La presse, 8 décembre 2002, F. Lectures
[" 7LP0101F1208 F1 8 dec 7LP0101F1208 ZALLCALL 67 17:00:41 12/07/02 B Dessine-moi le mystère L'art d'illustrer l'invisible 176 pages 29,95$ 3082486A 7LP0201F1208 f2 dim 7LP0201F1208 ZALLCALL 67 16:48:28 12/07/02 B F2 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 8 DÉCEMBRE 2002 LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE RÉACTIONNAIRES Suite de la page F1 Des nouvelles un peu trop transparentes Sur le fond, Lindenberg a une intuition exacte : l'air du temps est aujourd'hui davantage aux remises en question conservatrices et pessimistes qu'à l'éloge des lendemains qui chantent.Sans vouloir en exagérer l'importance \u2014 car le côté porno y était pour quelque chose \u2014 le triomphe en librairie des deux derniers romans « apocalyptiques » (sur le sexe, l'ennui postmoderne) de Michel Houellebecq fait partie de l'air du temps.D'autant plus que ce provocateur très habile distille ici et là des déclarations aux médias sur « la racaille gauchiste » qui a dominé la vie intellectuelle, ou « l'islam qui est vraiment la religion la plus con ».Il y a 20 ou 30 ans, Houellebecq aurait sans doute été mis au ban de la vie littéraire parisienne, ou serait resté un marginal.Aujourd'hui les propos iconoclastes d'extrême droite font effectivement vendre en librairie.Dans son sillage, on trouve Maurice Dantec ou Marc-Édouard Nabe, qui se posent ouvertement en pourfendeurs de la démocratie et de l'égalité.Leurs écrits \u2014 et ceux de quelques autres \u2014 ne relèvent pas de l'essai, mais plutôt de la fantaisie ou de la provocation littéraires.Mais que, d'une manière ou d'une autre, ils aient des affinités avec l'extrême droite des années 1930 ou Louis-Ferdinand Céline ne fait pas de doute.Que, par ailleurs, le succès des livres d'Alain Finkielkraut fasse également partie de cet air du temps conservateur, cela paraît évident.Quant à Luc Ferry \u2014 brillant jeune auteur à la mode devenu ministre de l'Éducation \u2014 il a écrit en son temps un livre critique sur La Pensée mai-68, ce qui suffit à le classer.On pourrait mettre dans le même sac Jean-Claude Guillebaud, pour sa Tyrannie du plaisir, à propos de la frénésie hédoniste de mai 1968.Cela fait une quinzaine d'années, en fait, que le vent a tourné.Les tenants du « toujours plus de liberté » de l'égalitarisme effréné n'ont plus guère la cote et se font discrets.Vedette incontestée de sa génération, Finkielkraut, parmi d'autres, dénonce les dérives et le culte aveugle de la modernité, la dégradation du système d'éducation, la perte des repères traditionnels : la langue, la religion, la nation.Le « démocratisme », les « droits-de-l'hommisme » systématiques sont devenus les seules réponses à la crise de la société.L'individu, les marginaux, les « jeunes » et les minorités ont toujours, et par définition raison, quel que soit le sujet.Bien que le slogan de 68 ait aujourd'hui mauvaise presse, la pensée dominante continue de répéter à voix basse : Il est interdit d'interdire.Indéniable conservatisme Dans la situation \u2014 en partie singulière \u2014 de la France d'après le 21 avril et les 19 % de voix pour l'extrême droite, Daniel Lindergerg a raison de souligner une évidence première, à savoir que le vent a tourné au « conservatisme ».Ou, plus exactement, une partie de la gauche s'interroge aujourd'hui sur certains dogmes et un certain angélisme qu'elle a longtemps défendus.De grands intellectuels ou des responsables de l'Éducation se demandent maintenant si le système ne souffre pas d'un excès de liberté et de laxisme plutôt que de discipline, d'égalitarisme naïf plutôt que d'élitisme.Le maire (socialiste) de Lyon réclame des mesures répressives contre la délinquance, et le maire (communiste) de Saint-Denis tient un langage musclé sur l'insécurité ou l'immigration clandestine.L'ancien guérillero Régis Debray milite pour un enseignement « des » religions à l'école.D'autres s'interrogent sur la dilution de l'identité française au sein de l'Europe.S'agit-il, objectivement, d'un retour à « droite » du balancier ?On peut le présenter de cette manière, même si, après tout, la défense de « l'identité nationale » n'est pas nécessairement de droite.Pas plus que l'exigence d'une sécurité raisonnable dans les rues des banlieues.Le problème majeur, avec le livre de Daniel Lindenberg, c'est que, constatant un indéniable air du temps, il met dans le même sac des cavaliers de l'Apocalypse à la Houellebecq et des essayistes qui, de Finkielkraut à Pierre Nora en passant par Luc Ferry, ont des positions et des préoccupations très différentes les uns des autres.Or, il y a dans le premier groupe des écrivains au cerveau passablement surchauffé, et qui se rattachent clairement à la tradition antidémocratique.Dans le second, des essayistes qui, de manière très diverse, s'interrogent, soit sur une démocratie vidée progressivement de son identité et de son contenu, ou sur une conception angélique de l'école, ou sur l'abandon de certaines valeurs traditionnelles.Des positions qui se discutent, mais qui ne font pas de leurs auteurs des ennemis de la démocratie.L'intuition de Lindenberg était bonne.Son enquête a tourné au procès en sorcellerie.D'où son succès : on sait à Paris comment mettre le feu aux poudres.LE RAPPEL À L'ORDRE : ENQUÊTE SUR LES NOUVEAUX RÉACTIONNAIRES Daniel Lindenberg Le Seuil, 92 pages RÉGINALD MARTEL TOUT LE MONDE ne s'appelle pas Pierre, Jean ou Jacques.Il en va de même dans la littérature, où parfois des noms exotiques de personnages ont l'air de suggérer des pistes de lecture.Grâce à Google, l'université instantanée, on apprend que Iltrum fut un sultan ottoman et qu'il régna à la fin du XIVe siècle.Et alors ?Rien.Sap ou Inemi, autres protagonistes des nouvelles de Gaëtan Brulotte, semblent nés d'une coquetterie plus que d'une astuce pédagogique.Les nouvelles de La Vie de biais sont d'ailleurs assez transparentes, parfois trop, pour qu'on ait besoin d'y chercher un mode d'emploi codé.Iltrum, c'est l'homme de « Beach Hôtel », texte bref d'une remarquable efficacité.Parti à la mer s'y reposer un peu, et surtout réfléchir à ses problèmes familiaux, il n'y va pas avec sa maîtresse, comme ça arrive : il n'en a pas.Il peut donc à loisir lire ou ne rien faire, en observant les autres pensionnaires.Il leur invente un passé et un présent, par jeu, mais se rend compte que peut-être il se fourvoie et que ce qui paraît aimable ou poétique cache des réalités plus inquiétantes ou plus banales.Il ne joue pas les détectives et ses hypothèses ne seront pas toutes vérifiées.Ce petit jeu anodin a provoqué des conséquences inattendues sur la perception qu'il a de lui-même.Fin du séjour.Revenant de la plage, « Iltrum retourna à l'hôtel pour régler l'addition (sic) et récupérer ses bagages.Il allait rentrer dans sa famille, mais, il ne savait trop pourquoi, il n'était plus sûr de rien.» La réussite de cette nouvelle tient en partie à la parfaite neutralité \u2014 on pourrait dire indifférence \u2014 du narrateur anonyme, qui donne à toutes choses la même importance.Il prend la peine de détailler la note d'hôtel quotidienne du visiteur, ce qui apporte un contrepoint réaliste à des scènes plutôt fantasmatiques.M.Brulotte n'est pas toujours si économe.Il consacre une cinquantaine de pages, près du tiers du recueil, à la narration de la dernière nouvelle, Le Complexe de Putiphar, histoire d'un échange de formateurs entre deux institutions, nord-américaine et européenne, de l'Est peut-être.M.Brulotte, un universitaire, a pu s'inspirer d'une expérience qu'il a vécue ou observée.Dans cette nouvelle, nous pouvons lire un éloge de nos moeurs, qui seraient plus amènes, et de nos entreprises, qui seraient mieux gérées.Ce serait voir de la propagande, assez grossière, là où il y en a peut-être.L'échange des postes, pour un an, est désastreux.Une immense maison avec jardin, une automobile en bon état et des lieux et conditions de travail avantageux, contre un appartement minable, une voiture en ruines, une institution dont l'organisation est kafkaïenne.Le pire, c'est que les invités en Amérique, un formateur grotesque et sa chipie de femme, sont grossiers et goujats comme ce n'est pas possible.Ils saccagent tout, refusent de payer les dépenses qui leur reviennent, etc.Le formateur nord-américain et sa femme sont tout autres.Informés de ce qui se passe chez eux, ils se révoltent bien lentement.Au nom de la tolérance et de l'ouverture aux autres cultures, ils font tout pour trouver acceptable ce qui ne peut pas l'être.À son retour en Amérique, le formateur rédige un rapport sur son séjour à l'étranger, assorti de recommandations.Ce rapport, qui constitue la nouvelle, est aussi une critique des manières de faire d'ici \u2014 des États- Unis plutôt.Il propose une autre lecture des événements, ridiculisant à la fois la rectitude politique, qui interdit de dire ce que l'on pense vraiment, et la manie de prévoir, dans les contrats civils, aussi bien le probable et le possible que l'improbable.Dans l'ensemble, Le Complexe de Putiphar est une charge sociale assez vive, servie par un humour constant.Un thème analogue se présente dans la nouvelle Tranches de jour, composée de chapitres qui chacun en effet tranche le jour en quatre éléments : le voisin, le quotidien matériel, l'événementiel et le sensoriel.Le voisin est un prêtre désagréable et hargneux, riche à crever et qui semble n'en pas profiter, étant selon le narrateur trop proche du divin pour s'intéresser aux choses matérielles.On apprendra à la fin, quand les policiers viendront arrêter le personnage, qu'il était un méchant trafiquant de drogue.Quelques bijoux de style Il n'était pas nécessaire d'ajouter ce détail, l'arrestation étant suffisante, mais passons.Ne passons pas cependant sur une qualité dont l'auteur ne fait pas étalage et qui consiste à fignoler des tableautins qui sont des bijoux de style, pleins finesse et de nuances.Leur inspiration peut être très quotidienne, par exemple une visite chez la teinturière : « .j'ai toujours aimé les lavandières pour le parfum qui imprègne tout ce qu'elles touchent, pour les vapeurs irréelles dans lesquelles elles baignent, pour leurs mouvements aériens qui semblent déplier le monde comme un drap étendu sur une corde à linge, pour leurs gestes précis qui aplanissent le froissé des êtres, pour leurs mains qui se courbent au besoin, enveloppent toutes choses et rassemblent l'éparpillement de l'existence dans un centre feutré.» C'est joli, non ?Assez semble-t-il pour oublier que le recueil a commencé par une nouvelle assez plate, merci, ce qui reflète une singulière stratégie éditoriale.L'ensemble du recueil manque d'ailleurs de cette unité de style, sinon d'inspiration, qui mène le lecteur sans heurt d'un texte à l'autre, c'est-à-dire d'un univers à l'autre, avec une certaine souplesse.Cela arrive quand un livre est composé de textes déjà parus, comme c'est le cas, et qui ont été écrits et publiés à des époques différentes, ce dont les notes bibliographiques ne disent rien.\u0001\u0001\u0001 LA VIE DE BIAIS Gaëtan Brulotte Trait d'union, 180 pages SADDAM Suite de la page F1 Saddam a donc fait de ces auteurs des géants de la poésie et des belles-lettres.Dès lors, la poésie devint un outil de propagande en faveur de la guerre et elle incitait au racisme contre les Perses qualifiés de Mazdeistes, en référence à leur religion remontant avant l'Islam.Saddam a créé un « style littéraire » nouveau, marqué par sa médiocrité, plein d'ardeur injurieuse et de dédain de l'Autre.Du jamais vu dans la littérature arabe, même durant l'époque préislamique.À titre d'exemple, l'oeuvre de Khairallah Talfah, oncle et beau-frère de Saddam, représente ce qu'il y a de plus détestable de ce discours.Il y écrit, en effet : « Dieu ne devait pas créer ce trio : les Perses, les Juifs et les mouches ».Le vide La deuxième guerre catastrophique pour l'Irak, la guerre du Golfe, a détruit ce qui restait des valeurs « littéraires » irakiennes à l'intérieur du pays.Après la défaite de l'Irak, les écrivains se sont trouvés dans un vide, incapables d'exprimer ce qui se produisait ou de s'en rendre compte.Sauf que Oday, fils aîné de Saddam, veillait.Il décida de dissoudre l'Union des écrivains irakiens.Cette Union était jusque là une organisation culturelle apolitique même si elle était régie par le Parti Baas qui est au pouvoir.Oday établit à sa place une autre organisation, le Regroupement culturel, rassemblant tous les organismes culturels et professionnels directement sous son égide.Il éloigna ainsi tous les écrivains qui ne se sont pas prosternés, comme ils le devaient, devant le pouvoir de son père.Il favorisa alors les adulateurs et les flatteurs.La première conséquence de ce nouveau Regroupement fut l'enlèvement de l'écrivain Dirgham Hachem et son exécution, plus tard, en 1991, pour avoir défendu la démocratie et les habitants du sud de l'Irak, dans ses articles.Oday ouvre ensuite ce qu'il a nommé « Les Centres de correction pour les écrivains et les intellectuels ».Dans le but de soumettre les récalcitrants et de les transformer en mercenaires intellectuels, il les divisa en trois catégories et fixa une rémunération mensuelle pour les membres de chacune d'elle, selon la distance qui les rapprochait ou les éloignait du régime de Saddam.Ces rémunérations variaient entre 3 et 10 $ (le salaire d'un professeur d'université en Irak ne dépasse pas les 7 $).De plus, il leur recommanda de nouveau d'écrire des poèmes louangeant et divinisant Saddam.À titre d'exemple, les deux dernières années ont vu paraître plus de 80 romans dans ce sens ! Ainsi, le festival de la poésie qui se déroule depuis 15 ans est devenu un lieu de rencontre de tous les mercenaires arabes enrégimentés par Saddam et son « intelligentsia ».Pour beaucoup de critiques, ce contexte intellectuel rappelle la période sombre du colonialisme ottoman an Moyen Âge ! Il y a même un écrivain, Assad Jaber Moubarak, qui tente de prouver que Nabuchodonosor (roi de Babylone 605-562 av.J.-C.) avait prédit que Saddam Hussein allait reconstruire Babel.L'exil Ainsi, les écrivains et les poètes qui n'ont pas voulu se soumettre totalement à ces mesures comminatoires ont choisi de quitter le pays.Certains ont compris par la suite, qu'ils étaient accompagnés, à leur insu, d'informateurs proches du régime de Saddam.Même à l'extérieur du pays, Oday conserve son pouvoir sur eux.Chaque année, il sort une liste où il les divise, les trie et les classifie en renégat ou apostat pour les effrayer et les terroriser.Ils ne reviendront plus jamais à la maison.Pendant ce temps, les séries de tueries et d'emprisonnements continuent de faire ravage à l'intérieur du pays.En février dernier, la dépouille de l'écrivain et journaliste Ala'a Mohamed Chaalane a été trouvée dans l'une des rues de Bagdad criblée de balles.Trois fois, Oday l'avait prévenu de réviser ses positions.Deux mois avant cet incident, on retrouve le poète reconnu Mahmoud Al Birikane assassiné dans sa maison.Il n'avait ni vanté la guerre, ni vanté Saddam.C'est ainsi aussi que le plus grand poète arabe, Mohamad Mahdi Alawahiri, est mort à Damas, loin de l'Irak, à l'âge de 100 ans.Tandis que le fondateur de l'art romancier dramatique contemporain, Gaèb Tohma Farmane, meurt à Moscou à la fin des années 1960 sans pouvoir visiter l'Irak, tout comme les poètes Abdel wahab Al Bayati, Mostapha Jamal Eddine, Chaker Samawi, le linguiste et penseur Hadi Alalawi, et bien d'autres.Mais Saddam n'était toujours pas satisfait.Depuis deux ans, il écrit lui-même des romans qu'il considère exemplaires, constituant le meilleur de ce que produit la littérature irakienne actuelle.Aujourd'hui, le regard du monde entier est dirigé vers l'Irak, politiquement, militairement et économiquement.Cependant la dimension culturelle reste sans intérêt pour les instances internationales qui sont plutôt attirées par les richesses naturelles de l'Irak.Quant à l'opposition irakienne qui s'est formée à l'extérieur du pays, elle est bien plus occupée à se disputer la part du fromage dans le pouvoir promis, qu'à considérer la réelle importance de ce déchirement.Inquiets, les intellectuels irakiens se demandent si cette question intéressera le reste du monde.Ils se demandent s'ils retourneront vivre, un jour, dans un Irak démocratique.Saadi Al-Malih est un romancier et journaliste canadien d'origine irakienne.Son texte a été traduit de l'arabe par Mariam Réjouli.Photo AP © Depuis deux ans, Saddam Hussein écrit lui-même des romans qu'il considère exemplaires, constituant le meilleur de ce que produit la littérature irakienne actuelle.Des écrivains exilés : Saadi Yousef, londonien d'adoption, Abdel wahab Al Bayati et Mohamad Mahdi Alawahiri (tous deux décédés). 7LP0301F1208 F8 dimanche 7LP0301F1208 ZALLCALL 67 17:44:11 12/07/02 B L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 8 D É C EMB R E 2 0 0 2 F 3 ENTREVUE L'inlassable combat de Nadine Gordimer E L I A S LEVY collaboration spéciale À79 ans, la grande écrivaine sud-africaine Nadine Gordimer, lauréate du prix Nobel de littérature en 1991, n'a perdu ni sa fougue ni son impertinence.Malgré l'abolition officielle du système racial ségrégatif qui a régenté son pays pendant plusieurs décennies, cette figure mythique de la lutte contre l'apartheid, que les Noirs sud-africains ont baptisée « Magogo » (notre mamie), poursuit avec une détermination inébranlable ses combats pour la paix, pour l'éradication de la xénophobie, contre les injustices sociales, pour le désarmement.Pour cette écrivaine engagée, « la révolution » ne s'est pas arrêtée à l'avènement d'une ère nouvelle en Afrique du Sud.« Les vieux démons de l'apartheid ont certes été chassés de la scène publique, mais ils rôdent toujours, en coulisse », explique Nadine Gordimer en entrevue depuis sa résidence de Johannesburg.« Malheureusement, le racisme envers les Noirs sud-africains n'a pas disparu, poursuit-elle.Mais, force est de reconnaître que l'un des grands acquis de l'ère post-apartheid est qu'il existe désormais des lois pour combattre la discrimination raciale.La nouvelle Constitution nationale sud-africaine offre à tous les citoyens les mêmes droits.La xénophobie n'est plus l'apanage exclusif de l'Afrique du Sud.Ce fléau morbide gangrène aussi aujourd'hui des grandes démocraties occidentales, dont les États-Unis et les pays européens.» Née en 1923 dans une famille d'immigrants juifs établie à Springs, petite ville minière proche de Johannesbourg, Nadine Gordimer commença à écrire à l'âge de neuf ans.Son premier recueil de nouvelles, Face to Face, fut publié en 1949, lorsqu'elle avait 26 ans.Depuis, cette brillante écrivaine a publié 13 romans, quelque 200 nouvelles et une vingtaine d'essais.Tous ses livres parlent inlassablement des relations entre les Noirs et les Blancs dans une société d'apartheid, ou de post-apartheid.Son oeuvre a été traduite en 52 langues.Elle est considérée comme l'un des grands auteurs vivants de nouvelles en langue anglaise.Les Éditions Plon ont publié récemment, sous le titre La Voix douce du serpent, un recueil de nouvelles, inédites en français, que Nadine Gordimer a écrites entre 1953 et 1975.Ciselées comme des joyaux, ces nouvelles fascinantes nous entraînent des bords de la rivière Zaïre aux bidonvilles insalubres de la Johannesbourg noire, en passant par les jardins ensommeillés des banlieues cossues où vit la haute bourgeoisie blanche, dans un monde bouillonnant miné par le racisme, le désespoir et des inégalités sociales sidérantes.Nadine Gordimer dépeint cet univers rude avec une concision est une puissance d'expression saisissantes.Elle restitue dans ces nouvelles, avec une maestria remarquable, l'atmosphère d'angoisse et de suspicion qui a prédominé pendant les années sombres où les lois impitoyables de l'apartheid régissaient la société sud-africaine.Le style n'existe pas Ces nouvelles, fruits de 30 ans de sa carrière d'écrivaine, ne nous donnent-elles pas un bon aperçu de l'évolution de son travail et de son style littéraires ?« Le style d'un écrivain, ça n'existe pas.C'est un mythe fallacieux, répond-elle fermement.Un écrivain n'écrit pas avec un style particulier qui lui est propre.Chaque histoire requiert une approche différente de ce que l'on appelle le style.Un écrivain est quelqu'un qui est façonné par le monde qui l'entoure et dont l'imagination enfante des personnages qui essaieront de modifier quelque peu le monde misérable et sordide dans lequel ils se débattent.Le nouveau contexte socioéconomique de l'Afrique du Sud de l'ère post-apartheid a influencé grandement le tempérament et le caractère des personnages qui peuplent mes romans.Mais, ces personnages sont toujours fortement marqués par les affres de l'apartheid.On n'efface pas d'un trait plusieurs décennies de discrimination raciale et d'exclusion sociale de tout un peuple.Les changements d'ambiance et de mentalité que le lecteur a pu déceler dans mes derniers livres sont la résultante des changements importants qui sont en cours en Afrique du Sud depuis 1994, année de la fin de l'apartheid.» Proche du Congrès national africain (ANC), où elle milita pendant longtemps aux côtés de Nelson Mandela, Nadine Gordimer se définit comme « citoyenne lucide, croyant résolument en la vertu de la tolérance, ayant mis toutes ses forces et tout son talent d'écrivaine dans un seul engagement : celui de l'écriture ».« Je défie quiconque de trouver de la propagande dans l'un de mes livres.J'ai toujours essayé de décrire dans mon oeuvre la complexité d'une situation sociopolitique chaotique, les passions, souvent fanatiques, d'un peuple, des émotions intimes, les turbulences d'une société en déliquescence.Le grand mérite des écrivains sudafricains est d'avoir, grâce à leurs livres traduits dans de nombreuses langues étrangères, sensibilisé des millions de personnes aux ignominies engendrées par le régime de l'apartheid.En explorant l'étroite frontière qui relie le visible et l'invisible, le privé et le public, ils ont mis au grand jour la nature intrinsèque abjecte de cette idéologie raciste.Les journalistes qui, eux, se contentaient uniquement de rapporter sommairement des tragédies ponctuelles, n'y sont jamais parvenus.Parallèlement à ce très beau recueil de nouvelles, les Éditions Grasset viennent de publier le roman le plus récent de Nadine Gordimer, Un amant de fortune.Dans cette superbe fresque romanesque, l'auteure relate les amours contrariés d'une jeune révoltée sud-africaine et d'un immigré clandestin.Le choc des cultures Nadine Gordimer nous livre à travers ce roman très poignant et des plus captivants une réflexion judicieuse sur le choc des cultures.« Les conditions de vie piteuses des immigrants clandestins est le thème central de ce roman, précise l'auteure.À l'instar de la lutte contre la maladie du SIDA, je crois que l'immigration est l'un des problèmes clés du XXIe siècle.J'ai voulu rappeler dans ce roman qu'il est plus facile de renoncer à ce qu'on possède qu'à ce qu'on ne possède pas, tant il est vrai qu'il est impossible de renoncer à ses rêves.Julie est une enfant gâtée qui s'est rebellée véhémentement contre sa condition sociale.Elle a honte du milieu bourgeois dont elle est issue.Abdou, lui, n'a qu'une seule ambition : devenir comme son propre père à elle.La relation amoureuse de Julie et Abdou aurait été impensable à l'époque de l'apartheid.» Pour Nadine Gordimer, les Sud- Africains qui écrivent en anglais ne sont pas des écrivains anglosaxons.« Nous ne sommes pas des écrivains anglais.Je ne le suis pas.J.M.Coetzee \u2014 auteur du magnifique roman Disgrâce (Seuil, 2001) - ne l'est pas non plus.En dépit de l'apartheid et des conditions horribles qu'il a sécrétées, il y a eu et il continue d'y avoir, entre les Blancs et les Noirs, une assimilation réciproque et, à un certain niveau, une culture commune s'est formée, explique- t-elle.Je crois que la littérature sud-africaine forme un tout, même si nous, les Blancs \u2014 moi comprise \u2014, avons été éduqués à l'écart de tout contact avec la culture noire.On nous a dit avec dédain que la culture noire n'existait pas.Pourtant, je crois qu'il n'existe pas un seul écrivain blanc sud-africain qui ne soit pas marqué et pétri par la vie, la pensée et la culture de ses concitoyens de race noire.» \u0001 \u0001 \u0001 \u0001 LA VOIX DOUCE DU SERPENT.NOUVELLES CHOISIES Nadine Gordimer Éditions Plon, Collection Feux croisés, 210 pages \u0001 \u0001 \u0001 \u0001 UN AMANT DE FORTUNE Nadine Gordimer Éditions Grasset, 2002, 343 pages Malgré l'abolition officielle du système racial ségrégatif en Afrique du Sud, l'écrivaine Nadine Gordimer poursuit ses combats pour la paix, pour l'éradication de la xénophobie, contre les injustices sociales, pour le désarmement.LITTÉRATURE DU VOISIN FLASHES LIVRES Bernard Landry, le livre « Allons dans un autre pays.» collaboration spéciale La jeune, la très blanche, la très privilégiée Julie Summers tombe en panne dans un quartier douteux d'une grande ville sud-africaine.Elle cherche de l'aide chez un garagiste.De dessous une voiture sort un homme avec qui elle va vivre une aventure insolite qui la voit changer de pays.Il s'appelle Abdou, cet homme, mais ce n'est pas son vrai nom.Il est sans-papiers en Afrique du Sud, et sa situation lui impose des surnoms.Elle n'apprendra son vrai nom que plus tard, lorsqu'elle entrera dans son village, dans son pays à lui.Dans le plus récent roman de Nadine Gordimer publié en français, Un amant de fortune (en anglais, c'est The Pickup, ou « la drague »), il est beaucoup question de changer de pays, de se déplacer entre nations et continents, pour répondre aux exigences de l'amour et de l'immigration.Ces déplacements amoureux et politiques, c'est la spécialité de Nadine Gordimer, prix Nobel de 1991, conscience douleureuse de son pays depuis déjà des décennies.J'ai compté 16 livres de sa plume disponibles en français ; peut-être y en a-t-il plus.Si vous cherchez à comprendre l'Afrique du Sud, avant et après la grande libération conduite par Nelson Mandela, il n'existe pas de meilleur guide que Nadine Gordimer.À 79 ans, sa prose est aussi verte, agile et étonnante qu'au début.Julie Summers, qui partage la vedette de ce roman avec Abdou, devenu Ibrahim dans son village, est une héroïne typique de Gordimer.Blanche, de bonne famille, amie de tous les mouvements révolutionnaires, en révolte contre son propre privilège, elle tombe vite amoureuse d'Abdou.Lui ne sait pas quoi faire de cet amour.Il l'aime, oui, charnellement, et elle fait tant de choses pour lui, mais dans son monde, il n'y a guère de place pour l'amour.En plus, et il a raison, il se méfie des motivations de Julie.N'est-ce qu'un geste de révolte chez elle, cet engouement pour un immigrant illégal qui travaille comme mécanicien ; une façon d'afficher, en noir et blanc, le mépris qu'elle a pour le monde de ses parents ?Petit à petit, leurs deux mondes vont se toucher.Elle l'emmène dans son lieu préféré, le L.A.Café, pour boire et discuter avec ses amis, tous également en révolte contre leur bonne fortune de Blancs en Afrique du Sud.Et elle l'emmène dans son lit, champ de bataille paradisiaque où deux cultures s'embrassent.Là, dans cet espace intime qui refait le monde à chaque fois, l'écriture de Gordimer nous enchante.Les scènes érotiques sont chargées de multiples messages.Quand Ibrahim et Julie osent goûter aux plaisirs de la chair, pendant la période proscrite du Ramadan, leurs révoltes respectives contre leurs communautés d'origine sont merveilleusement saisies.Ensuite, l'inévitable se produit.Abdou est démasqué.Sans-papiers, on lui ordonne de quitter le pays.La famille de Julie a des amis haut placés dans le gouvernement, mais ils ne peuvent pas (ou ne veulent pas) sauver Abdou de la déportation.Le jour de son départ forcé, Julie se présente devant lui, avec deux billets d'avion dans la main.« Allons dans un autre pays.» Elle entend le suivre jusque dans son exil, jusque chez lui.Il refuse, bien sûr, mais finit par accepter.C'est un coup de maître de Nadine Gordimer, et ce ne sera pas le dernier de ce roman.S'ensuit une autre aventure de Julie Summers.Elle accompagne son amant de fortune, devenu son mari, qu'elle connaît à peine, jusqu'à son village à l'orée du désert.Gordimer ne nomme pas le pays ; ce pourrait être l'Éthiopie, ou la Somalie.Julie fait une entrée remarquable dans ce village au bout du monde.Elle commence par apprendre l'arabe.Aux femmes de ce bled perdu, elle enseigne l'anglais.Tout de même discrète, elle apporte un petit vent de libération aux filles et aux femmes du village, et elle apprend aussi à son mari comment s'affirmer.Et puis il y a le désert, cette force qui l'attire, dont elle n'a pas peur, contrairement aux autres.Le soir, lorsque la chaleur tombe, elle quitte le village et fait quelques pas dans ce paysage d'éternité, accompagnée d'un chien errant.Le désert lui parle comme il ne parle pas aux gens du village.En attendant, Ibrahim prépare leur prochain changement de pays.Car il a peur de la perdre, et il se jure de la sortir de ce coin perdu où, pourtant, elle se plaît.La femme veut s'épanouir dans ce village obscur à l'orée du désert, tandis que le mari veut lui offrir l'Amérique en immigration.Deux amants qui cherchent leur chemin.Nadine Gordimer, qui n'a pas gagné le prix Nobel pour rien, raconte leurs quêtes comme une histoire d'amour, et comme un suspense psychologique.En même temps, elle pose des questions sur ce qui motive les fortunés, et les moins fortunés, qui cherchent encore leur Amérique.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 UN AMANT DE FORTUNE Nadine Gordimer, traduit de l'anglais par Georges Lory Grasset, 343 pages JOCELYNE LEPAGE Dans la panoplie des moyens qui s'offrent à lui pour remonter la côte, en même temps que la cote de l'indépendance, il y a le livre.Le premier ministre Bernard Landry vient d'en publier un, La Cause du Québec, chez vlb éditeur, qui rassemble des articles qu'il a fait parvenir aux journaux depuis qu'il est souverainiste \u2014 et ça remonte aux débuts du mouvement indépendantiste \u2014 des discours qu'il a prononcés.Ces textes \u2014 il n'y en a pas d'inédits \u2014 sont présentés par thèmes, et pas nécessairement par ordre chronologique.« Les textes réunis ici illustrent les motivations, les bases intellectuelles et l'évolution de ce long combat pour la cause du Québec que j'ai mené avec des milliers de mes compatriotes.Cette lutte inachevée reste pour moi essentielle.Sans un statut normal d'État indépendant, tous nos progrès demeureront entravés, plus lents, plus difficiles et menacés », écrit-il dans l'avant-propos de ce recueil qui se termine par un chapitre consacré à la nécessité d'être une nation pour pouvoir participer au concert de la globalisation.« Pour le Québec, quinzième puissance économique du monde, dit-il, qui a sa langue et sa culture, très différenciées de celles de l'entourage, son passé, ses projets communs, en un mot son destin national, c'est une toute autre affaire (que pour ces instances provinciales qui n'ont aucune ambition nationale).Ce que la Saskatchewan ne peut ni ne veut, c'est-à-dire faire partie du concert des nations, le Québec le peut de toute évidence, il l'a presque voulu en 1995 et le voudra bientôt clairement.Bernard Landry a de la suite dans les idées.NOËL, C'EST PAS DRÔLE POUR TOUT LE MONDE.12 DÉCEMBRE 7LP0401F1208 f4 lectures dimanche 7LP0401F1208 ZALLCALL 67 19:45:24 12/07/02 B BEAUX LIVRES Tout sur la chose Les sagesses en livre.GERALD LeBLANC Le titre ne contient qu'un seul mot : sexe.C'est, en effet, le seul sujet de l'ouvrage que nous livre Stephen Bayley, fondateur du London Design Museum, entoure d'une etonnante palette de collaborateurs .rabbin, pasteur, cuisinier, architecte, heroinomane et meme une fringante Chinoise de 95 ans.Un grand tour historique de la democratisation du sexe.Tout y passe : la decharge d'un double coup de Sir John dans Shakespeare et le mari moyen compare a l'orang-outan par Balzac ; les livres de chevet chinois et les 5 a 7 americains ; les geishas et les aphrodisiaques ; le peche de virginite et le tabou ; le pied de lotus et les echanges de cybersexe.Les textes .une trentaine de breves rubriques .logent resolument au septieme ciel de la tige de jade dans la pivoine accueillante et effleurent a peine le cote sombre des bas instincts menant au pied de lotus, a l'inceste et au viol.Les illustrations, resplendissantes et provocantes, expriment bien le parcours cyclique de la demarche sexuelle des humains : ce qui est affiche et meme sacre en un certain temps devient plus tard interdit et peche, avant d'eclater de nouveau a la faveur de demi-tours et de retours en arriere.Un beau cadeau pour un (une) partenaire porte(e) sur la chose ou susceptible de le devenir.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 SEXE Sous la direction de Stephen Bayley Editions Autrement, 381 pages GERALD LeBLANC Pendant que certains batissent, d'autres cherchent a donner un sens a l'operation.Ces obsedes d'absolu ont, a travers les ages, revetu la tunique de prophetes, de chamans, de philosophes, de moines, de lamas, de kabbalistes, de mystiques, de gourous, d'alchimistes, de charismatiques.A travers une centaine d'entre eux, Frederic Lenoir et Yse Tardan-Masquelier nous racontent l'aventure spirituelle de l'humanite, de l'Antiquite au postmodernisme, dans une colossale somme de 1950 pages bien remplies.Il s'agit de deux livres en un : une centaine de courtes biographies et autant de textes choisis (lettres entretiens, sermons, discours, testaments spirituels.).La Bible, le Coran, le Veda ainsi que les plus grands textes fondateurs y trouvent leur compte.De meme que les plus celebres gourous de l'histoire : Moise, Confucius, Bouddha, Zarathustra, Platon, Jesus, Mahomet, Kierkegaard, Ghandi, Marie de l'Incarnation.Un livre de reference, facile a consulter et utile a celui (ou celle) qui veut epater la galerie a coups de citations de Confucius ou de Spinoza.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 LE LIVRE DES SAGESSES/ L'AVENTURE SPIRITUELLE DE L'HUMANITE Sous la direction de Frederic Lenoir et Yse Tardan- Masquelier Editions Bayard, 1950 pages Les masques du diable GILBERT GRAND Pique au vif par Bernard Pivot, Robert Muchembled a decide de reprendre certaines des conclusions de sa magistrale Histoire du diable - XIIe-XXe siecle (Seuil) en les agrementant d'une iconographie aussi riche qu'eclairante.Les 140 illustrations (la plupart en couleurs et pleine page) de ce splendide Diable ! permettent de traquer les metamorphoses de la figure du Mal dans notre imaginaire depuis 10 siecles, des hallucinants enfers de Jerome Bosch aux vampires du cinema americain, en passant par les sorcieres lubriques de Hans Baldung Grien.Muchembled demontre que le phenomene diabolique depasse largement le domaine de la foi, qu'il est meme etroitement tisse dans la trame des societes occidentales, dont il represente la part nocturne.Des le XIIe siecle s'impose le double mythe de Lucifer menant d'infernales hordes, et de la bete immonde qui sommeille dans chaque pecheur.Aux XVIe- XVIIe siecles, la diabolisation se tourne vers le corps et la sexualite de la femme surtout, les filles d'Eve etant naturellement marquees du signe du Malin depuis la faute originelle.Les buchers de la chasse aux sorcieres s'eteignent a l'age des Lumieres alors que s'amorce un lent processus d'interiorisation, d'individualisation du Mal culminant avec les pulsions freudiennes.Pulverisee, l'image du diable ne semble des lors epouser que les modes de la societe de consommation (cinema, BD, biere, etc.) Pourtant en ce troisieme millenaire, l'heritage satanique semble encore bien florissant.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 1.2 DIABLE ! Robert Muchembled 220 pages, Seuil/ ARTE Editions, 89,95 $ .et un sage en images ANNE RICHER Le mahatma Gandhi n'a jamais cesse de vivre dans la legende.Celui qui cherchait Dieu en tout etre vivant, apotre de la non-violence, est suivi a la trace, depuis sa naissance en 1869 jusqu'a sa mort survenue en 1948, par des photographies collectionnees precieusement par Peter Ruhe et qui proviennent de personnages relies a l'homme soit par les liens de famille, soit par les liens politiques.Gandhi est sans contredit l'une des grandes figures de l'humanite.Bien des livres racontent son cheminement ou sa pensee.Cette fois, ce sont les images qui nous parlent de lui de facon vivante et etonnamment eloquente.L'Inde independante lui doit son existence, mais Gandhi est plus qu'un homme d'Etat, car jusqu'a son ultime sacrifice, son assassinat, il a inspire Martin Luther King, d'autres hommes qui continuent de croire qu'avec les bombes on ne reglera rien.Albert Einstein disait de lui : Les generations a venir.croiront a peine qu'un etre de chair et de sang comme lui ait pu fouler cette terre.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 GHANDI Peter Ruhe Phaidon, 304 pages 3079066A Le Lac de glace John Farrow Un roman policier efficace dont l'action se deroule a Montreal.Une histoire costaude ecrite sous un pseudonyme par un de nos plus grands auteurs, Trevor Ferguson.La Cite des dieux sauvages Isabel Allende Un recit d'aventures qui a pour themes principaux la tolerance et le respect de l'individu.Le nouveau roman d'Isabel Allende a ete concu pour etre lu a tout age et par tous publics.Je n'ai pas peur Niccolo Ammaniti Tendre et cruel comme l'enfance.Je vous le recommande.Ce n'est pas le genre de bouquins qui vous tombent des mains.Rene Homier-Roy C'est bien meilleur le matin Les ombres errantes PRIX GONCOURT 2002 Pascal Quignard C'est un jongleur.Nous sommes emerveilles par son art, son adresse.Quignard est aussi un poete magicien.Jacques Folch-Ribas, La Presse www.hachette.qc.ca 3102878A 7DU0501F1208 DIMANCHEÀ 7DU0501F1208 ZALLCALL 67 16:59:23 12/07/02 B LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 8 DÉCEMBRE 2002 F5 marchedulivre.qc.ca découpez CHÈQUE-CADEAU 5$à l'achat de 25 $ et plus Valide jusqu'au 24 décembre 02 Ne peut être jumelé avec la carte privilège En face de Place Dupuis 801boul.de Maisonneuve Est, Mtl (angle Saint-Hubert) (514) 288-4350 Berri-UQAM (Sortie St-Hubert) découpez CHÈQUE-CADEAU 10$à l'achat de 50 $ et plus Valide jusqu'au 24 décembre 02 Ne peut être jumelé avec la carte privilège En face de Place Dupuis 801boul.de Maisonneuve Est, Mtl (angle Saint-Hubert) (514) 288-4350 Berri-UQAM (Sortie St-Hubert) 801boul.de Maisonneuve Est, Mtl (angle Saint-Hubert) (514) 288-4350 Berri-UQAM (Sortie St-Hubert) MARCHÉ duLIVRE La librairie MARCHÉ duLIVRE La librairie Joyeuses Fêtes Dès votre première visite, recevez une carte privilège gratuite vous accordant un rabais de 10 % en tout temps.3094638A 7LP0601F1208 f6 lectures dimanche 7LP0601F1208 ZALLCALL 67 16:08:24 12/07/02 B Fashion, touteune histoire BEAUX LIVRES Full total Rubrique-a-brac STEPHANIE BERUBE Ala fin des annees 1970, le Metropolitan Museum of Art de New York presentait une exposition au Japon sur la mode du 20e siecle.Les Japonais, qui n'ont de lecons a recevoir de personne en matiere d'art textile, se sont rues.Apres le succes retentissant de l'exposition americaine, des Japonais ont eu le desir de se doter de leur propre institution de conservation du vetement.Ainsi est ne l'Institut du costume de Kyoto, qui a depuis mis la main sur d'impressionnantes pieces de collection.La maison d'edition Taschen vient de publier Fashion, un livre-catalogue sur les collections de cette institution, qui se presente comme une histoire de la mode du 18e au 20e siecle.L'imposant ouvrage (736 pages) est aussi un livre sur la beaute des tissus, le parfait coffee table book pour quiconque s'interesse un tant soit peu a la mode en particulier ou a l'histoire en general.Le livre est divise en quatre sections, le 18e siecle, le 19e, la premiere moitie du 20e et la seconde.Chacune comporte des informations introductives, quatre ou cinq pages de textes.Pour le reste, l'ouvrage n'est pas chiche en photos.Beaucoup de pieces posees sur des mannequins, beaucoup de gros plans qui font decouvrir toute la minutie des textiles et autres materiaux inusites pour le vetement.Des dentelles presentees comme des sculptures, de la soie de Chine peinte a la main, des etoffes imprimees de l'epoque du romantisme.Les images de vetements sont parfois accompagnees de tableaux de grands maitres, Watteau, Renoir, Ingres, Seurat, qui mettent en evidence les styles vestimentaires de leurs epoques respectives.Arrivent un peu plus tard les couturiers qui ont fait la pluie et le beau temps de la mode au 20e, qui sont devenus des stars de la haute couture : Chanel, Yves Saint-Laurent, Dior, Balenciaga, Pierre Balmain, Paco Rabane.Pour la deuxieme partie du siecle dernier, les couturiers japonais ont la part belle.Les Issey Miyake, Yohji Yamamoto et les irreverencieux createurs derriere la griffe Comme des Garcons.En couverture, un flamboyant ensemble jaune et rouge de polyester signe Junya Watanabe, pour la collection 2000 de Comme des garcons donne le ton.Un catalogue de musee comme toutes les institutions du monde en revent.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 FASHION Ouvrage collectif Taschen, 736 pages ALEKSI K .LEPAGE collaboration speciale Pour un cadeau, c'en est un beau, et qui pese tout son poids.Imaginez, la totalite, entiere, integrale, complete et absolue des Rubrique-a-brac, de Gotlib, ramassee en un seul et lourd volume : une bible, pour ainsi dire.On y retrouvera avec exaltation tous les personnages .du professeur Burp au commissaire Charolles, sans oublier l'omnipresent Isaac Newton luimeme .qui ont fait les beaux jours des Rubriques durant les exceptionnelles annees de la revue Pilote.Ces planches hilarantes du maestro Gotlib ont deja conquis deux ou trois generations, des boomers jusqu'aux Y.Gagneront-elles un nouveau public ?Le dessin de Gotlib ne vieillira sans doute jamais, pas plus que celui de, mettons, Tex Avery.Et Dieu sait que le dessin humoristique (anime ou non) peut tres mal passer l'epreuve du temps.Il y a peut-etre, dans les textes, quelques references et clins d'oeil qui echapperont aux ados d'aujourd'hui.References culturelles et vaguement politiques qui, souvent, nous echappaient deja de toute facon.Les Rubriques parlent de tout et de rien, pressees de dire n'importe quoi pour en rire.A les feuilleter, on croit veritablement zapper : ici, un reportage sur le pelican, l'escargot ou la girafe, plus loin Sade raconte aux enfants , ailleurs, une version inusitee de L'Enfant sauvage de Francois Truffaut, un episode de Superdupont, un remake de Lucky Luke a la facon de Sergio Leone, etc.Infatigable observateur de mimiques, traqueur de cliches et iconoclaste orthodoxe, Gotlib a ete pendant longtemps, a lui tout seul, une sorte de Monty Python de la BD.D'ailleurs, on pourrait qualifier les Rubriques de tele-bedes tant elles empruntent d'elements propres a la television et au cinema.Preuve que la tele n'a pas tellement change.On espere vivement que Dargaud nous sorte vite les integrales de Pervers Pepere et de Rhaa-Lovely, les bedes adultes (lire scabreuses) de Gotlib, completement dementes.Au tour de Rene Goscinny Si la somme d'ouvrages consacres a Herge depasse l'imagination, sinon l'entendement, il est un autre bonze de la bande dessinee dont, apparemment, on veut tout savoir : Rene Goscinny, qui a en quelque sorte lance dans le monde, grace au magazine Pilote, des fournees de jeunes bedeistes aujourd'hui adules, tels les Gotlib, Cabu, Mandryka, Bretecher, Fred, Druillet, Tardi et trop d'autres.Ce createur de personnages, c'est connu, a scenarise les meilleurs Asterix, les meilleurs Lucky Luke.Il est aussi l'auteur du sympathique Petit Nicolas des mini-romans illustres par Sempe.La maison d'edition Les Arenes publie L'Album Goscinny, un projet de Phil Casoar et Jean-Pierre Mercier ou sont repertories des textes inedits (fonds de tiroirs), des choses introuvables (bouts de papiers perdus), des planches cultes et des pages d'anthologie.Il s'agit d'un scrap-book de luxe, un peu brouillon et qui n'apprend pas grandchose de bien nouveau sur le bonhomme.Voila un cadeau qui ne sert qu'a etre un cadeau.Tardi, le maitre du noir et blanc Tardi n'est pas pour rien considere comme un maitre du noir et blanc.On n'imaginerait personne d'autre pour illustrer Le Cri du peuple, l'extraordinaire et rude aventure de la Commune de Paris, telle que racontee par le romancier Jean Vautrin.Cette fresque enorme .et compliquee .relate ce printemps de l'an 1871, quand le peuple de Paris s'est souleve, pour se faire impitoyablement ecraser.Une petite page de l'Histoire, ecrite en lettres de sang.Le premier tome, Les Canons du 18 mars, laissait en plan plusieurs personnages et plusieurs intrigues.Il vaut mieux le relire avant d'entamer L'Espoir assassine.Car Le Cri du peuple n'est pas un document didactique, il s'emmele dans la fiction et les enjeux sont nombreux.Amour, haine, dechirement, vengeance sur fond de revolution, en attendant le prochain opus.Du bel ouvrage, touffu mais passionne.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 1.2 RUBRIQUE-A-BRAC L'INTEGRALE Gotlib Ed.Dargaud, 470 pages \u0001 \u0001 \u0001 L'ALBUM GOSCINNY Phil Casoar et Jean-Pierre Mercier Ed.Les Arenes \u0001 \u0001 \u0001 \u0001 LE CRI DU PEUPLE 2/ L'ESPOIR ASSASSINE Tardi et Vautrin Ed.Casterman, 88 pages Gardez un bon souvenir des douze derniers mois, marque au coin de l'humour et de la virtuosite du trait du caricaturiste de La Presse.120 pages .19,95 $ L'annee CHAPL20E0A2U Boreal www.editionsboreal.qc.ca 3087048A La trilogie Le gout du bonheur c Johanne Mercier Boreal www.editionsboreal.qc.ca Marie LABERGE Trois romans, une saga, un succes unique ! Prix du grand public 2002 La Presse / Salon du livre de Montreal 3103532A TRAM Design Multimedia presente Une experience ludique et intuitive dans les mondes de l'artiste.Un parcours faconne par l'imaginaire, le hasard et les rencontres.Avec la voix de Anne-Marie Cadieux Production Michel Jolicoeur Scenario et realisation Sophie Malouin Direction artistique Benoit Giguere Biographie Robert Bernier DVD-Rom Mac / PC 3094885A 1995$ frais postaux et TPS en sus Lexique des difficultes du francais dans les medias Seulement Postez ce bon de commande a Lexique-La Presse, C.P.11031, Succ.Centre-ville, Montreal (Quebec) H3C 4W8 Ecrire en caracteres d'impression Nom : Prenom : Adresse : Ville : Tel.res.: ( ) Tel.trav.: ( ) Courriel : App.: Code postal : QUANTITE LIVRE TPS FRAIS POSTAUX CHACUN TOTAL 19,95 $ 1,40 $ 3,00 $ 24,35 $ Je joins mon cheque ou mandat poste a l'ordre de La Presse au montant de $ Je souhaite effectuer mon paiement par carte de credit Visa Master Card American Express Numero de carte : Date d'expiration : Signature : (Prevoir un delai de quatre a six semaines pour la livraison) (514) 285-7364 Telecopieur : (514) 285-6988 archives@lapresse.ca Pour corriger les anglicismes ou resoudre des problemes grammaticaux, le Lexique des difficultes du francais dans les medias de Paul Roux repondra a vos questions.Un outil indispensable pour toute la famille, que ce soit a la maison, a l'ecole ou au travail.Plus de 2000 entrees .218 pages 3103134A 7LP0701F1208 F7 8 dec 7LP0701F1208 ZALLCALL 67 16:58:25 12/07/02 B L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 8 D É C EMB R E 2 0 0 2 F 7 Il reprend son souffle et salue mon père, qui se retire pour nous laisser en tête-à-tête.- Sylvain, je suis tellement contente de te voir! Il a fait l'exploit suprême de venir à l'aéroport, malgré sa sacrosainte horreur des départs.Il aurait voulu arriver plus tôt.Un contrat de doublage au pied levé l'en a empêché! - Quand je pense que j'ai encore prêté ma belle voix à un États- Unien qui a tout dans les biceps et rien entre les deux oreilles! Que veux-tu, il faut payer son loyer! Le temps nous presse.Les mots me manquent.- Tiens, un petit cadeau d'adieu, dit-il en me donnant un paquet.Je le remercie et retire le papier d'emballage: La Double Inconstance de Marivaux.- Un chassé-croisé amoureux palpitant.Je t'imagine tout à fait dans le rôle de Silvia.On répète aux passagers en partance pour Montréal de se présenter pour l'embarquement.Je range la pièce de théâtre dans mon sac à dos.Sylvain fait la moue.- Bon.Quand il faut y aller, il faut y aller! dit-il en me faisant la bise.Mon beau professeur file en douce.La main de papa presse mon épaule.L'avion ne m'attendra pas si je n'embarque pas maintenant.- Sara, n'oublie pas de m'appeler, une fois arrivée à Montréal! Écris-moi, aussi! Et sois prudente! répète-t-il pour la je-ne-sais-pluscombien- de-fois.- Promis! lui dis-je en l'embrassant.J'ai tout à coup le coeur gros en lui envoyant la main.Je franchis les portes sans me retourner.J'aurais voulu arracher les pointes d'inquiétude de son esprit comme les mauvaises herbes d'un potager.Lui dire aussi que je l'aime.Le DC-9 ronronne enfin comme un gros matou heureux.Je pense tude de rencontrer maman.Je l'appelle.Elle ne répond pas.Je la cherche aux alentours mais ne la vois pas.Elle m'avait prévenue qu'elle ne reviendrait plus.Le coeur serré, je décide d'explorer les lieux.Au milieu de cette verdure luxuriante, j'aperçois une porte entrouverte.Je m'en approche.Le chiffre sept est sculpté au centre.Je pousse la porte.Elle donne sur une chambre blanche.Je sens aussitôt une boule dans ma gorge.Elle grossit.J'ai peur de mourir étouffée.Je panique quand soudain je pense à la retirer de ma bouche.C'est une pierre, très lourde.Je la tiens serrée au creux de ma main en me dirigeant vers une fenêtre ouverte, au fond de la chambre.Comme c'est curieux! À présent, la roche ne pèse plus rien.Je la lance au loin, dans le soleil plombant.Très vite, un arbre pousse.Je sens la présence de quelqu'un derrière moi.Je me retourne.- Mademoiselle, rattachez votre ceinture, nous amorçons l'atterrissage, me dit l'agent de bord en touchant mon épaule.Shit! Qui était-ce?- 76 - soudain à Willie.J'espère qu'il ne panique pas trop dans sa cage de transport, parmi les bagages.Je fouille dans mon sac à dos à la recherche de La Double Inconstance.Je tombe sur le joli cahier que Rosamund m'a offert juste avant mon départ de l'appartement.Le Baiser, la célèbre toile de Gustave Klimt, illustre la page couverture.Un homme et une femme, enlacés, comme deux arbres au milieu d'un champ de fleurs.Finalement, je ne me décide ni à lire ni à écrire.Je me pince.Eh non! je ne rêve pas: moi, Sara Lemieux, je m'envole pour le Québec, le pays le plus merveilleux du monde! CHAPITRE 69 Je décolle mon nez du hublot et appuie confortablement ma tête sur le dossier.Le passager à ma gauche feuillette le Time.Je cogne des clous.J'entends de très loin le froissement des pages du magazine.Mes paupières tombent.Je me retrouve dans cet espace paisible et verdoyant où j'ai l'habiÀ S U I V R E Éditions Québec Amérique www.quebec-amerique.com © 2000 Éditions Québec Amérique Inc.ROM08DE BEN LA DÉVEINE FRANK ET ERNEST PEANUTS PHILOMÈNE GARFIELD FERDINAND COMIC08DEM 7LP0801F1208 f08 dimanche 08 décembre 7LP0801F1208 ZALLCALL 67 19:26:36 12/07/02 B F8 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 8 DÉCEMBRE 2002 Le Noël des oiseaux Le recensement annuel débute le 14 décembre Trop tard pour cette année À TIRE D'AILE Grande effervescence à partir de la fin de semaine prochaine dans le monde de l'ornithologie.Le 14 décembre marque le début du 103e Recensement d'oiseaux de Noël, un événement qui se déroule partout dans les Amériques, du nord au sud, d'un océan à l'autre en passant par les Antilles, certaines îles du Pacifique et même le Nunavut.La date limite de ce prochain Christmas Bird Count, selon son appellation anglaise, est le 5 janvier.L'activité est coordonnée par la National Audubon Society, qui distribue les fiches d'enregistrement et compile les données avec la collaboration du célèbre Laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, Ithaca, New York.Depuis deux ans, la société américaine est secondée par l'organisme canadien Études d'oiseaux Canada.La 102e Christmas Bird Count avait pu compter sur 41 000 observateurs aux États-Unis (dont 5500 observateurs aux mangeoires), 11 000 au Canada, dont 658 au Québec, et 5500 dans les Antilles et en Amérique latine.Ces observateurs d'un jour ont compté pas moins de 52 millions d'oiseaux (sept millions au Canada, 200 000 au Québec) au cours de 1823 recensements.On a dénombré 657 espèces aux États- Unis, 679 sur le territoire combiné du Mexique et du Belize, 299 au Canada, dont 231 en Colombie-Britannique, 188 en Ontario, 165 en Nouvelle-Écosse et 139 au Québec.Quelques recensements ont aussi eu lieu au Costa-Rica où on a dénombré 376 espèces à Monteverde et 365 à La Selva, deux endroits prisés par les ornithologues amateurs du monde entier.D'autres décomptes ont été réalisés au Pérou, au Brésil, en Équateur et au Panama (334 espèces signalées sur le versant atlantique du canal).Et chacune de ces journées s'est souvent terminée par une fête ou un grand souper entre amis.Quant aux centaines de milliers de données, elles sont compilées, condensées, analysées pour être finalement publiées au cours de l'été suivant.Frank Chapman n'en reviendrait pas.Pour mettre fin à un carnage Après avoir été dans les affaires, notamment comme banquier, Chapman, un citoyen du New Jersey, consacra sa vie aux oiseaux.Pendant 50 ans, il a été conservateur du département des oiseaux du Musée d'histoire naturelle des États-Unis.Il a écrit 17 ouvrages et publié 225 articles sur la faune ailée.C'est au cours de la journée de Noël 1900 que Frank Chapman organisa le premier Christmas Bird Census.Il s'agissait en réalité d'une forme de manifestation contre une tradition de chasse qui consistait à abattre le plus de gibier possible et de toutes les espèces (exception faite du gros gibier) le jour de la Nativité.Les chasseurs, qui n'étaient pas réglementés à l'époque, s'adonnaient à un véritable carnage.L'ornithologue invita donc le public à participer à une journée de chasse nouveau genre en passant Noël avec les oiseaux tout en notant leur nombre et les espèces observées.Le premier recensement regroupait 27 personnes.Cinq ans plus tard, la National Audubon Society était fondée et elle prenait en main l'organisation du décompte de Noël qui devait devenir plus tard le Christmas Bird Count et se tenir la fin de semaine précédant Noël.Devant l'ampleur de l'événement, on décida, en 1940, que la tenue des recensements pourrait dorénavant avoir lieu sur une période de deux semaines.En raison du nombre considérable de données compilées, les résultats des recensements de Noël sont considérés comme essentiels pour étudier l'évolution des populations d'oiseaux sur le continent nord-américain Si l'événement demeure toujours une activité sociale, elle revêt aussi un aspect scientifique indéniable.Aussi, ses règles sont-elles aujourd'hui très précises et chaque organisation dispose d'un territoire circulaire de 24 km de diamètre, territoire enregistré auprès de la société Audubon.L'an dernier, 27 recensements se sont tenus au Québec, un inventaire mené par 250 équipes.En raison d'un automne et d'un début d'hiver sans neige et exceptionnellement doux, les oiseaux étaient nombreux.Un record de 139 espèces observées fut établi, une marque qu'il sera manifestement très difficile à battre cette année.C'est à Québec que fut observé le plus grand nombre d'espèces, soit 86.Le pic mineur, le pic chevelu et la mésange à tête noire ont été signalés dans 26 des 27 recensements, mais les oiseaux les plus nombreux (plus de 10 000 individus par espèce) ont été dans l'ordre, la corneille d'Amérique, l'étourneau sansonnet, la bernache du Canada, le pigeon biset, le goéland à bec cerclé, le canard colvert et la mésange à tête noire.Parmi les curiosités et les oiseaux inusités, figurent quatre espèces de parulines, une oriole de Baltimore, un bruant fauve et.un serin du mozambique en fugue à Montréal .Un groupe de près 10 000 sizerins flammés, une volée d'environ 300 jaseurs boréaux, 14 pygargues à tête blanche et 11 faucons pèlerins ont aussi été observés durant cette période.VOUS VOULEZ participer à un des recensements de Noël organisé par le club d'ornithologues amateurs de votre patelin ?Malheureusement, il est trop tard.À moins bien sûr d'avoir un « bon contact », comme on dit.L'organisation d'une journée de décompte exige de la préparation et une logistique sans trop de failles.Parlez-en à Pierre Wery.Depuis neuf ans, il est le responsable de l'événement pour le Club d'ornithologie de Longueuil.Cette année, l'inventaire aura lieu le 15 décembre.« Le centre de notre territoire est situé à Pointe-aux- Trembles.Nous couvrons donc une partie de la rivière des Prairies et de la rivière des Mille-Îles, de Lanoraie, du Bois de Verchères, de Varennes au sud en passant par le parc de Pointe-aux-Prairies, le Jardin botanique et une partie de Longueuil.Pour faire notre inventaire, nous disposons d'une soixantaine de membres divisés en une dizaine de groupes », dit-il.Non seulement faut-il s'assurer que tous ces gens seront au rendez-vous, explique-t-il, mais on doit aussi gérer le transport des observateurs, initier les nouveaux membres.Une réunion préparatoire qui devait avoir lieu cette semaine permet aux animateurs de groupes de rencontrer leurs coéquipiers et de planifier les derniers détails de la journée.À la fin du décompte, en début de soirée, c'est le souper en groupe et l'heure de la compilation des observations de la journée, un moment toujours agréable.L'an dernier, le club de Longueuil avait recensé 73 espèces d'oiseaux dont un martin- pêcheur, un canard siffleur d'Europe, un goéland brun, un troglodyte mignon et un bruant à couronne blanche.Vous êtes toujours intéressés ?Votre patience sera donc mise à dure épreuve, car il vous faudra d'abord devenir membre d'un club et ensuite attendre à décembre prochain.Mais n'ayez crainte.Il y aura de la place.Au Québec, les participants aux recensements de Noël ne courent pas les rues et plusieurs d'entre eux font souvent deux et même trois inventaires pour autant de clubs.D'ailleurs, un appel au public lancé en 1999, quelques semaines avant l'événement, était presque resté lettre morte.Au Canada, on compte un participant au recensement pour chaque tranche de 11 000 habitants.Au Québec, cette proportion est de 1 sur 270 000.Autres faits saillants >Le plus grand nombre de participants pour une localité : North Bay, Ont (889) ; Edmonton, Alb.(561), Wallace, Cal.(527) >Le plus grand nombre de recensements : Californie (114) ; Ontario (102) ; Texas (95) >Le plus grand nombre d'espèces par localité : Mad Island Marsh , Tex.(233) ; Santa Barbara, Cal.(206) ; Freeport, Tex.206.>Le plus grand nombre d'espèces observées au Canada : Ladner, C.B., delta du Fraser (152).L'endroit est aussi réputé pour ses oies des neiges.>Les espèces les plus inusitées : 1 callopsitte élégante, 2 inséparables, 61 perruches à collier, 569 conures veuves, 200 amazones à joue verte et une vingtaine d'autres espèces de perroquets.>Les espèces les plus nombreuses au Canada : l'étourneau sansonnet, la corneille d'Amérique, la bernache du Canada, le canard colvert, l'harelde kakawi, le moineau domestique, le pigeon biset et le goéland à bec cerclé.>Une tendance : les dernières données analysées indiquent un déclin marqué des populations de gros-bec errants de 1990 à 1998, dans le nord-est du continent, notamment au Québec et dans la région des Grands Lacs.Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette situation, notamment les coupes forestières.>Une adresse : http : birdsource.org Photo MARIE NADEAU, collaboration spéciale.Cliché soumis au concours le Biodôme-La Presse.Photo MICHEL JUMEZ, collaboration spéciale Espèce de l'Ouest, le jaseur de Bohème (photo du haut) visite régulièrement le Québec au cours de l'hiver.L'an dernier lors du recensement de Noël, un groupe de plus de 4000 individus avait été signalé.Le pic chevelu (photo de droite) est une espèce observée dans 26 des 27 territoires qui ont fait l'objet du dernier inventaire des Fêtes au Québec.Certaines données recueillies ont permis de démontrer un phénomène constatépar plusieurs propriétaires de mangeoires au Québec: le déclin du gros-bec errant (cihaut).Parmi les espèces les plus observées, la bernache du Canada (ci-contre).Photo GERT-UWE SCHONBECK, collaboration spéciale.Cliché soumis au concours le Biodôme-La Presse LE CARNET D'OBSERVATION Cherche désepérément chardonnerets jaunes SI LE CHARDONNERET jaune fréquente parfois nos mangeoires durant l'hiver, il se laisse souvent désirer.Jacqueline Rochon, de Pierrefonds, déplore par exemple qu'après 10 années de présence assidue durant la saison froide, ils ont déserté son poste d'alimentation cette année, du moins jusqu'à maintenant.Pour sa part, Gérald Dupuis, de Saint-Huvert, a décidé de sortir son silo à chardon à la suite de la récente chronique sur les mangeoires.Mais sans résultat.« Je croyais qu'ils partaient pour le sud durant l'hiver », écrit-il en faisant allusion aux chardonnerets.Vous avez en partie raison.Si certains d'entre eux passent l'hiver avec nous, la grande majorité nous quitte pour le centre et le sud des États-Unis, comme c'est le cas de toutes les populations nordiques.Le chardonneret jaune niche de la Colombie-Britannique jusqu'au nord de la Nouvelle-Écosse, jusqu'en Basse-Californie (Mexique) à l'ouest, jusqu'au Texas et la Caroline du sud, au centre et à l'est.Durant l'hiver, l'oiseau est présent en Floride jusqu'au nord du Mexique.En dépit de son nom, le mâle se pare d'une livrée verdâtre et terne au cours de la saison hivernale, semblable à celle de la femelle.Les oiseaux deviennent aussi beaucoup plus silencieux et moins exubérants qu'en été.Photo MICHEL PLOUFFE, collaboration spéciale Deux chardonnerets : le mâle au premier plan, la femelle à l'arrière."]
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