La presse, 21 octobre 2007, P. Plus - Lectures
[" Sans rien ni personne 440 pages · 26,95 $ © Jean-François Bérubé Un polar signé Marie Laberge : irrésistible ! Marie Laberge Boréal www.editionsboreal.qc.ca 3514258A PLUS LECTURES GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, LIVRES Las Vegas est peut-être la ville de tous les plaisirs.Mais pour un alcoolique, c'est aussi celle de toutes les tentations.Avec ses centaines de bars, ses amitiés qui se font et se défont le temps d'un verre.Ou de plusieurs.Ici, les Alcooliques anonymes ne chôment pas, constate-t-on dans deuxième et dernier volet de notre série sur les dessous de la capitale du jeu.À lire en pages 2 et 3 Dure ville pour être alcoolique BENOIT AQUIN, COLLABORATION SPÉCIALE MÉMOIRES SÉLECTIFS QUAND JEAN CHRÉTIEN ET BRIAN MULRONEY RÉÉCRIVENT L'HISTOIRE CANADIENNE PAGES 6 ET 7 LE TÊTE À TÊTE DE RIMA ELKOURI STEVEN GUILBEAULT, PROPHÈTE ÉCOLO PAGE 5 MON T R É AL DI M A N C HE 21 OC TO B RE 2 0 0 7 LES DESSOUS DE LAS VEGAS Il y a plus de 700 réunions des Alcooliques anonymes chaque semaine à Las Vegas.Ici, même la sobriété fait dans la démesure.Mais elle est encore plus difficile à atteindre qu'ailleurs dans ce monde de jeu où, de surcroît, l'argent coule à flots.Comme la bière et le scotch.NICOLAS BÉRUBÉ LAS VEGAS, Nevada \u2014 «Bonsoir, je m'appelle Andrea et je suis alcoolique.Je n'ai pas bu depuis 32 jours.» La salle est entrée en éruption après le «32 jours».Soixante-dix hommes et femmes qui applaudissent à tout rompre dans le local d'une église presbytérienne du centre-ville de Las Vegas.À travers les fenêtres, on peut voir les lumières de la «Strip».En ce samedi soir de septembre, des dizaines de milliers de fêtards s'apprêtent à prendre d'assaut les bars de la ville.Ils vont dépenser leur argent dans les bars à thème, les bars ouverts 24 heures, les bars topless, les bars snobs, les bars trop pleins, les bars sur les toits des hôtels, les bars gais, les bars qui vous promettent de rencontrer de belles Asiatiques intéressées à rire de vos blagues et à pratiquer leur anglais.Il y a en tout 342 bars dans la ville de Las Vegas.Autant d'endroits à éviter pour les alcooliques qui veulent cesser de boire.Et ils sont nombreux: il y a plus de 700 réunions des Alcooliques anonymes chaque semaine dans l'agglomération de Las Vegas.Ce samedi soir-là, la réunion s'est ouverte avec le témoignage d'Andrea.Mère de seule de 35 ans, Andrea a déménagé à Vegas en 1999 pour travailler dans la restauration.La paye était bonne, dit-elle.Bien meilleure qu'à Minneapol is , où elle travaillait.«Las Vegas est une belle ville, mais c'est difficile d'être sobre ici, dit-elle, debout devant la salle, mal à l'aise de parler au micro.Ici, les amis veulent toujours sortir.Les clients veulent toujours vous payer des verres.Quand je suis arrivée, je faisais la fête pratiquement chaque soir.Je n'étais plus capable d'élever mon fils.» Les AA ne manquent Les dessous de Las Vegas pas de boulot dans la capitale du vice Puis Andrea a découvert les AA.Elle est devenue abstinente.Elle a changé d'emploi pour travailler loin de l'alcool et des gens qui boivent.«Je me suis rendu compte que Las Vegas est une ville vide.Vous vous faites des amis rapidement, mais sont-ils vraiment vos amis?J'ai arrêté de boire et de prendre de la drogue, et j'ai perdu mes amis.Des fois, je fais des rechutes.Pour moi, ce sera toujours un combat\u2026» Dans la salle sont assis coude à coude des hommes en cravate, des camionneurs au t-shirt sale, des grands-mères chic, des jeunes filles aux seins refaits, des sportifs, des étudiants, des travailleurs de la construction.Aucun parti politique, aucune campagne de publicité ne parviendrait à réunir ces gens un samedi soir dans une salle paroissiale aux chaises inconfortables et éclairée au néon.Ces adultes n'ont strictement rien en commun, rien sauf l'envie irrépressible de décapsuler une bouteille d'alcool ou de médicaments et d'en vider le contenu d'un trait.«J'étais devenu malheureux, raconte maintenant un grand gaillard nommé Matt à l'auditoire qui acquiesce, qui pleure, qui regarde par terre, les yeux dans la brume.J'en étais rendu à rester assis devant la télé à me saouler, seul.Un ami m'a suggéré de trouver de l'aide.C'est ce qu'il y a de bien à Vegas, les gens savent reconnaître un alcoolique.Je suis sobre depuis maintenant 82 jours.» Et les applaudissements ont repris.Fondée par la mafia À la pause, Jim et Dan fument une cigarette dans le stationnement et répondent aux messages textes sur leur cellulaire.Étudiant à l'Université du Nevada à Las Vegas , Dan raconte qu'il a déménagé de San Diego il y a trois ans.Las Vegas est une ville intéressante parce qu'on y trouve de tout et que les gens sont sympathiques, dit-il.«J'arrive à rester sobre ici.Je m'occupe, j'étudie, je joue au football.Je suis content d'avoir découvert les AA.» Son ami, Jim, a été sobre durant 74 jours, mais il a fait une rechute cette semaine.«Ce qui est difficile, c'est quand des amis débarquent en ville.Ils viennent pour faire la fête.Alors ils m'entraînent avec eux, et je suis saoul pendant trois jours et je bouffe des poignées de pilules\u2026 Je veux dire, Las Vegas a été fondée par la mafia.On ne peut pas espérer grandchose d'une ville comme ça.» Après la pause, un homme en veston cravate s'installe au micro.Il dit s'appeler Greg et être originaire de Toronto.Le timbre de sa voix est clair et posé.À 44 ans, Greg pourrait passer pour le gestionnaire d'une grande entreprise, pour un responsable du marketing de l'une des nombreuses tours d'habitation de luxe qui poussent ces jours-ci au centre de Las Vegas.Mais Greg n'est rien de tout cela.C'est un voleur, un menteur, un fraudeur, un homme qui peut devenir violent quand la situation le requiert .Un alcoolique.«Un jour, pour vérifier où j'en étais, j'ai lu les 10 commandements, dit-il durant son introduction.Au cours de ma vie, j'en ai enfreint neuf.» Merci, Dieu.Greg est arrivé à Las Vegas il y a trois ans.Il venait de quitter Toronto pour fuir la mafia locale.Son plan était de rouler jusqu'à San Diego, où il avait des amis perdus de vue.Il voulait changer de vie.Il voulait arrêter de boire.Sa transmission a brisé à 30 minutes de Las Vegas.« J'avais de l'argent quand je suis arrivé, alors j'ai recommencé à boire.En gros, j'étais saoul jour et nuit.Avant de quitter mon hôtel le matin, je prenais plein de papeterie avec le nom et l'adresse de l'hôtel dessus.Pour revenir, je n'avais qu'à les montrer à un chauffeur de taxi pour qu'il me ramène.» Greg a découvert les AA en 2005 et n'a pas pris un verre depuis.«Je quitte Las Vegas le mois prochain, dit-il.J'en ai assez de vivre dans cette ville où les gens viennent pour faire la fête.Je retourne à Toronto.» Vers 20h 30, une heure et demie après le début de la rencontre, les alcooliques se sont levés, ont formé un grand cercle et se sont donné la main pour réciter une prière.«Merci, Dieu, de nous permette d'accepter les choses que nous ne pouvons pas changer, de nous donner le courage de changer celles que nous pouvons, et de nous donner la sagesse de savoir faire la différence entre les deux.» La réunion a pris fin.Un à un, les alcooliques sont sortis, pour disparaître dans l'air chaud et sec de la nuit de Las Vegas.COURRIEL Pour joindre notre journaliste nicolas.berube@lapresse.ca PHOTO BENOIT AQUIN, COLLABORATION SPÉCIALE IcI et a Illeurs lONGueu Il Frites et accommodements La Commission sur les accommodements raisonnables a siégé cette semaine dans un endroit pour le moins curieux : un bingo du boulevard Taschereau, à Longueuil.Dans la salle voisine de celle où siégeaient les vénérables commissaires, des gens jouaient frénétiquement à la loterie vidéo, sans prêter la moindre attention aux audiences.En toile de fond, on entendait le bruit d'une\u2026 friteuse, tellement fort qu'il lui arrivait d'enterrer les voix des participants.La semaine prochaine, une salle de quilles ?Part Out Des jurons qui font du bien Jurer au travail peut aider les employés à composer avec le stress, ont découvert des chercheurs britanniques.« Dans plusieurs cas, le recours à des mots tabous répond au besoin qu'ont les gens de développer et de maintenir la solidarité, et alimente les mécanismes de réaction au stress », a constaté l'équipe de chercheurs de Norfolk.Même si le lien entre solidarité et gros mots reste mystérieux, nous en retenons que le mot « girouette » à l'Assemblée nationale devrait être immédiatement rétabli, pour des raisons de santé.Ils, elles ONt DIt rafraîssant « J'ai plus peur du racisme que des foulards.» \u2014 UN INTERVENANT devant la Commission sur les accommodements raisonnables cette semaine, à Longueuil.Une petite phrase qui fait du bien\u2026 contreproductif « Je ne sais rien mais c'est toujours triste de voir un amour se défaire.» \u2014 XAVIER DARCOS, le ministre français, tentant de ne pas dire aux journalistes français ce que personne n'ignorait au sujet de vous savez qui\u2026 Provocant « Nos politiques sociales se fondent sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre, alors que toutes les recherches disent que ce n'est pas vraiment le cas.» \u2014 JAMES WATSON, le célèbre généticien suivant les traces - douteuses - du Doc Mailloux au sujet de l'intelligence des Noirs.Mal compris « À tous ceux qui ont conclu en lisant mes propos que l'Afrique, en tant que continent, est d'une façon ou d'une autre génétiquement inférieure, je ne peux que m'excuser sans réserve.Ce n'est pas ce que je voulais dire » Euh\u2026 il voulait dire quoi, au juste?S'cusez-nous, ça doit être notre QI\u2026 eN hausse, eN ba Isse sté Pha Ne DION.Eh oui, il a gagné encore quelques mois\u2026 PLUS LECTURES la chronique ironique qui voit et entend tout\u2026 à sa façon Des chIFFres QuI Parle Nt Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbahlapresse.ca Avec l'AFP, Associated Press, Reuters, BBC et Libération.8,6 milliards.tels sont, en euros, les bénéfices générés par les travailleurs immigrés en Grande-bretagne, l'an dernier.« les nouveaux arrivants travaillent plus dur, gagnent plus et paient plus d'impôts que les britanniques », explique le quotidien The Independent.comme quoi ça vaut la peine d'accommoder un peu.42 tel est le nombre d'exécutions aux états-unis depuis le début de l'année, le plus faible depuis 1996.raison : la polémique autour de la méthode d'exécution la plus populaire, les injections létales, qui vient d'être suspendue par le texas.DESOH! ET DES BAH! PHOTODE LA SEMAINE PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE l'ancienne premièreministre du Pakistan benazir bhutto est rentrée dans son pays vendredi après un exil de huit ans.l'allégresse de son accueil à l'aéroport de Karachi a vite été assombrie par un attentat qui a fait plus de 135morts et des centaines de blessés.Da Ny la Ferr Ière chrONIQue Près de 70 écrivains réunis par Jean-Pierre Girard à Joliette.C'est une invasion de lettrés dans cette charmante petite ville.L'idée, c'est d'échanger un savoir-faire pour un désir.Un monsieur demande à un écrivain de lui écrire une lettre d'amour pour sa bien-aimée.Une jeune femme voudrait une chanson western.Chacun donne ce qu'il a.Et les écrivains profitent de ce moment intime pour s'approcher des gens.On veut toujours savoir ce qu'ils ont dans le ventre et dans le coeur.Pour une fois, c'est l'écrivain qui écoute.On se retrouve dans ce chaleureux café, L'Interlude, pour des soirées littéraires bien arrosées.On ne peut rien apprendre aux écrivains belges à propos de la bière.À l'étage du café, je tente de trouver un hôtel à Paris.Impossible à cause du match de rugby.Je ne savais pas Paris si entiché de rugby.Je file à l'aéroport.On dirait que la voiture pénètre dans un tableau de Van Gogh.Un univers vibrant traversé de sillons colorés comme si le ciel était labouré par des paysans chagalliens.Uneminuscule voiture au centre de ce paysage automnal en feu.Tout se met, brusquement, à se déconstruire.J'accélère.Des flaques de peinture jetées à la Riopelle sur un fond vert tendre.Pris de panique, je ralentis pour tenter de reprendre les choses en main, mais la voiture semble faire marche arrière.Je n'ai pourtant rien bu avant de prendre la route.C'est le spectacle de cette nature en fête qui m'a étourdi à ce point.Je me sens tout à coup atteint par le sentiment poétique de l'avion.J'arrive à comprendre sa mystique.Submergé par mes anciennes lectures d'un St- Exupéry perdu dans le ciel noir de Saint-Pétersbourg.Le vieux rêve de voler chez l'humain.Je préfère Icare à Ulysse.Au cheval de bois qui cache des guerriers dans son ventre, je choisis l'oiseau de métal qui transporte des curieux qui croient encore que le monde est plus vaste que leur bled.C'est rare que je sois autant retourné par un coucher de soleil.D'ordinaire, cela me fait plutôt bâiller.Que se passe-t-il aujourd'hui?Je ne sais pas.Cette vie sociale où tout est codifié, réglementé, ordonné, compartimenté, ne fait peut-être pas le poids face à cette immensité étoilée.On quitte l'espace multiculturel étroit et suffocant pour un territoire qui n'appartient à personne.Je ne pense à rien.Je flotte.Pas plus de 10 secondes.Mais durant ces 10 secondes, je n'ai aucune identité.Est-ce ce que Kerouac appelle un satori?Des livres Une petite valise bourrée de livres.À titre de membre du comité d'un prix littéraire, je dois lire la récolte annuelle de livres caribéens, africains, et même un du Vanuatu.Je voyage avec les six bouquins finalistes.Ce sont des écrivains qu'on croise rarement ici.Pourtant, ils racontent des histoires qui auraient pu nous intéresser.Des histoires de révolte et de misère.Je ne parle pas uniquement de la faim, mais aussi de la névrose coloniale.Le colonisé, riche ou pauvre, réagit de la même manière.Pourquoi?L'une des raisons, c'est la honte.On a honte d'un tel état de fait.Ceux qui ont le confort s'empressent d'effacer de leur mémoire la condition colonisée.On évite de fréquenter les autres membres du club.On croit qu'on n'a rien à voir avec ces misérables, sans savoir qu'on obéit ainsi à une règle fondamentale de la colonisation: la division des colonisés en tribus adverses.Et cette perte sèche des expériences aura des conséquences sur la mémoire collective.On se dépêche alors de rejoindre les rangs des puissants pour effacer de son front ce stigmate.Mais on n'arrive qu'à le camoufler.Pourquoi ne nous intéressonsnous qu'aux écrivains importants, et non à ceux qui nous sont proches?C'est une question qui s'adresse à l'essence même de la littérature.Son but est-il de permettre uniquement aux maîtres d'imposer leur notion de la beauté?On croyait avoir tordu le cou à la littérature engagée.Mais voilà qu'elle revient en force.À cause des inégalités.Tous les livres qu'il nous faut sont-ils à la bibliothèque et dans librairies ?Dispose-t-on de l'arc-en-ciel littéraire promis ?Peut-on entendre toutes les voix possibles, si on le veut ?Je ne le pense pas.Le choix a été fait bien avant.Il manque un grand pan de la littérature universelle: celle des sans-voix.Bon, j'ai avec moi six livres parmi les meilleurs venant du Sud parus en langue française cette année.En avez-vous entendu parler?D'abord le jeune congolais Wilfrid N'Sondé.C'est un musicien dont le premier roman (Le Coeur des enfants léopards, Actes Sud, 2007) raconte l'histoire d'un jeune homme qui a perdu son premier amour.Il sombre dans l'alcool et se retrouve en prison.Tout le livre se déroule dans sa tête - Camus n'est pas loin.Alain Foix a écrit avec Vénus et Adam (Galaade éditions, 2007) un polar au ton flegmatique qui se passe à Londres.On a retrouvé dans la Tamise le corps d'un enfant noir sans tête, ni bras, ni jambes.Un tronc.Est-ce un crime raciste ou un crime rituel?Forme classique pour une histoire qui vous colle à la peau comme le brouillard londonien.Appollo et Lewis Trondheim s'éclatent dans Île Bourbon 1730 (Guy Delcourt productions, 2007), une bande dessinée de 275 pages qui se déroule dans une île imaginaire.Encore une histoire d'enfermement colonial dans un paysage paradisiaque.Appollo vit à la Réunion, en plein océan Indien.Dans le Paradis des chiots (Mercure de France, 2006), Samy Tchak, écrivain togolais confirmé, explore le monde de ces enfants qui errent dans les rues terrifiantes d'une capitale sud-américaine.Voilà un écrivain d'un pays pauvre d'Afrique qui analyse les difficultés de la vie quotidienne d'un groupe d'enfants que la faim et la privation de toute affection ont poussé à l'animalité.C'est, enfin, le monde d'en bas vu par un écrivain du Sud.Tôghàn (éditions Alliance française du Vanuatu, 2007), dont la première qualité est qu'il est le premier roman écrit par un enfant du pays.Le Nil, à sa source, n'est qu'un ruisseau.Melthérorong raconte, dans ce roman, les événements qui ont conduit à la naissance de son pays.Il le fait du point de vue du Vanuatu, et non de la France.L'Histoire, pour une fois vue du côté de ceux dont on dit qu'ils n'ont pas d'Histoire.Quelles que soient les failles de ce mince récit, il sera toujours plus important pour les vanuatais que n'importe quelle autre version.Pour finir, le roman de la jeune martiniquaise Fabienne Kanor, Humus (Continents noirs, Gallimard, 2006), qui a raflé cette année le prix RFO.L'histoire d'un groupe de femmes esclaves qui ont fait un pacte durant la traversée des côtes d'Afrique aux Antilles.Le pacte de se jeter à la mer - plutôt les dents des requins que les morsures du fouet - avant d'atteindre les rives du continent américain.Un livre effrayant mais essentiel.Mailer vs hitler J'avais deux choses en tête en arrivant à Paris: acheter le nouveau roman de Norman Mailer (Un Château en forêt, Plon, 2007), roman sur l'enfance d'Hitler, et aller voir le dernier film de Denys Arcand.Et puis aussi cette exposition de Giacometti.Je suis allé au Beaubourg, mais pas de Giacometti.L'expo ne s'ouvrira que le lendemain de mon départ.Comme je ne passe que deux jours à Paris, je me suis enfermé dans ma chambre d'hôtel pour terminer le bouquin de Fabienne Kanor.Je n'ai pu avoir une chambre qu'en banlieue.Ce mot n'a pas la même signification au Québec.La banlieue de Montréal regroupe de coquettes petites villes convoitées, ou déjà cueillies, par Dumont.La banlieue de Paris est une autre affaire.Des immeubles insalubres que la police ne fréquente que pour sévir.Sarkozy évite d'y aller même en période électorale - c'est plein d'Arabes et de Noirs.Dans cet autre pays, presque imaginaire, ils ont leur manière de manger, de marcher, de danser, de faire l'amour, de faire de la musique et de niquer la police.Et leur manière de parler aussi, qui est en train de devenir le langage de la jeunesse française.La culture de la rue, c'est l'affaire de ceux qui n'ont rien à perdre.Je suis allé voir le filmd'Arcand.Depuis Le déclin, Arcand oscille entre le film cynique qui s'adresse à l'esprit et le film cynique qui vise le coeur.Le déclin, c'est sec.Les invasions, plutôt mouillé.L'âge des ténèbres, c'est à la fois sec et mouillé.Un biscuit au trois quarts sec.Àmon avis, la partie mouillée est arrivée un peu tard.Pour le livre de Mailer, je l'ai lu dans l'autocar qui m'emmenait à New York.Je voulais voir l'automne sur la route de New York tout en lisant ce monstre sacré de la littérature contemporaine américaine qu'est Mailer.Quel luxe! À peine arrivé à Manhattan, j'ouvre le New York Post pour découvrir que Mailer est à l'hôpital, très malade.Le sujet de son livre, c'est le Mal.Le face à face du Diable et de Dieu.Mailer fait face en ce moment à l'un des deux.La semaine prochaine, je reviendrai amplement sur Mailer et Arcand - une certaine similitude.la vie au galop Pourquoi nous ne nous intéressons qu'aux écrivains importants, et non à ceux qui nous sont proches ?Peut-on entendre toutes les voix possibles, si on le veut ?Je ne le pense pas.Il manque des pans entiers de la littérature universelle : celle des sans-voix.Nicolas et cécilia sarkozy PHOTO AP DavIDcOPPerFIelD.Le FBI le soupçonne de méconduite sexuelle.Tatata ! Plus de preuves\u2026 PHOTO AFP PHOTO PC PLUS LECTURES CYBERPRESSE Voyez les dessins parus, jour après jour, dans La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Tribune et Le Nouvelliste, sur www.cyberpresse.ca CARICATURESDE LA SEMAINE La Presse publie chaque semaine une sélection des dessins des caricaturistes de nos partenaires du réseau Gesca.Au départ, ce n'est pas Steven Guilbeault que je voulais rencontrer, mais Al Gore, le très controversé Prix Nobel de la paix.Mais comme Al avait mieux à faire\u2026 «Je suis un substitut acceptable?» lance Steven Guilbeault en r iant .Un subst itut plus qu'acceptable, en fait, parce que Guilbeault, qui s'intéresse aux changements climatiques depuis plus de 10 ans, a le mérite de mettre en pratique ce qu'il prêche, contrairement à Gore.L'écologiste m'a donné rendezvous rue Masson, dans les locaux d'Équiterre, l'organisme dont il est le cofondateur et où il travaille depuis qu'il a quitté Greenpeace le mois dernier.Quitté en mauvais termes?Pas du tout, dit le militant de 37 ans, même s'il avoue qu'il y avait des «différences d'opinions » avec le bureau torontois de Greenpeace.Après 10 ans, il avait surtout envie de passer à autre chose, de changer de rythme.«C'est sûr que Greenpeace est une bibitte médiatique.Elle a un peu inventé le modèle.Continuer à y travailler, c'était continuer à être dans cette dynamique-là, de demeurer très sollicité par les médias.Mon téléphone cellulaire sonnait à 6h deux ou trois fois par semaine.Ça commençait à 6h et on ne savait pas quand ça finissait.» Bien qu'encore très présent sur la scène médiatique - il est entre autres analyste à TVA et signe une chronique hebdomadaire dans le journal Métro -, Guilbeault dit désormais mieux cibler ses interventions.«Faut que je sourie, c'est ça?» demande-t-il, le ton hésitant, au photographe de La Presse qui s'apprête à lui tirer le portrait.«C'est le seul bout de mon travail que je trouve plus difficile », confie-t-il.Courtisé par de nombreux partis politiques, du Parti libéral du Canada au NPD en passant par le Bloc et le Parti québécois, Guilbeault dit que l'aventure ne le tente pas\u2026 pour le moment.«Je ne sais pas ce que j'aurais envie de faire dans cinq ans ou 10 ans.Mais je sais que maintenant, ce n'est pas ce que j'ai envie de faire.J'ai de jeunes enfants, dont une petite fille de 6 mois.Je côtoie beaucoup de politiciens.Je les vois aller.Je n'ai pas tellement envie de ne plus voir mes enfants cinq ou six jours par semaine.» Même s'il reconnaît qu'il y a eu un rapprochement ces dernières années entre les écologistes, le milieu des affaires et les politiciens - ce qui fait hurler certains écologistes plus radicaux -, Steven Guilbeault assure qu'il n'a pas «vendu son âme au diable » pour autant.Les temps ont changé, la stratégie, aussi.«Nous, on pense que le changement doit venir de tous les segments de la société, que ce soit les gouvernements ou les entreprises.Il est possible d'entrer en dialogue avec ces gens-là, de leur parler, alors qu'auparavant la stratégie consistait juste à faire pression.» L'activiste se réjouit bien sûr du prix Nobel de la paix attribué conjointement à Al Gore et au GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).Il n'est pas de ceux qui trouvent ténu le lien entre la paix et la lutte contre les changements climatiques.«Le lien est on ne peut plus évident.Ce qui se passe au Darfour a parmi ses nombreuses causes le réchauffement de la planète et l'accès à l'eau potable, l'accès à du pâturage dans le sud du pays.Ça crée des conditions de conflits armés.Au Moyen-Orient, un des facteurs qui nourrit le conflit, c'est l'accès à l'eau potable.Le réchauffement de la planète va venir exacerber ce genre de problème.» De plus, ajoute-t-il, le prix arrive à point nommé dans un contexte politique nord-américain où tant les États-Unis que le Canada semblent avoir baissé les bras dans la lutte contre les changements climatiques.Et que pense-t-il du fait que Gore ne soit pas tout à fait luimême un écolo exemplaire ?Sa consommation énergétique domestique serait 20 fois supérieure à la moyenne américaine.«C'est toujours une bonne question.Moi, je voyage 12 mois par année en vélo.J'ai trois enfants et pas de voiture.On habite dans le même logement depuis presque 12 ans sur le Plateau.Je composte, je recycle, je suis membre d'une ferme biologique depuis 12 ans, j'achète des vêtements biologiques », dit-il en pointant la chemise beige à manches courtes qu'il porte.«Pour moi, c'est important de faire ça.Pas parce que je ne veux pas que les gens disent: \"Ah! Guilbeault, il dit : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.\" Mais parce que c'est important pour moi de le faire.» Guilbeault croit néanmoins que «l'oeuvre utile» d'Al Gore dépasse en bénéfices «les inconvénients de son mode de vie ».Son message ne serait-il pas plus crédible si les gens voyaient aussi en lui un modèle?«Peut-être, dit-il.Mais ce n'est pas quelque chose qui m'achale.» Si Gore tourne parfois les coins ronds dans son documentaire oscarisé Une vérité qui dérange - quand il parle par exemple des fameux six mètres d'augmentation du niveau de la mer -, Guilbeault croit que c'est simplement le défaut de tout exercice de vulgarisation.Ce qui compte, c'est la vue d'ensemble.«En tant que société, ce qu'on doit faire, c'est comprendre les grandes lignes du phénomène des changements climatiques, les tenants et les aboutissants, et agir en fonction de ça.» Cela dit, le personnage qui inspire le plus Guilbeault au quotidien, ce n'est pas Al Gore, mais Jésus.«J'ai été élevé dans la religion catholique, j'ai servi la messe quand j'étais tout petit.C'est cette religion-là qui a le plus d'impact sur ce que je suis devenu.Le personnage de Jésus m'a beaucoup inspiré par son message très humanitaire.» Steven Guilbeault, qui se dit croyant, lecteur fidèle du Prophète de Khalil Gibran, amateur d'arts martiaux et intéressé par les religions asiatiques, qualifie sa foi d'un peu «éclatée ».Il me parle d'un oncle missionnaire en Haïti qui a eu beaucoup d'influence sur lui.C'est lui qui a suggéré à ses parents d'adopter une de ses soeurs en Haïti.C'est aussi pour suivre ses traces qu'il s'était inscrit en sciences religieuses à l'université, après des études en sciences politiques.Finalement, il a bifurqué vers l'écologie, parfois qualifiée de nouvelle religion par les anti-écologistes.Une analogie qui fait sourire Guilbeault.«La dernière chose qu'on demande aux gens c'est de nous croire aveuglément », ditil.«Ce n'est pas un processus d'endoctrinement.C'est beaucoup plus de l'éducation, de la sensibilisation.» À l'heure actuelle, Steven Guilbeault constate toutefois que la sensibilisation ne donne rien du tout auprès du gouvernement de Stephen Harper, qui considère le protocole de Kyoto comme un « vaste complot social iste ».En plus, le ministre de l'Environnement John Baird a le culot d'utiliser des verres de café jetables Tim Hortons placés bien en vue lors de ses conférences de presse\u2026 «J'en revenais pas ! Ne serait-ce que pour l'image ! On est dans une conférence des Nations unies pour l'environnement et il débarque avec son verre jetable.Je pense que ça en dit long!» Pourtant, pour Al Gore.Deux tasses, deux mesures?«Al Gore tente de faire avancer les choses.Si John Baird faisait le dixième de ce que fait Al Gore, je n'aurais rien dit sur sa tasse Tim Hortons.» Le prophète vert RIMA ELKOURI TÊTE-À-TÊTE Au grand bonheur de sa blonde et de sa mère, Steven Guilbeault n'a plus besoin de grimper dans la tour du CN au péril de sa vie pour attirer l'attention.Rencontre avec un écologiste-vedette qui nous explique pourquoi la maison trop énergivore du Prix Nobel de la paix Al Gore ne le dérange pas, mais la petite tasse Tim Hortons non recyclable du ministre John Baird, oui.PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE© Courtisé par de nombreux partis politiques, l'écologiste Steven Guilbeault, qui a quitté Greenpeace pour Équiterre, dit qu'il n'est pas prêt à faire le saut.«Je ne sais pas ce que j'aurais envie de faire dans cinq ans ou 10 ans.Mais je sais que maintenant, ce n'est pas ce que j'ai envie de faire.J'ai de jeunes enfants, dont une petite fille de 6 mois.Je côtoie beaucoup de politiciens.Je les vois aller.Je n'ai pas tellement envie de ne plus voir mes enfants cinq ou six jours par semaine.» Le personnage qui inspire le plus Steven Guilbeault au quotidien, ce n'est pas Al Gore, mais Jésus.«J'ai été élevé dans la religion catholique, j'ai servi la messe quand j'étais tout petit.Le personnage de Jésus m'a beaucoup inspiré par son message très humanitaire.» PLUS LECTURES JEAN CHRÉTIEN ET BRIAN MULRONEY NOUS PLONGENT, CHACUN À SA FAÇON, AU COEUR DE LA POLITIQUE CANADIENNE.Naissance à Baie-Comeau.Fils d'un électricien, il entre à 14 ans à l'école secondai re cathol ique St.Thomas de Chatham (Nouveau-Brunswick).Il fréquente l'Université St.Francis Xavier d'Antigonish (Nouvelle-Écosse).Actif en politique dès l'université, il devient membre du Parti conservateur.Il commence des études de droit à l 'Université Dalhousie de Halifax, puis à l'Université Laval de Québec.Il accepte une offre du prestigieux cabinet d'avocats Howard, Cate, Ogilvy et s'installe à Montréal.Juriste à la commission d'enquête présidée par Laurent Picard sur les ports du Saint-Laurent, puis membre de la Commission d'enquête sur l'industrie de la construction (commission Cliche).CHRONO - BRIAN MULRONEY CHRONO - JEAN CHRÉTIEN Naissance à Shawinigan, le 11 janvier 1934 (son anniversaire de naissance tombe le même jour que celui de sir John A.Macdonald).Dix-hui tième enfant d'un mécanicien employé dans une usine de papier, mais aussi organisateur libéral.Étudie au collège classique de Trois-Rivières, puis à la faculté de droit à l'Université Laval.Reçu au barreau en 1958, il ouvre son cabinet dans le quartier populaire de Shawinigan-Nord.Initié à la politique dès l'âge de 15 ans par son père, il fait partie du Club des étudiants libéraux à l'université.En 1960, il est un des principaux organisateurs de Jean Lesage, qui est élu premier ministre du Québec.Au élections fédérales, il triomphe par 2000 voix du député créditiste de Saint-Maurice-Laflèche, qui avait pourtant été élu neuf mois plus tôt avec une majorité de 10 000 voix.PHOTO FRED CHARTRAND, LA PRESSE CANADIENNE Brian Mulroney et Jean Chrétien lors d'une cérémonie à Ottawa en 2002.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE © Au congrès conservateur de 1976.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Pierre Trudeau, John Turner, Lester B.Pearson et Jean Chrétien en 1967.SIGNET DOSSIER CHANTAL GUY «Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route.» Jean-Claude me cite une lettre de Kafka à Milena pour m'expliquer son horreur des courriels.Jean-Claude, c'est mon ancien prof de littérature préféré que je vois une fois de temps en temps pour me ressourcer un peu.Pendant les heures que dure notre conversation, nous notons les titres que nous nous citons - il me ramène aux classiques tandis que je lui parle des nouveautés.Ce jour-là, il venait de donner un cours sur la Princesse de Clèves.«Je suis épuisé, Chantal, épuisé.» C'est que Jean-Claude, qui approche de la retraite, n'est pas un professeur d'université par défaut entre des colloques, l'écriture de romans ou d'essais; pour lui, le métier de professeur est une vocation à temps plein.D'où son épuisement après chacune de ses «prestations», tellement peaufinées et réussies que j'y crois à chaque fois et me précipite pour acheter les livres dont il parle avec tant de passion.Jamais je ne l'ai entendu se plaindre du manque de culture ou de curiosité de ses étudiants, d'ailleurs.Il y a deux ans, Jean-Claude s'est résigné à l'internet.Il adore son Mac comme s'il s'agissait d'un petit chien, ému que l'appareil le vouvoie.Mais les courriels, ah, ça, non.«Quelle perte de temps! Quel esclavage! Quelle solitude !» Je souris.Je comprends que ce n'est pas demain la veille que nous entamerons une correspondance virtuelle, mais ça me va.Rien ne vaut une bonne discussion avec Jean-Claude, en chair et en os.Je me demande ce qu'il penserait du livre électronique.J'écoute attentivement ce qu'on raconte làdessus, l'équivalent d'un i Pod qui nous permettrait de trimballer toute une bibliothèque sur une puce, et je ne doute pas que ça aura du succès.Je ne suis même pas contre.J'en aurai probablement un puisque j'aime les gadgets.Une seule exception: je reste farouchement accrochée à l'objet livre, qui demeure pour moi l'exemple de l'invention parfaite.Cela n'a rien à voir avec la peur, la nostalgie ou cette espèce de poésie à propos de l'odeur de l'encre et du papier.Cela tient à l'expérience unique de la lecture.Je m'imagine mal en train de lire un guide d'instructions pour faire fonctionner une espèce de e Book alors qu'il n'y a déjà aucun intermédiaire entre moi et le livre.Je le prends, je l'ouvre, je lis.Je trouve tout aussi absurde l'idée d'avoir à pitonner pour tourner simplement une page.Par contre, pour avoir vécu bien des tourments avec mes gadgets technos, je m'imagine très bien avoir à tuer cinq heures d'attente dans un aéroport avec un e Book défectueux.Quand bien même contiendrait-il toutes les grandes oeuvres de la littérature mondiale, à quoi me servirait-il s'il rend l'âme?Un livre n'est jamais défectueux, un livre ne peut rendre l'âme - enfin si, certains, mais symboliquement, quand ils nous ramènent à notre humanité\u2026 C'est sans compter qu'un gadget comme un e Book n'est, au bout du compte, qu'un support qu'il faudra sans cesse remplacer par des versions «plus performantes».Alors que, mon avis, il n'y a pas de version plus performante et aboutie que le livre de poche.Aussi, je me méfie des interférences qu'un livre électronique pourrait introduire dans ma lecture.Je connais assez mon époque pour savoir qu'on ne se gênerait pas pour offrir gratuitement le Don Quichotte en version numérique moyennant quelques pauses publicitaires entre les chapitres.Des Têtes à claques à côté de Sancho Panza?C'est hors de question! Enfin, l'acte de lire est à mon sens plus que jamais un acte délinquant.Il permet justement de prendre une pause de la machine, de lui tourner le dos.Rien d'extérieur ne peut nous atteindre.C'est un échange unique, privilégié, un rapport direct.Big Brother peut aller se rhabiller.J'aime le livre tel qu'il est, bêtement parce qu'il « fonctionne» et que je n'ai rien à lui reprocher.Et j'aime les bibliothèques vivantes comme Jean-Claude\u2026 Et vous, chers lecteurs, croyezvous que le livre soit encore une invention révolutionnaire ?Pour joindre notre journaliste: cguy@lapresse.ca Réactionnaire ou révolutionnaire?MÉMOIRES POLITIQUES Quand deux grands PLUS LECTURES MICHEL MAROIS Quand un homme politique écrit ses mémoires, c'est souvent pour donner «l'heure juste », la sienne, évidemment.Rares sont ceux qui résistent à la tentation de régler leurs comptes, au grand plaisir des lecteurs qui, au fond, n'attendent que cela.C'est toutefois bien davantage l'ensemble de l'oeuvre d'un politicien qui témoigne de sa personnalité et de son empreinte sur l'histoire d'un pays.Les mémoires de Jean Chrétien et de Brian Mulroney, récemment publiés aux éditions Boréal et de L'Homme, représentent deux manières fort différentes d'aborder la question.Le premier n'a attendu que quelques années après son départ de la vie politique pour commenter, à chaud, son parcours, et il s'est limité à la période pendant laquelle il a été premier ministre (1993-2003).Au pouvoir ou dans l'opposition, Jean Chrétien a servi six premiers ministres, occupé 12 postes ministériels et siégé au Parlement pendant 27 ans.Il a été premier ministre pendant 10 ans et passe pour avoir été l'un des plus habiles politiciens de l'histoire canadienne.«Dans l'arène politique, disait-il en 1985, on doit sans cesse combattre pour survivre: la presse vous guette, l'opposition vous guette, vos collègues et rivaux du Cabinet vous guettent, et même certains fonctionnaires en font autant.Pour servir ses ambitions, chacun cherche à vous prendre en défaut.» Plus de 20 ans plus tard, il faut convenir que Chrétien n'a jamais oublié cette leçon et son livre est un témoignage éloquent de sa combativité politique.Et personne ne peut le confirmer mieux que Paul Martin.La rivalité entre les deux hommes est un peu le fil conducteur de ce livre, et Chrétien ne cache pas le mépris qu'il éprouve pour son ex-lieutenant et son entourage.«Sa trahison (en préparation du congrès libéral de 2000) m'a fait mal, écrit-il.Je vais le dire très franchement, du moment qu'Aline m'avait libéré de mon engagement, j'étais décidé à aller jusqu'en enfer plutôt que de me faire tasser par une bande de fiers-à-bras qui n'en avaient que pour leurs petits intérêts.» Comme on le sait, Chrétien a finalement décidé de solliciter un troisième mandat, au grand dam de Martin.«Je lui en ai voulu assez pendant un jour ou deux pour songer à lui retirer les Finances, à chasser les conspirateurs de son cabinet et à annuler les contrats du gouvernement qu'il avait glissés à ses amis et conseillers chez Earnscliffe.Mais Jean Pelletier et Eddie Goldenberg m'en ont dissuadé parce qu'ils craignaient les réactions des milieux financiers.Ils allaient tous deux regretter leurs conseils et j'allais moi aussi regretter de les avoir écoutés.» Bien plus qu'un aveu de faiblesse, cette dernière phrase témoigne d'un regret d'avoir oublié, le temps d'une décision, les règles du combat politique.Un homme et ses faiblesses Tout au contraire, les mémoires de Brian Mulroney dévoilent un homme qui ne cache rien de ses faiblesses - de son combat contre l'alcool par exemple - et qui n'hésite pas à reconnaître ses erreurs.Même lorsqu'il dénonce la trahison de Lucien Bouchard en termes très durs, il prend pour lui une part importante du blâme.L'ancien chef conservateur n'a pourtant pas toujours été un «tendre».Les employés de l'Iron Ore (dont il a été président) ou les dirigeants syndicaux qu'il a affrontés en négociations savent que Mulroney pouvait être intraitable quand ses intérêts l'exigeaient.Mais il y a une humanité dans son récit qui fait parfois défaut à celui de Chrétien.Ainsi, quand il raconte son intervention dans les négociations à La Presse, en 1972, face à Louis Laberge et Marcel Pépin, au terme d'un long conflit de travail.«Après quelques escarmouches initiales, nous nous retrouvâmes tous trois dans une suite de l'hôtel Reine Elizabeth.(.) Nous avons négocié pendant sept jours et sept nuits d'affilée.Tout au long de ces pourparlers, la suite était obscurcie par la fumée - nous fumions tous les trois - et généreusement ravitaillée en scotch (pour moi), en cognac (pour Pépin) et en Labatt (pour Laberge, qui me dit avec un grand sourire pendant une pause vers 4h du matin: \"Si je peux me permettre de boire autant de Labatt, c'est parce que les employés sont syndiqués!\").En fin de compte, nous avons fini par conclure un accord acceptable pour toutes les parties.» D'autres passages traitent évidemment de négociations plus respectueuses du décorum.Les chapitres sur les accords de libre-échange avec les États-Unis, par exemple, traduisent parfaitement la mécanique à la fois complexe et fort simple des pourparlers au plus haut niveau.Mulroney, dont on sait combien il était près de Ronald Reagan, n'hésite pas à nous amener à la table de la Maison-Blanche pour montrer comment une discussion apparemment informelle peut parfois mener à de grandes décisions.L'ancien premier ministre utilise souvent des extraits du journal personnel qu'il a rédigé durant toute sa carrière pour rafraîchir sa mémoire et donner une profondeur historique à son livre.Dans cette forme, ces Mémoires sont particulièrement riches et il ne faut pas s'étonner que plusieurs critiques y aient déjà vu un livre de référence incontournable sur l'histoire politique du Canada.La fin et les moyens On ne peut certes en dire autant de Passion politique.Le livre ne couvre qu'une partie de la carrière de Chrétien, qui ne s'y dévoile pas de la même façon.Pour lui, on l'a dit, la politique est affaire de combat, et son autobiographie se présente souvent comme une dernière salve.L'homme y défend ses décisions, protège ses alliés - même Alfonso Gagliano -, rend hommage à ses mentors - Mitchell Sharp, par exemple, «qui m'avait pris sous son aile peu après mon arrivée à Ottawa, moi l'ignorant unilingue qui débarquait de sa campagne québécoise» -, pourfend ses adversaires.Il décrit aussi un style de direction dont on doit bien reconnaître qu'il lui a assuré une remarquable longévité politique, tout en lui permettant d'éviter certains «pièges».«Quand on est premier ministre, écrit-il dès le premier chapitre, on se garde de s'enliser dans les détails de l'administration, laminutie est l'affaire de l'exécutant et non de l'exécutif.Non, on établit des priorités, on imagine des stratégies, on règle les grands problèmes, on explique les enjeux de l'heure en termes intelligibles, on délègue.Qu'on ne s'étonne pas donc si j'ai écrit comme j'ai gouverné.» On n'apprend donc rien sur le scandale des commandites, si ce n'est cette leçon à l'endroit de Paul Martin, qui insistait pour prendre le pouvoir à la fin de 2003, quelques jours avant le dépôt de rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser.«Martin a commis une erreur de jugement fatale en refusant d'attendre en février (2004).(.) J'avais toujours eu l'intentionde prendre connaissance du rapport de Fraser, de la remercier pour son beau travail et de dire ce que je répétais depuis un an déjà; si l'on prouve qu'il y a eu vol ou fraude, que la police mette la main au collet de ces escrocs et que les magistrats les mettent en prison.Bien sûr, je m'attendais à essuyer quelques coups de la presse pendant quelques semaines, mais ça ne m'avait pas fait peur par le passé et ça ne me faisait pas plus peur à ce moment-là.Lorsque Martin aurait pris les rênes du pouvoir, toute la question aurait été de l'histoire ancienne, et il allait pouvoir entreprendre son mandat sans cet albatros autour du cou.» Fidèle à ses principes, Chrétien montre aussi dans son livre une grande fidélité à ses proches, à ses conseillers et amis bien sûr, mais aussi et surtout à sa famille.Il raconte d'ailleurs avec beaucoup de tendresse comment il avait pris l'habitude, pendant son dernier mandat, d'en amener avec lui ses petits-enfants dans les grands sommets internationaux et comment il s'improvisait parfois photographe pour garder les souvenirs de ces moments.«Sans exception, les leaders ont été généreux et aimables parce que c'est le genre de chose qu'un grand-père fait naturellement.» En définitive, Chrétien et Mulroney se rejoignent dans l'hommage qu'ils rendent à leur conjointe respective, Aline et Mila, dont ils ne cachent jamais l'influence et dont ils rappellent combien elles ont été déterminantes dans leur réussite et, chacune à sa façon, dans leur survie.Battu au troisième tour par Joe Clark lors du cong rès à la di rection du Par ti conservateur fédéral.Après le congrès, Mulroney accepte le poste de viceprésident principal de la société Iron Ore, dont il devient président l'année suivante.Élu chef du Parti conservateur, puis député de la circonscription de Central Nova (Nouvelle Écosse), lors d'une élection complémentaire.Mène les conservateurs à la plus grande majorité de l'histoire canadienne avec 211 sièges et devient premier ministre.Réélu avec une majorité en 1988.Échec de l'entente du lac Meech puis de l'accord de Charlot tetown en 1992.Brian Mulroney renonce à la politique et laisse l e p o u v o ir à Ki m Campbell.Il est nommé secrétaire parlementaire sous la direction du ministre des Finances, Mitchell Sharp, dans le cabinet Pearson.Aulendemain des élections, le premier ministre Pierre Trudeau nomme Chrétien ministre du Revenu national, puis ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien.Il est nommé président du Conseil du Trésor, puis passe au ministère de l'Industrie et du Commerce en 1976.En 1977, il devient ministre des Finances.Ministre de la Justice, il a la responsabilité d'appuyer les forces du Non à l'occasion du référendum sur la souveraineté du Québec.À titre de ministre chargé des négociations constitutionnelles, la rédaction et l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, ainsi que le rapatriement de la Constitution se font sous sa responsabilité.Battu par John Turner au congrès visant à trouver un successeur à Pierre Trudeau.Il reste vicepremier ministre pendant deux mois, puis se retire de la politique en 1986 pour retourner à la pratique du droit.Revient pour être élu chef du parti, au premier tour du congrès libéral.Les libéraux remportent les élections avec une majorité de 176 sièges.Le 4 novembre, Jean Chrétien prête serment à titre de premier ministre.Lors d'un référendum au Québec, l'option de la souveraineté est rejetée par une marge de seulement 1%.Réélu deux fois (1997 et 2000), Jean Chrétien prend sa retraite en décembre 2003.Son ancien ministre des Finances, Paul Martin, lui succède à la tête du pays.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE © Avec Claude Ryan et Pierre Trudeau en 1980 PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES PC Avec René Lévesque en 1984.PHOTO RON POLING, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Avec Ronald Reagan en 1987.PASSION POLITIQUE JEAN CHRÉTIEN, BORÉAL, 448 PAGES, 32,50$ MÉMOIRES BRIAN MULRONEY ÉDITIONSDE L'HOMME, 1344 PAGES, 44,95$ «Je ne saurai jamais comment Mila réussit à me supporter pendant cette période.» \u2014 Brian Mulroney, sur la période qui a suivi sa défaite face à Joe Clark lors du congrès conservateur de 1976.réécrivent l'histoire Dessine-moi un burnout s'en sortir en Dessinant confusion : nom féminin manque De clarté, D'or Dre Dans ce qui touche les opérations De l'esprit.Surmené?-Consultez donc\u2026 un livre! catherine filion 3509906A Prix DONNER attribué à l'auteur du meilleur livre sur les politiques publiques au Canada Appel de candidatures 10 pour la xième édition annuelle du Pour obtenir le texte du règlement ou des renseignements complémentaires, veuillez contacter le Chargé des formalités d'attribution du Prix Donner a/s Meisner Publicity & Promotion Tél.: (416) 368-8253 Télec.: (416) 363-1448 Courriel : sherry@meisnerpublicity.com www.donnerbookprize.com Date limite de dépôt des candidatures : 30 novembre 2007 REMARQUE À L'INTENTION DES ÉDITEURS : L'édition 2007 du dossier d'informationet du formulaire d'inscription peut êtretéléchargée à partir du site www.donnerbookprize.com Le Prix Donner, d'une valeur de 35 000 $, sera décerné à l' auteur de l'ouvrage le plus remarquable et le plus novateur sur les politiques publiques au Canada.Les autres finalistes recevront 5 000 $ chacun.Au cours des neuf années qui se sont écoulées depuis la création du Prix, les membres du jury Donner ont lu près de 600 livres et ont remis 410 000 $ sous la forme de récompenses en espèces aux auteurs les plus talentueux d'ouvrages sur les politiques publiques au Canada.Ce prix a été créé pour susciter un débat animé sur les questions de politique publique et pour récompenser les auteurs d'ouvrages audacieux et capables de retenir à coup sûr l'attention de lecteurs avisés.Pour être admissibles au processus de sélection prévu pour le prix 2007, qui sera décerné en avril 2008, les ouvrages devront avoir été publiés en français ou en anglais entre le 1er janvier et le 31 décembre 2007.3516809A PLUS LECTURES LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Jeux d'esprits Jusqu'où le désir de maîtriser l'univers peut-il mener l'esprit?C'est avec cette question que Robert Maltais poursuit sa fresque sur la dualité de l'homme amorcée avec Les larmes d'Adam et Les corps célestes.Chez Maltais, l'homme se bat entre la raison et les instincts.Et encore une fois, l'organique et l'absolu s'affrontent comme deux frères ennemis dans le même giron.Stanislas Jutras, jeune prodige, rêve de faire sa place dans le monde de la chanson.Pour arriver à livrer un produit de qualité, il plonge dans l'étude, celle des poètes comme celle des grands compositeurs.Mais une fascination pour l'orgue l'amène rapidement à fréquenter les sanctuaires chrétiens et sa faune mystérieuse.Fils de baby-boomers, génération qui ne croit plus en rien ni personne, Stan est résolument athée.Et pourtant, la charge émotive qui se dégage de l'orgue le mènera peu à peu à remettre en question ses convictions.Ce qui au départ prend la forme d'un voyage au pays du savoir se transforme alors insidieusement en quête spirituelle au contact d'Hubert de Louvel, un organiste au charme envoûtant également propriétaire d'étranges cliniques de santé holistiques tant au Québec que sur le Vieux Continent.La relation glisse imperceptiblement de maître/élève à maître/ disciple, à tel point que Stan laisse tomber la musique populaire pour atteindre la félicité et diriger l'Ordre de Louvel.Nageant dans les mêmes eaux que les deux romans précédents (on y retrouve d'ailleurs la figure de l'ange Ouriel), Hurler traite de la bataille que se livrent l'appel de la chair et la quête de la raison pure.L'Ordre de Louvel n'est pas moins qu'un mouvement reposant sur les principes de saint Origène, un mystique du IIIe siècle à ce point obsédé par la nécessaire pureté du corps qu'il n'hésite pas à s'émasculer pour que son esprit s'épanouisse en paix.Aveuglé par son désir de créer une nouvelle énergie par « la fission de la pensée », Stan s'acharnera pendant des années à tenter d'atteindre un but aussi paradoxal que dangereux : éliminer les passions de l'homme afin de toucher au parfait.C'est à la suite de multiples résidences dans des abbayes que Robert Maltais a entrepris l'écriture de cette fresque empruntant les diverses voies de la spiritualité.Alliant la fiction à la mythologie chrétienne (tout en touchant ici à la légende des sectes holistiques), l'auteur offre au lecteur la possibilité d'entrer dans un monde parallèle qui se nourrit du vrai pour faire du faux.Le résultat donne froid dans le dos, nous obligeant à prendre conscience de la fatalité d'une telle quête de sens chez cette bête qui sommeille et qu'on appelle l'Homme\u2026 Jade Bérubé, collaboration spéciale HURLER Robert Maltais, Québec Amérique, 430 p./ 24,95$ MATHIEU PERREAULT C'est probablement l'un des premiers romans pour enfants à comporter une explication de la relativité restreinte d'Einstein.Et pourtant, Georges et les secrets de l'univers bat des records de vente en Angleterre et en Australie.Il faut dire que l'un de ses deux auteurs n'est nul autre que Stephen Hawking, le célèbre astrophysicien qui a publié le best-seller de physique théorique Une brève histoire du temps.L'autre auteur est la fille de 37 ans de Stephen Hawking, Lucy.Journaliste, elle a publié deux romans policiers à la sauce «Bridget Jones ».L'idée d'un livre expliquant la physique et l'astronomie sur fond d'intrigue pour enfants lui trottait dans la tête depuis plusieurs années.«Mon fils arrivait à l'âge scolaire, et il posait beaucoup de questions », explique Mme Hawking, en entrevue depuis l'Australie où elle fait une tournée de presse.«Je voulais lui parler de son grand-père, des choses extraordinaires qu'il avait faites.Mon neveu, qui est un peu plus âgé que mon fils, posait aussi des questions sur mon père.J'en ai parlé à mon père et il a tout de suite accepté.» La connexion familiale va encore plus loin: Georges, le nom du héros du livre, est aussi celui du grand-père maternel de Lucy Hawking, qui est mort en 2005.Il s'agit d'une manière de panser les plaies vives de la séparation de ses parents, en 1991.Stephen Hawking avait ensuite marié son infirmière, de laquelle il a divorcé l'an dernier, à la suite d'allégations de mauvais traitements dont il aurait été victime (atteint d'une maladie neurologique, il est cloué à un fauteuil roulant depuis plus de 40 ans).Ces turbulences l'ont rapproché de sa première famille, qui vivait mal son deuxième mariage.«Mon père m'a toujours soutenue dans mes choix, même s'ils étaient artistiques plutôt que scientifiques, relate Mme Hawking.Mais la maladie de mon père a rendu plus difficile la vie familiale.Je ne me suis rendu compte de sa maladie qu'à mon arrivée à l'école : j'ai constaté que les parents des autres élèves étaient tous debout, alors que mon père demeurait assis.Nous n'avons jamais parlé de nos sentiments face à sa maladie.Nous essayions d'avoir une vie aussi normale que possible.» Le grand frère de Mme Hawking est informaticien aux États-Unis, et son petit frère travaille en marketing au Royaume-Uni.Une aventure Les sujets scientifiques abordés dans le livre ont été choisis par Stephen Hawking, et l'intrigue a été écrite par sa fille.«J'ai souvent vu des enfants lui poser des questions lors d'événements publics, dit-elle.Quand j'étais petite, il m'aidait à faire mes devoirs de science et de maths.Alors j'ai imaginé un petit garçon qui découvre que son voisin est un grand scientifique, et qui apprend à aimer la science.Je pensais cependant qu'il était important d'avoir une aventure.» Dans le livre, le petit Georges a des parents carrément ludiques : ils se méfient tellement de la science qu'ils n'ont même pas l'électricité.Sa rencontre avec Annie, la petite voisine, et son père savant, bouleverse sa vie.Et pas seulement au plan intellectuel : Annie et son père l'amènent dans l'espace, et les deux enfants doivent se transformer en détectives quand le père d'Annie est avalé par un trou noir.Le livre est le premier d'une trilogie, parce qu'en cours de route Lucy et Stephen Hawking se sont rendu compte que leur projet était trop long pour un seul livre (le premier tome compte 279 pages).Des mots simples Ça et là au fil des pages, des encadrés expliquent en mots simples des concepts rebutants pour le profane : notamment, l'histoire de la Terre (quand la vie est apparue, voilà 3,5 milliards d'années, son atmosphère ne contenait presque pas d'oxygène) ; la composition du système solaire (les plus grands volcans se trouvent sur Mars, où ils peuvent atteindre 24 km de hauteur), et la quête de la vie extraterrestre sur les «exoplanètes ».Lucy Hawking est particulièrement fière du texte sur les trous noirs, qui s'étend sur un chapitre au complet.«Pour fabriquer un trou noir, il faut une très grande quantité de matière dans un très petit espace.Ensuite, la gravitation sera si forte que la lumière absorbée sera incapable de s'échapper.» Plus loin, on lit que les trous noirs sont comme les cochons qu'on engraisse: plus ils mangent (de la matière), plus ils grossissent.Avec ses propos si limpides, Georges et les secrets de l'univers pourrait bien susciter de nombreuses vocations.GEORGESETLES SECRETS DEL'UNIVERS Lucy & Stephen Hawking Pocket Jeunesse, 34,95$ ENTREVUE / Lucy Hawking Quand papa est un astrophysicien PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking, en compagnie de sa fille, Lucy.Le duo signe un livre pour enfants mariant science et intrigue. Envoyez vos manuscrits : Editions Persée 38 rue de Bassano 75008 Paris - France Tél.+33 147 23 52 88 www.editions-persee.fr Les Editions Persée recherchent de nouveaux auteurs ECRIVAINS A 3451137A PATRICIA CORNWELL La numéro 1 mondiale du crime crée un nouveau personnage 3516625A PLUS LECTURES LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Voilà un dilemme cruel.Si vous êtes un auteur qui vient de publier un best-seller, mais que depuis votre muse est en vacances et votre plume est à sec, que faites-vous ?Attendre patiemment ?Ou fabriquer un nouveau livre avec ce que vous avez sous la main pour profiter de votre notoriété?L'écrivain américain Jonathan Franzen a fait face à ce dilemme, et le résultat, c'est un nouveau recueil d'essais, La zone d'inconfort.Franzen, souvenez-vous, a triomphé en 2001 avec Les corrections, un roman sur la famille américaine et ses angoisses.Depuis ce triomphe, il a publié quelques essais dans des revues, mais la fiction semble l'avoir abandonné.Le titre du recueil fait référence à une chicane conjugale autour du thermostat.Monsieur veut habiter le confort, tandis que Madame pense à l'argent qui file.Comment établir la zone de confort entre eux, sans parler de leurs trois garçons, dont l'auteur du livre ?Et puisqu'il s'agit de la classe moyenne américaine, comment situer cette chicane dans un monde où la majorité de la population n'atteint un tel degré de confort que par le rêve?Ce recueil est une esquisse d'autobiographie, malgré le jeune âge de Jonathan Franzen (48 ans).Il décrit son amour pour la bande dessinée Peanuts, qui traitait de l'inévitable échec de son héros Charlie Brown.L'échec semble hanter Franzen.Il a peur d'échouer auprès des filles, il a peur de choisir le mauvais groupe qui voyage dans la mauvaise voiture lors d'une promenade de camp d'été.Tout cela est normal pour un adolescent, mais j'avais une nette impression de déjà lu.Ce livre débute avec la vente de la maison familiale après la mort de la mère de Franzen.Trois agentes immobilières lui font la cour pour avoir l'honneur de vendre la maison.Bien sûr, Franzen choisit la plus belle et la moins capable (un autre échec !).Petit à petit, il doit se rendre compte que la maison familiale incarne son enfance, oui, mais qu'elle n'a pas pour autant une si grande valeur sur le marché.Parfois, les essais de Franzen sentent le pamphlet.Il peste contre Bush, père et fils, mais dans le monde qu'habite Franzen, aucun courage n'est requis pour prendre une telle position.Et que dire du traducteur qui transforme l'expression nautique small craft warnings en «Attention: petits travaux artisanaux» ?J'ai suivi Franzen avec plus de plaisir lorsqu'il raconte sa rencontre avec l'allemand dans l'essai La langue étrangère.Voilà un Américain qui apprend une autre langue - miracle ! Ses tentatives de comprendre l'univers des grands auteurs allemands tels que Rilke et Goethe nous font découvrir un jeune homme curieux qui a soif de connaître le vaste monde en dehors des États-Unis.Il faudrait plus de jeunes comme lui.\u2014 David Homel, collaboration spéciale LAZONED'INCONFORT Jonathan Franzen, traduit par Francis Kerline.L'Olivier, 256 pages, 29,95$ L'inconfort d'un écrivain à succès DANIEL LEMAY « L'homme n'est ni bon ni mauvais : il est stupide.» Le constat n'est simple que pour les idiots patentés qui le lancent en prétendant comprendre la nature humaine, tout en brûlant deux feux rouges pour arriver à la maison à temps pour 110%.Matthijs van Boxsel, lui, a consacré plus de la moitié de sa vie adulte à étudier la question et livre ses conclusions dans sa magistrale Encyclopédie de la stupidité, maintenant disponible en français : «L'ensemble de toutes les stratégies pour dominer la stupidité forme notre civilisation.» Page après page, le «morosophe » (fou-sage) néerlandais décortique l'histoire et la philosophie pour montrer comment la stupidité - en tant que «capacité d'intervenir contre son propre intérêt, avec la mort comme conséquence extrême» - s'avère un talent «typiquement humain».Quel autre mammifère, en effet, est prêt à se sacrifier, et ses semblables avec lui, pour sa nation - son «nous» - ou sa religion?«L'homme ne se distingue pas de l'animal par sa sagesse supérieure mais par sa stupidité, sa capacité à tomber dans des illusions qu'il a lui-même fabriquées.» Parce qu'il possède l'intelligence, intelligence qu'il s'est vu forcé de développer «afin de ne pas succomber à la bêtise»\u2026 et qui lui fait faire des stupidités.Intelligence et stupidité, on le voit, se nourrissent l'une à l'autre, forment un cercle vicieusement humain dont on ne verra jamais le bout, personne n'étant assez intelligent pour comprendre sa propre stupidité.Que l'auteur ne dénonce aucunement par ailleurs, pas plus qu'il n'en souhaite la disparition car «la fin de la stupidité signifierait la fin de l'homme comme être de raison».On devrait être correct pour un bout\u2026 Le lecteur (pas trop stupide) aura compris que L'encyclopédie de la stupidité n'a rien du sottisier classique.On y trouve bien quand même quelques listes assez renversantes - comme celle du prix Darwin, attribué annuellement à quelqu'un qui «quitte cette vie de la façon la plus extraordinairement stupide».Tels ces trois terroristes palestiniens qui avaient réglé leurs bombes à l'heure d'hiver (en vigueur plus tôt en Israël) mais laissé leurs montres à l'heure d'été\u2026 «Félicitations!» L'encyclopédie de van Boxsel, toutefois, offre beaucoup plus.D'abord «manière festive pour l'encyclopédie de présenter son propre fiasco», elle s'avère aussi un extraordinaire voyage (25 ans de recherche !) dans l'histoire de l'homme et de sa pensée.Y sont convoqués les plus grands - Kant, Hegel, Rousseau - mais aussi des moins connus, comme Empédocle et Clombrote, dont la contribution n'en est pas moins «exceptionnelle».D'autre part, l'ouvrage ne se borne nullement à la philosophie; ainsi, les fans de Pierre Gingras liront avec plaisir le chapitre IV intitulé «Le haha», où l'auteur démontre «l'insensé du jardin à la française» (conçu par André Le Nôtre à la gloire de Louis XIV: «Le jardin c'est moé» - autant que celui à l'anglaise où le paysagiste Lancelot Brown (1715-1783) «a si bien copié la nature que son oeuvre ne s'en distingue pas».De belles pages aussi sur l'art, la technologie, la télévision (qui « est stupide pour nous »), parsemées d'aphorismes qui nous font parfois poser le livre pour méditer : «La vie est une fête pour les pessimistes» ou encore «L'orgueil engendre la flatterie dont la progéniture politique est la vertu morale»\u2026 George W., sors de ce livre ! Van Boxsel est à son meilleur dans le champ politique, surtout quand il parle de la démocratie, système qui n'existe que par «la grâce de la stupidité»: le peuple, rappelle-t-il, ne pouvant «à la fois régner et être sujet».Et de là, un chapitre lumineux que les nationalistes québécois auraient avantage à lire: «Sur la stupidité nécessaire de la monarchie constitutionnelle », où l'on apprend entre autres que le roi incarne «l'impossibilité du Peuple» \u2026 À qua nd a lors un pa r t i monarchiste au Québec, un PMQ auquel pourraient adhérer tous les Québécois et toutes les Québécoises et qui - j'emprunte l'argumentaire de van Boxsel - libérerait notre pensée communautaire du triste choix «entre l'échange de banalités et la divagation dans les coulisses de l'ailleurs et de l'altérité» ?C'est sans parler de l'avantage intrinsèque du «nous » royal\u2026 De la nécessaire stupidité L'ENCYCLOPÉDIE DELA STUPIDITÉ Matthijs Van Boxsel Payot ESSAIS ÉVÉNEMENT La 9e semaine des bibliothèques publiques Saviez-vous que les bibliothèques publiques du Québec comptent plus de 3000 employés permanents et plus de 10 000 bénévoles ?C'est le moment de découvrir sur place les différentes facettes des métiers de la bibliothèque en cette 9e semaine des bibliothèques publiques, qui se termine le 27 octobre.Une foule d'activités gratuites sont à prévoir aux quatre coins de la province, ainsi qu'un concours offrant 8000$ en prix.De plus, le 23 octobre à la Bibliothèque du Mile End, on remettra le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal à un auteur et un illustrateur.Sophie Faucher, alias Esther Lalumière pour l'occasion, est la porte-parole de l'événement, dont la mission est de dépoussiérer l'image de la bibliothécaire pincée à l'air sévère\u2026 Pour en savoir plus : www.bpq.org/semaine.Intelligence et stupidité se nourrissent l'une à l'autre, forment un cercle vicieusement humain dont on ne verra jamais le bout.OÙ EST-CE QU'ON S'EN VA ! Tous les jours dans PLUS LECTURES BIBLIO NEIGENOIRE ET LESSEPTCHIENS VICTOR-LÉVY BEAULIEU ÉDITIONS TROIS-PISTOLES 112 PAGES 32,95$ «Enquébécoiser » Blanche-Neige et les sept nains ?Pourquoi pas ?Surtout si c'est Victor-Lévy Beaulieu lui-même qui s'en charge.Elle avait besoin d'un peu de couleur, la petite, et c'est maintenant chose faite avec Neigenoire et les sept chiens, un conte cruel et inquiétant, comme l'a toujours été l'original, mais dorénavant drôle et délirant, magnifiquement illustré par Mylène Henry.La Neigenoire de cette histoire a perdu sa maman au Costa Rica, où « le monde a la peau très noire quand il vient au monde.» Elle précise: «Moi, j'étais si foncée que j'avais dû naître au moins deux fois.» L'affreuse tante Gertrude lui sert de gardienne quand son adorable papa travaille.Une tante laide et sèche, tricoteuse, jalouse de sa beauté qu'elle finit par lui ravir dans le reflet d'un miroir maléfique.Elle tente même de la tuer avec des framboises (plutôt qu'une pomme).Mais Neigenoire trouve refuge chez Bonhomme et Micropuce, deux gentils chiens, parents de cinq chiots: Snoopy, Tifille, Bidou-Laloge, Saint-Lucie et l'inénarrable Numéro Deux, le poète de la famille, dont les vers sont, disons, très odorants\u2026 VLB s'amuse avec ce célèbre conte en lui injectant une dose d'humour salutaire et un vocabulaire tout aussi coloré que Neigenoire, tout en préservant les thèmes immémoriaux qui ont fait sa longévité.En plus de ses chiens, VLB lui-même apparaît dans furtivement dans son livre en vieil habitant fumant la pipe, un homme bon, qui a tout son temps.En refermant Neigenoire et les sept chiens, on se dit que, comme Victor Hugo, Victor-Lévy Beaulieu possède certainement l'art d'être grand-père (et la barbe qui va avec!).\u2014 Chantal Guy NOUVELLES DEMALLAIG DIANE LACOMBE VLBÉDITEUR 190PAGES 24,95$ Il ne semble pas que ce soit demain la veille que Diane Lacombe acceptera d'enterrer ses personnages.Il faut la comprendre.On ne se sépare pas, comme ça, de «ses enfants.» D'autant plus que plusieurs milliers de lecteurs (on parle de 500 000 exemplaires vendus avec la trilogie) en redemandent.Sans vouloir jouer les psychologues de salon, on imagine facilement que ce sont toutes ces raisons qui ont poussé Diane Lacombe à récidiver, en proposant un dernier ( ?) opus où l'on retrouve avec plaisir ces Mac Nèil issus de l'Écosse moyenâgeuse.Le tout sous forme de nouvelles.Le livre est beau: illustrations, cartes, plan du château, généalogie et chronologie, bref, il ne manque rien à la présentation.Tout pour nous donner le sentiment d'y participer.Quant au contenu, tous ceux qui se sont pris d'affection pour ces gens rudes et tendres à la fois, ne seront pas déçus.Pour les autres, qui découvriraient le monde de Diane Lacombe avec ces Nouvelles de Mallaig, disons qu'on pourrait appeler ça une espèce d'initiation.Toutefois, attention, ici on s'est tout de même éloigné des combats et des grandes aventures chevaleresques de la trilogie.On pourrait dire qu'on se glisse davantage dans l'intimité des personnages, ce qui nous vaut un petit côté olé olé dans le récit.Mais rien pour dérouter les lecteurs, au contraire; ça nous permet de connaître une nouvelle dimension de l'écrivaine et de voir à quel point elle maîtrise différents styles.\u2014 Mario Dufresne, collaboration spéciale LESCARNETS DEDOUGLAS CHRISTINE EDDIE ALTO 199PAGES 21,95$ Parfois, les mélèzes cachent des secrets intimes.C'est d'ailleurs sous un mélèze qu'Elena est enterrée, tenant entre ses mains la clarinette de Douglas.Deux êtres croisés en exil, s'étant trouvés pour ne plus être séparés.«J'étais seul, songeait Douglas, et maintenant je suis unique.Comment un tel miracle a-t-il pu se produire?» La nouvelliste Christine Eddie livre avec Les carnets de Douglas un premier roman empreint de tendresse et de poésie dont on a peine à s'extraire tant la richesse de cet univers sait nous habiter.Écrite avec simplicité et assise sur une suite de chapitres courts, l'histoire ne manque pourtant pas de finesse.La naïveté de Douglas, vivant volontairement en marge de la civilisation, s'effrite à la mort soudaine d'Elena, le plaçant devant une réalité à laquelle il tente d'échapper.L'impossibilité d'élever seul le nourrisson le conduit à confier l'enfant au docteur du patelin, homme esseulé et racorni par ses amours déçues qui s'empresse de se faire aider par la voisine, madame Gabrielle.L'étrange famille se déploiera pendant que le béton gagnera sur la terre battue.L'humanité qui se dégage de ce récit laisse entrevoir l'exceptionnelle capacité de l'auteure à nous toucher avec une histoire qu'elle se contente d'effleurer.Même Rose, l'enfant que l'on se partage, grandit à l'ombre du lecteur.On a alors l'impression étonnante que pour en savoir plus sur tous ces gens, il faudrait s'intéresser aux inconnus que l'on croise et dont on ne sait rien\u2026 Ou alors interroger la mémoire des arbres.\u2014 Jade Bérubé, collaboration spéciale AU PIED DE LA LETTRE CHANTAL GUY C'EST PARTI POUR LES PRIX La haute saison des prix littéraires est officiellement lancée avec le dévoilement cette semaine des finalistes aux prix littéraires du Gouverneur général 2007, qui récompensent les écrivains de langue française et anglaise dans les domaines du roman et de la nouvelle, de la poésie, du théâtre, des essais, de la littérature jeunesse et ses illustrateurs, ainsi que de la traduction.Mentionnons qu'Esther Croft, Robert Lalonde, Anthony Phelps, Hélène Rioux et Sylvain Trudel sont en nomination dans la première catégorie tandis que les noms de Martine Audet, Mario Brassard, Catherine Fortin, Rino Morin Rossignol et Serge Patrice Thibodeau ont été retenus dans la catégorie poésie.On connaîtra le nom des lauréats le 27 novembre.Par ailleurs, le prestigieux Man Booker Priz 2007 a été remis mardi à la romancière irlandaise Anne Enright pour son roman The Gathering.ENGAGEZ-VOUS! À partir d'aujourd'hui, et jusqu'au 28 octobre, tout adulte ayant ou connaissant un enfant devrait s'engager à lire avec lui (au moins une histoire).Pour la troisième année, Lis avec moi, une initiative du Festival de littérature jeunesse Laval, s'adresse à toute la population du Québec afin de donner aux adultes l'envie de transmettre le goût de la lecture.Toutes les infos au www.lisavecmoi.com.UNENOUVELLE LIBRAIRIE La maison d'édition Drawn & Quarterly, consacrée à la bédé, a ouvert vendredi un magasin au 211, rue Bernard Ouest, dans le Mile-End.Dans ce nouveau local, on tiendra des lancements, des ateliers, des séminaires sur la bédé et des cours de dessin.En plus d'offrir des bandes dessinées, la librairie propose aussi une sélection d'oeuvres littéraires.(Infos : 514-279-0691).Anne Enright PHOTO AP JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE On fabrique toujours de la fiction à partir du réel, tous les écrivains vous le diront.Mais dans le cas de Kathy Reichs, il s'agit carrément de vases communicants.Impossible de ne pas voir que son héroïne, Tempe Brennan, marche résolument sur les traces de l'auteure.Mais où commence la fiction lorsqu'on écrit des polars entre deux scènes de crime?«Je m'inspire effectivement de cas réels que je vois dans mon travail mais il est important pour moi de les transformer le plus possible, précise Kathy Reichs d'emblée.Je change les noms, les dates, les époques, les détails.J'en garde seulement l'essence et je les colle à mon histoire qui elle, est inventée.» C'est une coupure de presse portant sur le trafic illégal d'organes qui a cette fois inspiré Reichs.«J'adapte les cas réels à mes histoires et non l'inverse.C'est le thème qui guide mon écriture.Par exemple, il y a eu les gangs de motards dans Deadly Decisions (Mortelles décisions) ou encore le phénomène des sectes pour Death du Jour (Passage mortel).J'ai fait la même chose cette fois avec le trafic d'organes.J'y ai greffé un cas de pendaison et celui d'un noyé.» Voir double Portant les deux chapeaux, l'auteure se dit bien sûr différente de la scientifique.«En tant que scientifique, je ne peux rien inventer! Mais je crois bizarrement que la scientifique fait de moi une meilleure écrivaine parce mon métier m'oblige à avoir le souci du détail.Je me dois d'être observatrice, autant dans la salle d'autopsie que sur une scène de crime.Alors ça nourrit l'écrivaine, forcément.» « J'ai aussi un horaire changeant qui me permet d'écrire, poursuit-elle.Je suis anthropologue judiciaire uniquement sur appel, je ne suis donc pas au laboratoire tous les jours.Alors si j'ai un jour de libre, j'écris toute la journée.Cette dualité m'habite depuis longtemps.Au début, je partageais mon temps entre l'anthropologie judiciaire et l'université.Alors j'avais un pied dans la pratique et un pied dans l'académique.C'est presque devenu une seconde nature chez moi que de faire deux choses à la fois.» Une double identité qui touche également son univers géographique.Amenée à vivre tantôt à Montréal, tantôt à Charlotte en Caroline du sud à cause de son métier d'anthropologue, Katy Reichs s'amuse à déplacer le centre local de ses histoires.«Ces deux villes sont tellement différentes qu'elles m'inspirent à leur façon.Charlotte, c'est une ville moderne qui représente le «new south» des États-Unis.Montréal est bâtie sur un modèle européen.Je n'irais pas jusqu'à dire que j'écris différemment selon la ville où je me trouve, mais je situe toujours mon histoire dans la ville où j'habite au moment de l'écrire.Tout simplement pour l'atmosphère.» Ce qui ne l'empêche pas d'importer des personnages, mélangeant ainsi, à sa façon, les deux cultures.Cette fois, c'est l'agent québécois Ryan qui se voit parachuté dans l'univers des beignets de crabes et des diphtongues.«J'ai beaucoup de plaisir avec ça.Je peux ainsi imaginer le choc des cultures et en rire.» Briser le mythe Chez Reichs, le besoin de briser le mythe des procédures judiciaires souvent forgé par la télévision se ressent presque à chaque page.«Il est effectivement très important pour moi que mes livres contiennent des données scientifiques exactes.Peut-être est-ce la scientifique en moi qui l'exige, admet-elle en riant.Mais je pense que mes lecteurs et lectrices ont l'impression d'apprendre quelque chose en lisant mes livres et je tiens à rester dans le domaine de la vérité.Alors les délais, les techniques utilisées\u2026 tout le cadre scientifique dans mes livres est exact.» En 2005, l'univers de Reichs s'est pourtant paradoxalement retrouvé à la télévision sur la chaîne Fox.On peut d'ailleurs maintenant voir la série Bones en français sur la chaîne Série Plus depuis le 4 septembre dernier.Travaillant de pair avec les nombreux scénaristes sur chaque épisode, Reichs, également productrice de la série, dit toujours veiller au grain, malgré certaines concessions.«Puisque c'est de la télévision, nous devons prendre plus de libertés ne serait-ce que visuellement, défend-t-elle.Le laboratoire de Tempe est loin de ressembler au mien ou aux descriptions de mes livres.Aussi, il a fallu rajeunir Tempe.Je suis réaliste et j'ai accepté.Mais je m'assure néanmoins qu'au niveau scientifique, tout reste toujours valide.» Sans révéler inutilement certains rebondissements de ce neuvième roman, disons seulement que Kathy Reichs rendra le lecteur nerveux.Aurait-elle des scrupules à tuer certains de ses personnages principaux?«Je suis très à l'aise avec l'idée d'éliminer n'importe lequel, répond-elle en souriant malicieusement.Tout est une question de temps\u2026» Nous voilà fixés.ENTREDEUXOS Kathy Reichs, Robert Laffont 416 pages, 26,50$ ENTREVUE / Kathy Reichs Lire dans les os PHOTO ALAIN ROBERGE LA PRESSE © Chez Kathy Reichs, le besoin de briser le mythe des procédures judiciaires souvent forgé par la télévision se ressent presque à chaque page.Kathy Reichs, cette femme qui lit dans les os, fascine de plus en plus le lectorat québécois.Découverte lors de la sortie de Déjà Dead en 1999, l'anthropologue judiciaire poursuit son métier d'écrivain en parallèle et lance un neuvième thriller macabre, Entre deux os, aux éditions Robert Laffont.« Je crois bizarrement que la scientifique fait de moi une meilleure écrivaine.» "]
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