La presse, 18 juin 1995, B. Livres
[" CAHIER Lm Presse Montréal, dimanche 18 juin Opinions Arts et spectacles coOmkoratwn spéciale ¦ « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère », a écrit Baudelaire.La formule redoutable qui caractérise de manière excessive la nature de l'étrange lien de parenté qui relie l'écrivain à ses lecteurs est-elle encore valable aujourd'hui ?Que représente pour nos poètes et romanciers les centaines, voire les milliers d'anomymes qui achètent leurs livres, les empruntent dans les bibliothèques et cheminent pendant plusieurs jours aux côtés de leurs personnages et de leurs émotions ?Pour l'écrivain isolé, le lecteur est souvent quelqu'un d'abstrait, de difficilement identifiable même si on l'a croisé lors d'une signature ou qu'on a échangé quelques mots anodins dans un salon du livre.« Pour moi, le lecteur n'est pas tout à fait abstrait, c'est quelqu'un que je connais un peu », explique le romancier Noël Audet dont le dernier livre.Frontières ou tableaux d'Amérique ( Québec-Amérique ), a pu déconcerter certains des très nombreux lecteurs qui avaient apprécié m saga gaspésienne.L'Ombre de l'épervier.« )e me suis rendu compte que j'avais plusieurs lectorats : un profane qui lit pour son plaisir et ne veut pas qu'on le dérange, et des lecteurs plus littéraires qui demandent qu'on les surprennent.Le danger quand on tente de sortir des sentiers battus comme je l'ai fait avec mon dernier livre, c'est de perdre le lectorat profane.» Il a d'ailleurs souvent étonné par le fait que bien des lecteurs confondent le narrateur d'une histoire avec l'auteur lui-même : « Certains rencontrés lors de la signature d'un précédent livre m ont reproché d'avoir fait mourir un personnage, me disant que j'étais sadique.Ces choses-là nous apprennent à mieux comprendre pour qui on écrit ».Si au départ, il n'entame pas un livre en pensant à son futur lecteur, \u20ac une fois que le texte est lancé, il y a une phase où on l'oriente vers les lecteurs.Pour que ce qu'on écrit soit communicante, on doit penser au lecteur ».L'auteure à succès Aliène Cous turc déclare, elle, ne surtout pas écrire en fonction d'un lecteur type qui n'existe d'ailleurs pas.Elle reçoit des centaines de lettres et de cadeaux ( fleurs, broderies, photos de famille ) d'ici mais également des États-Unis ou d'Europe et même d'Israël d'où un lecteur fidèle lui a un jour envoyé une caisse de pamplemousses.« Les gens m'écrivent des choses très intimes, parlent de leurs problèmes, demandent des services, c'est touchant.Il y a aussi ceux qui.quand ils me rencontrent dans un salon, veulent me raconter leur vie dans l'espoir que j'en fasse un livre.» L'auteure des Enfants d'ailleurs prend le temps de repondre d'un mot gentil à chacun : \u20ac C'est un peu affolant.En tant qu'écrivain, on a toujours un peu peur de décevoir Mais ces rapports avec nos lecteurs nous donnent la force de continuer.l'espère que mes romans repondent à toute cette tendresse.» Comme bien des écrivains.Ariette Coustu imagine celui qui pourrait être son lecteur idéal.« Quelqu'un qui irait au-delà des mots pour ressentir une vibration chez l'auteur.» La gloire de Marguerite Yourcenar à la fin de sa vie lui apportait également des monceaux de lettres de lecteurs et lectrices du monde entier.Selon la première académicienne française, le véritable dialogue avec le lecteur, c'est par le livre dans lequel l'auteur a mis le meilleur de soi qu'il a lieu .« Ce qui me surprend surtout chez les sens qui écrivent, c'est qu'ils sont très seuls.Ce ne sont d'ailleurs les meilleurs lecteurs.Le meilleur lecteur n'écrit ^Claude Ryan Regards sur le fédéralisme canadien In livre au ton souvent personnel ou un arteur et un observateur luride de la politique t|iiel>éi'oise livre le fruit île min expérience et de ses réflexions, en dévoilant ¦1 ¦¦ m 246 pages \u2022 24.95 S d'habitude à un écrivain.C'est le lecteur bouleversé, timide ; c'est le lecteur qui a des problèmes personnels qu'il veut absolumen sortir qui écrit.Et alors dans certains cas évidemment on répond, on tâche de donner des conseils et quelquefois ça réussit on se fait des amis pour la vie ».confiait l'auteure de Mémoires d'Hadrien en 1979.S'il est des écrivains qui connaissent bien leurs lecteurs, ce sont les auteurs de livres pour enfants.Sonia Sarfati dont le dernier roman jeunesse.Comme une peau de chagrin ( la Courte-échelle ) traite de manière sensible du problème de l'anorexie chez les adolescentes, en rencontre chaque année plusieurs milliers à travers le pays.SUITE A LA PAGE B 3 eertains iispert* inédit* des granits dossiers i|iii ont marque l'histoire réeente du (Jiieber.Boréal Oui m'aime me Use. LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 18 JUIN 1995 OPINIONS Paul Dwnwets Roger 0.Landry président du conseil président d'administration et éditeur Ctaudeltesson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef - - \\ votre tour \\âi boite aux lettres m Avoir un enfant, c'est continuer une histoire déjà commencée.MCOUES FOURNIES j-*-t-\u2014- À l'occasion de la Fête des pères, l'auteur, employé dans un CLSC, résume les commentaires de futurs pères, recueillis lors de cours prénatals.il Ils sont 24, douze futures mères, douze futurs pères.Us participent à .une soirée prénatale sur la psychologie de la grossesse, dans un cégep.Ils ne vivent pas des situations dites \u20ac à risque » ( mères adolescentes ou très jeunes, couples vivant dans la pauvreté; etc.) : les cours prénatals des CLSC sont habituellement réservés à ce type de clientèle.Aux rencontres offertes par le cégep, on retrouve plutôt des futurs parents non démunis, de classe moyenne.Pendant une heure trente, les hommes discuteront dans une salle avec un animateur, tandis que les femmes échangeront dans une autre salle avec une animatrice.Durant cette période, au lieu de parler de sports et de m chars », les hommes se confieront les émotions ressenties durant la grossesse de leur conjointe.À la fin, les hommes et les femmes mettront en commun leurs réflexions.Oui, le futur père trouve sa femme belle, même si elle est grosse et même \u2022 si elle ne correspond pas aux canons de beauté de la publicité.Et on échangera sur la pression sociale que la publicité met sur les femmes pour qu'elles ressemblent plus ou moins à des mannequins, objectif généralement difficile à atteindre.Au cours de la grossesse de leur conjointe, les hommes connaissent \u2022 des joies particulièrement intenses : voir leur enfant à léchographie et entendre son coeur battre sont des moments inoubliables où, souvent, les hommes se sentent pères pour la première fois.Les hommes craignent-ils que leurs conjointes ne leur laissent pas suffisamment de place auprès de leur enfant ?Vont-elles reconnaître la compétence du père, même s'il ne met pas la couche exactement de la même façon qu'elles le feraient ?En tous cas, les futurs pères entendent bien faire leur part dans les soins à l'enfant et procéder à un partage des tâches qui leur permettra de développer leur compétence dans ce domaine ( lors de la mise en commun des ateliers, les mères prendront bonne note de cette volonté ).Quelle importance a le travail dans votre vie ?La venue de l'enfant va-t-elle changer quelque chose à ce sujet ?Votre emploi vous permet-il de vous absenter à la dernière minute pour prendre soin d'un enfant malade ?Oui, répondent les futurs pères, biffn que chaque situation soit particulière, selon l'emploi des deux parents Hélas f Les statistiques sauront Les pères ont beaucoup de choses â apprendre de leurs enfants.bien démontrer, plus tard, que ce sont surtout les mères qui s'absentent pour prendre soin d'un enfant alité.À moins que ces nouveaux pères ne brisent l'ancien « pattern ».L'arrivée d'un enfant vous amènera-1-elle à négliger votre vie de couple ?Nos futurs pères en ont parlé avec leurs conjointes et ils entendent prendre les moyens pour se réserver du temps, se retrouver à deux et alimenter la flamme.Et la libido, mon vieux ?« Ma conjointe s'endort tout le temps.Elle n'a pas aussi souvent l'envie de faire l'amour ».Normal.« Ma conjointe est plus déchaînée qu'avant ».Normal.Autant de couples, autant de façons de vivre sa sexualité, autant de grossesses, autant de situations particulières.Et l'on échange sur les sautes d'humeur dues au grand brassage hormonal que vivent les conjointes.Les hauts et les bas se succèdent, l'amour permet de garder le cap.Quel genre de père votre père a-t-il été ?Est-il un modèle pour vous ?Certains ont connu le modèle du père absent, accaparé par le travail.Ils ne lui en veulent pas : \u20ac Il a fait ce qu'il a pu ».D'autres ont eu un père assez présent, qui prenait le temps de jouer avec eux.Et de raconter des souvenirs particulièrement chaleureux.Tous ont envie d'être très proches de leur enfant.Us veulent être capables de dire « )e t'aime » à leur enfant.Qu'est-ce que votre enfant va vous apprendre ?A vivre.À découvrir de nouvelles valeurs.Un rythme de vie moins égoïste.A être moins blasés.Ce qu'est l'amour.De nouvelles joies.L'émerveillement.La tolérance.La patience.La simplicité.La complicité.Les merveilles de la vie.À retrouver l'enfance.À voir les choses comme pour la première fois.À prendre le temps de vivre.À apprécier ce que nos parents ont fait pour nous.À avoir l'esprit ouvert.« Il va me donner des yeux.» Les beaux-parents prennent-ils trop de place ?Là, on entend de tout, des attitudes d'affection aux histoires d'invasion.Il est 21h30.Les mères sont fatiguées.Elles glissent leur main dans celle de leur conjoint.Us les regardent avec attendrissement.Les femmes sont satisfaites d'avoir « passé leurs messages », lors de la mise en commun des deux ateliers.Les hommes sont contents d'avoir psrlé de leurs émotions, entre hommes, ce qui ne leur arrive pas souvent.Tous sont rassurés de savoir que les autres couples vivent des choses assez semblables à eux.Arrivés à la maison, il lui frottera la bedaine avec de l'huile d'amande et ils se parleront longuement.Pourvu que ça dure.Avoir un enfant, c'est continuer une histoire déjà commencée.Affaire vogel : il est temps que les catholiques se réveillent ! JEAN PAUL LEFÉBVRE L'auteur a écrit plusieurs ouvrages sur I Église catholique our une fois, je ne résiste pas à la tentation d'écrire : bienheureux celui par qui le scandale éclate 9 Mais ce n'est pas le « scandale » lui fàème qui le rend bienheureux à mes yeux.Rappelons d'abord que le tout nouvel évéque avait été élu par le chapitre cathédral, en janvier 1994, selon le concordat passé entre le Saint-Siège et les dix canons diocésains.Dès le mois de juin suivant, il écrivait à tout le personnel de son diocèse.Commentant la lettre du pape |ean-Paul II sur le refus de l'ordination sacerdotale pour les femmes, il écrivait : « |e suis convaincu que des personnes mariées doivent être ordonnées comme prêtres pour notre diocèse.le m'engage îdans cette option.( .) Si nous ne -voulons pas perdre la pratique sacramentelle dans la manchette mais cette fois, ils ont enfanté ( sic ) toute une nouvelle.Deux journaux de Bàle ont effectué des sondages à l'annonce de la démission.Or 70 % des personnes interrogées se sont dites d'avis que l'évêque devrait conserver son poste et 89 % ont demandé l'abolition du célibat ecclésiastique.Quant aux paroissiens de la communauté chrétienne dont l'évêque était, jusqu'en 1993, le curé, ils ont décidé de lancer une pétition pour réclamer de Rome la dite abolition.Ce qui m'amène au scandale le plus grave.Sans minimiser l'importance d'un engagement solennel au célibat et le fait d'y faire défaut, cela me semble un bien petit « péché » par rapport à la négligence collective dont le magistère de l'Église assume la responsabilité en refusant, au nom d'une simple tradition, de voir le mur qui s'érige entre l'Église et les valeurs modernes.La culture cléricale s'avère imperméable, allergique et paniquee devant nos communau- i\u2014 tés, nous avons besoin de nouvelles solutions pour le service ecclé-sial.» Il écrivait aus-i « La position de la femme dans la société est en ______ pleine discussion.Ce qui a des conséquences qu'on ne peut évaluer sur la théologie et la pratique de l'Église.» Le bulletin de nouvelles de 19 hres à TV5, le 5 juin, rapportait qu'après avoir confessé sa paternité prochaine, l'évêque de Bàle.( le plus grand diocèse de la Suisse, 530 paroisses ) avait remis sa démission.Une décision qui fut aussitôt acceptée par le Vatican, mais pas par les diocésains de Mgr Hansjorg Vogel ! Et c'est là, selon moi, la partie la plus importante de cette nouvelle.Les catholiques de Bàle.en très grand nombre, se sont prononcés en faveur de leur évéque et de l'ordination d'homme* mariés ( Les «simples fidèles» ne font pas souvent C'est aux catholiques qu'il revient de dénoncer le scandale d'une Église qui chasse les croyants par des politiques pastorales dépassées le concept de l'égalité fondamentale de tous les humains.D'où l'interdiction récente de discuter même de l'ordination des femmes.Et, depuis le onzième siècle, le magistère a fait du célibat ecclésiastique un instrument de pouvoir.Il a eu tendance à mépriser la vie sexuelle normale, en couple, pour mieux sacraliser le « sacrifice » qui en est imposé aux clercs comme aux moines.Cela se justifiait pour les religieux mais n'aurait jamais dû être obligatoire pour les clercs.Dans les hautes sphères de la hiérarchie catholique, on a tendance à oublier que le premier pape était marié, comme l'étaient le plus grand nombre desjppôtres.Dans le contexte radicalement nouveau des valeurs et de la culture modernes, notre Église, d'abord celle du Christ, qui n'est pas la propriété des prélats, si chastes soient-ils, donne l'image d'une secte vouée à la défense du célibat et de la virginité et à la répression de la vie sexuelle, même chez les couples mariés.Les Suisses ont identifié le vrai scandale.Us ont jugé la myopie volontaire du magistère plus grave que la paternité inopinée d'un membre du Collège épisco-pal.Heureux scandale que la paternité de l'évêque de Bàle s'il peut éveiller les catholiques à l'abus de pouvoir bien plus scandaleux qui risque de priver nos enfants et nos petits-enfants des bienfaits du christianisme.Le mariage, même sacramentel, serait-il une souillure ?Rome impose que l'on supplée au manque de prêtres en expédiant des célibataires polonais ou zaïrois en Belgique, au Canada et aux États-Unis, plutôt que d'ordonner prêtres des hommes mariés! Cette surabondance de clercs célibataires dans certains pays est une preuve de différences culturelles importantes.Il ne saurait s'agir, bien sûr, __ de bouder la présence, au sein de notre clergé, de prêtres de diverses origines ethniques, s'ils sont accultu-rés à notre milieu.Ce qui est inadmissible, et ce que Rome impose, c'est l'expédition d'un clergé vraiment étranger dans les pays en manque de prêtres et ce, pour éviter de rompre avec la tradition d'un pouvoir clérical fondé sur le célibat.Il est plus que temps que les catholiques se réveillent f C'est à eux et elles qu'il revient de dénoncer le scandale d'une Église oui chasse les croyants par des politiques pastorales dépassées et bien peu compatibles avec la grande priorité, le commandement de l'amour, que le Christ nous a laissé, i Notre-Dame-des-Neiges : un « parking » pour les cadavres ?¦ Au cimetière catholique de la Cô-te-des-Neyjes, les familles Godbout, Sylvain, Elle, Goyer, Gagnon, Bon-nier, Boileau, Duranceau, Doucet, Thibault, Laurin, Casa van t.Ouimet, Pinsonnault, Paquette, Laurence, Mantha et Laliberté, sans compter Camilien Houde et Alexandre de Sève, tous logés dans la section A du cimetière, immédiatement derrière l'ancien charnier devenu depuis peu le mausolée Sainte-Claire d'Assise, tous ces gens, tous ces ancêtres qui reposent dans l'éternité, auront bientôt de la compagnie.Beaucoup de compagnie ! En fait, 2 345 nouveaux venus.Dont les cadavres seront rangés et emmurés pour 149 ans.Et ce, à l'intérieur d'une méga-crypte souterraine, faussement appelée mausolée.Par une « astuce audacieuse », grâce à une technostructure sophistiquée et sous le blanc-seing de M.Jean-Claude Marsan, après le cimetière-building des dernières décennies, on introduira en douce, du moins l'espère-t-on en haut lieu, le cimetière-catacombe.Au coeur même du vieux cimetière-jardin, là où tout a commencé, il y a près de 150 ans.Bientôt, on creusera, on dynamitera le roc de la montagne pour y faire un grand \u20ac parking » à cadavres.On ne regardera pas à la dépense.Alors que les anciens caveaux de famille qui forment de magnifiques alignements sont placardés, tombent en ruines et semblent n'attendre plus que la démolition, on s'ingéniera à reproduire leurs motifs dans les lucarnes ou les hublots du nouveau \u20ac Panthéon ^-mausolée souterrain.Pour les gestionnaires de la fabrique Notre-Dame et du cimetière, il vaut bien mieux faire les aveugles, faire les taupes et rentrer sous terre.Pour quelques dollars de plus, on va creuser l'équivalent des galeries souterraines de la Place Ville-Marie sous un des lieux les plus chargés d'art et d'histoire de Montréal.Imaginons un seul instant la même chose au pied de la colonne Nelson, Place Jacques-Cartier, et les hauts cris que cela pro- voquerait ! Ce premier mausolée sous terre n'est en effet que la phase initiale d'un gigantesque plan d'enfouissement et d'e emmurement » de 15 000 nouveaux cadavres.Au train où s'annoncent les choses, la « mégacrypte » s'étendra, tel un immense crabe ensablé, jusqu'aux monuments de Ludger Duvernay, Sir Joseph-Adolphe Chapleau et Daniel Tracey.Pierre Bourque, notre maire-jardinier, sans doute pressé par quelque monseigneur occulte, n'hésite pas et, avant même de solliciter l'avis des Montréalais, accepte le projet et le présente pour adoption au conseil municipal.Ses caudataires d'office, M.Goyer en tête, crient à la magnificence du projet.Us n'ont cure de dénaturer davantage le premier grand parc que Montréal ait connu.Posons-nous la question suivante.Dans 30, 40, 50 ans, qu'est ce que les générations qui nous suivent visiteront encore avec intérêt et admiration ?Les lieux froids, marbrés, aseptisés de la méga-crypte éclairée, chauffée et climatisée et où les défunts reposent emmurés, ou bien les reliefs ondoyants, les verts espaces, les boisés, les bosquets et les vieilles tombes du cimetière-jardin ?De nos jours, les institutions qui peuplent le mont Royal sont en peine d'espace.Où construire ?Où développer ?Elles se compliquent la vie pour chercher à nuire le moins possible à la montagne.Mais si elles simplifiaient leur vision et surtout leurs visées ?Si, au lieu de chercher à jouer des tours à la nature et au patrimoine, elles cherchaient plutôt à les restaurer, à les embellir et à les mettre en valeur ?Si elles exploraient d'autres façons de faire et d'autres endroits pour agir ?Sûrement alors assisterions-nous à un nouveau triomphe de la vie.lean LACHAPELLE diplômé du Centre d'études sur la mort de l'UQAM et fnembre-fondateur de l'Ecomusée de l'au-delà Le Tour de nie : un franc succès m La lie édition du Tour de 111e de Montréal s'est avérée, comme toutes les autres, un franc succès.La ville avait été réservée aux cyclistes, et ces derniers en ont profité avec enthousiasme.À mon quatrième Tour de l'Ile en compagnie d'amis de Lévis, Sherbrooke et Verdun, j'ai encore une fois pu apprécier le professionnalis- me de cette organisation qui, ne l'oublions pas, est unique au monde.Un merci tout particulier aux nombreux bénévoles qui n'ont cessé de nous encourager par leur enthousiasme Ce sont eux, quant à moi, les véritables héros cette journée.Daniel BELLEMARE Montréal La ville de Québec est-elle en train de devenir un simple point sur la carte de rAmérique du Nord, comme des milliers d'autres ?La ville de Québec, une bourgade pour retraités ?M Voilà plus de cinq années que j'ai quitté Québec pour Montréal.Je suis parti, le diplôme sous le bras, comme des centaines d'autres qui ne trouvaient pas de boulot.Je n'ai pas de parent fonctionnaire et mon père ne possède pas d'entreprise dont j'aurais pu hériter.J'ai retraversé le pont Pierre-La-porte, cette semaine, comme je le fais chaque mois, car j'ai toujours besoin de ma « dose » occasionnelle de Québec.Mon épouse, mon garçon de vingt-trois mois et ma fille d'un mois qui m'accompagnaient sont Montréalais.Lyne sait que je serai toujours un Québécois de coeur et jamais un Montréalais.À mon ouvrage, on a souvent parlé d'un éventuel transfert dans la Vieille capitale, dans le passé, mais plus maintenant.Mes souvenirs sont ceux d'une ville pétillante, lumineuse, débordante de charme.Etait-ce une illusion ?Je déteste les morts et Québec se meurt.Qu'on ne touche pas à la rue Cartier, j'en suis heureux.Que Place Royale et le Vieux-Québec échappent aux temps modernes, j'en suis soulagé.Que la Grande-Allée garde son charme et sa beauté, je ne peux que vous en remercier.Mais que la ville et sa région baignent dans le formol, depuis des décennies, j'en suis indigné.On préfère construire des parcs plutôt que de revitaliser une basse-ville essoufflée, laide et moribonde.Une mairesse ose critiquer les quelques projets mis de l'avant par la Capitale et a l'affront de faire trois référendums pour se faire construire un palais municipal.Les ondes radio-phoniques sont encore l'affaire du roi brasseur de Décidément, gens de Québec, vous faites du sur place.Non, jamais je ne retournerai à Québec.On a fait de ma ville un livre dont on connaît déjà la fin.Serait-il possible de changer sa vocation, son avenir?Je ne sais plus.Non, au fait, je sais une chose; le départ de son plus grand ambassadeur, les Nordiques de Québec, va encore plus isoler la région.Québec deviendra un simple point sur la carte de l'Amérique du Nord comme des milliers d'autres.Elle ne sera qu'une bourgade.Une bourgade pour retraités.Daniel MOR1SSETTE U Prairie LIVRES Portrait du lecteur idéal RECUEILLIS P VLB : l'enfance de l'art ¦ « Le lecteur idéal, quelle utopie ! Et pourtant, chaque écrivain n'écrit que pour celui-là, ce lecteur rêvé, qui précède l'auteur dans le ventre de l'oeuvre à faire, qui l'accompagne dans l'aventure à haut risque où rien n'est sûr ni décidé d'avance, qui jouit, souffre, peine avec lui pour mettre au monde un nouveau-né que l'auteur et le lecteur aimeront d'une égale tendresse, accueilleront avec la même bonne ou mauvaise foi, la même partialité, parce que cet enfant, ils auront forcé ensemble pour le mettre au monde.Dommage que ce partenaire n'existe pas ! » MARGUERITE YOUtŒNAR ¦ \u20ac Le lecteur idéal est un homme ou une femme qui relit, qui s'intéresse assez à un livre pour le relire avec attention et cherche chaque fois des points de vue différents, des détails qui lui avaient échappé.C'est le lecteur qui lit non pas seulement pour « s'identifier » \u2014 selon cet horrible jargon de la psychologie moderne \u2014 mais au contraire pour s'élargir, pour entrer dans des vies différentes, dans des domaines différents pour en savoir, en comprendre et peut-être en aimer un peu plus.» ( Radioscopie, 1979) JACQUES CODBOUT ¦ \u20ac Il y a des milliers de lecteurs et lectrices qui me semblent convenir à la définition de lecteur idéal : une personne triste que j'arrive à distraire ; une personne sérieuse que je réussis à amuser ; une personne intelligente que je surprends au détour d'une page.Un lecteur paresseux qui s'endort entre les lignes et poursuit dans son sommeil, le fil du roman.Une lectrice ébouriffée de soleil et de vent qui se met à l'abri derrière l'écran de la couverture.Un étudiant démotivé que le livre remet en selle.Une personne affamée qui oublie de manger ; une personne âgée qui ne voit plus le temps passer.Un être humain qui ajoute sa voix, sa vie, au récit dont il finit par croire qu'il en est le véritable auteur.Un extraterrestre qui voudrait comprendre qui nous soi ANIMÉ MAJOR ¦ \u20ac Le lecteur idéal serait quelqu'un qui ne saurait ou ne croirait rien savoir de vous.Quelqu'un qui, par hasard, en bouquinant, se reconnaîtrait dans un de vos livres, mais ce serait une méprise puisque, très vite, il se perdrait lui-même de vue sans éprouver autre chose qu'un plaisir difficilement explicable.Quelqu'un qui ferait halte là où vous avez planté un repère, avant de reprendre sa route sans se presser, en acceptant d'être bousculé à l'occasion, troublé ou même révolté.Mais plus souvent qu'autrement, l'écrivain ne se reconnaît pas dans ce que lui raconte le lecteur qu'il lui arrive d'imaginer pour ne plus être seul.Cette étrange créature n'existe pas plus que l'écrivain idéal.» ¦ \u20ac Un visage.Un silence.Elle sait lire entre les lignes, soulever, s'étonner des strates sémantiques qui abritent paysages, sentiments et symboles.Elle sait reconnaître ce oui blesse, dévore et apaise.Quand elle s'enthousiasme, cela peut durer jusqu'à l'aube, parfois plusieurs années.Elle sait où placer le signet dans sa vie.Surtout, elle sait, dans le livre où trouver les mots qui apaiseront l'auteure en elle.Ma lectrice idéale est une femme capable de tout prendre au mot.» Ml M Tant de sollicitude et de tendresse.SUITE DE LA PAGE B 1 Familière des tournées des écoles, des bibliothèques et des salons du livre, elle a une vision globale des jeunes lecteurs pour lesquels elle écrit : « Ces rencontres avec les enfants qui posent mille questions saugrenues sont épuisantes mais surtout stimulantes.Ça nous nourrit.Voir des masses d'enfants qui me parlent de mes livres, de mes héros, c'est important pour moi.Il y a de l'énergie, de l'amour qui se dégagent de tout cela.Après je sais pourquoi et pour qui j'écris ».Elle reçoit également des centaines de lettres ( certaines sont d'ailleurs adressées aux personnages de ses livres ?) auxquelles elle répond et avoue : « À travers toutes ces rencontres stimulantes, il y a peut-être des choses que je vais un jour utiliser dans une histoire ».Tant de sollicitude et tendresse entre certains écrivains et leurs lecteurs surprendraient sans doute l'auteur de best- sellers John Irving qui déteste rencontrer ses lecteurs.Ne d'eciarait il pas à l'occasion de la sortie de son dernier roman.Un Enfant de la balle au Seuil : « le préfère les aimer de loin, mais je pense tout le temps à eux et je m'étonne qu'il n'y ait pas plus de romanciers qui en fassent autant ».Ijl)iv|M;>q)rc.ssi()ii iwi Un titre mystérieux, une intrigue policière haletante, des personnages aux silhouettes inquiétantes: Benoit Dutrizac a réuni tous ces ingrédients classiques pour concocter un roman policier bien Montréalais.**Le résultat est convainquant.La charpente est en béton: le suspense est efficace, l'histoire roule vite et bien, les personnages sont solidei campés.* Marie-Claude Fortin.Voir conciergerie de» monstres 340 pages, 22.95$ mstres Éditions libre Expression 2016.rue Saint-Hubert Montréal H2L 3Z5 Quand je serai grand, je serai guéri.Fondation ChaMevBmneau 254-0404 V \\ ¦ M.Victor-Levy Beaulieu vient de fonder une maison d'édition ( une autre ) à Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent Parmi ses projets, rien de moins que la réédition de ses oeuvres complètes.Deux titres ont paru déjà, les premier et neuvième tomes.Mémoires d'outre-tonneau et Oh Miami Miami Miami.Tout autre que VLB aurait fait semblant d'oublier le premier titre, paru en 1968 aux éditions Estérel, qui manifestement fut écrit difficilement et qui se relit de même, à plus d'un quart de siècle de distance.L'aspirant romancier n'avait que vingt-trois ans.Il n'était pas né un stylo dans la main, mais il savait qu'il allait devenir écrivain, l'en étais moins sûr, je le laissai entendre avec beaucoup de juvénile arrogance, l'écrivis, à propos de ce récit bousculé et fragmenté et complaisant : « (Cje magma obscène et blasphématoire, mais sans grandeur, malgré l'éclosion furtive, parfois, d'une poésie vivante et cruelle.» Revenu, avec le temps, de mes plus naïves certitudes, il me semble pourtant que ces mots conviennent encore aux Mémoire d'outre-tonneau, que je viens de relire.Le roman original a peut-être été remanié, je ne sais pas : il ne s'agit pas ici d'édition critique et rien ne peut donc nous éclairer sur ce qu'on appelle en hauts lieux la génétique textuelle.II n'importe pas tant.Il importait plutôt que le premier livre de l'écrivain redevint accessible, fût-il un avatar, car il est le pas initial et initiatique d'un itinéraire qui allait nous mener loin.Son intérêt est donc surtout historique, d'autant plus qu'on y voit s'afficher, avec une maladresse touchante, les idiosyncrasies qui fonderont le monument tout entier.On retrouvera d'ailleurs le héros, Satan Belhumeur, en 1981, dans un roman qui porte son nom.Roman seulement Victor Lévy-BeauMeu jeune \u2022 inspiré du premier, ou nouvelle version ?le ne me rappelle plus Le Satan des Mémoires d'outre-tonneau, comme le suggère le titre, vit dans un tonneau, nouveau Diogène cherchant moins un homme que l'homme qu'il est \u2014 et n'y parvenant pas trop bien.On le comprend : sorti éclopé de son adolescence, physiquement et mentalement, il lance, sur le mode imprécatoire, de bien graves questions : pourquoi la vie, pourquoi la littérature ?Et peut-être surtout : comment la littérature ?Deux citations sont révélatrices.Pace 16 : « Tout ce que j'ai à dire {.], je le cherche.» ; et, page 28 : « ff/e ne peux pas dire avant d'avoir trouvé comment dire.» Même s'il est tout plein de scories ( par exemple, ces affreux calembours empruntés peut-être à M.Réjean Duc ha r-me ), le premier roman de M.Beaulieu trouve sa légitimité dans son statut fondateur : c'est le roman d'apprentissage du roman ; il est l'assise nécessaire d'une oeuvre immense.Les petites oeuvres peuvent s'en pas* ser, elles s'en passent, elles passent.MÉMOIRES D'OUTRE TONNEAU, par Victor-Levy Beaulieu.Tome premier des Oeuvres complètes.Editions Troèa-Pistole*.Troia-Pistoles.1995.152 en iollaboratton SMC Boucherville présente Les Bouquinistes du Saint-Laurent Pour la 1™ fois à Boucherville ! Sur Us rives du fleuve, face à l'église Sainte-Famille, dans le Vieux Boucherville, du 22 au 25 Juin de llh à 23h Des livres à ciel ouvert ! 20 boites d'exposition-vente de livres anciens* neufs ou d'occasion, à tous Us prix, pour tous Us goûts* Au coeur des feus de la Saint-Jean ! Qouwmwwrn (Su Québec Minuter» c* la Cuftur» «de» Communication* a\" Hydro Québec &INIRAU (CAHAOAt Unm production et réalisation do Portée Communications Inc A\\A/\"\\AN/ Nathalie Petrowski » « Il se dégage au fil des pages une sorte de tendresse lu-cide que l'on retrouve chez certains personnages de Ducharme.Irrésistible.» Pierre Cayouette, Le Devoir ?» î Boréal Oui m aime me (tse B4 Livres LA PRESSE.MONTRÉAL.DIMANCHE 18 JUIN 1995 En quelques lignes I hi>
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