chutes de neige, donne aux glaciers antarctiques une atmosphère particulière qui sert à refroidir la planète et joue un rôle important dans l'équilibre thermique de cette dernière.Les glaciers du Pôle Sud sont néanmoins également dangereux.D'énormes et profondes crevasses, passant parfois inaperçues à première vue, les rendent difficiles d'accès aux non experts.Malgré cette difficulté, marcher sur un glacier, l'appréhension initiale passée, est une expérience inoubliable.Tantôt muet, tantôt grondant, le bouillonnement de leurs fleuves souterrains fait croire qu'ils murmurent.Us sont bruyants quand ils s'écroulent dans la mer dans un fracas qui ressemble au tonnerre.Le silence total de ce continent, silence qui devient inquiétant dans ces déserts de glace, n'est brisé que dans le silence des glaciers.Le recul des glaces Ce sont ces immenses glaciers d'une longueur de plusieurs milliers de kilomètres \u2014 94 p.cent du continent est recouvert de glace de différentes épaisseurs et 6 p.cent de rocher \u2014 qui à présent reculent.Sur l'île de Livingston (Shetlands du Sud) où est située la base espagnole Juan Carlos 1er, les géologues ont observé un recul de 150 mètres ces 30 dernières années et une réduction de 20 mètres de l'épaisseur moyenne de la glace.Livingston est un univers en miniature du continent antarctique.«Voilà 150 ans que tous les glaciers du monde reculent, et ceux de l'Antarctique ne font pas exception.À Livingston aussi il y a eu depuis 1956 un recul.En général, lorsque cette réduction du front des glaciers n'est pas accompagnée d'une réduction en volume, elle n'a pas de conséquence immédiate et par conséquent n'a que peu d'importance.En revanche si elle devait s'accompagner d'une ré- duction significative de l'épaisseur, la réduction en volume serait énorme et pourrait avoir des conséquences beaucoup plus importantes», affirme le géologue Francesc Sabat, Professeur à l'Université de Barcelone, et dont l'équipe, composée de cinq géologues et d'un alpiniste, a travaillé sur l'île ces trois dernières campagnes.L'une des rares façons de vérifier ce phénomène est la comparaison des images satellites actuelles avec celles d'il y a environ 30 ans.« Les glaciers étudiés ont jusqu'à 50 kilomètres, c'est pourquoi on ne peut encore savoir avec précision si ce phénomène est dû au climat de la zone ou à un quelconque autre facteur géologique.» L'équipe de Sabat, tout comme celle des Madrilènes Arche, Lopez et Martinez de Pison, sont extraordinairement prudentes quand il s'agit d'évoquer les causes qui peuvent provoquer ce recul.Les glaciers, affirment-elles, ont une certaine inertie à réagir; peut-être réagissent-ils en ce moment à une hausse de température ou à une baisse des précipitations d'il y a 80 ans.À différentes occasions par le passé, affirment ces chercheurs, il s'est produit la même chose: les glaciers ont reculé pendant des siècles pour avancer ensuite.Ce sont des périodes interglaciaires historiquement connues.«Cela peut se produire par périodes climatiques naturelles, et même si l'homme n'était pas sur terre cela se produirait de la même façon.Le phénomène se produirait même si l'Amazonie ne se régénérait pas, et même si l'effet de serre n'existait pas», affirme Jeroni-mo Lopez.«Pendant des millions d'années et pour différentes raisons, cela s'est produit naturellement.Mais si l'homme intervient en plus dans ce cycle naturel, il est difficile d'en prévoir les effets ou de savoir comment cela peut accélérer ce processus naturel », indique Martinez de Pison.Les effets catastrophiques d'un possible changement climatique, avec le réchauffement global de la planète, sur ces immenses blocs de glace séculaires, sont connus.Si pour une quelconque raison la glace de l'Antarctique fondait complètement, le niveau de la mer mon- terait de 50 à 60 mètres, avec les conséquences désastreuses que l'on imagine pour les zones côtières.Pour l'instant il ne faut pas trop avoir peur de l'apparent recul des glaciers antarctiques.La masse de glace sous-marine est cinq fois supérieure à celle des blocs de glace.Elle forme encore une couche, plus ou moins continue, de deux mètres d'épaisseur moyenne et s'étend en hiver depuis le continent jusqu'à 60° de latitude sud.Elle est donc inaccessible presque dix mois par an.Le mythe de l'Antarctique Le mythe récurrent de l'Antarctique, réserve d'eau douce de l'humanité et donc possible cambuse où stocker un bien de plus en plus rare et pollué, n'en est pas moins faux, de l'avis du professeur Jeronimo Lopez.« La difficulté que représenterait le transport de la glace à des milliers de kilomètres, avec les changements de températures, etc .rend l'idée irréaliste.Il y a encore sur la terre des eaux souterraines à explorer qui s'avèrent plus rentables que le transport de celles de l'Antarctique.111 « Rationner l'eau, pay e r très L'explorateur Jean-Louis Etienne: «On ne plaisante pas avec l'eau.» JEAN-LOUIS ETIENNE, médecin et explorateur, parcourt le monde depuis 15 ans.De la Pat agonie au Groenland, de l'Arctique à la Course autour du monde à la voile, celui que certains présentent, à son grand dam, comme le nouveau Cousteau, a souvent vécu des situations difficiles.Il a développé un rapport particulier à ce qui pour beaucoup est une ressource gratuite et abondante: l'eau.JEAN CHICHIZOLA, WORLD MEDIA: Lors de vos expéditions polaires en solitaire, comment obteniez-vous l'eau nécessaire à votre survie ?JEAN-LOUIS ETIENNE: Dans ces régions, il est évident que le problème n'est pas le manque d'eau.La glace constitue un réservoir inépuisable, à la seule condition de pouvoir la faire fondre et la porter à ébulition.Pour moi l'eau passait par l'essence que je devais transporter pour alimenter mon réchaud.Autant dire que l'eau avait un prix en «équivalent essence» que je payais par mes efforts! Je consommais en moyenne un tiers de litre d'essence par jour.Ce qui permettait d'obtenir les quatre litres d'eau qui m'étaient nécessaires.le n'utilisais mon essence que pour mon alimentation en eau, aux dépens de mon confort personnel.Pour prendre un exemple, il m'était impossible de chauffer ma tente.Quand le thermomètre descend à moins 40 degrés centigrades, ce sont parfois des choses que l'on regrette! WM : Que fait-on de son eau dans une situation extrême comme une expédition polaire ?L'explorateur Jean-Louis Etienne J.-L.É.: La réponse est simple: alimentation et boisson.le consommais trois litres pour mes trois repas quotidiens, et j'emportais le dernier litre pour boire pendant la journée.Une seule exception à la règle, le quart de verre d'eau que j'utilisais pour me laver les dents chaque matin.Pour le reste, lorsque vos voisins les plus proches sont des manchots ou des ours blancs, l'hygiène corporelle n'est pas la première des priorités! WM: Pendant vos années d'aventure, vous n'avez jamais manqué d'eau ?J.-L.É.: Jamais réellement.Étant médecin de formation, je sais qu'un individu normal a besoin d'un minimum d'un millilitre d'eau par calorie consommée, dose encore augmentée en cas d'effort violent, l'avais donc soigneusement prévu la ration d'essence nécessaire à mon expédition.le sais d'expérience que l'on ne plaisante pas avec l'eau.L'organisme dispose de réserves en graisse, en volume musculaire, mais pas en eau.Si en préparant une expédition on néglige ce facteur, on se condamne à l'échec.Il faut savoir que pendant l'effort, et particulièrement dans les régions de montagne ou les régions polaires, on a du mal à apprécier ses propres limites.La soif est bien sûr un voyant rouge, mais quand ce voyant se déclenche, cela signifie qu'on est déjà en état de déshydratation.Je me rappelle que lors d'une expédition dans l'Himalaya en 1983.nous avons récupéré deux de nos équipiers qui n'avaient pas bu depuis plusieurs jours.Bien que dans un piteux état, ils n'étaient pas conscients de leur état de déshydratation avancé.XVM: Avez-vous connu d'autres expériences de ce type ?J.-L.É.: j'ai un souvenir particulièrement marquant.Il remonte aux années 1977-1978.l'étais à l'époque l'équipier d'Éric Tabarly sur Penduickô pendant la Course autour du monde à la voile.Il faut savoir que la vie sur un voilier en haute mer est peut-être celle où le rapport à l'eau potable est le plus délicat.L'un des skippers concurrents avait décidé de diminuer cette consommation pour son équipage dans le but de gagner quelques précieux kilogrammes.Le résultat ne s'est pas fait attendre: coliques néphrétiques, saturation de l'organisme, épuisement de l'équipage, avec au bout du chemin l'abandon.WM: Quels sont vos souvenirs heureux et malheureux liés à l'eau ?J.-L.É.; En allant au Pôle Nord, il m'est arrivé de traverser pendant deux jours des étendues de jeune glace salée.11 a alors fallu que je récupère petit à petit la neige non salée déposée par le vent, le pouvais ainsi passer une bonne heure dans le froid glacial avant de recueillir ma ration quotidienne.Mon souvenir le plus heureux, c'est bien sûr mon enfance passée au bord du petit cours d'eau qui avoisinait mon village du Tarn (sud de la France).WM : Comment réagissez-vous à votre retour d'expédition ?J.-L.É.:À chaque fois, je suis complètement effrayé par le gaspillage de l'eau dans nos pays développés.le me rends compte que ce qui était ma vie, un bien plus précieux que tout, ne représente rien pour les autres.La seule vue d'un robinet qui coule me stupéfie.Combien de litres d'eau utilisez-vous pour vous raser?Il y a quelques jours, chez des amis, je regardais le fils de la maison faire la vaisselle.Il a consommé des litres d'eau là où deux bassines auraient suffi! )'ai discuté avec lui, mais je ne suis pas sûr qu'il m'ait vraiment compris.Il faudrait arriver à éduquer les gens.Il faudrait leur faire faire des stages de survie pour leur apprendre la valeur de l'eau.11 faudrait faire payer l'eau très cher.Il faudrait la rationner, installer systématiquement des limitateurs de consommation sur les robinets, (e ne suis pas un spécialiste, mais il faut absolument faire quelque chose.Nous devons sortir du cercle infernal dans lequel nous sommes, où la consommation excessive s'accompagne d'une pollution de plus en plus importante qui elle-même entraîne un coût énergétique croissant pour traiter cette pollution.le ne tiens pas spécialement à faire passer de message.Mais si mon expérience peut aider à une prise de conscience, tant mieux ! Il faut que nos sociétés retrouvent le goût de l'eau, au sens propre comme au sens figuré, parce que 1 eau est une des valeurs essentielles de la civilisation humaine. L'EAU, L'OBSESSION D U XXIe S I È CLE Les Trois Gorges : LA PRESSE.MONTRÉAL ÉGAPROJETS : BV1E milliards, ans ROMAIN FRANKLIN Libération LES TROIS GORGES.Chine A CHINE S'APPRÊ-te à mettre en chantier dès l'année prochaine un projet très controversé, aux dimensions pharaoniques: la construction d'un barrage le plus grand au monde sur le cours Yang-tsé-Kiang.D'une capacité de 17,6 millions de kilowatts (cinq fois et demie Grande-Baleine ), le complexe hydro-électrique, qui coupera le fleuve sur une hauteur d'eau de 175 mètres et une largeur de près de deux kilomètres, créera un lac artificiel de 560 kilomètres de long qui noiera 19 villes et comtés.11 entraînera le déplacement de plus d'un million de personnes selon Pékin, deux millions selon les détracteurs du projet qui a été entériné en avril dernier par le parlement chinois.Soixante mille habitants ont déjà été relocalisés sur les hauteurs, dans le cadre d'un plan pilote entamé en 1990.Le barrage, dont l'achèvement prendra 17 ans, s'érigera sur un des sites les plus spectaculaires de Chine, la passe des Trois Gorges, où l'étroit canyon qui encaisse le Yang-tsé domine de près de mille mètres les rapides bouillonnants.Le coût du projet est faramineux.Estimé officiellement à 12 milliards de dollars, soit cinq p.cent du PNB chinois pendant 12 ans, il atteindra en fait les 20 milliards, convient le gouverneur de la province du Hubei, voire 40 à 60 milliards selon des personnalités chinoises opposées au projet.Pékin envisage de financer ce coût non pas sur le budget de l'État, mais par une émission d'obligations, en yuans et en dollars.On s'attend à ce que le gouvernement annonce prochainement la date effective du lancement du projet, probablement en 1993.Officieuse, la dimension politique du projet est encore plus saisissante.Pékin envisage de profiter de l'occasion pour créer une gigantesque «Zone économique spéciale des Trois Gorges» à cheval sur les deux provinces du Hubei et du Sichuan, dont la capitale serait la ville de Chongqing (trois millions d'habitants).Le barrage fera en effet de Chongqing, à 2400 km à l'intérieur des terres, un port de mer capable d'accueillir les navires océaniques remontant le Yangtsé depuis l'estuaire de Shanghai, à l'instar de Chicago après le creusement de la Voie maritime du Saint-Laurent.U s'agira de la sixième ZES chinoise, et de la première située hors de la zone côtiè-re, au coeur du pays.Des crues dévastatrices Le contrôle des crues dévastatrices du Yangtsé, que le barrage des Trois Gorges devrait permettre d'enharnacher, est un rêve vieux d'au moins deux millénaires.En 1935, 140000 personnes ont péri à la suite de la rupture des digues.En 1954, ils furent 35000.L'été dernier, dans la région du bas Yangtsé, les inondations n'ont emportée que» trois à quatre mille personnes.« Par un hasard fantastique, explique Jean Gagnon, un expert canadien, la crue du Yangtsé n'a pas atteint ses 60 000 mètres cubes seconde habituels.Si cela avait été le cas, elle se serait ajoutée à celle des tributaires, et le bilan aurait été de quinze millions de morts.».Le volume de sédiments chariés par le Yangtsé est tel que son lit s'élève chaque année, ce qui contraint les riverains à surélever régulièrement les digues.Mais celles-ci, qui atteignent, à Wuhan, une hauteur de 16 mètres, sont désormais impossibles à rehausser.La menace permanente que font peser les fleuves en Chine a favorisé, dès le sixième siècle avant Jésus-Christ, l'établissement d'un pouvoir central fort, capable de mobiliser les centaines de milliers d'hommes nécessaires à la construction et l'entretien des digues.Un destin qui a façonné l'attitude des Chinois envers leurs dirigeants: l'affaiblissement de l'autorité, et donc l'incapacité à entretenir les digues, s'est souvent accompagnée d'inondations catastrophiques, et d'un retrait du «mandat du ciel» pour le souverain manquant à ce devoir.Un projet suspect «Le barrage des Trois Gorges est essentiel pour la promotion de la puissance nationale», expliquait fin mars le ministre de la planification, Zou Jiahua.Il en va donc, en quelque sorte, de la gloire du régime, ce qui rend le projet pour le moins suspect aux yeux de certains dissidents et experts, qui craignent que le premier ministre Li Peng, issu du moule universitaire soviétique, ne s'embarque dans une chimère funeste digne de l'époque stalinienne.Neuf scientifiques ont protesté contre la partialité d'une étude de faisabilité réalisée par le Conseil d'État, en refusant d'y aposer leur signature.Contrairement aux affirmations de Pékin, disent ces détracteurs, les risques d'inondations ne seront pas éliminés en aval du barrage et seront même accrus en amont en raison d'une accumulation des sédiments.Us mettent également en garde contre les risques de tremblement de terre et affirment que les dommages à l'environnement seront tels que, par exemple, des dizaines de millions de personnes qui vivent de la pêche perdront leur gagne-pain.Leurs conclusions, qui sont censurées depuis plusieurs années, sont dans l'ensemble partagées par une association de défense de l'environnement canadienne, Probe International, et depuis quelques temps par un groupe d'étude de la Commission consultative populaire (qui a néanmoins approuvé le projet).Au moment d'adopter le projet, plusieurs députés chinois avaient déclaré qu'ils voteraient contre car le gouvernement restreignait leur accès aux «don- \u2014.nées objectives», tandis que Huang Shunxing, un environnementaliste, faisait circuler une pétition signée par plusieurs centaines d'étudiants chinois demandant un report du vote.Jamais un barrage n'aura été le déversoir d'autant de controverses, depuis que l'idée a été lancée dans les années vingt par Sun Yat-sen.Le gouvernement chinois, qui a déjà laissé passé par trois fois la possibilité de mettre le projet a exécution, estime aujourd'hui que «le plus tôt les travaux seront entamés, le mieux ce sera».Un défi technique «Les avantages sont largement plus importants que les inconvénients», estime pour sa part Jean Gagnon, le coordo-nateur de l'étude de faisabilité la plus exhaustive jamais réalisée, en 1986-88, sous l'égide du gouvernement canadien.Selon lui, il est «techniquement impossible de construire un barrage plus important que celui-là ».Le record est actuellement détenu par le barrage d'Itai-pu, au Brésil ( 12,6 millions de kilowatts).L'ampleur du barrage des Trois Gorges, explique M.Gagnon, «n'est même pas comparable à celui d'Assouan II», installé sur le Nil par les Soviétiques dans les années soixante.Mal étudié, il avait eu des répercussions mondiales en favorisant la reproduction de micro-organismes qui ont provoqué des épidémies meurtrières, contraignant la Banque Mondiale à mettre en place une équipe internationale de chercheurs pour résoudre le problème.«La complexité du barrage des Trois Gorges, avait averti un député, nécessite des études plus approfondies.S'empresser sur ce projet serait irresponsable.» Navire circulant sur le fleuve Yang-tsé-Kiang Créer des rivières dans le désert IGOR MANN La Stampa MILAN N LEVANT FACE à la lumière insolente du soleil son verre plein d'eau à ras bord, le major Jalloud me dit: «Regarde, regarde la pureté de cette eau; rien à voir avec les habituelles Evian ou Levissima qui n'ont aucun goût et que, de plus, nous devons payer en devises fortes; ça, c'est notre eau, notre eau révolutionnaire, l'eau de la Grande Rivière faite par l'homme.Je t'en prie, goûte-la!» Je la goûtai.« Elle a le goût de l'eau.Elle n'est pas différente des autres, ni meilleure, ni plus mauvaise», dis-je.Jalloud se mit en colère: «Tu as le palais gâté par l'alcool, tu ne parviens pas à percevoir la différence; le vin a détruit tes papilles.Cette eau est un nectar», affirma-t-il sentencieusement.C'était une chaude matinée de mai, nous nous trouvions sur la plage muni-, cipale de Tripoli, en maillots de bain, pour un pique-nique sur le sable, un pique-nique vraiment pantagruélique, accompagné d'eau, beaucoup d'eau, «révolutionnaire» bien entendu.|e dois dire qu'à force d'en boire \u2014 moi qui franchement désirais un peu de vin \u2014 je commençai à sentir ce qu'était cette eau: une eau aiguisée, une lame réparatrice.De sorte que je dis: «Elle est bonne, tu as raison major Jalloud, c'est vraiment un nectar.» Alors, il sourit, heureux comme un enfant.«Mais, cette eau, quelle quantité en avez-vous?et d'où vient-elle?le jeu en vaut-il la chandelle?» demandai-jc.J'aurais mieux fait de ne rien dire: nous devions parler de politique, des négociations de paix, des accusations contre la Libye ( les accusations de terrorisme, habituelles et récurrentes), etc.Au lieu de quoi, le major Jalloud finit par ne me parler pendant plus de deux heures que de la Grande Rivière.Le «discours sur l'eau» du major Ab-dessalam Jalloud, numéro 2 de la Jama-hiriya libyenne, commence par une citation du colonel Kadhafi.Célébrant en Ash Shuwarif^y Elevage de 300 000 moutons 100 km Zone de puits Capacité de 1 million oc m-* par jour septembre 1970 le premier anniversaire de la prise du pouvoir, devant la foule rassemblée sur la place verte de Tripoli, le colonel dit exactement ceci: «L'eau est plus importante que le pétrole.Rappelez-vous de cela.L'eau c'est la vie, et vous, mes chers frères, vous avez le droit d'aller la chercher partout, au Tchad comme en Sicile, si cela est nécessaire.» Le Saint-Just du désert a dû remiser au grenier d'innombrables projets plus ou moins politiques: la volte-face de tel ou tel raïs arabe, irrité par les arrogantes manies de grandeur du colonel, a contraint ce dernier à renoncer aux fusions, aux rêves de grandeur africaine et proche-orientale, tout comme la chute des prix du pétrole brut l'a obligé à ranger dans ses tiroirs plusieurs plans pharaoniques d'industrialisation.Un seul projet a résisté tout au long de ces années marquées par mille contradictions, en dépit de l'affrontement avec les États-Unis et de l'embargo qui en découle: le projet du Great man-made river, de la «Grande Rivière faite par l'homme».De l'eau à la place du pétrole Dans les années vingt, les Italiens cherchaient de l'eau autour de l'oasis de Al-Kufrah.Al-Kufrah c'est l'«oasis perdue» au fond du Sarir Kalanshiyu, «le plus impénétrable désert de la terre»; lointaine et solitaire, «sertie de mirages flamboyants», deux mille kilomètres de sable la séparaient de Tripoli.Dans les années vingt, il fallait 40 jours de chameau pour atteindre Al-Kufrah.L'eau fut trouvée, mais le gouvernement ita; lien s'est sans doute demandé à quoi bon l'extraire; de sorte qu'on en resta là.À peu près à la veille du début de la seconde guerre mondiale, Ardito Desio Mlsourata Benghazi Dema Tobrouk \\ % Feuan nord \\ * Fezzan sud i 11 11 11 11 11 -\u2014sNappe de Mourzouq \\ 4 800 km}-' Wadl Aril Sarir Quattus Tazirbu Canalisation 1111 en Pf°Jel Capacité de 300 000 m3 par jour c Grand réservoir Nappe souterraine en service Zones irriguées Zones d'élevage Projet de zones d'élevage Nappe de Kufrah 3 400 km3 s* revint dans le terrible désert où le puissant vent chaud du désert déplace des dunes hautes de 150 mètres et dont la longueur peut atteindre 200 kilomètres.U y revint à la recherche du pétrole, cette fois.Mais, de nouveau, il ne trouva que de l'eau.En se fondant sur les cartes établies par Desio, les Américains continuèrent à chercher le pétrole autour' de Al-Kufrah, en ne trouvant encore une fois que de l'eau, pour la plus grande désillusion de la monarchie des Sénoussis.En revanche, quand, en 1974, on lui fit savoir que, sous les sables du Sarir Kalanshiyu, il y avait d'immenses réserves d'eau qui pouvaient durer jusqu'à 200 ans, Kadhafi ordonna que l'on mit au point un projet d'exploitation de ce précieux trésor.«Je veux créer un fleuve qui apporte l'eau de Al Kufrah à la côte», dit-il.Le colonel et le milliardaire En septembre 1984, le projet de Grande Rivière artificielle décolle: son par- rain d'exception est le milliardaire américain Hammer.Huit milliards de dollars, 1800 kilomètres de canalisations souterraines, des bassins, des centrales de distribution de l'eau, des tranchées, des conduites, des routes.Les travaux sont confiés au consortium coréen Dong Ah mais le management et l'assistance technique sont assurés par les Américains, avec en première ligne une entreprise fort renommée, Brown and Root de Houston ( elle-même assistée de Price Brothers Company de Daytona, dansl'Ohio).Après le bombardement destructeur voulu par Reagan en 1986 pour «montrer ses muscles», mais surtout dans l'intention de liquider «l'ennemi numéro 1 du peuple américain», l'assistance américaine fut officiellement remplacée par des «entreprises neutres»# mais certains assurent que les Américains ont continué leur travail déguisés en «Canadiens».Quoi qu'il en soit, pour le vingt-deuxième anniversaire de son coup d'État \u2014 qui ne fit pas couler le sang \u2014, Kadhafi, encouragé par la présence de l'Égyptien Moubarak, a inauguré la première tranche de l'opération.La seconde est déjà en cours de réalisation et la dernière sera achevée, Inch Allah, en 1995.Kadhafi passera à l'histoire Pour l'heure, les réservoirs de la Grande Rivière humaine sont au nombre de deux: l'un à Benghazi et l'autre à Sirte.Partant respectivement de Tazirbu et de Sarir, l'eau met exactement neuf jours pour arriver à bon port, parcourant 800 kilomètres par l'une des canalisations et 783 par l'autre.À une vitesse de 0,95 mètre par seconde.Pour la troisième et dernière phase du projet, qui verra l'eau partir justement de Al-Kufrah, non loin de la vieille oasis, ont déjà été préparées des tubes capables de supporter une pression équivalente à 1,68 million de mètres cubes d'eau par jour.La dernière canalisation (du Fezzan à Tripoli) permettra un approvisionnement quotidien de deux millions de mètres cubes d'eau.Or, ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que l'eau s'écoule naturellement puisque les puits sont situés à 270 mètres au-dessus du niveau de la mer et que, par là même, m'expliqua Jalloud, l'eau progresse vers le nord «à une vitesse idéale».Chaque jour, un million de litres d'eau du Sarir Kalanshiyu à Benghazi, à Sirte.L'eau coule dans des conduites souterraines de sorte qu'il n'y a aucun danger d'évaporation et nul besoin de ponts.J'ai pu voir à Marsa El-Brega, dans l'immense usine construite tout exprès, sortir toutes les 15 minutes les tubes grossiers, l'un après l'autre.En moyenne, 220 tubes par jour.Des tubes immenses, pharaoniques, s'il est vrai \u2014selon ce que m'a dit Jalloud et que me confirma un ingénieur (libyen) de Marsa El-Brega \u2014 que la quantité de ciment utilisée pour les gainer pourrait recouvrir 16 pyramides de la grandeur de celle de Chéops.Une fois terminés, les tubes sont enlevés par des grues d'une taille monstrueuse et posés sur un plateau en rotation où ils sont enroulés dans 18 kilomètres de cable d'acier très résistant qui recouvrent le tube sur une ou deux épaisseurs, selon la pression à laquelle il sera soumis.Je ne sais si Kadhafi résistera aussi à la plus récente crise, si encore une fois il réussira à chevaucher le tigre américain et à gagner l'issue de secours (au prix peut-être de quelques bosses), mais je peux écrire en toute honnêteté que le «diable de la Syrte», le jeune chef d'orchestre présumé du terrorisme international, passera dans tous les cas à l'Histoire comme le seul rais arabe qui ait donné à son peuple assiégé par le désert cet immense réconfort que représente l'eau.Et puisque le Moyen-Orient est depuis longtemps menacé par le cauchemar d'une pénurie d'eau, au point que l'on écrit au Caire que c'est pour l'eau que la prochaine guerre au Moyen-Orient éclatera, il pourrait paradoxalement advenir qu'au moment où des cohortes d'innocents se noieront dans leur sang, la petite Jamahiriya s'étendant à l'infini, grâce à l'obstination d'un bédouin visionnaire, devînt une nouvelle terre promise.SAMEDI 30 MA11992 11 CES OU SOLUTIONS ?L'EAU, L'OBSESSION DU XXI e SIÈCLE Le lent génocide d'un fleuve : Danube M ART A SARVARI HVC E SYSTÈME COM-plexe de barrages de Bôs Gabcikovo-Nagy-maros fait partie de la liste des dix investissements mondiaux les plus dangereux sur le plan écologique, tels que les a énumérés l'organisation américaine International Rivers Network, qui joue un rôle crucial dans l'analyse des grands réseaux fluviaux.On trouve en tête de cette liste le barrage d'Assouan, déjà terminé et peu recommandable en raison des dégâts écologiques qu'il cause, et également les grands travaux projetés pour le fleuve Narmada, qui ont engendré de massives protestations dans le sous-continent indien.Puisqu'on connaît les catastrophes causées par les centrales électriques soviétiques situées dans les pays marécageux, ce n'est pas étonnant que le complexe de barrages fluviaux de Bôs Gabci-kovo-Nagymaros, encore en cours de construction sur la rive tchécoslovaque du Danube, tienne une place aussi honorable, d'autant plus que sa conception, qui date des années 50, était depuis longtemps devenue démodée au moment où le contrat fut signé entre la Ré- publique Socialiste de Tchécoslovaquie et la République Populaire de Hongrie en 1977.Les plus grandes réalisations du complexe devaient être le réservoir de Du-naktili-Kôrtvélyes, le canal artificiel dérivant l'eau du Danube sur environ 30 kilomètres en la retirant du lit du fleuve, et une centrale électrique qu'on devait construire sur la rive slovaque à Bôs-Gabcikovo, une autre étant située sur la rive hongroise à Nagymaros.Cette dernière devait principalement fonctionner de façon additionnelle et son rôle le plus important devait consister à assurer un niveau d'eau convenable en retenant l'eau si nécessaire.Le projet qui fut l'objet de l'accord mutuel prévoit que les coûts sont répartis équitablement entre les parties, de même que les 800 mégawatts d'énergie produite (NDLR: quatre fois moins que Grande-Baleine), les profits ultérieurs possibles et les coûts ultérieurs de l'opération.Désastres écologiques Le problème principal ne réside pas dans le fait que le complexe de barrages fluviaux est un investissement totalement inefficient, rare exemple d'impré-vision, mais dans les perspectives de dé- sastres écologiques imprévisibles que l'opération engendrerait si on suit le plan original.L'une des raisons en est que dans la zone où le complexe est prévu, le cours du Danube ralentit et ressemble à celui d'un estuaire.Ainsi, le barrage de Bôs-Gabcikovo serait une authentique centrale électrique de pays plat, que plus aucun individu sain ne construirait, où l'eau serait amenée dans un canal de service en provenance du réservoir de Dunaktili-Kôrt-vélyes d'une surface de 62 kilomètres carrés et représentant un volume de 200 millions de mètres cubes, en la conduisant à 19 mètres au-dessus de la surface afin qu'elle puisse s'engouffrer dans les turbines avec une force suffisante.Les experts, l'Académie des Sciences de Hongrie entre autres, déclarent qu'un des dangers réels qu'il faut prévoir est la pollution de la plus vaste réserve d'eau douce exploitable d'Europe, environ 10 millions de m3, en raison de l'accumulation de couches de gravier par le Danube ; à certains endroits, elles atteignent 200 mètres de profondeur, dans la zone de Csallokôz en Slovaquie et celle de Szigetkûz en Hongrie.Dans le réservoir, le débit du fleuve diminue, des zones stagnantes se forment et facilitent le dépôt d'alluvions.Cela entraî- nerait des putréfactions, l'auto-épura-tion de l'eau diminuerait, les matières cancérigènes augmenteraient dans les sédiments et passeraient dans l'eau potable.Outre les dangers mentionnés ci-dessus, des périls aussi graves menacent les écosystèmes, les forêts particulères aux zones inondables, les dernières d'Europe, la riche population végétale et animale.Et nous n'avons pas mentionné le troisième grand perdant: l'agriculture, pour qui l'existence d'une nappe phréatique est une question de vie ou de mort.Cependant, si l'eau du Danube est déviée vers un canal d'amenée en béton, le projet originel ne laissant que cinq p.cent de la production totale dans le lit du fleuve, il n'y a aucun moyen de prévenir la dessiccation de zones précieuses.Un projet de plus en plus contesté Étant donné que des changements politiques étaient prévisibles et que les dangers écologiques étaient de plus en plus largement connus, le public a finalement commencé à protester contre ces travaux, dont les coûts de construction sont restés tout le temps secrets.En mars 1989, le gouvernement hongrois de Miklos Németh a d'abord promis qu'aucuns travaux irréversibles ne se- iMîilt* Photomontage montrant la centrale électrique de Nagymaros, qui devait être construite sur la rive hongroise du Danube.raient exécutés à Nagymaros, jusqu'à ce que le contrat soit révisé; deux mois plus tard, la construction fut temporairement arrêtée et le 31 octobre, elle s'arrêta pour de bon.En réponse à la décision hongroise, la partie tchécoslovaque commença à inonder les tranchées des écluses de Bôs-Gabcikovo, et reçut à son tour une réplique cinglante le 2 décembre: la chambre basse de l'écluse éclata, causant des dégâts irréparables aux constructions.Pendant ce temps, les protestations se répandirent et gagnèrent aussi la Tchécoslovaquie.En février 1990, 100 000 militants écologistes autrichiens, hongrois, tchécoslovaques formèrent une chaîne humaine sur les deux rives du Danube, réclamant qu'on arrête les travaux et qu'on crée des espaces naturels préservés.Quoi qu'il en soit, le comportement des Tchécoslovaques ne changea malheureusement pas.Accusant le gouvern-ment hongrois de violer le contrat, la partie tchécoslovaque annonça, d'abord non officiellement, puis officiellement, que même si la partie du complexe située à Nagymaros n'est pas achevée, la centrale électrique de Bôs-Gabcikovo commencera à fonctionner, et toutes les offres hongroises de négociations furent repoussées.Bien qu'il ait été confirmé l'an dernier qu'une commision mixte composée d'experts des deux pays et d'indépendants devrait se réunir pour étudier les sujets de controverses, la requête des Hongrois demandant que les travaux soient suspendus pendant ce temps du côté tchécoslovaque a été rejetée à chaque occasion.Bien plus, en février de cette année, la partie tchécoslovaque a confirmé officiellement qu'elle préfère la prétendue version C du projet et que la centrale électrique de Bôs-Gabcikovo fonctionnera par une dérivation unilatérale du Danube vers le territoire tchécoslovaque.Les travaux qui avancent à toute allure rendent un accord mutuel de plus en plus difficile, alors qu'il constituerait un avantage pour les deux parties, car la version C est une violation brutale du droit international, sans précédent en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.Elle empiète fortement sur la souveraineté hongroise car elle modifierait le caractère de fleuve-frontière internationalement garanti pour le Danube, sans le consentement de l'une des parties en cause.H M i BRUNO BISSON LS SONT MOINS DE 1000 Cris et Inuit à vivre dans ce village qui semble avoir surgi de la terre glacée au milieu de rien, au bord de la plus vaste baie du monde, et près duquel vient se déverser la Grande Rivière de la Baleine.Autour de ce village s'étend un territoire de dizaines milliers de kilomètres carrés, hostile et rigoureux, à peine sillonné par le passage des piégeurs nomades qui en firent leur domaine il y a quelques milliers d'années.Vu des collines rocheuses au bas desquelles il s'étend sur une longue pointe de sable, Poste-de-la-Baleine ressemble davantage à une station balnéaire, reposant au creux d'un fjord ouvert sur la mer, qu'à un village troublé par une menace diffuse, originant du «Sud» lointain.Les autochtones s'inquiètent.Car c'est derrière ces collines, au bord de la baie d'Hudson, sur un territoire où n'a jamais régné que le silence, à plus de 1000 kilomètres au nord de Montréal, que Hydro-Québec a projeté d'aménager, pour l'an 2000, le deuxième de ses trois complexes hydroélectriques du Nord : Grande-Baleine.Depuis deux ans, la controverse politique « nord-sud » entourant ce projet a donné lieu à maints excès démagogiques et à d'épiques batailles judiciaires où les autochtones ont, jusqu'à présent, eu le meilleur.Mais depuis janvier, à la faveur d'une entente entre les Cris, les Inuit, Hydro-Québec et les gouvernements fédéral et provincial, la bataille de Grande-Baleine s'est déplacée vers une autre arène: l'environnement.Les inévitables répercussions écologiques de ce projet sont au coeur du litige qui oppose principalement les Cris et la société d'État.Et à travers eux, deux visions diamétralement différentes du dé- Mégatest environnemental à Grande-Baleine ;\u201e,-¦ -mm 1 e-L^f* Le village de Poste-de-la-Baleine, à l'embouchure de la Grande Rivière de la Baleine, à la baie d'Hudson.veloppement économique, deux visions culturellement opposées du territoire et de l'utilisation des richesses qu'il recèle.Par son ampleur et sa complexité, le débat environnemental sur le projet Grande-Baleine se présente déjà comme le plus exhaustif et le plus difficile jamais imposé à un promoteur, au Québec.Mais selon David Cliché, président-initiateur du Forum pour un examen public de Grande-Baleine, ce mégaprojet hydro-électrique de 13 milliards est surtout l'occasion unique d'un véritable «examen de conscience environnementale» du Québec.En ce sens, estime-t-il, le débat public amorcé en janvier, et qui durera au moins un an, «devrait nous forcer à répondre à des questions que nous ne sommes pas encore habitués de nous poser».En simplifiant à l'extrême, ces questions pourraient se résumer à celles-ci : qu'est-ce que ça vaut, une rivière du Nord, et comment peut-on harmoniser la nécessité du développement économique d'une société et la préservation des valeurs et traditions différentes d'une autre?Du point de vue du promoteur, la question se pose presque dans les mêmes termes, mais dans le sens inverse, comme le souligne Mme Stella Leney, conseillère du vice-président à l'envi-ronnment d'Hydro-Québec: «Est-ce que la population est prête à payer pour conserver intacte la Grande Rivière de la Baleine»?Quel prix, un paysage?En mars dernier, devant les commissaires chargés d'évaluer les répercussions environnementales et les mesures d'atténuation qu'a prévues Hydro-Québec, le Forum Grande-Baleine, composé de groupes écologistes, universitaires, syndicaux et religieux, recommandait l'application d'un concept d'étude extrêmement complexe, dit «des externa-lités».Ce concept d'évaluation des grands projets énergétiques, qui a déjà été adopté dans une quinzaine d'États américains, consiste à analyser le rapport coût-bénéfice d'un projet en tenant compte de ses avantages économiques, mais aussi de ses «coûts» difficilement quantifiables, comme la perte d'un mode de vie traditionnel ou la disparition d'une rivière.«U s'agit en fait de vérifier si la somme des impacts sociaux et écologiques est justifiable en regard des bénéfices prévus, en tenant compte des préoccupations de notre société», explique Mmc Daphna Castel, professeur au Collège Dawson et porte-parole du mouvement écologique Au Courant.Mme Castel soutient qu'en incluant les facteurs externes aux critères techni- ques et économiques dans le calcul du coût réel du complexe, un examen global de Grande-Baleine permettrait «d'aligner nos décisions sur les choix de société que nous avons faits et que nous ferons dans l'avenir.» À Hydro-Québec, on n'est pas d'accord.«Ce sera intéressant, ironise le directeur de la production à Hydro-Québec, M.René Boisvert, de voir quel prix on accorde à la perte d'un paysage, d'une rivière ou d'une forêt.Malgré tout, la mesure ultime, pour nous, demeure le coût du kilowatt-heure.» Selon M.Boisvert, un processus d'étude aussi lourd n'est pas nécessaire dans la mesure où le design proposé du projet intègre déjà des mesures d'atténuation des impacts appréhendés de Grande-Baleine.Ces mesures ont à elles seules engagé des frais de 250 millions $, affirme-t-il.De plus, ajoute M.Boisvert, pas moins de 250 études diverses ont été menées dans la zone d'étude de plus de 70 000 kilomètres carrés entourant le futur complexe afin de prévoir les migrations de la faune et les transformations possibles de la flore autour du complexe.Ces études, dont le coût s'élèverait à plus de 50 millions$, tiennent aussi compte, précise-t-il, de plusieurs facteurs «externes» au futur complexe, tels: ¦ la justification économique du projet, dont les retombées directes seront de l'ordre de huit milliards pour le Québec; ¦ l'examen comparatif des sources alternatives d'énergie, ce qui inclut l'alternative nucléaire, peu prisée au Québec, royaume de l'hydro-électricité ; ¦ là*perte permanente d'habitats propices au développement de la faune et de la flore terrestres ou marines et ses effets sur les chasseurs et piégeurs cris et inuit qui occupent le milieu ; ¦ les coûts sociaux engendrés sur des sociétés de pêcheurs par la contamination des poissons au méthyl-mercure, sédiment nocif pour la santé qui provient de la décomposition des plantes et de la destruction des sols inondés par la création des barrages du complexe.Justification Le 30 avril dernier, les commissaires ont tranché la poire en deux en émettant un «projet de directive relative à l'étude des impacts sur l'environnement du projet hydroélectrique Grande-Baleine».Tout en imposant à Hydro-Québec d'évaluer les impacts sociaux et environnementaux de son complexe, les commissaires ont exigé que la société d'État intègre à son étude scientifique, l'analyse qu'en font les autochtones.principaux adversaires du projet.Mais le concept des externalités n'a pas été retenu.Dans le projet de directive émis en avril, le sort de Grande-Baleine ne semble plus lié, pour l'essentiel, qu'à l'habileté d'Hydro-Québec de démontrer que la construction de ce complexe, capable d'alimenter une ville d'uu million d'habitants en pleine période de pointe hivernale, est absolument impérative pour l'économie québécoise.Dans les mois qui viennent, après une consultation devant se terminer le 15 juin et une nouvelle série d'audiences publiques visant à compléter le « projet de directive», on peut presque déjà prévoir que les adversaires du projet s'acharneront contre les projections de demande en électricité que soumettra Hydro-Québec aux comités d'examen.Les discussions glisseront alors vers les moyens à prendre pour assurer que le Québec ne manque jamais d'électricité.Et entretemps, le grand débat environnemental qui n'a toujours pas eu lieu sera peut-être déjà oublié dans la tourmente des incertitudes énergétiques. 12 LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 30 MAI 1992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE CHANTER LE FLEUVE TROIS GRANDES VEINES DE CETTE PLANÈTE ¦ ?; H Poumon vert menacé ARTURO USLAR PIETRI EULS LES astronautes, enfermés dans leur navette spatiale, ont pu voir dans toute son immensité la forêt amazonienne.Là-bas se trouve le plus grand fleuve du monde, qui recueille dans son lit des milliers d'autres fleuves et qui puise sa force dans l'air, l'eau et la terre.Il est peuplé de tous les êtres vivants que l'on puisse imaginer: des caïmans et des grands serpents, des perroquets et des aras, des bandes blanches et rouges de hérons et de flamands, une infinie variété d'insectes et des tonnes de pollen qui flottent dans l'air et le rendent irrespirable.L'immense .Cordillère des Andes aux sommets enneigés lui ouvre un bassin qui ne cesse de s'étendre en descendant vers l'Atlantique.Six mille cinq cents kilomètres de cours d'eau \u2014c'est la distance qui sépare New-York de Rome \u2014 et 400 kilomètres d'estuaire.11 envahit l'océan à perte de vue.En 1502, le navigateur espagnol Martin Yànez Pinzon l'a découvert en haute mer, quand il s'est rendu compte qu'il était en eau douce, et il baptisa le vaste fleuve inconnu du nom de Sainte-Marie de la Mer Douce.11 draine la moitié du continent dans un flux continu, comme une profonde respiration aveugle.D'en haut, on voit comment une épaisse couverture de feuilles, un tapis de cimes d'arbres de toutes les espèces et de toutes les tailles mêlent leurs branches pour ne pas laisser passer la lumière du soleil; des troncs et des branches pendent des lianes, des plantes grimpantes qui vont jusqu'au sol ou jusqu'à l'eau, car on passe insensiblement de la terre à la boue et de la boue à l'eau en une explosion agressive et confuse de toutes les formes possibles et imaginables de vie animale et végétale.Dans les clairières se trouvent les bras des fleuves qui se cherchent et s'unissent pour tisser enfin le vaste courant sans rives qui n'est déjà plus fleuve mais miroir sans fin du ciel et perpétuel étonne-mcnt de la petitesse de l'homme.Les explorateurs Ceux qui l'ont parcouru les premiers l'ont fait par hasard, sans espoir de retour, entraînés par le courant, avec la sensation d'être sortis du monde et de ne pouvoir arriver nulle part: la forêt n'était habitée que par le silence, la pluie incessante, d'étranges animaux ou de lointaines et fugaces silhouettes d'Indiens.C'est ce que fit en 1541 Francisco de Orellana, quand il partit avec Gonzalo Pizarro depuis la côte du Pacifique, à la recherche de la Cordillère et de ses mystères, du fabuleux Eldorado et du Pays de la Cannelle; il arriva sur le versant oriental et commença à descendre le fleuve: il construisit un brigantin, puis un autre, et passa de forêt en forêt, de fleuve en fleuve, jusqu'à déboucher sur cette immensité d'eau sans nom.Orellana, le borgne, pensa un jour qu'il allait rencontrer les fa- buleux Indiens Omaguas, gardiens de l'Eldorado, et en voyant des femmes indigènes lutter aux côtés des hommes, il se dit qu'il devait se trouver comme par magie à la frontière du Royaume des Amazones.Pour ces hommes à la tête pleine de mythologies, de faims et d'espoirs, la géographie participait du merveilleux.Orellana fut le premier à parcourir le fleuve et à lui donner le nom d'Amazone.Pour les hommes d'aujourd'hui, plus que les Amazones légendaires des Grecs, ce nom évoque la forêt gigantesque, l'eau créatrice et destructrice et la petitesse de l'homme face à la nature.Les exploiteurs L'infinie promesse que semblait offrir ce monde à la cupidité et à l'imagination de l'homme n'a jamais été vraiment tenue.C'est alors que sont arrivés les chercheurs d'or et de diamants, les chasseurs de peaux de bêtes, les prospecteurs de caoutchouc qui entaillaient les troncs de ci de là pour recueillir l'épaisse gomme tombant goutte à goutte de l'arbre, et enfin les ramasseurs de graines de sarrapia, cette amande dont le merveilleux arôme devait parfumer toutes les cigarettes du monde.Seule l'imagination des hommes qui la peuplèrent de fous projets fut aussi excessive que cette étendue insolite, dont on n'a jamais pu organiser l'exploitation systématique.Très vite on a découvert que l'infinie variété de plantes rendait impossible une exploitation forestière productive et bien sûr, on s'est rendu compte de l'incroyable fragilité de la couche végétale sur laquelle, ô paradoxe ! poussait et se refermait l'immense forêt.Dans l'ensemble, ce fut une suite d'erreurs et d'échecs \u2014 échecs de la technique moderne, comme celui que subit l'entreprise Ford au début du siècle, lorsqu'elle essaya d'abattre les arbres de la forêt pour planter d'immenses bois de caoutchoucs, qui n'ont jamais pu prospérer, encore moins durer.C'est tout cela, et bien plus encore, que ce fabuleux espace fluvial, où cohabitent toutes les formes de vie, et qui couvre presque un tiers de la superficie de l'Amérique du Sud.Or aujourd'hui, il n'est plus considéré simplement comme le plus vaste royaume de la nature, où tous les rêves sont possibles, mais il fait naître un sentiment d'impuissance et d'angoisse.Ces dernières années, l'humanité a peu à peu pris conscience de l'irréparable processus de destruction des ressources naturelles qu'a provoqué sur la Terre le progrès technologique.Nous commençons à prendre conscience de ce que pourrait signifier la destruction croissante des grandes forêts fluviales de l'Amazonie.Pour la première fois, il faut réfléchir sérieusement à la réalité d'un mal QUI va grandissant, puisque ce grand poumon vert dont dépend, directement ou indirectement tout ce qui vit encore, est en train de disparaître.L auteur.ARTURO USLAR PIETRI.est un écrivain et homme politique du Venezuela.M.Pietn a été candidat a la présidence du Venezuela en 1963.Faut voir la parade.JEAN O'NEIL ES PARENTS Ê-taient nés et avaient grandi à Québec et, après seize ans de leur mariage, voilà que je suis né, personne ne sait comment évidemment.Je suis né dans une ville un peu coincée au creux des Appala-ches et, sans le moindre mépris pour cette ville qui les avait accueillis et qui les faisait vivre, mes parents me parlaient toujours du fleuve, de « leur » fleuve.Eux-mêmes étaient les témoins vivants d'une expansion démographique de la mère de leur pays: le fleuve Saint-Laurent.Nés et grandis dans la ville de Québec, où ils s'étaient aimés aussi, ils avaient dû la quitter pour aller tailler leur place ailleurs dans le monde du travail.Avec une nostalgie tellement évidente que ce devint pour moi un mystère, et, tout en explorant les alentours de ma naissance et de ma croissance, je prêtais l'oreille aux souvenirs de mes parents et je me demandais de quoi ils s'ennuyaient.Leur maudit fleuve, je le voyais sur les illustrations de mes manuels scolaires.Il était bleu, fond vert, et la Mère des Séraphins, merveilleuse institutrice formée à l'école de Marguerite Bourgeoys, nous racontait, en classe, que ce fleuve nous venait du commencement du monde.Mais d'où venait le commencement du monde?Peut-être des soirées où mes parents nous racontaient : «Dieu m'a créé pour le connaître, l'adorer, le servir en ce monde et pour être heureux avec Lui pendant l'éternité dedans le Paradis.» Ces prières revenaient journellement comme les marées d'un fleuve dans des évolutions géologiques millénaires.La connaissance des ères géologiques ne me vint qu'un peu plus tard et n'intéresse personne de toutes façons.Sauf quand elle est subventionnée, et il arrive qu'elle le soit parce que nous avons la curiosité économique de connaître les ressources énergétiques qui nous soutiennent et nous entretiennent depuis quelques centaines d'années, car nous ne remontons pas dans le millier.Apparaît alors le Saint-Laurent, comme une tranche dans un gros gâteau de continent.Quand on le regarde sur les cartes imprimées par satellite, on s'étonne que Jacques Cartier ait si longtemps tâtonné pour en trouver l'embouchure.« L'amour est aveugle et c'est pour ça qu'il tâtonne.» le,ne connais pas l'auteur de ce dicton et les probabilités veulent qu'ils soient nombreux, sans compter les nombreuses.Toujours est-il que Jacques Cartier naviguait à la voile sans l'aide des cartes de la NASA et qu'il trouva l'embouchure à son second voyage seulement, en 1535, et c'est le 10 août, en la fête de saint Laurent, qu'il donna un nom au fleuve qu'il remontait.Faut-il ajouter ici que Laurent, un diacre romain, mourut le 10 août 258 sur une sorte de « charcoal » où le faisaient griller les autorités gouvernementales pour le punir de ses dissidences et qu'il les narguait en leur disant de le retourner parce qu'il était assez cuit d'un côté?Le martyrologue ajoute que son feu intérieur était plus brûlant que le feu extérieur, sans faire la moindre allusion aux frites, ni à la salade de chou.Jacques Cartier fut sans doute bien inspiré de lui consacrer ce nom car il remontait également le fleuve par une des plus belles nuits de l'hémisphère nord, celle où notre planète roule sa bosse dans les débris orbitaux d'une ancienne comète, la « 1862 III», ce qui cause une pluie d'étoiles filantes douce et magnifique.À la saint Laurent, mes parents nous permettaient de veiller un peu plus tard, sur la galerie, pour les voir, de sorte qu'une mythologie invraisemblable s'est échafaudée dans ma tête et que, l'âge et les moyens venus, je suis allé voir ce que c'était ce fleuve-là.Je l'ai vu.Je l'ai vu en beaucoup d'endroits, et je suis à la gêne de ne pouvoir citer ici tous ceux et celles qui m'en ont parlé dans l'intimité des bibliothèques publiques où le silence est souvent recouvert d'un murmure de vagues entré par la fenêtre.Murmure de quelque fleuve?Nommez-les vous-mêmes si le coeur vous en dit.Nommez tous les Amérindiens qui habitaient ses rives avant les livres d'histoire, comme Donnacona et Anadabijou qui péchaient, qui chassaient, qui naviguaient à force de bras et d'aviron.Nommez Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Pierre-Esprit Radisson, Pehr Kalm, James Pattison Cockburn, Frederic Tolfrey, Joseph-Elzéar Ber-nier et tant d'autres.Us n'ont pas fait simplement que passer.Ils ont regardé les paysages, ils ont mesuré des altitudes, des longitudes, des profondeurs, des longueurs de temps et d'horizon.Nommez Chantai Robinson, bibliothécaire, de Cap-des-Rosiers, Camille Marcoux, médecin, de Notre-Dame-du-Blanc-Sablon, Lise Roy, soprano, de Baie-Comeau, Réal Lemieux, graphiste, de Saint-André de Kamouraska, Raymond Perron, cultivateur, de Cap-aux-Oies, Paul Vézina, cinéaste, de Québec, Sylvie Deshaies, technicienne, de Deschaillons, Jean Proven-cher, historien, de Trois-Rivières, Jean-Yvon Houle, journaliste, de So-rel, Azarius Leduc, bum, de Montréal, Emmanuelle Leprohon, starlette, de Châteauguay, Pitou Latour, cycliste, de Côteau-du-Lac, et combien d'autres encore que vous découvrirez si vous vous cherchez vous-mêmes dans cet étrange et vaste émoi de brassage géologique, économique, écologique, pré-atomique, sociologique et finalement comique.Si vous vous couchez patiemment autour d'une grande carte en forme de pays qui serait peut-être le vôtre, sau-riez-vous me dire où vous demeurez?Loin de lui, comme en Abitibi, ou tout juste à côté comme dans la péninsule de Gaspé?Allez chercher la carte, que nous la regardions ensemble, étendus sur le plancher pour ce moment de causerie.Étendus comme lui, oui, comme lui, le fleuve Saint-Laurent.Car il est étendu sur le plancher de la Terre.Il s'est creusé une tranchée dans le précambrien et il draine l'intérieur d'un continent vers l'océan Atlantique.L'intérieur d'un continent, si vous regardez les clubs de baseball et de hockey, cela s'appelle Chicago, Cleveland, Détroit, Minnesota, Pittsburgh et combien d'autres villes agglutinées autour des grands lacs Supérieur, Michigan, Huron, Érié et Ontario.11 y a beaucoup de genre humain qui pullule dans ce coin-là, qui tire sa vie de l'eau et qui tire sa vie dans l'eau.Puis, le fleuve prend sa décision et part vers l'océan.Tout un voyage qu'il fera, le fleuve.Le botaniste et ethnographe Jacques Rousseau parle plutôt d'une parade et comme il est né à Montma-gny, il était bien placé pour la voir passer, avec ses glaces, ses marées, ses oies saisonnières et ses bateaux petits et gros.Oui, il faut voir le fleuve.L'auteur.JEAN O'NEIL, est écrivain.Son oeuvre révèle une véritable passion pour le fleuve Saint-Laurent.Il vient de publier Use et les trois Jacques, chez Libre Expression.à Récit d'amoureux NAGUIB MAHFOUZ propos recueillis par World Media v.N VÉRITÉ, JE SUIS UN A-moureux du Nil.Quand j'étais petit, ma mère m'emmenait en promenade au bord du Nil.Je le regardais avec avidité tellement il était différent de notre quartier populaire où il n'y avait pas le moindre cours d'eau et même pas d'eau du tout à l'époque.Le Nil était pour moi un lieu magique, une source d'émerveillement.Tout ce qui est beau est magique.Plus tard, jeune étudiant, j'avais cinq mois de vacances par an.J'allais presque tous les jours sur les bords du Nil, le cartable sous le bras.Je le posais par terre et je m'asseyais dessus.Il n'y avait pas à l'époque les cafés et les restaurants qu'on trouve aujourd'hui.J'étais seul avec le fleuve et vous ne pouvez pas vous imaginer le bonheur qui s'emparait de moi en regardant le va-et-vient des vagues.Lorsque je me suis mis à écrire, ce mouvement, cette danse du Nil avait sans doute intégré mon système nerveux et avait imprimé à mon style d'écriture un certain rythme régulier qu'on y retrouve encore.Et même de nos jours, je veux dire jusqu'au jour où le Nil a changé un peu à cause du grand barrage, j'aimais toujours aller me promener sur ses rives surtout les nuits de pleine lune.J'en garde d'ailleurs d'excellents souvenirs.C'est souvent là que j'imaginais mes romans, que je les concoctais, que je les peaufinais, dans le calme et la quiétude.J'y allais souvent aussi pour des séances de méditation.Moments uniques d'intimité avec moi-même et avec le fleuve.Rien de mieux pour l'hygiène de l'esprit, croyez-moi.Mais le plus important, c'était.comment dirai-je, les rapports avec les jeunes filles.La promenade du Nil est un excellent prétexte et fournit un cadre propice.Tous les jeunes, même de nos jours, vous diront la même chose.J'avais des amis qui vivaient sur une péniche et nous nous rencontrions quelquefois chez eux.C'était mon rêve de vivre sur une péniche.Je l'ai réalisé quand je me suis marié en 1954.Je me suis installé sur une péniche avec ma femme et nous y sommes restés pendant cinq ou six ans.Notre péniche était arrimée dans le prolongement de la rue où j'habite actuellement.Un jour, notre voisine est tombée à l'eau.Elle ne savait pas nager et elle s'est noyée.Ma femme y a vu un mauvais présage et a exigé que nous allions vivre sur la terre ferme.«Sinon, a-t-elle menacé, je t'abandonne avec ta péniche.» J'ai cherché un appartement dans le même quartier et j'ai trouvé.À l'époque c'était encore possible.Aujourd'hui, les péniches ont disparu et je suis toujours dans le même appartement.Je n'ai pas de regrets mais de très bons souvenirs.C'étaient les meilleurs jours de ma vie.Vous ne pouvez pas vous imaginer le bonheur de se réveiller le matin, bercé par les eaux du Nil, d'ouvrir sa fenêtre et de respirer à plein poumons l'odeur du fleuve mêlée aux parfums des fleurs et des arbres sur la rive.C'est merveilleux! De nos jours, tout cela a changé.Le Nil lui-même a changé, depuis la construction du grand barrage.Avant, il était versatile et il avait une sacrée personnalité.On le voyait calme un jour et son niveau assez bas.Puis il commençait à s'agiter jusqu'à l'arrivée des inondations.Que dis-je! Un véritable déluge.Sa couleur changeait.Il s'empourprait, devenait violent, agressif, dangereux, emportant tout sur son passage.Au cours de l'année, il montrait plusieurs visages, plusieurs couleurs.Il était tantôt rouge, tantôt vert, jaune quelquefois.Son niveau montait et descendait.Aujourd'hui, il présente toujours le même visage, plat, inexpressif.11 ne change plus de niveau ni de couleur.Le grand barrage lui a comme qui dirait.brisé sa personnalité.Je le regrette bien sûr, mais je sais que cela est nécessaire pour le modernisme, l'agriculture, l'économie et toutes ces choses-là.Il y a des gens qui ne connaissent du Nil qu'une terrasse de café ou un restaurant.Et encore.Généralement, ils sont occupés à manger et à boire et ne regardent que leur assiette! Si je dois décrire le Nil par une image, je dirais que c'est l'image du temps et de la création car c'est en s'engouffrant dans l'histoire qu'il a crée l'Egypte.Le Nil est bien ce qui fait que j'existe et que mon pays existe.Voilà pourquoi je ne suis pas étonné de savoir que mes ancêtres en ont fait un dieu.Jusqu'à nos jours, le Nil garde à mes yeux et aux yeux de tous les Égyptiens une aura particulière car nous savons tous que sans lui, nous ne serions même pas.Pour ma part, je le trouve d'autant plus redoutable que je ne sais pas nager.Je l'ai vu emporter cruellement beaucoup de gens mais je ne lui en veux pas pour cela.Il faut savoir faire la part des choses.L'auteur.NAGUIB MAHFOUZ.est né en Egypte en 1911.Il est considéré comme le fondateur du roman arabe contemporain.Depuis qu'il a reçu le prix Nobel de littérature en 1988.NACUIB MAHFOUZ est devenu un véritable héros populaire dans son pays.vtël r LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 30 MA11992 13 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE DES SOLUTIONS L'eau et le pétrole font bon ménage au sous-sol Dans certains pays arabes, la nappe phréatique est riche mais son extraction est chère JEAN MARCAT ARIDITÉ QUI RÈ-gne sur la plus grande partie du monde arabe le rend plus pauvre que toutes les autres régions du monde en ressources en eau superficielle.Hors quelques foyers montagneux plus arrosés (au Maroc, en Algérie orientale, au Liban, au pays Kurde du Nord de l'Irak et dans le Soudan méridional tropical ), l'essentiel de ces ressources en eau est apporté par les fleuves venus d'ailleurs : le Nil, l'Eu-phrate et le Tigre, dont les vallées furent des berceaux de civilisation et contrastent avec d'immenses espaces désertiques.La nature a-t-elle compensé cette pauvreté en surface par des richesses en sous-sol, en dotant le monde arabe de réserves d'eau souterraines considérables comme elle l'a doté de gisements de pétrole?Les unes et les autres se trouvent dans les mêmes pays et ce n'est pas par hasard.Ce sont les mêmes grands bassins sédimentaires du Sahara et de la péninsule arabique qui recèlent du pétrole dans leurs profondeurs et qui comportent aussi de grands réservoirs aqui- L'auteur, jean m arc at, est conseiller scientifique au Bureau de recherches géologiques et minières du gouvernement français.4- fères, d'eau en grande partie douce et de bonne qualité.Cependant, comme les richesses pétrolières, ces réserves d'eau sont inégalement réparties entre les pays arabes et elles accusent les disparités économiques entre ces pays.Dès que furent reconnues ces nappes souterraines profondes, avant même les découvertes du pétrole, à la fin du siècle précédent, on s'est engagé dans une véritable exploitation minière d'eau souterraine.Favorisée au début par le jaillissement des premiers puits «artésiens», cette exploitation par forages profonds, jusqu'à plus de 1000 m, a nécessité des efforts de prospection et des moyens de production comparables à ceux de l'exploitation des hydrocarbures, qu'elle a parfois précédée puis accompagnée.La rente pétrolière a réciproquement permis d'assumer les lourdes charges d'investissement de ces exploitations d'eau souterraine, notablement plus coûteuses que les modes traditionnels et dont les coûts ne pourraient généralement pas être supportés par les seuls usagers de l'eau, notamment par l'agriculture irriguée, principal secteur d'utilisation.Ce mode de production d'eau est ainsi assez largement assisté au plan économique et peu assujetti à des contraintes de rentabilité.A ses débuts et souvent jusqu'à nos jours, le développement des productions d'eau, servi par des moyens techniques et financiers sans précédent, et avec l'appui, voire les encouragements intéressés d'entreprises d'études et de travaux occidentales puis nationales, a suivi la croissance des demandes et a répondu à des objectifs de valorisation agricole à court terme, sans planification ni stratégie de gestion de ressources à long terme.Une importance croissante Au cours des deux dernières décennies, ces exploitations d'eau souterraine ont pris une importance croissante dans l'économie de l'eau de plusieurs pays arabes pétroliers et dépourvus de fleuve.Elles couvrent, par exemple, aujourd'hui (chiffres de 1990) 83 p.cent des approvisionnements en eau de la Libye et 78 p.cent de ceux de l'Arabie Saoudite ; ces proportions doivent être portées respectivement à 90 et 83 p.cent en 2000 suivant les plans de ces pays.Les 2200 millions de m3 par an amenés sur le littoral libyen par le «grand fleuve artificiel» en phase finale vers l'an 2000 (coût total: au moins 25 milliards de dollars) seront puisés dans les réserves d'aquifèrcs sahariens.L'eau est ainsi de beaucoup, en tonnage, la principale production minière des pays arabes pétroliers: sait-on, par exemple, qu'en 1990 l'Arabie Saoudite a extrait de son sous-sol près de 30 fois plus d'eau que de pétrole, et la Libye 35 fois plus ?Ces exploitations d'eau souterraine ne sont pas seulement «minières» par leurs techniques de recherche et de production, mais aussi parce qu'elles épuisent nécessairement à la longue les réserves des aquifères, «gisements d'eau» similaires aux gisements de pétrole ou de minerais.Ces réserves sont heureusement énormes en plusieurs grands bassins, où elles peuvent être chiffrées dans l'absolu en milliers de milliards de m3: réservoirs aquifères du Sahara septentrional en Algérie et Tunisie, des grès de Nubie en Egypte, en Libye et au Soudan (ainsi que dans le Sinaï et dans le Ne-guev), du bassin du Nord de l'Arabie Saoudite qui se prolonge en Jordanie et dans les Émirats.Toutefois les parts exploitables, limitées par les profondeurs maximales de pompage praticables ( 200 à 250 m ), par les risques d'attirance d'eau salée, par les difficultés d'accès sur le terrain ou l'absence de sol à mettre en valeur (grands massifs d una ires.) sont bien moindres, quoique encore considérables.En Arabie Saoudite, par exemple, ces réserves «exploitables» ont été chiffrées à 500 milliards de m3, en Jordanie à une trentaine de milliards, dans le Sinaï à 130 milliards.Les volumes d'eau que l'on peut en pratique soutirer de ces réservoirs sont sans commune mesure avec les débits naturels des aquifères, entretenus par leur alimentation actuelle qui n'est pas nulle mais infime.Aussi les extractions d'eau possibles suivant des critères techniques et économiques sont nécessaire- ment temporaires, comme toute exploitation minière, même si elles peuvent durer assez longtemps (plusieurs dizaines d'années, voire de l'ordre du siècle).Elles diffèrent donc radicalement des formes habituelles de mobilisation des ressources en eau renouvelables limitées seulement par le jeu du cycle de l'eau qui assure, bon an mal an, leur renouvellement, mais perpétuelles: il s'agit ici d'exploiter des ressources non renouvelables, à l'échelle humaine s'entend.Un avenir incertain L'utilisation de ces stocks d'eau hérités comme un capital est certes avantageuse.C'est un facteur de production et de développement socio-économique appréciable qu'il serait malthusien de négliger.Si, par exemple, l'Arabie Saoudite ou la Libye devaient mobiliser seulement leurs ressources naturelles renouvelables en eau souterraine, elles de-vraient réduire leurs productions actuelles en les divisant chacune par dix.C'est pourtant ce qui arrivera fatalement un jour.Les autorités responsables de la politique de l'eau de ces pays répugnent à prévoir ou à programmer ces échéances, soit qu'elles les jugent trop lointaines, soit qu'elles préfèrent léguer à des successeurs la charge de résoudre les problèmes que les situations critiques poseront.Envisager celles-ci dérange les projets à court terme.L'exploitation minière des réserves d'eau souterraine pose d'abord les problèmes classiques de toute exploitation de matière première non renouvelable: choix du couple intensité-durée de la production, toutefois sans le critère de valorisation marchande suivant les fluctuations supputées des cours de produit, contrairement au cas du pétrole, car il n'y a pas de marché mondial de l'eau.Mais cette exploitation pose surtout une question majeure: par définition mobiliser une ressource non renouvelable ne permet-il pas qu'un développement non durable?Outre le choix de la rente minière entre une ou plusieurs générations, en privilégiant des objectifs soit à court terme.soit dans une optique patrimoniale à plus long terme, la question de son meilleur emploi possible se pose.L'eau doit-elle: ¦ être distribuée dans un but social, comme répartition d'un sous-produit de la manne pétrolière; ¦ favoriser une politique d'autosuffisan-ce alimentaire temporaire; ¦ être réservée à des spéculations profitables à court terme; ¦ ou encore allouée en priorité aux utilisations les plus valorisantes, en consacrant autant que possible les bénéfices tirés aux investissements préparant les relais inéluctables d'approvisionnement en eau: modes de production et d'usage d'eau plus coûteux (dessalement d'eau de mer ou d'eau saumâtre, réutilisation d'eau usée traitée pour restaurer la qualité voulue.)?Le prétexte de l'autosuffisance Les politiques délibérées, ou du moins de fait, privilégient généralement l'objectif ou le prétexte de l'autosuffisance alimentaire en subventionnant des productions d'eau d'irrigation qui concourent à des produits agricoles de coûts très supérieurs à ceux du marché mondial, donc sans souci prioritaire de la rentabilité économique ni l'argument social de création d'emploi puisqu'il faut faire largement appel à une main-d'oeuvre étrangère.Avec quelques nuances toutefois.En Arabie Saoudite, on cède à la tentation de productions spéculatives aux frais de l'État mais au profit à court terme d'opérateurs privilégiés.En Libye jouent davantage le prestige initial de grands travaux et la volonté d'atténuer et de différer la dépendance alimentaire, de gagner du temps.Le souci de mieux valoriser l'eau comme facteur de production est peu présent.Dans tous les cas il s'agit d'un choix d'affectation d'une part des revenus publics pétroliers et c'est aussi sur eux que l'on compte pour financer plus tard les productions d'eau de substitution et les transformations de l'économie de l'eau.¦ i L'ENVIRONNEMENT : LE GROUPE MUNICIPAL EXPROPRIATION ENVIRONNEMENT Che: on agit on ne fait pas qu'en parler, Depuis 1980, nous avons dépense environ 175 millions $ pour améliorer notre environnement, dont 35 millions $ pour le traitement secondaire des effluents- \\ ¦ «L'expertise traditionnelle acquise dans le milieu municipal mise au service de la gestion de l'environnement» Bélanger Sauvé AVOCATS 800, Square Victoria, Tour de la Place-Victoria, Bureau 2800 Montréal (Québec) H4Z 1E6 Téléphone : (514) 878-3081 \u2022 Télécopieur : (514) 878-3053 Cabinet Affilié : Letelller et Associés, Hull \u2022 Gatlneau Témiscaming (Québec) J0Z 3R0 téléphone : (819) 627-3321 facsimile : (819) 627-1458 une filiale de 800, boul.René-Lévesque Ouest Montréal (Québec) H3B 1X9 téléphone : (514) 871-0137 facsimile : (514) 397-0896 Et ce n'est pas tout.Demeurez à 1 écoute, w ( nous envisageons d'autres projets intéressants ! I .im- 14 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 30 MAI 1992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE DES SOLUTIONS Exporter la pollution dans le tiers monde ?tiens, tiens ! Un mémo d'un économiste de la Banque mondiale a suscité un tollé; un prof l'explique La publication par The Economist en début d'année, d'une note confidentielle de l'économiste-chef de la Banque Mondiale, Lawrence Summers a suscité de très vives réactions.Dans cette note Summers défend des positions Surprenantes concernant le Tiers monde et la protection de l'environnement.Pour lui, «l'exportation de déchets dans les pays à bas-revenus répond à une logique irréprochable, et nous devons faire face à cette réalité», «les pays africains sous-peuplés sont également sous-pollués ».On est loin du discours officiel qui sera à l'honneur lors de la Conférence de Rio.La Banque mondiale a depuis publié une série de mises au point affirmant que cette note ne reflétait pas sa politique.World Media a demandé au Dr Timothy Swanson, directeur de recherche en économie de l'environnement à l'Université de Cambridge de présenter ses réactions à la note de Lawrence Summers.Ci-contre, on lira d'abord la note de M.Summers.LAWRENCE SUMMERS NTRE VOUS ET moi, la Banque Mondiale ne devrait-elle pas encourager davantage de migrations des industries polluantes en direction des pays en voie de développement?Je trouve à cela trois raisons: flj La mesure des U coûts de la pollution nocive dépend des revenus perdus des suites d'une plus grande mortalité et morbidité.Si on se place dans cette optique, une certaine quantité de pollution nocive devrait avoir lieu dans le pays où le coût en est moindre, c'est-à-dire celui où les salaires sont les plus bas.Je crois que la logique économique qui incite à déverser un chargement de déchets toxiques dans le pays où les salaires sont les plus bas est impeccable; nous devrions l'admettre.U est probable que la progression des coûts de la pollution se fera de façon non-linéaire, car les augmentations initiales du niveau de pollution ont probablement un coût très restreint, j'ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d'Afrique étaient largement sous-pollues: (la qualité de) leur air est, en raison de leur inefficience, très peu pollué par comparaison avec celui de Los Angeles ou de Mexico.C'est seulement parce que, hélas, une telle pollution est engendrée par des industries non-commercialisables (les transports, la production d'électricité), et parce que les coûts unitaires de transport des déchets solides sont malheureusement très élevés, qu'il ne peut y avoir de commerce mondial de la pollution de l'air et des déchets qui améliorerait le bien-être général.La demande d'environnement propre pour des raisons esthétiques et sanitaires va probablement avoir une élasticité de revenu très élevée.L'inquiétude que provoque un agent qui modifie dans un cas sur un million les risques d'avoir un cancer de la prostate est évidemment beaucoup plus grande dans un pays où les gens vivent assez vieux pour contracter cette maladie que dans un autre où la mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 200 pour mille.En outre, une large part de l'inquiétude relative aux pollutions atmosphériques d'origine industrielle est causée par les particules qui diminuent la visibilité.Ces déchets gazeux peuvent avoir très peu d'impact sur la santé.Il est évident que le commerce des produits qui personnifient la pollution esthétique pourraient améliorer le bien-être.Alors que la production peut se déplacer, la consommation d'un air agréable ne peut se commercialiser.Les arguments contre ces propositions visant plus de pollution dans les pays en voie de développement (droits intrinsèques à certains biens, raisons éthiques, préoccupations sociales, absence de marchés adéquats etc.) pourraient être renversés et utilisés plus ou moins efficacement contre toutes les propositions de la Banque Mondiale en faveur de la libéralisation des échanges.Lawrence Summers «La note de la Banque mondiale est loin d'être infâme.» TIMOTHY SWANSON économiste ÇAMHRIDGE La note de la Banque Mondiale est loin d'être «infâme» et mérite d'être analysée avec plus de sérieux qu'on en a apporté jusqu'ici.Elle soulève un point fondamentalement important, à savoir que des conditions différentes créent des perspectives différentes dans un cas identique précis.Par conséquent, même les problèmes d'environnement des pays du Nord (élimination des déchets toxiques, contamination des nappes phréatiques, approvisionnement en air pollué) peuvent prendre une signification différente quand on les examine dans l'optique d'un résidant moyen de l'hémisphère sud.C'est un point très important que les gens qui s'intéressent à bien des soi-disant « problèmes mondiaux de l'environnement» doivent comprendre.Perspectives différentes Si on étudie les trois points principaux de la note dans l'ordre inverse, le dernier traite de l'impact de la différence de revenu sur la perception qu'ont les gens de l'importance de la pollution.Si on vient d'un État à haut revenu, on a la possibilité de satisai-re tous ses besoins de base ( nour- riture, éducation, logement, santé) et également celle d'acquérir bon nombre de biens de consommation (appareils ménagers, télévision, automobile).Cependant afin de parvenir à ce statut de pays à haut revenu, il a fallu convertir une bonne partie des espaces naturels de cette région du monde.Par exemple, la quantité d'espaces «certifiés» sauvages est de zéro en Europe, par comparaison à la moyenne mondiale qui est de trente-cinq p.cent.Par conséquent, le Nord est maintenant inondé de biens de consommation liés aux ressources naturelles, créant chez chacun au Nord l'idée que les ressources naturelles restantes doivent être préservées à n'importe quel prix.5 UAP ET L ENVIRONNEMENT (À droite sur la photo : M.Jean Douville, président et chef de la direction, ainsi que M.Marcel Dionne, vice-président achats et marketing chez UAP Inc.) UAP Inc.est fière d annoncer son engagement à faire sa part pour la protection de l'environnement en supportant le programme de récupération première de Valvoline, une première dans le marché de l'après-vente des produits de l'automobile.Ce programme permet aux consommateurs de rapporter leurs huiles moteurs usées chez leur grossiste UAP/ NAPA participant qui lui, en disposera dune façon séîuritaire.Par cette initiative, UAP se place résolument à lavant-garde dans son secteur.Tout en étant très orientés sur un service à la clientèle de qualité et sur les compétences techniques, nous sommes attentifs à la qualité de l'environnement.UAP recycle et réusine chaque année pas moins de 425 000 pièces usagées telles qu' alternateurs, démarreurs, pompes à eau, étriers, transmissions, moteurs d'automobiles, têtes de culasses.Si toutes ces pièces n'étaient pas recyclées et réusinées de façon économique, elles représenteraient un dommage important pour l'environnement.3US PRENONS CETTE INITIATIVE POUR IA QUALITÉ DE IA VIE.Les pays du Sud qui possèdent d'abondantes ressources naturelles ne partagent pas ces vues.U y a trop souvent une correspondance mondiale entre des environnements intacts et la pauvreté.Par exemple, la liste des dix pays qui sont en tête poi»r ie nombre d'espèces restantes ont des revenus par habitant qui vont de un à sept p.cent du revenu moyen des pays de l'OCDE.Le coût de la décision d'interdire des activités polluantes est très différent, dans ce cas, relativement au niveau de revenu personnel.Quand la Guinéee Bissau a signé un contrat de cinq ans autorisant l'importation de déchets toxiques américains, la compensation financière à recevoir permettait de doubler le revenu national du pays au cours desdites années.L'origine de la différence fondamentale entre les points de vue apparaît alors fondée sur une relative abondance de ressources par opposition aux revenus.Les pays du Nord considèrent des stades ultérieurs de développement permettant de quitter l'«état naturel » comme indésirables en eux-mêmes tandis que de nombreux États du Sud voient les avantages qu'ils retireraient de ces changements, pour eux à l'heure actuelle, et pour les pays développés par anticipation.L'importance considérable de posséder un monde «naturel» pour ceux qui ont surexploité le leur est une raison qui explique pourquoi les problèmes d'envi- ronnement prennent une plus grande acuité dans le Nord.Le deuxième point de la note concerne l'effet cumulatif de la pollution sur les écosystèmes.Les impacts et les risques des activités polluantes ne sont pas nécessairement les mêmes dans le Nord et dans le Sud.U en est ainsi' parce que les systèmes terrestres ont une capacité inhérente d'épuration limitée.Ce qui est capital, d'après les écologistes, c'est de ne pas surcharger le système.Les systèmes écologiques au Nord sont infiniment plus lourdement chargés en effluents industriels que ceux du Sud.Le risque d'une unité supplémentaire de pollution surchargeant le système est très différent dans les deux cas.Ceci étant, il n'est pas déraisonnable pour les gens du Sud d'envisager la même pollution comme provoquant un risque moindre que ne le ferait un homme du Nord.Pollution contre dollars Finalement, et ce qui est tout à fait capital, il y a la question de tout ce qu'on perdrait si on interdisait ces industries dans les deux parties du globe.Le coût de l'élimination des déchets toxiques aux États-Unis est d'environ 2000 dollars par tonne.Cette somme représente des choses différentes au Nord et au Sud.C'est environ le dixième du salaire d'un ouvrier moyen en Amérique du Nord; c'est environ dix fois le salaire d'un ouvrier en Tanzanie.Par conséquent, il en coûte cent fois plus à la Tanzanie d'abandonner une industrie qu'aux États-Unis.Bien sûr, un dollar n'est rien en soi et pour soi.Ce qui compte, c'est ce qu'il procure.Aux États-Unis, où les besoins de base de la plupart des gens sont satisfaits, on pourrait avec ces 2000 dollars acheter quatre magnétoscopes, ou 12 p.cent d'une automobile moyenne.En Tanzanie, où le contraire est vrai, on pourrait s'en servir pour acheter des vaccins sans lesquels les enfants auront un taux de mortalité dix fois plus élevé que celui des enfants américains.Du point de vue du pays en voie de développement, ces dollars représentent un potentiel permettant d'acheter les produits de base les plus essentiels (la nourriture, les médicaments, l'éducation ) en vue de mener une vie saine.Le pouvoir d'achat de ces mêmes dollars dans le Nord se mesure en termes de biens de consommation marginaux qu'ils permettent d'acheter.Cela crée une dissymétrie énorme entre les perspectives.Dans le Nord, on estime à juste titre que la valeur de ces biens dont l'utilité est marginale est minuscule par comparaison avec un environnement sain et serein pour nous et nos enfants.Les gens du Sud, par contre, voient dans l'acquisition de ces mêmes dollars qui procurent si peu de choses importantes dans le Nord l'occasion de créer des conditions d'existence saines et sereines.(.) LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 30 MA11992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXI e\"SI ÈCLE DES SOLUTIONS 15 Est-il imaginable d'amplifier les précipitations?Des milliards d'humains prient pour que de généreuses pluies viennent les désaltérer VOi A DÉPEN-dance de l'homme par rapport à la pluie est universelle et aussi ancienne que l'humanité.Dans le passé, la mort et la vie étaient conditionnées par le climat, lorsque la sécheresse combinée avec la faim était (comme elle lest toujours) l'adversaire le plus meurtrier de l'humanité.Des événements historiques comme des migrations en masse, la destruction des civilisations, les guerres et les révolutions résultaient du manque de précipitations.Des milliards d'hommes prient chaque année pour demander que de bienheureuses pluies viennent détremper leurs champs et leur garantissent chaque jour un approvisionnement en eau suffisant pour leurs besoins de base.La nature n'accorde qu'une partie de leurs souhaits.Les variations soudaines des précipitations montrent que les années d'abondance ne sont pas plus fréquentes que les années sèches.En vérité, les moyens d'agir sur la pénurie d'eau due à la sécheresse n'ont rien à voir avec la météorologie; ce sont fondamentalement des solutions techniques: le stockage des excédents des années pluvieuses pour les utiliser lors des périodes sèches, et la gestion rationnelle des utilisations de l'eau, c'est-à-dire passer à un système d'agriculture par irrigation et utiliser l'eau avec efficacité dans les domaines agricole, industriel et domestique.Mais on aura toujours envie de poser cette question : serait-il possible d'intervenir dans les processus climatiques et d'amplifier les précipitations même légèrement afin d'adoucir les dégâts que cause l'aridité du sol ou d'accroître les rendements économiques?Depuis le début des années 60, on a accompli un peu partout dans le monde des efforts pour augmenter les précipitations (pluie et neige) par l'introduction de produits stimulants, tels que la glace sèche ou un iodure d'argent dans les nuages ( pour «ensemencer les nuages»), en utilisant soit des avions et des fusées, soit des générateurs fumigènes basés au sol.Une condition préalable à ces précipitations est la présence de nuages chargés d'eau pouvant entraîner des pluies.Mais il existe plusieurs espèces de nuages.Quand dans les nuages il existe un mouvement de convection, le processus de formation de la pluie démarre dès qu'une partie des goutelettes d'eau gèle et qu'elles grandissent rapidement, d'abord en absorbant les gouttelettes adjacentes, puis par collision avec les autres gouttes lors de leur chute vers le sol.Le but du traitement artificiel est donc d'ajouter des particules pour que la glace se forme et pour stimuler le processus de formation de pluie à l'intérieur du nuage.Il existe aussi des méthodes qui conviennent à d'autres types de nuages et à d'autres conditions atmosphériques, comme celle à «effet dynamique » qui vise à provoquer line soudaine expansion des nuages en y pulvérisant des produits d'ensemencement.Une nouvelle source d'eau Israël, qui est pauvre en ressources d'eau et qui a déjà réussi à exploiter plus de 90 p.cent de son eau pour développer une agriculture de pointe, se trouve au premier rang des nations expérimentant l'amplifification des précipitations; car l'un des moyens nouveaux et prometteurs d'accroître les approvisionnements en eau, en Israel et dans les autres pays, passe sûrement par l'augmentation artificielle des précipitations qui d'une part, humidifieraient les champs et remplaceraient l'irrigation et d'autre part, augmenteraient le rendement des sources d'eau (fleuves et ruisseaux, sources et nappes aquifè-res), généralement dans des proportions excédant l'augmentation du volume des pluies.Quand cette technologie aura fait preuve de sa capacité, nous aurons une nouvelle source d'eau, relativement peu chère par L'auteur, YOAV HARPAZ.est ingénieur specialise en ressources hydriques et président du Comité Israélien de recherches hydrologiques.rapport à d'autres options, comme le forage de puits profonds ou le dessalement de l'eau ou son recyclage.Les expérimentations israéliennes ont lieu dans la région nord du pays où la hauteur des précipitations en hiver, période des pluies, est en moyenne de 400 à 1000 mm, aussi bien que dans la partie centrale d'Israël (où elle est de 300 à 600 mm ).Ce sont des avions qui ensemencent les nuages avec de l'iodure d'argent en suivant des trajectoires parallèles à la côte, et en laissant de rares zones sans traitement sous l'effet du vent.Dans la zone cible des montagnes de Galilée, des générateurs basés au sol sont aussi en service.Chaque jour, on mesure le ruissellement dû aux pluies et le débit des cours d'eau pour évaluer les résultats.Après plusieurs dizaines d'années d'activité, on en est toujours au stade des études parce que de nombreux obstacles restreignent encore les applications m \"'h pratiques complètes: d'abord, on comprend encore mal le processus complexe de formation de la pluie et les effets des interventions lorsqu'on ensemence dans des conditions météorologiques diverses; ensuite, il est très difficile de prouver statistiquement que des changements dans les précipitations enregistrés au sol sont le résultat de l'ensemencement des nuages et ne sont pas dus aux variations importantes des conditions naturelles.Des résultats prometteurs Cependant, l'expérience acquise jusqu'ici donne des résultats prometteurs qui justifient la poursuite de ces activités dans de nouvelles zones géographiques et de nouveaux pays.En ce qui concerne Israël, les expérimentations font apparaître de petites augmentations de précipitations (allant jusqu'à 13 p.cent) et un taux d'accroissement plus élevé du débit dans certaines sources d'eau.On a reçu des rapports indiquant un accroissement tangible en provenance d'autres pays, mais dans certains autres les résultats sont encore peu concluants.On estime que la technique d'ensemencement des nuages est très souple, car on peut s'en servir dans les plus brefs délais, déplacer l'action d'un lieu vers un autre et l'arrêter n'importe quand.Son emploi exige une infrastructure fixe légère, et le prix pour produire un mètre cube d'eau est au-dessous de un cent, ce qui est manifestement bas pour des régions de forte pénurie d'eau.Malheureusement, les déserts éternellement ensoleillés et rudes resteront toujours secs puisque, sans nuages, il ne peut y avoir de pluie, pas même de pluie artificielle.Des efforts internationaux Les nuages porteurs de pluie là-haut et les lignes de partage des eaux sur terre ne connaissent pas les frontières politiques.La coopération constitue donc une condition préalable à la promotion des projets d'amplification des précipitations.Si on investit une quantité suffisante d'efforts groupés et de ressources collectives, on peut prévoir dans un proche avenir des progrès scientifiques considérables.Les savants pensent que la pluie artificielle n'est pas une panacée pour les problèmes d'eau mondiaux, mais le jour viendra bientôt où cette source participera à l'effort global pour satisfaire les besoins croissants en eau douce.Publi-reportage La gestion Intégrée des déchets sur rile de Montréal En 1985.27 villes de banlieue sur l'île de Montréal ont trouvé dans les 4R-V la réponse à leur problème de gestion des déchets.Ces villes, ce sont les membres de la Régie intermunicipale de gestion des déchets sur l'île de Montréal.Quant aux 4R-V (un principe de gestion fondé sur la réduction, la récupération, la réutilisation, le recyclage et la valorisation), ils représentent le seul moyen à la fois économique, écologique et logique de gérer nos déchets domestiques.Une solution eco no logique! Oui.la ricdi m a innové sur le plan de la gestion intégrée des déchets.Au Québec, on la considère, à juste titre.La collecte sélective: premier pas vers l'île propre Le 6 mai dernier, la rigdim entreprenait la phase IV d'un programme qu'elle a instauré dès le début de son mandat.Aujourd'hui, ils sont des centaines de milliers de foyers à récupérer et à trier leurs déchets en L'Incinérateur du Centre de valorisation : un produit de la haute technologie dont les normes dépassent celles du Conseil canadien des ministres de l'Environnement.papiers et cartons en huit catégories différentes: une première dans l'histoire du recyclage au Québec.3.Le centre de compostage La RICDIM mettra également sur pied un système de cueillette des feuilles.?Maquette du Centre de transbordement projeté par la RICDIM.A la ricdim s'est fixé des objectifs très élevés en ce qui concerne la réduction des déchets domestiques.Ils seront réalisés a ici ran 2000.?comme une autorité en la matière.Nul doute qu'avec de tels atouts en main, elle réalisera le mandat qu'elle s'est donné de réduire de 50% la masse totale de ses déchets domestiques d'Ici l'an 2000.Un projet de taille puisque 700 000 tonnes de déchets sont générées annuellement sur son territoire.Mais le défi est lancé et pour des milliers de citoyens.l'Objectif lie Propre est déjà une réalité.vue de la collecte sélective.A chaque semaine, des sociétés indépendantes cueillent les bacs de récupération (enviro-bacs) remplis de papier, carton, plastique, métal et verre par les bons soins des citoyens.Les matières ainsi récupérées sont acheminées vers des centres de tri indépendants en attendant que celui de la ricdim entre en opération.La collecte sélective va bon train et l'on prévoit que d'ici l'an 2000.celle-ci permettra la récupération de 85% des matières recyclables.Et ce n'est qu'un début! OBJECTIFS DE RÉDUCTION DES DÉCHETS DE LA RÉGIE\t\t\t CALCULÉ EN POIDS HUMIDE (%) POUR 701 470 TONNES/AN DE DÉCHETS ET SANS VARIATION DÉMOGRAPHIQUE\t\t\t CATEGORIE DE DÉCHETS\tMODE DE GESTION\tOBJECTIF 2000\tCONTRIBUTION À LA RÉDUCTION GLOBALE DECHETS DE CONSTRUCTION\tTRI EN VUE DU RECYCLAGE\t75%\t11.94% RÉSIDUS DE JARDIN\tCOMPOSTAGE\t90%\t6.94% DECHETS DE TABLE\tDISTRIBUTION DE COMPOSTEURS DOMESTIQUES\t90000 COMPOSTEURS\t4.20% DECHETS DOMESTIQUES 0ANCEREUX\tGESTION APPROPRIEE\t90%\t0.55% DECHETS ENCOMBRANTS\tGESTION APPROPRIEE\t90%\t1.04% PAPIERS ET CONTENANTS RECYCLABLES\tREDUCTION A LA SOURCE DES EMBALLAGES\t25%\t4.89% \tCOLLECTE SÉLECTIVE ET TRI EN VUE DU RECYCLAGE\t85 %\t20.91 % DECHETS NON RECUPERABLES\tRÉDUCTION À LA SOURCE DES EMBALLAGES\t25%\t0.44% TOTAL\t\t\t50.71 % QUATRE CENTRES ECONOLOGIQUES! gazon et petites branches sur tout son territoire.Destination : le Centre de compostage qui traitera 59 000 tonnes de résidus de jardin par année.La RICDIM a aussi l'intention de favoriser le compostage d'autres déchets organiques, tels les restes de table, en mettant des composteurs domestiques à la disposition des citoyens qu'une telle activité intéresse.4.Le centre de valorisation énergétique La préservation inconditionnelle de la qualité de l'air, du sol et de l'eau: voilà le critère qui a orienté le choix de la technologie du Centre de valorisation énergétique de la RICDIM.là où seront incinérés les déchets non recyclables.L'incinérateur du Centre de valorisation non seulement répond aux normes très sévères du Conseil canadien des ministres de l'Environnement mais il les dépasse! En effet, il sera en mesure de contrôler les émissions atmosphériques potentielles grâce à un système d'épuration de l'air à la fine pointe de la technologie.De plus, les cendres issues de la combustion seront séparées en deux catégories : les cendres de chaudières et les cendres volantes.Les centres de chaudières étant non toxiques, elles seront donc enfouies.Les cendres volantes, quant à elles, seront récupérées et.après avoir subi un traitement destiné à les neutraliser, seront éliminées de façon sécuritaire.Enfin, l'incinérateur permettra la cogéné-ration d'électricité.Il sera doté d'une turbine qui.après avoir récupéré la vapeur, l'entraînera vers un générateur qui la transformera en électricité: plus de 41 mégawatts! Laissons à nos enfants une île propre en héritage La RICDIM nous offre une solution éconologique.Dans son souci de préserver à la fois les ressources humaines et les ressources naturelles, la RICDIM a mis plusieurs années à parfaire ses méthodes: multipliant les études et les consultations auprès de grands experts québécois et étrangers.Résultat: son approche est la plus efficace jamais instaurée au Québec pour solutionner nos problèmes d'environnement.A l'an 2000 (dans huit ans!), grâce aux mesures mises de l'avant par la RICDIM.on aura réussi à réduire de moitié la masse de nos déchets domestiques.Quel beau défi et pour notre île.quelle belle victoire! Appuyer le programme de la Régie, c'est appuyer l'organisme le plus compétent en matière de gestion des déchets.C'est aussi se rappeler que nous n'avons pas hérité de la terre de nos parents mais que nous l'empruntons, un peu chaque jour, à nos enfants.Faisons en sorte qu'ils la retrouvent plus propre qu'avant.Soyons éconologiques! Pour relever le grand défi environnemental, la ricdim a prévu l'aménagement de quatre centres éconologiques qui serviront à réaliser les 4R-V.1.Le Centre de transbordement Afin d'éviter toute congestion routière, notamment les longues files de camions sur nos routes, les déchets de plusieurs municipalités de l'Ile voyageront par train entre le Centre de transbordement et le Centre de traitement des déchets.Un avantage que les automobilistes et les entreprises avoisinantes ne manqueront pas d'apprécier.2.Le centre de tri Le Centre de tri de la ricdim a été conçu pour séparer et conditionner annuellement 118 000 tonnes de matières recyclable^ provenant de la collecte sélective.Eventuellement, il sera même en mesure de trier A Me de récupération utilisé par les citoyens des villes membres de la ricdim dans le cadre du programme de collecte sélective Chauffé et doté des équipements les plus modernes, il offrira des conditions de travail idéales à la cinquantaine de personnes qui y travailleront à plein temps.Régie intermunicipale de gestion des déchets sur l'île de Montréal r t 41 16 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 30 MA11992 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE Biodôme de Montréal sera une maison Vie Un premier jardin-musée au monde consacré à la planète Terre PIERRE BOURQUE NE SEMAINE À PEINE APRÈS le sommet de Rio de Janeiro sur l'avenir de la planète Terre.Montréal, le Québec et le Canada inaugureront le Biodôme de Montréal, premier jardin-musée au monde entièrement dédié à l'environnement.C'est à l'automne 1987 que la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec donnent leur approbation à une proposition du Jardin botanique de Montréal de transformer le magnifique vélodrome, héritage des Jeux olympiques de 1976, en un vaste jardin de 10 000 mètres carrés reproduisant quatre des principaux écosystèmes de la planète Terre.Depuis des siècles, les hommes ont rendu hommage à la nature en recréant des jardins, expressions de leur respect et de leur dépendance face à elle.Jardins mythiques de l'Arca- die dans la Grèce antique, jardins suspendus de Baby lone, fabuleux jardins chinois de Suzhou et d'Hangzhou, jardins de mousse et de pierres de Kyoto au Japon, jardins à la française de Le Nôtre ou jardins anglais du Yorkshire, la nature apprivoisée a toujours été le reflet des civilisations.Pour la première fois dans notre histoire, cette relation fondamentale entre l'homme et la nature peut être rompue; depuis plus de vingt ans déjà, l'alarme retentit au quatre coins de la planète: la Terre que nous aimons et qui est notre compagne depuis des siècles est menacée.Nous sommes en train de provoquer la mort de la nature qui nous a créés; notre bien-être collectif s'élabore au détriment de la terre nourricière.La science et les technologies évoluent plus vite que la capacité de régé-nérescence de la Terre.Celle-ci montre des signes évidents de fatigue, de blessures.Comment corriger le tir, freiner la marche .inéluctable de notre planète vers sa perte tout en préservant notre bien-être et même en l'élargissant à tous les hommes de la terre?La réponse nous arrive avec la même unanimité des quatre coins de la planète: il faut changer nos comportements et pour ce faire, sensibiliser les gens et leur faire prendre conscience que notre avenir et celui de nos enfants est compromis.Le Biodôme est une des réponses concrètes de la société québécoise à ce nouveau défi mondial.Un recyclage réussi grâce à une approche systémique Bâtiment fier à l'architecture futuriste, ancré au sol comme un immense trilobite, ouvert à la lumière du jour grâce à ses immenses lanterneaux translucides, le Biodôme de Montréal semble avoir été conçu pour abriter cette maison de la Vie.La transformation d'un vélodrome sous-utilisé en une institution consacrée à l'environnement lui confère désormais une notoriété mondiale.Vue de l'espace, la Terre est un jardin, un joyau vert suspendu dans l'univers sidéral ; jusqu'à ce jour, elle est notre unique patrimoine.Comment lui rendre un plus bel hommage qu'en reproduisant ses pierres, ses falaises, ses grottes, ses étangs et ses mers puis sa flore et sa faune: c'est le défi unique du Biodôme.Le Biodôme, un jardin planétaire De l'Antarctique à l'Arctique à travers les trois Amériques, le Biodôme reproduit le plus fidèlement possible quatre des principaux écosystèmes de la planète Terre.Au Biodôme, quatre des principaux écosystèmes de I a planète Terre 1.LE MONDE POLAIRE ¦ Sur près de 700 mètres carrés, l'Arctique faisant face à l'Antarctique, le Biodôme présente deux zones distinctes du monde polaire.Schistes grisâtres et stratifiés des côtes du Labrador d'un côté, abritant une impressionnante communauté d'alcidées ( macareux, marmettes, petits pingouins, guillemots) sous le regard nerveux des ombles chevaliers se prélassant dans les eaux froides; roches basaltiques de l'Antarctique de l'autre, semblables à d'étranges menhirs dressés les uns sur les autres et servant de refuge à des colonies de manchots.Au coeur de l'écosystème, une agora où le visiteur observe l'inversion des saisons et la neige tomber en juillet sur les manchots espiègles et fiers.¦ - 2.LA FORÊT TROPICALE \u2022 \\' ~ \u2022 ' * '\u2022\"'fee*^1^- ^ ¦ Sur plus de 2600 mètres carrés et contenue sous une toiture de verre de vingt mètres de hauteur, à température maintenue à 25°C le jour et à 21 °C la nuit avec une hygrométrie de près de 70 p.cent, la forêt tropicale nous dévoile la luxuriance et la diversité de sa faune et de sa flore.Des rochers, des falaises escarpées et des grottes en calcaire d'où jaillissent chutes, brouillards, cascades; une rivière formant une varzéa puis des rapides et des étangs aux berges érodées où se prélassent les caïmans; une forêt primaire, dominée par les ceibas, une autre secondaire, par les cécropias et une troisième sciaphile, abritent primates, paresseux, capybaras et coatis sans oublier la faune ailée abondante et colorée.La forêt tropicale, ce sont aussi les chauves-souris, les anacondas, les batraciens, les iguanes, les piranhas, les cichlides, les tétras et les pacus, poissons géants de l'Amazonie.Six arbres géants, artificiels ceux-là, laissent pendre leurs lianes enchevêtrées,.s'appuient sur leurs contreforts ou étouffent sous la pression irrésistible du figuier étrangleur.3.LA FORET LAURENTIENNE ¦ Intermédiaire entre la grande forêt coniférienne ou boréale au nord et la forêt d'arbres à feuilles caduques au sud, la forêt mixte ou laurentienne est le royaume du gneiss, roche métamorphique constituée de cristaux de mica, de quartz et de feldspath.Le retrait des glaciers a formé d'innombrables lacs où habitent des poissons tels que truites, salmonidés, sandres, brochets et des mammifères tels que le castor, travailleur infatigable, et les loutres, agiles et joueuses.Le Biodôme reproduit sur 1500 mètres carrés cet écosystème dominé dans les parties rocheuses par les épicéas, les sapins et les peupliers faux-trembles puis dans sa partie basse par les érables rouges et à sucre, les hêtres, les bouleaux jaunes.Y vivent aussi lynx, ratons-laveurs, porcs-épics et toute une gamme d'oiseaux migrateurs et nicheurs, gros-becs errants, geais bleus, parulines, butors, gelinottes, canards, sarcelles et autres représentants de la gent aviaire.Ài* l'automne, après l'apothéose du spectacle des arbres feuillus se parant des couleurs écartâtes, la forêt, sous l'effet combiné du changement de la photo-période et du froid entre dans une longue période de repos pour la dormance hivernale.4.LE SAINT-LAURENT MARIN ¦ Les mers et les océans constituent les deux tiers de la surface de notre planète.Le Biodôme s'est concentré sur l'estuaire du Saint-Laurent, porte d'entrée canadienne du continent américain en provenance de l'Atlantique.Sur 1600 mètres carrés, le visiteur est introduit dans une galerie sous-marine où, derrière une paroi verticale et transparente, il peut admirer le spectacle impressionnant d'une section de mer, marquée par la présence de blocs granitiques et où cohabitent dans les eaux froides et salées, morues, flétans, requins, bars, invertébrés aux formes et aux comportements étranges, laminaires et autres algues marines.À la faune ichtyologique de l'Atlantique-Nord viendront s'ajouter en 1993 cinq bélugas du grand nord canadien.Un bassin de 2,5 millions de litres d'eau salée avec des plages, des îles et entouré de falaises abruptes hautes de 10 mètres où nichent et vivent en toute liberté mouettes tridactyles, fous de Bassan et sternes pierregarins.L'écosystème du Saint-Laurent, c'est aussi la représentation d'une végétation rabougrie de conifères et de feuillus nains, krummholtz des régions froides, d'une plage de bord de mer dit marais à spartine où vivent canards-eiders, maubèches, bécasseaux et autres oiseaux de rivage et d'une cuvette de marée abritant crabes, étoiles de mer, mollusques et autres invertébrés.Les sciences et les techniques au service de la nature PIERRE BOURQUE OUR RELEVER LE DÉFI DE RE-produire les quatre écosystèmes décrits plus haut, le Biodôme a fait appel à une équipe pluri-dis-ciplinaire de biologistes, d'agronomes, d'ingénieurs, d'architectes, d'architectes du paysage, de géomorphologues, de muséolo-gues, de designers, d'artistes, d'horticulteurs, d'animaliers, de techniciens et d'ouvriers spécialisés.S'inspirant dès le départ du concept du développement viable, le Biodôme a utilisé les technologies de pointe et mis en place un ensemble de systèmes électro-mécaniques et informatiques des plus complexes.À titre d'exemple, chaque écosystème est autonome et peut être commandé de manière centralisée ou locale, automatiquement ou manuellement.Toutes les eaux du Biodôme (26 bassins et plans d'eau), incluant les eaux salées fabriquées sur pla- L auteur, PIERRE BOUROUE, est directeur du Jardin botanique de Montreal et responsable du Biodôme de Montreal.ce, sont filtrées, épurées et entièrement recyclées par un système sophistiqué de filtres au sable, de filtres biologiques et enfin par un traitement à l'ozone.Il en est de même pour les eaux d'irrigation qui sont déminéralisées par osmose inversée et apportées aux végétaux sous forme de brumisa-tion ou par aspersion.L'air vicié des différents écosystèmes est recyclé par l'utilisation de filtres ultra-sensibles.Le Biodôme est doté de laboratoires, d'une clinique vétérinaire et d'un centre de sauvetage et de réhabilitation de mammifères marins.Enfin, un programme de conservation donne les critères de manipulation, d'acquisition et de disposition des différentes espèces animales et végétales.Le Biodôme, de l'émerveillement à la conscientisation Le Biodôme de Montréal accueillera près d'un million de visiteurs par année; ceux-ci recevront un message important sur la richesse et la fragilité de la planète Terre.Pour influencer les comportements des visiteurs face à la nature, le Biodôme propose une approche didactique en trois étapes.Le Biodôme mise d'abord sur l'émerveillement devant la beauté des écosystèmes et sur l'étonné-ment devant le contraste des reconstitutions.Émus, les visiteurs vont ensuite s'interroger pour mieux comprendre les relations qui existent entre les différents éléments vivants et non-vivants de l'écosystème.Des animateurs accompagnent les visiteurs dans ce cheminement.Tout d'abord, leur impact se situe au niveau de l'émotion : en suscitant la curiosité, ils permettent d'observer des éléments de l'écosystème qui pourraient passer inaperçus.Par des informations pertinentes sur les interrelations entre le milieu physique et les êtres vivants de l'écosystème, les animateurs contribuent à la compréhension globale de la nature et de la place de l'être humain à l'intérieur de cet écosystème.Finalement, par des débats et des discussions, les animateurs vont aider les visiteurs à développer un processus de réflexion quant à leur appartenance à la nature et à la conservation de ces écosystèmes.Des espaces d'apprentissage En étroite relation avec le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science du Québec, des espaces éducatifs ont été aménagés pour toucher le monde des jeunes.Ateliers pour l'accueil des groupes scolaires, Naturalia, espace de découverte interactive favorisent la compréhension des multiples facettes de l'écologie.Conçus avec le ministère de l'Éducation, des programmes pédagogiques viennent compléter le programme scolaire en écologie des écoles québécoises.L'Écolothèque \u2014bibliothèque et médiathèque consacrée à l'environnement\u2014 facilitera l'accès aux ressources écrites, audio-visuelles et informatiques.Le Biodôme, musée vivant de l'environnement Enfin \u2014et ce grâce à la participation du Ministère de l'environnement du Canada qui a lancé il y a deux ans un ambitieux programme appelé le «Plan Vert»\u2014 le coeur du Biodôme a été réservé au Carrefour de l'environnement et les zones périphériques aux Actualités environnementales.Approche globale au Carrefour de l'environnement avec films, discussions et débats sur l'état de la planète, approche locale dans la salle des Actualités environnemantales avec expositions thématiques sur l'environnement, présentation de nouveaux moyens, produits et outils de recyclage et de conscientisation.Le Biodôme de Montréal forme avec ses voisins, le lard in botanique de Montréal (deuxième en importance au monde) et l'inscctarium de Montréal un ensemble innovateur d'équipements à vocation scientifique, véritable musée éclaté consacré aux sciences de la nature.Une réponse concrète, un signe d'espoir en l'avenir de notre planète.1 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 30 MA11992 17 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIÈCLE DES SOLUTIONS Les facettes multiples d'une saine gestion de l'eau L'avenir des ressources en eau dépend plus de la conservation que des mégaprojets UMBERTO COLOMBO ROME EAU EST UN BIEN universel que jusqu'à une date récente on croyait posséder en abondance et, par conséquent, que l'on gaspillait, particulièrement dans les riches nations industrialisées.Mais en réalité l'eau est une ressource relativement rare, extrêmement rare dans certaines parties du monde.Et, au fur et à mesure que la population mondiale s'accroît et que son niveau de vie s'élève .progressivement, la demande en eau, et donc son coût, sont obligatoirement amenés à augmenter.Si l'on considère les changements climatiques possibles, la question de l'eau, déjà problématique, ne peut qu'empirer.Puisque chaque augmentation d'un degré de la température moyenne du globe déplace les latitudes tempérées de 100 ou 200 kilomètres par rapport à l'équa-teur, les zones où la productivité agricole est aujourd'hui très élevée pourraient bien devenir des zones arides ou semi-arides, ce qui entraînerait des conséquences sévères pour la production agricole mondiale.Bien entendu, il faudra toujours des grands projets pour transporter l'eau douce des endroits où elle est abondante vers ceux où elle ne l'est pas.En outre, il faut trouver des procédés rentables pour exploiter d'autres ressources en eau, en dessalant l'eau de mer, par exemple, et en épurant l'eau polluée.Mais ce qui est encore plus essentiel, ce sont les actions modestes qui, pour un investissement relativement restreint, peuvent encourager la conservation de cette précieuse ressource et réduire les gaspillages excessifs.Gérer l'eau Une gestion saine de l'eau commence par la gestion des terrains et des bassins hydrographiques.On doit concevoir des travaux pour collecter les eaux de ruissellement, surtout celles qui proviennent des pluies torrentielles qui entraînent une érosion et des glissements de terrain et autres éboulements.La constitution d'une couverture végétale adéquate, la création de systèmes d'irrigation et de bassins avec des interconnexions permettent de faire des réserves d'eau en prévision de la saison sèche et de prévenir l'érosion.Un autre aspect de cette gestion est la rationalisation du traitement de l'eau: on la recycle chaque fois que c'est possible et on tâche d'empêcher tout gaspillage.En conséquence, pour élaborer des politiques de gestion de l'eau, on devrait privilégier la réflexion et l'organisation.Cela implique que l'on envisage une démarche complexe comportant plusieurs étapes différentes relativement peu coûteuses et assez simples en elles-mêmes, mais qui seraient conçues comme les parties d'un système global et mises en oeuvre d'un bout à l'autre de la chaîne, tout en permettant leur intégration parce que justement elles sont interdépendantes et liées entre elles.Gérer l'eau pour les terres Aujourd'hui, l'eau utilisée pour l'agriculture représente en fait environ deux tiers de la consommation totale dans le monde.Étant donné la croissance régulière de la population mondiale, il serait impensable de limiter la production alimentaire ou la productivité agricole.L'irrigation, avec les engrais et les pesticides, constitue le principal moyen d'élever le niveau de la production agricole et, depuis quelques décennies c'est elle qui a contribué à lutter contre la faim dans le tiers monde, surtout en Asie.En 1900, il y avait 40 millions d'hectares de terres arables irriguées, en 1950, ce chiffre s'élevait à 90 millions d'hectares, en 1980, il a atteint plus de 200 millions d'hectares.Au cours des années 80, l'expansion de l'irrigation ralentit, dans certains cas parce qu'on a vu apparaître des symptômes d'appauvrissement aquifère et dans d'autres parce 3u'on a ajourné de nouveaux projets 'irrigation qui, en concurrence croissante avec l'industrie et les grandes villes, se sont vu retirer les rares ressources en eau.Tout le monde sait que le manque d'eau est particulièrement dramatique dans de nombreuses régions d'Afrique où la combinaison d'un climat aride, d'une sécheresse, de l'appauvrissement du sol et de la deforestation ont aggravé l'état de malnutrition d'une population à croissance galopante.Là comme ail- teuteur.le professeur UMBERTO COLOMBO, est membre du comité exécutif du Club de Rome et président de la Fondation européenne pour la science ( European Science Foundation).Il est actuellement président-directeur général de l'ENEA.a Rome.Lacs r v i e r e s nappes phréatiques Comment polluer en trois leçons ?Polluée en surface par les rejets non traités des villes et en sous-sol par les engrais agricoles, l'eau est partout menacée.A ces contaminations qui s'accumulent depuis des générations, s'est ajoutée la nouvelle menace des accidents industriels.Mais chacun engage sa responsabilité de citoyen \"écologique\" dans des gestes de la vie quotidienne : lavage du linge, de la voiture.i LA POLLUTION DES CHAMPS 2 LA POLLUTION DES USINES Terrils de potasse (le sel s'infiltre dans le sol).Les galeries minières favorisent les infiltrations.USWCDCnUNSfOeJUTtON Gaz toxiques qui infiltrent l'eau des précipitations.Rupture d'une canalisation (accident industriel) Rejets d'eaux usées non traitées (métaux lourds, cadmium, plomb, cuivre, aluminium, arsenic, mercure) et de composés organiques de synthèse (70 000 molécules différentes) CENTRALES NUCLEAIRES pollution thermique, eau chaude rejetée par la centrale rtetJlt BEI Jk m \tTRANSPORTS j \trejets de gaz et \u2022 \u2022 .:\td'huiles sur la .\u2022 \u2022 -\u2022 \u2022 -\tchaussée 1 3 LA POLLUTION DES VILLES Rejets d'eaux de lessive (phosphates) SAUYAGE exfiltration de produits nocifs flHH Sources : Le Grand livre de l'eau, Paris, 1990 \u2022 World Resources, WRI.1992.I leurs, il faut repenser le problème et trouver de nouvelles solutions qui tiennent compte de l'interaction mutuelle de facteurs tels que l'alimentation, les ressources aquifères, la préservation des terrains et une diversité génétique.Les systèmes d'irrigation peuvent être réorganisés afin de donner aux végétaux l'eau dont ils ont réellement besoin sans inonder le sol.La technologie la plus efficace aujourd'hui consiste à irriguer par égouttage informatisé, utiliser des détecteurs d'humidité afin de ramener la consommation d'eau au minimum requis pour une production optimale.Les phytogénéticiens ont mis au point des espèces cultivées exigeant moins d'eau, par exemple des variétés de riz qui n'ont pas besoin d'être submergées par l'eau (bien qu'elle serve de thermostat contre les excès de froid et de chaud).On est en train de mettre au point des plantes supportant les eaux saumâtres, bien que dans ce cas il faille envisager la rotation des cultures qui est essentielle si l'on veut éviter l'épuisement du sol.On peut également remplacer les pesticides chimiques par des techniques biologiques de lutte phytosa-nitaire et appliquer les engrais directement sur les racines des végétaux, ce qui diminue la pollution de l'eau et l'eutro-phication.Gérer l'eau pour l'Industrie On peut aussi rationaliser la consommation d'eau industrielle.Papeteries et tanneries en consomment d'énormes quantités et elles la polluent énormément.Bien des procédés employés dans les industries chimiques, textiles et élec- I trométallurgiques en font autant mais il semble qu'il soit de plus en plus possible de concevoir des solutions qui exigent une quantité d'eau bien moindre.Aujourd'hui, les papeteries, les usines textiles et les tanneries consomment infiniment moins d'eau que celles qui les ont précédées, même les plus récentes.Les deux aspects fondamentaux, ceux qu'il faut absolument prévoir de fournir dans toutes les activités industrielles, sont l'épuration des eaux usées pour les rendre utilisables ultérieurement (la qualité de l'eau traitée est déterminée 1 dans une large mesure par les coûts de l'épuration ) et la création de cycles fermés pour l'eau, dans lesquels on recycle l'eau usée au cours du processus industriel lui-même.Gérer l'eau pour la maison Enfin, il faut prendre de nombreuses mesures pour rationaliser l'utilisation domestique et sanitaire de l'eau, par exemple en installant des cuvettes de cabinets dont la chasse d'eau n'est pas continue ou des robinets qui ne fonctionnent que si quelqu'un met la main en-dessous.11 s'agit principalement d'éduquer le public et d'adopter une politique de protection des réserves d'eau, c'est-à-dire de prendre des mesures «douces» qui peuvent être réalisées par l'intermédiaire du marché en transformant l'eau en facteur de stratégie à long terme.Le prix de l'eau doit de plus en plus refléter sa rareté et les coûts réels d'approvisionnement.On peut d'autant mieux accepter des prix plus élevés qu'on utilise une partie de cette augmentation à financer les investissements visant à limiter la consommation d'eau.Pour conclure, nous avons des perspectives d'action de grande envergure qui n'exigent aucune décision bouleversante ni aucun investissement gigantesque, mais qui comprennent un ensemble intégré et organisé d'initiatives souvent intangibles impliquant la participation individuelle des citoyens.C'est là une forme d'action prometteuse qui devrait guider les stratégies futures de gestion des ressources en eau. LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 30 MAI 1992 19 L'EAU, L'OBSESSION DU XXIe SIECLE DES SOLUTIONS L'interdépendance, une option devenue un impératif En cause : deux espaces, le Nord et le Sud ; deux valeurs, la croissance et l'écologie PIERRE MARC JOHNSON E DÉBUT DES AN-nées 1990 est le théâtre de changements à la fois profonds et paradoxaux.Avec l'effondrement du communisme et les réformes démocratiques et économiques en voie d'accélération dans les pays en voie de développement de l'hémisphère Sud, l'économie de marché triomphe et achèvera bientôt de se planéta-riser jusqu'au fond de l'Afrique.0 Pourtant, le marché paraît porteur de lacunes graves lorsqu'il s'agit de confronter les deux défis les plus importants de cette fin de siècle: ceux du développement et de l'environnement.11 est temps que la portée planétaire du marché devienne aussi le véhicule des valeurs de l'environnement et du développement; sa pérennité en dépend.La tâche ambitieuse que s'est donnée le Sommet de la Planète Terre à Rio, la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (CNUED), c'est de mettre en branle à la fois ce processus d'intégration de l'environnement et de l'économie et celui d'une réciprocité mieux articulée.La toile de fond des bouleversements que nous vivons en ce moment est faite de la croissance exponentielle de l'information.L'expansion de l'espace-média correspond au rapprochement des peuples qui partagent des références culturelles et sociales de plus en plus universelles.On propose aux populations du globe des valeurs (occidentales) et des L'auteur.PIERRE MARC JOHNSON est avocat et médecin.Il fut Premier Ministre du Quebec.Il est actuellement conseiller spécial du Secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement.Pierre Marc Johnson PHOTO PIERRE MCCANN.L3 Presse aspirations (matérielles) de plus en plus uniformes alors que les populations sont instrumentées très différemment pour réaliser ces orientations légitimes: c'est le défi du développement.La dispersion de la connaissance engendre aussi une prise de conscience des conséquences négatives de deux siècles d'industrialisation, ce qui nous force à réexaminer ce qui nous pousse à tant consommer.Nous commençons â peine à deviner le prix à payer pour la richesse que nous avons créée; les sciences de l'environnement, la télémétrie des satellites, le partage des banques de données nous dressent les tableaux de menaces aussi bien locales que planétaires.C'est le défi de l'environnement.Un engrenage complexe et fragile Une des grandes intuitions de ces dix dernières années, c'est que l'économie, pauvre ou riche, et l'environnement planétaire sont intimement liés, fusionnés dans un engrenage complexe et fragile: celui des écosystèmes, des pollutions transfrontalières et de la déperdition de ces ressources naturelles qui sont la sève de l'économie mondiale.Les CFC de la Chine détruisent l'ozone au-dessus de l'Amérique, la diminution de l'efficience des cycles de C02 par la perte des forêts tropicales d'Amazonie ou de la Malaisie contribue au réchauffement du globe entier, la surpêche des côtes asiatiques appauvrit tout le Pacifique, etc.Nous savons aussi que la pauvreté de certaines régions du globe dégrade l'environnement et qu'un environnement dégradé accentue la pauvreté: ainsi on abat la forêt pour survivre, on consomme le bois pour cuire la nourriture en créant des déserts, on épuise les sols en pratiquant la monoculture commerciale, on tarit des sources d'eau potable pour acquérir rapidement, avec des procédés polluants, des sommes avec lesquelles on repaye une dette extérieure étouffante qui pousse à des détériorations aggravées.La consommation et la pression sur l'environnement, localement tout comme mondialement, s'expriment dans une équation simple: la consommation de ressources per capita multipliée par le nombre de personnes.Or, on ne peut diminuer une consom- mation déjà réduite à un niveau de subsistance.Il faut en outre constater que l'évolution démographique joue aussi dans le sens de l'appauvrissement et la consommation irraisonnée des ressources: d'ici à peine deux générations, 8,5 milliards des 10 milliards d'habitants de la planète se trouveront dans les pays en voie de développement.La pauvreté engendre une croissance démographique qui traduit l'inquiétude des jeunes parents à assurer leurs «vieux jours» grâce au soutien d'enfants ayant survécu en nombre suffisant; si l'éducation et l'accès des femmes au marché du travail sont essentiels, l'accroissement du revenu moyen annuel apparaît ici dans toute son importance pour faciliter une stabilisation démographique sans laquelle l'essentiel de la croissance sera accaparée par une précarité nombreuse qui rendrait vains les efforts d'utilisation rationnelle et de maintien d'un environnement sain.Le sous-développement et l'impératif de survie poussent à la surexploitation des ressources, leur malutilisation, l'absence d'approches écosystémiques: il s'agit d'une guerre à la pauvreté que ces pays ne peuvent abandonner ni gagner seuls.La relation des pays de l'OCDE avec les pays du Sud n'est pas sans équivoque puisque nous consommons ou produisons, par rapport à eux, per capita ou en quantité absolue, de 5 à 40 fois plus d'énergie fossile, de protéines alimentaires, de bois d'oeuvre, de papier vierge, de pesticides, de produits toxiques et de déchets nucléaires.Les menaces contre l'environnement sont donc planétaires, dans leurs effets autant que dans leurs causes, qu'elles trouvent leur source dans les habitudes de richesse et la quantité absolue de ressources consommées au Nord, ou dans l'état de pauvreté et la consommation inefficace au Sud.Ces menaces ne connaissent aucune frontière, et exigent que le Nord reformule sa conception de la prospérité pour y inclure la préservation du capital écologique de la planète.Elles impliquent également que le Sud accède au véritable développement économique sans trop menacer ce même capital.L'amorce de solutions est la reconnaissance de ces deux interdépendances: celle entre l'environnement et l'économie, et celle entre le Nord et le Sud.Progrès : boulimie au W siècle, indigestion au XXP ?Le développement du Sud peut servir l'intérêt national bien compris des pays du Nord PIERRE MARC JOHNSON E SOMMET DE LA Terre n'est pas une simple conférence sur l'environnement mais bien la première tentative des nations d'apprivoiser et d'apprendre à gérer des interdépendances complexes et ramifiées.Les pays en voie de développement ont besoin des pays industrialisés pour leurs fins de développement et pour préserver leur environnement.Us ont besoin des crédits et des ressources financières qui se trouvent dans les pays de l'OCDE.Ils ont besoin des technologies qui sont la propriété des habitants du Nord.Us ont besoin d'avoir un meilleur accès aux riches marchés du Nord pour leurs produits.Cette croissance ne doit pas se faire sans que l'on se préoccupe de ses conséquences sur l'environnement.Le gaspillage de ressources naturelles et la pollution ne sont pas des fatalités du développement.Avec l'aide technique du Nord et des engagements à consacrer des sommes nouvelles et additionnelles au développement, ces conséquences, ou leur absence, deviennent une question de choix et non de prévision.Plus que tout, les pays en voie de développement ont besoin que le Nord fasse des efforts massifs de réduction des émissions et de gestion écologiquement rationnelle des ressources de façon à leur fournir ('«espace environnemental» nécessaire à leur phase initiale de développement, celle où l'on construit un tissu industriel et où l'on étend les réseaux.Même avec la meilleure technologie, la première étape du dévclop- \u2022y r A Une Afrique avec de plus en plus de gens, de moins en moins d'eau.pement au Sud verra les émissions et la consommation des ressources augmenter.D'où l'importance que les pays industrialisés, devant certains enjeux globaux, fassent les plus grands efforts au niveau environnemental, du moins au début, si l'on veut ralentir le réchauffement planétaire, la deforestation, la pollution atmosphérique et océanique, et le rythme intolérable de déperdition du capital nature.Cela entraîne que le développement et la préservation de l'environnement au Sud passent par une restructuration économique et fiscale au Nord où des charges pour les pollutions et les pratiques écologiquement irrationnelles rendent chacun plus conscient du coût véritable de ses activités.11 faut éviter que la boulimie du XXe siècle devienne l'indigestion du XXIe.Cette réalité met aussi en lumière la dépendance, nouvelle mais incontournable, du Nord envers le Sud.Le Nord dépend du Sud Les pays riches ont initié la période actuelle de dégradation de l'environnement mais ils ont besoin de la collaboration des pays en voie de développement pour vraiment gérer les défis environnementaux auquel nous faisons tous face.Ainsi, le patrimoine génétique qui constitue une matière première de choix pour l'industrie des biotechnologies se retrouve en grande partie dans la diversité biologique des forêts tropicales menacées du Sud.Quant à l'effet de serre, il sera influencé de manière déterminante à la fois par les grandes décisions PHOTO ANTOINE DÉSUETS énergétiques que prendront la Chine et l'Inde (détenteurs de 60 p.cent des réserves mondiales de charbon) dans les prochaines années et par la régulation de l'abattage des grandes forêts d'Asie et d'Amérique latine.Les pays industrialisés dépendent du capital écologique de la planète entière pour survivre et prospérer.Ce capital est le substrat non comptabilisé de nos économies.Les ressources naturelles du Nord, et celles du Sud, l'air, l'eau, les minéraux et la forêt sont des intrants essentiels à la viabilité de nos industries.Le Nord a aussi intérêt à voir se développer au Sud des économies libérales de consommation accessibles pour nos productions, nos connaissances et nos capitaux.Les conditions d'un tel accès impliquent cependant une amélioration substantielle de notre efficience dans l'utilisation des ressources, des coopérations technologiques accrues avec les pays en voie de développement et la mise en place de mécanismes financiers qui leurs soient spécifiques.L'environnement et le développement se rejoignent donc dans cette constatation: la prospérité, la santé et la survie même des économies développées nécessitent à la fois que le Sud se développe et que les choix de développement soient le plus respectueux possible de l'environnement.La promotion du développement au Sud peut servir l'intérêt national bien compris des pays du Nord.Un souffle nouveau Toutes les autres solutions ont un coût économique plus élevé à moyen et à long terme.11 faut réintégrer les exclus qui finiront inévitablement par submerger les îlots de prospérité qui restent à mesure que le capital nature de la planète continue de s'épuiser.Cela nous forcera â faire face à une adaptation sans précédent, impliquant dans nos rapports politiques l'existence d'autorités supranationales dans un monde où les souverainetés, bien qu'érodées, sont encore farouchement défendues.La CNUED nous donne la véritable occasion de ce siècle de nous saisir ensemble de ces enjeux et de leurs solutions.Une Charte de la terre, un plan d'action pour le XXIe siècle, des mécanismes financiers nouveaux, des moyens de transferts technologiques, des changements dans les institutions internationales sont à l'ordre du jour.La communauté scientifique mondiale, les syndicats, les groupes de femmes, les jeunes, les organisations militantes écologistes seront au rendez-vous.Mais c'est aux industries et a leurs représentants, ainsi qu'aux États et à leurs dirigeants, qu'appartient la responsabilité de donner au développement de la planète un souffle nouveau et aux populations du globe un espoir réel. 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