La presse, 11 juillet 1993, B. Livres
[" x \u2022 Livres Editorial Personnalité de la semaine mi s tes LA PRESSE, MONTRÉAL.DIMANCHE 11 JUILLET 1993 LUC DUPONT collaboration spéciale nsemble soulageons la misère de nos \" BB vrais pauvres, nos sinistrés, nos sans-abris, nos handicapés mental (sic) et physiques, nos grands malades, et qui encore.» Ce message, on pouvait le lire encore, hier, dans la vitrine des «Chevaliers humanitaires du Québec», un commerce de vêtements et de meubles d'occasion situé au 4280, Notre-Dame ouest, à Saint-Henri.En l'apercevant, il y a fort à parier que la grande romancière aurait sourcillé, se demandant, lasse tout à coup, si quelque chose avait vraiment changé au pays de Bonheur d 'occasion.À l'occasion du dixième anniversaire de sa mort (survenue le 10 juillet 1983), et bientôt (en 1995) du cinquantenaire de la publication de son célèbre roman, je suis retourné dans le quartier pour chercher cette réponse.Rue Beaudoin, d'abord, où Gabrielle Roy avait situé le logis de son personnage principal, Florentine Laçasse, la serveuse de restaurant; rue Saint-Ambroise ensuite, près du Canal Lachine, où elle avait planté le décor du modeste garni de )ean Lévesque, son amant; puis rue Bourget, où, contre toute attente, j'aurai là alors la plus grande surprise de ma vie! Rue Beaudoin j'avais trouvé sans mal la petite rue Beaudoin, qui se trouve à un jet de pierre ou presque de la Place Saint-Henri.Tranquillement, je m'étais mis à la descendre, essayant d'imaginer laquelle de ces maisons avait bien pu servir de modèle au logement des Laçasse.l'avais devant les yeux une enfilade de duplex et de triplex où dominaient encore, malgré quelques immeubles neufs, les anciens styles, l'étais frappé par l'étroitesse de cette rue Les maisons de bois, les voies ferrées : le vieux Saint-Henri vit toujours.SUITE A LA PAGE B4 Suzanne Poirier: les livres, elle les dévore! Voilà qui risque d'être plutôt lourd! Mais pour cette autodidacte toujours intéressée par les problèmes sociaux, c'est de la détente.« Je compte lire, entre autres, La dépression spirituelle, un livre de Martin Lloyd Jones sur les gens qui s'accrochent à des idéologies et perdent toute notion de la réalité.Et aussi Une approche de la relation d'aide, par le Docteur Crabb».Enfin, elle devra passer à travers du.manuel d'instruction pour apprendre le fonctionnement de sa machine à traitement de textes! Des livres plus légers feront aussi partie des lectures d'été de la lectrice de Lachine.Elle se plongera dans quelques best-sellers et s'offrira un peu d'action et de mystère en lisant des romans policiers.Arthur Conan Doyle est d'ailleurs l'auteur qui l'a le plus marquée dans sa jeunesse, avec Agatha Christie et Al- fred Hitchcock.«Déjà, quand j'avais dix ans, je lisais tellement que ma mère devait cacher mes livres pour que je fasse la vaisselle,» dit-elle.Cette amoureuse des livres a transmis sa passion à sa fille, maintenant âgée de 20 ans.« Je lui lisais une histoire à chaque soir quand elle était jeune.Maintenant, elle lit autant que moi et on a beaucoup de plaisir à s'échanger des livres qu'on aime».Comme on peut s'en douter, elle ne fréquente plus la bibliothèque de Lachine.Elle achète maintenant ses livres ou les emprunte à la bibliothèque de l'UQUAM.Ses démêlés judiciaires sont loin d'être terminés.Elle risque toujours 14 jours de prison.Sans lui souhaiter malheur, on pourra à ce moment lui recommander le Guide de survie en prison (de Michel Girard et Claude Marcil ) qui vient tout juste d'être publié.BB Pas surprenant que Suzanne Poirier ait égaré quelques livres appartenant à la bibliothèque de Lachine: des livres, elle en dévore! Dans ses périodes de boulimie littéraire, il lui arrive de lire un livre par jour.«J'ai toujours un bouquin qui traîne quelque part.La première chose que je fais en me levant le matin c'est de prendre un livre».Dans le métro ou dans l'autobus, elle lit.Sauf dans son bain! « l'ai trop peur d'abimer les pages.» - Suzanne Poirier profitera des vacances d'été pour se préparer à la rentrée d'automne.Etudiante au certificat en psycho-social à l'UQAM, elle compte lire surtout des ouvrages de psychologie et des documents sur les sectes, un de ses sujets de recherche.Jbxpositiûp et vente en plein air de livret,a rviensfc^ neufs ou d'occasion, gravures, reliures, (} tous les prix, pour tous les goûts.uais du 28 Jfr\tde 11 B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL.DIMANCHE 11 JUILLET 1993 Opinions Paul Dtsmarait président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson Marcel Detjardlni\tAlain Dubuc éditeur adjoint directeur de l'information éditorialiste en chef » A votre tour r La boîte aux lettres m fcv* m w = 7 ïvm m m a?*» te mkmmi mm MHR h«8 fpfl « 1 wm m m- 1118^11111^ mMgÊsmMÈÊçm m r\t.' H S I \" m m m PS - % mssmt.De la cruauté d'implanter l'ouïe à un enfant sourd HM ' W \u2022 - «NS?: L'observatoire du mont Mégantic ¦ Dernièrement M.Gary Mal-kowski, député de l'Ontario, a fait une déclaration sur la prudence face aux implants co-chléaires Nous sommes d'accord avec lui et nous l'appuyons à 100 p.cent dans son désir de lutter contre l'implant cochléaire qui déclenche le «génocide» dans la culture des sourds gestuels.Notre point de vue est d'arrêter ces implants.Bien sûr les médecins essaient bien d'aider les sourds avec cette intervention chirurgicale, mais ils en ignorent les effets néfastes.Je crois logique de protéger les enfants contre le harcèlement, l'abus sexuel, la violence, etc.Actuellement, on protège beaucoup les enfants mais qu'en est-il des enfants sourds?Ceuxci ne sont pas protégés face à l'implant cochléaire que leur imposent leurs parents.le me demande pourquoi on est prêt à défendre les enfants face à toutes les sortes d'abus mais qu'on laisse passer l'implant cochléaire.Imaginez un couple de sourds qui ait un enfant entendant et décide de lui couper les oreilles pour qu'il soit comme ses parents.Je trouve cruel d'implanter l'ouïe à un enfant.Les parents entendants ne sont pas en mesure de juger de la situation.Seuls les sourds gestuels sont capables de conseiller les parents d'enfants sourds.Le mieux serait que la décision face à l'implant cochléaire soit prise par le jeune lui-même lorsqu'il aura atteint l'âge de 18 ans ou lorsqu'il sera en mesure de comprendre toute l'information et les explications sur les effets positifs ou négatifs qui résultent de cette opération.Ce sera leur choix de prendre des risques.La communauté sourde gestuelle est extrêmement contre la pratique de l'implant cochléaire, elle qui a vécu des frustrations face à la communication et à la vie quotidienne.Par contre il faut que les parents entendants realisent ce handicap, qu'ils arrêtent de rêver en couleur en pensant que leurs enfants deviennent entendant comme par miracle.Le plus important serait que l'enfant sourd apprenne la langue des signes québécoise (LSQ, francophones) ou l'âme-rican sign language (ASL, an- glophones) (selon le lieu de naissance), qu'il apprenne à parler et qu'il ait l'option de la prothèse auditive.Ce sont les trois éléments principaux pour qu'un enfant sourd grandisse plus normalement et pour qu'il vive moins de frustrations.Depuis plusieurs années ces enfants souffrent d'une décision qui r.'était pas la leur.Je vous demande d'arrêter de prendre des décisions pour eux: c'est leur vie! Laissez ces enfants vivre heureux même avec leur handicap.L'important c'est l'amour et l'acceptation dans la famille.Si vous pensez autrement, l'enfant ne sera pas heureux.Respectez le droit des enfants sourds gestuels de prendre eux-mêmes leur décision.J'appuie l'opinion de M.Malkowski qui exprime le droit de ces enfants.Nous avons droit de nous exprimer sans être menacés par des entendants et de vivre dans la justice.Jean-Yves VACHON Directeur des droits de la personne sourde gestuelle du CCSMM Le bonheur des dstronomes La mixité dans les chambres d'hôpitaux COZIOL k « V V « s \\ N * * L 'auteur est étudiant en astronomie » Il n'y a pas longtemps, Pierre hoglia, journaliste à La Presse, est venu faire un tour à l'observatoire du mont Mégantic.Étant moi-même étudiant en astronomie et utilisateur de l'observatoire du mont Mégantic, je fus surpris et intéressé par la chronique de ce monsieur, dans la presse du 5 juin, chronique qu'il avait délicieusement intitulé: «Le bonheur des astronomes».Délicieusement est bien le mot.En effet, monsieur Foglia n'étant pas tout à fait au courant ou même intéressé par l'astronomie, se posa la question, fort justifiable d'ailleurs, de ce que pouvaient donc faire les astronomes sur cette montagne isolée, au Québec de surcroît, pays pas tout à fait renommé pour son ciel pur, sans nuages.Il s'étonna aussi de leur acharnement: 11 nuits consécutives à essayer d'observer le ciel, attendant les trous à travers les nuages, leurs instruments étant impuissants à les traverser.Vraiment étrange, puisque même pas capables, une fois les étoiles au rendez-vous, de finalement voir de.nos yeux ce à quoi celles-ci ressemblent.Et quoi ! Juste un graphique?Comme la carte sur les lits des malades, ou encore ces tableaux statistiques dans les journaux décrivant l'état moribond dê notre économie.Que font-ils donc la-haut?Que méditent-ils dans ces cellules de moine qui leur servent de chambres?Pourquoi aussi cette ridicule tentative de s'approcher du ciel?Et que signifient ces litanies hors de la compréhension des pauvres mortels ignorants?Serait-ce une nouvelle secte d'adorateurs du soleil, puisqu'on définitive les étoiles sont des soleils, non?Assurément, il doit bien y avoir une raison plus plausible, plus terre-à-terre, surtout, qui explique ce comportement.J'imagine bien monsieur Foglia, derrière son terminal, essayant, tout en flattant le mégachat, de trouver un, sens à ce qu'il voyait à Mégantic.Soudain, l'illumination : « EUREKA ! Le bonheur des astronomes c'est une tarte aux framboises préparée par Lucille, la cuisinière du mont Mégantic».Devant donc cette délicieuse, bien qu'insolite, révélation, j'en déduis, malheureusement, que monsieur Foglia n'a pas sérieusement cherché la réponse à sa question (d'autant plus que je sais qu'il n'a pas voulu goûter à la tarte aux pommes, de loin la préférée de plusieurs d'entre nous).Alors, que font donc les astronomes sur le Mont Mégantic?J'ai dit au début que j'étais un étudiant en astronomie et un utilisateur de l'observatoire du mont Mégantic.Ceci n'est vraiment pas extraordinaire car une des vocations de cet observatoire est la formation de nouveaux astronomes.L'observatoire même a été construit en 1977, à l'endroit, au Québec, où il semblait plus adéquat de le placer: un ciel sombre, jouissant d'un nombre acceptable de nuits claires et le plus haut possible (autre considération, ctre accessible aux deux universités, Montréal et Laval, partageant la gestion du site).La hauteur est importante car l'atmosphère est le pire handicap de l'astronomie optique.Par analogie, imaginez vous trouver au fond d'une piscine, essayant de voir ce qui ce passe au-delà de la surface de l'eau.C'est la même chose avec l'atmosphère.À vrai dire, vues les contraintes reliées à l'observation optique, le Québec ne semble vraiment pas l'endroit idéal pour y installer un télescope.En partie donc, la raison de l'emplacement est de nature politique, les gouvernements préférant, de beaucoup, investir l'argent là où les contribuables pourront voir les retombées.Cependant, loin d'être seulement un exercice de relations publiques, la construction et l'utilisation d'un télescope professionnel au Québec a permis à toute une génération d'astronomes canadiens, mais surtout québécois, d'acquérir une expertise reconnue dans le monde entier.Pour les nouveaux astronomes, l'expérience acquise à Mégantic ouvre aussi la porte aux observatoires de plus grande envergure comme le CFH, ou Canada-France-Hawai, un télescope avec un miroir de 3,6 mètres de diamètre, construit à 4000 mètres d'altitude, au dessus des nuages, sur le volcan Mauna Kea dans la grande île d'Hawaii, et un des meilleurs sites au monde.Bien sûr, le télescope du Mont Mégantic est plus modeste, ne faisant que 1,6 mètres de diamètre, et les conditions climatiques étant ce qu'elles sont, le rendement est un peu plus faible (remarquer qu'il arrive que l'on perde des nuits au CFH à cause du mauvais temps, des tempêtes de neige par exemple).En effet, on ne peut rien faire contre les nuages et il faut toujours attendre que les étoiles daignent bien se montrer, j'avoue que c'est daq^ ces cas que les petits plats de notre s s ' V cuisinière viennent un peu tromper l'ennui des longues veilles a Mégantic (contrairement à ce qui ce passe dans les grands observatoires, les missions d'observation sont aussi beaucoup plus longues, généralement trois nuits contre une dizaine à Mégantic).Tout dernièrement, cependant, des améliorations longuement attendues ont bouleversé quelque peu la routine de Mégantic.Le beau temps n'est pas toujours au rendez-vous?Peu importe, les astronomes peuvent quand même travaillera préparer leurs résultats (la réduction des données dans le jargon ) grâce aux nouvelles stations de travail performantes, ou à écrire les articles, point ultime de tout le processus observationnel.Enfin, lorsque finalement le temps se fixe au beau, le nouvel équipement ultra-performant permet de prendre des données hors pair, compensant la quantité par la qualité.En bref, le mauvais temps n'est plus vraiment un obstacle à la productivité à Mégantic, les astronomes pouvant travailler jour et nuit à faire ce qu'ils ont à faire.Ainsi, nous voici arrivés au vif du sujet: mais que font donc les astronomes, ou à quoi donc sert l'astronomie?En fait, l'astronomie, comme toutes les autres sciences fondamentales d'ailleurs, est d'une importance primordiale, puisque son but est, ni plus ni moins, la transformation du monde dans lequel nous vivons.Réfléchissez-y un peu.Pensez, par exemple, à l'impact qu'à eu la découverte de la rotondité de la terre (redécouverte, en fait, puisque les grecs, déjà, avait une bonne idée de la géométrie et de la dimension de notre planète ).C'est en poursuivant cette idée que Christophe Colomb, voulant atteindre les Indes, a révélé au monde l'Amérique.Pensez aussi à l'impact qu'a eu l'idée de Copernic de placer le soleil à la place de la terre au centre de l'univers, détruisant, entre autres, la thèse d'une situation privilégiée pour notre planète (événement, d'ailleurs, que l'on appelle la révolution copernicienne).Copernic suspectait bien les remous qu'allait entraîner sa découverte puisqu'il attendit à la fin de sa vie pour publier ses résultats.Galilée, lui, a été moins chanceux avec sa lunette astronomique qui montrait que les autres planètes étaient des astres comme le nôtre.L'église, toute puissante en ce temps-là, l'a bel et bien remis à sa place, le forçant à répudier ces nouvelles hérésies.«Et pourtant elle tourne», aurait dit Galilée de la terre, d'après la légende, juste après s'être désisté.En effet, nier ce qui est, ne change pas ce qui est, et un jour où l'autre la réalité nous rattrape.Ne vaut-il pas mieux chercher à voir ce qui est vraiment devant nous?Qu'est-ce que nous montre l'astronomie aujourd'hui ?Loin d'occuper une place unique dans l'univers, notre soleil est un astre moyen, c'est à dire un soleil parmi des milliards de soleils presque semblables.Ces étoiles naissent et meurent au sein d'énormes amas nommés galaxies.L'univers entier compte des milliards de ces galaxies qui, elles aussi, naissent et peut-être meurent, ou tout au moins se transforment continuellement.Le plus fantastique c'est la transformation initiale: l'univers aurait pris naissance, dans une sorte de grandiose explosion, le Big Bang.Encore une fois la réalité dépasse la fiction, toute fiction.Quant est-il alors de la vie?Rien d'extraordinaire, puisque la réalité est déjà extraordinaire.Les mêmes processus, donnant naissance à l'univers, engendrent ce phénomène, peut-être insignifiant à l'échelle cosmique, mais pour nous, le plus signifiant de tout, la vie.Combien de fois?Peut-être des milliers, ou des milliards de mondes habités, mais isolés, probablement à jamais, par la barrière de l'espace-temps.Quel est leur sort?Vraisemblablement le nôtre.Darwin avait tort; ce n'est pas la lutte pour la survie du plus apte, c'est la lutte pour la maîtrise de l'énergie.Quelle énergie?Le soleil, bien sûr, la source unique (avec la gravité peut-être).Non seulement sommes nous issus de notre soleil, mais tout notre être s'en nourri.Dis moi comment tu te nourris et je te dirai qui tu es.de soleil.Et pourquoi lutter?La vie, encore.Quelle vie?11 n'y a qu'une vie sur terre, depuis la première cellule, ou plus ancien encore, jusqu'à l'être humain.Végétal, animal, humain, Noirs, Blancs, Croates ou Serbes, juifs ou musulmans.Une seule vie, mais pour aller où?Go west young man.non, go up.In space, where you belong.Le bonheur d'un astronome?Après une bonne nuit complète d'observation, sortir du dôme, au levé du soleil, fatigué mais satisfait du travail accompli.Sur le chemin du retour, vers la résidence, s'arrêter pour regarder le soleil se lever sur le Mauna Kea, sur les andes à Tololo, sur la forêt de pins centenaires de la Sierra San Pedro Martir ou à Mégantic.Le même sentiment : une joie simple, ^ tout simplement la joie de vivre.porte atteinte à la dignité humaine ¦ 11 y a quelques semaines, je me suis rendue à l'hôpital Y.visiter une tante âgée de 89 ans, hospitalisée en gériatrie.En entrant dans la chambre indiquée, je suis stupéfaite de constater que trois des quatre lits sont occupés par des hommes.Le lit de ma parente est en arrière de la porte.La malade est assise dans un fauteuil \u2014 non gériatrique \u2014, attachée, et visiblement inconfortable, par ce lien qu'elle tire à tout instant.Ma stupéfaction tourne vite à l'indignation.En effet, je n'ai encore jamais vu des hommes et des femmes dans une même chambre d'hôpital, si j'excepte les soins intensifs et l'urgence où la logique des situations de soins et de personnel le commande.Pourtant j'ai travaillé dans les hôpitaux jusqu'à la fin de 1991.Tout en me questionnant sur cette situation que je juge aberrante, je me rends au poste rencontrer l'infirmière-chef.Je lui transmets mes sentiments et l'interrogation qui m'habite J'apprends alors que c'est la politique de l'hôpital, qu'elle existe depuis plusieurs années; que des raisons économiques motivent cette mixité, (non pas le bien du malade); que les malades sont placés ainsi pêle-mêle ( hommes et femmes) sans une consultation et adhésion préalables ou celle des personnes responsables à leur place; que seules les personnes qui s'y opposent ou leur famille sont, par la suite, transférées ailleurs.Je rencontre, par la même occasion, deux autres infirmières-chefs et l'infirmière coordon-natrice de soirée, de même qu'un membre du comité d'éthique.Les infirmières m'avouent ne pas aimer soigner les malades dans cette situation et s'y sentir gênées, mal à l'aise.De son côté le comité d'éthique n'a pas été saisi de cette situation.Chez chacune de ces personnes j'ai surtout senti de l'im- puissance face à cette décision administrative.Mon insistance, à laquelle s'est jointe celle d'une cousine, a été telle qu'après deux semaines, ma tante avait enfin d'autres femmes comme compagnes de chambre.Depuis, j'enquête sur la façon dont on place les malades dans les autres hôpitaux de la province.J'apprends que la politique du mixage des sexes s'étend.J'apprends des faits faisant état de réactions, toutes négatives jusqu'à maintenant, de la part des personnes qui ont été l'objet de ce mode de placement.J'apprends même des faits'répugnants dont ont été témoins des malades et leurs visiteurs.Cette politique, à mon avis, est contraire à l'article 4 de la Charte des droits et libertés de la personne, votée au Parlement de Québec, en 1982.Cet article dit: «Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité».Que reste-t-il de la dignité de la personne lorsqu'elle n'a plus que son lit et un fauteuil comme espace vital ?Lorsqu'elle est à la merci du premier individu dont l'instinct sexuel s'éveille à la vue d'une femme à proximité, fût-elle amoindrie physiquement et psychologiquement?D'une femme qui par manque de contrôle sur sa propre personne, se trouve dénudée face à la chambrée?Quel spectacle offre à l'autre celui ou celle qui, jaquette ouverte, se promène du lit à la salle de toilette?Je dis que, en plus d'un manque d'intimité, d'atteinte à la dignité humaine, il y a là une atteinte aux lois élémentaires de l'éthique.Aux administrateurs qui font de la mixité hommes/femmes dans une même chambre, un politique régulière, tout en fermant des lits ailleurs dans l'hôpital, toujours pour les mêmes raisons économiques, je pose deux questions: 1.\tAimeriez-vous être traités de cette façon lors d'une éventuelle hospitalisation?2.\tDonneriez-vous la même chambre à coucher à vos enfants, garçons et filles?Je pense que des raisons d'économie de lits ou de diminution de transferts ne font pas le poids mises en comparaison avec la dignité humaine et le respect des valeurs éthico-spiri-tuelles qui animent toujours tant les malades et leurs familles que le personnel soignant.Cécile LABONTÉ Montréal Les écrivailleurs ¦ Il est des écrivains dont il est dommage que leur carrière ne se soit pas terminée par son commencement.Il eut mieux valu en effet qu'ils périssent noyés dans le néant de leur pensée plutôt que de végéter dans l'insignifiance et la médiocrité.Seul le ridicule les sauve du total oubli.Bénis soient ceux qui, n'ayant rien a dire, s'abstiennent de le confirmer par écrit.Ceux-là ont apporté une grande contribution à la qualité de la littérature en se retenant d'écrire.À rencontre d'autres qui, auteurs téméraires, ont écrit des chefs-d'oeuvre d'ânerie tels qu'ils ouvraient des vues nouvelles sur les gouffres inexplorés de la bêtise sub-lunaire.Ils étaient de ceux dont on aurait pu dire bien plus justement qu'on a jadis dit de Bonald : «Qu'on brûle ses discours, ses écrits et ses lois; ils nous éclaireront pour la première fois.» le conviens volontiers \u2014 avec un patriarche bien connu \u2014 que tous les genres sont bons hormis le genre ennuyeux.Mais cela ne justifie pas les ânes d'encombrer la littérature.Il y a tellement de livres inutiles Doris Lussler h\ti \\ qu'il n'y a plus de place \u2014 ni de temps \u2014 pour les ouvrages de génie.Vous me direz: «À quoi reconnaître le génie?» Vous pouvez le déceler au nombre d'imbéciles qui se liguent contre lui, aurait répondu Jonathan Swift.Un écrivailleur se plaignait à Rivarol qu'on avait ourdi une conspiration du silence autour d'un livre qu'il venait de publier.Et que les hommes étaient bien méchants d'agir ainsi envers lui.Le maître de l'ironie lui répondit acide-ment: «Les hommes ne sont pas aussi bètes que vous le dites.La preuve, c'est que vous avez mis 20 ans à faire un mauvais livre et eux, 11 ne leur a fallu qu'un instant pour l'oublier.» Mais tout cela est affaire d'appréciation subjective.11 faut se méfier un peu de ces jugements personnels.Le grand saint François de Sales nous prévient qu'en fait d'imperfections nous sommes des aigles pour voir celles d'autrui.et des taupes pour voir les nôtres.Cela n'a pas empêché le divin Sacha Guitry, que le pompiéris-me de Claudel faisait suer, de répondre a l'ambassadeur-poète oui lui avait demandé au cours d'une réception mondaine à laquelle ils se trouvaient tous les deux: «Mon cher Sacha, pourquoi ne m'envoyez-vous pas vos livres, je les lirais?» « Parce que j'ai peur que vous m'envoyiez les vôtres», répondit le cruel ironiste.Doris LIJSSIER LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 11 JUILLET 1993 B 3 .jr SUR LA SCÈNE DE L'ACTUALITÉ SEMAINE DU 11 JUILLET 1993 La personnalité de la semaine Il n'est pas de succès qui se mérite s'il n'est construit sur l'excellence Si tout se passe bien au Festival de jazz, c9est beaucoup grâce à David Jobin ANNK RICNIi Si la foule réagit bien, si la musique arrive aux oreilles des gens, les séduit, si la magie agit, David |obin est heureux.Attirer, réunir, animer, réjouir, sont ses plus belles récompenses.Un autre Festival de jazz avec des surprises, des foules ravies qui suivent le tempo.Des musiciens qui expriment leur art dans un contexte quasi idéal! David Jobin est vice-président à la programmation du Festival international de jazz de Montréal.Si tout se passe bien dans la rue, les spectacles gratuits pendant le Festival, les foules enthousiastes et sages, c'est grâce à lui.Et tout se passe bien.«Un happening du même genre à Paris ou à Londres serait impensable!» Alors pour souligner son travail indispensable, ses jeux de recherches et de coulisses, ses initiatives-chocs, son imagination et sa ferveur, La Presse lui rend hommage en le nommant Personnalité de la semaine.Le Festival a 14 ans, David )o-bin est là depuis dix ans.On ne le voit pas sur scène ni sous les projecteurs.Artisan dans l'ombre pendant le Festival.On le retrouve dans les coulisses, dans la rue, armé de son téléphone cellulaire, réglant sur le tas les plus petits détails, contrôlant à la perfection un plan bien pensé, bien rodé.Mais le reste de l'année, c'est un explorateur et un découvreur.Il reçoit au-delà de 1000 demandes de participation au Festival ! Il doit et veut tout écouter, même ces cassettes à compte d'auteur émouvantes, des musiques qui viennent de tous les coins de monde.«Le plus dur, c'est de dire non.» On doit savoir que les musiciens canadiens comptent pour 70% de la programmation.«Il y a des moments magiques, des musiciens d'une générosité extraordinaire.L'acte d'amour de la création pure me séduit», déclare ce mélomane insatiable, toujours aussi passionné.David |obin est aussi co-responsable à la programmation des FrancoFolies de Montréal, directeur du Concours de jazz Alcan, agent d'artistes pour l'équipe Spectra.Il connaît la musique Né à Québec le 2 juillet 1954, dans la haute ville, un père ingénieur-civil, une famille de quatre enfants.Sa famille est une valeur importante qu'il tient à souligner.Une enfance sans histoire bercée par la manie de son père: l'opéra.«Mon père en écoutait le soir, et le matin je regardais le titre de la pochette.Un jour j'en entends un qui est différent des autres: c'était Porgy and Bess de Gershwin.C'est ainsi que j'ai découvert le jazz par l'opéra.» «Une chance qu'il y a l'opéra! L'opéra me fait autant d'effet que le jazz à d'autres.» Aujour- A DAVID JOBIN r «r Un happening du même genre serait impensable à Paris ou à Londres ! » d'hui encore, l'un de ses plaisirs est de retrouver de vieux enregistrements, des versions anciennes d'opéras connus, réunissant quelquefois des distributions sublimes qui créent la magie! C'est son lieu de ressourcement.C'est aussi celui de son imaginaire qu'il transpose dans le jazz: «Il faut retrouver cela.Au-delà de la production de masse, l'art pur, cet instant suspendu qui fait chaud au coeur.J'y crois, ça existe encore.» Piano, guitare, saxophone.Il en a joué.En réalité, il a même déjà songé à écrire de la musique de film.«La musique aide à passer de bons moments et à passer à travers de mauvais moments.» Un leadership Il fréquentait l'Université Laval quand un ami lui a proposé de prendre sa place à la programmation du Service des activités culturelles.Il a commencé ainsi à monter des spectacles, à participer à des émissions de radio, à faire des découvertes d'artistes.De fil en aiguille, de programmations en coordinations, de productions en animations, on le retrouve finalement au Festival d'été de Québec.Les idées foisonnent, son énergie bouillonne, il a le vent dans les voiles.Et c'est ainsi qu'il rencontre Alain Simard qui l'invite à se joindre à l'équipe Spectra.Très jeune, à l'école, il exerce son leadership.Mais il n'est jamais celui qui se propose, il est plutôt celui qui accepte la responsabilité si personne n'en veut, qui parle au nom des autres.Toujours célibataire à la veille de ses 40 ans, il adore cuisiner et dorloter quelques précieux rares amis qui raffolent notamment de son chocolat.Il se définit comme «une poubelle intellectuelle», qui avale indifféremment Diderot ou Zola, des livres de recettes, des traités sur.le chocolat.Le tout arrosé d'un bon vin, passion oenolique transmise par d'épicuriens jazzmen .C'est un solitaire à sa manière qui n'est pas amateur de mondanités, mais préfère de loin garder bien ouverts ses yeux et ses oreilles pour observer les autres, chercher inlassablement des idées nouvelles, dans sa rage de vouloir surprendre, d'offrir des sons nouveaux, «comme des cadeaux sous l'arbre de Noél ».Cette quête ne se fait pas sans souci, sans angoisse, mais qu'il garde en lui pour ne pas troubler les autres et n'est trahi que par une attitude parfois taciturne, il en convient.Les artistes dont il s'occupe, les 36000 comités, une présence sur bien des fronts prennent tout son temps.S'il gagnait un million de dollars, il achèterait une maison de campagne, s'enfermerait pour écrire des livres.«Mais écrire quoi?» se demande ce rêveur éveillé.Le monde ailleurs est important; il a déjà voulu travailler pour Oxfam et garde un esprit écologiste, souscrit au «village planétaire», réfléchit, croit que quelqu'un de supérieur a bel et bien créé le monde et que tous ses morts aimés continuent de veiller sur lui.Servir la collectivité, canaliser l'énergie des autres.«Ma grande récompense, c'est de voir les autres heureux à partir d'une idée que j'ai eue.» David lobin est bien servi avec le Festival de jazz.Encore plus que du talent, de l'intelligence, même du génie, l'excellence naît de l'effort.t.a Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes des gens de parole ALCAN éflexion Le véritable secret de la vie est de s'intéresser à une chose profondément et à mille autres suffisament.Je pense donc je lis C (Hugh Walpole) Soutmk Office des Cofftmuntcjtïons Sodias # 9 m * 1 n B4 «\t\t\tLA PRE\tESSE.MONTRÉAL.DIMANCHE 11 JUILLET 1993\t\u2022 \t\t\t\t\t ntC\t11 Um^rn\tf * ^mmmmm^mm k mmm\t\t/ V *\u2022 ' ' jtO ' * \u2022 ' f s ' * AA *>\"/ *¦ \u2022 \" » i\"'\" ' 'Vi' V ' .'.* ' \" » - 1 .\u2022 ./A.¦ .1 ' > j* _>Va - * \u2022 *\t h K V % « e-» À droite, une ouverture basse et humide conduisait à une petite ; cour intérieure.SUITE DE LA PAGE B1 \u2022___ _ _ % ;qui avait encore l'intimité des villages d'antan; j'étais frappé aussi par l'infinité des portes cochères qui perçaient deux façades sur trois, et qui n'étaient pas sans rappeler tout le passé «petit-com-;merçant » de ses habitants.; Les gens que je rencontrais «(aient pour la plupart assis dans l'embrasure de leur porte, les pieds sur le trottoir.En les croisant, je passais d'une odeur de cuisine à l'autre.Tous ces détails ;me ramenaient passionnément à Gabrielle Roy et à son roman, et je ne cessais de me demander si je .voyais bien là les choses qu'elle avait elle-même observées.C'est ainsi que j'aboutis, tout au bout, à la rue Saint- Ambroise, petite artère nettement plus pauvre, jonchce d'anciennes usines et d'entrepôts, qui suit en parallèle J'axe du Canal Lachine.l'avais à Ipeine tourné le coin vers l'est que soudain les deux bras me sont tombés.Il y avait là trois maisons de bois, comme on en voyait jadis partout dans les villes avant que les municipalités ne les interdisent à cause de leur vulnérabilité aux incendies.Trois maisons de bois \u2014qui avaient survécu je ne sais comment \u2014 avec leurs toits plats, leurs fenêtres de guingois et leurs allures, ma foi, un peu «western».Pas de doute : c'est dans une telle maison que Gabrielle Roy avait campé ses Laçasse en 1940.Elle Savait d'ailleurs décrite ainsi îdans le roman : «Rue Beaudoin, (Florentine) Js'arrêta devant la façade nue, \u2022très pauvre, d'une maison de bois.A droite, une ouverture basse et humide conduisait à une petite cour intérieure où !des fenêtres tièdement illuminées jetaient des parcelles de \u2022clarté sur des débris et des sale-Ités.La rue comptait une vingtaine de maisons de bois, traversées de çi de là par de semblables passages qui menaient aux cours intérieures.» , Non, cette maison, l'écrivain ;ne l'avait pas imaginée.J'en étais \u2022maintenant certain.Elle l'avait Ivue comme je la voyais moi-;même aujourd'hui.Et cet ancrage dans la réalité donnait à mes yeux encore plus de prix au roman.Rue Salnt-Ambrolse % Mais il n'y avait pas que ces maisons de bois sur la rue Saint-iAmbroise.Tout autour, montaient encore vers le ciei ces usines de briques rouges \u2014 certaines abandonnées, d'autres encore en /onction \u2014 qui avaient un temps fait de Saint-Henri (et des villes limitrophes) le quartier industriel le plus développé du Canada.En les longeant, j'avais l'impression de pénétrer dans un ;temps encore rempli du bourdonnement des machines, du sifflet ;des usines, de la libération conditionnelle des ouvriers; ce temps !où s'agglutinaient dans les caniveaux les amas blancs et moutonneux échappés des filatures ; amas qui, aujourd'hui, devaient plutôt provenir de l'effritement des fleurs filamenteuses des abords ;du Canal.l'atteignis ainsi l'intersection des rue Saint-Ambroise et Saint-?Augustin où j'eus droit à mon ^deuxième éblouissement.Après avoir franchi le Canal par un petit pont, une voie ferrée croisait en surface la rue Saint-Am-broise, forçant les automobilistes \u2022à s'arrêter pour laisser passer les itrains de l'Ouest.I .C'est ici que Gabrielle Roy avait situé le logement de |ean Lévesque: « La maison où |ean avait trouvé un petit garni se trouvait immédiatement devant le pont tournant de la rue Saint-Augus-ttin.Elle voyait passer les bateaux plats, les bateaux-citernes ;(.), les barges à bois, les charbonniers, qui tous lançaient à sa porte leurs trois coups de sirènes.(.) Elle était aussi sur la route des lignes ferrées, au carrefour pour ainsi dire des réseaux de voies ferrées de l'Est et de l'Ouest et des voies maritines .de la grande ville.(.) Dans la ;nuit, ce n'était autour d'elle que \u2022 poussière de charbon, chevau-eucc des roues, galop effréné de lia vapeur, long hurlement des sifflets (.) Souvent, en s'éveil-lant le nuit au milieu de tous ces bruits, )ean avait cru être en voyage.» Vous surprendrais-je si je vous disais que c'était quasiment la même animation ce jour-là?C'était inouï ! En l'espace de trois-quarts d'heure, il passa à cet endroit trois trains \u2014 et nous étions un dimanche, imaginez alors la semaine! Trois trains qui ébranlèrent sûrement de la même manière les maisons de la rue Saint-Augustin, car certaines encore aujourd'hui sont à peine à plus de 30 ou 40 mètres de la voie.Rue Bourget Fatigué, j'allais remonter par la rue Bourget vers le centre du quartier quand mon regard fut attiré par une vente de garage.C'était en fait un vaste entrepôt, haut de plafond, qui donnait sur la rue même.Deux jeunes filles et une dame s'affairaient à rentrer à l'intérieur chaises, petits meubles, caisses de livres, bref l'habituelle marchandise que l'on étale sur les trottoirs, les jours de vente.Je m'approchai lentement et je remarquai, tout au fond de ce lieu, dans une demi-clarté, quelque chose d'assez stupéfiant.«C'est un tramway ça?», de-mandai-je à la dame.\u2014\tC'est ça», répondit-elle (l'engin avait l'air neuf.) \u2014\tC'est-tu un vrai?\u2014\tIl roule.\u2014\tMais qu'est-ce que vous faites avec ça?\u2014\tÇa vient d'un film.\u2014\tPas Bonheur d'occasion?\u2014\tC'est en plein ça.» le remontai la rue Bourget lentement, la tête ailleurs.Je ne voyais plus ni maison, ni usine, ni roman, le réfléchissais soudain à la démarche des historiens.À ceux-là dont l'art est de déceler, en étudiant les traces accumulées dans une épaisseur de temps, les grands événements marquants d'un lieu et de sa communauté.Je me disais que maintenant, il n'est probablement plus possible d'accéder aux réalités du passé sans franchir quelques strates de fiction qui, avec le temps, se sont sé-dimentées entre des couches de la réalité.Je fus ramené brutalement à cette réalité par la vitrine des «Chevaliers humanitaires du Québec» que je recroisais pour la seconde fois.J'y lus encore: «Pas de joke.Emplissez votre sac pour 3$.T-shirts: 2 pour 1.50$.Jupes: 3 pour 2$.Blouses: 2 pour 1.50$».Le Saint-Henri de Gabrielle Roy était-il réellement disparu?Peut-être pas totalement.Malgré la multiplication des immeubles neufs, les bons restaurants de la rue Notre-Dame et la fierté bien perceptible des gens du quartier, quelques îlots du désespoir d'antan avaient subsisté.Le désir de la présence humaine m'entraîna vers le bas de la rue Atwater.LUC DUPONT collaboration spéciale ¦ Comment Gabrielle Roy découvrit-elle Saint-Henri?Tout à fait par hasard.C'était en 1941.Gabrielle Roy vivait à Montréal depuis deux ans, depuis en fait ce long et déterminant voyage d'études et de vagabondages qui l'avait menée en France et en Angleterre, et au retour duquel elle avait pris deux décisions: celle de ne pas réintégrer son Mani-toba natal (où l'attendait pourtant son ancien poste d'institutrice ) ; et celle, combien importante, de se consacrer dès lors au «journalisme et à la littérature».Elle avait alors 30 ans.Rapidement, elle obtint des collaborations régulières dans différentes publications.D'abord à l'hebdomadaire Le four, dirigé alors par Jean-Charles Harvey ( Les demi-civilrsés), puis à la Revue moderne, qui publiera ses premières nouvelles.Elle signera aussi dans le Bulletin des agriculteurs \u2014 et ce sera là ses plus grands textes journalistiques \u2014 de fascinants reportages sur Montréal, l'Abitibi et l'Ouest canadien.Mais tout ce tourbillon la laissera, du moins au début, sur sa faim.Car pour l'heure, la jeune journaliste-pigiste se sent bien seule dans la grande ville, loin des parents, des amis; bien seule dans ce petit appartement du boulevard Dorchester (près de Atwater), qu'elle habite alors.«Un soir où je périssais d'ennui, écrira-t-elle plus tard, le désir de la présence humaine fut si vif.en moi tout à coup qu'il m'entraîna vers le bas de la rue Atwater ou la rumeur de vie était la plus attirante».Je m'arrêtai finalement au Restaurant Greene (au coin de Notre-Dame et de la rue du même nom ), rempli à cette heure de groupes de baseballeurs en uniforme qui prenaient leur repas d'après-match.Je commandai à la jeune serveuse qui m'accueillit un spaghetti et une bière d'épinette.Visiblement essouflée par le surplus de travail, elle tirait machinalement, entre deux courses, quelques bouffées d'une cigarette qui se consumait sur un cendrier.Elle avait les cheveux longs attachés dans le dos, des petits seins qui bougeaient sous sa blouse à chacun de ses pas.Je l'entendis parler à une copine de.bébés \u2014\t« l'étais ben jeune quand je suis tombé enceinte»\u2014 de shower \u2014\t« |'me d'mandais même si ça mère voudrait qu'on en fasse un à cause de ça»-\u2014.Puis plus rien.|e fermai les yeux.Quand elle déposa l'assiette de spaghetti devant moi, je lui dis, simplement comme ça: «Merci, Florentine».Gaston Miron Un nouveau regard sur l'entreprise littéraire de celui qui est devenu une sorte de barde national RËGINAID MARTEL ¦ Il semble bien que l'oeuvre poétique de M.Gaston Miron ne connaîtra pas de sitôt son état achevé.Les lecteurs de la nouvelle édition de l'Homme rapaillé qui paraît chez Typo en poche, sont tout de suite avertis: «Vers/on non définitive».Ce qui laisse à entendre que les modifications apportées, par rapport à l'édition de 1970 qui peut tenir lieu de référence, peuvent elles aussi ne pas être définitives, et que les groupes de poèmes présentés comme des fragments, par exemple «La batê- résoudre le dilemme dans lequel l'histoire nous a jetés tout vifs.La poésie de M.Miron est une oeuvre de salut, pour lui-même certainement, comme on le verra, mais aussi pour la collectivité.La poésie, on le sait trop bien, ne peut rien.À moins qu'elle ne soit vécue comme une forme de l'action.Quand M.Miron dit l'aliénation et la déréliction, il ne faut pas s'y tromper: ce n'est pas pour les célébrer de façon masochiste \u2014 et encore moins de façon artistique'., c'est pour les je- .V .wxtfx-xWi* LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE -m Gabrielle Roy Après avoir marché quelques temps, elle aboutit par hasard sur les bords du canal Lachine.«le m'y arrêtai subjuguée poursuit-elle.Des péniches glissaient lentement écorchant de leurs flancs les vieux revêtement de bois.Leur sirène demandant l'ouverture des écluses élevaient des cris répétés, étranges, qui déchiraient l'air comme une plainte».«(.) Ce quartier où, à peine un an plus tard, j'allais délibérément revenir écouter, observer, en pressentant qu'il devenait le décor et un peu la matière d'un roman, me retenait déjà, ce soir d'avril, d'une curieuse façon que je ne peux encore expliquer.Car ses cris, ses appels de voyage, ses odeurs n'étaient pas seuls à me fasciner.Sa pauvreté m'émouvait.Sa poésie m'atteignait».Durant les trois ans qui suivront, en parallèle à son métier de journaliste, elle accumulera patiemment, chapitre par chapitre, l'essentiel de ce qui au départ ne devait être qu'une longue nouvelle mais qui deviendra finalement un roman.Ce roman sera publié à Montréal aux Editions Pascal en 1945.Dès lors, il marquera non seulement l'arrivée du roman québécois à la ville mais l'accession, sur la grande mappemonde des littéraures mondiales, d'un tout petit quartier industriel qui n'en demandait pas tant.\u2022 Le triste, dira Gabrielle Roy en 1974, c'est que Saint-Henri ne m a peut-être iamais tout a fait pardonne d'avoir exposé sa misère.Curieux tout cela, les pauvres n aiment pas qu'on les montre pauvres, pas plus que les riches qu'on tes montre riches et comblés.Pourtant les humains désirent qu'on dise le vrai de la vie.Mais le désirent-ils au fond?» Pour en savoir plus long : GABRIELLE ROY, par François Ricard.Fides.1975.Une biographie de l auteure par un des pkis grands exégétes de son oeuvre.che», pourraient un jour s'enrichir de pièces nouvelles.Il n'en faut pas plus, mais il y a bien davantage encore, pour singulariser l'entreprise littéraire de celui qûi est devenu, le sachant bien, une sorte de barde national, un monument vivant mais recouvert d'une patine légendaire, bref, un homme par qui le pays, entre ses nostalgies passéistes et sa boulimie de changement, aurait enfin trouvé sa vérité singulière.Relativement mince en quantité, et sans cesse remaniée au fil des rééditions et des récitals publics, l'oeuvre de M.Miron a ceci de peu banal que tout le monde à peu près croit la connaître et, peut-être, ne se trompe pas tellement.Elle fait partie de cette mémoire collective où s'inscrit, à travers des cheminements parfaitement mystérieux, ce qui lui appartient par nécessité.C'est une oeuvre qui ne résume pas la poésie québécoise, car bien d'autres poètes, qui font autre chose autrement, ont été conviés eux aussi au concert; notre poésie, dans son ensemble, a pourtant besoin de celle de M.Miron, ne serait-ce que comme point d'ancrage.l'imagine sans effort, mais à mes risques, ce qu'aurait fait M.Miron s'il avait vécu au siècle précédent.Ou bien il aurait écrit une poésie épique, célébrant les hauts faits de la nation canadienne-française, vrais ou imaginés, ou bien il aurait pratiqué un art fondé plutôt sur les rapports de l'homme et de la vie, de l'amour et de la mort, comme la plupart des poètes de tous les temps.La découverte de l'aliénation du peuple québécois, à la faveur de l'idéologie de décolonisation qui triomphait ailleurs dans les années cinquante, a conduit le poète à réaliser la synthèse des hypothèses que je viens d'évoquer.La voix des autres Certes, M.Miron parle en son nom propre: des pans entiers de son oeuvre révèlent les ravages de l'humiliation collective dans une conscience individuelle.Pourtant, à travers cette parole dûment signée, nous entendons surtout les voix confondues d'un peuple tout entier, qui tantôt appellent la fuite, dans la folie ou dans la mort, et tantôt les lendemains qui chantent.Du je, le poète passe au nous: Nous aurons retrouvé /./ le passé, le présent, qui ne se voudront plus les ennemis dressés que nous avons connus Instinct de mort, instinct de vie, nous n'en avons flas fini de ter à terre, les piétiner et leur cra-cher dessus.En saisissant à bras-le-corps les sources et les manifestations du mal de vivre collectif, il les assume un temps, oui, mais c'est pour les infléchir ensuite, de façon qu'elles deviennent le tremplin d'une prise de conscience enfin radicale, révolutionnaire.L'entreprise est ambitieuse, trop sans doute, et on ne voit guère venir les résultats.On a donc reproché à M.Gaston Miron la récurrence de son discours littéraire et politique.Je lis une réponse à cela dans un article de 1987, reproduit de la revue Possibles: «l'aime mieux radoter et être dans la réalité que prétendument ne pas radoter et n'être pas dans la réalité.» La réalité, curieux mot chez un poète.Pourtant, M.Miron croit lui aussi que la poésie a pour but la vérité pratique, que servant la seconde il sert aussi la première.Rappelons-nous les vers célèbres de « La vie agonique», qui disent, sinon l'efficacité au moins la légitimité de la poésie \u2014 et la dignité du poète : /e suis sur la place publique avec les miens la poésie n 'a pas à rougir de moi La poésie militante a mauvaise réputation, elle la mérite souvent.Celle de M.Miron échappe à ces reproches, parce qu'elle n'est pas, il me semble, principalement de nature militante.Elle a surtout contribué pour beaucoup, parallèlement aux sciences humaines, à la connaissance de l'homme québécois.Les collectivités ne sont pas essentiellement différentes des individus qui les constituent.Parce qu'il se sent solidaire des siens \u2014 en fait, de l'humanité tout entière\u2014, M.Miron a compris que la réalité que la poésie lui permet de débusquer en lui-même est aussi dans une large mesure une réalité collective.C'est ce qu'il faut comprendre quand il écrit, dans «Notes sur le non-poème et le poème»: «L'affirmation de soi, dans la lutte du poème, est la réponse à la situation qui dissocie, qui sépare le dehors et le dedans.Le poème refait l'homme.» Et on lira ailleurs: [je veux| que le poèn\\e soit le chemin des hommes Le recours poésie\t; Plusieurs commentateurs ont réfléchi sur la présence et l'absence alternées de M.Miron à la poésie.Ses propos nous suggèrent qu'il en a toujours fait le recours suprême, même quand il était littéralement mobilité par ses tâches éditoriales ou d'animation; culturelle.La poésie, il lui parle comme à une personne vivante, comme à une femme à conquérir.Ce n'est pas facile, si on en juge par cette image étonnante: j'a vance en poésie comme un cheval de trait On devine l'entêtement du poète d'une part, ses carences lin-; guistiques originelles d'autre-part.La difficulté d'écrire, qui.n'est qu'une manifestation de la; difficulté d'être, tient à la rupture i qui a été inscrite entre la langue héritée des ancêtres et un idiome -qui serait moderne et fonction-1 nel, rupture causée par l'influen-' ce de l'anglais, qui est due à son -statut et pratique et symbolique.; Parce qu'il n'est jamais certain, de maîtriser son outil linguistique, M.Miron ne va pas pour au- , tant abandonner la poésie, qu'il; place au-dessus de tout.Et c'est l'amour, plus que toute autre si-, tuation, qui le pousse au recours-poétique.Amours moins heureu-.ses que malaisées, qui font une; juste place à un érotisme de belle-venue, mais plus grave que sou-1 riant.Le bonheur est souvent as-; socié à l'amour, c'est un vieux! mythe.Si l'amour n'est pas là ou; n'est plus là, la poésie courra à* son secours:\t; nous serons J.)\t\\ enfin heureux dans la mémoire ; de mes poèmes\t! t '\u2022V » Et si l'amour est possible, il y a; concurrence: Je voudrais t'aimerJ.] mais voici la poésie, les camarades, la lutte» Dans la poésie d'un homme qui.\u2022 semble être partout et appartenir; à tous, la solitude est omniprésent te.Ce n'est pas celle, sereine, que! se réserve le philosophe.Elle est; souffrance latente tantôt et tantôt douleur vive, comme M.Miron le; laisse entendre dans un texte en* prose qui révèle un profond dé-; sarroi : «Il suffit de me retrouver seul avec moi-même, ou de passer un été comme celui-ci, à tour-; noyer dans mon chagrin, à constater l'échec de la communication depuis le début de mon exis-; tence, à chercher le moyen\u2022 d'enrayer la fatalité de ces] amours toujours défaites qui furent mon lot jusqu'à maintenant pour m'avouer que chacun de, nous est une île (\u2014].» Ce texte douloureux est moins> connu que ceux qu'un Miron va' généralement déclamer sur les tribunes.Mais il révèle, tout au-i tant que le discours patriotique, ou politique, la sincérité de l'homme, poète du désir et poète de l'action, écrivain privé et écri-.vain public.Peut-être l'espérance' qu'a M.Miron de voir ici des hommes «debout dans l'horizon de la justice» est-elle un rêve creux.Je veux croire en tout cas; qu'au delà de ce qui est conjonc-ture, c'est-à-dire de ce qui pour-] rait la dater, l'oeuvre de Mf.Miron restera essentielle.Et même,' aussi actuelle que celle des poètes qu'il dit aimer, Rutebeuf, |oa-chim Du Bellay ou Paul Éluard.: Pour la langue et le langage surtout, «qui sont la présence totale d'un homme au monde».L HOMME RAPAILLÉ, Gaston Miron Préface de Pierre Nepveu.Notice biographique.Bibliographie.Type^ Montréal, 1993.272 pages. LA PRESSE.MONTREAL, DIMANCHE 11 JUKICT IMS BS Ce sera le succès de l'été.Avec «Le Martre des illusions», Donna Tartt fait désormais partie du clan des jeunes auteurs riches et célèbres CJIIIOll-lINDtil iANIIL collaboration spéciale ¦ Le premier roman de Donna Tartt risque bien de devenir le best-seller de l'année.Il faut dire que l'éditeur original de mademoiselle Tartt, Alfred A.Knopf, a tout fait pour que les Américains entendent parler d'elle.Et qu'ils voient cette belle femme de 29 ans dont la photographie à l'endos de la couverture fait rêver et.fait vendre.Pour commencer, la vente du manuscrit a rapporté à son auteu-re la fabuleuse somme de 450000$.Depuis, dix pays ont traduit le roman et les droits cinématographiques ont été achetés par Alan Pakula ( Ail the Presi-dents Men).Donna Tartt fait désormais partie du clan restreint des jeunes auteurs riches et célé- Montréal ville plurielle Une exposition-carrefour sur le thème de la diversité culturelle de Montréal Du 17 juin 1993 au 16 Janvier 1994 Tous Im fours, quslqus choss do neuf! Au programme cette semaine : Tétas d'affiche.des gsns ds passion Rencontre avec Nadia Aastmopoulos, adjointe au vice-recteur, enseignement supérieur et recherche à l'Université de Montréal.mardi 13 juillet à 12 b 10 IfO ÊÊm - - - -*- rhor Ivr raroMi «\u2022 cnoc DêfàL Montréal, ville française, ville plurielle.Les essayistes Michèle Lalonde et Charks Tayior.mardi 13 juillet à 17 b 30 ^ fflytfimss su mouvsncs Serguëi Trofanov.Violoniste virtuose accompagné d'un guitariste, influence tzigane.mercredi 14 juillet à 12 b 10 Têttit d*afficha, dss sitlitss ds toutss Patricia Pérez Robles, comédienne acrobate qui a travaillé avec Caibone 14.jeudi 15 juillet à 17 b 30 Lecture-théâtre de la pièctAdMoraêa de Marco Mtoone, une mise en lecture de Martin Faucher.Producteur dâégué Centre des auteurs dramatiques.vendredi 16 juillet à 17 b 30 \"Met, fmm si pss ét Ateiier-familie.toustssamedaà 15b g> \"Tsut Is msnës sur to plsos Un )eu théâtral d'^s un texte de Dominique de Pasquale avec le Théâtre de La Gro» Valise.à l'extérieur sur la place Royale dimanche à 13 b H 15 b, gratuit PolKTE-À^AUiÈRK 350, pbœ Rafik Vieux Montréal Informations : 872-9150 (taendumardiau dtmjnd*.Paris.1993.143 pages 16.95$.% Sonia Sarfati MADEMOISELLE LOUISE.Geerts et Salma.Casterman, Tournai.1993.48 pages.CACHE-CACHE \u2014 MARGOT ET OSCAR PLUCHE.De Brad.Zidrou et Fatzar.Casterman.Tournai.1993.47 pages.Arrête de faire le clown YVOK BROCHU m ; \"nii i\"i .Les plus étranges métamorphoses ans sa série mettant en .vedette le journaliste lac-ques Saint-Martin, Yvon Bro-chu nous a habitués aux métamorphoses les plus étranges.Dans On ne se laisse plus faire, les personnages d'une bande dessinée quittaient le papier pour s'incarner et en faire voir de toutes les couleurs à leur créateur.Dans On n 'est pas des monstres, trois statues transgressaient toutes les lois de la physique et, faisant fi de la rigidité de la pierre, se mettaient à déplacer autre chose que de l'air, au grand désarroi de la sculp-teure Anne-Marie Zerkovitch.Dans Arrête de faire le clown, l'auteur opte, en quelque sorte, pour le processus inverse.Grigori, un homme comme les autres, «mue» pour devenir véritablement un clown.Prisonnier à jamais de son rôle.Heureux à jamais, aussi, sur la piste du Cirque des Equinoxes.Dans ce troisième volet des' aventures de lacques Saint-Martin, Yvon Brochu fait preuve d'une sensibilité nouvelle.L'intrigue des romans précédents était intéressante; on avait toutefois l'impression de lire un scénario au rythme trépidant mais aux personnages mal définis.Cette fois-ci, l'auteur se fait un peu plus sérieux (il arrête de faire le clown?.) et laisse place aux sentiments.Sonia A*RtTE DE FAUTE LE CLOWN.Yvon Brochu Gulliver Jeunesse.Ouetoec'Amérique.Montréal 1993.158 pages 7.95$ puiaire.«Les jeunes aiment les romans de plus en plus courts, écrits de plus en plus gros, sur des sujets de plus en plus terre-à-terre.Le fast-food culturel, sans saveur, sans odeur, mais attrayant par effet de mode».Bref, estime-t-il, c'est l'avenir même des écrivains traditionnels de littérature imprimée qui est en jeu ' actuellement.« 11 y aura toujours des livres, mais ils s'adresseront à une .minorité décroissante.Peut-être qu'elle cessera un jour de diminuer, mais j'ignore à quel pourcentage.Quand je vais dans les écoles et qu'un prof .me demande de dire un bcn mot en faveur de la création littéraire, pour encourager les écrivains en herbe, je ne suis pas tenté de leur recommander « laissez tout de côté et devenez écrivains!».Mais je me présente pas non plus comme le dernier représentant de la littérature, ni comme son fossoyeur, et je ne leur donne pas raison de s'en désintéresser».Le fils de Régine Desforges dans l'édition C'est sans doute de famille.Toujours est-il que Frank Splengler, fils de la romancière et ex-éditrice Régine Desforges, également présidente de la Société des gens de lettres, a décidé de profiter de 1993 pour lancer sa propre maison d'édition.Les livres de la nouvelle maison, connue sous le nom de Splengler Éditeur, sont maintenant disponibles au Québec, via Prologue.v Frank Splengler s'était déjà fait un nom dans le monde de l'édition française où on le considère souvent comme symbole d'un espace de liberté où des auteurs peuvent s'exprimer sur des questions d'actualité ou encore témoigner et combattre pour des causes qui leur tiennent à coeur.C'est ainsi que c'est lui qui a publié, à sa nouvelle maison, Le tournai de guerre de Zlatko Dizdaveric, rédacteur en chef du seul quotidien de Sarajevo, qui vient de recevoir le prix de Reporter sans frontière.Après avoir fait ses débuts à la maison d'édition de sa mère, dont il fut directeur de 1985 à 1989, Frank Spengler avait ensuite été président et directeur général des Éditions Ramsay.11 vient maintenant de réaliser son vieux rêve d'avoir sa propre maison grâce à l'appui financier important du groupe Magnard, spécialisé dans le livre scolaire et scientifique, qui tente d'effectuer ainsi une première percée dans le monde de la littérature générale.Un honneur pour André Variasse André Vanasse, écrivain et professeur au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, directeur littéraire chez XYZ éditeur en plus de diriger la revue Lettres québécoises vient de voir ses mérites reconnus.Le jury de sélection des Certificats de mérite de l'Association d'études canadiennes vient de le choisir parmi les récipendaires pour 1993.Ces certificats de mérite sont décernés annuellement à des spécialistes qui ont contribué au développement des études canadiennes par leur enseignement, leur recherche, ou leur engagement académique en général.Les grands prix des Laurentides Hélène Dorion, directrice littéraire des Éditions du Noroît et Monique Brunet-Weinmann, sont les deux récipiendaires ex aequo du Grand prix de la Culture des Laurentides dans la catégorie «créateur/créatrice Lettres».Hélène Dorion a publié une dizaine d'ouvrages de poésie au Québec, en France et en Belgique et a notamment conçu le spectacle Alternances présenté à divers Salons du livre, de Québec, de l'Outaouais et de Montréal et au Marché de la poésie de Paris.Également animatrice de la collection Roubaix-Québec aux Editions Brands, maison française et collaboratrice à la revue belge Regart, elle a déjà reçu le prix littéraire Wallonie-Bruxelles.Quant à Monique Brunet-Weinmann, qui a consacré quelque 20 ans de sa vie à la critique d'art sous toutes ses formes, elle a collaboré pendant près de vingt ans à Vie des Arts et a été notamment sélectionnée par Montage 93 dans le cadre du Festival International de l'Image, à Rochester.Vanity Fair récidive : le «scandale» k.d.lang ¦ Après les superbes \u2014 mais controversées \u2014 photos de \"Demi Moore enceinte et dévêtue, publiées il y a quelques î mois, le périodique Vanity Fair ; récidive avec une page frontispi-t ce un peu «scandaleuse»: on y ï voit en effet la chanteuse k.d.I lang installée sur un fauteuil de 1 barbier et langoureusement ap-'.puyée sur la poitrine d'une.ctiiffeuse plutôt affriolante \u2014 incarnée par Cindy Craw-I ford.La photographie s'inspire î d'un classique du peintre Nor-\\ man Rockwell.A l'intérieur, * lang parle de son homo-î sexualité, de son identité de ! femme, de ses fantasmes.JAZZ Le dernier Toni Morrison peut être considéré comme une oeuvre à part CAROLC-ANDRÉE LANIEL collaboration spéciale ¦ La traduction du dernier roman de Toni Morrison était fort attendue.D'une part, parce que jazz est de l'auteure du magnifique Beloved (prix Pulitzer) ainsi que de Sula et qu'elle est une très grande romancière.Ensuite, la sortie aux États-Unis de lazz a provoqué un enthousiasme fou chez la critique et le public.Une presse élogieuse a accompagné le roman.Avec raison il faut bien le reconnaître.lazz peut être considéré comme une oeuvre à part.L'écriture est particulière, marquée du parler «nègre», tandis que sa cadence rythmée et répétitive est celle du jazz.lazz est aussi une oeuvre à part dans la littérature américaine car Toni Morrison poursuit sa chasse au passé esclavagiste des siens.Ici, elle a fait parler une photographie des années 1920 de l'album du photographe Vanderzee, The Harlem Book of the Dead.On y voit une jeune fille en tenue de bal tuée par balle alors qu'elle dansait.Le jazz est la musique de l'époque.«La musique sale et vile chantée par les femmes et jouée par les hommes et dansée par les deux, collés sans pudeur ou séparés comme des sauvages.(.) Elle C'est I histoire des Noirs d'Amérique.Libres, voilà qu'ils se déchaînent à un rythme jazzé, conquièrent la ville et leurs droits encore fragiles.vous faisait faire des choses insensées, déréglées.L'écouter, c'était déjà enfeindre la loi.» Elle fait faire des choses qui vont au-delà du sens.C'est ce que l'on pourrait dire pour la défense de Joe.Représentant de produits de beauté, dans la cinquantaine, marié avec Violette, coiffeuse.Joe a toujours été fidèle, mais il n'y a plus d'amour entre eux.Ils se sont oubliés.Puis |oe est tombé «pour une fille de dix-huit ans avec un de ces amours tordus, profonds, qui le rendait si triste et si heureux qu'il l'a tuée juste pour garder cette sensation.» Dorcas a déjà en tète un autre amour, de son âge celui-là, avec qui enfin elle est allée danser un soir.La musique excite et enlace les corps chauds de Dorcas et de son homme, la musique remplit la tête de |oe.D'un seul geste, il tire sur elle.La musique continue, jusqu'à ce que Dorcas meurt vidée de son sang, emportant dans son silence le nom du tireur qu'elle seule a vu.^ Le jour de l'enterrement, Violette va voir la fille et lui taillade le visage.pour la tuer une deuxième fois.Ensuite, elle décide de reconquérir l'amour mort de son ; Joe.Il y a donc la musique dans la tête de joe et de Violette au moment de leur crime, mais il y.a aussi la Ville, «la musique insinuante de la Ville qui suppliait et jour après jour.* /ens, disait-elle.Vtbns, égare-toi.» C'est elle qui appelle la chair pour ensuite la faire retomber dans les bras de la musique.L'histoire de lazz est très belle., On retrouve les mêmes personnages que dans Beloved et Su/a, des femmes qui tuent, qui commettent des crimes pour protéger leur territoire.Leur cri est un chant d'amour et de guerre.Les femmes de Morrison assument de la même façon leur négritude, leur liberté: par la violence s'il le faut.Autour de cette histoire centrale, il y a celle des Noirs d'Amérique.Libres, voilà qu'ils se déchaînent à un rythme jazzé, conquièrent la ville et leurs droits encore fragiles.Ce n'est pas la première fois que Morrison raconte l'itinéraire des Noirs, de l'esclavage à la liberté.Mais comme toute nistoi-: re, il y a mille facettes à rendre compte.Nous n'avons donc heureusement pas fini de lire Morrison.On aurait souhaité, dans ce cas-ci, une traduction qui aurait rendu compte de l'écriture de Morrison.Ici, elle rend la lecture difficile, nous obligeant à reprendre des phrases et même des passages entiers.Il faut parfois fermer les yeux et imaginer la plume originale de l'auteure.JAZZ.Toni Morrfoon, traduit de l'anglais Votre soirée de télévision LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 11 JUILLET 1993 Paulo Ramos Group, ou le Brésil made in Québec aux États-Unis, en Europe, en Asie.Deux albums, Zig Zug et Futuro, ont même été produits* par une importante compagnie japonaise.Mais l'expérience n'a pas été aussi satisfaisante que souhaitée.Particulièrement dans le cas du dernier disque qui, pourtant, a été produit avec beaucoup de moyens en Californie.«Plus il y a de l'argent impliqué et moins on ose prendre des.risques.La musique est essorée < : dit-il.«On a tellement joué sur scène, ajoute Dan Gigon, que ça fait intégralement partie du genre de musique que l'on veut faire.;-Notre producteur japonais! n'avait jamais vu l'un de nos spec- ! tacles.»\ti Soyez plus futés que le producteur japonais.Allez voir Paulo Ramos et les huits musiciens et danseuses d'origines multiples.L'un deux sera Toninho Ramos venu spécialement de Paris pour voir ce qui a bien pu retenir son frère au Québec.ments plus «occidentaux» comme le synthétiseur, la basse ou la batterie, ceux-ci se mêlent à des percussions, des cuivres et des sifflets bien sud-américains.L'ensemble a toujours une âme, une sensualité toute brésilienne.Les paroles en portugais ne contribuent qu'à enrichir la musicalité latine.«On cherche à avoir un son qui nous est propre, dit Paulo Ramos, mais ce qu'on fait c'est d'abord et avant tout de la musique brésilienne; avec ses instruments, ses rythmes, son influence africaine aussi.» Les deux musiciens que Paulo Ramos s'est associés au fil des années viennent de .la Suisse.Les frères Gigon, Dan à la basse et Yves à la batterie, «jouent aussi bien, sinon mieux que beaucoup de musiciens brésiliens», raconte Paulo Ramos qui a quitté le Brésil en 1981.Les trois compères se sont promenés partout dans le monde; M Le Paulo Ramos Group arrive tout juste d'une première tournée dans l'Ouest canadien.Quand on fait de la musique brésilienne, on se demande quel accueil on aura à Medecine Hat ou à Régina.Et bien nos compatriotes en chapeaux et bottes de cowboy ont a-d-o-r-é.Paulo Ramos en revient à peine, «ça nous a vraiment étonné!».A Montréal, que Paulo Ramos a choisi comme port d'attache depuis 1986, on a appris à reconnaître et à apprécier cette samba aux influences multiples que l'on voudrait bien pouvoir cataloguer.Est-ce de la samba-rock?Ou plutôt de la samba-funk?À moins que ça ne soit de la samba-bossa-nova-jazz-fusion-nord américain-alouette?Les étiquettes ont été définies selon des standards que la musique ignore.Si on retrouve dans la musique du Paulo Ramos Group des intru- Yves Gigon, a gauche, Dan, au centre, et Paulo Ramos, à droite.Le groupe se produit ce soir, à 21 h, sous le toit gonflable de la scène Ultramar, qui chevauche le Boulevard de Malsonneuve et l'Avenue du Président Kennedy.PHOTO ROBERT NAOON.Lm Pnsse I OUVERT LE DIMANCHE DÈS 17 H TABLE D'HOTL 15,95 $ ET ?j 80!.ne MAISONNEUVE OUEST 849-6331 | PRÉSENTE DU 27 JUIN AU 3 AOÛT 1993 Radio et télévision Diffuseur officiel Info Festival Bell (514) 759-4343 LE FESTIVAL ACCEPTE LES FIAIS D APPEL.Programmation \u2022 L'Amphithéâtre > Dimanche 11 juillet, 14h3Q\tr\u2014 PICTUR£S PRH3EHT* Montréal Jubilation Gospel Choir Direction : Trevor W.Payne PRIX : 16,50$, 12,50$, 10$, 8$ Pour obtenir le dépliant et vos billets : 1-800-561-4343 Place des Arts : 842-2112 à Montréal Billetterie Articulée : 393-3656 à Montréal SunLife BKTflM «MB VOYEZ2 FILMS POUR LE PRIX D'UN suivi de: \"SNOW WHITEAND THESEVEN DWARFS\" () Desjardins Bell SunLife Gouvernement du Quétwc Min.itéra de la Culture Gouvernement du Canada Mimstère des Communications S S PIN E L LI O SCOTT CHOIX D'EMISSIONS par Louise Cousineau T * i .* .¦ « I r>\tm- / ¦ lewjournai/Découverte Clôture du Festival international de jazz de Montréal H AA^WAu£j%ia a ifMA t C r\\ O liMJsii A MIA\\ DeruKJYrfRSSJrnO \\D\u20ac ojrnpfHHw) Le Tètejoumal (23M0) Sports / Rêves
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