La presse, 22 janvier 2006, P. Plus
[" L'AMÉRIQUE LATINE SOUS LE CHARME DES PREACHERS PAGE 4 D'UNE LONGUE CAMPAGNE D'HIVER BILAN À LIRE EN PAGE 2 PHOTO REUTERS / PHOTOMONTAGE LA PRESSE © VINCENT MARISSAL Harperafait ses devoirs, Martinaéchoué le test On passera beaucoup de temps dans les prochaines semaines à analyser cette étonnante campagne électorale, mais au moment où un changement de garde se dessine à Ottawa, un vieux cliché s'impose : les gouvernements usés se battent le plus souvent euxmêmes.À condition, évidemment, qu'il existe une solution de rechange crédible.Voilà sans aucun doute le plus grand succès de Stephen Harper : s'imposer comme cette solution.Comme toutes les campagnes électorales, celle qui s'achève a donné lieu à quelques déclarations sottes mémorables, mais l'une des meilleures est malheureusement passée largement inaperçue au Québec, la fin de semaine dernière, parce qu'elle a été publiée dans le quotidien The Globe and Mail.« Vous rappelez-vous de quoi que ce soit dans cette campagne qui a été dit au mois de décembre ?La vraie campagne a commencé le 2 janvier », a affirmé Pierre Ladouceur, le concepteur de la campagne publicitaire du Parti libéral au Québec durant cette campagne.Il ne s'est rien passé avant Noël, selon lui.Vraiment ?On commence par quoi ?La promesse de Stephen Harper de baisser la TPS de 7%à 5 % ?Ou celle d'accorder 1200 $ par année par enfant directement aux parents pour les frais de garde ?Ou celle d'augmenter les budgets de la Défense et d'acheter de nouveaux équipements ?Ou encore son plan de justice en réaction aux fusillades à Toronto ?Et le 19 décembre, quand Stephen Harper a prononcé un discours clé à Québec, dans lequel il promettait de régler le déséquilibre fiscal, de respecter les champs de compétences constitutionnelles des provinces et d'accorder un siège au Québec à l'UNESCO ?Personne ne s'en souvient non plus ?Pourtant, tous les journalistes, chroniqueurs, analystes, sondeurs et électeurs sont unanimes à dire que c'est précisément ce jour-là que le vent a commencé à tourner au Québec.Si tous les stratèges libéraux font une aussi pauvre lecture du paysage politique que leur publiciste, il n'est pas étonnant que le PLC soit à ce point dans le trouble au Québec.Il s'est aussi passé deux ou trois choses notables chez les libéraux avant Noël, dont le déclenchement d'une enquête de la GRC dans l'affaire de possibles fuites de renseignements budgétaires au cabinet du ministre des Finances.Un détail, sans doute.Sans oublier, bien sûr, la controverse autour des publicités libérales sur fond de match d'improvisation, dont Pi e r re Ladouceur a été, justement, l'artisan.Une broutille, ça aussi ?Remarquez, on peut comprendre les libéraux de vouloir oublier cet épisode.Comme tout le reste de la campagne, d'ailleurs.Il faut remonter aux élections de 1984, quand John Turner était chef du PLC, pour trouver une campagne libérale aussi difficile.Si encore il était vrai que la campagne libérale avait vraiment commencé après les Fêtes, Paul Martin et ses troupes auraient peut-être pu reprendre un peu de terrain perdu aux conservateurs, mais ils ont repris, après la pause, le même plan confus du début de campagne.En retard tous les jours sur les annonces des conservateurs, les libéraux ont fait le pari que Stephen Harper aller se casser la gueule tout seul ou que certains de ses candidats le feraient trébucher avec des déclarations malheureuses.En plus, Paul Martin n'a jamais réussi à prendre son rythme de campagne.Visiblement fatigué, hésitant, brouillon, le chef libéral avait souvent l'air d'un vieux monsieur dépassé par le jeune et fringant Harper.Les conservateurs, qui n'ont pas fait dans la dentelle non plus dans leurs pubs, sans toutefois aller aussi loin que les libéraux, ont exploité la différence d'âge entre les deux chefs (Stephen Harper a 46 ans, Paul Martin, 67 ans) en diffusant des pubs télé où l'on voyait un gros plan franchement désavantageux du chef libéral.Dépassés, les libéraux se sont lancés dans des attaques prévisibles aussi fausses que désespérées contre M.Harper qui, lui, a suivi son plan de match sans broncher.Un plan de campagne boiteux Après l'inertie des trois premières semaines, les libéraux sont tombés dans un état de panique et d'improvisation, qui a culminé lors du deuxième débat des chefs en anglais, quand Paul Martin a sorti de son chapeau l'abolition de la clause dérogatoire.Au départ, les libéraux avaient prévu faire campagne sur leur bilan économique, un bilan plutôt bon, d'ailleurs.Mais après 12 ans au pouvoir, et un Parti conservateur recentré, il fallait plus et les stratèges libéraux n'avaient apparemment pas de plan B.L'entourage de Paul Martin, que l'on surnomme le « Board »(conseil d'administration) à Ottawa, composé d'une demi-douzaine de fidèles, va passer un mauvais quart d'heure après cette campagne.Incapable de tirer profit de son bilan économique, et sans aucune nouvelle munition dans le barillet à promesses électorales, les libéraux ont été encerclés et désarmés par la très énergique campagne du chef conservateur.Les libéraux croyaient qu'en se présentant comme le dernier rempart contre la montée du mouvement souverainiste au Québec, le reste du pays, en particulier l'Ontario, allait rejeter les conservateurs.Mais il est difficile de prétendre au titre de Capitaine Canada quand on est responsable du scandale qui a, justement, amoché durablement le fédéralisme au Québec.M.Harper a pris la balle au bond : les libéraux ne sont pas crédibles sur le front de l'unité nationale, mais nous offrons une nouvelle avenue propre et constructive.Coincés, les libéraux sont revenus à un vieux thème qui leur a permis de garder le pouvoir en 1997, en 2000 et en 2004 : les valeurs canadiennes.Mais le terrain est mou là aussi pour Paul Martin.Lui qui a tellement tergiversé sur les questions du mariage gai et du bouclier antimissile, lui qui nous aurait probablement entraînés en Irak s'il avait été premier ministre au début de 2003, comment peut-il se draper dans les grandes valeurs canadiennes ?Lui qui avait promis en prenant le pouvoir de rétablir les ponts avec Washington, mais qui a fait campagne cette fois sur le dos de l'administration Bush, lui qui avait promis aux provinces une nouvelle ère de collaboration, mais qui est incapable de prononcer le terme « déséquilibre fiscal ».Et les bateaux de l'entreprise familiale battant pavillon de complaisance ?Sujet houleux, partou t au pa y s, pou r l e contribuable moyen qui paye tous ses impôts à Ottawa.M.Martin a beau expliquer que l'industrie du transport maritime fonctionne ainsi, les Canadiens n'arrivent pas à comprendre que l'entreprise de leur premier ministre trouve refuge dans des paradis fiscaux étrangers.Empêtré dans les restes du scandale des commandites et dans les enquêtes de la GRC, sans bilan à vanter ni idée nouvelle à proposer, Paul Martin a perdu cette campagne dès le premier jour.Question de leadership.Une campagne électorale, c'est aussi le moment de choisir qui on veut suivre.Paul Martin semble complètement perdu.Comment pourrait- il convaincre les électeurs de le suivre ?Bref, Paul Martin a échoué le test.Stephen Harper, par contre, a fait ses devoirs.Le bonhomme est toujours aussi chaleureux qu'un Mr.Freeze, aussi peu à l'aise avec les gens, mais on ne pourra pas l'accuser de manquer de rigueur et d'organisation.Sa marche vers le pouvoir a été longue et méthodique.C'est lui qui a réussi la fusion des partis de droite et, ensuite, qui a forcé son nouveau parti à migrer vers le centre.Si bien que les libéraux ne peuvent plus le dépeindre comme un agent de la droite et ne peuvent plus utiliser des expressions comme « l'Alliance conservatrice », que l'on entendait encore en 2004.Quiconque a suivi de près les campagnes du Reform Party de Preston Manning, de l'Alliance canadienne de Stockwell Day ou la première campagne du nouveau Parti conservateur il y a 18 mois remarque aujourd'hui l'absence de manifestants dans le sillage de la caravane.Et si quelques groupes de gauche se manifestent en cette toute fin de campagne, ils ont été bien discrets au cours des semaines précédentes.Stephen Harper a battu Paul Martin sur tous les tableaux, notamment, et c'est une première, quand on demande dans les sondages quel chef ferait le meilleur premier ministre et quel parti prendra le pouvoir.Harper fait moins peur M.Harper s'est imposé parce qu'il ne fait plus peur.Du moins, il fait moins peur.Dans cette campagne, la « puck » roule pour les conservateurs, mais ils patinent toutefois sur une glace très mince.Un exemple : les propos de M.Harper cette semaine à propos d'une théorie du complot libéral au Sénat, à la Cour suprême et dans la haute fonction publique.D'abord, c'est méprisant pour les juges qui, en majorité, accomplissent leur travail consciencieusement et de façon indépendante du pouvoir qui les nomme.Puis, c'est irrespectueux envers les mandarins, avec qui M.Harper devra travailler à partir de mardi matin.Mais ces commentaires trahissent surtout le vieux fonds réformiste de M.Harper, plus près du Parti républicain américain sur cette question que des racines de son propre parti.En disant de voter pour eux en toute tranquillité, car la machine « activiste socialisante » mise en place par les libéraux vous protège, M.Harper laisse entendre que sans cette machine, nous aurions raison de le craindre.Curieuse et inquiétante logique.Inquiétant aussi, le silence forcé de certains candidats conservateurs sur les questions délicates comme l'avortement ou le mariage gai.Les stratèges conservateurs craignaient comme la peste une répétition des incidents de 2004 et ils ont pris les moyens pour que cela ne se reproduise pas.Ils redoutaient aussi une gaffe de leur chef, surtout si proche du but, c'est pourquoi ils se sont crispés en l'entendant parler de la filière libérale dans les tribunaux, au Sénat et dans la machine de l'État.En fait, les stratèges conservateurs ont suivi la campagne assis au bout de leur siège, aussi nerveusement que des parents regardent leur petite chérie exécuter son programme long dans une compétition de patinage artistique.Les électeurs, eux, ont été impressionnés, mais ils hésitent encore à donner une note trop forte aux conservateurs.Chose certaine, le dernier tour de piste de Paul Martin les a convaincus des vertus du changement.COURRIEL Pour joindre notre chroniqueur : vincent.marissal@lapresse.ca PHOTO JONATHANHAYWARD, PC Stephen Harper a fait ses devoirs au cours de cette longue campagne.Le bonhomme est toujours aussi chaleureux qu'un Mr.Freeze, mais on ne pourra pas l'accuser de manquer de rigueur et d'organisation.Sa marche vers le pouvoir a été longue et méthodique.En retard tous les jours sur les annonces des conservateurs, les libéraux ont fait le pari que Stephen Harper aller se casser la gueule tout seul ou que certains de ses candidats le feraient trébucher avec des déclarations malheureuses.PHOTO SHAUN BEST, REUTERS Paul Martin, qui devrait vraisemblablement conserver son siège de La Salle Émard, risque toutefois sérieusement de perdre son fauteuil de premier ministre.Il n'a jamais réussi à prendre son rythme de campagne.Visiblement fatigué, hésitant, brouillon, il avait souvent l'air d'un vieux monsieur dépassé par le jeune et fringant Harper.Après l'inertie des trois premières semaines, les libéraux sont tombés dans un état de panique et d'improvisation, qui a culminé lors du deuxième débat des chefs en anglais, quand Paul Martin a sorti de son chapeau l'abolition de la clause dérogatoire.M.Harper s'est imposé parce qu'il ne fait plus peur.Du moins, il fait moins peur.Dans cette campagne, la « puck » roule pour les conservateurs, mais ils patinent toutefois sur une glace très mince. PLUS CRÊPAGE ETDÉRAPAGES PERÇUE AU DÉPART COMME PRÉVISIBLE ET ENNUYEUSE, LA CAMPAGNE QUI PREND OFFICIELLEMENT FIN AUJOURD'HUI AURA ÉTÉ SOMME TOUTE EXCITANTE.AU-DELÀ DES IDÉES ET DES ÉTONNANTS CHANGEMENTS D'ALLÉGEANCE DES ÉLECTEURS, ON A EU DROIT À PLUSIEURS REBONDISSEMENTS: PAROLES EN L'AIR, RIPOSTES MALADROITES, COUPS BAS ET CROCS-EN-JAMBE ONT ÉPICÉ LE TOUT.À L'AUBE DES 39ES ÉLECTIONSGÉNÉRALES DU PARLEMENT CANADIEN, VOICI UN PALMARÈS DES MEILLEURS DÉRAPAGES ET CRÊPAGES.MARIO GIRARD TOUTDOUX ! Le 26 décembre Mike Klander, haut responsable du Parti libéral, remet sa démission après avoir fait des commentaires désobligeants dans son blogue à propos de Jack Layton, qu'il a traité de «trou du cul» et de son épouse, la candidate néo-démocrate Olivia Chow, qu'il a comparée à un chien.MAUVAISEADRESSE Le 14 décembre Un document de source libérale est envoyé «malencontreusement » aux journalistes.L'analyse interne montre que le Bloc québécois risque de perdre la moitié de ses élus au Québec.EUH\u2026QUEL EST VOTRENOMDÉJÀ ?Le 14 décembre Paul Martin s'attaque à l'ambassadeur des États-Unis, James Wilkins.Le problème, c'est qu'il l'appelle Williams.Les conservateurs profitent de l'occasion pour accuser Martin de faire de l'antiaméricanisme.Dans un communiqué, ils disent à tort que Paul Martin l'a appelé\u2026 Wilson.CHICANE CLIMATIQUE Le 7 décembre Venu à Montréal défendre les réductions de gaz à effet de serre dans le cadre de la Conférence sur les changements climatiques, Paul Martin doit brandir un bouclier devant Stephen Harper.Celui-ci l'accuse de contribuer à la pollution en voyageant en Boeing 727.M.Harper pousse la bravade et affirme que l'Airbus 320 dans lequel il fait campagne est beaucoup moins polluant que celui de M.Martin.De son côté, Gilles Duceppe promet de verser 25$ pour chaque tonne de gaz à effet de serre émise par ses trois autobus de campagne et par ses voyages en avion.OUPS ! Le 30 novembre Stephen Harper profite du décor enchanteur du Château Frontenac pour lancer sa campagne au Québec.Malheureusement pour la dizaine de candidats qui l'entourent, le chef conservateur, emporté dans son discours, oublie complètement de les présenter.Pendant une demiheure, ils feront office de potiches derrière leur chef qui, après avoir répondu à quelques questions des journalistes, se sauve par une porte dérobée.GUERRE DEMOTS Le 4 décembre Devant 600 délégués réunis en conseil général extraordinaire, le chef bloquiste Gilles Duceppe lance: «Les libéraux, on les fait disparaître, faites-vous un cadeau! » Irrité par ces propos, le lieutenant libéral au Québec, Jean Lapierre, ne tarde pas à réagir.« Il y a un petit ton naziste dans ça », dit-il.Gilles Duceppe s'excusera pour ses propos.Pas Jean Lapierre.MAÏS (DÉ)SOUFFLÉ Le 5 décembre Stephen Harper annonce un programme d'allocation annuelle de 1200 $, par enfant de 6 ans et moins, qui sera versée à toutes les familles canadiennes.Quatre jours plus tard, lors d'un débat télévisé, un stratège des libéraux, Scott Reid, affirme que cet argent va plutôt servir à acheter du popcorn et de la bière.Pendant deux jours, Paul Martin tentera de payer les pots cassés.PAUVREQUÉBEC Le 9décembre Lors d'un point de presse, l'exministre et candidate libérale Hélène Scherrer déclare que « contrairement à la croyance populaire, la province de Québec est très pauvre».Selon elle, sa situation financière dépend de la générosité du fédéralisme canadien.Cette déclaration fait plusieurs vagues.En soirée, la candidate publie un communiqué afin de rectifier le tir.«Bien que la citation fut exacte, écrit-elle, elle n'est pas représentative de l'opinion que je souhaitais exprimer.» DUEL PATRIOTIQUE Le 18 décembre Lors d'un rassemblement partisan à Montréal, Gilles Duceppe répond à l'invitation de Paul Martin, qui se dit prêt à l'affronter «à tous les coins de rue, dans chaque ville et village du Québec».Devant mille supporteurs, le chef bloquiste dit : «Son heure sera la mienne.Quand il voudra.» Le point de départ de ce duel ?Une attaque de Duceppe qui mettait en doute le patriotisme de Martin.«Il aime plus ses profits que son pays», avait dit Duceppe pour expliquer l'absence du drapeau canadien sur les bateaux de la société de transport maritime dirigée par ses fils.À DEMAIN SUR LA LUNE Le 6 janvier Marc Garneau (encore lui!) fait le souhait d'effectuer un quatrième voyage dans l'espace, mais cette fois en compagnie des chefs souverainistes Gilles Duceppe et André Boisclair.Cela donne l'occasion à Gilles Duceppe d'y aller de quelques jeux de mots.En entrevue à la radio, il déclare: «Je savais que le gars était spatial, mais là, je le trouve de plus en plus spécial.» IMPROVISATION LIBRE Le 11 décembre Des concepteurs de la Ligue nationale d'improvisation contestent la campagne publicitaire des libéraux.Ceux-ci ont loué leurs décors (patinoire) pour y tourner des messages publicitaires.Les concepteurs de la LNI crient au plagiat.Les concepteurs publicitaires disent que ces derniers savaient que ça allait servir aux publicités du Parti libéral.À qui doit-on lancer des claques ?CREVAISON Le 18 décembre Y a-t-il quelque chose de plus bucolique qu'un paysage hivernal canadien, surtout quand un premier ministre se déplace dans une carriole tirée par des chevaux?Mais quand l'un des pneus de la carriole a une crevaison, l'effet est moins réussi.C'est ce qui est arrivé à Paul Martin à Regina.L'incident a soulevé l'hilarité\u2026 même celle du chef.PROPOS SPATIAUX Le 5 janvier Après avoir déclaré qu'il ne pourrait vivre dans un Québec souverain, l'ancien astronaute et actuel candidat libéral dans Vaudreuil-Soulanges, Marc Garneau, en remet en affirmant que les Québécois ne savent pas vraiment ce qui les attend dans un Québec séparé du reste du Canada.«C'est un peu comme lorsque les Américains ont envahi Bagdad.C'est arrivé très rapidement, mais qu'est-ce qui arrive ensuite?» Gêné, Paul Martin tente de modérer son candidat.«Ce n'était pas, peut-être, le meilleur exemple à choisir», reconnaît-il.PHOTOREUTERS PHOTOCP PHOTOMARTIN TREMBLAY, LA PRESSE© PHOTO CP PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE © VALSE\u2026 HÉSITATION Le 18 janvier Buzz Hargrove, président des Travailleurs unis de l'automobile, sème la stupéfaction en déclarant que Stephen Harper avait une «vision séparatiste» du Canada et que pour lui barrer la route au Québec, il valait mieux voter pour le Bloc! Connu pour ses allégeances néo-démocrates, Hargrove en avait surpris plusieurs en se rangeant dans le camp Martin. SÉRIE L'AMÉRIQUE SOUS INFLUENCE > LE MONDE Les évangéliques ont un objectif modeste : le monde.On les retrouve en Israël, à cause des liens traditionnels entre ce pays et les États-Unis.Mais aussi en Afrique et en Amérique latine, là où le nombre de chrétiens croît le plus rapidement.Et la moisson est bonne.L'AMÉRIQUE LATINE SOUS LE CHARME DES PREACHERS L'Amérique latine, le plus grand « continent » catholique du monde, est aussi le plus courtisé par l'inexorable avancée des églises évangéliques.Elles sont aujourd'hui fréquentées et financées par des millions de fidèles.FRÉDÉRIC FAUX COLLABORATION SPÉCIALE San Salvador \u2014 La musique qui s'échappe de l'église évangélique Nouvelle Famille, située dans une banale maison de Santa Tecla, inonde les rues alentour.Le pasteur a commencé son show et harangue la trentaine de fidèles, avec un bagout d'animateur télé.« Toi, tu es quelqu'un de spécial.Nous sommes tous spéciaux, car habités par l'Esprit saint.» Le public répond, applaudit.Enchaînement sur une mélodie sucrée pour le temps de la prière : les mains se lèvent au ciel, puis chacun étreint son voisin.À la fin de l'office, la tension retombe brusquement.Eduina s'effondre en larmes.« Lorsque j'allais à l'église catholique, je ne ressentais rien.Ici, nous parlons d'un Dieu vivant, qui change notre vie, qui nous ouvre les yeux.» À l'image d'Eduina, des millions de fidèles déçus du catholicisme peuplent aujourd'hui les temples salvadoriens.Des baptistes de Béthanie aux prophètes de Kemuel, ils ont poussé à tous les coins de rue, animés par une multitude de pasteurs qui ne subissent pas les contraintes du célibat ou de longues études théologiques.«Dans le village de mes parents, le curé s'occupait de 30 paroisses, on ne le voyait jamais, se souvient Eduina.Chez nous, les leaders de quartier ouvrent leur maison pour organiser des soirées de prière, soigner les blessures de l'âme.J'ai vu des guérisons divines ! » En février dernier, 52% des Salvadoriens se déclaraient catholiques ; il y a 17 ans, ils étaient 64 %.Pendant la même période, la part des évangéliques est passée de 16.à 29 % ! S'imposant d'abord parmi les pauvres, la nouvelle religion a aujourd'hui gagné toutes les couches de la population.« En 1974, quand j'ai quitté le catholicisme, on nous considérait comme des ignorants, sans profession, incultes », se souvient Mauricio Zablah, pasteur de Nouvelle Famille.Aujourd'hui, des 4X4 tout en chrome sont alignés devant le temple et les fidèles versent ostensiblement 10 % de leur salaire pour faire vivre leur pasteur.Des moyens qui permettent d'assurer une présence spectaculaire : les Assemblées de Dieu, dont fait par tie Nouvelle Famille, comptent 1500 églises au Salvador ; les prédicateurs américains invités par Elim, une autre église évangélique, réalisent des « miracles » devant des foules de 200 000 fidèles.La plupart de ces chapelles, comme le « Tabernacle» du Dr Lopez Bertran, n'existaient pourtant pas il y a 30 ans.« Après avoir été converti par des pasteurs américains, je suis parti à la Mission baptiste internationale, au Tennessee, raconte-t-il.Je suis revenu en 1975, seul.Nous avons aujourd'hui 237 filiales dans le pays, 27 à l'étranger, et un séminaire où sont formés 800 pasteurs.Cette véritable entreprise a annexé une rue entière de la capitale salvadorienne, où ont poussé un temple gigantesque, une chaîne de télé, des radios et un complexe sportif.« Le secret, c'est le prosélytisme, dévoile le doctor.Après le culte, qui a lieu une fois par jour et six fois le dimanche, les membres vont parler du Christ dans les rues.Nous touchons 30 000 personnes chaque semaine.» Un raz-de-marée Un militantisme dont le père Esquival, chancelier de l'archidiocèse catholique de San Salvador, mesure toujours plus les conséquences.Sur ce territoire rassemblant quatre millions d'habitants, 26 780 baptêmes ont été célébrés l'an dernier, alors qu'il y en avait plus de 100 000 il y a 10 ans.Le nombre de communions est tombé à 17 000, celui des mariages s'est écroulé à 2829 ! « Les pasteurs se fixent un objectif de fidèles gagnés chaque année.Dans nos églises, en revanche, personne ne s'inquiète de voir telle ou telle famille ne plus venir à la messe », se désole le prêtre.Décidé à lutter contre ces désertions, le père Esquival a répertorié les 72 000 habitants de sa paroisse en 12 secteurs, chacun dirigé par un laïc.« Lorsque l'église ferme à 19 h, les 12 maisons paroissiales ouvrent pour la prière et le partage.Soit l'on suit cette évolution, conclut-il, soit nous disparaissons de ce pays.» Selon une enquête du sondeur Latinobarometro, la proportion d'évangéliques en Amérique latine entre 1995 et 2004 est passée de 3% à 13 %.Durant la même période, le pourcentage de catholiques a chuté de 80% à 71 %.Alors qu'ils dominent toujours largement l'Équateur (84 %), le Paraguay (84 %), le Venezuela (83 %), l'Argentine (81 %) et la Colombie (81 %), ils ne représentent plus que 69 % de la population du Brésil, première puissance démographique de la région où le catholicisme pourrait être minoritaire dès 2022.Une transition déjà en cours en Amérique centrale, où a été élu en 1990, au Guatemala, le premier président évangélique d'Amérique latine.PHOTOMARTIN THOMAS, REUTERS Des membres d'une église évangélique du Chili prient pour la paix et la réconciliation devant le palais présidentiel, à Santiago.LE SALVADOR > Capitale : San Salvador > Population : 6,7millions d'habitants > Âge moyen : 21,6 ans > Espérance de vie : 68 ans > Revenu annuel par habitant : 2200 $US > Religions : catholique romaine (83 %), autres (17 %) > Taux d'alphabétisme : 80% > Population sous le seuil de pauvreté : 36,1 % La transition est déjà en cours en Amérique centrale, où a été élu en 1990, au Guatemala, le premier président évangélique d'Amérique latine.UN TERREAU FERTILE POUR LA PAROLE DE DIEU SYLVIE ST-JACQUES Koudougou, Burkina Faso \u2014 «Donnez, donnez ! Dépouillez- vous de tout ce que vous possédez », prêche le pasteur de l'église pentecôtiste des Assemblées de Dieu à Koudougou, au Burkina Faso.Il est à peine 8 h et cette grande église est remplie de croyants rassemblés pour entendre la parole de Dieu.Une chorale entonne des hymnes religieux en français sur des airs vaguement country.À certains moments, on se croirait davantage à Nashville qu'en Afrique de l'Ouest.« Qui est souffrant, ici, ce matin ?» Une vingtaine de croyants lèvent timidement la main.L'assemblée est alors invitée à prier pour eux, pour que la santé leur soit rendue.Plus tard, ceux qui en sont à leur première visite sont invités à s'identifier.Une dame leur remet une brochure ainsi qu'un formulaire sur lequel noter leur adresse, la religion de leurs parents et les raisons qui les amènent à vouloir suivre la parole de Jésus.Au Burkina, la scène se répète partout, tous les jours.En parcourant les longues routes poussiéreuses de ce pays, il faut être aveugle ou très distrait pour ne pas remarquer les affiches des Assemblées de Dieu.Implantées en 1921 par le missionnaire canadien Albert Benjamin Simpson, mais ayant leurs assises aux États-Unis, elles comptent désormais 800 000 fidèles sur une population totale de 14 millions d'habitants.Dieu est un Américain Depuis des siècles, l'animisme (ou fétichisme) constitue le fondement des croyances burkinabées.Mais les évangéliques associent au satanisme cette religion qui attribue une âme à chaque objet et être vivant.Ils perçoivent donc ses adeptes comme autant d'âmes égarées à convertir.Plus de 100 ans après l'apparition du christianisme, avec l'arrivée des colonisateurs français, les pentecôtistes, charismatiques, Témoins de Jéhovah, baptistes et autres chrétiens se côtoient maintenant au Burkina Faso.« Bien sûr qu'il y a un engouement à leur égard.Le célèbre preacher américain Billy Graham est venu ici à quelques reprises, et le renouveau charismatique prend de l'ampleur.D'ailleurs, plusieurs malades du sida sont attirés par ces croyances, pensant qu'elles les tireront d'affaire avec leurs séances de guérison », observe Liermé Dieudonné Somé, directeur du journal L'Indépendant, à Ouagadougou.« Je leur prédis beaucoup de succès dans l'avenir.Les pentecôtistes disposent aussi d'énormes moyens et de beaucoup d'argent », précise de son côté le Dr Magloire Somé, professeur à l'Université de Ouagadougou et auteur d'un ouvrage sur la christianisation au Burkina Faso.La chasteté pour faire échec au sida Clarence et Lynne Lance, missionnaires de la division internationale de la Southern Baptist Convention, ont ainsi trouvé un terrain fertile en quittant leur Géorgie natale pour fonder des écoles bibliques et former des pasteurs à Koudougou, en 1988.Aux États-Unis, leur église est très active dans sa croisade contre le mariage gai et pour la promotion de la chasteté chez les adolescents.Les Lance propagent le même genre d'idées en Afrique.« En suivant les enseignements que nous a transmis le Christ dans la Bible, en pratiquant l'abstinence avant le mariage et la fidélité, on peut prévenir le sida », explique Lynne Lance.Jamais ces pasteurs ne suggéreront l'usage du préservatif, même si le Burkina affiche le deuxième taux d'infection après la Côte-d'Ivoire en Afrique de l'Ouest.Est-ce que le message passe ?« Les Burkinabés sont très ouverts à entendre la parole de Dieu », assure Lynne Lance.Quoi qu'il en soit, certains décrochent.Adolescent, Georges Kaboré, comédien dans la jeune vingtaine, a suivi les enseignements d'un missionnaire chrétien.C'est en raison de différends au sujet du sida que Georges Kaboré s'est ensuite dissocié de son mentor.Aujourd'hui, il dirige une troupe de théâtre d'intervention qui sensibilise les villageois à la transmission du VIH.« Vous savez, certaines personnes conservent la pensée magique même si elles suivent les enseignements de l'Église, dit-il.Elles pensent qu'en pratiquant l'abstinence pendant un certain temps, elles sont automatiquement protégées du sida et peuvent faire l'amour sans capote.Si les évangéliques américains ont compris quelque chose de l'Afrique, c'est que ce continent est avide d'espoir.Au Burkina Faso, ils ne lésinent donc pas sur les moyens pour transmettre des valeurs et croyances chères au président Bush.BURKINA FASO > Capitale : Ouagadougou > Population : 14 millions > Âge moyen : 16,8 ans > Espérance de vie : 48,5 ans > Revenu annuel par habitant : 300 $US > Religions : animisme (40%), islam (50%) et christianisme (10%) > Taux d'alphabétisme : 26,6% > Population sous le seuil de pauvreté : 45 % SÉRIE L'AMÉRIQUE SOUS INFLUENCE > LE MONDE À NOUS LA PLANÈTE! MARC THIBODEAU Printemps 2003.La coalition anglo-britannique poursuit sa marche sur Bagdad, faisant fi de la controverse internationale suscitée par sa décision de renverser le régime de Saddam Hussein.Alors que les images de violence défilent sur les écrans de l'Amérique, Jamie Winship, un chrétien évangélique, voit se présenter une occasion inespérée.Il ira en Irak, avec femme et enfants, pour travailler et « donner espoir » à la population.« Nous avons choisi un quartier chiite ordinaire.J'y suis resté un an.Avec tous les enlèvements, il y a des jours où je priais beaucoup », relate M.Winship, ex-policier de Washington qui a fondé une petite société offrant des cours de langues à des étudiants souhaitant compléter une formation universitaire en Occident.L'acronyme de l'entreprise, Gisus, n'est rien de plus qu'un « clin d'oeil », assure M.Winship, qui se défend de faire du prosélytisme.« Si les gens que je rencontre ont perdu espoir, il est clair que je vais leur parler de Jésus.Mais je ne vais pas là pour les convertir », assure le ressortissant américain, qui relate néanmoins avec satisfaction avoir « amené au Christ » un ancien officier de Saddam Hussein.Plusieurs organisations évangéliques se montrent plus explicites que M.Winship et évoquent ouvertement la nécessité de christianiser la planète.Elles s'inspirent notamment d'un passage de l'Évangile selon saint Matthieu sommant les croyants de « faire des disciples de toutes les nations ».Des données colligées par le Gordon-Cornwell Theological Seminary, au Massachusetts, indiquent que le nombre de chrétiens dans le monde est passé de 1,2 milliard au milieu des années 70 à 2,1 milliards cette année.La croissance est particulièrement marquée en Asie, en Afrique et en Amérique latine, où l'on compte une multitude d'églises évangéliques.Le poids de ce groupe religieux dans l'ensemble de la population a cependant reculé légèrement durant la même période, passant de 33,4 % à 33,1 %.Fenêtre 10/40 L'importance accordée par la communauté évangélique au prosélytisme se manifeste aux États- Unis par une foule d'initiatives, parfois plutôt originales.Certaines organisations mettent sur pied des « groupes de prière », dans l'espoir de favoriser les conversions à distance.D'autres offrent des informations détaillées sur les pays « cibles» pour les futurs missionnaires.C'est le cas de Joshua's Project, organisation qui fait un décompte du nombre de communautés n'ayant pas encore été « touchées » par le message chrétien.L'un des responsables, Dan Scribner, un Américain de 46 ans vivant au Colorado, décrit en entrevue la Bible comme un « standard absolu applicable à l'ensemble de l'humanité.» Il affirme que les personnes qui ignorent son message risquent d'être «éternellement séparées de Dieu » et doivent être sauvées.Au cours des dernières années, une attention croissante a été accordée par les groupes évangéliques américains à « la fenêtre 10/40 », qui regroupe les pays situés entre 10 degrés de latitude sud et 40 degrés de latitude nord.Cette fenêtre regroupe des zones à forte concentration musulmane, comme l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient.Pour éviter d'attirer l'attention dans les pays interdisant le prosélytisme, un nombre croissant de missionnaires acceptent des postes laïques.Ils restreignent leurs efforts d'évangélisation aux personnes avec lesquelles ils tissent des liens personnels, minimisant les risques de représailles.Jamie Winship affirme qu'il a failli être incarcéré en Asie du Sud-Est durant ses premières années à l'étranger, parce que des dirigeants de l'université islamique où il travaillait l'accusaient d'avoir converti une étudiante.L'ex-policier dit avoir été sauvé de la prison par l'intervention d'un haut responsable universitaire formé aux États-Unis, dont l'intégration avait été facilitée.par des chrétiens évangéliques.« Dieu est intervenu dans le processus », conclut M.Winship.Au cours des dernières années, une attention croissante a été accordée par les groupes évangéliques américains aux pays situés entre 10 degrés de latitude sud et 40 degrés de latitude nord.PHOTO JIM HOLLANDER, REUTERS Des représentantes de l'Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem dansant dans les rues de la ville.Cette organisation évangélique favorable à Israël compte des succursales dans une cinquantaine de pays.DES ÉVANGÉLIQUESÀ LA RESCOUSSE DES COLONIES JUIVES MARC THIBODEAU KARNEI SHOMRON, Cisjordanie \u2014 Lorsque le gouvernement israélien s'est engagé, au début des années 90, à geler le développement des colonies juives de Gaza et de Cisjordanie, plusieurs évangéliques américains ont senti qu'il était de leur devoir de venir à la rescousse.Cet élan de solidarité, inspiré par l'importance que confère la Bible au « peuple élu », a amené un homme d'affaires du Colorado à créer en 1995 les Amis chrétiens des communautés juives (ACCJ).L'organisation jumelle les colonies avec des groupes évangéliques qui leur fournissent un soutien moral et financier.Elle chapeaute chaque année la venue dans les territoires occupés de milliers de visiteurs chrétiens dans l'espoir de consolider ces liens.La représentante israélienne de l'ACCJ, Sondra Baras, Juive originaire de l'Ohio qui vit dans la colonie de Karnei Shomron, en Cisjordanie, les invite à plaider la cause des colons à leur retour aux États-Unis.Une affiche dans son bureau souligne dans la même veine l'importance de prier pour que le président américain, George W.Bush, « honore le pacte » conclu entre Dieu et les Juifs.Ce pacte, explique Mme Baras, signifie que le peuple juif a hérité, pour toujours, du territoire s'étendant du Nil, en Égypte, jusqu'à l'Euphrate, en Irak, une superficie dépassant largement les limites actuelles de l'État d'Israël.Et qui inclut la bande de Gaza et la Cisjordanie, revendiqués par les Palestiniens.Les évangéliques affirment simplement vouloir se conformer aux passages de la Bible leur ordonnant d'honorer les Juifs.Mais leur engagement envers les colons et Israël n'est pas désintéressé, prévient le théologien américain Timothy Weber, qui a écrit un livre sur le sujet.La majorité d'entre eux, dit M.Weber, se réclament de la « théorie de la dispensation », philosophie apocalyptique apparue au XIXe siècle.Elle prédit que le retour des Juifs en Terre sainte précipitera l'Apocalypse et ouvrira la voie au retour du Messie.Les Juifs, toujours selon cette philosophie, seront massacrés en grand nombre par l'Antéchrist et les survivants devront se convertir au christianisme.« Les évangéliques passent souvent ce point sous silence, mais, croyez-moi, il s'agit presque toujours d'un élément central de leur relation avec Israël », note M.Weber.Conversions forcées ?Les convictions des évangéliques relativement au sort final des Juifs ont été décriées par des rabbins à plusieurs reprises.Le gouvernement israélien ne s'est pas empêché pour autant de les courtiser activement et de mettre ces liens à profit pour tenter d'influer sur la politique américaine au Proche-Orient.Mme Baras fait écho à l'approche pragmatique du gouvernement israélien.Il est clair, convient-elle, que plusieurs évangéliques associés à son organisation croient que les Juifs devront ultimement se convertir, mais ils acceptent de passer cette croyance sous silence.« Aucune forme de prosélytisme n'est acceptée », explique- t-elle.Certaines des organisations évangéliques favorables à Israël mènent leur action à l'échelle de la planète.C'est le cas notamment de l'Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem (ACIJ), qui compte des succursales dans une cinquantaine de pays.En entrevue à La Presse à Jérusalem, le pasteur Malcolm Hedding, qui dirige l'ACIJ, insiste sur le fait que ses membres veulent simplement manifester leur amour envers le peuple juif « comme l'ordonnent les Saintes Écritures ».L'organisation, qui n'a aucun statut diplomatique, offre aujourd'hui des services de tout ordre à la communauté juive d'Israël.Elle soutient activement le retour de membres de la diaspora, et mène des campagnes de sensibilisation auprès des élus occidentaux.Bien que les dirigeants de l'ACIJ se réclament du « sionisme chrétien », un courant qui s'apparente, selon Timothy Weber, au dispensionalisme, ses dirigeants refusent cette association.« Nous rejetons toute forme de scénario de conversion forcée », souligne M.Hedding, en relevant qu'il y aura malgré tout « une fin chrétienne à l'Histoire ».Les évangéliques affirment simplement vouloir se conformer aux passages de la Bible leur ordonnant d'honorer les Juifs. SÉRIE L'AMÉRIQUE SOUS INFLUENCE > LES ÉTATS-UNIS QUANDWASHINGTON ALAFOI De la Maison-Blanche au Congrès en passant par d'influents groupes de pression, les chrétiens évangéliques ont envahi Washington.Au nom de Dieu, ils sont en train de radicaliser le Parti républicain et la société américaine.ALEXANDRE SIROIS WASHINGTON Après le passage de l'ouragan Katrina, en août dernier, George W.Bush a mis près de 48 heures avant d'interrompre ses vacances au Texas et de rentrer à Washington.Plusieurs n'ont pas manqué de dénoncer sa désinvolture.D'autant plus qu'on se rappelait son zèle cinq mois plus tôt.Le président américain avait alors quitté son ranch texan à toute vitesse sous prétexte de «circonstances extraordinaires ».Il voulait « sauver» Terri Schiavo.Le Congrès américain allait légiférer pour empêcher la mort de cette Floridienne dans le coma, dont le cathéter d'alimentation avait été débranché.Bush s'est précipité à Washington avant même l'adoption du texte de loi.On l'a tiré du lit plusieurs heures plus tard, au beau milieu de la nuit, pour qu'il puisse signer la loi.L'empressement du président et du Congrès américain dans cette affaire est symptomatique de la montée en puissance des chrétiens évangéliques dans l'univers politique américain.« C'est un mouvement social qui a connu un succès remarquable en utilisant ses Églises pour soutenir des candidats et les faire élire », explique l'un des plus grands spécialistes de la droite chrétienne, Clyde Wilcox, professeur à l'Université Georgetown.Résultat : les chrétiens évangéliques et leurs alliés sont aujourd'hui omniprésents à Washington.Que ce soit au Congrès, à la Maison-Blanche ou au sein des multiples groupes de pression qui tentent d'influencer les politiques américaines.Agir ou en payer le prix Les chrétiens évangéliques ont décidé d'investir la sphère politique dans les années 70, à la suite du jugement de la Cour suprême légalisant l'avortement.On a commencé à entendre parler d'eux lorsque le président démocrate Jimmy Carter, lui-même un born again christian, a été porté au pouvoir.Son successeur, le républicain Ronald Reagan, les a courtisés avec succès.Au fil des ans, déployant une énergie phénoménale pour faire élire les candidats qui épousaient leurs causes, ces chrétiens se sont mis à jouer un rôle crucial.On estime qu'en 1994, ils ont aidé les républicains à reprendre le contrôle du Congrès pour la première fois en 40 ans.Et il est clair que sans leur dévouement, George W.Bush ne serait pas à la Maison-Blanche aujourd'hui.Ces militants religieux le savent.Aussi cherchentils à être récompensés pour leurs efforts.Peu après la réélection de Bush en novembre dernier, le fondateur de l'organisation évangélique Focus on the Family l'a fait savoir aux Américains.James Dobson a déclaré publiquement que les républicains avaient quatre ans pour mettre de l'avant les politiques défendues par son groupe.Faute de quoi, « ils en paieront le prix aux prochaines élections ».Ce n'est donc pas un hasard si le Parti républicain a voulu empêcher la mort de Terri Schiavo, s'il tente de limiter le plus possible le droit à l'avortement et s'il est en croisade contre le mariage gai.Impact encore limité On accuse les évangéliques d'avoir radicalisé le Parti républicain, auquel ils sont étroitement associés.Certains estiment même que leur influence croissante met en péril la séparation de l'Église et de l'État prévue par la Constitution.Non seulement bon nombre d'organisations tentent d'influencer les leaders politiques, mais les plus grands ténors républicains à Washington sont eux-mêmes évangéliques.À commencer par le président.Cela dit, l'impact réel du mouvement sur les politiques fédérales demeure limité, estime Clyde Wilcox.À ce chapitre, la droite chrétienne a eu « remarquablement peu de succès » au cours des 30 dernières années.« L'avortement est toujours légal et si le taux a baissé un peu, c'est parce que la population vieillit.Les femmes sont plus susceptibles de travailler et d'être traitées de la même façon que les hommes.Et les droits des gais et lesbiennes continuent de progresser », fait remarquer l'enseignant.Les gestes politiques faits à Washington sont nombreux, mais encore surtout symboliques.L'exemple ultime étant justement l'affaire Terri Schiavo.« Les politiciens ont adopté une loi qui s'appliquait uniquement à son cas, rappelle M.Wilcox.Ils n'ont pas mis de l'avant une nouvelle politique sur la fin de la vie ni accru le financement des programmes pour garder en vie des gens comme Mme Schiavo.Et malgré leurs efforts, son cathéter d'alimentation n'a pas été rebranché et elle est morte.» PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS On a appris, au cours de la course à la Maison-Blanche en l'an 2000, que Jésus était le philosophe préféré de George W.Bush.Rarement un président aura-t-il tant mêlé la religion à la politique.Les plus importants politiciens et organisations évangéliquesà Washington George W.Bush On a appris, au cours de la course à la Maison- Blanche en l'an 2000, que Jésus était le philosophe préféré de George W.Bush.Depuis, le président américain parle en long et en large de sa foi et de la façon dont Dieu l'inspire.Son rédacteur de discours, Michael Gerson, est d'ailleurs lui-même un chrétien évangélique.Bush ne fait pas tout ce que désirent les membres du puissant mouvement religieux.Ceux-ci sont néanmoins comblés par plusieurs de ses décisions.Rarement un président aura-t-il tant mêlé la religion à la politique.Tom De Lay Surnommé « le marteau », Tom De Lay a cogné fort sur le pouvoir judiciaire après la mort de Terri Schiavo au printemps dernier.« Le temps viendra où les responsables devront répondre de leurs actes », a-t-il dit au sujet des juges américains.Il a même parlé de représailles éventuelles.Ce fougueux Texan est toutefois affaibli depuis septembre.Inculpé dans une affaire de financement illégal, il a dû quitter son poste de leader de la Chambre des représentants au Congrès.Sam Brownback Ceux qui ne connaissent pas encore ce sénateur républicain du Kansas ne perdent rien pour attendre.Il a l'intention de devenir président et pourrait poser sa candidature en 2008.Le mouvement évangélique sera ravi.Brownback est l'un des politiciens qui s'opposent avec le plus de vigueur à l'avortement à Washington.Au Sénat, il est le leader de la lutte fédérale contre la violence et le sexe au petit et au grand écran.Il est aussi un farouche défenseur d'Israël.Bill Frist Leader républicain du Sénat, Bill Frist a été « touché par Dieu ».C'est ce que soutient cet ambitieux sénateur du Texas, qui devrait être candidat à la Maison- Blanche en 2008.Originaire du Tennessee, cet ancien médecin est un chrétien évangélique pragmatique.En juillet, il a osé tenir tête à George W.Bush en s'opposant publiquement à sa politique restrictive sur les cellules souches.La droite chrétienne lui pardonnera-t-elle ce faux pas ?Focus on the Family Peut-être la plus puissante des organisations évangéliques en sol américain.Elle a été fondée par James Dobson, qui a récemment pourfendé Bob l'éponge en l'accusant de faire la promotion de l'homosexualité.Elle doit malgré tout être prise au sérieux.Établie au Colorado, elle compte 1400 employés et est en contact avec 220 millions de personnes.Avec Jerry Falwell et Pat Robertson en perte de vitesse, Dobson est sans contredit un des leaders évangéliques les plus influents aux États-Unis.Depuis la dernière course à la Maison-Blanche, il ne se gêne plus pour faire de la politique.Family Research Council Établi à Washington depuis sa création, dans les années 80, le Family Research Council est rapidement devenu incontournable.Il fait la promotion d'une « vision du monde judéo-chrétienne » et considère que le mariage et la famille sont les fondements de la civilisation.Tony Perkins, ancien parlementaire louisianais qui a toujours férocement lutté contre l'avortement, préside ce conseil depuis 2003.Il a affirmé cette année que les tribunaux sont plus menaçants que les groupes terroristes pour le gouvernement américain.Concerned Women for America « Protéger et promouvoir les valeurs bibliques auprès de tous les citoyens.» C'est le but de cette organisation qui regroupe majoritairement des femmes et dit vouloir contrer le déclin des valeurs morales aux États-Unis.« Ils citent beaucoup la Bible et ont des positions sans compromis sur plusieurs enjeux », explique Clyde Wilcox, spécialiste de la droite chrétienne à l'Université Georgetown.Le quartier général de la CWA se trouve à Washington.Sa présidente, Beverly Lahaye, est la femme de l'influent évangélique Tim Lahaye, coauteur de la populaire série Left Behind.National Association of Evangelicals Association responsable de la coordination des quelque 45 000 paroisses évangéliques qui regroupent 30 millions de chrétiens.Son président, Ted Haggard, ne se gêne pas pour utiliser sa tribune à des fins politiques.Ce quadragénaire télégénique, également à la tête de l'Église New Life au Colorado (11 000 membres), a l'oreille de la Maison-Blanche.Il est l'un des leaders évangéliques qui participent chaque semaine à une conférence téléphonique avec le président Bush ou l'un de ses représentants."]
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