La presse, 18 octobre 1994, B. Politique
[" LA PRESSE.MONTRÉAL.MARD118 OCTOBRE 1994 Editorial Paul Desmarais président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Des^din* directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef C'est le temps de faire une vraie réforme électorale Bonne nouvelle ! Le gouvernement du Ouébec entend profiter de la prochaine session pour modifier la loi électorale.Le ministre responsable, Guy Chevrette, a même précisé qu'on s'attaquera enfin au problème des trop longues campagnes.Mais il a été plus évaslf quant aux autres changements prévus en se bornant à dire qu'il tiendra compte des critiques les plus fréquemment entendues.D'ici le discours inaugural, le 29 novembre, et le dépôt d'un éventuel projet de loi, on en est donc réduit à des spéculations sur ia détermination du gouvernement de s'attaquer à une réforme en profondeur qui devrait dépasser la seule mécanique du vote On ne peut en effet qu'applaudir à l'idée de voir disparaître l'archaïque procédure du recensement qui n'a comme avantage que d'aider les partis à récompenser les militants en leur offrant un emploi temporaire Et l'Inconvénient non négligeable de faciliter la fraude ou l'erreur de bonne fol en permettant pratiquement à n'importe qui de voter n'importe où Et même, à la limite, de le faire plusieurs fols sans trop de risques d'être attrapé.il va de sol que la liste permanente d'électeurs â laquelle on pense devrait servir aussi aux scrutins sur la scène municipale et scolaire.Et que.sans égard à l'enjeu du prochain référendum, Il y aurait lieu de s'entendre avec Elections Canada pour faire coïncider les limites des sections de vote de façon à permettre aussi son utilisation, lors d'un scrutin fédéral.Net progrès aussi que l'impression de la photo des candidats sur le bulletin de vote pour réduire les risques de confusion et faciliter la participation de tous les citoyens.De même que la revision des barèmes de remboursement des dépenses qui favorisent indûment les grands partis au détriment des plus petits.Cela dit, Il reste d'autres points importants pour la qualité de la vie démocratique qui devraient aussi retenir dès maintenant l'attention Des dossiers auxquels II est toujours plus élégant et aisé de s attaquer en début de mandat plutôt qu'à la fin.C'est le cas de l'obligation de tenir des élections partielles inutiles et coûteuses à quelques mois d'un scrutin général.Si le principe forçant le gouvernement à combler une vacance dans un délai de six mois demeure valable, il perd tout son sens dans un tel contexte et contribue même à banaliser l'exercice du droit de vote en lui enlevant toute signification réelle.Tout le monde y gagnerait, les électeurs comme les partis.si on amendait la loi pour en suspendre l'application dans la cinquième année de mandat d'un gouvernement On devrait d'ailleurs profiter de l'occasion pour s'interroger sur la pertinence de ia règle qui réserve au premier ministre la prérogative de choisir seul la date d'un appel au peuple.Même si c'est une tradition héritée du système parlementaire britannique.ce n'est pas une raison pour se cramponner à un usage discutable qui a comme conséquence de réduire cet exercice démocratique par excellence au rang de simple facteur parmi bien d'autres dans une stratégie visant seulement à se maintenir au pouvoir Sans parler de ses effets paralysants pour tout l'appareil gouvernemental qui a tendance à se réfugier dans une prudente expectative dès que ia rumeur s'amplifie quant à l'imminence d'élections générales.S U faut préserver le principe de la possibilité d élections anticipées \u2014 par suite d'une défaite en Chambre ou de la nécessité d'aller chercher un mandat clair sur un point précis \u2014, il en va autrement lorsqu'il est question d'une échéance normale comme un scrutin général qui devrait se tenir à date fixe comme c'est le cas dans beaucoup d'autres pays Ces changements \u2014 somme toute mineurs \u2014 ne régleront pas tous les problèmes de la démocratie parlementaire.Plusieurs ont déjà fait l'objet d'études fouillées et devraient maintenant déboucher sur un débat public d'une durée limitée pour qu'on arrive enfin à des décisions.C'est le cas.par exemple.du mode de scrutin que des experts suggèrent de changer pour assurer une représentation proportionnelle aux diverses tendances exprimées par l'électorat.Ou encore de la redéfinition du rôle des députés dont ia fonction première de législateur a été diluée au profit des seuls membres du conseil des ministres.Le prochain discours inaugural devrait témoigner d'une volonté d aller plus loin que ce qu'a déjà Indiqué le ministre Chevrette.L'amorce d'une vraie réforme électorale demeure un des éléments les plus valables et les plus durables de l'héritage laissé par le premier gouvernement Lévesque.S'il est un domaine où celui de M Parlzeau devrait faire preuve de continuité.c'est celui-là Pierre CRAVEl L'après-Kohl La victoire ténue du chancelier Helmut Kohi aux élections allemandes lui permettra de prendre en main l'avenir de l'Europe comme II le désire.Après l'unité allemande.il veut faire celle de l'Europe, l'une étant étroitement liée à l'autre Affaibli par la maladie, ie président Mitterrand ne peut plus faire campagne pour consolider l'Union européenne et M.Kohi est maintenant lncontestableme.it à la tête de l'Europe, tant par ses convictions que par la puissance de l'Allemagne.C'est aussi dans ce domaine que l'opposition du Parti social-démocrate (SPD) sera la moins acharnée, car celui-ci reproche â M.Kohi de ne pas aller assez vite et assez loin dans la construction européenne Le chancelier pourra ainsi continuer à Jouer un des rôles qu'il affectionne, celui de l'historien qui aide l'histoire à se derouler de façon harmonieuse.C'est ainsi qu'il a accéléré la réunification allemande, en 1990, alors que de toutes parts on le lui déconseillait.C'est le côté homme d'État de M.Kohi.Mais il y a aussi celui du chef de parti qui impose une discipline de fer et dont l'objectif est toujours de gagner les prochaines élections.L'opposition fera de son mieux pour le dérouter en lui lançant des pelures de banane.Or, elle en a les moyens.D'une part, parce que la majorité de l'Union démocrate-chrétienne de M.Kohi, le CDU, a été réduite à dix voix au Bundestag, le parlement.D'autre part, parce que le Parti social-démocrate a remporté les élections régionales qui se tenaient en marge des élections fédérales.Ces victoires régionales permettront aux sociaux-démocrates de renforcer leur majorité au Bundesrat, l'équivalent allemand du Sénat, dont les membres sont nommés par les gouvernements régionaux des Lànder Le gouvernement ne pourra donc plus faire adopter des lois importantes contre la voloni: ie l'opposition et le gouvernement aura besoin de toute la discipline que M Kohi peut imposer au parti.Mais les circonstances ont changé et les efforts de M.Kohi risquent d'être moins efficaces, car il a l'intention de ne pas briguer un cinquième mandat en 1998.il ne sera plus là pour rassembler les voix, le véritable fruit de la discipline.Les ténors de la CDU n'ont donc plus le même intérêt à mettre en veilleuse leur ambition personnelle pour maintenir l'unité du parti.une autre source de souci pour le parti de M.Kohi est son partenaire libéral (FDP) dans la coalition gouvernementale dont le sort aux urnes, depuis quelques temps, varie entre l'insuccès et le désastre Son chef est le ministre des Affaires étrangères.Klaus Klnkel, qui a du mal à suivre la voie prestigieuse tracée par son prédécesseur Hans-Dletrich Genscher.Et si le chancelier s'occupera personnellement de la politique européenne, les électeurs auront de plus en plus de difficulté à voir la nécessité de maintenir M.Klnkel et son parti au pouvoir.Au cours des quatre prochaines années.M y aura donc de profondes transformations dans la coalition gouvernementale.que M.Kohi, en fin de carrière, ne contrôlera plus.Cette perspective fait entrevoir au chef du SPD la possibilité d'accéder au gouvernement avant les prochaines élections .Les difficultés imprévues de la réunification et la récession ont secoué l'autosatisfaction des Allemands, mais aucun parti n a su leur offrir un programme qui répond â leurs nouvelles attentes.Avec la retraite prévue du chancelier Kohi, qui domine la politique allemande depuis 12 ans.les deux partis principaux seront poussés a réexaminer leurs idées et leur orientation politique, pour un renouveau très nécessaire de la vie politique en Allemagne Frédéric wagniêre Malheurs princiers Candeur, naïveté, un suicide royal ou une déclaration d abdication ?Chacune de ces Interprétations ou toutes ensemble peuvent s appliquer à la biographie autorisée du prince Charles Que le prince, par souci d'honnêteté ait accepté de rendre publics les malheurs de sa vie personnelle, c'est son affaire.L'affaire d'un homme, oui.Mais l'affaire d'un futur roi ?Les Britanniques en doutent.Le prince avait-il mesuré l'Impact de ses révélations sur le prince Philip, un homme dominateur et rude, sur la reine Ellzabeth, une femme froide et sur la princesse Diana qu'il avoue candidement avoir épousée par devoir ?Lui seul connaît la réponse Mais, déjà passablement secouée par les frasques des enfants royaux, la majorité des Anglais, qui se délectent pourtant de ces scandales monarchiques, apprécient de moins en moins de tels êpanchements.A l'exception de la reine, toujours respectée par ses sujets, la Couronne vit donc une grave crise existentielle.Pas étonnante alors la rumeur persistante que la fin du règne d'ÉHzabeth tt marquera la fin de la monarchie Toutefois, cette crise est paradoxale.C est en se révélant plus humaine que la monarchie s est rendue vulnérable.L hypocrisie et le silence Imposaient le respect et l'admira tion tandis que la vérité devient marque de faiblesse.Claudette tougas tes /ëLjNpe Pu/yceo GTC (suppij (\tn DROITS RÉSERVES Im boîte aux lettres On a donné trop d'importance à l'affaire du hidjab ¦ Dans ce qu'il sera maintenant convenu d'appeler « l'affaire du foulard islamique de l'école Louis-Riel ».il me semble que les médias ont peut-être « pèche >» par excès en transformant cette histoire en affaire d'État avec tout l'attirail des grandes enquêtes : reportages à répétition, entrevues de spécialistes, émissions spéciales, manchettes.Cela n'a fait que servir le souhait profond des islamistes ( que je ne confonds pas avec le musulman moyen ) pour la visibilité et la publicité En effet, la publicité est la substance dont se nourrissent et se fortifient tous les mouvements extrémistes En effet, je ne puis m'empécher de croire que toute cette affaire sent le coup monté, qu'il s'agit d'une provocation dont le but est de « tester » le règlement vestimentaire de l'école Louis-Riel afin de voir si la direction va résister aux pressions ou va capituler devant ceux qui cnent fort en accaparant les micros Le règlement de l'école est clair et a été adopté par la majorité des parents et tels intervenants scolaires ( enseignants, direction ) : pas de signes ostentatoires d'appartenance ethnique, religieuse, politique, etc.I* proverbe ne le dit-il pas : « Dans la mesure est la vertu » Les élèves doivent porter des vêtements « stan dards » afin de ne pas se jeter à la figure leurs difféiences à tous les matins fis sont ensemble pour ap prendre à vivre dans la cohabitation harmonieuse et non l'affrontement continuel.Les jeunes qui s'inscrivent à cette école et leur» parents savent donc en quoi consiste le règlement qui fait partie du projet éducatif spécifique du milieu.Ce règlement semble ac- cepté de bonne grâce par les élèves et leur famille qu'ils soient catholiques, juifs, hindouistes, etc.Mais tout porte à croire que les islamistes se considèrent au dessus de la loi commune et connue ! Non seulement réclament-ils, par gamines interposées, de ne pas d'y soumettre mais encore voudraient-ils qu'on leur laisse faire leurs quatre volontés quand bon leur semble et où cela leur plaît ! D'une certaine façon, cela est compréhensible : pour les islamistes, l'Islam est « la meilleure des communautés qu'il y a dans le monde » ( textuel dans le Koran ).Aussi, ils ne peuvent voir le monde qu'en des termes d'opposition « nous-eux « nous » devons prendre la meilleure place parce que nous sommes les meilleurs et « eux h devraient nous céder et se faire petits.C'est là une attitude antidémocratique, sectaire, intolérante.et intolérable pour la société québécoise pluraliste qui est prête à faire de la place à « 10 religions, 20 langages » ( G Vigneault ) pourvu que les arrivants soient prêts, pour leur part, à accepter les valeurs fondamentales de cette terre d'accueil : « démocra tie, droits de la personne, égalité des sexes, séparation de l'Église et de l'État, etc.» ( Georges M adore ).F rançois Me CAULEY Sherbrooke Mauvaise gestion du Parc de !a Catineau ?¦ Comme bien des Montréalais, j'ai décidé 1 été dernier de passer mes vacances au pays et par surcroît en cette année d'élection j'ai voulu donner une chance au coureur et passer quelques jours dans la Capitale nationale pour mieux compren- dre la place que réserve le Canada aux Québécois.Malgré une publicité télévisée où l'on pouvait entendre un jeune garçon dont l'accent ne laissait aucun doute quant à sa lente assimilation ( ne trouve-t-on pas de jeunes comédiens parlant un français correct dans l'Outaouais ou est-ce délibérément qu'on projette cette image « franglaise » ).nous avons risqué un séjour à Hull.un havre de culture et de plein-air.disait-on.Après avoir réussi à comprendre et à faire la part des choses entre l'information et la publicité d'Ottawa, de Hull-Ottawa, de l'Outaouais et de la Capitale nationale qui se contredisent ou répètent tout bêtement les mêmes renseignements superficiels dans une surcharge de dépliants à gros budget, nous avons opté pour un dimanche à la plage au Parc de la Gatineau.Et c'est là que la sauce se gâte et que l'on constate que la réputation de région sur-gou-vernée.où les fonctionnaires se marchent sur les pieds, est bien fondée Nous dirigeant au Lac La Pèche, nous amvons à Ma&ham ( village à 10km de Hull ) où un panneau bloque la route indiquant « chemin fermé ».Nous continuons quelques kilomètres plus loin à la recherche d'une route alternative identifiée.A la vue d'un panneau de signalisation indiquant la route pour le Parc de la Gatineau on se rassure, en trouvant bien étrange toutefois l'absence d'indication de détour.Nous suivons sur près de 10 kilomètres des pictogrammes « on ne peut plus bureaucratiques * représentant une symbiose d'arbre, de lac et de nuage.un panneau à n'y rien comprendre probablement produit par un fonctionnaire en mal d'exotisme et anxieux de confondre le touriste qui ose s'aventurer en son territoire.Après V) minutes de route cahoteuse, nous arrivons.a une barrière où l'on retrouve une série de peuts chalets laisses à l'abandon.Nous apprendrons plus tard que c'est un centre d'interprétation de la Commission de la Capitale nationale ( Agence gouvernementale responsable du Parc de la Gatineau ).un site fermé il y a plus de 5 ans.Mais encore une fois malgré l'indication « Parc de la Gaiineau >» en bordure de la route, rien ne laissait croire que nous nous dirigions vers un eu! de car ia CCN r» a pas trouvé bon de mettre un panneau explicatif même 5 ans après la fermeture de ce lieu publique ! Nous rebroussons chemin, déterminés à trouver la plage du lac La Pêche.Après un appel au centre d'info du Parc on nous dit que la route de Masham vers le Lac La Pêche est bel et bien ouverte malgré le panneau « Chemin Fermé ».« pas notre faute Monsieur, c'est un chemin Municipal >» de me dire l'agent d'information Ouais, ouais facile comme excuse face à l'incompétence Après 5 kilomètres, l'accueil royal du Parc de la Gatineau.$5.50 svp.Et c'est là que vous entrez dans la zone d'incompétence gouvernementale.Une route de gravier qui vous détruirait même la plus robuste des LandRover, une route de grosses pierres anguleuses allant de 8 à 10 cm.où même en roulant à 10 km/h j'y ai laissé le silencieux de ma Toyota 93 ! Bel exemple magistral de l'incompétence des gestionnaires du Parc de la Gatineau Si la CCN ne peut gérer ce Parc convenablement, pourquoi le Ministre Dupuy n'en remet-il pas la gestion à Parc Canada.Pourquoi est-il nécessaire que cette plage soit gérée par une agence du Gouvernement incompétente plutôt que par une firme privée ?Un tel laisser-ai-ler n aurait jamais été permis du côté Ontarien de la Capitale, mais on se dit que les Québécois se contentent de peu.Michel DLBfc Montréal MARD118 OCTOBftf 1994 OPINIONS Le citoyen doit demeurer au coeur de la revitalisation de sa ville L'administration du RCM a atteint ses objectifs PHYUIS LAMBERT L auteur est directeur du Centre canadien d'architecture.À l'approche des élections municipales, les Montréalais doivent se demander ce qui est fondamental à l'avenir de leur ville.Collectivement, en tant que Montréalais, nous sommes en train de façonner Montréal à notre propre image, comme jamais cela ne s'est produit dans l'histoire de notre ville, et à un degré que très peu d'autres villes en Amérique du Nord ont pu atteindre.Les Montréalais se sont dotés d'instruments précieux de démocratie municipale depuis les huit dernières années, notamment les conseils de districts, les conseils de quartiers et le Bureau de consultation de Montréal.Ces audiences publiques et ces consultations enrichissent la ville.Elles permettent d'élargir le débat, et multiplient les solutions possibles en conjuguant l'expérience et les connaissances qu'ont les citoyens des problèmes à résoudre.Elles mettent à contribution des talents dont la communauté serait privée autrement.Il faut raffermir ces acquis et nous devrions nous demander qui sont les hommes et les femmes politiques les mieux en mesure de bâtir l'avenir sur ces assises.La démocratie municipale Pensons au Montréal d'avant 1986.Les décisions se prenaient dans le secret, souvent de façon arbitraire.Rares étaient ceux qui avaient leurs entrées à l'hôtel de ville, et on ne comptait pas parmi ceux-là les citoyens des divers quartiers socio-économiques qui sont le fleuron de notre centre-ville.Malgré les protestations de leurs résidants, des quartiers comme la PetiteBourgogne et Milton-Park ont été presque rasés.Les immeubles qui formaient le tissu social et physique de la ville, de son histoire et de ses souvenirs ont été démolis presque en cachette, au mépris des lois, de façon désordonnée.Les quelques parcs insuffisants, les quelques espaces publics risquaient d'être amputes, dont notre Mont-Royal et le domaine des Sulpiciens, qui date du XVIIe siècle.Il n'y avait pas de plan directeur.La planification était de fait confiée aux ingénieurs de la voirie, qui élargissaient des rues, coupaient des arbres, démolissaient des édifices et déplaçaient des gens.La ville était le royaume de l'automobile, pas des humains.Le maire était un homme de vision : il savait ce qu'il voulait.Pour lui, la consultation se bornait à consulter le peuple tous les quatre ans.le 6 novembre.Consulter, pourquoi ?« La consultation ne fait que créer la controverses, m'a dit un jour le maire Drapeau.Il savait qu'avec la consultation, il était plus difficile d'exécuter des choses rapidement, qu'il était plus difficile pour une seule personne d'imposer sa vision de la ville.Phytlls Lambert Aujourd'hui, un débat public sain prévaut pour à peu près toutes les questions d'importance dans l'édification de notre ville.« La sagesse collective de notre communauté nous vient, comme l'écrit Pierre Clavel, de la large participation des citoyens plutôt que des experts municipaux ou des consultants.» Depuis les quelques dernières années, les citoyens et les fonctionnaires de Montréal ont coopéré à des consultations publiques qui ont fait toute la différence dans le développement économique, social et culturel de la ville.Us ont défait un malencontreux projet du gouvernement provincial visant à déplacer l'Hôtel-Dieu du centre de la ville.Us ont bonifié le design de plusieurs immeubles, de même que le plan de revitalisation du parc Mont-Royal.Le public a aussi participé à l'évaluation du programme intégré de gestion des ordures ménagères.Le premier plan directeur de Montréal est le résultat d'audiences publiques exhaustives, chaque étape lui donnant plus de profondeur et de légitimité.Grâce aux conseils de districts, les gens ont pu rencontrer leurs conseillers pour discuter avec eux de toute une gamme de problèmes locaux à travers toute la ville.fait.Le public est tenu encore a l'écart de certains éléments et ne peut donc apporter sa contribution.Néanmoins, il s'agit d'un cheminement ordonné et responsable vers l'art de construire une ville, cheminement essentiel mais qui doit être sujet à révision.Les gens du RCM qui ont canalisé ces forces collectives ont fait l'apprentissage de la politique en luttant contre une administration municipale autocratique.Une fois arrivés au pouvoir, c'est sur la consultation qu'Us ont axé le processus de développement urbain.Le nouveau Montréal Une ample consultation a précédé le plan directeur, qui définit le développement à long terme de Montréal.Ce plan traite des détails cruciaux, comme l'importance des entrées sur les artères commerciales ( contrairement à la tendance des mails qui se tournent vers l'intérieur et absorbent l'énergie venant de lame ), la sauvegarde du patrimoine et les questions de stratégie de développement à long terme.Ce plan directeur a permis de renforcer le rôle résidentiel du centre-ville, ajoutant par la même occasion à l'assiette fiscale.Le concept du Nouveau Montréal, issu du plan directeur, sert de modèle pour la création de nouveaux quartiers urbains et a déjà une re- Ce processus est loin d'être par- nommée internationale.Par l'entremise des organismes para-municipaux créés depuis 1988, le RCM a commencé à appliquer un programme longtemps attendu de revalorisation des espaces publics.Ce programme comprend la restauration de monuments en voie de détérioration et l'aménagement de nouveaux squares publics ( le square Berri ).Cette dernière réalisation s'est faite par le biais d'un concours ouvert à tous les artistes de la ville par opposition à l'ancienne méthode d'attribution de contrats ( qui nous a donné des espaces inutilisables et défiguré, des parcs comme le square Viger ) qui échappait à tout contrôle.Revitalisation : un mot d'ordre capital Ce programme comprend aussi une très importante initiative touchant les logements sociaux.II s'agit de remettre en valeur, tant au plan physique que social, des quartiers d'habitation dégradés peuplés par des gens à revenu modeste.Plutôt que de les déplacer, ce programme a comme objectif de permettre aux résidants de rester dans leur demeure, de leur assurer la propriété collective et de leur permettre d'acquérir les compétences nécessaires à une prise de décision démocratique et à la gestion de leur propriété.Ceci a eu un effet multiplicateur : des quartiers ont été bonifiés, le taux de criminalité a diminué.Durant les cinq dernières années, 3 700 résidences ont ainsi été revitalisées dans plusieursquar-tiers.D'importants progrès ont donc été réalisés dans la revitalisation de la ville, et de bonnes assises ont été mises en place pour poursuivre le travail.Il ne s'agit pas seulement d'améliorer les apparences extérieures, comme certains candidats le proposent.La cité-jardin est un concept du XDCe siècle maintenant dépassé.Il y a une différence profonde entre la cité-jardin et la ville écologique.Ce qu'il faut, c'est continuer à bâtir de l'intérieur, renforcer les structures des quartiers, donner des pouvoirs aux gens et leur assurer une certaine sécurité.C'est un défi que de continuer a rapatrier des résidants dans le centre-ville, de remplir les zones vides et de réduire en même temps l'utilisation de l'automobile comme moyen de transport vers les banlieues, et par ce fait même, de réduire la pollution.Pour notre avenir collectif, nous devons pouvoir arriver à ces solutions et à d'autres par l'entremise de la consultation publique.L'administration du RCM a atteint ses objectifs, ceux qu'elle s'était fixés lors de sa première élection.Mais le travail n'est pas terminé et les nouvelles institutions ne sont pas à l'abri d'une administration hostile.Nous devrions, je pense, analyser les élections municipales en tenant compte de ces facteurs, et nous demander qui, parmi les candidats, est prêt à protéger ces réalisations et à bâtir sur ces assises.Croix-Rouge : les exigences aux É.-U.et ici ne sont pas les mêmes DOUGLAS LIN DOUES L auteur est secrétaire général et chef de la direction de la Société canadienne de la Croix-Rouge.II ne serait pas digne d'un organisme comme le nôtre de passer sous silence la façon dont votre journaliste, Mme Claudette Tou-gas, a interprété dans son édition du 12 septembre dernier la décision de la FDA ( Food and Drug Administration ) américaine, en laissant le public canadien douter de nos mécanismes de contrôle de la qualité du sang qui est distribué par la Croix-Rouge.Nous n'avons aucune raison de nous cacher derrière un rideau de fer.Notre transparence et notre juste sens des valeurs témoignent depuis toujours de notre respect envers les citoyens et les citoyennes utilisateurs.^ ce titre, est-il btsoin de rappeler que c'est par son engagement d'abord communautaire que la Croix-Rouge canadienne a obtenu les lettres de noblesse que nous comptons bien conserver ?Malgré les étapes difficiles que nous avons traversées dans le dossier du sang contaminé, nous avons su prendre les mesures qui s'imposaient pour faire en sorte que personne, je dis bien personne, ne puisse douter de notre inte- Rfitt* |e tiens à vous rappeler également que la ministre fédérale de la Santé, Mme Diane Marleau, a plus d'une fois déclaré que le rapport fourni par un comité d'inspection confirme hors de tout doute aue la qualité du sang envoyé aux Etats-Unis était tout à fait conforme.n est déclaré dans l'éditorial de Mme Tougas, et je cite : « Une commission d'enquête se tiendra h partir du 20 septembre sur ce sujet ( rôle de la Croix-Rouge dans la cueillette et la distribution du sang ).Mais pourauoi faut-il encore un tribunal public pour mettre de l'ordre dans ce sombre dossier?» Si nous n'avions pas eu à relever des allégations sans fondement et souvent irréfléchies qui ne servent qu'à semer la crainte dans l'esprit du public, il est possible que les correctifs auraient pu être apportés dans un tout autre contexte.Pourtant, ce qui est fait est fait, et c'est par souci de faire toute la lumière sur la question que la commission d'enquête a été formée.Maintenant, il serait bon qu elle puisse fonctionner sans entraves afin d'informer le public et non de lui inspirer de la méfiance envers notre système.|e vous rappelle que nous avons l'un des systèmes d'approvisionnement en sang les plus sûrs du monde.Les Canadiens et les Cana- diennes peuvent compter sur notre système grâce au professionnalisme de notre personnel dévoué et à la loyauté quasi incroyable et à toute épreuve de nos 700 000 donneurs de sang réguliers.Grâce à eux, plus de 27 millions de Canadiens et de Canadiennes ont un approvisionnement sûr et adéquat de produits sanguins, ce qui est loin d'être un danger.Plutôt que de faire peur aux utilisateurs, il serait plus honnête de votre part de préciser que les intervenants dans le système national d'approvisionnement en sang savent pertinemment que les normes de qualité relèvent du Bureau des ^produits biologiques et non de la Croix-Rouge elle-même, et u'en plus, ces normes diffèrent celles de la FDA.Il me semble impératif de préciser ici que la plupart des commentaires formulés par l'inspecteur de la FDA portent sur des exigences de réglementation différentes dans les deux pays, et non pas sur la sécurité ou même sur la qualité.On oublie dans ce dossier que la position adoptée par la FDA, en août dernier, -interdire l'entrée aux États-Unis de tout le plasma-aphérèse destiné au fractionnement qui n'est pas prélevé en vertu d'une licence de la FDA- est un élément totalement nouveau.Nous avons pris les mesures nécessaires pour satisfaire à ces nou- de velles exigences ; nous déposerons officiellement notre demande de licence dans les semaines à venir.En plus de s'assurer de sa conformité dans ses échanges avec nos voisins américains, la Croix-Rouge canadienne travaille également, depuis déjà plusieurs mois, à un programme de rationalisation de ses opérations.Nous sommes conscients que des mesures s'imposent à cet égard et c'est pourquoi il devient plus que nécessaire de mettre les éléments en place à cette fin.Nous avons la ferme intention d'atteindre nos objectifs en veillant à ce que notre réputation ne soit pas ternie par ds fausses allégations.Notre responsabilité est trop importante pour être remise en question et nous comptons bien le rappeler à chaque occasion à ceux et à celles qui attaqueront notre crédibilité.Réplique ¦ La commission d'enquête sur le sang contaminé n'a hélas fait que confirmer les inquiétudes que nous exprimions au début septembre sur la crédibilité de la Croix-Rouge canadienne en matière de collecte et de distribution du sang.C.T.B 3 iLvsiann (iaunon Fleurs et fanfares.ercredi.l'arrivé au journal.Dans l'ascenseur, une collègue a les yeux rouges.« Géraïd est mort! », dit-elle.Instinctivement, je pense à un de nos collègues dont c'est le prénom.Un type en pleine forme, mais on ne sait jamais, la vie, la mort, c'est tellement bête.«Ben non, voyons», dit-elle, comme s'il n'y avait qu'un seul Gérald au monde.«Godin.» Trois intersections à l'ouest de l'église Saint-1 Claver, le boulevard Saint-Joseph est bloqué par des voitures de police.Au loin, clignotent d'autres voitures de police.C'est bien à l'église Saint-Pierre Claver que je m'en allais, mais je ne m'attendais pas à des barrages policiers.Dans le temps, Godin et la police, ce n'était pas un mélange évident! Quand l'un était dans la rue, l'autre était sur le trottoir, visière baissée.le demande à une jeune policière pourquoi toutes les rues sont bloquées.« C'est pour les funérailles de Gérald Godin », dit-elle, et je jurerais que sa voix s'est étranglée.Dans la rue Gilford, un grand drapeau fleurdelisé est accroché au poteau d'un balcon.En berne Cela aura été des funérailles \u2014 comment dire \u2014 joyeuses.Cette mort n'était pas un choc.Les morts délivrances s'abattent moins lourdement sur ceux qui restent, surtout quand le disparu veut être fêté dans le sourire plutôt que dans les larmes.Godin avait eu, hélas, tout le temps qu'il fallait pour préparer ses funérailles, pour dire à sa femme comment il voulait qu'on le célèbre et qu'on l'enterre.Il voulut être célébré dans la rue, par le plus de monde possible, par le peuple de son comté et par tous ceux qui voulaient venir, et enterré sous un arbre, dans leur jardin.Son désir fut exaucé.Fanfare de cirque, orchestre portugais, fleurs mortuaires laissées devant l'église, offerte à tous.Avant de s'engouffrer dans le sous-sol de l'église pour une fête communautaire où d'autres hommages, spontanés ceux-là, lui furent rendus, les gens en prenaient au passage.Denise Boucher la poétesse, radieuse, s'était piqué une belle fleur jaune dans la crinière.Un monsieur en complet-cravate s'en était mise une à la boutonnière.Les enfants faisaient des bouquets.La « liturgie » dite de consolation avait été a la fois émouvante et irritante pour qui se souvient de l'époque où les curés faisaient de la politique du haut de leur chaire, promulguant que « le ciel est bleu, l'enfer est rouge ».Une cérémonie où la politique pesait plus fort que la religion, ponctuee d'allusions et d'ovations partisanes.Discours final, celui du curé de la paroisse avec des appels à la souveraineté encore plus directs que ceux de Jacques Parizeau lui-même! Le ciel était plus bleu que jamais.Il y eut de beaux moments apolitiques, tout de même: des chants, des poèmes, Pauline évidemment, et sa secrétaire de comté, Yolande Leblanc: « Gérald aimait le monde, c'est pour ça que le monde l'aimait », conclut Yolande Leblanc, dans le témoignage le plus simple et le mieux senti de l'après-midi.Autre grand moment: la foule compacte, debout, chantant a capella la chanson favorite de Godin, « Le temps des cerises », cette vieille chanson française dont le message révolutionnaire s'abrite derrière un joli thème bucolique.Dans la foule de quelque deux mille personnes qui sortait de l'église, il y avait des gens qui pleuraient à chaudes larmes et des gens qui souriaient.Pauline lulien, veste de daim, foulard de gitane, ne pleurait pas, ne pleurait plus.Toutes les larmes, sans doute, avaient déjà été versées durant ces dix années où son beau Gérald au sourire moqueur avait été transformé, graduellement mais irréductiblement, en très, très grand malade exposant partout son crâne meurtri, son visage métamorphosé et sa démarche de vieillard.Jusqu'à la fin, et même contre le bon sens, il s'était accroché ù son comté, aussi fort que son comté s'était accroché à lui depuis cette extraordinaire campagne de 1976 où Gérald, ce merveilleux gars qui n'était rien, rien qu'un copain, un bohème, mi-journaliste, mi-poète, enseignant à ses heures, avait battu un premier ministre! C'est du journaliste que je me souviens le mieux.Mes excuses aux poètes, mais il me semble que Godin était surtout un journaliste: curieux, intuitif, brouillon, grégaire, imprévisible, toujours à l'affût de l'actualité, vivant dans l'instant, « sur le deadli-ne », passant avec une rapidité fulgurante d'une idée à l'autre et d'un registre à l'autre, tour à tour méditatif, cynique et taquin, « généraliste » endurci détestant toute spécialisation, comme si la spécialisation menait à l'enfermement, à l'isolement, à l'esseulement.C'était aussi dans ce métier qu'il avait appris la tolérance.Les reporters, même engagés comme l'était Godin dans les années 60-70, interviewent toutes sorte?\t*t couvrent toutes sorte» d
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