La presse, 20 février 1993, B. Plus
[" D D LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 20 FÉVRIER 1993 mythe est crevé Même le comté de Saint-Maurice ne marche plus mais le comté de Saint-Maurice peut-il se passer d'élire un «premier ministre»?MARIO FONTAINE La Presse à SHAWINIGAN Le mythe Jean Chrétien est mort dans le comté de Saint-Maurice.Malgré ses 23 ans comme député et ministre, le « p'tit gars de l /JHR\\ Shawinigan» y soulève aujourd'hui autant de sarcasmes et d'indifférence que d'enthousiasme.Mais de là à prédire sa défaite aux prochaines élections, il y a une marge.Car la question qui se pose là-bas est aussi terre-à-terre que fondamentale: a-t-on les moyens de se priver d'un premier ministre?Autrefois prospère, cette circonscription de la Mauricie se remet laborieusement de nombreuses fermetures d'usine survenues dans les années 70 et 80, une saignée aggravée par l'actuelle récession.Le défi du leader libéral sera de démontrer qu'il sera en mesure, comme chef du gouvernement, de ramener la prospérité dans le comté tout en faisant oublier qu'elle s'est érodée du temps qu'il était ministre.Il ressort d'une tournée effectuée cette semaine dans Saint-Maurice que si les électeurs laissent parler leur coeur, |ean Chrétien est battu.S'ils laissent parler leur porte-feuille, il l'emportera sur son principal adversaire, Claude Rompre, du Bloc québécois.«Il y a quelques jours, j'ai écrit le nom de |ean Chrétien au tableau, sans aucun commentaire.La classe a pouffé de rire.De mes 35 étudiants, il y en a peut-être deux qui pourraient votçr pour lui », relate Jean-Yves Morin, pro- fesseur de sciences politiques au cégep de Shawinigan.Les sondages effectués dans la circonscription indiquent que le chef libéral recueille l'essentiel de ses appuis auprès des personnes âgées et des moins scolarisés.Or, de sa première élection en 1963 jusqu'à aujourd'hui, 30 ans se sont passés.Le coeur de son électorat a vieilli, les jeunes se sentent étrangers à ce politicien qui vit en Ontario depuis le début de la Révolution tranquille et ouvre les bras à Camil Samson.Autre facteur important, les deux tiers des électeurs de Saint-Maurice ont voté NON au référendum de l'automne dernier, même si M.Chrétien faisait campagne pour le OUI.Le Bloc québécois peut aussi compter sur des assises solides dans la région, et devrait aligner un candidat réputé pour ses qualités d'organisateur: Claude Rompre.M.Rompre aura un opposant à l'assemblée d'investiture du 26 mars prochain \u2014le syndicaliste Jean-Yves St-Arnaud\u2014 mais on dit qu'il l'emportera facilement.M.Rompre fait déjà campagne contre l'ancien bras droit de Pierre Elliott-Trudcau, qu'il ne manque pas d'écorcher en ressassant son passé.«M.Chrétien a toujours cultivé son image de colon, qui l'a servi à se faire passer pour un politicien populiste au Canada anglais, déclare Claude Rom-pré.Mais ça se retourne contre lui maintenant qu'il veut diriger le pays: veut-on de ça comme député, comme premier ministre?Il y avait un mythe autour de lui.Les gens dans Saint-Maurice le voyaient à travers un prisme admiratif.Mais avec le recul du temps ils ont commencé à le voir pour ce qu'il est: l'homme qui a contribué à isoler le Québec en 81-82, l'homme qui n'a pas digéré sa défaite contre John Turner et, surtout, celui qui a abandonné le comté en 1986 après avoir juré de servir ses électeurs durant tout un mandat.» Le syndrome de l'abandon Ce dernier grief est fort répandu dans le comté.Beaucoup disent comprendre que M.Chrétien venait rarement dans Saint-Maurice lorsqu'il était ministre, faute de temps.Il disposait d'un excellent secrétariat sur place, réglait beaucoup de problèmes par téléphone.Jusque-là, ça va.Le hic, fait-on valoir, c'est que devenu simple député après la défaite libérale de 1984, il a abandonné ses électeurs deux ans plus tard pour aller faire plus d'argent sur Bay Street.Et cela alors qu'il disposait encore de nombreux contacts dans l'appareil gouvernemental et aurait pu consacrer ses énergies à ses commettants.Ces deux éléments \u2014son rôle dans la nuit des longs couteaux et sa défection \u2014 ont brisé le lien privilégié établi entre M.Chrétien et ses électeurs.L'ironie a remplacé l'admiration et si jamais ils le réélisent, ce sera purement alimentaire.Le député Chrétien aura intérêt à devenir premier ministre, à livrer la marchandise, et vite.Quoique entouré de conseillers «rouges», le maire de Shawinigan évite de prendre officiellement position.Mais c'est tout comme.«On va bâtir quoi avec le Bloc québécois à Ottawa?Que va-t-on aller chercher si on se ferme les portes des niveaux supérieurs?On n'a pas les moyens de ne pas tirer tous du même bord», assure Roland Desaulniers.De la première élection de M.Chrétien à aujourd'hui, sa ville est passée de 30000 à 20000 habitants.Le Centre de traitement des données fiscales et le Parc national de la Mauricie, les deux grandes réalisations du règne Chrétien, n'ont pas tant profité à Shawinigan qu'à sa périphérie.Et «les shops ont fermé pendant qu'il était là», entend-on dans la rue.Curieux dilemme «M.Chrétien est très connu mais il devra travailler, convaincre les jeunes, modifier son image.Ce n'est pas gagné d'avance», constate le maire Desaulniers.Denise Tremblay, responsable du bureau ouvert par le Parti libéral il y a 15 jours, convient que les troupes ne devront pas se reposer sur leurs lauriers: «Il ne suffira pas de dire: M.Chrétien sera premier ministre, on n'a rien à faire.Au contraire, rien ne sera acquis avant le soir de l'élection.» L'association libérale compte à peine 500 membres, la moitié de l'objectif par comté du PLC.Et tous s'entendent à dire qu'on ne devra pas se contenter, cette fois, d'ouvrir un local et de planter quelques pancartes pour que M.Chrétien se fasse eiire.Mais Mmc Tremblay demeure confiante: les bénévoles affluent, affirme-t-elle, et la perception du candidat est bien meilleure qu'il y a un an.Si Jean Chrétien a un problème d'image, estime Mmc Tremblay, c'est qu'on publie souvent des photos de lui sur lequelles il a le visage déformé.«Mais quand les gens le voient ils disent: c'est bien lui, il est bien comme il était avant», dit-elle.Le Parti libéral aura un curieux dilemme durant la prochaine campagne: si M.Chrétien, trop occupé par sa tournée comme chef, vient rarement dans le comté, on l'accusera une fois de plus de délaisser Saint-Maurice.S'il vient souvent, on dira qu'il est en difficulté, que le Bloc québécois lui fait la vie dure.Une lutte à deux Car le NPD semble hors course.Le Nouveau Parti démocratique affichait pourtant un candidat de taille qui s'est classé deuxième en 1988: Claude Rom-pré! Le responsable local de l'organisation néo-démocrate.Vital Grenier, est le premier à admettre que les électeurs ont davantage voté Rompre que NPD la dernière fois et que plusieurs le suivront sous la bannière du Bloc.Il se demande lui-même s'il n'appuiera pas le Bloc québécois cette fois-ci: «Avoir la certitude que le Québec restera dans le Canada, je voterais pour le Nouveau Parti démocratique.Mais qui peut dire ce qui arrivera si le Bloc pssse?Je garde mon choix ouvert.» Le Parti conservateur, pour sa part, traîne comme un boulet son député Denis Pronovost, lequel doit subir deux procès le premier mars.On l'accuse de délit de fuite, d'avoir payé deux garçons de moins de 18 ans pour en obtenir des faveurs sexuelles et d'en avoir agressé deux autres.«Officiellement, je serai candidat, tyais pour l'instant à chaque jour suffit sa peine», explique M.Pronovost.De conclure le président de la Chambre de commerce, Alain Bastara-che, «il n'y a plus d'automatisme dans Saint-Maurice, on ne votera plus pour Chrétien parce que c'est Chrétien.Mais avoir un premier ministre dans le comté ça ne peut qu'aider, c'est mettre les chances de notre bord.Les gens n'éliront pas un individu, ils feront un choix logique».Ahuntsic : le ieune homme, la ministrable et la machine ANDRÉ ?Haytoug Cham-lian veut être candidat libéral lors des prochaines élections fédérales.Jeune (28 ans), bûcheur, bon commu-nicateur, il a vendu en un an 800 cartes de membre du Parti libéral du Canada dans le comté d'Ahuntsic, essentiellement au sein de la communauté arménienne dont il est issu.En somme, un bon candidat pour un parti qui cherche à rajeunir son image.Mais ne misez pas trop d'argent sur M.Chamlian.Malheureusement pour lui, l'organisation libérale tient à faire élire l'ex-ministre Céline Hervieux-Payettc à Ottawa et estime qu'Ahunt-sic un comté en or pour elle.Né au Liban de parents arméniens, Haytoug Chamlian vit au Canada depuis 1976.Il pratique le droit depuis trois ans, avec succès semble-t-il.«Je ne cherche pas une job, je vous assure!» répète-t-il à trois ou quatre reprises au cours de l'entrevue.M.Chamlian connaît peu le monde politique, d'où une certaine naïveté, mais aussi, comme il le dit lui-même, «l'ardeur du politicien débutant».Ses ambitions sont modestes: il veut simplement être un bon député pour Ahuntsic, qu'il habite depuis un an et demi: «Il y a beaucoup de pauvreté, beaucoup de problèmes, je veux tout faire pour aider ce comté.» À chaque question du journaliste, le jeune avocat prend quelques secondes pour réfléchir, pour mettre ses idées en ordre.La pause est encore plus longue lorsqu'il aborde ce qu'il appelle «la question du Québec», une question que la présence d'un candidat du Bloc québécois le forcera à discuter.«La politique ne doit pas servir à régler des comptes historiques, surtout lorsqu'il y a déjà eu réparation», dit-il.«Le syndrome de la répression doit être dépassé, dans la mesure où le Québec se tient bien debout aujourd'hui.» Puisant dans ses racines arméniennes et son expérience libanaise, Haytoug Chamlian poursuit : « La souveraineté n'est pas une réalité politique, et quand elle le devient, elle peut être décevante.Avant tout, la souveraineté, c'est un état d'esprit \u2014 et c'est là qu'elle devient invincible.» Mmc Céline Hervieux-Payctte, elle, n'a pas besoin de faire une pause avant de répondre aux questions du journaliste.En fait, elle n'a même pas besoin de questions.Un journaliste du Soleil a déjà écrit qu'elle parlait «avec la rapidité et la détermination d'un pic-bois qui s'attaque à l'écorce de l'arbre».L'image manque peut-être d'élégance: elle n'en est pas moins juste.On s'étonne encore d'entendre des propos aussi brutaux sortir de la bouche de cette femme dont on a peine à croire qu'elle a aujourd'hui 51 ans.Sur son adversaire: «Tout ce qu'il a fait pour le parti, c'est de vendre des cartes de membres.Depuis un an, il travaille pour lui, pas pour le parti.Bienvenue au petit nouveau, mais c'est un petit nouveau quand même!» Sur les souverainistes: «Ils nous ont coûté assez cher, des milliards du point de vue économique! (.) Gouverner le pays la larme à l'oeil, c'est peut-être bon pour Lucien Bouchard, mais ce dont les personnes âgées et les jeunes ont besoin, c'est de gens réalistes capables de faire marcher le pays! » C'est avec la même fougue qu'elle défend son chef, alors que d'autres libéraux sentent le besoin en privé d'exprimer des réserves.«Donnez-moi des raisons objectives pour être contre lui !, lance-t-elle.Sa feuille de route est impeccable! C'est lui qui a réussi à PHOTO MICHEL CRAVEL.U Presse Celine-Hervieux-Payette avoir une entente sur la constitution, c'est lui qui a réussi à avoir une entente sur l'énergie!» Cet appui n'étonne pas: sur la question du Québec, Mmc Hervieux-Payette a toujours été de l'école Trudeau.Lorsqu'on 1980 M.Trudeau a décidé de rapatrier la constitution sans l'appui des provinces, celle qui n'était à l'époque que simple députe lui a écrit pour l'appuyer.Et en 1988, en plein débat sur Mccch, elle a épousé la position que M.Chrétien, à .'encontre du chef du parti John Turner: l'entente devait être modifiée pour garantir que la Charte des droits prévaudrait sur la clause de la société distincte.Impressionnante feuille de route Armée d'une feuille de route dont elle est fière (d'attachée politique à Québec jusqu'à la vice-présidence de la société de revente d'interurbains Fo-norola, en passant par une année comme ministre junior à Ottawa), Céline Hervieux-Payette serait certainement parmi les «ministrables» dans l'éventualité d'une victoire libérale.Et puis elle est une femme, et Jean Chrétien s'est engagé à ce que 25 p.cent des candidats du parti soient des femmes.C'est pourquoi Céline Hervieux-Payette a l'appui de la machine du parti, bien qu'elle n'habite pas le comté.Un appui qui pourrait se traduire de deux façons: ou bien on l'aidera durant sa campagne à l'investiture et on tiendra l'assemblée le plus tard possible pour lui permettre de s'organiser; ou bien, prétextant le quota de candidatures féminines qu'il s'est fixé, le chef Jean Chrétien nommera tout simplement Mmc Hervieux-Payette candidate dans Ahuntsic.Bienvenue en politique, M.Chamlian! , B2 LA PRESSÉ, MONTRÉAL, SAMEDI 20 FÉVRIER 1993 Editorial Paul Desmarais président du conseil d administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de I information Alain Dubuc éditorialiste en chef > Le déficit et les nouveaux dinosaures » 1, Le virage magistral que vient d'effectuer Bob Raeest probablement l'événement politique le plus marquant au Canada depuis la victoire du « NON » au référendum.Dans une sortie passée inaperçue au Québec, le premier ministre onta-rien, il n'y a pas si longtemps apôtre des dépenses massives, a abandonné sans ménagement certains fondements du credo néo-démocrate et s'est lancé dans une lutte tous azimuts au déficit.Bob Rae, saventurant sur des sentiers que Brian Mulroney ou Robert Bourassa n'ont jamais osé fouler, est même allé, la semaine dernière, jusqu'à remettre en cause les fondements de l'aide sociale, affirmant que «ça n'a aucun sens de payer des gens à rester assis chez eux», à généraliser la tarification des services publics et à faire des alliances avec le secteur privé dans des chasses gardées du public, comme les routes.Ce ne sont pas des gestes isolés.Cette semaine, le président Clinton, trahissant ses promesses toutes fraîches, assortissait sa bataille pour la relance économique d'une guerre impitoyable contre le déficit, à coups de coupures et de hausses d'impôt.Tout cela au moment où le Québec est au coeur d'une introspection sur ses finances publiques et que même le chef du NPD fédéral, Mme Audrey MacLaughlin, se sent obligée d'inclure dans son programme économique la promesse de réduire le déficit.Ce qui se passe est important.Cette vague de fond représente en fait un réajustement profond des lignes de force qui divisent le monde politique entre droite et gauche depuis trois quarts de siècle.Plus particulièrement depuis deux décennies, la pierre d'achoppement des débats gauche-droite s'est faite autour du rôle de l'État et principalement des finances publiques._ .Certains verront dans la conversion de Bob Rae une capitulation face aux forces de l'argent quand, en fait, elle s'inscrit dans un tout autre processus où la lutte au déficit perd toute coloration idéologique et devient presque une valeur universelle.Ce glissement s'explique sans doute en grande partie par le renouvellement générationnel du monde politique, où des politiciens plus jeunes, comme Bob Rae ici ou le président Clinton aux États-Unis, ne sont pas autant otages des crédos idéologiques qui piègent leurs aînés, que ce soit le culte de l'État-provi-dence ou la phobie de l'intervention étatique.Il tient aussi à l'arrivée au pouvoir de gouvernements se réclamant du socialisme qui ont été forcés, une fois en poste, de faire face à la réalité, comme les socialistes français ou les néodémocrates ontariens.Ce qu'ils découvrent, c'est que ce gonflement de la dette publique crée des problèmes monstrueux pour tout gouvernement, quelle que soit son orientation, en le forçant à consacrer ses ressources au paiement d'intérêt, en le mettant à la merci des marchés qui financent sa dette, en affectant les équilibres économiques par des emprunts massifs, en compromettant la capacité de lancer des projets nouveaux, et en imposant aux générations futures un fardeau inacceptable.Tout cela sans compter le risque d'une véritable crise financière.Mais chaque changement de société produit ses dinosaures.Au Québec et au Canada, on les retrouve encore dans le monde syndical et au sein du NPD fédéral, s'accrochant encore à leurs rêves d'antan.On l'a vu à la commission parlementaire sur les finances publiques où nos trois centrales, CSN, FTQ et CEQ affirment ni plus ni moins que les finances publiques ne sont pas en crise, qu'il y a une marge de manoeuvre et vont même jusqu'à dire, grâce à une véritable fraude intellectuelle, qu'il est légitime de s'endetter pour soutenir les programmes de santé et d'éducation.Ce courant, profondément réactionnaire, parce qu'il est prêt à sacrifier les générations futures pour satisfaire des besoins immédiats, est de plus en plus isolé et marginal.Mais il n'en reste pas moins que, d'une bataille pour les acquis à l'autre, il peut freiner le processus de révision des enjeux budgétaires.Cela n'aidera aucun déshérité : on réussira tout au plus à retarder l'échéance, et donc la rendre plus brutale.Ces guerriers du statu quo sont une bataille en retard.S'opposer à la lutte au déficit est devenu futile.On n'en est plus là et on est en face d'un nouvel enjeu bien plus urgent: comment définir les principes qui doivent guider cette lutte au déficit, le rôle de l'État, la responsablité publique, celle des individus, les valeurs et tes priorités sociales qui donneront une structure à ces virages, pour mettre fin à l'arbitraire et l'incohérence et pour civiliser la rigueur budgétaire.La thèse du «faites payer les riches» est également futile.Il ne sera pas possible de nous sortir de cette grave crise sans blessures collectives si nous n'établissons pas un consensus, comme le président Clinton essaie de le faire aux États-Unis.Et pour cela, il faut un contrat social, un «package» où tous sentent que les sacrifices exigés sont justement répartis.On n'y arrivera pas sans s'affranchir du syndrome « pas dans ma poche».Alain dubuc Dilemme à la CECM Dure, dure, la dualité linguistique.C'est ce que vient de réaliser la Commission des écoles catholiques de Montréal, qui s'est joliment mis les pieds dans les plats en voulant imposer une directrice francophone à son réseau d'écoles anglaises.Comme le rapportait La Presse hier, compte tenu de ses incontestables qualifications professionnelles, Mme Jocelyne Bergeron a été choisie à l'unanimité par le comité de sélection chargé de faire le tri entre les candidats au poste de directeur général adjoint du secteur anglais de la CECM.Mais voilà: les principaux intéressés rejettent cette candidature, estimant que le bilinguisme de Mme Bergeron ne supplée pas à son manque de connaissance du milieu anglo-montréalais.Ils ont obtenu le soutien des commissaires du MEMO, qui forment près de la moitié du conseil de la CECM.Résuitat: la décision, qui devait être prise cette semaine, a été reportée d'un mois.Dilemme inextricable.D'une part, il y a une candidate hautement qualifiée, qui a l'avantage d'être l'unique femme parmi les candidats, à une époque où la commission scolaire tente d'augmenter la représentation féminine dans ses postes de haute direction, ce qu'on ne saurait lui reprocher.D'autre part, il y a un réseau anglophone confronté à une hémorragie de clientèle, craignant l'impact de l'éventuelle déconfessionalisa-tion scolaire, et qui souhaite être dirigé par quelqu'un partageant ses inquiétudes, ce qui est tout aussi légitime.Traditionnellement, d'ailleurs, le secteur anglais de la CECM a toujours relevé d'une direction anglophone.De la même manière, à la Commission des écoles protestantes, ce sont des francophones qui dirigent les deux régions administratives regroupant une majorité d'écoles françaises.Sans que l'on crie pour cela à la discrimination.Le débat sur la loi 178, et le sentiment général de fragilité qui prévaut chez les Anglo-Québécois, placent tout ce débat dans un contexte beaucoup plus large.Et la CECM s'est retrouvée avec une vraie patate chaude dans les bras.À qui la faute?En omettant de consulter le secteur anglais pour une décision qui le concerne au premier chef, en appuyant sans nuances une candidature qui risquait de susciter la controverse, les instances dirigeantes de la commission scolaire ont fait preuve d'une belle insensibilité aux besoins de leur réseau «minoritaire».Et ont créé de toute pièce un problème dont on n'avait vraiment pas besoin.Agnès GRUDA Aung San Suu Kyi £^ ept prix Nobel de la paix se sont réunis à Bangkok pour témoigner de leur soutien à Mme Aung San Suu Kyi, en *J résidence surveillée depuis plus de trois ans en Birmanie.Le crime d'Aung San Suu Kyi est d'avoir gagné les élections de 1990 et d'avoir reçu le prix Nobel de la paix l'année d'après.La junte militaire au pouvoir demande qu'elle quitte son pays et renonce à la politique.Elle refuse et ses co-lauréats, réunis sous l'égide du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique de Montréal, ont voulu rencontrer le gouvernement pour le convaincre de la libérer et de respecter le verdict des dernières élections.Dépités, les prix Nobels demandent au monde d'imposer à la Brimanie un embargo commercial, de ne plus lui vendre d'armes et de suspendre ses droits aux Nations unies.Ces mesures sont un coup d'épée dans l'eau et montrent l'impuissance des pays démocratiques devant un régime aussi pourri que celui de Rangoon.Trente années de régime militaire ont réduit une Birmanie prospère à la pauvreté totale.Son commerce extérieur est dérisoire.Quant au trafic d'armes, rien ne peut l'arrêter dans une région du monde où la contrebande d'armes et de drogue est une grande industrie.Le régime birman est inattaquable parce qu'il n'a rien à perdre et qu'il est protégé par ses voisins.Tout le Sud-Est asiatique est dominé par des gouvernements autoritaires, de la Chine à Singapour et de la Birmanie à l'Indonésie.Cela crée une communauté d'intérêt.C'est pourquoi la Chine, responsable de répressions chez elle, se porte si volontiers à la défense du gouvernement birman pour des raisons bassement politiques.Cependant, ailleurs en Asie du Sud-est, l'autoritarisme s'accompagne d'un dynamisme économique sans pareil.Ce n'est qu'en Birmanie que l'autoritarisme entraîne la dégénérescence chronique de l'économie.Faute de mieux, les prix Nobel se sont réunis à Bangkok.Mais : c'est à Beijing que la voix de Aung San Suu Kyi doit être entendue.De son isolement à Rangoon, elle reprend les demandes de ; la Place Tienanmen, des citoyens de Hong-Kong et de tous les autres démocrates qui commencent à se manifester dans l'Asie du Sud-Est.Frédéric WAGNIÈRE » i $ a » J » * * f * 1 - i %' # F r DROITS L ONU est-elle en voie de se doter dune cour criminelle internationale Mi Il faut peut-être voir un signe des temps dans le fait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies se soient mis d'accord pour explorer le moyen de mettre sur pied un tribunal qui serait appelé à juger les crimes de guerre de Tcx-Yougoslavie.En vertu de ce projet de résolut ion (soumis par la France et endossé par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine), la juridiction de cette cour serait limitée au conflit yougoslave et elle aurait à connaître des crimes de guerre commis après le 1er janvier 1991.Nous sommes encore loin de l'institution d'une cour pénale internationale, dont l'idée est discutée depuis plusieurs décennies à l'ONU, car rien n'assure que se concrétisera cette résolution portant sur un cas ponctuel, soit le conflit ethnoreli-gicux qui déchire l'cx-Yougosla-vic.Mais cette initiative encourage à penser que le principe de l'interdépendance des nations commence à prévaloir sur le sacro-saint dogme de la souveraineté.Déjà, il y a trois semaines, une autorité en la matière, l'ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Iules Deschênes, qui a présidé il y a quelques années la commission d'enquête sur les criminels de guerre nazis résidant au Canada, voyait certains signes prometteurs pour l'avenir.Comme la mise en place de plusieurs mécanismes internationaux de lutte contre les activités criminelles et un mouvement de pensée plus favorable que jamais à la création d'un organisme international permanent habilité à juger les crimes internationaux et leurs auteurs.Parlant il y a trois semaines à l'Université de Colombie-Britannique, où il traita des crimes et châtiments internationaux, l'ancien magistrat a fait un bref historique du cheminement de l'idée d'un tribunal criminel supranational.L'Assemblée générale de l'ONU avait commencé à s'y intéresser en 1948, mais un projet de statut déposé au début des années cinquante est demeuré lettre morte jusqu'à ce que la Commission de droit international commence à s'y intéresser sérieusement, il y a quelques années, en même temps que le Comité de Vienne de l'ONU.En 1992 la Commission terminait son étude de la question et demandait à rAssemblée générale un mandat clair pour rédiger un statut relatif à un éventuel tribunal criminel international.Une requête que le gouvernement canadien s'empressa d'appuyer.Chargé d'exposer la position du Canada devant le Sixième comité de l'Assemblée générale, M.Deschénes disait en octobre dernier qu'un tel organisme pourrait avoir un effet dissuasif en renforçant le principe de la juridiction universelle sur les individus ayant commis des actes criminels internationaux.Un point de vue endossé notamment par la Communauté européenne, les pays Nordiques, la France, le Nigeria, mais ac-ceulli avec réserve par les États-Unis.Non pas par opposition de principe, mais par crainte que les activités d'un tel organisme minent les efforts nationaux et internationaux en vue de contrôler le crime, y compris le terrorisme et le traffic des drogues.Ce qui n'a pas empêché l'Assemblée générale de presser la Commission internationale de droit d'aller de l'avant et d'entreprendre prioritairement la rédaction, dès le mois de mai, d'un projet de statut en vue de la création d'un tribunal international.L'humanité aura fait un pas de géant, pense Jules Deschénes, le jour où la communauté des nations aura décidé de se donner, sans acception des frontères nationales, un mécanisme chargé de juger les éléments indésirables qui sont prêts à défier toutes les règles de conduite décentes, dans la poursuite de leurs desseins égoïstes, fût-ce aux frais de l'humanité et au prix de morts, de dommages et de souffrances indicibles.11 a cité en terminant ce que disait à ce propos, en 1991, l'infatigable apôtre de la justice pénale internationale, le professeur Cherif Bassiouni: « Nous ne vivons plus dans un monde où les conceptions étroites de la justice et de la souveraineté peuvent faire obstacle à un système efficace de coopération pour la prévention et le contrôle de la criminalité internationale et transnationale.«Si les États-Unis et l'Union soviétique peuvent accepter des contrôles mutuels de vérification des armes nucléaires, ils peuvent sûrement accepter avec d'autres pays un tribunal pour poursuivre non seulement les trafiquants de drogue et les terroristes, mais aussi ceux dont les actions constituent des crimes et des agressions internationaux, tels les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et la torture.» Lysiane Gagnon Les plus beaux paris LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 20 FÉVRIER 1993 Opinions I J*\" tr.I Violence à la télévision: les solutions juridiques ne sont pas les meilleures KEITH SPICER A la suite de l'entrevue qu'il a accordée à La Presse et des réactions qu'elle a suscitée, le président du CRTC poursuit ici sa réflexion.¦ # article, et surtout la mah-m chette sur l'article, de Marie-Claude Lortie dépasse considérablement ma pensée en ce qui concerne l'hypothèse d'une loi.contre la violence télévisée ou d'une réglementation imposée par le CRTC.Pendant l'essentiel de notre en; trcvue de quelque 80 minutes, j'ai insisté, avec un luxe de détails, sur l'action complexe qu'entreprend le CRTC dans ce domaine depuis bientôt huit mois pour favoriser, d'une part, un code volontaire crédible et, surtout, d'autre part, une action concertée entre l'industrie, les parents, les éducateurs et les professionnels socio-médicaux pour réaliser des réformes profondes et à long terme.l'ai dit clairement, et à plusieurs reprises, à Mme Lortie que je considérais que des solutions juridiques (lois, règlements) ne représenteraient jamais plus de 5 ou 10 pour cent de la réforme qui s'impose, et là encore, surtout à titre symbolique ou éducatif \u2014 comme des «phares», l'ai dit qu'à défaut d'une action volontaire crédible de la part de l'industrie, des solutions juridiques pouvaient évidemment s'avérer inévitables.Sans fermer la porte à de telles solutions, et même si nous reconnaissons volontiers la valeur exemplaire de cette approche, mes collègues et moi sommes loin d'être enthousiastes à cet égard.Pour deux raisons: a) nous craignons de heurter la liberté artistique (et la Charte des droits et libertés) et b) des textes juridiques ne peuvent pas régler comme par magie des problèmes socio-culturels, et ils risquent même de nuire à des solutions plus fondamentales en faisant croire, à tort, au public que «tout est réglé».La première ébauche d'un Code volontaire de l'Association canadienne des radiodiffuseurs est devant nous en ce moment, et nous sommes en discussion franche, constructive et urgente avec l'ARC pour essayer de conclure un accord sur ce code vers le début d'avril.Notre priorité en ce qui concerne la réglementation demeure la mise au point d'un tel code volontaire, déontologie devant avoir un contenu et un mécanisme de surveillance vraiment efficaces pour être acceptée.L'essentiel de notre effort vise, depuis le début, à dépasser les confrontations stériles entre l'industrie et un public inquiet pour mettre sur pied une collaboration sensée et fructueuse entre tous les éléments de l'industrie, les parents, les professeurs et les professionnels socio-médicaux.Ayant oeuvré un peu dans ce dossier, je dois rappeler l'extrême complexité du problème de la violence à la télévision et la nécessité d'éviter les slogans et les solutions simplistes.Pour ne verser ni dans la censure ni dans l'inconscience, il faut tenir compte d'une multitude de nuances, tout en maintenant le cap sur des réformes réelles.Sans rejeter l'utilité possible de Keith Spicer certaines stipulations réglementaires, nous croyons que la voie de la collaboration offre encore d'immenses avantages, notamment parce qu'elle peut mieux respecter la liberté d'expression et mieux englober les nombreuses solutions éducatives, technologiques, artistiques et commerciales qui s'inscri- vent dans la réalité de la télévision dans un pays fibre.Nous pouvons et devons trouver un équilibre civilisé entre liberté d'expression et protection des enfants.Voilà précisément la démarche du CRTC, qui entend agir de concert avec tous ceux qui peuvent aider à améliorer les choses.m 9 Aucun individu ne peut revendiquer de posséder le monopole de l'avenir du Québec.Ici, de nouveaux citoyens prêtent serment.Les minorités, le droit international et la sémantique pragmatique au Québec GIUSEPPE Dl STEFANO L auteur est docteur de l'Université de Torino et de la Sorbonne.Ancien attaché de recherche au CNRS de Paris, il enseigne la philologie romane à McGill depuis 1969 onsieur lean-Marc Léger nous tient, dans La Presse du samedi 13 février, un vrai cours magistral sur la notion juridique de «minorité» en droit international.Sa leçon est parsemée d'exemples, d'ailleurs bien pertinents, qui renvoient au cas des Turcs de Bulgarie et d'Allemagne ou bien à celui des Hongrois de Transylvanie et des Albanais de Kossovo.Pour compléter le tableau, il aurait pu également citer le cas des Albanais (en réalité des Italiens) de Piana degli Aibanesi ou des Valdesi du Picmonte.Tout cela est très instructif, mais l'on se soustrait difficilement à l'impression que Monsieur Léger parle moins en tant que conseiller en affaires internationales qu'en tant que directeur du Centre Lionel Groulx et que, somme toute, son but principal est de faire de la diversion afin d'aider la cause de lacques Parizeau dans la direction de la vague de retour qui a fait suite au tollé engendré par les blessantes déclarations du chef du PO.C'est ainsi que ceux qui ont fait entendre la voix de la protestation, deviennent responsables d'une «lecture superficielle» des propos incrimines et coupables de * déchaîner des réactions où la hargne le disputait à l'ignorance» 'ignorance de la part du commun des mortels en ce qui est de la définition de «minorité» ou de «allo-phone» en droit international, je suppose).Cette savante lecture de la récente polémique vise à discréditer les voix de protestation en les réduisant au rang d'une conspiration.En tournant autour du pot et en jouant sur les mots.Monsieur Léger se fait tout bonnement l'encenseur de lacques Parizeau en exaltant son «tranquille courage».Il rejoint ainsi un Pierre Bour-gault, qui, dans Le Devoir, a fait de lacques Parizeau un martyr ou peu s'en faut, et va bien plus loin qu'un Daniel Latouche qui, toujours dans Le Devoir, s'en est pris à ceux qu'il définit les «barons» des communautés ethniques et qui.néanmoins, a eu la pudeur de reconnaître la part de responsabilité qui revient au chef du PQ.Monsieur Léger n'est pas sans savoir que les mots ont un sens spécialisé, qui souvent est connu et utilisé par les professionnels et par les initiés, mais qu'ils ont surtout une acception courante qui.dans la communication quotidienne, prime: c'est l'abc même de la sémantique.Monsieur Léger, trop pris dans la défense et l'illustration de sa définition de «minorité» en droit international, oublie que «minorité» et «allophone» dans l'usage courant sont presque des synonymes.Ils font référence immédiate aux immigrés qui sont la cible la plus facile de tout discours nationaliste, qui, lui, possède par définition des éléments d'intolérance dans la mesure où il exalte un groupe sur la base de l'origine et de l'appartenance.Monsieur Léger n'est pas sans savoir que c'est le discours nationaliste qui a forgé en sa faveur les syntagmes «vieille souche» et «pure laine», qui sont fortement lexicalisés, et que pour l'usager de la langue «allophone» et «minorité» en sont les antonymes dépréciatifs.Monsieur Léger n'est pas sans savoir également que le chef du PQ a fait référence aux «allopho-nes» auxquels, en revenant sur ses propos de la veille, il promettait de la «générosité» dans son gouvernement à venir.Dans l'usage courant, des mots comme «allophone» et «minorité», tout comme «générosité», ont acquis un sens bien précis et on n'a pas besoin des lumières d'un expert en affaires internationales pour reconnaître la réalité socio-culturelle à laquelle ils font référence.D'autant plus que ces propos n'ont pas été tenus dans un cadre de relations internationales, mais plutôt dans le cadre d'un discours absolument partisan découlant d'un calcul strictement électoral.La question de droit soulevée par de tels propos n'en est pas une de droit international, mais tout simplement de ce droit qui fait que tous les citoyens sont des égaux, indépendemment de la langue qu'ils parlent dans l'intimité de leur foyer, et surtout indépendemment de leur conviction politique.Pour l'allophone que je suis, les propos successifs du chef du PQ ont mis en lumière l'urgence et la nécessité de souligner un principe bien élémentaire: dans un pays, il n'y a pas de «citoyens étrangers» (seulement les touristes et les membres des corps diplomatiques peuvent l'être) mais tout simplement des «citoyens d'origine étrangère».Ils sont des citoyens à part entière, des citoyens à tous les effets, non moins dans leurs droits que dans leurs obligations et leurs devoirs.Les questions que Monsieur Léger s'est bien gardé de soulever sont, avant tout, celle qui permettrait de savoir où il place, en droit international, ce 8 p.cent de citoyens que le chef du PQ a montré du doigt parce qu'il peut les évincer de ses comptes électoraux et, ensuite, la question de savoir d'après quelle norme de droit, international ou autre, un chef politique peut promettre et manifester à une classe de citoyens de la «générosité».Le noeud de la question est plutôt dans le fait que certaines personnes pensent le Québec comme leur propriété privée ou à tout le moins l'affaire d'un seul groupe, sélectionné d'après une sorte de jus /oc/, et qu'il appartient aux autres (c'est-à-dire aux «allos») d'emboiter le pas.Il y a chez les lean-Marc Léger, les Yves Beau-chemin, les Pierre Bourgault, les Daniel Latouche, les Lise Fayette, les Pierre Trépanier, la difficulté de reconnaître et d'accepter les nouvelles réalités du Québec.Or, aucun individu et aucun groupe ne peut revendiquer de posséder le monopole de l'avenir d'un pays au delà d'un discours strictement électoral et partisan, qui doit être contré parce qu'il est pernicieux.Surtout, aucune revendication nationaliste ne peut aller jusqu'à se donner le droit de nier aux autres leur propre identité de fait.La prochaine campagne électorale fédérale promet d'être fort divertissante.Imaginez! lean Chrétien tous les soirs au bulletin de nouvelles: une gaffe par jour, et le massacre de deux langues en direct.Le retour d'un savoureux dinosaure de notre préhistoire politique en la personne de cet excellent Camil Samson.Les grands débuts d'un pasteur protestant (Preston Manning) et d'un prédicateur catholique (Lucien Bouchard).Un premier minis-; tre haï ferraillant avec l'énergie du désespoir sous le regard perçant de dauphins voraces comme des requins.Et cette bonne Madame McLaughlin virevoltant là-dedans, telle une.cheftaine de troupe de guides égarée dans l'antichambre de l'enfer.Et moi, dégustant en bonne compagnie la bouteille de Champagne que j'ai pariée avec un collègue à l'époque où tout le monde croyait dur comme fer que Brian Mulroney allait tirer sa révérence avant les prochaines élections! Cela, c'est de moins en moins sûr, la preuve en étant que je ne trouve plus personne pour parier là-dessus contre moi, qui ai toujours cru \u2014 par pure intuition car je n'ai pas l'ombre d'une information privilégiée sur la question » \u2014 que M.Mulroney ne pourrait résister au désir de tenter sa chance une troisième fois.Et puis après tout, un pari n'est-il pas amusant que lorsqu'il va à contre-courant de la «con-ventional wisdom», de l'opinion dominante du moment?C'est là qu'on court vraiment un risque.Autrement, le pari n'est qu'une morne activité comptable basée sur le calcul des probabilités.Si le sort continue de me favoriser, ma cave à vin va s'enrichir considérablement.Le référendum m'a déjà apporté deux bouteilles de Champagne: j'avais gagé que le Non l'emporterait au début de la campagne, alors que les sondages ac-, cordaient encore une avance au camp du Oui.Deux bouteilles de Champagne que durent; me livrer, d'un air contrit, d'imprudents camarades.plus un dîner gastronomique à la suite d'un, pari fait à quatre: les deux perdants s'engageaient à passer la journée à mitonner des petits plats tirés de grands livres de recettes pendant que les deux gagnants se la coulaient douce au cinéma avant d'être accueillis par leurs conjoints en tablier.Ce fut dé-li-cieux.* * * Pour ceux donc qui aiment engager des paris politiques, la prochaine campagne fédérale sera fertile en occasions.Parce que les campagnes fédérales se font toujours entre trois partis et que le bassin électoral y est plus vaste et plus diversifié, parieurs et calculateurs y trouvent chaque fois plus de matière à supputation que lors d'élections québécoises, où il n'y a, sauf exception, que deux partis et où l'électorat est plus homogène; mais cette fois, les parieurs seront comblés: ce ne sera plus une lutte à trois, même pas une lutte à quatre comme à l'époque où le Crédit social de cet excellent Camil Samson était de la partie.mais une lutte à cinq! Toutes les combinaisons sont possibles.On peut parier sur des résultats globaux ou régionaux, ou alors se concentrer sur un terrain de choix, là où se scellera le destin d'étoiles particulièrement scintillantes, sur le comté de Québec-Est par exemple, où les électeurs auront le choc de se voir confrontés à l'étonnant personnage de Camil Samson, lequel fera équipe avec le grand ami des Montréalais, nul autre que le ministre Marc-Yvan Coté qui met sa machine électorale à la disposition de l'ancien leader créditiste.Ô le beau couple! N'excluons rien pour le moment, mais on peut quand même dire que le pari le plus audacieux serait celui qui prévoirait !a victoire des néo-démocrates, et le plus sûr, celui qui prévoirait un gouvernement minoritaire.Mais un gouvernement dirigé par qui?Par Jean Chrétien ou Brian Mulroney?C'est là que les choses se corsent.On peut tout de suite prédire qu'à partir du moment où les réflecteurs se dirigeront sur les chefs, les libéraux, aujourd'hui très largement en avance, vont reculer sensiblement; chaque apparition de |ean Chrétien à la télévision leur fera perdre des votes, au Canada anglais aussi bien qu'au Québec.Brian Mulroney, évidemment, ne pourra pas tomber plus bas qu'aujourd'hui.Mais même en remontant, il se heurtera à ce qui constituera peut-être un obstacle absolument infranchissable: la haine viscérale qu'on lui voue au Canada anglais.Troisième élément, la force des tiers partis.Cela peut chambarder tous les scénarios et provoquer bien des élections-surprises, gagnées à la pluralité plutôt qu'à la majorité des voix.On peut quand même, à ce stade-ci, parier-sur l'hypothèse que les tiers partis perdront du terrain dès que la campagne aura démarré.Le NPD a déjà commencé à dégringoler sérieusement, et l'on doit s'attendre à ce que tant le Bloc que le Reform perdent des plumes à mesure que se rapprochera le jour du scrutin.Mais ils resteront assez forts pour faire énormément de remous dans leurs territoires respectifs, encore que ce ne sera pas nécessairement leur candidat qui réussira à se glisser au travers de la mêlée.* * * Attention quand même, ne pariez pas votre chemise ni votre ordinateur; rien de plus qu'un petit mousseux; du Champagne seulement si vous êtes raisonnablement sûr de votre coup.ou si vous pariez contre quelqu'un qui va de toute façon le partager avec vous! Mais rappelez-vous, les plus beaux paris, les plus excitants en tout cas, ne sont pas ceux qu'on fait la veille du scrutin, quand les sondages ont déjà tout dit, mais ceux qu'on engage à l'aveuglette, par instinct ou par esprit de contradiction, avant, bien avant que les jeux ne soient faits. 'PW P Pi P P I pllpllpipllfl B4 ?LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 20 FÉVRIER 199S L'insulte et le vîol ¦ lohanne Muzzo Tavoue bien candidement: se faire insulter par son partenaire, ce n*est pas la fin du monde.« Dans une relation, il y a tout autant de filles qui sacrent contre les gars et qui les envoient ch.que rinverse», dit l'étudiante en droit, qui fait aussi partie des assesseurs du comité d'enquête de l'Université de Montréal en matière de harcèlement sexuel.Et d'ajouter: «Mettre dans un même paquet une insulte et une agression sexuelle ne fait que banaliser l'agression sexuelle.» La réaction de lohanne Muzzo n'est pas isolée.La semaine dernière, à la lecture des principaux résultats du sondage national réalisé par deux sociologues de l'Université Carleton auprès de 1835 étudiantes universitaires, la plupart des femmes et des hommes ont parlé de confusion, d'exagération, d'hystérie.Surtout après avoir lu que 81,4 p.cent des répondantes avaient été victimes d'agressions verbales» psychologiques, physiques ou sexuelles lors de leurs sorties avec un homme dans l'année précédente.«.Les sociologues de Carlton ont suivi la mode américaine d'exagérer les résultats de leurs enquêtes», soutient Sally Spilhaus, responsable du bureau d'intervention en matière de harcèlement sexuel de l'Université Concordia.« Quand on parle des relations sexuelles des jeunes qui découvrent la liberté sur un campus universitaire, il faut se rendre compte que des erreurs vont être commises.C'est la nature de la sexualité, il faut faire attention de confondre les erreurs avec les abus.» »Une même réalité» Solange Cantin, responsable du bureau d'intervention en matière de harcèlement sexuel, est également d'accord pour dire que Walter DeKeseredy et Katharine Kelly, les deux sociologues de l'Université Carleton, ont commis des maladresses en présentant les résultats de leur sondage.« De la manière dont les résultats ont été divulgués, c*est comme si 81 p.cent des femmes avaient été victimes d'abus sexuels)», dit M\"^^ Cantin, qui fait également de la recherche depuis sept ans sur le phénomène de la violence conjugale.Mais M'\"^ Cantin refuse de blâmer les sociologues pour avoir dégagé une statistique qui englobait toutes les formes d'agressions, de l'insulte au viol.Comme les deux sociologues de l'Université Carleton, elle estime que les différentes formes d'agressions font partie d'un «continuum».«Elles font partie d'une même réalité», dit M\"™^ Cantin, qui travaille également depuis 15 ans sur le problème de la violence conjugale.En présentant les résultats de leur sondage, les professeurs DeKeseredy et Kelly ont expliqué que les différentes formes d'agressions à propos desquelles ils ont interrogé les étudiantes allaient de la « moins sévère à la plus sévère, les dix premières décrivant des tactiques non-violentes et les huit autres décrivant des stratégies violentes».Les Insultes qui détruisent Selon M*\"^ Cantin, le concept de «continuum» ne signifie pas nécessairement que l'homme qui insulte sa partenaire en viendra automatiquement aux coups avec elle.Mais il permet d'établir que la très grande majorité des femmes qui ont été victimes d'abus physiques ou sexuels ont été agressées au préalable verbalement ou psychologiquement.«Si on veut travailler sur la sensibilisation et la prévention, il faut prendre conscience de la réalité», dit-elle.D'autre part.M*\"® Cantin estime que les agressions verbales ou psychologiques entre partenaires \u2014 qu'elles soient le fait de l'homme ou de la femme \u2014 sont souvent plus dévastatrices que ies agressions physiques ou sexuelles.« Les femmes abusées disent souvent: * Me faire battre m'a fait mal.Mais c'est de me faire traiter de salope, de bonne à rien, qui m'a détruite ' », note M*\"^ Cantin.-Ceci dit, dans le cadre d'une recherche effectuée dans le milieu universitaire, Mme Cantin admet que les sociologues de Carleton auraient dû préciser si les adressions verbales dont se sont dites victimes les répondantes avaient été fréquentes ou isolées.Mais M\"^^ Cantin rame un peu à contre*courant.M'*^^ Spilhaus, sa collègue de l'Université Concordia, veut bien être ouverte au concept de «continuum».Mais, précise-t-elle, «il y a une différence entre ce concept et la gravité de chaque incident.Une insulte verbale ce n'est pas la même chose qu'un viol et cela ne mène à rien de les regrouper dans une même statistique.» SUZANNE COlPRON RICHARD HtfTU LES AGRESSI SUR LES L'étude des sociologues de Carleton est fortement conté LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 20 FÉVRIER 1993 \u2022 B5 Toutes de rose vêtues, le visage peint en blanc et les yeux masqués, les filles de la Brigade rose n'auditionnent pas pour un rôle comique.Non, elles se sont donné une mission très sérieuse: celle de dénoncer les har-celeurs.Dans quelques mois, en septembre 1993 au plus lard, elles seront prêtes à intervenir.«Notre action se veut muette», explique Iulie Leblanc, responsable du Centre des femmes de rUQAM.«Nous voulons pointer du doigt celui qui agresse les femmes.» Dans les faits, les filles de la Brigade rose vont faire une petite enquête auprès des proches du présumé harceleur pour s'assurer qu'il est à la hauteur de sa réputation.Après quoi, elles choisiront le moment propice de leur intervention.Une dizaine de filles entreront dans une classe, encercleront le présu- Julie Leblanc : chef de la Brigade Rose PHOTO JEAN GOUPIL.Li Presse mé harceleur et le fixeront en silence pendant quelques minutes.Rien de bien compliqué, en somme.«On pense que le gars n'osera plus continuer après ça», laisse tomber |u1ie.Dernière d'une série d'initiatives pour combattre le harcèlement sexuel dans les universités, la Brigade rose a publié son manifeste dans l'agenda de rassociation étudiante AGEUQAM.L'aspect sommaire de sa méthode soulève certes des questions, mais le projet illustre la gravité du problème du point de vue des étudiantes.Un problème grave, reconnaissent également les spécialistes interrogés par La Presse, mais pas aussi alarmant que le laissent entendre deux sociologues de l'université Carleton.Les résultats de leur étude, fort critiquée et rendue publique le 8 février, révèlent que quatre femmes sur cinq auraient été victimes de violence de la part de leur partenaire au cours de la dernière année.On reproche aux chercheurs Katharine Kelly et Walter DeKeseredy d'avoir aligné sur le même pied insultes, jurons, manifestations de jalousie, mépris, agressions et viols.« Mettre dans le même panier les insultes verbales et les viols, c'est non seulement trompeur mais ça encourage un certain bac-klasb par rapport à notre travail de sensibilisation auprès des hommes et des femmes.Ça rend les hommes très défensifs et ça remet les femmes dans une position de victimes»» fait valoir Sally Spilhaus, responsable du Bureau d'intervention en matière de harcèlement sexuel à Concordia.Profs harceleurs Cette faiblesse de l'étude, soulevée par plusieurs observateurs, n'est pas la seule.On noie aussi que les chercheurs de Carleton ont éclipsé une partie importante de la réalité.Pire: ils ont détourné l'attention d'autres problèmes, plus graves encore.L'étude ne dit pas, par exemple, que les professeurs font plus souvent l'objet de plaintes de harcèlement sexuel que les étudiants ou les autres employés de l'université.C'est pourtant le cas à Montréal.Du janvier 1991 au 31 mai 1992, 36 p.cent des 62 plaintes déposées au Bureau d'intervention en matière sexuelle de Concordia étaient formulées contre des professeurs.Les étudiants étaient l'objet du quart des plaintes et les autres employés, de 5 p.cent.Situation identique à McGill.«Depuis septembre 1992, nous avons reçu 52 plaintes.La très grande majorité ont été déposées par des étudiantes contre des professeurs», révèle Dot Wojakowski, du Centre d'agression sexuelle de l'Université McGill.Eric Ahern, assesseur du comité d*enquête en matière de harcèlement sexuel de l'Université de Montréal (UdeM), ajoute
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