La presse, 11 avril 2007, B. Actuel
[" Smallville, au Kansas, la ville où a grandi Clark Kent avant de devenir Superman, n'existe pas.Il s'y passe plein de choses bizarres, mais sur petit et grand écran seulement.Mais Alamogordo, au Nouveau-Mexique, est bien réelle.Il ne se passe généralement pas grand-chose dans cette ville de 35 000 habitants.C'est pourtant dans le désert d'Alamogordo que l'armée américaine a testé sa première bombe nucléaire, en 1945.C'est aussi à Alamogordo qu'on peut acheter une substance appelée « trinitite », une roche exposée à la radioactivité.Vous pouvez également y croiser Edward Dittner, dresseur d'astrosinges.Et c'est à Alamogordo qu'on trouve le plus grand cimetière de jeux vidéo.Notre collaborateur Nicolas Ritoux y a fait des rencontres bizarres.LISEZ SON COMPTE RENDU EN PAGES 2 ET 3 BIZARRE, BIZARRE.ACTUEL PHOTO TOMMOORE, AP Lancement d'un missile par l'armée américaine dans le désert de White Sands, tout près d'Alamogordo, au Nouveau-Mexique.L'armée y mène des exercices depuis bon nombre d'années, le plus spectaculaire étant sans contredit l'explosion de la première bombe atomique, le 16 juillet 1945.VACANCES/VOYAGE LES PREMIERS PAS DU TOURISME RESPONSABLE PAGE 4 Séjour de 7 nuits offert dans 30 différents Villages à travers le monde.ÉPARGNEZ À DEUX.Recevez 50% de réduction sur le séjour de la 2ème personne.Vols directs de Montréal vers Turkoise et Columbus Isle du 11 mai au 19 octobre 2007 3467661A ACTUEL NICOLAS RITOUX COLLABORATION SPÉCIALE Au premier abord, la petite ville d'Alamogordo, à la lisière du désert de Tularosa, à mi-chemin entre Albuquerque et El Paso, est bien paisible.Pour être honnête, il ne s'y passe jamais rien.Bien sûr, Alamogordo a une histoire, typique de la région: des cow-boys, des Indiens et des agriculteurs éprouvés par les sécheresses.Au quotidien, à part quelques églises, des restaurants de malbouffe et des attractions désuètes pour les automobilistes de passage, la petite ville de 35 000 habitants offre peu de divertissements.Mais de temps à autre, un événement bizarre fait le tour du monde.La première fois, ce fut le 16 juillet 1945.« Le jour où le soleil s'est levé deux fois », disent les plus vieux.C'est ce matin-là, dans le désert d'Alamogordo qu'a eu lieu la toute première explosion nucléaire, provoquée par l'armée américaine.Aujourd'hui, « Trinity Site » est fermé au public.C'est aussi à Alamogordo qu'on trouve le plus grand cimetière de jeux vidéo.En septembre 1983, l'éditeur de jeux Atari a enfoui dans la décharge municipale d'Alamogordo, aujourd'hui désaffectée, des millions de cartouches de jeux et de consoles provenant de son entrepôt d'El Paso.Un article et une photo du Alamogordo Daily News ont immortalisé l'opération qui, selon le quotidien, a mobilisé entre huit et 20 camions.Parmi les jeux jetés, on trouvait le très médiocre E.T., produit à six millions d'exemplaires.Son échec fut le coup de grâce qui a ALAMOGORDO, PHOTO AP Un F-117A de l'US Air Force basé au Holloman Air Force Base, Nouveau-Mexique.PHOTO AP La première bombe atomique utilisée par les Américains a lancé la course au nucléaire.En octobre 1945, un autre test est mené à Alamogordo.Un champignon haut de 40000 pieds se gonfle dans le ciel du Nouveau-Mexique.NICOLAS RITOUX COLLABORATION SPÉCIALE Au bord de la route 380, parfaitement rectiligne à travers la plaine vide, apparaît une ferme surmontée d'un grand écriteau peint en rouge : Rock Shop.Qu'est-ce qu'on vend?Des roches exposées en tas entre les arbustes et les morceaux de ferraille, mais le joyau de la boutique, c'est la « trinitite ».« Vous voulez la voir ?D'accord, mais deux minutes », dit la propriétaire des lieux, qui s'apprêtait à fermer au moment du passage de La Presse.Elle entre dans la vieille remorque qui lui sert de bureau.Sur un grand carton est écrit « Support the Troops ».La radio AM parle de Jésus.Sur le comptoir, deux plaquettes exposent des cailloux à l'allure volcanique.« La trinitite, c'est du sable qui a fondu et collé là où la bombe a explosé.Je les tiens du propriétaire précédent.C'est un crime d'en ramasser depuis 1975 », explique Mme Nelson.On veut toucher, mais la dame ne cache pas son impatience.« Vous en voulez ou pas ?C'est 30 $ le gramme.Chaque caillou pèse de 5 à 10 grammes.» Non merci, on est juste là pour faire un reportage.Bon, Mme Nelson accepte l'entrevue et la photo, mais faites vite, prévient-elle Et la lumière fut.Allison Nelson vit seule ici depuis 1995, quand elle a repris le Rock Shop.Deux de ses amis maintenant disparus, William et Helen Riley, ont vu l'explosion.« Quand William est sorti pour regarder l'explosion, ses cheveux et sa barbe ont blanchi presque instantanément.Les poils de ses animaux ont aussi blanchi du côté qui faisait face à l'explosion.Peu après, des gens sont venus sur sa propriété, alors il est sorti avec son fusil pour savoir ce qu'ils voulaient.Ils ont dit qu'ils étaient de l'armée et qu'ils cherchaient des traces de radioactivité.William leur a dit qu'il n'avait qu'une petite radio et qu'elle était éteinte.» Mme Nelson ne rit même pas de la chute de son histoire.On dirait qu'elle l'a trop racontée.William Riley a-t-il souffert par la suite?« Personne n'a eu de problèmes à ma connaissance.Les vaches ont continué à donner du lait et à faire des petits.» Elle hésite, comme si elle cherchait d'autres exemples.Aucun ne lui vient en tête.Des conséquences?On pense aux histoires d'enfants déformés de Hiroshima.Ici, la bombe a explosé en plein désert, mais était-ce encore trop près des habitants?« L'effet de la bombe sur leur santé est encore nébuleux », admet Dawn Santiago, qui tient le petit musée d'histoire d'Alamogordo, où on trouve des objets de l'époque de la conquête de l'Ouest.On y parle aussi de l'explosion, qui aurait brisé des vitres dans un rayon de 100 km.Mme Santiago raconte qu'une boutique de photos d'El Paso, à près de 200 km, a connu des retours de marchandise dans les semaines suivantes.Les films posés ce jour-là sur ses tablettes étaient déjà exposés.Dans le guide qu'elle nous donne, publié par l'armée, on assure que la radiation à Trinity Site est anecdotique comparée à celle qu'un Américain moyen absorbe dans une année.Le meilleur moyen de s'y exposer aujourd'hui, c'est de prendre la trinitite dans ses mains.Selon une analyse officielle, elle contient encore des éléments radioactifs comme le césium 137.Au moment d'écrire ces lignes, nous ne ressentons aucun effet notable.Allison Nelson, marchande de cailloux radioactifs « La trinitite, c'est du sable qui a fondu et collé là où la bombe a explosé.Je les tiens du propriétaire précédent.C'est un crime d'en ramasser depuis 1975.» PHOTO FOURNIE PAR LE WHITE SANDS DESERT Évidemment, qui dit Nouveau-Mexique dit désert et plantes exotiques.Publireportage Ne manquez pas la chronique Styles de vie de Pascale Wilhelmy, les mercredis matin à Rythme FM.MODE Par Juliette Ruer Le jean en questions Peut-on porter un jean en toutes circonstances ?Oui, avec une touche féminine : chemisier de soie, talons hauts, ballerines, veste cintrée, etc.Comment choisir un jean en fonction de sa morphologie ?Si vous avez des hanches un peu larges, préférez un jean avec une taille haute et des jambes évasées dans le bas.Pour des jambes plutôt courtes, choisissez une coupe cigarette.Les filiformes supportent la taille basse, ainsi que celles qui ont un petit ventre (plus de confort !).Que penser du slim ?Il ne va pas à toutes, c'est clair.Mais on peut le détourner facilement si l'on n'est pas très mince et que l'on veut quand même rester dans la tendance.On peut le porter avec une tunique, des vestes et gilets longs pour une ligne harmonieuse.Et puis le retour de la taille haute, quelle que soit cette taille, donne un joli galbe et rééquilibre la silhouette.Comment entretenir un jean ?Un jean ne vit que de un à deux ans.Afin de le garder plus longtemps, il est important de ne pas le laver à plus de 30 °C.À trop haute température, il se déformera.Enfin, et même si l'on a l'impression que le jean n'est pas sale, pensez à ne pas le porter trop longtemps : de deux à trois fois.Bien acheter ses lunettes de soleil Il ne faut pas oublier que les lunettes de soleil, tout en étant un accessoire de mode à part entière, doivent aussi protéger les yeux des rayons.Évitez donc d'acheter vos lunettes sur un marché ou dans une grande surface, le collant UV 100 % ne voulant absolument rien dire.Achetez-les plutôt chez un opticien qui saura vous conseiller.Une bonne paire de lunettes doit être de la taille adéquate : tous les fabricants proposent un choix large, donc si vous voulez absolument des lunettes aviateur, cherchez votre taille, plutôt de que jeter votre dévolu sur la première marque qui passe.Vous allez la trouver.Les grosses lunettes seront toujours très tendance cet été, elles sont un peu bombées et les verres plutôt foncés, noirs, rouges ou bordeaux.On peut donc les avoir immenses, mais nos yeux de mouche resteront sobres\u2026 La semaine prochaine : DÉCO Prochain numéro : 30 mai 3472023A ACTUEL précipité l'effondrement du marché des jeux vidéo de 1983, qui n'allait renaître de ses cendres qu'avec Nintendo, à la fin de la décennie.Pendant un temps, on a cru que les jeux vidéo n'avaient été qu'une mode.Un endroit idéal Nous avons retrouvé l'entrée de ce terrain.Sous une butte à 200 mètres à gauche de l'accès, où gisent une série de bennes rouillées, reposent les derniers restes de l'âge des arcades.Pendant longtemps, le bassin de Tularosa, près d'Alamogordo, n'a été qu'un coin de désert oublié, coincé entre deux plateaux montagneux.Rares - et rudes - étaient les humains qui persistaient à y cohabiter avec le coyote, le serpent à sonnettes et le grand géocoucou (mieux connu sous le nom de Roadrunner).C'est l'endroit idéal que cherchait l'armée pour mener ses expériences en toute discrétion, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.Elle y contrôle encore une grande zone militaire, autour de la base aérienne d'Holloman dont dépendent 6000 emplois en ville.La population, majoritairement blanche et favorable au Parti républicain, détonne dans cet État à fort héritage hispanique où l'on vote surtout démocrate.Silence de guerre Cela dit, on affiche peu ses couleurs à Alamogordo : on n'a entendu personne parler de la guerre lors de notre passage et les seuls drapeaux visibles se trouvent devant les édifices publics.Pendant notre visite, ils étaient abaissés, mais personne n'a pu nous dire pourquoi.En fait, le gouverneur de l'État avait ordonné de mettre les drapeaux en berne pour honorer un soldat du coin tué en Irak - le troisième depuis le début de l'année.« On parle peu de la guerre en ville.Beaucoup de mes amis sont dans l'armée, mais ils ne discutent pas de politique.C'est leur devoir, c'est tout », dit Jonathan Glidden, 24 ans, rencontré dans un des deux cafés de la ville équipés d'une machine à espresso.Sur la terrasse, un groupe de militaires en civil écoutent l'un d'entre eux parler de Jésus.Bizarre, Alamogordo ?CAPITALE DU BIZARRE PHOTO AP Août 2005, l'armée américaine fait sauté une bombe pour détruire des pièces d'équipements obsolètes: détonnateurs, pièces de moteurs d'avions, des rockets et autres munitions à la base Holloman Air Force.PHOTO COLLECTION EDWARD DITTNER NICOLAS RITOUX COLLABORATION SPÉCIALE « Quel âge aviez-vous sur cette photo?» Edward Dittner s'arrête pour y penser.« C'était il y a très longtemps », répond finalement l'homme de 88 ans, la voix affaiblie par le manque de souffle.« Les deux autres gars sur la photo sont morts.» Nous sommes debout devant un panneau pédagogique du Musée d'histoire spatiale d'Alamogordo, qui raconte l'histoire de Ham, le « premier astrosinge du monde ».Il est enterré dehors, devant l'entrée de ce bâtiment à flanc de montagne, d'où il domine la ville pour l'éternité.Edward Dit tner éta it son entraîneur.Il travaillait à la base militaire voisine, dans le cadre du programme Mercury de la toute jeune NASA.Après quelques années, il a quitté la région.La collection du petit musée s'arrête au milieu des années 60, avec les premiers vols habités par des hommes.Ham, lui, n'était qu'un chimpanzé, mais il fut le premier animal évolué à admirer la planète d'en haut.« Il n'a pas été lancé dans l'espace comme ça.On l'a entraîné pendant 19 mois.On le plaçait d'abord cinq minutes par jour sur une chaise pour qu'il s'habitue à rester assis.À la fin, il pouvait y rester indéfiniment », raconte Edward Dittner, qui a accompagné Ham jusqu'au décollage, à Cap Canaveral.Relax, l'astrosinge au décollage?« Ça n'allait pas trop mal.Le vol n'a duré que 16 minutes.De mon côté, j'avais beaucoup d'appréhensions parce que c'était très expérimental.Quand il est revenu ici le lendemain, après que la marine l'eut repêché dans l'océan, il a sauté dans mes bras et m'a donné un gros câlin.« Je me sentais proche de lui, à force de le voir chaque jour.Il me connaissait plus que les autres.Il était très habitué à moi.» Pendant le vol, Ham devait actionner en rythme deux leviers placés devant lui comme Edward l'avait habitué à le faire sur Terre.Le but : savoir s'il était possible d'effectuer des tâches dans l'espace.Mission accomplie.Après Ham, son congénère Enos a effectué un tour en orbite.Quatre autres astrosinges devaient partir, mais le programme a été écourté.Les Russes avaient pris trop d'avance ; il fallait passer à l'étape suivante.Ham a été transporté au zoo de Washington, avant de mourir en Floride, en 1983, à l'âge de 27 ans.Sa dépouille a été ramenée à Alamogordo, où il a eu droit à une cérémonie funéraire en présence des vieux collègues.M.Dittner a connu aussi les premiers astronautes qui s'entraînaient dans la région.« À l'époque, on devait se débrouiller avec peu et on n'attirait pas vraiment l'attention du public.C'est curieux, mais on est plus populaires maintenant.» EDWARD DITTNER Le dresseur d'astrosinges PHOTO NICOLAS RITOUX, COLLABORATION SPÉCIALE Allison Nelson vend des roches, dont de la trinitite.,4 \"+4.\"& %& 4.&3 ;4, $ )-5 )- ;< 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