La presse, 5 janvier 2003, F. Lectures
[" 7LP0101F0105 F1 LECTURES DIM 7LP0101F0105 ZALLCALL 67 18:01:17 01/04/03 B BUNGALOW 3 ch.fermées, terr., stat., faut vendre pcq M.et Mme ne sont plus M.et Mme. 7LP0201F0105 F2 LECTURES 7LP0201F0105 ZALLCALL 67 20:51:14 01/04/03 B LITTERATURE QUEBECOISE POESIE Vivre en poesie CLAUDE BEAUSOLEIL collaboration speciale La poesie est une forme du langage qui accompagne la vie.Souvent elle permet de respirer, de comprendre, du moins de ressentir ce qui se passe de plus grave dans la trame de tous les jours.Utopie, reverie, combat, la poesie c'est un peu tout ca.En lisant les recents recueils de poetes quebecois de trois generations, ces constatations me sont venues que la poesie serait un aide-memoire des sentiments et des idees dans un etat d'extreme condensation.En elle, les ecrivains projettent leur plus profonde identite.Sur cette route interieure, le poeme est le guide.Gatien Lapointe appartient a cette generation des poetes engages dans l'affirmation d'une existence individuelle et l'appartenance au c o l l e c t i f .Avec les Gaston Miron , Pierre Perrault et d ' a u t r e s comme Gill e s V i - gneault et Paul Chamb e r l a n d p r e m i e r e maniere, il a nomme le Quebec au seuil de la modernite.On se souvient de son grand livre, Ode au Saint-Laurent qui chantait la beaute de nos paysages et ce qui avec force porte a imaginer que l'homme saura habiter ce paysage.Mort en 1983, a l'age de 52 ans, fondateur des Ecrits des Forges, promoteur d'ateliers de creation poetique qui ont vu naitre entre autres les Bernard Pozier, Yves Boisvert, et Louis Jacob dont on vient de reediter Tilt dans la nouvelle collection de poche lancee cet automne par les memes Ecrits des Forges, Gatien Lapointe a ete un eveilleur de consciences.Depuis 1999, trois tomes de retrospectives de son oeuvre poetique ont ete publies par la maison d'edition qu'il creait en 1973.Cela permet de redecouvrir la figure riche et prospective de ce poete des elements.Corps et graphie (1999), Ode au Saint-Laurent (2000) et Le Temps premier (2001) demeurent des pieces maitresses de la poesie du pays, tout en offrant des ouvertures vers un langage experimental tel que pratique par celui qui avec d'autres annoncait Le printemps du Quebec .Tard dans la nuit, qui parait avec six fusains de la poete et artiste v i s u e l l e C e l y n e F o r t i n , aussi dans une nouvelle collection, regroupe des p o e m e s epars, publies en revues, enregistres sur bandes sonores qui n'avaient pas ete reunis en livre jusqu'a maintenant.Nous y retrouvons la voix chaude et desirante de Gatien Lapointe, poete du territoire et des vertiges, qui ecrit entrant dans ma propre langue , Le soleil comme un arbre/les pieds dans ma chair , pour nommer, inscrire dans le vif du sujet toute l'emeute .Et ce travail du corps et des mots dicte encore de nouveaux horizons.Le poeme, selon Gatien Lapointe, fait de racines et de nerf du mot dit avec elevation que La terre frissonne jusqu'en notre enfance .Et avec lui nous vivons cette aventure.Beau coup d'envoi que ce Tard dans la nuit, premier titre de la nouvelle collection Enclume .Accompagnateur de reves Jean Royer, homme de lettres dans tous les sens du mot, est lui aussi accompagnateur de reves.Il a lu les poetes qui l'ont precede, les a commentes, interviewes, defendus.Il a mene, d'un meme elan attentif, une oeuvre poetique tout en demerant complice des autres voix poetiques.Journaliste, editeur, anthologiste, president de l'Academie des lettres du Quebec, il a anime la vie culturelle par son accueil aux autres, et surtout aux diverses voix du poeme.Poemes de veille o f f r e l a q u i n t e s - sence de ce que Jean Royer a apporte a la poesie.Les images du pere, de la mere, de la poesie quebecoise comme de la poesie d'ailleurs sont retraversees et minutieusement recueillies en une meditation sur le role de la poesie.On sort de cette lecture avec une impression de serenite et de rencontre.Le poete ecrit : Formes habitable/et corps de langage/dans les melodies de la duree/tu decouvres ce que tu deviens/ poeme musique dessin/comme un destin conquis/dans le partage et merci/aux poetes d'un monde souverain.Dans ce poeme il y a la maniere, le ton, la musique de ce que Jean Royer propose en un seul chant fragmente dans cette demarche vers l'autre, vers lui-meme.Il nous donne ici un recueil de maturite, une poesie reflexive, jamais desincarnee, tissee de modulations qui parlent avec retenue de la consolation d'avoir ete/ present dans le langage/depuis le mot amour/qui precede le mot mort.Poemes de veille, illustre d'une oeuvre de Michel Madore intitulee Le Reveur et son reve, parie sur la poesie comme lien de la terre .Poete d'une autre generation, Mario Cholette a ete tres actif dans le renouvellement des formes de diffusion de la poesie.Fondateur de plusieurs revues dont Influx et Gaz Moutarde, animateur de lectures de poesie, professeur, il a garde au fil de nombreuses parutions, six titres depuis 1988, une etincelante fraicheur poetique.Comme si la poesie etait du cote de l'energie vitale, de l'essentiel : Tu parles une langue aerienne que je connais/ Depuis le jour ou j'ai vu mes reves transmigrer.Son nouveau recueil, Le Temps des pierres, reprend avec grace l'ideal qui sans melancolie habite son oeuvre : il faut saisir dans le plaisir et le desir l'energie pour poursuivre sa route.Poesie et amour, liant les defis, l'ecriture de Mario Cholette glisse sur les sons, rebondit, jouit et rejouit, nous fait sourire et c'est beau a lire et c'est un doux delire.Mais, avec des notes graves, l'auteur sait toucher quand meme des zones hardies : Je t'aime dans l'entree du monde/Dans le hall des divinites ebahies.C'est une poesie qui parle au coeur comme a l'esprit.Elle nous entraine, nous draine.Elle s'agite et parle avec les mots qui n'y trichent pas : L'aveu est un prisme a cote du feu.Le Temps des pierres est peut-etre le plus accompli des recueils de Mario Cholette.Livre lumineux, sa musique et son message de vie sont a consommer sans moderation.Si, pour Gatien Lapointe, Tous les astres parlent en secret la meme langue , pour Jean Royer plus loin que ton desir/nait la parole qui denoue .Ludique et personnel, Mario Cholette ajoute : Aujourd'hui/La rumeur du monde/ Penetre librement ma demeure.La poesie, de generation en generation, est un lieu de transformation qui aide a vivre.En cela, elle est necessaire et son secret, trop bien garde.\u0001\u0001\u0001\u0001 TARD DANS LA NUIT Gatien Lapointe Ecrits des Forges, 64 pages \u0001\u0001\u0001\u0001 POEMES DE VEILLE Jean Royer Editions du Noroit, 116 pages \u0001\u0001\u0001\u0001 LE TEMPS DES PIERRES Mario Cholette Ecrits des Forges, 96 pages ESSAI Histoires de filles ALEKSI K .LEPAGE collaboration speciale Ya-t-il trop d'humour ?Voila une question tout a fait etonnante que l'on pose pourtant regulierement chez nous et .plus etonnant encore .a laquelle on repond souvent et spontanement par l'affirmative.La question, evidemment, est mal posee.On veut savoir quelles sont les limites du mauvais gout, s'il y a trop de farces plates.La prof Lucie Joubert ne vient pas nous enquiquiner avec des considerations moralisantes (il y a un temps pour rire etc.) et pose enfin une question rafraichissante : pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans le metier d'humoriste au Quebec ou, plus largement, qu'en est-il de l'humour des femmes, si une telle chose existe ?Les femmes aiment la rigolade, sont d'excellentes rieuses et forment a vrai dire ce qu'on appelle un bon public .Mais rarement se permettent-elles cette espece de vulgarite purement liberatrice que les humoristes males pratiquent jusqu'aux limites de l'indecence.Une premiere partie du bouquin .trop courte .tache d'expliquer les origines de cette sorte de timidite, de retenue, cette pudeur qui rendrait difficile aux femmes la pleine expression de leur humour.Prendre la parole, et a plus forte raison utiliser cette parole pour faire rire la galerie, courir le risque d'etre ridicule, tout cela rompt avec l'image figee, codifiee, de la feminite , ecrit l'auteure.Chez les hommes, le probleme ne se pose pas.Un humoriste peut tres bien etre seduisant et bouffon a la fois.Meme qu'un tel homme a vraiment tout pour lui.Mais on imagine encore assez mal une femme particulierement belle .tres feminine, dira-t-on justement .s'adonner sur scene aux memes singeries que, disons, Stephane Rousseau.La femme comique, clownesque, le serait toujours au detriment d'une certaine elegance, d'un certain standing insidieusement impose.Feministe tout a fait decomplexee .pour ceux qui voient des extremistes partout .Lucie Joubert ne signe pas ici un pamphlet.Le ton est pose, l'explication claire et le commentaire legitime.On souhaiterait que l'auteure poursuive dans cette voie.La seconde partie veut rendre hommage a des ecrivaines d'ici qui ont, de temps a autre, tate du pastiche, de la satire et de la chronique humoristique.Joubert a sorti pour l'occasion ses vieilles caisses de La Gazette des femmes et de La Vie en rose, excellents magazines qui ont sans doute largement contribue a l'emancipation des Quebecoises, mais qui, franchement, ne sont en rien les equivalents de Croc ou de Safarir.Enfin, s'il faut a present considerer Helene Pedneault comme une humoriste, Lise Dion n'a plus qu'a retourner a ses beignes chez Dunkin Donuts.On veut bien croire que Monique Proulx et Suzanne Jacob ont ecrit des pages pleines d'ironie et de moquerie, mais alors il faudrait aussi ranger Rejean Ducharme ou Michel Tremblay parmi nos grands humoristes.De plus, Joubert n'aborde en profondeur qu'un seul type d'humour, qui est politique, engage, qui veut dire des choses, souligner des verites desagreables.Elle oublie l'absurde, l'humour a vide, univers ou les femmes humoristes, deja rares, se font cruellement absentes.Y aurait-il la un gouffre separant definitivement les humours masculins et feminins ?\u0001\u00011.2 L'HUMOUR DU SEXE : LE RIRE DES FILLES Lucie Joubert Triptyque, 191 pages Le poete Gatien Lapointe.POETE Suite de la page F1 Un Canadien symbolique Bowering a tout de meme promis de ne pas ecrire de poemes celebrant l'Empire britannique, et il n'entend pas faire des pirouettes pour la reine si jamais elle passait a Vancouver, ou il vit.Le poste est d'une duree de deux ans.Qui sait ce qui pourrait arriver pendant ce temps ?specule Bowering.Paul Martin pourrait me demander de composer des vers pour commemorer son putsch ! Le poete-laureat se definit comme Canadien symbolique, meme si je ne suis pas un Canadien typique .Du cote de sa mere, sa famille vient de la region des Ozarks, dans l'Etat du Missouri et d'Arkansas, connu pour sa pauvrete.C'etait des refugies economiques, dit-il.A leur arrivee au Canada, ils ont decouvert l'existence des chaussures.Son grandpere paternel etait un orphelin venu de l'Angleterre.Bowering est ne a Penticton le 1er decembre 1935 (le meme jour que Woody Allen), en pleine crise economique.Il a grandi a Oliver, en Colombie-Britannique, dans la vallee de l'Okanagan, capitale du vin, ou son pere etait instituteur.A cette epoque, il avait un travail, mais pas de cheque de paie , notet- il.Mais Bowering est loin d'etre un regionaliste de l'Ouest.Je ne peux pas supporter les regionalismes, d'ou qu'ils soient.Oui, j'appuie les idees de l'avant-gardisme en litterature, mais je fais le pont entre toutes les tendances, entre l'Ouest et l'Est canadiens.C'est peut-etre pour cette raison qu'on l'a choisi pour le poste.Son travail d'historien du Canada, chercheur des versions non officielles des faits, y est aussi pour quelque chose.Notre poete a vecu a Montreal entre 1967 et 1971, ou il a enseigne a Sir George Williams College (devenue l'Universite Concordia).A l'epoque, lorsque des poetes arrivaient pour faire des lectures, je les logeais au Ritz-Carlton.Et avant ca, il a passe du temps a Saint- Jean-sur-Richelieu, a la base militaire, ou il etait photographe pour les Forces aeriennes.Ma carriere consistait a etre suspendu dans les airs, a photographier des avions, et a tourner des films pour apprendre aux autres comment tirer du canon.La vie dans l'armee canadienne est vraiment dure a battre ! En francais Gagnant du Prix du Gouverneur general, en 1969, (pour la poesie) et en 1980 (pour le roman), Bowering a aussi connu une petite carriere en langue francaise.Son roman, Burning Water, a ete publie sous le titre En eaux troubles, et, en 1999, la maison Triptyque a sorti un recueil collectif, Poemes et autres baseballs, qui reunissait deux autres fanatiques de ce sport celeste (ce livre est toujours en librairie).Qu'est-ce qu'il connait du Quebec litteraire ?Nicole Brossard, repond- il, c'est mon ecrivaine preferee.Et il se lance dans une histoire farfelue, selon laquelle lui et Nicole Brossard se retrouvaient dans un dance-hall rural au fin fond de la Louisiane, entoures de couples nonagenaires qui dansaient au son du zydeco.Pourquoi pas, alors ?Quand Bowering la raconte, vous y etes.Je fais du souvenir non pas un serviteur, mais un poeme.C'est une phrase typique de Bowering.En tant que poete, il defait l'histoire officielle pour la reecrire et pour nommer l'espace du pays d'une toute nouvelle facon.Provocateur mais convivial, Bowering compose, de livre en livre, l'histoire revee du Canada.Poesie, romans, commentaires politiques, essais historiques, textes pour la radio .il a tout fait.Cela vous dirait de devenir poete- laureat du Parlement ?En novembre 2004, le poste sera libre, et ce sera le tour d'un ecrivain francophone de le prendre.Sachez tout de suite que vous serez peu remunere : 12 000 $ par annee.Le budget d'activites, pourtant, rend le travail plus interessant.Mais n'oubliez pas le bon mot de Nicole Brossard, l'amie de George Bowering au Quebec : Lorsqu'on est poete, on est rarement la ou est le pouvoir.C'est aux poetes de changer ca ! George Bowering et la poesie du hot-dog. 7LP0301F0105 f3 lectures dimanche 7LP0301F0105 ZALLCALL 67 21:00:10 01/04/03 B L A P R E S S E MONT R E A L D IMANCHE 5 J ANV I E R 2 0 0 3 L E C T U R E S F 3 Le XXIe siecle seraroma ntique HERVE FISCHER collaboration speciale En apparence, l'epoque actuelle est la plus antiromantique qui se puisse concevoir.En litterature, c'est le naturalisme qui domine, a la maniere des Particules elementaires, de Michel Houellebecq (1998), qui decrivent la solitude, le non-sens, le miserabilisme et l'echec sans remission : nous y frolons le degre zero de l'ame.Et dans les sciences, c'est la negation de l'homme qui s'est imposee.Quand l'homme apparait a lui-meme comme une quasi-erreur dans un cosmos violent, selon la vision d'un Jacques Monod (Le Hasard et la Necessite, 1970), ou comme une aberration anecdotique, selon l'un des vieux sages d'Arthur C.Clarke (Rendez-vous avec Rama, 1973), quand la genetique nous affirme que l'homme a moins de genes que le riz, qu'un ver ou qu'une mouche, il y a de quoi desesperer.Mais c'est en reaction a ce tragique banalise que resurgit un romantisme conjuguant, comme au XIXe siecle, la souffrance et l'utopie.L'instinct de survie nous pousse a retablir l'importance de ce presque rien qu'est l'homme, a lui rendre sa dignite et son espoir, a le remettre au centre de l'univers, avec ses etats d'ame et son anxiete de molecule marginale, mais aussi avec sa complexite psychologique et son courage a la mesure de sa faiblesse.Meme si l'homme a seulement 30 000 genes, son cerveau compte quelque 100 milliards de neurones et assez de synapses et de neurotransmetteurs pour oser refuser une aussi minable fatalite.Car si la science contemporaine apparait tout a la fois nihiliste dans sa vision astrophysique et biologique de l'homme et surreelle dans le projet posthumain qu'elle voudrait nous imposer, c'est justement le malaise existentiel que nous ressentons face a cette double condamnation qui suscite une reaction romantique.Deja, il y a 10 ans, Francois Ricard avait percu ce retour du lyrisme (La Generation lyrique, 1994).Mais il l'attribuait au bonheur succedant aux terreurs de la Deuxieme Guerre mondiale, alors qu'il est devenu clair aujourd'hui qu'il s'agit plutot d'une reaction de sensibilite face au triomphe d'une technoscience de plus en plus agressive.Le lyrisme contemporain s'eleve comme le chant tragique de la destinee humaine.Nous sommes aux prises avec un sentiment de revolte comparable a celui des romantiques europeens au XIXe siecle.Ils s'etaient rebelles contre la rigidite etouffante du neo-classicisme bourgeois et avaient redecouvert l'inspiration de la nature precisement au moment du grand elan de l'industrialisation et du developpement urbain.De meme aujourd'hui, nous reagissons de plus en plus face au realisme dur et a la competition sans repit d'une conception technoeconomique du monde qui nous parait menacante, et qui exigerait de nous un comportement de surhommes soumis.Nombreux sont ceux qui rappellent alors la precarite de l'homme face a cette perspective d'un posthumanisme arrogant.Les poetes evoquent les fragiles fondations de ce que nous sommes , notre sensibilite si vulnerable d'hommes faits d'argile et de souffle , selon l'expression d'Helene Dorion, dont les poemes inspirent une melancolie aux accents profondement romantiques : Qui tremble / en moi qui multiplie les heures / ou je ne sais plus / poser sur la douleur de vivre / la force de vivre encore / plus loin que cette large trace / du vent dans mes veines / revenir l'evidence / d'un visage au bord du mien./ Il y a cette eternite / dans les choses / chaque fois drainee / par ce qui fait defaut / en cette seconde ou je passe / pres de toi sans te joindre / sans jamais aller plus loin / que mon humanite.Quand l'epoque impose ses logiques impitoyables aux masses atomisees, elle inspire en contrepoint ces Fragments d'un jour, qui rappellent Les Souffrances du jeune Werther, les nostalgies de Novalis, les tourments de Chateaubriand, Le Lac de Lamartine, les elegies de l'ame.L'humanite n'est pas une machine, meme superpuissante ; ses angoisses, ses faiblesses, son irrationalisme, son inachevement sont inscrits profondement dans la conscience qu'elle a d'ellememe et de son destin Et meme si les poetes sont les oublies de notre temps, ils constituent, pour celui qui leur prete attention, une caisse de resonance de notre sensibilite profonde.Ils font etrangement echo au lyrisme technologique des hackers, reveurs libertaires eux aussi, revoltes contre les multinationales du numerique.Il semble que nos contemporains, confrontes a un futurisme evanescent, cherchent souvent a se ressourcer dans une inspiration corporelle et sensorielle plus archaique encore que celle du Moyen Age ou les romantiques puiserent leur inspiration.Et face a un climat de crises sociales, de fractures mondiales et de menaces terroristes, aujourd'hui aussi dramatiques que les revolutions de rues qui ont rythme le XIXe siecle, plusieurs revent d'evasion.Le nouveau mal du siecle La postmodernite a promu la perte de sens et de realite du monde au rang d'un dogme ; elle a fait l'eloge de l'errance, du melange des cultures, des styles et des idees, du couper- coller de notre environnement et de notre identite.Elle est le symptome revendique d'un profond malaise de civilisation, ou s'exaltent nos etats d'ame, nos depressions et nos angoisses.Et cette crise est bien plus grave que celle qui a nourri le spleen du romantisme.La pop-psycho, comme on l'appelle aujourd'hui, qui nous propose de nous epanouir, de resorber nos stress, maux existentiels, incomprehensions, deprimes, impuissances et autres emotions et desarrois grace a des massages, gymnastiques, therapies de groupe, musiques, meditations, dietes, etc., ne laisse aucun doute sur ce nouveau mal du siecle.La religiosite meme qui s'exalte dans les communications hypernerveuses de l'Internet, lui fait echo, comme le souligne Kevin Kelly (Une experience religieuse, Wired, 1997), ou Christian Huitema (Et Dieu crea Internet, 1999).Nous eprouvons l'envie de reenchanter le monde, de romantiser le materialisme, la science et les technologies.Certes, le neoromantisme d'aujourd'hui cultive moins la langueur individualiste et sentimentale des poetes au bord du lac, que l'errance dans les reseaux numeriques de Neuromancer (William Gibson, 1984) ; moins l'exil social que la perdition dans l'infini intergalactique ou les espaces virtuels de The Matrix (1999) ; il est moins dramatique, mais plus tragique.Il evoque moins la disparition de l'etre aime que celle de l'humanite ellememe.Il chante moins les heros solitaires et davantage la fragilite de la conscience humaine.Le poete romantique numerique n'est pas ronge par la tuberculose, mais par la perte de son identite.Les menaces que la technologie fait peser sur la nature ont fait resurgir un nouveau sentiment de la nature, reveille la conscience de sa fragilite unique et donne le coup d'envoi aux mouvements ecologistes et verts.La seduction du posthumanisme serait fatale a l'homme et ne fera donc pas long feu.Face a elle, le neoromantisme convoque deja notre instinct de conservation avec toutes les ressources de notre sensibilite, de notre individualisme, de notre fragilite.Au XXIe comme au XIXe siecle, les ecrivains et les artistes entendent cet appel.Il leur appartient d'elaborer le langage et la cosmogonie neoromantiques qui nous permettront d'exprimer notre rapport au monde postmoderne, sans sombrer dans la pensee unique d'une utopie technologique.Et seule une sensibilite romantique pourra s'opposer au reve des cyborgs et faire valoir ce fragilisme si reel au coeur de l'homme.L'auteur a ecrit Mythanalyse du futur (www.hervefischer.ca, 2000), Le Choc du numerique (vlb, 2001), Le Romantisme numerique (Fides, 2002).A paraitre en 2003 : Cyber Promethee, editions vlb, et L'Age du numerique, collectif, P.U.L.Alphonse de Lamartine Phototheque La Presse c Nous sommes aux prises avec un sentiment de revolte comparable a celui des romantiques europeens au XIXe siecle , ecrit Herve Fischer.Lap op-psycho, comme on l'appelle aujourd'hui, qui nous propose de nous epanouir, de resorber nos stress, maux existentiels, etc., ne laisse aucun doute sur le nouveau mal du siecle.Bon, bon, bon, encore les Stones JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Comme si tout n'avait pas ete dit et redit sur le sujet, voila qu'on sort une autre biographie des Rolling Stones.Rien de mal en soi.Il s'en trouvera toujours pour devorer tout ce qui concerne Jagger, Richards et cie.Mais quand l'histoire est tellement connue qu'elle nous sort par les oreilles, est-il decent d'en rajouter ?C'est le pari que tient l'ecrivain francais Francois Bon, avec Rolling Stones, une biographie.Heritier du nouveau roman, abonne des emissions culturelles qui volent haut, auteur d'une vingtaine de livres, Bon en a surpris plus d'un en lancant sa bio des Stones.Il faut dire que son style, repute intello, pouvait mal convenir a un groupe rock qui a roule toute sa vie sur trois accords.Par bouts, on craint d'ailleurs le pire.Quand Bon explique que la biographie est ce biais opaque de soubresauts tres sourds, a longue periode d'oscillation, mais qui deplacent la nappe des equilibres fragiles du monde et ceux des langues qui s'y parlent , on s'ennuie des paroles simplissimes de Get out of my Cloud.Quand il ajoute, 200 pages plus loin, qu'Andrew Oldham, le premier manager des Stones, ne s'explique pas en detail sur cette mecanique par quoi une situation deplacee de soi-meme dans les dispositifs symboliques ou economiques induit l'intuition qui va permettre de deplacer en retour ce reel lui-meme , on se demande si on ne s'est pas carrement trompe d'histoire.Il fallait bien un ecrivain francais pour parler ainsi des Stones.A croire que notre homme n'a rien compris a l'esprit trash et basique du rock'n'roll.Par souci d'exactitude, il retranscrit meme ses nombreuses citations en VO et en VF, ce qui ne fait rien pour alleger le tout.D'autant plus dommage que l'auteur n'a rencontre aucun des Stones, se contentant de piquer les temoignages a gauche et a droite, dans divers journaux, magazines et biographies preexistantes.Un choix editorial qu'il justifie ad nauseam dans son preambule.Malgre tout, on finit bien par y prendre gout, a cette monumentale biographie de 676 pages.C'est ecrit en tout petit, il y a quelques erreurs et zero photo.Mais le travail reste detaille, consciencieux, passionne, et la lecture est nourrissante.La premiere partie du livre est entierement consacrees a la periode pre-Satisfaction, soit avant 1965.Mais Bon passe de plus en plus vite sur les trois decennies suivantes, jusqu'a a passer completement sous silence les dernieres annees du groupe : il n'y a tout simplement plus rien a dire et son desinteret est palpable.Plus romancier que journaliste, Bon ne signe pas une biographie classique.Il creuse la ou d'autres n'avaient fait que passer.Survole le sensationnel pour s'attarder aux petits details qui en disent long.Les chapitres sur le passage de l'anonymat a la gloire sont particulierement eloquents.La dynamique d'un groupe de rock est habilement decortiquee.Les jeux de pouvoir sont finement profiles, de meme que les coups bas.et Dieu sait que cette histoire n'en manque pas.On apprendra, entre autres choses, que Jagger et Richards ont pris tres tot l'habitude de s'approprier les idees de leurs collegues, faisant de Brian Jones, Bill Wyman .et eventuellement Mick Taylor .quelques-unes des plus celebres victimes du droit d'auteur.Ex-fan des sixties, Francois Bon signe un livre entre l'enquete, le roman et le portrait de generation.Parler des Stones, compagnons de route depuis l'adolescence, c'est aussi parler de lui, d'une epoque et de l'innocence perdue.Bon croisa les Stones en 1967, alors qu'il etait jeune pompiste dans une station d'essence en Vendee.Une Rolls s'arreta dans le stationnement, deux Stones et deux filles en sortirent pour se degourdir les jambes.Le jeune homme se souviendra longtemps du clin d'oeil que lui envoya alors Keith Richards.Petit signe du destin, qui se traduit aujourd'hui par un bel essai sur le plus increvable des groupes de rock.\u0001 \u0001 \u0001 1.2 ROLLING STONES, UNE BIOGRAPHIE Francois Bon Fayard, 676 pages Francois Bon en a surpris plus d'un en lancant sa bio des Stones.Il faut dire que son style, repute intello, pouvait mal convenir a un groupe rock qui a roule toute sa vie sur trois accords.REPORTAGE PUBLICITAIRE Ne manquez pas ce cahier special mercredi dans 7LP0401F0105 f4 litt dim 5 janvier 7LP0401F0105 ZALLCALL 67 17:36:11 01/04/03 B BANDE DESSINÉE Le bédéiste et le franc-maçon ROBERT LAPLANTE collaboration spéciale Et si le Christ n'était pas mort sur la croix ?Et si Ponce Pilate n'avait pas condamné Jésus mais plutôt son frère jumeau ?Sans crucifixion, sans résurrection, le christianisme serait ébranlé et la toute-puissance du Vatican serait remise en question.Une perspective à faire frémir les dirigeants du Saint-Siège.C'est à partir de cette légende, tirée du patrimoine des Templiers, que Didier Convard, un des invités du dernier Salon du livre de Montréal, a élaboré Le Triangle secret, une des bandes dessinées les plus marquantes des dernières années.À mi-chemin entre le fabuleux roman Qumran, d'Eliette Abécassis, et Le Nom de la Rose, d'Umberto Eco, Le Triangle secret raconte l'histoire du frère jumeau du Christ et d'une machiavélique conspiration orchestrée par les dirigeants de l'Église pour faire taire la vérité.Convard nous entraîne à la suite de son héros, Didier Mosele, dans une cabale pour la faire éclater à la face du monde.Cardinaux crapuleux, francs-maçons manipulateurs, templiers nébuleux peuplent les pages de ce thriller ésotérique illustré par sept dessinateurs.« J'avais peur des réactions de l'Église catholique et des francs-maçons à la sortie du premier album, mais mis à part l'extrême droite, qui m'a traité de révisionniste, personne ne s'est offusqué », confie le scénariste.Passionné par l'histoire médiévale, le fantastique et l'ésotérisme, le créateur s'amuse de la réaction de l'extrême droite.« J'en suis plutôt fier, affirme-t-il.Ils m'accusent d'égratigner le Vatican, d'être franc-maçon et surtout de ne pas reproduire l'histoire officielle.» Une histoire dont se méfie l'auteur, qui a fait inscrire en exergue de chaque album, cette phrase de Balzac : « Il y a deux histoires : l'une officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des événements ».Se défendant bien d'attaquer le christianisme, l'auteur reconnaît toutefois ses attaques envers le Vatican.« Ils nous ont quand même imposé une façon de penser.Personne n'a le droit de me conduire au bûcher parce que je ne pense pas comme lui.De toute façon, je n'ai pas reçu de commentaires négatifs des membres du clergé.» Franc-maçon convaincu, Convard a puisé dans les riches légendes de cette société secrète.Conscient de la fascination qu'exercent les franc-maçons, les templiers et toutes les organisations occultes sur les lecteurs, le scénariste trouvait que c'était le terrain idéal pour camper une quête fertile en rebondissements.« Attention, je n'ai trahi aucun des secrets maçonniques, je n'ai fait qu'apprêter des mythes qui ont depuis longtemps quitté le cercle des initiés.» Cette bande dessinée, qui comprend sept volumes, un chiffre ésotérique, connaîtra bientôt une troisième vie puisque un important producteur vient d'en acquérir, après de longues négociations, les droits cinématographiques.« À l'origine, Le Triangle secret était un roman qui n'a jamais été publié.Après l'avoir fait lire à mon éditeur, Glénat, nous avons décidé d'en faire une bande dessinée et bientôt, on pourra en voir le film.» En attendant de lire le travail des deux scénaristes chargés de l'adaptation, Didier Convard s'occupe, entre autres, de diriger la Loge Noire, la nouvelle collection des éditions Glénat consacrée à la bande dessinée ésotérique et historique.« Ça correspond peut-être au changement de millénaire, mais beaucoup de bédéistes s'intéressent maintenant à l'ésotérisme et à l'histoire des religions.Cette collection a donc sa place dans l'univers de la bédé », conclut le créateur.LE TRIANGLE SECRET Glénat, 7 volumes CURIOSITÉ Qui saigne signe! CHANTAL GUY collaboration spéciale Le 21 décembre, on célébrait bruyamment le lancement d'une nouvelle revue littéraire à la librairie Le Livre Voyageur de la rue Swail, à Montréal, dont le propriétaire, Bruno Lalonde, est probablement le seul libraire à posséder plus de livres chez lui que dans sa boutique ! Une revue qui n'a pas de nom officiel puisqu'elle changera à chaque parution, suivant le thème du numéro.Tout ce qu'on sait, c'est qu'elle est produite par « La Compagnie à Numéro (9054-7475 Québec inc.» car la revue, indépendante, n'a pas été crée par les subventions gouvernementales.La « chose » est plutôt née de l'imaginaire et de la débrouillardise d'Yvon Boucher, de Serge de Cotret, de Bruno Lalonde et de Georges Raby.Le premier thème : la levée de l'autocensure, rien de moins ! « Parce qu'au Québec, la seule loto gagnante, c'est loto-censure », dixit Yvon Boucher.Premier titre : C'est ça qui est ça, avec, comme devise, « Qui saigne signe ».Pour l'occasion, plus d'une vingtaine d'écrivains ont jeté leur pavé dans la mare et leurs textes ont été agrémentés d'illustrations d'artistes bien « saignantes ».disons que ça pourrait choquer.Comme cadeau d'inauguration, une oeuvre récente de Roch Plante (alias Réjean Ducharme, pour ceux qui ne le savent pas) en page frontispice, avec l'accord de l'artiste, s'il vous plaît.Parmi les projets, on pense à publier Steak Haché (il y avait d'ailleurs quelques représentants amis au lancement de C'est ça qui est ça), mais sur papier glacé ! Ainsi, en plus des créations des « fondateurs », on peut lire les textes de José Acquelin, Paul-André Bibeau, Jean-François Bonin, Michel Bujold, Louis Carmel, Frédérick Gosselin, Benoit Gratton, Marc-Aimé Guérin, Robert Hébert, Marie-Claude Julien, Pierre K.Malouf, Carole Michaud, Jean Morrisset, Suzanne Myre, Chris Onadjee, François Pelletier, Adeline Rognon, Maurice Soudeyns et Robert Tanguay.Parmi les illustrateurs, dont plusieurs sont les auteurs des textes, on compte Luc Giard, Michel Casavant, Micheline Cornellier, Robert Daigneault, Baba Sy, Steve Deschênes, Pascal Picher et quelques anonymes.Surtout du style Humour noir, confessions très intimes, critiques acides, poèmes trash, sexe et drogue, il y a de tout là-dedans et surtout du style.Les plumes sont non seulement aiguisées, mais musclées.En riant, Bruno Lalonde croit quand même que ce n'est pas tout le monde qui s'est « laissé aller » mais affirme que ça viendra certainement.De toute façon, on prévoit un numéro entièrement composé de textes « anonymes », ce qui devrait plaire à ceux qui saignent quand ils signent.Selon le libraire, la prochaine parution pourrait rendre hommage à la paresse et s'intituler Lay-Z-Boy, et on travaille fort présentement pour obtenir le droit de publier une lettre inédite de Cioran, qui aurait bien apprécié, on imagine, être intégré à ce thème.C'est ça qui est ça est vendu à 15 $ l'exemplaire, que l'on peut se procurer à la librairie Le Livre Voyageur, au 3547, rue Swail.Dépêchez- vous, il n'y en a pas des tonnes (300 en tout).BEAUX LIVRES L'odyssée de Lewis Carroll Passeport pour Féerie SONIA SARFATI D'Alice au pays des merveilles \u2014 comme de Pinocchio, d'ailleurs \u2014 on connaît trop la version Disney.et pas assez celle de Lewis Carroll (et, dans le cas du pantin de bois, celle de Carlo Collodi).Réservant à ce récit initiatique \u2014 et à sa suite, De l'autre côté du miroir\u2014 le sort réjouissant déjà qu'elles ont fait « subir » aux Contes et Fables de Perrault et aux Fables de La Fontaine, les éditions Gründ présentent, dans un gros volume illustré par Jean-Claude Silbermann le texte intégral de Carroll dans une traduction d'André Bay.Bienvenue, donc, au pays des merveilles \u2014 sur les traces d'Alice qui suit celles du lapin blanc.En route, elle avalera des potions qui la font changer de taille, rencontrera l'énigmatique chat de Chester, prendra le thé avec le lièvre de Mars, affrontera la Reine de Coeur dans une partie de croquet, etc.Ses aventures reprendront de plus belle quand elle passera de l'autre côté du miroir pour « atterrir » dans un pays fait à la manière d'un échiquier où vivent Tweedledee, Humpty Dumpty et autres Reine Rouge.Un plaisir que de (re)découvrir ces contes dans ce grand livre qui se pose bien sur les genoux, se tient bien à quatre mains et se lit bien à quatre yeux, au coin du lit.Un chapitre par soir.et il y en a pour deux fois 12 dodos.Pas mal, non ?ALICE AU PAYS DES MERVEILLES suivi de DE L'AUTRE CÔTÉ DU MIROIR, Lewis Carroll, Gründ, 479 pages SONIA SARFATI Si Féerie, royaume des fées et autres créatures magiques, existe vraiment (et certains n'en doutent pas !), Démons et merveilles de l'elficologue (pourquoi pas ?) Édouard Brasey en est le guide touristique indispensable.D'une grande beauté visuelle, ce superbe livre est riche d'une iconographie qui transporte le lecteur dans des lieux imaginaires (du moins, officiellement) où l'enchantement côtoie le terrifiant, où la beauté se mêle à l'horreur.« Tout elficologue amateur ou chevronné doit connaître et respecter les moments et les lieux où les fées lui fixent rendez-vous, sous peine de ne plus jamais coucher dans son lit, prévient Édouard Brasey en introduction.Les fées bienveillantes du mois de mai ne sont pas de même nature que les sorcières d'Halloween.Les esprits follets de la Saint-jean qui dansent dans les plaines ne sont que de lointains cousins des tomtes et nisses du Grand Nord qui vont chercher le feu nouveau au solstice d'hiver et assistent le père Noël dans sa tournée de distribution des cadeaux.» Et de nous les présenter, donc, en quatre parties pour quatre saisons : mois de mai, mois des fées ; songe d'une nuit d'été ; la nuit d'Halloween ; Noël, la nuit des merveilles.Ici, de découvrir l'origine des fées de même que les arbres qu'elles protègent.Là, de pénétrer chez le Petit Peuple décrit par Shakespeare dans sa célèbre pièce, chez les sirènes et autres belles mais inquiétantes Dames Blanches.Ailleurs, de se mêler aux sorcières, succubes, gnomes afin de mieux comprendre leurs moeurs.Finalement, de lever le voile sur les différents visages du père Noël, de ses fées (qui ne sont pas que des étoiles) et de ses lutins.Des textes vivants, passionnants, qui mêlent le rêve à la réalité, accompagnés d'illustrations en couleur couvrant des siècles de représentation de ces créatures magiques qui n'ont pas fini d'émerveiller.DÉMONS ET MERVEILLES Fées, lutins, sorcières et autres créatures magiques Édouard Brasey Éditions du Chêne, 183 pages Portraits d'écrivains JACQUES FOLCH-RIBAS collaboration spéciale À20 ans, nous avons le visage que nous ont fait nos parents, à 40 celui que nous nous sommes fait.C'est ce qu'on dit (je crois que l'auteur de ces phrases est Aragon, je n'en suis pas sûr).Alors, si vous êtes curieux de savoir à quoi ressemble le visage des écrivains, voilà un recueil pour vous.Ce sont 120 portraits à la plume, au crayon, au fusain, à l'aquarelle, dessinés par Martine Le Coz, dont on ignorait le talent de peintre.Car c'est une essayiste, une poète, une romancière qui obtint l'année dernière le prix Renaudot pour Céleste.Et chacun de ces portraits est accompagné d'un court texte, quelques lignes, écrit par Joël Schmidt, lui-même journaliste et écrivain.Des textes qui emprisonnent de façon frappante l'étincelle de ces littérateurs, et qui disent, bien sûr, en quelques mots à quoi ressemble leur visage (un homme d'affaires pour Georges Bataille, un grand oiseau pour Roland Barthes, un aigle pour Beckett, un empereur romain pour Supervielle, un revenant, le Hollandais volant, pour Céline.ainsi de suite.Pas mal trouvé, non ?) mais aussi à quoi peut bien ressembler leur art \u2014 d'autres diraient leur âme : la froideur maîtrisée de la littérature fantastique, pour Lovecraft ; le deuil d'une cravate noire, pour Gracq ; le spectateur fasciné, pour Simenon ; l'observation langoureuse et l'acuité fraternelle, pour Vénus Khoury- Ghata Et l'on est frappé par ces ressemblances profondes, celles du texte comme celles du dessin.Encore plus, si nous connaissons quelque peu les personnages : Marie-Claire Blais et Antonine Maillet sont là, allez-y voir, c'est bien elles.Le lecteur, parfois un peu agacé par les us et coutumes de la gent littéraire, et que tant de sérieux d'abord impressionne puis étonne et enfin repousse, sera probablement content de regarder cet autre album intitulé La Chose littéraire.Là aussi, ce sont des dessins, un par page, très comiques et très critiques, accompagnés chacun d'une courte légende.Très courte.Très drôle.Pauvres écrivains ! On aurait presque pitié d'eux, tant ils sont ridicules, parfois.\u0001\u0001\u0001 VISAGE DES VOYAGEURS, PORTRAITS D'ÉCRIVAINS DU XXe SIÈCLE Martine Le Coz Joël Schmidt, Éditions du Rocher Broché, 248 pages (21x29 cm) \u0001\u0001\u0001 LA CHOSE LITTÉRAIRE Jean-Philippe Delhomme Éditions Denoël, 94 pages (19x25 cm) Une civilisation de 5000 ans JACQUES FOLCH-RIBAS collaboration spéciale Le monde entier se passionne pour l'Égypte antique.Depuis Napoléon, en tout cas, et sa célèbre expédition, depuis le pillage des tombes, depuis le transport d'obélisques vers l'Europe.et surtout après la lecture des fameux hiéroglyphes qui restèrent un secret durant plus de 3000 ans.Voici l'album le plus complet, semble-t-il au profane que nous sommes, sur la civilisation antique de l'Égypte.Dans lequel nous suivons l'histoire, et surtout l'histoire de l'art égyptien.L'auteur se pose d'emblée la question : qu'est-ce que l'art ?Il essaie de nous montrer à quel point la parole, celle des signes gravés sur l'architecture, fut pour les Égyptiens un acte de création.« Le nom d'une chose évoquée est la chose nommée.Le seul fait de prononcer le nom d'une chose signifie la créer.» Pouvoir créateur de l'écriture hiéroglyphique et des représentations des tombes et des temples.Pour nous, ce pouvoir est évident.Grâce aux signes (écrits, dessinés, gravés, peints) nous pouvons fréquenter l'Égypte antique.Ses rois, ses prêtres, ses bourgeois, ses ouvriers.Ses manières de vivre.Ses combats.Ses croyances religieuses, ses connaissances scientifiques.Si bien que ce livre laisse « les anciens Égyptiens s'exprimer », le plus possible.« Pour comprendre ce monde antique, il faudrait abandonner nos idées préconçues, le sens critique propre aux Occidentaux, nous laisser aller et nous pénétrer de l'esprit des Pharaons.C'est la grâce que l'on se souhaite.Ce livre, cet album, est une somme de renseignements comme d'images.Tout y est, depuis les origines et les Thinites, et l'Ancien empire, jusqu'à la fin, la période gréco-romaine puis romaine.Et même un peu plus loin, les Byzantins, les Ottomans.Surtout : les illustrations sont remarquables.Architecture (les temples et les tombeaux), gravure (l'écriture et les signes), peinture (les remarquables portraits du Fayoum, par exemple) tout mérite notre contemplation, y compris les reconstitutions par ordinateur.On comprend cette fascination pour l'une des plus longues civilisations de l'homme.\u0001\u0001\u0001\u0001 L'ÉGYPTE ANTIQUE Maurizio Damiano-Appia Gallimard, 400 pages toutes illustrées 7LP0501F0105 5 janvier F5 7LP0501F0105 ZALLCALL 67 21:08:11 01/04/03 B L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 5 J ANV I E R 2 0 0 3 L E C T U R E S F 5 ENTREVUE Le thriller mystique d'un grand cancérologue E L I A S LEVY collaboration spéciale C'est assez inusité qu'une figure réputée de la médecine moderne livre ses réflexions sur les maladies incurables, les limites de la médecine traditionnelle, les égarements de la techno- science, la mort.par le truchement d'un genre littéraire bien particulier : le polar.C'est ce qu'est parvenu à faire très brillamment le grand cancérologue français David Khayat, dans un thriller médical et mystique haletant, Le Coffre aux âmes, paru récemment aux Éditions XO.Deux conceptions de la médecine, l'une valorisant la science, l'autre louant les « vertus » de la sagesse spirituelle et des sciences occultes, s'affrontent dans cette intrigue policière, efficace et très bien menée.Cancérologue de renommée internationale, chef de service à l'hôpital de la Pitié- Salpêtrière de Paris \u2014 l'un des plus importants établissements de santé de France \u2014 professeur à l'Université Pierre et Marie Curie de Paris et au Centre de cancérologie de Houston (Texas), David Khayat a été, en l'an 2000, le fondateur du premier sommet mondial contre le cancer.Il avait déjà publié en 1997 un premier roman, Ne meurs pas (Éditions Anne Carrière), qui a connu un grand succès.Ce livre très poignant, relatant l'histoire d'un jeune cancérologue face à la mort de son ancien patron, est actuellement l'objet d'une adaptation pour la télévision \u2014 le tournage de ce film a débuté le 1er décembre.C'est le comédien Roger Hanin qui interprète le rôle principal.Deux théories de la médecine Dans Le Coffre aux âmes, David Khayat vante les mérites de la douce philosophie tibétaine et met en lumière les enjeux d'une médecine non conventionnelle qui repousse toujours plus loin la mort.« L'idée au départ n'était pas de faire un thriller.Je voulais écrire un roman dans lequel je mettrais en résonance deux théories de la médecine.Une première théorie qui soutient que la médecine ne peut trouver son sens que quand elle est efficace, quand elle est un moyen pour améliorer sensiblement l'état de santé d'un patient gravement malade, quand elle maîtrise une technique ou un procédé médical complexe.Il s'agit de cette médecine qui nous a fait croire que le cancer serait vaincu en l'an 2000.Et puis, il existe une autre médecine plus ancienne, d'essence hippocratique, qui renaît aujourd'hui à travers un certain nombre de pratiques, dont les médecines parallèles.Ces médecines ont comme principal fondement la compassion, la charité envers celui qui souffre.Je voulais que ces deux conceptions de la médecine s'entrechoquent dans ce roman », explique le professeur David Khayat au cours de l'entrevue qu'il nous a accordée récemment.Cet éminent cancérologue et chimiothérapeute estime qu'un praticien est contraint aujourd'hui de recourir simultanément à ces deux différentes approches de la médecine pour soigner un patient atteint d'une grave maladie.« Moi je crois que ni l'une ni l'autre de ces deux conceptions de la médecine ne sont bonnes.La vraie bonne médecine est entre les deux.Ce que souhaite un malade, c'est avant tout d'être guéri.Mais, en même temps, qui est le malade atteint d'un cancer qui acceptera la lourdeur des traitements de chimiothérapie qu'il doit subir si ceux-ci ne sont pas accompagnés d'un minimum de compassion humaine ?Un malade a autant besoin de la médecine pure et dure que de la médecine de la main tendue.Il y a autant de sens quand je m'assois au bord du lit d'un malade, quand je lui tiens la main et que je n'ai plus rien d'autre à lui apporter que quelques paroles douces, que quand je maîtrise les chimiothérapies les plus complexes ou que je fais une greffe de la moelle.» Dr David Levine Le récit de ce thriller subjuguant se déroule dans un grand hôpital new-yorkais.Jeune interne au très prestigieux hôpital St Thomas, le Dr David Levine, pianiste de talent qui a tout abandonné pour se consacrer entièrement à la médecine, travaille dans le service d'hématopédiatrie, où l'on soigne les enfants leucémiques.Un soir d'été, c'est la mine sombre qu'il rentre retrouver sa femme.Avant de partir, il a demandé aux infirmières d'administrer une perfusion de calmants à la petite Sharon, 8 ans, une gamine adorable avec laquelle il a noué des liens forts.David ne peut plus rien pour elle, à part adoucir sa dernière nuit.Comme chaque fois qu'il perd une bataille contre la mort, il est submergé par un sentiment de colère et d'impuissance.Le lendemain, il apprend hébété que non seulement Sharon n'est pas morte, mais qu'elle va beaucoup mieux.David n'y comprend rien.Pourtant, il assiste à une rémission spectaculaire.Au bout de huit jours, Sharon est tirée d'affaire.C'est un magnifique cadeau de départ pour cet ambitieux interne, qui doit quitter ce service peu de temps après pour tenir une promesse faite à sa femme.Enceinte, cette dernière ne veut pas que leur futur enfant soit élevé dans une atmosphère de maladie et de mort.Il obtient donc sa mutation au service d'obstétrique, dirigé par la célèbre professeure Emma Rosenfeld, sommité internationale en matière de traitement de la stérilité.Mais peu après son arrivée, une femme enceinte meurt, subitement, d'un syndrome inconnu.David apprend par hasard qu'une autre mort inexpliquée s'est déjà produite dans ce service.Une enquête est ouverte.Si c'est un acte criminel, son auteur est incroyablement discret et inventif.Suspense et érudition Dans ce roman d'une grande richesse scientifique, mêlant très habilement la fiction et la réalité, le suspense et l'érudition, la science et le sacré se livrent une guerre sans merci.Mais, pour David Khayat, il n'existe aucune contradiction entre ces deux manières de cerner les mystères profonds de l'existence humaine, surtout à une époque où de partout naît le besoin d'une science avec plus de conscience.« Je suis un scientifique \u2014 je suis docteur en sciences et docteur en médecine \u2014 qui croit profondément en Dieu.Cette schizophrénie est, pour moi, tout à fait acceptable.En effet, la science sait poser les questions du comment, mais elle n'a pas su répondre jusqu'ici aux questions du pourquoi.La religion, elle, répond d'une manière qui me semble peu crédible à la question du pourquoi.Par contre, elle me rend à l'aise avec l'idée que la science ne peut pas poser la question du «pourquoi ?».Tout malade traverse deux phases.Il y a une phase où il peut croire résolument dans la technique du traitement, donc dans la science.Et, il y a une autre phase où il peut croire en Dieu.Il n'y a pas forcément d'antagonisme ou d'antinomie entre ces deux réalités incontournables.Ce polar a aussi une finalité pédagogique.David Khayat expose et explique avec une grande clarté plusieurs notions médicales qui peuvent paraître ésotériques au commun des mortels.« Ce thriller est un exutoire de mes propres inquiétudes, de mes doutes sur la science, sur la conscience humaine, sur le sens de ma vie, c'est-à-dire la vie d'un médecin quotidiennement aux prises avec la mort de ses patients, confie-t-il.Je voulais que ce livre ait aussi une portée pédagogique.Qu'il soit l'occasion pour des gens d'apprendre un petit quelque chose sur cette terrible maladie qu'est le cancer, sur l'histoire et les progrès de la chimiothérapie, sur les divers traitements employés pour juguler les cellules cancéreuses.Ce roman recèle trois dimensions.Il y a un aspect pédagogique, un aspect mystique et un aspect thriller.» La quête effrénée d'une spiritualité susceptible d'« humaniser » le monde « froid, insensible et rationnel » de la médecine empirique moderne est au coeur de ce récit insolite.« Je tenais à rappeler dans ce roman que chacun de nous est porteur d'une étincelle de divinité et de spiritualité, même si on ne croit pas en Dieu.Nous sommes tous responsables de notre âme.Celle-ci est unique.Cette âme ne nous appartient que pour un laps de temps, soit le temps de notre propre vie.Nous pouvons la souiller ou la rendre magnifique.Cela ne dépend que de nous.La compassion n'est pas une vertu qui se limite uniquement aux pompiers, aux médecins, aux infirmières.Tout être humain devrait être à l'écoute de son prochain, partager avec lui ses préoccupations, ses souffrances, ses inquiétudes, ses espoirs.L'avenir de l'humanité dépend de la grandeur de ces âmes.» \u0001\u0001\u0001\u0001 LE COFFRE AUX ÂMES David Khayat Éditions XO 2002, 281 pages Cancérologue de renommée internationale, David Khayat a écrit un thriller médical haletant, Le Coffre aux âmes.3097820A BIOGRAPHIE Zelda et Francis Scott Fitzgerald, le couple magnifique vu du côté de la femme JACQUES FOLCH-RIBAS collaboration spéciale VOICI UNE de ces biographies à l'américaine, énormes et complètes, dans laquelle on ne nous épargnera pas la couleur des socquettes de Zelda le soir de son bal, celui où elle allait rencontrer Francis.Mais n'empêche : même si l'on répugne à lire ces « briques de vie », on aura de la difficulté à abandonner celle-là.L'auteur, d'emblée, nous prévient : c'est Zelda qui l'intéresse.Kendall Taylor travaille à propos des Fitzgerald depuis 30 ans.Kendall Taylor est une femme \u2014 ces prénoms à l'américaine sont trompeurs \u2014 et c'est sans doute la raison de cet « angle de prise de vues » : raconter le destin d'un couple à travers celui de la femme.La rencontre de deux génies.On sait par Orson Welles, lorsqu'il divorça de Rita Hayworth, que « deux génies, c'est trop pour la même famille ».Mais Francis n'allait jamais divorcer, lui, c'est toute la différence.Il rencontre Zelda Sayre au cours d'un bal en 1918, au Country Club.Elle a 18 ans, des yeux gris-vert, des cheveux blond foncé, une allure de princesse, elle joue la flapper (c'est la mode parmi les petites filles de la haute), elle danse le charleston, elle aime le whisky et le patin à roulettes.Il arrive de Princeton, il est lieutenant, en uniforme de chez Brooks Brothers (très, très à la mode), il a les yeux bleus, il aime le luxe, la fête et la littérature.Il est en train de terminer un roman, son premier, L'Envers du paradis, qui va faire de lui l'idole de la jeunesse.Difficile de résister, lui à elle, elle à lui.Ils se marient.Mariage fastueux, à Saint-Patrick.La grande vie commence.Le couple le plus célèbre et le plus excentrique de l'époque joue chaque jour et à chaque moment sa vie à la roulette russe.Zelda danse, elle écrit, elle est impossible à vivre, elle délire, elle boit beaucoup, fréquente les pires et les meilleures célébrités (surtout masculines), elle veut être actrice, elle prétend que Francis s'inspire de ses idées à elle, de sa vie à elle, pour écrire des romans et surtout ces fabuleuses nouvelles que le Saturday Evening Post paie jusqu'à 4000 dollars pièce.Avec leur petite fille Scottie, née en 1921, les voilà partis pour Paris.Les années folles ?La lost generation ?Certainement.À Paris, sur la Côte d'Azur, dans les cabarets et les plus grands palaces de France.Francis écrit, pour oublier qu'il n'est pas Hemingway ?Mais c'est un faux prétexte, certains vous diront qu'il est meilleur que lui.Il écrit pour de l'argent, qui sera très vite dépensé.Le paradoxe, c'est que ses écrits ne sentiront jamais ni l'argent, ni la facilité.Ce sont de purs bijoux.Comme ceux dont il couvre Zelda.Elle se jette de dépression en spleen.Elle sera admise en 1930 dans un sanatorium, puis à la clinique suisse de Valmont.Schizophrénie ?Peut-être, mais l'époque n'a pas encore catalogué la maladie dont elle est atteinte.Elle parle aux fleurs, elle se prend pour d'autres, elle entend des voix.Le problème de Francis, ce fut Zelda ?Et celui de Zelda, nous dira-t-on, ce fut Francis ?Est-il plus grave de perdre la raison, ou bien que celle que vous aimez la perde ?Et plus grave pour qui ?Francis écrit à sa fille \u2014 dont, tout au long, nous n'envierons pas la vie, coincée entre deux génies : « Les fous ne sont que de simples invités sur terre, d'éternels étrangers, porteurs de décalogues brisés qui leur sont illisibles.» Cette lucidité devant le désastre mental (ce que les médecins d'aujourd'hui imputent à la « chimie du cerveau »), cette franchise aussi, ces mots sauvages que l'on n'a pas peur d'utiliser avec sa fille comme avec ses amis, c'est toute la force de Francis qui va lutter jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à sa propre mort, en 1940, à l'âge de 44 ans.Pour aider Zelda ?Par amour pour Zelda ?Pour le souvenir de Zelda ?Allez savoir.La tonne de biographies écrites sur ce couple fabuleux n'a pas résolu l'énigme.Zelda succombera à son tour, huit ans plus tard, dans l'incendie de la clinique où elle réside.Ce livre est résolument centré sur le personnage de Zelda, c'est ce qui fait son intérêt.Un regard neuf sur la vie de ce couple mythique qui fut admiré, adulé, copié, durant 20 années, jusqu'à ce que la guerre le fasse oublier.Les années folles étaient finies.\u0001\u0001\u0001\u0001 ZELDA ET SCOTT FITZGERALD LES ANNÉES VINGT JUSQU'À LA FOLIE Kendall Taylor Editions Autrement Paris, 530 pages Photo AP L'écrivain Francis Scott Fitzgerald aux côtés de sa femme Zelda et de leur fille Scottie en 1925. 7LP0601F0105 F6 DIMANCHE sciences 7LP0601F0105 ZALLCALL 67 21:34:15 01/04/03 B SCIENCES F6 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 5 JANVIER 2003 EN BREF Arme secrète LES FILMS de science-fiction ont coutume de nous montrer des armes rappelant le laser, mais qui se contentent d'assommer l'adversaire, sans le tuer.Des chercheurs de l'armée américaine travaillent à une telle arme, appelée Pulsed Energy Projectile, pour laquelle ils ont obtenu l'an dernier trois millions de dollars en subventions, a appris le New Scientist.Mais il a été impossible d'obtenir davantage de détails, et pour cause : selon les experts interrogés, un tel rayon laser, qui pourrait atteindre une cible à deux kilomètres, aurait pour caractéristique de brûler la première chose qu'il rencontre : que ce soit votre chandail.ou votre peau.La chaleur intense créerait un nuage de plasma qui réchaufferait l'air environnant de façon si instantanée qu'il en résulterait une petite explosion qui vous jetterait à terre, assommé.ou brûlé.Difficile de savoir à quel stade en est rendue la mise au point de cette arme, mais les plus pessimistes craignent qu'elle ne s'ajoute à la panoplie des armes anti-émeutes de la police dès 2006.Mon orange pour une péridurale SEREZ-VOUS RASSURÉE d'apprendre que les médecins, avant de pratiquer une péridurale, s'exercent sur.des oranges ?C'est en tout cas ce que dit le New Scientist, qui explique que les injections péridurales sont parfois problématiques, parce que l'aiguille doit percer un ligament coriace avant d'éclater dans l'étroit espace destiné à recevoir l'injection.Or, pour s'exercer à faire cet acte, plusieurs anesthésistes auraient décidé d'utiliser une orange, l'écorce constituant, selon eux, la meilleure simulation.Le coton prend de l'âge UN BRACELET ANCIEN trouvé au Pakistan démontre que le coton était utilisé 2000 ans plus tôt que ce qu'on croyait.Jusqu'à présent, la plus vieille fibre de coton était datée d'environ 4000 ans avant J.C.Elle avait été trouvée sur la côte Est de la Jordanie.Cependant, deux archéologues français, Christophe Moulherat et Benoît Mille, du Centre de recherche et de restauration des musées de France, à Paris, ont découvert, à l'intérieur d'un tombeau pakistanais vieux de 9000 ans, quelque chose qui remet en question l'origine du coton.C'est en examinant au microscope des sections d'une des billes constituant un bracelet, au poignet d'un squelette adulte, qu'ils ont découvert de minuscules fragments de fibre de coton, laissant supposer que le coton était utilisé pour relier les billes les unes aux autres.Ces archéologues croient d'ailleurs que certaines fibres ont pu être conservées, parce qu'elles étaient en contact direct avec du cuivre.» Puisque le cuivre peut se corroder, il produit des sels métalliques, tels l'oxyde et le carbonate de cuivre, qui se sont imprégnés dans les fibres de coton et les ont ainsi préservées », affirme M.Moulherat au New Scientist.Dans l'oeil de la pieuvre CHEZ LA PIEUVRE, l'expression « ne dormir que d'un oeil » a tout son sens.Mieux encore, chaque individu semble avoir son oeil préféré : chez cinq des huit pieuvres gardées en captivité à l'Institut de recherche sur l'évolution et la cognition de Vienne (Autriche), c'est l'oeil gauche, chez les trois autres, c'est le droit.Les chercheurs l'ont constaté en faisant bouger de faux crabes à proximité de ces grosses bestioles.Chaque fois, elles suivaient incontestablement l'action, mais d'un oeil seulement.Les biologistes expliquent cela par le fait que les pieuvres se reposent souvent dans des cavités où elles ne peuvent utiliser qu'un oeil à la fois ; avec le temps, il est possible que la partie de leur cerveau qui sert normalement à analyser les informations de l'autre oeil ait été dévolue à d'autres tâches.L'implant qui voit DE PETIT PAS en petit pas, on approche du moment où la technologie permettra de fabriquer un oeil artificiel.Cette fois, c'est une puce sensible à la lumière, que des scientifiques américains se proposent d'implanter dans l'oeil de personnes partiellement aveugles.La technologie ne viserait que ceux qui souffrent de cécité partielle et viserait donc à leur redonner une partie de leur vision.On pense en particulier aux gens qui souffrent d'une forme de dégénérescence de la vision en raison de leur âge et dont la maladie a endommagé les cellules qui, dans l'oeil, ont pour fonction de convertir la lumière en impulsions électriques envoyées vers le cerveau (c'est là que les images sont « décodées » ).Un millier d'électrodes microscopiques éparpillées dans la rétine permettraient à ces gens de voir un millier de points de lumière.Ils ne verraient donc pas une image complète mais pourraient à tout le moins distinguer des formes immobiles ou en mouvement, se déplacer sans aide et peut-être même lire, assure le chercheur principal, Kurt Wessendorf, du Laboratoire national Sandia.Le premier prototype pourrait être en oeuvre l'an prochain.Agité mais non frappé LIRE UN TEXTE sur l'écran d'un téléphone cellulaire tout en le faisant défiler avec un doigt n'est pas toujours facile.La compagnie japonaise NEC a donc trouvé la solution évidente : le téléphone que l'on agite.Vous le remuez de gauche à droite, et le texte défile de gauche à droite ; vous le remuez de haut en bas, et le texte remonte ou descend sur l'écran.Breveté mais non commercialisé.\u2014 Agence Science-Presse Il ressort de l'étude réalisée par des scientifiques canadiens que les émanations des fours des aciéries proches des lieux de nidification provoquent, chez le goéland, de fréquentes mutations de l'ADN.La pollution industrielle, source de mutations génétiques Dans la région des Grands Lacs, la pollution industrielle des grandes aciéries a déclenché une série de mutations génétiques de l'ADN du goéland argenté.Cet oiseau marin est très sensible aux modifications de l'environnement et sert de «témoin» des contaminations.Se fondant sur ces données, des chercheurs canadiens ont reproduit en laboratoire, chez la souris, des expositions croissantes à ces émanations toxiques : l'expérience, publiée dans la revue américaine Proceedings of the national Academy of Science, montre un doublement des mutations transmissibles d'une génération à l'autre.Et si la sidérurgie comportait des risques génétiques pour l'homme ?JEAN-MICHEL BADER Le Figaro Oui ou non, la sidérurgie et ses grandes aciéries, par la pollution atmosphérique chimique qu'elles entraînent, représentent-elles pour la faune animale, et pour l'homme, un risque génétique ?Au point de départ des interrogations scientifiques, un oiseau, Larus Argentatus, le goéland argenté, qui nidifie dans la région des Grands Lacs inférieurs.Cet oiseau migrateur très prolifique est fragile.À partir du milieu des années 1960 jusqu'au début des années 1970, on a remarqué que les goélands argentés qui nichaient près des Grands Lacs avaient des problèmes de reproduction.Quoique le nombre de nids ait été élevé, peu d'oisillons étaient observés.Des études ont permis de déceler que la mort précoce des embryons et un comportement parental anormal au cours de l'incubation étaient en partie responsables de l'échec de la reproduction.Les scientifiques étaient d'avis que des niveaux élevés de composés organochlorés (y compris les biphényles polychlorés ou BPC, des composés liés au DDT et le mirex), tant chez les adultes que dans les oeufs, étaient en cause.Plus récemment, les scientifiques se sont avisés que les composés aromatiques polycycliques (le benzène est un exemple) émis par les fours des aciéries proches des lieux de nidification provoquent chez le goéland de fréquentes mutations de l'ADN.Ses congénères vivant en milieu rural en ont en plus faible nombre.Impossible pourtant de savoir quelles voies, aérienne, aquatique ou autre, la pollution chimique mutagène prend pour atteindre les oiseaux.Impossible également d'éliminer d'autres facteurs confondants à l'oeuvre, comme des facteurs alimentaires ou d'autres facteurs morbides (infections, cancers, maladies dégénératives).Pour dépasser ces difficultés, une équipe canadienne de la Mac Master University de Hamilton (Ontario) et du laboratoire de toxicologie du centre de santé environnementale d'Ottawa ont mis au point un modèle expérimental chez la souris.Des laboratoires sentinelles ont été dispersés autour des aciéries, environ à un kilomètre de distance sous le vent des installations industrielles de Hamilton Harbor, où les concentrations en hydrocarbures polycycliques aromatiques, les plus mutagènes, sont maximales.D'autres laboratoires témoins ont été positionnés à 30 kilomètres de là, dans un environnement rural non soumis à la pollution.Vingt souris Swiss-Webster mâles et femelles ont, de septembre à novembre, respiré l'air pollué de l'aciérie.À la suite de cette exposition, les souris mâles et femelles ont été tirées au sort pour former des couples.La progéniture née de ces mariages et les parents ont ensuite subi des prélevements de sang.Au programme : une analyse génétique des mutations présentes sur certaines séquences dites minisatellites répétitives.En effet, ces zones fragiles et instables sont le lieu de multiples mutations sous l'effet de mutagènes chimiques ou d'une irradiation.Le résultat de ces empreintes génétiques est révélateur : les mutations sont de 1,5 à 2 fois plus nombreuses chez ces souris et leurs souriceaux pollués que chez leurs congénères rurales.Chaque fois, les chercheurs ont été en mesure de déterminer l'origine parentale des mutations transmises à la descendance.Cette découverte fondamentale prouve qu'il est possible d'hériter de mutations induites chez les parents.Après les résultats de travaux en mai dernier d'une équipe de l'Université de Leicester, qui prouvaient la transmission de mutations induites par une irradiation à deux générations successives de rats, le corpus scientifique renforce les craintes des travailleurs du nucléaire, qui ont peur de léguer à leurs enfants un risque accru de leucémies.La pollution industrielle a déclenché, chez les goélands des Grands Lacs, une série de mutations génétiques de l'ADN.La douce moitié ou le gros bout du bâton?L I S A NOLET Agence Science-Presse LES FEMMES vivant dans une région où les lois du divorce leur sont favorables ont un plus grand pouvoir de négociation dans leur couple.Et il en est de même là où elles sont en minorité.Davantage de pouvoir de négociation, cela peut vouloir dire que les femmes pourront consacrer moins d'heures au travail rémunéré que leurs maris et obtenir d'eux une plus grande part des revenus familiaux.Une vision froidement économique des relations de couple, mais qui s'inspire d'un modèle élaboré par nul autre que le Prix Nobel d'économie 1994, John Forbes Nash, ce mathématicien auquel est consacré le film Un homme d'exception.Il s'agit du modèle dit « de jeux coopératifs », qui permet de représenter, de façon mathématique, les possibilités de gains qu'ont divers intervenants compte tenu de leurs pouvoirs de négociations respectifs.Or, voilà que trois économistes ont décidé d'élaborer un tel modèle afin de percer ce mystère qu'est la règle de partage au sein des couples.Bernard Fortin et Guy Lacroix, de l'Université Laval, ainsi que Pierre-André Chiappori, de l'Université de Chicago, se sont appuyés pour cela sur des données portant sur 1600 ménages américains.Pour établir à quel point les lois sur le divorce étaient favorables \u2014 ou non \u2014 à la femme dans chaque État étudié, les chercheurs ont établi une échelle de 1 à 4, ce dernier étant le plus favorable.Leurs analyses montrent qu'un gain d'un point sur cette échelle se traduit par une augmentation annuelle de 4310 $ de la somme transférée par les hommes à leurs conjointes, ainsi que par une réduction moyenne de 46 heures de travail par an chez les femmes.Par ailleurs, une hausse de 1 % du nombre d'hommes dans une population donnée de même âge et de même race, plaçant donc les femmes en minorité, entraîne une augmentation de 2163 $ par année des transferts des hommes à leurs conjointes, et une diminution de 18 heures de travail par année chez les femmes.Les trois chercheurs expliquent leurs résultats par le fait que, en cas de divorce, les femmes seraient tout de même favorisées par le partage des biens et le prélèvement des pensions alimentaires ; et le surnombre d'hommes sur le « marché du mariage » leur permettrait un peu plus facilement de remplacer les ex-conjoints.Ce modèle économique pourrait en théorie être utilisé afin d'évaluer l'impact potentiel de futures politiques sociales.Pour autant qu'il ne soulève pas les hauts cris parmi les groupes d'intérêts. 7LP0701F0105 F7 DIMANCHE 7LP0701F0105 ZALLCALL 67 16:50:23 01/04/03 B LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 5 JANVIER 2003 F7 - 100 - Accaparé par les répétitions, ce dernier a demandé à une copine de s'occuper de moi.Ça commence bien! - La première de sa pièce aura lieu dans une semaine.Tu sais ce que c'est.- Oui, oui.- On y va?me dit la copine en déposant mon sac à dos qui pèse une tonne sur le chariot à bagages.Un peu-beaucoup-énormément déçue par l'attitude de mon vieil ami, je fais mes premiers pas en territoire yukonnais aux côtés d'une inconnue aux yeux immenses, au regard et au sourire très doux.Sylvie a beau porter un jeans et un coton ouaté, et parler français avec le plus pur accent de chez nous, j'ai la curieuse impression d'avoir affaire à une gitane d'une autre époque.En démarrant son camion, cette gitane du Nord m'annonce qu'elle se fait un plaisir de m'héberger à Marsh Lake.Ah bon! Je ne logerai même pas à Whitehorse, chez Sylvain?De mieux en mieux! CHAPITRE 104 La gitane du Nord m'offre du thé.Moi qui n'en bois jamais, j'accepte la tasse qu'elle me tend.Elle m'invite ensuite à la suivre sur le balcon avec vue sur le lac.Nous nous assoyons dans les marches de l'escalier.Il est tard, il fait clair, le ciel est rose et le silence, total.Tout bonnement, je demande à mon hôtesse: - Pourquoi vient-on vivre au Yukon, au fin fond des bois et sans aucun voisin à l'horizon?Sylvie me regarde droit dans les yeux.Elle prend une gorgée de thé.S'accorde-t-elle un moment de réflexion afin de décider si elle va me répondre ou non?Je me sens un peu mal à l'aise, à présent, de lui avoir posé cette question.Elle me sourit en déposant sa tasse à côté d'elle.Rasa, l'anagramme de mon prénom.Je n'ai pas le temps d'en faire la remarque à Sylvie qu'elle mentionne: - En sanskrit, Rasa signifie «sève, essence, plaisir, saveur».Intriguée, je demande: - Qui est Sabrina?Cette fois, Sylvie me sourit sans répondre.Je ne cherche pas à percer le mystère Sabrina, même si j'en meurs d'envie.- Et toi?me dit-elle.Moi?Je prendrais bien une gorgée de thé s'il en restait dans ma tasse.Je n'évoque pas le Conservatoire, ni mes années passées à Toronto, ni la mort de ma mère, ni mon amour platonique pour Sylvain, ni mon amitié avec Greta, ni mes retrouvailles avec Emmanuel.Pourquoi est-ce que je parle autant de mon premier amour?Ma rencontre avec Serge.Mon amour pour Serge.La mort de Serge.Mon désir de le rejoindre.Ma rencontre avec lui au bord de la lumière blanche.Ma présumée mort.Mon retour ici-bas.Serge-Serge-Serge.À force de paroles, ma bouche devient pâteuse.- Qu'est-ce que tu cherches, Sara?me demande Sylvie.Sa question me laisse bouche bée.Je passe ma langue entre mes lèvres avant de répondre machinalement: - Je ne sais pas.Réponse insatisfaisante.Le regard de Sylvie me piège.Je l'esquive.- Après une fausse couche et la rupture avec le père de l'enfant qui n'a jamais vu le jour, je suis partie pour l'Inde et le Népal.Dans un ashram, accompagnée par un gourou et entourée de pèlerins comme elle, ou seule en montagne à contempler les neiges éternelles de l'Himalaya, elle cherchait La Clef, pour en finir une fois pour toutes avec le grand malaise existentiel! - J'ai trouvé un cadenas fermé et une combinaison.C'était toujours ça de pris! lance-t-elle en riant.De retour dans ses Laurentides natales, malgré l'amour des siens, elle étouffait.Elle a entendu une petite voix et elle l'a écoutée: c'était l'appel du Nord.Pour la deuxième fois, elle a tout laissé derrière elle: un «chum pas pire», un emploi stable et bien rémunéré, un appartement douillet, coquet, spacieux.Vite, très vite, elle s'est envolée pour les Rocheuses, où elle a pleinement profité de son statut de touriste, avant de choisir son pays d'adoption, le Yukon; parce qu'ici, ça respire bien.- Puis j'ai rencontré Sabrina Rasa, ajoute-t-elle.À S U I V R E Éditions Québec Amérique www.quebec-amerique.com © 2000 Éditions Québec Amérique Inc.ROM05JR LA DÉVEINE FRANK ET ERNEST PEANUTS PHILOMÈNE GARFIELD FERDINAND COMIC22DEM 7LP0801F0105 F8 Dimanche oiseaux 7LP0801F0105 ZALLCALL 67 18:02:14 01/04/03 B F8 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 5 JANVIER 2003 Photo ALAIN DUBUC, collaboration spéciale.Cliché soumis au concours de photo Le Biodôme-La Presse Espèce spectaculaire mais souvent discrète, le tangara écarlate fait partie de la faune ailée de l'île de Montréal.Montréal, ville d'oiseaux À TIRE D'AILE p g i n g r a s @ l a p r e s s e .c a Montréal, ville de béton et de pollution ?Attention aux préjugés ! Non seulement la métropole est-elle réputée dans le monde comme une des agglomérations urbaines où il fait bon vivre mais, à bien des égards, Montréal est aussi une ville d'oiseaux exceptionnelle, été comme hiver.Il faut consentir un minimum d'efforts pour découvrir ce petit monde.Carol Sharpe demeure dans le secteur de la Petite-Bourgogne, en plein centre-ville.Intéressé depuis près de deux ans à l'ornithologie, il s'étonne de la grande diversité d'espèces qu'il a pu voir en une seule journée d'hiver à ses mangeoires : geai bleu, cardinal, mésange, chardonneret jaune, tarin des pins, pic mineur, sizerin flammé, tourterelle triste, etc., une douzaine d'espèces en tout.« Est-il normal d'observer autant d'espèces au centre-ville ?» demande-t-il par courriel.Si le poste d'alimentation de M.Sharpe a attiré plusieurs visiteurs intéressants, les découvertes qui l'attendent ailleurs dans l'île de Montréal se comptent par dizaines.Et même par centaines.Bon an mal an, autour de 200 espèces y sont observées, y compris la centaine qui niche sur place.Rien qu'à l'île des Soeurs, par exemple, on a répertorié jusqu'à maintenant autour de 280 espèces sur les quelque 450 qui se reproduisent au Québec.Il y a quelques mois, avant que les promoteurs ne décident d'abattre une partie de sa forêt à des fins de construction immobilière, l'île était toujours considérée au sein de la communauté ornithologique comme le meilleur territoire d'observation de la province après les terres de la réserve nationale du cap Tourmente, sur la côte de Beaupré.Bien sûr, ces oiseaux ne seront pas tous au rendez-vous en même temps et une visite au printemps donnera plus de résultats qu'une sortie en hiver.Ornithologue amateur réputé, responsable de la compilation des espèces d'oiseaux rares et inusitées pour la Société québécoise de protection des oiseaux, auteur d'un volume sur le sujet (Où et quand observer les oiseaux dans la région de Montréal ?), Pierre Bannon se dit toujours surpris du grand nombre d'oiseaux à portée de jumelles à Montréal.« La situation de Montréal est privilégiée, explique-t-il.La ville est entourée d'eau, notamment de rapides qui ne gèlent jamais l'hiver et permettent la présence de plusieurs canards à cette époque de l'année.On y trouve de très grands parcs où nichent une foule d'espèces.De plus, la présence du mont Royal à proximité de fleuve offre une aire de repos très fréquentée par les oiseaux forestiers durant la période de migration printanière.Et tous ces endroits sont accessibles facilement par les transports en commun.Les amateurs d'oiseaux sont vraiment choyés.» Au printemps, fait-il valoir, les grands espaces verts au sommet et sur les flancs de la montagne, comme le parc du Mont-Royal, le cimetière du même nom et le parc Summit, accueillent une foule de parulines, de petits moucherolles ou encore des espèces aussi spectaculaires que le tangara écarlate (photo) ou le cardinal à poitrine rose.Elles restent habituellement sur place une journée ou deux avant de poursuivre leur périple migratoire.Les parcs régionaux comme l'Arboretum de Sainte-Anne-de-Bellevue, le Bois-de-Saraguay, le Cap- Saint-Jacques, l'Île-de-la-Visitation et le plus récent, celui de la Pointeaux- Prairies, dans l'est de la ville, réservent toujours des surprises intéressantes.Sans oublier, bien sûr, les rives et les eaux riveraines qui entourent l'île, autant de lieux pour observer de nombreux échassiers, palmipèdes et une foule de petits oiseaux de rivage.Oiseaux d'hiver Et puis, il y a l'hiver.Non ! Nos oiseaux ne sont pas tous partis dans le sud.Si les espèces présentes à vos mangeoires peuvent parfois vous sembler bien « ordinaires », là encore, une petite sortie de temps à autre vous fera découvrir que le monde ailé est beaucoup plus diversifié durant la saison froide qu'on le croit habituellement.Depuis plusieurs années, quelques mordus participent à une petite compétition amicale dans le but justement de découvrir le plus d'espèces possible dans la région de Montréal durant l'hiver, plus précisément du 1er décembre au 28 février.Eh bien ! Chaque année, ces passionnés découvrent de 100 à 120 espèces, en majorité dans l'île et sur les cours d'eau qui la ceinturent.Dans les rapides de Dorval, par exemple, vous pourrez facilement découvrir à ce temps-ci une vingtaine d'espèces, canards, goélands et rapaces, simplement en vous promenant tranquillement le long de la piste cyclable.À certains endroits, les canards colverts viendront même à vous pour cueillir quelques croûtons de pain.Plusieurs grands parcs entretiennent aussi des mangeoires durant tout l'hiver.L'exemple le plus connu est probablement le Jardin botanique de Montréal.Son réseau de postes d'alimentation attire une foule variée sans oublier certains oiseaux inusités qui séjournent longtemps sur place en raison de l'abondance de petits fruits séchés encore accrochés aux arbres.C'est le cas notamment du merle d'Amérique, qui hiverne souvent au Jardin ou encore du jaseur boréal.Les oiseaux nordiques se font attendre D'ailleurs, les récents recensements de Noël réalisés les 14 et 15 décembre par la Société québécoise de protection des oiseaux et le Club d'ornithologie de Longueuil démontrent une fois de plus qu'au début de notre hiver il reste toujours beaucoup de découvertes à faire.Les territoires inventoriés par les deux organisations, deux superficies circulaires de 24 km de diamètre, incluent la presque totalité de l'île de Montréal.Or, cette année, les 66 participants du club de Longueuil ont découvert 65 espèces, alors que, plus à l'ouest, ceux de la société en ont observé 72, un nombre légèrement inférieur à l'an dernier dans les deux cas.Première constatation, les oiseaux nordiques tardent à migrer dans la région métropolitaine.Les durs becs des sapins, les tarins des pins (chardonnerets des pins), les sizerins flammés et les harfangs des neiges ont été presque, sinon totalement, absents parmi les 34 000 oiseaux observés par les deux organisations.Parmi les découvertes à signaler par le club de Longueuil, notons 2461 goélands argentés, 2339 goélands marins, 110 chardonnerets jaunes, 40 cardinaux, quelques rares goélands à bec cerclé, 16 vachers à tête brune, 16 merles d'Amérique, huit bruants à gorge blanche, deux bruants chanteurs, un quiscale bronzé et une paruline à croupion jaune.Pour leur part, les membres de la société ont signalé notamment 2700 garrots à oeil d'or, deux oies des neiges, un grand héron, un martin-pêcheur, une paruline verdâtre et une paruline à croupion jaune (à deux pas du restaurant Hélène- de-Champlain dans l'île Sainte- Hélène), un canard arlequin (sous le pont Jacques-Cartier, près de la Ronde : l'oiseau rare était encore sur place le 29 décembre), un garrot d'Islande à Dorval, de même qu'une calopsitte élégante au parc Jarry.Il s'agit manifestement du même individu dont je vous ai parlé il y a quelques semaines.Allez, à vos jumelles ! Bonne année à tous ! LE CARNET D'OBSERVATION Absence.PLUSIEURS lecteurs signalent que les oiseaux sont disparus de leurs mangeoires depuis quelque temps et demandent la cause du phénomène.La situation n'a rien d'étonnant, la fréquence des va-et-vient aux postes d'alimentation étant soumise à une foule de facteurs.Vos préférés ont peut-être déménagé dans un autre secteur de votre patelin.Il faut aussi se rappeler que, lorsque la neige se fait rare sur le sol, les ressources alimentaires de nos petits granivores sont beaucoup plus grandes, ce qui les incite moins à se déplacer pour se nourrir.Soyez patients, ils reviendront bien un jour ou l'autre.Un triplé.RICHARD NORMAND, de Granby, a tenu à partager son expérience étonnante à la suite de la chronique consacrée à nourrir les oiseaux dans la main.« Il y a quelques années, alors que j'effectuais une promenade avec mon épouse dans les sentiers du lac Boivin, à Granby, je nourrissais quelques mésanges à tête noire avec des graines de tournesol.Ces mésanges étaient déjà très habituées à manger dans les mains des passants.Voilà que je remarque une sittelle et un pic qui s'approchent de plus en plus.« Après avoir patienté quelques minutes, la sittelle s'est posée sur ma main, suivie par le pic.Ce fut toute une émotion que de voir ce pic agrippé à ma main après cette sittelle et la mésange.C'est un triplé dont je garderai longtemps le souvenir.» Bernaches de décembre ISABELLE ÉTHIER s'inquiétait au début de décembre du sort de ces outardes qui passaient au-dessus de Montréal par une température sibérienne.« Il faisait si froid, faisait-elle valoir dans son courriel.Elles n'ont probablement rien eu à manger lors de leur arrêt sur le fleuve.» À la même période, Louise et Nathalie Blais s'étonnaient d'entendre des bernaches voler très tard le soir « Est-ce une pratique usuelle ?demandent-elles.Il nous semblait que les vols ne s'effectuaient que le jour.» Les bernaches du Canada de même que leurs cousines les oies des neiges ou leurs plus lointains cousins, les canards, voyagent aussi bien la nuit que le jour durant la période migratoire.Même au cours de l'été, dans la région métropolitaine, il arrive que l'on puisse être réveillé en pleine nuit par les outardes.Rappelons par ailleurs que nos outardes figurent parmi nos migrateurs les plus tardifs et on peut souvent en voir de longues volées même à la fin de l'année.Il y trois semaines, le 10 décembre, on en comptait au moins 3000 à Saint-Jean, sur la rivière Richelieu.D'ailleurs, l'hiver dernier, plusieurs centaines d'entre elles ont passé l'hiver au Québec, notamment dans les rapides de Lachine, à Sainte-Catherine.Ces oiseaux ont la « couenne » dure.Le plumage très isolant et le système circulatoire de leurs patte leurs permettent de résister sans problème à des températures très froides même si elles circulent sur la glace ou nagent dans l'eau glacée.Photo GERTRUDE DAIGNEAULT, collaboration spéciale Gertrude Daigneault nous fait parvenir une photo inusitée prise en juillet dernier, à Sabrevois, sur la Rive-Sud.« Au début de la soirée, la mésange s'installait dans la noix de coco qui nous servait de mangeoire.À son arrivée, elle chassait ses semblables, puis jetait les graines pardessus bord avant de s'installer confortablement pour la nuit.» "]
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