La presse, 17 février 1996, B. Plus
[" SIMON DARDICK une boîte de Pandore ¦ « Nous croyons que les gens de ce pays éprouvent un profond sentiment d'impuissance et de confusion sur ce qu'il faudrait faire.Nous ne connaissons pas les réponses mais nous savons qu'il ne faut pas laisser les politiciens dresser l'agenda pour nous » viennent d'écrire Simon Dardick et Nancy Marelli, dans leur catalogue printemps^été 96.« C'est la première fois que nous utilisons un ton si engagé et si alarmant dans le message à nos clients.Mon NON au référendum n'était pas contre le Québec, que j'aime et où je veux continuer à vivre, où je veux continuer à participer aux fêtes de ruelles de mon coin du Plateau », explique le créateur du QSPELL Book Awards, qui décerne des prix aux auteurs anglo-québécois.« Une partie de notre frustration vient de ce qu'on ne reconnaît pas la légitimité de notre désir de rester au Québec et de rester dans le Canada.Le pire, ce n'est pas le nouveau statut du Québec mais la perte de nos citoyenneté et passeport canadiens.» « Les gens ne savent que faire pour apaiser leur peur et leur frustration.Ils sont inquiets et s'excitent autour de l'idée de la partition, une idée trompeuse à laquelle ils s'accrochent comme à une bouée de sauvetage.» « Beaucoup de gens intéressants vont quitter Montréal et nous ne savons pas ce que nous allons faire, nous ne savons pas s'il y aura encore du travail pour nous.En même temps, nous ne pouvons pas nous en aller car chez nous c'est ici.» « Serge Ménard nous dit qu'il faut savoir prendre des chances, l'en prends tous les jours avec les livres que je publie ou ne publie pas, mais pour mon pays c'est si sérieux, si irrévocable.» « La souveraineté du Québec, pour moi, c'est une boite de Pandore ! » * * * MICHAEL GOLDBLOOM Un choc plus profond qu'en 76 ¦ En 76, plusieurs avaient préféré Î>artir.Ce fut l'exode vers l'Ouest et es États-Unis.Ceux qui avaient décidé de rester s'étaient regroupé pour faire sentir leur influence.Avec Eric Maldoff, un autre Jeune avocat d'origine juive, Michael Gold-bloom avait fondé « Participation Québec » \u2014 l'ancêtre d'Alliance-Québec \u2014 tandis que les plus âgés, comme Alex Patterson, lançaient le « Positive Action Committee ».« Nous acceptions le français comme langue de la majorité et cherchions à trouver un équilibre, que nous estimions avoir trouvé, vers 84-85.Personne ne croyant possible la victoire du « oui » en 1980, c'est la question linguistique et non la séparation oui nous préoccupait » rappelle Michael Goldbloom 1* Les Anglos s'étaient donc habitués et s'accommodaient plutôt bien de la nouvelle situation, jusqu'au choc du 30 octobre.« Deux semaines avant le référendum, un vent de panique s'est mis à souffler : pour la première fois, la séparation du Québec et l'éclatement Ct'est comme le flux et le reflux.Une montée de fièvre nationaliste chez les Franco-Québécois provoque un ressac fédéraliste chez les Anglo-Québécois.Dans ces incessants flots identitaires, on peut distinguer deux grandes marées : l'élection du PQ en novembre 76 et la quasi-victoire du OUI au référendum d'octobre 95.L'exode de 76 est devenu légendaire.On appréhende maintenant un second exode, on parle de découragement et d'angoisse, on propose même le démembrement d'un Québec séparé.Au-delà des utilisations, partisanes à Ottawa et mercantiles de Richîer et Francis à Toronto, que se passe-t-il vraiment chez nos concitoyens anglophones ?Séance de défoulement ou insurrection ?Nous avons demandé à cinq Montréalais, tous anglophones et tous partisans du NON au référendum, mais tous à l'aise en français, de nous dire ce qui se passe dans leur communauté.?SIMON DARDICK est né à Kingston en Ontario et vit à Montréal, rue Roy au coeur du Plateau Mont-Royal, depuis 30 ans, avec sa femme Nancy Marelli, Montréalaise dont les grands-parents vinrent d'Italie, et leurs deux filles.C'est dans le sous-sol de leur résidence qu'ils dirigent Véhicule Press, qui publie des écrits d'Anglo-Québécois et des traductions de Franco-Québécois.?MICHAEL GOLDBLOOM est le petit-fils d'Alton, un des premiers pédiatres de Montréal, et le fils de Victor, pédiatre et ministre libéral.Avocat chez Martineau Walker, il fut un des fondateurs d'Alliance Québec et directeur du YMCA à Montréal, avant de devenir éditeur du quotidien The Gazette, en juin 94.?PETER SCOWEN, fils du ministre Reed, est né à Montréal, où vivent son ex-femme et ses deux enfants.Diplômé en littérature française et journaliste depuis une douzaine d'années, il est, depuis trois ans, éditeur du Mirror, un populaire hebdomadaire socio-culturel anglo-montréalais.t ?SHEILA MCLEOD ARNOPOULOS est née à Montréal, de parents venus de l'Ouest canadien.Elle s'est d'abord signalée par une série percutante, dans le défunt Montréal Star, sur les immigrantes dans les usines de vêtement.Elle a publié, avec Dominique Ciift, en 79, Le Fait anglais au Québec, qui annonçait une nouvelle donne pour les anglophones.Elle a siégé au Conseil de la langue française et enseigne le journalisme à Concordia.?JOHN HELLMAN vient de Milwaukee, dans le Wisconsin.C'est lors de ses études en histoire à la Sorbonne qu'il a rencontré sa femme, Odile Onimus, avec qui il s'est installé à Montréal, en 69, dans le quartier NDG, où ils ont élevé leurs quatre enfants.Historien des idées européennes, il est professeur à McGill.du Canada paraissaient possible » dit M.Goldbloom, en soulignant n'avoir jamais été secoué par autant d'émotions.« Un consensus s'est alors développé : la situation était hors de notre contrôle et les Anglo-Québécois ne pouvaient plus influencé l'évolution.On s'était résigné à notre statut de minoritaire, en sachant que nous restions Canadiens, un pays à majorité anglophone.Avec la quasi-défaite d'octobre 96, tout a basculé.C'est cela la grande différence.» « Les gens se sont dit que leurs enfants ne pourraient jamais être premier ministre du Québec ou président de Hydro- Québec, que Montréal souffrirait un tort énorme et qu'il y aurait moins d'opportunités pour eux.Et ils ont commencé à retarder l'achat d'une maison de campagne ou l'investissement industriel qu'ils projetaient.Et la question est devenue : Partir ou rester ?» M.Goldbloom décèle quatre blocs chez les Anglo-Montréalais : ceux qui sont décidés et préparent leur départ, ceux qui attendent l'indépendance pour partir, ceux qui ont décidé de rester et de se battre pour la partition et ceux qui ont décidé de se battre contre l'indépendance mais de rester si elle arrive.L'éditeur de The Gazette rappelle finalement que MM.Bouchard et Ménard font fausse route s'ils pensent rassurer les Anglo-Montréalais en leur garantissant le respect des droits.\u20ac Même si ces garanties sont importantes, l'émotion soulevée depuis le référendum va plus loin : elle porte sur l'identité profonde des gens, sur leur attachement au Canada.» * # * Isolés et déconnectés ¦ « La communauté anglophone de Montréal, ses élites et ses médias, ont perdu contact avec la majorité francophone du Québec.Nous prenons nos signaux d'Ottawa et de Toronto, sans tenir compte de nos voisins et amis.» 11 est étonnant de trouver ces propos dans l'éditorial du Mirror de jeudi, et, de surcroit, sous la plume de Peter Scowen, le fils d'un ex-ministre PETER SCOWEN épingle les faux-pas des leaders séparatistes.« Le soir même de la déclaration haineuse de Parizeau, plusieurs leaders nationalistes se sont dissociés de leur chef et mes amis francophones ont promis de contrer le nationalisme ethnique de la vieille garde.Dans cette main tendue, les Anglo-Québécois ont déposé un livre sur le démantèlement du Québec » constate, avec désolation, l'éditeur du Miror.« Nous nous trompons et nous trompons nos compatriotes.La partition est un symptôme de cette tragédie » conclut le jeune Scowen, qui étonnera sans doute son père autant que Stéphane Dion a dû surprendre le sien avec son appui au démantèlement.* * * libéral ultra-fédéraliste.Comme si l'éditorial \u2014 intitulé « La vraie tragédie de la partition » \u2014 n'en disait pas assez, voici comment on l'annonce à la UNE : « Les Anglos déconnectés nuisent à leur propre cause ».Lors de notre rencontre, le jeune Scowen n'avait aucune envie d'atténuer ses propos.« Il n'est pas nécessaire d'être séparatiste pour reconnaître que ce sont les Franco-Québécois qui ont élu le PQ et le Bloc et il faut être stupide pour penser qu'on les gardera au Canada en accusant leur gouvernement de pratiquer des politiques de purification ethnique, comme le fait Mor-decai Richler.» « À force de se camper dans un rôle de victimes impuissantes, les Anglo-Montréalais finiront par devenir de vrais victimes.En se figeant dans une attitude passive-agressive, on laisse la voie libre aux extrémistes et on perd contact avec la réalité.» « Il faut être complètement déconnecté pour répondre au résultat référendaire de 50-50 en réclamant le bi-linguisme pour Montréal et en menaçant un Québec séparé de démantèlement.» Peter Scowen a voté « non » le 30 octobre et ne souhaite aucunement la séparation du Québec, qu'il appréhende comme la plupart de ses concitoyens.Il comprend la peur et l'angoisse des siens, particulièrement de sa mère qui a vu, clans les années 70, une bombe exploser à Westmount, non loin de ses enfants.Mais il estime que les Anglos, du moins leurs élites et médias, se tirent dans le pied en brandissant les menaces de partition et en montant en SHEILA MCLEOD ARNOPOULOS La hantise d'un troisième choc ¦ Sheila McLeod Arnopoulos imagine parfois le scénario suivant : le OUI l'emporte au troisième référendum et commencent dix années de pénibles négociations, avec le Canada et les Autochtones, et de déchirants débats sur la partition du Québec.« l'ai tout fait pour m'intégrer et je ne me sens plus l'énergie de vivre un tel cauchemar.|e ne sais pas où j'irai, car je n'ai aucune envie d'aller vivre à Toronto ou Calgary.Ou bien je resterai à Montréal, si la communauté anglophone n'est pas trop squeletti-que, ou j'irai finir ma vie dans un au- tre pays » raconte Sheila, en insistant sur la fatigue et l'usure.« En 76, le milieu progressiste, les gens du RCM et les groupes de femmes se réjouissaient du programme social-démocrate du Parti québécois et de ses lois sur le financement des partis politiques ou l'assurance-auto-mobile.L'espoir compensait les dangers.« Mais maintenant, les mêmes gens sont malheureux.C'est plus fort chez les Juifs et les Britanniques que chez les Grecs et les Italiens.Mais tous évoquent la peur d'être exclus du projet souverainiste des francophones de souche.« Les gens pensent qu'ils perdront beaucoup : l'argent, le job et la communauté d'appartenance.Les gens se demandent si Concordia sera tout simplement fusionnée à McGill.» « Pourtant, mes étudiants, qui viennent de partout au Canada, adorent Montréal, particulièrement les quartiers francophones comme le Plateau.Mais tous disent que Montréal sera la première à payer le prix de l'indépendance.» « Chez mes amis, qui comprennent la difficulté de maintenir une société française en Amérique du Nord, ce n'est pas l'agressivité contre les souverainistes qui prime, mais le sentiment d'être menacé de tout perdre.« La peur plane comme un gros nuage au dessus de nos têtes.» * * * JOHN HELLMAN Mon pays, c'est Montréal ! ¦ John Hellman filait le parfait bonheur à Montréal : lui à McGill, sa femme à Marie-de-France, ses quatre enfants parfaitement bilingues le prévenant quand il sonnait trop « an-glo ».Puis tout à coup, il s'est passionné pour le débat sur la partition du Québec, sur le maintien de Montréal dans le Canada, advenant une séparation de la province.Conversion fulgurante, dont le savant professeur ne se lasse de parler.« Ce n'est pas une affaire d'Anglos, car je ne sais même pas si ma famille est anglo, puisque ma femme est française et que mes enfants ont commencé leur école en français.« Ce ne sont pas des Anglos mais des Francos qui m'ont d'abord parlé de la possibilité de faire de Montréal une autre province canadienne, en me montrant un article de votre collègue Pichcr.« Ma démarche n'a rien à voir avec ceux qui veulent charcuter le Québec, » selon le décompte du vote référendaire.C'est une perspective strictement montréalaise.En parlant avec mes collègues et amis, on s'est rendu compte que Montréal est colonisée par la ville de Québec, qui nous étouffe et nous empêche de développer notre énorme potentiel.« Montréal est une société distincte dans le Québec.Le plus tôt qu'on se séparera, le mieux ce sera pour les deux parties.Nous ne serons plus une minorité de blocage, comme on se plaît à nous qualifier, et nous aurons le droit d'exister.» Le professeur Hellman, dont la culture et les élans oratoires rappellent parfois François Mitterand, sur qui il prépare justement un long article, donne l'impression de nous faire marcher avec son projet de province pour l'île de Montréal.Est-ce finalement une stratégie pour forcer la main de Québec ?« Pas du tout, du moins pas pour moi.C'est le seul projet qui suscite de l'espoir dans la grisaille et le découragement postréférendaire.Si les habitants de l'île votent majoritairement pour former leur propre province, le reste du Québec devra respecter ce choix, surtout que ce sera dans son propre intérêt.» Parmi les nouveaux convertis de la partition et du démembrement, on trouve donc des Montréalais dont la ville est devenue le pays. LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMED117 FÉVRIER 1996 EDITORIAL Paul Desmarais président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditonaliste en chef Les dérapages autochtones U n grand nombre de Québécois auraient préféré que les politiciens ne se lancent pas dans un débat comme celui des droits territoriaux des autochtones après une éven- tueiie souveraineté, ces question* u intégrité territoriale paraissent lointaines et hypothétiques et les débats quelles suscitent trop agressifs.Mais pourtant, cette réflexion sur les autochtones et le territoire québécois n'est pas oiseuse.Si, un jour, les Québécois choisissent la voie de la souveraineté, cette question sera non seulement sur la table, mais elle constituera probablement le problème le plus délicat et le plus complexe que les souverainistes auraient à résoudre.La sagesse indiquerait qu'il faut réfléchir à ces questions le plus tôt possible, pour prévenir les crises.Mais cet exercice ne sera possible que si les intervenants font preuve de retenue, si les porte-parole fédéraux cessent de jeter de l'huile sur le feu et si le premier ministre Bouchard et son équipe cessent de réagir par l'Insulte et l'indignation.Il faut soigneusement distinguer les deux débats qui ont fait rage depuis quelques semaines.Le premier, sur le découpage du territoire québécois au gré des fantaisies de chacun, qui risque d'ouvrir la porte à des affrontements que le monde civilisé abhorre, est odieux.Mais le débat sur le droit à l'autodétermination des autochtones est d'un autre ordre.Ses fondements sont solides, comme l'écrivait cette semaine dans nos pages le constltutionnalis-te José woehrling et il ne peut pas être écarté du revers de la main, cette bataille est surtout celle des Cris, loin au nord, à peu près seuls qui disent que si le Québec se sépare, Ils ont aussi le droit de se séparer et de choisir le rattachement au Canada.Dans le cadre du même droit international dont les souverainistes se réclament le dossier des Cris du Grand Nord est convaincant : ils contrôlent leur territoire, ils peuvent démontrer une occupation historique, ils constituent un peuple, ils peuvent évoquer leur oppression.A ce dossier crédible s'ajou- te, ne l'oublions pas, la popularité de la cause autochtone sur la scène Internationale qui lui procurera d'Importants appuis.Enfin, les expériences récentes de formation de nouveaux avant de reconnaître un nouveau pays ; et l'un des éléments qui serait scruté à la loupe dans le cas du Québec, c'est le traitement de ses minorités, particulièrement autochtones.Il s'agit sans contredit d'une zone grise du projet péqulste, un élément de vulnérabilité que les stratèges fédéraux ont manifestement choisi d'exploiter au maximum.En sol, Il n'était pas mauvais que les adversaires de la souveraineté rompent la loi du silence et rappellent aux Québécois que le processus d'accession à la souveraineté est beaucoup plus complexe qu'on l'a prétendu.Mais les porte-parole du premier ministre Chrétien sont allés beaucoup plus loin que cela.Il y a une différence majeure entre prévenir les Québécois que la question des frontières du Québec se posera et devenir l'allié objectif de ceux qui s'apprêtent à contester ces frontières.Le nouveau ministre des Affaires intergouvernementales.Stéphane Dion, a franchi cette ligne ténue lorsqu'il s'est lancé dans la bataille de la partition.Dans le dossier des territoires autochtones, il a certes manifesté plus de retenue, mais son collègue Ron irwin, avec qui il travaillait en tandem, s'est chargé de la « Job de bras » en évoquant le bain de sang et en encourageant carrément les Cris à la « résistance ».Ouand ils manient des thèmes si délicats, aussi explosifs pour tous les peuples, que la question territoriale, les politiciens ont le devoir de faire preuve de la plus grand prudence.Ces dérapages, qui relèvent du terrorisme intellectuel, font un tort incroyable à l'Idéal fédéraliste que le gouvernement Chrétien prétend défendre.Cela étant dit, Il n'en reste pas moins que le Parti québécois a mal fait ses devoirs dans ce dossier et ouvert la porte à cette surenchère.Sa position de fond est simple : le territoire québécois est indivisible, la thèse autochtone sans fondement et donc non négociable.Cette rigidité trouve sa source dans une culture constitutionnelle élaborée II y a un quart de siècle quand le problème autochtone ne se posait pas dans les mêmes termes et quand le droit à l'autodétermination reposait encore sur l'expérience postcoloniale.La rigidité pêQuiste a été symbolisée par tes déclarations de Jacques Brassard, il y a un an et demi, qui n'écartait pas l'usage de la force, en affirmant que l'État québécois prendrait tous les moyens pour garantir l'intégrité du territoire québécois : « Ça veut dire les lois, les tribunaux et les forces policières, qui sont aussi des institutions, des instruments d'un état.» Forcé bien malgré lui d'intervenir, M.Bouchard s'est Inscrit dans la même ligne dure en disant que le Canada était divisible parce que ce n'était pas un vrai pays, mais que le Québec, lui, était indivisible.Cette position, qui nie le moindre parallélisme entre les aspirations de deux peuples, est fragile sur le plan intellectuel.Mais elle invite aussi au questionnement : que fera le gouvernement d'un Québec indépendant si, par exemple, les Cris refusent de suivre ?C'est ce qu'a demandé Stéphane Dion, en affirmant que le gouvernement fédéral a écarté le recours à la force dans l'éventualité où les Québécois voteraient en faveur de la séparation, et en demandant une assurance similaire de la part de M.Bouchard.La question était légitime.M.Bouchard, Indigné de la question, y a néanmoins parfaitement répondu en affirmant qu' y a au Québec une grande tradition démocratique qui exige que toutes les questions soient résolues selon le droit et dans la paix.Avec une telle réponse, il est tout à fait Inconcevable que des ministres fédéraux puissent encore se promener en parlant de bain de sang.Mais il n'en reste pas moins que le problème reste entier.Et que, derrière le Jeu des uns et des autres, le malaise des Cris repose sur un sentiment bien réel: les autochtones refusent qu'encore une fols, les sociétés décident entre elles dans quel pays ils se retrouveront.Parce que cette crise larvée menace la paix sociale, qu'il y ait ou non la souveraineté, le gouvernement de Lucien Bouchard devrait tout mettre en oeuvre pour la désamorcer en rétablissant le dialogue avec les premières nations.Alain dubuc Jean Chrétien : au moins des excuses ! On peut reprocher bien des choses à Jean Chrétien mais certes pas de manquer de combativité.On en a eu la démonstration, jeudi, à Hun.dans sa façon d'agresser physiquement un manifestant qui.selon le premier ministre.« était dans le chemin et n'aurait pas dû être là»! Le problème c'est que.s'il est normal pour un homme politique d'avoir un instinct de bagarreur, il est non moins essentiel pour lui qu'il sache garder son sang-froid.À plus forte raison quand II accède aux plus hautes responsabilités, dont celle d'incarner la respectabilité et la dignité d'un État civilisé.Lorsque, devant des caméras de télévision qui diffuseront ces images dans le monde entier, un chef de gouvernement se comporte comme un vulgaire batailleur de rue, il ne fait pas que faillir gravement à sa tâche, il' humilie ceux qu'il prétend représenter et discrédite un peu plus toute la classe politique qui n'en mène pourtant déjà pas large dans l'estime populaire.Si, aujourd'hui, bien des Canadiens ont honte de leur premier ministre et se posent des questions sur sa capacité de contrôler ses émotions au moment où, plus que jamais, ce pays a besoin d'un leadership éclairé et serein, ce dernier n'a qu'à s'en prendre à lui-même.Même s'il peut invoquer des circonstances atténuantes à la défense de sa conduite totalement Inacceptable, M.Chrétien ne rassurera personne en feignant de considérer cette bévue majeure comme un incident négligeable.Et ce n'est pas la tentative ridicule de la vice-première ministre.Sheila Copps, d'en imputer le blâme à une bande de « séparatistes » qui va arranger les choses.Curieusement la réaction arrogante et tout aussi Irrationnelle de cette dernière Illustre bien le climat malsain qui empoisonne présentement la scène politique et explique partiellement \u2014sans pour autant l'excuser\u2014 le geste inadmissible de M.Chrétien.Depuis le référendum du 50 octobre, on assiste en effet autant à Ottawa qu'à Québec à une poussée de fièvre émotive qui n'augure rien de bon pour la suite des débats qui s'annoncent.C'est comme si le résultat serré du vote avait exacerbé les passions des deux côtés de la barricade et transformé les vedettes de chaque camp en lutteurs qui ne pensent qu'à s'invectiver et se provoquer en attendant le match de revanche.il n'y a pas à se surprendre qu'avec la tension qui monte, les scènes disgracieuses et les propos excessifs se multiplient de part et d'autre.Car si, depuis Jeudi.M.Chrétien détient, pour l'instant, le championnat toutes catégories en matière de bourdes, on doit reconnaître l'effort louable de Lucien Bouchard pour inscrire son nom au palmarès des erreurs de Jugement qui en disent long sur le caractère de celui qui les commet.En réagissant comme un monarque insulté parce qu'un manant a refusé de lui serrer la main, ce dernier a laissé voir un point faible de son armure que ses adversaires ne manqueront sans doute pas d'exploiter.Même aux yeux de ses admirateurs, il aura, ce jour-là, confirmé les rumeurs circulant à Ottawa et à Québec sur son tempérament autoritaire et son allergie irrépressible à toute forme de contestation.Dans un parti comme le PQ, où le chef doit continuellement composer avec la grogne et la dissidence, c'est un bien mauvais présage pour ceux qui se souviennent des sautes d'humeur de René Lévesque et de son fameux « renéren-dum ».C'est encore plus Inquiétant pour l'ensemble des Québécois à qui il a demandé de serrer les rangs autour de lui pour traverser la tempête qui s'annonce sur le plan des finances publiques.Ceux qui voulaient un chef seront gâtés mais Ils auront tout intérêt à être d'accord avec lui sur la route à suivre.Ceux à qui ce mouvement d'humeur n'aura pas suffi pour Juger de sa vulnérabilité devant la contradiction ont pu se faire une idée du ton auquel II faut s'attendre quand M.Bouchard lancera les grandes manoeuvres contre Ottawa, on n'en est encore qu'aux escarmouches et on a déjà eu droit à des épithètes de crétins et d'imbéciles à l'endroit de ses adversaires.Finalement, la seule chose rassurante devant ce déferlement de bêtises, c'est la réaction outrée de la population.Normalement, ce sont les chefs politiques qui lancent des appels au calme, ici.ce sont les citoyens qui demandent aux politiciens de retrouver leurs esprits.Reste à espérer qu'ils seront entendus.Et que M.Chrétien sera le premier à donner l'exemple en reconnaissant son erreur.Et en présentant ses excuses.Ce serait (a moindre des choses.\u2022 Pierre cravel DROTTS RÉSERVÉS Télévision et culture : un mirage PIERRE DESJARDINS L'auteur est professeur de philosophie au Collège Montmorency.ans le contexte de la mondialisation des marchés où se trouve présentement la télévision depuis la privatisation, c'est le facteur économique qui est déterminant dans l'orientation de la programmation.Ainsi, la télé est conçue exclusivement comme une machine à sous où les cotes d'écoute et l'argent qui en découle sont le seul atout viable.Et, depuis l'instauration de ces libres marchés en matière de télévision, les gros producteurs de télévision d'ici, loin de se confiner dans une catégorie d'émissions à caractère culturel, font exactement le contraire : ils ont tendance à ne produire que des émissions « exportables », c'est-à-dire des émissions construites sur le modèle « hollywoodien », culturellement vides.Us tentent en fait de concurrencer les Américains sur leur propre terrain en créant des super-séries qui coûtent très cher, soit environ un million de dollars l'émission, ( du genre Urgence, Omerta, et quelques autres ).Ces super-séries ne sont pourtant en rien conformes à nos humbles moyens en tant qu'audience de 4 millions de francophones, et elles drainent tout l'argent disponible pour d'autres émissions de moindre envergure mais qui pourraient être beaucoup plus intéressantes et représentatives au niveau culturel ou informationnel.En quoi, par exemple, une émission comme Urgence est-elle représentative de notre identité culturelle?Nous retrouvons là les pires clichés caractéristiques des télé-séries américaines : sexe, action, sang et violence.Cette politique explique entre autres qu'on se retrouve aujourd'hui avec une programmation débalancée où, à côté de quelques émissions de la sorte à très haute cote d'écoute, on retrouvera la plupart du temps navet après navet.Que faut-il par exemple penser de télédiffuseurs comme TVA qui, ayant épuisé tous leurs moyens financiers à diffuser ainsi ces superséries pour rester dans la concurrence, se voient ensuite dans l'obligation de présenter à répétition, aux heures tardives, des émissions du type reportage publicitaire, ( /o/o médium, vente de poêles à frire ou d'enduits pour automobile ).?Serait-ce là l'expression de notre culture.?Et, d'un autre côté, qu'ont à redire à tout cela les téléspectateurs ?Se plaignent-ils avec véhémence du manque d'origina- lité ou de qualité de ce « melting pot » télévisuel ?À vrai dire, et c'est ce qui est consternant, ils n'en disent rien et ne s'en plaignent aucunement, car ils sont victimes du phénomène d'aplanissement culturel qui frappe actuellement l'ensemble de la planète.Ce que le spectateur moyen attend aujourd'hui de son téléviseur est qu'il le divertisse et qu'il peuple sa vie morose d'un peu de « piquant ».Une émission d'actualités ou un bulletin de nouvelles répondent aux mêmes attentes que l'émission de sports ou de variétés : un reportage-choc dans les actualités, par exemple, aura dans bien des cas le même effet thérapeutique chez lui qu'une bataille endiablée lors d'un match télédiffusé de hockey.Cette attitude provient de ce que le téléspectateur, depuis longtemps conditionné à l'hédonisme passif, considère la télévision strictement comme une forme d'évasion du quotidien.Tout ce que produit la télévision se consomme aujourd'hui de la même manière : même les messages publicitaires à répétition, pourtant fort aliénants et la plupart du temps insignifiants au possible, deviendront objets de plaisir.Évidemment, comme l'apport culturel des émissions n'a pas d'importance pour le télés- pectateur, leur origine culturelle lui sera donc aussi tout à fait indifférente : qu'elles soient américaines plutôt que canadiennes ou québécoises, peu lui importe, car notre téléspectateur y retrouve de toute façon indistinctement les choses qu'il recherche : les mêmes clichés, les mêmes farces, les mêmes sports et presque les mêmes nouvelles.le pense que le stade de « l'unidimensionnalité culturelle » auquel nous sommes parvenus a travers l'hédonisme que propose toujours et encore la société de consommation a fait des dégâts irréparables.À l'heure du « zapping », vouloir transformer la télévision publique en une télévision plus « cuit jrelle », comme le préconise le rapport luneau, équivaut a signer l'arrêt de mort de la télévision publique.A cet égard, il faut voir que l'attitude désinvolte du téléspectateur à l'égard de la culture reste déterminante.À vouloir jouer les Radio-Québec, c'est probablement Radio-Canada lui-même qui, faute de téléspectateurs, disparaîtra à la suite de la médecine luneau.Revenir à la télé de Radio-Canada des années 50 constitue sans doute une belle utopie pour les détracteurs de la télévision actuelle; mais, tant que la population ne sera pas éduquee autrement, cela ne restera justement qu'une utopie. Lysiane Gagnon LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED117 FÉVRIER 1996 Opinions Une « job steady » et un bon « boss » : s'agit-il d'un rêve dépassé ?L'auteur est président du Mouvement des Caisses Desjardins.Nous reproduisons ici de larges extraits de la causerie qu'il a prononcée, le 14 février, devant l'Association des MBA du Québec.Vous vous rappelez probablement ce monologue d'Yvon Deschamps dans lequel le père de famille, sur son lit de mort, rappelait à son fils deux vérités fondamentales : « Dans la vie, disait-il, deux choses comptent vraiment : une job steady.et un bon boss!».À une époque ( pas si lointaine, tout de même ), il est vrai que, faute d'instruction, peu de gens d'ici aspiraient à devenir patrons.« Une job steady.et un bon boss », c'était ce qu'on pouvait demander de mieux.Mais, au cours des dernières décennies, la démocratisation de l'enseignement y est pour quelque chose, plus de gens sont devenus aptes à être « patrons ».Un grand nombre de chefs d'entreprises sont ainsi nés au fil des ans.Pour nous, au Québec, la révolution était faite, une révolution tranquille permettant les plus grands espoirs.Nous pouvions alors espérer un avenir meilleur car nous étions sur la bonne voie.Puis, sans qu'on en ait prévu la vigueur, un grand vent de mondialisation a tout bouleversé sur son passage ! En peu de temps, sans trop qu'on s'en rende compte, tout a changé ! Nous sommes passés d'une économie protégée à une économie sans frontières.Nous sommes passés d'une économie qui, pour se donner l'illusion de la richesse, tolérait un haut niveau d'inflation, de même que l'endettement démesure de ses gouvernements et de sa popula- et ne peuvent apporter leur contribution au développement de leur milieu et à la bonne marche de l'économie.Plus de 800 000 personnes dépendent des programmes de la sécurité du revenu.Quant aux chômeurs, ils sont plus de 400 000 ! Si la tendance se maintient et si rien n'est fait, le nombre de chômeurs ira encore en augmentant, tout simplement parce que les remèdes que nous connaissions pour régler nos problèmes n'ont plus d'effet aujourd'hui.Nous étions habitués à ce que toute croissance de la production entraine aussi une hausse de l'emploi.Dans ce contexte, l'emploi était le moyen qui permettait de partager la richesse ( et ce, même si le marché du travail n'était pas parfait et contenait parfois son lot d'injustices ).Aujourd'hui, la croissance de la production n'en-traîne plus nécessairement une création d'emplois correspondante.Il est devenu possible de produire sans nécessairement recourir aux travailleurs.Un nouveau virus est apparu dans les sociétés modernes, un virus qui neutralise l'emploi.Et, à ce jour, nous n'avons pas encore découvert le vaccin ou l'antibiotique qui le ferait mourir.De sorte que la maladie se propage ; le virus prend de la force.Il faudra que nous trouvions un nouvel antidote.En fait, nous sommes probablement dans une période de transition entre deux révolutions industrielles : celle du siècle dernier qui avait permis de s'adapter à une conjoncture nouvelle et celle des temps présents.qui est encore à faire.Nous sommes en transition entre deux mondes : d'une part, celui qui s'achève et qui souffrait du virus de l'inflation, un virus qu'a heureusement balayé le souffle vigoureux de la libéralisation de l'économie, et d'autre part le Claude Béland D'autant plus qu'au cours des dernières années, au fur et à mesure qu'on nous annonçait des hausses d'impôt ou de taxes, on nous avisait aussi d'une diminution des services.Et, nous disait-on encore, on ne peut rien faire de mieux car nous n'avons pas les moyens ! D'une part donc : beaucoup de travailleurs prêts à travailler ; d'autre part : pas d'ouvrage.Nous n'aurions pas les moyens de remettre tous ces gens à l'ouvrage mais en attendant nous devons assurer leur subsistance.Il me semble qu'il y a là une incohérence, une contradiction difficile à saisir.Même le bénévolat, en certains domaines, est interdit parce qu'il non a une eco- ¦¦¦¦ nomie qui ne tolère plus les valeurs artificiellement soufflées et la richesse à crédit.L'économie d'aujourd'hui.née de la libe- _ ralisation des échanges et de l'avivement de la concurrence, a tué le virus de l'inflation.C'est la compétitivité universelle qui dicte dorénavant la vraie valeur de ce que nous produisons et consommons, les façons de faire du plus performant s'imposant désormais aux autres.En ce sens, on peut dire que nous sommes passés, au cours des dernières années, de l'« économie de l'illusion » à l'« économie réelle ».Le virus du chômage prend de la force Mais ce passage d'une économie à l'autre ne se fait pas sans heurts.Si, anciennement, on était reconnaissant à celui qui nous offrait un emploi permanent, aujourd'hui, c'est l'offre d'un emploi précaire, temporaire, et même souvent à temps partiel, qui mérite à celui qui l'offre le titre de « bon boss » ! Les emplois sont devenus une denrée rare, au point où les jeunes ne savent pas vraiment ce qu'est une « job steady » ! À l'heure actuelle, au Québec, des centaines de milliers de personnes sont forcées à l'inactivité « L'emploi doit l'emporter sur tous les obstacles, il faut remettre le monde à l'ouvrage.et tout le monde.Nous n'avons pas les moyens de gaspiller autant de ressources.Nous devons pouvoir compter sur chacun.» monde nouveau qui s'installe mais qui, malheureusement, est déjà sérieusement attaqué par le virus du chômage et des inégalités.Il faudra faire cette nouvelle révolution industrielle car il est clair qu'actuellement, trop de nos compatriotes font les frais des nouvelles règles du jeu économique.Des questions qu'il faut poser D'une part, aujourd'hui, on réclame partout la création de nouveaux emplois.On nous dit qu'il y a beaucoup d'hommes et de femmes qui ne demandent pas mieux que de se mettre à l'ouvrage.Mais on entend d'autre part un autre refrain : « Dommage, mais y'a pas d'ouvrage » ! Il suffit pourtant d'ouvrir les yeux pour voir qu'il y a plein de choses à faire : des routes à réparer, d'autres à construire, des forêts à aménager, des berges à nettoyer, des maisons à rénover, des parcs à faire fleurir, des terres à cultiver, de la récupération à effectuer.plein de choses à faire ! se heurte aux droits acquis.Plutôt que d'offrir un service gratuitement, on préfère ne pas l'offrir, malgré des populations qui souffrent.et cela pour ne pas heurter les droits de gens qui ont acquis l'exclusivité d'un champ d'intervention.Il y a là encore matière à examen.le vous ferai «aussi remarquer qu'anciennement \u2014 et je ne plonge pas si loin dans notre histoire \u2014 l'entrepreneur était considéré comme le « privilégié » de notre société.Il était forcément à l'aise puisqu'il avait son commerce ou son industrie.Lorsqu'on parlait de lutte des classes, l'homme d'affaires était du côté de la classe possédante, de la classe privilégiée.Aujourd'hui, la très grande majorité des propriétaires d'entreprises sont à la tête d'une PME.La plupart d'entre eux doivent travailler d'arrache-pied pour mener à bien leur projet.Us ont peu de sécurité, peu de loisirs, mais beaucoup de soucis et de stress.La majorité d'entre eux feront respecter la loi qui limitera davantage les heures de travail \u2014 mais ne pourront pas se l'imposer à eux-mêmes.Ce sont ces propriétaires de petites entreprises qui assument les risques liés à tout projet d'affaires, qui contournent les obstacles, subissent le harcèlement des nombreuses régies qui s'immiscent dans leurs affaires, remplissent quantité de formulaires et signent les nombreux chèques qui en sont partie prenante, en plus de devoir travailler à satisfaire une clientèle de plus en plus difficile à fidéliser.Pendant ce temps, ils n'ont pas les moyens de prendre des congés sabbatiques et même souvent, ne peuvent se permettre de prendre de longues vacances.Même si ce sont ces gens qui créent les nouveaux emplois aujourd'hui, même si ce sont ces gens dont nous avons besoin pour régler le problème du chômage» on fait bien peu pour les appuyer et leur faciliter les choses.Pour créer une entreprise, il faut aujourd'hui un courage.et une patience bien supérieure à la moyenne ! j'ai beaucoup d'admiration pour cette nouvelle race de bâtisseurs.Mais je constate aussi que, dans une société qui n'est pas capable d'équilibrer le partage des privilèges, les entrepreneurs se retrouvent aujourd'hui du mauvais côté de la balance.le constate aussi que beaucoup de gens, chez nous, souhaitent au plus tôt une vigoureuse reprise économique.Il m'arrive d'en rencontrer qui exigent d'ailleurs que le Mouvement Desjardins fasse davantage pour accélérer cette reprise.Mais, en attendant que la reprise arrive, en gens prudents, certains d'entre eux placent et investissent tous leurs avoirs ailleurs, achètent des produits qui créent de l'emploi ailleurs tout en ne se gênant pas, par contre, pour blâmer les politiciens de ne rien faire ! On s'étonne ensuite que nos entreprises ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦1 soient obligées de se fusionner, que le volume des titres transiges à la Bourse de Montréal aille toujours en diminuant et que _ l'économie d'ici ralentisse.Il est difficile de faire fleurir son jardin lorsqu'on sème ailleurs.Pour régler le problème de l'emploi, il nous faudra, je pense, « brasser la cage ».le sais que ce ne sera pas facile car « brasser la cage », c'est prendre le risque de briser des barreaux, d'ouvrir des portes par où pourraient s'échapper nombre de législations particulières, de conventions, de décrets, d'acquis, tous ces acquis immuables qui ont petit à petit contribué à creuser les inégalités qui font mourir, à petit feu, le projet de société que nous nous étions donné, celui d'une société où chacun trouverait une place qui soit à la mesure de ses talents et de ses ambitions, le sais qu'il ne sera pas facile d'exposer à une critique franche et constructive toutes ces barrières qui bloquent la route aux exclus.Mais l'emploi doit l'emporter sur tous les obstacles.Il faut remettre le monde à l'ouvrage.et tout le monde.Nous n'avons pas les moyens de gaspiller autant de ressources.Nous devons pouvoir compter sur chacun.Trudeau à Bouchard : « Je ne vous souhaite pas de réussir, mais je vous dis: Dieu vous garde ! » PIERRF ELLIOTT TRUDEAU Ainsi donc, j'aurai couvert une page entière du journal La Presse ( samedi 3 février ) avec des accusations contre Lucien Bou-chard d'avoir maintes fois « trompé la population du Québec durant la campagne référendaire d'octobre dernier».Et l'actuel premier ministre du Québec aura couvert une page entière du même journal ( samedi 10 février ) sans réfuter une seule de mes accusations.Certes, M.Bouchard a glané quelques-unes de mes perles passées.Certes il a vilipendé M.Chrétien et loué M.Mulroney.Certes, il a traité longuement de l'indivisibilité du Québec et évité de parler de la divisibilité du Canada.Certes, il m'a imputé la responsabilité de la Loi des mesures de guerre, sans rappeler qu'elle avait été invoquée à la demande expresse et écrite du premier ministre du Québec et du maire de Montréal.Bref, pour éviter de répondre à mes accusations, il s'est réfugié dans le relativisme historique : « Il n'y aura jamais ( dit-il ) de lecture unique et définitive de l'histoire des relations entre le Québec et le Canada des trente dernières années.» D'où il découle sans doute qu'il n'a pas à corriger les faussetés historiques dont il s'est rendu coupable.Ce relativisme le mené parfois à d'étranges conclusions.Ainsi, il qualifie de « revendications historiques du Québec», les trois programmes contradictoires des trois partis politiques existant au Québec en 1969 : «égalité ou indépendance», «le statut particulier», «la _ » _ souveraineté-association ».Pas étonnant qu'on ait souvent entendu dans le temps le refrain : « What does Québec want ?» Ailleurs, pour éviter de répondre à une accusation précise, M.Bouchard la contrefait.À propos des événements du 4 novembre 1981, j'avais écrit « que René Lévesque avait trahi ses alliés du groupe des Huit en acceptant ma proposition d'un référendum », un fait confirmé par les journaux du temps ; sous la plume de M.Bouchard cela devient : « voilà ce qu'on reproche à René Lévesque.Il voulait que les Canadiens et les Québécois puissent s'exprimer, par référendum.» En bout de page, M.Bouchard devient lyrique : « Au Québec, les |ean Lesage et René Lévesque, Daniel lohnson père et fils, lacques Parizeau, Claude Ryan et Brian Mulroney.tous, à un moment ou à un autre, ont été répudiés, conspués, accusés par Pierre Elliott Trudeau.me voici introduit dans ce club de démocrates.Avec eux, et tous les Québécois, je plaide coupable.» Mais non, M.Bouchard, vous m'avez mal lu, je ne vous ai jamais accusé d'être démocrate.Ce qu'il faut que vous compreniez, cependant, c'est que tous ceux que vous nommez et auxquels vous vous identifiez étaient des adversaires politiques sous un certain rapport, et qu'entre adversaires politiques on se parle parfois durement.l'ai écrit «adversaires sous un certain rapport », et voici ce que je veux dire : j'ai la prétention d'avoir plus de confiance que ces adversaires en la force et l'habileté des Canadiens français du Québec et d'ailleurs.C'est la raison pour laquelle je me suis toujours opposé aux notions de statut particulier et de société distincte.Avec la Révolution tranquille, le Québec est devenu adulte, ses habitants n'ont pas besoin de faveurs ou de privilèges pour affronter la vie et prendre leur juste place au Canada et dans le monde.Leur « identité » et leur « distinction », ce n'est pas dans la constitution qu'ils devraient la chercher : c'est dans la confiance en eux-mêmes et dans le plein exercice de leurs droits en tant que citoyens égaux à tous les autres citoyens du Canada.Je ne doute nullement qu'ils seraient capables de faire du Québec un pays indépendant.Mais j'ai toujours cru qu'ils étaient de taille pour affronter un défi plus difficile et plus noble : celui de participer à la construction d'une nation canadienne fondée sur le pluralisme démocratique, le bilinguisme institutionnel et le sens du partage.À l'heure de la globalisation, la notion même de souveraineté devient désuète, et c'est pour protéger ce qu'il en reste que se forment les grands ensembles.Or le Canada occupe déjà la moitié d'un continent ; l'affaiblir en le divisant serait une erreur historique sans nom.Il ne faut pas déchirer ce pays encore jeune, il faut lui donner la chance de croître et de prospérer.Voilà, M.le premier ministre, ce que j'avais à vous dire.Je respecte toujours assez l'engagement politique pour reconnaître qu'a votre manière vous croyez travailler pour le bien du Québec.Comme je ne pense pas que votre manière soit la bonne, je ne vous souhaite pas de réussir.Mais je vous dis quand même : « Dieu vous garde.» 1 Combien valent nos médedns ?( 1 ) Tout a commencé par un coup de fil de son ancien professeur, un grand chirurgien de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane.C'est là que le Dr Daniel Doyle, chirurgien à l'Institut de Cardiologie de Québec, a fait sa formation post-doctorale.« Dis donc» Dan, ça fait bien dix ans que tu pratiques.Tu as fait combien de cas ?C'est quoi, ton taux de mortalité ?» T Les réponses satisfont l'Américain.En plus, le Dr Doyle a l'âge idéal : 44 ans, assez vieux pour avoir beaucoup d'expérience, assez jeune pour avoir encore toute l'énergie nécessaire.Peu après, autre coup de fil.On lui offre la direction du Centre de chirurgie cardiaque de la clinique Ochsner de la Nouvelle-Orléans \u2014 l'équiva1-lent sudiste de la célèbre clinique Mayo.Les conditions sont tout simplement incomparables avec ce que le Québec offre à ses médecins spécialistes.Cinq cent mille dollars US par année, soit environ 700 000 $ en dollars canadiens ; le revenu d'un spécialiste québécois est plafonné à 257 500 $.Un régime de retraite où il pourra verser jusqu'à 20 p.cent de son salaire, la clinique contribuant un montant égal ; au Québec, les médecins assurent seuls leur retraite, et sont limités à une contribution maximale de 14 000$ dans leur REER.Plus le fonds de pension de la clinique : 290 000 S US par an pour le reste de sa vie après vingt ans de pratique.Un taux d'imposition à 38 p.cent.Plus 290 000 $ US d'assurance-salaire en cas d'invalidité.Enfin, 30 000 $ pour la prime d'assurance-responsabilité contre d'éventuelles poursuites \u2014 entièrement défrayée par la clinique ; au Québec, les médecins défraient eux-mêmes cette indispensable assurance.* * * On ne change pas sa vie sur un coup de fil.lie Dr Doyle est marié, il a deux enfants, la famille vil en français, toutes leurs racines sont ici.« Tu hésites.Dan, c'est normal.Écoute, vierrç avec ta femme passer une semaine avec nous.» Le couple va donc passer une semaine à la Nouvelle-Orléans \u2014 tous frais payés.Avion en première classe, la Lexus à l'aéroport, le meilleur hôtel de la ville.Suivent une série de rencontres professionnelles et sociales.Le dîner qu'offre la clinique en son honneur réunit des sommités de la médecine américaine, dont, par exemple, le président de l'Ameri-can Thoracic Surgeons Association.On lui présente les chefs de service, le personnel.On le met en contact avec des compagnies d'assurance, des banques, des agents d'immeubles.L'opération charme se poursuit le soir.Le couple Doyle est invité dans les meilleurs restaurants, au théâtre, au spectacle, par d'autres couples de la profession.On leur fait visiter les quartiers où ils pourraient habiter.On leur vante les mérites de la ville.Les Doyle rentrent à Québec fortement ébranlés.Mais les enfants?Transplante-t-on, comme ça, deux adolescents ?« No problem, Dan.Why don't you bring your kids here for a few days ?» \u2014 On vous réinvite, avec les enfants cette fois ! Deux semaines après, c'est toute la famille qui s'embarque pour la Nouvelle-Orléans.Autre ronde, adaptée aux enfants cette fois.Baseball, chasse et pêche.Les enfants rentrent éblouis, tentés par l'aventure.* * ?Ensuite, commence la réflexion \u2014 et l'angoisse.Les Doyle sont presque décidés à partir.« le me disais qu'avec de pareilles conditions, je pourrais peut-être prendre ma retraite plus tôt : en cinq ans là-bas, j'aurais accumulé autant qu'en 20 ans de travail ici.On voyait ça comme une étape dans notre vie plutôt que comme un exil.» II devait donner sa réponse le 20 décembre au plus tard.« Mais pour être bien sûrs de notre coup, ma femme et moi on a décidé de retourner à la Nouvelle-Orléans incognito, dans un hôtel ordinaire, en dehors de tout le fla-fla de la visite « officielle ».Nous avons passé trois jours à nous promener, à observer, à essayer de nous imaginer vivant là à plein temps.« La Nouvelle-Orléans est loin du Québec.C'est une ville violente, il y a beaucoup de conflits raciaux.Nous avons décidé de rester \u2014 à cause des enfants.« Mais je vous le dis bien franchement, si jamais je recevais une offre du nord des États-Unis, en-Nouvelle-Angleterre par exemple, là, je n'hésiterais pas.» * * * Cette histoire n'a rien d'exceptionnel.Elle se répète, depuis des années, dans toutes les spécialités de la médecine québécoise, particulièrement dans les domaines où l'écart entre les conditions offertes au Québec \u2014 les plus basses au Canada \u2014 et les exigences imposées au médecin, en termes de disponibilité, de stress et de risque, est le plus grand.La même histoire se répète aussi chez nos infirmières, systématiquement sollicitées par des hôpitaux américains qui vont jusqu'à dresser leur kiosque d'« information » sur le lieu même des congres des infirmières du Canada.À Montréal, l'exode des professionnels de la santé a commencé chez les anglophones, pour des raisons évidentes.On ne compte plus les diplômés de McGill \u2014 souvent parmi les meilleurs de leur profession \u2014 qui ont «émigré » en Ontario, en Colombie-Britannique, en Alberta ou aux États-Unis.Jusqu'à récemment, le puissant facteur de la langue et de la culture retenait les francophones.Mais cela change.À mesure que les conditions de la médecine se détériorent, les francophones contribuent à leur tour au « brain drain » qui risque de jeter à terre la médecine de pointe québécoise.Il y a actuellement 30 chirurgiens cardiologues au Québec.Il y en avait 35, il y a deux ans.Sur les cinq qui sont partis, trois étaient francophones.Le Dr Doyle est reste \u2014 pour l'instant.Il ne compte plus les départs de collègues chirurgiens, souvent parmi les plus compétents, qui pratiquent aujourd'hui à Stanford, à Rochester, a Buffaio, au Minnesota, en Caroline du nord, en Arizona, a Cle-vcland.MARDI : 250 $ POUR UN PONT ACE ? B4 LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMED117 FÉVRIER 19S5 Plus PHOTO REUTER En perdant publiquement, même si ce n'était que pour quelques secondes, la maîtrise de ses gestes.Jean Chrétien a alimenté bien des doutes sur sa capacité de gouverner.Arroseurs arrosés.CHANTAI HEBERT du bureau de La Presse OTTAWA La thèse d'un premier ministre mai protégé et forcé de se défendre à mains nues n'a guère résisté à la diffusion des premières images de l'extraordinaire empoignade entre Jean Chrétien et un manifestant hullois jeudi midi, ou encore aux premières analyses des services de sécurité du premier ministre.Des deux hommes, c'est le manifestant et non Jean Chrétien qui avait l'air ébahi de l'agressé qui ne sait ni ce qui vient de lui tomber sur la tête, ni pourquoi.Selon tous les témoins, Bill Clennett n'a pas levé le petit doigt.C'est à lui qu'on a offert de porter plainte.Dans ces circonstances embarrassantes, l'accrochage d'hier n'est rien de moins qu'un mini-drame politique pour le premier ministre fédéral.En perdant publiquement, même si ce n'était que pour quelques secondes, la maîtrise de ses gestes, Jean Chrétien a alimenté bien des doutes à son sujet, au Québec comme ailleurs.Il a altéré son capital politique, notamment dans le reste du Canada où la confiance à son endroit, à toute épreuve avant le 30 octobre, est ébranlée depuis le résultat référendaire.Sur toutes les antennes hier, il s'en trouvait pour dire que Preston Manning avait peut-être raison en décembre de soutenir que le premier ministre n'était plus en état de gouverner.Du coup, les efforts actuels de redressement post-référendaire de Jean Chrétien, sans être complètement anéantis, viennent de perdre une partie de leur élan.En particulier, l'accrochage de Hull jette un éclairage peu flatteur sur les actions, plutôt désordonnées, du gouvernement Chrétien en matière d'unité canadienne.Ceux qui accusaient déjà Ottawa d'être dangereusement déboussolé sur ce terrain ont trouvé dans l'incident de jeudi abondamment matière à alimenter leurs soupçons quand au désarroi post-référendaire de Jean Chrétien.Au minimum, en brutalisant un manifestant dérangeant mais foncièrement pacifique, ( c'est l'évaluation qu'en ont fait les services de sécurité ), le premier ministre a démontré à ceux qui en doutaient encore que le virage vers la ligne dure imprimé au débat politique actuel au Canada comporte des risques de dérapages spectaculaires.Sous cet angle, on pourrait dire que lean Chrétien s'est brûlé les doigts avec une allumette que certains de ses propres ministres le pressent d'éteindre depuis plusieurs jours.Il est devenu le premier citoyen du pays à vraiment glisser sur la pelure de banane de la rhétorique postréférendaire de son gouvernement.Car, depuis la courte victoire fédéraliste du 30 octobre dernier au Québec, des ténors fédéraux d'Ottawa ne se privent pas d'associer en public agitation sociale et souveraineté.Ils n'en finissent pas de déplorer les effets néfastes sur des esprits fragiles du débat qui perdure sur l'avenir du Canada et du Québec.Dans cette veine, en novembre, le premier ministre Chrétien avait décrit publiquement la présence d'un intrus dans sa résidence du 24 Sussex comme un écho du discours référendaire de ses adversaires souverainistes.Mais, sans y voir la moindre contradiction, plusieurs ténors fédéraux accréditent des scénarios aussi sombres que le morcellement d'un Québec souverain ou d'éventuels bains de sang résultant d'affrontements entre autochtones et populations locales.À ceux qui leur reprochent d'échauffer les esprits et d'attiser les tensions avec ce type de discours, les ministres qui tiennent ou qui défendent ces propos répondent invariablement qu'ils ne font qu'appréhender l'inévitable.C'est ainsi que les Stéphane Dion et Ron Irwin ont affirmé que c'est l'existence du gouvernement Bouchard et de son projet qui les obligent à invoquer l'hypothèse de la violence.En gros, à l'instar de lean Chrétien qui fonce sur un manifestant parce qu'il est sur son parcours, certains de ses ministres foncent dans le tas des scénarios de violence appréhendée dans un Québec souverain sans dis- crimination, parce que les souverainistes sont dans leur chemin.A passer en revue quelques-uns des incidents de la dernière semaine au Québec, il apparaît maintenant que le climat de stress ambiant ainsi entretenu a créé aux plus hauts niveaux politiques une propension troublante à vouloir assommer les mouches avec des massues.Et c'est aussi le cas quand, dans le calme feutré d'un bureau de scrutin, Lucien Bouchard trouve le moyen de s'emporter et d'enguirlander un commettant qui exerce son privilège le plus élémentaire de citoyen en refusant de lui serrer la main.Dans les deux cas, les premiers ministres Chrétien et Bouchard projettent une image encore plus survoltée que l'humeur réelle des gens qu'ils représentent.Si les scènes qui se sont déroulées cette semaine sous les yeux des Canadiens avaient eu lieu dans n'importe laquelle des multiples démocraties naissantes auxquelles le Canada prodigue si généreusement ses conseils avisés, qu'en aurait-on conclu ici sur la maturité du pays en cause ?Le rêve s'évanouit pour Mirabel, l'aéroport qui n'aurait jamais dû être Denis MASSE collaboration spéciale ! Fêtait le samedi 4 octobre 1975.La foule des Montréalais se pressait à l'aéroport de Mirabel qui s'ouvrait pour la première fois au public.La cérémonie de l'inauguration, qui se déroulait sur le tarmac, était retransmise sur des écrans géants dans toutes les zones grand public de l'aérogare.L'excellent commentateur Henri Bergeron décrivait le rituel officiel.Là-bas, sur l'aérodrome, un appareil Boeing 747 transportant depuis Dorval une imposante brochette d'invités d'honneur venait de se poser sans anicroche.Un car transbordeur s'approchait de l'appareil pour emmener la délégation jusqu'à l'aéroport.De longues minutes d'attente suivent.Rien ne bouge.À l'arrière du véhicule \u2014 un jouet de quelque 400 000 $ \u2014 une porte s'ouvre, une échelle est abaissée et un préposé descend jusque sous les roues de l'étrange voiture à deux cheminées.Rien.Une deuxième silhouette apparaît.Les deux compères font des gestes d'impuissance : les commandes hydrauliques du transbordeur refusent obstinément de fonctionner.Et c'est dans l'hilarité générale que l'on vit les VIPs, deux premiers ministres en tête ( Trudeau et Bourassa ) descendre du véhicule récalcitrant, parcourir à pied la courte distance, sans tapis rouge, qui les mènera à un car bien ordinaire comme on en voit dans tous les autres aéroports du monde qui ne s'appellent pas Mirabel et qui ne sont pas « futuristes » comme celui-ci.Fallait-il voir dans cet incident un signe avant-coureur des déboires qui allaient ponctuer, au cours des vingt années suivantes, l'histoire chaotique de Mirabel, cet aéroport de l'an 2000 qui n'a pas progressé d'un millier de voyageurs depuis son ouverture en 1975 ?En tout cas, c'était bien mal parti.L'éléphant blanc L'abcès a fini par crever.Depuis le temps qu'on en diagnostique le malaise, l'aéroport de Mirabel doit céder au fatalisme qui entourait sa création même il y a 20 ans.L'heure des comptes est arrivée.Mirabel n'a plus les moyens de survivre selon le plan grandiose qu'on lui avait tracé.Ses administrateurs se déclarent prêts à transférer la partie la plus prestigieuse de ses activités au petit cousin Dorval qui a toujours eu le mérite de se trouver au seuil de la métropole.C'est un dur coup au milieu du rêve qu'a entretenu la génération précédente pour faire de Mirabel le plus grand, le plus bel et le plus fonctionnel aéroport au monde.Mais c'était un rêve.Et comme tous les rêves, celui-ci a fini par s'évanouir et le réveil est brutal.Demain, les pilotes des grandes lignes aériennes internationales cesseront de poser leur appareil sur les pistes de cet aéroport qui n'aurait jamais dû être.Loin de s'améliorer avec les années, tout ce qu'a réussi à faire Mirabel, en 1994, a été d'égaler le compte de son année d'inauguration : 2,5 millions de passagers.Halifax et Ottawa, dans la même année 94, en ont accueilli tout autant \u2014 respectivement.D'après les prévisions \u2014 optimistes \u2014 qui étaient à l'ordre du jour au moment de son inauguration, Mirabel devait, en 1995, accueillir trois fois plus de voyageurs qu'elle n'en voit passer actuellement.Du côté des mouvements aériens, même déplorable constata- tion : 60 000 atterrissages et décollages par année.Pas plus qu'à St.John's, dans la province de Terre-Neuve.Pour assurer à Mirabel l'achalandage qui aurait justifié l'énorme investissement de quelque 500 millions qu'il a coûté, il aurait fallu le doter de tous les outils nécessaires pour jouer le rôle prépondérant qui lui était dévolu.Au contraire, tout a été fait pour précipiter le constat d'échec.Réticence des voyageurs En bref, les passagers eux-mêmes, ceux qui arrivent d'Europe, ont commencé par rechigner, offrant aux compagnies aériennes une réticence grandissante à devoir changer d'aéroport pour continuer leur voyage jusqu'à destination finale.Car, pour la plupart d'entre eux.Montréal n'était qu'un point d'arrivée au Canada, pas nécessairement le but ultime de leur-voyage.On a vu des masses de voyageurs préférer New York ou Boston pour éviter le problématique transfert de Mirabel et Dorval et le risque de rater leur correspondance.Bien que les aéroports de Mirabel et de Dorval aient des vocations respectives bien distinctes, le premier étant voué aux liaisons internationales, le second aux voyages transfrontaliers et aux vols intérieurs, il reste entre les deux une interdépendance considérable qui semble avoir échappé aux concepteurs de Mirabel.La force d'attraction de Toronto De leur côté, les compagnies aériennes ont refusé systématiquement de dédoubler leur personnel et d'assumer des services connexes.Puis, le comble, le gouvernement canadien s'est mis à accorder les droits de des- serte directe à Toronto.Dès que la société Alitalia eût obtenu le feu vert d'Ottawa pour passer directement à Toronto, toutes les compagnies, les unes après les autres, ont convoité le même privilège \u2014 et l'ont obtenu.Ottawa n'a pas su résister à la vague qui demandait \u2014 exigeait \u2014 une seconde porte d'entrée au Canada.D'abord, pour combler les satisfactions du public voyageur majoritaire, puis, dans les négociations entre gouvernements, pour obtenir d'autres points de desserte dans les pays concernés.Tout compte fait, la création de Mirabel remonte à l'année 1966, du moins chez les fonctionnaires du ministère fédéral des Transports, oui, à la veille de l'Expo 67, alors que Montréal avait le vent dans les voiles, se penchaient sur les capacités d'accueil de Dorval et concluaient, au terme d'une étude de plusieurs mois, que « Dorval ne pourrait plus répondre aux besoins de 1985 ».Il fallait dès lors choisir un emplacement convenable, subordonné à plusieurs critères.Ottawa confiait alors à un professeur de l'Université de Montréal, Benjamin Higgins, le soin de déterminer l'emplacement idéal.Entre-temps, toutes les municipalités autour de Montréal, de Drum-mondville à Saint-jérôme, faisaient miroiter les avantages de leur positionnement sur la carte.Parmi toutes ces candidatures, le gouvernement de Québec allait opter pour Drummond-ville et chargeait le docteur Robert Lussier, ministre des Affaires intermunicipales, de mener la croisade en faveur de la région sud de Montréal.Le 27 mars 1969, coup d'éclat: le ministre Paul Hellyer mettait fin au suspense en annonçant le choix du gouvernement pour la région de Sain-te-Scholastique.Et déposait, en même temps, un plan d'expropriation de 85 000 acres suivant un découpage fantaisiste entre les villages de Saint-Canut, Saint-Antoine, Saint-Jérôme.Sainte-Anne des Plaines, Saint-Janvier, Sainte-Monique, Saint-Augustin et sainte-Scholastique, au total une zone plus vaste que les deux tiers de l'île de Montréal.L'idée avait du bon Si Mirabel est si éloigné de la ville \u2014 on a fustigé la distance en disant que l'aéroport est à 55 $ du centre-ville de Montréal \u2014 c'est que le gouvernement a opté pour l'isolement de l'activité aéroportuaire.Ottawa a décidé d'enfermer l'aéroport dans un cocon protecteur de 70 000 r.cres entourant la zone aéro-portuaire proprement dite, qui défendrait les villes-dortoirs de la périphérie contre l'agression sonore des avions.D'autre part, en créant autour de l'aéroport une vaste zone tampon, Ottawa écartait toute possibilité d'empiétement des agglomérations urba;nes et prévenait le développement d'activités incompatibles avec l'exploitation d'un aéroport.Ainsi, à 15 kilomètres de l'aérodrome, on interdisait encore certaines cultures qui auraient pu attirer des espèces d'oiseaux nuisibles au vol des aéronefs.Quand les concepteurs d'un aéroport moderne voient grand, ils voient jusque là.Dans cette perspective, rien ne devait entrer en conflit avec l'activité des transports aériens pendant au moins un siècle.Voilà toutes les promesses que contenait l'aéroport surgi de terre, à 50 kilomètres du centre-ville de Montréal, au milieu des années 70.Vingt ans plus tard, il faut revenir à la case départ et voir si Dorval ne pourrait faire l'affaire. LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED117 FÉVRIER 1996 B6 Plus Les « prédateurs sexuels » Certains peuvent être traités, d'autres pas YVES n les appelle les « prédateurs sexuels ».Ce sont des violeurs compulsifs, quelquefois des tueurs.Us commettent des viols à répétition, selon un plan minutieux, toujours le même.Jusqu'à ce qu'ils se fassent prendre.S'ils ne sont pas tués en prison, et s'ils veulent « se faire soigner », ils se-ront envoyés à l'Institut Philippe-Pinel, où il existe une unité spéciale consacrée aux agresseurs sexuels, dirigée par le Z> Georges Pinard.Ils peuvent aussi, en sortant de prison, aller voir quelqu'un comme le psychologue Michel Campbell.Après les procès d'Agostino Ferreira et Robert Leblanc, parmi les cas les plus effrayants qu'on ait connus ces dernières années à Montréal, nous avons demandé à ces experts de nous dire qui sont les « prédateurs sexuels », et comment on les traite \u2014 si c'est possible.* * * Chez les agresseurs qui tuent par plaisir, ceux dont la motivation est la mort de la victime, les chances de réhabilitation sont à peu près nulles, dit le Dr Pinard, psychiatre.« Dans des cas aussi lourds, il n'y a rien dans les recherches scientifiques qui permet de croire qu'il y a un traitement.On parle de gens qui vont à la chasse, et qui sont excités par la mort de leur victime.» Dans le cas de violeurs qui tuent une victime, mais sans que la mort ait été leur objectif, la loi ne fait pas de distinction, mais la science psychologique fait cette nuance: «Ça dépend du degré avec lequel l'individu veut renoncer à son pattern déviant », explique le Dr Pinard.Souvent, la place qu'occupe l'obsession déviante dans la vie du violeur est énorme : il pense constamment à la façon de réaliser son prochain crime et nourrit ses fantasmes depuis des années ; on peut difficilement l'en débarrasser.Il faut de toute manière remonter le fil de sa vie.Plus les gestes commis par l'agresseur sont graves, plus on a de chances de découvrir une histoire familiale perturbée.« Chez bon nombre d'agresseurs sexuels, on retrouve un milieu dys-fonctionnel, où les clichés et les stéréotypes sur les femmes sont véhiculés.Plusieurs, par exemple, pensent que les victimes finissent par prendre plaisir au viol », observe le Dr Pinard.Un grand nombre ont été victimes d'agressions physiques et sexuelles et d'« abus » psychologiques.Les études évaluent à 30 à 40% le pourcentage de violeurs eux-mêmes victimes d'agression sexuelle.Selon une vision, explique Michel Campbell, il y a des cas où le père dominateur empêche l'enfant de lui exprimer son agressivité ; il la transfère vers les femmes, qu'on lui a appris à mépriser.Selon un autre point de vue, on découvre un enfant qui se sent abandonné, réellement ou effectivement, par sa mère.Dans tous les cas, on a affaire à un individu qui cible les femmes pour exprimer sa haine et sa soif de pouvoir.On peut parler d'un crime « social », en ce sens que le violeur tient la société responsable de sa souffrance, les femmes en particulier, et décide de commettre des actes odieux pour bouleverser la société, comme lui l'a été.Tous ont de sévères troubles de la personnalité, les plus typiques étant le narcissisme ( un sentiment de supériorité souvent mêlé à une faible estime de soi ) et les troubles antisociaux.Mystère Le mystère, c'est que le passé trouble du prédateur sexuel ne lui est pas spécifique : on peut retrouver sensiblement le même chez un braqueur de banques, ou d'autres criminels.« C'est très difficile de dire ce qui fait qu'un agresseur prend cette route plutôt qu'un autre », dit le I> Pinard.« Ce qu'on retrouve en tout cas systématiquement, c'est une longue accumulation de situations où la personne s'est perçue comme une victime.Il y a ensuite, à l'adolescence, l'apparition d'une sexualité déviante, et une intensification de fantasmes déviants avec le temps.On voit souvent des comportements sadiques ; l'agresseur est excité par la souffrance de la victime, et cela va en augmentant », dit le Dr Pinard.Comme si le violeur devait aller de plus en plus loin pour assouvir ses désirs déviants.La grande majorité de ces agresseurs passent à l'acte dans la vingtaine : seulement 20 % des agresseurs sexuels ont plus de 30 ans.« Leur activité a tendance a décliner par la suite », dit le Dr Campbell.« L'adolescence est une période critique, où les gens sont très sensibles, et où se cristallisent souvent les comportements sexuels », note le Dr Campbell.Comment ?Difficile à dire.Des études ont démontré que le contact, à cet âge, avec la pornographie très lourde ( sado-maso, etc.), celle par exemple où la souffrance de la femme est présentée comme une jouissance, peut contribuer à la déviance sexuelle, ajoute-t-il.Si on l'en croit, Ferreira a vécu un sentiment de rejet permanent chez lui.Il a décrit son père comme autoritaire et violent, et sa mère soumise à l'extrême.Ferreira avait « pris partie » pour sa mère lui en a voulu d'avoir nié devant le tribunal juvénile tout acte de violence de son père.Il a occupé des emplois de serveur, mais ne restait jamais longtemps au même endroit.Il a d'abord commis des hold-up.Puis au milieu de la vingtaine a commencé à violer des vendeuses de boutiques de vêtements, toujours de la même façon \u2014 il en a violé neuf.Il avoue en avoir tué deux et a tenté d'en tuer une troisième.Leblanc a été adopté à neuf mois.On lui a fait croire que sa famille avait péri dans un incendie, mais il a découvert après son arrestation que sa mère l'avait placé.Il a été ballotté toute son enfance.Il a été agressé par des religieux à de très nombreuses reprises au cours de son enfance et de son adolescence.Il a été marié quelques années, et en a voulu à sa femme de le laisser pour un autre.Il a dit aux policiers que cette rupture n'avait «c pas aidé ».C'est après cela qu'il a commencé à faire des viols, lui aussi selon un plan systématique.Il a été condamné trois fois pour agression sexuelle en 1992, a été condamné pour le meurtre de Chantai Bro-chu jeudi et attend des procès pour quatre autres agressions.Les victimes ont décrit la haine féroce que ces deux agresseurs leur ont manifestée, les insultes qui accompagnaient les sévices sexuels.Traitement volontaire Chez les « prédateurs sexuels », ceux qui ne sont pas traités récidivent à coup sûr, ou presque.Ceux qui acceptent de se faire traiter récidivent deux fois moins que les autres, dit le Dr Pinard.La façon de mesurer la récidive est d'examiner si, quatre ans plus tard, l'homme s'est fait arrêter de nouveau.Il se peut qu'il ait récidivé sans se faire arrêter.Mais ceux qui sont passés par Pinel sont arrêtés deux fois moins que ceux qui ont refusé le traitement.Personne n'est forcé de se faire traiter à l'unité des agresseurs sexuels.Ceux qui y sont traités ont fait plus d'une victime.La plupart sont des récidivistes, des violeurs en série.On les traite intensivement sur un an, et on les suit par la suite.Il n'y a pas une façon unique de traiter les agresseurs.Il faut attaquer le problème sur plusieurs fronts.D'abord, bien souvent, il s'agit de développer les « habiletés sociales » du violeur.« Ce sont souvent des personnes incapables d'entrer en contact avec les autres, en particulier les femmes.Us ne savent pas engager la conversation, et provoquent le rejet, rejet qui alimente leur hostilité.On leur explique en détail comment développer un comportement plus adéquat, des fois avec des jeux de rôle : je fais la fille, et il joue son rôle », dit le l> Campbell, qui traite en cabinet privé surtout des cas moins lourds ( souvent des auteurs de viol survenu dans un rendez-vous amoureux qui sortent de prison ).À Pinel comme chez le Dr Campbell, on tente de prévenir la récidive en permettant au violeur d'identifier les signes avant-coureurs.« On lui apprend à identifier la séquence des événements, souvent la même, qui précède une agression », dit le E> Pinard.Cela commence souvent par une situation stressante qui déclenche de la colère, de la rage, dans le cas du violeur, et qui entraine la recrudescence de fantasmes.Avec quelques verres d'alcool, de la drogue, quelquefois tout est réuni pour qu'il passe à l'acte.Si le violeur identifie la séquence PHOTO LUC-SIMON PERRAULT.La Presse Le Dr Michel Campbell : « Je me dis : \"SI J'aide le violeur, si ça marche, il risque d'y avoir des victimes de moins\".» Robert Leblanc, 38 ans, auteur de plusieurs viols et du Agostino Ferreira, 32 ans.déclaré délinquant dangereux meurtre de Chantai Brochu.il y a deux semaines.des événements, il est capable d'en sortir avant d'aller trop loin, disent les experts.On leur dit d'éviter les situations qu'ils savent stressantes.Dans certains cas, la consommation d'alcool est proscrite.Michel Campbell réfère des clients chez « Sexe anonyme » ou au groupe « Amorce », des associations d'entraide construites sur le modèle des Alcooliques anonymes.Us ont alors une bouée à laquelle s'accrocher en cas de besoin.La thérapie consiste souvent aussi à amener le violeur à avoir de l'empathie pour ses victimes.Bien sûr, les cas des violeurs les plus dangereux sont aussi ceux qui sont les plus réfractaires à la thérapie, généralement.Les pires agresseurs, bien souvent, ne sont pas vus par des thérapeutes.« le me suis fait dire dans un pénitencier par un prédateur sexuel : \"|e ne veux pas d'aide, et si je ressors un jour, je vais recom- mencer\" », confie Michel Campbell.Ne faut-il pas garder une confiance inébranlable en la nature humaine pour faire ce métier?Michel Campbell, qui aide également des victimes d'agression sexuelle, se fait souvent demander comment il peut travailler avec un violeur.« )e me dis : \"Si je l'aide, si ça marche, il risque d'y avoir des victimes de moins\" ; et peut-être, en plus, que lui aussi sera plus heureux.» Quelques chiffres sur les crimes sexuels au Canada \u2022 En 1992, 34 352 agressions sexuelles ont été rapportées à la police au Canada.De ce nombre, 4410 ont été déclarées au Québec, qui a le plus bas taux de crimes sexuels rapportés ( 64 par 100 habitants cdntre 114 en Ontario, qui a le deuxième taux le plus bas ) depuis que l'on compile ces statistiques.\u2022 De toutes les agressions sexuelles rapportées à la police entre 1983 et 1992, 94 % étaient de « niveau I », qui englobe les agressions les moins graves ; 4 % étaient de « niveau 2 » et 2 % de « niveau trois ».Le niveau 2 est une agression sexuelle comportant l'utilisation d'une arme ou des menaces à une tierce personne ou occasionnant des lésions corporelles ( blessures plus que passagères ).Le niveau 3 est celui des agressions sexuelles « graves », où il y a blesures, mutilation ou défiguration de la victime, ou lorsque sa vie est mise en danger.Le niveau 1 comprend toutes les autres agressions sexuelles, du simple attouchement au viol non armé.\u2022 Les « homicides sexuels », c'est-à-dire les meurtres commis pendant une agression sexuelle, représentent au Canada entre 2 et 4 % de tous les homicides.Sur les 657 homicides rapportés au Canada en 1989, 21 étaient liés à une agression sexuelle, ce qui représente à peu près la moyenne annuelle.Entre 1974 et 1986, on a rapporté 12 129 homicides au Canada, et 461 d'entre eux étaient des homicides sexuels (4%).Ces données comportent certaines imprécisions, puisque dans 11 % des cas dans cette période, le motif ou l'occasion du meurtre n'a pas été détermine.Sur l'ensemble des crimes sexuels, l'homicide sexuel représentait en 1989 a peine 0,07 % dt* crimes rapportes.\u2022 Les victimes d'homicide sexuel sont des femmes à 85 %.Les suspect< sont des hommes à 99 %.L'âge des victimes d'homicide sexuel est bas : 69 % ont 30 ans et moins ; 49 % ont 20 ans et moins.\u2022 De tous les homicides sexuels dénombrés au Canada entre 1974 et 1990, 33 % ont été commis par une connaissance de la victime, 30 % par un pur étranger et 25 X n'ont pus été résolus ; 2 X étaient commis par un collègue, 4 % par un ami.Sources luristai, hilian Kohcrts et Michelle r.rovvpiHn.Univrrsil.' Catbcriae Ouest\tPromenades Saint-Bruno\tCarrefour Laval 28M781\t653-4455.poste 2243\t687-1540.poste 3210 Centre RocJdassd\tGaleries d'Amou\tMail Champlain 739 5521.poste 251\t353-3300.poste 3204\t466-3220.poste 215 Nous sommes désolés, mais le nombre de places est limité.\t\t Œompaqmr fce Ulto âlMitison eiux i "]
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