La presse, 25 mai 2003, F. Lectures
[" 7LP0101F0525 F1 DIMANCHE 7LP0101F0525 ZALLCALL 67 18:24:33 05/24/03 B EXCEPTIONNEL TRÈS BON \u0001\u0001\u0001\u0001 BON \u0001\u0001\u0001 PASSABLE \u0001\u0001 SANS INTÉRÊT \u0001 NOS CRITIQUES DE LA SEMAINE C A H I E R F | L A P R E S S E | M O N T R É A L | D I M A N C H E 25 M A I 2003 Voir CHABON en F2 Avant, Carmen Boullosa > ROMAN \u0001\u0001\u0001\u0001 Page 2 Les Reines rouges, Cavanna > ROMAN HISTORIQUE \u0001\u0001\u0001 Page 5 Beau monstre, Peter Robinson > POLAR \u0001\u0001\u0001\u0001 Page 4 Un amour de prof, Yvon Brochu et Anne Villeneuve > LIVRE JEUNESSE \u0001\u0001\u0001 1/2 Page 3 Michel Tremblay au pays des Highlands Page 4 MICHAEL CHABON Hulk, Spiderman, X-Men et compagnie: les super-héros sont plus actifs que jamais au cinéma\u2026 mais pas qu'au cinéma.Ainsi, le romancier Michael Chabon a remporté le prix Pulitzer 2001 avec un roman retraçant l'âge d'or des .Un voyage fascinant parmi les jeunes hommes qui ont accouché de surhommes.SONIA SARFATI Illustrations tirées des livres de la collection MARVEL 100%, Presses Aventures © et été sera celui de Hulk et des Extraordinary Gentlemen, alors que le printemps est déjà celui des X-Men.Il est également celui de Neo et Trinity, intrépides personnages de The Matrix Reloaded \u2014 long métrage écrit et réalisé par Larry et Andy Wachowski, deux frères qui sont aussi auteurs de comic books.L'hiver dernier a vu le dépoussiérage de Daredevil (mais pas celui de Ben Affleck) et l'été 2002 a été celui de Spiderman \u2014 dont le retour se fera en 2004, année de toutes les bédés (américaines): sont aussi en production des longs métrages mettant en vedette Blade (pour une troisième fois), Iron Man, The Fantastic Four, Sub-Mariner, The Punisher, alouette! Bref, il y a des super-héros dans l'air (sinon dans les airs).Et, sans trop de tambours ni de trompettes.et sans costume moulant-flashant, Michael Chabon (auteur de Des Garçons épatants, superbement défendu à l'écran par Michael Douglas et Tobey Mc Guire \u2014 mieux connu pour son interprétation de.Spiderman), fait partie de ce paysage.Ainsi, il signera le scénario du deuxième Spiderman et avait été approché pour le script des premières aventures cinématographiques des X-Men.mais les producteurs n'avaient pas retenu son synopsis.Et puis, il y a Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, une brique pour laquelle il a reçu le prix Pulitzer 2001.Un long roman qui exigerait un long résumé.Car ce qui semble à première vue être l'histoire de deux jeunes Juifs qui, dans le New York des années 30 à 50, prennent à bras-le-corps l'American dream en devenant riches et célèbres grâce au super-héros qu'ils inventent, est en fait une fresque sociale et humaine qui ratisse beaucoup plus large que le (simple?) milieu des comic books.On y suit, à partir de 1939, le destin de deux cousins.Sam Clay, 19 ans, vit à Brooklyn, est commis chez Empire Novelties Corporation et rêve de s'imposer comme créateur de super-héros.Joe Kavalier, le même âge, a fui Prague occupée par les Nazis et aspire à faire venir aux États-Unis toute la famille qu'il a laissée derrière lui.Les rêves de l'un, les aspirations de l'autre mènent à la création de The Escapist en version originale, maladroitement devenu l'Artiste de l'évasion en traduction française.Non, mais.oh! Quel méchant tremblerait en entendant: «Arrière, scélérat! Je suis l'Artiste de l'évasion!» Michael Chabon lui-même, joint à Los Angeles pour une entrevue téléphonique, rigole à cette évocation: «Je sais, ça ne fait pas tellement super-héros, pouffe-t-il.En Italie et en Espagne, ils ont pris le concept d'évasion et ont inventé le nom Escapista.Je pense qu'il aurait été possible de faire quelque chose du genre en français.mais je crois aussi qu'en français, on n'aime pas trop inventer des mots», fait celui qui a vécu quelques années à Paris.Guerre et super-héros L'Artiste de l'évasion, donc.Qui arbore une clé sur son poitrail et permet aux uns, aux autres et aux autres encore d'échapper aux griffes des méchants.Le plus reconnaissable d'entre eux portant une sordide petite moustache et étant à la tête de hordes de soldats cintrés de noir.«Les super-héros sont entrés en guerre avant le pays, note ici Michael Chabon.En fait, la guerre est une des raisons qui ont provoqué l'âge d'or des comic books.» comic books QUELLES SONT LES PLUS GRANDES ENTREPRISES AU CANADA?ABONNEZ-VOUS DÈS MAINTENANT ! (514) 285-6911 Les abonnés de La Presse le sauront le mardi 3 juin.Un magazine spécial sera inséré exclusivement dans les exemplaires des abonnés.Une collaboration de La Presse et du National Post 7LP0201F0525 7LP0201F0525 ZALLCALL 67 21:15:16 05/24/03 B ENTREVUE L'exigeante quête de soi d'un écrivain d'aujourd'hui À 68 ans, Charles Juliet se dit habité en permanence par la joie de vivre LUCIE CÔTÉ lucie.cote@lapresse.ca Charles Juliet ressemble aux lettrés de la Chine ancienne qu'il admire.Ils « concevaient leur art comme un moyen de s'explorer, de s'affranchir du moi, de se perfectionner, de cultiver le meilleur d'eux-mêmes », écrit-il dans L'Autre Faim, le tome V de son Journal publié en février, qui couvre les années 1989 à 1992.Mais c'est aussi indéniablement un écrivain d'aujourd'hui en qui se reconnaissent à leur tour ses lecteurs toujours plus nombreux, qui s'est retrouvé cette année au programme des lycées français et qui est traduit dans plusieurs langues, notamment.orientales.Le succès de L'Année de l'éveil \u2014 récit d'une année dans la vie de l'enfant de troupe qu'a été Charles Juliet, qui l'a révélé au grand public il y a près de 15 ans \u2014 ne l'a pas changé.Il continue d'écrire avec la même exigence et sans trahir cet idéal, la quête de soi, qui gouverne sa vie depuis si longtemps.« Pour moi, c'est fondamental.Je n'admets pas qu'un écrivain écrive certaines choses et vive en totale contradiction avec ce qu'il écrit », explique le Lyonnais rencontré à Montréal, où il est revenu pour la première fois depuis neuf ans, à l'occasion du 9e Festival international de la littérature, qui s'est terminé le 17 mai.Une essence biographique Outre le monumental Journal qu'il tient depuis 1957, tous ses autres textes, récits, poèmes, pièces de théâtre, ont donc une essence autobiographique.« Oui, parce que l'écriture a été pour moi un moyen de me construire, de me clarifier, de me réunifier, de me réorganiser intérieurement, de me changer fondamentalement », répond l'écrivain de sa belle voix, douce, lente et profonde.À 68 ans, Charles Juliet n'est plus l'homme sombre, torturé, des premiers tomes de son Journal.C'est un homme conscient du long chemin accompli en 40 ans d'écriture et qui se dit habité en permanence par la joie de vivre.« Ça ne veut pas dire que je me détourne des drames du monde, précise-t-il.C'est un état de bien-être, de joie grave, c'est simplement une manière d'aimer la vie avec tout ce qu'elle comporte.» Charles Juliet a su très vite qu'il devait écrire.Appuyé par sa femme, il a abandonné ses études de médecine pour se consacrer à l'écriture.Mais il a vécu près d'une vingtaine d'années de grande solitude avant d'être publié.Il avait alors 44 ans ; il s'agit donc d'une naissance d'écrivain tardive.« Oui, absolument, acquiesce-t-il.Je crois qu'il y a deux grandes familles d'écrivains.Ceux qui écrivent jeunes, dans les premières années de leur vie, et qui sont traversés par une parole ; et puis les autres, très différents, qui vont écrire plutôt dans la seconde moitié de leur vie.Là, le processus créateur est tout à fait différent parce qu'il passe par une réflexion, une maturation, un approfondissement.On ne choisit pas, mais moi, je sens bien que j'appartiens à cette deuxième famille.« À 28-30 ans, j'avais parfois des moments d'un tel désespoir.Je voyais ce que j'étais et j'ai compris que je n'allais rien pouvoir faire vraiment avant 50 ans.Je l'ai vu, ça, je l'ai compris, mais comme une chose aveuglante et certaine.Il fallait que j'attende 20 ans ; qu'est-ce que j'allais faire ?C'était accablant, cette révélation que j'ai eue sur moi.C'était une évidence.Une évidence », se rappelle-til.Ce sont maintenant les années de moisson pour le petit paysan tenace devenu écrivain.Il a publié en 1995 son livre le plus émouvant, Lambeaux, hommage à sa mère, dont il a été séparé aussitôt après sa naissance.Ce n'est qu'à 7 ans qu'il a appris son existence.le jour où son autre mère lui a annoncé sa mort.Étudié cette année en France, Lambeaux occupe une place à part dans sa bibliographie.« Entre les 20 premières pages et la suite, il s'est passé 12 ans, souligne-t-il.C'est un livre absolument essentiel pour moi parce qu'il m'a permis de comprendre ma petite enfance, la culpabilité inconsciente en moi.Surtout, j'ai compris que mon besoin d'écrire devait venir de ce problème, de cette fracture psychique que j'ai subie en étant séparé de ma mère à un mois d'existence.» Et ce livre l'a en quelque sorte délivré.« J'ai une compréhension de ces problèmes que je n'avais pas et depuis, je suis libéré de cette culpabilité que je portais en moi sans le savoir et qui m'empêchait de vivre, qui m'entravait.» Son éditeur, P.O.L., qui publie l'essentiel de son oeuvre, a aussi réédité les premiers tomes de son Journal, de même que, notamment, les Rencontres avec Bram Van Velde, ouvrage consacré à un artiste cher à son coeur.Le tome V du Journal, dont le titre, L'Autre Faim, renvoie à la faim spirituelle, est plus fluide que les précédents, ce dont se réjouit l'écrivain.Il y parle de l'accueil fait à L'Année de l'éveil, du tournage qui a suivi.Mais il y a surtout consigné ses réflexions sur l'art, la quête de soi, sa conception de l'écriture, ses lectures, ses rencontres, ses voyages, ses souvenirs.Charles Juliet doit maintenant écrire la préface d'un livre de Bang Hai ja, artiste française d'origine coréenne qui avait réalisé des lavis d'encre pour son recueil de poèmes Une joie secrète.Ce livre, qui rassemblera des calligraphies de l'artiste et des poèmes de moines coréens des siècles passés, paraîtra à la rentrée chez Albin Michel.Fait amusant, Hun Bang, le frère de Bang Hai ja, a longtemps été le violoniste de Gilles Vigneault, qu'il vient tout juste de présenter à Juliet.Par ailleurs, l'écrivain a été sollicité pour rédiger un commentaire de L'Ecclésiaste, après avoir écrit Ce long périple, dans la collection Qui donc est Dieu ?chez Bayard.« De par ma propre évolution, de par ma propre connaissance des autres religions, je n'ai pas de croyances religieuses, note Charles Juliet.Quand on aborde d'autres religions, comme le taoïsme ou le bouddhisme, on s'aperçoit bien que c'est toujours l'homme qui a créé Dieu.Il a ce besoin de se figurer dans une représentation cette idée de l'infini, de l'immense, de l'éternel.Je n'ai pas ce besoin car je sais bien que l'essentiel n'est pas là.L'essentiel est de savoir qui l'on est et comment on vit et comment on se comporte.» Photo MICHEL GRAVEL, La Presse © À 68 ans, Charles Juliet n'est plus l'homme sombre, torturé, des premiers tomes de son Journal.Conscient du long chemin accompli en 40 ans d'écriture, il dit avoir atteint un état de «bien-être, de joie grave ».CHABON Suite de la page F1 Et d'expliquer : « D'un côté, les superhéros y ont trouvé des méchants à leur mesure.Avec tous les pouvoirs qu'ils avaient, s'en prendre à des hommes d'affaires véreux, des politiciens retors et des savants fous n'aurait fait qu'un temps.D'un autre côté, leurs aventures servaient d'exutoire aux jeunes de l'Amérique qui voyaient leurs parents s'inquiéter à cause de la guerre, qui entendaient le président parler de la guerre et qui, bientôt, ont vu des membres de leur famille partir à la guerre.Il était rassurant et attirant pour eux de voir ces personnages en costumes colorés qui pouvaient gagner et gagner encore.» Le roman de Michael Chabon retrace donc, dans un premier temps, l'histoire de deux jeunes Juifs salivant devant les Superman et Batman de ce monde.Mais cette histoire se glisse rapidement dans celle de l'âge d'or des comics.Qui, elle, est indissociable de celle de New York durant ces années 40 exubérantes, avec ses big bands, ses pin up, le base-ball et Joe Di Maggio, etc.Et le tout, en s'élargissant, ne pouvant que s'ouvrir sur l'histoire de la société occidentale déchirée par un conflit mondial \u2014 notamment parce que Prague ne quittera jamais l'esprit de Joe, qui fera tout pour retrouver les siens et qui, à défaut de cela, ira au front.Bref, il faut en comprendre que si Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay seront littéralement jouissives pour les amateurs de comics, elles n'en seront pas moins passionnantes pour les amateurs de romans d'aventures, d'amour, de guerre.De romans où il est question d'art, de culture, de société.De romans tout court, quoi.Pour répondre à cette lourde commande qu'il s'était passée à lui-même, Michel Chabon a fait beaucoup de recherches.Sur cette période de l'histoire américaine, en particulier celle de New York ; sur les politiques du gouvernement américain concernant les réfugiés pendant la guerre de 39-45 ; sur la Deuxième Guerre mondiale ; sur le Golem, qui pourrait être vu comme une manière de « superhéros » dans la culture juive \u2014 c'est à ce concept que Joe, qui n'a jamais vu de bandes dessinées de sa vie, se raccrochera quand Sam lui demandera de dessiner un superhéros ; et, bien sûr, sur l'âge d'or des comics.Sur ce dernier sujet, le romancier admet avec humour « être devenu une encyclopédie d'un tas de choses absolument inutiles ».Les comics en famille Reste que tant de savoir donne des assises solides aux personnages et aux situations.D'autant que le roman s'appuie sur l'attachement réel de Michael Chabon aux comics, qui ont été « un pont entre l'enfance de mon père et la mienne ».Son père, fils d'imprimeur, a en effet fait ses premiers pas de lecteur dans les bandes dessinées que son propre père (le grand-père de Michael Chabon, donc) rapportait à la maison.« Quand j'ai été en âge de lire, mon père m'a automatiquement offert ce genre de lecture.Ça tombait bien, à l'époque \u2014 c'était le début des années 70 \u2014 Marvel et DC Comics réimprimaient leurs grands classiques.Et Michael Chabon de plonger dans les mêmes bandes dessinées que son père.Un « pont » solide, que celui- là.« Mais à l'adolescence, je suis passé à autre chose et j'ai vendu ma collection au complet.» Ou presque : il en restait une boîte, sur laquelle le romancier a mis la main peu après la publication de Des Garçons épatants.Cette découverte, ajoutée à la lecture d'un article portant sur la carrière de Jerry Siegel et Joe Schuster \u2014 les créateurs de Superman \u2014 a mis le feu aux poudres.de son inspiration.Ainsi est né Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay.Un livre avec lequel Michael Chabon s'est, aussi, bien amusé.Notamment à tromper le lecteur.Surtout celui à qui le genre n'est pas familier.À lui faire croire que Joe Kavalier, que Sam Clay et que l'Artiste de l'évasion ont vraiment fait partie de l'histoire.Ce, en permettant à des personnages historiques de faire des apparitions dans le roman \u2014 Alfred Hitchcock, par exemple, aurait été un grand admirateur du travail de Kavalier et Clay ; et en insérant des notes de bas de page dans le récit : « Sammy racontait souvent une anecdote sur un jeune artiste crève-la-faim (.) », par exemple.« Ça a marché : j'ai reçu des courriels de lecteurs qui me demandaient où ils pouvaient se procurer les dessins de Joe Kavalier », raconte le romancier, qui s'est également fait un malin plaisir (partagé par ses lecteurs, alors c'est excusable !) de consacrer de courts chapitres à la narration de certaines aventures de l'Artiste de l'évasion.« Il le fallait.Parce que si Kavalier et Clay avaient vraiment existé et que leur superhéros avait vraiment eu le succès décrit dans le roman, il en resterait des traces aujourd'hui.» Mais si, concrètement, il n'y en a pas aujourd'hui, il y en aura demain : un éditeur de comics lui a en effet commandé un scénario mettant en vedette L'Artiste de l'évasion.L'écrivain est aussi à scénariser Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay pour le cinéma.Et à attendre, avec sa femme \u2014 la romancière Ayelet Waldman \u2014 la naissance de leur quatrième enfant.Ce qui lui fait un programme déjà bien chargé.À moins qu'il ne soit un superman.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & CLAY Michael Chabon (traduit par Isabelle D.Philippe) Pavillon, Robert Laffont, 631 pages Avec Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, Michael Chabon a signé un roman qui passionnera les amateurs de comics et les mordus de romans d'aventures, d'amour, de guerre.PIERRE FOGLIA CHAQUE MARDI, JEUDI ET SAMEDI 7LP0301F0525 7LP0301F0525 ZALLCALL 67 21:09:18 05/24/03 B L A P R E S S E MONT R E A L D IMANCHE 2 5 MA I 2 0 0 3 L E C T U R E S F 3 LITTERATURE QUEBECOISE ROMAN Gilles Archambault, diariste deguise L'enfant a la collaboration speciale Apeine installe dans le sobre salon de sa sobre maison, sur le divan noir pres de la fenetre, Gilles Archambault s'interroge : Est-ce que je suis ici pour parler de moi ?Cette frayeur fugitive dans son oeil bleu delave.Cette timidite maladive qu'il camoufle, mal, sous l'autoderision.Et cette franchise desarmante quand il s'abandonne a la confidence : Je n'ai rien regle des problemes que j'avais a l'adolescence.A 69 ans, Gilles Archambault a beau avoir 26 livres et 40 annees d'ecriture derriere lui, il n'est pas du genre a se peter les bretelles pour autant.Je me suis souvent dit : je suis peut-etre un mauvais ecrivain, j'ai peut-etre rate mon coup.J'ai ete faconne et fascine par la litterature francaise et americaine des annees 40-50-60 : mes modeles ayant ete des modeles que je placais haut, j'ai toujours ete relativement decu par ce que je faisais.Le prix Athanase-David qu'il a recu pour l'ensemble de son oeuvre en 1981 et le Prix du Gouverneur general qu'il a obtenu six ans plus tard pour son recueil de nouvelles L'Obsedante Obese n'y auront rien change.J'etais content quand c'est arrive, mais je doutais de moi en meme temps.Il me semblait que ce n'etait pas a moi, le prix David surtout : j'ai pense qu'il y avait maldonne.Pas question, evidemment, que Gilles Archambault celebre en grande pompe l'anniversaire de ses 40 ans d'ecriture.Quand on arrive a un certain age, c'est tout ce qu'on rencontre, des anniversaires.Ca fait 35 ans que je suis entre a Radio-Canada, ca fait 15 ans que je suis present au Salon du livre de Montreal, 45 ans que je suis marie.et 40 ans que je publie.Voila ! L'envie de tout lacher Une supreme discretion.C'est le titre du premier roman que Gilles Archambault a publie il y a 40 ans.On pourrait tout aussi bien parler de sa supreme discretion a lui.L'ideal pour moi serait d'etre dans une piece donnee et que des gens, dans une autre piece, la porte etant fermee et ne sachant pas que je suis la, disent du bien de moi, auquel cas, au bout de cinq ou six phrases, je partirais, par crainte qu'arrive une remarque desobligeante ou qui serait blessante pour moi.Ecrivain somme toute assez confidentiel, il n'a jamais ambitionne de vivre de sa plume.Trois mille personnes qui achetent mes livres, c'est extraordinaire, quand on pense que les gens peuvent lire Stendhal, Flaubert, Balzac et tant d'autres ecrivains.Dans la nouvelle qui ouvre son nouveau recueil, De si douces derives (Boreal), un homme d'age mur decide de partir sur un coup de tete, sans preavis et sans bagage.Il laisse tout derriere lui, y compris sa femme.Gilles Archambault s'empresse de preciser qu'ayant un sens pointu des responsabilites, jamais il ne pourrait faire une chose pareille.Mais ce n'est pas faute d'y avoir deja pense.J'ai deja eu l'envie immediate, subite, de tout lacher, ou meme de me suicider.Surtout quand j'etais adolescent.J'habitais dans le Centre-Sud de Montreal et il y avait un cours d'eau pas loin.Je passais a cote et je me disais : si je m'y jetais, tout serait regle.Dans son recit autobiographique paru en 1993, Un apres-midi de septembre, sans doute le livre le plus touchant de Gilles Archambault, l'ecrivain parle de son enfance.On comprend qu'il a toujours ete d'une sensibilite a fleur de peau.Malaise en societe, sensation d'etre etranger au monde, des l'enfance.Gilles Archambault confie aujourd'hui : Ce qui me porte a ecrire, au fond, ca ressemble beaucoup au sentiment que j'ai eprouve un jour quand j'avais a peu pres cinq ans.Je me souviens d'une petite fete organisee par les enfants du coin, il y en avait une quinzaine et on m'avait refuse l'entree.Le sentiment que j'ai eu a ce moment-la, je ne l'ai jamais oublie.J'aurai ecrit pour trouver une place convenable dans une meute hurlante , peut-on lire dans Un apres-midi de septembre.On dit souvent des livres de Gilles Archambault qu'ils sont deprimants.Dans une entrevue au Devoir en 1994, lui-meme affirmait : Mes livres ne sont pas gais.Je n'y peux rien.Je suis plus triste qu'eux.Pas etonnant que parmi ses modeles litteraires figure l'auteur de Sur les cimes du desespoir et De l'inconvenient d'etre ne.Il y a des moments ou je trouve beaucoup d'exageration dans les livres de Cioran.C'est tellement porte a l'extreme qu'on s'imagine que se lisant luimeme a haute voix, il partait a rire.Moi, je ne suis pas beaucoup plus tendre que ca.De si douces derives, le titre qu'il a choisi pour son nouveau livre, est ironique evidemment.Rien de doux dans ces histoires-la.Il faudrait plutot parler de degringolades.Degringolades amoureuses, professionnelles, financieres, existentielles.Tout se desintegre sans menagement.Pas d'apitoiement, pas d'effets de style non plus.Je n'aime pas les fabricants.Je peux trouver qu'ils ont beaucoup de talent, mais je n'aime pas ceux qui savent faire une histoire qui pourrait devenir un teleroman ou un telefilm.Pourquoi ecrire ?Gilles Archambault a fait sienne la definition que donne Cioran du style.Il dit qu'il aime le style squelettique, avec des tremblements.Moi, j'aimerais pouvoir ecrire comme ca.Je suis loin du compte evidemment ! Pourquoi persistez-vous a ecrire ?C'est la question que cet homme de radio qui a fait tant d'entretiens avec des ecrivains se poserait a lui-meme comme interviewer.La reponse de Gilles Archambault, l'ecrivain ?Ca va peut-etre vous decevoir., prend-il le soin de preciser de sa voix eraillee.Silence.Puis il se lance : Quand j'ecris, c'est parce que je ne peux pas ne pas ecrire.C'est pour ca que je continue.On entre dans ses livres sur le bout des pieds et, des les premieres pages, on l'entend.La petite musique melancolique de Gilles Archambault.D'un livre a l'autre, d'une nouvelle a l'autre dans De si douces derives, la meme atmosphere feutree, le meme genre de personnages qui vivent en marge, vulnerables.C'est la faille qui m'interesse , insiste-t-il.Peu importe a ses yeux qu'on dise de lui qu'il ecrit toujours le meme livre.Je n'ai jamais pense que j'etais un romancier.En realite, je suis un diariste deguise, c'est-a-dire quelqu'un qui parle de lui sans en parler et qui invente une fiction dans la marge.Et il ajoute, une main febrile dans sa criniere blanche : Vous l'avez sans doute remarque, chez moi, tout c'est toujours passe.SUZANNE GIGUERE collaboration speciale L'ecrivaine mexicaine Carmen Boullosa participait recemment au Salon du livre de Quebec ou le Mexique etait a l'honneur et au 9e Festival international de litterature de Montreal.Poete, dramaturge et romanciere, elle a vecu a Berlin et a Paris.Depuis deux ans, elle enseigne la litterature latino-americaine a New York.Des les premieres pages de son roman Avant, une voix sombre s'approche du lecteur.C'est pourquoi il me faudra aller jusqu'au bout de ma memoire, situer l'endroit ou elle s'arrete jusqu'au moment ou cesse d'en sortir tout ce qui pourrait l'alimenter, jusqu'a l'instant ou l'avant s'est interrompu pour rester sans avenir.Qui est cette femme a l'age indetermine qui ecrit ?De quel avant et a quelle rupture fait-elle allusion ?La gravite qui flotte au-dessus des mots s'efface pour faire place a des souvenirs d'enfance teintes de legerete et de grace.La narratrice les fait tourner lentement a la lumiere comme un verre de vieil Armagnac : la grande maison bourgeoise de Mexico dans le Mexique d'avant, celui des annees 50 ; l'extraordinaire compagnon de jeu qu'etait son pere ; le jardin de l'ecole entoure d'hortensias aux fleurs ornementales roses ou bleues ; ses soeurs et elle qui tracent dans le jardin les cartes de pays imaginaires avec de petites pierres blanches ; le studio de peintre de leur mere, decore de branches d'eucalyptus odorantes, veritable fontaine de lumiere, avec des vasistas au plafond ; le pere qui donne un peso pour chaque vers d'un poeme memorise ; les jours de courses avec sa grand-mere ou elle insiste pour qu'elle lui achete ces petits b e i g n e t s a l'odeur huileuse et vanillee prepares dans un des passages du centre-ville.A l'evocation de ces souvenirs se melent des peurs enfantines que le lecteur attribue a une imagination fertile jusqu'a ce qu'il decouvre qu'elles emanent d'un chant plus profond.Lui reviennent alors les vers du poete et ecrivain nicaraguayen Ruben Dario cites en exergue : .et les tristes nostalgies de mon ame, ivre de fleurs, et le deuil de mon coeur, vide de fetes.Climat d'angoisse Evitant le piege de la confidence pathetique, la romanciere opte pour un ton narratif plein d'agilite et de notations impressionnistes pour decrire la psychose delirante chronique qui l'a affectee des l'enfance.Elle reussit a creer une tension dramatique sans faille et a installer un climat d'angoisse en decrivant les hallucinations diverses, notamment auditives, les comportements bizarres, la discordance de la pensee, de la vie emotionnelle et du rapport au monde exterieur qui caracterisent la schizophrenie.La narratrice raconte comment la belle armoire en bois sculpte de sa grand-mere a transforme les rayures d'encre sur son blouson en araignees reelles, et ce jour ou dans l'atelier de sa mere elle a dessine un bebe avec des petits clous sur son corps.Puis l'epoque ou la persecution a redouble, que le bruit des pas s'est renforce et que le desordre a fini par habiter sauvagement le monde de ses reves.Ce jour ou il a neige sur Mexico, un evenement dans cette ville temperee, un moment d'epiphanie inespere : Quel merveilleux silence ! A l'interieur, je sentais une paix indescriptible, le silence enfin, le silence que j'avais attendu pendant toutes ces annees et que je croyais impossible.Dans cette lente descente dans l'enfer de la schizophrenie, le souvenir le plus bouleversant de tous demeure l'atteinte du langage qui traduit l'alteration de la pensee devenue chaotique.Melant reve, realite et imaginaire, enfermee sur elle-meme, l'enfant que fut la narratrice glisse dans l'obscurite douloureuse qui finira par l'engloutir.Dans sa chambre les rideaux sont furieux, le sol de la maison est devenu une mer dechainee.L'image de l'enfant absorbee par une libellule suspendue dans l'air immobile ou observant une coccinelle, c'etait avant.Avant les grands tourments.La narratrice pousse un dernier cri qui s'acheve dans un murmure : Qu'est-ce qui s'etait casse a l'interieur de moi ?Ce roman tres intime, a l'ecriture sensible et forte a gagne le prestigieux prix Xavier- Villaurrutia, du nom du celebre poete mexicain, lors de sa publication en 1989.Saluons l'initiative de la maison d'edition quebecoise Les Allusifs qui se consacre essentiellement a la publication de courts romans en francais ou en d'autres langues, de l'avoir traduit en francais.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 AVANT Carmen Boullosa Traduit de l'espagnol (Mexique) par Sabine Coudassot-Ramirez Les Allusifs 138 pages Photo ARMAND TROTTIER, La Presse c Ne comptez pas sur Gilles Archambault pour celebrer en grande pompe ses 40ans d'ecriture.Quand on arrive a un certain age, c'est tout ce qu'on rencontre, des anniversaires , constate-t-il d'ailleurs.JEUNESSE D'amour et d'amitie Une histoire d'ecole au moment ou l'annee scolaire tire (presque) a sa fin et que les projets de vacances ne sont assombris que par l'approche des examens ?Oui.Et oui encore, il s'agit du charmant Un amour de prof, d'Yvon Brochu, illustre avec vivacite (dans le trait comme dans la couleur) par Anne Villeneuve.Une histoire dans laquelle bien des tres jeunes filles (d'hier et d'aujourd'hui) se reconnaitront, que celle de Melanie.A 10 ans, elle est amoureuse pour la premiere fois.Et l'elu de son coeur est.son professeur.Un recit raconte par deux Melanie : celle d'aujourd'hui, devenue enseignante a son tour, qui se tourne vers le passe avec un sourire ; et celle d'hier, le coeur dans la t o u r m e n t e , aux p r i s e s a v e c l e s grands emois des premieres amours.Fort sympathique et vrai dans le ton.Beaucoup de verite aussi dans Marion et le Nouveau Monde, pour lequel Michele Marineau a remporte le Prix du livre jeunesse Quebec/Wallonie-Bruxelles.Une histoire d'amitie et de deracinement.Ici, se reconnait r o n t ceux .garcons et filles .qui ont ete arraches aux lieux de leur petite enfance parce qu'il fallait suivre papamaman.L'ancien monde de Marion, c'etait la Gaspesie.Le n o u v e a u , Montreal.La grande ville.La ou il y a du travail pour papa.Et beaucoup d ' i n - connu pour Marion.Qui laisse derriere elle la mer, sa maison, son ecole et Lea, l'amie de toujours.La solitude aidant, la fillette imaginera toute une aventure a partir d'une silhouette apercue a la fenetre de l'appartement d'en face.Ainsi, tranquillement, de nouvelles racines pousseront.Accompagne d'illustrations de Christine Delezenne (qui, a son habitude, mele avec originalite collage et dessin), le texte de Michele Marineau joue de tendresse et de mystere, d'emotion et d'action.Et, comme toujours, vise juste.\u0001 \u0001 \u0001 1.2 UN AMOUR DE PROF Yvon Brochu (ill.Anne Villeneuve) Dominique et cie, 74 pages (des 9 ans) \u0001 \u0001 \u0001 1.2 MARION ET LE NOUVEAU MONDE Michele Marineau (ill.Christine Delezenne) Dominique et cie, 77 pages (des 9 ans) Sacha au front SONIA SARFATI ALORS QUE, dans Stella etoile de la mer, Stella reine des neiges et Stella fee des forets, il servait d'adorable faire-valoir a sa grande soeur, Sacha arrive maintenant au front .en devenant la tete d'affiche de Bonjour Sacha qui, espere- t-on, est une nouvelle serie-doudou de l'illustratrice et auteure Marie-Louise Gay.Ici, la petillante rouquine est en charge des preparatifs matinaux.C'est elle qui reveille son blondinet de frere et le guide dans cette grande aventure matinale qui consiste a enfiler les vetements (encore faut-il les trouver !).Mais c'est a travers les faits et gestes du garconnet que les peripeties sont racontees.Le tout se termine par un charmant clin d'oeil maniere on a toujours besoin d'un plus petit que soi .Un album doux et tendre, vivant et vibrant, qui se lit et se relit avec un bonheur d'enfant .c'est-a-dire entier.\u0001 \u0001 \u0001 \u0001 BONJOUR SACHA Texte et illustrations de Marie-Louise Gay Dominique et cie, 34 pages (des 2 ans) 7LP0401F0525 F4 LECTURES 7LP0401F0525 ZALLCALL 67 20:56:15 05/24/03 B Michel Tremblayau pays des Highlands EN ÉCOSSE envoyée spéciale GLASGOW (Écosse) \u2014 En 1989, quand Michel Tremblay a assisté à la première production écossaise des Belles-Soeurs, au Tron Theatre de Glasgow, il n'a saisi que des bribes de dialogues entre les personnages de sa propre pièce.« La seule que je comprenais, c'était la snob qui essayait de parler un meilleur anglais ! » rigole-t-il.« Et c'était très bien comme ça ! » Pas facile, en effet, de comprendre quoi que ce soit au scots, l'équivalent du joual au Québec, la langue vernaculaire du pays des Highlands.Même lorsqu'on maîtrise très bien l'anglais.Et c'est justement l'une des raisons pour laquelle les Écossais, eux, ont si bien compris le dramaturge québécois.« Maintenant, nous pouvons tous parler le Tremblay », a titré le Scotsman, le mois dernier, à la présentation de If Only.au Royal Lyceum Theatre d'Édimbourg.Encore une fois, si vous permettez était la huitième pièce traduite en scots de celui qui est devenu un géant de la scène théâtrale écossaise.Au nord du mur d'Hadrien, Michel Tremblay est un véritable phénomène.Adulé par la presse, il est l'auteur contemporain le plus joué au théâtre, et cela inclut ceux du pays.On dit que ses mots savent toucher l'âme écossaise.Il y a quelques années, un critique de Londres l'a même consacré « meilleur dramaturge que l'Écosse n'ait jamais eu » ! « Il est devenu un auteur écossais par adoption », constate Bill Findlay, cotraducteur des pièces avec le Montréalais Martin Bowman.Si les oeuvres du Québécois connaissent un tel succès sur les scènes d'Édimbourg et de Glasgow, c'est beaucoup grâce aux deux compères.« Tremblay n'a pas seulement révolutionné le théâtre au Québec : par la traduction remarquable en scots de Bill Findlay et Martin Bowman, il a aussi fourni une contribution majeure au théâtre écossais », a résumé un critique.C'est que l'anglais standard ne peut produire qu'une version aseptisée des oeuvres de Tremblay, estime M.Findlay, que La Presse a rencontré dans sa maison de campagne, au nord de Glasgow.Trop souvent, la saveur de la langue originale \u2014 notre fameux joual \u2014 se perd dans la traduction.« Nous aimons penser que le scots est plus proche de la lettre et de l'esprit du joual québécois.Non seulement en termes de langue, mais aussi en termes plus larges, sociaux et politiques.» Sociaux, parce que bien des Écossais se retrouvent dans les personnages de Tremblay.Ce n'est pas un hasard si The Guig Sisters (Les Belles-Soeurs) a d'abord connu un succès monstre à Glasgow, une ville ouvrière où les femmes ont longtemps été soumises aux hommes et à l'Église catholique.Politiques, aussi, parce que le Québec et l'Écosse ont les « mêmes problèmes », selon Michel Tremblay.« De tout temps, l'Écosse lutte pour son identité et sa culture, dit-il.Les Écossais n'aiment pas les Anglais, qui le leur rendent bien.Nous avons un peu la même relation avec les Canadiens anglais.On ne s'aime pas, même si on n'ose pas le dire et qu'on reste bien poli.Le mépris qu'ont eu à endurer les Écossais est un peu le même que celui que nous avons eu à endurer, alors c'est normal que la culture que l'on produit se ressemble.Michel Tremblay, on le sait, n'a pourtant jamais écrit de pièces purement politiques.Il a plutôt coutume de dire que, pour qu'une oeuvre puisse durer et voyager dans le monde, elle doit être universelle.Et pour être universelle, elle doit être locale et humaine.« En fin de compte, et indépendamment des affinités sociopolitiques entre le Québec et l'Écosse, Tremblay a du succès parce qu'il est l'un des plus grands auteurs de théâtre encore vivants, tranche M.Findlay.Pour nous, il est un grand dramaturge international.» Des années noires Bill Findlay et Martin Bowman, né à Verdun mais d'origine écossaise, se sont rencontrés dans un pub d'Édimbourg à la fin des années 1970.C'est là qu'ils ont eu l'idée de traduire ensemble Les Belles-Soeurs, un travail qu'ils ont terminé en 1979.À l'époque, aucune pièce contemporaine étrangère n'avait encore été traduite en scots.Il a d'ailleurs fallu 10 ans avant qu'un théâtre n'accepte de produire The Guid Sisters.Pour M.Findlay, ce n'est sans doute pas un hasard si la percée a finalement eu lieu en 1989.Les années 1980, c'étaient les années Thatcher.Des années noires pour l'Écosse, qui n'a jamais voté conservateur.Et qui n'a jamais pardonné à la Dame de fer d'avoir « testé » sur elle des politiques impopulaires, avant de les implanter dans le reste du pays.« Certains pourraient dire que Mme Thatcher fut le meilleur cadeau qu'on ait pu faire au nationalisme écossais, dit M.Findlay.Elle a contribué à cristalliser ce qui était distinct en Écosse, et elle a poussé les gens à défendre ces valeurs différentes.Nous étions politiquement bâillonnés dans les années 1980 (le parlement d'Édimbourg a été établi en 1999, à l'initiative de Tony Blair), et c'est à ce moment que la voix écossaise s'est affirmée à travers la culture.» En 1968, les Belles-Soeurs ont causé tout un choc, et bouleversé les conventions culturelles québécoises, en étant les premières à parler le joual sur scène.Vingt ans plus tard, les Guid Sisters n'ont pu répéter l'exploit à Glasgow (le scots est utilisé dans la culture écossaise depuis le XIIIe siècle !), mais sont arrivées au moment où les Écossais tentaient de « redéfinir leur identité nationale et se réapproprier leur histoire à travers la culture, souvent à travers les yeux de gens ordinaires \u2014 des gens qui parlent le scots ».Bref, Michel Tremblay ne pouvait trouver meilleur moment pour faire son entrée en scène.Et il a permis à la langue scots de s'enrichir.« Il utilise le joual pour décrire des émotions que nous n'avons jamais décrites en scots, explique M.Findlay.S'il est lyrique en joual du Plateau Mont-Royal, nous devons l'être en scots, un dialecte qui a toujours été vu comme un langage lourd et macho.» Les deux traducteurs s'y sont souvent arraché les cheveux, mais il semble que le résultat final ne soit pas trop mal : le Sunday Herald de Glasgow juge ni plus ni moins qu'ils ont « créé un nouveau langage dramatique pour le théâtre écossais en capturant, dans l'idiome scots, le lyrisme et l'énergie du joual québécois.» Mieux encore, Tremblay a permis au théâtre écossais de rayonner.Un dialecte jusquelà marginalisé pouvait soudain parler du (et au) reste du monde.The Guid Sisters a été jouée à Toronto puis au Centaur de Montréal.The Real World a été présentée à New York.Il y a deux ans, Solemn Mass for a Full Moon in Summer a fait le saut au Barbican Centre de Londres.« Cela offre une sorte de présentoir aux acteurs et directeurs écossais, se réjouit M.Findlay.C'est plutôt bien de voir une troupe écossaise franchir ses frontières grâce à une pièce québécoise.C'est plutôt bien de voir deux petites cultures s'entraider de cette façon.» S'entraider, parce que les traductions n'ont pas profité seulement à la culture écossaise.Tremblay lui-même en a bénéficié : après l'accueil froid réservé à la Maison suspendue à Montréal, le dramaturge a jugé que The House among the Stars, et la réaction enthousiaste du public écossais, avaient « réhabilité » la pièce à ses yeux.« La même chose s'est produite avec Messe solennelle, dit M.Findlay.Cela n'a pas été très bien reçu au Québec, mais ç'a eu beaucoup de succès à Édimbourg.Comme quoi certaines pièces peuvent avoir plus ou moins de succès dans leur propre culture, et parler plus directement aux gens ailleurs.» Photo PIERRE CÔTÉ, La Presse © Michel Tremblay, avec huit de ses pièces qui ont été traduites en scots, est devenu un géant de la scène théâtrale écossaise.POLAR Du sang sur la feuille d'érable NORBERT SPEHNER collaboration spéciale J'AI PARFOIS la curieuse impression que, pour le lectorat francophone, l'existence du roman policier canadien est un secret bien gardé.Tout d'abord parce que les auteurs ont des noms anglo-saxons, ce qui fait qu'on les confond aisément avec leurs homologues américains ou britanniques, et ensuite parce que la majorité de leurs oeuvres ne sont pas traduites en français.Dans ce contexte, l'anthologie Treize nouvelles policières, noires et mystérieuses arrive à point nommé.Compilée par Peter Sellers, elle regroupe des nouvelles canadiennesanglaises, publiées entre 1988 et 1999, qui ont toutes (exception faite de la première) remporté le Prix Arthur- Ellis qui est l'équivalent canadien des Edgar Awards américains (la plus haute distinction dans le domaine du polar).Ce Prix Arthur- Ellis est décerné annuellement par l'association Crime Writers of Canada qui regroupe plus d'une centaine de membres.Petite anecdote amusante : les membres de cette association ont le sens de l'humour (noir) puisque Arthur Ellis était le nom du dernier bourreau canadien qui s'occupait des pendaisons.Or, ce bourreau était particulièrement incompétent : porté sur la dive bouteille, il avait la fâcheuse habitude de bâcler ses exécutions.Le prisonnier était certes pendu haut et court, mais pas nécessairement jusqu'à que ce que mort s'en suive ! Comme dans toute anthologie, les récits sont de qualité inégale, mais il n'y a pas vraiment de texte médiocre.Certains sont amusants, comme À la recherche d'un honnête homme et Un tiens vaut deux tu l'auras d'Eric Wright, ou Comme dans le temps de Robert J.Sawyer (qui mélange les genres).L'assassin dans la maison de Jas R.Petrin, Le Bateau de minuit pour Palerme, de Rosemary Aubert, Course à la mort de Richard K.Bercuson, La Dernière Manche de Scott Mc Kay sont des nouvelles noires de bonne facture, alors que Edward H.Hoch, Josef Skvorecky, Nancy Kilpatrick, Mary Jane Maffini proposent des histoires criminelles assez classiques.La meilleure du lot, la plus noire, c'est Innocence de Peter Robinson, qui montre comment la justice peut parfois déraper : un jeune homme, sans alibi, est faussement accusé du meurtre d'une jeune femme.La préface de Peter Sellers, ainsi que diverses notices bio-bibliographiques nous fournissent quelques renseignements précieux sur ces auteurs qui méritent tous d'être découverts.Pour les esprits curieux, je signale qu'on peut trouver une liste bibliographique commentée exhaustive des polars canadiens (traduits ou non) et québécois publiés depuis l'an 2000 sur le site internet de la revue Alibis (www.revue-alibis.com).Les monstres de Peter Robinson De tous les auteurs canadiensanglais traduits en français, Peter Robinson est incontestablement l'un des meilleurs.Sa réputation s'étend des deux côtés de l'Atlantique, notamment à cause de l'excellente série de romans mettant en scène l'inspecteur Alan Banks.Beau monstre (quel titre ringard !) est le 12e roman de la série, mais seulement le troisième à être publié en français après Saison sèche (Grand prix de la littérature policière 2001) et Froid comme la tombe.Contrairement à l'habitude, l'histoire commence par la fin.Appelés sur les lieux de ce qui semble être une scène de ménage, des policiers tombent sur un tueur en série qui les attaque sauvagement.Un des agents est tué, l'autre réussit à maîtriser le forcené avant de faire de très macabres découvertes.Ce qui attend l'inspecteur Banks dépasse en horreur tout ce qu'il a déjà connu.Mais l'assassin, un serial killer surnommé le Caméléon est désormais hors d'état de nuire.Affaire classée ?Pas tout à fait, car il reste à élucider le rôle joué par Lucy, la très mystérieuse femme du tueur.Était-elle au courant des agissements de son mari ?Était-elle complice ou victime de ce monstre ?Autant de questions que Banks et son équipe vont devoir résoudre au cours d'une enquête qui va s'avérer plus difficile que prévue.Alan Banks est un personnage à mettre sur le même plan (toutes proportions gardées) que Kurt Wallander d'Henning Mankell et quelques autres.Au fil des récits, sa personnalité se précise, on en apprend plus sur sa vie privée, aussi complexe et tumultueuse que sa vie professionnelle.Ainsi, dans Beau monstre, il apprend que son exfemme est enceinte, que sa petite amie du moment (officier de police comme lui ) veut mettre un terme à leur relation, alors que la belle psychologue de service lui fait des avances auxquelles il n'est pas tout à fait insensible.Bref, il y a autant d'action en dehors qu'à l'intérieur du poste de police.Tout cela s'intègre parfaitement dans un récit bien mené, sans faille.J'avais déploré la finale artificielle, un peu trop facile, de son roman précédent, mais ici, tout fonctionne à merveille dans ce suspense psychologique au charme vénéneux.Les motards de John Farrow Nouvellement arrivé sur la scène du polar, après un long passage dans le purgatoire de la littérature générale, John Farrow, alias Trevor Ferguson, est en train de s'imposer comme une des personnalités incontournables du polar canadien.C'est pourquoi je m'en voudrais de ne pas signaler la réédition en format de poche de La Ville de glace mettant en vedette l'inspecteur Émile Cinq-Mars du service de police de Montréal, un flic brillant, incorruptible, mais aux méthodes peu orthodoxes.Dans ce thriller complexe, Cinq-Mars enquête sur le meurtre d'un de ses informateurs.Du coup, le voilà confronté à la puissance de la mafia russe, à la CIA et aux Hell's Angels.Pas étonnant alors que les cadavres s'accumulent.Une grande partie de l'intérêt de ce roman vient de la description de Montréal en hiver : cette ville de glace qui sert de toile de fond aux épisodes sanglants de ce thriller souvent très noir.Quant à l'inspecteur Émile Cinq-Mars, c'est un autre de ces personnages de fiction dont on va suivre la carrière et les tribulations avec grand intérêt.Le deuxième roman de cette excellente série, Le Lac de glace, est paru chez Grasset en 2002.\u0001\u0001\u0001 TREIZE NOUVELLES POLICIÈRES, NOIRES ET MYSTÉRIEUSES présentées par Peter Sellers Alire, 311 pages \u0001\u0001\u0001\u0001 BEAU MONSTRE Peter Robinson Albin Michel, 417 pages \u0001\u0001\u0001\u0001 LA VILLE DE GLACE John Farrow Livre de Poche, 575 pages. 7LP0501F0525 F5 25 mai 7LP0501F0525 ZALLCALL 67 20:58:13 05/24/03 B L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 2 5 MA I 2 0 0 3 L E C T U R E S F 5 LETTRES FRANÇAISES Souriez, vous êtes devant des écrivains collaboration spéciale Les écrivains ont-ils réponse à tout ?Ils ont des questions, en tous cas, avec parfois, souvent, des réponses intéressantes.Seraient- ils meilleurs que les artistes de variétés vides de la tête, auxquels des journalistes épuisés demandent toujours un avis sur le sexe des anges ?Les écrivains frappent souvent dans le mille, leurs idées nous attirent.C'est le cas de Carlos Fuentes, avec son livre Ce que je crois, c'est le cas aussi de Michel Tournier, avec Journal extime \u2014 ce n'est pas une faute d'orthographe, non, c'est bien extime.Carlos Fuentes ?Mexicain, fils d'ambassadeur au Panama et de mère sportive dont le seul regret fut de ne pas avoir conduit un hélicoptère.À son tour, ambassadeur du Mexique à Paris.Amoureux de la France et du français \u2014 mais au juste, amoureux de tout ce qui est intelligent sur cette Terre.Il n'écrit pas ses mémoires, est-ce dommage ?, il n'écrit pas sa biographie.Il fait mieux : par ordre alphabétique, il écrit ce que lui inspirent des mots.Un dictionnaire personnel.Un abécédaire de Carlos Fuentes, qui va d'Amitié ( très importante pour lui ) à Zurich, où il fit une partie de ses études.Fuentes est un magicien de l'écriture, c'est l'un des grands écrivains hispaniques du XXe siècle.Chaque article, chaque anecdote, chaque souvenir lui donne l'occasion de tirer la substantifique moëlle du mot dont il a choisi de parler.Ainsi, par exemple, le Mexique.Qu'est-ce que c'est, le Mexique, ho, les touristes ?C'est six pages de ce livre, dans lesquelles tout est dit.Depuis la conquête de Mexico-Tenochtitlan dont la beauté figea littéralement les conquérants avant de les rendre fous, en passant par l'extrême courtoisie des Mexicains d'aujourd'hui \u2014 mêlée de la plus grande grossièreté, il y a des dialogues à se tordre.« Pourquoi parlezvous si fort ?\u2014 Quel con, lui répondit le poète de sa grosse et forte voix, parce que nous avons été les premiers à crier Terre ! » Puis à l'évocation du Mexique contemporain qui est déjà une mythologie.Le texte de Fuentes télescope tout, l'Histoire comme les idées.C'est un texte plein, qui remplit, qui gave, qui déborde de plaisir d'écriture et de plaisir de lecture.Le plaisir par ordre alphabétique, pourquoi pas.C'est aussi un dictionnaire intime, bien évidemment.À chaque mot, une confession.Celle d'un intellectuel vrai, qui jamais n'eut la mauvaise conscience des intellos, qui s'accrocha toujours à ses convictions sans état d'esprit, sans culpabilité, avec force.Tout comme il a été fidèle à ses amitiés.Bunuel, Morand, Garcia Marquez, Graham Greene, Norman Mailer, William Styron, Thomas Mann.Qui dit mieux ?Lui, car nous en oublions dont les traces amicales crèvent les textes de ce livre.On voit surgir soudain l'un de ces amis, un instant, il salue son ami Fuentes, une pirouette, Fuentes est trop modeste, on eût aimé en savoir davantage.Michel Tournier, aussi, regarde dehors Dans une entrevue, Michel Tournier dit : « L'idéal que je m'étais fixé à l'écriture de ce journal était d'observer une totale extériorité (.) Alors, les notes de ce Journal, prises au jour le jour (.) je les ai voulues empreintes d'autodérision.» Un journal intime, donc, tourné vers l'extérieur ?D'où ce titre curieux, Journal extime.Dans lequel le regard de l'auteur sur les autres, sur la nature qui l'entoure, sur les lieux qu'il visite, sur les auteurs qu'il aime, sur les textes qu'il affectionne, nous livre un monde d'anecdotes parfois succulentes et de personnages attachants.Chaque fois, en quelques mots, à peine une demi-page.Avec la fameuse autodérision.Un voyage en Suisse, les chutes du Rhin ( pas du rein, je suis sûr qu'il l'a fait exprès ) et le bruit infernal de l'eau de cataracte.Tout de suite après, un commentaire sur le suicide de Montherlant.Plus loin, anecdote sur les oreilles de Gérard Philipe, qu'il fallut recoller au maquillage, pour un film qui devint célèbre.Ainsi de suite.Il semble agréable que Tournier prenne beaucoup de distance, se mette rarement en scène.C'est un peu à l'opposé de Fuentes, certes, mais tout aussi passionnant.\u0001\u0001\u0001\u0001 CE QUE JE CROIS Carlos Fuentes Grasset, 390 pages \u0001\u0001\u0001\u0001 JOURNAL EXTIME Michel Tournier La Musardine, 240 pages tous les dimanches dans La Presse Composez le (514) 285-7274 appels interurbains (sans frais) 1 866 987-8363 VOUS AVEZ UN ÉVÉNEMENT À CÉLÉBRER?CÉLÉBRITÉS.celeb_25_mai GRADUATION! Félicitations à Mme Sara Laflamme pour avoir terminé avec succès son doctorat en médecine dentaire à l'Université Laval en mai 2003.TOUJOURS AU BOULOT À 80 ANS! Bon anniversaire à mon père, Monsieur Thomas-Émile Maltais.23 mai 1953 Monique Racicot et Raymond Piché Félicitations chers parents pour vos 50 années de mariage Vos enfants qui vous aiment: Daniel, Normand, Patrick, Martin, Benoit, Marie-Cristine, conjoints et petits-enfants.60 ANS DE MARIAGE LAURETTE MAINVILLE ET GÉRARD BRUNET Tous autour de vous pour vous dire notre affection.FÉLICITATIONS! Yves, Réal, Denis, Guylaine, leurs conjoints, vos petits-enfants et arrière petit-enfant.ROMAN HISTORIQUE Un Cavanna ni bête ni vraiment méchant MARIO DUFRESNE collaboration spéciale Lorsque Cavanna est passé au roman historique, certains ont pu croire que le vieux grincheux venait de se faire harakiri.Mais c'était mal connaître le fondateur de Charlie Hebdo et d'une autre célèbre publication ayant pour devise : bête et méchant.En fait, quiconque suivait de près le parcours de cet inclassable touche-à-tout à la longue chevelure et à l'éternelle moustache gauloise ne pouvait s'étonner de cette conversion.Cavanna a toujours été passionné d'histoire.D'abord la sienne, avec une trilogie autobiographique comprenant Les Ritals, Les Russkoffs et Bête et Méchant, tous publiés chez Albin Michel, puis celle de ses semblables.Ne se gênant pas pour leur botter le cul au passage, deux fois plutôt qu'une.Rien que les titres en disent long : Et le singe devint con, Le Con se surpasse, Lettre ouverte aux culs bénits et j'en passe.Or, malgré tous ses coups de gueule, jamais Cavanna n'a paru désabusé.Au contraire, on le dirait navré, surpris même, de constater que la bêtise humaine existe encore.Naïf, Cavanna ?Idéaliste et humaniste comme la plupart des anarchistes de sa génération.Il n'y a qu'une seule manière de faire la guerre : la sale.Bon, revenons au Cavanna du roman historique.D'ailleurs autant le dire tout de suite, ceux qui ont ri, se sont mis en colère, ont versé une larme, bref ont vécu toutes sortes d'émotions en lisant les trois tomes de son autobiographie risquent d'être déçus.Les Reines rouges (Albin Michel) s'adressent surtout aux autres.Ceux qui ne connaissent pas beaucoup l'irréductible contestataire ou qui l'ont découvert à travers ses précédents romans historiques.Ceux-là y trouveront plaisir.Nous sommes à la fin du VIe siècle et la Gaule est à ce moment-là dirigée par deux femmes très très belles.Frédégonde, devenue régente de Neustrie après l'assassinat de son mari Childéric, et Brunehaut, régente d'Austrasie.Toutes deux en viendront à se livrer une lutte sanglante pour le contrôle de l'empire des Francs.C'est le combat du Bien et du Mal que raconte Cavanna à travers les personnages de ces deux reines.Dans le coin gauche, Frédégonde la perverse, pour qui la félonie relève du grand art.Elle ne reculera devant aucun moyen pour arriver à ses fins, usant avec autant d'habileté de son intelligence que de son corps.Et, dans le coin droit, Brunehaut, la belle et pure aristocrate qui a à coeur le bien de son peuple.Jusqu'au jour où elle se verra dans l'obligation d'utiliser les mêmes armes que sa rivale.Là, le Bien et le Mal se confondent comme dans toutes les guerres.Mais, pour relever la sauce \u2014 c'est du Cavanna ne l'oublions pas \u2014 l'auteur ne ratera pas une occasion d'y ajouter de petites touches personnelles.On retrouve ainsi, avec bonheur, Petit Loup \u2014 que l'on avait pu voir dans d'autres ouvrages \u2014 et sa jolie épouse Minnhild qui respire la bonne humeur et la joie de vivre.L'histoire avec les charbonniers vaut demi-tour.Des personnages qui permettent à Cavanna de s'amuser avec l'histoire sans trop la dénaturer.À peine y ajouter quelques petites touches de couleurs.Les siennes.Ça lui permet aussi de régler (encore une fois) ses comptes avec ses contemporains.Par ailleurs, n'allez pas croire que ce bouquin n'est qu'un prétexte à vengeance personnelle.Comme je le disais plus haut, ce livre plaira à ceux qui ne sont pas des inconditionnels du Cavanna années 70 et aux amateurs de romans historiques qui ne font pas partie des puristes.\u0001\u0001\u0001 LES REINES ROUGES Cavanna Albin Michel, 326 pages 3121400A Incroyable, mais vrai ! OMAR AKTOUF GAGNANT DU PRIX DU LIVRE D'AFFAIRES 2003 «Auteur s'étant le plus distingué par son apport à la littérature d'affaires québécoise en 2002» 376 pages \u0001 30,00 $ \u0001 ISBN 2-921561-67-0 \u0001 DIFFUSION : DIMÉDIA DISPONIBLE DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES «À l'heure où la langue de bois néolibérale gagne la planète entière, grâce à des médias presque unanimement complices et à des gouvernements complaisants, il y a quelque chose de réconfortant à voir un professeur de management comme Omar Aktouf remettre en cause avec rigueur et verve les lieux communs de cette \u201cpolitique de l'autruche\u201d qui repose sur une fuite en avant sans âme ni même intelligence.» JEAN-PIERRE VIDAL, NUIT BLANCHE 3145470A 7LP0601F0525 F6 DIMANCHE sciences 7LP0601F0525 ZALLCALL 67 19:34:23 05/24/03 B SCIENCES F6 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 25 MAI 2003 EN BREF Un aspirateur qui sait où il va LA COMPAGNIE coréenne Samsung vient de mettre au point un aspirateur muni d'un système de navigation inspiré des.missiles de croisière.Ce système assure la direction du robot ménager afin qu'il ne se perde pas dans la maison durant ses heures de travail.Munis d'une caméra-vidéo pouvant capter des rayons infrarouges, ces aspirateurs peuvent, à la manière des missiles téléguidés, repérer leur cible \u2014 la poussière \u2014 même dans l'obscurité.Voilà au moins une technologie meurtrière qui aura eu une utilité dans la vie.Bombe à retardement au Pôle Nord ON N'A PAS fini d'entendre parler des BPC.Bien qu'ils soient interdits un peu partout depuis le début des années 90, les deux tiers ou les trois quarts des 1,3 million de tonnes qui ont été produites entre 1930 et 1990 sont portés disparues, avec le risque qu'elles se retrouvent dans l'environnement à un moment ou à un autre.Une enquête financée par l'Union européenne suggère que des centaines de milliers de tonnes de biphényles polychlorés doivent encore dormir dans des usines ou avec des équipements électriques en train de se dégrader naturellement, ou sur le point de se mêler à l'environnement, portés par les vents.Des études biologiques ont déjà démontré par le passé que dans un environnement froid, le BPC se condense dans l'air et par conséquent s'accumule dans l'écosystème : on le retrouve alors dans le gras des animaux comme les ours polaires et même les humains.En 1997, la naissance d'un nombre anormal d'ours polaires aux organes sexuels indéfinis avait été attribuée \u2014 une hypothèse qui reste encore à démontrer \u2014 à la présence accrue des BPC dans l'environnement.Segway : on tourne en rond LE SEGWAY, cet engin qui est un genre de scooter-planche à roulettes motorisé, et qui avait été décrit en 2001 comme l'invention du siècle, est désormais interdit sur les trottoirs de San Francisco.Juridiquement, l'engin pose problème : il est équipé d'un moteur qui lui permet de rouler à 20 kilomètres à l'heure, ce qui devrait l'obliger à rouler dans la rue, mais il est conçu pour les piétons.Deux ans après avoir été le coeur d'un des plus beaux coups de marketing de l'histoire, on lui cherche toujours un usage.OGM : la suite LE PAYS où a commencé une partie de la levée de boucliers contre les OGM réexamine le dossier.L'Association médicale britannique a en effet annoncé qu'elle se pencherait sur les études consacrées aux organismes génétiquement modifiés.C'est cette même association qui, en 1999, alors que la Grande-Bretagne vibrait au rythme des anti-OGM, avait publié un rapport contenant les premières préoccupations scientifiquement étayées sur les effets à long terme de ces aliments sur la santé humaine.Il est temps de repasser au crible les arguments d'il y a quatre ans, soutient à présent l'Association, à la lumière des recherches entreprises depuis.L'un des membres, Sir Peter Lachman, de l'Université Cambridge, interrogé par la BBC, semble avoir déjà fait son lit : « Je ne crois pas qu'il y ait de raison de penser que les aliments génétiquement modifiés soient, globalement, dangereux pour la santé humaine.» Il faut dire que si on sent ce besoin de réviser les données, c'est que depuis le rapport de 1999, les recherches sur lesquelles s'appuyaient les inquiétudes ont été en partie discréditées.Le rapport de l'association, qui représente quelque 80 % des médecins britanniques, est souvent brandi par les groupes écologiques, et aurait été l'une des principales justifications avancées par le gouvernement de Zambie, l'été dernier, pour refuser l'entrée chez lui d'OGM.Un trafic qui a du piquant VOILÀ qu'il existe un marché noir du.cactus.Au point où ce marché devient même une menace pour cette espèce dans le désert du Chihuahua, aux limites du Mexique et des États-Unis.L'alerte a été donnée dans un rapport de l'organisme international chargé de suivre à la trace le commerce de la faune et de la flore, organisme appelé, justement, TRAFFIC.Le rapport reprend notamment des données des autorités policières mexicaines et américaines, qui font état de nombreuses saisies d'espèces dont le commerce est illégal : le Mexique, à lui seul, en rapporte 800 pour l'année 1998.Duterrorisme dans l'air DÉCIDÉ à ne rien laisser passer, le gouvernement américain a fait part de son intention d'établir un réseau automatique de surveillance de l'air au-dessus des principales villes, à la recherche de virus ou de bactéries lâchés par un hypothétique bombardement chimique ou biologique.Le problème, c'est qu'une arme biologique ou chimique, si on en croit les (rares) attentats de ce type, a beaucoup plus de chances d'être lâchée à l'intérieur d'un édifice ou d'une station de métro.Agence Science-Presse Carte : Marc Jobin, Planétarium de Montréal La carte représente le ciel tel qu'on pourra le voir à la mi-juin vers 23 h 30 (heure avancée de l'Est), une heure plus tard au début du mois, une heure plus tôt à la fin.Pour l'utiliser, tenez la carte au-dessus de votre tête, en alignant les points cardinaux.Les lignes pleines identifient les constellations, tandis que le bande claire indique le tracé de la Voie lactée.LE CIEL DE JUIN La saison des amas globulaires Photothèque La Presse Dean Kamen et la trottinette Segway, qu'il a inventée.PIERRE CHASTENAY collaboration spéciale Alors que les constellations du ciel du printemps cèdent peu à peu la place aux constellations d'été, des planètes jusque-là visibles en soirée ou à l'aube nous quittent elles aussi.Voilà l'occasion rêvée de concentrer notre regard vers l'arrière-scène et d'admirer quelques-uns des plus beaux objets astronomiques du ciel profond : les amas globulaires.Les amas globulaires sont des groupes compacts de centaines de milliers d'étoiles retenues ensemble par la force gravitationnelle.Ces amas contiennent les plus vieilles étoiles de notre galaxie, peut-être même de tout l'Univers ! Ils sont dispersés autour de notre galaxie selon une distribution plus ou moins sphérique formant un vaste halo autour de la Voie lactée.Sans doute le plus connu de ces amas globulaires est situé dans la constellation d'Hercule (voir notre carte).Il est connu par les astronomes amateurs sous le nom de M13.Il s'agit du 13e objet recensé par l'astronome français Charles Messier (1730-1817) dans son catalogue, qui en compte 110 au total.Messier était un chasseur de comètes très efficace : il en a découvert une vingtaine au cours de sa carrière, seul ou avec d'autres collaborateurs Pour lui, les taches floues comme M13, qui ressemblaient à s'y méprendre à des comètes dans son télescope, étaient sources de constantes fausses alertes.Pour éviter de s'y laisser prendre et pour prévenir ses collègues, Messier constitua son catalogue comme une liste d'objets « à éviter ».Il serait sans doute surpris de constater que deux siècles plus tard, son catalogue est le guide incontournable des amants du ciel partis à la chasse aux amas d'étoiles, aux nébuleuses et aux galaxies ! En juin, M13 passe près du zénith (le point situé directement au-dessus de nos têtes) vers 23 h.Voilà qui est avantageux, puisque le zénith est l'endroit du ciel où l'atmosphère terrestre offre la fenêtre la plus claire pour observer au-delà.À l'oeil nu, sous un ciel parfaitement noir, M13 vous apparaîtra comme une tache floue à la limite de visibilité.C'est aux jumelles, ou mieux encore à travers un petit télescope, que M13 se révèle.L'amas est situé à 21 000 années-lumière de la Terre, ce qui signifie que lorsque vous l'observerez au cours des prochaines nuits, la lumière qui pénétrera dans votre oeil aura voyagé pendant 21 000 ans avant d'arriver à destination.Il n'y a pas que la lumière visible qui voyage à la vitesse de la lumière ; les ondes radio (qui sont une autre forme d'énergie lumineuse) aussi, et c'est cette grande vitesse qu'ont exploitée des astronomes américains à l'origine du premier message intentionnel jamais envoyé à destination des étoiles.C'était en 1974.Carl Sagan, Frank Drake et bien d'autres ont concocté un message codé composé d'une série de 0 et de 1 et cherchant à présenter les humains à d'éventuels extraterrestres suffisamment intelligents pour décoder le message.La cible de cette émission très spéciale ?L'amas globulaire M13.Depuis son émission, le message a franchi une infime fraction de la distance totale à parcourir.On peut se demander si l'humanité existera encore dans 21 000 ans, lorsque le message arrivera à destination.Et y aura-t-il quelqu'un là-haut pour le capter ?Quant à attendre une réponse, si elle vient jamais, il faudra encore 21 000 ans avant qu'elle ne nous parvienne.Outre M13, une foule d'autres amas globulaires visibles cette saison aux jumelles ou au télescope devraient retenir votre attention.Toujours dans Hercule, l'amas M92 est considéré par plusieurs comme un plus bel objet que M13.À vous de juger ! M5, situé à l'ouest de la constellation du Serpent, est considéré à juste titre comme l'égal de M13, quoi qu'il soit un peu plus difficile à repérer que son homologue à cause de la relative rareté d'étoiles brillantes à proximité.M3, dans les Chiens de chasse, est également un magnifique objet ; utilisez les étoiles de la constellation du Bouvier, à l'est, pour le repérer.Enfin, si vous aimez les défis, essayez de découvrir les nombreux amas globulaires qui parsèment les constellations du Serpentaire et du Scorpion, bas au-dessus de l'horizon sud.Un mot en terminant sur les planètes en juin.Mercure et Vénus ne sont pas visibles ce mois-ci, et Saturne passera derrière le Soleil le 24 juin.Jupiter est encore visible en début de soirée à l'ouest, mais se couche environ une heure après la fin du crépuscule.Reste Mars, qui se lève avant minuit et se trouve environ 25 degrés au-dessus de l'horizon sud-est à l'aube.Mars gagne en brillance et en diamètre apparent tandis qu'approche le moment de son opposition, en août prochain.Cette année, l'été (astronomique) débutera à 15 h 10 le 21 juin.Espérons que le climat n'attendra pas cette date avant de se réchauffer pour de bon.Pierre Chastenay est astronome au Planétarium de Montréal.À l'affiche au Planétarium de Montréal JUSQU'AU 15 JUIN, les samedis et dimanche matins à 10 h 30, les 4 ans et plus seront ravis de participer à notre spectacle interactif : Le Grand Voyage de Petite Ourse.Pour les 9 ans et plus, Les Mystères de Jupiter nous dévoile les secrets de la plus grosse planète du système solaire : à l'affiche du lundi au dimanche à 13 h 15 et 15 h 45 ; supplémentaires à 10 h 30 du mardi au vendredi à compter du 24 juin.Enfin, du vendredi au dimanche à 20 h 30, nous vous proposons Ciel de nuit !, une animation en direct où vous découvrirez les merveilles du ciel de la saison.Renseignements et réservations de groupes : (514) 872-4530.Visitez notre site Internet : www.planetarium.montreal.qc.ca Photothèque La Presse © Un cactus le long d'une rue de Todos Santos, au Mexique.Nuages de fer dans des ciels d'étoiles Agence Science-Presse PLEUT-IL DU FER sur des étoiles ?Cette étrange hypothèse est sérieusement envisagée par un jeune chercheur de l'Université de Montréal, Étienne Artigau, pour expliquer les variations de température observées sur une catégorie de petites étoiles appelées les naines brunes.L'hydrure de fer et le silice sous forme gazeuse, venus des profondeurs de l'étoile, formeraient des nuages à la surface de l'astre avant de se condenser et de retomber.sous forme de pluie.Les naines brunes sont des objets qu'on appelle des étoiles, mais qui sont en réalité à mi-chemin entre les planètes et les étoiles.Leur masse est insuffisante pour que la fusion nucléaire s'y déclenche.Elles ne brillent donc pas, mais elles recèlent tout de même de la chaleur.Leur température à la surface peut être aussi basse que 500 degrés Celsius et ne dépasse pas les 2000 degrés.La première naine brune assez froide pour receler du méthane dans son atmosphère a été formellement identifiée en 1995.C'est vers cette catégorie d'objets encore mal connue qu'Étienne Artigau, étudiant au doctorat au département de physique, a tourné les instruments de l'observatoire du mont Mégantic.En tout, il a observé 10 naines brunes « froides » pendant deux à six nuits. 7LP0701F0525 F7 DIMANCHE 7LP0701F0525 ZALLCALL 67 18:08:24 05/24/03 B L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 2 5 MA I 2 0 0 3 F 7 J'ai découvert l'importance réelle que mon père accordait au mot travail à l'automne de mes huit ans.Les hommes avaient cueilli toute la semaine, la récolte était bonne, les journées chaudes et délicieuses.J'aurais donné la lune pour me joindre à eux au lieu de m'ennuyer à l'école.Le vendredi, malheureusement, il se mit à pleuvoir.Une pluie fine et froide semée de rafales plus violentes.Nous redoutions toujours les fortes pluies à cette période de l'année.Si le vent s'y mettait, les pommes tombaient, s'abîmaient, et une partie de la récolte pourrissait sur le sol.Ce vendredi-là, Paul-Émile travailla jusqu'à la nuit.Sans doute ne voyait-il même plus les pommes à la fin.Tous ses hommes étaient partis et il était trempé jusqu'aux os lorsque ma mère et monsieur Cormier, le plus fidèle employé de mon père, le firent embarquer presque de force sur le chaland pour le ramener à la maison.Le lendemain, Paul-Émile fut debout avant l'aube.La pluie n'avait pas cessé et il ventait de plus en plus fort.Maman était inquiète.Quant à moi, la pluie ne changeait rien à mes projets.Je voulais cueillir moi aussi.Nous partîmes donc pour l'île.Peu d'hommes se présentèrent ce jourlà.Au bout d'une heure de cueillette, mes bras se firent lourds, mes doigts gourds et les muscles de mon dos se mirent à élancer douloureusement, mais je n'osais pas arrêter.Je ne craignais pas les reproches de mon père, il aurait compris ma fatigue.Paul-Émile n'était un véritable bourreau que pour luimême.Mais l'ardeur de mon père était communicative et j'aimais trop cette île et ses pommiers pour ne pas accepter de souffrir un peu.À midi, nous nous réfugiâmes dans la grande remise où l'on entassait la machinerie, les paniers et les outils.Paul-Émile engouffra deux sandwiches et ressortit presque aussitôt après nous avoir conseillé, à Jeanne et à moi, de rentrer.Il restait une poignée de avons attendu une bonne demiheure encore dans la remise humide, en écoutant tomber la pluie, que mon père démissionne enfin et les derniers hommes avec lui.Je crois que c'est la toux de monsieur Cormier qui a finalement décidé mon père.Le pauvre homme était transi.- Une affaire pour attraper votre coup de mort, l'avait chicané Jeanne en lançant un regard furieux à mon père.Les hommes s'étaient restaurés un peu.Ils s'apprêtaient à repartir, leur salaire en poche.Paul-Émile les avait remerciés, sans plus.Il était peu doué pour exprimer sa reconnaissance, comme d'ailleurs sa peine ou sa joie.Seule la colère semblait trouver sa route.Avant qu'on embarque tous sur le chaland, Jeanne insista pour que mon père change de chemise et enfile un chandail chaud.J'observais distraitement mon père pendant qu'il retirait sa vieille chemise trempée en grimaçant.Le premier cri jaillit de ma bouche.Tous les regards se rivèrent sur Paul-Émile.Son épaule gauche retombait bizarrement et une arête osseuse pointait sous la peau.Une fois passée la stupeur, je me souviens d'avoir effectué un rapide calcul.Mon père s'était acharné pendant trois heures à cueillir des pommes malgré une fracture à la clavicule.L E P A R I de Dominique Demers - 19 - cueilleurs increvables.Mon père offrit de les payer afin qu'ils puissent partir, mais plusieurs refusèrent.Eux aussi se seraient sentis coupables, je crois, d'abandonner Paul Émile.Nous savions tous qu'il cueillerait jusqu'à la nuit.Pendant que maman me versait une tasse de thé chaud du thermos, nous avons entendu un bruit sourd suivi d'un cri.Paul-Émile était tombé de l'échelle.- Ça va, Paul-Émile?s'enquit Jacques Cormier.Mon père mit un peu de temps à se relever, il paraissait souffrir mais répondit d'un ton bourru, comme s'il était fâché que nous ayons été témoins de l'incident : - Ouais, ouais.On ne meurt pas pour autant.Les barreaux d'échelle sont glissants.Faites attention! Les hommes cueillirent encore longtemps.Maman et moi étions retournées à la maison pour revenir avec une provision de vêtements secs, de grandes bouteilles thermos remplies de thé brûlant bien sucré, d'autres sandwiches et des gâteaux.Comme nous atteignions la remise, des provisions plein les bras, le ciel se mit à déverser des trombes d'eau.Nous À S U I V R E Éditions Québec Amérique www.quebec-amerique.com © 1999 Éditions Québec Amérique Inc.ROMAN25MI LA DÉVEINE FRANK ET ERNEST PEANUTS PHILOMÈNE GARFIELD FERDINAND COMIC25MIM 7LP0801F0525 F8 DIMANCHE 7LP0801F0525 ZALLCALL 67 18:20:19 05/24/03 B F8 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 25 MAI 2003 CARNET D'OBSERVATION Un condo bien occupé LES HIRONDELLES noires se sont installées dans mon condo dimanche dernier.Dès leur arrivée, j'ai replacé les portes des 11 logements, qui avaient été enlevées pour éviter la construction de nids de moineaux.Mais le 12e est resté ouvert pour permettre à une tourterelle, déjà locataire, de couver sa future progéniture.Dès leur arrivée, les hirondelles ont pris possession du deuxième étage sans toutefois déranger la couveuse.Au même moment, deux couples de moineaux ont investi le premier.Belle pagaille en perspective.Tous les trois jours, j'élimine les premiers éléments du nid des moineaux pour les empêcher de prendre possession des lieux.L'an dernier, la cohabitation a été très difficile, les moineaux jetant les oeufs des hirondelle.Avis de recherche FRÉDÉRIC DALY voulait que son perroquet gris d'Afrique prenne l'air dimanche dernier.Paco a profité de l'occasion pour se libérer de sa cage et se sauver.Le hic, c'est que le perroquet vole très bien.Avant qu'on ne le perde de vue, il a fait un trajet de plusieurs centaines de mètres vers l'église de Saint-Hubert, sur le chemin Chambly.Âgé de 5 ou 6 ans, Paco est un bon parleur, mais comme plusieurs de ses congénères, il est habituellement discret en présence d'étrangers.Ceux qui aurait aperçu le fugueur sont priés de communiquer avec M.Daly au 450-445-2110.Son jeune fils appréciera votre geste.Ce perroquet est de la taille d'un gros pigeon domestique et son plumage est gris, exception faite de sa queue, rouge écarlate.Un ourson contre les pics DEUX AUTRES courriels sur les pics et leurs méfaits cette semaine.Je vous ai déjà donné quelques trucs pour éloigner ces experts en forage des murs de votre maison.Je me suis souvenu que j'utilise aussi avec succès le produit Tanglefoot sur quelques-uns de mes arbres afin d'éviter que les pics maculés ne les abîment en suçant leur sève.J'ai donc badigeonné le tronc à plusieurs endroits de cette substance gluante, ce qui a manifestement découragé le pic.Le produit pourrait probablement donner de bons résultats sur les murs visités par le charpentier.Il ne faut pas en appliquer des tonnes.C'est extrêmement gluant et il faudra un solvant pour tout nettoyer.Certains soutiennent, par ailleurs, qu'une application d'huile de lin fait aussi l'affaire.D'autres auraient obtenu du succès en suspendant un morceau de fourrure le long du mur ou encore en plaçant bien en évidence, près des lieux du crime.un ourson en peluche.Donnez-m'en des nouvelles.Je vous rappelle toutefois que le tambourinage du pic et ses excavations en vue de se faire un nid ne durent que le temps de la nidification : deux ou trois semaines.Le problème devient plus embêtant évidemment quand l'oiseau estime que votre maison est une bonne source d'approvisionnement en bestioles de toutes sortes.Identifier des hiboux femelles « NOUS HABITONS le long de la rivière Rigaud, en face de la montagne, écrit Anne de Warnaffe.À la tombée du soir, nous pouvons observer de grands oiseaux que nous soupçonnons être des hiboux femelles.Malheureusement, nous ne pouvons trouver de guides d'identification qui permettent de distinguer mâles et femelles chez ces espèces.En connaissez-vous ?» Hélas non ! Pour la bonne raison que chez les hiboux, il n'existe aucune distinction de plumage entre les deux sexes.Sauf que la femelle est plus grosse que le mâle.Il faut donc voir les deux oiseaux côte à côte pour les différencier l'un de l'autre.Par ailleurs, il existe un guide d'identification qui insiste aussi sur les différences entre mâles et femelles, quand elles existent bien sûr, un ouvrage remarquable souvent devenu le préféré des ornithologues expérimentés.Il s'agit du The Sibley Guide to Birds de David Allen Sibley, publié par la National Audubon Society.Il se vend autour de 60 $.Le même Sibley vient tout juste de publier une autre version de son volume, mais qui couvre cette fois seulement les espèces de l'est de l'Amérique du Nord.The Sibley Guide to Birds of Eastern North America se vend une trentaine de dollars.Le cardinal est l'un des oiseaux les plus fréquemment observés lors du Great Backyard Bird Count, un événement ornithologique annuel qui se déroule partout en Amérique du Nord à la mi-février.Au Québec, 130 d'entre eux ont été signalés par les participants en dépit du froid glacial qui sévissait alors.GREAT BACKYARD BIRD COUNT Moins de participants à cause du froid Photo Associated Press © Dawn Hess, vétérinaire, avec sur sa tête un perroquet gris d'Afrique.À TIRE D'AILE Les participants québécois au Great Backyard Bird Count, qui se tenait du 14 au 16 février, ont été moins nombreux que par le passé et le nombre d'oiseaux observés a baissé considérablement par rapport à l'an dernier.Les amateurs ont enregistré environ 7000 oiseaux, 5000 de moins qu'en 2002.La température particulièrement froide qu'on a connue au cours de ce week-end a sans doute refroidi l'enthousiasme, au sens propre du mot, de ceux qui voulaient participer à l'événement, puisque le mercure a oscillé entre -20 et -25 degrés Celsius.Les amoureux de la Saint-Valentin sont donc restés au nid et une centaine de personnes, tout au plus, auraient bravé les éléments.Si bien que le nombre d'espèces répertoriées n'a pas dépassé la cinquantaine, soit neuf de moins que l'année précédente.Les oiseaux les plus fréquemment observés ont été la mésange à tête noire, la tourterelle triste, le geai bleu, le moineau domestique, le pic mineur et le chardonneret jaune.Le moineau (1400), la tourterelle (1200), le chardonneret (900), la mésange (700) et le pigeon biset (500) ont été les plus nombreux.On a aussi noté la présence de 130 cardinaux et d'une trentaine de bruants chanteurs.Parmi les espèces inusitées, du moins pour cette période de l'année, notons le carouge à épaulettes, le pic flamboyant, le vacher à tête brune et le merle d'Amérique.Plus de 4 millions d'oiseaux observés Le Great Backyard Bird Count, dont c'est la sixième année d'existence, a lieu dans toute l'Amérique du Nord.Organisé notamment par le laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, à Ithaca (New York), il nécessite la contribution du grand public afin de colliger le plus de données possibles pour mesurer les grandes tendances des populations.Cette année, plus de 48 000 rapports individuels ont été remplis et 4,2 millions d'oiseaux de 512 espèces ont été signalés.En dépit des ravages du virus du Nil chez les corvidés, dans certains États américains, la corneille est au premier rang des oiseaux observés (306 000), suivie de la bernache du Canada, du chardonneret jaune, du junco ardoisé et de l'étourneau sansonnet.Le moineau domestique, la tourterelle triste, le cardinal rouge, le quiscale bronzé et le merle d'Amérique sont aussi parmi les oiseaux les plus observés aux États-Unis.Comme les années passées, les États du Sud ont offert le plus d'occasions ornithologiques au cours du décompte.Le Texas, la Californie et la Floride se détachant du peloton avec respectivement 264, 257 et 235 espèces observées.Au Canada, la Colombie- Britannique est en tête avec 144 espèces répertoriées, surtout des colverts, des bernaches du Canada, des juncos ardoisés et des goélands à ailes grises, un oiseau typique de la Côte-Ouest.On peut d'ailleurs obtenir tous les résultats actuels et antérieurs à l'adresse www.birds.cornell.edu.L'analyse globale des données de 2003 est attendue dans quelques semaines.Les hirondelles se font attendre CETTE ANNÉE, aux États-Unis, les hirondelles bicolores ont pondu leurs oeufs neuf jours plus tôt qu'au cours des 30 dernières années.Les merles ont aussi manifesté une fébrilité hors de l'ordinaire et sont revenus sur leur territoire de nidification plus tôt que prévu, indique l'Université Cornell.Par rapport à 1981, ce retour a été devancé de 14 jours.Ces données proviennent des membres du réseau The Birdhouse Network, (le réseau du nichoir), un des nombreux projets du laboratoire d'ornithologie de l'institution qui nécessite une participation du public.Ces observations proviennent surtout des États- Unis, où on retrouve le plus grand nombre de participants.On peut se renseigner davantage à ce sujet à: www.birds.cornell.edu/birdhouse D'ailleurs, j'ignore si les hirondelles bicolores se sont manifestées tôt chez vous cette année, mais chez moi, elles se sont plutôt fait prier.En réalité, même si elles nous avaient rendu visite à quelques reprises (un passage furtif, tout au plus), ce n'est que mardi dernier qu'un de mes nichoirs a été visité pour la première fois.Les futurs locataires ont paru satisfaits du logement tout neuf.J'attends aussi avec une certaine impatience les hirondelles des granges, qui ne se sont pas encore pointé le bec.Une histoire à suivre.Pour sa part, Thérèse Girard, de Candiac, est inquiète.Elle héberge chaque année des centaines d'hirondelles noires et des dizaines de couples d'hirondelles bicolores sur son grand terrain en bordure du fleuve.Mais ce printemps, ses protégées se font très rares.« En 30 ans d'observation, je n'ai jamais rien vu de semblable.Le nombre d'oiseaux semble avoir baissé des deux tiers par rapport à l'an passé.» Il faut rappeler que le temps froid au printemps 2002 avait provoqué une véritable hécatombe chez les hirondelles.Mme Girard avait d'ailleurs recueilli plus de 300 carcasses sur sa propriété.Cette mortalité importante a sans doute des répercussions sur la population.Il est possible aussi que les grandes tornades qui ont frappé les États-Unis au cours des dernières semaines aient provoqué un retard et fait des victimes lors de la migration, fait-elle valoir.Photo PIERRE McCANN, La Presse © La population d'hirondelles noires a-t-elle baissé depuis l'an dernier ?Si on se fie à la migration du printemps, la réponse serait affirmative.L'an dernier, des dizaines de milliers d'hirondelles, toutes espèces confondues, sont mortes à cause du temps frais dans les semaines qui ont suivi leur arrivée chez nous."]
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