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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
P. Plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 2005-03-20, Collections de BAnQ.

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[" TRISTAN PÉLOQUIN our Normand Robert, employé de la Fonderie Horne, qui se spécialise dans le recyclage de métaux bruts, la vie s'est transformée en enfer le jour où il a reçu son premier diagnostic positif après un test de dépistage de la bérylliose, une maladie pulmonaire incurable dont souffrent aujourd'hui une quinzaine de ses collègues.Atterré par ce résultat, il a ensuite dû se soumettre à une seconde batterie de tests prévus par le protocole de diagnostic et nécessaires pour confirmer son état.Heureusement pour lui, ils se sont révélés négatifs, mais de justesse.Normand Robert aurait eu toutes les raisons de subir l'examen final, qui aurait confirmé son état de santé.Pourtant, il a volontairement décidé de rester dans l'ignorance tout en continuant de travailler à l'usine.«Pendant toute la durée des examens, j'ai eu le temps de voir comment Noranda et la CSST traitent les travailleurs «bérylliosés», dit-il.J'ai perdu toute confiance en eux, et comme je suis sur une liste de rappel, je n'ai pas voulu courir le risque d'être mis définitivement au rancart parce que je suis malade.» Comme lui, craignant de perdre leur emploi ou de subir des inconvénients majeurs liés à leur état de santé, un nombre indéterminé d'autres travailleurs de la Fonderie Horne, potentiellement atteints de bérylliose, refusent de passer des tests de dépistage et continuent de s'exposer à des taux relativement élevés de poussières de béryllium.Il est impossible de dire combien ils sont, leurs dossiers étant confidentiels.Cette situation, qui pourrait contribuer au développement de la bérylliose chronique chez ces travailleurs, est bien connue de la direction de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue et de la compagnie Noranda, propriétaire de l'usine.«C'est une situation qui est hors de notre contrôle, affirme le porteparole de l'entreprise, Denis Couture.Au Québec, la législation en matière de santé et de sécurité au travail est ainsi faite qu'on ne peut pas, en tant qu'employeur, obliger nos employés à passer des tests, et les travailleurs qui décident de les passer ont le droit de garder toute information sur leur santé strictement confidentielle.La seule chose que nous pouvons faire est de nous assurer que l'exposition au béryllium à l'intérieur de nos installations soitmaintenue à des taux minimums.» Habitués à voir l'immense panache de fumée de la Fonderie Horne, les résidants de Rouyn-Noranda, voisins de l'usine, ont depuis longtemps accepté les risques liés à l'exposition au plomb, à l'arsenic et à une foule d'autres polluants dangereux.Mais depuis la publication d'un rapport dévastateur de la CSST accusant la multinationale Noranda d'avoir exposé dangereusement ses employés de Murdochville au béryllium, unmétal hautement toxique, une nouvelle source d'inquiétude trouble leur sommeil.La Presse est allée sur place pour le constater.POUR LA GAGNER > Voir BÉRYLLIOSE en page 2 ILLUSTRATION ET GRAPHISME ANDRÉ RIVEST SYDNEY LE MONTRÉAL DONT ON RÊVE François Cardinal PAGES 4 ET 5 BÉRYLLIOSE suite de la page 2 D'après le médecin responsable de la Fonderie Horne au CLSC de Rouyn-Noranda, Marc Robitaille, ces cas seraient cependant plutôt rares.« Sur plus de 1000 travailleurs exposés au béryllium à qui on a conseillé de passer des tests de dépistage, seulement quelques-uns ont refusé et continuent de travailler à la fonderie », dit-il, refusant toutefois d'en mentionner le nombre pour des raisons de confidentialité.« Il y a toutes sortes de raisons qui justifient qu'un travailleur fasse ce choix.À partir du moment où une personne sait qu'elle a la bérylliose, elle peut, par exemple, avoir de sérieux problèmes d'assurabilité et d'employabilité, illustre-t-il.Il est de notre devoir de les informer de ces risques.» Selon l'état actuel des connaissances médicales, il est primordial que la bérylliose, une maladie incurable qui touche irrémédiablement le système respiratoire, soit diagnostiquée à un stade précoce pour être efficacement maîtrisée.« Avec trois enfants, est-ce que j'ai vraiment le choix ?» « Le poids que je dois porter en refusant de connaître les résultats définitifs de mon test de dépistage est terrible, confie Normand Robert, seul travailleur dans cette situation qui ait accepté de répondre aux questions de La Presse.Chaque jour, j'ai la chienne de contracter la maladie et ça m'empêche de dormir le soir.Ma vie est devenue un enfer : je me suis même retrouvé en arrêt de travail forcé pendant un an à cause d'une dépression, ce qui m'a valu pas mal de problèmes avec mes patrons.» « Aujourd'hui, chaque fois qu'on m'appelle pour travailler, j'ai continuellement l'impression qu'il y a du béryllium partout autour de moi.C'est invivable ! Mais avec trois enfants à nourrir, est-ce que j'ai vraiment le choix d'agir comme je le fais?Dans une petite ville comme Rouyn-Noranda, si je perds mon job parce que j'ai la bérylliose, je ne pourrai probablement jamais me retrouver un autre emploi aussi intéressant », poursuit-il.Gravement malades, mais fidèles au poste Au cours d'une visite aux abords des installations abitibiennes de Noranda, La Presse a également pu constater que des employés atteints de bérylliose chronique continuent de travailler à l'usine, bravant les risques d'aggraver leur sort en s'exposant au métal toxique.« Je n'ai pas le choix, je me bats pour que la CSST me sorte de là, mais Noranda nous dit que c'est safe parce que les taux de concentration sont largement inférieurs aux normes établies.Je ne les crois pas, mais je n'ai pas le choix de continuer à rentrer travailler.C'est ça ou c'est rien ! » a lancé à sa sortie de l'usine Gaston Saidon, un employé de 49 ans qui dit souffrir de bérylliose chronique et d'emphysème.Confiance zéro Noranda affirme que pour assurer leur sécurité, les travailleurs atteints de bérylliose chronique ou simplement « sensibilisés », sont envoyés dans des secteurs moins à risque de la fonderie.Mais, comme M.Saidon, ils sont nombreux parmi les salariés rencontrés à la sortie de l'usine à avoir complètement perdu confiance en leur employeur, surtout depuis la publication du rapport dévastateur de la CSST, qui a établi, en février, que Noranda connaissait les risques liés au béryllium depuis le début des années 90, mais n'a pas pris les moyens nécessaires pour protéger ses employés de Mines Gaspé.Les travailleurs s'inquiètent notamment du fait qu'un lot de rebuts, dont la teneur en béryllium atteint 20 000 ppm (parties par million), est conservé dans un entrepôt situé sur le terrain de la fonderie, selon un rapport de la CSST, alors que l'entreprise dit refuser les livraisons de matériaux contenant plus de 200 ppm.En outre, Raymond Haché, ex-travailleur atteint de bérylliose chronique aujourd'hui indemnisé par la CSST, a mis la main, en mai 2000, sur une note de service de Noranda qui indiquait que la teneur en béryllium de certains échantillons pris dans un des bâtiments de l'usine étaient « au-dessus des exigences ».Quelques semaines plus tard, lorsqu'il a voulu imprimer de nouveau le document, cette mention inquiétante avait disparu.Et c'est sans compter d'autres rapports de la CSST, dans lesquels on peut lire que « l'employeur ne réduit pas au minimum l'exposition au béryllium, car il y a accumulation de poussière » à différents endroits dans l'usine.« Le problème, c'est que personne ne nous informe de ce qui se passe vraiment dans la fonderie, déplore Gerry Lauzon, un des employés qui se trouve actuellement sur la liste de rappel de l'entreprise.Ce que l'on sait, on l'apprend en tombant sur des documents semblables ou en posant des questions indiscrètes à gauche et à droite.On sait que les taux de concentration sont parfois trop élevés, mais on est les derniers à l'apprendre et on n'arrive jamais à connaître tous les détails.Ces cachotteries se font au détriment de notre santé », ditil.Quoi qu'en disent ces employés, Noranda affirme cependant que les taux de concentration de béryllium dans la Fonderie Horne comptent parmi les plus bas au monde et sont consciencieusement maintenus largement en dessous des normes jugées acceptables pour la santé des travailleurs.« Je peux comprendre que nos employés soient nerveux : je le serais probablement moi-même, affirme Denis Couture.Sauf qu'ils doivent prendre en considération que nous avons investi des millions de dollars dans des systèmes de ventilation à la fine pointe de la technologie et que nous faisons régulièrement de l'échantillonnage pour nous assurer que les taux de concentration demeurent satisfaisants.« Malgré tout cela, poursuit le porte-parole, il n'est pas impossible que nous recevions de nos fournisseurs des matières premières dont la teneur en béryllium dépasse nos propres normes, mais dans ce cas-là, nous avons mis en place des protocoles extrêmement stricts, qui nous permettent d'assurer la sécurité des travailleurs.Si nous n'étions pas convaincus que ces mesures sont parfaitement sûres, nous aurions cessé depuis longtemps de faire du recyclage de métaux lourds.» PLUS Les dangers du béryllium LA BÉRYLLIOSE Étudiée pour la première fois dans les années 40, la bérylliose existe sous forme aiguë, chronique ou « de sensibilisation ».La forme chronique, la plus grave des trois, est incurable.Elle provoque généralement des lésions pulmonaires, qui entraînent les symptômes suivants : >Difficultés à respirer allant jusqu'à la détresse respiratoire > Toux >Douleurs thoraciques > Épuisement généralisé TRISTAN PÉLOQUIN Le béryllium n'est dangereux pour la santé humaine que sous forme de poussière ou de fumée.Inhalé, il peut provoquer à long terme la bérylliose chronique, une maladie pulmonaire incurable, ou la sensibilisation au béryllium, une forme d'allergie qui peut dégénérer en bérylliose chronique.Depuis le milieu des années 40, les États-Unis ont fixé le taux maximum de concentration de béryllium dans l'air à 2 microgrammes par mètre cube (27g/m3), soit l'équivalant d'une pointe de crayon à mine dans un terrain de football de 10 pieds de haut.Dans les années 70, consciente des risques de bérylliose, l'Occupational Safety and Health Administration (OSHA) a voulu réduire à 17g/m3 la limite d'exposition au béryllium, mais en vain.Selon une longue enquête du quotidien The Toledo Blade, qui a valu au journaliste Sam Roe d'être candidat pour le prix Pulitzer, cet échec est étroitement lié aux pressions faites par les départements de la Défense et de l'Énergie, qui avaient, à l'époque, besoin d'importantes quantités de béryllium pour le programme nucléaire des États-Unis, et de l'entreprise Brush Wellman, qui était alors le principal producteur de béryllium en Amérique du Nord.Au Québec, en 1983, la CSST a calqué sa réglementation en matière d'exposition au béryllium sur celle des États-Unis.La norme est actuellement de 27g/m3.De l'avis même du Comité médical provincial en santé au travail, il ne fait cependant « aucun doute » que cette norme « n'est pas sécuritaire ».La CSST fait donc appliquer une « norme d'action» de 0,2 7g/m3, qui est 10 fois plus élevée.OÙ TROUVE-T-ON LE BÉRYLLIUM?Le béryllium est un métal rare, très léger et très dur, qui a la propriété de renforcer considérablement certains alliages, même lorsqu'il est ajouté en infimes quantités aux métaux bruts.Il entre notamment dans la fabrication d'armes nucléaires et d'armes à base d'uraniumappauvri, de pièces d'automobiles, de composants électroniques, de prothèses dentaires et de bâtons de golf.PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE © Au cours d'une visite aux abords des installations abitibiennes de Noranda, La Presse a pu constater que des employés atteints de de bérylliose chronique continuent de travailler à l'usine, bravant les risques d'aggraver leur sort en s'exposant au métal toxique.Risquer sa vie pour la gagner PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE ©. PLUS PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE © À Rouyn-Noranda, les résidants du quartier Notre-Dame vivent avec la crainte du béryllium.Dans ce quartier qui compte quelque 500 âmes, l'immense panache de fumée émanant de la fonderie, est presque perpétuellement dans le champ de vision.« On a très peu d'information sur les risques liés aux contaminants qui nous tombent dessus et on doit vivre avec », dit l'une des résidantes, propriétaire de deux immeubles situés à quelques pas des installations de la fonderie.Fleurs mortes et goût de soufre TRISTAN PÉLOQUIN ROUYN-NORANDA Dans les années 90, ils ont d'abord connu la contamination de leurs terrains par le plomb émanant de la Fonderie Horne.Puis, plus récemment, ce sont les concentrations d'arsenic dans l'air qui sont devenues problématiques, atteignant une moyenne 1000 fois supérieure à celle des autres villes québécoises.Et maintenant, ils doivent vivre avec la crainte du béryllium.Décidément, les résidants du quartier Notre-Dame, à Rouyn- Noranda, un quartier littéralement collé sur la Fonderie Horne, ont la couenne dure.« C'est sûr que c'est parfois inquiétant lorsqu'on entend la sirène sonner parce qu'il y a trop de pollution dans l'air, mais on s'y fait, lance Gilberte Cloutier, dont la maison se trouve à moins de 300 mètres de l'usine.« Je suis née ici et, à 53 ans, je suis en pleine forme ! ajoute-t-elle.La seule chose que je trouve triste, c'est que l'été, il arrive parfois que mes fleurs soient brûlées le matin à cause des rejets qui se trouvent dans l'air.Certains jours, quand il y a un problème à l'usine, il faut aussi arrêter complètement de faire cuire la nourriture, sinon elle a un goût de soufre et c'est immangeable.Autrement, c'est un quartier très agréable.» Mais dans ce quartier qui compte quelque 500 âmes, où l'immense panache de fumée émanant de la fonderie est presque perpétuellement dans le champ de vision, tous ne sont pas aussi optimistes.« En 2002, peu après le déclenchement de la grève à la fonderie, je me suis levée un matin et il n'y avait plus une seule feuille dans les arbres, et toutes mes fleurs étaient mortes », affirme Andrée Bellehumeur, propriétaire de deux immeubles situés à quelques pas des installations de la fonderie.«Le lendemain, des équipes de nettoyeurs munis d'appareils à pression ont nettoyé les jouets des enfants qui traînaient sur le sol.» « Je n'ai jamais pu savoir ce qui s'est réellement passé cette fois-là et je trouve ça très inquiétant, déplore Mme Bellehumeur.On a très peu d'information sur les risques liés aux contaminants qui nous tombent dessus et on doit vivre avec.» En fait, une des seules sources d'information sur laquelle peuvent compter les résidants du quartier est un journal saisonnier appelé Info-Quartier Notre-Dame, mis sur pied par un comité dont est membre la porteparole de la Fonderie Horne, Mireille Grenier.«C'est n'importe quoi ! Comment voulez-vous que ce soit pris au sérieux quand c'est Noranda qui tire les ficelles de ce journal-là ?S'il y a eu des problèmes avec les concentrations de béryllium et d'arsenic dans l'air, ce ne sont certainement pas eux qui vont nous faire peur avec ça », poursuit Mme Bellehumeur.Pas de tests systématiques pour la bérylliose En 1999, peu après la découverte du tout premier cas de bérylliose chronique au Québec, à la Fonderie Horne, la direction de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue a mené plusieurs analyses de l'air, dans le quartier Notre-Dame, qui ont révélé des taux de concentration jugés très satisfaisants.Cependant, les autorités médicales ont catégoriquement rejeté une demande du syndicat des employés de la fonderie visant à faire passer des tests de dépistage systématiques de la bérylliose aux résidants du quartier Notre-Dame, notamment à cause des « coûts exigés (plus de 500 $US par personne) », comme le mentionne une lettre adressée au président du syndicat.« Je n'arrive pas à comprendre cette décision, affirme Raymond Haché, ex-travailleur « bérylliosé » qui s'intéresse à la problématique du quartier Notre-Dame.Des quantités phénoménales de résidus de béryllium ont été stockées à l'air libre pendant des années à quelques mètres du quartier.C'est sûr que cette poussière se retrouve dans le métabolisme des résidants », croit-il.150 millions pour réduire les rejets En novembre, devant l'augmentation importante des taux d'arsenic dans l'air du quartier (ce taux a décuplé en 15 ans), le ministère de l'Environnement a forcé Noranda à adopter un programme très poussé de réduction de ses émissions pour les ramener à des tauxcomparables au reste du Québec.« Depuis 15 ans, Noranda a investi plus de 150 millions à la Fonderie Horne pour réduire l'impact de l'ensemble de ses rejets sur l'environnement, indique le porte-parole Denis Couture.Malgré tout, avec les technologies qui existent actuellement, il n'est pas évident que nous allons être capables d'atteindre les objectifs fixés par le gouvernement.Mais, chose certaine, avec les systèmes de filtration que nous avons mis en place au cours des dernières années, la plupart de nos émissions ne représentent aujourd'hui qu'une fraction de ce qu'elles étaient.» Les risques liés au béryllium seraient quant à eux presque nuls, estime M.Couture, les matières premières jugées dangereuses étant emmagasinées dans un entrepôt maintenu à une pression normale et dont l'accès est sévèrement limité.Quoi qu'il en soit, aux yeux de Gilberte Cloutier, il ne fait aucun doute que la situation s'est considérablement améliorée depuis les dernières années.« Quand j'étais petite, on jouait carrément dans les tas de poussière qui traînaient un peu partout dans le quartier.Dieu sait à quoi j'ai été exposée au fil des ans et, pourtant, je n'ai aucune maladie.Avec les contrôles qui sont maintenant en place, franchement, il n'y a plus grandchose à craindre », estime-t-elle.COURRIEL Pour joindre notre journaliste: tristan.peloquin@lapresse.ca QUI EST NORANDA?Constituée en 1922, Noranda est une entreprise canadienne présente dans 17 pays et qui est considérée comme l'une des principales sociétés internationales d'exploitation minière et de métallurgie.Elle a fusionné au début du mois avec Falconbridge.La nouvelle entité, Noranda Falconbridge, emploie plus de 15 000 personnes partout dans le monde.Son actif totalise 14 milliards.Noranda produit plusieurs métaux bruts, mais n'est pas un producteur de béryllium.Elle recycle cependant des rebuts de métaux qui en contiennent.Au Québec, elle possède sept installations, dont la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda (650 employés), la raffinerie CCR, dans l'est de Montréal (850 employés), l'affinerie CEZinc, à Valleyfield (900 employés) et l'usine Magnola, près d'Asbestos (actuellement fermée).«C'est sûr que c'est parfois inquiétant lorsqu'on entend la sirène sonner parce qu'il y a trop de pollution dans l'air, mais on s'y fait», lance Gilberte Cloutier, dont la maison se trouve à moins de 300 mètres de l'usine. JADIS SEMBLABLE À MONTRÉAL, AVEC SES BERGES DIFFICILEMENT ACCESSIBLES ET SES TERRAINS INDUSTRIELS, SYDNEY S'EST RADICALEMENT TRANSFORMÉ.AUJOURD'HUI, CERTAINS COINS DE LA MÉTROPOLE AUSTRALIENNE SURPRENNENT PAR LEUR CHARME ET LEUR ORIGINALITÉ.ET ON Y TROUVERA BIENTÔT L'UN DES PLUS GRANDS PARCS URBAINS AU MONDE, APPREND-ON DANS CE TROISIÈME VOLET DE NOTRE SÉRIE EMBELLIR MONTRÉAL.LEMONTRÉAL DONTONRÊVE SÉRIE EMBELLIR MONTRÉAL LE NOUVEAU PALAIS DE JUSTICE La construction de l'actuel palais de justice en plein coeur du Vieux-Montréal a remplacé plusieurs beaux bâtiments anciens.SYDNEY SI LA MÉTROPOLE AUSTRALIENNE A BIEN TIRÉ SON ÉPINGLE DU JEU AU COURS DES 20 DERNIÈRES ANNÉES, C'EST QU'ELLE A SU PROFITER DE DEUX ÉLÉMENTS QUI NE FONT PAS DÉFAUT À MONTRÉAL: DES BERGES ET D'ANCIENS TERRAINS INDUSTRIELS.Sydney.De l'eau à perte de vue.Des berges accessibles sur des kilomètres.Une architecture audacieuse.Du soleil tous les jours.La métropole australienne brille dans tous les sens du mots.PHOTO RUSSELL MCPHEDRAN, AP FRANÇOIS CARDINAL ENVOYÉ SPÉCIAL AUSTRALIE SYDNEY - Il est difficile de visiter la métropole australienne sans émotion.D'abord, Sydney est d'une grande beauté.De l'eau à perte de vue.Des berges accessibles sur des kilomètres.Une architecture audacieuse.Des places publiques invitantes.Le soleil qui brille tous les jours.Une telle intensité ne peut laisser indifférent.Encore moins si on habite Montréal.En effet, Sydney est le Montréal dont on rêve, rien de moins.Un rêve, d'ailleurs, plus accessible qu'on pourrait le croire.Si la métropole australienne a bien tiré son épingle du jeu au cours des 20 dernières années, c'est qu'elle a su profiter de deux éléments qui ne font pas défaut à Montréal : des berges et d'anciens terrains industriels.Petit retour en arrière.Il y a 20 ans, Darling Harbour était une vaste zone industrielle moribonde.L'accès aux berges était difficile.Le secteur était occupé par des gares de triage et par d'énormes bâtiments abandonnés.«Le gouvernement a décidé de mettre en branle le plus important projet de développement urbain jamais entrepris en Australie, raconte Rob Lang, directeur général de la Sydney Harbour Foreshore Authority et responsable du secteur.L'État a d'abord élaboré un plan de développement, puis il a créé une société à but non lucratif pour gérer le projet.» Quatre ans plus tard, au moment où la ville fêtait son 200e anniversaire, le site était méconnaissable, avec ses petits airs de Disneyland.Le long des berges, enfin accessibles, on retrouve aujourd'hui le palais des congrès, l'aquarium, le musée maritime, un cinéma Imax, des hôtels, des promenades ainsi qu'un nombre impressionnant de bars et de restaurants servant même du steak de kangourou.Le tout est relié au centre financier par un monorail.Réduire les intermédiaires En louant et vendant des terrains au privé, la société responsable de cette transformation a réussi à faire de Darling Harbour unendroit immensément populaire : 20 millions de personnes s'y arrêtent chaque année.«Il s'agit de la population entière de l'Australie», remarque Rob Lang.Chose politiquement impensable ici, le gouvernement a non seulement cédé la propriété des terrains, mais il a aussi accepté de céder ses pouvoirs de gestion afin de consacrer toutes ses énergies à la planification.Cela permet de réduire au minimum le nombre d'intermédiaires et le temps requis pour mener le projet à terme. FRANÇOIS CARDINAL SYDNEY \u2014 De nombreuses années ont été nécessaires.Trop, disent certains.Mais les autorités de Sydney sont enfin prêtes à dérouler le tapis vert en créant cequi pourrait devenir le plus grand parc urbain du monde.Quelques jours avant Noël, le gouvernement s'est réjoui de la création prochaine de ce vaste corridor végétal de 27 km de long dans la partie ouest de la région métropolitaine.L'étendue de ce parc sera de 5500 hectares, soit 1000 fois la superficie boisée du mont Royal ! «Le Western Sydney Parklands deviendra le poumon de cette partie de la ville, a lancé le premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, Bob Carr.Il pourrait même s'agir du plus grand et du meilleur parc urbain au monde.» Le futur tapis vert recouvrira un enchevêtrement de terres agricoles, de parcs, de terrains publics inutilisés, d'aires de jeux et d'anciennes infrastructures datant des Jeux olympiques de 2000.Au cours des dernières décennies, le gouvernement a dépensé 140millions pour acheter les terrains nécessaires à la création d'un corridor continu le long de la Eastern Creek.«Certains ministères voulaient protéger ce vaste corridor, mais d'autres voulaient en vendre des parcelles aux plus offrants, raconte Michael Ewings, directeur de la firme ayant réalisé l'étude de faisabilité, Environmental Partnership.En fait, ceux qui payaient pour l'entretien des terrains n'en voulaient plus et ceux qui n'étaient pas concernés voulaient les protéger.» Cet ambitieux projet est d'autant plus important que la partieouestde Sydneynepossède aucun parc majeur, note Glen Searle, professeur d'urbanisme à la University of Technology de Sydney.«Près de deux millions de personnes vivent dans cette région, et ce ne sont pas nécessairement les Sydneysiders les plus riches», ajoute-t-il.En fortecroissance, le secteur devrait abriter plus de deux millions d'habitants dans quelques années.Autour du parc, 55 hectares de terrain seront ainsi dévolus au développement résidentiel et 58 hectares serviront à la construction de bureaux.La valeur totale des terrains du Parkland dépassant les deux milliards de dollars, le tout permettra de financer le parc.Le gouvernement souhaite profiter de la situation pour prendre le virage du développement durable.«Il y a une nouvelle attitude, confirme Ian Oelrichs, architecte paysagiste.Il y a beaucoup de projets individuels intéressants.» On promet que tous seront écoefficients - c'est-à-dire qu'ils consommeront moins d'eau et d'énergie -, qu'ils auront une belle allure extérieure et que le transport en commun sera très accessible.«C'est un très beau projet, estime Micheal Ewings de la firme Environmental Partnership.Ça permet de répondre à ces besoins que les politiciens négligent trop souvent : ceux des générations futures.» LE GOUVERNEMENT S'ATTAQUE À L'ÉTALEMENT URBAIN SYDNEY SYDNEY AUSTRALIE Mer de Corail Mer du Sud POPULATION:4 085 600 (AGGLOMÉRATION) CAPITALE: OUI (ÉTAT DE LA NOUVELLE-GALLES DU SUD) MÉTRO: NON (SYSTÈME DE TRAIN LÉGER, TRAMWAY, TRAIN SOUS-TERRAIN DANS LA VILLE, MONORAIL) GRANDS ÉVÉNEMENTS INTERNATIONAUX: JEUX OLYMPIQUES D'ÉTÉ (2000), JEUX GAIS (2002) SYMBOLES, LIEUX HISTORIQUES : OPERA HOUSE, HARBOUR BRIDGE PROJET DE LA PREMIÈRE VERSION DU PALAIS DE JUSTICE Avant la construction de l'actuel palais de justice (notre photo), on a d'abord imaginé une immense tour.À la suite de nombreuses protestations, le projet a été ramené à une envergure plus modeste.3.Le rêve accessible FRANÇOIS CARDINAL SYDNEY \u2014 L'image que l'on se fait de l'Australie ressemble davantage au film Crocodile Dundee, avec ses paysages sauvages et ses kangourous, qu'aux dessins animés Les Simpson.Et pourtant.Rien ne ressemble plus à une banlieue nordaméricaine qu'une banlieue australienne: de vastes maisons en rangée, plus de voitures que d'habitants, des piscines, des parterres de fleurs et des barbecues.Seule l'architecture se démarque.Ce rêve, les Australiens l'ont baptisé sans grande originalité «The Australian Dream».Conséquence : l'étalement urbain est un vrai fléau et n'épargne aucune grande ville.Certains organismes vont jusqu'à soutenir qu'à force de repousser la forêt, il n'y aura plus un seul koala dans 15 ans si la tendance se maintient.Les gouvernements ont donc décidé de s'attaquer à ce problème en toute priorité.«Au cours des dernières décennies, les villes de banlieue se sont beaucoup développées en Australie, confirme Gary Prattley, sous-ministre adjoint au ministère de la Planification.Mais cette tendance au plus gros et au plus loin est en train de changer.» À Sydney, depuis 10 ans, les deux tiers de la croissance se passent en effet au coeur de l'agglomération.Une croissance requise par l'augmentation effrénée de la population: 1000 nouveaux habitants par semaine ! Résultat : le coeur de Sydney ressemble à une véritable forêt de grues.La demande est telle - 23 500 nouvelles résidences annuellement - que la silhouette de la ville se transforme d'année en année.D'où l'importance de développer de façon réfléchie.C'est ainsi que les autorités misent sur une architecture audacieuse, sur l'art urbain, sur les places publiques et les voies piétonnes.Même les bretelles d'autoroute ont eu droit à un programme d'embellissement.«Depuis près de 10 ans, on pense davantage à développer autour du réseau de transport», se réjouit Deo Prasad, professeur à la faculté de l'Environnement bâti de l'Université de New South Wales.Poussés par d'éminents spécialistes comme Peter Newman, professeur à l'Université de Murdoch, les élus proposent de plus en plus de projets permettant de densifier les abords des pôles de transport.«Lorsque l'on développe une ville, il importe de mettre de l'avant deux principales politiques, soutient Peter Newman en entrevue.La première visant à s'assurer que le transport public est plus rapide dans les corridors principaux.La seconde visant à aménager des centres viables autour du réseau de transport.» Heureusement, les tendances démographiques sont favorables à une telle densification du centre.«Il y a de plus en plus de gens seuls et de plus en plus de gens vieux, note Chris Johnson, le grand responsable de l'architecture au gouvernement.Cela fait que les gens se rapprochent d'eux-mêmes du centre.» SYDNEY DÉROULE LE TAPIS VERT C'est un peu comme si les gouvernements de Québec, d'Ottawa et de Montréal s'entendaient pour donner à la Société du Havre une kyrielle de pouvoirs, ainsi que la propriété de tous les terrains près du fleuve, afin qu'elle transforme complètement le secteur.Il faudrait aussi que le fédéral accepte de reloger les activités portuaires en périphérie de Montréal.«Il est important qu'une seule organisation soit propriétaire de tous les terrains, ceux de la Ville comme ceux du gouvernement, fait remarquer Rob Lang.C'est ce qui nous a permis, grâce à la vente et à la location des terrains, de réunir les fonds nécessaires au dévelop-pement de Darling Harbour.» Facture totale: un milliard de dollars.Le Plateau Mont-Royal australien Darling Harbour n'est pas le seul secteur à avoir bénéficié de cette stratégie.L'ancien secteur industriel de Pyrmont, un peu plus à l'ouest, est tout aussi méconnaissable aujourd'hui.En l'espace de 10 ans, de 1994 à 2004, ce secteur de 100 hectares situé en bordure de l'eau est devenu un quartier résidentiel et commer-cial très prisé.Une sorte de Plateau Mont-Royal australien.«C'est un endroit merveilleux où habiter et travailler, estime Glenn Farquhar, propriétaire de la galerie Art Fusion à Pyrmont.On se croirait vraiment dans un village.à deux minutes du centre-ville.» Au début du siècle, alors que Pyrmont était occupé par les entrepôts et les raffineries, sa population était de 22 000 personnes.En 1981, elle avait chuté à 3000 habitants.Aujourd'hui, ils sont plus de 13 000 à profiter de cette revitalisation urbaine au quotidien, unchiffre sans cesse revu à la hausse.Le nombre d'emplois aussi a bondi, passant de 5000 à 22 000, et le nombre d'espaces publics a été multiplié par cinq.L'aménagement d'une ligne de tramway moderne, dans le cadre d'unpartenariat publicprivé, a beaucoup aidé ce secteur au point où le coût des maisons a doublé en moins de 10 ans.«La planification du projet a été faite selon les principes du développement durable, précise Daniel Keary, chef de la planification au gouvernement de New South Wales.Ilyaune grande qualitérésidentielle, beaucoup d'espaces publics et la planification s'est faite autour d'un système de transport lourd.» La facture du projet : 240 millions.Les revenus provenant de la vente et de la location à long terme des terrains: 200 millions.C'est dire que legouvernement n'apas dépensé plus de 40 millions pour métamorphoser cette péninsule.«Les mêmes règles qu'à Darling Harbour ont été appliquées, explique Rob Lang.Une société a été créée avec d'importants pouvoirs afin d'appliquer le plan du gouvernement.Si les élus n'avaient pas agi de cette façon, rien de cela n'aurait été possible!» 23 500 nouvelles résidences sont construites chaque année à Sydney.PHOTO REUTERS Faites-nous part de vos réactions à commentaires@lapresse.ca EMBELLIR MONTRÉAL VEN> La ville hybride SAM> Les belles étrangères DIM> Le rêve accessible LUN> Les solutions MAR> Les idées des lecteurs Ne manquez pas les propositions de nos finalistes, mardi, et votez pour le projet le plus prometteur à www.cyberpresse.ca/embellir PLUS PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE Petite réunion de « métrophiles » dans la chambre de Steve-Randy Forget (à gauche), remplie d'objets rappelant le métro de Montréal.Les autres « métrophiles » sont Matt Mc Lauchlin, Rémi Vanherweghe et Jonathan Gagnon.Lemétro dans la peau Ils s'échangent photos et vidéos de rames de métro, discutent sans fin des mérites comparés des modèles de voitures, inondent la Société de transport de Montréal d'idées lumineuses pour son réseau.De vrais passionnés.KARIM BENESSAIEH Ces « métrophiles », dont La Presse a rencontré quatre représentants, se donnent rendez-vous presque tous les jours sur un forum Internet.On y discute avec passion de la ventilation, de vieilles rames aperçues sur la ligne jaune ou des dernières stations construites.à Madrid.Ils formeraient une petite tribu d'une vingtaine de personnes à Montréal.Vous voulez leur faire plaisir ?Dénichez-leur une bonne vieille enseigne « Berri-De Montigny » ou un vieux sabot de bois sentant l'huile d'arachide et qui sert de frein au métro.Matthew Mc Lauchlin, 23 ans, est un peu le chef de gare de ces amoureux du transport public.Cet étudiant en traduction à Mc Gill gère le groupe de discussion depuis plus de trois ans et a conçu un superbe site, au metrodemontreal.com, regorgeant de photos et de reportages.Sa passion du métro, expliquet- il avec humour, est « génétique ».« Je suis né la journée du 15e anniversaire du métro de Montréal, le 14 octobre 1981.Mes parents se sont connus dans l'autobus numéro 80 sur l'avenue du Parc.Il y a du transport en commun de Montréal dans mon sang.» Déménagé à Montréal en 1995, ce natif du Nouveau-Brunswick n'avait jamais habité dans une ville dotée d'un métro.La rencontre a été foudroyante.« Je l'ai vu, j'ai été emporté.Ça m'a surpris de voir comme c'était beau, combien il y avait des oeuvres d'art et de la belle architecture.J'étais étonné de voir combien c'était facile à comprendre, combien c'était sécuritaire.Snowdon la mal-aimée Steve-Randy Forget, 21 ans, est une véritable encyclopédie de 6'3» et 220 livres.Employé de Groupe Harnois à Saint-Hyacinthe, il est techniquement incollable sur les caractéristiques des deux modèles de rames utilisées à Montréal, les MR-63 et les MR- 73.Il peut vous expliquer comment fonctionne le système de freinage et pourquoi le MR-63 ne « chante » pas quand il démarre.Il est, et de loin, le plus important fournisseur de messages sur le forum de metrodemontreal.com, avec 4694 envois sous le surnom de « Lunik » depuis avril 2002.En fin connaisseur, Steve-Randy préfère la station de métro la plus revêche, Snowdon.« Je suis un des rares, je pense, qui l'aiment.Chaque fois que je passe là, je suis émerveillé et je ne sais pas pourquoi.» Il apprécie particulièrement la « senteur» du métro, cette vague fragrance de renfermé et d'huile qui vous saute au visage dès qu'on franchit le tourniquet.Sans en avoir obtenu la confirmation, « Lunik » est convaincu que chaque station a été bâtie et décorée selon un thème.Berri ?« C'est l'hiver.Mais tout est maintenant gris parce qu'elle est sale.» Lionel-Groulx, avec ses curieuses pastilles rouges et orangées, c'est bien sûr l'automne.Radisson, « ça ressemble à un derrière de Beetle ».Et Mont- Royal est décidément mal faite, avec son entrée unique et sa ventilation inadéquate.Pour Jonathan Gagnon, 21 ans, l'amour du métro découle tout simplement de son affection pour la ville.« Je n'ai pas d'auto, alors c'est une superbe façon de connaître la ville », dit l'étudiant en sciences politique à l'UQAM.Son dada, c'est le métro de Berlin, le mythique U-Bahn, dont il collectionne cartes et photos.« Je connais la ville de Berlin comme le fond de ma poche sans jamais y avoir mis les pieds.» Quant à Rémi Vanherweghem, 18 ans, alias « Canadienpacific », il est plutôt attaché au train de banlieue.Un « ferrovipathe », ou « trainspotter », dans le jargon.« Il y a probablement un amour d'enfance des grosses machines qui s'est développé », analyse cet étudiant en sciences humaines au cégep du Vieux-Montréal.Les quatre gars reconnaissent que leur passion pour ces véhicules, qui ne suscite qu'indifférence chez le commun des mortels, surprend parfois leurs proches.« On m'a déjà dit que j'étais fou, mais je pense que j'ai toujours aimé ça », dit Steve-Randy.« Il y a du monde qui ne comprent pas ça, mais j'ai trouvé qu'aller dans le métro est une bonne façon d'être à l'abri des distractions, explique Matthew.Quand j'ai besoin de lire ou d'étudier quelque chose, je peux prendre le métro jusqu'au terminus, c'est une façon de relaxer.Je n'ai à penser à rien.» Rendez-vous derrière le quai Ce club presque exclusivement masculin \u2014 il n'y a qu'une seule fille qui vient faire un tour de temps en temps sur le forum \u2014 est bien connu de la Société de transport de Montréal.« C'est particulier.Ils sont incroyables.et très impressionnants, dit la porte-parole, Odile Paradis.Ils partagent cette passion jour et nuit : ce devaient être des enfants qui aimaient le train.» Impressionnée par son site, la STM a même embauché Matthew durant l'été 2002 pour s'occuper de sa propre vitrine Internet, au www.stm.info.« Le site de Matthewest bien supérieur au nôtre en ce qui concerne les photos et l'histoire, reconnaît Mme Paradis.Je le donne souvent en référence.Surtout qu'il s'est grandement amélioré côté orthographe.» La STM a pris en affection ces garçons et leur octroie de petits avantages, comme des visites dans des garages ou des gares souterraines, des lieux en principe interdits au simple usager.Des souvenirs impérissables, raconte Matthew Mc Lauchlin.« Le garage, c'est très impressionnant, avec toutes les réparations en cours.On a pu aller sous un train, c'était magnifique.Les grandes révisions, alors qu'ils sont en train de tout démonter les trains pour les réparer, c'était le fun.» « Je suis né la journée du 15e anniversaire du métro de Montréal, le 14 octobre 1981.Mes parents se sont connus dans l'autobus numéro 80 sur l'avenue du Parc.Il y a du transport en commun de Montréal dans mon sang.» Le verre plein deM.Bush AGNÈS GRUDA ANALYSE Comme le fameux verre à moitié vide ou à moitié plein selon le point de vue, la récente nomination de deux faucons de l'administration Bush à des postes internationaux de premier plan peut être vue à la fois comme une bonne et une mauvaise nouvelle.La bonne, c'est que John Bolton, secrétaire d'État adjoint, et Paul Wolfowitz, numéro 2 du Pentagone, deux figures clés de la droite néo-conservatrice américaine, pourraient bientôt quitter le premier cercle du pouvoir à Washington.Les optimistes, ceux qui préfèrent voir le vin au fond du verre plutôt que la partie vide au-dessus, y voient le signe annonciateur d'un assouplissement de la politique internationale américaine.La mauvaise nouvelle, c'est qu'en accordant à John Bolton le poste d'ambassadeur américain à l'ONU et à Paul Wolfowitz celui de président de la Banque mondiale, Washington leur fait cadeau d'un nouveau « champ de manoeuvre » où ils pourront, si les nominations sont confirmées, faire largement étalage de leur vision du monde.Et les pessimistes estiment qu'ils risquent d'y faire de gros dégâts.Dans les deux cas, il s'agit de choix surprenants.Prenez John Bolton, ce quinquagénaire moustachu responsable de l'armement qui a souvent pris les Nations unies comme cible de ses railleries.Supprimez 10 étages de l'immeuble qui abrite l'ONU à New York et cela ne fera aucune différence, a-t-il déjà dit.Si le Sénat confirme sa nomination, il hésitera sans doute à supprimer l'étage qui abritera son propre bureau.Mais cet homme connu pour ses déclarations à l'emportepièce, qui n'a rien d'un diplomate et tout d'un bulldozer, n'en a pas uniquement contre l'ampleur architecturale des bureaux de l'ONU.C'est l'idée même d'un dialogue multilatéral qui lui répugne.John Bolton exècre toutes les lois internationales, qu'il s'agisse de justice, d'essais nucléaires, de mines antipersonnel ou d'enfants soldats.La ligne dure contre Pékin Ex-lobbyiste pour Taiwan, préoccupé par l'armement de l'Iran, il risque d'adopter la ligne dure contre Pékin et Téhéran.Et surtout, il pourrait saper tous les efforts de réformes entrepris récemment par une institution qu'il juge nocive.Pour un analyste du Foreign Policy in Focus, think tank américain préoccupé par la politique internationale de Washington, envoyer John Bolton à l'ONU, c'est un peu comme confier la présidence de l'Unicef au roi Hérode ! Le choix de Paul Wolfowitz comme futur président de la Banque mondiale inspire le même scepticisme.Idéologue acharné, Wolfowitz a été l'un des plus ardents avocats de l'invasion de l'Irak.Quel rôle jouera-t-il à la tête d'une institution qui, au cours des dernières années, s'est montrée de plus en plus préoccupée par la pauvreté, les ravages du sida et d'autres fléaux frappant par prédilection les pays du Sud ?La seule expérience que M.Wolfowitz ait eue en matière de développement, c'est l'exploitation pétrolière dans un pays occupé \u2014 en l'occurrence l'Irak \u2014, font valoir ses détracteurs.En revanche, M.Wolfowitz a acquis une notoriété dans le domaine de la démocratisation du Moyen- Orient, et plusieurs experts craignent qu'il n'applique cette politique à la tête de la Banque mondiale.Ainsi, Donald Ciuccioletta, politologue à l'UQAM, s'attend à ce qu'une Banque mondiale dirigée par Paul Wolfowitz associe l'attribution de prêts à certains pays ou l'annulation de leur dette à leur cheminement vers la démocratie.Ne serait-ce pas une bonne chose ?« Tout dépend de ce que l'on entend par démocratie », note M.Ciuccioletta.S'il s'agit de doter les pays du tiers-monde d'élections de façade et de les laisser en proie à un capitalisme sauvage, on risque de répéter les erreurs commises ailleurs, notamment en Russie.En bout de piste, les riches deviendront de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres.Président de la Banque mondiale depuis 10 ans, James Wolfensohn, ce banquier mélomane et philanthrope, avait émis le souhait que son successeur soit un « passionné du combat contre la pauvreté ».M.Wolfowitz a sans doute des passions, mais pas celle-là.Enfin, du point de vue de l'administration Bush, cette double nomination laisse un verre entièrement plein : d'une part, on se débarrasse de faucons qui commençaient à ternir l'image des États-Unis et, surtout, qui jouaient dans les platesbandes de la nouvelle secrétaire d'État, Condoleezza Rice, souvent en conflit avec Paul Wolfowitz.D'autre part, George W.Bush les place à des postes stratégiques où ils pourront continuer à mettre de l'avant leur projet néo-conservateur.Président de la Banque mondiale depuis 10 ans, James Wolfensohn (.) avait émis le souhait que son successeur soit un « passionné du combat contre la pauvreté ».M.Wolfowitz a sans doute des passions, mais pas celle-là."]
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