La presse, 26 septembre 1998, B. Plus
[" B Montréal samedi 26 septembre 1998 Plus la pl.GRANDE VENTE .i w i TAUX Dl FINANCEMENT A VOIR CHEZ : ÉDITORIAL / OPINIONS / MONDE / PETITES ANNONCES - STOTTI SUBARU 430S, bôSL MètropolHofaw Est / (514) 725-9394 Le dernier combat du géant Kohi Louis-Bernard Robitaille collaboration spéciale BERLIN la veille des élec- Ations du 27 septembre en Allemagne, Helmut Kohi conserve des chances de gagner son pari : être le chancelier qui présidera au passage à l'euro en janvier 1999 et, surtout, à l'installation hautement symbolique du siège du gouvernement à Berlin.Au mois de juin, la cause paraissait entendue.L'opposition social-démocrate s'étant pour une fois ralliée à un candidat populaire et télé-génique, Gerhard Schrôder, le chancelier sortant traînait dix points derrière lui dans les sondages, ce qui ne s'était jamais vu dans l'Allemagne d'après-guerre.Au moment où se termine la campagne électorale, et malgré l'ampleur du vote de protestation en ancienne RDA, où le chômage réel dépasse les 25 %, Helmut Kohi, 68 ans, a réduit à deux ou trois points l'écart qui le séparait du candidat SPD.Sur la base de ces chiffres, Kohi serait effectivement battu par Schrôder, mais la marge apparaît maintenant si étroite que, même dans le secret du ojf the record, observateurs ou diplomates se refusent à tout pronostic.Il y a 30 % d'indécis déclarés, les gens de droite se confient moins aux sondeurs.et les sondages se sont souvent trompés en Allemagne ( au détriment de la droite ).En tout cas, ce politicien professionnel, lourd et sans éloquence, qui, à la fin des années 70, passait pour le paysan du Danube de la politique allemande, est déjà assuré de passer à l'histoire comme l'un des grands chanceliers du siècle.Et de figurer dans le livre des records au chapitre de la longévité politique en Occident.Depuis notamment la fin de la croissance ininterrompue en Occident, au milieu des années 70, les gouvernements ont beaucoup de difficulté à se faire réélire au-delà d'un premier mandat.Helmut Kohi, lui, gouverne l'Allemagne depuis 1982.Déjà, lors des élections de 1994, on pensait qu'il était iini : il y avait le coût gigantesque de la réunification pave par les contribuables de l'Ouest, l'effondrement économique et la persistance du chômage à l'Est, et déjà la PHOTO AFP Helmut Kohi sollicite demain un cinquième mandat, qui lui permettrait de présider au passage à l'euro et à l'installation du gouvernement à Berlin.montée du chômage à l'Ouest.Le chômage allemand Quatre ans plus tard, la situation s'est globalement aggravée.Les chiffres des transferts budgétaires de l'Ouest vers l'Est \u2014 reconstruction, paiement des retraites et du chômage \u2014 sont connus et donnent le vertige : près de 1000 milliards de dollars entre 1991 et 1996 ! Et sans qu'on voie le bout tunnel.Au contraire : après une première décrue, due aux premiers grands travaux de modernisation des infrastructures, le chômage semble s'être installé pour longtemps à des niveaux comparables à ceux du Mezzogiorno italien, l'un des grands malades chroniques de l'Europe.Les « Ossis », que leurs compatriotes de l'Ouest avaient d'abord accueillis avec effusion à la chute du Mur, ont aujourd'hui très mauvaise presse : ils ne veulent pas travailler, sont toujours insatisfaits de ce qu'on leur donne, et en plus ils se mettent à voter pour Pextrê-me-droite ! Chancelier de la réunification, Kohi avait eu une réélection triomphale en 1990, au milieu de l'euphorie générale.Au sortir du communisme, son parti, la CDU, avait fait un balayage électoral en ex-RDA.Aujourd'hui, Helmut Kohi peut difficilement tenir une réunion à l'Est sans affronter une foule de manifestants hostiles, et la CDU est en chute libre.Même à l'Ouest, où la situation est moins mauvaise pour lui, le désenchantement est sensible.La réunification a coûté cher à tous les contribuables, et on n'en voit pas la fin.Indépendamment de l'Ouest, le chômage a grimpé au-delà des 9 % en moyenne \u2014plus de quatre millions pour l'ensemble du pays\u2014, ce qui est ici intolérable.On peut reprocher au chancelier Kohi de ne pas avoir pris à temps les mesures nécessaires pour réformer le système : en fait, les observateurs notent que personne dans la classe politique, surtout pas le SPD, n'avait le courage d'annoncer aux Allemands la fin ( relative ) d'une époque dorée.Mais, vis-à-vis de l'électorat, le fait brutal demeure : même s'il y a une nette reprise depuis une année, Helmut Kohi est aujourd'hui le chancelier qui aura laissé le chômage monter à des niveaux jamais vus en 50 ans.Et, comme partout, c'est le chômage qui fait tomber les gouvernements sortants.Un adversaire opportuniste Dans cette conjoncture difficile, les sociaux-démocrates ont mis toutes les chances de leur côté en choisissant un candidat situé nettement à la droite du parti et qui, se- lon le mot d'un diplomate français, ne promet rien sinon « de faire la même chose que Kohi, mais en mieux, et avec une équipe rajeunie ».Et de fait, Gerhard Schrôder a réussi jusqu'à maintenant à faire campagne sans faire une seule promesse, et surtout en se tenant très loin du traditionnel programme du SPD, qui prône l'intervention accrue de l'État.Les adversaires de l'ancien ministre-président de Basse-Saxe disent de lui que c'est un opportuniste ambitieux prêt à tout pour arriver au pouvoir.Ses partisans, que c'est un homme pratique, un homme d'action sans a priori comme il en faut à l'époque actuelle.Un Tony Blair comme lui-même et son équipe essaient d'en convaincre l'opinion Mais Schrëder est loin d'avoir un parcours aussi clair.Self-made mon, issu d'un milieu ouvrier, d'une famille dont le père est mort jeune, Schrôder était leader des Jeunesses socialistes et se targuait d'être marxiste en 1980.Puis, avocat prospère, il a très tôt acquis la réputation d'être un ami des patrons en tant que président de Basse-Saxe.Il n'a pas ce côté sérieux et modeste des dirigeants sociaux-démocrates, fume le cigare en entrevue, s'habille un peu trop comme un play-boy, ne cache pas son goûf, pour le fric et les voitures de sport.( À noter : ses trois divorces et son quatrième mariage n'ont semble-t-il rien changé à ce que l'opinion pensait de lui.) Son bilan économique à la tête de la Basse-Saxe est très mitigé.Schrôder a un côté insaisissable.Mais il est très bon à la télévision.Souder les troupes Si les sondages n'avaient pas été aussi mauvais pour le vrai chef du SPD, Oskar Lafontaine, jamais les sociaux-démocrates, gens d'idées et de programme, n'auraient choisi Schrôder.Aujourd'hui encore ils le soutiennent avec réserve et, vis-à-vis de l'électorat, ces réticences finissent par jouer contre lui : une fois élu, Schrôder serait-il capable de former une équipe forte et soudée, ou sera-t-il à la merci des frondes des divers courants du SPD ?Comme le dit un éditorialiste du Der Spiegel, « les Allemands ont envie de changement après 16 ans de Kohi, mais ils redoutent par-dessus tout l'instabilité ».En réussissant à écarter de ses discours tout ce qui pouvait ressembler à des promesses « de gauche », Gerhard Schrôder a effectivement réussi à séduire cet électorat centriste que le SPD à lui seul est incapable d'aller chercher.Mais l'a-t-il profondément convaincu ?Si d'ici à demain le doute s'installait dans l'esprit de ses électeurs, ils pourraient dans le secret des urnes retourner vers ce monument de solidité qui, dans les grands moments historiques ( la chute du mur, l'euro ), a eu le bon instinct.Et qui, en politique intérieure, a tranquillement gouverné au centre.Demain : le scrutin dans le brouillard Au siège du Parti socialiste-démocratique ( PDS ), voisin de la place Rosa-Luxembourg, on ne cache pas ses convictions : «L'Est vote rouge», proclame sans complexe une affiche électorale.L'Est, c'est-à-dire les cinq nouveaux Lànder qui formaient l'ancienne Allemagne communiste, celle du Mur et de l'occupation soviétique.À l'intérieur d'un immeuble un peu vétusté, une atmosphère rappelant le bon vieux militantisme des années 60.Le responsable de la presse, la cinquantaine avancée, a son lit de camp impeccablement fait à même son bureau.Comme beaucoup de « permanents » du PDS, c'est un ancien apparatchik de la RDA, universitaire ou fonctionnaire, de ceux que la réunification de 1990 a envoyés à la retraite par milliers.À quelques exceptions près, la totalité de l'establishment est-allemand s'est retrouvée mise à l'écart.« Ils continuent d'habiter Berlin, ils ruminent leur rancoeur et ils ont tout leur temps pour militer », ironise un diplomate occidental.Mercredi en fin d'après-midi, au fin fond de l'ancien Berlin-Est ( 45 bonnes minutes L'Est vote rouge en métro direct depuis le centre ), le PDS tient une petite réunion électorale à Hel-lensdorf, au milieu de gigantesques cités HLM à la mode est-allemande : propres, récentes, carrées, souvent plantées au milieu de terrains vagues, sans un arbre.Le public : des quinqua-sexagénaires issus de l'ancien régime, mais aussi pas mal de jeunes couples, avec ou sans enfants.La vedette du meeting, excellent orateur : l'ancien avocat « contestataire » de RDA, Gregor Gysi, aujourd'hui chef du PDS, et député sortant de la circonscription.On a révélé récemment que Gysi avait \u2014comme tout ce qui avait quelque responsabilité en RDA, fonctionnaires ou universitaires \u2014 collaboré avec la Stasi, la police politique du régime.Ce qui n'a strictement rien change a sa popularité ( en ex-RDA ).Le retour des anciens L'un des mystères profonds de ces élections, du moins du côté de l'Est, c'est que le parti presque directement issu du régime communiste, et qui n'a pas brutalement rompu avec ce passé, va peut-être atteindre 20 % des voix dans les cinq Lànder.VOTENT Plus exotique encore : les quatre circonscriptions recouvrant l'ancien Berlin-Est devraient donner au PDS 40 % des voix en moyenne.C'est là qu'en 1994 le PDS a obtenu ses quatre « mandats directs » \u2014quatre victoires à la majorité relative \u2014 qui lui ont permis, selon le système allemand, d'avoir droit.au partage des sièges de députés à la proportionnelle.Résultat : un groupe parlementaire de 30 députés au Bun-destag.C'est la question cruciale qui se pose pour ces élections : le PDS aura-t-il au moins ces trois « mandats directs » lui donnant droit à la repartition à la proportionnelle ?Pour les deux circonscriptions les plus périphériques ( dont celle de Gysi ), la victoire est acquise.Le sort pourrait se jouer, notamment, dans le quartier « bohème » de Prenz-lauerberg, où se présente Petra Pau, sorte de passionaria du PDS, 40 ans.coiffure punk, l'air plutôt sympathique.Elle représente assez bien une portion sensible de l'électoral PDS de Berlin-Est, où l'on retrouve non seulement les anciens apparat-chiks aigris, mais aussi artistes et intellectuels profondément anticapitalistes et qui DÉTESTENT l'esprit ouest-allemand, mais aussi toute une jeunesse qui veut perpétuer la vieille tradition anarcho-rehelle de Berlin.« Dans les années 80, explique la germaniste Anne-Marie Le Gloannec, directrice adjointe du centre Marc-Bloch à Berlin, les contestataires intellectuels du régime se réclamaient encore du marxisme.Ce régime n'était pas aussi artificiel qu'on le croyait : il convenait d'une certaine manière à ces protestants prussiens, à la fois moraux et disciplines.» Dans ce Berlin-Est où la situation économique est nettement meilleure que dans le reste de 1 ex-RDA, mais où universitaires, journalistes, fonctionnaires, scientifiques se sont retrouves « colonisés » par les jeunes loups de l'Ouest, des foules de gens qui haïssaient le Mur et la Stasi votent pour les successeurs d'Ulbricht et de Honecker.0 longueurs de piscine à votre santé ! 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sa révérence.Le Canada et les fédéralistes de bonne volonté ont été hantés pendant quinze ans par Pierre-Elliott Trudeau.Le Québec a maintenant son génie malfaisant en la personne de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau.aBHMiHHi À voir l'irritation de son compagnon de lutte Bernard Landry, il est clair que les leçons que l'ex-premier ministre distribue si généreusement font surtout mal à ses alliés du camp souverainiste.Mais, en raison de son influence sur l'aile radicale du Parti québécois, les sorties de M.Parizeau peuvent devenir nuisibles pour l'ensemble des Québécois.Il ne faut certes pas sombrer dans la gérontophobie.Un politicien à la retraite peut jouer un rôle utile.L'ex-chef libéral, Claude Ryan, en est un exemple vivant.Ses interventions, mesurées, suscitent le respect, notamment parce qu'elles sont le produit d'une pensée en constante évolution.Ce n'est pas le cas de M.Parizeau.Ce vieil homme, rongé par ses bibittes, a encore trop de comptes à régler avec ceux qui lui ont succédé.Inspiré par l'amertume et le désir de vengeance, il cherche surtout à démontrer qu'il a toujours eu raison.Cette démarche, orientée vers le passé et le culte de sa propre pensée, est essentiellement narcissique, comme le rappelle cruellement le cadre de ses apparitions publiques, soigneusement choisies, où à l'abri de la contestation et entouré d'adulateurs, il peut se pavaner comme un paon-en-pâte.Cette façon de toujours avoir raison et de ne jamais admettre ses torts n'est pas nouvelle chez M.Parizeau.Mais il arrive un moment où, en vieillissant, la rigidité se mue en fossilisation.La similitude avec la démarche de Pierre Trudeau n'a rien de superficielle.À la pensée figée s'ajoute la même pulsion destructrice de vouloir saboter les efforts des successeurs.Trudeau a tout fait pour couler Meech dont la fonction première était de résoudre la crise qu'il avait provoquée.Parizeau, père des déficits, a tenté de saboter la campagne de son propre parti sur le déficit zéro.Il s'attaque maintenant au concept de référendum gagnant, dont le but premier est d'éviter l'abattoir aux forces souverainistes.C'est bien sûr au nom de l'intégrité intellectuelle que Jacques Parizeau dénonce les contorsions de son parti.« Il n'est pas payant sur le plan politique de laisser croira aux gens qu'on cherche à les manipuler », a-t-il dit cette semaine aux étudiants de Laval.La phrase, délicieuse, est presque loufoque venant du père de la cage à homards et des astuces.On ressentait le même malaise, teinté d'incrédulité, quand l'ex-premier ministre, commentant l'arrêt de la Cour suprême, a insisté sur la nécessité d'une question claire, après avoir, comme premier ministre et chef du camp du OUI, concocté une question qui ne se distinguait pas par sa limpidité.Ces leçons de morale sont d'autant plus étranges que, sous la gouverne de M.Parizeau, les souverainistes se dirigeaient vers la débâcle lors du dernier référendum, avant l'intervention providentielle de Lucien Bouchard.C'est celui dont il fustige maintenant les louvoiements qui a permis d'obtenir le 49,6 pour cent dont il est si fier.M.Parizeau redécouvre les vertus de la ligne dure maintenant qu'il est bien à l'abri dans son poste de franc-tireur, confiant qu'il n'aura plus à payer le prix de la stratégie suicidaire qu'il propose.Car son référendum à tout prix, c'est un autre psychodrame référendaire pour les Québécois et probablement une autre défaite du OUI qui affaiblirait et déchirerait le Québec.Ne l'oublions pas : en démissionnant, Jacques Parizeau a laissé les autres ramasser les pots cassés et vivre avec les conséquences du processus qu'il avait déclenché.L'intégrité, quand on quitte le bateau dans de telles circonstances, c'est de partir pour vrai.DROfTS RÉSERVES 0 L'essentiel est dans la brume Arrivée à mi-course, la campagne électorale à Montréal n'a encore donné lieu à aucun déluge de promesses.Et il serait surprenant que les choses changent dans les semaines qui restent.Les problèmes financiers de la métropole cantonnent les candidats dans une sobriété forcée.Comment peut-on offrir aux Électeurs des projets emballants quand la ville est chroniquement dans le rouge ?Et quand la solution à ses problèmes se trouve, en grande partie, à Québec ?Il faut bien le dire : les principaux partis engagés dans la course sont incapables d'offrir autre chose que des thérapies virtuelles, sur lesquelles ils n'ont pas vraiment prise.wmmmmmmKmm\u2014amÊÊÊÊÊm C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'un des rares véritables débats que cette morne campagne ait soulevé jusqu'à maintenant.Peut-on diminuer le fardeau fiscal des Montréalais ?Jean Doré croit que oui, et pas à peu près : il s'engage à alléger de 10 % les taxes résidentielles et de 13 % les taxes commerciales.Agnès Gruda La promesse a été décriée comme irréalisable par ses adversaires, qui misent plutôt sur une stabilisation fiscale.En réalité, tout ce beau monde nage dans la brume.Depuis trois ans, les dépenses de Montréal excèdent ses revenus.Le manque à gagner à d'abord été comblé en puisant dans les réserves, qui ont fondu de moitié.Cette année, le coussin n'était plus assez épais pour combler le « trou » de 125 millions.L'administration Bourque a déployé des efforts surhumains pour comprimer ses dépenses et a appelé Québec au secours pour le reste.Le gouvernement a répondu au SOS, mais pour trois ans seulement.Et encore, l'injection d'une cinquantaine de millions annuels ne permettra pas de rééquilibrer entièrement le budget courant \u2014on en saura plus quand l'administration mettra les vrais chiffres sur la table.Un autre nuage s'annonce à l'horizon, avec la baisse du marché immobilier qui va créer un joyeux casse-tête lors de l'adoption du prochain rôle d'évaluation.Tous les candidats à la mairie fondent leurs ambitions sur la conclusion d'un pacte fiscal avec Québec.Jean Doré espère négocier quelque 200 millions.Jacques Duches-neau parle plutôt de 150.Dans tous les cas de figure, Québec est intimement associé aux engagements que prennent, en son nom, tous ceux qui aspirent à la mairie.Or, l'idée même de pacte fiscal est désuète.Politiquement, il est devenu impensable d'ouvrir quelque canal d'alimentation budgétaire destiné à la métropole seulement : ça hurlerait bien trop dans les régions.D'autres formules qui ont été étudiées au cours des dernières années ont toutes plus ou moins échoué : allégements fiscaux pour toutes les villes-centres, péréquation quelconque entre les municipalités de la grande région de Montréal, et tutti quanti.En refilant aux municipalités sa facture de 375 millions, Québec s'était engagé à revoir globalement toutes les règles qui déterminent la fiscalité locale.Il n'est pas évident que l'exercice tournera à l'avantage de Montréal.Il y a en effet beaucoup de monde à la messe, et chacun \u2014 commissions scolaires, petites et grandes villes, plus le gouvernement lui-même \u2014 essaie de tirer la couverture de son côté.Reste que s'il doit se trouver des moyens pour arracher définitivement la métropole à son état de détresse financière, c'est ici qu'ils se trouvent.Et dans l'état actuel des choses, on peut dire que le meilleur candidat à la mairie de Montréal sera celui qui saura contribuer avec le plus de force, d'imagination et de conviction à cette réflexion.La consultation publique de la Commission nationale sur lés finances et la fiscalité locale vient de commencer.L'administration Bourque y présentera un mémoire.Équipe Montréal aussi.Le candidat du RCM, Michel Prescott, n'ira pas en commission parlementaire, mais il fera ses suggestions.Au bureau de Jacques Duchesneau, on n'a jamais entendu parler de la consultation.LA PRESSE ET VOUS Deux nouveaux projets Une des initiatives les plus appréciées et pour laquelle nous avons reçu un grand nombre de témoignages, au cours de la dernière année, aura sans doute été de faire état mensuellement des budgets de deux familles moyennes, dont nous avons décrit les finances personnelles dans les moindres détails.Grâce à la famille de Micheline et Christian et de leurs enfants Pierre-Marc et Cris-tine, de Mascouche, et à la famille de Nathalie et André et de leurs enfants Marc-Antoine, Maxence et Marie-Michelle, de Laval, des centaines de familles ont suivi l'évolution de leur propre budget ou ont décidé de commencer à faire le leur, sur le modèle de budget de nos deux familles choisies.Nous réitérons nos plus sincères remerciements à ces deux familles pour leur grande disponibilité, leur ouverture d'esprit, leur transparence, leur acceptation des critiques formulées par rapport au choix des dépenses faites.Les deux familles ont collaboré de façon exceptionnelle, même admirable.Vous avez pu lire le compte rendu de l'expérience, sous la signature de Marie-Andrée Amiot, dans notre numéro du 12 septembre.Compte tenu de l'intérêt majeur suscité par cette initiative d'information, de sensibilisation et d'éducation populaire, un autre projet, tout aussi inusité, voit le jour dans la présente édition, toujours en collaboration avec l'organisme Option Consommateurs, sous la direction de Yves Bellefleur, adjoint au directeur de l'information et responsable des informations générales à La Presse.Après « Vivre selon ses moyens », voici « Acheter selon ses besoins ».Une fois par mois, comme c'est le cas aujourd'hui en page A-21, nous publierons les résultats d'une enquête à caractère préventif effectuée par Option consommateurs, en compagnie d'un consommateur ou d'une consommatrice qui projette d'acquérir un produit ou un service et qui veut connaître les moyens à prendre pour obtenir le meilleur rapport qualité-prix.Qu'il s'agisse de se construire une maison, d'acheter une auto, d'acquérir un système de chauffage d'appoint, un appareil de télévision format « cinéma-maison », un magnétoscope DVD, un ordinateur, un cellulaire, un appareil électroménager, un système de son ou tout autre produit, ou service, ou de faire des travaux de rénovation, comment s'y prendre pour ne pas se faire jouer par un fabricant, un marchand, un commerçant ?La nouvelle rubrique ne consiste pas a dénoncer, comme le font déjà plusieurs revues de consommation et des émissions de télévision, mais plutôt à prévenir le consommateur AVANT plutôt qu'APRÈS son achat.Ainsi, cette semaine, nous débutons par l'expérience de l'achat d'une voiture, en compagnie de madame Johanne Montpetit qui désire acquérir une auto neuve et qui s'y hasarde pour la première fois toute seule, sans mari ni copain.Option consommateurs a visité trois fabricants de voitures différents et trois concessionnaires de chacun de ces fabricants, soit un total de neuf visites afin de bien connaître le marché de l'auto.Avant chaque visite.Option consommateurs a identifié un modèle précis de voiture ainsi que tous les accessoires désirés.Dans une premier temps, vérification du meilleur prix offert ( comprenant les frais de préparation et de transport de l'auto ).Dans un second temps, demande d'informations auprès du représentant sur ce qui est le plus avantageux, soit la location ou l'achat.Dans un troisième temps, obtention de toute la documentation nécessaire et examen des conditions de location à long terme et d'achat afin d'être à même de prendre la meilleure décision possible et d'identifier le type d'erreurs commises à l'occasion par les vendeurs.C'est le résultat de toutes ces recherches qui nous est présenté en page 21 du cahier A Si vous êtes de ces personnes intéressées à faire votre magasinage avec l'aide de bons conseils, et prêtes à dévoiler les résultats de vos efforts dans La Presse, contactez immédiatement Option consommateurs en composant le ( 514 ) 598-7288.Laissez votre nom, votre numéro de téléphone et indiquez l'appareil que vous songez à vous procurer ou le service auquel vous pensez recourir.Quelqu'un d'Option consommateurs retournera votre appel dans les prochains jours.Tout en participant à la réalisation du nouveau projet, vous vous aiderez vous-même et vous aiderez les autres consommateurs que nous sommes à faire un meilleur achat ou à obtenir un service à moindre coût, s'il y a lieu.Merci de votre collaboration ! Une nouvelle chronique médicale À compter de demain, le Collège des médecins du Québec signera une série de vingt chroniques à caractère médical dans le cahier SANTE Diffusée le dimanche, toutes les deux semaines, en alternance avec la chronique du Dr Danielle Perreault, intitulée « Êtes-vous malade ! », cette rubrique visera à sensibiliser la population à des questions de prévention en matière de santé.Ce nouveau partenariat permettra de contribuer, d'une façon efficace, à l'amélioration de la santé des Québécois.Le Collège des médecins a fait appel au Collège québécois des médecins de famille et au Conseil des directeurs de santé publique du Québec pour la réalisation de ces chroniques.Le Collège des médecins aura la responsabilité du choix des thèmes, du choix des médecins consultés, de la planification et de la supervision de la rédaction des chroniques.C'est à partir d'entrevues effectuées auprès de médecins que notre journaliste-collaboratrice Sophie Brouillet rédigera ses textes.Comme premier sujet, dans le cahier SANTÉ, le Collège a choisi de traiter de la pollution atmosphérique et de ses enffets sur la santé des gens.La Presse est heureuse d'accueillir cette nouvelle rubrique d'information et de sensibilisation du public et remercie le Collège des médecins du Québec et les médecins participants pour leur précieuse collaboration.Le cahier Santé est déjà bien apprécié de nos lectrices et de nos lecteurs.Espérons que cette nouvelle rubrique ajoutera au besoin toujours plus grand de s'informer sur notre santé et au plaisir de lire le cahier qui est destiné à cette première préoccupation de notre vie, à l'échelle des valeurs humaines.Claude MASSON Éditeur adjoint t LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 26 SEPTEMBRE 1998 Opinions Jean Charest ou l'art de faire son propre malheur Chantai Hébert L, opposition ne gagne * pas les élections, ce sont les gouvernements qui les perdent.m\" Cette règle d'or de la A politique n'est manifestement pas sans exception notoire.À témoin la situation actuelle du chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest.Alors qu'une majorité de Québécois ne sont toujours pas satisfaits du travail du gouvernement pé-quiste, de moins en moins d'entre eux ont l'impression que le Parti libéral de M.Charest ferait mieux à sa place.Au point où la situation électorale du PLQ se rapproche d'un sondage à l'autre de celle qu'elle était lors du départ du mal aimé Daniel Johnson.Jusqu'à présent donc, force est de conclure que Jean Charest n'a pas gagné à être connu.S'agit-il d'un jugement circonstanciel, attri-buable à l'obscurité relative de l'opposition, et qu'il sera possible de corriger dans le feu de i aciion électorale ?Pas si sûr, dans la mesure où le chef du PLQ s'est révélé être un artisan assidu de son propre malheur.Ainsi, si des élections générales avaient été déclenchées il y a trois semaines, M.Charest serait vraisemblablement aujourd'hui à la tête d'un parti en grande difficulté.Si le chef libéral avait dévoilé son récent plan de réduction générale des impôts au premier tour d'une campagne, il aurait été mis au pilori par tout ce que le Québec compte d'observateurs sérieux.En liant le financement de la pièce maîtresse de son programme électoral à de l'argent emprunté pour stimuler le développement économique au Québec, M.Charest a présenté une proposition comptable qui ne résistait pas à l'analyse.Parce qu'il n'y avait pas de campagne en cours, le PLQ a l'occasion de refaire ses devoirs.En période de précampagne, les partis tirent encore à blanc.Mais dès le moment où des élections sont déclenchées, tous les coups comptent et celui-là aurait laissé des traces dévastatrices.Lors des élections fédérales de 1988, les libéraux de John Turner avaient ainsi réussi à transformer une promesse en or en boulet en présentant une politique de garde d'enfants foncièrement désirable mais appuyée sur des moyens douteux.Le PLC ne s'était jamais relevé de ce raté qui avait fait germer des doutes tenaces sur sa compétence à un moment stratégique.Six mois après l'arrivée de M.Charest, le bassin d'électeurs francophones chez qui il était allé puiser ses appuis, lors des dernières élections fédérales, se vide au profit de M.Bouchard ( 54 % vs 36 % ).À l'époque, ce n'est pas le programme conservateur qu'il défendait et qu'il veut maintenant importer en politique québécoise qui avait rendu Jean Charest attirant, mais le fait qu'il était perçu comme le chef le plus porteur de l'espoir d'une réconciliation avec le Canada.Devenu leader provincial, M.Charest a choisi de mettre cette dimension gagnante en veilleuse.Cette semaine, deux événements sont venus illustrer les périls de ce choix.À la faveur du remaniement, le premier ministre a changé la garde aux Affaires intergouvernementales canadiennes.De tous les mouvements de personnel ministériel effectués mercredi, c'est celui qui risque le plus de porter ombrage à Jean Charest.Avec Joseph Facal, un jeune député trilingue au discours moderne.M.Bouchard donne un autre visage, plus crédible, aux récents La situation électorale du PLQ sous Jean Charest se rapproche d'un sondage à l'autre de celle qu'elle était lors du départ du mal aimé Daniel Johnson.efforts québécois pour collaborer avec les autres provinces à moderniser le fédéralisme.Là où Jacques Brassard symbolisait du fait même de son personnage la grève sur le tas du PQ en matière canadienne, M.Facal a toutes les chances de personnaliser l'ouverture souhaitée par bien des électeurs.L'arrivée de ce nouveau ministre au moment où les feux de la rampe vont se tourner sur les négociations fédérales-provinciales sur l'union sociale va aider M.Bouchard à continuer de s'installer dans le créneau délaissé par Jean Charest.Si le chef libéral a évacué un créneau qui aurait dû lui appartenir en propre, c'est notamment parce qu'il craint, s'il s'avance sur ce terrain, de se voir tirer le tapis sous les pieds par le gouvernement de M.Jean Chrétien.Si le passé est garant de l'avenir, ses craintes ne sont évidemment pas sans fonde- ment.Mais en envoyant le message subliminal que la quête d'un accommodement avec le Canada dans le respect de la personnalité du Québec est une perte de temps, le chef libéral déçoit les attentes de l'électorat dont il a le plus besoin.Et puis, il y a Jacques Parizeau.C'est vrai, les interventions intempestives de l'ex-premier ministre sont perçues comme une calamité par le camp souverainiste.Elles touchent certainement des cordes sensibles dans l'aile orthodoxe du PQ.Mais elles n'ont rien non plus pour aider Jean Charest.Ce dernier veut à tout prix convaincre les Québécois que Lucien Bouchard est obsédé par son projet référendaire.Sauf que, quand ils entendent Jacques Parizeau dénoncer le premier ministre en chaire, bon nom- bre d'électeurs se disent que si M.Bouchard était si obsédé que cela, son prédécesseur ne tempêterait pas autant.M.Parizeau a, en gros, le même effet pervers que Pierre Trudeau qui, chaque fois qu'il dénonçait l'accord du lac Meech, le rendait plus attrayant aux yeux de l'électorat francophone modéré.Étrangement enfin, jusqu'à présent, le chef du PLQ a fait, en vue de la campagne électorale, le pari qu'il a tant reproché à Jean Chrétien à l'occasion du dernier référendum.Il s'est dit qu'il serait plus payant de faire le procès de la souveraineté que de prendre le risque d'ouvrir des pistes pour répondre aux aspirations des Québécois au sein de la fédération.Ce qui est moins surprenant, c'est que, comme Jean Chrétien, Jean Charest est menacé aujourd'hui de découvrir que, sur ce front-là* qui sème le vent récolte la tempête.Le dissident professionnel Quand le vent du conformisme souffle un peu trop fort et que la liberté s'enrhume, Julius Grey veut jouer les anticorps Yves Boisvert Non mais quel emmerdeur, tout de même.Le Canada veut expulser un condamné à mort américain ?Il va se battre jusqu'en Cour suprême pour empêcher cela \u2014et passer à un juge près de réussir.La Ville de Montréal veut nettoyer la rue Sainte-Catherine des affiches porno des bars de danseuses ?Il plaide la liberté d'expression contre la political correctness et fait annuler le règlement.Verdun, qui limite à deux le nombre d'animaux domestiques par logement, veut forcer une vieille dame à liquider son chat ou un de ses deux chiens ?Il se bat depuis douze ans pour la vieille dame, Rex, Fido et Minou et se rendra en Cour suprême.Deux fois plutôt qu'une 1 Pas plus tard que lundi dernier, il a fait déclarer inconstitutionnel l'article du Code criminel sur l'« attroupement illégal », dont la police s'est servi contre les contestataires du « commando bouffe ».Julius Grey est un dissident professionnel.Un empêcheur de décréter en rond.Un ennemi des consensus préfabriqués.Quand le vent du conformisme souffle un peu trop fort, tiens, voilà Julius Grey qui débarque au palais de justice, la toge un peu croche sur les épaules.L'avocat de 50 ans, qui s'est fait connaître au début des années 1980 en attaquant la Loi 101, est revenu quelque peu sur ses positions et la défend régulièrement en public.Dans The Gazette, il attaque les ultrafédéralistes.Dans Le Devoir, il engueule les orthodoxes de la souveraineté.« Les premières fois que j'ai plaidé contre lui, il faisait monter ma pression artérielle », confesse l'avocat François Aquin, qui en plus d'avoir souvent représenté des organismes gouvernementaux devant les tribunaux, fut le premier député indépendantiste au Québec.Deux façons d'entrer en collision avec Julius Grey.Ptwto ALAIN R06ERGE.LêPmm Julius Grey est un dissident professionnel, un empêcheur de décréter en rond et un ennemi des consensus préfabriqués.« Mais il a une grande inventivité et c'est avec des gens comme ça que le droit évolue.C'est une sorte de chevalier sans peur et sans reproche, un don quichotte dont nous avons besoin », ajoute Me Aquin.On le trouve longuet dans ses plaidoyers et un brin brouillon.Mais toujours aimable.Avec ses pantalons tombants, ses dossiers ébouriffés et son côté professeur Tournesol, il irrite parfois les juges.Mais il irrite aussi parce qu'il force tout le monde à revoir les idées reçues.La Charte des droits, il l'a usée dans les prétoires.Au point où, pour plusieurs, il était l'incarnation du plaideur qui s'en servait à tort et à travers.Il reconnaît avoir éprouvé un grand enthousiasme au début des années 1980.Mais il en est revenu : « J'invoque la Charte beaucoup moins qu'on ne le pense.La Charte est nécessaire et c'est pour cela qu'on ne doit s'en servir que pour les choses vraiment importantes.» Sa « vocation » d'avocat, il l'a eue vers sept ou huit ans, en Pologne où il a vécu jus- qu'à neuf ans.Le père d'un ami, avocat cri-minaliste, lui a raconté son travail.« J'ai été fasciné ! » Il se souvient aussi d'avoir lu, enfant, un article sur les abus de la peine de mort en Angleterre, dans les années 1950.11 a fait son droit à McGill.Mais jusqu'à la dernière minute, il a hésité entre le droit, le piano et la littérature.Et en même temps qu'il terminait son droit, il complétait une maîtrise en littérature russe \u2014qu'il parle couramment, tout comme le polonais, l'anglais et le français.11 trouvait néanmoins le temps d'être président de l'association étudiante et d'organiser des manifs contre la guerre du Vietnam.Il a été arrêté à Ottawa, lors d'une de ces manifs devant l'ambassade américaine.Et une autre fois en protestant à la frontière contre des essais nucléaires américains.Après une maîtrise en droit à Oxford, il obtient un poste de professeur à McGill, qu'il occupe à demi-temps pour se consacrer à sa pratique.Une pratique qui va du droit administratif aux affaires familiales et crimi- nelles, en passant par le droit de l'immigration.« Je ne savais pas au départ quel genre de droit je ferais, mais je n'ai jamais vu le droit uniquement comme une façon de gagner ma vie.» C'était aussi une façon de faire de la politique, au sens le plus pur du terme, dit-il.Défense de la liberté et de l'individu face à l'État : voilà son programme.« L'essence même de la démocratie, c'est de pouvoir s'ajuster à ceux qui ne peuvent pas obéir », dit-il.Et la différence avec les ré-, gimes totalitaires est que les conflits entre l'État et le citoyen rebelle ne sont pas censés se terminer dans le sang ou la détention arbitraire.« Je refuse les identités ; je suis mal à l'aise dans les groupes.Le fait d'être d'origine juive n'a aucune influence sur ma vie.J'ai épousé une francophone de souche et mes trois enfants ne sont élevés dans aucune religion organisée.Je suis difficile à classifier de ce point de vue et j'en suis très fier ! » Lui qui s'est rendu aux Nations unies pour contester la décision du gouvernement Bou-rassa de maintenir l'unilinguisme dans l'affichage malgré le jugement de la Cour suprême, a adopté un discours beaucoup plus modéré sur cette question.Il s'oppose à la croisade d'Alliance Québec pour la liberté de choix scolaire.« À mes amis anglophones qui se plaignent parfois je dis qu'ils se trompent ; regardez quelqu'un comme moi qui ai attaqué tellement de choses que plusieurs considéraient comme sacrées, j'ai toujours été traité avec respect.Il y a des idiots comme partout, mais il est impossible d'affirmer qu'il y a des situations d'injustice ( dans le domaine linguistique ).» Il a obtenu quelques victoires en Cour suprême, notamment l'affaire Libman, où la Cour suprême a invalidé une partie de la Loi sur le financement des partis politiques.Mais pour chaque victoire, autant de défaites, sans doute.La plus amère, c'est l'affaire Kindler où, à quatre contre trois, les juges de la Cour suprême du Canada ont accepté d'extrader un condamné à mort américain.« Depuis toujours, je suis un ennemi acharné de la peine de mort, même pour Idi Amin Dada, même pour HHler ; il faut les punir, bien sur, mais pas les tuer.L'affaire Kindler, c'est la seule cause qui m'a fait faire des cauchemars.Je me suis réveillé la nuit en pensant qu'il venait d'être exécuté.Il attend ce jour-là dans un pénitencier en Pennsylvanie.Je ne sais pas s'il viendra.» Quand le vent du conformisme souffle un peu trop fort, que la liberté s'enrhume, Julius Grey veut jouer les anticorps. Plus 1335 PHOTO GILLES PAOUIN.La Fils d'une famille très pauvre du Nordeste du Brésil, Luiz Inacio « Lula » da Silva, chef du Parti des travailleurs, est venu travailler en ville dès son adolescence.En bas, manifestation en sa faveur à Rio.PHOTOTEOUE LàPlUtt Les Brésiliens voient en Fernando Henrique Cardoso l'homme qui a terrassé l'hyper-inflation en 1993, en tant que ministre des Finances.Elle avait chuté de 50 % à 2 % par mois.L'année suivante, il était élu président.Lula dépasse par Cardoso La crise financière qui menace le Brésil favorise le président universitaire plutôt que l'ouvrier syndicaliste Gilles Paquin RIO DE JANEIRO Un vieux camion pavoisé d'affiches et de drapeaux rouges s'avance lentement dans la grande rue de Nueva Iguaçu, une banlieue pauvre de Rio de Janeiro.La foule très dense s'ouvre pour le laisser passer puis se referme aussitôt sur trois hommes et une femme qui marchent dans son sillon.« Lula, Lula, Lula », scandent les gens en le reconnaissant.Une femme lui apporte des fleurs, un vieillard l'embrasse, les gens se bousculent pour le voir de plus près.Le service d'ordre ne sait plus où donner de la tête, la casquette de Lula roule par terre.La campagne électorale en vue des élections brésiliennes du 4 octobre prochain tire à sa fin et les partis concentrent leur action sur les grandes villes du pays.L'immense agglomération de Rio, avec ses cinq millions d'électeurs, est particulièrement courtisée.Luiz Inacio « Lula » da Silva, le chef du Parti des travailleurs du Brésil ( PT ) semble dépassé par ces manifestations de sympathie.Il esquisse un sourire coincé à la René Lévesque puis continue d'avancer en tendant les mains.Candidat à la présidence brésilienne pour la troisième fois, Lula sait que les sondages le placent loin derrière l'actuel chef de l'État Fernando Henrique Cardoso, FH comme on dit ici.Il continue néanmoins à se battre avec acharnement pour augmenter le nombre d'élus du PT aux parlements de Brasilia et des États.Ceux qui marchent avec lui dans la rue, Leonel Brizola, Anthony Ga-rotihno et Benedita da Silva, ont d'ailleurs beaucoup plus de chances que lui de l'emporter.Sa consolation c'est que le parti progresse à chacune des élections depuis sa fondation il y a 18 ans.Fils d'une famille très pauvre du Nordeste du Brésil, Lula est venu Le combat brésilien travailler en ville dès son adolescence.Après plusieurs années de vache enragée il a fini par devenir un ouvrier spécialisé, puis président du syndicat des métallurgistes.Les petites gens se reconnaissent en lui et lui font la fête, mais ils ont de la difficulté à s'imaginer qu'un simple technicien devenu chef syndical puisse accéder à la présidence du pays.La crise La population a, par contre, un préjugé favorable à l'endroit de Cardoso parce qu'il a enseigné dans plusieurs universités en Europe et en Amérique, parle quatre langues et dirige déjà le gouvernement depuis quatre ans.Plus le Brésil s'enfonce dans la crise financière, plus la cote de popularité de Cardoso est à la hausse dans les sondages.On voit en lui l'homme qui a terrassé l'hyper-inflation dont souffrait le pays et on est prêt à passer l'éponge sur tout le reste.Lorsque Cardoso est devenu ministre des Finances en 1993 l'inflation oscillait entre 50 et 60 % par mois.Il a alors proposé une série de mesures connues sous le nom de « Plan Real » et une nouvelle monnaie, le real.En un an, le taux d'inflation chutait de 50 % à 2 % par mois.L'année suivante, il était élu président.Plusieurs des réformes proposées par Cardoso n'ont pas encore été adoptées par le Congrès notamment en matière de fiscalité et de sécurité sociale.Le gouvernement poursuit toutefois la libéralisation de l'économie et la privatisation controversée des grandes sociétés d'État.« Les gens ne veulent pas changer de cheval au milieu de la course », explique un fonctionnaire qui ne cache pourtant pas sa sympathie pour Lula.La coalition de droite qui soutient Cardoso est responsable de l'endettement du Bré- sil, mais les électeurs semblent prêts à lui faire confiance pour sortir de la crise, déplore-t-il.En juin dernier Lula et Cardoso était à égalité dans les intentions de vote.Depuis la fin de juillet cependant, l'écart se creuse entre les deux candidats.Un sondage publié par le quotidien O Globo de Rio de Janeiro, au milieu de septembre, donne maintenant une avance de 24 points à Cardoso.Le PT affirme que les médias du pays sont responsables de la glissade de Lula.Il vise particulièrement Rede Globo, principal réseau de télévision du pays et quatrième au monde, de coucher avec le pouvoir.La présence constante de Cardoso au bulletin de nouvelles l'avantage sûrement, mais l'appui quasiment inconditionnel des gens d'affaires à sa campagne est un atout tout aussi important.D'autant plus que la loi électorale leur laisse la bride sur le cou pour financer sa campagne.Et ils ne s'en privent pas.Fort de ces avantages, Cardoso se contente maintenant de poser en défenseur du Brésil face aux spéculateurs internationaux et file vers une réélection de plus en plus assurée.Rio, l'envers de la carte postale PHOTO GiOXS PAOOIN.Là Leni habite deux petites pièces aux fenêtres en carton, dans la tavela Morro de la Coroa.En arrivant près du sommet de la colline de Santa Teresa, la rue étroite se referme et se transforme en un étroit passage entre des maisons crasseuses.C'est l'entrée du Morro de la Coroa, une « favela » de Rio de Janeiro.Un quartier fermé qui semble imperméable aux discours de la campagne électorale en vue des élections brésiliennes du 4 octobre prochain.Peu de politiciens s'aventurent ici et il est assez facile de comprendre pourquoi.Leni, la femme qui nous y amène, se retourne pour nous prévenir : « Si on vous pose des questions vous répondez que vous venez chez moi.Rien de plus.» N'entre pas qui veut dans ce bidonville.Quelques pas plus loin deux adolescents sont appuyés contre un mur et nous dévisagent des pieds à la tête.Ils ne disent pas un mot, mais s'arrangent pour montrer les pistolets enfilés dans leur ceinture.Une odeur de marijuana flotte dans l'air.Le couloir entre les maisonnettes est maintenant si étroit qu'il faut marcher en file indienne.On monte puis on descend des marches, on tourne et on enjambe des trous recouverts de planches branlantes.Des relents d'égouts nous montent au nez, parfois un filet d'eau visqueuse coule sous nos pieds.Derrière certaines portes entrouvertes on sent qu'on nous observe.Une radio crache une musique endiablée.Soudain, Leni s'arrête devant une porte grillagée avec des cartons en place des fenêtres.C'est sa maison.« Entrez, dit-elle fièrement en ouvrant tout grand, on est ici chez moi.» Son gîte est composé de deux pièces exiguës ; l'une contient un lit simple et une petite armoire surmontée d'un vieux téléviseur, l'autre, une table, un frigo, une plaque chauffante et une commode branlante.« Tout ce qui est ici m'a été donné, dit-elle.Mes amis, ma famille et mes patrons m'ont offert un coup de main lorsque ma première maison s'est effondrée en 1985.J'ai tout perdu et j'ai même failli y laisser ma peau ».Leni vit dans cette favela depuis plus de 20 ans.Elle en sort trois jours par semaine pour remplir son rôle de bonne dans une famille de Copacabana.Le reste du temps elle fait des ménages en ville.Quand elle en a les moyens, elle se rend voir sa mère dans son village nu.
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