La presse, 25 novembre 1998, B. Élections 98
[" B Montréal, mercredi 25 novembre 1998 La Presse EDITORIAL / OPINIONS / MONDE Nous ovons plusieurs voilures 98 à prix avantageux \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Taux d'intérêt à 2,9%-3,9% 4,9% -A/rh^-¦- SWTTI 2697070-D 4330, rue Jarry Est / (514) 725-9394 279 339 votants par anticipation MARIE-CLAUDE MALBOEUF Selon le Directeur général des élections, 5,39% des électeurs inscrits sur la liste électorale avant la révision spéciale ont voté par anticipation les 22 et 23 novembre derniers, soit 279 339 personnes.Ce taux de participation \u2014 plus élevé qu'aux élections de 1994 mais moins élevé qu'au référendum de 1995 \u2014 ne tient pas compte du vote des électeurs se trouvant en dehors du Québec, qui ont jusqu'à 20h le 30 novembre pour envoyer leur bulletin.C'est dans le comté de Bertrand ( Laurentides ) qu'on a le plus voté par anticipation, avec un taux de 8,30%.À l'inverse, les votes hâtifs se sont fait rares dans Ungava, où seulement 2,8% des électeurs se sont déjà manifestés.En 1994, moins de Québécois avaient exprimé leur choix avant le jour du scrutin.C'était le cas de 230 189 électeurs ( 4,74% des personnes inscrites sur la liste ).En 1995, ils étaient 320 115 à s'y prendre d'avance ( 6,36% ).Seuls les membres du personnel électoral, les handicapés et les personnes susceptibles d'avoir des difficultés à se présenter dans leur section de vote le jour du scrutin, de même que les détenus, étaient admis à voter par anticipation.Le dépouillement de tous les votes, par anticipation ou non, se fera aussi ce jour-là.Bouchard refuse de garantir à tous les KATIA GAGN0N appauvrissement zéro Le premier ministre Bouchard a refusé hier d'accéder à la principale demande que lui avait soumise la Fédération des femmes du Québec, soit d'étendre la clause d'appauvrissement zéro à tous les prestataires de l'aide sociale.Depuis le dernier sommet socio-économique, le revenu des bénéficiaires de l'aide sociale qui sont inaptes au travail est protégé par une telle clause.La présidente de la FFQ, Françoise David, a demandé hier au premier ministre Bouchard de s'engager, s'il est élu, à étendre la même protection à tous les prestataires, aptes ou non au travail.Mais elle a essuyé un refus net.« Curieusement, M.Bouchard nous dit qu'il a encore 1,2 milliard à aller chercher, il nous dit qu'il n'a pas l'intention de couper dans les services sociaux, mais en même temps il refuse de s'engager à ce que plus personne à la sécurité du revenu ne subisse de coupures.C'est non.Ça c'est absolument incompréhensible.Il y a vraiment un problème », s'est insurgée Mme David à sa sortie de la rencontre.PHOTOPC Lucien Bouchard « Nous disons à ces personnes que nous n'allons prendre aucune mesure qui diminuerait leur niveau d'aide.Les barèmes ne sont pas touchés », réplique le premier ministre, qui refuse toutefois de couler cet engagement dans le béton en étendant formellement la clause d'appauvrissement zéro.« Il n'y a pas un gouvernement au monde qui a fait ça.On est les seuls à avoir contracté une clause d'appauvrissement zéro pour les personnes les plus démunies, mais on ne peut pas l'étendre à tous ceux qui sont sur l'aide sociale.Qui nous dit que dans trois ans, il n'y aura pas un programme qui va opérer certains transferts ?On ne veut pas figer le gouvernement dans l'immobilisme total des programmes qui existent.Il faut qu'on soit en évolution », explique-t-il.La Fédération des femmes du Québec ne donnera son appui à aucun parti durant cette campagne électorale, a indiqué Françoise David, qui porte un jugement mitigé tant sur les quatre années de gouvernement péquiste que sur les engagements libéraux.« Il y a eu certaines avancées mais il y a eu de tels reculs au niveau de la pauvreté, et c'est ce qu'on répète inlassablement, qu'on ne peut pas dire que le gouvernement Bouchard, c'est la social-démocratie en action.Nous ne pouvons pas faire abstraction des quatre années d'exercice du gouvernement péquiste.Mais on ne sait même pas encore ce que le Parti libéral a à nous offrir », lance-t-elle.La journée d'hier se déroulait décidément sous le signe de la social-démocratie pour le premier ministre puisqu'à son arrivée à la chambre de commerce de Laval, où il devait prononcer un discours, quelques dizaines de manifestants l'attendaient pour protester contre les compressions effectuées dans le système d'aide juridique.Réduction de personnel, hausse des barèmes d'admissibilité : le bilan du gouvernement Bouchard en matière d'aide juridique est loin d'être reluisant, disaient les avocats-manifestants, qui soulignaient que les travailleurs au salaire minimum et une bonne partie de la population âgée étaient désormais exclus du système public d'aide juridique.« C'est le premier dossier que je vais prendre et dont je vais m'occu-per dans le détail », promet le ministre de la Justice Serge Ménard, si bien sûr il est réélu et conserve son portefeuille.Il admet que certains barèmes devront être révisés, comme ceux qui s'appliquent aux gens âgés, mais il ne trouve pas anormal qu'un travailleur au salaire minimum ne bénéficie pas de l'aide juridique.« Nous sommes encore la province qui a l'accessibilité la plus large », dit-il.Ce dernier croit cependant que l'aide juridique « doit participer aux efforts budgétaires du gouvernement, ce qu'elle n'a pas été capable de faire » au cours des dernières années.« Le nombre de litiges devant les tribunaux diminue.Cela devrait signifier, un moment donné, moins de travail pour les avocats », plaide-t-il, rappelant que le vérificateur général accusait l'aide juridique de « beaucoup de laxisme ».Dumont propose de former une opposition « constructiv PHOTOPC Hier, à l'Assomption, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a visité une usine d'échafaudages.MARIO FONTAINE L'Action démocratique serait une opposition beaucoup plus construc-tive que le Parti libéral à l'Assemblée nationale.Il ne suffit pas de dire noir à chaque fois que le gouvernement dit blanc pour être utile au Parlement, il faut proposer des choses, défendre des dossiers, soutient le chef de l'ADQ, Mario Dumont.Puisqu'un Parlement comprend aussi une opposition, autant prendre celle qui travaillera à régler des problèmes au lieu de seulement critiquer, fera valoir M.Dumont durant les derniers jours de la campagne électorale.Il en sera abondamment question dans sa dernière tournée des « comtés chauds », où la formation croit avoir des chances de faire élire un candidat.Trois ingrédients sont nécessaires pour former une opposition constructive, déclarait hier M.Dumont : une approche, justement, constructive, comme celle privilégiée dit-il par son parti, qui a déposé six projets de loi au cours des quatre dernières années.Il accuse les libéraux de s'en tenir à un rôle d'opposition traditionnelle, supposant systématiquement au gouvernement par simple habitude, « ce qui ne donne pas grand-chose ».Des idées neuves et différentes de celles du gouvernement sont aussi nécessaires, poursuit le leader adéquiste.« C'est là que le Parti libéral est le plus faible.Sur les garderies, sur la dette, sur la gestion du gouvernement, sur les nominations partisanes, sur la démocratie, ils ont exactement la même politique que le PQ.Ils n'amènent rien de neuf.» Enfin, il faut une équipe parlementaire capable de porter ces idées à l'Assemblée nationale, et Mario Dumont tentera de convaincre les électeurs d'élire un maximum de députés adéquistes.Les anglophones seront particulièrement visés en cette fin de course : ils ont le PQ en horreur et les libé* raux les prennent pour acquis.L'Action démocratique peut être la voix de ces oubliés, croit son chef.Aux yeux de Mario Dumont, « ce qui a probablement le plus dé- .truit la campagne des libéraux, c'est l'évidence que ce qu'ils avancent ; pour reprendre notre slogan, c'est pas du vrai.En santé, par exemple, ils ont eu l'air de profiter d'une situation en ne proposant rien de mieux.Ça a été du chialage, rien de constructif ».Cela dit, le Parti québécois ne trouve pas plus grâce à ses yeux.Par exemple sur la réforme des institutions parlementaires, où il accuse libéraux et péquistes d'im- mobilisme, parce que le système actuel les sert.L'Action démocratique veut modifier les règles, par exemple pour* comptabiliser comme dépense électorale le salaire accordé aux .« agents de liaison » théoriquement à l'emploi d'un ministère mais dans les faits « prêtés » pour* des périodes plus ou moins longues aux partis.L'ADQ proposé*réussi de revoir le processus de nomination des dirigeants'd'organismes d'État, de façon à ce que la compétence soit l'unique critère, et non les intérêts partisans.Et elle entend aussi mettre en place un processus de rappel des députés qui ne s'acquittent pas correctement de leurs tâches.Il ne faut pas compter sur le Parti québécois ni sur le Parti libéral pour redonner aux citoyens un pouvoir réel'sur teùrs institutions, soutient Mario Dumont; «Tant qu'à gaspiller un vote pour des partis qui sont du pareil au même, ce serait un bon investissement de le donner à l'ADQ », d'expliquer M.Dumont en tournée dans L'Assomption.Enfin, lui qui exige un moratoire sur la tenue d'un nouveau référendum sur l'avenir constitutionnel du Québec verrait en revanche d'un bon oeil la tenue de référendums d'initiative populaire, comme on en voit en Suisse ou dans certains États américains.Les libéraux amèneraient Loto-Québec à contribuer aux arts SUZANNE C0LPR0N Mandaté par son chef, Jean Cha-rest, pour parler de politique culturelle, François Macerola a soutenu hier que Loto-Québec passerait à la caisse sous un régime libéral.« Je pense que Loto-Québec devrait avoir un rôle à jouer dans le financement des arts au Québec », a-t-il fait valoir, devant une poignée de journalistes réunis dans un restaurant de Montréal.Candidat vedette parachuté dans Vimont, où le ministre sortant David Cliché s'est fait élire en 1994 avec une très faible majorité de 84 voix, M.Macerola prône la création de partenariats entre le public et le privé dans le domaine culturel.S'il est élu au sein d'un gouver- nement libéral, il élaborera aussi une politique de développement et de diffusion internationale des artistes québécois et se montrera plus agressif sur la scène fédérale.\u2014 Plus agressif ?\u2014 Le Québec doit être roi et maître de sa culture tout en collaborant avec le gouvernement fédéral dans une attitude d'ouverture et de revendication.\u2014 Des exemples ?\u2014 Le meilleur exemple, c'est le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes ), qui décide des services spécialisés accessibles sur les ondes.Rien n'empêche qu'on s'assoie avec les conseillers pour adopter un protocole d'entente.Le CRTC devrait avoir l'obligation de nous consulter avant de prendre une décision.En fait, M.Macerola s'attaquerait à toutes les institutions fédérales, à commencer par le CRTC, Radio-Canada, l'ONF et Téléfilm Canada.Des institutions qu'il connaît bien puisqu'il occupait jusqu'à tout récemment îe poste de président de Téléfilm et qu'il a déjà dirigé l'ONF.« On pourrait jouer un rôle plus agressif pour que les programmes fédéraux répondent mieux aux objectifs culturels du Québec, a-t-il indiqué.Il n'est pas question de faire une guerre culturelle entre Ottawa et Québec mais de s'assurer que les besoins soient mieux respectes de part et d'autre.» La SODEC ( Société de développement des entreprises culturelles ) devrait aussi, selon M.Macerola, faire part des priorités du gouvernement du Québec en matière culturelle aux membres du conseil d'administration du Fonds canadien de télévision, « pour avoir des programmes plus adaptés aux besoins des utilisateurs et des créateurs ».Cela dit, le candidat libéral reconnaît le travail accompli par le gouvernement péquiste.« Le bilan est bon, c'est pourquoi on veut protéger les acquis, a-t-il affirmé.Ce n'est pas un gouvernement qui a sabré dans le domaine culturel.» Son principal reproche ?La diffusion des produits culturels québécois à l'étranger.M.Macerola estime qu'on a négligé l'Asie et le Canada anglais au profit de la France, pour des considérations strictement politiques.« Ce qui serait important, c'est de définir nos besoins en fonction de nos produits, a-t-il expliqué.Actuellement, on met tous nos oeufs dans le même panier.» Et ce panier, c'est le panier parisien.« Il faut savoir, a-t-il ajouté, que le cinéma québécois se vend mieux en Allemagne qu'à Paris.C'est là qu'un film comme Un Zoo la nuit a remporté le plus d'argent.Si j'avais une piastre à dépenser pour une semaine du cinéma québécois, je n'irais pas à Paris.J'irais en Asie, soit en Chine et au Japon, parce que les Asiatiques sont ouverts à notre réalité culturelle, qu'ils trouvent fondamentalement exotique.» Enfin, M.Macerola assurerait un financement stable et à long terme à la culture et créerait de nouveaux programmes pour les créateurs./ \u2022Kl y?:* ER UN SAC DE COUCHAGE UN GESTE CHALEUREUX.- \u2014 VI y ïflïT! I !l Z VOS SACS DE COUCHAGE NEUFS OU US CHEZ CANADIAN TIRE. B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, MERCREDI 25 NOVEMBRE 1998 Editorial André Desmarais président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef À l'ombre du déficit zéro e thème de l'élimination du déficit n'aura pas suscité de débats animés, car cet objectif fait l'objet d'un consensus entre les deux principaux partis et surtout parce que, dans l'esprit des citoyens, l'atteinte du déficit zéro est pratiquement chose faite.Mais il n'en reste pas moins que l'assainissement des finances publiques, même si on en parle peu, aura eu un impact déterminant sur le déroulement et sur l'issue de ces élections.¦¦¦i iniiiiiiwiiiiiii Si Jean Charest, malgré tous ses efforts, n'a pas égratigné le taux de popularité élevé du gouvernement Bouchard, qui se situe autour de 54 %, c'est essentiellement parce que le gouvernement péquiste a réussi une opération convaincante de redressement des finances publiques.Le cas du Québec n'est pas unique.Au Canada, les autres gouvernements qui se sont attaqués au déficit ont, en général, marqué des points auprès de l'électoral.C'est arrivé à Jean Chrétien, à Frank McKenna, à Ralph Klein.Les citoyens, même irrités par les compressions budgétaires, savent bien que les gouvernements n'ont pas le choix.Ce jugement des électeurs est largement fondé, même s'il est important d'apporter certaines nuances.Entre autres, il est faux d'affirmer que le règne libéral a été marqué par le laxisme.Les libéraux, sous Robert Bourassa, avaient amorcé une politique de rigueur fort efficace qui leur a presque permis d'éliminer le déficit, qui est passé à 1,7 milliard, en 1988 et en 1989.Mais ces efforts ont été anéantis par la récession de 1990.L'erreur des libéraux, ce fut de ne pas reprendre cette bataille quand l'économie l'a de nouveau permis.C'est en 1994 que le gouvernement libéral, dirigé par Daniel Johnson, aurait pu reprendre la lutte contre le déficit, mais il n'a pas osé à la veille des élections.Le résultat ne fut pas aussi désastreux que le déficit de six milliards dont le PQ accuse le gouvernement libéral, ce qui constitue un gonflage partisan.Mais les libéraux ont perdu au moins un an dans la lutte contre le déficit.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca À ce retard libéral s'est ajoutée une autre année perdue, celle-là par le premier ministre Jacques Parizeau qui, en 1995, a sacrifié la rigueur à son objectif référendaire et proposé un budget dont la partisanerie fut une honte.Autrement dit, quand Lucien Bouchard est devenu premier ministre, au début de 1996, le Québec avait perdu deux précieuses années.Ce retard a coûté cher, pour deux raisons.D'abord, il a forcé le gouvernement à arriver au déficit zéro de façon accélérée et donc brutale.Ensuite, les compressions québécoises, en retard sur celles des autres provinces, sont arrivées en même temps que les coupes d'Ottawa.Et c'est ainsi que les mesures fédérales ont fait plus mal ici qu'ailleurs.Cela étant dit, le gouvernement péquiste a proposé un plan de match qu'il a respecté scrupuleusement, prévoyant que le déficit passerait de 4,2 milliards à zéro en quatre ans.Un effort qui se terminera formellement au terme de l'année 1999-2000.Pour atteindre ces objectifs, Québec n'a pas hésité à poser des gestes que personne n'avait osé évoquer, comme réduire les dépenses en santé.En outre, grâce en partie à l'opération de relations publiques des sommets, la lutte contre le déficit a joui d'un certain consensus et n'a pas provoqué de crise sociale comme ce fut le cas en Ontario.Disons-le, ce bilan constitue un succès personnel pour Lucien Bouchard.C'est Lucien Bouchard, avant de devenir premier ministre, au moment où il acceptait de briguer la succesion de Jacques Parizeau, qui, dans un discours à Laval, a annoncé ce virage en faisant une priorité du redressement des finances publiques.Et tout au long de son mandat, Lucien Bouchard n'a jamais flanché ou changé de cap, malgré les pressions.On peut critiquer sans fin la façon dont le ministre des Finances, Bernard Landry, a réussi à respecter ses objectifs.Il est vrai que les compressions ont parfois été inhumaines.Mais c'est le cas pour tous les gouvernements.Il est vrai que le ministre a eu recours à certaines dissimulations, mais c'est le modus operandi de tous les ministres des Finances : au Québec, on a refilé une partie du déficit aux hôpitaux ou aux universités, à Ottawa, ce fut la caisse de l'assurance-emploi.Il est vrai que Québec a pelleté son déficit vers les municipalités, mais Ottawa a fait pareil avec les provinces.Il est enfin vrai qu'il y a eu des taxes cachées, comme à Ottawa.Ces critiques permettent de re- lativiser la portée du succès et de rappeler que la tâche est loin d'être terminée.Mais elles ne doivent pas faire oublier le travail énorme qui a été accompli.Cela étant dit, il y un aspect du bilan péquiste dans la lutte contre le déficit qui préoccupe davantage.Et c'est la grande fragilité des succès obtenus.D'une part, n'oublions pas que le déficit zéro n'est pas atteint et qu'il reste plus d'un an d'efforts avant d'y parvenir, au moment où l'économie amorce un ralentissement.Mais surtout, il faut noter, avec inquiétude, que le travail de redressement a été plus ardu ici qu'ailleurs.À Ottawa ou à Queen's Park, la lutte contre le déficit a été facilitée par des rentrées fiscales impressionnantes, qui ont déjoué les prévisions et rendu la tâche facile : Ottawa nage dans les surplus et l'Ontario annonçait, ce mois-ci, que le déficit zéro sera atteint un an plus tôt que prévu.Rien de tel à Québec où l'argent ne rentre pas.Cela met en relief un problème de fond, lié à la faible croissance économique québécoise, qui rend la victoire contre le déficit fort précaire.I Même si Jean Charest avait réussi à exploiter avec succès ces points faibles, ce qui ne fut pas le cas, sa tâche n'aurait pas été facile.M.Charest pouvait difficilement dénoncer le principe général du déficit zéro avec lequel il est d'accord.Il ne pouvait pas critiquer trop durement le bilan péquiste à ce chapitre sans attirer l'attention sur la performance libérale.Il était donc réduit à insister sur les effets pervers des compressions, par exemple leur impact sur la santé.Mais cette stratégie du cas par cas n'a pas porté, parce que les électeurs, plutôt que de s'indigner des coupes, ont plutôt salué le courage du gouvernement qui les a imposées.Non seulement les libéraux pouvaient-ils difficilement critiquer le gouvernement sortant, mais ils ont également eu du mal à convaincre les électeurs qu'ils pourraient offrir une alternative désirable, notamment parce qu'on n'arrive pas à savoir qui, dans l'équipe libérale, ferait un ministre des Finances convaincant.C'est là un sérieux problème.Paradoxalement, c'est donc la lutte contre le déficit zéro qui amène bien des citoyens à qualifier l'équipe sortante de bon gouvernement.Et c'est cette politique, a priori impopulaire, qui explique pourquoi bien des électeurs sont prêts à reporter le PQ au pouvoir même s'ils ne partagent pas son projet souverainiste.Pierre Gravel pgravel@lapressexa Tout un défi ! res retrouvailles, ces jours derniers à Montréal, d'une mère et de ses trois enfants qui lui avaient été enlevés, il y a dix ans, ont démontré que la moins mauvaise solution à un problème de ce genre peut comporter des aspects négatifs presque aussi graves que la crise qu'elle est sensée régler.En théorie, c'est pourtant une excellente nouvelle : cette mère pourra enfin donner à ses enfants toute l'affection qu'elle leur porte et qu'elle n'a pas eu souvent l'occasion de leur témoigner depuis leur naissance.Ces derniers, deux filles de 15 et 13 ans et leur frère de 11 ans, ont été kidnappés, à trois reprises, par leur père d'origine pakistanaise qui, malgré un ordre du tribunal les confiant à leur mère, les a amenés vivre avec lui au Pakistan et dans les Émirats arabes unis.Devant le récit des efforts incessants de la mère pour arriver à reconstituer une famille à peu près normale avec ses enfants et son nouveau conjoint, on serait spontanément enclin à se réjouir en pensant que tout est bien qui finit bien.Sauf qu'il n'est pas certain \u2014 au contraire si on en juge par leur désarroi évident au moment de leur arrivée \u2014 que les premiers intéressés, les enfants, soient très contents de ce dénouement.Surtout que ces derniers, a-t-on appris, croyaient n'avoir été amenés à Montréal que pour quelques semaines afin d'y retrouver leur père emprisonné depuis trois mois pour avoir désobéi à un ordre de la cour en s'occupant d'eux depuis dix ans.On imagine sans mal la méfiance voire la résistance de ces enfants face à une femme qui, dans l'immédiat, est encore pour eux une parfaite étrangère et cette brutale immersion dans un univers familial, culturel, linguistique et religieux qui leur paraît à des années-lumière de ce qu'ils ont toujours connu.Il est possible qu'à long terme ils en viennent à penser qu'ils ont gagné au change en bénéficiant de l'éducation fort différente qui les attend ici.Et que, de toute façon, il pourront plus tard choisir entre ces deux cultures en pleine connaissance de cause.Mais d'ici là, il faudra des prodiges de patience, de tendresse, de compréhension et de tolérance pour éviter que ce qui devait être une solution devienne un problème psychologique encore plus dommageable pour des enfants qui auraient l'impression de n'être que le trophée de la victoire dans une guerre entre deux adultes.Faudrait-il pour autant remettre en question la sagesse de cet ordre de la cour confiant la garde des enfants à leur mère ?Ou la pertinence de l'appliquer aujourd'hui en pensant que, le contexte et les circonstances ayant changé, le bonheur de ces derniers requiert peut-être qu'on ne tienne plus compte de cette décision initiale d'un juge?Et du même souffle envoyer à tous les pères révoltés par une décision semblable le message qu'ils n'ont qu'à s'enfuir avec leur enfant et à le garder caché assez longtemps pour finir par avoir raison ?Evidemment pas.Mais il serait par ailleurs trop simple de fermer le dossier en se disant que, même si on y a mis le temps, justice est faite.Si c'est l'intérêt des enfants qui a prévalu, il y a dix ans, le même critère justifierait qu'on suive de près l'évolution de ce dossier.Et qu'on s'assure que la mère et les enfants disposent de tout le support possible \u2014 sur le plan psychologique, culturel ou même religieux \u2014 pour relever le difficile défi qui se présente à eux.* 1 DKorrsKLst:KVj:s srrge.chapleauCplapresse.ca LA BOÎTE AUX LETTRES Propos mensongers ¦ Je suis vraiment scandalisée quand j'entends Jean Charest dire qu'« avec le Parti libéral, le malade ne souffrira plus ».Il me semble que, par définition, un malade c'est quelqu'un qui souffre.Ce qui me choque le plus, c'est cette démagogie qui ne sert qu'à effrayer particulièrement les personnes âgées ou vulnérables.Des histoires d'horreur dans les hôpitaux, il y en a eu de tout-temps.Récemment, ma mère de 90 ans souffrant d'une fracture d'une vertèbre a fait un séjour de cinq semaines au Centre Jacques-Viger, de Montréal.J'ai été auprès d'elle tous les jours à l'occasion des repas, des traitements de physiothérapie, des rencontres avec la travailleuse sociale, la diététicienne, etc.: c'est un endroit agréable et chaleureux, où on retrouve des professionnels efficaces et sympathiques, et où on sert des repas dans l'ensemble fort acceptables.Ma mère a reçu avant de quitter l'hôpital des renseignements et des conseils de toutes sortes, utiles pour le retour à la maison.Et, contrairement aux idées reçues, on a insisté pour la garder une semaine de plus afin qu'elle soit en mesure de retrouver son autonomie de retour chez elle.J'ai été épatée par les bons soins dont ma mère a bénéficié.Il est mensonger de dire que tout est à l'envers et terrible dans les hôpitaux.Il faut arrêter d'énerver le monde.Monique MICHAUD Montréal I Manque de nuances M.Pierre Gravel, m On peut bien discuter de la pertinence de la présence de Mario Dumont lors du débat des chefs ( La Presse, 20 novembre ), mais franchement, mettre l'ADQ au même niveau que le Parti de la loi naturelle.Vos propos manquent drôlement de nuances et de subtilité ! Luc BEAUCHEMIN Chicoutimi Les vrais enjeux ¦ Comme chacun le sait, la campagne électorale qui fait présentement la manchette des journaux fera prendre un tournant historique au Québec.Le 30 novembre prochain, les électeurs québécois ne voteront pas uniquement pour les Charest, Dumont et Bouchard, ils voteront surtout pour la souveraineté ou pour le fédéralisme.Pour leur vision de ce que devrait être le Québec et le Canada.L'élection, telle que je la vois, est une élection référendaire.Elle constitue même, dans le contexte actuel, la seule condition gagnante que le gouvernement Bouchard attend pour déclencher son prochain référendum.Bouchard est un visionnaire et un bien-pensant, un homme qui croit savoir ce dont les Québécois ont besoin.C'est justement là qu'il devient dangereux.Les solutions extrémistes ne sont jamais celles qui devraient être privilégiées puisqu'elles servent souvent à faire naître un dialogue de sourds.De plus, l'idée d'un référendum gagnant à 50 % + 1, bien que légale, est impossible à défendre politiquement.Et tenter de la réaliser à tout prix « pourrait » éventuellement mener à un semblant de guerre civile.C'est de cela que j'ai peur, alors que j'écris cette lettre.L'idée d'une condition gagnante, c'est un grand coup de marketing qui consiste à faire entrer le Québec souverain dans le prochain millénaire.Un grand coup qui consiste à offrir un pays aux Québécois, le jour de Noël 1999.Une obsession, qui a déjà été battue deux fois, et qui envoie le mauvais message à nos voisins et à nos investisseurs potentiels.Si les Québécois élisaient un gouvernement péquiste lundi prochain, ils ne feront rien de moins que de dire un OUI catégorique à la stratégie de Lucien Bouchard, et un NON tout aussi ferme à tous ceux qui croient encore que le Canada est le plus beau pays au monde.Je suis un Québécois pure laine, mais je suis également un Canadien de coeur, et je suis épuisé d'avoir à faire le choix de qui, entre le Québec et le Canada, je me sens le plus fier.Il faut arrêter de faire dévier le sujet de la présente campagne, d'analyser les moindres détails du débat des chefs et de dire qui est le plus charismatique.Il faut surtout regarder notre avenir en pleine face et choisir si oui ou non, nous voulons d'un troisième référendum.Qu'il soit gagnant ou perdant.X, Sébastien CÔTÉ Sherbrooke LA PRESSE, MONTRÉAL, MERCREDI 25 NOVEMBRE 1998 B 3 Opinions Année Nombre d'articles dans La Presse mentionnant le mot «souveraineté» Part québécoise de l'investissement privé au Canada 1985\t37-_\t20,2 1986 1Qft7\t25\u2014__ An__\t21,7 i yo# 1988\t4U- 225\u2014__\t22,2 1989\t284-\t\u2022 \"^^-^ 23,1 1990\t949\t^ 24,3 1991\t1214\t20,4 1992\t1060\t19,6 1993\t287\t18,8 1994\t1258\u2014\u2014_\t18,4 1995\t1916-\t'\u2014^ 17,0 1996\t779-\t-17,8 1997\t693\t\u2014^ 16,9 Infographie La Presse Des milliards perdus Jean Char est a bien raison d'affirmer que l'hypothèque référendaire fait perdre des milliards en investissements privés Le texte qui suit est cosigné par Bernard Amyot, Sébastien Gignac, Robert Greetthill, Christian Leblanc, Clemens Mayr, Blake Sutheriand et Maxime Trottier.Les auteurs s'expriment au nom du Groupe des Cent.Fondé en 1995, le Groupe des Cent est formé de jeunes entrepreneurs, professionnels et universitaires québécois.L'affirmation de Jean Cha-rest selon laquelle un gouvernement libéral attirerait des investissements additionnels de 17 milliards au Québec par l'élimination de T« hypothèque référendaire » a certes été l'une des déclarations les plus controversées de la présente campagne électorale.Cet objectif serait atteint, selon Jean Charest, en augmentant de 2 % la part du Québec dans les investissements du secteur privé au Canada, à savoir de 17 % à 19 %.Le Groupe des Cent est un regroupement de jeunes entrepreneurs, professionnels et universitaires québécois qui croient que le projet de souveraineté prôné par le Parti québécois est désuet et inutile \u2014 une obsession détachée de la réalité du Québec contemporain.De même, nous croyons fermement aux arguments factuels et concrets.Nous nous sommes donc penchés sur ces affirmations de Jean Charest afin de déterminer si elles étaient bien fondées.Aux fins de notre analyse, nous avons divisé les 20 dernières années ( 1978-1997) en deux périodes identiques de 10 ans.La première période regroupe les années où l'économie du Québec aurait pu être affectée par la préparation ou les conséquences d'un référendum sur la souveraineté.Ainsi, nous avons isolé les années où il y eut un référendum ( 1980 et 1995 ) ainsi que les deux années précédant et suivant chacune de ces dernières \u2014 donc un total de 10 années.Nous avons par la suite comparé la part du Québec dans les investissements du secteur privé au Canada durant ces
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