La presse, 27 février 2005, P. Plus
[" LES 100 ANSDE LARELATIVITÉ L'HISTOIRE D'ANDREA ROSS Judith Lachapelle PAGE 3 Mathieu Perreault PAGES 4 ET 5 ARIEL SHARON Lemutant Les ruelles qui mènent de la porte de Damas jusqu'à l'esplanade des Mosquées, au coeur du Vieux-Jérusalem, piquent à travers le souk arabe jusqu'à une maison de pierre sur laquelle flotte, ostensiblement, le drapeau d'Israël.Qui donc a accroché ce pavillon blanc et bleu en plein milieu du quartier musulman de la vieille ville?C'est Ariel Sharon, l'actuel premier ministre d'Israël, qui a acquis l'immeuble il y a une quinzaine d'années.Pas pour y vivre, mais pour lancer un défi aux Palestiniens qui s'aviseraient de croire que cette partie de la ville leur appartient.La petite histoire veut qu'Ariel Sharon soit passé par l'intermédiaire d'un agent pour faire son acquisition: s'ils avaient su qui était leur client, les anciens propriétaires n'auraient jamais consenti à la transaction.Tout l'homme est là: provocateur, rusé et farouchement territorial.Ministre de l'Habitation dans les années 90, c'est lui qui a donné le grand coup d'accélérateur aux implantations juives dans les territoires occupés.«Gaza, c'est notre ceinture de sécurité dans le Sud», note-t-il dans son autobiographie intitulée Le Guerrier \u2014 un titre qui en dit long \u2014qui a été rééditée en 2001.Quatre ans plus tard, Ariel Sharon, l'homme qui a toujours estimé que les territoires conquis en 1967 devaient revenir à Israël, s'apprête à vider cette «ceinture de sécurité» de ses 7000 colons.Il joue ainsi sa carrière politique et peut-être même sa vie.Car le leader israélien est dans la ligne de mire des fanatiques de la colonisation, ce qui en fait aujourd'hui «l'homme le plus menacé d'Israël», selon le journaliste Yoël Marcus.MAHMOUD ABBAS L'homme de raison Un jour de décembre 2002, Mahmoud Abbas, mieux connu sous son surnom de guerre Abou Mazen, se rend à Gaza pour y rencontrer des militants palestiniens.«Il faut cesser le combat immédiatement, leur lance-t-il.Le peuple en a assez.Tuer n'est pas son passe-temps favori.» À l'époque, l'Intifada a deux ans.Les attentats palestiniens entraînent des ripostes israéliennes qui provoquent de nouvelles représailles : le cycle ne semble pas avoir de fin.Et tout Palestinien soupçonné de collaborer avec l'ennemi risque de se faire abattre au détour d'une ruelle.Il faut une bonne dose de courage pour se pointer ainsi dans la bande de Gaza, berceau de toutes les révoltes, et dénoncer le recours aux armes.Mahmoud Abbas, cet homme de coulisses affublé d'un filet de voix et vêtu invariablement d'un complet gris, a non seulement du courage, mais aussi de la suite dans les idées.«Il a toujours pensé que le soulèvement ferait plus de mal aux Palestiniens qu'aux Israéliens », affirme Robert Malley, ex-conseiller de Bill Clinton pour le Proche-Orient, responsable du Moyen-Orient pour le International Crisis Group.Mais son rejet de la méthode forte remonte à plus loin.«Il n'y aura pas de solution au conflit israélo-palestinien sans dialogue», proclamait-il dès les années 70.Mahmoud Abbas sera l'un des architectes des accords d'Oslo, signés entre Israéliens et Palestiniens en 1993.Par ces accords, Israéliens et Palestiniens s'entendaient sur des négociations progressives, où les sujets délicats seraient abordés à mesure que le niveau de confiance monterait entre les deux peuples.SAURONT-ILS FAIRE LAPAIX?LE PREMIER A 76 ANS, L'AUTRE, 69.L'UN EST MENACÉ PAR DES COLONS FANATIQUES, L'AUTRE, PAR LES ISLAMISTES RADICAUX.LE VIEUX LION ISRAÉLIEN ARIEL SHARON ET LE LEADER PALESTINIEN MAHMOUD ABBAS ONT BEAU S'ÊTRE SOLENNELLEMENT ENGAGÉSÀ METTRE FIN À LA VIOLENCE, ILS ÉVOLUENT TOUS DEUX SUR UN SOL MINÉ, COMME EN FAIT FOI L'ATTENTAT SANGLANT SURVENU VENDREDI À TEL AVIV.PORTRAITS DE DEUX POLITICIENS EN SURSIS.PAR AGNÈS GRUDA \u203a Voir SHARON en page 2 \u203a Voir ABBAS en page 2 AFP PHOTO © AFP PHOTO © ALBERT EINSTEIN PLUS PHOTO AP Mahmoud Abbas (à gauche) et Ariel Sharon.Une poignée de main historique à Charm el-Cheikh, le 8 février dernier.Ariel Sharon, le mutant SHARON suite de la page 1 Ariel Sharon a-t-il donc changé au point de risquer sa vie pour faire le contraire de ce qu'il a toujours prôné?Ou s'agit-il d'une ruse de plus ?En Israël, le débat est vif.Ariel Sharon a la réputation d'être un homme de terrain qui connaît par coeur chaque vallée et chaque colline de Cisjordanie.Mais il n'est pas un idéologue et pour lui, les territoires occupés représentaient d'abord et avant tout un coussin de sécurité vital pour Israël, fait valoir le politicologue israélien Moshe Maoz.Après quatre ans d'Intifada, « il réalise que l'occupation est contraire aux intérêts vitaux d'Israël », juge M.Maoz, qui croit qu'Ariel Sharon a changé par pragmatisme.« Nous ne pouvons pas dominer des millions de Palestiniens dont la population double à chaque génération », a dit récemment Ariel Sharon.De quoi faire exulter les colombes israéliennes, qui retournent cette déclaration dans tous les sens dans l'espoir d'y lire l'avenir.Pour Sharon, Gaza n'est qu'un premier pas, spécule-t-on.Plus tard, il évacuera aussi les colons de Cisjordanie.« C'est prendre ses désirs pour la réalité », rétorque Menachem Klein, politicologue israélien engagé dans le dialogue avec les Palestiniens.Selon lui, Sharon a changé, mais pas tant que ça.« S'il sacrifie la bande de Gaza, c'est pour mieux conserver une grande partie de la Cisjordanie.» Toute l'histoire personnelle d'Ariel Sharon donne des arguments aux sceptiques.Né en 1928 dans une famille d'immigrants russes qui ont trimé pour se faire une nouvelle vie, le petit « Arik » aide ses parents à cultiver la terre, avant de se lancer dans une turbulente carrière militaire, puis en politique.Successivement brigadier général durant la guerre de 1967, puis ministre de la Défense lorsque Israël a envahi le Liban en 1982, Ariel Sharon a pris activement part à tous les conflits que son pays a connus depuis sa création.La guerre du Liban lui a coûté cher : une commission israélienne le juge indirectement responsable du massacre de réfugiés Palestiniens dans les camps libanais de Sabra et Chatila.Ce coup dur aurait pu signifier la fin de sa carrière politique.Tenace, Ariel Sharon rebondit.En 1999, il décroche la direction du Likoud, le grand parti de la droite israélienne.En septembre 2000, il se rend sur l'esplanade des Mosquées, lieu saint musulman, une promenade controversée qui fournit l'étincelle dans un Proche-Orient prêt à s'embraser.« Oui, l'homme a véritablement changé », affirme pourtant le politicologue israélien Yossi Alpher, à qui Ariel Sharon a un jour longuement expliqué sa stratégie pour isoler les hameaux palestiniens dans les territoires occupés.Le problème, selon M.Alpher, c'est qu'il est impossible aujourd'hui de mesurer l'ampleur du changement.« Son entourage envoie des signaux contradictoires et il n'a jamais dit que l'occupation des territoires palestiniens ait été une erreur », souligne M.Alpher.À 76 ans, le vieux lion montre patte blanche, mais n'a peut-être pas encore rangé toutes ses armes.Mahmoud Abbas, l'homme de raison LE CHEMIN PARCOURU ACCORDS D'OSLO En septembre 1993, l'ancien premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le leader palestinien Yasser Arafat signent une entente qui prévoit une autonomie progressive pour les Palestiniens.Un an plus tard, en vertu de cette entente, Yasser Arafat rentre d'exil et s'installe à Gaza pour y diriger la nouvelle Autorité palestinienne.Les accords d'Oslo reposent sur un pari : à mesure qu'un climat de confiance s'installera entre les deux peuples, les sujets les plus délicats pourront être discutés.Ce pari n'a pas tenu la route et Mahmoud Abbas estime aujourd'hui qu'il s'agissait d'une erreur.De son côté, Ariel Sharon n'a jamais cru au processus d'Oslo.NÉGOCIATIONS DE CAMP DAVID En juillet 2000, l'ancien président américain Bill Clinton réunit Yasser Arafat et l'ancien premier ministre travailliste israélien, Ehoud Barak, pour tenter de leur arracher un accord définitif.Les négociations achoppent sur le statut de Jérusalem (les Palestiniens veulent y installer leur capitale, les Israéliens aussi) et sur le droit de retour des réfugiés palestiniens.Yasser Arafat juge les offres israéliennes irrecevables et rompt la négociation.INTIFADA Deux mois après l'échec de Camp David, Ariel Sharon, alors leader de l'opposition israélienne, décide de se rendre sur l'esplanade des Mosquées\u2014un des hauts lieux de l'islam.Son geste, annoncé à l'avance, est perçu comme une provocation par les Palestiniens.Des manifestations dégénèrent dans la violence.C'est le coup d'envoi de ce que l'on appelle la deuxième Intifada \u2014 ou soulèvement palestinien.Après 52 mois de combats qui ont fait plus de 4000 morts, le nouveau leader palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien Ariel Sharon se sont engagés, lors du sommet du 8 février dernier à Charm el-Cheikh, en Égypte, à mettre fin à la violence.RETRAIT DE GAZA Quelque 400 000 citoyens israéliens vivent dans les territoires occupés par Israël durant la guerre de 1967, incluant Jérusalem-Est.La vaste majorité de ces colons (80%) vivent tout près de la frontière israélienne.Àpeine 7000 colons vivent dans une quinzaine d'implantations juives dans la bande de Gaza.Le gouvernement d'Ariel Sharon s'est engagé à démanteler ces implantations, ainsi que quatre colonies juives dans le nord de la Cisjordanie.Les évacuations doivent avoir lieu en juillet.ABBAS suite de la page 1 Le processus a éclaté avec fracas après l'échec des négociations de Camp David, en été 2000.Né en 1935 à Safed, un village du nord de la Galilée, Mahmoud Abbas fait partie de la première génération de réfugiés palestiniens.Ballotté de la Syrie, où il étudie le droit, au Qatar, c'est au Koweït, dans les années 50, qu'il rencontre Yasser Arafat, avec qui il fondera le Fatah et qu'il suivra dans tous ses exils.Pendant toutes ces années, Arafat occupe le devant de la scène, Abbas agit dans l'ombre.Les deux hommes se complètent \u2014 l'un possède la fougue et le charisme, l'autre le sens de l'organisation.Leurs relations sont en dents de scie, et leur conflit éclate avec force en 2003, lorsque Arafat se voit forcé par Washington de nommer son vieux compagnon de route au poste de premier ministre.Mahmoud Abbas n'a pas la marge de manoeuvre qu'il souhaite et claque la porte après quatre mois.Fâché, il n'adressera plus la parole à Arafat jusqu'à ses tout derniers jours.Contrairement à Arafat, Mahmoud Abbas « n'est pas hanté par les démons du passé », constate Robert Malley, qui a fréquenté les deux hommes lors des négociations de Camp David.« Abbas n'a rien de manipulateur, de fourbe ou comploteur », écrit-il dans un portrait paru ce mois-ci dans le New York Review of Books.L'élection de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne, en janvier, a mis fin « à la politique de l'ambiguïté » et consacré une nouvelle ère, celle de « la raison, froide et rationnelle », poursuit Robert Malley.« Mahmoud Abbas n'a pas le charisme d'Arafat, mais il est respecté dans le monde, et les Palestiniens croient qu'avec lui, la question palestinienne sera enfin traitée sérieusement », dit Nabil Kukali, qui dirige le Centre palestinien de l'opinion publique en Cisjordanie.Mahmoud Abbas a longtemps été perçu en Israël comme un homme honnête et intelligent, mais sans grand pouvoir.Un faible.« Aujourd'hui, les Israéliens constatent avec surprise qu'il est capable de persuader les groupes radicaux », dit l'analyste israélien Yossi Alpher.Mais si les Israéliens pensent que le chef de l'Autorité palestinienne est prêt à tous les compromis, ils risquent d'avoir une mauvaise surprise.« Abbas est un homme droit, qui déteste les jeux sales de la politique, mais sa plateforme est claire et il n'en changera pas », avertit le politicologue israélien Menachem Klein, qui l'a rencontré il y a cinq ans.« Mahmoud Abbas est fortement opposé à toute entente intérimaire, il ne veut pas répéter l'erreur des accords d'Oslo », dit encore M.Klein.La position de Mahmoud Abbas repose sur trois piliers : Israël doit retourner aux frontières de 1967, Jérusalem- Est doit devenir la capitale de la Palestine et les réfugiés doivent bénéficier d'un droit de retour qui serait mis en oeuvre en tenant compte des intérêts démographiques d'Israël.« Sur ces trois points, l'écart qui le sépare d'Ariel Sharon est bien plus grand que celui qui séparait Yasser Arafat de l'ancien premier ministre israélien Ehoud Barak à Camp David », note Robert Malley, dans un entretien avec La Presse.Mahmoud Abbas n'est pas du genre à s'entêter dans des missions impossibles, disent ceux qui le connaissent.Si rien ne débouche avec Israël d'ici un an, il pourrait bien tirer sa révérence.Et si les Palestiniens ne voient pas rapidement que sa politique apporte des changements concrets dans leur vie, ils pourraient le pousser vers la porte.Comme Ariel Sharon, Mahmoud Abbas est un leader en sursis.Contrairement à Arafat, Mahmoud Abbas « n'est pas hanté par les démons du passé.» La chronique ironique qui voit et entend tout.DES CHIFFRES QUI PARLENT ICI ET AILLEURS Nombre de vols de la compagnie Lufthansa qui ont été annulés cette semaine en raison de la visite du président américain GeorgeW.Bush en Allemagne.Nombre estimé de sectes sataniques en Italie.Superficie, en mètres carrés, d'un centre commercial réservé strictement aux femmes qui sera construit à Riyad.DES OH! ET DES BAH! ILS, ELLES ONT DIT.Avec Marc Thibodeau, Agnès Gruda, Sébastien Rodrigue, AFP et BBC Modeste «C'est la preuve que notre chanson et l'esprit Loco Locass sont devenus incontournables dans l'espace public.» \u2014BIZ, chanteur du groupe Loco Locass, après que l'éditorialiste André Pratte, de La Presse, et le premier ministre Jean Charest eurent évoqué dans la même journée leur chanson critique du Parti libéral québécois.Érotique «J'ai toujours comparé Montréal à une femme.Il faut que cette ville, on l'aime, il faut que l'on ait de l'affection, de la passion, il faut qu'on l'aime dans toutes ses parties.» \u2014PIERRE BOURQUE lors du lancement officiel de sa campagne pour redevenir maire de Montréal mercredi soir.Étonnée «Il nous surprend tous les jours, mais, dans le fond, c'est aussi notre petit garçon.Il joue encore avec des jouets et demande de la nourriture.» \u2014La mère d'un garçon britannique de 3 ans qui vient d'être accepté par l'élitiste club intellectuel Mensa avec un QI estimée à 137 PHOTO REUTERS PHOTO CP GRANDE-BRETAGNE Guide antigaffes La folie des poursuites force les fabricants à multiplier les mises en garde sur leurs produits.L'exercice demande une certaine imagination puisque la capacité d'innovation des consommateurs est sans limite.La revue New Scientist, qui s'amuse à colliger les perles du genre, a accordé son premier prix à une brosse de toilettes qui, précise-t-on, «ne doit pas être utilisée pour son hygiène personnelle».Le deuxième prix va à une trottinette pour enfants, le manufacturier prévenant que «ce produit bouge quand il est utilisé».Les fabricants d'un hachoir électrique précisent, pour leur part, qu'il ne faut pas tenter d'enlever les légumes pendant que les lames tournent.Ajoutons, par crainte de représailles juridiques, que la lecture de la présente chronique peut vous faire perdre un peu de temps.NOUVELLE-ZÉLANDE Ventre à vendre Futures mères, tenez-vous-le pour dit ! Votre ventre, en pleine expansion, présente un énorme potentiel commercial.Parlez-en à Julz Thompson, une Néo-Zélandaise qui a loué le sien pour 200$ à un homme d'affaires.Elle s'est engagée à porter jusqu'à l'accouchement un T-shirt indiquant que «le postier livre toujours», un message dont le sens profond demeure incertain.Elle a par ailleurs refusé l'offre d'un propriétaire d'hôtel qui voulait la voir porter le message : «J'en suis arrivée là au motel du vieux Alfie».L'idée est si populaire que l'entreprenante dame songe à mettre sur pied une entreprise pour mettre en contact les annonceurs et les femmes enceintes.Les annonceurs proches du Parti libéral doivent se mordre les doigts de ne pas y avoir pensé plus tôt.EN HAUSSE.EN BAISSE > RALPH GOODALE Le ministre des Finances s'est reconverti en père Noël en distribuant des cadeaux à tout vent dans son nouveau budget.Seul le Bloc québécois semble véritablement insatisfait de ce qu'il a trouvé (ou n'a pas trouvé) sous le sapin.> TSUNAMI Le mot a la cote métaphorique par les temps qui courent.Engouement terminologique oblige, on a eu droit dans les médias à un «tsunami de parfums», un «tsunami de nostalgie» ou encore un «tsunami de protestations ».Un tsunami de silence ne serait pas superflu.> LE PRINCE CHARLES L'aspirant au trône britannique va de déception en déception depuis qu'il a annoncé son intention d'unir officiellement sa destinée à celle de Camilla Parker Bowles.Cette semaine, la reine y a mis son grain de sel en annonçant qu'elle n'assisterait pas à la cérémonie.Au rythme où vont les choses, unmariage en catimini dans un obscur établissement de Las Vegas ne semble pas exclu. PLUS PHOTO IVANOHDEMERS, LA PRESSE Andrea était une des « déesses » du café Navarino, où ça sent bon le café et les pâtisseries maison.Il y a six mois, elle s'est suicidée.L'histoire d'Andrea Ross Elle est l'une des quelque 1350personnes qui se sont enlevé la vie au Québec, en 2004.Mais pour les amis qu'elle a laissés derrière, elle est bien plus qu'une statistique.L'onde de choc continue d'ébranler ceux qu'elle a croisés au cours de ses 29 ans de vie.JUDITH LACHAPELLE Guy Sprung ne connaissait pas Andrea Ross.Ou si peu.À peine s'il lui a dit deux mots pendant toutes ces années où elle lui a servi son café du matin, au comptoir du Navarino.Elle n'était qu'une des « déesses du café », comme il est inscrit sur la boîte à pourboires de cette boulangerie-pâtisserie du quartier Mile End.Mais aujourd'hui, six mois après son suicide, Guy Sprung dit se sentir complice de la mort d'Andrea.Originaire de Kingston, Ontario, Andrea Ross a poussé pour la première fois la porte du café Navarino il y a quatre ans.« Elle était malheureuse à son ancien emploi et voulait travailler ici, se souvient Peter Tsatoumas, le proprio.J'ai tout de suite vu que c'était une fille dure, coriace, mais je pouvais sentir qu'au fond, c'était une bonne fille.Assis à l'une des tables du café que sa famille a fondé en 1962, Peter Tsatoumas a l'air sombre.« Je commence tout juste à être capable d'en parler.Avant, je commençais à parler d'Andrea, puis je devais arrêter, dit-il.Je pense toujours à elle.Franche et honnête, la jeune femme ne lui a rien caché dès leur première rencontre.Elle avait été héroïnomane.Elle suivait maintenant sur un programme de méthadone.« Vous savez, j'en ai connu des gens sur la méthadone et vous ne pouviez tout simplement pas leur faire confiance.Mais Andrea, si.Je l'ai engagée.» Andrea a commencé à travailler à temps plein au Navarino, au coin de l'avenue du Parc et de la rue Saint-Viateur.Sur le trottoir devant la vitrine, les bourgeois-bohèmes du Mile End côtoient les mamans juives qui poussent des landaus « Les gens qui travaillent dans mon café ne sont pas traités comme des employés.On est une vraie famille.» Ça sent bon le café et les pâtisseries maison.Un tableau d'affichage est tapissé de petites annonces du Mile End.Björk joue en sourdine.Les clients s'échangent les journaux de table en table.Une thérapie à la méthadone peut durer des années.Certains ne s'en sèvreront jamais.Certains craquent et retournent vers l'héroïne.Mais il y a un an, Andrea a donné sa dernière bouteille de méthadone à Peter.« Elle m'a dit : cache-la, je ne veux pas savoir où, mais en cas d'urgence, tu me la redonneras.Je l'ai cachée dans mon bureau.Elle aurait très bien pu la trouver, elle savait qu'elle était là.Mais elle n'y a jamais touché.Au bout de trois mois, j'ai jeté la bouteille.Elle n'en avait plus besoin.» « C'était une petite femme avec une grosse voix », résume son ancien copain, Justin Canning.Tous ceux qui l'ont côtoyée s'entendent sur une chose : Andrea n'était pas banale.Du genre à avoir connu les bas-fonds de la vie d'héroïnomane, allant jusqu'à faire la rue pour se payer un rush.Du genre à partir sur un coup de tête traverser le continent sur le pouce.Du genre à s'inscrire dans un cours de mécanique pour montrer aux gars qu'elle était capable de faire le boulot.« On avait des discussions musclées, se souvient Peter.Comme un frère et une soeur.» Elle avait des idées pour le café.Végétarienne, elle venait de convaincre Peter d'afficher la quantité de vitamines et de nutriments dans chacune des salades du comptoir.« Elle avait vécu tant de choses, dit Justin, et elle nous les racontait pour ne pas qu'on fasse les mêmes erreurs.» Elle parlait d'ailleurs de devenir travailleuse sociale pour aider ceux qui ont connu un parcours cahoteux.«Elle se battait pour qu'on la reconnaisse comme quelqu'un.» Et le simple fait d'avoir un emploi stable et de payer le loyer était, pour elle, une formidable victoire.« Mais elle portait un lourd passé », dit Peter.Elle tenait le coup, suscitant l'admiration de ses amis et collègues de travail.Quelques jours avant sa mort, elle avait fièrement brisé le pendentif en forme de crâne, symbole de son passé, qu'elle portait depuis six ans.Andrea, aux yeux de ses amis, semblait enfin avoir atteint cet état de normalité qu'elle recherchait tant.Mais ce qui s'est passé la dernière fin de semaine d'août allait les laisser la tête pleine de doutes.Le grand vide Après trois ans d'une relation en montagnes russes, Justin et Andrea ont rompu au début de l'été.Ils ont néanmoins continué de se voir de temps en temps.Le jeudi 26 août, à la demande d'Andrea, il accepte d'aller lui porter de la bière chez elle.« Je me souviens d'avoir vu beaucoup de lumière dans l'appartement.Quand j'y repense, c'est la dernière fois que j'ai vu Andrea, et elle était dans un halo de lumière.» Il sourit.« Oh well, this is crazy.Le vendredi soir 27 août, Andrea appelle Justin et le supplie de venir la voir.«C'était impossible.J'avais bu avec un ami qui était effondré sur le divan, et je devais rejoindre ma copine plus tard.Je lui ai dit que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas aller la voir pour ne pas qu'on recommence encore à s'engueuler.Elle me disait qu'elle avait peur, qu'elle ne pouvait vivre sans moi, et tout.» Andrea a rappelé deux ou trois fois.Justin ne s'est pas déplacé.Le samedi matin 28 août, vers 7h, Peter attend Andrea qui doit ouvrir le café.Elle est en retard.Il ne s'inquiète pas.Peut-être a-t-elle trop fêté la veille ?À 8h, la seconde employée arrive.Andrea n'y est toujours pas.La collègue, qui a les clefs de l'appartement d'Andrea, se rend sur place.Elle y découvre Andrea pendue dans un cadre de porte, avec la laisse du chien et une ceinture.Andrea s'est donné la mort exactement comme son ancien copain avait mis fin à ses jours, six ans auparavant, avec la même laisse, avec la même ceinture.Une histoire de dettes de drogue, dans son cas.« Sauf qu'ils devaient le faire ensemble, c'était un pacte, dit Justin.Je crois qu'elle a toujours gardé en tête qu'elle aurait pu partir avec lui, il y a six ans.» Peter se frotte le front.« Oui, ça a été une terrible surprise.Et ça fait mal.Elle connaissait mon numéro de cellulaire, elle savait qu'elle pouvait m'appeler n'importe quand.» Colère.Tristesse.Incompréhension.Ce matin-là, Peter a mis les clients dehors et a verrouillé la porte du café.Il se lève et retourne derrière le comptoir.Un client se penche.« Mon frère s'est suicidé, il y a 18 ans », dit-il.« Je ne connaissais pas vraiment Andrea, juste comme ça.Quand j'ai su ce qui lui était arrivé.Un pacte de six ans Le client parle nerveusement.« On ne peut rien faire à moins que la personne te dise clairement : eh, je vais me tuer.» L'homme s'arrête.Se frotte les sourcils.« Je ne sais pas.Peut-être que j'essaie juste de me déculpabiliser en disant ça.» La lettre trouvée chez Andrea ne contenait rien qui puisse apporter des réponses, disent ses amis.Pas de colère, pas de ressentiment, pas d'explications.Peter préfère ne pas supputer sur les raisons de son acte.Justin croit qu'elle a choisi d'aller rejoindre son copain avec qui elle avait conclu un pacte, six ans auparavant.Se sent-il coupable?«Je ne pouvais pas y aller, ce soir-là », répète- t-il.Andrea avait aussi appelé ses meilleurs amis ce même vendredi soir, comme pour les entendre une dernière fois.« On a toujours été là pour elle à un moment donné.» Six mois plus tard, ceux qui ont croisé la route d'Andrea sont encore ébranlés par son décès.Guy Sprung, metteur en scène de son état et simple client du Navarino, parle peu.Il ne connaissait pas Andrea, répète-t-il.Mais il a récemment signé, dans The Globe and Mail, un article sur la vie de la jeune femme.« N'est-il pas de notre responsabilité comme être humain de se regarder dans les yeux lorsque nous nous rencontrons ?D'être attentif à ceux que nous croisons chaque jour et de communiquer d'une certaine façon que le monde est un endroit où il vaut la peine de vivre ?», écrit-il.« Publier cet article est la seule chose que je pouvais faire », dit Guy Sprung.« Je me sentais coupable.Pourquoi n'ai-je rien vu venir ?C'est peut-être aussi de notre faute, à la société.En cachant le suicide, on cache aussi notre faute.» Il réfléchit.« C'est la société qui est malade.On n'a pas le droit d'être aveugle.Je me suis aussi demandé si on n'assistait pas un phénomène de sélection darwinien.Peut-être que ceux qui sont trop sensibles meurent, et ceux qui le sont moins vivent ?Je ne le sais pas.» Justin, lui, dit comprendre le geste de son amie, sans l'approuver.La souffrance d'Andrea était immense.« Mais moi, les fois où j'ai pensé me suicider, je me suis arrêté et je me suis dit : Non, Justin.Pense à la peine que tu ferais aux gens qui t'aiment.» COURRIEL Pour joindre notre journaliste : judith.lachapelle@lapresse.ca DES CHIFFRES ET DES MAUX > Environ 1350personnes se suicident au Québec chaque année.> La Finlande et l'Autriche affichent des taux de suicide plus élevés, tout comme des pays de l'Europe de l'Est, dont la Lituanie, la Russie, le Belarus et l'Ukraine.> Selon Paul-André Perron, conseiller en prévention au Bureau du coroner en chef du Québec, cité par la Presse Canadienne, les sociétés qui ont vécu des changements sociaux et économiques importants et très rapides, au point de provoquer un bouleversement des rôles sociaux, seraient plus touchées par le suicide.> Le taux de suicide a fléchi au Québec depuis 2000.Il demeure le plus élevé au Canada, et est plus bas à Montréal que dans les autres régions du Québec.> Près de quatre suicidés sur cinq en 2000-2002 étaient des hommes, généralement d'âge moyen.La pendaison est le moyen le plus fréquemment utilisé.Suicide-Action Montréal : (514) 723-4000 Tel-Aide Montréal : (514) 935-1101 Tel-Jeunes : 1-800-263-2266 PHOTO ARCHIVES Andrea Ross Ce matin-là, Peter a mis les clients dehors et a verrouillé la porte du café. PHOTO AP Albert Einstein et Mileva Maric, 1910 EINSTEIN LES 100 ANS DE LA RELATIVITÉ En 1905, Albert Einstein a 26 ans.Il travaille au bureau des brevets de Zurich, en Suisse, depuis trois ans.Les quelques universités auxquelles il avait offert ses services après son doctorat à l'École polytechnique de Zurich avaient fait la sourde oreille.Néanmoins, il continue à potasser la physique dans ses temps libres, le soir et la fin de semaine.Puis, coup sur coup, le jeune fonctionnaire publie trois articles qui révolutionnent la physique : en juin, sur le comportement et l'énergie de la lumière ; en juillet, sur le mouvement des atomes ; et en septembre, il pose les bases de sa fameuse théorie de la relativité.1879\u2014Albert Einstein naît à Ulm, dans le sud de l'Allemagne.Le dicton de la ville est : «Les gens de Ulm sont des mathématiciens.» 1895\u2014À 16 ans, il écrit son premier essai scientifique : Enquête sur l'état de l'éther dans un champ magnétique.1900\u2014Il obtient son diplôme de l'École polytechnique de Zurich.1902\u2014Son père, Hermann, meurt.Sa fille Lieseri naît, hors du mariage, de sa relation avec Mileva Maric, une étudiante de physique.Le sort de sa fille est inconnu.1901 \u2014 Il devient citoyen suisse.1903 \u2014 Il marie Mileva Maric.1904 - Son fils Hans Albert naît (il devient ingénieur hydraulique et vit jusqu'en 1973).1905\u2014Il publie six articles qui révolutionnent la physique, expliquant notamment la nature de la lumière, le mouvement des atomes, la théorie de la relativité et l'équation E=mc2.1916\u2014Il publie les fondations de la théorie générale de la relativité.1917 - Il publie un article qui pose les fondations du laser.1921\u2014Durant sa première visite aux États-Unis, il est traité en héros.Il reçoit le prix Nobel de physique pour sa découverte de la loi de l'effet photoélectrique en 1905.1925\u2014Il publie sa prédiction du condensat de Bose-Einstein, un état de la matière qui ne sera réalisé qu'en 1995.1920\u2014Sa mère meurt.1910\u2014Son fils Eduard naît (il étudie la psychiatrie et vit jusqu'en 1965).1909 - Il est nommé professeur de physique à l'Université de Zurich.1914\u2014Il est nommé professeur à l'Université de Berlin et membre de l'Académie prussienne des sciences.1919\u2014L'académie royale de Londres présente les résultats de deux observations d'une éclipse solaire, qui confirment la théorie de la relativité générale.Il divorce et épouse sa cousine Elsa Löwenthal, avec qui il vit déjà à Berlin.1922\u2014Il publie son premier article sur la théorie unifiée de la physique, une question qui le hantera pour le reste de sa carrière de chercheur.omme expliquer l' annus mirabilis d'Einstein, son « année merveilleuse » où il a fait des avancées majeures dans trois domaines différents de la physique ?Comment un petit fonctionnaire a-t-il pu faire des avancées majeures dans trois domaines différents de la physique et se hisser d'un coup au panthéon de la science ?« Einstein a été innovateur justement parcequec'étaitunesprit indépendant», explique, joint à Paris, le journaliste scientifique François de Closets, qui vient de publier une biographie d'Einstein, Ne dites pas à Dieu ce qu'il doit faire.« Comme il était en dehors de l'élite de la physique, il pouvait se permettre d'aller contre les théories admises.D'ailleurs, il avait une personnalité difficile, alors il se souciait peu de l'opinion des autres.» Sceptique Preuve de son esprit frondeur, Einstein n'a jamais reconnu certaines théoriesinspiréesde sespropres travaux, même s'il ne parvenait pas à démontrer qu'elles étaient erronées.Il a notamment snobé le principe d'incertitude de Heinsenberg : un principe selon lequel il est impossible de connaître simultanément la vitesse et la position d'une particule élémentaire comme l'électron (d'où l'«incertitude»).« Pour Einstein, il était inacceptable que la nature ne soit pas mesurable », explique Paul Paradis, maître d'enseignement en physique à l'École de technologie supérieure, en entrevue dans son bureau de la rue Notre-Dame.Einstein maintenait donc que les théories n'étaient tout simplement pas encore assez avancées pour éliminer l'incertitude.Et il avait peut-être raison : certains découvertes récentes en physique donnent à penser que le principe d'incertitude de Heinsenberg n'est pas insurmontable.» La voile plutôt que la physique Einstein a consacré les 30 dernières années de sa vie à plancher sur les problèmes que posaient la mécanique quantique (les théories sur la lumière), sans arriver à ses fins.«Les mauvaises langues disent qu'il aurait pu abandonner la physique et consacrer tout son temps à la voile, l'unde ses passe-temps préférés, sans que la science ensouffre», indique M.Paradis avec un sourire.Dans sa jeunesse, l'indépendance d'esprit d'Einstein s'est pourtant révélée précieuse.Au tournant du siècle, les preuves que la lumière n'est pas seulement une onde s'accumulent.Et pourtant, les physiciens ferment les Un génie dissimulé derrière un fonctionnaire du bureau des brevets L'EFFET PHOTOÉLECTRIQUE Avec sa description de l'effet photoélectrique, Einstein mettait un point final à une énigme qui chicotait les scientifiques depuis des siècles, et qui était devenue cruciale au tournant du siècle : qu'est-ce que la lumière?Einstein a réussi à comprendre que la lumière est faite de photons, qui n'ont pas de masse, mais peuvent transmettre leur énergie à des particules dotées d'une masse ; et que l'énergie d'un photon est liée à sa fréquence.Il a décrit comment les photons induisent des courants électriques en rencontrant un objet solide, un phénomène qui est illustré à la perfection dans les cellules photoélectriques qui nous ouvrent les portes dans les autobus et les supermarchés.La description qu'Einstein a faite de la lumière a mené à la mécanique quantique, qui explique les interactions des particules de lumière et des particules élémentaires comme l'électron.LA RELATIVITÉ On parle souvent de la théorie de la relativité d'Einstein.Mais en fait, il y a deux théories : celle de la relativité restreinte, publiée en 1905, et celle de la relativité générale, publiée en 1916.La relativité restreinte explique qu'un objet qui bouge n'évolue pas dans le même temps qu'un objet qui est immobile (ou qui bouge plus lentement, ou plus vite) : le temps passe plus lentement quand on va lentement ; à la limite, un astronaute qui voyagerait très vite pendant longtemps serait, à son retour sur Terre, plus jeune que son frère jumeau.La relativité générale étend sa portée à la force gravitationnelle, ce qui a eu des impacts cruciaux pour l'astrophysique.UNE VIE PRIVÉE COMPLIQUÉE Si Einstein n'avait pas existé, à quoi ressemblerait le monde LE MONDE SANS EINSTEIN d'aujourd'hui ?Cent ans après la relativité, l'hypothèse ne mène pas à un 20e siècle radicalement différent\u2014à part peut-être la bombe atomique, qui a mis fin à la Deuxième Guerre mondiale.Mais poser la question permet de jauger l'importance relative des trois grandes avancées que la physique a connues grâce à Einstein en 1905.Quand on pense à Einstein, on pense à la théorie de la relativité.Mais en 1921, c'est pour son travail sur l'effet photoélectrique qu'il a reçu le prix Nobel de physique.En fait, l'héritage d'Einstein dans la vie de tous les jours a bien peu à voir avec la théorie de la relativité.LA RELATIVITÉ La théorie de la relativité restreinte a eu surtout des effets théoriques, mais son impact pratique est peut-être le plus important des legs d'Einstein : la bombe atomique, qui découle de l'équation E=mc2, elle-même dérivée de la relativité restreinte.«Plus prosaïque, mais plus fréquemment utilisé, le radar optique utilisé par les policiers pour déterminer les excès de vitesse est basé sur la relativité restreinte », note Guy Moore, professeur de physique à Mc Gill.« Un récent numéro du Scientific American évoquait un exemple un peu plus alambiqué, mais ayant une portée plus importante : le système de positionnement global GPS, qui donne la position des randonneurs égarés, des voitures volées et des avions en vol.Sans un calcul de l'impact de la relativité sur les mesures des satellites, le GPS aurait une incertitude de 11 kilomètres, ce qui le rendrait fort peu utile.» L'ÉLECTRONIQUE « Toute l'électronique moderne est basée sur un article publié par Einstein en 1905, explique M.Moore, de Mc Gill.Aussi, les panneaux solaires et les cellules photoélectriques qui ouvrent les portes dans les magasins et les autobus.Et la photographie moderne, indirectement.Au plan théorique, toute la physique quantique est basée sur les travaux d'Einstein.»Àl'École de technologie supérieure, Alain Hénault, professeur de physique, ajoute un élément à la liste : le laser, qui a été mis au point par Einstein lui-même à partir de 1917.« Donc, on parle des scanners, des pointeurs, des DVD et des CD, des fibres optiques, qui découlent tous de l'effet photoélectrique décrit par Einstein.» L'ASTROPHYSIQUE L'astrophysique est l'autre domaine théorique où la relativité a laissé sa marque.« La relativité générale constitue la base de toutes les réflexions et découvertes en cosmologie, la structure à grande échelle de l'univers » , explique René Racine, professeur d'astrophysique à l'Université de Montréal.« Elle forme le cadre d'interprétation des données des télescopes, et a été vérifiée dans ses moindres détails.Einstein lui-même n'était pas très conscient de l'impact que ça aurait.» MATHIEU PERREAULT «Toute l'électronique moderne est basée sur un article publié par Einstein en 1905.» L'ANNÉE EINSTEIN LES 100 ANS DE LA RELATIVITÉ 1955\u2014Dans sa dernière lettre, écrite à son ami de longue date Bertrand Russell, il accepte d'ajouter son nom à un manifeste demandant à toutes les nations de renoncer à l'arme nucléaire.Il meurt d'une rupture d'aorte.Ses cendres sont disséminées dans un lieu secret, peut-être le fleuve Delaware.1930\u2014Naissance de son premier petit-fils, fils de Hans Albert.Eduard devient schizophrène.1933\u2014Il s'installe à demeure à l'Université Princeton, au New Jersey Son domicile de Caputh, en banlieue de Berlin, est fouillé par les nazis.Sa belle-fille avait déjà arrangé l'envoi de ses archives en Amérique.1936\u2014Sa deuxième femme, Elsa, meurt à 60 ans.1940\u2014Il devient citoyen américain, mais garde son passeport suisse.1948\u2014Sa première femme, Mileva, meurt à Zurich.1952\u2014Il décline l'offre de devenir le deuxième président d'Israël, mais il est ému par la proposition.1928\u2014Victime d'une attaque, il reste alité pendant quatre mois.1932\u2014Inquiet de l'ascension d'Hitler, Einstein part pour l'Institut de technologie de Californie, avec l'intention de retourner à Berlin l'année suivante.1935\u2014Il publie un article critique de la mécanique quantique.Il se rend en voilier aux Bermudes pour demander un visa d'immigrant pour les États-Unis.C'est la dernière fois qu'il quitte ce pays.1939\u2014Il écrit au président Franklin D.Roosevelt pour lui recommander de lancer un projet de bombe nucléaire.yeux.«Henri Poincarré avait tous les éléments de la théorie de la relativité dans ses articles, mais il ne parvienait pas à admettre que la lumière est matière, alors il n'a pas franchi le dernier pas, dit M.de Closets.Einstein, lui, privilégiait les belles théories, qui étaient élégantes : pour lui, les dogmes n'étaient pas importants.» Cette élégance théorique d'Einstein explique en partie ses succès.« D'autres personnes se sont approchées de la relativité restreinte, dont le physicien hollandais Hendrik Lorenz et Poincarré, qui a écrit des articles qui sont d'une certaine manière plus complets du point de vue mathématique que ceux d'Einstein, mais qui n'ont pas la même force au plan des conséquences physiques de la relativité restreinte », explique Guy Moore, professeur de physiqueà Mc Gill.« Normalement, quand une théorie révolutionnaire est avancée, il faut une ou deux décennies pour que d'autres physiciens la raffinent et la transforment en son expression opti-male, à ses éléments essentiels.Einstein a immédiatement saisi toutes les implications et les aspects fondamentaux de la relativité restreinte.Il a aussi écrit un livre pour le grand public qui est très élégant, facile à lire pour un livre de physique.» Antisémitisme Plusieurs auteurs ont affirmé que si Einstein n'a pas obtenu de poste dans une université avant 1911, c'est parce qu'il était juif.François de Closets n'est pas d'accord.« Oui, c'était un bon physicien, mais il était d'un caractère impossible : c'est pour cela qu'il n'a pas eu de poste.J'ai rencontré des gens qui avaient étudié dans les années 30 à l'École polytechnique de Zurich, et ils m'ont raconté que le mauvais caractère d'Einstein était légendaire.De plus, l'Allemagne, et encore davantage la Suisse, n'étaient pas très antisémites en 1905 ; ce n'était pas comme en Russie.Einstein n'a pris conscience de son judaïsme qu'en 1920, avec la montée de l'antisémitisme en Allemagne ; s'il l'avait connu dès 1905, nous l'aurions su.» E=mc2 L'équation E=mc2 découle de la théorie de la relativité restreinte, et a été aussi publiée en 1905.Elle postule que l'énergie (E) d'une particule élémentaire est égale à sa masse (m) multipliée par le carré de la vitesse de la lumière (c, 300 000 kilomètres par seconde).Avec cette équation, Einstein lie de manière mathématique l'énergie et la masse et explique comment le noyau des atomes, infiniment petit, peut contenir d'immenses quantités d'énergie.LA BOMBE ATOMIQUE En 1939, Albert Einstein est inquiet des ambitions de l'Allemagne nazie.Il sait que ses propres théories, particulièrement l'équation E=mc2, peuvent être utilisées pour libérer des énergies beaucoup plus grandes que celles des bombes et des sources d'énergie traditionnelles.Il sait aussi que les physiciens allemands sont très compétents.Alors il écrit au président américain, Frankin D.Roosevelt, pour lui recommander de lancer un projet de bombe, qui deviendra le projet Manhattan et mènera à Hiroshima et Nagasaki.Plus tard, rongé de remords devant l'hécatombe au Japon, Einstein se joint au mouvement pour le bannissement des armes nucléaires.LE MOUVEMENT BROWNIEN En 1905, Einstein a définitivement prouvé l'existence de l'atome en décrivant le«mouvement brownien » , la vibration des atomes.Le mouvement brownien avait été décrit pour la première fois en 1820 par Robert Brown, un botaniste britannique qui observait au microscope que le pollen vibrait ; mais Brown pensait qu'il s'agissait de la manifestation d'un organisme vivant.Einstein a compris que ce mouvement était aléatoire et qu'il était proportionnel à la température.L'ATOME « Einstein a mis un point final à la dispute entre atomistes et non-atomistes, ceux qui croyaient à l'existence de l'atome et ceux qui la niaient », expose Paul Paradis, maître d'enseignement en physique à l'École de technologie supérieure.« L'atome est un élément crucial de la science moderne », dit-il.Les découvertes d'Einstein à cet égard trouvent toutefois peu d'aplications pratiques.«Je penserais seulement à une technique de séparation des atomes légers et lourds, qui est utilisée en médecine, notamment pour identifier les virus », précise M.Paradis.LE RELATIVISME MORAL En faisant entrer la théorie de la relativité dans la culture populaire, Einstein a bien malgré lui donné sa caution à l'idée que «tout est relatif ».Cette idée - souvent interprétée comme « toutes les opinions se valent » \u2014 constitue la pierre d'assise du relativisme moral et de la rectitude politique.« Einstein aurait été découragé d'entendre des gens citer la théorie de la relativité pour justifier l'opinion que tout est relatif », dit Alain Hénault, professeur de physique à l'École de technologie supérieure.« Son but était de quantifier la relativité entre des phénomènes bien définis.Pour lui, il était impensable de soutenir qu'on peut dire une chose et son contraire, autrement dit, qu'il n'existe pas de vérité.» COMBIEND'ANNÉES DE PLUS ?Àquel rythme retard aurait progressé la science sans Einstein?Les experts consultés par La Presse sont unanimes : la théorie de la relativité restreinte aurait été découverte jusqu'à 15 ou 20 ans plus tard, soit dans les années 20 plutôt qu'en 1905.Quant à la théorie de la relativité générale, qui en découle, les scientifiques auraient mis 60 ans de plus à l'élaborer, alors qu'Einstein y est parvenu en 11 ans.Donc, sans Einstein, pas d'Hiroshima à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. PLUS Ce Maroc où pourrait être expulsé Adil Charkaoui Des détenus y rapportent avoir signé des déclarations sous la torture Plus de 2000 arrestations, 900 condamnations dont 17 à mort.Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et du 16 mai 2003, à Casablanca, ceux que le Maroc soupçonne d'activités terroristes n'ont pas eu la vie facile.Portrait du Maroc dans lequel Adil Charkaoui, ce Montréalais qu'on soupçonne d'être membre d'Al-Qaeda, pourrait se retrouver si le juge de la Cour fédérale qui entend la cause, donne raison au gouvernement canadien qui veut l'expulser.LAURA-JULIE PERREAULT ENVOYÉE SPÉCIALE MAROC CASABLANCA \u2014 Sanaa s'est doutée que quelque chose n'allait pas quand son voisin a quitté l'école et a cessé de lui parler.Mais jamais la jeune Marocaine n'aurait pensé que cet ami d'enfance allait, avec 11 autres jeunes, se métamorphoser en bombe humaine au centre-ville de Casablanca et transformer en enfer la vie des gens de Sidi Moumen, le quartier de bidonvilles qu'il laissait derrière lui.« Depuis les attentats de mai 2003, la police rôde dans notre bidonville jour et nuit.On sent la pression tout le temps », raconte la jeune fille de 22 ans, à l'abri des oreilles curieuses, dans le petit salon de la maisonnette qu'elle habite avec sa famille.L'État marocain, qui vivait une libéralisation sans précédent depuis le milieu des années 90, a resserré l'étau sécuritaire depuis les attentats du World Trade Center en 2001, ceux du centre-ville de Casablanca en 2003 et enfin ceux de Madrid, en mars 2004, attribués à des Marocains.Plus de 2000 personnes, soupçonnées de liens avec des organisations extrémistes, ont été arrêtées : 900 ont été reconnues coupables d'activités terroristes et 17 ont été condamnées à mort.Dans un récent rapport, l'organisation internationale Human Rights Watch, qui a enquêté au Maroc, fait état de l'existence à Témara, près de Rabat, d'une prison secrète où les personnes soupçonnées de terrorisme sont interrogées par la police secrète marocaine, la Direction générale de la surveillance du territoire (DST).Plusieurs détenus ont rapporté qu'on leur a extirpé des aveux ou qu'on les a obligés à signer des déclarations qu'ils n'avaient pas faites sous la torture.Dans une récente entrevue à Radio- Canada, cette police secrète, redoutée depuis le règne de Hassan II, a affirmé qu'elle voulait interroger le Montréalais Adil Charkaoui s'il est expulsé vers le Maroc en vertu du certificat de sécurité délivré contre lui par le Canada.Cette semaine, les autorités marocaines ont annoncé qu'un mandat d'arrêt a été lancé contre lui.Rapports concordants Le rapport de Human Rights Watch fait écho aux précédents rapports de l'Association marocaine des droits humains et d'Amnistie internationale.Ces deux organismes soulignent que les droits fondamentaux de plusieurs détenus ont été bafoués, autant derrière les barreaux qu'en cour, et demandent à l'appareil étatique marocain de revoir sa pratique.Sanaa, qui vit au jour le jour au milieu des contrôles policiers, aimerait pour sa part que son gouvernement choisisse la prévention plutôt que la répression.« Malheureusement, je ne pense pas que l'approche sécuritaire de l'État est la bonne.Selon moi, elle ne fait qu'aggraver la situation en permettant aux islamistes de recruter de nouveaux jeunes », ajoute- t-elle.Une bataille de porte-à-porte La bataille entre modernité et islamisme radical est un combat de tous les jours à Sidi Moumen, le quartier le plus défavorisé de Casablanca.On y vit dans la marginalité, sans eau courante, avec de l'électricité trafiquée.Le chômage pandémique, même parmi les jeunes diplômés, condamne une génération entière à la déprime.« On n'a qu'à dire qu'on vient de Sidi Moumen et les gens écarquillent les yeux », note la jeune femme qui a dû récemment abandonner ses études universitaires.Dans ces conditions, les islamistes qui dénoncent les inégalités économiques et sociales au Maroc ainsi que la corruption de l'État et de la monarchie, ont beau jeu.« Une bonne partie du recrutement par les islamistes se fait par l'entremise de vidéocassettes qui passent de maison en maison.Le recrutement prend de six mois à un an.Ça commence par un lavage de cerveau.En 2003, on a vu comment ça peut finir », note Annan Nouredine, un collègue de Sanaa, âgé de 25 ans.Selon lui, Sidi Moumen est un terrain propice à l'endoctrinement depuis 20 ans, deux décennies pendant lesquelles les habitants des bidonvilles se sont sentis abandonnés par leur gouvernement.Annan et Sanaa font aussi du recrutement dans leur quartier, mais pour une tout autre cause.Membres de l'organisation Espoir 2, ils montent des pièces de théâtre à caractère social avec les jeunes des bidonvilles.Ils espèrent ainsi convaincre une partie des jeunes de ne pas tomber dans les filets des islamistes extrémistes.Les groupes à risque Espoir 2 est l'une des dizaines d'organisations de quartier qui tentent de raccrocher les jeunes à la modernité en les faisant participer à des projets.Une pléiade d'organismes internationaux, dont Alternatives, dont le siège social est à Montréal, tentent de permettre à ces remparts contre l'islamisme extrémiste de s'élever un peu plus haut tous les jours, en les aidant à s'organiser, à obtenir du financement et à établir des contacts avec d'autres organisations semblables.«C'est vraiment à ce niveau-là, dans la rue, que se vivent les plus grandes batailles du Maroc de demain », explique Hamouda Soubhi, directeur de la programmation d'Alternatives au Maroc.Selon lui, plus d'actions sont nécessaires pour aider les groupes à risque, dont les diplômés au chômage qui ont la jeune vingtaine.« Les jeunes hommes ont un poids énorme sur les épaules.Dans la culture marocaine, c'est à eux que revient la responsabilité de nourrir leur famille.Quand ils sont chômeurs, ils peuvent faire des choix dangereux.Que ce soit celui de l'immigration illégale ou celui de l'islamisme », remarque M.Soubhi.Depuis les attentats terroristes de 2003, l'État marocain a aussi tenté de faire de la prévention dans Sidi Moumen en construisant des immeubles à logements qui permettront de reloger les familles.Cette mesure a cependant peu d'impact sur l'emploi.« Malheureusement, pour le moment, ces immeubles modernes sont les arbres qui cachent la forêt.La bataille de l'exclusion sociale, elle, n'est pas gagnée », note Tahar Chaibat, qui travaille pour l'organisme qui chapeaute les associations de quartier.Ce reportage a été réalisé avec la contribution de l'Agence canadienne de développement international.PHOTO ARCHIVES Des policiers marocains tentent de retenir une foule venue rendre un dernier hommage au roi Hassan II, le 25 juillet 1999.Depuis, il y a eu les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et du 16 mai 2003 à Casablanca, et la police rôde, en particulier dans le bidonville de Sidi Moumen.Dans une récente entrevue à Radio-Canada, la police secrète, redoutée depuis le règne de Hassan II, a affirmé qu'elle voulait interroger le Montréalais Adil Charkaoui s'il est expulsé vers le Maroc en vertu du certificat de sécurité délivré contre lui par le Canada.Danse avec les fantômes AGNÈS GRUDA BILLET Il ne fait pas bon s'appeler Jan Kowalski en Pologne ces joursci.Ce nom est un peu l'équivalent de Jean Tremblay au Québec : vous prenez un annuaire téléphonique et vous en avez pour des pages et des pages.Mais le nom de Jan Kowalski figure aussi à 37 reprises sur une liste de l'ancien service de sécurité de la Pologne communiste, qu'un journaliste a réussi à copier avant de la diffuser sur Internet il y a un mois.Depuis, le pays entier est plongé dans une chasse aux sorcières.La liste, propriété de l'Institut de la mémoire nationale, comprend les noms de 240 000 personnes dont certaines ont agi comme indicateurs pour l'ancien régime.D'autres ont été pressenties ou inscrites comme recrues potentielles.D'autres encore ont été les victimes des dénonciateurs.Le problème, c'est que la liste ne fait pas dans la nuance.Elle ne cite que le nom, c'est tout.Du coup, des milliers de Jan Kowalski se font regarder de travers par leurs voisins, qui ignorent à la fois qui est l'homme derrière ce nom et pour quelle raison il a atterri sur la liste.Bronislaw Wildstein, éditorialiste du quotidien réputé Rzeczpospolita, qui a lancé ce brûlot, a été congédié.Sa faute : il a outrepassé son rôle de journaliste.Du coup, des journalistes se sont mis à crier à la censure.D'autres leur rétorquent que «ce n'est pas de liberté d'information qu'il s'agit ici, mais de droit au lynchage ».Mais cette affaire fait des vagues bien au-delà du petit monde médiatique.C'est que, si on tient compte de tous ceux qui portent le nom d'une des personnes inscrites sur la liste, c'est plus d'un million et demi de Polonais qui sont directement concernés par ce qu'un hebdomadaire a qualifié comme « la révolution Wildstein ».Une révolution très populaire : onet.pl, moteur de recherche semblable à Google, a enregistré 100 000 visites quotidiennes sur le site qui abrite la liste, soit 10 fois plus que pour les sites affichant le mot « sexe » ! « Il règne un véritable climat de méfiance de tous envers tous », déplore Bronislaw Geremek, ancien dissident polonais, actuellement député européen à Bruxelles.Par principe, M.Geremek refuse de consulter la liste, mais vérification faite, son nom ne s'y trouve pas.En revanche, des curieux y ont trouvé les noms de quelques autres anciens dissidents.Du coup, la « révolution Wildstein » a pris une tournure politique.Cette affaire profite surtout aux post-communistes, car elle laisse penser que « ce sont des agents secrets du renseignement qui ont combattu pour l'indépendance » de la Pologne, écrit le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Wprost, Marek Krol, dans un éditorial incendiaire.Si cette liste noire fait aussi mal, c'est que, contrairement à d'autres anciennes dictatures de l'Est, la Pologne n'a jamais complètement vidé tous les abcès hérité de son passé communiste.L'ex-Allemagne de l'Est et la République tchèque ont rendu publics les fichiers de leurs services de sécurité.Il y a eu des confrontations douloureuses, des femmes qui découvraient que leur propre mari agissait comme informateur pour la police.Avec le temps, ces traumatismes ont été digérés, ils font désormais partie de l'histoire.Les Polonais ont opté pour une demi-mesure : une loi sur la « lustration » (purification) qui vise environ 25 000 personnes occupant des fonctions publiques : députés, conseillers municipaux etc.Le cas échéant, ces personnes peuvent révéler leur passé d'indic et perdre des votes.Ou mentir, et s'exposer à de lourdes peines.Récemment, l'Institut de la mémoire publique a voulu étendre cette «lustration» pour y inclure quelque 100 000 personnes, dont les avocats et les journalistes.Dans la tourmente des listes Wildstein, le projet a été suspendu.« Je croyais que nous avions trouvé un bon compromis.On ne peut pas vivre indéfiniment avec un squelette dans son placard », dit Bronislaw Geremek.Mais les squelettes polonais ont la couenne dure : ils sont sortis bruyamment et occupent maintenant toute la place publique.« Cela crée l'impression qu'on ne peut faire confiance à personne, ce qui discrédite les institutions publiques.C'est très dangereux pour la démocratie », regrette M.Geremek.Seize ans après avoir accédé à la démocratie, quelques mois après avoir fait son entrée dans l'Union européenne, la Pologne est ainsi plongée de force dans un sale règlement de comptes.C'est un brutal retour en arrière pour un pays qui a cru qu'on pouvait se purifier.à moitié.COURRIEL Pour joindre notre journaliste : agnes.gruda@lapresse.ca Seize ans après avoir accédé à la démocratie, quelques mois après avoir fait son entrée dans l'Union européenne, la Pologne est ainsi plongée de force dans un sale règlement de comptes."]
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