La presse, 13 juin 2004, P. Plus
[" MONT R É AL DI M A N C H E 13 J U I N 2 0 0 4 LEGOULAGGLOBAL PHOTO PAULINE LUBENS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE © Des prisonniers irakiens s'agrippent au grillage de la prison d'Abou Ghraib.Au nom de la guerre au terrorisme, les États-Unis pratiqueraient la torture par procuration, en confiant à d'autres pays le soin d'exécuter leurs basses oeuvres, préviennent de plus en plus d'organisations humanitaires.On ignore combien ils sont.Et on sait peu dechose du traitement qu'ils subissent.Mais denombreux prisonniers soupçonnés deterrorisme sont livrés par les États-Unisàdes pays qui n'interrogent pas les détenus avec des gants blancs.Quand Washington sous-traite latorture.ISABELLE HACHEY LONDRES ihachey@lapresse.ca Les Canadiens connaissent son histoire : de retour de vacances en Tunisie, le 26 septembre 2002, Maher Arar a été arrêté à l'aéroport JF Kennedy de New York, alors qu'il était en transit pour Ottawa.Détenu aux États-Unis sans pouvoir communiquer avec son avocat ni avec sa famille, puis expulsé en Jordanie à bord d'un jet privé américain, l'ingénieur canadien a finalement échoué dans une geôle syrienne, son pays d'origine, où il affirme avoir été battu et torturé pendant 10 mois.Ce que l'on sait moins, toutefois, c'est que l'affaire Arar serait loin d'être un cas isolé.Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis auraient participé en secret au transfert de nombreux « suspects terroristes » vers des pays qui n'hésitent pas à maltraiter les prisonniers pour leur soutirer des renseignements.Au nom de la guerre contre le terrorisme, les États-Unis pratiqueraient ainsi la torture par procuration en confiant à d'autres pays le soin d'exécuter leurs basses oeuvres, préviennent de plus en plus d'organisations humanitaires.Des agents de renseignement américains fournissent les questions.À des milliers de kilomètres, loin des yeux du public, les polices secrètes égyptienne, marocaine, jordanienne, pakistanaise ou saoudienne se chargent de trouver les réponses, à coups de câbles électriques s'il le faut.Ces « livraisons » illégales et secrètes, exécutées au mépris des règles normales d'extradition, feraient partie d'un vaste système élaboré par la CIA et le Pentagone peu après les attaques contre les tours jumelles de Manhattan, pour détenir et interroger des suspects terroristes tout en échappant aux tribunaux américains et aux conventions internationales.La base militaire de Guantanamo Bay est, bien sûr, l'exemple le plus notoire de ce nouvel univers post-11 septembre.Mais les organismes humanitaires craignent qu'il ne s'agissent que de la pointe de l'iceberg.En fait, le fameux camp X-Ray, où 600 « combattants ennemis » sont détenus depuis plus de deux ans, pourrait même servir de diversion pour des cas plus extrêmes.« Peut-être de peur que la base de Guantanamo soit un jour sous la juridiction des tribunaux fédéraux américains, l'administration Bush n'y garde pas ses détenus les plus recherchés », soulignait récemment Reed Brody, directeur adjoint de l'organisme Human Rights Watch.Par exemple, les lieutenants d'Al-Qaeda, tout comme les bonzes de l'ancien régime irakien, sont détenus dans des lieux gardés secrets, sans aucun droit ni accès au monde extérieur.Plus de 9000 personnes seraient détenues par les autorités américaines dans un archipel de prisons dans le monde entier, selon des officiels du Pentagone et des experts en renseignement interrogés par le Washington Post.Un chiffre impossible à confirmer, étant donné le caractère très secret de ces opérations.>Voir GOULAG en page 2 Plus de 9000 personnes seraient détenues par les autorités américaines dans un archipel de prisons dans le monde, selon des officiels du Pentagone. PLUS Le goulag global GOULAG suite de la page 1 « Personne ne connaît l'ampleur du phénomène, dit le major Charles Heyman, éditeur du Jane's World Armies de Londres, mais il est probablement très répandu.» On sait du moins que 300 prisonniers sont détenus à la base aérienne américaine de Bagram, en Afghanistan, sans accès à leur famille et sans protection juridique de base.Plusieurs d'entre eux ont été maltraités ; 32 sont morts en détention, dont au moins deux par « homicide », selon les rapports d'autopsie, peut-être au cours d'un interrogatoire trop musclé.Une enquête américaine est en cours.Selon différents rapports, la CIA détiendrait aussi 25 à 35 personnes dans plusieurs pays du monde, dont le Pakistan, la Thaïlande, le Yémen et le Soudan.La base américaine Camp Justice, dans l'île britannique de Diego Garcia, au coeur de l'océan Indien, abriterait aussi un centre de détention et d'interrogation pour les suspects terroristes du réseau Al-Qaeda.Frustrées d'être tenues à l'écart, les ONG se font de plus en plus critiques face aux violations commises par les États-Unis au nom de la guerre au terrorisme.Une guerre que Washington poursuit avec « des moyens disproportionnés et aveugles », selon Amnistie internationale, qui blâme sévèrement l'administration Bush dans son rapport annuel, rendu public cette semaine.« Sacrifier les droits de la personne au nom de la sécurité intérieure, fermer les yeux sur les violations à l'étranger et utiliser une force militaire préventive à l'endroit et au moment que (les États-Unis) choisissent n'ont ni augmenté la sécurité ni assuré la liberté », a dit Irene Khan, secrétaire générale de l'organisme situé à Londres.Selon elle, les techniques musclées du Pentagone et de la CIA ont rendu le monde plus dangereux qu'il ne l'était avant le 11 septembre 2001.La fin justifie les moyens ?Pour Washington, toutefois, la fin semble justifier les moyens.Il s'agit, après tout, de briser le réseau Al-Qaeda, une organisation prête à massacrer des milliers d'innocents.Aux yeux du président George W.Bush, cela vaut bien quelques entorses au droit international.« La politique de «livraison» est un cauchemar pour les ONG, mais elle est très raisonnable pour l'administration américaine », souligne le major Heyman.« Au point de vue légal, lorsqu'ils arrêtent un suspect terroriste, les États-Unis ont tout intérêt à s'en débarrasser le plus vite possible.» À la Maison-Blanche, les accords internationaux ont souvent été sources d'embarras.M.Bush a rejeté le protocole de Kyoto, le traité antimissile ABM et la Cour criminelle internationale.Après le 11 septembre, les conventions de Genève sur les prisonniers de guerre ont été ajoutées à la liste des obstacles à contourner.Sous prétexte que la guerre au terrorisme n'était pas une guerre ordinaire, les avocats du ministère de la Défense ont inventé une nouvelle catégorie de prisonniers, les « combattants illégaux », auxquels ils ne reconnaissent aucun droit.Amnistie internationale a beau dénoncer ce «dangereux précédent » qui «sape les fondements mêmes du droit international », une atmosphère d'impunité régnait, jusqu'à récemment, à la Maison-Blanche.Le président Bush lui-même a semblé sanctionner les exécutions extrajudiciaires dans son discours sur l'état de l'Union, en janvier 2003.« En tout, plus de 3000 suspects terroristes ont été arrêtés dans plusieurs pays, avait-il déclaré.Beaucoup d'autres ont connu un sort différent.Disons-le comme ça : ils ne sont plus un problème pour les États- Unis et leurs alliés.» Mais cette attitude présomptueuse commence à changer.Le scandale de la prison d'Abou Ghraib, en Irak, attire peu à peu l'attention sur le traitement des suspects terroristes détenus par les autorités américaines.Cela préoccupe des agents de la CIA, qui ont eu recours à des méthodes brutales \u2014autorisées par l'administration Bush\u2014pour interroger des leaders d'Al-Qaeda.« Certaines personnes impliquées craignent depuis longtemps d'être tenues responsables si, éventuellement, il y a un nouveau président, ou si l'humeur change au pays », a confié mercredi une source des services de renseignement au New York Times.M.Bush a tenté d'effacer les images honteuses de l'après-guerre en annonçant cette semaine que la prison d'Abou Ghraib serait démolie après la passation des pouvoirs aux Irakiens, à la fin juin.Là-bas, non seulement des soldats ont-ils maltraité des prisonniers, mais une enquête militaire a révélé que des « détenus fantômes » étaient déplacés à l'intérieur de la prison pour les cacher au personnel du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).Dans son propre rapport, en février, le CICR a fait état de mauvais traitements « assimilables à la torture ».« Ce n'est pas la démolition d'un bâtiment qui changera les conditions de détention », souligne Jette Soerensen, attachée de presse du CICR.L'organisme, qui visite des centaines de milliers de prisonniers de guerre chaque année en vertu des conventions de Genève, a fait des requêtes répétées auprès des autorités américaines pour visiter ces fameux détenus fantômes, non seulement à Abou Ghraib, mais aussi ailleurs dans le monde.« On sait qu'il y a des lieux de détention, entre autres en Afghanistan, auxquels on n'a pas encore eu accès, dit Mme Soerensen.Pour le moment, on n'a pas encore reçu de réponse.Bush sent monter la pression M.Bush a déclaré que la démolition de la prison d'Abou Ghraib représentera un nouveau départ pour l'Irak.Le président a tenté de minimiser le scandale en dénonçant la conduite de « quelques soldats américains qui ont déshonoré notre pays et méprisé nos valeurs ».Pourtant, le directeur des opérations au CICR, Pierre Krähenbühl, a jugé que les mauvais traitements observés à Abou Ghraib n'étaient pas des actes isolés, mais avaient plutôt été érigés en « système ».Le grand journaliste d'enquête Seymour Hersh a révélé dans le New Yorker qu'une unité secrète, le « programme d'accès spécial », avait été mise sur pied en Afghanistan pour contourner les conventions de Genève lors des interrogatoires de suspects « de grande valeur ».Ces méthodes, approuvées par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, auraient ensuite été appliquées en Irak, même si la plupart des prisonniers là-bas n'ont aucune valeur aux yeux de la CIA.Les révélations s'accumulent dans la presse américaine.Amnistie internationale réclame une enquête sur les détentions secrètes par les États-Unis.La Commission des droits de la personne de l'ONU vient d'approuver une initiative visant à évaluer si les mesures de lutte antiterroriste adoptées par différents gouvernements sont compatibles aux lois internationales.À quelques mois des élections présidentielles, M.Bush, à la traîne dans les sondages, sent probablement monter la pression.Mais les États-Unis ne sont pas seuls au monde.Depuis le 11 septembre, plusieurs pays arabes et européens se sont livrés à des pratiques similaires.Même le Canada n'est pas blanc comme neige: ce sont des agents de la GRC, après tout, qui aurait laissé entendre à leurs confrères américains que Maher Arar était lié au réseau Al-Qaeda.Finalement, souligne le major Charles Heyman, ce sera « à la communauté internationale de décider si elle accepte ce genre de pratique ou si elle l'interdit ».Si, au nom d'une lutte sans merci contre la terreur, nous sommes prêts à restreindre les frontières de notre humanité.PHOTOTOM HANSON, ARCHIVES PRESSE CANADIENNE © L'emprisonnement de Maher Arar a levé le voile sur une pratique qui semble plus systématique qu'on a voulu le laisser croire, selon certains experts.Livraison spéciale ISABELLE HACHEY « Rendition » : le terme, comme la pratique, n'est pas totalement nouveau, mais il est de plus en plus utilisé.On le traduit en français par « remise » ou « livraison ».Comme dans l'affaire du Canadien Maher Arar, il s'agit de cas où des suspects terroristes sont expulsés, sans autre forme de procès, dans des pays connus pour torturer leur prisonniers afin de leur soutirer des renseignements.« Contrairement à l'extradition, qui est réglementée par des traités internationaux ou bilatéraux, la remise a lieu en secret, sans qu'aucune procédure ne soit déclenchée.Les gens sont carrément arrêtés et expulsés », explique l'avocate Julia Hall, qui s'est penchée sur plusieurs cas de « remises » dans le cadre de ses recherches pour l'organisme Human Rights Watch.« Ce n'est pas nouveau, il y a toujours eu des agents spéciaux, américains ou autres, qui ont procédé à de tels transferts, poursuit l'avocate.Mais la guerre contre le terrorisme en a transformé radicalement la pratique.Elle l'a presque légitimée.Ces méthodes sans foi ni loi sont utilisées aux États-Unis, qui jouissent toutefois de la complicité d'autres pays, dont le Canada et la Suède.» L'un des buts de la remise, croit Mme Hall, est de soutirer des renseignements aux suspects terroristes par la torture, en confiant la besogne aux polices secrètes de pays connus pour la pratiquer \u2014ce que nie Washington.« Si vous voulez un interrogatoire sérieux, vous envoyez un prisonnier en Jordanie.Si vous voulez qu'il soit torturé, vous l'envoyez en Syrie.Si vous voulez qu'il disparaisse \u2014ne plus jamais le revoir \u2014, vous l'envoyez en Égypte », a confié Bob Baer, ancien agent secret de la CIA ayant travaillé plusieurs années au Moyen-Orient au magazine britannique New Statesman.« Nous pensons que les cas découverts ne sont que la pointe de l'iceberg, dit Mme Hall.Parmi ces cas, il y a beaucoup de gens, comme Maher Arar, qui ont été transférés, torturés, puis relâchés sans accusation ni procès, parce qu'il n'y avait rien contre eux.Ils n'étaient pas des terroristes.Cela dit, cette distinction n'est pas vraiment pertinente : les principes interdisant la torture devraient s'appliquer à tous, sans exception, qu'ils soient terroristes ou non.» .La rubrique qui voit et entend tout DES CHIFFRES QUI PARLENT EN HAUSSE.EN BAISSE Ce border collie de neuf ans, qui maîtrise un vocabulaire de 200mots, est capable de reconnaître un jouet après avoir entendu son nom seulement une fois, prouvant du même coup que le «meilleur ami de l'homme» est loin d'être bête.» RICO GRANDE-BRETAGNE Vote à vendre Un citoyen britannique a été rabroué cette semaine pour avoir voulu mettre son droit de vote en vente au plus offrant sur Internet en vue des élections municipales, locales et européennes qui se déroulent dans le pays.Il semble que le premier ministre Paul Martin, toujours à l'affût de façons novatrices pour mettre fin à la chute du Parti libéral dans les sondages, était le plus offrant lorsque la commission électorale anglaise est intervenue dans cette affaire.CALIFORNIE (prise deux) Haro sur les fesses Décidément, l'épisode du sein de Janet Jackson, dit le «Nipplegate», n'en fini plus d'avoir des répercussions aux États-Unis.Désirant éviter une nouvelle vague de traumatismes dans les chaumières déjà fragilisées de la nation, la chaîne MTV a choisi de couper au montage des Movie Awards 2004un segment de la performance du raffiné chanteur rap Eminem où il montre ses fesses à la foule.La décision aurait été prise avec l'aide du gouvernement chinois, qui a récemment manifesté sa volonté de s'imposer dans le domaine du spectacle en s'attribuant le droit de superviser la tenue vestimentaire de la chanteuse Britney Spears en vue d'une prochaine tournée.CALIFORNIE Patate chaude Si cet État américain a le dernier mot, les contenants de frites de Mc Donald's et Burger King pourraient bientôt arborer une mise en garde aux consommateurs.Les légendaires patates, cuites dans l'huile à haute température, contiennent en effet de l'acrymalide, un produit qui, à forte dose, favoriserait le cancer et les troubles reproductifs selon différentes études.Le gouvernement cherche par une poursuite à forcer les géants de la restauration rapide à se conformer à une loi sur l'étiquetage qui oblige les entreprises à signaler la présence dans leurs produits d'agents potentiellement néfastes pour la santé.Déficit projeté pour 2004, en milliards de dollars, des États-Unis sous la houlette de GeorgeW.Bush, «fils spirituel» de l'exprésident Ronald Reagan.Nombre de personnes qui se sont déplacées pour contempler un doigt présumé de Bouddha lors de sa récente exposition à Hong Kong.Nombre de réunions de l'Agence métropolitaine de transport, sur un total de 24, que le maire de Longueuil, Jacques Olivier, a boudées de mars 2002 à novembre 2003.L'excentrique égérie du cinéma français des années 60 a été condamnée à payer 8500 dollars d'amende pour incitation à la haine raciale à la suite de la publication d'un livre dans lequel elle dénonce «l'infiltration» de la France par les musulmans, l'abattage rituel de moutons, la polygamie, le métissage des races et le versement d'allocations familiales aux étrangers.» BRIGITTE BARDOT L'hebdomadaire montréalais, qui ne recule devant rien pour exposer ses lecteurs aux plus récentes avancées socio-culturelles montréalaises, présente dans son dernier numéro un reportage, avec photos à l'appui, sur l'épilation testiculaire.Beurk! » THE MIRROR DES OH! ET DES BAH! Réconfortant «Les contribuables en ont eu pour leur argent.» \u2014L'ex-premier ministre Bernard Landry, commentant un rapport de la vérificatrice générale qui dénonce l'explosion du coût du métro de Laval de 179 à 809 millions de dollars.Nuancée «Nous avons vu ce jeune homme se faire décapiter devant les caméras, mais ce qui se passe ici n'est aucunement différent.» \u2014La député ultra-conservatrice Cheryl Gallant, comparant une clinique d'avortement à l'assassinat de l'Américain Nicholas Berg en Irak.Convaincue «Les bonnes vieilles méthodes fonctionnent.» \u2014Lori Thomas, une enseignante new yorkaise de 48 ans suspendue après avoir lavé avec du savon la bouche d'un élève qui venait de proférer un gros mot.Confus «Dieu n'existe pas, la vie éternelle n'existe pas, il n'y a pas de résurrection.» \u2014Un prêtre luthérien du Danemark, Thorkild Grosboell, qui a été suspendu deux fois en raison de ses positions peu dogmatiques.ILS, ELLES ONTDIT.Avec la collaboration d'Agnès Gruda, Silvia Galipeau, Mario Cloutier Eminem PLUS Dans le bastion conservateur Crowfoot, en Alberta, est la circonscription la plus conservatrice du pays.On y vénère Dieu.Et on déteste.Brian Mulroney.Voyage au coeur du Harperland.>oss STÉPHANE PAQUET ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALBERTA DRUMHELLER \u2014 La première chose qui frappe en entrant dans la petite ville de Drumheller, c'est le nombre impressionnant de dinosaures qui trônent fièrement en face des commerces.Dino par-ci, dino parlà.Ils sont presque aussi nombreux que les partisans conservateurs.Bienvenue dans la circonscription de Crowfoot dans les Badlands albertaines, ces prairies transfigurées par des canyons et où les conservateurs sont rois.Quand on tient compte du dernier redécoupage de la carte électorale, Crowfoot aurait voté à 85% pour les Alliancistes et les Conservateurs combinés aux dernières élections.C'est la circonscription la plus conservatrice de tout le Canada.Et ça laisse bien peu de marge pour les autres partis.Les dinosaures, c'est l'attrait touristique de Drumheller, une petite ville de 6500 habitants, qui réussit à attirer de 300 000 à 400 000 visiteurs par année, des gens qui veulent remonter des dizaines de millions d'années dans le temps et voir les fossiles de ces grandes bêtes aujourd'hui disparues.Il y a un peu plus de 10 ans, Drumheller a varié quelque peu son offre touristique en créant une pièce de théâtre en plein-air.Si au Saguenay on fait revivre l'époque des pionniers dans La Fabuleuse, ici, on a opté pour une pièce plus conservatrice : La Passion du Christ.« Avec le film de Mel Gibson sur la Passion, les réservations ont doublé cette année », raconte Jean- Marc Lacasse, originaire de Boucherville et qui dirige depuis un an le bureau d'information touristique de l'endroit, en plus de voir aux destinées de la chambre de commerce.Cette année, on a même ajouté un volet pédagogique au site, appelé Centre d'interprétation biblique du mur de Jérusalem.« C'est plus religieux, plus conservateur ici, relate encore M.Lacasse.Si on veut faire baptiser un enfant, par exemple, et qu'on n'est pas mariés, il y a certains problèmes, plus d'étapes à franchir qu'au Québec.» C'est que, voyez-vous, il n'y a pas que les chapeaux de cow-boys et les pick-up qui sont de mise ici.Les convictions religieuses aussi.Dans le nord de l'immense comté de Crowfoot, à Camrose (environ 15 000 habitants), la candidate néo-démocrate Ellen Parker reçoit gentiment La Presse chez elle, où une confectionneuse à macarons empruntée à l'université trône sur la table du salon.Le NPD travaille avec les moyens du bord dans cette terre hostile.Ellen Parker parle du mouvement antimondialisation, d'environnement et de commerce équitable.Et quand on se met à table, c'est en allemand qu'elle récite la prière pour remercier Jésus d'avoir mis du pain sur sa table.L'allemand, parce qu'Ellen Parker, qui a elle-même deux enfants, est la fille d'une première génération d'immigrants dans la région.Et elle se dit que si un mouvement populaire a pu faire tomber le mur de Berlin en 1989 alors que personne ne s'y attendait, pourquoi ne pas faire tomber ici le mur des conservateurs « Ce qui change l'histoire, ce sont les peuples.J'ai vu mes efforts personnels changer la communauté », dit-elle, en parlant entre autres du système de recyclage qu'elle a réussi à implanter dans la ville.En retroussant ses manches, pas en manifestant : « Tu ne manifestes pas dans cette communauté », précise- t-elle, comme si son visiteur venait de la planète Mars pour avoir osé poser une telle question.Dans ce pays peu peuplé, au territoire immense, le député sortant, Kevin Sorensen, donne rendezvous à La Presse à Torrington, un hameau nouvellement ajouté à sa circonscription.Sur place, l'attendent sept travailleurs d'élection potentiels, toutes des personnes à la chevelure blanche, à la peau marquée par le soleil des Prairies.La rencontre s'avère plus ardue que prévue.Un des bénévoles potentiels en veut à Stephen Harper, le chef conservateur, d'avoir dit la veille à la télé qu'il avait parlé avec Brian Mulroney.Mulroney, ici, est presque aussi détesté que Pierre Elliott Trudeau, lui qui avait imposé sa politique nationale de l'énergie envers et contre la riche Alberta, productrice de pétrole.Le député Sorensen tente de rassurer le bénévole en question en lui disant que Brian Mulroney « n'est pas impliqué dans la campagne, il est à l'extérieur du pays ».Après la rencontre, le bénévole s'approche pour confier que l'équipe conservatrice joue la carte de la religion, un organisateur du député étant venu le voir pour lui dire qu'il fallait voter contre les mariages gais.Le député Sorensen réplique que c'est faux et le bénévole s'en va.Mais juste avant de partir, le même organisateur prend le reporter montréalais à l'écart pour lui confier, dans un français devenu hésitant, que « l'important, c'est d'avoir une bonne foi, a good faith, prend-il le soin d'ajouter en anglais pour être certain de faire passer son message religieux.Un brave libéral Chez les libéraux, le brave qui se présente s'appelle Adam Campbell.Il est arrivé au Canada du nord de l'Écosse il y a à peine huit ans.Et quand il entend le discours conservateur, il y cherche « les valeurs canadiennes » qui l'ont amené à choisir ce pays, sans les trouver.« Stephen Harper me fait peur, dit-il.Je crois qu'il peut être un élément de division pour le Canada.» Lucide, il affirme d'emblée qu'il ne gagnera pas le 28 juin.Ses chances sont nulles, dit-il, depuis le scandale des commandites.« Paul Martin est bien vu ici.Avant le scandale, dit-il, nous avions de très bonnes chances de gagner une couple de circonscription dans l'Alberta rurale.» Mais la confiance n'y est plus.« Ce n'est pas tant à cause des sommes en cause, mais la confiance a été trahie.» Dans ce décor où les Blancs dominent largement, la femme de M.Campbell, d'origine thaïlandaise, détonne un peu.Le candidat parle du « racisme sans méchanceté » de ses concitoyens de la circonscription.« Si tu es différent, les gens vont te dire que tu ne peux pas comprendre », explique-t-il.« Les gens me pardonnent d'être libéral.Ils disent que je ne suis pas ici depuis assez longtemps ! », blague-t-il.Cela ne l'empêche de se présenter comme un interlocuteur privilégié avec Ottawa si les libéraux gardent le pouvoir.Et en ces temps de sécheresse et de vaches folles, les agriculteurs albertains ont bien des raisons de vouloir se faire entendre.Au centre-ville de Drumheller, Karen Bertamini, la plus jeune à avoir été élue conseillère municipale en 1982, s'inquiète de ce pouvoir perdu, qui s'éloigne de la communauté.Que ce soit pour le conseil scolaire ou le conseil de santé, il fut un temps pas si lointain où les gens de Drumheller avaient leur mot à dire.Et celui-ci comptait.Aujourd'hui, les décisions se prennent là-bas, loin d'eux, dans des organismes où ils se sentent bien peu écoutés.« Avant, j'étais capable de prendre le téléphone et d'appeler le conseil régional de santé et savoir ce qui se passait.Maintenant, c'est à Edmonton que ça se passe », déplore la conseillère Bertamini.Elle dit avoir toujours voté conservateur.Mais elle trouve que Stephen Harper manque de charisme.Cette année, elle aime bien le discours de Jack Layton, du NPD, sur la place des communautés, les « infrastructures sociales », comme elle dit.Elle votera donc pour le NPD ?« Attention ! Je n'ai pas dit ça ! » prend-elle le soin de préciser, avant de reprendre la route.PHOTO JONATHAN HAYWARD, ARCHIVES PRESSE CANADIENNE Quand on tient compte du dernier redécoupage de la carte électorale, Crowfoot aurait voté à 85 % pour les alliancistes et les conservateurs combinés aux dernières élections.C'est la circonscription la plus conservatrice de tout le Canada.Ci-dessus, le chef conservateur, Stephen Harper.PHOTO KEVIN FRAYER, ARCHIVES PRESSE CANADIENNE À Torrington, un hameau nouvellement ajouté à la circonscription de Crowfoot, l'ancien premier ministre Brian Mulroney est presque aussi détesté que Pierre Elliott Trudeau, lui qui avait imposé sa politique nationale de l'énergie envers et contre la riche Alberta, productrice de pétrole. LA DÉFUSION POUR LES NULS DEMAIN MATIN QUELLE VILLE M'ATTEND?Défusionner?Ne pas défusionner ?Dans une semaine, près d'un million d'électeurs seront appelés à se prononcer sur l'avenir de leur ville.Ces référendums comportent des enjeux majeurs mais difficiles à cerner.Voici un petit manuel à l'intention des électeurs perplexes.1maire et 73 conseillers de ville > Il gère un budget de 3,86milliards Budget de la Ville de Montréal Comptabilité, taxation, perception, placements Affaires juridiques, cour municipale Évaluation foncière Sécurité du revenu Parcs, sports et loisirs Transport, voirie, circulation Environnement Gestion des eaux, conduits souterrains, distribution de l'énergie électrique Développement économique Urbanisme Habitation Patrimoine bâti Sécurité publique (police et pompiers) Transport en commun Négociation des conventions collectives > Le conseilmunicipal exerce les fonctions suivantes: > Les conseils d'arrondissement exercent les fonctions suivantes: Gestion du budget local Règlement d'emprunt pour des améliorations locales Taxation supplémentaire Pouvoir juridique, mais seulement pour les compétences d'arrondissement Gestion du personnel : embauche, congédiement Négociation des objets locaux des conventions collectives Parcs, équipements culturels, de sports et de loisirs de l'arrondissement Réseau routier local, déneigement Collecte et transport des déchets Adoption de règlements d'urbanisme Soutien financier aux organismes locaux COMMENT ÇA MARCHE AUJOURD'HUI?> Le conseilmunicipal de Montréal compte : >Montréal compte en plus 27 conseils d'arrondissement où l'on trouve des conseillers de ville et des conseillers d'arrondissement.> Le conseil d'agglomération : > Les nouvelles villes auront aussi leurs conseilsmunicipaux, qui exerceront les fonction suivantes : > Le conseil d'agglomération exercera les fonctions suivantes: > Il gérera un budget d'environ 2,15 milliards > Ils géreront environ 40%de leur budget Le reste sera administré par le conseil d'agglomération.Évaluation foncière Gestion des cours d'eau municipaux Services de sécurité incendie Services de police Centre d'urgence 9-1-1 Cour municipale Logement social Élimination et valorisation des matières résiduelles Infrastructures d'alimentation en eau et d'assainissement des eaux usées sauf les conduites locales Transport en commun Gestion des rues et des routes Promotion économique et touristique Accueil touristique, centres des congrès Parcs industriels Ports d'importance Aéroports d'importance Dépôt de neige Conseil des arts Plan d'urbanisme, réglementation et dérogations mineures Permis de construction et de rénovation Les programmes d'amélioration de quartier Les conduites locales d'eau et d'égout Infrastructures locales d'alimentation en eau Gestion des matières résiduelles Gestion des rues locales Réglementation en matière de protection incendie, de nuisance, de salubrité publique Équipements locaux de sport ou de culture Bibliothèques locales Parcs locaux Petits marchés publics Permis pour vélos, animaux, etc.Pouvoir d'emprunt et de taxation COMMENT ÇA VA MARCHER APRÈS LA DÉFUSION?Les nouvelles villes seront regroupées au sein d'un conseil d'agglomération qui comptera 52 élus, dont les maires et des représentants qu'ils auront désignés.Si les 22 villes où un vote aura lieu le 20 juin se prononcent pour la défusion : > La ville de Montréal détiendra 31 des 51 sièges du conseil d'agglomération > Les villes jouiront d'un nombre de voix proportionnel à leur population a question d'une dame âgée au maire Gérald Tremblay résume à elle seule le sentiment de beaucoup d'électeurs des 212 villes où ont été ouverts des registres pour exiger un référendum sur la défusion.«C'est tellement difficile à comprendre qu'il faut avoir fait un cours à l'Université de la Sorbonne pour tout saisir», a-t-elle lancé au maire de Montréal au cours d'une séance d'information.Depuis cette savoureuse remarque, une bonne partie des citoyens des villes fusionnées ont préféré le statu quo.La grogne s'est toutefois manifestée de façon éclatante dans 89 anciennes villes où se tiendront des référendums sur la défusionun peu partout au Québec.Montréal en aura 22, Longueuil en connaîtra cinq, tandis que Québec en aura 12.Les nouvelles villes ne retrouveront pas tout à fait leur statut d'antan.Elles devront cohabiter au sein d'un nouveau conseil d'agglomération quiadministreraunepartimportantedeleurbudget.Aulendemain d'unvote favorableàladéfusion, Québec mettra en place un comité de transition qui s'occupera de répartir les employés et les actifs des municipalités.Une fois reconstituées, les nouvelles villes pourront percevoir des taxes et emprunter pour financer certains services.Les résidants des villes défusionnées recevront aussi une deuxième facture, cette foispour financer les services communs sous la responsabilité du conseil d'agglomération.Àpartir des données contenues dans le budget 2004 de la Ville de Montréal, le gouvernement provincial a calculé que 58,8 % du budget (2,1 milliards)seraitgéréparle conseil d'agglomération et 41,2%par les villes reconstituées (1,7milliard).À Longueuil, les proportions seraient plutôt de 58,4 % pour l'agglomération et 41,6% pour les villes reconstituées.Les services sous la responsabilité du conseil d'agglomération seraient offerts par la ville centre (ou ville résiduelle), soit Montréal et Longueuil.Ces villes sont déjà responsables de la plupart de ces services, comme le transport en commun, la sécurité publique et le développement économique.Les villes défusionnées insatisfaites d'une décision du conseil d'agglomération pourront toujours faire appel au ministère des Affaires municipales.Les défusions auront aussi un impact sur les avis d'impôt foncier parce que les villes défusionnées doivent payer les coûts des référendums, de la transition et des déplacements de matériel et de ressources humaines s'il y a lieu.Le gouvernement a fait quelques projections dans des études qui concluaient à des hausses d'impôts fonciers à certains endroits et à des baisses ailleurs.Peu importe les résultats, les contribuables devront tout de même supporter les frais des référendums.Pour les arrondissements qui demeureront au sein d'une ville, l'harmonisation des taux d'imposition se poursuivra, ce qui se traduit par des hausses ou des baisses d'impôts fonciers selon le secteur habité.Il ne reste plus qu'une semaine aux électeurs pour comprendre les tenants et aboutissants des défusions.Si les résultats seront connus le 20 juin prochain, les menus détails des défusions n'ont toutefois pas fini de défrayer la chronique, ce qui laisse entrevoir un été chaud.SÉBASTIEN RODRIGUE Sources : Les données proviennent de la Ville de Montréal et des études Secor sur les coûts et les conséquences de la défusion de la reconstitution des anciennes municipalités.GRAPHISME DAVID LAMBERT, LAPRESSE © LA DÉFUSION POUR LES NULS LA DÉFUSION LE PROCESSUS OUI 35% 50% +1 VOTES OUI 10% ÉLECTEURS INSCRITS ÉLECTIONS MUNICIPALES NOV.2005 RECONSTITUTION 1erJAN.2006 ÉLECTEURS INSCRITS REGISTRE RÉFÉRENDUM DÉFUSION Le registre > Les registres ont été ouverts dans 212 anciennes villes qui sont présentement fusionnées dans 42 municipalités > Pour obtenir un référendum, il fallait que 10%des électeurs inscrits sur la liste électorale signent le registre > Ce seuil de 10%a été franchi dans 89 anciennes villes, dont 22 à Montréal et 5 à Longueuil.La défusion > Novembre 2005 Il y aura des élections municipales dans toute les villes du Québec, notamment dans celle qui seront défusionnées.> 1er janvier 2006 Date de reconstitution prévue des villes défusionnées.Dates officielles au moment de mettre sous presse.La question référendaire «Êtes-vous favorable au démembrement de la Ville de (exemple: Montréal) et à la constitution, pour le secteur de (exemple: Saint-Laurent), d'une entité municipale, conformément à la Loi concernant la consultation des citoyens sur la réorganisation territoriale de certaines municipalités ?» Le référendum > Les référendums se tiendront simultanément le 20 juin > Le vote par anticipation se tient le 13 et le 14 juin > Pour qu'une ancienne ville soit reconstituée, le nombre de votes en faveur de la défusion doit : 1> représenter plus de 50%des votes valides 2> équivaloir à au moins 35%du nombre d'électeurs inscrits sur la liste électorale.>> Ces deux conditions doivent être remplies Qui peut voter?Les personnes domiciliées dans une ancienne ville Les propriétaires d'immeubles L'occupant d'un établissement d'entreprise Les personnes morales (compagnie, syndicats, société constituée) LONGUEUIL QUELLES VILLES IRONT EN RÉFÉRENDUM PETIT LEXIQUEDE LADÉFUSION EN CAS DE DÉFUSION QU'ADVIENT-IL.des actifs, des dettes et des surplus ?> Les municipalités conservent les dettes et les surplus accumulés avant les fusions municipales > Si une dette a été contractée par plusieurs secteurs, la ville défusionnée rembourse sa part à la municipalité centrale > Les dettes relevant de la municipalité centrale sont assumées par celle-ci > Une ville reconstituée conserve ses surplus réalisés dans le cadre des activités visant le même territoire > Les actifs liés à l'agglomération lui reviennent, comme les actifs associés à des compétences de proximité.L'agglomération reste propriétaire des postes de pompiers, mais les localités défusionnées retrouveront leurs parcs, par exemple.des avis d'imposition ?VILLE DE MONTRÉAL L'exemple de Saint-Laurent : > Les taxes foncières passeront de 2465 $ à 2715 $ un an après la défusion.LONGUEUIL L'exemple de Boucherveille : > Les taxes foncières passeront de 1870 $ à 2084 $ un an après la défusion.des employés de la Ville ?Qui sont-ils ?.et combien ?> Les employés gardent leur emploi > Les employés conservent leur ancienneté et leurs avantages sociaux > La convention collective actuelle reste en vigueur pendant six mois après la reconstitution officielle d'une ville > Les employés pourront alors changer d'accréditation syndicale ou conserver la même > Le comité de transition établit le transfert des employés Professionnels et cols blancs Cols bleus Policiers Pompiers Cadres et contremaîtres Brigadiers Démembrement : Mot mis de l'avant par le gouvernement provincial pour remplacer «défusion».Registre : Le registre sert à déterminer s'il y a suffisamment d'intérêt pour tenir un scrutin.Les électeurs qui souhaitaient un référendum l'ont signé du 16au 20mai dernier.Référendum: Il s'agit du scrutin où les électeurs pourront voter pour ou contre la défusion.Il se tient le 20 juin prochain.Conseil d'agglomération : Structure prévue pour administrer les services communs à l'échelle d'une agglomération.Il sera financé par les citoyens de toutes les villes et dirigé par les élus de chacune des municipalités.Compétence d'agglomération : Il s'agit de responsabilités exercées à l'échelle d'une agglomération et sous l'égide du conseil d'agglomération.Compétence de proximité : Les villes reconstituées seront responsables de compétences de proximité, c'està- dire des services locaux comme le déneigement et la collecte des ordures.Ville reconstituée : Il s'agit d'une ville où suffisamment d'électeurs voteront pour la défusion et qui sera, en conséquence, reconstituée.Ville résiduelle : Ce sont les anciennes villes qui demeureront fusionnées au terme du processus référendaire.Comité de transition : Ce comité fera la transition entre la municipalité actuelle et les villes reconstituées.Ce comité organise également la première élection générale.BOUCHERVILLE LONGUEUIL GREENFIELD PARK BROSSARD SAINT-HUBERT LEMOYNE SAINT-BRUNO SAINTLAMBERT L'ÎLE-BIZARD DOLLARD-DES-ORMEAUX PIERREFONDS PIERREFONDS POINTE-CLAIRE DORVAL BEACONSFIELD KIRKLAND SAINT-LAURENT LACHINE MONT-ROYAL LASALLE VERDUN ANJOU MONTRÉAL-NORD SAINT-LÉONARD MONTRÉAL MONTRÉAL-EST MONTRÉAL OUTREMONT WESTMOUNT BAIE-D'URFÉ SAINTE-GENEVIÈVE ROXBORO L'ÎLE-DORVAL SAINTE-ANNEDE- BELLEVUE CÔTE-SAINT-LUC HAMPSTEAD MONTRÉAL-OUEST SENNEVILLE RÉFÉRENDUM PAS DE RÉFÉRENDUM MONTRÉAL ET PLUS Jack-in-the-Box Le nouveau chef du NPD, Jack Layton, ne laisse personne indifférent.On l'aime pour son engagement à gauche, son charisme et son caractère cool, ou on se méfie, au contraire, de son côté imprévisible et provocateur.Portrait d'un leader passionné aux profondes racines montréalaises.VINCENT MARISSAL vmarissa@lapresse.ca De passage à Sept-Îles au tout début de la campagne électorale pour appuyer son candidat Pierre Ducasse, Jack Layton a affirmé qu'il annulerait la « loi sur la clarté » s'il devenait premier ministre.La bombe a surpris bien du monde dans les autres partis et dans l'électorat, mais son principal effet aura été, finalement, de causer des dégâts dans son propre caucus, qui a voté en faveur de la loi en question à la Chambre des communes.e passage cette semaine à La Presse à la fin d'une autre longue journée de campagne, le chef du NPD a admis du bout des lèvres qu'il n'aurait probablement pas dû s'aventurer si imprudemment sur un terrain aussi glissant.« On m'a posé une question, j'ai répondu, c'est tout.Je suis quelqu'un de franc.Pour moi, c'est une question d'ouvrir la porte aux Québécois avec un approche un peu différente », s'est-il défendu.Voilà qui illustre précisément la plus grande faiblesse du charismatique chef du NPD : son caractère imprévisible, son côté Jack-in-the-box, ces boîtes à musique desquelles sort sans prévenir un clown à ressort quand on actionne la manivelle.Bouillant, entier, maniant l'art du clip avec talent et plaisir, et adorant les caméras de télévision, le chef politique de 54 ans pousse souvent le bouchon médiatique trop loin, jusqu'à s'éclabousser lui-même.À Ottawa, tout le monde a vite reconnu le grand talent de communicateur de Jack Layton quand il est devenu chef du NPD en mars 2003 (il a succédé à l'incolore Alexa Mc Donough), mais on s'est aussi méfié immédiatement de son côté Kid Kodak fort développé.Au point où plusieurs analystes ont émis des réserves sur ses instincts politiques et sur sa profondeur.Certains ont même commencé à tracer un parallèle avec l'exchef de la défunte Alliance canadienne.« Jack Layton, c'est un Stockwell Day de gauche sans motomarine », se moquait-on sur la colline parlementaire au printemps.« Jack est comme un beigne : tout son côté sucré est bien en évidence sur le dessus, mais au milieu, il y a un gros trou », a écrit récemment Stan Hister, chroniqueur du site Internet de gauche rabble.com.C'est cette irrépressible envie de « faire les nouvelles» qui a poussé Jack Layton à franchir allégrement la limite de la démagogie électorale, l'autre jour, quand il a accusé Paul Martin d'être directement responsable de la mort de sans-abri à Toronto.On lui a reproché cet excès de verve d'un bout à l'autre du pays, mais M.Layton persiste et signe: « Il faut parler franchement des conséquences des décisions du gouvernement libéral, dit-il.Paul Martin a retranché des milliards dans les transferts aux provinces, cela a forcément des conséquences.La longue carrière publique de Jack Layton est jalonnée de ce genre de frasques.À l'hôtel de ville de Toronto, où il a siégé comme conseiller pendant 20 ans, il n'a jamais passé inaperçu.Avec sa femme, Olivia Chow, elle aussi conseillère à la Ville de Toronto, ils forment sans contredit le « couple politique » le plus médiatisé du pays.Et le plus redoutable, disent leurs adversaires libéraux.Pour la petite histoire, ils sont aussi devenus, à la faveur de la présente campagne, le premier couple à se présenter à une élection, lui dans Toronto- Danforth, elle dans Trinity- Spadina (centre-ville), tous les deux pour le NPD, évidemment.Pour les coups d'éclat, Mme Chow n'est pas en reste avec son mari.Il y a deux semaines, on l'a vue à tous les bulletins de nouvelles du pays en train de pourchasser l'adversaire libéral de son mari, Dennis Mills, en pleine rue Danforth, à Toronto, pour l'enguirlander devant les caméras de télévision.Jack Layton a déjà fait le même coup au ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, dans le foyer des Communes il y a quelques mois.Il s'était planté devant lui (et devant les caméras) pour l'interroger intensément sur une décision du gouvernement Chrétien.« Tu n'as pas de siège ici, Jack, va d'abord te faire élire si tu veux poser des questions aux Communes », lui avait répliqué avec suffisance le ministre Graham.Ce sont les risques du métier.Jack Layton avait eu l'air un peu fou ce jour-là, lui qui n'avait toujours pas de siège aux Communes.Il avait rendu aux libéraux la monnaie leur pièce quelques semaines plus tard à Montréal.Il avait acheté deux places, pour lui et son attaché de presse, Karl Bélanger, à la chambre de commerce de Montréal pour entendre le discours de Paul Martin et, surtout, pour pouvoir lui donner la réplique dans la salle payée par les libéraux.À peine Paul Martin avait-il quitté la salle du point de presse que le chef du NPD avait monopolisé tous les médias présents autour de lui.«M.Martin n'est jamais aux Communes, il faut bien venir écouter ses discours ici pour savoir ce qu'il a à dire », avait lancé M.Layton.Les anglophones ont une expression intraduisible pour décrire ce genre de tempérament : In your face politic.Ce n'est pas toujours un compliment, notamment quand cela dégénère en foire médiatique.Mais l'homme à la cravate orange n'a pas peur des controverses.Les coups d'éclat, c'est sa marque de commerce.À Toronto, sa réalisation la plus visible comme conseiller est sans contredit l'immense éolienne installée au sud de la ville, dans le grand parc longeant le lac Ontario.« La première éolienne en milieu urbain, gérée en copropriété et produisant suffisamment d'électricité pour éclaires 250 maisons », vante fièrement la biographie de Jack Layton sur le site Internet du NPD.Comme conseiller municipal, il a aussi été à l'origine d'un projet original de climatisation d'immeubles du centre-ville par l'eau du grand lac, une initiative qui lui avait valu les félicitations d'un autre spécialiste des coups médiatiques, Robert Kennedy Jr.Baveux, efficace et combatif M.Layton, qui est né à Montréal en 1950 et a grandi à Hudson (à l'ouest de Montréal, tout juste à la frontière de l'Ontario), a la politique dans le sang.Il en fait depuis ses plus jeunes années à l'Université Mc Gill, dans les années 70, où il avait notamment milité pour la construction de résidences subventionnées.Il faut dire qu'il a de qui tenir.Les racines politiques sont profondes chez les Layton : l'arrière-grand-père de Jack Layton a été ministre dans un cabinet de Maurice Duplessis.Son père, Robert Layton, décédé en mai 2002, a été député fédéral de Lachine, président du caucus du Québec avant de devenir ministre dans le cabinet Mulroney.« Eh oui, mon père était conservateur, il n'avait pas la bonne couleur, dit-il à la blague.Mais j'ai tellement appris de lui, surtout la passion du service public.» Élevé par des bleus, il a plutôt choisi l'orangé du NPD en 1970, après avoir entendu un discours du chef de l'époque, Tommy Douglas, contre la loi des mesures de guerre imposée pendant la Crise d'octobre.« J'ai immédiatement décidé que je voulais joindre le parti de cet homme », raconte- t-il.Quelques années plus tard, il est allé grossir les rangs des militants opposés à la guerre du Vietnam.Il est ensuite parti pour Toronto, où il a obtenu un diplôme en politique publique à l'Université York.Il est par la suite devenu lui-même professeur d'université tout en siégeant à l'hôtel de ville.En 30 ans de militantisme, il s'est bâti une solide réputation de leader de gauche, une espèce en voie d'extinction en politique canadienne.Le candidat du NPD dans Vaudreuil- Soulanges, Bert Markgraf, un ami d'enfance de Jack Layton, raconte que déjà, adolescent, le jeune Jack parlait politique et rêvait de changer le monde.« Il est convaincant, dit M.Markgraf.Je ne suis pas du tout un politicien, mais quand il m'a appelé pour me demander de me présenter ici, je n'aurais pas pu lui dire non.» Convaincant et tenace.M.Layton a déjà tenté de se faire élire comme maire de Toronto, et il en est à sa troisième tentative au fédéral.Il aurait pu se trouver un siège à l'occasion d'une élection partielle (par courtoisie, les partis laissent généralement le champ libre aux chefs qui veulent entrer aux Communes dans une partielle), mais il tient mordicus à se faire élire dans Toronto-Danforth, le secteur qu'il a représenté pendant 20 ans à Toronto.Il rêve de prendre sa revanche sur le libéral Dennis Mills, qui l'a battu en 2000.La bataille entre les deux coqs est particulièrement dure.En bordure de l'autoroute Don Valley, en plein Toronto, le député sortant libéral a fait installer un grand panneau sur lequel on peut lire : « Dennis Mills supports the Clarity act.Jack Layton doesn't » (Dennis Mills endosse la loi sur la clarté.Pas Jack Layton).Flambeur, Jack Layton se moque de son adversaire.« Il est désespéré, mais je vais le battre, je suis en avance dans la circonscription et il le sait.» Des racines à Hudson Dans son village natal, tout le monde se souvient bien du petit Jack.Il est revenu arpenter la rue principale en compagnie de son candidat il y a quelques semaines.Devant la boutique où M.Layton est en train d'acheter un appareil photo, une bicyclette est garée.« C'est la limo de Jack ?», demande un passant en sortant la boutique.Son image cool est bien imprégnée ici.Il a visité quelques boutiques, serré des main, vanté son programme politique (c'est un réflexe chez lui, il est politicien jusqu'au bout des ongles) avant d'aller manger au resto familial en bordure de la 40.« On en a bu de la bière, ici, on en a fait, des bêtises, quand j'étais jeune », dit-il en montrant les vieux frigos aux magnifiques porte en bois.Plus tôt, il a emmené les représentants de La Presse devant la maison où il a grandi, tout juste en bordure du terrain de golf.«À l'époque, il n'y avait que deux maisons dans la rue et nous n'avions même pas de numéro de porte, raconte- t-il.La maison était toujours ouverte.Quand nous l'avons vendue, après l'avoir habitée pendant 25 ans, personne n'a été capable de trouver une seule clé.» Sa soeur Nancy, qui vit aujourd'hui dans les Cantons-de-l'Est, a été championne québécoise senior de golf et championne du club Royal Montréal.Lui ne joue pas au golf, mais il fait de la bicyclette stationnaire et de la natation.Le sport a toujours occupé une place importante dans sa vie.Plus jeune, il a joué au football avec Larry Smith.« Je peux vous dire qu'il plaquait pas mal plus fort que moi.» Il a aussi fait de la natation de compétition avec David Johnson, qui allait devenir plus tard entraîneur de l'équipe nationale de natation, et il a aussi joué au waterpolo dans l'équipe de l'Université Mc Gill.Pour un homme qui est né et a grandi au Québec, c'est particulièrement frustrant de n'être pas capable de convaincre les Québécois que son parti représente, comme il dit, « la seule véritable solution de rechange progressiste pancanadienne ».Ici, le NPD n'arrive même pas à sortir de la marginalité où il croupit depuis toujours, malgré certaines positions très proches des vues consensuelles des Québécois.« Je connais le Québec, j'ai vu la Révolution tranquille de près, j'étais ici, j'étais dans la Révolution tranquille.Je travaillais pour Paul Gérin- Lajoie dans les campagnes électorales.Je sais que les Québécois sont progressistes », plaide-t-il.Au mieux, son parti est devenu le deuxième choix de bien des Québécois.C'est déjà ça, mais ça ne donne aucun siège.S'il ne se fait pas d'illusions au Québec, le chef du NPD a de grandes ambitions pour le reste du Canada.« Combien de sièges visez-vous pour atteindre vos objectifs électoraux \u2014Le plus grand nombre de sièges jamais obtenus par le NPD (43, sous Ed Broadbent en 1988), répond-il, frondeur.Je ne suis pas intéressé par l'opposition.Je veux changer des choses, c'est pour ça que je suis en politique » Une déclaration qui pourrait hanter Jack Layton au lendemain des élections.Le côté boîte à surprise prend souvent le dessus chez lui, mais on ne pourra jamais accuser le chef du NPD de n'être pas sûr de lui.PHOTO DONALD WEBER, GETTY IMAGES Bouillant, entier, maniant l'art du clip avec talent et plaisir, et adorant les caméras de télévision, Jack Layton pousse souvent le bouchon médiatique trop loin, jusqu'à s'éclabousser lui-même.JACK LAYTON > Né à Montréal en 1950, élevé à Hudson > Fils de Robert Layton, décédé en 2002, ancien ministre de Brian Mulroney > Marié depuis 1988 à Olivia Chow, candidate du NPD à Toronto > Père de deux enfants, Sarah et Mike > Conseiller municipal à Toronto pendant 20 ans > Professeur d'université (département de géographie) > Chef du NPD depuis mars > N'a toujours pas de siège aux Communes > Tente de se faire élire au fédéral pour la troisième fois « Jack est comme un beigne : tout son côté sucré est bien en évidence sur le dessus, mais au milieu, il y a un gros trou », a écrit récemment Stan Hister, chroniqueur du site Internet de gauche rabble.com. LA PRESSE D'AILLEURS PLUS THE WALL STREET JOURNAL Équitable Y'en n'aura pas de facile, même pour les agriculteurs des pays pauvres qui aspirent à un juste prix pour leurs produits.Une des belles initiatives des dernières années, l'étiquette « équitable» appliquée principalement au café, mais aussi au chocolat et à certains fruits, donne l'assurance aux consommateurs que nous sommes que le petit producteur touche un honnête profit à l'autre bout de la chaîne, alors qu'il pourrait produire à perte advenant que les lois brutes et brutales du marché s'appliquent.Le consommateur nord-américain ou européen qui achète un produit « équitable » est conscient qu'il paie plus cher pour son café, son chocolat ou ses bananes, mais accepte de le faire en sachant qu'il vient en aide à un petit fermier à l'autre extrémité.Or voilà qu'aux États-Unis et en Grande-Bretagne, des chaînes de distribution ont décidé de profiter elles aussi de cette générosité en frappant le prix des marchandises « équitables » d'une marge de profit exceptionnelle, le consommateur ayant l'illusion que le surplus payé va au petit producteur.Une taxe sur la générosité en somme.Le stratagème a été découvert par le FLO, une fédération allemande de groupes qui font la promotion du commerce «équitable ».Ce commerce n'atteint encore que 700 millions de dollars US mais est en expansion rapide et de grandes multinationales américaines comme Starbucks, Procter & Gamble et Dunkin' Donuts commencent à s'y intéresser.THE NEW YORK TIMES Rétractable Les autorités scientifiques américaines constatent, non sans un certain désarroi, que la position dominante de scientifiques américains s'érode dans l'univers de la science et de l'innovation.Chercheurs et créateurs étrangers prennent de plus en plus de place dans les circuits mondiaux de la communication des sciences, ce qui menace la vie intellectuelle et culturelle des États-Unis et éventuellement l'emploi, l'industrie et la sécurité nationale.Certains scientifiques saluent cette tendance en ce sens qu'elle peut favoriser le combat mondial pour la santé publique ou la protection de l'environnement, par exemple, mais d'autres constatent que les profits étrangers tirés de la science demeureront à l'étranger.Deux signes de cette tendance : la part décroissante des brevets obtenus par des Américains dans le monde, au profit des Asiatiques principalement, et la part également en baisse de la contribution américaine aux grandes publications scientifiques.THE ECONOMIST Amendable Johny Quirino, père divorcé de deux enfants, a plaidé coupable en 1996 d'avoir volé quelques lames de rasoir et fut condamné à une peine variant entre 25 ans de prison et la perpétuité.C'est que M.Quirino tombait sous le coup de la « troisième prise », cette loi californienne approuvée en référendum qui prévoit ce type de peine pour les gens qui en sont à une troisième condamnation.L'accusé avait déjà été condamné pour cambriolage en 1982 et en 1989.Ils sont 42 000 en Californie à vivre en prison en vertu de cette loi, dont se félicitent ses promoteurs : en dix ans, la criminalité a chuté de moitié et il n'y a pas eu à construire de nouvelles prisons, disent-ils.Les adversaires de la loi répliquent que la criminalité est en baisse partout aux États-Unis depuis dix ans et s'il n'y a pas de nouvelles prisons, la fréquentation des prisons existantes atteint le double du nombre de clients pour lesquelles elles ont été construites.THE SUNDAY TIMES Incontournable Il n'y en aura pas de facile non plus pour les vacanciers qui pensent prendre soin de leur santé en s'abstenant de s'exposer au soleil cet été.Le professeur Michael Holick, de l'école de médecine de l'Université de Boston, estime que le refuge à l'ombre pour se protéger de rayons de soleil susceptibles d'engendrer des cancers de la peau provoque une déficience systématique de vitamine D, ce qui contribue à d'autres formes de cancer et à certaines maladies des os.M.Holick croit que les dermatologues ont exagéré le danger du cancer de la peau.Le prof a dû abandonner sa chaire de dermatologie après que des spécialistes l'eurent traité d'« irresponsable ».PHOTO AFP Plus grand producteur de poétrole au monde, l'Arabie Saoudite regorge d'installations grandioses.Ici, des installations de traitement situées dans le port de Jubail.L'ambition d'Al-Qaeda en Arabie Saoudite accentue la fragilité de l'accès au pétrole Aucun signe n'annonce de transition mondiale ordonnée vers une autre source d'énergie RÉAL PELLETIER «Votre influence internationale et votre puissance militaire vous permettent de voler notre richesse et notre pétrole à des prix ridicules.Ce vol est de fait le vol le plus considérable jamais commis par le genre humain dans l'histoire du monde.» Cette déclaration récente, attribuée à Oussama ben Laden et adressée « au peuple américain », ne pourrait être qu'une autre des fanfaronnades auxquelles nous a habitués le leader d'Al-Qaeda depuis le 11 septembre 2001.Le monde ne sait plus trop quelle crédibilité accorder à ce type d'intervention, mais « le peuple américain » ne peut s'empêcher de se rappeler le professionnalisme qui a marqué les attentats du 11 septembre.Et chez les experts de la politique du pétrole dans le monde, ce genre de déclaration, citée par The Economist, revêt une importance toute particulière : les récentes attaques terroristes contre l'industrie pétrolière en Arabie Saoudite sont interprétées non seulement comme une menace contre la principale source mondiale d'approvisionnement en pétrole, mais aussi comme une attaque contre le pouvoir de ce pays.À ce point qu'on estime que des quelque 40 $US que vaut actuellement le baril de pétrole, pas moins de 8 $ sont dus à l'insécurité liée à la transaction.Ce qui, il y a peu de temps encore, était considéré comme impensable est devenu possible et certains disent inévitable : une attaque terroriste d'envergure ou une série d'attaques contre les installations pétrolières d'Arabie Saoudite.Cette perspective ouvre la porte aux scénarios les plus catastrophiques.Le sérieux journal dominical britannique The Observer y allait, il y a deux semaines, d'un bijou dans le genre : nous sommes en 2006, Oussama ben Laden a pris le pouvoir en Arabie Saoudite, George W.Bush, à la veille des élections à la mi-temps de son second mandat (il a été réélu en 2004 à cause de la reprise économique et de l'impuissance de John Kerry à faire ressortir les erreurs en Irak), consulte son secrétaire au Trésor Lee Raymond, l'ex-patron d'Exxon, sur la gravité de la situation.C'est que le baril de pétrole a atteint 98 $, que l'hiver 2006-2007 s'annonce dur, que l'essence et le mazout seront rares et très chers et que les réserves nationales sont pratiquement épuisées.Le président se fait remettre un long mémo sur le sujet et découvre, à la fin de sa lecture, que le baril de pétrole vient d'atteindre les 100 $.Des princes confiants La famille royale qui gère présentement l'Arabie Saoudite affirme ne pas se sentir menacée par un coup de force d'Al-Qaeda et refuse même d'envisager qu'une action terroriste majeure puisse perturber gravement sa production, qui atteint huit millions de barils par jour.Nawaf Obaid, conseiller de la famille royale, explique à l'Economist qu'en tout temps, au moins 30 000 agents de sécurité protègent les installations saoudiennes, appuyés par une surveillance de haute technologie et des batteries antiaériennes qui défendent les infrastructures clés dans le pays.Le gouvernement a ajouté 750 millions de dollars ces deux dernières années pour la protection du secteur pétrolier et le budget annuel de sécurité lié au pétrole atteint maintenant 5,5 milliards par an.Ces chiffres n'impressionnent guère James Woolsey, ex-patron de la CIA : les agents et les clôtures n'arrivent pas à vous défendre contre les vraies menaces, explique-til.Les camions entrent et sortent des installations ; les employés et les agents de sécurité d'Aramco (la compagnie nationale du pétrole en Arabie Saoudite) vont et viennent.Autant de mouvements que des terroristes peuvent arriver à infiltrer.Un spécialiste du renseignement, Robert Baer, dans un livre récent intitulé Sleeping with the Devil, entre dans le détail.Le port saoudien de Ras Tanura, sur le Golfe, est le plus important port pétrolier au monde.Il y transite quelque 4,5 millions de barils par jour.Un petit sousmarin ou un petit bateau chargé d'explosifs pourrait interrompre le gros des exportations de Ras Tanura pendant des semaines, sinon davantage.Il en va de même du plus important complexe de traitement du pétrole au monde (7 millions de barils par jour) qui a pour nom Abqaiq, qu'une attaque venue de l'intérieur peut réduire à une production de 1 million de barils par jour pendant deux mois, puis de trois millions pendant sept mois.Pour sûr, les réserves des pays de l'OCDE sont aujourd'hui plus importantes qu'elles ne l'étaient durant le choc pétrolier des années 70, mais elles s'épuiseraient assez rapidement.Ce qui inquiète un autre spécialiste, Amy Jaffe, de l'Université Rice, au Texas, c'est la faible capacité d'ajustement de l'OPEP en général à une rareté soudaine.Cette capacité atteignait 15 millions de barils par jour en 1985 ; elle n'était déjà plus que de 5,5 millions lors de l'invasion du Koweït par l'Irak en 1985 (8% de la demande mondiale) et n'est plus aujourd'hui que de 2 millions (3% de la demande mondiale) ; et elle repose entièrement entre les mains de l'Arabie Saoudite.Des pays riches en pétrole comme le Nigeria ou le Venezuela restent constamment menacés par la situation politique intérieure, alors qu'un pouvoir politique irakien d'outre-30 juin demeure une cible théorique de mouvements terroristes.La seule piste d'espoir d'envergure : les réserves pétrolières russes, jugées fort importantes.Mais plusieurs doutent que le pays de Poutine puisse s'ajuster rapidement à une hausse subite et importante de la demande.Et le pétrole russe pourrait être cher, extrait en terres inhospitalières et à lointaines distances.Soutenir les princes La meilleure solution immédiate en conséquence paraît être de soutenir la famille royale en Arabie Saoudite, estime un analyste du Sunday Times, de Londres.Washington et Londres, estime Tony Allen-Mills, ont douté de la bonne foi de la famille, mais sont aujourd'hui convaincus que Riyad est sérieux dans sa résistance à Al- Qaeda.Depuis septembre 2001, explique The Economist, le régime a rendu les frontières moins poreuses, on s'est attaqué au délicat problème des transactions financières impliquant les organisations charitables, on a purgé les manuels scolaires de leurs références haineuses contre les étrangers et on a utilisé massivement les médias d'État contre les jihads.L'analyste Robert Baer, quant à lui, est presque heureux de voir Al- Qaeda aspirer au pouvoir en Arabie Saoudite.Pour ce faire, dit-il en substance, Al-Qaeda a besoin de la population, qu'il juge en situation prérévolutionnaire comme ce fut le cas de l'Iran d'avant les ayatollahs.Si les militants d'Al-Qaeda détruisent largement les infrastructures pétrolières, c'est toute l'économie du pays qui s'en ressentira cruellement et ils se mettront la population à dos.Le Pentagone, ajoute M.Baer, conserve dans ses cartons des plans d'occupation rapide des installations pétrolières d'Arabie Saoudite, mais ces insfracstructures sont d'une telle ampleur qu'elles exigeraient un nombre de divisions militaires non disponibles, compte tenu du mandat que Washington s'est donné en Irak.Dans l'éventualité d'une occupation des champs pétroliers d'Arabie, on serait en présence d'une véritable guerre du pétrole et non plus d'une mission d'instauration de la démocratie.Le pétrole condamné Autant de considérations qui témoignent de la fragilité actuelle de l'accès à la ressource pétrole, considérée comme le sang de la vie économique mondiale.Quoi qu'il advienne politiquement en Arabie Saoudite, explique l'expert en énergie Paul Roberts, il faut entrevoir à brève échéance la fin du pétrole comme source d'énergie principale de cette planète.Auteur de The End of Oil, M.Roberts explique dans le Sunday Times que nous vivons aujourd'hui dans un monde complètement dominé par l'énergie, devenue l'assise de notre richesse, de notre confort et de notre foi dans le progrès, implicite dans chacun de nos gestes existentiels.Nous produisons et consommons de l'énergie non seulement pour nous chauffer et nous nourrir, pour nous déplacer ou nous défendre, mais aussi pour apprendre et nous divertir, pour modifier notre destin, pour construire et reconstruire notre monde.Et tout ça tient essentiellement au pétrole.Mais le visage du moindre expert en pétrole verdit lorsqu'on lui demande où on s'approvisionnera dans 30 ans.On soupçonne que notre source d'énergie première devra changer, mais aucun consensus ne se fait jour sur une solution de rechange.La transition s'annonce plutôt mal.Historiquement, les transitions du bois vers le charbon puis du charbon vers le pétrole ont été pénibles et longues.Celle qui nous attend sera faite de quoi et durera combien de temps?Dix ans?50 ans ?Et qui va la diriger cette transition Cette transition apparaît pour l'instant aussi bien inévitable que traumatisante car elle secouera aussi bien les décideurs politiques et les cheiks que la clientèle des stationsservice et les utilisateurs d'air climatisé, conclut M.Roberts. PLUS SCIENCE ET TECHNOLOGIE MATHIEU PERREAULT La mère de Jean Cuisenier avait un nom de famille très normand : Testain, dérivé en droite ligne des Vikings, et relié au dieu du tonnerre, Thor.Durant ses études classiques, M.Cuisenier s'est passionné pour les mythes gréco-romains.Plus tard, devenu anthropologue social et directeur du Musée national des arts et traditions populaires à Paris, il a voyagé en Bulgarie et en Roumanie pour recueillir des épopées centenaires transmises grâce à la tradition orale.L'auteur du livre Le Périple d'Ulysse cite ces trois portions de sa vie, pour expliquer pourquoi il s'est mis en tête de retracer la trajectoire d'Ulysse dans L'Odyssée.« Mon travail d'anthropologue m'a amené à m'intéresser au processus de création des grandes épopées orales, ditM.Cuisenier, joint par téléphone à son domicile, en banlieue de Paris.Je me suis souvenu de mes passions en études classiques, plus particulièrement L'Iliade et L'Odyssée.Comme j'ai grandi dans un milieu de marins, et que j'ai toujours navigué, j'ai décidé de trouver l'itinéraire qu'a emprunté Ulysse.» M.Cuisenierarassembléune équipe de linguistes et d'archéologues pour l'accompagner dans deux expéditions à bord d'un catamaran de 13 mètres de largeur : en 1999 dans la partie occidentale de la Méditerranée, l'année suivante dans sa partie orientale, avec un arrêt prolongé à Troie.Au terme de ces périples, l'équipe est arrivée à une conclusion ferme : les marins de l'époque homérique \u2014 entre 1200 avant Jésus-Christ, époque de la guerre de Troie relatée dans l'Iliade, et 700 avant Jésus-Christ, où les deux oeuvres auraient été mises par écrit à Athènes\u2014pouvaient faire ces itinéraires.« Nous avons reconnu les criques et les escales, dit M.Cuisenier.Dans certains cas, la description est encore très actuelle.» Au gré des vagues, une autre image d'Homère est apparue : celle d'un cartographe.« Les descriptions que fait L'Odyssée des régions de la Méditerranée orientale sont très géographiques.Mais du côté occidental, elles deviennent culturelles : on parle des mangeurs de lotus, du dieu Éole, des anthropophages.Cela s'explique par le fait qu'il s'agissait d'itinéraires connus à l'époque mycénienne, puis oubliés, dont il ne subsistait que des souvenirs culturels.En quelque sorte, L'Odyssée est une tentative de mettre par écrit la géographie connue, dans l'Athènesdu7e siècle, afinde conserver ce qui restait des itinéraires oubliés à l'Ouest.» L'époque mycénienne a duré de 1600 à 1200 avant notre ère, et a donné naissance aux grands mythes qui ont mené aux récits homériques.Rite antique Au fil du livre de M.Cuisenier\u2014 un film, Les Navigations d'Ulysse, a aussi été tourné \u2014 on suit son enquête pas à pas, s'appuyant tantôt sur ses connaissances maritimes, tantôt sur des notions d'ethnologie, tantôt sur la botanique.Par exemple, il situe le pays des « Mangeurs de lotus » en Tunisie ou en Libye, en identifiant un type de jujubier qui porte parfois le nom de lotus, et en excluant l'île tunisienne de Djerba, parce qu'elle a une côte traîtresse.À d'autres endroits, comme par exemple pour les cyclopes, il hésite entre plusieurs endroits (Naples, Syracuse ou la Sicile occidentale), donnant les pour et les contres de chacun.Au passage, l'anthropologue français éclaire des passages célèbres de L'Odyssée, comme celui où la magicienne Circée, amoureuse d'Ulysse, lui enlève la mémoire et transforme les hommes de son équipage en pourceaux.Il s'agit d'un rite antique, où les participants sont drogués, puis couverts de peaux d'animaux, puis lavés et vêtus magnifiquement; tout cela, afin de symboliser le passage d'un rang social servile, avant la cérémonie, à un rang social élevé.Le livre a été traduit en italien et en grec, deux langues qui symbolisent bien les parties occidentale et orientale de la Méditerranée, souligne l'auteur.Il veut maintenant poursuivre ses recherches pour vérifier l'évolution du climat, notamment des vents, et de l'environnement, par exemple le niveau de la mer, depuis 3000 ans.Pour M.Cuisenier, Homère est vraiment une source inépuisable.Homère est revenu à la mode cet été avec la sortie du film Troy, avec Brad Pitt.Mais cette histoire ne finit pas avec le fameux cheval.Une fois Troie tombée, Homère emmène Ulysse dans un long périple, qui pourrait bien l'avoir mené jusqu'à Gibraltar.Un anthropologue français s'est demandé si l'itinéraire de L'Odyssée était vraisemblable.Sa conclusion : non seulement il l'est, mais Homère était en fait un cartographe et L'Odyssée, un traité de navigation.C'est Ulysse qui imagine le stratagème du cheval évidé où se cachaient des guerriers grecs.Les troyens, pour rendre hommage aux dieux, firent entrer l'énorme construction dans leurs murs, et avec lui, l'ennemi.PHOTO WARNER BROS.ENTERTAINMENT TROIE K ik o n e s ITHAQUE CRÈTE ÎLE DU SOLEIL MONTE CIRCEO Ogygie ?GOZO 40° 10° 10° 0° 20° 0° 10° 10° 20° PEREJIL Lestrygons Ogygie ?Phéaciens VOYAGE D'ULYSSE Cyclopes Éole OCÉAN IBÉRIE CHYPRE CRÈTE LYCIE CILICIE PHÉNICIE ÉGYPTE ETHIOPIE Colonnes d'Héraclès Atlas-Hespérides Pays des morts (Epire) THRINACIE GRÈCE Kikones : peuple de Thrace, où Ulysse fait des razzias, estimant que le butin de Troie est insuffisant.Lotophages : pays des « mangeurs de lotus» , où Ulysse se ravitaille après une terrible tempête qui lui a fait perdre son chemin.Cyclopes : autres géants anthropophages, auxquels Ulysse échappe en les aveuglant à l'aide d'un pieu.Éole : roi qui donne à Ulysse une outre chargée de vents, qui est ouverte par ses marins, déclenchant une nouvelle tempête.Quand Ulysse accoste une deuxième fois chez Éole, celui-ci le rejette.Lestrygons : géants anthropophages qui détruisent 11 des 12 navires d'Ulysse.Monte Circeo : montagne où habite la magicienne Circée, qui change en pourceaux les marins d'Ulysse, mais lui donne de précieux enseignements nautiques.Île du Soleil : des boeufs sacrés y vivent.Les marins affamés en tuent quelquesuns, mais pas selon les rites.Poséidon, le dieu des mers, qui persécute Ulysse depuis le début de L'Odyssée parce qu'il a négligé de l'honorer avant son départ, est encore plus contrarié.Une nouvelle tempête fait sombrer le navire.Ogygie : île mythique, qui pourrait être l'Atlantide, où Ulysse échoue après le naufrage de son dernier navire.Se trouverait à l'île du Persil, dans le détroit de Gibraltar, ou alors près de Malte.La fille d'Atlas, la nymphe Calypso, retient Ulysse pendant sept ans en lui enlevant la mémoire.Phéaciens : Après être parti d'Ogygie, Ulysse échoue chez la princesse Nausicaa, reine des Phéaciens, qui le reconduisent à son île, Ithaque.La représentation du monde en Grèce archaïque."]
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