La presse, 4 janvier 1997, B. Plus
[" B Montréal, samedi 4 Janvier 1997 - \u2022 ÉDITORIAL \u2014.\u2022 \u2022 \u2022 - \u2022 100 ans d'idéologies page» B 4 et B 5 du XXIe siècle Le premier jour de Tan 2000, c'est demain.Le vingt et unième siècle est à nos portes.Quand les 26 journaux du monde entier, partenaires du réseau World Media, ont décidé de concevoir un dossier sur les grandes tendances qui marquent le monde à l'orée de ce nouveau millénaire, ils ont constaté que des grands sujets comme le travail, le sacré, l'environnement et le développement continueront d'interroger les peuples de la Terre.À quoi ressemblera le travail ?Les spécialistes croient que le salariat disparaîtra graduellement et qu'il y aura moins d'emplois mais qu'ils seront de meilleure qualité.Comment répartira-t-on le travail qui restera ?Dans ce dossier qui ceme un certain nombre de défis du ¦ siècle prochain dont celui de l'environnement, les plus optimistes parlent d'un l'écoréalisme qui pourrait peut-être permettre que s'installe une meilleure compréhension des solutions requises sur tous les continents du globe.Et en particulier dans les pays du tiers-monde.Ce dossier n'aurait sans doute pas été complet sans un regard sur les idéologies qui ont marqué les cent dernières années.À cet égard, ce dossier La Presse - World Media présente en pages B-4 et B-5 un survol historique intéressant des idéologies et des hommes qui les ont véhiculées durant ce siècle.Les défis du XXI* siècle est un premier complément à l'analyse que La Presse offre régulièrement à ses lecteurs et lectrices à l'aube du siècle nouveau.Bonne lecture ! Plus d'emplois de qualité JAMES CHAMPY PDG de CSC Index, un cabinet de conseil en management basé à Cambridge, dans le Niassachussets, James Champy a inventé le «reengineering», concept de management révolutionnaire.Ses deux ouvrages.Reengineering Management: The Mandate for New Leadership et Reengineering the Corporation: A Manifest for Business Revolution, ont été des bestsellers mondiaux.\u2022 n jour, interrogé sur la diminution inquiétante du nombre de membres affiliés au jeune parti communiste, Vladimir Illicht Lénine aurait haussé les épaules et répondu : «< Les meilleurs restent.» On peut dire la même chose des emplois aujourd'hui.De l'atelier au guichet, la nature fondamentale du travail est en train de changer de manière spectaculaire et irréversible.Des millions d'individus doivent abandonner des carrières sans surprise et entreprendre leur reconversion.La reprise économique n'a pas fait revenir les emplois d'autrefois et le nombre de travailleurs continue à diminuer.Peter Drucker, professeur de management à Harvard, a été le premier à décrire ce phénomène.Il a notamment prédit, dès 1988, la disparition de l'encadrement intermédiaire dans les entreprises s'appuyant de plus en plus sur les systèmes d'information.En facilitant l'accès à l'information, elles éliminent les fonctions de collecte et de contrôle des données.La mondialisation de la concurrence accélère encore cette diminution des emplois.Des centaines de milliers de postes ouverts aux cadres moyens et supérieurs disparaissent.Les unes après les autres, les entreprises réduisent leurs niveaux hiérarchiques et diminuent leurs effectifs, avant même d'avoir mis en place une nouvelle structure ou un meilleur système d'information.Comme me l'a récemment fait remarquer un dirigeant d'entreprise, cyniquement : « Nous sommes totalement incapables de changer la conception de notre travail ou notre organisation, alors nous réduisons le personnel et laissons le soin à ceux qui restent de trouver le moyen d'accomplir les tâches à effectuer.» Reconfigurer le travail Un autre changement difficile à comprendre et plus fondamental encore s'est fait jour : le « reengineering », ainsi que l'a appelé CSC Index, premier cabinet d'études à l'avoir observé.Il s'agit de réviser en profondeur la manière dont les entreprises réalisent des percées financières et opérationnelles.Les grands groupes ont longtemps été organisés selon le modèle de l'armée prussienne du 19* siècle.Ils obéissaient aux principes rigides d'autorité et de responsabilité, sans parler du rang hiérarchique, des privilèges et du prestige.Pendant des décennies, l'armée prussienne a remporté différentes guerres et les grandes entreprises ont quant à elles accompli des per- Emploi : le miracle américain Les Etats-Unis créent des emplois Les Etats-Unis Nombre d'emplois créés pour 100 travailleurs ont généré 15% d'emplois 20 de plus qu'en Europe entre 1980 et 1994 Prime aux emplois qualifiés Bats-unis Malgré les idées reçues, les nouveaux emplois américains sont en majorité des postes qualifiés et bien payés.50 40 30-20-10- 1980 1985 1990 1994 Emplois qualifiés créés pour 100 travailleurs entre 1980 et 1994 Il H II\u2014I Il Mln ***** .'¦' .,/ \u2022 .-.,>./ ':».v .\u2022 '.»\u2022.».¦¦- \u2022\u2022 .4 S'.¦ ».-, mm Un secteur privé dynamique Les bas salaires sacrifiés M j ,y > .|JMg C'est le secteur privé qui a le plus embauché, tandis que l'Europe voyait surtout augmenter le nombre de fonctionnaires.Union, européenne PUtUC PWYÉ Croissance de l'emploi pour 100 travailleurs de 1980 à1994 Les salaires des emplois non qualifiés ont chuté, alors qu'ils augmentaient en Europe.en %* \"1 Evolution des salaires 2 -i des emplois non Qualifiés dans les années 1980 i #n #i I II H I I II U Sources : Job Study.OCDE.Rapport MacWnsey formantes étonnantes en matière de product ion de masse.Mais, pour pousser l'analogie plus loin encore, l'armée elle-même cherche aujourd'hui à développer des systèmes accordant davantage de marge de manoeuvre aux soldats placés sur le terrain ou sur les lignes de front.Le « reengineering » a justement pour objectif d'accélérer le processus de création des produits, de développer de meilleures relations avec les clients et de proposer des services bien réglés.On insiste aujourd'hui non sur le principe d'autorité, mais sur celui de « position dominante » et sur la délégation plutôt que le contrôle des tâches Une reconfiguration radicale du travail qui renverse le modèle en vigueur depuis la Révolution industrielle.A l'époque, il s'agissait de diviser les tâches et de les affecter soit à des spécialistes soit à une main-d'oeuvre sans qualification.Cette organisation exigeait une structure d'encadrement complexe destinée à faire coïncider les tâches \u2014 pour autant qu'on y parvienne\u2014 et à aboutir à une unité de travail apportant une valeur ajoutée.Cette approche fragmentée empêchait l'émergence de ces qualités qui sont justement indispensables aujourd'hui pour s'adapter à des marchés en constante évolution : flexibilité, capacité d'innovation et réactivité aux besoins des clients.Un « reengineering » radical s'attache à supprimer les frontières entre les dirigeants, l'encadrement et les employés.Ces derniers doivent de plus en plus se prendre en charge.Je me suis récemment rendu dans une entreprise qui a réorganisé son fonctionnement autour d'équipes autonomes ; les dirigeants y arpentaient les couloirs en se demandant à quoi il servaient exactement.« Votre travail n'a plus rien à voir avec ce que vous faisiez jusqu'à présent » se voyaient-ils répondre.Inutile désormais de surveiller les salariés de près, de passer du temps sur ce qui est inutile à l'activité de l'entreprise, ou à défendre son pré-carré.Attention toutefois : il ne s'agit pas ici de la délégation de pouvoir telle qu'on l'entend habituellement.Les cadres supérieurs d'une entreprise en « reengineering » ne peuvent en effet abandonner leurs responsabilités en espérant que chaque salarié comprendra son travail et sera à la hauteur de la situation.Le travail peut être autogéré, mais il doit rester géré.Reste donc aux dirigeants à régulièrement passer en revue les différentes tâches effectuées, évaluer les performances des processus et de ceux qui sont chargés de les mettre à exécution.Et à viser l'amélioration des performances des salariés.Un personnel moins nombreux Face à la disparition des fonctions strictement définies et à l'allégement du principe hiérarchique, c'est toute la conception de l'évolution de carrière et du système de rémunération qui est bouleversée.Ainsi les salariés occuperont-ils le même poste pendant une période plus longue ; leur progression devra être évaluée par rapport aux compétences et aux connaissances qu'ils auront acquises.Ils seront rémunérés selon leurs contributions à l'activité de l'entreprise et non en fonction de leur position dans l'organigramme.Désormais c'est l'évolution latérale \u2014accompagnée d'un nombre de tâches à ef- fectuer plus important\u2014 qui fait office de promotion.Ce nouveau contexte semble porteur de perspectives de valorisation personnelle et de plans de carrière plus satisfaisants que le système actuel pyramidal « à la prussienne ».Conséquence négative évidente : la plupart des grandes entreprises auront besoin d'un personnel moins nombreux, plus qualifié, et qui devra accomplir des tâches plus complexes.À court terme, cela signifie que l'activité économique poursuivra sa progression plus lentement que prévu, au moins en matière d'emploi.À long terme, il faudra revoir entièrement les systèmes d'éducation et de formation professionnelles.Mais qui payera?Le financement de cette transition sera en grande partie supporté par l'État, ce qui suppose une collaboration d'un type nouveau entre le monde de l'entreprise et le gouvernement dans l'intérêt général, comme ce fut le cas lors du redéploiement massif des salariés durant la Seconde Guerre mondiale.Les entreprises doivent définir de façon réaliste les compétences dont elles ont besoin, afin que les futurs actifs soient entraînés à mener non pas une ou deux, mais plusieurs tâches de front, en plus d'être suffisamment flexibles pour pouvoir travailler dans des équipes pluridisciplinaires.U ne s'agit pas de former un quota de soudeurs ou de programmeurs informatiques, mais de créer des généralistes plus performants.Les compétences requises sont l'autodiscipline, la capacité à collaborer, à gérer les relations entre les personnes, î.écouter et à communiquer, ainsi qu'une aptitude à con- cevoir des processus et des technologies spécialisées.U faut.) des personnes équilibrées possédant un bagage culturel étendu et la personnalité pour assumer des responsabilités.Un meilleur planning Ces besoins en matière de qualification exigent une politique industrielle interventionniste et ouverte, le tout guidé par un planning qui dépasse les échéances politiques et les plans de rentabilité des entreprises.Les décisions financières à court terme qui consistent à rogner sur les dépenses de formation ou à arrêter les investissements technologiques ralentiront la progression de cette évolution du travail.Le nouveau tableau de bord d'un dirigeant d'entreprise devra comporter les indicateurs suivants : le pourcentage des clients que l'entreprise est capable de garder, la vitesse à laquelle elle exécute les commandes, le nombre de clients potentiels qu'elle parvient à retenir.À terme, cette modification de l'emploi industriel aura de nombreux effets bénéfiques : diminution des coûts, rotation plus faible du personnel, augmentation de la productivité et plus grande réactivité aux besoins des clients, sans compter la satisfaction du salarié.Un tel résultat vaut certainement tous les efforts, aussi durs soient-ils.Sur le plan économique, les bases de l'économie nationale en seront renforcées.Et sur le plan humain, la présence d'une population active de meilleure qualité, plus compétente et plus nombreuse, entraînera une revalorisation de chaque individu et un plus grand attrait du lieu de travail.En d'autres termes, nous aurons plus et mieux.La Presse EPIA S B 2 ?LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 JANVIER 1997 Editorial La Presse André Desmarais president du conseil d'administration Roger D.Landry PRÉSIDENT et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef Un leader inefficace I.Ut M Frédéric Wagnière incertitude interminable qui règne au sujet du retrait israélien d'Hébron et du redéploiement des troupes israéliennes dans les territoires occupés montre que le premier ministre Benjamin Netanyahu n'est pas l'homme de la situation.L'intelligence et l'instinct politique très sûrs de M.Netanyahu lui ont permis de gagner les élections.Tannée dernière.Mais au moment d'un processus de paix extrêmement complexe avec les Palestiniens, Israël a surtout besoin d'un leader.Celui-ci doit imposer la confiance et le respect aux Israéliens et aux Palestiniens.Or, depuis un an, il entretient l'incertitude au sujet des territoires occupés et des colonies juives qui y ont été installées.Cette incertitude est de bonne guerre lorsqu'il s'agit de négocier avec le président Yasser Arafat.M.Netanyahu doit manoeuvrer pour obtenir les garanties les plus solides pour la sécurité d'Israël.C'est sans aucun doute le mandat le plus impératif qu'il a reçu des électeurs israéliens.Mais, passé un certain stade, cette tactique risque de mettre en danger la paix fragile qui a été négociée jusqu'à présent.En l'occurrence, il a donné de faux espoirs à un soldat israélien déboussolé qui pensait pouvoir arrêter le processus de paix en ouvrant le feu sur des Palestiniens faisant leur marché à Hebron.Il est fort possible que Noam Friedman n'aurait pas eu l'idée de son ges^e démentiel si le caractère obligatoire des accords d'Oslo avait été reconnu plus catégoriquement.Lors de la campagne électorale, M.Netanyahu l'avait fait, car autrement il aurait perdu les élections.Mais l'extrême droite a toujours cru qu'il modifierait ces accords avant de s'y plier.C'est ce genre d'ambiguïté qui nuit au leadership du premier ministre et qui a donné des idées tordues à ce malheureux soldat.On fait grand cas de l'opposition à un accord sur Hebron au sein du cabinet de M.Netanyahu.Cette division » dans les milieux diplomatiques et vous vous heurtez à un mur de scepticisme ou de lassitude.Chez, les conservateurs en particulier, ces termes (ont sourire.Ce sont les organismes publics qui ont contribué à provoquer ce désintérêt général, en finançant des études très pointues sur l'environnement, truffées de termes techniques, qui s'accumulent sur les bureaux des diplomates.Il est pourtant urgent de comprendre l'importance de l'environnement : Il constituera le principal problème de sécurité nationale du début du prochain siècle.Des phénomènes comme l'explosion des populations, la propagation des épidémies, la deforestation et l'érosion des sols, la diminution des réserve* d'eau, la pollution de l'air et le relèvement probable du niveau de la nier dans des régions surpeuplées comme le delta du Nil et le Bangladesh ( qui déclencheront des mouvements massifs d'émigration et entraineront à leur tour des conflits entre populations ) auront des Implications stratégiques et politiques ; ils représenteront le principal enjeu de ta politique internatio- nale dans le monde de l'après-guerre froide.Au cours du XXIe siècle, les réserves en eau atteindront un niveau dangereusement bas dans plusieurs régions comme l'Arabie Saoudite, l'Asie centrale et le Sud-Ouest des États-Unis.L'Egypte et l'Ethiopie risquent de se faire la guerre pour l'eau du Nil.Même en Europe, des tensions se font déjà jour entre la Hongrie et la Slovaquie au sujet de la construction d'un barrage sur le Danube, exemple-type de situation où les conflits concernant l'environnement se mêlent aux tiraillements d'origine ethnique et historique.La politique de «< guerre froide » des Etats-Unis a réellement commencé avec le célèbre article du stratège américain George F.Ken-nan, signé « X », qui fut publié dans le numéro de juillet 1947 de la revue Foreign Affairs : dans son texte, Kennan prônait une attitude de fermeté et de vigilance envers l'Union soviétique, afin de circonscrire ses velléités d'expansion qui, d'ailleurs, étaient motivées davantage par une volonté d'impérialisme que par une propagande idéologique.Dans quelques années, on associera peut-être les débuts de la politique d'après guerre froide des États-Unis à une analyse écrite encore plus détaillée et osée que l'article de Kennan : une chronique écrite a l'automne 1991 ci parue dans le magazine International Security.Pour Thomas Fraser Homcr-Dl'xon, directeur du programme d'études sur la paix et les conflits à l'université de Toronto, les prochaines guerres et conflits civils seront souvent engendrés par la rareté de ressources comme l'eau, les terres arables, les forets et le poisson.Et tout comme il y aura des guerres et des courants d'émigration liés aux problèmes d'environnement, on verra apparaître des dictatures \u2014 « des régimes durs », comme les appelle l'auteur.Au cours des cinquante prochaines années, la population mondiale va exploser, passant de 5,5 milliards à plus de neuf milliards d'âmes.Or, si les optimistes fondent leurs espoirs sur l'ouverture mondiale des marchés et la libre circulation des nouvelles technologies, ils omettent de signaler, comme l'a fait remarquer l'Académie nationale des Sciences, que 95 % de l'augmentation de la population se fera dans les régions les plus pauvres du monde.Soit des pays dans lesquels les gouvernements actuels ( comme c'est le cas en Afrique > montrent peu d'aptitudes à gérer les affaires courantes et, a fortiori, à conduire leurs nations vers le progrès.D'un côté, une minorité de la population sera, comme le pressent le philosophe américain Francis Fu-kuyama, suffisamment à l'abri du besoin pour entrer dans une ère nouvelle, vivant dans des villes et des banlieues à l'environnement maîtrisé et aux antagonismes ethniques étouffés par la prospérité bourgeoise.D'un autre côté, un nombre croissant de personnes seront, quant à elles, prises dans le mouvement de l'Histoire, logées dans des bidonvilles où toute tentative pour se sortir de la pauvreté, des dysfonctionnements culturels et des conflits ethniques sera condamnée en raison du manque d'eau potable, de terres à cultiver et d'espace pour survivre.Dans les pays en vole de développement, les problèmes liés à l'environnement obligeront les populations a choisir entre le totalitarisme ( comme en Irak ), le petit Etat fascisant ( comme dans la partie serbe de Bosnie ) et la culture du nomade guerrier ( comme en Somalie ).Conclusion de Thomas Ho-mer-DIxon : « Au fur et à mesure que l'environnement se dégrade.les risques de rupture sociale augmentent.» Un calvaire éclairant Mon retour d'Afrique de l'Ouest fut un calvaire éclairant.Une fois arrivés à New York, nous n'avons pu débarquer de l'avion avant que les autorités d'immigration de l'aéroport Kennedy aient questionné rapidement chacun des passagers.Cette procedure s'ajoutait aux formalités de douane et d'immigration habituelles.Ces mesures de sécurité les plus sévères que j'ai jamais vues avaient pour but de prévenir les épidémies, importations de dror gue.etc.Pour la première fois depuis un mois, j'ai vu des hommes d'affaire* dotés d'attachés-cases et d'ordinateurs portables.À mon depart de New York pour Abidjan, tous les hommes d'affaires embarquataMf vers Séoul et Tokyo sur des compagnies aux guichets jouxtant cent d'Air Afrique.Les seuls passagers non africains en partance pour l'Afrique de l'Ouest étaient des employés d'organismes d'assistance, en tee-shirts et bermudas.Les défenseurs de l'Afrique ont raison sur un point : c'est à nos risques et périls que nous ignorons ce continent en perdition.Lorsque le mur de Berlin s'est écroulé en novembre 1989, je me trouvais au Kosovo, filmant un conflit entre les Serbes et les habitants de l'Albanie.Et je me suis dit cette nuit-la que l'avenir se déciderait non pava Berlin, mais à Pristina.De rrwnu .le jour où Yitzhak Rabin et Yasser Aralat se sont serres l.i main sin.i.» pelouse de la Maison-Blanche, mon avion d'Air Afrique s'appro< chail de Bamako, au Mali ; je pouvais apercevoir les baraques de rou ondulée au bord de l'immense dc-sen.J'en concluais que les événements importants ne se déroulaitifl pas à Washington, mais la.Jusi2.il évolue du conservatisme chrétien vers le fascisme.Adolf Hitler En 1933.il devient chancelier et maître unique de l'Allemagne.Il met en oeuvre la conquête de l'espace vital (Lbensraum) et l'élimination des juifs \"forces dissolvantes* de la société allemande.Benito Mussolini Chel du gouvernement italien après sa marche sur Rome en 1922, il appelle les Italiens à \"croire, obéir, combattre\".i 5 un m& llti Kg» un Fi*'\" 9 Ct % Création du Parti national ouvrier allemand à Munich i- Le fascisme repose sur le parti unique, le corporatisme et le.nationalisme.Il entend rétablir, y compris par la terreur, un lien organique entre les membres d'une même nation.Le nazisme ajoute l'appartenance à une même race et un antisémitisme radical, le génocide étant un instrument systématique d'unification raciale.Vers des sociétés inhumaines?MARIO SOARES M.Scares est ex-président du Portugal e toute évidence, le pouvoir économique, ct les marchés financiers en particulier, imposent des limites et exercent plus de pouvoir qu'ils ne devraient.Les médias sont aujourd'hui particulièrement influents bien sûr, eux aussi plus qu'il ne le faudrait.Seul un pouvoir démocratique, légitimé par le vote dtl peuple, nous aidera a limiter 1rs excès et les abus commis, dans certains cas, par ces deux pouvoirs économique et médiatique.Les gouvernements et les pays eux-mêmes Boni désormais préoccupés par les taux d'intérêt, les variations macro-économiques et, en ce qui concerna l'Union économique européenne.par la concrétisation des objectifs communs du Traité de Maastricht.Mais, dans la plupart des cas, ils négligent de s'intéresser aux sentimt.as des individus.Us ne s'inquiètent pas, et ignorent même parfois, les problèmes qui concernent l'environnement.Souvent, le malaise social devient cruel dans les pays pauvres, mais aussi dans les pays riches où une société à deux vitesses marginalise de plus en plus les plus pauvres.Aujourdhui, nous sommes témoins de phénomènes terribles : le crime organisé, le terrorisme incontrôlé, la prolifération des armes nucléaires, l'insécurité.Si nous n'agissons pas très vite, nous serons bientôt confrontés à des sociétés inhumaines et à des révoltes sociales.Nous devons retrouver les principes et les idéaux qui ont depuis toujours guidé l'humanité dani^ sa marche vers le progrès.1 C osmopolitisme et mondialisme - PASCAL BRUCKNER Pascal Bruckner est un écrivain français, globe-trotter et auteur de nombreux essais et du roman Lunes de fiel adapté à l'écran par Roman Polanski.Face au nationalisme, étroit et xénophobe, on pare aujourd'hui le cosmopolitisme de tous les attraits.D'un côté, il y aurait l'étroitesse nationale, rancunière et peureuse, de l'autre, la curiosité, la multitude bigarrée des cultures.On peut se demander si cet éloge obligatoire de l'ouverture ne revient pas à confondre le cosmopolitisme et le mondialisme.Le cosmopolitisme, c'est la capacité d'avoir un pied dans plusieurs cultures.Il est le travail que nous accomplissons pour nous ouvrir à une autre civilisation à partir de la nôtre et nous enrichir de cet apport.C'est pourquoi il est enraciné dans la profondeur de plusieurs mémoires, de multiples particularités.Il nous écartèle entre une culture d'origine et des patries d'élcctiqu.C'est en cela que le véritable cosmopolitisme est souffrance.Car transiter d'une culture à une autre est l'équivalent d'une mue, d'une métamorphose qui implique peine et labeur.Le fait de maîtriser trois ou quatre langues, de prendre connaissance de plusieurs ira* dit ions, tels sont le luxe et la récompense du véritable cosmopolite.Le mondialisme est radicalement différent puisque c'est la culture des gens sans culture.C'est l'écume au-dessus des vagues des échanges.C'est un survol qui prétend maîtriser l'univers parce qu'il l'a préalablement vidé de sa substance.Sont condamnés au mondialisme les gens qui n'ont d'ouverture ni sur leur culture nationale ni sur le monde en général.Et qui au contraire ne communiquent que par les symboles les plus pauvres de cette culture planétaire, c'est-à-dire le fast-food, le Coca-Cola, un certain type de musique.En ce sens, Disneyworld est bien le comble du mondialisme.Toutes les régions du monde y sont représentées comme citation, comme attraction ; la Terre y devient un gtjuid parc de jeux. B6 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 JANVIER 1997 Plus / Les défis du XXIe siècle Assisterons -nous un retour du sacré ?i SERGK) QUINZK) L'auteur est né dans la province de Ligure en 1927.Il vit à Rome et écrit des livres sur la foi chrétienne, vue à travers le prisme de ses origines juives et leur influence sur le monde d'aujourd hui.Ses oeuvres, publiées par Aldephi à Milan comprennent Un commentaire de la Bible, De la gueule du lion et Racines hébraïques du monde moderne* \u2022 \u2022 \u2022 ai assisté aux étranges transformations d'un couple d'amis, tous deux animateurs d'émissions radiopho-niques et éduqués scion ce qui était, du moins jusqu'à hier, la «< culture de gauche *.J'aperçus un jour, par hasard, accroché dans leur appartement un portrait du célèbre gourou Rajneesh.La jeune femme, à son retour d'un séjour en Inde, avait été baptisée d'un nouveau prénom, celui par lequel ses amis continuent de l'appeler.Quelques années plus tard, mari et femme m'ont raconté qu'ils étaient allés à Assise, à l'époque de Noel, pour s'imprégner de l'atmosphère mystique de la ville de saint François.Ils étaient entrés dans une église où l'on célébrait la messe de minuit.Or, à un certain moment ils virent les fidèles se serrer la main.Ignorant que ce geste était l'échange des voeux de paix avant la communion eucharistique il l'interprétèrent comme un au-revoir, et sortirent de l'église.Si l'on considère que mes amis ont reçu dans leur jeunesse une éducation catho- %& \u2022 - * \u2014 -» J * \u2022 \u2022 #-* I 1 1 \u2022 * v» \u2022 \u2022 mmm ll^UV IIUUIUVMIIIVIIV., UUI pVUlV.IMV \" saventure me semble révélatrice de ce qui, ces derniers temps, a sous-tendu l'incessante évocation du retour du sacré.On y retrouve en effet les ingrédients habituels.Une enfance et une adolescence dans un milieu où le catholicisme était vécu sans enthousiasme et presque passivement, comme si la foi chrétienne n'était qu'une attitude inébranlable.Pour les jeunes de l'après-guerre, la voie s'ouvrait sur une alternative positive, sur le projet d'un monde rénové grâce à la révolution communiste.Une solution qui semblait à portée de main et apparaissait, pour beaucoup d'entre eux, comme le chemin à suivre.Dans les années qui ont suivi, le glorieux modèle économique qui semblait devoir s'ouvrir sur un avenir paradisiaque s'est progressivement affaibli.Après la chute du mur de Berlin, une autre voie s'est ouverte.Elle n'a toutefois pas tardé à se révéler en grande partie illusoire.Les pays de l'Est se sont uniformisés très rapidement ou ont tenté de reproduire le modèle de bien-être de la société de consommation occidentale.Mais, malheureusement cela s'est produit juste au moment où s'accentuaient les problèmes écologiques et autre* grands enjeux du développement : la croissance démographique, l'accentuation de la fracture économique entre riches et pauvres, le déplacement de populations, la menace atomique à l'état latent la drogue, le sida, les guerres, les révoltes, le chômage, la violence et la corruption, publique et privée.Des expériences alternative C'est ainsi que n'a cessé de se développer une profonde méfiance vis-à-vis de l'histoire et de l'avenir.Comme toujours dans les moments de crise de civilisation, par exemple Fors du déclin de l'empire ro- main, des minorités significatives ont commencé à s'intéresser aux « expériences alternatives », dans leur quête de ce qui pourrait pour ainsi dire, leur permettre d'échapper à la responsabilité et au poids de l'histoire.De même que la décadence de l'empire romain vit se multiplier les cultes venus de l'Orient ( Mithra, Isis, Attis, et même Moïse et Jésus ), ces années* là eurent l'Extrême-Orient comme pôle d'attraction principal.De jeunes Américains et Européens y sont, partis nombreux dans l'espoir peut-être déraisonnable de trouver là-bas quelque chose qui répondrait à leur « angoisse de l'histoire » et au non-sens dont ils se sentaient menacés.S'il y a un élément qui caractérise le retour du sacré dans cette se* conde moitié du siècle, c'est bien l'extrême variété de ses symptômes : des plus baroques \u2014 les sectes, mais aussi l'astrologie, la cartomancie, la magie, la vogue des horoscopes \u2014 à la « haute culture », dont il ne serait pas exagéré de dire aujourd'hui qu'elle s'intéresse avant tout aux côtés obscurs et mystérieux de la réalité.Ce qui va à rencontre de la conception de la rationalité qui prévalait hier et de la confiance accordée à ce modèle rationnel.En Italie, des auteurs comme Luigi Pareysort Elémire Zolla, Gui-do Ceronetti, Roberto Calaso, Massimo Cacciari ( mais aussi Umberto Eco, fasciné lui aussi par le sacré au Moyen-Âge ) ont étudié les religions philosophiques de l'Inde et de l'Extrême-Orient.D'autres ont nié en bloc la modernité pour revenir aux grands textes sacrés de l'humanité.D'autres encore se sont plongés dans le monde du mythe, de la mystique, du symbole.Les anges, comme en témoignent après Rilke, les films de Wim Wenders, sont redevenus à la mode.Tous ces éléments dessinent une évolution qui tourne le dos à l'idée de la religion comme « enfance du monde ».Peut-être toutes les tendances actuelles s'expliquent-elles par le regret la nostalgie d'un univers moins schématisé, moins rationnel, et donc plus Imaginatif.Nous ne savons pas très bien ce que nous cherchons.Il semble qu'on assiste surtout à une fuite en avant.L'exotisme Les religions autres que le christianisme exercent aujourd'hui, sur de nombreuses personnes, une fascination et un attrait accrus.Cela revient à pousser la quête le plus loin possible, à fuir tout ce qui conduirait à établir une comparaison directe avec notre histoire et notre civilisation.C'est là la source de l'exotisme.Et l'Église finit par bénéficier elle aussi du retour du sacré.La figure du pape, dont le rôle était mineur à la fin du siècle dernier, a acquis de nouveau une place capitale.C'est principalement dans le monde chrétien que se sont formés des groupes \u2014comme Y Opus Dei en Espagne ou Communia* ne e Liberazione et les Focolarini en Italie \u2014qui ont fait souffler un vent d'engagement et d'enthousiasme.Les conversions à l'islam sont devenues fréquentes, même en Occident ; il suffit de rappeler celles de René Guenon et de Roger Ga-raudy.Ces conversions peuvent avoir lieu parce que les rapports entre les deux grandes traditions sont Intensifiés actuellement pour des motifs divers, mais aussi parce que l'islam est en soi la dernière Les religions autres que le christianisme exercent aujourd'hui, sur de nombreuses personnes, une fascination at un attrait accrus.Cala revient à pousser la quête le plus loin possible, à fuir tout ce qui conduirait à établir una comparaison directe avec notre histoire et notre civilisation.grande religion « révélée » < bien que la foi Ba'hai revendique ce pri- T.certain suc- Nous ne savons pas très bien ce que nous cherchons» Il semble qu'on assiste surtout à une fuite en avant.\u2022 ces) et que cela fascine.Et ce, même si l'islam évoque une percée de l'intégrisme, c'est-à-dire la renaissance d'anciennes formes religieuses qui prétendent avec arrogance avoir la propriété de la vérité absolue et l'imposer.On rencontre des phénomènes analogues d'intégrisme ou de fondamentalisme parmi les chrétiens, surtout en Amérique, et chez les Juifs, les hindous et les bouddhistes.Toutefois, les spécialistes de l'intégrisme musulman ont désormais tendance à le considérer comme un refuge pour des masses faussement modernisées, reléguées à la périphérie de l'histoire et en quête de leur identité, plutôt que comme une renaissance de l'ancienne religion.La désagrégation Je crois que l'on surestime le potentiel intégriste et fondamentaliste.Je ne pense pas que le processus historique de sécularisation et de laïcisation puisse être entravé, malgré le retour du sacré, sauf dans l'éventualité d'une immense catastrophe historique.Le danger serait plutôt de nature opposée : la désagrégation des diverses religions, qui, bien que sur la voie de retour, n'apparaissent plus comme des modèles sociaux dominants, mais plutôt comme des éléments d'expériences individuelles.L'homme contemporain qui opère un retour à la religion, n'est pas à la recherche d'une réelle appartenance religieuse qui le contraindrait à faire des choix de vie.Pour lui, la religion n'est que le lieu privilégié où, après une vaine quête des idéologies, il va trouver un havre rassurant, une expérience Intime de libération et de paix.Quant à l'oecuménisme, son risque est celui d'un passage \u2014appauvrissant, bien que beaucoup le jugent positif \u2014 de la religion à la religiosité.La coexistence en une espèce de panthéon de vérités diverses, unies par un sentiment religieux assez vague.II y a aussi ceux qui ont une approche esthétique, plutôt qu'éthique, du religieux.Les religions exercent alors une attraction pour «L'Église devrait cesser d'occuper le devant de la scène.Un pape inf aillible est un non-sens et une idée révoltante pour tout être pansant.Lier une vérité divine à une fonction sensée garantir cette vérité est une insulte à toute réflexion intellectuelle», estime la théologien allemand Eugen Drewermann.leur ancestrale majesté, la beauté de leurs mythes, leurs symboles et leurs rites.Entre mythes, religions, mystique, religiosité, symboles et rites, chacun cherche ainsi une sorte de chemin personnel qui le conduit vers le sacré.Si des sociologues comme Peter Berger ont pu parler de « religion personnelle », c'est-à-dire où chacun va puiser ses critères et ses préférences à diverses traditions, fondant le tout en un ensemble qui lui apparaît plus approprié à ses besoins et à ses désirs, d'autres ont, me semble-t-il à juste titre, évoqué un « supermarché des religions » où chacun croit pouvoir choisir à son gré.Avec ce type de religiosité indéfinie, toutes les formes du retour du sacré aujourd'hui en vogue sont destinées à se rejoindre.En cela, l'expérience de mes amis, que j'ai évoquée au début de mon propos, est emblématique.Ignare, mais insatisfait de sa propre tradition religieuse, on explore les ashrams ou les églises, les pagodes ou les rites chamanistes, passant facilement de l'un à l'autre.Voilà, me semble-t-il.l'avenir qui attend le retour du sacré tel qu'on peut l'entrevoir à l'heure actuelle.Des groupes d'intégristes et de sectaires auront beau se replier toujours plus fanatiquement sur eux-mêmes, le cours de l'histoire nous mène ailleurs.L'Eglise doit se transformer Journal Siiddeutsche Zeitung ALLEMAGNE elon le théologien allemand Eugen Drewermann, l'Église est un obstacle sur le chemin de l'homme et elle ne survivra pas à ce millénaire dans sa forme actuelle.L'Église de demain devra au contraire Intégrer certains principes des enseignements de la nature et la psychanalse et, au Heu de dicter des dogmes, elle devra apprendre à l'homme à être libre.Après des études de philosophie, de psychologie et de théologie.Eugen Drewermann, psychanalyste né en 1940 à Bergkamen, a été ordonné prêtre catholique.Son interprétation moderne de la religion a fait de lui le théologien allemand le plus connu et le plus contesté.En 1991, il s'est vu retirer le droit de pratiquer l'enseignement religieux et en 1992 l'exercice de son sacerdoce lui a été interdit, ce qui ne l'empêche pas de rester très actif en tant que critique de l'Église et écrivain.Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, il a publié en 1994 An Euren Gott wird niemand glauben { Personne ne croira à votre Dieu ), dans lequel II décrit une journée de la vie d'un père dominicain.Drewermann croit que l'Église catholique a fait d'elle-même son principal sujet d'attention.Pour beaucoup de gens, elle ne peut plus apporter de réponses à leurs questions.En Allemagne, rappelle-i-il, un mariage sur trois se termine f).n un divorce, un chiffre derrière equel se cachent des tragédies humaines.j « Mais, dit-il, l'autorité religieuse de Rome se borne à déclarer que les liens sacrés du mariage sont Indissolubles I Le discours de l'Église reflète une Image rétrécie de l'homme.Nous n'y sommes constitués que de raison et de bonne volonté.Cette Église-là est un obstacle sur le chemin de l'homme.Personne ne pote la question : de quoi l'homme a-t-ll besoin aujourd'hui ?Qu'a voulu Jésus en son temps ?La religion devrait essentiellement permettre à chaque être de devenir majeur.Or, jusqu'à présent, elle a surtout eu une fonction de \"sur-mol\" ( NDLR : en psychanalyse freudienne, contrôle des pulsions et fondement du sens moral )\u2022 » Eugen Drewermann reconnaît que toutes les religions font face, aujourd'hui, à une crise profonde, du fait de la modification des relations entre l'homme et la nature.Au cours des cent dernières années, les techniques ont considérablement évolué.Mais la croyance au miracle de l'Église de Rome conduit à ignorer ces acquis.Et l'interprétation de la Bible fonctionne encore sur des bases fondamentalistes.« Dans le nouveau catéchisme de 1993, explique-t-ll, on continue à soutenir avec le plus grand sérieux que Marie était biologlquemcnt vierge I Les écoliers de douze ans n'arrivent plus à faire le lien entre ce qu'ils apprennent dans les cours de religion et le contenu de leurs cours de physique, de chimie et d'histoire.» Le rôle du pape Quand on interroge Drewermann sur le rôle du pape.Il devient cinglant.« Cela fait un demi-siècle, dit-il, qu'il refuse toute refonte ! Je crains qu'il ne puisse que continuer sur la même voie.« C'est seulement quand le* autorités religieuses de Rome se seront structurées démocratiquement \u2014-avec des membres élus, ouverts à la critique et susceptibles d'être démis de leurs fonctions\u2014 que nous aurons un pape représentatif de sa fonction et utile aux hommes.Sinon, il restera un simple» avatar des princes et de leur pouvoir et de l'absolutisme.Aujourd'hui, cet; te institution empêche les hommes de se trouver eux-mêmes el de trouver Dieu, qui veut qu'ils soient libres.« L'Église devrait cesser d'occu» per le devant de la scene.Un pape infaillible est un non-sens et une idée révoltante pour tout être pensant.Lier une vérité divine a une fonction sensée garantir cette vérité est une Insulte à toute réflexion intellectuelle.» I LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 4 JANVIER 1997 B 7 Plus / Les défis du XXIe siècle Les risques du chinois : - GERALD SEGAL /- 'auteur est directeur associé à l Institut international des études stratégiques basé à Londres et dirige également le Programme anglais de développement en Asie-Pacifique.» a menace était brutale.« Qu'ils ( les Américains ) aillent se faire foutre 1 h.Ce cri est celui de Wang Qiming, héros d'une série télévisée très populaire en Chine.» Ils étaient encore des singes grimpant aux arbres quand nous étions déjà des êtres humains ! ».;De nos jours, même les dissidents chinois parlent des Américains de cette façon.« Nous devons prouver que nous ne sommes pas une race inférieure, car le sort nous crache aujourd'hui à la figure, dit Yuan Hongbing.La race chinoise qui s'étend dans la partie est de l'Asie brillait autrefois d'un éclat digne du soleil.Elle se retrouve aujourd'hui acculée au mur de l'Histoire, conduite par les forces du destin ».Si l'on a beaucoup vanté les merveilles des réformes économiques en Chine, on a trop souvent ignoré l'émergence en parallèle d'un nationalisme souvent farouche.« La volonté de \"baiser\" les étrangers est devenue un acte patriotique », résume crûment Geremie Bar-mé, un universitaire australien de renom.La corrélation entre montée du nationalisme et modernisation rapide est un phénomène effrayant.Ce mélange détonant a conduit l'Europe du 19ème siècle à la guerre de 1914-1918.Dans le Japon et l'Allemagne des années 1930, il a conduit à la Seconde Guerre mondiale.Dans des pays fragiles à la recherche leur unité, il est facile de faire appel à des aspirations nationales imaginaires.Facile, mais incontrôlable.«La volonté de \"baiser\" les étrangers est devenue un acte patriotique »\u2022\u2022» vers eux.La Chine est d'ailleurs la seule grande puissance dont le budget militaire est en augmentation.Tandis que l'ensemble des grandes puissances prônent le statu quo, la Chine, elle, préfère défier l'ordre établi.Elle a soulevé des conflits avec presque tous ses voisins.Elle poursuit ses revendications territoriales sur Hongkong et Macao, où les occupants coloniaux européens ont accepté de lui rendre territoires et habitants en 1997 et 1999.La Chine fait également pression sur Taïwan pour convaincre ses 22 millions d'habitants qu'ils n'ont pas le droit à l'autodétermination.Dernier point : la Chine achète aujourd'hui des îles dans le Sud de la mer de Chine, zone qui pourrait se révéler riche en ressources énergétiques.La Chine contrôle depuis les années 1970 au nord les îles Pa-racel et accroît depuis quelques années son contrôle au Sud sur les îles Spratly D'autres conflits d'ordre maritime opposent l'empire chinois à la Corée du Sud et même au Japon.Pour les Japonais, le fait que la Chine revienne sans cesse sur leur culpabilité durant la guerre n'est qu'un prétexte pour attiser la rancune du peuple chinois envers les Japonais.Maintenant que la Grande-Bretagne a été humiliée à Hongkong et que la Russie ressemble à un panier percé, le Japon représente pour la Chine l'ennemi le plus important qui reste encore à vaincre.Une société déchirée La société chinoise moderne n'a jamais été aussi divisée depuis sa dernière guerre civile.Les réformes économiques ont déchiré la société.Plus de cent millions de Chinois se déplacent à l'intérieur des frontières.Délits et corruption n'avaient jamais pris une telle ampleur depuis la révolution de 1949.Et le pouvoir du gouvernement central sur la structure économique et sociale du pays s'écroule face à celui des puissants intérêts régionaux.Depuis que l'impérialisme européen et japonais a divisé l'Empire aux 18e et 19e siècles, les Chinois en ont toujours voulu au monde entier.Tous pensent que le monde extérieur a des dettes morales en- Les relations sino-japonaises Même si la Chine ne cherche pas à occuper le Japon ou les États de la communauté du Sud-Est asiatique ( ASEAN ), les réflexions agressives citées au début montrent combien les Chinois trouvent naturel de dominer le continent qui les entourent.Les voisins de l'Empire sont exposés au risque d'une « flnlandisation » ou plus exactement d'une « sinifica-tion » de leur territoire.Déjà , il arrive que Pékin dicte au Japon le nom des personnes qu'il peut inviter à une Conférence sur la coopération économique entre l'Asie et les pays du Pacifique.Lorsque des personnes d'origine chinoise sont persécutées en Indonésie, le gouvernement chinois rappelle au monde, sans beaucoup de nuances, que l'affaire le concerne.Enfin, il arrive que des unités navales chinoises, qui n'agissent toutefois probablement pas sur ordre officiel, viennent dans les ports sud-coréens réclamer des biens de consommation.Des initiatives « privées » qui s'expliquent certai- souci de la Chine.La culture américaine attire en effet les jeunes Chinois, notamment ceux vivant au sud du pays.Les USA face à la Chine .» .\u2022 \u2022«.\u2022 f .\u2022 .' \u2022 Les États-Unis ont un défi à relever : celui d'une Chine nationaliste en expansion.Les réponses sont loin d'être simples, et en comparaison la guerre froide contre l'Union soviétique a des allures de partie de campagne.Contrairement ' à l'URSS, la Chine est en effet une puissance économique majeure.Les perspectives de pénétrer le marché chinois empêcheront les gouvernements de différentes nations de vouloir lui appliquer des politiques sévères.La nécessité d'entrer dans ce pays a d'ailleurs déjà mis à mal l'objectivité de nombre d'observateurs, qui craignent que Pékin ne leur ferme les portes s'ils osent critiquer ses agissements.Jusqu'ici, le débat sur la politique à adopter envers la Chine se résume à une opposition entre ceux qui prônent l'« endiguement » du pays et ceux qui sont en faveur d'un «< engagement ».En réalité, c'est un mélange de contrôle et d'engagement qui s'impose, avec la volonté de cadrer la Chine dans le système international et de la lier à ce système.Il faut à tout prix laisser la Chine se joindre à l'Organisation mondiale du commerce, mais à condition qu'elle obéisse aux règles.Celles-ci, notamment le mécanisme de résolution des conflits, permettront-de restreindre le nationalisme chinois comme il l'a permis pour les autres États-membres de l'OMC.Depuis que l'impérialisme européen et japonais a divisé l'Empire aux 18e et 19e siècles, les Chinois en ont toujours voulu au monde entier.Tous pensent que le monde extérieur a des dettes morales envers eux.La Chine est d'ailleurs ia seule grande puissance dont le budget militaire est en augmentation.nement par la structure de décision décentralisée qui existe er.Chine aujourd'hui.Au fur et à mesure que Deng Xiaoping s'efface de la scène politique, les personnalités influentes sur le plan local cherchent à exploiter au mieux la moindre opportunité.Une « guéguerre » interne qui pourrait également expliquer pourquoi, juste avant un sommet de l'ASEAN l'été dernier, la Chine a envoyé des missiles sur les détroits qui séparent le continent de Taïwan.Parce que l'économie de leur pays se renforce, les dirigeants chinois se croient capables de réorganiser les affaires régionales.Et seul un pays a la capacité de les contenir, les États-Unis.Ces derniers semblent d'ailleurs soutenir le mouvement d'indépendance naissant à Taïwan.Les États-Unis sont également fermes quant au respect de la liberté de navigation dans le Sud de la mer de Chine.Et ils sont particulièrement vigilants en ce qui concerne le respect des droits de l'homme.Ce sont eux encore qui ont poussé pour imposer à la Chine des conditions draconiennes à son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce ( OMC ).S'il parvenait à contrer les États-Unis, le gouvernement de Pékin aurait le champ libre pour mettre au pas graduellement ses voisins.Le pouvoir militaire et politique des Américains n'est d'ailleurs pas l'unique La Chine a tous les droits de revendiquer un territoire, mais il lui est interdit d'avoir recours à la force.Les Taïwanais par exemple ont le droit de décider de leur avenir.Et sur beaucoup d'autres sujets, la Chine doit apprendre que l'interdépendance ( en matière de com: I merce, d'aide, de défense ) a ses avantages, mais qu'un nationalisme exacerbé mérite des sanctions.' La décision du Japon de retirer son aide en protestation contre la politique de celle-ci sur les essais nucléaires est tout à fait raisonnable.Il ne sera pas facile de cadrer et de contenir la Chine.Cette stratégie ne pourra fonctionner que si les Européens s'associent avec les États-Unis et le Japon.Mais les premiers ne semblent pas s'intéresser pour l'instant aux problèmes de sécurité \u2014et même de commerce \u2014 qui dépassent leurs frontières.t L'Histoire devrait pourtant nous servir de leçon.Lorsqu'on ne fait aucun effort pour endiguer le nationalisme des grandes puissances, il s'avère un jour ou l'autre urgent de le faire.Avec des conséquences infiniment plus graves et coûteuses.Le véritable « miracle » chinois HARRY WU L'auteur est resté 19 ans prisonnier dans un goulag ( ou laogai ) chinois, pour a\\'oir protesté contre la politique de la Chine en matière de droits de l'homme.Il a réussi, sous différents déguisements, à introduire secrètement des caméras dans ces camps de travail forcé.Arrêté en 1995 alors qu 'il cherchait à rentrer en Chine, il a été accusé d'espionnage \u2014 un crime passible de peine de mort.Après 66 jouts d'emprisonnement, il a été transféré dans un tribunal de Wuhan pour y être jugé pour espionnage.C'est au cours de ce transfert qu 'il a réussi à gagner précipitamment les États-Unis.Il vit en Californie, Beaucoup de détails m'ont choqué durant mes 66 jours de détention par l'armée chinoise.Mes gardes du corps en civil, par exemple, utilisaient des téléphones mobiles Motorola.Ainsi, une entreprise américaine contribuait-elle à l'efficacité du système chinois de répression.Aucun Occidental ne devrait rester insensible à une telle anecdote.Lorsque j'ai tenté de pénétrer en Chine, les officiers de police ont trouvé mon nom dans la base de données d'un nouvel ordinateur.Je n'ai pu en lire la marque, mais la machine et le logiciel provenaient certainement de l'étranger.De combien de manières encore les États-Unis et les autres pays aident-ils à renforcer les pouvoirs policier et mill taire de ce régime répressif ?Je ne demande pas à l'Occident de mettre ia Chine au ban des nations en tant que pays corrompu.Je sais que c'est impossible.Ce n'est même pas souhaitable d'ailleurs, l'économie internationale peut en cflct considérablement aider la Chine et ses habitants à progresser.Mais les économistes utilisent des critères très restreints pour évaluer le progrès.Us sont obsédés par des critères exclusivement matériels, qu'il s'agisse de références statistiques générales, comme la croissance du produit national brut, ou de données plus spécifiques, comme l'amélioration de l'alimentation et des conditions de logement.Or, ces mesures sont tout à fait inadaptées, surtout pour un régime c~nime celui de la Chine, parce qu'elles passent sous silence un besoin humain fondamental : la liberté.Je dois ma libération aux innombrables personnes qui ont fait pression sur le gouvernement de Pékin après avoir entendu parler de moi et de ma campagne contre le laogai, ce système inhumain de travaux forcés pratiqué par la Chine.J'ai passé ma jeunesse, 19 ans au total, dans ce type de camp, expérience que j'ai relatée dans un ouvrage traduit en quatre langues.Vents amers: souvenirs des années passées dans le goulag chinois.En m arrêtant l'été dernier, les douaniers chinois ont déclenché un drame qui a attiré l'attention de millions de personnes.Me renverrait on au laogai ?Pis encore, al lait-on m'exécuter ?Étant considéré comme prisonnier politique, j'ai été isolé des autres détenus au cours de mon séjour en prison.Les hommes qui m'ont interrogé ont affirmé que personne, y compris le gouvernement des Etats-Unis, ne s'intéressait à mol, simple citoyen américain.Us avaient tort.La peur permanente En me condamnant à une peine de prison de quinze ans avec sursis, les autorités chinoises espéraient probablement me faire taire.Qu'elles se détrompent car elles ne û pourront jamais m'imposer le silence.Je lutte à nouveau pour rendre le laogai chinois aussi célèbre que le goulag de Staline, avec l'espoir de faire disparaître le système dans sa totalité.Voilà pourquoi les dirigeants chinois me haïssent et souhaiteraient m'enfermer pour toujours.Sont détestables à leurs yeux tous ceux qui révèlent comment ces camps soutiennent le pouvoir absolu qu'exerce le Parti communiste sur le peuple chinois.Le monde ne réalise malheureusement pas à quel point les dirigeants communistes entretiennent la population dans une peur permanente.Les Occidentaux ont encore une opinion très déformée des réformes économiques chinoises.Pour certains, ce continent aurait même accompli un « miracle » économique.Certes, de plus en plus de Chinois mangent des hamburgers au McDonalds, achètent des jeans chez Giordano et regardent Le Roi Lion.Des gratte-ciel s'élèvent là où du riz poussait autrefois.Et les économistes de Pékin affichent fièrement un taux de croissance à deux chiffres.Le gouvernement chinois reste pourtant « parfois totalitaire, quelquefois autoritaire et toujours imprévisible ».Cette phrase ne vient pas d'un défenseur des droits de l'homme, mais d'un hebdomadaire économique publié à Hong-Kong, Far Eastern Economie Review.Les dirigeants chinois eux-mêmes ne cachent d'ailleurs pas leur détermination à conserver «< le système socialiste, comme une partie intégrante du système communiste ».La Chine s'est contentée de faire au monde une concession d'ordre sémantique.Elle prétend que son régime a évolué vers un « socialisme de marché ».Nombre d'Occidentaux ont été impressionnés, à ton : dans leur esprit, le mot « marché », qui a une connotation positive, compensait l'image négative véhiculée par le mot « socialisme ».Mais l'armature politique et économique de ce pays reste nationalisée et son système financier placé sous le contrôle du gouvernement.« Nous voulons nous adapter au fonctionnement d'une économie de marché », affirme le Premier ministre Zhu Rongji ; votre système économique repose sur la privatisation alors que notre économie de marché sera toujours basée sur la nationalisation ».ses en garde à vue en 1995 m'ont semblé, par comparaison, très différents.Je mangeais beaucoup mieux \u2014 rien d'exceptionnel, mais une nourriture correcte.J'étais mieux logé.Ma cellule était petite, il est vrai, mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, elle avait l'air conditionné.Si j'avais à choisir, j'opterais certainement pour les conditions que j'ai connues en 1995.Mais de quel choix s'agit-il là ?Dans les deux cas, il me manquait un élément essentiel : la liberté.La liberté Si miracle il y a, il réside uniquement dans la façon dont le régime et ses complices ont pu donner l'illusion à l'Occident que la Chine, grâce à son expansion économique, évoluait vers le capitalisme.Les pays capitalistes sont responsables du succès de cette économie socialiste.Us ont favorisé son essor grâce à un flux intense d'échanges, d'investissements, de technologies et autres formes d'aides, souvent par l'intermédiaire d'organismes multilatéraux .La justification la plus noble de ces agissements est qu'Us serviront peut-être, un jour, à transformer le régime totalitaire de la Chine.Quel pieux ! Entre 1960 et 1979, durant ces 19 années passées au laogai, j'ai été confronté à des épreuves difficiles à imaginer.Les 66 jours que j'ai pas- L'élite du peuple chinois affirme que liberté et démocratie sont des idées occidentales.C'est Tun des plus gros mensonges proférés par le régime de Pékin.voeu L'élite du peuple chinois affirme que liberté et démocratie sont des idées occidentales.C'est l'un des plus gros mensonges proférés par le régime de Pékin.Car le désir de liberté est profondément ancré dans le coeur des Chinois.Cette aspiration est naturelle : s'il en était autrement, pourquoi les autorités auraient-t-elles toujours besoin de brandir matraques et fusils contre leurs propres citoyens ?La Chine aborde, un tournant crucial de son histoire avec la fin de la dynastie de Deng Xiaoping.Le peuple pourrait lui-même transformer le système mi-totalitaire, mi-autoritaire du pays.Mais cette tâche est irréalisable si les autres nations continuent à renforcerla validité du système en considérant la Chine comme un immense marche où ils peuvent vendre des téléphones cellulaires Motorola, des téléviseurs Sony et des Mercedes. : t.r B8 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 JANVIER 1997 _ r t Plus / Les défis du XXIe siècle Le \u2022 ! \u2022 ¦ \"1 ¦ miracle asiatiaue \u2022 % - \\ .\u2022 * PAUL KRUGMAN L'auteur est professeur d'économie à l'Université de Stanford.Le titre de son dentier ouvrage est Peddling Prosperity ; Economie Sense and Nonsense in the Age of Diminished Expectations.M 1 «?.1 fut une époque où, en Occident, les leaders d'opinion étaient à la fois impressionnés et effrayés par les incroyables taux de croissance des économies d'Europe.de l'Est.La vitesse à laquelle ces pays étaient passés de l'état de sociétés paysannes\"?celui de puissances industrielles semblait remettre en question la domination de l'Occident, qu'il s'agisse de pouvoir ou d'idéologie.Les dirigeants de ces pays ne partageaient en effet pas notre foi dans l'économie de marché et les libertés civiles illimitées.Ils affirmaient avec une croissante assurance que leur système, capable de sacrifier les intérêts à court terme du consommateur pour assurer une croissance à long terme, parviendrait finalement à surpasser des sociétés occidentales toujours plus chaotiques.Le fossé entre les performances économiques de l'Est et celles de l'Ouest a fini par devenir un problème politique.Les démocrates ont repris le pouvoir à la Maison-Blanche sous la houlette d'un nouveau président jeune et dynamique qui avait promis de « remettre la nation en mouvement » \u2014 promesse qui signifiait, pour lui et ses plus proches conseillers, qu'il fallait accélérer la croissance économique américaine afin de répondre au défi de l'Est.Cette époque était, bien sûr, celle du début des années I960.Le jeune président dynamique s'appelait John F.Kennedy.Les exploits technologiques qui inquiétaient tant l'Occident étaient le lancement du Spoutnik dans l'espace et l'avance des Soviétiques dans ce domaine.Quant aux pays dont les économies connaissaient une forte croissance, il s'agissait de l'URSS et de ses États satellites.Les dragons de papier Existe-t-il réellement un parallèle entre la croissance qu'ont connu les pays du pacte de Varsovie dans les années 1950 et la progression économique spectaculaire des pays asiatiques qui inquiète aujourd'hui les spécialistes ?À certains égards bien sûr, la comparaison est un peu excessive : le Singapour des années 1990 ne ressemble guère à l'Union soviétique des années 1950 et Lee Kuan Yew, l'ancien premier ministre et actuellement ministre honoraire n'a rien à voir avec Nikita Khrouchtchev et a fortiori Joseph Staline.Et il y a fort peu de risques qu'un touriste séjournant dans l'un des hôtels rutilants de Singapour établisse le moindre parallèle avec un établissement moscovite infesté de cafards.11 existe pourtant des similitudes étonnantes entre les deux lieux et les deux époques.Les nouvelles puissances industrielles asiatiques, tout comme l'URSS des années 1950, ont atteint un taux de croissance rapide en grande partie grâce à une mobilisation extraordinaire de leurs ressources.De la même façon, la progression des pays asiatiques, comme celle de l'Union soviétique du temps de son envol économique, semble davantage due à une mobilisation fantastique de facteurs de production comme le travail et le capital qu'à des gains de productivité.Prenons le cas de Singapour.Entre 1966 et 1990, l'économie de ce pays a connu un taux de progression remarquable de 8,5 % par an, soit trois fois celui des États-Unis ; le revenu par habitant a augmenté de 6,6 % par an, doublant presque tous les dix ans.Cette performance représente un véritable miracle économique, fondé, hélas, davantage sur la transpiration que sur l'inspiration : Singapour a en effet progressé grâ-^çc à une mobilisation de ses rcs-ijjKHirces humaines que n'aurait pas £gflénoncée Stakhanov.£££ Le pourcentage des actifs dans la -population totale s'est envolé, passant de 27 à 57%.Le niveau \"'l'éducation a par ailleurs progressé le manière extraordinaire.En 1966, plus de la moitié des vailleurs n'avait suivi aucun en- V 100 90 80 ' a * > .V *> r 70 60 50 40 30 20 Les pays asiatiques ont doublé moins de 10 ans 4 \\ -^^rfflH i.\u2022 v ¦ Àsie 0* DkAGONS :'HonfrHong, Corée du Sud.Taiwan.Singapour TIGRES : Indonésie, Tnailande, Malaisie, Philippines Chine et Inde T\"i~y V \\x?} ,*'''\"\"'*\"' *;-r OCDE , 25 pays industrialises subsaharienne .\u2022.\u2022 .»«.\u2022- .¦ y\u2022\u2022*f*¦ PNB en 1984 pu -, \u2022 r.-,.; :y-K .-.t PNB en 1993 - .r « t t ¦ Infographie WorW Media /La Presse Asie vieillit En Asie de l'Est*, le poids des personnes âgées pourrait ralentir la croissance.\u2022 fk \u2022 *\\ -it.' \")' t .\u2022\u2022\"J «\".*.I »*!»\u2022\u2022 a ^» .«Vf \"\u2014¦**\u2022 ¦ \u2022 *\u2022 *.TT %0 Age 60 + 20-60 Population (%) 8% \t \t jlation totale : 733 millions Sourtt Far Eastern Economic Review *As»e de l'Est : Corée du Sud.Tawan.Hong Kong.Chine Ace 60 + Population (%) 10% 20-60 Population totale :1336 milUons Age 60 + - Population (%) JJ^ 20% 0- \u2022a c & \u2022 4 M r.n ¦¦I ¦ 1 ulation totale : 1737 millions o seignement classique.En 1990, les deux tiers possédaient un diplôme de second cycle.Enfin et surtout, le pays avait consenti un effort massif : l'investissement, qui représentait jusqu'alors 11 % de la production, a dépassé les 40 %.Même sans procéder à une comptabilité rigoureuse, ces données montrent clairement que la croissance de Singapour a reposé en grande partie sur une évolution de comportements qui ne se reproduira plus.Exemples ?Le taux d'activité a presque doublé en une génération.Ce phénomène ne pourra pas se répéter ; la grande majorité des actifs singapouriens possèdent un diplôme d'études secondaires alors qu'autrefois à peine la moitié des salariés avait reçu une éducation ; mais il est difficile de penser que, d'ici 25 ans, la plupart d'entre eux auront décroché un doctorat.La croissance de Singapour a reposé en grande partie sur une évolution de comportements qui ne se reproduira plus.a, Dernier point : un niveau d'investissement s'élevant à 40 % de la production constitue, dans tous les cas de figure, un chiffre exceptionnel : il serait ridicule de le voir monter à 70 %.Conclusion : Singapour ne pourra plus atteindre à l'avenir les taux de croissance qu'il vient de connaître.L'exemple est, il est vrai, extrême.D'autres économies d'Asie du Sud-Est en pleine croissance n'ont pas accru leur population active dans de telles proportions, ni accompli des progrès aussi spectaculaires en matière d'enseignement et d'investissement.La conclusion est toutefois la même : on ne constate aucune amélioration des niveaux de productivité.La baisse de la croissance au japon Qu'en est-il du Japon ?Tous ceux qui croient fermement que l'avenir de l'économie mondiale se décide dans les pays de la ceinture Pacifique répondent à leurs détracteurs ( qui doutent des previsions de croissance dans les pays de l'Asie de l'Est ) en citant l'exemple japonais.Voici en effcfl un pays qui était pauvre au début et se trouve aujourd'hui être la deuxième puissance industrielle mondiale.Pourquoi les autres pays du continent asiatique ne pourraient-ils faire de même ?Deux réponses à cette question.Tout d'abord, si beaucoup d'auteurs ont parlé du « système asiatique » \u2014 dénominateur commun englobant toutes les réussites des pays d'Asie \u2014 les statistiques conduisent à des conclusions différentes.En effet, la croissance du Japon dans les années 1950 et 1960 ne ressemble pas au modèle de Singapour des années 1970 et 1980.Le Japon, contrairement aux « tigres » d'Asie du Sud-Est, semble avoir fondé sa croissance sur une forte progression de sa production et de sa productivité.Aucune économie en forte croissance ne semble approcher les niveaux de productivité de l'économie américaine à l'exception du Japon.Par ailleurs, les performances japonaises ont sans conteste été remarquables, mais l'ère de la croissance miraculeuse est en grande partie révolue.Les livres écrits sur le sujet semblent d'ailleurs souffrir d'un décalage dans le temps, car les auteurs parlent du Japon comme s'il était toujours cette puissance économique en explosion, des années 1960 et du début des années 1970.population est tellement importan- En revanche, si l'on prend com- Or en 1992, le revenu par habitant ne représentait encore que 83 % de celui de l'Américain et la production globale de l'archipel atteignait 42 % seulement de celle des États-Unis.Pourquoi de telles différences ?Parce que la croissance japonaise entre 1973 et 1992 s'est beaucoup ralentie par rapport aux années fastes ; le PIB n'a augmenté que de 3,7 % par an et le PIB par habitant n'a progressé que de 3 % annuellement.Les États-Unis ont également vécu un ralentissement de leur croissance après 1973, sans que le mouvement soit aussi marqué.Au vu des preuves de plus en plus évidentes de la hausse, même modeste, de la productivité américaine, on peut logiquement conclure que si jamais le niveau de productivité de l'économie japonaise rattrape celui des États-Unis, ce ne sera que très lentement.Le syndrome chinois Pour les sceptiques, le cas de la Chine soulève des problèmes beaucoup plus complexes.Même si le pays reste encore très pauvre, sa te qu'il deviendra nécessairement une puissance économique majeure, même s'il ne réussit à atteindre qu'une infime fraction des niveaux de productivité occidentaux.La Chine d'ailleurs, contrairement au Japon, affiche ces dernières années des taux de croissance économique impressionnants.Mais que lui réserve l'avenir ?Miser sur une explosion de l'économie chinoise est délicat à la fois pour des raisons pratiques et philosophiques.Sur un plan pratique d'abord, nous savons que l'économie de la Chine progresse très rapidement, mais on ne peut accorder une grande confiance à la qualité de ses indicateurs économiques.On a récemment appris, par exemple, que les données officielles publiées par la Chine sur l'investissement étranger amplifiaient la réalité d'un facteur de un à six.La raison d'une telle distorsion ?Le gouvernement chinois offre aux investisseurs étrangers des avantages fiscaux et des dérogations, incitant ainsi les entrepreneurs locaux à inventer des partenaires étrangers fictifs ou -'à travailler par l'intermédiaire dé couvertures étrangères.Cette anecdote n'incite pas à faire confiance aux chiffres qui émanent de cet environnement dynamique, mais terriblement corrompu.« Philosophiquement », quand on mise sur un boom de l'économie chinoise, on se heurte au problème du choix de Tannée de repère.Si l'on mesure la croissance de la Chine depuis la date où elle s'est tournée vers le marché de façon décisive, disons en 1978, on ne peut nier que la productivité s'est améliorée de manière spectaculaire et que les facteurs de production ont rapidement augmenté.Mais ce redressement majeur de la productivité chinoise n'est pas étonnant lorsqu'on se souvient de l'état de délabrement dans lequel se trouvait le pays durant les dernières années du règne de Mao.A me base de comparaison la période précédant la Révolution culturelle, vers 1964, la situation ressemble alors davantage à celle des « tigres » du Sud-Est asiatique : une progression modeste du niveau de productivité, l'essentiel de la croissance étant attribuable à l'augmentation des facteurs de production.La croissance des pays asiatiques cache un secret: il s'agit tout simplement de la capacité à différer la récompense, de la volonté de sacrifier la satisfaction présente à un gain futur.Le mystère qui n'en était pas un La croissance extraordinaire des nouvelles puissances industrielles d'Asie de l'Est ont fortement influencé les conceptions économiques et géopolitiques traditionnel-tes.On affirmait jusqu'ici que le succès de ces pays démontrait l'inadaptation de notre politique traditionnelle de laisser-faire ; c'était une preuve de l'efficacité des politiques industrielles sophistiquées et des mesures protectionnistes.Des auteurs comme James Fallow déclaraient que ce continent avait élaboré un « système asiatique », dont nous ignorions les leçons à nos risques et périls.Mais les nouvelles puissances industrielles de la ceinture du Pacifique^ qui ont su mobiliser leurs\u2014 ressources, ont reçu une récompense qui Csx, ni plus ni moins, celle que nous enseigne la théorie économique Î) ri ma ire la plus bona-e.En effet, la croissance des pays asiatiques cache un secret, il s'agit tout simplement de la capacité à différer la récompense, de la volonté de sacrifier la satisfaction présente a un gain futur.Voici une réponse difficile à accepter, surtout pour les conseillers politiques américains qui reculent devant la délicate,tà-che consistant à réduire les déficits et à augmenter le taux d'épargne des États-Unis.Mais si l'économie est une science triste, ne n'est pas la faute des économistes : c'est simplement parce qu'en définitive, il faut nous soumettre à la tyrannie des chiffres et à la logique qu'ils expriment."]
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