La presse, 23 août 1997, B. Plus
[" B Montréal, samedi 23 août 1997 Plus c ÉDITORIAL / OPINIONS / MONDE ¦ «Le nouveau choix» A VOIH CnCLZ ¦ -njvy^.-: SrOTTI SUBARU 4305, boul.Métropolitain Est/ (514) 725-9394 L'AFFAIRE BENOIT PROULX Quand l'hystérie d'une opinion publique gagne le Yves Boisvert collective.histoire de Benoît Proulx, c'est celle d'une petite ville qui se déchaîne contre un coupable et d'un système judiciaire emporté par l'hystérie Ce dérapage-là ne pouvait se passer qu'à Québec.Avec un meneur d'opinion publique appelé André Arthur qui se prend pour un policier, un procureur, un juge et un jury ; avec une police de banlieue à la réputation moins qu'ordinaire ; avec un avocat de la Couronne pressé et ambitieux ; avec un juge ancien sous-ministre associé qui paraît pencher pour la thèse de l'État et qui en oublie des règles élémentaires de justice ; et avec un petit monde médiatique qui se chicane salement autour de tout ça.Le lundi 25 octobre 1982, peu après 19 h, France Alain quitte son appartement de la tranquille Sain-te-Foy pour se rendre au dépanneur.Comme cette étudiante en génie de l'université Laval revient chez elle, vers 19 h 40, elle est abattue par en arrière d'une décharge de fusil de chasse de calibre 12 à la hanche, en pleine rue.À quelques rues de là, Benoît Proulx, 35 ans, lit les nouvelles à la station de radio CHRC.En principe, il les lit en direct, mais il lui arrive d'enregistrer un bulletin.11 apprend en soirée qu'une jeune femme a été abattue, rue Chapde-laine, et rédige deux nouvelles là-dessus avant de quitter le travail vers 23 h.Des témoins ont dit qu'il était nerveux ce soir-là.Le lendemain, vers midi, quand l'identité de la victime est connue, Proulx demande des détails au reporter de CHRC qui couvre l'événement.Il veut savoir si elle a parlé avant de mourir et cherche à avoir une copie du rapport d'autopsie.Un témoin laissera entendre que Proulx connaissait l'identité de la victime le soir même, alors que la police ne l'avait pas encore révélée, mais le témoignage est imprécis sur plusieurs points ; le ministère public se demande également comment Proulx a pu savoir qu'elle avait été retrouvée sur « un talus », ainsi qu'il l'a écrit dans ses bulletins de nouvelle, alors que le détail n'avait pas été divulgué.Mais un auditeur, a dit Proulx, avait appelé à la station en soirée.Voilà de quoi poser des questions.C'est ce que fait la police de Sainte-Foy.Les enquêteurs, au nombre desquels John Tardif, identifient rapidement Proulx comme suspect.Proulx a été le « chum » de la jeune femme de 21 ans jusqu'au 2 octobre 1982.Il travaillait non loin du lieu du meurtre.On ne connaissait aucun ennemi à France Alain.Mais en même temps, personne n'a vu Proulx quitter CHRC, personne ne l'a vu dans la rue, personne n'a trouvé d'arme et, à ce qu'on sache, Proulx n'en a jamais eu.Bref, sauf le comportement nerveux du « suspect », qui vient après tout de perdre une amie, la police n'a rien.La rupture s'est faite sans histoire.Il semble qu'ils ne se sont pas parlé depuis le 2 octobre \u2014 même si la victime a appelé Proulx la veille du meurtre, sans le joindre.La police tente de coincer Proulx.On consulte même un psychiatre qui échafaude la théorie selon laquelle le meurtrier a deux personnalités.Il s'agit de le faire «craquer », et c'est ce que les enquêteurs tenteront en laissant s'ébruiter certaines informations dans les médias.La télé fait même une reconstitution du meurtre \u2014 sans jamais identifier le « suspect » \u2014 et certains pensent ainsi faire réagir Proulx.On le file, on écoute ses conversations, on l'interroge neuf fois, on le perquisitionne.On ne trouve rien.Ou si peu.Il y a bien ce sac à déchets de type commercial, troué, retrouvé près du lieu du crime.Les employés de CHRC en utilisent et cela a pu servir à cacher l'arme du crime.En désespoir de cause, avec l'appui du ministère public, les policiers obtiennent en 1986 la tenue d'une de ces « bonnes vieilles » enquêtes du coroner, que l'on orchestrait autrefois pour forcer un suspect à s'incriminer.Proulx passe trois jours à la barre, bombardé de questions.Il ne bronche pas.Le coroner conclut qu'il n'existe aucune preuve contre quiconque dans cette affaire.L'affaire n'en reste pas là.Chaque année, à l'anniversaire de la mort 'de la jeune femme, Arthur relance le débat au poste de radio même où travaille Proulx.Arthur, copropriétaire à 25 % de CHRC à l'époque, n'aime pas particulièrement Proulx, ex-président du syndicat.La station se sépare en deux clans et l'atmosphère y pourrit tranquillement.À la fin des années 80, John Tardif prend sa retraite prématurément de la police de Sainte-Foy et ouvre un bureau de détective privé.Il n'a pas changé d'idée sur Proulx et collabore régulièrement à l'émission d'Arthur pour parler de l'affaire Alain.Le 11 février 1991, Tardif et Arthur, identifient en ondes Benoît Proulx comme le suspect du meurtre de France Alain.Proulx dépose une poursuite civile d'un million contre son patron pour atteinte à sa réputation.Le dépôt de la poursuite fait beaucoup de bruit à Québec, où le Journal de Québec traite l'affaire en première page, photo de Proulx à l'appui.C'est alors que sort de l'ombre PHOTOPC Benoit Proulx Paul-Henri Paquet, un fonctionnaire semi-retraité dans la soixantaine et fidèle auditeur d'Arthur.Ça y est ! Ça lui revient ! Proulx est le barbu qu'il a vu, le soir du meurtre, huit ans et quatre mois plus tôt ! Ce soir-là, dans la pénombre, alors qu'il se promenait rue Chap-delaine, il a vu un* barbu avec une chemise de chasse rouge ( Benoît Proulx en a une ! ) et un havresac sur le dos, duquel sortait une sorte de tuyau ( manche de raquette ?canon de fusil ?) Le barbu lui a dit de ne pas aller plus loin, qu'il y avait là quelque chose de pas joli à voir.En plus de huit ans.Paquet n'a jamais averti la police.La photo de Proulx a été publiée des dizaines de fois, sans jamais qu'il ne réagisse.De là à croire que l'écoute prolongée d'Arthur lui a fait reconstruire sa mémoire.Au fait, notre témoin surprise ne court pas à la police quand la lumière se fait dans son cerveau : il se précipite.à CHRC ! Il cherche André Arthur Arthur ! On le réfère à Tardif, qui n'est plus l'enquêteur depuis longtemps.Tardif tente de l'influencer.Il lui montre des photos.Puis les deux vont voir l'avocat de la Couronne, Robert Parrot, qui s'emballe rapidement.On effectue une séance d'identification au moyen de huit photos : huit photos de Proulx ! Paquet est incapable, en fait, d'identifier Proulx.Il reconnaît.ses yeux.Ou plutôt, la forme de ses yeux.Et la seule photo où ij dit pouvoir le faire en est une où on ne voit même pas les yeux de Proulx.Et voilà l'homme sur lequel le ministère public se fonde pour déposer, finalement, les accusations tant attendues, en mars 1991.Le procès commence en septembre 1991 devant jury, sous la présidence du juge François Tremblay, Un précédent qui inquiète Québec Les 1,15 million de dollars ( 1,65 jnillion avec les intérêts ) accordés cette semaine à Benoît Proulx réjouissent toutes les victimes du système qui réclament réparation après avoir été acquittées.Ce n'est pas un précédent : le procureur général a déjà été condamné, dans plusieurs provinces, pour des manquements de la police et même des avocats de la Couronne qui ont fait preuve de négligence ou de mauvaise foi.Mais les sommes en jeu et le nombre de réclamations commencent à inquiéter Québec.L'avocat Gilles Daudelin, accusé avec fracas de complot pour meurtre, puis libéré avant même l'enquête préliminaire, et Ré-jean Hinse, acquitté 30 ans après un procès bâclé, sont du nombre.Dans quels cas la responsabilité du procureur général est-elle engagée ?Certainement pas chaque fois qu'il y a acquittement ! Il faut accorder une forme d'immunité aux procureurs du ministère public, prouver qu'une faute lourde ou une négligence un peu caractérisée ait été constatée.Quels sont les critères ?Ce n'est malheureusement pas avec le jugement du juge Claude Rioux, de la Cour supérieure, qu'on sera éclairé.La décision, bien fondée ou non, n'explore que superficiellement ces questions cruciales pour la sécurité du système de justice criminelle.Le juge Rioux a été malade et n'a d'ailleurs pu terminer le travail : il a conclu sans préciser sa pensée que les représentants du procureur général avaient commis des fautes et a laissé à un autre juge le soin d'évaluer les dommages.Le juge Rioux se fonde essentiellement sur le jugement de la Cour d'appel qui a acquitté Proulx.Or, les erreurs des policiers ou du procureur général du point de vue du droit criminel ne sont pas nécessairement des fautes civiles.Là-dessus, le juge Rioux ne s'explique guère.La Cour d'appel devra s'étendre un peu sur la question.de la Cour supérieure.Malgré le tapage médiatique incessant, malgré le fait que tous se sont formé une opinion dans la région, il refuse de laisser le procès se dérouler dans un autre district.Les gens de Québec ont « le droit de se demander qu'est-ce qui arrivera dans cette affaire », dit le juge.Proulx sera jugé à Québec.Et « les gens », c'est vrai, veulent savoir : on fait la queue à 7 h le matin pour avoir une place dans une salle qui en compte 300.On joue à guichets fermés tous les jours.Sauf le témoignage incroyablement fragile de Paquet, la pièce maîtresse du ministère public est l'enregistrement d'une conversation de trois heures entre Proulx et le père de France Alain, Fernand Alain, en 1983.Ce dernier demande à Proulx de dire qui, d'après lui, a pu tuer sa fille.Proulx se lance dans des hypothèses.Peut-être l'assassin voulait-il que France fasse des choses ?Peut-être qu'« il a essayé de lui parler et de lui faire comprendre que ce qu'il avait fait, il fallait oublier ça et continuer à sortir ensemble » ?etc.Dans un réquisitoire enflammé.Me Parrot dit que le mobile de Proulx est « très complexe et profond, qui va même jusqu'à dépasser l'imagination la plus fertile d'un policier ».Quel mobile, au juste ?On laisse le jury imaginer.Il ajoute que Proulx a fait des aveux déguisés dans sa conversation avec M.Alain.Le meurtrier hypothétique, c'est lui ! Il suffit de remplacer le « il » par un « je » ! Malgré un témoignage calme, sans faux pas, Proulx est déclaré coupable par le jury.La Cour d'appel casse le verdict et prononce carrément l'acquittement, un fait rare pour une affaire de meurtre.Encore ce printemps.Tardif disait à la radio que la Cour d'appel n'avait rappelé le juge Tremblay à l'ordre que sur des questions « techniques ».C'est loin d'être le cas.Trois juges du plus haut tribunal au Québec \u2014 et pas des moindres\u2014 ont cassé le juge Tremblay sur des points fondamentaux et élémentaires du droit criminel canadien.L'homme a ignoré des règles écha-faudées au cours des siècles pour empêcher les erreurs judiciaires.La démonstration de la Cour d'appel est d'une parfaite netteté : le procès n'aurait pas dû avoir lieu à Québec ; la conversation était inadmissible et la Couronne n'avait pas le droit d'inviter le jury à trouver des aveux déguisés en remplaçant certains mots ; l'identification de Paquet est tellement peu fiable qu'elle ne pouvait fonder une condamnation.Bref, ce fut un ratage judiciaire complet.Et en tournant la 141e et dernière page de ce jugement dévastateur, on a froid dans le dos à l'idée qu'un homme ait pu être jugé pour un crime aussi grave sous la gouverne d'un magistrat aussi mal inspiré.Proulx est-il le meurtrier ?Que celui qui l'affirme en amène la preuve, une vraie.En attendant, l'homme est un innocent.Personne, après toutes ces années, n'est capable de dire même à peu près pourquoi Proulx aurait tué cette fille.Ni comment il aurait su qu'elle sortait à ce moment précis de chez elle.Ni comment il serait sorti de la station de.radio sans être vu, avec un fusil de chasse, pour retourner lire les nouvelles.L'« affaire » n'est pas finie pour autant avec le jugement civil de cette semaine, puisque Québec en appelle.Arthur et Tardif, eux, après avoir réglé la première poursuite d'un million, ont remis ça en ondes et sont encore poursuivis en diffamation, cette fois pour 4,5 millions.Montre Tank* Française* Or massif 18 carats Mouvement automatique.Nouvelle collection A A -V t CHATEAU D'IVOIRE tVpiw 19/8 2020 nir dr la MonUgnr.Montréal \u2022 i5I4i W5-4451 1 B 2 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 23 AOUT IW Editorial La Presse André Desmarais pri sident du cons1 il d'administration Roger D.Landry président Il éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Des jardins directeur de l'information alain DlIBUC éditorialiste enchei on» Alain Dubuc D oublage : le cul-de-sac Le principal conflit culturel entre la France et le Québec porte sur le doublage des films américains.Un décret interdit la projection en France d'un film doublé au Québec.C'est un vieux problème, mais les difficultés récentes de l'industrie du doublage lui ont donné un relief nouveau et mené, l'hiver dernier, à une levée de boucliers du milieu, désireux de répondre coup pour coup au protectionnisme français, ii m hbiih mu¦ mil Mais un comité dirigé par le président de la SODEC, M.Pierre Lam-pron, vient de publier un rapport qui sera une douche froide pour ceux qui désiraient, comme la ministre Louise Beaudoin, emprunter le sentier de la guerre.Dans ses conclusions, il écarte en effet toute escalade contre la France, que ce soit une plainte à l'Organisation mondiale du commerce ou l'adoption d'une loi-miroir qui fermerait les portes du Québec aux films doublés en France.Capitulation ?Môme pas.Ce n'est pas par faiblesse que le rapport Lampron en arrive à cette prudence, mais par lucidité.L'étude, fouillée, montre de laçon convaincante qu'une offensive contre la France ne donnerait rien.Décret français ou pas, l'industrie québécoise du doublage, marginale avec son chiffre d'affaires de 19 millions, est vouée à la marginalité.Cela n'enlève rien au fait que le décret français est odieux.Non seulement va-t-il à l'encontre de tous les principes de la francophonie, mais il illustre de façon crue le fait que la France a tendance à voir l'espace francophone comme un territoire postcolonial.Mais là n'est pas la cause des difficultés de notre industrie.Les Français voudront toujours des versions doublées en France, selon un principe que le rapport Lampron illustre fort bien, celui de la langue de proximité, le désir ues auditoires de voir des films dans une langue à eux.La preuve en est que, même si les films vidéo et les émissions de télé ne sont pas soumises au décret français, le Québec ne réussit pas à percer ce marché.Au problème de la langue s'ajoute aussi celui, dont on parle moins, de la qualité inégale du doublage québécois, souvent fait rapidement, avec un bassin trop restreint de comédiens.L'industrie québécoise est foncièrement artificielle.Elle a connu son essor avec la loi Bacon qui, il y a dix ans, a lorcé les distributeurs à fournir rapidement une version française des films américains à l'écran au Québec.Parce que les versions itiade in France n'étaient pas disponibles, puisque les films américains sortent beaucoup plus tard en France, il a fallu doubler au Québec.L'élément nouveau, c'est que les délais de diffusion s'amenuisent et que les versions doublées en France sont disponibles de plus en plus rapidement.Pour éviter d'avoir à payer deux doublages, les distributeurs risquent de choisir la version majoritaire, la française.CVm ainsi que les perspectives de ce secteur, déjà limitées, le deviennent encore plus.Cette industrie locale alimente .un marché local et son unique fonction est de fournir aux Québécois francophones incapables de suivre un film américain dans sa version originale, une version dans un français qui se rapproche plus de leur langue parlée.Le rapport Lampron propose néanmoins d'aider le doublage québécois, avec des crédits d'impQt de 15 %, qu'on invite Ottawa à imiter, et une obligation pour les productions subventionnées par le Québec de doubler au Québec.Ces recommandations semblent toutefois moins la réponse à un besoin que le fruit d'un automatisme.Pourquoi subventionner une industrie qui n'a manifestement pas d'avenir, quand il y a des besoins ailleurs?Le fait qu'elle crée des emplois en petit nombre est-il un argument suffisant ?Comme si, dès qu'il s'agit de culture, un précepte non dit veut que, dans le doute, il faut subventionner.A UOCCAÂÏOP *3>0 AWtOÏVERSAvRE T5E U lui lui, LOUISE OkCr&ER CT WCK 'BEAO'Dô'î tO KiûUS tviTEWR^TE.tJT DROITS RÊSERVI-S Au creux de F abîme D disparaisse.éçu du Canada sans pour autant se résoudre à l'indépendance du Québec, Léon Dion a un jour reconnu qu'il se sentait dans un abîme.Un abîme d'inquiétude et de doute quant à la possibilité pour le fédéralisme de se renouveler suffisamment pour que toute velléité de souveraineté Pierre Gravel A ce point de vue comme à plusieurs autres, Léon Dion aura été à la fois un reflet et un modèle pour ses compatriotes.Le reflet de la lassitude voire de la frustration de fédéralistes québécois devant la difficulté de faire avaliser formellement par le reste du Canada la fameuse notion de « société distincte ».Mais aussi de la réticence et de l'inquiétude de bien des nationalistes face à un éventuel éclatement de la structure actuelle et à l'engagement dans ce qu'ils perçoivent comme une aventure pleine de risques.Ce tiraillement permanent entre ce qu'il percevait chez lui et les siens comme des aspirations légitimes et son refus instinctif de tout compromettre pour essayer de les satisfaire ne l'a jamais cependant mené à la démission ni à des compromis indignes.Il n'a pas non plus empêché sa recherche têtue d'une solution qui soit à la fois acceptable à sa raison et à son coeur.À cet égard, à tous ceux qui, à son exemple, tentent encore de débroussailler une voie médiane entre un statu quo inacceptable et un divorce irrémédiable, il inspirera le désir de continuer.Pour tous, y compris ceux qui ont déjà fait un choix entre les options disponibles, il aura été un modèle d'ouverture, de ténacité et de rigueur dans la quête d'un avenir meilleur.Les héritiers de Léon Dion retiendront aussi un autre message de son engagement constant et combien dynamique dans la patiente construction d'une société jalouse de ce qui fonde sa différence mais réceptive à d'autres réalités.Pendant près de quarante ans, ils auront vu à l'oeuvre un intellectuel de haute volée, un grand universitaire, refuser de se laisser enfermer dans la quiétude de la tour d'ivoire.Constamment sur la brèche, toujours disponible \u2014 autant aux plus obscurs étudiants qu'aux dirigeants politiques ou aux leaders d'opinion\u2014, il aura discrètement contribué à bien des initiatives dont d'autres se sont vus attribuer le mérite.Qu'il s'agisse de constitution, de langue et de culture ou de grands projets de société, il avait valeur pour ses interlocuteurs d'une référence d'autant plus fiable que, s'il se faisait tout à tous, il n'appartenait à personne.Plus d'un personnage politique ou groupe partisan ont d'ailleurs appris à leurs dépens qu'il eût été imprudent de prendre pour acquis un homme comme Léon Dion.Si le devoir de mettre ses compétences au service de ses concitoyens lui paraissait impérieux, comme intellectuel, il était non moins essentiel à ses yeux que son implication soit compatible avec son sens critique et son indépendance d'esprit.Tous les Canadiens et les Québécois qui, souvent à leur insu, ont profité des talents et des qualités de Léon Dion sont un peu plus pauvres aujourd'hui.Mais ils sont également plus riches de son témoignage quant à l'importance pour une société de pouvoir miser sur des intellectuels qui placent au premier rang de leurs valeurs la rigueur, la générosité, le courage et la liberté de penser.Même quand ils se sentent au creux de l'abîme.Tout le long de sa vie, Léon Dion aura été un modèle d'ouverture, de ténacité et de rigueur dans la quête d'un avenir meilleur.LA PRESSE ET VOUS Deux faims : Tune culturelle, l'autre matérielle La fin de semaine commence assez moche, merci ! Ça sent l'automne ! Mais il y a quand même plein de choses à faire.Après les grands festivals ( Jazz, Juste pour rire, Lanaudière, Francofolies, Québec et Drummondville ) et plusieurs festivals régionaux et événements de plein air de toutes sortes auxquels La Presse est étroitement associée, devenant chaque été « le quotidien des festivals », voici que le dernier grand festival international de la saison estivale a débuté hier soir.Le 21e Festival international des films du monde de Montréal présente, durant 12 jours, pas moins de 415 films dont 21 inscrits en compétition.Alors que certains responsables de festivals abusent du qualificatif « international » avec à peine deux ou trois pays délégués, le FFM mérite cet adjectif parce que 55 pays y sont représentes.Le FFM est le plus ancien des grands festivals.Même si son président, M.Serge I osi.que, a une personnalité particulière qui ne plaît pas a tout le monde, même si les gouvernements ont mené plusieurs études sur la provenance des fonds et l'utilisation qui en était laite, le Festival maintient le cap et se perpétue.Une bonne part
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