La presse, 4 juillet 2004, X. Arts et Spectacles: Cahier jazz
[" ARTS SPECTACLES ALAIN BRUNET PASSÉ, PRÉSENT, AVENIR PAGE 3 > Voir FUNK en 2 ls ont écrit l'histoire de la pop, maintenant ils reviennent la parafer.Les Funk Brothers, le home band des studios Motown connu surtout des aficionados de r&b, feront face ce soir à la plus grande foule qu'ils aient vue de prèsdeleurvie.Pourmarquer cedeuxième grand événement du 25e Festival de jazz, une rencontre avec l'un d'eux, le truculent percussionniste Jack « Black Jack» Ashford, que Marvin Gaye recruta lui-même pour jouer dans les fameux studios de la Motor City.Ce personnage ne se lassera jamais d'accorder des entrevues.D'abord parce que, dans les 40 premières années de sa vie professionnelle, rares sont ceux qui lui en ont demandé.Ensuite, parce qu'il est tellement fier aujourd'hui de toute la reconnaissance dont il jouit depuis la parution en 2002 de cet excellent documentaire, Standing in the Shadows of Motown, relatant l'histoire du groupe de l'ombre des palmarès.PHILIPPE RENAUD COLLABORATION SPÉCIALE MON npetrows@lapresse.ca FRÈRE! OUACHE ! BESHODROM A PERDU SON CYMBALUM PAGE 7 JAZZ Dans l'ombre des plus grandes vedettes de l'écurie Motown (dont Stevie Wonder), les Funk Brothers ont enregistré quelques-uns des plus grands succès des années 60.La famille du funk FUNK suite de la page 1 « L'absence de reconnaissance ?C'était terrible, lance-t-il à partir de sa résidence de Tennessee, au Mississippi.Imagine: chaque jour, quelque part sur la planète, quelqu'un entend un de nos hits sans savoir qui joue dessus.Pour nous tous, c'était une véritable torture, and I really want you to know that ! » C'est dire tout le bien que leur ont fait Alan Slutsky, auteur du livre Standing in the Shadows of Motown (une biographie du prodigieux bassiste James Jamerson, aujourd'hui décédé), et Paul Justman, réalisateur qui a mis en images l'histoire du groupe.Le succès du documentaire, aux fins duquel ils ont été réunis après plusieurs années, les pousse sur les scènes du monde.Tout un changement pour ces habitués de l'ombre des studios.« Tu ne peux pas t'imaginer à quel point nous étions soudés.Nous passions plus de temps ensemble qu'avec nos familles ! » Plus qu'une chronologie du groupe, le documentaire de Justman est l'expression d'une camaraderie indéfectible, si bien traduite dans la musique elle-même, dans cette oeuvre brillante composée principalement par le trio Holland-Dozier- Holland, dans ces immortelles interprétations des Brothers, qui frappaient dans le mille à tout coup.Ou presque.Ils ont élaboré une science de la pop plus qu'une recette de la ritournelle, une science quasi exacte qui a permis au patron Berry Gordy de hisser ses stars \u2014Stevie Wonder, Gladys Knight, Marvin Gaye, les Supremes, sans oublier les Four Tops et les Temptations, qui donneront un concert demain\u2014 au sommet des palmarès.Les années 60 furent une époque fantastique dans l'histoire de la pop.Elles ont donné aux réalisateurs le statut d'artistes visionnaires (Phil Spector, Brian Wilson, Lee Hazlewood) et aux studios ceux de hauts lieux de la musique.Les années 50 consacraient Sun à Memphis et Chess à Chigago, entre autres.Les années 60 appartenaient à Motown, qui régnait en roi et maître sur les palmarès pop et R&B.Et c'est justement ce dernier point qui a permis à Motown, une écurie presque exclusivement constituée d'artistes noirs, de régner de façon si totale.Moins enracinée dans le blues que Stax (l'étiquette d'Isaac Hayes, de Sam & Dave, de Smokey Robinson, d'Otis Redding, de Rufus Thomas.), la musique de Motown, bien que fière de ses origines R&B, a réussi à percer auprès du public blanc.«Nous étions les meilleurs, c'est tout, dit Ashcroft.Nos chansons étaient beaucoup plus mélodiques, je crois que ça a rendu notre son universel.Encore aujourd'hui, notre oeuvre demeure universelle.Si bien qu'à mon sens, il n'y avait pas de compétition possible avec Stax, surtout que nous étions déjà établis lorsque Stax a commencé ses activités.» Le concert de ce soir réservera des surprises : la chanteuse Joan Osbourne montera sur scène (elle était du concert capté pour le documentaire), tout comme Jacksoul, les Four Tops et, souhaitons-le, les Temptations.Mais la vraie surprise porte le nom de Sam Moore, l'une des plus grandes vedettes de son temps (le début des années 60) lorsqu'il faisait partie du duo Sam & Dave, qui enregistrait sur.Stax ! Un artiste de la « concurrence » avec les Funk Brothers ?Est-ce une première ?« Yep, répond le tambouriniste.Et ce sera un beau défi pour Sam, qui ne chantera que des chansons du répertoire de Motown.» Même s'il insiste sur le fait qu'aucune concurrence ne tient devant Motown, il nous glisse au passage qu'Isaac Hayes avait été invité à l'événement, mais que les négociations n'étaient pas possibles : « Il voulait qu'on joue de ses hits.Pas question ! » dit-il en rigolant.Après avoir passé une dizaine d'années à pondre des succès « sans même savoir à qui ils étaient destinés, des hits souvent arrangés sous l'impulsion du moment », comme My Girl, Stop ! In the Name of Love, War, I Heard it Through the Grapevine et tellement, tellement d'autres, les Brothers ont pratiquement cessé toutes leurs activités lorsque Gordy a déménagé ses studios en Californie.« C'était un moment très triste, se rappelle Black Jack.Nous venions d'enregistrer What's Going On avec Marvin (Gaye), c'était une séance vraiment spéciale car si différente de celles auxquelles nous étions habitués.Il y avait beaucoup d'émotion dans l'air \u2014 nous savions, à la fin, que nous venions d'enregistrer un grand disque.» Les studios ont été déménagés après cette séance d'enregistrement historique, puis Motown a perdu son trône au Billboard, comme le souligne Ashford.La famille funk s'est alors séparée.Mais ce soir, ce sera presque comme dans le bon vieux temps.Foule jazz PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE © La foule était dense et enjouée en début de soirée rue Sainte-Catherine Ouest, alors que plusieurs participants de la Carifiesta se trouvaient encore au centre-ville.Chaude soirée en perspective.JAZZERIES PHOTO AP Bill Clinton MUSIQUE NOIRE, MAISON-BLANCHE «De façon générale, en musique, les Noirs sont plus talentueux que les Blancs.Ils ont l'oreille fine pour la mélodie et le rythme et on les sait capables d'imaginer des bouts de chansons.Mais il reste à voir s'ils seront capables de compositions plus élaborées du point de vue mélodique et harmonique.» \u2014 THOMAS JEFFERSON (1743-1826), rédacteur de la Déclaration d'indépendance, premier leader du Parti républicain et troisième président des États-Unis d'Amérique.Thomas Jefferson n'a pas connu le jazz mais, comme propriétaire d'esclaves, il a dû être témoin des premiers balbutiements du blues.Une musique issue des work songs, comme l'expliquait Normand Brathwaite aux lecteurs de La Presse, dont il était le chroniqueur invité pour le Festival de 1992 : «Mon maître s'est ach'té un nouveau fouet \u2014 Qu'est-ce tu dis?\u2014 J'dis qu'mon maître s'est ach'té un nouveau fouet et que, ayoye! il l'essaye sur moé!» Bien que le jazz ait accédé, dans les années 20, au rang de grande musique populaire, les présidents américains ont mis beaucoup de temps à reconnaître son statut en s'y associant comme mélomanes ou simplement comme politiciens en quête de la faveur populaire.En fait, le premier concert de jazz donné à la Maison-Blanche l'a été sous la présidence de John F.Kennedy.De retour d'une tournée en Amérique latine sous l'égide du Programme d'échanges culturels lancé par JFK, le Paul Winter Jazz Sextet s'était produit à Washington en novembre 1962, à l'invitation de Jackie Kennedy, mais dans un concert destiné aux enfants.Winter, qui jouait du saxophone alto, deviendra le premier grand nom du world jazz (mon collègue Brunet se souvient de l'avoir vu au Café campus en 1979) et le gourou de la mouvance Oregon, un groupe dont tous les musiciens étaient passés chez Winter, me dit encore mon inépuisable source.Lyndon Johnson (président entre 1963 et 1969) a reçu la chanteuse Sarah Vaughan.Puis Richard Nixon (1969-1974) a invité la chanteuse Pearl Bailey et Duke Ellington, son musicien préféré.«Dans la royauté de la musique, personne ne swingue comme le Duke», disait «Tricky Dickie».Mais c'est Gerald Ford qui a véritablement ouvert les portes de la Maison-Blanche au jazz en y recevant, entre 1974 et 1977, neuf représentants dont Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie, Earl Hines et George Shearing.Jimmy Carter, lui, a organisé le premier \u2014 et le seul \u2014 festival de jazz de l'histoire de la présidence américaine.C'était à l'occasion du 25e anniversaire du Newport Jazz Festival (qui fête ses 50 ans cette année) et la liste des performers se lisait comme un who's who du jazz de l'époque.Ont joué sur la pelouse sud le 18 juin 1978 : Ornette Coleman, Stan Getz, Dizzy, Eubie Blake, Lionel Hampton, Herbie Hancock, Max Roach, Sonny Rollins et Cecil Taylor.Pas pire affiche.Ronald Reagan, décédé le mois dernier, et sa femme Nancy n'ont pas été en reste avec des visites d'Art Blakie, de Chick Corea (qui donnait hier au Monument- National le dernier de quatre concerts), de Getz, de Dizzy (encore), de Shearing et de Roy Haynes.Aucun jazzman n'est allé à la Maison-Blanche sous Bush père \u2014 et aucun ne s'en est plaint.Le successeur de «41», Bill Clinton, qui tâte un peu du sax, a reçu Betty Carter et Wynton Marsalis, qui lui a rendu la politesse en décembre dernier en l'invitant à un colloque du Jazz at Lincoln Center (N.Y.), dont il est le directeur artistique.Le thème était «Le jazz et la démocratie américaine».«Le jazz, a dit M.Clinton, a rapproché les Noirs et les Blancs, à une époque où tout les éloignait.» Bill Clinton \u2014 qui a tous les enregistrements d'Oscar Peterson \u2014 n'a pas joué au Lincoln Center mais il espère réaliser «le rêve de sa vie» en jouant à l'Apollo Theater de Harlem au cours d'une éventuelle soirée bénéfice pour sauver ce haut lieu de l'histoire du jazz.George W.Bush et le jazz?Rien, sauf le caractère improvisé de sa politique, ne porte à croire qu'il sache vraiment de quoi il s'agit.En bon cow-boy du Texas, ses allégeances esthétiques sont ailleurs, comme en fait foi une de ses déclarations récentes : «Quand j'ai besoin de conseils sur Saddam Hussein, j'écoute de la musique country.» Disons que ça paraît\u2026 \u2014DANIEL LEMAY JAZZ Dans la nuit, le jazz vit ALAIN BRUNET CHRONIQUE alain.brunet@lapresse.ca Pour rester vivant, le jazz ne doit cesser d'entretenir une relation avec le passé, le présent et l'avenir.S'appuyant sur sa propre tradition, il peut lorgner les musiques traditionnelles issues d'autres cultures, il peut aussi se projeter dans l'avenir avec les technologies qui le lui permettent.Depuis la fin du 19e siècle, le jazz ne cesse de procéder ainsi.Depuis les débuts du festival montréalais il y a 25 ans, c'est idem.Au cours de ce quart de siècle, nous nous sommes ainsi trouvés au milieu du trafic, dans ces milliers de carrefours improvisés.Y ont convergé tradition jazzistique, musiques du monde, musiques populaires urbaines, rock ou techno.Passé, présent et avenir, donc.C'est ce qu'ont tenté de nous suggérer trois musiciens issus de contrées et de cultures différentes.En direct sous nos yeux dans un Gesù à guichets fermés vendredi, ils ont labouré une terre fertile.La leur.On a applaudi les qualités du Tunisien Dhafer Youssef, un chanteur magnétique, parfaitement en phase avec son patrimoine maghrébin \u2014moins bon présentateur cependant ; certaines de ses « communications » m'ont semblé superflues.Ainsi, les longues traînées mélodiques de sa voix puissante ont épaté la galerie.Peut-être moins son jeu d'oud, un instrument d'appoint dont il se sert pour ponctuer les effets de l'ensemble.Une couleur, en quelque sorte.Ses compléments électroniques, cependant, lui permettent de modifier la texture de ses propositions, en plus d'échantillonner ses idées musicales (et celles de ses collègues) pour nous les balancer en boucle et ainsi étoffer cette musique improvisée.Aux côtés de Dhafer Youssef, un repère tranquille : le superbe trompettiste et bugliste Paolo Fresu nous rappelait que cette séance avait quelque chose à voir avec le jazz.Ses lignes épurées, d'une élégance hors du commun, nous ont permis de rester attachés à cette tradition jazzistique, même lorsque le musicien sarde a cité le thème du Concerto d'Aranjuez créé en 1940 par Joaqun Rodrigo, repris par tant de musiciens depuis, dont Chick Corea dans sa pièce Spain, une de ses plus inspirées.Les bidules électroniques de Fresu, par ailleurs, lui ont permis d'harmoniser ses propositions mélodiques, plus simples que celles auxquelles il nous a habitués lors de ses escales précédentes, notamment avec Aldo Romano et Enrico Rava.La trinité était complétée par le guitariste Eivind Aarset, discret en comparaison de sa performance livrée quelques heures plus tôt au Spectrum.Avec sa guitare et ses machines, le Norvégien s'est contenté de créer une toile sur laquelle pouvaient s'exprimer allègrement ses complices.Tout ça était simple d'apparence, très digeste, parfois hypnotique, généralement fort appréciable.Sauf quelques longueurs (thèmes redondants et trop simples par moments) et certains relâchements, cette approche fort appréciée du public a réuni les éléments essentiels à la musique improvisée.Qui plus est, ce fut pour les mélomanes une occasion d'explorer le passé au moyen de technologies futuristes, comme l'avait fort bien expliqué Paolo Fresu en entrevue.Dans la nuit, donc, il se passe des choses.À défaut d'une vraie série de jazz contemporain, cette série du Festival nous offre généralement une des sélections les plus relevées pour les amateurs.La première soirée au Gesù a été la moins courue jusqu'à maintenant.Dans un amphithéâtre tout de même rempli aux trois quarts, on renouait avec Greg Osby, un saxophoniste (alto) révélé au milieu des années 80 lorsqu'il participait au Special Edition de Jack De Johnette \u2014 et qui nous avait ravi au Théâtre Saint-Denis.Osby était alors l'un des protagonistes du mouvement M-Base, communauté de jeunes musiciens établis à Brooklyn, têtes fortes férues de jazz contemporain mais aussi de hip hop et de nouvelles aventures rythmiques très portées sur la complexité.Recruté chez Blue Note une décennie plus tôt, Osby a enregistré plusieurs albums de haute tenue dont le magnifique Art Forum \u2014 qu'il avait présenté à Montréal en 1997.Encore tout récemment, il endisquait Public avec une équipe solide, dont fait partie l'excellente pianiste Megumi Yonezawa, présente mercredi à Montréal.On aura remarqué que la discrétion de cette Japonaise cachait une précision à toute épreuve ainsi qu'une indiscutable singularité.De son époque M-Base, Greg Osby n'a conservé que quelques fragments ; son art a évolué vers un jazz éclaté, soucieux de s'approprier la tradition entière.À son matériel original s'ajoutent désormais des relectures de standards aussi âgés que Jitterbug Waltz (Fats Waller), St-Louis Toodle-Oo (Duke Ellington) ou même Nature Boy (popularisée par Nat King Cole).Bien sûr, ce jazz est anguleux par moments, d'autant plus que Greg Osby n'a pas encore atteint la renommée lui permettant garder longtemps le même personnel.Excellent souffleur d'alto, Osby est avant tout un compositeur, d'où sa lente ascension.Ainsi va l'économie du jazz.Cette économie est plus favorable à Chris Potter, qui se produisait le lendemain au même Gesù.Potter est une star confirmée, il remplira le Spectrum et autres Théâtre Maisonneuve, son profil le lui permettra sous peu.Le New-Yorkais s'est d'abord fait remarquer dans un ensemble prestigieux, celui de Dave Holland, il s'est évidemment retrouvé sur les scènes les plus courues du circuit international.D'aucuns le considèrent comme le plus explosif des tenor men de sa génération.Bien sûr, il est toujours hasardeux de parler du meilleur, du second, du plus ceci ou du moins cela mais.Encore une fois, jeudi, on ne pouvait s'empêcher de s'exclamer à l'écoute de ce surdoué.Visiblement, Chris Potter s'est détaché de ses influences, encore très présentes lors de sa première escale montréalaise en tant que leader \u2014 en 2001.Jeudi soir, on avait affaire à un son neuf, plus personnel, plus débridé, un son généré par le batteur Nate Smith, le claviériste Craig Taborn (au Fender Rhodes cette fois) ainsi que le guitariste Wayne Krantz (un peu trop discret dans le contexte, celui-là).Nous avons même eu droit à une relecture de Morning Bell signée Radiohead.Passé, présent, avenir.PHOTO FOURNIE PAR LE FIJM Au sein de la trinité constituée par Dhafer Youssef, Eivind Aarset et lui, le trompettiste et bugliste Paolo Fresu constituait le repère tranquille lors du concert de vendredi.Un peu demusique et une crème glacée ALEXANDRE VIGNEAULT « Notre concept de vacances, cet été, c'est de suivre le soleil.On regarde la météo et on va là ou il fait beau », m'a expliqué ma soeur.Sa boussole solaire lui avait indiqué de mettre le cap sur Montréal ce week-end.Sa petite famille et elle ne l'ont pas regretté.Crémés jusque derrière les oreilles, nous avons passé l'après-midi d'hier à profiter des activités diurnes offertes par le Festival de jazz.Un volet familial qui n'a rien à envier à son foisonnant nightlife.Inutile de consulter Météo Média pour savoir le temps qu'il fait dans le périmètre jazz.L'humidité relative, la pression, la densité des nuages et tout le tralala, ça ne veut rien dire.Les Celsius, ça se compte en crèmes glacées, en bière et en festivaliers assis à l'ombre ou occupés à se faire tremper les pieds jusqu'aux genoux dans le bassin de la Place des Arts.Une fois ce très savant calcul effectué, j'en ai déduit qu'il faisait au moins 30 degrés.Un peu moins après avoir avalé un demilitre d'eau fraîche.Avant d'aller nous faire cuire dehors, nous avons assisté à l'incontournable spectacle de la Petite École du jazz.Elsa, presque 3 ans, et Alexandra, 9 ans et demi, le voyaient pour la troisième fois en deux jours.« Au début, je n'étais pas sûre qu'elles aimaient ça, m'a expliqué leur maman, Isabelle.Elles ont regardé le spectacle sans trop réagir et elles ont applaudi à la fin, comme tout le monde.Après, elles ont demandé à y retourner ! » Facile à comprendre.Jacques L'Heureux, La Bande Magnétik, James Gelfand (piano), Michel Donato (contrebasse), Jim Hillman (batterie) et André Leroux (saxophone) donnent un spectacle franchement amusant, qui arrache des sourires aux petits comme aux plus grands de la classe.L'atrium du Complexe Desjardins était une fois de plus bien rempli, hier, pour le cours de 14 h.« Le gars à la contrebasse, il a été capable de jouer les yeux bandés, écris-le », m'a ordonné Alexandra.Son enthousiasme admiratif l'a même incitée à me révéler l'une des surprises du spectacle : « Tu vas voir, tantôt, le pianiste va jouer les mains croisées ! » Étendu sur son banc, dos à son instrument, James Gelfand a effectivement épaté la galerie en jouant Frère Jacques à la sauce jazz et même un petit bout de Blue Rondo a la Turk de Dave Brubeck.les mains croisées.Un peu plus tard, mes deux nièces ont joué du piano, elles aussi, en courant sur les touches blanches et noires du clavier géant installé au Parc musical, du côté est de la Place des Arts.L'espace destiné aux enfants grouillait de petits.Quelques-uns affichaient fièrement de superbes maquillages colorés, d'autres portaient un masque de chat, tout juste décoré dans l'atelier de bricolage.Tous voulaient essayer le toboggan jaune qui s'achève dans un bassin de balles de plastique.« Une fois arrivés dedans, ils ne veulent plus en sortir ! » m'a fait remarquer une maman.« C'est super bien fait, me dit une autre, en sortant d'un atelier de bricolage.Il y a beaucoup de jeux et les enfants n'attendent pas longtemps, même s'il y a vraiment beaucoup de monde.» Ma petite Elsa, elle, avait un faible pour un tunnel « vitré » où on peut jouer à faire des coucous et pour l'indémodable carré de sable \u2014 j'ai d'ailleurs encore du sable entre les dents à cause d'elle.Mais jouer au G.O.de terrain de jeux, ça ouvre l'appétit.Et puisque ma nièce la plus âgée avait négocié sa participation à cet article \u2014 du genre, mes commentaires contre une crème glacée \u2014, c'est avec un grand bonheur que, juste avant 18 h, nous avons hypothéqué notre souper en nous goinfrant de glaces au chocolat et aux fraises.Essayez, vous aussi : suivez le soleil, peut-être vous mènera-t-il à un concert de jazz.ou chez un glacier.PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE © Cette festivalière comptait hier sur une petite pause à proximité de la fontaine de l'esplanade pour se rafraîchir par cette chaude journée.Bien sûr, d'autres misent sur la crème glacée. JAZZ JEAN BEAUDET Jazzman académie Le jazz et la vie.comme une danse ALAIN BRUNET alain .brunet@lapress e .ca Comme la plupart des jazzmen, Jean Beaudet a du mal à conserver le personnel de son trio, un format orchestral qu'il privilégie depuis quelques années.Qu'à cela ne tienne, son nouvel ensemble compte bien tenir le coup.Un disque récent en témoigne (Les Danseurs, étiquette Elephant), un concert au festival devrait solidifier les bases du trio fondé il y a environ une année.« On a fait du jazz une musique de concert, je ne crois pas que ce soit une si bonne idée », croit le musicien montréalais, vétéran de la scène locale dont on a si souvent vanté les qualités d'instrumentiste et de compositeur.Selon Beaudet, le jazz ne peut être confiné aux grandes salles autrefois réservées exclusivement à la musique classique.« Cette musique doit se développer au moins trois soirs par semaine.Autrefois, il m'arrivait de jouer six soirs par semaine sur une période de plusieurs mois, notamment au défunt Rockhead's Paradise avec le guitariste Nelson Symonds ou encore au Jazz Bar de la rue Ontario (aussi disparu) avec le contrebassiste Skip Bey.Cette musique qu'on appelle le jazz, elle se développe soir après soir.» Entendons-nous bien, Jean Beaudet n'est pas contre le jazz en version concert, car « il y a la basse messe et il y a la grandmesse ».« Il faut que les jazzmen puissent alimenter leurs conversations.À force de converser, de nouvelles idées surgissent », insiste le musicien.Alors ?« Alors on joue aussi régulièrement qu'on peut.Un concert ici et là, on espère beaucoup plus.Un groupe qui travaille, c'est un groupe qui reste ensemble.Voilà qui explique d'ailleurs la mort prématurée du trio précédent de Jean Beaudet, composé du batteur Michel Lambert et du contrebassiste Adrian Vedady.Son nouvel ensemble, cela étant, n'est pas piqué des vers.Laissons au principal intéressé le soin de le présenter.« J'avais rencontré Marc Lalonde il y a 10 ans, il était tout jeune, j'avais remarqué son talent inné pour la contrebasse.Michel Donato l'avait aussi noté et me l'avait chaudement recommandé.Marc était venu chez moi, on avait joué.puis je ne l'ai pas vu pendant quelques années ; il s'était embarré chez lui pour atteindre un excellent niveau ! Marc est un vrai musicien, un naturel, il a cette piqûre de la musique.» Et voici le batteur : « Originaire de la Mauricie, Alain Bastien est à Montréal depuis quelques années, je l'ai rencontré il y a quelques années à l'Hôtel de la Montagne.Je travaille avec lui depuis, parce qu'il est un très bon batteur et comprend ma musique.» La musique récente de Jean Beaudet se déploie sur le thème Les Danseurs, titre et pièce centrale de son plus récent opus, qu'il considère comme le plus « lumineux » de ses disques.Le musicien a déjà broyé du noir, c'est connu.« Le jazz, estime le pianiste, c'est encore de la musique de danse, je vois des danseurs quand je l'entends.Au début de ma carrière, dans les années 60, j'ai souvent fait danser les gens, il y avait une communication entre nous, musiciens, et les gens qui dansaient sur le parquet.Cette communication, j'aimerais la retrouver, car je suis d'avis que la musique est faite pour danser, quelle qu'elle soit.De John Coltrane à Sly Stone.» « La vie, d'ailleurs, c'est un peu une danse.» .Le trio de Jean Beaudet se produit ce soir, 18 h, au Gesù.« Je vois des danseurs quand j'entends du jazz.» PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE © Sur l'esplanade de la Place des Arts, des instruments (batterie, trompette, etc.) étaient à la disposition des badauds intéressés à exercer leurs talents.En voilà un qui semble avoir pris goût à l'exercice.12h Andrée Boudreau trio Place du Complexe - Intérieur Gratuit 12h Streetnix Terrasse Grand Marnier Gratuit 13h L'esprit de la Nouvelle-Orléans Terrasse Grand Marnier Gratuit 14h La petite école du Jazz Place du Complexe Desjardins- Gratuit Intérieur 15h Big Band Cégep Vanier Scène General Motors Gratuit 15h30 La petite école du Jazz Place du Complexe Desjardins- Gratuit Intérieur 16h L'esprit de la Nouvelle-Orléans Scène Bell Gratuit 17h The Fat Tuesday Brass Band Scène du Festival Gratuit 17h30 La Parade du Festival avec Swing Tonique Départ scène Bell Gratuit 18h Nancy Walker Scène General Motors Gratuit 18h «Rite of Strings» Al Di Meola, Jean-Luc Ponty, Théâtre Maisonneuve - PDA Complet Stanley Clarke 18h Bob Walsh&invités Spectrumde Montréal Payant 18h «Les danseurs»Jean Beaudet trio Gesù - Centre de créativité Payant 18h15 The Fat Tuesday Brass Band Scène du Festival Gratuit 18h30 Vicky Genfan Carrefour General Motors Gratuit 19h Sweet Dixie Terrasse Grand Marnier Gratuit 19h Frédéric Alarie Club Jazz Banque TD Canada Trust Gratuit 19h Croisière Jazz avec Pascale Lavoie Quintette & Bateau Cavalier Maxim Payant le Dixieband 19h Jeri Brown avec Onaje Allan Gumbs Trio Club Soda Payant 19h30 Geoulah Scène Bleue Légère Gratuit 20h Mireille Proulx Scène du Festival Gratuit 20h Jimmy Bowskill Band Scène Bell Gratuit 21h BeshODrom Scène General Motors Gratuit 21h L'ensemble Pierre Labbé Salle Beverly Webster Rolph - MAC Payant 21h30 The Funk Brothers avec invités spéciaux Scène Spéciale Labatt Bleue Gratuit 21h30 «T3+ Force Majeure» Jon Hassell, Paolo Fresu, Spectrumde Montréal Payant Erik Truffaz avec Dj Stratum& Invités 22h Jimmy Bowskill Band Scène Bell Gratuit 22h Frédéric Alarie Club Jazz Banque TD Canada Trust Gratuit 22h30 Orchestre National de Jazz Gesù - Centre de créativité Payant 23h BeshODrom Scène General Motors Gratuit 23h Jam sessions avec Thuryn Von Pranke, Hyatt Regency, salon Jeanne-Mance Gratuit Frédéric Alarie&Wali Muhammad Minuit Trio Pulse Nu Jazz sessions avec Dan Thouin, Savoy - Métropolis Gratuit Max Sansalone&Adrian Vedady Minuit Jacksoul&Andy William Dj Club Soda Payant HEURE ÉVÉMEMENT LIEU HEURE ÉVÉMEMENT LIEU LE GUIDE DU FESTIVALIER CABARET MUSIC-HALL METROPOLIS Club Soda MONUMENTNATIONAL GÉSÙ - Centre de créativité SPECTRUM SALLE WILFRID-PELLETIER CLUB JAZZ Banque TD Canada Trust SCÈNE Labatt Bleue SCÈNE SPÉCIALE Labatt Bleue pour les Funk Brothers SCÈNE CARREFOUR Loto-Québec General Motors SCÈNE General Motors SCÈNE Bell LA PETITE ÉCOLE DU JAZZ SCÈNE Bleue légère TERRASSE Grand Marnier HÔTEL Jam sessions Movado THÉÂTRE MAISONNEUVE rue Sainte-Catherine boulevard Saint-Laurent rue Saint-Urbain rue Jeanne-Mance ruede Bleurry boulevard de Maisonneuve avenue Président-Kennedy Scène extérieure Salle de concert Métro La parade du Festival Le village du Festival NOTRE VIRÉE GEOULAH Au commandes de ce vaisseau reggae voguant sur des influences world, Maïmon Shokroun, Montréalais expatrié à Los Angeles, est aussi reconnu pour son travail au sein de la formation Mongoose.Reggae roots baigné dans les influences marocaines du Shokroun, qui chante en français, en anglais et en hébreu.> Scène Bleue Légère, 19h30 FRÉDÉRIC ALARIE Cet anniversaire du Festival sera fort chargé pour le contrebassiste Frédéric Alarie : en plus d'officier aux Jams sessions en compagnie de ses collègues Thuryn Von Pranke et Wali Muhammad, Alarie présente aujourd'hui son projet personnel grâce auquel il concourt pour le Grand Prix du Jazz GM.> Club Jazz Banque TD Canada Trust, 19h, 22h BESH O DRUM Voilà une découverte gratuite que vous seriez bien fou de manquer.BeshODrum, formation hongroise de huit jeunes musiciens pleins d'énergie, réussit un amalgame de jazz, de funk et d'influences musicales traditionnelles des Balkans et d'Europe de l'Est.Vous connaissez le refrain : musique hautement dansante, resplendissante de richesses, à laquelle les musiciens ajoutent leur talents d'improvisateurs.> Scène General Motors, 21h, 23h Philippe Renaud DIMANCHE 4 JUILLET Jam sessions: accès prioritaire, mais non exclusif, aux détenteurs de la carte des amis du Festival.Kiosque à musique du Festival MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL DIMANCHE 4 JUILLET JAZZ Comme un beau ciel blues PHILIPPE RENAUD COLLABORATION SPÉCIALE C'est à croire que l'équipe du festival conçoit sa programmation à partir de l'Almanach du peuple : « Hmm, le samedi 3 juillet 2004, page 185.Ah ! On annonce un ciel clair, 27 oC.Un bon petit jazz cool serait parfait en début de soirée.Et ça prendrait un peu de rythmes latins, pour faire tropical.» Justement, les Caraïbes avaient remonté jusqu'à la rue Sainte-Catherine hier soir après s'être trémoussées à la Carifiesta, qui a longé le boulevard René-Lévesque en après-midi.Les drapeaux de la soirée étaient vert et jaune, couleurs de la Jamaïque, ou encore vert et rouge puisque les Portugais voient déjà la coupe dans leur soupe.Sous un soleil resplendissant, le quartette des Canadiens Mike Murley (saxophone) et David Braid (piano) diffusait un jazz « de terrasse » (version extérieure du piano-bar, n'est-ce pas), léger et de bonne tenue, que venaient parfois dégourdir les solos de l'instrument cuivré.La foule paraissait bien insouciante en ce début de soirée.Comme si tout le monde avait la tête ailleurs, même ces festivaliers qui, faisant la file devant une terrasse bondée de la Sainte-Catherine, avaient l'air heureux d'attendre une place.Les femmes en camisoles exhibaient leurs coups de soleil, les lunettes fumées étaient de mise, nous nous prenions des rayons en pleine poire.Murley, Braid et leurs collègues, bien à l'ombre sur la scène principale, fournissaient la parfaite trame sonore de nos insolations.Un peu plus tard, de l'autre côté de la Place des Arts, des techniciens s'affairaient à ériger la scène que les Funk Brothers occuperont ce soir.« Dès demain, tout sera démonté », répétait un préposé à la sécurité aux nombreux curieux attirés au coin de la rue Saint-Urbain et de l'avenue du Président- Kennedy par la performance du guitariste Jean Millaire.Il n'était que 19 h, et j'avais déjà du mal à apercevoir un coin de la scène blues tellement il y avait de fans ! Imaginez : c'était ze place to be pour un vendeur de hot-dogs ou une serveuse de bière.J'ai vérifié : non, les employés ne peuvent pas réserver leur coin de rue.« Je suis chanceuse, j'ai un bon spot », souriait Amélie, serveuse ce soir-là au Jazzbar du coin Saint-Urbain-de Maisonneuve.Et d'ajouter, ses jolis yeux verts grands comme un dollar de pourboire : « C'est le meilleur coin ! » Je connais aussi des serveuses du Métropolis qui attendent avec impatience les deux concerts à guichets fermés de George Thorogood, mardi et mercredi prochains.Bref, ça jubilait en écoutant Millaire chatouiller sa belle Gibson.Ça paraît, le guitariste est un romantique.« Rr h ! râlait un fan juste devant moi.Un gros blues cochon sale ! » (sic) L'orchestre suivait au pas les sautes d'humeur musicales du bluesman, qui a ensuite invité Marjo à chanter deux autres lascives ballades puis un blues rock.Le public était aux anges.Autre scène, autre atmosphère.Dans le parc des Festivals, je me suis trouvé un tout petit coin à côté d'une poubelle pour voir le spectacle de Mandinga.Dur, dur : il n'était même pas 20 h que tout déplacement devenait un véritable casse-tête tant la fête de la musique réussissait à faire le plein de mélomanes.Le généreux orchestre latino avait tout pour plaire aux festivaliers.La dégaine, les percussions en masse, les grooves caliente apprêtés avec le jazz et le funk.Cette formule d'orchestre vitaminé s'est avérée gagnante durant toute la soirée puisque Voodoo Jazz, autre formation montréalaise de funk-jazz, teintée cette fois d'influences afrobeat et hip hop, a tapé dans le mille à deux reprises sur la petite scène de la Sainte-Catherine.Et plus tard, les hurluberlus du jazz canadien Shuffle Demons ont mis leur grain de sel dans cette soirée où les groupes ont triomphé.Il fallait aussi compter sur les « Triplettes de Montréal », les Moonlight Girls, trois attachantes chanteuses de swing.Robes rouges pimpantes, fleurs dans les cheveux, harmonies vocales typiques des années 40 et 50, les demoiselles ont attiré une bonne foule durant leur récital de 20 h.Un swing vieillot, parfois surprenant \u2014 les Girls ont annoncé une composition « inédite de Beau Dommage » intitulée Rue Sainte-Catherine ! Ne manquait plus qu'une joueuse de frigo, comme dans le film de Sylvain Chomet.En prévision du concert de ce soir, cinq conseils pratiques pour survivre dans les foules monstres : 1- Toujours doubler une poussette sur la droite.J'insiste : il faut qu'on s'entende sur un système, sinon ce sera le chaos jusqu'à la fin du festival ! 2- La mode de l'appareil photo numérique s'est répandue comme une pandémie chez les festivaliers : tout le monde en a un ! Ne modifiez pas votre trajectoire pour accommoder un photographe amateur.Il n'aura qu'à appuyer sur delete s'il ne veut pas votre face dans son portrait.3- Laissez votre sac à dos à la maison (toi aussi, le jeune).S'il est absolument indispensable, s'il vous plaît, déposez-le entre vos pieds.4- Achetez vos consommations deux à la fois, ça limite les déplacements et ce n'est jamais perdu.5- Au moment de quitter les lieux : si vous êtes venu en métro, pensez à la station Berri.Mieux vaut marcher 10 minutes que de rester coincé une demi-heure sous le béton de la Place des Arts.La foule paraissait bien insouciante en ce début de soirée.Comme si tout le monde avait la tête ailleurs, même ces festivaliers qui, faisant la file devant une terrasse bondée de la Sainte- Catherine, avaient l'air heureux d'attendre une place.PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE© La mode de l'appareil photo numérique s'est répandue comme une pandémie chez les festivaliers : tout le monde en a un ! Ne modifiez pas votre trajectoire pour accommoder un photographe amateur.Il n'aura qu'à appuyer sur delete s'il ne veut pas votre face dans son portrait.DES ÉVÉNEMENTS GRATUITS POUR CÉLÉBRER LE 25E ANNIVERSAIRE Diffusé en direct à la Télévision française de Radio-Canada et à CBC Television ANGLE JEANNE-MANCE ET SAINTE-CATHERINE Aussi diffusé sur grands écrans partout sur le site du Festival Il est plus facile d'accéder au site en arrivant des côtés nord et est ainsi que par le métro SCÈNE LA CÉLÉBRATION DU 20e ANNIVERSAIRE DU CIRQUE DU SOLEIL ET DU 25e ANNIVERSAIRE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL LE GRAND ÉVÉNEMENT GENERAL MOTORS Mise en scène de MICHEL LEMIEUX et VICTOR PILON GRATUIT DIMANCHE PROCHAIN, 21 h avec STREETNIX et VIC VOGEL BIG BAND SOIRÉE COMMÉMORATIVE DU25EANNIVERSAIRE Pique-nique musical et coucher du soleil seront au rendez-vous! Àla PL ACEDES NATIONS, là même où la première édition du Festival aeulieu ! L'ÉVÉNEMENT SPÉCIAL avec Scène spéciale Angle Saint-Urbain et boul.de Maisonneuve Métro Place des Arts The Funk Brothers GRATUIT CE SOIR À21h30 GRATUIT CE SAMEDI, 18 h Place des Nations, àl'Île Sainte-Hélène La fête du soul et du blues avec invités spéciaux dont JACKSOUL, JOAN OSBORNE ET SAM MOORE 25E ANNIVERSAIRE CES MUSICIENS LÉGENDAIRES DE MOTOWN ONT CRÉÉ PLUS DE «HITS» QUE LES BEATLES, ELVIS PRESLEY ET LES ROLLING STONES ! 3239579A PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE© Marjo a partagé la scène Labatt Bleue avec le guitariste Jean Millaire. JAZZ PHOTO FOURNIE PAR LE FIJM Les membres de BeshODrom avec leurs instruments volatilisés.BESHODROM À la recherche du cymbalum perdu PHILIPPE RENAUD COLLABORATION SPÉCIALE Y a pas à dire, la première tournée canadienne des musiciens hongrois de Besh O Drom a commencé sur une mauvaise note.« Voilà, on a perdu nos instruments en chemin », déplorait Gergely « Gergo » en entrevue la semaine dernière, alors qu'il venait de poser ses valises dans son hôtel de Vancouver.Vous voyagiez avec qui ?« Air Canada.Mais je t'assure que ce n'est pas leur faute : apparemment, ce sont les gens de l'aéroport d'Amsterdam qui ont fait l'erreur ! » Pour le concert de ce soir-là, les musiciens ont pu trouver des instruments de remplacement.Sauf un : le cymbalum.Souhaitons qu'ils aient récupéré leur lutherie à temps pour le concert de ce soir, sur la grande scène du Festival de jazz ! L'instrument national de la Hongrie, le cymbalum, est un bien curieux engin à la sonorité claire et délicate.Pour faire simple, essayez de vous imaginer une petite harpe qu'on aurait tenté de faire entrer dans une table de chevet.Il est muni de plusieurs cordes métalliques posées à l'horizontale sur une caisse de résonance reposant sur quatre pattes.Comme une harpe, on en joue avec les mains et on peut actionner un étouffoir à l'aide d'une pédale.Le son est cependant différent de celui de la harpe : moins céleste, le pincement des cordes caractérise les notes qui s'échappent joliment de cet instrument dont les Hongrois ont perfectionné l'usage.Bref, ce n'est pas le genre de bidule qu'on peut trouver chez Steve's Music.Il est peu commun de retrouver cet instrument dans un orchestre à l'approche aussi moderne que Besh O Drom (qui veut dire quelque chose comme : lâche pas la patate !).Sur le dernier album du groupe, intitulé Can't Make Me, le cymbalum côtoie la basse électrique et les scratches d'un DJ.Le mélange unique d'airs traditionnels des Balkans et de l'Europe de l'Est y est métissé avec le jazz et les influences musicales indiennes et moyenorientales.« Tout est une question de goûts musicaux, résume Gergo en voulant expliquer la nature du groupe qu'il a fondé en 1999.La plupart des groupes hongrois jouent de la musique traditionnelle ; nous essayons plutôt de fusionner notre héritage à celui des autres.De plus, notre région est si riche en musiques de toutes sortes, des mélodies hongroises à la musique klezmer.On y trouve même des influences afghanes ! » L'improvisation est aussi une part importante de la démarche de cet orchestre d'allégeance balkane, une tradition musicale prisée des Québécois \u2014 pensez à Taraf de Haïdouks ou Jeszcze Raz.« Pour tout dire, nous ne pratiquons plus beaucoup.D'une part parce que nous nous connaissons beaucoup en tant que musiciens.En concert, nous nous basons surtout sur la réaction du public pour diriger notre musique.Et puis, nous sommes de bons musiciens », dit-il humblement.Les neuf musiciens de l'orchestre ont soit étudié la musique classique, soit été recrutés sur la scène jazz de Budapest.« Il y a beaucoup d'éléments communs entre le jazz et la musique balkane et d'Europe de l'Est, indique Gergo.Du point de vue de la forme, il s'agit d'un balancier entre des mélodies écrites et des solos.Seulement, nous prenons beaucoup de libertés lorsque nous nous échangeons les solos.» Ce qui donne un son énergique, étonnamment funky, irrésistiblement dansant comme l'est la musique tzigane, mais qui semble en même temps évacuer les thèmes tristes ou mélancoliques qui forment le beau paradoxe de la musique des pays d'Europe de l'Est.« C'est vrai, confirme le saxophoniste.Nous préférons laisser de côté la tristesse pour nous concentrer sur la fête ! » En espérant que le cymbalum soit au rendez-vous.Sur le dernier album du groupe, le cymbalum côtoie la basse électrique et les scratches d'un DJ.lllll L'Afrique de Keziah Jones.gratis Une petite pause.Durant un festival, il y a des annulations et des ajouts de dernière minute.On préfère bien sûr les seconds.Un courriel reçu hier aprèsmidi annonce la rare visite à Montréal du bluesman nigérian Keziah Jones, demain à minuit, au Savoy du Métropolis.Encore mieux, cet éclectique musicien inspiré par l'héritage de son compatriote Fela Kuti et par Jimi Hendrix se produira gratuitement.Connu en Europe, où il suscite un respect semblable à Ben Harper et Lenny Kravitz, le Nigérian élevé en Grande-Bretagne n'a mis les pieds qu'une seule fois à Montréal, soit en novembre 1995, au Café Campus.« Tout artiste qui s'ouvre au monde entier ne peut plus être tributaire d'une seule tradition », avait-il affirmé lors d'une entrevue accordée à Alain Brunet.Presque 10 ans plus tard, il ne semble pas avoir changé d'idée puisque le guitariste \u2014qui ne joue que de la guitare acoustique \u2014 continue à boire à plusieurs sources : soul, funk, blues, rock.La seule chose sur laquelle tout le monde s'entend, est que Keziah Jones propose une musique africaine résolument moderne.Al exandre Vigneaul t PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE © Ce festivalier n'a pas oublié qu'on va aussi au festival pour se reposer un peu.LE ZOULOU BLANC L'affiche de 1988 est un auto-portrait de Miles Davis (à son dernier Festival) inséré dans unmontage d'Yves Archambault\u2026Johnny Clegg, surnommé le Zoulou blanc, et Savuka attirent 60000 personnes au Grand (et mémorable) événement\u2026 L'Edmonton Jazz Ensemble remporte le Prix de jazz\u2026La Petite histoire du jazz (de Mario Boivin), ancêtre de la Petite école, est présentée à l'extérieur.DANS LA PRESSE «Le Festival appelle à l'amour et à la solidarité des êtres.C'est là la richesse de son contenu.» \u2014Claude Masson (1941-1999), éditeur adjoint DANS L'HISTOIRE Élu : George Bush à la présidence des USA.Champion\u2026 trois jours : Ben Johnson gagne le 100 m olympique de Séoul mais est destitué pour usage de stéréoïdes.Retour : Guy Lafleur, avec les Rangers de New York.Décédé : le violoniste Ti-Jean Carignan, Andy Gibb des Bee Gees.Au top : la chanson a cappella Don't worry, be happy de Bobby Mc Ferrin au no 1 des palmarès.Ici, on écoute : Bye! bye! mon cowboy (Mitsou) et J'appelle (Paul Piché) 10ans! Dix ans après avoir donné le premier concert de l'histoire du Festival, Ray Charles ouvre le 10e FIJM, que clôturera Oscar Peterson.Charlie Haden s'installe pour huit concerts à la Salle Marie Gérin-Lajoie de l'UQAM; ses invités : Joe Henderson/Al Foster, Geri Allen/Paul Motian, Don Cherry/Ed Blackwell, Gonzalo Rubalcaba, Pat Metheny/Jack De Johnette, Egberto Gismonti, Paul Bley/Paul Motian.Aussi à l'affiche : Piazzolla, Bernard Lavilliers, B.B.King, Pierre Flynn, la famille Marsalis.LA FOIS SUR McGILL COLLEGE\u2026 Plus de 100 000 personnes assistent au concert du guitariste Pat Metheny dans l'avenue Mc Gill College\u2026 Oscar Peterson reçoit le premier prix qui porte son nom et qui veut souligner l'apport de jazzmen canadiens à l'évolution de cette musique\u2026 Fifth Avenue, de Vancouver, remporte le Prix de jazz Alcan\u2026 Radio-Jazz 91,3 FM, la «radio éphémère», arrive en ondes\u2026 Ouverture de la Petite école du jazz\u2026Toujours «écartillé» entre le Quartier latin et la PdA, le Festival passe le cap du million de visiteurs.DANS LA PRESSE «À force de comparer ce qui se fait ici et ce qui se fait ailleurs, un certain complexe d'infériorité est en train de disparaître.» \u2014Gil Courtemanche, notre chroniqueur de jazz invité UN BERLIN REVIT, L'AUTRE MEURT Ouvert : le mur de Berlin.Cauchemar : un tireur fou abat 14 personnes à l'École polytechnique de Montréal.1988 9e FIJM NOS ANNÉES JAZZ 10e FIJM Textes et recherche : Daniel Lemay Johnny Clegg L'affiche du 10e anniversaire, de Yves Archambault, 1989 PHOTO LA PRESSE © Oliver Jones, Karen Young et le Denny Christianson Big Band se produisent au Gala Justin Time, en ouverture; Manhattan Transfer en clôture.Pat Metheny participe à huit concerts.Trois noms africains : Youssou N'Dour, Touré Kunda et Salif Keita.Gonzalo Rubalcaba, Burton, Haden, Ornette Coleman, Dizzy Gillespie, Etta James.SONS D'AFRIQUE 3239730A JAZZ PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE © La légende du roots reggae Burning Spear n'a pas déçu lors de son passage au Métropolis vendredi.Burning Spear brûle les planches PHILIPPE RENAUD CRITIQUE COLLABORATION SPÉCIALE À la sortie du concert de la légende du roots reggae Burning Spear, au Métropolis vendredi soir dernier, la réaction des spectateurs était unanime : « Wow ! Quel bon spectacle ! » Le grand chantre rastafari, qui a en quelque sorte repris le flambeau roots lorsque Bob Marley est mort, a totalement envoûté les festivaliers qui s'étaient déplacés en bon nombre pour l'entendre chanter pendant plus de deux heures.Seulement deux heures?Burning Spear \u2014 de son vrai nom Winston Rodney\u2014 est pourtant réputé pour la longueur de ses performances.Sur scène, le chanteur, dont l'oeuvre a été remixée en format dub (Garvey's Ghost, Living Dub vol.1 et 2, des classiques), n'hésite pas à étirer une chanson de trois minutes sur un quart d'heure.Forcément, ça donne un concert qui progresse lentement mais sûrement, extatique par moments, grâce à l'excellent orchestre qui accompagnait la star.Vêtu d'un T-shirt à l'effigie de Hailé Sélassié I (défunt empereur d'Éthiopie) et d'un jeans, Spear a cet air débonnaire du lion qui dort.Mais lorsqu'il ouvre la bouche, c'est tout un héritage musical qui se dresse devant nous.Marquée par le gospel, la voix creuse et un peu rauque du chanteur possède encore cette puissance évocatrice qui nous captive depuis ses débuts dans les années 1960, époque où il enregistrait dans le Studio One du regretté Coxsone Dodd.Aux côtés de Burning Spear se trouvait un kit de percussions qu'il rejoignait à sa guise.Le bonhomme flanquait alors son micro dans la poche arrière de son jeans, esquissait quelques lourds pas de danse en direction des percussions puis se mettait à frapper les peaux.Ce qui fouettait davantage l'enthousiasme d'un parterre bondé de fans qui, les bras en l'air, se laissaient emporter dans une transe enfumée.L'ambiance était chaude.Nous avons ainsi parcouru ces deux heures dans une succession d'hymnes reggae : Marcus Garvey (de l'album classique du même nom paru en 1975 et réalisé par Jack Ruby), Slavery Days, I and I Survive, Social Living, Columbus, une version accompagnée par ses musiciens de Jah No Dead \u2014chanson qui constitue le moment fort du film-culte Rockers que les fans de reggae sont avisés de louer au club vidéo du coin.Et parlant de Rockers, une petite note à propos de Bedouin Ascent, le trio qui nous a occupés en première partie de Spears.Mêlant leurs compositions reggae-pop à des reprises jamaïcanisées (New Year's Day de U2, entre autres), ces jeunes musiciens nous ont fait une belle surprise en invitant sur scène Vern Buckley, chanteur du groupe The Maytones, qui réside à Montréal depuis plusieurs années.Les musiciens et le chanteur se sont engagés dans une super version du succès Money Worries, laquelle résume à proprement dit le propos de Rockers.Pour les programmeurs du Festival de jazz, le succès du concert de Burning Spear fait l'effet d'un baume.Ils ne l'ont pas eue facile ces dernières années avec les artistes jamaïcains invités à se produire en salle : en 1998, le concert de Bunny Wailer a été annulé à la dernière minute lorsque celui-ci a carrément refusé de prendre l'avion.En 2000, le concert de Jimmy Cliff \u2014affublé de son costume d'Halloween de Michael Jackson\u2014avait été franchement décevant.Cette année, force est de constater que Jah a exaucé les prières des organisateurs du festival.Lorsque le chantre rasta ouvre la bouche, c'est tout un héritage musical qui se dresse devant nous.DISQUE DU JOUR Jazz Nancy Walker When She Dreams FFF Justin Time Sentiers battus, bien battus Des bons disques comme celui-ci, le monde du jazz nous en fournit régulièrement.C'est vous dire que la lauréate 2003 du Grand Prix de Jazz General Motors, dont c'est le quatrième opus, ne crée rien de particulièrement transcendant.Cette inclinaison à l'académisme confine ainsi la Torontoise à la scène locale sinon la pancanadienne.On ne peut non plus qualifier cette musicienne aguerrie de virtuose.On ne peut non plus affirmer que ses compositions évoluent hors du connu, du digéré voire du prévisible.De bon niveau, sa technique au clavier ne lui permet pas de faire des prouesses, son sens rythmique me semble bon sans qu'il ne nous galvanise en aucun temps, ses connaissance harmoniques lui permettent d'investir un territoire moderne.jamais inédit.On ne peut toutefois nier le professionnalisme de cet ensemble cohérent, huilé au quart de tour, d'autant plus que ses participants sont d'authentiques professionnels ayant saisi l'esprit du jazz.On voit bien que le batteur Barry Romberg (remplacé parfois par Anthony Michelli), le saxophoniste (alto et ténor) Kirk Mc Donald et le très bon contrebassiste Kieran Overs ont l'habitude de jouer dans cet ensemble.Sentiers battus, certes, mais bien battus.Alai n Brunet Le dimanche dans CE QU'ON A LU, CE QU'ON EN PENSE.Tous les jours dans À CHACUN SON CHOIX LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE ENCORE PLUS QUE DU TALENT, DE L'INTELLIGENCE, MÊME DU GÉNIE, L'EXCELLENCE NAÎT DE L'EFFORT ALCAN Sa vie est un long portage.À travers forêts et rivières, sur des routes poussiéreuses, dans sa lutte obstinée pour sa survie, ses enfants, son peuple; contre l'injustice et la misère.«Je saismaintenant que je ne peux pas sauver tout le monde.Mais il n'y en aurait qu'un seul que ça vaudrait la peine.» ANNE RICHER efestival Présenceautochtone, qui rendait hommage récemment au cinéaste Arthur Lamothe, aaussi remis, pour laquatrième année consécutive, son prix Bernard- Chagnan-Assiniwi à une personnalité exceptionnelledes Premières Nations:Jacqueline Kistabish.Droit des femmes, non-violence, aide aux toxicomanes sont parmi quelquesunes de ses luttes, de ses défis.La Presse souligne son opiniâtreté en la nommant Personnalité de la semaine.Sa vie a été peuplée de peines et de misères.Mais il y a aujourd'hui autant de fantômes heureux qui veillent sur elle, de courage et d'espoir qui l'animent.À 53 ans, Jacqueline Kistabish, femme forte, n'a jamais baissé les bras.Mère et grand-mère, femme entièrement, elle porte en elle les trésors du passé de sa culture à la fois algonquine et crie, l'espérance d'une réconciliation entre les générations de son peuple, «le respect de ce qu'elle est», comme lui répétait son père, et l'espérance d'une paix durable.Du bois aux abus «Je suis née en Abitibi, entre le bouleau et le sapin», dit-elle en riant, tout en insistant pour direqu'elleavule joureffectivement dans la forêt.Deuxième d'une famille de 10, elle était la dernière enfant à naître ainsi au cours d'une expédition de ses parents nomades.«À 5 ans, je suis sortie du bois», raconte-telle.Ce n'était que pour être prise au piège d'unassujettissement pire encore: le pensionnat à 6 ans.De 1957 à 1964.Àne voir ses parents que durant les grandes vacances.Elle perd à 6 ans tous ses repères, toutes ses amours, et doit affronter seule les démons des adultes.Privée de son enfance, trahie, violentée, agressée, son adolescence aura un goût de fiel.Pour survivre jusqu'alors, elle s'alimente à la spiritualité de son père algonquin, qui, dit-elle «chante au lever et au coucher du soleil».Ces incantations l'habitent lorsqu'elle est trop seule et deviennent un rituel.Premier mariage à 17 ans, un enfant déjà.Puis c'est le rejet de la tribu par le chef même, qui vient lui signifier que, mariée à un Blanc, elle perd son statut d'autochtone.Le mari qui la violentait ne s'est pas porté à son secours.Elle trouve refuge en ville, à Amos.Sa jeunesse la sert bien puisqu'elle ne craque pas, malgré la solitude.«La prière de mon père m'accompagnait.Il me disait de rester moi-même et d'aimer le monde malgré tout.» «N'oublie pas qui tu es, ni d'où tu viens.» Ce père tant aimé qui lui donnait tant de force meurt en 1977, et les défauts de la cuirasse de Jacqueline Kistabish se font jour.«J'ai voulu le rejoindre à plusieurs reprises», avoue-t-elle, encore émue.«J'ai connu l'alcool et la drogue.Le désespoir.» Son père a vécu cela aussi, le jour où on lui a annoncé qu'il perdait une partie de sa liberté pour s'enfermer dans une réserve.«Ne plus être nomade, ne plus avoir besoin de chasser.» Brisures, déchirures, pertes.Ce sont les malaises qui perdurent et se maintiennent en vie d'une génération à l'autre.Elle ne craint pas d'avouer ce qu'elle maîtrise, depuis 15 ans, grâce aux Alcooliques anonymes.«Sans eux, je ne serais pas là aujourd'hui pour vous parler.» C'est avec cetémoignagequ'elle atteint ceuxqui souffrent dans sa réserve, et qu'elle comprend si bien.«Sortir la misère du silence», dit-elle, en ajoutant que certaines des services existants fonctionnent bien mais qu'il faudrait de plusgrandesressources, notammentenmatière de santémentale.«Surtout en sensibilisation», souligne-t-elle avec le soupir de celle qui sait ce que c'est que de n'être pas compris.Le droit au respect Un jour, elle a chassé la violence de sa vie.Un autre jour, elle s'est dit : «Je veux qu'on me respecte.» Rassembleuse, elle a réussi chaque fois à réunir des gens autour d'une même cause.Elle a son franc-parler, mais nuancé de respect et de sensibilité.«Un jour à la fois.Je dis on va aller au bout du chemin ensemble, mais c'est à toi seul d'y aller.Je sais maintenant que je ne peux pas sauver tout le monde.Mais il n'y en aurait qu'un seul que ça vaudrait la peine.» Elle est mère de quatre enfants adultes, grand-mère de sept petits-enfants, dont un bébé de sa fille cadette qui la ravit.Elle habite Val-d'Or, dans un immeuble à logements, et aimerait bien un jour avoir sa maison pour se procurer «un pitou», un chien qui l'accompagnerait dans ses longues marches rapides.Ce n'est pas encore pour elle le temps du repos.Les luttes continuent.Elle a cette fois, à ses côtés, son merveilleux homme, Jean.«Un miracle!» dit-elle.Bien mérité, à n'en pas douter.La communauté où elle est née est à une heure de route.Elle écrit régulièrement au conseil de bande pour faire reconnaître ses petits-enfants comme autochtones aux droits pleins et entiers.Elle ne s'avoue pas vaincue.«J'assisterai à leur prochaine assemblée», promet-elle, combative.En attendant elle maintient bien vivants ses rêves.«J'en ai beaucoup.Pour mon peuple : que la violence s'arrête là, que cesse la victimisation.Que mes enfants et petits-enfants grandissent dans la paix.» Ellesouhaiteperpétuerlesouvenirdesancêtres, des traditions, de la spiritualité, laisser un héritage, c'est ainsi qu'elle voit son rôle.L'un de ses petits-fils lui a demandé récemment de lui donner la photo de sa grand-mère (décédée il y a plusieurs années).Jacqueline Kistabish n'a pu résister à céder un si précieux trésor à un enfant qui croit et dit: «Je me sens en sécurité avec elle.» PHOTO TERRES EN VUES Jacqueline Kistabish 3233472A "]
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