La presse, 6 mars 1999, B. Plus
[" B Montréal, samedi 6 mars 1999 Plus La Presse EDITORIAL / OPINIONS / PETITES ANNONCES Universités Un dossier sur l'autre urgence du secteur public pages B8 et B9 H par mots | Ircmpwi ci I préparation j A VOIR CHIZ : FORESTER L 99 M* __n,M-\u2014 S COTTI 3445$ comptant ou échongo équiv.48 mois \u2022 20 000 km annuel, kilomôtro excédentaire 8C SUBARU 4330, me tory Est / (514) 725-9394 De maternelles.à impitoyables La perception qu'ont les gens des femmes au travail oscille entre deux stéréotypes Marie-Claude Malboeuf ^ \"'^^ n a commencé J J f \\ une série qui W B m s'appelle His- KB jB toire de filles.5^ W Eh bien ! ^^^^^ chaque entrevue, on se fait demander la même chose : ' Oui, mais c'est pas trop dur de travailler juste des femmes ensemble.' en voulant dire ' Vous pognez-vous aux cheveux ?vous arrachez-vous les boucles d'oreilles ?' Cou'donc ! On ne demanderait jamais ça à une distribution de gars ! C'est encore tellement ancré que les filles sont juste une gang de bitchs envieuses les unes des autres.» Guy lai ne Tremblay est encore éberluée par les questions qu'on lui pose sur sa nouvelle émission.La comédienne de 38 ans, qui parle de son boulot comme d'un « bonheur total », ne pensait pas qu'on avait le stéréotype aussi tenace.Révolution féministe ou pas, les clichés du genre demeurent pourtant répandus, à en croire un sondage SOM commandé par La Presse pour souligner la dernière Journée internationale des femmes avant l'an 2000 ( le 8 mars ).Oui, environ la moitié des répondants jurent que travailler avec des hommes ou des femmes, c'est du pareil au même ( un progrès notable ).Mais presque tous les autres sont massivement favorables aux hommes.qui à leurs yeux, font de meilleurs patrons ( c'est l'opinion de 31 % des gens), de meilleurs conseillers ( 28 % ), et surtout, de meilleurs collègues de travail ( 38 % ).Maman aux commandes Détail croustillant : ce sont les femmes qui lèvent le nez le plus haut sur leur propre sexe.Une sur deux décrète qu'il est « plus fa- PHOTO PIERRE McCANN.La Presse O La comédienne Guylaine Tremblay dit avoir vécu certaines de ses plus belles expériences à travailler entre femmes.cile » de travailler avec les hommes.Moins macho \u2014 ou plus politi-ùilly correct \u2014, seulement un homme sur quatre ( 28 % ) affiche la même partialité.Et ceux qui voient une différence sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à préférer la compagnie féminine ( 23 % contre 13 % ).Quand on demande aux femmes de se choisir un patron, c'est la même histoire.Elles aiment mieux être dirigées par un homme ( à 40 % ) que par une consoeur ( à 21 % ).Et là encore, ces messieurs sont bien plus rares à dire une chose pareille ( seulement 24 % tiennent au patron en pantalons ).Comment expliquer ce paradoxe ?Probablement parce qu'on choisit ce qu'on connaît déjà, s'en- tendent les experts.Reste que, dans les faits, les femmes interrogées sont plus de deux fois plus nombreuses à être déjà sous les ordres d'une patronne, alors que ce sont elles qui les prisent le moins.« Avec un homme, on sait à quoi s'attendre et on s'accommode, explique Francine Descarries, qui enseigne la sociologie du travail à l'Université du Québec à Montréal ( UQAM ).Mais on n'est pas habitué au mode de fonctionnement des femmes.« Quand une femme vient de s'acheter un nouveau manteau, par exemple, elle va avoir le réflexe de le montrer à sa secrétaire.Un gars ne ferait jamais ça.Mais le vrai problème survient quand, l'instant d'après, la patronne va devoir rede- venir autoritaire.Ça peut être plus déstabilisant que de se retrouver dans une situation toujours très hiérarchisée.» L'autorité du père La psychologue du travail Ginette Martin pousse l'analyse encore plus loin.« Traditionnellement, la femme protège, materne, dit-elle.C'est bien simple, on n'aime pas la voir exprimer de l'agressivité.Ça vient jouer dans nos valeurs reçues, parce que l'autorité, c'est le rôle du père.On va être beaucoup plus sensibles au ton de voix qu'utilisent les politiciennes, renchérit Mme Descarries.Les gens diront que c'est trop haut, trop fort, trop vite.» Sans compter que les femmes ne savent pas toujours comment s'y prendre, remarque encore Mme Martin.« Elles ne sont pas habituées de compétitionner ouvertement.Elles vont donc être plus subtiles, plus stratégiques, ce qui n'est pas du tout valorisé au travail.» Décourageant pour les femmes ?Pas tout à fait.Puisque malgré leurs réticences à l'égard des femmes patrons, les gens affirment que leur percée au sommet a un « impact positif ».Et cette fois, ce sont surtout les femmes qui le disent ( à 92 % contre 84 % des hommes ).De quoi les félicite-t-on ?Les femmes donnent plus d'encouragements ( pour 28 % de ceux qui les apprécient ), elles améliorent l'ambiance de travail ( 15 % ) et leur présence rend les gens plus polis, plus aimables ou bien plus ponctuels ( 27 % ).La comédienne Guylaine Tremblay le révèle d'ailleurs sans gêne : travailler avec d'autres femmes, c'est surtout « réconfortant ».« Les femmes comprennent tes joies et aussi tes frustrations, explique-t-elle.Si je me fais dire que je suis trop laide pour un rôle, il y en aura toujours une pour raconter qu'il lui est arrivé la même chose.Mais un gars qui fait un peu de bedaine, ça ne l'empêchera pas de jouer les séducteurs.» « Voyez ! On colle toujours au symbole de la femme mère, remarque Mme Martin.Ce sont toutes des valeurs liées aux relations humaines.» idyllique, toutefois.« À la limite, mon patron actuel qui a des enfants est plus compréhensif que mon ancienne patronne, qui n'en avait pas et était une vraie workaholic », assure ainsi Martin Côté, jeune directeur de comptes PME à la Banque Royale.Il n'y a pas si longtemps, cette remarque était typique.« Les premières femmes qui ont réussi ont peut-être été obligées de se montrer plus dures, avance la psychologue Olga Eizner-Favreau, qui donne un cours sur les différences sexuelles à l'Université de Montréal.J'ai moi-même observé chez certaines ce qu'on appelle le \" syndrome de la reine abeille \" : le fait de se sentir mieux que les autres et de se montrer très sévères.Comme si elles se disaient : \" Moi, j'ai travaillé très dur pour être où je suis et vous n'avez qu'à faire pareil.\" » Quoi qu'il en soit, Mme Eizner-Favreau se désole d'entendre que 13 % d'hommes voient toujours d'un mauvais oeil l'arrivée des femmes aux commandes ( une proportion qui grimpe à 22 % chez les plus fortunés ).« Ça confirme les recherches qui démontrent que l'ambiance n'est pas très accueillante pour les femmes cadres.La majorité des hora* mes ont beau être réceptifs, ceux qui ne le sont pas pèsent parfois assez lourd dans l'entreprise pour annuler cet effet positif.» Reste que les hommes et les femmes ont de plus en plus le réflexe de se voir de la même manière, constate avec satisfaction la sociologue Francine Descarries.Et la tendance s'accentue chez les plus jeunes et les plus scolarisés.« On en est rendu à tiquer parce que le tiers des gens préfèrent être dirigés par un homme.Mais à la plupart des questions, une personne sur deux dit que le sexe ne fait plus de différence, souligne-t-elle.N'oublions pas qu'il y a 30 ans, l'idée d'une femme patron était tellement exceptionnelle qu'on ne pensait même pas à poser la question ! Allez voir les vieux questionnaires de Statistique Canada ; ce qu'on demandait c'est « selon vous, les femmes devraient-elles intégrer le marché du travail.» Travailleuses acharnées Autres textes Le tableau n'est pas toujours en pages B4f B5f B6 et B7.Dur, dur d'être patronne MARIE-CLAUDE MALBOEUF M al aimées, les patronnes ?Elles pourraient bien être victimes d'un effet boomerang, croit Maria Phi-lippoussis, qui entreprend un doctorat sur les programmes d'accès à l'égalité au département de psychologie de l'Université de Montréal.« Quand une femme est cadre, les gens vont penser que son sexe est la principale raison de l'embauche.Ils vont systématiquement minimiser ses compétences réelles en oubliant la véritable règle, c'est-à-dire qu'à compétences égales, on prend la femme.» « II faut faire très attention à la façon de présenter ce genre de programmes, continue l'étudiante.Sinon, on nuit à tout le monde.Et la femme va se mettre à se poser des questions.Ça va affecter son sentiment d'efficacité personnelle et son estime de soi.» Reste que, cadres ou non, ies femmes pèsent toujours moins lourd dans la balance.Le sondage SOM-L.»-» I> , * v.wi â 1111 u i iiv.ui n^i s j AjVV/11 »-» v_ dard, approuvée par le bâtonnier, Me Jacques Fournies L'idée de base : marquer par un projet exceptionnel, à portée infor-mative et éducative, le 150e anniversaire du barreau.Après les heureux succès des trois séries de fascicules sur « Vos finances personnelles », de Michel Girard, « Bien vivre au quotidien », de Carole Thibaudeau, et « Guide 98 de la FI », de Michel Marois, une telle formule serait-elle appropriée pour présenter au citoyen, dans un langage accessible, par un contenu crédible, quels sont ses droits mais aussi ses obligations pour agir correctement et se défendre \u2014 si nécessaire \u2014 dans la société civilisée dans laquelle nous vivons ?Après quelques échanges ttm:.v,».a «|uinv.a uni VV.I- site de Montréal pour l'Université de Boston : « C'est presque indécent.Pour neuf mois, je fais l'équivalent de 230 000$ canadiens, comparativement à 67 000 $, plus 30 000 $ parce que j'étais directeur du département.» h J'ai tout fait pour rester à Montréal », affirme Perron, qui dit avoir rejeté plusieurs offres d'universités américaines auparavant.Mais l'offre de Boston était tout simplement irrésistible.On offrait même un poste temporaire à sa conjointe ! Certes, les universités québécoises ont trouvé le moyen de verser des primes à leurs meilleurs chercheurs, au-delà du salaire prévu à la convention.Mais les fonds consacrés à cela ont fondu avec les compressions.L'économiste Thomas Lemieux s'est vu offrir un salaire de 30 % Universités L'autre URGENCE d'anormal.Mais les universités on-tariennes ont pu percevoir 640 millions de plus que les québécoises en frais de scolarité, tandis que leurs fiducies et dotations leur ont fourni 240 millions de plus.Au total, les universités ontariennes ont donc des revenus d'un milliard 600 millions plus élevés que les établissements québécois.Certes, les universités du reste du Canada ont aussi connu leurs années sombres.La cure minceur que doivent s'imposer les universités québécoises ces années-ci, leurs consoeurs l'ont subie deux ou trois ans plus tôt.En Ontario, entre 1992 et 1997, les subventions provinciales par étudiant ont chuté de 26,5 %, comparativement à 22,8 % au Québec.« Les compressions budgétaires ont frappé durement il y a trois ou quatre ans en Ontario », explique la directrice du département de sciences économiques à l'Université de Toronto, Nancy Gallini.En conséquence, Mme Gai?Uni a vu cinq professeurs prendre une préretraite, et trois autres quitter pour les États-Unis ou l'Angleterre.Cependant, l'effet des compressions imposées par les autres gouvernements provinciaux a été en partie amorti par la hausse des frais de scolarité.Au Québec, les frais de scolarité ont doublé entre 1990 et 1992 \u2014 ce qui a permis aux établissements de faire un certain rattrapage.Mais depuis, et pour au moins quatre ans, promesse électorale du PQ oblige, ils sont gelés à 1668 $ par an.Le creux de la vague À «U of T» comme dans beaucoup d'autres universités canadiennes-anglaises, le pire est passé.L'an dernier, Mme Gallini a pu embaucher quatre nouveaux chercheurs, et elle est actuellement à la recherche de cinq autres profs.Au Québec, au contraire, on est en plein creux de la vague.À Trois-Rivières en janvier, l'administration a annoncé que, malgré les économies réalisées au cours des dernières années, l'UQTR se dirigeait vers un déficit de 9 millions dans deux ans.Un nouveau coup de barre sera donc nécessaire, qui affectera « sérieusement le niveau d'activités et de services disponibles.» À Laval, le recteur Tavenas a annoncé le mois dernier un train de mesures comportant des réductions de dépenses de 74 millions.Certes, le ministre de l'Éducation François Legault a promis l'injection de nouveaux fonds, et chacun s'attend à ce que le budget Landry apporte des bonnes nouvelles.Mais combien ?Pour combien de temps ?Pourquoi investir dans l'enseignement supérieur alors que les salles d'urgence sont débordées, que des malades attendent des mois pour des chirurgies ?Parce que, répondent les universitaires, dans les universités aussi il y a urgence.Le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, explique que l'UdeM a coupé 2,3 millions des 6,2 millions qu'elle consacrait au soutien interne de la recherche, un budget qu'elle utilisait pour attirer de jeunes chercheurs prometteurs ou pour donner un coup de pouce aux groupes de recherche en émergence.« Les 3,9 millions qu'il me reste, je les emprunte à la banque ! dit le recteur.Ça veut dire que, dans trois ou cinq ans, on va voir arriver les conséquences de ça.Parce que je n'aurai pas pu soutenir mes chercheurs, lorsqu'ils vont se présenter devant les grands conseils subventionnâmes, comme par hasard, ça va moins bien aller.» Lacroix parle d'une « bombe à retardement ».PHOTO PiERflE McCANN.LaPmsstO Thomas Lemieux et Nicole Fortin quittent l'UdeM pour UBC.supérieur par UBC.Montréal a égalé l'offre.Mais la décision de Lemieux et de sa femme Nicole a » ' i 1111 4-1-.C£C.IClllCllt a l'UdeM, reposait sur des facteurs plus lourds, semblables à ceux qu'évoquait le physicien Louis Taillefer.« Nous avons l'impression d'entrer dans un milieu très dynamique, explique Mme Fortin.Le directeur du département à UBC a l'intention d'en faire le leading de-partment in Canada.» Les ressources disponibles sont de toute évidence supérieures à Vancouver.Alors qu'à Montréal, les chercheurs doivent gratter les fonds de tiroir pour faire venir des conférenciers de l'extérieur, le département de UBC dispose d'un fonds de dotation de deux millions pour financer de tels séminaires.Et on prévoit l'embauche de cinq à dix nouveaux professeurs dans les cinq années qui viennent.À l'UdeM, au contraire, le département de science économique est en perte de vitesse.«« En 1993-1994, nous étions très forls, dit Nicole Fortin.Depuis le nombre de professeurs est tombé de 36 à 25.C'est certain que, quand il y a un tiers du département qui s'en va, ça affecte le milieu de travail.» Le « marché » mondial des chercheurs est en ébullition comme jamais.Les universités montréalaises sont d'ailleurs loin d'être les seules à perdre des professeurs.La très riche Université de Toronto a elle aussi vu quelques vedettes quitter pour les Etats-Unis.Même chose pour la University of British Co-lumbia.« La tendance pour les très bons chercheurs, c'est d'aller aux États-Unis, et même en Europe ou en Asie », rapporte l'économiste Paul Beaudry, de UBC, que l'Université de Montréal a tenté d'attirer l'an dernier.En vain.Beaudry estime que les universités canadiennes ne pourront concurrencer les grandes institutions du reste du monde si les ressources ne sont pas concentrées dans un nombre limité d'établissements.« C'est de la folie que toutes les universités soient des universités de recherche, selon lui.À Montréal, vous avez quatre universités qui se concurrencent pour tout.Au lieu d'avoir quatre départements d'économie moyens, il serait préférable d'avoir un département de pointe.» 4 i LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 6 MARS 1999 B9 Plus 1500 profs en moins Des experts ne sont pas remplacés ANDRÉ PRATTE Depuis 1994-95, le nombre de professeurs dans les universités québécoises s'est ratatiné de plus de 900.De 9000 professeurs réguliers, on est passé à à peine 8000, et ce nombre devrait tomber à 7500 à la fin de cette année.Cette attrition du corps professoral a des conséquences subtiles, mais néanmoins dramatiques.Moins de profs, c'est plus d'étudiants dans les classes, donc un encadrement moins serré et moins de travaux.Moins de profs, c'est aussi moins de recherche.Moins de recherche, c'est moins de d'ouvertures pour des étudiants de maîtrise et de doctorat.Moins de profs, nul doute, c'est une moins bonne université.Selon les dernières données disponibles, il y a en moyenne au Québec 20 étudiants pour un prof.Un prof pour 20 étudiants, c'est en gros le même rapport qu'en Ontario, où le nombre de professeurs a connu une forte baisse au début des années 1990.Au Québec cependant, ce rapport, à peu près stable depuis 15 ans, a certainement augmenté substantiellement au cours des deux dernières années, pour lesquelles nous ne disposons pas de statistiques.Dans toutes les universités et tous les départements, les témoignages à cet égard sont unanimes, le nombre d'étudiants dans les classes a augmenté, soit en raison de la chute du nombre de professeurs, soit parce que la clientèle a augmenté sans ajout de personnel enseignant.« Lorsque vous passez de 20 à 40 étudiants dans un laboratoire, le professeur ne peut pas consacrer autant de temps à chaque étudiant, souligne le professeur Daniel Bélanger, du département de chimie de l'UQAM.Ceux qui en souffrent, ce sont les étudiants moyens-faibles, ceux à qui il faudrait juste un coup de pouce.» « Les classes sont énormes, nous « Ceux qui en souffrent, ce sont les étudiants moyens-faibles, à qui il faudrait juste un coup de pouce.» sommes 150 à 200, déplore Stéphanie Tremblay, étudiante en psychologie à l'Université Laval.Ça me gêne de poser des questions devant tant d'étudiants.Et si on essaie de voir le prof à la pause, il y a beaucoup trop de monde ! » Le professeur Yves Rabeau, du département d'économie de l'UQAM, déplore qu'il ait aujourd'hui jusqu'à 40 étudiants dans certains cours de maîtrise, et une vingtaine dans des séminaiies : « On peut toujours dire que ça coûte moins cher d'avoir 40 étudiants, mais le contact direct entre le professeur et l'étudiant constitue une part importante de la transmission du savoir.Or, le contact étroit que j'avais dans le passé devient beaucoup moins fréquent.» Le fameux classement des universités américaines publié chaque année par le U.S.News & World Report semble donner raison au professeur Rabeau : les 25 universités publiques et privées qui se classent au sommet sont celles qui ont les rap-ports étudiants/ professeurs les plus faibles.Harvard est à 8 étudiants par professeur, tandis que les deux meilleurs établissements publics, l'Université de Californie à Berkeley et l'Université de Virginie, sont respectivement à 17 pour 1 et 13 pour 1.Chercheurs recherchés Au-delà de l'affaiblissement de l'encadrement des étudiants, la conséquence la plus grave de la diminution du nombre de professeurs, si elle se poursuit, c'est le ralentissement de la recherche.De 1984 à 1992-93, la recherche universitaire a connu une croissance absolument spectaculaire au Québec, les subventions et commandites passant, en dollars constants, de 170 millions à 360 millions.Depuis, ce montant a chuté à 310 millions.Cela est d'abord dû aux compressions dans les budgets des organismes subventionnaires, mais il est certain qu'à mesure que des professeurs partent à la retraite sans être remplacés, leurs créneaux Subventions aux universités du Québec Subvention du gouvernement du Québec ( en millions de $ ) 1625MS 1000 89-90 90-91 91-92 92-93 93-94 94-95 95-96 96-97 97-98 98-99 * I \\ Subvention par étudiant 9500$ 9000 8500 I-8000 7500 89-90 90-91 91-92 92-93 93-94 94-95 95-96 96-97 97-98 98-99 Infographie La Presse Photothèque La Presse V Il y a bientôt 10 ans, les étudiants avaient combattu en vain la hausse des droits de scolarité.Le PQ, alors dans l'opposition, avait épousé leur cause.Droits de scolarité dans certaines provinces canadiennes Québec Ontario ¦¦ Alberto Colombie-Britanique a Manitoba 4000 3500 1500 94-95 95-96 96-97 97-98 98-99 de recherche sont abandonnés.« À l'Université de Montréal, nous avons dû nous délester de 300 professeurs, dit le recteur Robert Lacroix.Ces professeurs qui partent ne sont plus là pour demander des subventions de recherche.Nous estimons que pour nous, la perte en subventions est de l'ordre de deux à trois millions.» Richard Marceau, directeur du département de génie électrique et informatique à l'École polytechnique, souligne qu'il y a quelques années, les 32 professeurs du département formaient 250 étudiants.Celte année, les 46 professeurs ( 50 % de plus ) ont dans leurs classes plus de 1400 étudiants (une augmentation de 600%).« Les professeurs font donc de moins en moins de recherche, le nombre de publications a chuté considérablement depuis cinq ans, parce que les profs ont trop à faire », affirme M.Marceau.Le bois mort Certains universitaires estiment toutefois que les compressions ont eu un effet bénéfique.« Les compressions ont permis de bouger le bois mort », soutient Jacques Cha-rest, professeur à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.Selon M.Char est, « dans chaque département d'une université, il y a un 25 % des professeurs qui ne bougent plus.» « Il y a certainement des départs qui n'ont pas eu beaucoup de conséquences, certaines personnes étaient fatiguées », concède Denis Bertrand, un chercheur de l'UQAM qui s'est penché sur la tâche des professeurs d'université.M.Bertrand ajoute cependant : « Bien des gens sont partis, n'ont pas été remplacés, et les cours qu'ils donnaient ont disparu.Ou bien on a remplacé une sommité internationale par un chargé de cours.» Moins d'encadrement, moins de recherche, des pans de spécialisation qui disparaissent.Et un phénomène encore plus insidieux, un corps professoral vieillissant.« Chez nous, la dernière embauche remonte à cinq ans, et il n'y a qu'un seul professeur de moins de m I PHOTO ANDRÉ FORGET.La Presse O Le professeur Daniel Bélanger, du département de chimie de l'UQAM : « Lorsque vous passez de 20 à 40 étudiants dans un laboratoire, le professeur ne peut pas consacrer autant de temps à chaque étudiant.» 40 ans, dit le politologue Richard Nadeau, de l'Université de Montréal.À l'université, il est très important de pouvoir redynamiser les départements par l'arrivée de plus jeunes.» Vive les vieux ! .Il y a quinze ans, plus de la moitié des professeurs d'université du Québec avaient moins de 45 ans; aujourd'hui, ces jeunes représentent seulement le tiers du corps professoral.Le politologue Yvan Rousseau est l'un des rares professeurs embauchés l'an dernier à l'Université du Québec à Trois-Rivières.« Je suis ce qu'on appelle un « jeune professeur' », rigole-t-il.M.Rousseau a 39 ans.Il lui a fallu attendre six ans après son doctorat pour obtenir un poste : « 80 personnes ont présenté leur candidature ! » C'est dire à quel point le marché des profs d'université est saturé.Certains jeunes, d'ailleurs, laissent tomber.Michel Lévesque, qui a complété un doctorat en histoire il y a deux ans, est de ceux-là.« C'était mon rêve, confie-t-il.Mais je vais avoir 40 ans, et il n'y a pas de poste en vue.» Lévesque travaille aujourd'hui comme recher-chiste à Télé-Québec.Le dégel, c'est niet ! Infographie UPmsse f ANDRÉ PRATTE Les universités ne le disent pas trop fort, de peur de froisser leurs étudiants.Mais elles sont convaincues depuis belle lurette qu'une des solutions à leurs problèmes financiers, récurrents, c'est une augmentation régulière des frais de scolarité.« Toutes les universités canadiennes ont subi des compressions, concède le principal de McGill, Bernard Shapiro.Mais elles ont pu augmenteras frais de scolarité à 3500 S !« En Ontario entre 1992 et 1997, Queen's Park a réduit de 544 millions ses subventions aux universités.Cependant, le gouvernement ontarien a aussi autorisé une augmentation des droits de scolarité qui a permis aux établissements de récolter 320 millions, une hausse de 48 % des revenus provenant des étudiants.Au Québec, alors que Claude Ryan était ministre de l'Éducation, les frais de scolarité ont augmenté pour la première fois en plus de vingt ans, passant en cinq ans de 547 $ ( plus un maximum de 100 $ de frais afférents ) à 1668 $.Ils sont gelés à ce niveau depuis, tandis que dans le reste du Canada, les droits sont d'au moins de 3000 $ par année.Si les droits de scolarité des universités québécoises avaient été indexés au coût de la vie depuis 1994, ils se situeraient aujourd'hui à environ 1790 $.Une dépense additionnelle de 100 $ pour les étudiants, des revenus supplémentaires de 20 millions pour les universités.Ce serait mieux que rien, mais à peine une goutte dans leur budget de fonctionnement de presque deux milliards.Les associations étudiantes, on le sait, se sont toujours vigoureusement opposées ( débrayages à l'appui ) à toute hausse des frais de scolarité.Elles invoquent le risque pour l'accessibilité à l'éducation, et font remarquer que les étudiants québécois sont de plus en plus endettés.En effet, l'endettement moyen d'un détenteur de baccalauréat est passé de 8000 $ en 1991-92 à plus de 11 000 $ cinq ans plus tard.Un étudiant de doctorat devra rembourser, à compter de sa diplomation.une dette moyenne de presque 17 000 $.Au début de la présente décennie, 47 % de la génération en âge de fréquenter l'université avait entrepris des études universitaires.Aujourd'hui, ce taux a fléchi à 45 %.Mais il est bien difficile d'attribuer cette baisse à l'augmentation des frais de scolarité, puisque le taux d'accès aux études collégiales a aussi faibli.Dans la mesure où la hausse des coûts a découragé des gens d'entreprendre des études universitaires, ce sont les études à temps partiel qui ont été touchées ( 25 000 étudiants de moins depuis 1992 ).Le nombre d'étudiants à temps complet n'a que très légèrement baissé depuis cinq ans.Sensible au poids politique des jeunes pour le PQ, le premier ministre Lucien Bouchard s'est engagé au cours de la dernière campagne électorale à maintenir le gel tout au cours de son mandat.Un engagement qu'il a réitéré avec force dans le discours inaugural mercredi dernier : « Nous résisterons aux pressions du marche nord-américain, nous résisterons aux pressions politiques du Canada anglais, nous résisterons aux pressions des lobbies et à celles de l'Opposition officielle ! » La grande majorité des jeunes que Ui Presse a rencontrés au hasard de ses visites des campus québécois partagent l'opinion de leurs représentants officiels.Certains nous ont fait part de leurs difficultés financières.« Quand c'est toi qui paie, c'est cher ! » lance une éludante en enseignement primaire à PUQTR, qui es- m V.M PHOTO AN0RE FOflûET, La Press* O « Le temps que je travaille, je ne peux pas le p\\ ser sur mes études », déplore Patrice D^enais, étudiant à l'UQAM.time qu'elle devra rembourser 15 000 S à la banque à la fin de ses études.« Il me reste 80 $ par mois dans mes poches pour faire autre chose qu'aller à l'école, évalue Patrice Da-genais, un étudiant de l'UQAM à qui le ministère a refusé une bourse.J'ai droit à un prêt de 3300 $, et pour le reste j'ai un emploi les fins de semaine.Mais le temps que je travaille, je ne peux pas le passer sur mes études.» « Je vis avec moins de 12 000 S par an, confie Matthieu d'Avignon, étudiant en histoire à l'Université Laval.Et à la fin de mes études, j'aurai 20 000 $ ou 25 000 $ de dettes.» « Deux miiie dollars de frais de scolarité par année, c'est beaucoup, et c'est sans compter les frais de photocopies », fait remarquer Caroline Martel, étudiante en science politique à l'Université de Montréal.Comme Caroline, de nombreux étudiants se sont plaints des frais qui s'ajoutent aux droits de scolarité, et qui augmentent d'année en année : recueils de photocopies, frais d'impression, stationnement, services de sports, et surtout les livres.Deux étudiantes en ergothérapie nous ont dit qu'elles devaient dépenser 400 $ par session pour des bouquins dont, cette année, 100 $ pour l'Atlas d'anatomie humaine.Étudiante en biologie à l'Université de Sherbrooke, Marie-Eve Meunier dit que « les professeurs suggèrent fortement d'acheter des livres qui coûtent 80 $ ou 90 $.La session dernière, j'ai dû payer pour 500 $ de livres.» Quelques-uns se sont cependant révélés ouverts à une hausse modérée des droits.« C'est bien beau geler les frais de scolarité, mais si on se retrouve 500 étudiants par classe, nos diplômes ne vaudront plus rien sur le plan international », constate Stéphanie Tremblay, rencontrée sur le campus de Laval.Nous avons aussi croisé, à l'Université McGill.Joanne Stewart, qui a choisi d'étudier à Montréal plutôt que dans son Ontario natale.La raison : « Ici, je pouvais étudier à un prix d'aubaine ! » Demain : l'éthique en péril "]
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