La presse, 26 janvier 1995, C. Monde
[" FRANCE Jack Lang retire sa candidature ¦ Le candidat socialiste le plus populaire en France, l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, a annoncé hier qu'il se retirait de la course à l'élection présidentielle d'avril-mai et soutiendra la candidature du chef du parti, Henri Emmanuelli.Ainsi, sauf surprise de dernière minute, le candidat du PS sera soit M.Emmanuelli, soit M.Lionel Jospin, ancien patron du parti et exministre de l'Éducation, deux personnalités que pour l'instant les sondages jugent incapables de franchir le premier tour de l'élection.Le choix entre les deux hommes sera maintenant soumis au vote dans les sections de base du PS avant d'être avalisé, le 5 février, par un congrès extraordinaire.Jack Lang a ainsi cédé aux nombreuses pressions de l'appareil du parti où beaucoup le jugeaient trop « mondain » et pas assez « sérieux ».d'après AFP HAÏTI Le premier ministre en France ¦ Le premier ministre haïtien, Smarck Michel, a annoncé hier à Port-au-Prince qu'il attendait des « engagements fermes avec des dates et non des promesses » lors de la réunion des bailleurs de fonds d'Haïti les 30 et 31 janvier à Paris.Le chef du gouvernement haïtien s'exprimait lors d'une conférence de presse quelques heures avant son départ pour la France où il doit rencontrer le président François Mitterrand et le premier ministre Edouard Balladur.« Le gouvernement et le peuple haïtiens sont actuellement assis au bord d'une piscine risquant de mourir d'insolation alors que la communauté internationale nous dit : jetez-vous à l'eau, on va vous repêcher», a déclaré M.Michel.d'après AFP BULGARIE Nouveau premier ministre B M.Jean Videnov, 35 ans, a été élu hier premier ministre de Bulgarie par le parlement où son parti \u2014 le Parti socialiste ( PSB, ex-communiste ) \u2014 et ses petits partenaires ( le Parti agrarien Alexandre Stamboliyski et le Club écologiste Ecoglasnost ) ont ensemble la majorité absolue.La candidature de M.Videnov a été acceptée par 138 voix pour, 91 contre et 2 abstentions.M.Videnov, président du PSB qui a gagné les élections parlementaires le 18 décembre dernier, a déclaré hier que son parti était prêt à gouverner pendant les quatre prochaines années.d'après AFP RWANDA-ZAÏRE L'ONU dit non ¦ Les Nations unies ont renoncé à envoyer 5000 Casques bleus pour assurer la sécurité dans les camps de réfugiés rwandais au Zaïre, les États membres refusant de fournir des troupes à cet effet, a annoncé hier le secrétaire général Boutros Boutros-Ghali.Lors d'une conférence de presse, il a dit que l'organisation internationale s'en remettait à nouveau, en ce qui concerne cette tâche, à l'institution spécialisée qu'est le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés ( HCR ).Boutros Boutros-Ghali avait proposé en novembre le déploiement de cette force au Conseil de sécurité, les responsables de l'aide humanitaire se plaignant d'une anarchie croissante à l'intérieur des camps où des miliciens hutus tentent de s'arroger le contrôle de la distribution de vivres.Les camps abritent environ 1,2 million de réfugiés.Hier, il a indiqué que plus de 40 États membres avaient refusé de fournir des contingents et que le HCR assumerait donc à nouveau la sécurité dans les SALVADOR Négociations avec les démobilisés ¦ Les autorités salvadoriennes ont entamé hier des négociations avec les ex-militaires qui occupent depuis la veille le parlement, où sont retenus 13 députés, le ministère des Finances et un organisme de l'armée, pour exiger des terres et le paiement de leurs indemnités de démobilisation.Des représentants des militaires démobilisés se sont rendus à 11 h locales au siège de la Mission d'observateurs des Nations unies pour le Salvador ( ONUSAL ), où ils ont rencontré une délégation du gouvernement d'Armando Calderon.« Nous sommes confiants dans le fait que le gouvernement acceptera notre proposition », a déclaré avant d'entrer dans le bâtiment Mauricio Cornejo, le dirigeant de l'Association des démobilisés des Forces armées ( ADEFAES ).Cette association, qui a coordonné les actions de mardi, assure regrouper 20 000 des 30 000 militaires démobilisés aux termes des accords de paix de 1992 qui avaient mis fin à 12 ans de guerre civile.d'après AFP Rabin autorise 3000 nouveaux logements de colons israéliens autour de Jérusalem Israël renforce sa mainmise sur la ville avant l'extension de l'autonomie d'après AFP et Reuter JERUSALEM Israël a autorisé hier 3000 nouveaux H logements de colons autour de Jérusalem, renforçant sa mainmise sur les environs de la ville sainte ayant l'extension prévue de l'autonomie palestinienne en Cisjordanie.Une commission interministérielle, présidée par le premier ministre Yitzhak Rabin, a autorisé la construction ou la mise en vente de 1300 logements à Maalé Adoumim, la plus grande colonie de Cisjordanie, 1026 à Beitar et 340 à Givat Zéev, situées à l'est, au sud et au nord de Jérusalem.En outre, 580 logements seront mis en vente l'an prochain à Maalé Adoumim.Ce report à 1996 est la seule entorse faite par la commission \u2014 créée dimanche en conseil des ministres pour superviser la construction en Cisjordanie \u2014 au programme initial présenté par le ministre de l'Habitat Bi-nyarain Ben Eliezer.Le gouvernement signale ainsi qu'il n'a aucune intention de restituer aux Palestiniens la région du « Grand Jéru- salem » lors des négociations sur l'application de la deuxième phase de l'accord d'autonomie.À la suite de l'attentat intégriste dimanche en Israël, qui a coûté la vie à dix-neuf Israéliens, M.Rabin a prôné une « séparation totale entre les populations israéliennes et palestiniennes » en traçant une « frontière de sécurité ».Il n'en a pas précisé les contours, se contentant de souligner qu'il n'était pas question de revenir aux frontières d'avant la guerre de juin 1967 en restituant notamment Jérusalem-Est et la vallée du Jourdain.Le cabinet avait d'ailleurs décidé secrètement en janvier 1993, après avoir annoncé un gel partiel de la colonisation, de favoriser l'installation d'Israéliens en Cisjordanie dans un rayon de dix kilomètres autour de Jérusalem.Ces constructions, qui ont déjà commencé, devaient permettre d'installer près de 20 000 Israéliens suppplémen-taires dans le « Grand Jérusalem ».En décidant de nouvelles constructions, M.Rabin tient aussi compte de pressions politiques intérieures.Le mouvement ultra-orthodoxe Shass ( 6 députés ), qui soutenait jusqu'à présent la coalition, a voté mardi une motion de censure contre le gouvernement accusé de freiner la construction autour de Jérusalem.Le Shass a de nouveau voté hier avec l'opposition de droite, sur un projet de loi prévoyant le rattachement de Maalé Adoumim et Givat Zéev à Jérusalem.Ce texte a néanmoins été repoussé.La décision de M.Rabin risque, en revanche, de rendre encore plus difficile une relance des négociations avec l'OLP sur l'extension de l'autonomie à la Cisjordanie.Les Palestiniens ont multiplié ces dernières semaines les manifestations contre les extensions de colonies en Cisjordanie.Jeudi, à l'issue d'une rencontre avec M.Rabin, le chef de l'OLP Yasser Arafat s'était déclaré « à demi satisfait » par l'engagement verbal du Premier ministre de freiner la colonisation en Cisjordanie.Selon des données officielles publiées hier, plus de 3350 logements pour des colons juifs ont été mis en chantier dans les territoires occupés ( hors Jérusalem-Est annexée ) depuis l'arrivée au pouvoir de M.Rabin en 1992.Les Israéliens sont hostiles à tout compromis territorial concernant Jérusalem, qu'ils ont proclamé en 1980 leur « capitale unifiée ».Les Palestiniens veulent faire du secteur orientai.leur propre capitale, dans l'État qu'ils entendent créer.À Amman, où il est arrivé hier en vue de s'entretenir avec le roi Hussein, Yasser Arafat a rappelé qu'il avait été convenu entre Israël et l'OLP « qu'il n'y aurait plus de terres confisquées pour en faire des colonies, que celles-ci ne seraient pas étendues et que leur-nombre n'augmenterait pas ».M.Arafat, chef de l'Autorité palestinienne, s'est rendu en Jordanie pour jeter les bases d'une large coopération entre le royaume hachémite et l'entité palestinienne.Cette visite, la première depuis plus de huit mois, marque un net rapprochement entre les deux dirigeants qui signeront un document politique de stratégie commune et six accords de coopération dans les domaines de l'administration, de l'éducation, de la banque, des échanges commerciaux, des transports et des communications.PHOTO Reuter Le bâtiment va, autour de Jérusalem.Ces ouvriers s'affairaient hier matin, en plein drame, le jour où le gouvernement israélien annonçait une extension de la colonisation juive dans la région.Le gouvernement Dini est en selle grâce à la collaboration de la gauche Le nouveau gouvernement italien, résolument de droite, a obtenu hier la confiance des députés grâce à l'appui de la gauche, ce qui lui permettra de mener une politique de droite, dans la continuité de celle menée par Silvio Berlusconi, qui s'est pourtant abstenu.m Les politologues en perdent leur latin, mais cette situation pour le moins paradoxale est encore relativement simple en comparaison de celle qui va émerger, en termes d'arithmétique parlementaire, au cours des prochains mois.Lamberto Dini, ancien ministre du Trésor dans le gouvernement Berlusconi, a obtenu la confiance des députés, mais il n'a pas pour autant trouvé une majorité.L'économiste de droite a recueilli 302 voix à gauche et au centre, alors que la majorité à la Chambre des députés italiens est de 315 voix.Il a néanmoins une majorité confortable, lors de ce vote, grâce à de nombreuses absences et à l'abstention de 270 députés, tous membres de l'ex-majorité rassemblés autour de Silvio Berlusconi.Ces absences, 18 au total, et cette neutralité des députés du « Pôle de la liberté » a en effet permis d'abaisser le seuil de la majorité à 171 députes.En toute logique, il est permis de penser que le gouvernement Dini n'aurait pas eu la confiance sans ces abstentions.Or, il n'en est rien.Théoriquement, après le vote d'hier matin, Lamberto Dini peut compter sur les votes favorables de 306 députés, soit les 302 qui lui ont accordé leur confiance, plus quatre députés de gauche restés bloqués hier dans un train entre Naples et Rome.Sur le papier, il n'a donc pas la majorité, celle-ci étant de 315.Mais, comble du paradoxe, Lamberto Dini pourra compter dans la réalité sur un bon nombre des 39 députés d'extrême gauche, membres de Refondation communiste, si la droite veut censurer le gouvernement.Ces 39 députés, à l'exception d'un député qui a voté oui, ont voté non hier au gouvernement Dini, mais une grande partie d'entre eux sont prêts à apporter leur soutien dans le cas où M.Dini serait menacé par un vote de censure, a déclaré un des responsables de Refondation Sergio Garavini.Gianfranco Fini, le chef de l'Alliance Nationale ( néofasciste ) et allié de Silvio Berlusconi, a résumé mardi soir cette situation en s'adressant à M.Dini : « Vous êtes la victime d'un paradoxe, d'un affolement de la politique.Vous vous apprêtez à obtenir la confiance de ceux qui, jusqu'il y a peu de temps, ne vous estimaient pas et en revanche vous ne l'aurez pas de ceux qui vous estimaient et vous estiment encore ».Pour leur part, les milieux d'affaires ont demandé au gouvernement Dini de se mettre rapidement au travail, tandis que les marchés financiers affichaient leur inquiétude.« La compétence du gouvernement est indiscutable, espérons qu'il sera aussi doté de la volonté politique », a déclaré Vincenzo Palladino, responsable des questions financières de la Confin-dustria ( patronat italien ).Les industriels souhaitent que le gouvernement se penche rapidement sur les objectifs désignés comme prioritaires : le correctif budgétaire destiné à contenir le déficit public ainsi que la réforme du coûteux système des retraites.Le principal syndicat italien CGIL ( gauche ), qui avait mené à l'automne dernier le mouvement de protestations contre une première réforme des retraites proposée par le gouvernement de Silvio Berlusconi et obtenu son retrait, a fait savoir qu'il jugera le gouvernement «t à l'épreuve des faits ».i JERUSALEM ¦ Israël se heurte à trois obstacles pour édifier sa.nouvelle « frontière de sécurité » séparant l'État hébreu des Palestiniens : l'avenir des colons de Cisjordanie, le tracé de la frontière et le type de séparation envisagée.La difficulté majeure découle de l'existence de 130 000 colons israéliens dispersés dans quelque 130 implantations en Cisjordanie occupée.Le gouvernement s'est engagé à n'en démanteler aucune pendant la période intérimaire d'autonomie qui doit s'achever en 1999.Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin a motivé son plan d'abord par la nécessité de protéger les Israéliens en Israël même, après quatre attentats-suicide commis par des intégristes palestiniens sur le territoire de l'État hébreu en moins de dix mois, faisant 54 morts.M.Rabin a précisé qu'il voulait assurer la sécurité de « 98 p.cent des Israéliens », laissant ainsi entendre que certaines des colonies ne seraient pas concernées.Les colons, la droite et même certains ministres travaillistes ont déjà soulevé des objections.« Aucun gouvernement israélien ne pourra jamais évacuer tous les colons de Cisjordanie dans le cadre d'un règlement de paix.Car dans ce cas, c'est le gouvernement qui tomberait », souligne Joseph Alpher, un expert du Centre d'études stratégiques de l'Université de Tel-Aviv.Avant 1967.Quant au tracé, M.Rabin a affirmé que la « frontière de sécurité » ne recouvrirait pas la ligne d'armistice d'avant 1967 entre Israël et la Cisjordanie, impliquant ainsi que l'État hébreu allait s'approprier de facto une partie du territoire palestinien.M.Alpher a proposé en novembre dernier un plan selon lequel Israël pourrait annexer 12 p.cent du territoire de la Cisjordanie abritant 70 p.cent des colons juifs.Outre Jérusalem-est, déjà annexée en 1967, son plan comprend la région du « Grand Jérusalem » au sud, à l'est et au nord de la ville sainte, ainsi que certaines portions du nord de la Cisjordanie contiguës à Israël, où se trouvent d'importantes colonies comme Alfé Ménashé, Ariel et Emmanuel.Ce faisant, Israël court le risque de se voir accuser d'annexer unilatéralement des parties du territoire palestinien.Pour éviter le danger, M.Rabin a affirmé que sa « frontière de sécurité » ne préjugerait pas de la frontière finale qui doit être négociée entre Israéliens et Palestiniens lors des pourparlers sur le statut définitif des territoires.Pour le premier ministre en effet, la séparation ne se justifie que par des raisons de sécurité.Mais même sur ce plan, il a aussi fait remarquer qu'il était quasiment impossible de prévenir un attentat mené par un Palestinien décidé à sacrifier sa vie.Selon le spécialiste militaire du quotidien Yédiot Aharonot, Ron Ben Ishaï, « le projet coûterait au moins 300 millions de dollars.Le rendement sur le plan de la sécurité individuelle ne justifie pas un tel prix.Certes, il sera plus facile de filtrer les Palestiniens.Mais un ou deux kamikazes pourront toujours trouver une brèche ».Ligne de 380 km Israël devra aussi déterminer comment cette frontière se matérialisera sur le terrain.La ligne séparant la Cisjordanie d'Israël est longue de 380 km.Certains ministres ont évoqué la construction d'une clôture, telle que celle en cours d'achèvement entre Israël et la bande autonome de Gaza.Mais la police a affirmé qu'une telle barrière serait inutile.Selon la radio militaire, la police a préparé son propre plan selon lequel 2000 gardes frontières patrouilleraient en permanence le long de la « frontière ».Les forces de l'ordre disposeraient de miradors d'observation et seraient aidés de centaines de chiens, de détecteurs électroniques de bruits et de lunettes infrarouges pour empêcher les infiltrations.Selon la radio, des grillages electrifies pourront toutefois être dressés dans les régions problématiques, notamment près des villes palestiniennes de Qalqiliya et de Tulkarem, où lu proximité de localités israéliennes complique la Judith Jasmin En avance sur sa génération Dans le désert culturel où vit Judith, non seulement Éthéra continue, de Paris, à lui servir de confidente privilégiée, mais elle lui tient lieu aussi d'inspiratrice intellectuelle.La solidité de l'amitié entre les deux jeunes filles, leur confiance mutuelle.la chaleur de leurs rapports leur permettent de se parler en toute franchise, de se critiquer sans se blesser.L'un des sujets favoris de leurs discussions est l'occupation intellectuelle.A leur avis, aucune autre activité, aucun loisir ne peut offrir un bonheur et une satisfaction aussi durables.Elles s'attristent de voir certaines de leurs cons\u2014urs se diriger dans la voie du bonheur domestique.Leurs échanges mutuellement attentifs renforcent leurs projets ambitieux, peu orthodoxes pour des filles.Leurs lettres parlent de lectures, de cinéma.Aucun sujet n'est laissé de côté, ni la religion, ni la politique, ni leur perception du rôle des femmes et des rapports hommes-femmes.Judith ne s'en tient pas qu'à la lecture d'ouvrages édifiants et transgresse aisément l'index.Pendant ses années de collège, elle a lu Les Nourritures terrestres d'André Gide, dont elle a copié un long passage dans son cahier de notes de lecture.La Chartreuse de Parme et Le Rouge et le Noir de Stendhal, plusieurs romans de Mauriac, et aime beaucoup Colette et Proust.Le journal de Judith, témoin privilégié de ses interrogations intérieures, ne rend pas compte de l'évolution de ses idées sociales et politiques pendant ses années de collège, mais sa correspondance avec son amie Éthéra les expose.Judith suit de près l'actualité, lit les journaux mais s'intéresse surtout à la scène européenne qu'elle juge avec raison plus stimulante.L'intelligentsia française des années trente qui s'engage face à toutes les questions internationales est alors le point de mire du monde occidental, et le bouillonnement culturel et politique est intense à Paris.Judith sollicite les commentaires de son amie sur la situation sociale et politique européenne comme sur le climat intellectuel des milieux étudiants parisiens, le genre de milieu qui fait défaut à Montréal.A son tour, elle exprime sa déception de la médiocrité culturelle de son pays.Éthéra fraie avec l'élite intellectuelle et artistique russe de Paris et se sent proche du communisme.Par son entremise, Judith est en contact constant avec des opinions et des idées plus diversifiées et plus radicales que ne le sont la majorité des étudiants et jeunes intellectuels québécois.Imperméable aux courants d'idées sociaux et politiques majoritaires qui s'expriment dans la presse locale et influencent si fortement la jeunesse canadienne-française, elle explique à Ethéra son opposition au nazisme allemand et au fascisme italien.Son amie française lui répond: «Hitler, une brute! Tu es un peu dure.Mussolini, un orgueilleux peut-être.« Au moment de la guerre civile espagnole.Judith affirme dans ses lettres son rejet du franquisme et son appui au gouvernement républicain légitime.Plus tard, dans une lettre à Jeanne La-pointe, elle se prononcera en faveur des théories égalitaires et du socialisme.Ces mouvements politiques sont couramment l'objet de discussions dans la famille, et les positions antifascistes de Judith et de Claude, bien étayées.Pourtant, le général Franco, qui lève une armée pour se porter à la défense de l'Espagne monarchique et catholique.provoque l'enthousiasme au Québec.Des médias comme Le Devoir l'appuient, l'École sociale populaire des Jésuites distribue des tracts franquistes, et la publication catholique l'Ordre nouveau compare les «Rouges«, républicains espagnols, aux socialistes et communistes canadiens prêts à s'emparer du pouvoir et à commettre les mêmes atrocités au Québec.L'exemple vient de haut: le pape accorde son soutien au général espagnol.Et la lutte contre le communisme aboutit, pendant l'entre-deux-guerres, à une véritable chasse aux agents de Moscou et à l'adoption, en mars 1937, par le gouvernement de Maurice Duplessis, de la loi «du cadenas« qui permet de fermer tout local susceptible de servir à la propagande communiste.S'intensifieront alors les arrestations, les descentes policières, les interdictions de réunions publiques des mouvements de gauche et de conférences d'invités étrangers tels l'écrivain français André Malraux et le député communiste français Alfred Costes.Dans tout le pays, un mouvement s'élève pour exiger l'abrogation de cette loi.Mais les porte-parole canadiens-français de l'opposition à cette loi antidémocratique comme le directeur du Jour, Jean-Charles Harvey, dont le roman Les Demi-Civilisés a été condamné par l'archevêque de Québec à sa sortie en librairie, ou la professeure de McGill, la féministe Idola Saint-Jean, décriée par tous les antisuffragistes, ont peu d'audience et peu de poids sur l'opinion publique.Dupless-sis demeure fort de l'appui des autorités religieuses face à l'opposition qui dénonce l'arbitraire d'une loi qui ne s'applique qu'aux mouvements d'extrême gauche et non à ceux d'extrême droite comme le fascisme ou qui critique l'usage politique que fait le Premier ministre de la lutte anticommuniste.La vision du monde de Judith, ses opinions sociales et politiques tranchent considérablement sur celles de ses contemporains.On peut tracer un parallèle intéressant entre sa formation et celle des plus grands intellectuels québécois de sa génération.André Laurendeau, de quatre ans son aîné, reçoit sa formation classique au collège Sainte-Marie des Jésuites: éduqué dans la serre chaude de la religion catholique, à l'ombre de la doctrine sociale de l'Église et de l'enseignement nationaliste d'un ami intime de son père, l'abbé Lionel Groulx, pour qui le catholicisme est indissociable du nationalisme et l'économie subordonnée à la morale et au service de la foi.Le jeune Laurendeau et son groupe d'amis dont le poète Saint-Denys Garneau et le biologiste et écologiste de la première heure, Pierre Dansereau font partie d'une génération éprise elle aussi de liberté et d'idéal, décidée à échapper au climat étouffant et à l'étroitesse d'esprit de leur société traditionnelle.Prenant conscience de l'insuffisance de la culture offerte au collège et de leur sous-alimentation intellectuelle, ils lisent les livres à l'index, se passionnent pour le théâtre, la musique et les discussions intellectuelles.A rencontre de Judith, ces fils de familles aisées vivent une jeunesse dorée et dilettante et ne s'aperçoivent pas de la pauvreté qui les entoure.Denis Monière rapporte dans sa biographie d'André Laurendeau: Au début des années 30.au plus fort de la crise, on ne trouve pas trace de préoccupations sociales ou énonomiques dans la correspondance de Laurendeau.En l'absence d'une gauche catholique au Québec et sans autres points de repère, le groupe de Laurendeau subit fortement l'influence cléricale de droite.Quand, au début de la vingtaine,ces jeunes gens lancent le Manifeste de la jeune génération et forment les Jeune-Canada pour défendre un nationalisme plus moderne, leurs propos se ressentent de la peur du socialisme et de la paranoïa anticommuniste ambiantes.Trop peu familiarisés avec la politique internationale, ils ont des excès malheureux de langage à l'endroit des Juifs qu'ils accusent, entre autres, de représenter un danger social: l'internationalisme et le communisme.Comme eux, d'autres jeunes loups de leur génération, l'homme de théâtre Jean-Louis Roux, l'homme de lettres Roger Duhamel, le journaliste Jean-Louis Gagnon, ont célébré dans des médias, du temps de leur jeunesse, les pères du fascisme allemand, italien ou espagnol.Ce ne sera qu'à l'âge de vingt- trois ans, au cours d'un séjour en France, qu'André Laurendeau s'ouvrira à d'autres courants d'idées, découvrant la nouvelle gauche chrétienne et atténuant ses préjugés à l'endroit du communisme.Influencé par les intellectuels français qu'il fréquente et estime, il avoue alors que son «admiration pour l'oeuvre de Mussolini, d'Hitler et même de Sala-zar a baissé.» Au moment de la guerre d'Espagne, il se démarquera du discours de l'Église canadienne-française, des médias québécois et de ses amis montréalais et adoptera la position de la gauche catholique française.Dans un article de L'Action nationale de janvier 1937, Laurendeau «prend ouvertement le parti des Républicains espagnols et incite ses compatriotes à ne pas confondre la cause du catholicisme en Espagne et les forces réactionnaires du général Franco«, non sans encourir les reproches de son milieu et de ses correspondants.Il éprouve cependant des difficultés d'acclimatation dans ses rapports avec les intellectuels français, même catholiques, en raison de différences de vocabulaire, de diction et de façon de discuter.Il aura emprunté un long chemin, souvent malaisé et marqué de culpabilité, pour se détacher du cléricalisme et dissocier le catholicisme du régime social et politique.à suivre Le gros touladi du Petit Masketsi vît-il encore ?Presse Canadienne LAC PETIT MASKETSI ¦ En septembre, Nancy Émard a péché un touladi de neuf livres dans le lac Petit Masketsi.Mais comme c'était un gros géniteur, elle en a eu un peu pitié et l'a relâché.« l'aurais dû le garder, car il est sûrement mort aujourd'hui », a laissé tomber hier la jeune technicienne en aménagement de la faune pour la ZEC Tawachiche.Le lac Petit Maskesti, tout comme sa décharge, la rivière Tawachiche, ont été pollués, samedi matin, par quelque 225 000 litres d'acide sulfurique, lors du déraillement de 28 wagons du Canadien national.Dix-huit wagons se sont retrouvés sur le flanc, le long de la voie ferrée, et les dix autres dans le lac Petit Masketsi ; l'un de ceux-ci est recouvert de deux mètres d'eau.La faune aquatique du lac a été soumise à un choc acide terrible.Les frayères naturelles de truites mouchetées et de touladis ont été détruites, aucun animal aquatique ne résistant à des pH inférieurs à 2,7.Des spécialistes d'Environnement-Canada ont effectué des relevés de pH à un mètre de la surface du lac.Ils ont révélé des niveaux d'acidité près de la normale, soit 5,6.Nancy Émard, de son côté, a suivi les experts d'Environnement-Québec qui ont sondé le lac Petit Masketsi en profondeur, mardi et hier.À 12 mètres, le pH était de 4,3, et à 24 mètres, il était de 2.« Ce n'est pas normal », a souligné Nancy Émard.L'épandage de chaux ramène le pH de l'eau à des niveaux réguliers.Mais le hic, c'est que les camions-citernes remplis de chaux ne peuvent se rendre sur le lac, la glace y étant trop mince.Leurs boyaux sont trop courts pour effectuer le chaulage à partir de la rive.Et le chaulage à la main prendrait des mois, estime Nancy Émard.L'épandage de chaux se fait donc dans la rivière Tawachiche.à trois kilomètres en aval du lac « Il faut absolument chauler le lac, affirme Mme Émard.Sinon, il y aura un brassage d'eau au printemps et l'acide sulfurique du lac se déversera à nouveau dans la Tawachiche, qu'on aura alors chaulée pour rien.» Mais des solutions, le Canadien national n'en a pas encore.« Nos spécialistes et ceux de l'Environnement se consultent pour trouver la meilleure solution possible », a dit la porte-parole du CN, Louise Filion.11 n'y a pas que les eaux qui ont été affectées par l'acide sulfurique.Le sol a été lui aussi lourdement contaminé et il faudra le chauler également.Le ministère de l'Environnement et de la Faune fournira à la ZEC Tawachiche des truites d'ensemencement de six-sept pouces.« Mais il faut les laisser se reproduire pour ainsi avoir plusieurs générations », a noté le président de ia ZEC, Grégoire Rompre.Il estime que les pêcheurs devront faire leur deuil de la rivière Tawachiche pour au moins trois ans et ne pas compter taquiner la truite sur le lac Petit Masketsi avant cinq ans.« Nous, on ne demande qu'une chose au CN, a précisé M.Rompre.Qu'il remette l'habitat de la ZEC comme il était le 20 janvier.» La ZEC Tawachiche compte 128 lacs, mais deux seulement contiennent des touladis.« Les poissons ne parlent pas, a conclu Nancy Émard.Quelqu'un doit le faire pour eux.» Par ailleurs, en début de journée, hier, Carrière Calco, une compagnie de Saint-Marc-des-Carrières, en était à sa 12e citerne, chaque citerne contenant 35 tonnes de chaux.Pendant ce temps, des employés de la compagnie RSR Environnement, de Varennes, pompent l'acide sulfurique encore à l'intérieur des wagons qui ont déraillé samedi et qui sont toujours autour du lac Petit Masketsi.Hier, vers 13 h, un train a pu emprunter la voie du Canadien national pour la première fois depuis samedi.Manif des grévistes d'Ogilvie Presse Canadienne ¦ Une centaine de travailleurs en grève des Minoteries ADM Ogilvie ont manifesté, hier midi, devant le Centre Guy-Favreau, à Montréal, pour inciter le gouvernement fédéral à adopter une loi anti-briseurs de grève.Depuis le 6 juin, les syndiqués dont le salaire horaire est de 17$ seraient remplacés par une soixantaine de travailleurs de l'extérieur qui gagneraient 13$ l'heure.La semaine dernière, les syndiqués ont réclamé l'intervention dans le dossier de l'ex-premier ministre Brian Mulroney, qui siège au conseil d'administration d'ADM, l'entreprise américaine qui a récemment achetéOgilvie et qui refuserait de reconnaître l'ancienneté des syndiqués.M.Mulroney devait déposer le dossier des travailleurs lundi dernier devant le conseil d'administration.En fin de semaine dernière, des informations laissaient croire que le ministre des Ressources humaines, Lloyd Axworthy, se préparait à proposer une loi anti-briseurs de grève semblable. Le camp de Simpson se plaint de « précipitation de jugement AP-Rcuter LOS ANGELES ¦ O.J.Simpson est la victime d'une « précipitation de jugement » par les autorités judiciaires qui ont né-gligé, voire ignoré, au moins deux témoins importants.Telle est la thèse développée hier par le premier avocat à prendre la parole en défense de l'ancienne star du football américain accusé du meurtre de sa femme et de l'ami de celle-ci.S'efforçant de contrecarrer toute une théorie de preuves matérielles présentées mardi par l'accusation, Me Johnnie Cochran a souligné devant les jurés que les enquêteurs avaient voulu arriver à un résultat à tout prix.Prenant exactement le contrepied de l'un des deux procureurs, il a déclaré : « Les preuves montreront qu'O.J.Simpson est un innocent accusé à tort.Son cas démontre une précipitation dans le jugement, une obsession de l'emporter à tout prix.» Me Cochran a qualifié de « pas tout à fait vraie » la description du couple Simpson faite par l'accusation.Celle-ci avait parlé d'une relation conflictuelle et malheureuse.Le footballeur a reconnu avoir battu sa femme devant un tribunal en 1989 mais il a « payé sa dette », a dit l'avocat qui a ajouté qu'il n'était pas prouvé qu'il avait à nouveau battu Nicole Brown Simpson par la suite.L'avocat de ia défense a en fait décrit M.Simpson comme un homme chaleureux, aimable, qui prend soin de sa famille, qui participe à des souscriptions pour la recherche sur le sida et pour Israel, et qui n'était pas jaloux du fait que son ex-femme avait eu une aventure avec un de ses meilleurs amis.Me Cochran a également souligné qu'au moins trois témoins de la défense avaient des informations suceptibles de disculper Simpson et que deux témoins avaient offert des éléments aux autorités mais celles-ci les ont ignorés.Ainsi, une femme dit avoir vu quatre hommes fuir en courant les lieux du crime au moment où celui-ci, selon la poursuite, aurait eu lieu le 12 juin 94.L'avocat dit aussi que des témoins ont entendu des bruits près de la demeure de Nicole Simpson et qu'une autre femme, voisine d'O.J.Simpson, avait vu sa voiture stationnée devant chez lui au moment des meurtres.Cette femme aurait également entendu des rôdeurs autour de la demeure de l'ex-footballeur après qu'il eut quitté sa maison pour s'envoler vers Chicago.Selon Me Cochran, la police n'a accordé aucune attention à ces témoins.O.J.Simpson a également dévoilé son genou au jury, hier, afin de leur faire voir les blessures subies durant sa carrière de footballeur après que son avocat eut affirmé qu'il souffrait d'arthrite aiguë aux poignets le jour des meurtres. LA PRESSE, MONTRÉAL, JEUDI 26 JANVIER 1995 Le service Le téléphone le plus lu.Le quotidien le plus écouté! ?{ Bell et La Presse s'unissent pour offrir aux gens d'affaires un service audiotex des plus pratiques.Accessible gratuitement* à l'aide d'un téléphone à clavier, le service lnfoBrefMC Bell présente des rubriques d'intérêt pour toute personne évoluant dans les secteurs les plus diversifiés du monde des affaires.De l'éditorial à l'actualité, en passant par les événements d'affaires, le service InfoBref Bell vous conduit droit au cœur du monde qui vous touche de près.V - e Découvrez ces rubriques pratiques qui vous permettent de rester à l'avant-garde de l'actualité Consultez-les quotidiennement sans frais*! 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