La presse, 14 mars 2004, C. Arts et Spectacles Lectures
[" MARC DROUIN De petits La vie riens avant la mort DANY LAFERRIÈRE CHRONIQUE COLLABORATION SPÉCIALE dlaferri@lapresse.ca Cela n'arrête pas.On est submergé de nouvelles désastreuses.Quand ce n'est pas un tremblement de terre, une guerre civile, ou l'Irak, c'est un acte sanglant de terrorisme à Madrid.Tout cela absorbe notre sensibilité, nous touche profondément, pour finalement nous épuiser.On ne quitte pas des yeux ce petit écran où ne sont rapportés que les faits et gestes des grands de ce monde.La mort (ou la vie) individuelle ne compte plus, sauf s'il s'agit d'une rock star.Et comptent encore moins ces petits riens qui tissent la vie quotidienne.La nuit J'ai pensé qu'il était au moins six heures du matin.C'est l'heure à laquelle je me réveille d'ordinaire.Discret coup d'oeil à ma montre qui trône au-dessus d'une pile de bouquins près de ma tête.Cela fait à peine une heure que je dors, et je me sens pourtant en si grande forme qu'il m'est impossible de rester au lit.Je m'habille pour sortir.Je longe la rue Jean- Talon en direction de Saint-Michel.C'est mon parcours.Un salon de coiffure haïtien avec encore un petit groupe à l'intérieur.Quelques jeunes Dominicaines, lourdement maquillées, se rendant à une soirée dansante.Un bar rempli d'Algériens en train de discuter.Soudain, quelqu'un se plante devant moi avec un large sourire : \u2014 Vous êtes un écrivain haïtien, vous ?\u2014 Ce soir, je suis plutôt un promeneur solitaire.\u2014 Je voulais vous dire que je suis solidaire du peuple haïtien.Nous sommes tous frères dans le malheur.Ici, nous ne sommes pas chez nous.Je ne m'en plains pas, mais quand même.Vous êtes un Haïtien, moi, je suis un Algérien, et nous nous rencontrons sur la rue Jean-Talon, à Montréal.\u2014Je trouve ça bien.\u2014Oui, bien sûr, mais c'est pas normal.\u2014Qu'est-ce qui est normal ?\u2014Vous avez raison, mon frère, rien n'est normal, fait-il en éclatant de rire.Un rire qui m'accompagne un moment dans la nuit froide.Un repas Ma fille aînée avait 12 ans quand on est allés ensemble voir ce spectacle au Théâtre Saint-Denis.C'était cette chanteuse à demi allemande dont j'ai oublié le nom.Quand je la connaissais, elle semblait toujours effrayée.Elle s'accrochait à son micro, le visage gris de peur.Les gens adoraient ça.Si nous consentons à rester durant deux heures dans le noir, c'est en partie pour regarder l'artiste trembler devant nous.Que venez-vous faire dans la tanière du cyclope ?>Voir LAFERRIÈRE en 2 On lui doit Pied de poule, Vis ta vinaigrette, Petit bateau deviendra grand et quantité d'autres spectacles qui ont fait danser les bougalous des années 80.Disparu de la scène, Marc Drouin revient à 50ans et des poussières, avec un nouveau CD \u2014 La Tête dans les spots \u2014 qui annonce sa renaissance sinon sa résurrection.NATHALIE PETROWSKI RENCONTRE npetrows@lapresse.ca C'était au siècle dernier, au début des turbulentes années 70.La porte de l'ascenseur du cégep Saint-Laurent venait de se refermer sur une masse silencieuse et bovine d'étudiants.Une seule tête dépassait de la mêlée.Celle d'un grand échalas de six pieds, mince comme une lame de rasoir, le cheveu noir, le regard sombre et fuyant.Brusquement, l'échalas annonça d'une voix perçante et faussement dramatique : « J'ai perdu ma virginité hier soir, je sais pas ce que je vais faire ! » L'ascenseur faillit chuter de plusieurs mètres, secoué par le fou rire incoercible de ses passagers.L'espace de trois secondes, Marc Drouin venait de conquérir le plus difficile des auditoires.À ce premier et impérissable souvenir que j'ai gardé de Marc Drouin se superposent des images de lui traversant à longues enjambées la grande salle du cégep Saint-Laurent avec la bande de Tagada Tsouin Tsouin, un collectif de comiques, de musiciens et de graphistes qui ont constitué son premier laboratoire de création.À l'époque, je ne savais rien de lui sinon qu'il était un méchant flyé et un spécialiste de l'humour baveux.J'ignorais qu'il était né au coin de Saint-Hubert et Rosemont.Qu'il avait une soeur aînée, un frère cadet et deux marionnettes, Coco et Peppe, qu'un jour de grand ménage, il a balancées aux poubelles sans leur offrir des funérailles nationales, un manquement à l'éthique funéraire qu'il regrette encore amèrement.J'ignorais que sa mère avait fait une dépression à sa naissance, que son père était plombier à l'Imperial Tobacco où travaillaient tous ses oncles et ses tantes et que, chaque année, pour la famille Drouin, le bal de l'Imperial \u2014 un modeste party d'employés\u2014 était un événement aussi important que les Oscars.Après le cégep Saint-Laurent, j'ai perdu de vue Marc Drouin pour mieux le retrouver un soir au Théâtre de Quat'Sous dans François Perdu, Hollywood PQ, une pièce trop ambitieuse pour un débutant mais qu'il « remixerait» plus tard dans son sous-sol et rebaptiserait Pied de poule.Je me rends compte qu'à travers ces années où j'ai croisé Drouin dans les couloirs du cégep, comme dans les coulisses du showbiz, nous ne nous sommes jamais vraiment parlé.Aussi ai-je éprouvé un certain choc lundi dernier en me retrouvant en tête-à-tête avec lui sur un divan shag de l'avenue du Parc, entre deux lampes en peau de zèbre et une boule miroir posée comme une cerise au milieu de l'antre de son collaborateur Mo Mo.Le choc est venu de Marc Drouin lui-même, qui n'est pas tant un auteur, parolier, comédien et metteur en scène, qu'un personnage tout droit sorti d'un film de Woody Allen.Parano avoué, névrosé affranchi, verbomoteur incontinent, sautant d'une idée à l'autre, d'un flash à un jeu de mots, d'un play-back à un fast-forward, il est aussi impossible à suivre qu'à arrêter, aussi difficile à conduire qu'à encadrer.Il parle en spirales, en court-circuits et en sauts quantiques, son cerveau semblable à un moteur qui s'emballe ou à un bolide qui n'a qu'une vitesse (à fond la caisse) et pas de freins.Est-il normal, docteur ?Non, il n'a pas une once de normalité dans son ADN.Est-il épuisant ?Oui, complètement.Épuisant, un peu enlisé dans son nombril, un peu autiste sur les bords mais \u2014c'est ce qui le sauve\u2014 parfaitement drôle, distrayant et doté d'une imagination délirante.Je soupçonne d'ailleurs l'hémisphère droit du cerveau de Drouin, où siège sa créativité, d'être hypertrophié, et son hémisphère gauche, d'être inexistant ou alors de la taille d'un petit pois.La logique, l'organisation et la structure sont visiblement en rupture de stock chez lui.Cela explique, en partie, l'étrange carrière qu'il mène depuis 30 ans, adulé, acclamé et oscarisé pendant une décennie, puis oublié, avalé, disparu la décennie suivante.Mais la neurologie n'explique pas tout.Il y a autre chose : un malaise, un malheur, un manque de confiance et d'estime de soi, joliment exprimés dans la chanson-titre de son nouveau CD, La Tête dans les spots.La chanson s'intitule Je recommence à m'aimer mon amour et Drouin concède que la pièce est complètement et absolument autobiographique.Que s'est-il passé pour que Drouin envoie paître ses doutes et ses bébittes et revienne à de meilleurs sentiments envers luimême « Il se passe que j'ai découvert qu'il y avait une vie avant la mort ! » s'écrie-t-il comme s'il venait de débusquer un moustique sur la planète Mars.Dans les faits, il se passe que son petit frère Luc, de six ans sont cadet, est mort l'année dernière et que ce brutal rappel que personne n'est éternel, même pas un petit frère, l'a complètement bouleversé.Du jour au lendemain, Drouin a compris au plus profond de lui-même que son temps était compté et qu'il n'avait plus le droit de le gaspiller à douter et à être malheureux comme les pierres.« C'est comme si la vie me donnait une deuxième chance et me permettait de revenir en arrière pour changer la fin du film.Je connais l'histoire, mais cette fois, je suis déterminé à tout faire pour qu'elle finisse bien.» >Voir DROUIN en 2 PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © Marc Drouin n'est pas tant un auteur, parolier, comédien et metteur en scène qu'un personnage tout droit sorti d'un film de Woody Allen.« Je me suis rendu compte que ce que j'ai inventé existe, qu'ici c'est chez nous, et que je suis dépendant du Québec.J'ai coupé toutes les dépendances sauf celle-là.» ACHETEZ VOS BILLETS RENSEIGNEMENTS : (514) 871-1881 1 888 515-0515 WWW.MONTREALJAZZFEST.COM En personne au Spectrum 318, rue Sainte-Catherine Ouest Sur Internet www.ticketpro.ca Par téléphone (514) 908-9090 Hiver-Printemps 2004 Groovy et inspiré ! Baaba Maal Lamusique africaine àson meilleur ! Samedi 27 mars, 20 h 137 SPECTRUM DE MONTRÉAL LECTRICE DU MOIS CLÉMENCE DESROCHERS PAGE 6 ARTS ET SPECTACLES DANSE Sa Geste à Tangente ALINE APOSTOLSKA CRITIQUE COLLABORATION SPÉCIALE Trois femmes.La première est une New-Yorkaise brune à la silhouette très longiligne.La seconde, Torontoise installée à Halifax, est une superbe rousse sensuelle à l'allure sauvage.La troisième, Montréalaise d'origine italienne, arbore un bonnet rouge et une puissante musculature.Ainsi est réalisé l'objectif de Dena Davida, directrice artistique de Tangente, qui, dans le cadre de la série annuelle Sa Geste, présente la diversité de jeunes solistes d'aujourd'hui, saluant ainsi « dans la semaine de la Journée mondiale des femmes », les différences de gestuelles, mais aussi de physiques et de visions du monde.La première, c'est Sarah Skaggs, avec Prelude for Salome.Dans une demi-pénombre éclairée, en fond de scène, par des vasques de lumière qui ressemblent à des coupes d'autel, elle crée une ambiance inspirée, propice à sa danse à la fois précise et souple, où l'accent est mis sur le haut du corps, les bras, les mains et une certaine verticalité mystique.En trois courtes parties \u2014 la première sur le discours convulsif d'un prédicateur fanatique, la seconde tendre et douce et la troisième d'un calme sublime et communicatif \u2014 , elle crée un univers singulier, étrange, qui donne envie d'en voir plus et de la revoir plus souvent ici.Suit la lumineuse Sally Morgan, avec un solo non moins convaincant, More earth, he said, dont la courte vidéo d'ouverture présente le sujet par ces quelques mots : « I don't remember where I come from ».La jeune chorégraphe y dialogue avec des objets \u2014 coquillage, échafaudage en bois, seau rempli de terre qu'elle finit par déverser sur ses pieds \u2014, suggérant bien, à travers sa narration poétique, théâtrale et symbolique, une très actuelle quête de soi, une errance intime à travers l'ailleurs.Ce solo émouvant permet d'apprécier une très belle interprète dont on devine l'étendue du registre, un beau travail des jambes, une gestuelle à la fois puissante et sensuelle.On croit connaître la troisième, Claudia Fancello, à travers le groupe de Bgirls, Solid State et on a hâte de la découvrir comme chorégraphe et interprète de son solo Pins and Needles.Fancello a raison d'éviter ici toute référence convenue au breakdance.Elle crée un solo tout en tensions dramatiques et musculaires, en écho à la scénographie faite de jeux de transparences à travers une toile élastique tendue sur la scène.Malheureusement, l'originalité de l'intention et de l'interprétation n'empêchent pas la lourdeur et la longueur de l'ensemble, qui laisse un peu perplexe.Néanmoins, cette nouvelle édition de Sa Geste offre des découvertes fort intéressantes.SAGESTE, solos de femmes, aujourd'hui, 16h, à l'espace Tangente.Info: 514 525-1500.Trois femmes en solo La vie avant la mort DROUIN suite de la page 1 Depuis la mort de son frère, Drouin a cessé de boire, de fumer et de traîner dans tous les bars de la planète.Il est aussi revenu vivre à Montréal avec, dans ses bagages, les maquettes d'un nouveau CD, le premier depuis 14 ans.Aussitôt installé, il s'est lancé dans l'inventaire de sa vie et de son oeuvre.Il a relu toutes ses pièces et ses comédies musicales, dont la célèbre et calamiteuse I.Puis il a écouté ses trois disques \u2014 Marc Drouin et Les Échalotes, Vis ta vinaigrette et Showman\u2014 avant d'entreprendre l'ultime pèlerinage.« Je suis retourné voir la maison où je suis né, à Rosemont, puis celle où j'ai grandi, à Ahuntsic.Puis je suis allé faire un tour dans la grande salle du cégep Saint- Laurent.Ça sentait encore le pot.Après quoi j'ai filé à l'École nationale, où j'ai étudié.Ça sentait encore le vieux tatami.Et je me suis rendu compte que ce que j'ai inventé existe, qu'ici c'est chez nous, et que je suis dépendant du Québec.J'ai coupé toutes les dépendances sauf celle-là.» À 50 ans et des poussières, Marc Drouin revient à la case départ.« La vie m'a beaucoup donné, affirme-t-il.J'ai eu de la chance, du succès.Mes shows ont marché, j'ai gagné des tas de Félix (11 en tout), mais je ne réalisais pas toujours ce qui m'arrivait.» Drouin a aussi eu son lot d'échecs et de déceptions.En 1990, son unique aventure à la télé avec l'émission Images de Marc, est née dans la tourmente avant de mourir rapidement.Du côté de la scène, après le succès populaire de Pied de poule, de Vis ta vinaigrette, de Muguette Nucléaire et de Petit bateau deviendra grand, Drouin s'est cassé la gueule en 1998 avec la comédie musicale I, une superproduction de près d'un million qui a été vite retirée de l'affiche du Saint-Denis, pour cause de public absent et de mauvaises critiques trop abondantes.Déçu, blessé, plus parano que jamais, Drouin a fui en Europe pour cuver sa peine.Il a complètement cessé d'écrire pour un temps.Mais tout cela, comme il le dit luimême, c'est du passé et n'a plus rien à voir avec la suite des événements.Pour l'instant, cette suite se résume à la reprise de Pied de poule et à l'album La Tête dans les spots, conçu pour faire danser les gens.La musique est de Germain Gauthier et les textes, souvent loufoques, sont signés Drouin, qui n'hésite pas à nous raconter sur un rythme techno La Vie de Jésus, un type pris en charge par un manager qui décide d'en faire une star et qui lui explique les grandes lignes de son plan de carrière.Même s'il écrit encore au stylo et sait à peine allumer un ordinateur, Drouin a conçu avec Mo Mo deux clips de la chanson Je recommence à m'aimer, entièrement à partir d'images de synthèse.Dans la première version techno pour le public plus jeune de Musique Plus, il apparaît comme un personnage de BD entouré de clones.Dans la version adulte plus R&B destinée à Musi Max, il campe un jeune crooner romantique, conçu expressément pour faire craquer les jeunes filles.Drouin ne prévoit pas monter de spectacles à partir des chansons d'un CD qu'il conçoit avant tout comme une carte de visite et un tremplin vers l'avenir.Actuellement, ses seuls projets sont d'exploiter davantage son imagination, de se tenir droit comme un I, de se coucher tôt, de ne plus être malheureux, de s'aimer davantage et forcément d'aimer mieux les autres, de liquider ses illusions mais pas ses rêves, de continuer à écrire des shows qui font du bien aux gens et d'apprendre à maîtriser son destin \u2014 et si possible, le clavier de l'ordinateur.PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © À 50 ans et des poussières, Marc Drouin revient à la case départ.SPECTACLES De petits riens LAFERRIÈRE suite de la page 1 Ce soir-là, je la voyais danser, très sensuelle dans sa minuscule robe rouge.Elle n'avait plus peur de nous.Je sentais, dès ce moment, qu'elle n'allait plus faire long feu.Ma fille était complètement émerveillée, ne perdant pas une miette de ce qui se passait sur la scène et autour d'elle.Pour elle, le spectacle était partout.C'était aussi sa première vraie soirée.Après, on est allés dans un restaurant, pas trop loin, où elle a pris son temps pour commander presque tout le menu.Je ne suis pas intervenu.On a parlé un peu du spectacle, et quand le repas est enfin arrivé, elle m'a glissé à l'oreille qu'elle ne pourrait pas manger.Et pourquoi ma chérie ?J'ai trop sommeil, dit-elle, avant de tomber comme une mouche.Le serveur m'a souri avant de filer chercher une boîte de carton pour tout y mettre.Ma fille a fait bombance le lendemain midi.Tête-à-tête Je n'ai pas trouvé ma valise.La compagnie aérienne m'a fait savoir qu'on me l'apportera au plus tard, demain après-midi.Pas de problème.Je rentre à l'hôtel m'assurer que j'ai bien une chambre.On peut avoir des surprises.Je fais une rapide toilette avant de sortir pour flâner un peu dans la ville.Comme j'ai faim, j'entre dans le premier restaurant italien sur mon chemin.Je mange sans regarder dans l'assiette.Un plat de spaghetti ne peut être qu'un plat de spaghetti.Si on parle anglais partout, on mange italien aussi partout.Après, je rentre tranquillement à l'hôtel.Je m'assois sur le lit.J'allume la télé.De la neige sur toute les chaînes, avec le bruit si caractéristique d'une télé en panne.J'appelle la réception.Le concierge me répond, sur un ton calme, qu'il m'enverra quelqu'un demain matin.Devant mon insistance, il est venu lui-même voir ce qu'il pouvait faire.À un moment donné, j'ai vu quelques flammèches sortir de l'arrière de l'appareil.Il semblait à peine surpris, a pris tout son temps pour bien ranger ses outils dans la boîte avant de partir.Maintenant, on n'a même plus la neige.Seulement un minuscule point lumineux au milieu d'un écran complètement noir.J'ai cherché quelque chose à lire.J'ai vite fait le tour de tous les dépliants touristiques.J'ai tourné en rond dans la chambre avant de me résigner à passer une nuit en tête-à-tête avec moi-même.Un petit chemin Sur la route qui mène vers le nord.Un après-midi déclinant.Le vaste ciel rose.J'ai l'impression de rouler dans un tableau de Monet.Une chanteuse à la radio raconte ses débuts difficiles dans un bar minable, mais ce qu'elle chante n'est pas très bon.Au fond, c'est son public qui aurait dû se plaindre.Soudain, sur la gauche, ce petit chemin de terre qui me fait penser à mon enfance.Du temps que j'étais incapable de résister au moindre appel de la nature.De ma nature.Je me souviens de ce temps où il y avait toujours quelqu'un près de moi pour m'empêcher de suivre mon instinct.Quel long dressage ! Un autre chemin me fait signe.Qu'est-ce qui m'empêche d'aller voir où il conduit ?C'est déjà derrière moi.Et puis un autre.Je remarque que si on y pense pendant, ce sera toujours trop tard.Tout doit se passer avant.Et voilà : un coup sec vers la droite, et je pénètre, tout fébrile, dans le sousbois.Je roule un long moment, le temps qui mène de l'enfance à l'adolescence, pour déboucher sur cette route toute crevassée qui conduit à l'autoroute.Un film Je tends la main vers la table de chevet pour prendre ce bouquin commencé la veille.Je ne garde jamais près de moi un livre qui ne m'intéresse pas.Le bonheur c'est que, n'étant pas critique littéraire, je ne suis pas obligé de lire un livre que je n'aime pas.Je ne suis même pas obligé de parler d'un livre que j'ai lu.Je lis en toute liberté.Mais ce livre me plaisait bien, et là plus rien.Du bois mort.Que fait-on dans ce cas-là?J'allume la télé, pour tomber, après diverses cochonneries, sur un film.Ce genre de film qu'on passe, généralement, en pleine nuit, et qu'on attrape toujours au beau milieu.C'est un petit film italien sans prétention.Le cinéaste voulait simplement raconter une histoire.Une histoire locale que seuls les gens du pays sont capables de bien savourer, comme certains mauvais vins.Comment s'est-il retrouvé à l'étranger ?On a dû acheter ce film quand le cinéma italien dominait le marché.À l'époque, les Italiens semblaient incapables de faire un navet, en tout cas, c'est ce qu'on a cru.Ils avaient même poussé l'audace jusqu'à renouveler le western américain.Et nous voilà pris aujourd'hui avec ces films de nuit.Je dois avouer que ce sont mes préférés.Je ne les prends jamais au début, et m'endors toujours avant la fin.Ce genre de film aide à traverser ce tunnel d'angoisse qui relie une heure à quatre heures du matin.Une interview de Borges J'habitais rue Saint-Hubert, derrière l'Université du Québec.Dans une chambre au troisième, avec un copain.Je ne sais pourquoi les gens avaient pris l'habitude de me laisser les messages les plus incongrus dans la boîte aux lettres.Je devais aller à Atwater rencontrer un agent d'immigration.J'avais reçu une convocation.Le genre de truc qui vous rend subitement nerveux.Je descends l'escalier quatre à quatre, fouille en passant dans ma boîte aux lettres pour trouver une enveloppe.Je l'ouvre : une longue interview de Borges.Tout ce qu'il me faut pour faire la route.Son ton courtois m'apaise.Une intelligence qui excite et repose à la fois.Il y a une telle stridence dans l'air, ces jours-ci.Chacun pense qu'il faut hurler pour se faire entendre.C'est à qui rapporte la nouvelle la plus sensationnelle.On joue constamment sur nos nerfs.Deux choses dominent notre époque : l'actualité et l'émotion.Tout cela débouche sur le vide.Et là, on écoute Borges, à la fois si ancien et contemporain.Intemporel donc.La conversation de Borges, c'est celle d'un Malraux épuré des tics de langage, des télescopages pas toujours évidents et des digressions interminables (on peut dire aussi que Malraux est un Borges plus chaleureux).À un moment donné, il remarque, sans qu'on lui en parle, que « Virgile est exquis ».Et vers la fin, il chuchote : « L'éternité me guette ».En tout cas, j'ai totalement oublié mon inquiétude en sa compagnie.Et il n'y avait aucune révélation, aucun scandale, aucun suspense, seulement un esprit qui se déployait, comme un arc-en-ciel, sous mes yeux.La main de ma mère J'avais 6 ans.Ma mère allait à un rendez-vous, pas loin du Palais national.La voisine chez qui je restais, quand ma mère devait sortir, n'était pas chez elle.Ma mère a été obligée de m'emmener avec elle.Elle semblait un peu contrariée.C'est qu'elle n'aime pas trop le quartier où on va.Elle voulait m'acheter un nouveau matelas.Et le matelassier habitait une masure dans une zone assez dangereuse.Ma mère marchait très vite.« Marie ne marche pas, elle vole », dit tante Renée.Je n'arrivais pas à la suivre.Pour me garder à son rythme, elle me tenait fermement la main.Mes pieds ne touchaient plus terre.J'étais devenu un vrai cerf-volant.Ma main était toute rouge.Je n'osais pas pleurer parce que je préfère souffrir avec ma mère plutôt que rester avec la voisine qui prend pourtant bien soin de moi.Elle est toujours souriante, mais c'est ma mère que je veux.La gloire de Davertige J'entends de plus en plus parler de Davertige.Il était temps.Cela fait plus de 25 ans qu'il passe inaperçu dans cette ville.C'est une bonne chose pour ceux qui ne l'ont pas encore fréquenté.Sûrement pas pour Davertige qui en a marre de lui-même, qui se supporte à peine certains jours.Dernièrement, j'ai rencontré une jeune journaliste de Radio-Canada qui me racontait, les yeux brillants, qu'elle venait de passer un bon moment avec Davertige.Chez lui.Cela m'a fait rire.Davertige qui reçoit.Oh, il est tout plein de cette courtoisie d'une autre époque.Il s'exprime dans cette langue somptueuse qu'on n'entend presque plus.Il doit bien charmer les jeunes filles avec ses longues mains raffinées qu'il fait papillonner autour de son long visage étonné.Mais quand la journaliste est partie, il a dû se demander de quoi il s'agissait.Je le vois, tout perplexe, debout au milieu de la chambre.Et le même jour, après une petite causerie à la bibliothèque de Saint- Lambert, une dame, un peu énervée, me lança : « J'ai lu ce poète dont vous semblez faire grand cas, Davertige, et je n'ai strictement rien compris.» J'avais envie de lui répondre de ne pas chercher à comprendre.C'est le poème qui doit faire tout le travail.Tout ce qu'on vous demande, c'est de ne pas être pressé.Oh la lenteur de mes joues fraîches de mon sang frais Ah je renais avec tes yeux sous mes paupières Et ton sang frais dans mes veines toutes de lassitude Ô jour mon papillon fragile les yeux cernés de crainte En mon corps chante le choeur du printemps Ces vers sont tirés de l'unique recueil de Davertige, Anthologie secrète, Mémoire d'Encrier, 2003.CINÉMAS INDÉPENDANTS ARBRES Cinéma Parallèle: 14h.AU LOIN S'EN VONT LES NUAGES Cinémathèque québécoise: 18h30.AU REVOIR LENINE Cinéma Beaubien: 14h 16h30, 19h, 21h30 ; Ex-Centris: 14h30, 17h10, 19h25, 21h40.DERNIER TUNNEL (LE) Cinéma Beaubien: 13h45, 16h15, 18h45, 21h15.DREAMERS (THE) Cinéma du Parc (1): 14h30, 16h55, 19h10, 21h30.EFFROYABLES JARDINS Cinéma Beaubien: 14h15, 18h45.ENFANTS DE LA PLUIE (LES) Ciné-Kid (Ex-Centris): 11h.(À partir de 8 ans) FALLING ANGELS Cinéma du Parc (3): 14h50, 21h35.FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM SUR L'ART Cinéma ONF.Renseignements: (514) 874-1637.FIRST PERSON SERIES Cinéma du Parc (3): 19h25.JUHA Cinémathèque québécoise: 20h30.LA MORT SUSPENDUE (TOUCHING THE VOID) Cinéma Beaubien: 12h15, 16h45, 21h.LE ROI ET L'OISEAU Cinéma Beaubien: 11h45.MAKE MONEY! SALUT, BONSOIR suivi de LE GRAND DÉRANGEMENT DE ST-PAULIN DALIBAIRE Cinéma Parallèle: 17h20, 21h15.OSAMA Cinéma du Parc: 15h, 17h, 19h, 21h : Ex-Centris: 15h, 17h, 19h, 21h.ZAMAN OU L'HOMME DES ROSEAUX Cinéma Parallèle: 15h15, 19h30.MUSIQUE SALLE POLLACK DE L'UNIVERSITÉ McGILL Quatuor à cordes Auryn.Ladies' Morning Musical Club: 15h30.ÉGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE Schola grégorienne Saint-Grégoire.Dir.Jean-Pierre Noiseux: 16h.SALLE CLAUDE-CHAMPAGNE Choeur et Ensemble de cuivres de l'Université de Montréal.Dir.Robert Ingari.Messe (Stravinsky), Berliner Requiem (Weill): 15h.CHAPELLE HISTORIQUE DU BON-PASTEUR Marie-André Chevrette, violoniste, Suzanne Blondin, pianiste.Brahms, Beethoven, Ravel: 15h30.DERNIER FILM Billy Elliot (qu'il regarde au moins deux fois par mois) et Punch-Drunk Love.DERNIER DISQUE Daniel Boucher et le groupe gallois Stereophonics.DERNIER LIVRE Guérir, de David Servan-Schreiber, et Allah superstar, de Y.B.(Yassir Benmiloud), chez Grasset.DERNIER SPECTACLE Oreste: The Reality Show, à l'Espace Go.AIR EN TÊTE L'air de Lying in the Sun, de Stereophonics.ARTISTE INSPIRANT David Bowie, Bryan Ferry et Andy Warhol OEUVRE CHOC Le film La Strada, de Fellini, qu'il a vu à 8 ans et qui a changé sa vie.PERSONNAGE DE FICTION QUI LUI RESSEMBLE Billy Elliot dans le film du même nom. GVISA GÉNÉRAL VISITEZ WWW.TRIBUTE.CA À L'AFFICHE! POUR LES HORAIRES version française de 50 FIRST DATES «UNE COMÉDIE ROMANTIQUE AUDACIEUSE ET IMPRESSIONNANTE.» A.O.Scott, THE NEW YORK TIMES CINÉPLEX ODÉON BOUCHERVILLE / CINÉ-ENTREPRISE CINÉMA DU CAP / CINÉMA CARNAVAL CHÂTEAUGUAY / CINÉPLEX ODÉON PLAZA DELSON / CINÉPLEX ODÉON CARREFOUR DORION / CINÉMA CAPITOL DRUMMONDVILLE / CINÉMA 9 GATINEAU / CINÉ-ENTREPRISE FLEUR DE LYS GRANBY / LE CARREFOUR 10 JOLIETTE / MÉGA-PLEXTM GUZZO LACORDAIRE 16 / LES CINÉMAS GUZZO LANGELIER 6 / CINÉPLEX ODÉON LASALLE (Place) / FAMOUS PLAYERS COLOSSUS LAVAL / FAMOUS PLAYERS STARCITÉ MONTRÉAL / LES CINÉMAS GUZZO PARADIS / MÉGA-PLEXTM GUZZO PONT-VIAU 16 / CINÉPLEX ODÉON QUARTIER LATIN / CINÉMA GALAXY SHERBROOKE / MAISON DU CINÉMA SHERBROOKE / CINÉMA TRIOMPHE LACHENAIE / CINÉMA ST-LAURENT SOREL-TRACY / CINÉ-ENTREPRISE ST-BASILE / CINÉPLEX ODÉON ST-BRUNO / LES CINÉMAS GUZZO STE-THÉRÈSE 8 / CINÉMA ST-EUSTACHE / GALERIES ST-HYACINTHE ST-HYACINTHE / CAPITOL ST-JEAN / CARREFOUR DU NORD ST-JÉRÔME / MÉGA-PLEXTM GUZZO TASCHEREAU 18 / MÉGA-PLEXTM GUZZO TERREBONNE 14 / CINÉMA DE PARIS VALLEYFIELD / CINÉMAS GALAXY VICTORIAVILLE / CINÉMA BIERMANS SHAWINIGAN / MÉGA-PLEXTM GUZZO JACQUES CARTIER 14 / FLEUR DE LYS TROIS-RIVIÈRES O./ VERSION FRANÇAISE VISITEZ WWW.TRIBUTE.CA POUR LES HORAIRES / SON DIGITAL AUSSI À L'AFFICHE EN VERSION ORIGINALE ANGLAISE 13 PRÉSENTEMENT À L'AFFICHE! ANS + version française de «SECRET WINDOW» 3213219A ARTS ET SPECTACLES Parés pour les MIMI's?La soirée de gala promet d'être moins en dents de scie que l'an dernier PHILIPPE RENAUD COLLABORATION SPÉCIALE Rendez-vous annuel des « négligés » de l'industrie du disque québécois \u2014 la grosse, celle qui se conjugue au temps d'antenne des télés et radios commerciales \u2014, le gala des MIMI's (Montreal International Music Initiative) tient pour la septième fois à honorer le travail des artistes underground.À la barre de l'événement, qui a lieu ce soir au Spectrum à compter de 20 h, on trouve les animateurs Pascal-Angelo Fioramore, truculent frontman des Abdigradationnistes, et D-Shade, de Shades of Culture.Ils auront le mandat de mettre de la vie dans un gala qui n'avait pas l'habitude de répondre aux normes du genre.Mais en sept ans, les choses ont changé, affirme Dan Webster, des productions Greenland, qui met sur pied les MIMI's depuis leurs débuts.« Nous avons beaucoup appris avec le temps, dit Webster.Nous essayons toujours de garder une bonne part de spontanéité dans la soirée.Disons que nous ne nous en tenons pas fermement au script ! » Cependant, depuis quelques années, tous les observateurs (à commencer par les artisans de Greenland) s'entendent pour dire que ce gala a besoin de passer à un autre stade.À une rigueur qui le rendrait présentable aux télédiffuseurs.Une diffusion adéquate serait d'ailleurs la meilleure façon pour ce gala d'atteindre son objectif, soit de faire rayonner le talent des artistes underground.Au cours des années précédentes, Musique Plus a présenté une spéciale d'une heure sur le gala ; CFCF a aussi offert un peu de temps d'antenne, et Radio-Canada, par le truchement de Bande à part, a permis la webdiffusion du gala.Cette année, Greenland se donne les moyens d'arriver à ses fins : une équipe de tournage captera le gala pour le proposer aux télédiffuseurs et commanditaires afin, espère-t-on, qu'il soit diffusé plus tard.Sinon, ça fera une excellente carte de visite pour les prochaines années.« Nous aimerions que le gala soit diffusé à l'échelle nationale », affirme Webster.Qui rêve en grand : plusieurs s'accordent à dire que l'organisation du gala est encore chancelante.« Bien sûr, convient Dan Webster, il gagnerait à devenir plus tight.L'an dernier, nous faisions face à une situation différente : nous avions beaucoup de partenaires dans l'organisation du gala, et beaucoup trop d'ambition.Nous savons que nous devons travailler plus fort encore pour arriver à rendre ce gala présentable à la télé.» Personne ne doute que la soirée, grâce aux prestations des artistes, saurait attirer les mélomanes.Cette année, le gala propose les performances de Benoît Charest, Antoine Gratton, Les Chiens, Kid Koala, Martha Wainwright, Jason Bajada, The Sainte-Catherines, du collectif hip hop Attach Tatuq et du duo électronique EGG (qui donnera un spectacle complet tout de suite après la fin du gala pour l'after-party officiel, toujours au Spectrum).Déjà, la soirée promet d'être moins en dents de scie que l'an dernier ! Compte-rendu de cette soirée mardi dans nos pages.MEGA-PLEX GUZZO SPHERETECH 14/ MEGA-PLEX GUZZO MD TASCHEREAU 18/ LES CINÉMAS GUZZO MD DES SOURCES 10/ MEGA-PLEX GUZZO LACORDAIRE 16 / CINEPLEX ODEON MD CAVENDISH CINEPLEX ODEON CÔTE DES NEIGES AMC THEATRES FORUM / FAMOUS PLAYERS ANGRIGNON/ FAMOUS PLAYERS COLISÉEKIRKLAND / FAMOUS PLAYERS COLOSSUS LAVAL / LE CARREFOUR 10 JOLIETTE CINÉ-ENTREPRISE ST.BASILE CINÉMA CAPITOL DRUMMONDVILLE FLEUR DE LYS TROIS-RIVIERES CARREFOUR DU NORD ST.JEROME GALERIES ST-HYACINTHE ST-HYACINTHE CINÉMA 9 ROCK FOREST CINEPLEX ODEON BIERMANS SHAWINIGAN TERREBONNE 14/ CARNAVALCHATEAUGUAY LES CINÉMAS GUZZO MEGA-PLEXMDGUZZO STE.THERESE 8/ MEGA-PLEX GUZZO LACORDAIRE 16 / CINEPLEX ODEON MD DORION CARREFOUR CINEPLEX ODEON DELSON PLAZA CINÉ-ENTREPRISE CINEMA DU CAP CINEPLEX ODEON ST.BRUNO CINEPLEX ODEON BOUCHERVILLE CINÉ-ENTREPRISE TRIOMPHE LACHENAIE JACQUES-CARTIER 14 / MEGA-PLEX GUZZO MEGA-PLEXMDGUZZO PONT-VIAU 16 MD MEGA-PLEX GUZZO TASCHEREAU 18/ GROUPE MATHERS MD ST.EUSTACHE/ CINEPLEX ODEON QUARTIER LATIN FAMOUS PLAYERS ANGRIGNON/ FAMOUS PLAYERS VERSAILLES / FAMOUS PLAYERS STARCITÉ MONTREAL / VERSION ORIGINALE ANGLAISE VERSION FRANÇAISE À L'AFFICHE! GVISAGÉNÉRAL THX PRÉSENTÉ EN SON CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINÉMAS Distributé par BUENA VISTA PICTURES DISTRIBUTION ©TOUCHSTONE PICTURES hidalgo.movies.com CARNAVALCHATEAUGUAY/ CINÉMA PINE STE.ADELE / FAMOUS PLAYERS DORVAL 4 / FAMOUS PLAYERS COLISÉEKIRKLAND / LES CINÉMAS GUZZO DES SOURCES 10/ MEGA-PLEX GUZZO LACORDAIRE 16 / MD FAMOUS PLAYERS ANGRIGNON/ MEGA-PLEX GUZZO TASCHEREAU 18/ GROUPE MATHERS MD ST.EUSTACHE/ FAMOUS PLAYERS COLOSSUS LAVAL / CINEPLEX ODEON CAVENDISH CINÉ-ENTREPRISE TRIOMPHE LACHENAIE MAISON DU CINÉMA CARNAVALCHATEAUGUAY/ SHERBROOKE CINÉ-ENTREPRISE JONQUIERE CINÉ-ENTREPRISE LOUISEVILLE/ CINEMA DU CAP CINÉ-ENTREPRISE CINEMA PIXEL FLEUR DE LYS GRANBY CINEPLEX ODEON BIERMANS SHAWINIGAN CINÉMA CAPITOL DRUMMONDVILLE/ FLEUR DE LYS TROIS-RIVIERES CINÉMA 9 ROCK FOREST CINÉMA DE PARIS VALLEYFIELD/ CINÉMA ST.LAURENT SOREL-TRACY/ CAPITOL ST.JEAN/ LE CARREFOUR 10 JOLIETTE/ GALERIES ST-HYACINTHE ST-HYACINTHE CARREFOUR DU NORD ST.JEROME CINEPLEX ODEON DORION CARREFOUR FAMOUS PLAYERS STARCITÉ MONTREAL / CINEPLEX ODEON DELSON PLAZA CINÉ-ENTREPRISE ST.BASILE CINEPLEX ODEON JACQUES-CARTIER 14/ ST.BRUNO LES CINÉMAS GUZZO MEGA-PLEXMDGUZZO STE.THERESE 8 TERREBONNE 14/ GROUPE MATHERS MEGA-PLEXMDGUZZO ST.EUSTACHE/ MEGA-PLEX GUZZO PONT-VIAU 16 MD FAMOUS PLAYERS COLOSSUS LAVAL FAMOUS PLAYERS PARISIEN/ VERSION ORIGINALE ANGLAISE VERSION FRANÇAISE DÉCONSEILLÉ AUX JEUNES ENFANTS GVISAGÉNÉRAL CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINÉMAS VOYEZ-LE MAINTENANT! PRÉSENTÉ EN SON THX Veerrssiion ffrraanççaaiissee « UNE AVENTURE PALPITANTE » « À VOUS COUPER LE SOUFFLE! » Clay Smith, ACCESS HOLLYWOOD « QUAND SEABISCUIT RECONTRE » « INDIANA JONES! » James Verniere, BOSTON HERALD « UN FILM DE CAPE ET D'ÉPÉE AUDACIEUX ET EXUBÉRANT! » Roger Ebert, CHICAGO SUN TIMES « PASSIONNANT! UN RETOUR BIENVENU À LA GRANDE AVENTURE COMME NOUS NE L'AVONS PAS VUE DEPUIS LONGTEMPS.» Leonard Maltin, HOT TICKET « MAGNIFIQUE! UN FILM QUI A TOUTE L'ALLURE, LA PROGRESSION, ET LE COEUR D'UN CHEF-D'OEUVRE.» Jim Svejda, KNX/CBS RADIO 3213430A PHOTO ARCHIVES LA PRESSE © Martha Wainwright fait partie des artistes qui viendront divertir les participants aux MIMI's.Le gala propose également des performances de Benoît Charest, Antoine Gratton, Les Chiens, Kid Koala, Jason Bajada, The Sainte-Catherines, du collectif hip hop Attach Tatuq et du duo électronique EGG.SPECTACLES CÉLÉBRITÉS.tous les dimanches dans La Presse Composez le (514) 285-7274 appels interurbains (sans frais) 1 866 987-8363 VOUS AVEZ UN ÉVÉNEMENT À CÉLÉBRER?Célébrités 14/03 Mlle Gertrude Dussault 80e anniversaire (13 mars) BON ANNIVERSAIRE! De ton beau-frère Jos, tes neveux: Michel, Normand, Daniel et leur conjointe et Julien, Joëlle et Julie.Sincères félicitations à: Réjeanne et André Monette 55e anniversaire de mariage Le 12 mars 1949 De vos enfants Francine, Lise, Louise, Manon, Yves, Marc, conjoint(e)s et petits-enfants.ON VOUS AIME TRÈS FORT! DANSE PLACE DES ARTS Les Ballets Africains: 16h et 20h30.VARIÉTÉS THÉÂTRE DU CENTRE BELL Tom Jones: 20h.SALLE JEAN-GRIMALDI (1111, Lapierre) Annie Brocoli: 14h et 18h30.SALLE DÉSILETS DU CÉGEP MARIE-VICTORIN Claude Valade: 20h.O PATRO VYS (356, Mont-Royal E.) NOMA, avec Tom Walsh, Guy Kaye, Alan Baculis, François Chauvette, Rainer Wiens, Thom Gossage, Tim Perkins: 20h.THÉÂTRE DU VIEUX-TERREBONNE (867, Saint-Pierre, Terrebonne) Claudine Mercier: 20h30.CLUB SODA (1225, Saint-Laurent) Stefie Shock: 20h.LION D'OR (1676, Ontario E.) Les Batinses: 20h30.MAISON DES ARTS DE LAVAL (1395, de la Concorde O., Laval) Nicola Ciccone: 20h.À L'AFFICHE DÈS LE 2 AVRIL! Remplissez ce bon de participation et envoyez-le à l'adresse suivante: DOGVILLE/ VIVAFILM, C.P.278, SUCCURSALE B MONTRÉAL, QUÉBEC H3B 3J7 Nom: Adresse: Ville : Code postal : Téléphone (jour) : Téléphone (soir) : Courriel : Cette annonce est publiée dans La Presse du 13 au 15 mars inclusivement.Le tirage aura lieu le 25 mars 2004.Les gagnants recevront leur prix par le courrier postal.Les fac-similés ne sont pas acceptés.Seuls les coupons reçus par la postes sont acceptés.Valeur totale des prix : 1 000 $.Règlements disponibles chez Vivafilm.vous invitent à assister à la première NICOLE KIDMAN dans avec Paul Bettany, Lauren Bacall, Philip Baker Hall, Stellan Skarsg° ard, Ben Gazzara, Jeremy Davies et Choe Sevigny Un film de Lars von Trier En version française et en version originiale anglaise avec sous-titres français COUREZ LA CHANCE DE GAGNER UN DES 50 LAISSEZ-PASSER DOUBLES POUR LA PREMIÈRE DU 1ER AVRIL.version originale anglaise avec sous-titres français 3212998A ARTS ET SPECTACLES LES UNS ET LES AUTRES Tout à fait Cher Sur la lancée du dernier film des frères Farrelly, Deux en un, Cher s'est entretenue avec le magazine Première de ses choix, de la vie de tournée, de ses refus.QAprès deux ans en tournée, comment avez-vous concilié la scène et le cinéma ?RÇa a failli me tuer.Je faisais Deux en un pendant mes pauses.J'ignorais si je serais assez forte pour supporter cette alternance.J'ai pris un gros risque en acceptant, mais je ne voulais pas rater l'occasion de travailler avec les Farrrelly.La pression était si forte que je me disais que je serais heureuse quand ce serait fini.QQuelle différence faites-vous entre le métier d'actrice et celui de chanteuse ?RChanter, c'est comme d'aller à une fête chez quelqu'un d'autre : c'est amusant et il n'y a pas tant de travail à faire.Jouer, c'est comme recevoir chez soi : il y a beaucoup plus de responsabilités.Vous êtes beaucoup plus impliqué.QAvec qui seriez-vous prête à travailler sans avoir lu le scénario ?RJe ferais volontiers quelque chose avec Mel Gibson.J'ai confiance en son intégrité artistique.Je pense qu'il est un cinéaste sous-estimé.QSon film sur le Christ (The Passion) est controversé.RC'est un film très difficile parce qu'il est très brutal.Que le film soit fidèle à la vérité historique m'importe peu.Je l'ai regardé comme une oeuvre d'art et j'ai été sensible à ce qu'il exprimait.J'en suis sortie avec une très grande tristesse sur la façon dont les gens se traitent les uns les autres.Je suis au courant des accusations d'antisémitisme dont le film est l'objet, mais je ne les ai pas trouvées justifiées.Pourtant, j'ai fait très attention, particulièrement dans la scène incriminée où Jésus est jugé par les rabbins.Ce que le film montre, c'est qu'il suffit d'une seule personne puissante mais corrompue pour faire une chose horrible.Généralement, ce genre de personne est soutenue par un groupe très puissant qui ne se soucie aucunement de l'intérêt collectif.Ce n'est pas très différent de ce qui se passe aujourd'hui où les gens au pouvoir ne pensent qu'à leurs intérêts et non à ceux qui ont besoin qu'on s'occupe d'eux.ZOOM Mot à mot Dans le monde du cinéma, on confond volontiers vie personnelle, états d'âme et carrière ; voici, sur l'un ou l'autre sujet, quelques propos de stars.Bernardo Bertolucci « J'étais un cinéphile pur et dur jusqu'à ce que je réalise mon premier film, La commare secca (1962).Quand on passe derrière la caméra, on est contaminé, on perd sa pureté.Un cinéphile, c'est quelqu'un qui ne réalise pas de films.Il les absorbe, se fait écraser par eux.Aucun voile personnel ne doit s'interposer entre le film et lui.La cinéphilie est un délire un peu cathartique et un cinéphile doit accepter de mourir pour le film de quelqu'un d'autre.Pas pour le sien.» Daniel Auteuil « Je choisis des rôles qui me vont.Ils ont de la matière.J'aime bien, dans un même plan, exprimer des sentiments différents, en tournant simplement la tête.Enfin, là, je me vante, hein ! Je joue le type qui sait vachement bien le faire (rire).Mais je ne sais pas tout faire.Par exemple, je ne tenterai jamais de jouer un aristocrate décadent et cynique.» Ornella Muti « J'étais une petite fille hypersensible qui a beaucoup souffert de la relation difficile de ses parents, puis de leur séparation.Quand ma mère, qui est Russe, partait, mon père, Napolitain, nous gardait, ma soeur et moi.À cette époque, les adultes n'expliquaient rien aux enfants.Je subissais en silence.Et puis ma mère nous a élevées, ma soeur et moi, quand j'ai perdu mon père à 12 ans.Ensuite, tout au long de ma vie sentimentale, à travers mes amours, j'ai recherché ce lien qui m'attachait à lui.» Mathieu Kassovitz « Depuis que je suis technicien du cinéma, je ne vois plus les films de la même façon ; je n'arrive pas à être détaché, à avoir peur.J'étudie tout, je travaille tout le temps.C'est une damnation.Quand j'en vois un bon, heureusement, j'oublie tout, je suis pris par le film, mais il faut vraiment que ce soit très bon.Mes standards ont changé.Avant, j'adorais regarder les mauvais films, maintenant je ne peux plus.» Emmanuelle Béart « Le public confond souvent les personnages et la composition de l'actrice.Alors, son regard me gifle quelquefois.Ce métier m'a émerveillée, il m'a comblée, il a fait de moi la femme que je suis, je ne peux pas m'en passer.En même temps, il m'arrive de songer à le quitter.D'avoir des bouffées de haine.De crier en silence : Lâchez-moi.Je ne veux plus incarner.Je ne veux plus entrer en quelqu'un d'autre.Je ne veux plus qu'on entre en moi.» José Garcia « On entend constamment les mots respect ou valeur, mais ce sont des notions vagues, très mal utilisées.Ce qui manque le plus, c'est tout simplement de savoir valoriser les gens.Qu'on leur dise par exemple Toi, t'es un type bien.Tu sais pas faire ça ?Tant pis, c'est pas grave, parce que tu peux faire ça.Si on prend son prochain pour quelqu'un d'inférieur, on ne lui donne aucune force.Savoir valoriser, c'est une démarche devenue encore plus rare que savoir donner.» Première, Ciné Live, Paris Match, Studio Benicio Del Toro « Je ne tombe pas facilement amoureux, mais quand ça m'arrive c'est comme un trip d'acide ! Quand je suis fou amoureux, le monde qui m'entoure est transfiguré, je commence à voir des couleurs, des flashes.Les sensations sont démultipliées.Chez les femmes qui m'attirent, la constance est l'attraction physique, mais je ne la ressens pas forcément tout de suite.Ensuite, c'est comme un bon film : le casting serait l'attirance physique, le metteur en scène serait l'attirance émotionnelle, le scénario serait l'attirance intellectuelle.Le film parfait ! » Paris Match VOTRE SOIRÉE DE TÉLÉVISION THÉRÈSE PARISIEN COLLABORATION SPÉCIALE 14H30 a CHRISTIANE CHARETTE EN DIRECT Christiane reçoit Céline Galipeau, Michel Côté et les Triplettes de Belleville! 17H a 5 SUR 5 Une téléspectatrice s'interroge sur l'utilité des réceptions officielles du gouvernement?Qu'à cela ne tienne: Jean Charest lui répond en l'invitant à ses cérémonies protocolaires! Bernard Derome tire sa révérence ce soir.18H RDS ÉRIC GAGNÉ, TROISIÈME PRISE Deuxième partie du documentaire sur la star des Dodgers avec les témoignages des parents, de la femme et du frère d'Éric Gagné.18H K LE DÉFI McDONALD'S Diffusion du match disputé entre les Boys et le Canadien à la mi-février au Centre Bell.18H30 r STAR ACADÉMIE Ce soir, Wilfred, Kevin Parent et Samantha Fox chantent avec les jeunes recrues de l'Académie.19H K CINÉMA: LE 6e JOUR Une sorte de thriller futuriste avec Arnold Schwarzenegger.Un pilote d'hélicoptère découvre qu'il a été remplacé par un clone.20H r LE GALA METROSTAR Gregory Charles anime cette 19e remise de prix grand public sur le ton de la téléréalité! Le plus grand secret a entouré l'organisation du gala, mais on chuchote que Céline fera une apparition.En lice pour le Metro Star de l'année: Pierre Bruneau, Patrice L'Écuyer, Guy Mongrain, Jean-Luc Mongrain, Véronique Cloutier, Chantal Fontaine, Élise Guilbault, Sophie Lorain ou Sophie Thibault.Le Téléjournal Découverte / Skis de compétitions EST - OUEST (5) avec Sandrine Bonnaire, Oleg Menchikov Le Téléjournal Conversation Le Garage SPARTACUS (3) Le TVA 18 heures Star Académie /Wilfred Le Bouthillier, Samantha Fox, Kevin Parent Gala Metro Star Le TVA / Loteries Familles.(23:28) Cultivé et bien élevé La Poudre d'escampette Les Grands Documentaires / Le Mondes des animaux Boston Public LE CIEL SUR LA TÊTE (5) avec Arianne Maheu, David Boutin LES DÉMONS DE JÉSUS (4) avec Thierry Frémont (22:56) Le Défi Mc Donald's / Les Canadiens - Les Boys LE 6e JOUR (5) avec Arnold Schwarzenegger, Tony Goldwyn LA FIN DES TEMPS (6) avec Arnold Schwarzenegger, Gabriel Byrne (21:29) News .Spotlight Alias Cold Case Law& Order: Criminal Intent The Eleventh Hour CTV News News News RETURN TO.(17:00) Curling / Nokia Brier - finale Sunday Report Venture Mary Walsh ABC News Homeowner America's Funniest Home Videos Extreme Makeover Alias The Practice Beautiful.Pub NCAA Basketball Selection Show 60 Minutes Cold Case FAMILY SINS avec Kirstie Alley, Will Patton News .Raymond News NBC News Dateline NBC American Dreams Law& Order: Criminal Intent Crossing Jordan .Machine Fred Rogers: America's Favorite Neighbor My Music: '70s Soul Superstars Visions of England Daniel O'Donnell.(17:00) 60's Pop Rock Reunion Infernal Violins Yoga for the Rest of us BBC News Wall Street .(17:30) Makeover.Crossing Jordan Biography / Andy Griffith Biography / Don Knotts Biography / Ron Howard Airline TROIS PLACES.(17:00) Le Magnat de la presse MORT PRÉMÉDITÉE (4) avec Sam Shepard, Elias Koteas L'Actors Studio / Geena Davis Silence, on court! Rupert Everett: Bravo! Profile Arts&Minds Shaping Art From Ochre to Azure THE GENERAL'S DAUGHTER (5) avec John Travolta, Madeleine Stowe .(23:15) Québec en humour Docu-D / Simenon.Docu-D / .grande duchesse Sans détour / Poulets.Attaques animales Les Ultimes / L'Ultime Manège Psychologie de la famille Enseigner.Santé mentale et vieillissement UQAR.Bilan du siècle In Focus La Formation.Le Monde.Activités physiques.Frontiers of Construction Daily Planet Disaster Detectives Discovery's Sunday Showcase / Rome Week Daily Planet Vidéo Guide Airport .plongée .le spa Maeva Guide Debeur Bain de soleil Reiselust Pilot Guides .(18:20) .(18:45) .(19:10) King (19:35) Disney, I Shrunk the Kids NATIONAL LAMPOON'S EUROPEAN VACATION (5) .(22:34) LADYHAWKE (4) (22:50) Everwood King of the Hill Oliver Beene The Simpsons Bernie Mac Malcolm in the Middle Arrested.Charmed High School Reunion Global News Global Sunday King of the Hill .Half Men .Raymond Crossing Jordan Global News Global Sports Trouvailles &Trésors Made in Québec / Citadelle Série noire JAG LE CHOIX DE SOPHIE (3) avec Meryl Streep, Kevin Kline Betrayal / Oswald Mosley Tanks Crown and Country JEREMIAH JOHNSON (3) avec Robert Redford, Delle Bolton Manhunt Crisis Zone Fashion File Matchmaker Skin Deep Birth Stories Little Miracles Crisis Zone Skin Deep Birth Stories Popop Bruno Une diva.Nostalgia / Marjo Musicographie / Adam West.Week-end de stars / Bon Jovi Week-end.Week-end.Musicographie / Adam West Bécosse.the Pops Plus sur commande Concert Plus / Britney Spears Babu à planche Karaoclip Dollaraclip Vidéo Clips Ya Sou Mizik 60 Minutes Extreme Makeover La Caravane .Vietnam The Practice Teleritmo BBC News CBC News The Docket Sunday Report Venture The Passionate Eye / Build me up.Hemispheres Second Regard Le Téléjournal Le Journal RDI La Part.Zone libre / Fondation Chagnon Le Téléjournal Le Point 5/5 Le Journal La Part.Gagné.Sports 30 Curling / Tournoi Nokia Brier 2004 - finale Sports 30 Hockey féminin / Championnat national Largo Winch Saint-Tropez, sous le soleil Brigade spéciale L'Oeil du crime Sexe à New York Les Experts Prime Suspect SOCIETY'S CHILD (4) avec Jessica Steen, Kyley Statham Trailer Park Boys Mind of.Is Harry on the Boat?(22:42) CSI.(23:42) Relic Hunter V Star Trek: Enterprise THE SIXTH SENSE (3) avec Bruce Willis, Haley Joel Osment .(23:15) Sportsnetnews Business, Sport NHLPA's.Hockey / Sénateurs - Oilers Sportsnetnews Warren Miller Grand Galop .Palmarès Panorama Chroniques.Septième merveille du monde .campagne UN TOURNAGE À LA CAMPAGNE (4) (21:40) Rythmes du monde (23:05) Trading Spaces.(17:00) Trading Spaces: Family Trading Spaces:Home Free Clean Sweep What not to Wear Trading Spaces: Family Sportscentre Hockey / Predators - Red Wings 2004Women's National Hockey Championships Moi Willy.le meilleur Silverwing Dilbert Bugs Bunny and Tweety Les Simpson Futurama South Park Downtown Les Simpson Futurama Le Génie.SO.D.A.Journal FR2 Portrait.Campus / Spéciale Romain Gary Le Journal Kiosque Bibliotheca Reach for.Class Act Renegadrepress Vox AMAN ANDAWOMAN - 20 YEARS LATER (4) avec Anouk Aimée WALLS OF SILENCE (1/2) Diplomatic.Film 101 Les Doux Plaisirs Décore ta vie Métamorphose .secondes 2e Peau Une chance qu'on s'aime Pour un flirt à Los Angeles Éros et Compagnie .(17:30) Jouez.À l'heure de Montréal Parole et Vie Doc Lapointe Ma maison Le Guide de l'auto Sur la colline Edgemont Loup-garou Smallville Gilmore Girls Caitlin Montana Jacob Two.Mental Block YTV'S Hit List Trading Spaces: Boys vs Girls Girlz TV .Hunters Timeblazers 2030CE Breaker High Ready or not MutantX Cour à \"Scrap\" Robots Wars Métal hurlant Fastlane The Dead Zone Kings of the World CÂBLE PBS CTV TQS TQc TVA :RDS: :S+: :SHOW: :SPA: :SPN: :TFO: :TLC: :TSN: :TTF: :TV5: :TVO: :VIE: :VOX: :VRAK: :YTV: :Z: :BRAV: :CD: :CS: :DISC: :EV: :FOX: :GBL-Q: :A&E: :ARTV: :MTL: :HI: :HIST: :LIFE: :MMAX: :MP: :NW: :RDI: CBC h ABC D CBS b NBC g aq cj or yA EM zH VD VDO CANAUX VD VDO 18h00 18h30 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 23h30 CANAUX 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 23h30 SRC CÂBLE PBS CTV TQS TQ TVA RC ARTS ET SPECTACLES ARTS VISUELS Contre le confort et l'indifférence JÉRÔME DELGADO COLLABORATION SPÉCIALE Exploitation des enfants, militarisation des pays, exode massif des populations.C'est connu, la planète ne tourne pas rond.Dominique Blain ne se gêne pas pour le répéter.Car pour l'artiste, le grand drame de notre époque tient dans ce constat : on ferme les yeux devant toutes ces injustices.« Je suis un témoin, un témoin impatienté par l'inertie, par le confort et par l'indifférence » ditelle dans le catalogue publié à l'occasion de sa rétrospective au Musée d'art contemporain, la première du genre.Une trentaine d'oeuvres sont exposées.Politisée, appréciée mondialement et décortiquée par plus d'un expert, de l'illustre feu René Payant à Louise Déry, aujourd'hui directrice de la galerie de l'UQAM, la signature Blain a sûrement plus d'une qualité.De l'ordre de l'installation, souvent monumentale, elle fait notamment appel à la photographie, récupérant par exemple des images dans la presse.Sa force esthétique réside dans la juxtaposition d'univers a priori distincts, ensembles séducteurs aux détails dérangeants.Rouge à lèvres et balles de fusil (Sans titre, 1987), tapis afgan aux motifs de mines antipersonnelles (Rug, 2000), kimono avec slogan (Japan Apologizes, 1993), ce voisinage, presque obsessif, devient par contre agaçant.Parce que trop littéral, trop évident.C'est comme si l'art engagé ne pouvait être subtil.Sans cesser d'être poétique, certaines pièces, les plus spectaculaires comme par hasard, sont les plus prévisibles.La structure labyrinthique Something/Nothing, construite pourtant comme un suspens, dénonce l'égocentrisme occidental, en particulier en ce qui concerne l'industrie textile.Ne vous étonnez d'ailleurs pas que le 11 septembre ait donné de nouvelles munitions à ce type d'art.Dominique Blain, pourtant, peut être moins directe.Au MAC, l'oeuvre la plus ancienne, faite d'une accumulation de papiers souillés, est dans ce sens la plus intéressante.Et, n'était son titre (Boat People, 1980), la référence serait totalement libre.Galerie de l'UQAM Sinon, c'est à l'UQAM que l'on trouvera le meilleur.Monuments (1997-1998), oeuvre multipartite composée de 12 photos et d'un immense caisson en bois solidement cordé (plus de 7 mètres de haut), fait en effet davantage place à l'imagination.Et si l'on comprend vite que l'ensemble évoque la guerre (la Première) à travers les mesures démesurées pour protéger le patrimoine artistique (oeuvres du Titien ou du Tintoret), la dénonciation politique est secondaire.La caisse peut s'imposer, ce sont les photos, tirées d'un livre de 1917, qui fascinent.Leur traitement en négatif et les scènes choisies (des oeuvres gigantesques qui sont déplacées) évoquent une situation à la fois autorisée et clandestine.Puis, dans le fond, l'artiste pose la question.Les chefs-d'oeuvre d'hier valentils plus que les populations vivantes pour imposer tout ce branle- bas?Une question pour le moins audacieuse.DOMINIQUE BLAIN, Musée d'art contemporain de Montréal, jusqu'au 18 avril.Ouvert du mardi au dimanche.Info : 514 847-6226.MONUMENTS de Dominique Blain, galerie de l'UQAM, jusqu'au 3 avril.Ouvert du mardi au samedi.Info : 514 987-8421.PHOTO GRACIEUSETÉ MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC Le transport de l'Assomption du Titien, une oeuvre de Dominique Blain.G É N I ES EN HER B E # 108 4 ghpanto@videotron.ca D- IDENTIFICATION 1 Il est né le 26 janvier 1925 à Montréal.2 À 20 ans, il devient secrétaire de l'Action catholique canadienne, poste qu'il occupe jusqu'en 1962, année où il devient éditorialiste au Devoir.Il occupe par la suite le poste de directeur de ce quotidien.3 Chef du Parti libéral du Québec en 1978, il dirige les forces du NON au référendum de 1980.Puis dans le cabinet Bourassa, de 1985 à 1990, il occupe entre autres les postes de ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.4 Sa mort, le 9 février 2004, donne lieu à des funérailles nationales.A- ASTRONOMIE 1 Du nom de celui qui en a découvert le mouvement orbital à l'aide de la loi de l'attraction universelle, comment nommet- on la comète que nous pouvons apercevoir tous les 76 ans?2 Complétez la célèbre phrase qui nous permet de retenir l'ordre des planètes du système solaire : Ma Vieille, Tu M'as Jeté .3 En raison du croisement de leurs orbites, quelles deux planètes ont changé de position par rapport au Soleil du 21 janvier 1979 au 11 février 1999?4 Comment appelle-t-on une étoile qui devient brusquement très lumineuse et qui faiblit ensuite pour retrouver son éclat initial en raison de l'explosion de ses couches externes?5 Quel nom portent les deux sondes américaines qui ont atterri sur la planète rouge en janvier 2004?Éditorialiste au Devoir E- MÉDECINE VÉTÉRINAIRE 1 Dans quelle unique ville québécoise est dispensée la formation de médecine vétérinaire, associée à l'Université de Montréal?2 Quel âge doivent avoir un chien ou un chat avant d'être stérilisés?3 Quel est le nom de l'ordre professionnel des vétérinaires au Québec?4 Historiquement, sur quels animaux la médecine vétérinaire se concentra-t-elle tout d'abord avant d'élargir sa pratique?5 Quel chimiste-biologiste français a découvert le vaccin contre la rage?F- IRAN 1 Quel ancien nom de l'Iran correspond aussi à un peuple de langue aryenne qui y constitua deux empires, ceux des Achémides et des Sassanides?2 Contre quel pays l'Iran fut-elle en guerre de 1980 à 1988?3 Quel nom donne-t-on aux principaux chefs religieux de l'islam chiite?4 Quel mot persan signifiant «roi» désigne le titre autrefois porté par les souverains du Moyen-Orient, de l'Asie centrale et de l'Inde?5 Quel président réformateur iranien, élu en 1997 puis réélu en 2001, s'est représenté aux élections du 20 février 2004 malgré la crise suivant l'invalidation de plus de 2000 candidatures par le Conseil des gardiens et la démission de plus de 120 députés réformistes?G- SOCCER 1 Quel était le nom de l'équipe de soccer montréalaise ayant vu le jour en 1980 et évoluant dans la Ligue nord-américaine de soccer?2 Qui devient entraîneur de l'Impact de Montréal à la fin de la saison 2003?3 Quel célèbre joueur de soccer brésilien a aussi été ministre des Sports de son pays?4 Que signifie l'acronyme FIFA?5 À quelle année remonte la dernière participation olympique du Canada en soccer?H- PENSEURS POLITIQUES Identifiez les personnages.1 Né à Delft en 1583, son vrai nom est Hugo de Groot.Philologue et théologien, il se fit surtout connaître pour ses ouvrages juridiques dont De jure belli ac pacis et sa doctrine de la guerre juste.2 Né en 1818 en Allemagne, il élabore l'approche du matérialisme historique et est l'auteur de Le Capital.3 Écrivain et philosophe de langue française d'origine suisse, il élabore divers écrits politiques tels que Du contrat social ainsi que des oeuvres exposant ses principes éthiques sur la vie publique et privée telle l'Émile.4 Philosophe anglais promoteur du libéralisme politique, il est intimement lié à la Révolution glorieuse de 1689.5 Homme politique, philosophe et écrivain italien, il dut s'éloigner du pouvoir lors du règne des Médicis et en profita pour écrire les pièces majeures de son oeuvre telles Discours sur l'art de la guerre et Le Prince.Chimiste-biologiste B- CUISINE ESPAGNOLE 1 Quel plat typiquement espagnol est fait à base de riz, de poulet ou de fruits de mer, ainsi que d'autres ingrédients au choix, le tout assaisonné de safran?2 De quel groupe d'îles espagnoles, dont fait partie Ibiza, serait originaire la mayonnaise?2 Si vous êtes en Espagne et que vous commandez une «tortilla », qu'obtiendrez-vous?4 Cette soupe froide d'Andalousie est majoritairement faite à base de tomates et autres légumes.5 Quel vin originaire d'Andalousie se boit surtout en apéritif et est appelé «sherry» par les Anglais?C- ASSOCIATIONS : Associez le film à son réalisateur 1 Claude Lelouch A Le Pianiste 2 Pedro Almodóvar B Parle avec elle 3 Woody Allen C Traduction infidèle 4 Roman Polanski D Les uns et les autres 5 Sofia Coppola E La vie et tout le reste Il a réalisé Le pianiste.GEN14MS SOLUTION DANS LE CAHIER DES PETITES ANNONCES Bédés d'art Kamila Wozniakowska a commencé sa carrière à peine quelques années après Dominique Blain, mais elle ne jouit pas encore de la même reconnaissance.La voici tout de même en solo au MAC.Qui sait si la présence simultanée de Dominique Blain ne lui portera pas davantage ombrage qu'elle ne lui servira de locomotive.Pour découvrir la peinture sarcastique, également politisé, de cette artiste d'origine polonaise, il faut nécessairement traverser les salles Blain.Puis, pour dénicher ses véritables bijoux, il faut passer ses premières périodes exposées en ouverture, un corpus moins éclatant, mais tout de même annonciateur de sa verve colorée et historique.Construits en petits segments comme une bande dessinée, les tableaux récents de Kamila Wozniakowska sont en effet imbibés de références au passé.L'artiste se sert des grands maîtres classiques (Goya, David), mais aussi contemporains (Francis Bacon) pour illustrer des situations mondaines où se jouent des rapports de pouvoir.Bien qu'elles finissent par lasser tellement la forme de la grille se répète, ces chroniques sociales à l'humour débordant plaisent par leur légèreté.Et les dernières oeuvres, des triptyques aux dimensions croissantes (par exemple : De mon apport dans la pratique de l'art, 2003), permettent de croire que Wozniakowska a trouvé un moyen de renouveler (et de critiquer) son propre langage.Un cheminement à suivre.LE MONDE COMME IL VA de Kamila Wozniakowska, Musée d'art contemporain de Montréal, jusqu'au 18 avril.Jérôme Delgado 21h Le ciel sur la tête Avec David Boutin et Céline Bonnier.Une fillette remue ciel et terre pour que son père se remarie.Je veux une maman.Ce soir.Télé-Québec, ça change de la télé 17 h À ladi Stasio Trois étapes, trois ingrédients pour confire vos viandes.18h30 La poudre d'escampette Michel Mpambara et Robert Brouilletteà Montréal.Réalisation-coordination : Martin Roy 3161733A Venez discuter du livre du mois\u2026 Le Survenant : Qu'est-ce qu'il incarne?Qu'est-ce qui nous séduit encore?Jean Fugère anime un débat avec ses invités : La scénariste Diane Calhier, l'anthropologue Jean-Pierre Desaulniers et Clémence Desrochers.Le dimanche 21 mars, chez Renaud-Bray, succursale Champigny, 4380, rue St-Denis.Métro Mont-Royal, de 15h30 à 17 h.C'est un rendez-vous, dimanche prochain.3212236A LECTURES Exceptionnel / Excellent FFFF / Bon FFF / Passable FF / À éviter ANDREÏ MAKINE AAAAH L'AMOUR! PAGE 8 JEAN FUGÈRE COLLABORATION SPÉCIALE \u203a Voir CLÉMENCE en page 7 \u203a Voir JULIE en page 10 Le Vengeur Frederic Forsyth \u203a Polar FFFF PAGE 10 Middlesex Jeffrey Eugenides \u203a Roman FFFF PAGE 8 Manuel du puceau Riad Sattoaf \u203a Jeunesse FFFF PAGE 9 De race de monde au Bleu du ciel Victor-Lévy Beaulieu \u203a Mémoires FFF 1/2 PAGE 9 «R ALEKSI K.LEPAGE COLLABORATION SPÉCIALE Onnevapass'en scandaliser, Les Intouchablesaimentbrasserde bonnes affaires, saventbien vendreetse vendre.Enfin, ilssontquand même en business, aprèstout, etlesloisde l'offreetde lademande lesautorisent \u2014voirelesobligent\u2014àpublier, entretroisromans, deux essaiset une plaquettepoétique, unlivreessentiellementcommercialettout àfait insignifiant, comme une sortede cadeauqu'ilsfontaubon peuple peu attiréparlalittérature, cadeauqui valeur êtrerenduaucentuple.Car il est trèsprobable que Le Journalde lagagnantede Loft Story (charmante Julie Lemay)trouverasesfans.Grande éluedupublic, Julie doit maintenantprouverqu'elle n'est pas complètementordinaire, qu'elle a quelquesaptitudesdignesd'êtreenfin révéléesetqu'elle étaiteffectivement dansle fameux Loft«l'intello du groupe» (c'est elle quil'écrit).Àpeine sortie deslaboratoiresde Guy Cloutier, elle aposéentrèslégèretenuepour latoutenouvelle publication de Québécor, Stars Réalité, le magazine de la Télévérité .Étrangement, çan'apas faittellementjaser.Paraîtdonccelivre, cejournal intime, version corrigée, ramassée et expurgée, que Julie atenusoiraprès soirdanssacage, enfin seule.Les habituésde l'émission vontreconnaître l'univers fermé du Loft eten apprendre unpeuplus sur sapetitefaune.Des bagatellesessentiellement, rien de coquin, rien de vilain, queles impressionsnaturellesetspontanées d'une jeune femme correcte, passotte, cobayed'une expériencedontelle ne comprend pastoujours lesenjeux.Elle s'amourache d'untel, elle seméfie de telle autre, elle sesentsouvent perdue, ne saitplus, etconfie ses craintes, sesespoirs etseserrancesà sespetits calepins.La fille n'est pas nouille, ne manquepasde vocabulaire, maiselle n'est pasécrivaine, etson journalest \u2014faut-il vraimentle dire?\u2014sansaucunintérêtlittéraire.Le but de l'exercicesupervisépar Les Intouchablesn'étaitpasde propulser dansle monde une nouvelle ambassadricedelarelève, maisde ravir lesfansetde vendre.Oublier qu'on est éphémère Cher journal Clémence, lectrice du mois.egardecequej'ai reçu ce matin!» Sur sa table de cuisine, une lettre de félicitations en date du 20 février pour le Jutra de la meilleure actrice de soutien qu'elle vient de recevoir pour son rôle dans La Grande Séduction.Et puis, ce message: «Je ne trouve pas les mots pour vous dire combien ma mère aimait vos parents.Pour elle, votre père, c'était le Bon Dieu! Quelles belles fins de semaine elle passait chez vous! Il l'a dirigée et beaucoup aidée dans ses écrits.» Et c'est signé Marthe Guèvremont, la fille de Germaine, créatrice du Survenant.Belle coïncidence! Le Survenant est notre Livre du mois, et Clémence a accepté d'être notre lectrice.«Elle venait régulièrement à la maison nous lire des bouts du Survenant, poursuit Clémence.Les enfants, on s'asseyait autour d'elle.Mon père poussait des grands rires quand il trouvait cela bon.Je me souviens qu'elle portait un appareil \u2014 elle était sourde \u2014 et quand ça faisait trop de bruit autour, elle le fermait!» Clémence revient de trois heures de ski de fond.Comme elle, samaison est lumineuse: des fenêtres pleine hauteur qui, peu importe où va le regard, révèlent un coin du lac Memphremagog.Pas une maison tonitruante, criarde, avec «une voix qui lui passe par le nez», mais une maison en douceur, bellement rangée.Dans son bureau, dans le salon, des tons de jaune, d'écru, de sable, de bois blond rougeoyant.Tout près du foyer, la bibliothèque avec du Bobin, du Anny Duperey, du Anne Hébert, du Modiano, du François Gravel.Les livres l'accompagnent depuis qu'elle est toute petite.«La maison chez nous était pleine de livres, mais moi, ce que j'aimais, c'était la petite bibliothèque de l'école Racine, à Sherbrooke, que les soeurs avaient installée aufond d'uncorridor.Et les vendredis, quand l'école était finie, j'allais emprunter pour la fin de semaine les Sir Jerry, détective.Ce sont mes premiers beaux souvenirs de lecture.» Clémence Des Rochers n'est pas une dévoreuse de livres, au sens où elle ne lit pas à la chaîne et qu'elle aime prendre son temps.Si un roman l'ennuie, elle l'abandonne, sans aucun regret.D'un livre, elle attend d'abord «que le style l'accroche».Trop de livres sont «plates» «Que ce soit bien écrit.Le style, oui.Mais j'aime ça un écrivain pas trop léché, que ça tache un peu.Il y a des livres qui sont tellement plates, que ça me fâche de lire cela, il n'y a pas d'âme.Il y a beaucoup trop de livres plates, trop.Toi j'te plains!» conclut-elle en rigolant.Alfred Des Rochers, son grand poète de père, était aussi lecteur et critique ardent.Ainsi, en 1942, encourageaitil Germaine Guèvremont à écrire ce qui allait devenir Le Survenant.Toujours inédites, les 112 lettres qu'elle lui adressa témoignent du rôle essentiel qu'il a joué dans la composition de cette oeuvre.Poète tout aussi désespéré qu'il pouvait être enflammé à ses heures, quand il récitait du Victor Hugo ou du Jean Narrache, il fut une référence déterminante pour la Clémence lectrice et écrivaine.PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © PHOTO STEEVE DUGUAY Exceptionnel / Excellent FFFF / Bon FFF / Passable FF /Àéviter LECTURES Yves Lanthier: vive les clubs de lecture! JEAN FUGÈRE COLLABORATION SPÉCIALE «Le club ?Ça m'oblige à lire davantage.Et davantage chez moi que dans les cafés ! » Yves Lanthier fait partie de Brouillon de culture depuis novembre dernier.Plus de la moitié des membres sont des traducteurs, comprenons des amoureux de la langue, et, fait plutôt rare, le tiers d'entre eux sont des hommes.Le club se réunit 10 fois par année, toujours chez celui (ou celle) qui a proposé le livre qui sera discuté.Comme pour plusieurs hommes de sa génération, la lecture prend racine dans les bédés de l'enfance et encore aujourd'hui, dit-il, la langue des bédés \u2014celle du capitaine Haddock entre autres\u2014 a beaucoup d'importance à ses yeux ! « Mon premier bouquin date de mes 12 ans, dit Yves Lanthier.Cinq garçons sur un voilier.Après ça, Capitaines courageux, de Rudyard Kipling, acheté à la librairie du coin à Saint-Jérôme.» L'aventure, le courage, l'action sont au coeur de ses lectures adolescentes.«Aujourd'hui, c'est plus l'action sur le plan émotif qui m'intéresse.Comme chez J.K.Rowling (Harry Potter).» Parmi les livres qui l'ont marqué, il y a Locus Solus et Impressions d'Afrique, d'un auteur de la fin du XIXe siècle aujourd'hui relégué aux oubliettes : Raymond Roussel.Un romancier visionnaire, selon Lanthier, qui a côtoyé les surréalistes sans en assumer l'étiquette.« Grand lecteur de Jules Verne, il s'est voulu un prolongement de ce dernier, sauf que les inventions de ses romans sont irréalisables.Exemple, la résurrectine, une substance qui une fois injectée dans le crâne de Danton permet de réactiver la mâchoire du révolutionnaire et lui fait livrer son dernier discours.» Dans le panthéon personnel d'Yves Lanthier, plusieurs gourous, des auteurs qui «te donnent le goût de cultiver ce qu'il y a en toi et de te dépasser ».Par exemple, Serge Wilfart, le professeur de voix.Son Chant de l'être, Yves Lanthier l'a lu six fois.Il est même devenu adepte de la lecture à haute voix, qui permet de « démultiplier l'effet d'un texte, d'en accentuer la résonance.» « Mais le livre de Wilfart te dit aussi : Fermez ce bouquin et allez jouer dehors ! et tout bon livre, selon moi, doit déboucher sur l'action.« J'écris.De la poésie.J'ai un faible pour la sonorité des mots et puis, comme j'ai le souffle court, après deux pages je n'ai plus rien à dire.» Pour Yves Lanthier, la lecture est indissociable de l'écriture.« Sans le couple écriture-lecture, la communication serait une cause désespérée.Chez la personne qui ne s'adonne ni à la lecture ni à l'écriture, la communication est illusoire », dit-il.Tout ce que Pierre Foglia propose, il souhaite le lire.« Je viens d'acheter deux livres de l'Israélien Amos Oz qu'il a conseillé de lire (Aidez-nous à divorcer et Seule la mer), j'ai commencé et c'est formidable ! « Par contre, je lui avais proposé un autre de mes gourous, Pierre Guyotat, l'écrivain subversif par excellence, mais Foglia n'a pas aimé ce Tombeau pour cinq cent mille soldats.La subversion de Foglia, c'est de la poussière à côté de celle de Guyotat.» Au rayon des auteurs abandonnés en cours de route : Michel Houellebecq.« Tous ces écrivains européens qui ne peuvent pas écrire sans être scatologiques.Alors je l'ai mis de côté comme tous les livres que je n'aime pas et je suis à peu près certain que je ne le lirai jamais.Au fond, je suis un lecteur sensible d'abord et avant tout à la musicalité des mots beaucoup plus qu'à l'histoire ! Ah ! oui, je tiens à le dire, un livre important qui me touche profondément et que je me tanne pas de lire, c'est L'Amoureuse intérieure, un recueil de la poète Claudine Bertrand.» .Recherche: Marie Sterlin PHOTOROBERT MAILLOUX © Yves Lanthier affirme que la lecture est indissociable de l'écriture.« Sans le couple écriture-lecture, la communication serait une cause désespérée.Chez la personne qui ne s'adonne ni à la lecture ni à l'écriture, la communication est illusoire », dit-il.Oublier qu'on est éphémère CLÉMENCE suite de la page 6 « Si mon père avait été un père comme les autres, je n'aurais pas eu cette attirance vers l'écriture, cette envie de nommer les choses que je vis.Ça vient de lui.Il disait : « Ma joie et ma douleur chantent le paysage.» C'est un grand écrivain, mon père.J'ai beaucoup d'admiration pour lui.Je suis fière d'être la fille d'Alfred.Je relis ses Élégies, À l'ombre d'Orford, ce sont de grands classiques.C'est tellement bien écrit, il est tellement versé en poésie.Je suis sûre qu'il devait trouver que j'avais la rime pauvre et le pied.boiteux ! » Si ses premières lectures \u2014 de Bécassine à Jean Giono \u2014 furent de toute évidence françaises, c'est la lecture de J.D.Salinger qui « l'a faite ».« J'ai découvert en le lisant que tu pouvais écrire d'une façon directe, simple, touchante.L'Attrape- coeurs, Dressez haut la poutre maîtresse.Il a des personnages bouleversants.» La conversation a beau rouler, le thé vert être bon, depuis le début je sens bien \u2014 pourquoi tambourine- t-elle ainsi des doigts sur la table ?\u2014 que quelque chose l'impatiente ou la chicote.Une joie éphémère « Quels livres t'ont marquée ?» Et voilà que le chat sort du sac.« Écoute ! Comme je savais que tu allais me demander cela, que je voulais pas.» Joignant le geste à la parole, elle me tend un cahier à couverture de cuir dans lequel elle a consigné des titres.Et ce texte sur la lecture : « Il y a une question qui m'angoisse : « Quels sont les livres qui ont marqué ta vie ?» Je regarde la bibliothèque, je lis les titres qui ne me rappellent rien.La mémoire n'est pas ma matière forte.Pourquoi chercher une réponse à cette question ?Pour paraître érudit ou parce que les écrivains qu'on préfère expliquent ce qu'on est ?La joie qu'ils me procurent est éphémère.« En ce moment, je relis Le Survenant, dit-elle, j'ai terminé Adieu Betty Crocker (François Gravel) et Ô Verlaine, de Jean Teulé.Ne me demandez pas demain de quoi ça parle.Hier soir, devant le feu, je buvais du vin blanc.Aujourd'hui je vide les cendres et porte la bouteille à la récup.Je regarde les livres de la bibliothèque et je pense qu'ils ont été écrits pour oublier qu'on est éphémère.Mon livre préféré : Chaque jour est un adieu, d'Alain Raymond.\u2014 De quels livres le Québec a-til besoin, Clémence ?\u2014 Le Québec a besoin de livres qui racontent des gens québécois intelligents, passionnés, des écrivains qui donnent du courage et même une philosophie, une façon de penser plus riche que celle qu'on a en ce moment.Pourquoi on aimait Bouchard ?René Lévesque ?Parce qu'ils nous communiquaient quelque chose.» Les livres et les amis Plusieurs livres de sa bibliothèque sont liés à ses amis.Miou- Miou, la comédienne, est à l'origine de plusieurs découvertes dont celle de Jim Harrison, l'écrivain américain.André « Dédé » Gagnon lui achète et lui envoie des livres dont, tout récemment, La Casa Rossa, de Francesca Marciano.À son ami et éditeur René Jacob, pharmacien de profession, elle doit toute une série de beaux livres qui vont des Lettres de Colette à sa fille, chez Gallimard, au livre d'Alain Vircondelet consacré aux chats du peintre Balthus en passant par un superbe Dessins d'écrivains, préfacé par Pierre Belfond aux Éditions du Chêne.Est-ce le grand air ?La fatigue ?Clémence a l'oeil humide, le regard embué.Elle le dit sans s'attarder, le regard posé sur ses mains : une grande amie à elle a le cancer.Silence.Du coup, toute la maison si propre, si ordonnée, avec ses fleurs fraîches, tout le lisse et le rien qui dépasse prend son sens éclatant de vie, de forteresse dressée devant ce rôdeur de Géant, comme Clémence l'a déjà écrit, « celui qui casse les maisons ».Dans le cahier à couverture de cuir, sur la table, écrit de son écriture d'enfant, un poème inédit : Hier papa est rentré en pleurant Je me suis assise sur ses genoux \u2014 Qu'est-ce que t'as ?As-tu mal aux dents ?\u2014J'ai mal en d'dans mon p'tit pitou Clémence Des Rochers : « Je suis fière d'être la fille d'Alfred.» Le Survenant, livre du mois En ce moment même, le réalisateur Erik Canuel tourne l'adaptation du roman Le Survenant de Ge rma i n e Guè v remont (1893-1968).Sortie prévue au printemps 2005.Jean-Nicolas Verreault, dans le rôle du Venant, du Grand-Dieu-des-routes, a charge d'allumer des flammes dans les yeux d'Anick Lemay (Angelina Desmarais), tandis que Gilles Renaud est l'interprète du père Didace.Après Un homme et son péché, en 2002, le cinéma québécois vit un autre retour de l'un de nos classiques.On reste d'ailleurs dans la famille: Germaine Guèvremont était la cousine de l'auteur Claude- Henri Grignon, avec qui elle travailla à l'adaptation radiophonique de la première série des Belles histoires des Pays d'en haut, dans les années 30.À 49 ans, elle entama la rédaction du Survenant, qui allait être bientôt suivi de Marie-Didace.Un troisième volet, Le Plomb dans l'aile \u2014titre prémonitoire\u2014, devait compléter la série mais l'auteure n'en vint jamais à bout.Le Survenant fut une série radiophonique (de 1952 à 1955), puis un téléroman très populaire (de 1954 à 1960).Cinquante-trois ans après sa publication, Le Survenant exerce-t-il toujours le même pouvoir de séduction?Que nous dit aujourd'hui l'univers de Germaine Guèvremont?De François Paradis, le coureur des bois de Maria Chapdelaine, jusqu'au Jack Kerouac de Sur la route en passant par l'Alexis d'Un homme et son péché ou les héros de Guillaume Vigneault, pourquoi cette image d'homme est-elle toujours si présente dans notre littérature ?Enseigné aujourd'hui dans les écoles, Le Survenant, roman- jalon de notre littérature, est-il toujours d'actualité ?Lisezle ou relisez-le, nous avons hâte de connaître l'opinion que vous nous ferez parvenir à l'adresse suivante : clubdelecture@lapresse.ca ou à Jocelyne lepage, La Presse, 7, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal H2Y 1K9.L'écrivain Christian Mistral a accepté que son texte soit publié intégralement sur le site du Club de lecture La Presse pour que le chèque- cadeau de 200$ en livres de Renaud-Bray soit remis à la bibliothèque de la prison de Bordeaux.Pour le lire et lire aussi les lettres des lecteurs réagissant à l'article de Victor-Lévy Beaulieu sur les jeunes, il faut aller sur www.cyberpresse.ca/arts, à la rubrique Club de lecture.Non seulement pourrez-vous prendre connaissance du débat lancé par le « vieux schnock » de Trois-Pistoles, mais encore pourrez-vous donner votre avis directement, dans Commentaires des lecteurs. LECTURES L'amour selon Andreï Makine CURIOSITÉ Vous avez dit Zibaldone?JOCELYNE LEPAGE Les chroniqueurs littéraires français en ont fait l'événement de la rentrée 2004 et on a l'impression, à les lire, qu'on raterait sa vie si on ne plongeait, à notre tour, dans Zibaldone, de Giacomo Leopardi (1798-1837).Encore faut-il avoir les yeux, la culture et le portefeuille solides pour traverser les 2400 pages (en petits caractères) de ce volume gros comme un Petit Larousse, mais totalement dépourvu d'images, publié aux éditions Allia à la fin de l'année 2003.Le traducteur, Bertrand Schefer, a consacré six ans de sa vie à traduire ce qui, jusque là, avait été considéré comme intraduisible, dit-on.Mais dans la préface de l'ouvrage, M.Schefer laisse entendre que des motifs politiques \u2014 Leopardi n'aimant guère les Français et en particulier Napoléon\u2014 ou historiques \u2014 il faudrait déplacer des bonzes qui ont fait l'histoire littéraire (Flaubert par exemple) pour pouvoir y caser devant Leopardi\u2014 expliquent peut-être ce manque d'empressement à présenter, en français, ce que certains considèrent comme un chef-d'oeuvre de la littérature mondiale.Qu'est-ce donc que ce Zibaldone et qui est ce Giacomo Leopardi ?Zibaldone signifierait mélange.À partir de l'âge de 19 ans, Giacomo Leopardi, jeune homme exceptionnellement brillant, a tenu une sorte de journal dans lequel il a écrit ses pensées qui s'étendent sur une quantité impressionnante de sujets.Il commence en 1817 et finit en 1832.Ces carnets sont un « réservoir d'idées» pour usage ultérieur qu'il souhaitera plus tard publier.Leopardi est considéré comme le « plus grand poète italien depuis Dante ».« Enfant extraordinairement doué, Léopardi passe son adolescence dans la bibliothèque familiale riche de 10 000 volumes.Il apprend les langues anciennes et modernes, se passionne pour la philologie à la philosophie, de la linguistique à l'esthétique, de la critique littéraire à l'histoire des idées, mais souffre d'une mauvaise forme physique (il est légèrement bossu et a les yeux fragiles).Son père est un aristocrate cultivé mais financièrement déchu, sa mère une femme austère et bigote.L'étude des livres représente un refuge magique pour ce garçon sensible et génial.» écrit Marco Sabbatini dans Le Temps (20 décembre).Mais peut-être qu'en parcourant l'index établi par l'auteur lui-même, on aura une petite idée de ce qui l'intéresse.Par exemple, sous « Pensées de philosophie variée et de belle littérature », on trouve : Évolution de la littérature italienne comparativement à ses différentes époques ; Le plus difficile en art consiste à cacher l'art ; Tout est content de soimême, à l'exception de l'homme ; La grâce n'est pas propre à la langue française, mais les Français s'en vantent à chaque ligne.Sous « Malheur de connaître son âge » il y a : L'expérience du monde conduit les hommes supérieurs à éprouver plus souvent de l'estime que du mépris ; Éloquence et naturel de celui qui parle de lui-même.Ses deux grands chefs-d'oeuvre sont les proses philosophiques des Operette morali et le recueil poétique des Canti.« Influencé par les matérialistes français, il y illustre sa conception pessimiste de la vie : la société est accusée de corrompre les valeurs authentiques de la Nature, mais le poète finit par se convaincre que c'est la nature qui est la véritable cause de tous les maux, dans la mesure où elle fait naître chez l'homme un espoir de bonheur impossible à satisfaire.» Toujours Marco Sabbatini dans Le Temps, 20 décembre.Cette espèce de désespoir ferait de Giacomo Leopardi un auteur intéressant pour les lecteurs d'aujourd'hui.Ceux, par exemple, qui aiment Cioran.ZIBALDONE Giacomo Leopardi Trad.par Bernard Schefer Éd.Allia, 2398 pages.Le grand écrivain russe exilé en France défend des valeurs oubliées.Pour lui, la littérature est un art sensuel et essentiel.PASCALE MILLOT COLLABORATION SPÉCIALE Andreï Makine mangeant du Jell-O à l'orange dans la salle à manger d'un hôtel sans âme de Drummondville.Il y avait quelque chose de décalé dans cette scène pourtant bien réelle.C'est en effet à quelques minutes de l'autoroute 20 que l'écrivain russe exilé en France avait donné rendezvous à La Presse, au milieu de son court mais intense périple au Québec (cinq jours d'entrevues bien tassés à Montréal, Sherbrooke et Québec) où il venait présenter son plus récent roman, La Femme qui attendait (Seuil).Grand, séduisant, vêtu avec élégance et s'exprimant dans un français châtié arrondi par son accent, le gagnant du Goncourt 1995 (pour Le Testament français, couronné la même année par le Médicis) était néanmoins un peu déçu de constater que la carte n'offrait pas de ce fameux plat québécois « inventé » à Drummondville et dont le nom résonne familièrement à son oreille : la poutine ! Tant pis pour la poutine ! Il essaiera le Jell-O et parlera de l'amour et de la mort, de l'essence de la féminité et de la solitude existentielle, de la quête de l'absolu et de la transcendance, émaillant la conversation de citations de Baudelaire ou de La Mennais (« Nous sommes tous des exilés ici-bas »).Pourtant, il se défend bien de pratiquer une littérature intellectuelle.« La littérature est un art sensuel.Plus que l'intelligence cérébrale, c'est le choc émotionnel qui compte et l'identification.Le lecteur transpose ses propres émotions dans le livre.Ainsi, Vera, mon personnage, est beaucoup plus riche dans la tête du lecteur qu'elle ne l'est sous ma plume.» De la sensualité, il y en a dans La Femme qui attendait, roman de l'attente, mais aussi du désir et de l'abstinence, où le lecteur comme le narrateur se transforme en voyeur.Véra attend depuis 30 ans, dans un village au nord de la mer Blanche, le retour de son mari parti au front en 1945.Cette femme, dont l'histoire nous est racontée par un jeune intellectuel venu de Leningrad étudier les us et coutumes du village de Mirnoïé, représente pour l'écrivain l'essence de la féminité.« Quand on parle de la féminité, c'est toujours le regard d'un mâle qui se pose sur la femme.Dans mon livre, j'ai voulu percer l'énigme de la féminité en dehors du regard carnassier, consommateur et prédateur de l'homme.Vera vit dans un univers clos, autosuffisant.C'est une femme qui aime sans rien attendre en retour, dans un absolu total.L'homme est métaphysiquement incapable d'une telle fidélité.Il est extérieur aux énigmes de l'existence.En donnant la vie et du même coup, la mort, la femme se situe au coeur du drame humain.Elle a des prérogatives divines.» On l'aura compris, Andreï Makine a développé une philosophie de vie plus romantique que mercantile et prône des valeurs oubliées.Pour lui, l'amour est grave et la littérature, essentielle pour comprendre la condition humaine.« Le bonheur humain est tragique.Et seul l'amoureux et l'écrivain peuvent parfois réussir à mettre le doigt sur cette part d'immortalité que tous les hommes portent en eux.C'est pour tirer les autres dans cette direction que j'écris ce que j'écris.Sinon, je ferais du Barbara Cartland ou du Stephen King.» Et il essaie, autant que faire se peut, de vivre en accord avec cet idéal qu'il met en scène dans son oeuvre.Il court peu les cocktails et les lancements, n'aime guère rencontrer les médias, refuse toute forme de démagogie et ne pratique guère le compromis.Ainsi, invité à rencontrer des lecteurs dans une librairie Barnes and Nobles, aux États-Unis, il a refusé de parler en anglais, préférant attirer moins de monde mais se respecter lui-même et la langue qu'il a adoptée.« La littérature sera de toute façon toujours une affaire d'élite.» Et quand la télévision russe vient l'interviewer à Paris, il parle aussi en français et demande un interprète.Andreï Makine pratique par ailleurs le détachement aux choses matérielles, ne possède ni télévision ni machine à laver, lit (et relit) surtout des classiques et, dans le domaine de l'amour, est lui aussi en quête d'absolu.« J'ai toujours tenté de vivre des rencontres dans la vérité et une forme de transcendance.Je me suis souvent égaré, comme le narrateur de mon livre.J'ai revêtu bien des masques, mais avec l'âge, on enlève peu à peu ses masques et on réalise que la vie est trop courte pour feindre.» Traduit en 40 langues et lu dans un plus grand nombre de pays encore, c'est en Australie que l'écrivain a peut-être trouvé le lieu où être vraiment lui-même.Il envisage d'ailleurs de s'y installer un jour.Quand on connaît l'importance que revêtent l'espace et la nature dans ses huit romans (Au temps du fleuve Amour, Requiem pour l'Est, Le Crime d'Olga Arbélina, La Musique d'une vie, etc.), on s'étonnera peu de cette attirance pour ce vaste continent qui demeure un peu mystérieux.« En Australie, tu entres dans une librairie et on te dit, « Makine, c'est qui ?» Dans cet espace immense, le dernier masque tombe.» Andreï Makine repartira comme il est arrivé, sur l'autoroute 20, poursuivant son voyage « d'exilé ici-bas » aux quatre coins du monde.PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE © L'auteur Andreï Makine LITTÉRATURE DU VOISIN DAVID HOMEL COLLABORATION SPÉCIALE «Quand ce récit sera connu, il se peut que je devienne l'hermaphrodite le plus fameux de toute l'histoire.» Un début prometteur pour un roman qui livre pleinement la marchandise.Il s'agit de Middlesex de Jeffrey Eugenides, Prix Pulitzer aux États-Unis en 2002, un prix bien mérité pour cet auteur à qui on doit The Virgin Suicides (1993), porté à l'écran par Sofia Coppola.Le récit est celui de Calliope Stephanides, qui de sa naissance jusqu'à la puberté, a vécu en fille.À l'âge critique de 13 ans, elle découvre un autre être en elle qui va bousculer sa vie \u2014c'est le cas de le dire.Et Calliope deviendra Cal, un garçon.Selon mes sources, le nom de l'auteur signifie « le fils d'un noble », un nom typique de la communauté grecque de l'Asie Mineure, la Turquie d'aujourd'hui.Justement, Middlesex débute en beauté en l'an de grâce 1922, avec l'expulsion des Grecs de Smyrne par les Turcs (la ville changera de nom et s'appellera Izmir).Ce début de roman, une série de scènes tragi- comiques, est extraordinaire.Les forces turques arrivent pour brûler les quartiers grecs de Smyrne, c'est la panique, les civils grecs se rassemblent devant le port en attendant l'aide d'Athènes, qui ne viendra jamais.Et au beau milieu de la panique, Lefty fait la cour à Desdemona.Elle résiste, la Desdemona, car elle est cousine au troisième degré de cet homme.Mais avec l'effondrement de l'ordre social et la proximité de la mort, elle finit par céder à Lefty \u2014 « le gaucher ».Tout en sachant que les liens du sang sont plus forts que ceux du cousinage : Desdemona est aussi la soeur de Lefty.L'immigration aidant, la famille Stephanides se retrouve à Detroit.Middlesex, c'est le récit d'un hermaphrodite, mais c'est surtout l'histoire d'une famille immigrante aux États-Unis.Les Stephanides font ce qu'il faut pour vivre et survivre dans le pays nouveau.Pendant la Prohibition, avec le Canada tout près, ce serait bête de ne pas profiter de la soif légitime des Américains pour le whisky canadien \u2014une soif légitime, mais illégale à cette époque.Lefty se fera tenancier d'un blind pig \u2014 on appelait ces lieux des « cochons aveugles »\u2014un bar privé situé dans son sous-sol.Un fils, Milton, naîtra de cette alliance contre nature entre frère et soeur, et il naîtra entier, et en bonne santé.La Prohibition terminée, et la Deuxième Guerre aussi, le jeune Milton se lancera dans le commerce de la restauration rapide \u2014 la chaîne de Hercules Hotdogs, un grand succès qui lui permet de se payer une nouvelle Cadillac chaque année.Ces Grecs comprenaient donc bien le rêve américain ! Entre-temps, il y a ce doute.La famille Stephanides est prospère, elle s'américanise, elle monte beaucoup plus rapidement que les Noirs de Detroit qui s'apprêtent à brûler leurs ghettos.Mais dans cette famille, quelqu'un doit payer le prix du péché de Lefty et Desdemona.Le mal est présent, il lui faudra éclore, comme dans toute tragédie grecque digne de ce nom.Et c'est justement sur le cinquième chromosome de Calliope, qui deviendra Cal, que le sort s'acharnera avec un déficit en 5-alpha-réductase de type 2.Pour le dire plus simplement, le personnage principal de ce roman sera fille, et garçon aussi.C'est une belle occasion de méditer sur l'identité sexuelle, et Jeffrey Eugenides ne la rate pas.Calliope a vécu sa jeunesse comme une fille.Mais au croisement des chemins où le corps se prononce définitivement pour le masculin ou le féminin, c'est-à-dire, au début de la puberté, Calliope se révèle : c'est un mâle.Lorsque vous avez vécu d'un côté de l'équation, comment changer de bord ?Justement, Cal aura à faire cette transition, car il rejette l'intervention du corps médical, qui voudrait fixer son identité, tout en le privant de la capacité de connaître le plaisir.Si vous êtes fait normalement, comme moi, vous avez un sens de la curiosité assez développé.Comment est-elle faite, au juste, Calliope ?Jeffrey Eugenides joue à cache- cache avec nous et nos attentes, et notre désir peu avouable du sensationnel.L'auteur reste discret, mais il nous fait comprendre que vivre avec un étranger enfoui dans son corps n'est pas une expérience facile.J'aurais tort de trop insister sur le côté identitaire de ce roman.Les pages les plus émouvantes concernent la vie quotidienne des Stephanides.Leur désir de devenir de vrais bons Américains, jamais tout à fait réussi parce qu'ils sont trop grecs.Et en plus, à force d'avoir fréquenté les Turcs pendant des siècles, ils ne sont pas assez grecs pour les autres Grecs.Eugenides présente à merveille les grands événements de l'histoire américaine à travers les yeux de cette famille singulière.La Prohibition, la Deuxième Guerre, les émeutes raciales à Detroit des années 1960, la fuite vers la banlieue des Blancs de classe moyenne \u2014tout y est.Avec ce secret prêt à éclore sur le corps de la jeune Calliope, comme un deuxième sexe.C'est vrai que Middlesex a des longueurs, et c'est vrai que le voyage de Cal vers la libération à San Francisco (ville de toutes les libérations) est de trop.Le roman est avant tout une comédie, au sens classique du terme.Non, il n'y a pas de mariage heureux à sa fin.Mais il y un être humain qui s'accepte, dont les deux moitiés se marient.Et ça, ça n'arrive pas tous les jours.FFFF MIDDLESEX Jeffrey Eugenides Traduit de l'anglais par Marc Cholodenko Éditions de l'Olivier, 679 pages.La confusion des genres L ES BAL L E TS AFRI CAI N S Une présentation des Productions Nuits d'Afrique www.f esti v alnu itsd a f rique .com « Un ouragan de joie venu d'Afrique.Ils produisent assez d'énergie pour illuminer une ville entière.» New York Daily News 175, rue Ste-Catherine Ouest, Montréal 5 0 e a nniv e rsa ire Dimanche 14 mars 16h et 20h30 LECTURES LITTERATURE ETRANGERE Faut-il se mefier des petites filles sages?JACQUES FOLCH-RIBAS COLLABORATION SPECIALE Quel curieux attrait que celui des petites filles, 12 ou 13 ans, pour le jeune homme, 25 ou 30 et meme 40 ans, qui, semble-t-il, represente pour elles le mystere total, la force, la puissance, la gentillesse, et en meme temps la violence, la brutalite, la peur ?Quand on est une petite fille, il parait qu'on est aimantee par l'homme mur , c'est dans Francoise Dolto.Anne Wiazemsky a invente une situation et des personnages dont le roman tourne autour de cette question, de cet attrait, de ce mystere.Voila une petite fille nommee Betty, qui vit heureuse dans une famille heureuse.C'est la cinquieme fille, que son pere appelle le numero cinq de mon banc de sardines .Le pere est psychiatre, il dirige un asile a l'ancienne, du temps ou l'on s'occupait correctement des malades mentaux.La famille vit un peu a l'ecart, dans une maison de fonction entouree d'un jardin.Les malades sont la, tout pres, de l'autre cote du mur, et certains meme travaillent chez le docteur , au potager, par exemple, ou a la cuisine comme cette brave Rose qui, parfois, pique une crise de panique.Betty (Je m'appelle Elisabeth, ditelle) eleve des lapins.Elle a fait jurer qu'on ne les mangera jamais.Betty adore son pere, aime sa mere et ses quatre soeurs.Il y a bien deux mechants, dans cette histoire idyllique, Raoul et Bruno, deux galopins stupides qui s'amusent a faire peur a la fille du docteur en laissant trainer aux bonnes places les corps martyrises des animaux du coin, des oiseaux, des mulots, des souris, et meme un ecureuil.C'est de la peur ordinaire pour fillette sensible, cela n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'importance.Or, un jour, un malade s'echappe.Il fait le mur comme on dit, et se trouve devant Betty.Voici cette peur dont on parlait, cette vraie peur qui est attirance, mystere, aimantation.Il y a, au fond du jardin, une vieille cabane a demi abandonnee.Betty y conduira ce malade qui, pour tout vocabulaire, repetera Lafille- du-docteur .Elle va le cacher.Elle va le nourrir, derobant ce qu'il faut a la cuisine de cette brave Rose, pretextant qu'elle va s'occuper des lapins.Elle va lui procurer de quoi dormir, une couverture, une lampe de poche.Elle sera obligee d'enfermer la cabane a clef, pour que personne par hasard ne le surprenne.Lui, il se laisse faire, en silence.Quelques jours passent ainsi.Un homme secret est au secret, et cela semble delicieux.C'est un animal que l'on apprivoise, tout doucement.Pourquoi ?Nous ne saurons pas ce qui se passe dans le cerveau de Betty qui voudrait tant qu'on l'appelle Elisabeth.Par petites scenes de mots , la fillette s'essaie a la complicite avec l'homme, le clandestin, le malade, l'animal blesse, sans doute fascinant pour la cinquieme du banc de sardines .Elle ira jusqu'a lui avouer ses peurs de Bruno et de Paul.Il s'essaiera a parler, lentement, quelques mots.Elle aura d'autres frayeurs, sans doute, pour cet homme dont elle apprendra qu'il est inoffensif, que la police le recherche, et qu'il s'appelle Yvon.Le reste n'est qu'anecdotes.On lira comment cela finit et que deviendra cet Yvon, et ce qu'il arrivera a Betty.Pour une fois, nous regrettons que ce roman soit trop court.Preuve de son interet.C'est un moment de la vie d'une petite fille sage du siecle dernier.On peut se demander si cela existait.FFF JE M'APPELLE ELISABETH Anne Wiazemsky Gallimard, Paris, 168pages JEUNESSE SONIA SARFATI Le bedeiste Joann Sfar est l'un des chouchous de l ' h e u r e .Les g r ands ad rent son Chat du rabbin , les petits sont accr s a son Petit Vampire .Et ce n'est que la pointe de l'iceberg en croissance debridee qu'est l'oeuvre de cet artiste dont l'hyperactivite n'est pas synonyme de n'importe quoi .au contraire D'ailleurs, en plus de dessiner et de signer des scenarios pour lui et pour d'autres, Joann Sfar joue aussi les directeurs .en tout cas, pour ses copains et copines qu'il a entraines avec lui chez Breal, editeur serieux connu pour ses ouvrages scolaires et universitaires a qui il a propose une collection jeunesse bien a son image a lui.Breal Jeunesse est nee.On n'a pas fini d'en parler.L'idee que ne cache pas cette collection : Plaire a nos lecteurs, les enfants, et pas aux seuls prescripteurs adultes, parents ou enseignants , a indique Joann Sfar en entrevue a l'AFP.S'il ne fait pas de doute qu'il atteigne la premiere partie de son objectif, il risque par contre de faire regimber certains de ceux qu'il vise dans la seconde.Les adultes.Il s'en trouvera inevitablement .et c'est tant pis pour eux ! .pour ne pas trouver droles les gros mots de L'Atroce Abecedaire ou le cote extremement cru (faut etre prevenu) du Manuel du Puceau, deux des titres les plus percutants de la jeune collection qui se demarque par sa beaute plastique (grands livres a mi-chemin entre le roman et la bande dessinee, couverture rigide) et par son contenu qui mise sur l'humour noir et grincant, sur l'absurde et le subversif, sur le dejante decline sous toutes les formes imaginables.A tout seigneur tout honneur (meme si cela n'est probablement pas sa devise), Joann Sfar lui-meme.M.le directeur signe et illustre deux des livres de cette premiere fournee, L'Atroce Abecedaire et Monsieur Crocodile a beaucoup faim.Les lettres de l'alphabet servent a ecrire Bonne fete Maman le jour de la fete des meres.Mais les lettres sont aussi tres utiles pour ecrire des gros mots, des insultes, des choses abominables ! Disons, pour resumer, que le bouquin porte en sous-titre un livre avec des mots vilains dedans .Le principe est, par contre, celui de l'abecedaire classique : on y explique comment former les lettres (en majuscule puis en minuscule), puis on met en application dans des exemples.Par exemple ?Le M.Illustrations a l'appui, Joann Sfar explique ainsi a quoi il ressemble : Prenez l'electrocardiogramme d'un eleve qui n'a rien revise.Faites-lui croire qu'il va etre interroge.Vous aurez plein de M majuscules.Resume : M comme mauvais eleve.Puis, M comme monstre, martien de Marseille et comme l'eleve mentionne ci-dessus qui laisse echapper un merde auquel la maitresse repond malpoli .Mais .histoire de rassurer certains.ca apprend aussi un tas de nouveaux mots tres corrects ! Toujours avec un clin d'oeil.Clin d'oeil aussi dans Monsieur Crocodile a beaucoup faim mais la, aux fans du Chat du rabbin qui reconnaitront ici la facture de cette serie.Hommage aux dessins animes des annees 30, on y suit les aventures d'un crocodile qui finira par elever des cochons en compagnie d'une jolie fille, de deux prisonniers evades et de leur fillette.Ajoutons que Joann Sfar a egalement illustre (hyperactif, vous dites ?) Orang-outang de Sandrina Jardel, ou il est question d'un divorce .vu a travers les yeux d'un enfant qui observe de grands singes.La conclusion est, dans le genre, subversive puisque papa et maman semblent en voie de recoller les pots casses.Reste que le plus provocateur de ces premiers Breal Jeunesse est Manuel du puceau de Riad Sattouf.Un guide de survie pour le garcon qui entre par la grande porte (faut bien qu'il parvienne a passer ses grands pieds, ses grands bras, etc.) dans l'adolescence.Il y a quelques mois a peine, tu jouais aux Lego.L'ecole etait un lieu tranquille ou l'essentiel etait de plaire a la maitresse en ayant de bonnes notes.Seulement voila, tu es entre au college et un nouveau sentiment s'est developpe en toi : Je veux coucher avec des femmes !' Bien que tres franco-francais dans le texte, ce manuel est indubitablement universel .de par les themes et les situations qu'il aborde.Sur un ton volontairement catastrophique, l'auteur s'adresse directement au lecteur et leve le voile sur les changements physiques et hormonaux qui l'attendent, sur les filles (qui preferent les rebelles et revent d'etre chanteuses : est-ce vraiment ca, etre plus mature ?), sur les parents, sur les beaux et sur les moches, etc.C'est tres cru (vaut mieux le repeter) et a ne pas mettre entre les mains des moins de 12 ans.Mais c'est aussi tres vrai et totalement irresistible.Pas dans ma librairie Par contre, en France, ou il est sorti depuis quelques mois, certains libraires le considerent comme un livre licencieux, impropre aux jeunes menottes.D'aucuns, poursuitil, ont juge bon de renvoyer en bloc notre collection , ecrit Joann Sfar dans une lettre de nouvelles envoyee aux alentours de Noel.Imaginons la reaction a la publication du prochain titre de Sattouf, Ma circoncision ! Et le directeur de collection de rappeler que notre projet editorial n'a pas pour vocation de produire des livres choquants.Nous entendons simplement ne pas niveler ou edulcorer le message ou la langue de nos auteurs.Certains d'entre nous donnent a lire des histoires derangeantes.D'autres amenent des livres de facture classique .C'est le cas de deux titres qui feront moins de vagues mais qui meritent le detour : C'etait la guerre mondiale d'Emile Bravo, une allegorie de la Deuxieme Grande guerre qui met en scene, dans une cour d'ecole, le mechant Germain qui veut etre le chef de tous, Italo le suiveur, Ursule le grand indecis, et puis Francois, Romain, Alban, Tcheky, Paulo, Jason, Chan et, enfin, Emeric qui se pointera pour jouer une maniere de sauveur ; et Les Poixons d'Emmanuel Guilbert, un long roman fantastique mettant en scene les sirenes et leurs maris .lesdits Poixons qui, comme leur nom l'indique, sont des poissons ayant un klaxon sur le nez.Contrairement a leurs epouses, ils ne sont pas dangereux mais ils sont betes.Et on est toujours un peu dangereux, quand on est bete , dira fort justement le Capitaine Tout Rouge au narrateur.Pas bete, non ?En fait, rien ne l'est dans cette collection- la.Coup de foudre signe Joann Sfar Le bedeiste Joann Sfar est l'un des chouchous de l'heure.Les grands ad rent son Chat du rabbin , les petits sont accr s a son Petit Vampire .VICTOR-LEVY BEAULIEU Teleromancier malgre tout ISABELLE MASSE Depuis ses 14 ans, Victor- Levy Beaulieu noircit au crayon feutre de grandes pages blanches.Les mots du dictionnaire le fascinent.Il aime se les approprier tous pour les faire s'entrechoquer et faire sursauter nos tympans.Grace aux adjectifs et verbes moins employes, il s'est forge, au fil des decennies, un style d'ecriture qui lui est incontestablement propre.Avec VLB, on n'allege pas.On desennoircit ! On n'invente ni ne bosse ni ne trime.On chef-d'oeuvre.Rappeler qu'il adore ecrire est inutile.Il planche sur des romans et des essais depuis toujours.Sur des teleromans aussi.Jusqu'a ce jour, il a ecrit 35 000 pages pour la television, soit pres de 400 heures de teleromans en 20 ans.Il y a eu Les As, Race de monde, L'Heritage, Montreal P.Q., Bouscotte et aujourd'hui Le Bleu du ciel, tous diffuses a Radio-Canada.Matin apres matin, des 5 h 40, avant que le coq n'ait fini de rever, avant de nourrir ses chevaux et ses chevres, Victor-Levy s'installe a sa table de pommier, decapsule son stylo feutre et fait parler les personnages tordus nes de son imagination debridee.L'an dernier, parce que Radio-Canada lui faisait silence par devers Le Bleu du ciel , l'editeur et habitant de Trois-Pistoles a eu du temps pour raconter comment il est devenu ecrivain pour la tele.Ses memoires televisuelles se retrouvent dans un tout petit livre qui se lit le temps de le dire et simplement baptise Ecrire, de Race de monde au Bleu du ciel.Une passion, l'ecriture de teleroman ?Oui et non ! J'y ai travaille a mon corps defendant , nous apprend rapidement celui qui n'a pas ete un grand usager de la tele quand il etait petit.On le croit lorsqu'il raconte qu'un auteur doit apprendre a abandonner ses textes lorsqu'ils tombent dans les mains des telediffuseurs, puis des realisateurs et des comediens.Que plusieurs personnes attachees aux teleromans le sont souvent malgre elles.Que pour six teleromans, il a du cotoyer une trentaine de realisateurs ! Mais meme si VLB repete que le teleroman est le parent pauvre de la television et qu'il a mis du temps a sortir des cuisines, comme un aimant, la forme l'attire sans cesse.Principalement parce qu'il est un bourreau de travail qui aime la routine.Bien evidemment, VLB s'amuse a regler quelques comptes dans Ecrire.Mais ce livre permet surtout de capter des bribes du travail de l'ecrivain.De se rememorer nos scenes preferees de L'Heritage et Montreal P.Q.On retrouve avec plaisir, le temps d'un instant, les Xavier Galarneau, Mme Felix et Leonie Berube.On renoue avec les deviances, la rage et les obsessions de plusieurs personnages.VLB, on le sait, n'a pas la langue dans sa poche et se plait a conserver son titre d'enrage perpetuel.Sa plume se fait toutefois douce et instructive.Rarement venimeuse.L'auteur ne revele pas inutilement de noms quand il lance des fleches.Il donne plus de details quand il explique ce qui est primordial, selon lui, a l'ecriture d'un teleroman et comment il se prepare avant de coucher ses tout premiers mots sur papier.Je ne commence jamais sans avoir trouve le titre du teleroman.(.) Les premieres pages de toute oeuvre ne sont jamais faciles a faire venir : se tromper dans le choix de ses premiers mots ne pardonne pas, parce qu'on reste pris avec et que ca devient vite pesant a porter.On en voudrait parfois plus.Plus d'explications et d'anecdotes.Avec Ecrire., l'auteur ne nous propose qu'un apercu de.de tout ! Sa jeunesse, ses premiers textes, le processus d'ecriture, son amertume envers un systeme qui fait de moins en moins la belle part a la creation, mais de plus en plus aux decisions strategiques (because l'argent est maitre de tout) et Trois-Pistoles.ben evidemment ! Je me mis a ecrire Bouscotte en essayant de comprendre pourquoi mon petit pays s'etait a ce point replie sur lui-meme.FFF1.2 ECRIRE, DE RACE DE MONDE AU BLEU DU CIEL Victor-Levy Beaulieu Editions Trois-Pistoles, 2004234pages . LECTURES ESSAI Unis dans une meme violence ANNE RICHER Peut-on imaginer qu'au-dela du paysage doux, du ciel rose et des montagnes bleues qui apportent, en principe, du calme dans nos vies, se trament des guet-apens, des rivalites, des brutalites incommensurables ?Les arbres maigrelets se font avoir par les plus forts qui leur volent leur lumiere indispensable, les etouffent.Competition vers le haut , implacable.Les plantes se font la guerre avec grace, mais elles n'hesitent pas a envahir, a maintenir leur domination.Les plantes nous agressent par leurs epines, leurs poisons et leurs pollens.Mais nous le leur rendons bien.Faux et secateurs, tondeuses et debroussailleuses, tronconneuses et scrapers sont les armes deployees a leur rencontre.Et puis nous les mangeons.Pour ce qui est des animaux, on sait qu'ils doivent repondre a des criteres stricts de survie : le plus petit se fait bouffer par le plus gros et on n'en parle plus.la plus visible et la plus commune des manifestations de l'agressivite dans la nature : toujours prets a deguerpir, les animaux menaces par la predation vivent dans un perpetuel qui-vive .Mais les hommes ! Ah, les hommes ! Les meilleurs.Ils se trompent, s'entredechirent, s'entretuent : ils invoquent l'autodefense, la religion, la loi.On a interdit le duel, un jour.On l'a remplace par la bombe, le lendemain.Voila en gros ce que constate Jean-Marie Pelt, professeur de biologie vegetale et de pharmacologie a l'Universite de Metz et president de l'Institut europeen d'ecologie.Auteur de nombreux ouvrages sur la botanique et l'ecologie, il traite cette fois de la Loi de la jungle, et il s'attarde a demontrer que dans les lieux les plus inattendus de notre monde se cachent agressivite et violence, sans qu'on n'y puisse pas grand-chose.L'homme qui mange un steak est installe au sommet d'une pyramide a trois etages.Le steak provient de la vache qui a mange de l'herbe.Heureusement, en depit de ce struggle for life , on retrouve chez les plantes, les animaux autant que chez les hommes des plages d'amenite.Comme chez les Bonobos, ces grands singes qui nous ressemblent et qui font l'amour et non la guerre .Comme chez la mere crocodile qui porte dans sa gueule effrayante, des bebes a peine sortis de leur oeuf.La sexualite, la necessite de la reproduction des especes, le territoire, et finalement le pouvoir, menent le monde.L'auteur ne perd toutefois pas espoir dans l'Homme, dans sa capacite de reconnaitre les dangers qu'il a lui-meme crees et qu'il peut, s'il le veut, controler.Le botaniste prone un retour a la culture, a la reconciliation et au pardon.On se prend a rever a ces temps eschatologiques ou l'empathie finirait par avoir raison de l'agression , conclut- il.FFF1.2 LA LOI DE LA JUNGLE Jean-Marie Pelt Fayard, 265pages Frederick Forsyth est considere comme une legende par Robert Ludlum et Tom Clancy.Le retour du Roi ROBERT LAPLANTE COLLABORATION SPECIALE Alors qu'on croyait le genre presque moribond apres la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide, le thriller politique retrouve un second souffle ces dernieres annees.Et encore une fois, John Le Carre et Frederick Forsyth, ces vieux routiers presque mythiques, sont a l'origine de cette renaissance.En 1997, je croyais moi aussi que le roman d'espionnage etait mort avec l'effondrement de l'URSS.Je n'avais plus envie d'en ecrire, mais les pressions de ma femme et de mon editeur m'ont finalement convaincu du contraire , repond l'auteur, joint par telephone.Considere comme une legende par Robert Ludlum et Tom Clancy, Forsyth reconnait avoir impose sa marque sur ce genre litteraire tres populaire.Pour beaucoup de ces auteurs, je suis celui qui a mise sur l'exactitude des faits et c'est vrai que j'ai toujours eu ce souci.Maintenant, tout le monde fait la meme chose , precise celui qui vient de publier, aux editions Albin Michel, Le Vengeur, un puissant et haletant roman de politique-fiction.Une preoccupation qui derange un peu son editeur, confie-t-il.Il me reproche de truffer mes romans de details qu'il juge inutiles.Mais aujourd'hui le lecteur est tres intelligent.Il ne suffit plus de lui parler d'une situation politique, il faut aussi lui expliquer son origine, sa signification et ses principaux protagonistes.Un exercice dans lequel Forsyth est devenu un maitre incontestable, parsemant ses intrigues d'un soupcon de realisme strategique, donnant a ses complots le vernis historique essentiel a leur vraisemblance.Une intention parfaitement bien rendue puisque ses romans ont fait partie integrante de la formation des agents du KGB, dit-on.Une histoire de vengeance Son dernier-ne, Le Vengeur, une histoire de vengeance, ne fait pas exception a la regle.Le romancier nous entraine sur le pas de Calvin Dexter, veteran du Vietnam, avocat et justicier solitaire, specialise dans l'enlevement des criminels qui se terrent a l'etranger.Les justiciers solitaires plaisent toujours au public, surtout s'ils ont ete victimes d'une horrible tragedie , raconte-t-il.Mais voila, la cible de Dexter, un ancien chef de guerre serbe, devenu agent double pour la CIA, est sur le point de liquider ben Laden en ce debut de septembre 2001.Panique au siege social de l'agence, a Langley, qui decide d'eliminer ce vengeur dont les actions pourraient faire avorter certaines operations secretes essentielles pour la securite nationale.Tissant adroitement une toile autour du lecteur, Forsyth nous fait partager les sixans de la traque de Dexter qui l'entraine des Etats-Unis a la Bosnie, des Emirats arabes au Surinam.A travers de courts mais passionnant petits topos, Forsyth, comme le bon reporter qu'il fut dans une autre vie, nous donne les informations essentielles pour bien saisir non seulement les subtilites geopolitiques, mais aussi les motivations des personnages.C'est important de bien saisir leur caractere, c'est pourquoi je remonte souvent a leur jeunesse et aux evenements marquants de leur vie , precise-t-il.Ce qui lui permet d'aborder des cotes meconnus de la Guerre du Vietnam et de faire une rapide incursion sur les champs ensanglantes d'une Europe ravagee par le second conflit mondial.Comme pour ses autres creations, le roman est ne d'une anecdote.C'est une loi americaine votee apres le 11 septembre 2001 qui m'a servi d'inspiration, dit-il.Elle permet au gouvernement americain d'aller chercher par tous les moyens inimaginables et dans tous les endroits possibles des individus qui auraient commis des actes criminels sur des citoyens ou des possessions americaines pour les juger.Elle donne un pouvoir incroyable au gouvernement qui l'a deja utilisee une dizaine de fois, selon mes sources.Mais lorsque cette legislation se frotte a la raison d'Etat et a la securite nationale, elle donne l'occasion a Frederick Forsyth d'ecrire ses pages les plus captivantes depuis son fameux roman Le Chacal.C'est incroyable qu'on me parle encore de ce roman, 33 ans apres sa sortie , dit l'auteur qui, au debut des annees 70, faisait avec ce roman une entree fracassante dans le monde du thriller politique.Ce roman qui raconte une tentative d'assassinat contre le President de la Republique francaise, Charles de Gaulle, continue de fasciner.Je rencontre souvent de jeunes lecteurs qui n'ont jamais connu De Gaulle et qui l'ont decouvert grace a mon livre, encore tres populaire en edition de poche , precise celui qui a vendu a travers le monde plus de 70 millions d'exemplaires de ses 13 romans traduits en 30 langues.Est-ce que Le Vengeur va marquer autant l'univers de la politique-fiction que le fit avant lui Le Chacal, le Dossier Odessa ou Le quatrieme Protocole ?Bien malin qui pourra le predire, mais deja il prouve que Forsyth peut encore innover dans cet univers qu'il a si bien explore et peut-etre meme lui donnera-t-il envie de renouer definitivement avec ce genre qui l'a si bien servi.Je n'ai pas dit que c'etait un retour definitif, ca dependra de mes intuitions.Pour l'instant, j'ai une idee et si mon editeur me confirme qu'elle est interessante, je vais commencer la recherche pour un autre roman.FFFF LE VENGEUR Frederic Forsyth, Albin Michel, 375 pages 3196657A Cher journal c Michel Gagne QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com Le portrait du success-story d'une entreprise quebecoise qui vous fera decouvrir ce qui se passe en dehors du chapiteau et les aleas de la creation artistique de calibre international.C'est fascinant ce qu'on apprend [.] Il traverse une partie de l'histoire du Quebec [.] Joel Le Bigot, Radio-Canada - Pourquoi pas dimanche DANS LES COULISSES DU CIRQUE DU SOLEIL Jean Beaunoyer 3213248A JULIE suite de la page 6 Ce livre, qui defie toute tentative de critique veritable, est correctement ecrit, dans la mesure ou peut l'etre le journal personnel de n'importe quelle jeune fille un peu lettree.Tout de meme il recele de petites perles etonnantes et de delicieuses maladresses.Ici, dans un violent acces de lucidite, Julie constate que l'etre humain est malheureusement une bete dans toute sa splendeur .Ailleurs, prise d'une fievre metaphysique, elle ecrit que le neant est parfois quelque chose qui s'installe au milieu d'une journee , et cela dans cet univers teinte de gens aveugles par le desir de paraitre qu'elle decrit plus haut.Et que penser de cette foudroyante et fondamentale verite : Le silence ne s'entend pas ?Des moments de pur bonheur.Pour couronner l'affaire, on a ajoute un petit glossaire du Loft et, imaginez donc, la recette de la fameuse sauce a spaghetti de Julie (on se demande comment la sauce a pu faire autant parler !) Enfin, pour emprunter au style de Mme Lemay, disons simplement que son livre a ete ecrit et qu'il peut etre lu.Mais surtout, il peut etre achete.FF UN AUTOMNE AU LOFT Le journal de la gagnante de Loft Story Julie Lemay Les Intouchables, 142pages . À TIRE D'AILE Le faisan de Saint-Hippolyte PIERRE GINGRAS pgingras@lapresse.ca «Quelle merveille ! » Louise Labrosse n'en revient pas.Depuis le début du mois de février, un faisan de Colchide s'est installé dans la cour de sa résidence à Saint-Hippolyte, près de Saint-Jérôme, dans les Laurentides.Elle a appris que le volatile est présent depuis le mois de décembre dans son coin.Il a donc survécu sans trop de problèmes aux grands froids, le colza et le millet offerts comblant sa faim.Le gallinacé vient tous les jours, le matin et à l'heure du midi ; il s'est laissé approcher presque au point de pouvoir y toucher.Mais il fallait s'y attendre, ce genre de fréquentations a des conséquences.Mme Labrosse s'est attachée à « son » faisan.Préoccupée, elle veut maintenant trouver des réponses à une multitude de questions qu'elle se pose à son sujet.« D'où vient-il ?S'agit-il d'un oiseau sauvage ?Comment peut-il résister à notre hiver?Devons-nous continuer à le nourrir ?Sera-t-il en danger si nous devons partir ?Les prédateurs peuvent- ils l'attaquer ?» D'abord, commençons par répondre à une préoccupation maintes fois manifestée par les propriétaires de mangeoires : non, votre préféré ne mourra pas si vous devez l'abandonner un certain temps, voire définitivement.Les oiseaux n'ont jamais eu besoin de nous pour se nourrir et profitent tout simplement de la manne qui est à leur portée.Si la nourriture vient à manquer chez vous, ils iront ailleurs et pas nécessairement à une autre mangeoire.Toutefois, le cas du faisan de Saint-Hippolyte est légèrement différent.Les faisans de Colchide ne font pas partie de la faune ailée du Québec.Ce sont des oiseaux d'élevage qui appartiennent à des collectionneurs ou encore, qui sont élevés à des fins de chasse ou de consommation.C'est un des meilleurs gibiers à plume.Chaque année, durant la belle saison, des centaines de faisans sont lâchés un peu partout au Québec sur des terres privées, souvent dans des îles, pour être finalement abattus par des chasseurs au cours de l'automne.Une chasse qui n'est pas à la portée de toutes les bourses, il va sans dire.Le gallinacé de Mme Labrosse est probablement un fugueur ou encore un de ces faisans qui a réussi à échapper aux fusils.À vrai dire, il s'agit d'un oiseau de basse-cour qui ne résiste pas à notre climat hivernal.Non pas qu'il ne peut supporter le froid, mais la couche de neige au sol l'empêche de se nourrir, ce qui signifie habituellement une mort plus ou moins rapide.À moins qu'il ne trouve une main généreuse, évidemment.D'ailleurs, au début des années 40, on a procédé au lâcher de 70 oiseaux sur le mont Royal.Nourris notamment par les employés du cimetière, la population a pris de l'ampleur pour atteindre 150 individus, une dizaine d'années plus tard.Mais les recensements de Noël de la Société québécoise de protection des oiseaux indiquent que le déclin des faisans de la montagne a commencé autour des années 70.Les effectifs avaient chuté à 84 en 1973 et on en comptait plus que cinq en 1979.Quatre ans plus tard, la population avait complètement disparu.Il va sans dire que les prédateurs veillent aussi sur ce genre de gibier rare, une pièce appétissante et d'une taille considérable.On peut présumer que les prédateurs ne manquent pas l'occasion de s'offrir un bon gueuleton s'ils rencontrent l'oiseau.D'un poids de 1 à 1,5 kg, d'une longueur d'environ un mètre et d'une envergure d'aile de 80 à 90 cm, le faisan de Colchide est un oiseau qui peut voler rapidement et courir au sol à une vitesse surprenante.Originaire d'Asie (le terme Colchide fait allusion à une région ancienne de la Turquie), le faisan affectionne les milieux agricoles où il se nourrit de plantes herbacées et de céréales, notamment de maïs, de blé, d'avoine ou de mil.Son territoire ne dépasse guère deux kilomètres carrés.De couleur grisâtre ou brune, la femelle est loin d'avoir le panache du mâle qui rivalise de couleurs avec les plus beaux oiseaux.Il est d'ailleurs polygame et peut féconder trois ou quatre femelles qui s'occuperont de couver et d'entretenir leurs rejetons au nombre d'une douzaine.Ils sont nidifuges et peuvent voler sur quelques mètres une semaine à peine après leur naissance.Considéré comme un gibier de choix, le faisan a été introduit pour la première fois aux États-Unis en 1857.Plusieurs lâchers ont eu lieu par la suite et aujourd'hui l'espèce est répandue un peu partout en territoire américain.Les chasseurs en abattent plusieurs millions chaque année.PHOTO PC Espèce granivore, le faisan de Colchide ne peut théoriquement survivre aux hivers québécois en raison de la couche de neige au sol qui l'empêche d'accéder à la nourriture.À moins qu'il ne soit nourri par un bon Samaritain.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll Un junco perplexe LE CARNET D'OBSERVATION Le retour des cardinaux Ils étaient disparus de nos parages depuis la seconde vague de grand froid, en janvier.En fin de semaine dernière, ils sont revenus en force.Pas moins de quatre cardinaux rouges, dont trois mâles, se répondaient à tour de rôle autour de la maison.Deux d'entre eux se sont même lancés dans une poursuite à la suite de divergences manifestes quant à l'occupation du territoire.Les roselins familiers, eux, chantent depuis un petit moment.Ce chant toujours aussi extraordinaire à nos oreilles est en réalité une grande tirade d'intimidation envers leurs congénères.Les moineaux sont plus fébriles que jamais et plusieurs ont déjà commencé à emménager dans les cabanes.À vous donc de fermer la porte si vous voulez qu'ils aillent ailleurs.Les mésanges ont aussi commencé à faire entendre leur chant nuptial et les tourterelles tristes sont de plus en plus jasantes.Mais mercredi dernier, les carouges à épaulettes ne s'étaient toujours pas présentés chez moi.Ce n'est pas encore tout à fait le printemps.Petit-duc maculé en vue Q« Le 21 janvier, en me promenant dans le parc La Fontaine en soirée, j'ai entendu un chant d'oiseau qui durait environ quatre secondes, toujours sur la même note.Je me suis approché d'un bosquet de conifères et, ô joie ! j'ai aperçu à un mètre sur une branche, une espèce de petit hibou.Il avait des aigrettes et la queue carrée.Il ne bougeait pas et continuait à chanter.Est-ce un petit-duc maculé ?» Martine Pelletier, Montréal RPetit hibou avec aigrettes, qui chante dans le parc Lafontaine : pas de doute possible, il s'agit d'un petit-duc maculé, a confié l'expert consulté à ce sujet.Des oiseaux opportunistes Q« Est-il bon d'offrir des graines aux oiseaux sauvages ?Est-il vrai que nous pouvons les empêcher d'aller vers des endroits plus chauds et ainsi risquer qu'ils meurent de froid ?Je connais très peu le monde ornithologique.J'aimerais faire les bons gestes.» Francine Brouillette, Pointe-aux-Trembles RN'ayez crainte, les oiseaux sont opportunistes et à défaut de se nourrir chez vous, ils iront ailleurs.Il faut se rappeler que l'adaptation des oiseaux à l'hiver ne date pas d'hier.De tout temps, certains individus normalement migrateurs ont passé la saison froide avec nous au lieu de se diriger vers le Sud, mangeoires ou pas.Le merle d'Amérique est un exemple intéressant à cet égard.Aux Fêtes, lors d'une excursion en ski de fond dans le coin de Varennes, j'ai d'ailleurs pu observer au moins deux individus manifestement installés pour l'hiver dans un petit bois où ils pouvaient trouver quelques fruits sauvages dans les arbres.Ce qui ne veut pas dire qu'ils ont pu résister à la vague de froid de janvier, car je ne les ai pas revus par la suite.Par ailleurs, la tourterelle triste, une espèce locale, est mal adaptée pour passer l'hiver et plusieurs spécimens se gèlent les pattes au cours de la saison, ce qui cause leur mort à la suite de complications ou par la prédation.PHOTO AP Ce junco ardoisé semble perplexe devant l'amas de neige qui recouvre ce bain d'oiseaux à la suite de la tempête de neige qui a sévi en Caroline du Nord récemment.S'ils sont migrateurs, plusieurs juncos passent néanmoins l'hiver avec nous et la plupart semblent avoir survécu à la vague de froid sibérien qui a frappé le Québec en janvier.Notre concours de photos Voici donc le début du concours de photos d'oiseaux Le Biodôme / La Presse qui fête cette année son cinquième anniversaire.Nous avons décidé de souligner l'événement de façon particulière en offrant à tous les participants un exemplaire du volume Secrets d'oiseaux (Éditions de l'Homme) rédigé par l'auteur de ces lignes.À l'aide d'une multitude d'exemples, le volume présente les diverses facettes de la biologie et du comportement des oiseaux.C'est une façon de vous remercier de votre fidélité et de souligner aussi votre contribution «photographique » à cette chronique dominicale.Tous les volumes seront autographiés.Cette année, nous avons insisté sur le fait que les photos soumises dans la catégorie libre peuvent avoir été prises à différents endroits dans le monde, à l'occasion de voyages.Les amateurs d'oiseaux de compagnie avaient été nombreux l'an dernier à soumettre des photos de leurs protégés et nous espérons que cet engouement se poursuivra, surtout que la catégorie comprend maintenant les oiseaux d'élevage.Toutes les photos soumises seront exposées au Biodôme, du 1er au 24 mai dans le cadre de l'activité Ornithologie en fête.L'auteur de chaque cliché sera identifié, ainsi que l'oiseau photographié.La photo du grand gagnant et celle des trois lauréats de chaque catégorie seront publiées dans cette chronique, accompagnées des commentaires de leurs auteurs.La liste des prix offerts paraît dans le bulletin de participation cidessous, qui sera aussi publié les 21 et 28 mars et le 4 avril.PHOTO PC Un petit-duc maculé sur le point d'être libéré après une convalescence, à la suite d'un accident.Le spécialiste au Québec! 6224, rue St-Hubert Montréal, QC (514) 274-6577 l o z e a u .com Incluant : étui, courroie et capuchons Valide jusqu'au 31mars 2004 229,99$ Monarch II 10x42 CF - Idéales pour les sports et le plein air - Grossissement de 10x - Étanches et gainées de caoutchouc Incluant : étui, courroie et capuchons 419,99$ Action EX 8x40CF - Jumelles performantes - Grossissement de 8x - Idéales pour l'observation des oiseaux - Champ de vision large - Étanches à l'eau 3197918A \"1ER GRAND PRIX (toutes catégories confondues) Un forfait Plaisir Nature à l'Auberge Duchesnay (près de Québec) d'une durée de 3 nuits pour deux personnes comprenant l'hébergement, les soupers, les petits déjeuners ainsi que l'accès aux activités de la station offert par le réseau Sepaq VALEUR : 801 $ \"1ER PRIX : Une croisière aux baleines pour deux personnes offert par les Croisières AML, un emplacement de camping pour 2 nuits dans le réseau de la Sépaq, une passe annuelle pour visiter le Biodôme offert par la Société des amis du Biodôme de Montréal, un certificat-cadeau de la boutique du Biodôme.VALEUR : 303 $ \"2E PRIX : Un certificat-cadeau de la boutique L.L Lozeau, un coffret DVD du film Le peuple migrateur offert par Christal Film Distribution, une passe annuelle de la SABM et un livre Les oiseaux et l'amour des Éditions de l'Homme.VALEUR : 220 $ \"3E PRIX : Un certificat-cadeau de 50 $ de la boutique du Centre de conservation de la faune ailée de Montréal et une passe annuelle de la SABM VALEUR : 105 $ L'ornithologie est en fête au Biodôme de Montréal ! Nous vous invitons à photographier vos oiseaux préférés et à courir la chance de gagner de magnifiques prix ! Toutes les photographies reçues seront exposées au Biodôme du 1er au 24 mai.Ce concours s'adresse à tous.Le bulletin de participation sera publié chaque dimanche jusqu'au 4 avril 2004.Nous n'acceptons que les photographies en couleurs copies papier, non montées, de format 4 X 6 pouces.Le nom de l'espèce d'oiseau doit être écrit au verso de chacune des photographies que vous présentez.Vous ne pouvez participer qu'une seule fois en envoyant un maximum de trois photographies.En plus du premier grand prix, trois gagnants seront déterminés dans chaque catégorie.Des prix seront également attribués au hasard parmi tous les participants.BULLETIN DE PARTICIPATION Nom: Prénom : Adresse: Ville: Code postal : Téléphone : ( ) Âge : Je m'inscris dans la catégorie suivante : # Oiseaux de compagnie et d'élevage # Oiseaux de ville et de banlieue # Libre Ce bulletin ainsi que vos photographies bien identifiées au verso (nom, no de tél., nom de l'espèce d'oiseau, catégorie de participation) doivent être déposés ou bien reçus au Concours de photographies d'oiseaux, Biodôme de Montréal, 4777, avenue Pierre-De Coubertin, Montréal, H1V 1B3 AVANT LE 6 AVRIL 2004 À 17 h : Règlements complets du concours disponibles à La Presse, au Biodôme et au www.biodome.qc.ca.Valeur totale des prix : 3 180 $ Les fac-similés ne sont pas acceptés.CONCOURS DE PHOTOGRAPHIE D'OISEAUX 3212972A . 3183850A LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE ENCORE PLUS QUE DU TALENT, DE L'INTELLIGENCE, MÊME DU GÉNIE, L'EXCELLENCE NAÎT DE L'EFFORT ALCAN Née aux confins du Grand-Nord, la jeune Inuit a réalisé un court métrage qui a fait le tour du monde et reçu des prix prestigieux.Aussi auteure et chanteuse, elle est membre du duo Taima, dont le disque éponyme, lancé fin février, s'est déjà vendu à 10000 exemplaires.Portrait d'une passionnée.«J'essaie de ne jamais séparer les choses.Un jour, je vais faire un album pour les enfants.J'ai quitté le travail social avec les jeunes, mais je sais que les enfants dont je m'occupais me voient et m'écoutent chanter.Si moi je l'ai fait, il va y en avoir d'autres.» JEAN-PAUL SOULIÉ e 22 février dernier, à la cérémonie de clôture des 22es Rendez-vous du cinéma québécois, le prix Claude-Jutra du meilleur espoir a été remis à la réalisatrice Elisapie Isaac pour son film Si le temps le permet.La cinéaste de 27 ans est née au Nunavik et a été élevée à Salluit, un des villages les plus au nord du Québec, au bord du détroit d'Hudson, entre la baie d'Ungava et la baie d'Hudson.Si le temps le permet est un court métrage dans lequel Elisapie Isaac rend hommage à son grandpère et à ses compagnons dissidents, qui avaient refusé de signer la Convention de la Baie-James et du Nord.Le film a fait le tour du monde depuis sa sortie, en mars 2003, et a valu à sa réalisatrice, en septembredernier, leprix Rigoberta-Menchu- Tum, au Festival Présence autochtone.À la fin du mois de février 2004, le groupe Taima lançait officiellement son premier album.Taima, c'est Elisapie Isaac, qui écrit et chante en inuktitut, en français et en anglais sur les musiques d'Alain Auger, qui l'accompagne.La semaine dernière, l'album éponyme de Taima avait déjà été vendu à plus 10 000 exemplaires.Elisapie Isaac a chanté en janvier et en février dans les maisonsde laculturede Montréal, et elle prépare un spectacle qui sera présenté prochainement à Coaticook pour ensuite se promener au Groenland, au Yukon et en Finlande.La Presse salue l'éclosion d'une artiste multidisciplinaire et nomme la cinéaste, auteure et chanteuse Elisapie Isaac Personnalité de la semaine.Élevée dans une famille inuit, fille d'une mère inuk et d'un père terre-neuvien, Elisapie a commencé très tôt à se passionner pour la communication.À 15 ans, elle produit et anime une émission de radio pour les jeunes, diffusée sur le réseau TNI à Salluit.Elle fait des stages à la télé locale comme journaliste et fait du travail social auprès des jeunes.Puis, en 1999, elle s'exile à Montréal pour étudier en communication au cégep John-Abbott.Du Grand-Nord à la grande ville, de la télé autravail social, ducinémaàlamusique, Elisapie saute d'une expérience à l'autre sans rien oublier.«Tout va ensemble, dit-elle.J'essaie de ne jamais séparer les choses.Un jour, je vais faire un album pour les enfants.J'ai quitté le travail social avec les jeunes, mais je sais que les enfants dont je m'occupais me voient et m'écoutent chanter.Si moi je l'ai fait, il va y en avoir d'autres.» En inuktitut, la langue maternelle d'Elisapie, taima signifie «assez».«Assez, passons à autre chose.Au début, quand j'airencontré Alain Auger, ilyavaitbeaucoup d'acrimonie en moi.Alain m'a fait sortir de moi, de mon côté Inuit enragée.Assez, ça a été notre premier thème, celui que nous avons exploré d'abord, au début de notre rencontre.» À travers tous ses voyages dans les pays nordiques\u2014en Finlande, en Alaska, au Groenland \u2014, Elisapie a retrouvé des cultures proches de la sienne et vu partout des efforts pour retrouver une forme de communication.«Tout le monde se sent indépendant et veut réinventer sa culture.Parfois, c'est trop tard, il faut trouver autre chose.» Elle a un frèrede 28ans qui travaille à l'aréna de Salluit et qui joue de la guitare.«La modernité nous va bien, dit-elle.On n'a plus le goût d'aller chasser le phoque, ce n'est plus la priorité des jeunes.Évidemment, c'est dommage de perdre quelque chose.Moi, je veux écrire un livre pour les enfants.Même si je ne vis plus au village à écouter les histoires racontées par nos aînés, il faut faire quelque chose pour les enfants.Il faut adapter de façon moderne et pour eux des histoires qui ne soient plus des histoires d'éléphants.Pourquoi pas des caribous?» Elle a appris à lire dans Babar, et le premier bouquin qui l'a passionnée, c'était Dear God, its me, de Judy Blume.«C'était l'histoire d'une jeune fille à l'âge de la puberté.Ça m'a donné le goût de lire, c'était aussi ma puberté.» Àl'école, ce qu'elle préférait, c'était écrire des histoires.«Aujourd'hui, je me sens 100%bien quand je chante, dit-elle.Faire un film, c'est un gros travail, il faut creuser, creuser! J'essaie toujours de creuser les choses.Mais quand je chante, je me sens épanouie.J'aime les petites salles, les cabarets.Ma manière est intimiste.C'est mieux de m'écouter le soir que lematin.» À 12 ans, Elisapie voulait être actrice.Aujourd'hui, elle pensesouvent aux enfants.«On ne fait pas assez pour eux.Je veux leur consacrer ma vie.Je pense souvent à mon passé et je vais trouver une façon de toucher les jeunes.Peut-être avec un prochain film.On a besoin d'art dans le Grand-Nord.Je pense à la création d'un centre d'art pour les jeunes.C'est un projet excitant, un rêve qui va se réaliser.» Quand elle retourne chez elle, à Salluit, elle va tout de suite à la radio locale, et ensuite au Centre de main-d'oeuvre et de formation.«C'est des endroits où ça bouge.J'aimerais être à la radio le matin, réveiller les gens, communiquer!» Elisapie Isaac PHOTO RÉMI LEMÉE, LA PRESSE © PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © "]
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