La presse, 24 novembre 2007, P. Plus
[" Détail de la réduction : jusqu'à 60%de réduction sur les réservations de séjour avec suite ou jusqu'à 50 % sur les réservations avec chambre Deluxe.L'offre n'est valable que pour les nouvelles réservations seulement pour un séjour effectué entre le 12 janvier et le 7 juin 2008 dans l'un des villages susmentionnés.La date limite de réservation est le 25 décembre 2007.L'offre est sujette à la disponibilité au moment de la réservation et peut se terminer à tout moment et sans préavis.La réduction en pourcentage d'une catégorie de chambre est calculée sur le prix global du séjour lorsque comparé au prix régulier de la même catégorie.Un minimum de 7 nuits est requis.Des restrictions de dates peuvent s'appliquer.La réduction additionnelle de 300 $ par adulte s'applique seulement lorsque le vol à l'intérieur du forfait est effectué par un transporteur nolisé organisé par le Club Med avec départs de villes canadiennes effectués entre le 12 janvier et le 23 mars 2008 vers Punta Cana, Turkoise, Columbus Isle, La Caravelle et Les Boucaniers.L'offre n'est combinable avec aucune autre promotion ou offre spéciale.Ne s'applique pas aux réservations de groupes.Turkoise est un village pour adultes de 18 ans et plus.Les frais d'adhésion sont en sus : 60 $ par adulte, 30 $ par enfant de moins de 16 ans.D'autres restrictions peuvent s'appliquer.Les conditions générales de la brochure en vigueur s'appliquent.Club Med n'est pas responsable des erreurs et omissions.Titulaire du permis du Québec.DÉCOUVREZ LE CONFORT À LA CARTE CLUB MED! Polynésie Française Turks & Caicos Bahamas États-Unis République dominicaine Guadeloupe Mexique Martinique 1-800-CLUBMED Visitez clubmed.ca ou contactez votre conseiller en voyages Club Med pour connaître nos offres sur les autres catégories de chambre Suite Cancun Yucatan, Mexique Réservez votre escapade maintenant et économisez jusqu'à 60% sur les suites 300 $ de rabais additionnel par adulte en voyageant par vol nolisé Club Med 3472165A PLUS SAMEDI GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, FORUM CHAPLEAU MGR OUELLET À LARECHERCHE DE BONS CONSEILS PAGE 7 ILLUSTRATION PHILIPPE TARDIF, LA PRESSE Ne cherchez pas de commission Bouchard- Taylor dans l'Ouest canadien.Cela ne signifie pas que c'est le paradis entre immigrés et Canadiens de souche.Les cas de xénophobie, parfois de racisme pur, sont bien réels.Mais on en parle moins qu'au Québec.Parce que chacun a intérêt à y aller mollo: les nouveaux venus ont besoin de travailler, les employeurs ont besoin de bras.La suite de notre dossier sur l'intolérance du Rest of Canada, À LIRE EN PAGES 2 À 5 ACCOMMODEMENTS SAUCE WESTERN L'ÉDITORIAL D'ANDRÉPRATTE FAISONS CONFIANCE À HENRI-PAUL ROUSSEAU PAGE 7 L'INTOLÉRANCE DU REST OF CANADA MARIO GIRARD Même auréolés de diplômes, les immigrants qui débarquent dans la très florissante Alberta ne doivent pas s'attendre à occuper d'importantes fonctions.«La plupart des petits boulots sont tenus par les immigrants », dit Atthar Mahmood, vice-président du Conseil suprême islamique du Canada.«C'est dur pour eux mais en même temps il faut savoir qu'ils quittent une situation qui était pire », ajoutet- il lors d'une rencontre dans un Tim Hortons de Calgary.«J'ai rencontré des médecins qui faisaient des sous-marins chez Mr Sub», nous dit Mélanie Méthot, professeure d'histoire au campus de l 'Université d'Alberta, à Camrose, près d'Edmonton.Les employeurs ont besoin de main-d'oeuvre mais en même temps, ils savent qu'ils ont le gros bout du bâton.Certains refusent d'engager un immigrant.Cette situation suscite parfois des abus.Arafane Diane est guinéen.L'homme de 41 ans est venu au Québec en 2005, mais a quitté la province en mars dernier pour venir s'établir à Calgary.«Au Québec je travaillais dans les usines à 10$ l'heure.Ici, je gagne 14 $.» Mais Arafane ne l'a pas facile.À son arrivée, une entreprise spécialisée dans l'alimentation lui avait promis 17$ l'heure.«On me demandait de faire un certain nombre de choses en 15 minutes, raconte-t-il.Et comme je n'y parvenais pas, on diminuait mon salaire.» Docteur ès sous-marins MARIO GIRARD CALGARY Michael Nuul Mayen est entré chez Garth's et a dit qu'il voulait manger.La serveuse l'a accompagné et lui a laissé un menu.Michael est un Soudanais noir.Dans ce petit resto tranquille, quelques têtes se sont tournées vers lui.«Tout à coup, mon voisin de table, un Blanc qui était en compagnie d'une femme, s'est levé pour me demander de changer de place, raconte Michael.J'étais assommé.Je lui ai demandé pourquoi.Il m'a dit que je le dérangeais.J'ai pris quelques secondes et je lui ai répondu que je n'allais pas bouger et qu'il devait me respecter.Il a insisté.Finalement, après avoir maugréé, il s'est levé et a changé de section.» Cet incident ne s'est pas produit dans les années 50 aux États-Unis.Il est arrivé il y a quatre mois à Brooks, une petite ville de 13 000 habitants situé dans l'est de l'Alberta, où Michael est venu s'installer après des études en développement économique à Winnipeg.Lors de cet accrochage, la grande majorité des clients est restée silencieuse.Seule une dame a exprimé son indignation.«Mais c'était après l'altercation, dit Michael.Ça résume bien ce qui se passe ici : une majorité qui ferme les yeux et une minorité qui s'oppose timidement.» En Alberta, le racisme et l'intolérance sont des choses dont on ne parle pas.La légendaire réserve des gens de l'Ouest empêche certes des débordements, mais selon plusieurs le phénomène est très présent.«Faut pas se le cacher, il y a du racisme partout au Canada, y compris en Alberta, estime Daniel Béland, professeur de sociologie à l'Université de Calgary.Cessons de faire de l'angélisme là-dessus.» Des Noirs refusés dans les bars Les deux principales villes de l'Alberta, Calgary et Edmonton, ont connu une croissance phénoménale au cours des dernières années.À Calgary, un habitant sur cinq est né à l'étranger et le tiers vient d'une autre province.Daniel Béland reconnaît que ce boum démographique crée certaines tensions, surtout dans les petites villes.«Il y a encore un côté red neck très conservateur ici», dit-il.L'an dernier, un reportage télévisé a fait beaucoup de bruit à Calgary.Une équipe de Global Television a demandé à de jeunes Noirs de se rendre dans six bars de la ville.Le résultat fut consternant.Les portiers, obstinés et hautement imaginatifs, invoquaient toutes sortes de motifs pour refuser ces clients.«C'est une soirée pour les 25 ans et plus», disait l'un d'eux.«On n'accepte pas les gens avec les jeans larges », prétextait un autre.Le pire c'est que cette expérience était menée une seconde fois et démontrait que la situation s'était aggravée.«Ce n'est pas qu'on veut de nous, c'est qu'on a besoin de nous», affirme Pedro, un jeune Mexicain qui, après un court séjour à Montréal, a choisi de s'établir à Calgary.Explosion des plaintes Entre 2001 et 2005, la Commission des droits de la personne de l'Alberta a reçu un total de 498 plaintes pour discrimination fondée sur l'ascendance, le lieu d'origine, la race ou la ACCOMMODEMENTS En Alberta, on ne parle ni de racisme ni de discrimination.Cette réserve, qui peut être perçue comme une forme de respect, a toutefois ses limites.En grattant un peu, on découvre que les immigrés qui choisissent de vivre dans les plaines de l'Ouest font face à différentes formes de xénophobie.Dans cette province, le pouvoir économique est un accommodement face à l'intolérance.« Faut pas se le cacher, il y a du racisme partout au Canada, y compris en Alberta.Cessons de faire de l'angélisme là-dessus.» MARIO GIRARD ALBERTA, Brooks \u2014 Brooks est une ville laide.Très laide.Elle a poussé gauchement dans les plaines albertaines où s'ébattaient jadis les bisons.Située à 180 kilomètres au sud-est de Calgary, elle compte 14 000 habitants.Juste avant d'y entrer, on y aperçoit l'imposant abattoir Lakeside Packers.Dans cette forteresse sinistre, où les journalistes ne sont pas les bienvenus, 1,5 million de bovins sont dépecés et emballés annuellement par les 2400 employés de l'entreprise, dont près de la moitié sont des immigrés.Ils sont africains, asiatiques et sudaméricains.Ils sont venus à Brooks à partir des années 80 avec le statut de réfugié pour travailler jour et nuit dans cette usine d'équarrissage.Ce flot de nouveaux arrivants, qui compte pour 15% de la population, a évidemment changé le visage de Brooks, devenue en quelques années la ville la plus multiculturelle de l'Alberta.«Les gens ici sont très accueillants, dit Dan Quinn, directeur du développement économique de Brooks.On trouve toutes sortes de moyens d'accommoder les immigrés.Par exemple, nous offrons maintenant une période de natation aux musulmanes et à leurs enfants en masquant les vitres de la piscine.À la fête du Canada, on pense à tout le monde.On ne fait pas juste des rodéos.» Derrière ce tableau idyllique se cache une autre réalité.En octobre 2005, la moitié des employés de la Lakeside Packers, des immigrés pour la plupart, ont déclenché une grève pour se syndiquer.Pendant quelques semaines, les grévistes ont fait le siège pour revendiquer des droits.Le Soudanais James Ring fait partie de ceux qui sont à l'origine du mouvement.«Quand un employé immigrant avait un problème avec un superviseur, c'était courant de le voir perdre son emploi.Il y avait beaucoup de discrimination », raconte-t-il.Ce conflit a divisé tout le monde.Les patrons et les grévistes, les immigrés et ceux qui ne le sont pas, et même les immigrés entre eux.Sa-Eva Katusevanako n'était pas d'accord avec cette grève.Il faisait partie des briseurs de grève.Malgré cela, il reconnaît qu'il y avait un problème au sein de l'entreprise.«Il y avait un règlement qui disait que lorsque deux employés se battaient, ils étaient renvoyés.Un jour, un Soudanais s'est battu avec deux Blancs.Le Soudanais a perdu son emploi, pas les deux autres.» Après 24 jours, dans une proportion de 56%, les employés ont convenu d'une entente avec la direction.Cet épisode, à la fois héroïque et tragique, a été immortalisé par la cinéaste Dana Inkster qui a réalisé le film 24 Days Une histoire de grève, d'immigrés et En octobre 2005, la petite ville de Brooks vit un dur conflit de travail.Sur fond de discrimination, la moitié des employés de l'abattoir L'INTOLÉRANCE DU REST OF CANADA LA POPULATION > Population totale: 2,9millions > Immigrés: 438335 >Minorités visibles: 329925 >Musulmans: 49 500 > Sikhs: 23 470 > Juifs: 11 085 Le nombre d'immigrés a augmenté depuis 5 ans, mais les données de 2006 ne sont pas encore disponibles Source : Recensement de 2001, Statistique Canada.LES PLAINTES Entre 2001 et 2005, la Commission des droits de la personne de l'Alberta a reçu un total de 498 plaintes pour discrimination fondée sur l'ascendance, le lieu d'origine, la race ou la couleur de peau.Au cours des deux dernières années, ce nombre a fait un bond spectaculaire, passant à 306 pour la seule année 2005-2006 et à 214 pour 2006-2007.ÉCONOMIQUES Le nombre de plaintes pour discrimination fondée sur l'ascendance, le lieu d'origine, la race ou la couleur monte en flèche depuis deux ans.couleur de peau.Au cours des deux dernières années, ce nombre a fait un bond spectaculaire, passant à 306 pour la seule année 2005-2006 et à 214 pour 2006-2007.Toutefois, l'Alberta continue d'afficher l'un des taux de plaintes pour discrimination raciale les plus bas au pays.En revanche, un sondage Ipsos- Reid réalisé en 2005, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, dévoilait que 19% des Albertains n'accepteraient pas d'épouser une personne d'une autre race que la leur.Il s'agissait du plus haut taux à l'échelle canadienne.Malgré cela, les demandes d'accommodements raisonnables semblent faire peu de vagues ici.«Il y a 25 ans, c'était le règne de la white-male-middle class, explique Jim Frideries, professeur au département de sociologie de l'Université d'Alberta.Quand les immigrants se sont mis à arriver, il y a eu un moment tumultueux.On s'est demandé si les sikhs pouvaient porter un turban et si les musulmanes pouvaient porter un voile.Maintenant ce n'est plus un problème.» Pas d'Halloween Mohibo, une jeune Calgarienne originaire de la Somalie qui a adopté le voile islamique il y a un an, n'est pas d'accord.«On me parle constamment de cela, dit-elle, le visage cerclé d'un voile Calvin Klein.On me pose des questions et parfois on m'insulte.» D'après le Recensement 2001, l'Alberta compterait 49 500 musulmans.Mais selon Atthar Mahmmoud, viceprésident du Conseil suprême islamique du Canada, ce nombre serait plus important et atteindrait les 85 000, uniquement à Calgary.Ils proviennent du Pakistan, du Liban, de la Libye, de la Malaisie, de l'Algérie, du Maroc, du Soudan et de la Somalie.Plusieurs musulmanes portent le hijab.Quelques-unes arborent le niqab.«Je n'ai jamais entendu parler de problèmes dans ce sens», dit prudemment M.Mahmmoud.Ce dernier croit que les immigrants doivent faire davantage d'efforts pour s'adapter aux coutumes du pays dans lequel ils ont choisi de vivre.Les enfants de Mélanie Méthot, professeure d'histoire au campus de l'Université d'Alberta, à Camrose, fréquentent une école où on compte plusieurs immigrés.«Bien sûr que nous vivons certaines formes d'accommodements.Cette année, la direction de l'école a décidé de ne pas souligner l'Halloween sous prétexte que ce n'est pas une fête pour tout le monde.» «Il y a tellement d'écoles différentes maintenant que tout le monde y trouve son compte », ajoute de son côté Jim Frideries.Petits boulots pour les immigrés L'économie albertaine est en pleine santé.Il faut regarder à deux fois les coupons de caisse tellement les taxes de vente sont infimes.Le chômage est le plus bas au pays, avec une moyenne de 3,4%.Partout dans les vitrines des commerces on voit des affiches promettant des «great job opportunities».« Ici, les employeurs se battent pour avoir des immigrants », dit Daniel Béland.« Il y a des Mc Donald's, normalement ouverts 24h sur 24, qui doivent fermer le soir parce qu'ils manquent de main-d'oeuvre », ajoute Mélanie Méthot.Louis avait eu vent de ces besoins criants de main-d'oeuvre.Ce Sud- Africain a donc quitté Halifax où il vivait depuis quelques années pour se rendre à Calgary, afin d'y rencontrer des responsables du gouvernement fédéral.«Après une conversation téléphonique, on m'a promis une entrevue, explique-til.J'ai donc fait mes bagages et je m'y suis rendu par mes propres moyens.» Mais une fois sur place, il a reçu un accueil plutôt tiède d'une directrice.«Elle m'a reçu debout devant son bureau et m'a demandé de lui fournir une pièce justificative prouvant que j'habitais Calgary.Comment voulezvous que j'aie un bail alors que je cherche un emploi?» Louis est persuadé que la couleur de sa peau pose problème.«J'ai un C.V.bien garni.J'ai fait des études en administration, en géologie et en médecine vétérinaire.Et on voudrait que je fasse des petits boulots.» Quelques personnes interviewées nous ont dit que les immigrants s'intégraient bien au reste de la population.D'autres ont prétendu le contraire.Des gens nous ont aussi dit que les immigrants étaient épanouis en Alberta.De nouveaux arrivants nous ont confié être victimes de discrimination.«Le racisme est très difficile à mesurer, croit Daniel Béland.Quand on demande aux gens s'ils le sont, ils répondent non, évidemment.» Chose certaine, les autorités municipales et gouvernementales multiplient les efforts pour que s'installe une forme d'harmonie.«Le multiculturalisme est très important au Canada anglais, estime Daniel Béland.C'est une façon de se distinguer des Américains.Au Québec, on se différencie autrement.Vous savez, les Canadiens anglais se demandent encore c'est quoi la culture canadienne.» Lakeside Packers, des immigrés pour la plupart, font le siège des lieux pour revendiquer certains droits.Un conflit qui a meurtri les travailleurs et la population.in Brooks.Produit par l'ONF, le documentaire a été projeté en première il y a quelques semaines à Calgary.«Ça été une expérience inspirante pour la Canadienne que je suis, dit-elle.J'ai réalisé à quel point nous sommes privilégiés de vivre ici.Malgré cela, on se plaint tout le temps.Pendant ces semaines, j'ai vécu à côté de véritables survivants.» Le bar trait d'union Ce conflit a également meurtri la population qui, pendant cette période, est devenue une sorte de symbole d'intolérance.«Tous les projecteurs étaient braqués sur nous, se souvient Dan Quinn.Je crois que ça va prendre deux ou trois générations avant de retrouver un certain équilibre.» Dans la foulée, la directrice du centre Global Friendship, organisme qui tente de tracer un trait d'union entre les nouveaux arrivants et la population, a ouvert un bar qui servira, espère-telle, à rapprocher les habitants et les immigrés.«Ça s'appelle Salt and Pepper et l'idée est d'éviter qu'il y ait des affrontements comme c'est le cas dans d'autres bars de la ville», dit Doreen Medway.Quant à la direction de la Lakeside Packers, elle a décidé d'engager moins d'Africains.Elle mise maintenant sur des immigrés des pays d'Europe de l'Est.de viande PHOTO LARRY MACDOUGAL, PRESSE CANADIENNE ALBERTA L'INTÉLORANCE DU REST OF CANADA ÉMILIE CÔTÉ ENVOYÉE SPÉCIALE VANCOUVER «Si vous choisissez de venir dans un endroit comme le Canada, eh bien fermez-la et adaptez-vous (shut up and fit in).» En septembre dernier, cette déclaration a déclenché une controverse que les immigrés de Vancouver n'ont toujours pas digérée.Qui a fait ces commentaires?Pas n'importe qui: Bruce Allen, l'imprésario qui pousse les carrières des chanteurs Bryan Adams et Michael Bublé.L'homme de 61 ans vient d'être nommé au sein du comité organisateur des Jeux olympiques qui auront lieu à Vancouver en 2010.Tous les jours de la semaine, Bruce Allen tient le billet Reality Check sur les ondes de la station CKNW News/Talk 980.Il ne fait pas dans la nuance.«Dans ses éditoriaux, il écorche souvent les sans-abri, les toxicomanes », indique sa collègue Christy Clark qui, elle, tient la barre d'une émission quotidienne d'affaires publiques.En pleine controverse, elle a reçu Bruce Allen pour qu'il justifie ses propos, pour lesquels le CRTC a reçu près de 300 plaintes.«Il s'est défilé », raconte-t-elle.Au début de sa chronique, Allen avait cité quelques exemples : les femmes qui veulent voter avec leur «burqa », les policiers sikhs qui veulent porter le turban et le cas de trois enfants sikhs dont la demande de passeport a été refusée parce que, sur leur photo, ils portaient un semblant de bonnet, le patka, un signe religieux.Sur les ondes du Christy Clark show, Bruce Allen s'est excusé d'avoir parlé d'un «mouchoir» au lieu d'un «patka».Il a affirmé qu'il avait été mal compris.En fait, il approuve les exemples qu'il a énumérés.Difficile de le croire quand on réécoute l'extrait.Après avoir cité les cas en question, il lance: «Tout cela est très simple.Nous avons des lois dans ce pays (\u2026) Si vous immigrez dans ce pays et que vous n'aimez pas les lois en place, bien vous avez le droit de choisir de ne pas vivre ici.» Qu'il approuve ou non les «accommodements » sikhs, Bruce Allen a attisé un débat.«Nous avons reçu un déluge de courriels.C'est un record en cinq ans », souligne Christy Clark.En ondes, l'animatrice a confronté l'imprésario.«Je lui ai dit qu'il n'était pas informé, opiniâtre et que ses propos étaient dérangeants.Bien après, les auditeurs m'ont attaquée par courriel.Ils me disaient que Bruce Allen n'était pas raciste, qu'ils disaient tout haut ce que les gens pensent tout bas.» Comme la controverse Hérouxville, la controverse Bruce Allen a dérapé.Mais pour bien des gens de Vancouver, elle a visé juste.«Je ne pourrais pas être plus d'accord avec Bruce Allen.Au lieude semélanger et de devenir des citoyens canadiens, de plus en plus d'immigrants essaient de nous forcer à changer nos lois pour leur plaire», a écrit Tin Jantzen sur le site du Vancouver Sun.Il conclut: «N'essayez pas de nous transformer en ce que vous avez laissé derrière (Don't try to turn us into what you've left behind).» Bienvenue à Surrey Lakhwinder Kaur Sidhu est la mère des trois enfants sikhs dont la demande de passeport a été refusée.La famille habite Surrey, une ville de la banlieue de Vancouver de quelque 350 000 personnes, située à 40 minu- «FERMEZ-LA ET PHOTO ARCHIVES UPI Des sikhs défilent en habits traditionnels dans les rues de Vancouver.Parce que leur foi est exprimée de façon très visible, les gens de la communauté sont plus facilement la cible de préjugés.Ils seraient plus de 250000 de cette religion à vivre dans la grande région de la métropole.ÉMILIE CÔTÉ Si les musulmans à la cabane à sucre et les fenêtres givrées du YMCA ont fait les manchettes québécoises au cours de la dernière année, les «demandes d'accommodement » ont aussi fait jaser les résidants de la Colombie-Britannique.En voici quelques exemples: À l'heure actuelle, le BC Human Rights Tribunal entend la plainte d'une vingtaine de vétérinaires indo-canadiens, qui se disent victimes de discrimination auprès de la B.C.Veterinary Medical Association (BCVMA).Ils allèguent que la BCVMA a des exigences anormalement élevées pour ses nouveaux membres, notamment quant à la maîtrise de l'anglais.Pourquoi ?Selon eux, la vieille garde de la BCVMA ne digère pas que les vétérinaires indo-canadiens offrent leurs services à un tarif inférieur.En septembre dernier, le propriétaire iranien d'une maison de thé du centre-ville de Vancouver a manifesté le souhait que les hookah shops où l'on fume la shisha (une sorte de pipe à eau) demeurent exclues de la loi qui interdit de fumer à l'intérieur d'un endroit public.Pour les 65 000 Iraniens qui vivent à Vancouver, plaide Hamid Mohammadian, les hookah shops jouent un rôle social et culturel important.Il souligne que les musulmans ne fréquentent pas les bars car ils ne boivent pas d'alcool.Il ajoute également que Toronto et Calgary permettent aux maisons de thé d'offrir des options au tabac.Depuis plusieurs années, des entraîneurs de soccer indo-canadiens affirment qu'ils sont victimes de discrimination au sein de la Surrey Soccer Association (SSA).Steve Mattoo est persuadé qu'il ne méritait pas une suspension de quatre mois pour être sorti de ses gonds lors d'un match.«Le comité de discipline a sauté sur l'occasion», dit-il.De son côté, Sukhi Sandhu ne comprend pas que la ligue ait refusé que son équipe accède à un niveau de compétition plus élevé.À chacun ses accommodements S'ils ne sont pas contents, les immigrés n'ont qu'à rentrer chez eux.C'est ce que l'imprésario Bruce Allen a déclaré en ondes, à Vancouver, en septembre dernier.Il a cité plusieurs « accommodements » accordés aux sikhs.Car, dans la métropole britanno-colombienne, si vous risquez peu de rencontrer un Noir, vous allez croiser un sikh, c'est certain.S'il roule à moto sans casque, n'alertez personne : la loi le lui permet.COLOMBIE-BRITANNIQUE LA POPULATION > Population totale : 3,9 millions > Immigrés : 1 millon > Minorités visibles : 836 440 > Musulmans : 56 220 > Sikhs : 135 310 > Juifs : 21 230 Le nombre d'immigrés a augmenté depuis 5 ans, mais les données de 2006 ne sont pas encore disponibles Source: Recensement de 2001, Statistique Canada.LES PLAINTES L'an dernier, 10% des 1018 plaintes déposées à la Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique - soit une centaine - visaient à dénoncer un acte jugé raciste.Seulement deux des neuf plaintes pour racisme au travail entendues en 2006-2007 ont été retenues.Le tribunal a donné raison à un travailleur de la construction canadien-français, Mario Mercier.Pour l'avoir traité de «stupid Frenchman», son ancien superviseur a dû lui verser 5848$.Le tribunal a également donné raison à un homme originaire de l'Afghanistan qui s'est fait traiter de «Osama» et de «terroriste» par un collègue de bureau. L'INTOLÉRANCE DU REST OF CANADA ADAPTEZ-VOUS» tes du centre-ville.Dans certains quartiers, trois personnes sur quatre sont indo-canadiennes.La mère nous ouvre la porte de son imposante maison, décorée de statues et de cadres du gourou Nanak, maître fondateur du sikhisme.Son kirpan glisse sur son pantalon de sport Adidas.Ses enfants - deux filles et un garçon - courent partout, alors que sa belle-mère est assise sur le canapé du salon.Gurlienne, 9 ans, nous dit qu'elle veut apprendre le français.«Après les commentaires de Bruce Allen, des gens ont lancé des roches sur les autos de certains sikhs, déplore sa mère.Cela a un effet d'entraînement.Si des personnalités connues osent affirmer ça, les gens se disent : \"pourquoi pas nous aussi \".L'autre jour, ma fille est revenue de l'école et elle m'a dit : \"Maman, pourquoi tout cela arrive?Nous sommes nés ici, nous sommes canadiens\".» Finalement, avec l'intervention du World Sikh Organization, l'affaire a fait grand bruit et la demande de passeport a été acceptée.«On nous a dit que le dossier avait été traité par un fonctionnaire d'Ottawa qui n'était pas habitué.En Colombie-Britannique, les gens savent que le turban et le patka, c'est correct.» Noël tabou Contrairement à Montréal, il y a très peu de Noirs à Vancouver (« sauf s'ils jouent au football », nous a-t-on lancé à la blague).En quelque sorte, les Indo-Canadiens sont à Vancouver ce que les Haïtiens sont à Montréal, en ce sens que la communauté est établie depuis longtemps.Les sikhs qui pratiquent leur religion à la lettre doivent porter ou adapter les «5 K», dont le kara (bracelet), les keshas (cheveux longs jamais coupés), la kachla (sous-vêtement), le kangha (le peigne) et bien entendu le kirpan.Au fil des années, les sikhs ont obtenu plusieurs «accommodements ».En 2000, la Colombie- Britannique a amendé son Code de la sécurité routière pour dispenser les sikhs de porter un casque à moto, car cela les obligerait à enlever leur turban.Depuis 1990, les officiers sikhs de la GRC peuvent également porter le turban quand ils sont en service.Indira Prahst, sociologue, est professeur en relations ethniques au Langara College de Vancouver.À son collège, on ne parle pas de sapin de Noël mais de « Holiday Tree» ou de « Friendship Tree ».«Nous évitons d'utiliser le mot Noël car nous vivons dans une société multiculturelle», explique-t-elle.Turban = terrorisme Selon elle, la Colombie-Britannique se doit de tâcher de satisfaire les immigrés en raison de sa politique multiculturelle qui «promeut la différence et la diversité».« Il y a 10 ans, relate-t-elle, la communauté sikhe était silencieuse.Aujourd'hui, elle réagit, et les médias aussi.» Mme Prahst souligne que beaucoup de gens ne connaissent rien à la religion sikhe.À Vancouver, les Indo- Canadiens sont plus souvent victimes de racisme ou d'intolérance.«Ce ne sont pas les immigrés qui dérangent, mais le type d'immigrés, souligne- t-elle.La couleur de leur peau, leur religion et la façon dont ils la vivent.» «Ici, la tragédie d'Air India est très taboue, poursuit-elle.Depuis le procès, le turban est identifié au terrorisme.» L'attentat du vol 182 d'Air India a eu lieu en 1985.Il s'agit du plus grand meurtre collectif de l'histoire canadienne.Dans une explosion qui a eu lieu en plein vol, attribuée à des activistes sikhs, 329 personnes sont mortes, dont 278 Canadiens.Le gouvernement a annoncé l'an dernier une commission d'enquête sur la tragédie.Les audiences publiques doivent se terminer sous peu.«Il y a cette peur\u2026 C'est la même chose avec les musulmans depuis le 11 septembre », souligne Indira Prahst.« Les auditeurs m'ont attaquée par courriel.Ils me disaient que Bruce Allen n'était pas raciste, qu'il disait tout haut ce que les gens pensent tout bas », raconte la journaliste Christy Clark.ÉMILIE CÔTÉ Bandez les yeux à quelqu'un et amenez-le au beau milieu du centre commercial Yohan, situé à Richmond, en banlieue de Vancouver.Une fois le bandeau retiré, pas de doute, il se croira téléporté en Asie.Les gens parlent et mangent chinois.I ls lisent des quotidiens mandarins ou cantonnais.« À Richmond, les Chinois comptent pour près de la moitié de la population.Ils peuvent vivre sans parler anglais », souligne Sherman Chan, directeur des services à l'organisme Mosaic, qui aide les immigrants à s'installer en Colombie-Britannique.En 2001, selon le dernier recensement du Canada, 34% des habitants de la région métropolitaine de Vancouver étaient asiatiques: 17,9% venaient de la Chine et 7,22% de l'est de l'Inde.Mais ces chiffres datent.À l'heure actuelle, on compterait plus de 400 000 Chinois et plus de 250 000 sikhs dans le Grand Vancouver.Religion «visible » En parlant aux gens ou en fouillant les archives desmédias de la Colombie-Britannique, très rarement entend-on parler de la communauté chinoise de façon négative.Un peu comme à Montréal.« L' é c o n om ie va bi e n .Per son ne ne pr o te s t e en disant : les Chinois nous volent nos jobs, indique M.Chan.Maintenant, je constate qu'on proteste plus au sujet de la religion.» Or, les Chinois, tout comme les Hong-Kongais, les Japonais ou les Coréens, ne vivent pas leur religion aussi «visiblement » que les sikhs.Ils ne portent pas la longue barbe, n i l e t u rba n .L a c u l t u re chinoise est davantage une culture de compromis, ajoute aussi la journaliste Christy Clark.« Les Indos-Canadiens sont plus politiques que les Chinois.Quand ils ont quelque chose à dire, ils t'acculent au mur.» «Les Indiens, nous sommes plus expressifs.Nous venons d'un régime démocratique.Les Chinois ont vécu sous un régime autor ita i re », opine Steve Mattoo, Indo-Canadien de Surrey.PHOTO RICHARD LAM, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Selon le dernier recensement du Canada.34% des habitants de la région métropolitaine de Vancouver étaient asiatiques, dont 17,9% provenaient de la Chine.Pourquoi les sikhs et pas les Chinois ? FORUM LYSIANE GAGNON lgagnon@lapresse.ca PATRICK SNYDER L'auteur est professeur au département d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke.La dernière sor t ie médiatique du cardinal Ouellet n'est visiblement pas passée inaperçue.Tout le monde en parle! Il faut reconnaître que Mgr Ouellet réussit à soulever l'attention des médias.C'est toujours surprenant d'ailleurs de voir jusqu'à quel point notre société laïque vibre encore aux prises de positions d'un membre, aussi éminent soit-il, du clergé catholique.Selon Mgr Ouellet, le passif de l'Église québécoise d'avant 1960, compte plusieurs éléments condamnables: des propos antisémites, le refus du droit de vote des femmes, les pressions qu'elles ont subi pour encourager la famille, le traitement de certains enfants des premières nations arrachés à leur famille et abusés dans des écoles catholiques, la discrimination à l'égard des personnes homosexuelles, etc.Ces demandes de pardons sont louables et méritent d'être soulignées.Elles peuvent mettre un certain baume sur les souffrances et les «mémoires blessées» de plusieurs personnes.Toutefois, le cardinal Ouellet ne souhaite pas ouvrir maintenant le débat sur tous les autres actes et prises de position d'après 1960: les questions reliées à la sexualité humaine, les droits des femmes et les personnes homosexuelles sont encore virulentes dans l'Église catholique.Il est évident que cela remettrait en question l'ensemble de la doctrine catholique officielle sur ces questions.Le catholicisme que défend le cardinal Ouellet n'a jamais remis en question cette doctrine et est demeuré en rupture avec les revendications de la grande majorité des Québécoises et des Québécois depuis plusieurs décennies.Sa demande de pardon ne fournit pas la clé de la réconciliation, c'est-à-dire une volonté ferme d'ouvrir un réel débat qui nous sort des vérités toutes faites de l'Église de Rome.Enseignement religieux L'objectif central du texte du cardinal Ouellet est plutôt de défendre le maintien de l'enseignement religieux confessionnel dans l'école.Pour soutenir son point de vue, il se base sur le fait que la grande majorité des Québécois se disent catholiques.Il confond ici l'identification des québécois au catholicisme et leur adhésion à la doctrine catholique.Se dire catholique n'implique pas nécessairement l'adhérence à l'idéologie catholique.Il faut savoir que dans son cursus de formation, le nouveau programme d'éthique et de cultures religieuses reconnaît positivement l'héritage du catholicisme au Québec.Toutefois, son approche est uniquement culturelle.Pour vivre et travailler au Québec où ailleurs dans le monde, nos futurs leaders se doivent d'avoir une formation en éthique et en culture religieuse qui dépasse largement l'appartenance à une confessionnalité religieuse.Voilà l'objectif de l'école, former à la diversité et à la complexité d'une société en continuelle mutation et ce, non pas de manière optionnelle, mais bien obligatoire.Au-delà de l'appartenance confessionnelle des jeunes ou de celui de ses parents, nous avons l'obligation comme société de les former à une bonne compréhension des nouveaux besoins éthiques et spirituels d'un peuple en marche dans la diversité culturelle.Mgr Ouellet fait fausse route Il faut donner à nos jeunes une formation en éthique et en culture religieuse qui dépasse l'enseignement religieux traditionnel Mgr Ouellet confond l'identification des Québécois au catholicisme et leur adhésion à la doctrine catholique.PHOTO LEFTERIS PITARAKIS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS La demande de pardon du cardinal Ouellet ne fournit pas la clé de la réconciliation, c'està- dire une volonté ferme d'ouvrir un réel débat qui nous sort des vérités toutes faites de l'Église de Rome.Tout ce tollé autour de la déclaration de Mgr Ouellet m'a rappelé une anecdote que ma mère m'a racontée.Elle illustre fort bien, me semble-t-il, les rapports entre les Québécois et l'Église, à l'époque où cette dernière régissait la vie privée du berceau au tombeau.La scène se passe à Montréal, dans les années 20.Mes grands-parents maternels viennent de quitter Roxton Falls pour s'installer à Montréal.Un beau samedi, ma grand-mère réunit ses enfants et leur tient ce discours.«Mes enfants, je dois vous dire qu'à partir de demain, votre père et moi n'irons plus à la messe.Votre père devient dur d'oreille, il n'entend plus bien le sermon.Quant à moi, j'ai eu sept enfants.J'ai fait ma part.» Une pause, et puis: «En plus, ici, personne ne nous connaît\u2026» Tout est là, dans ces quelques phrases.Le sourd ressentiment d'une femme qui s'était vu imposer des grossesses non désirées.Et la force des conventions sociales: à Roxton Falls, il fallait aller à la messe, tout le monde se connaissait.Une fois rendu dans l'anonymat de la grande ville, on pouvait jeter pardessus bord des pratiques auxquelles on ne croyait plus.On dit que le pouvoir de l'Église s'est effondré d'un coup sec avec la Révolution tranquille.C'est faux.La structure était déjà vermoulue.Seule la pression sociale maintenait l'édifice en place.Je n'ai pas une once d'animosité envers cette Église-là, parce que ma famille m'en a protégée.Mon père était croyant mais anticlérical.Sa bibliothèque était remplie de livres à l'Index.Ma mère, contrairement à la sienne, n'a eu que deux enfants (ses soeurs en ont eu respectivement deux et trois).Mon père ne faisait même pas ses Pâques (péché mortel!), mais ma mère se croyait obligée de nous emmener à la messe du dimanche, pour que ses enfants puissent choisir librement entre deux modèles.Néanmoins, elle trouvait toujours des prétextes pour éviter cette corvée.Neuf heures, c'était trop tôt.À 11h, il fallait mettre le rôti au four.On ira à 17 h, disait-elle.Mine de rien, on laissait passer l'heure.À 17h15, quelqu'un disait: «Ha! On a raté la messe!» «Ce n'est pas grave, disait ma mère, vous ferez une petite prière au bon Dieu.» Quand la plus jeune décida de ne plus aller à la messe, ma mère fit de même et ne remit plus les pieds dans une église sauf pour les mariages et les enterrements.J'ai eu de la chance, j'en conviens.Je n'ai vu que les bons côtés de l'Église.J'ai de merveilleux souvenirs du cours primaire que j'ai fait chez les soeurs missionnaires de l'Immaculée-Conception, avant de faire la plus grande partie de mon cours classique dans une institution laïque.À la mort de mes parents, nous, leurs enfants, avons été chaque fois accueillies à bras ouverts à la paroisse de Notre-Dame-des-Neiges, comme si nous ne l'avions jamais quittée; les deux curés qui nous ont réconfortées lors des funérailles, à 20 ans d'intervalle, éta ient des hommes remarquables et cultivés.(Mais oui, même aujourd'hui, nous retournons presque tous mourir à l'église\u2026).Mes anciennes enseignantes du primaire, trop âgées pour aller en mission, vivent dans une communauté désertée par les jeunes, et continuent à se dévouer pour les autres: les immigrants les plus vulnérables, par exemple.L'altruisme, le don de soi, voilà une chose qui s'est perdue avec le déclin de l'Église.Je n'ai pas aimé la confession publique de Mgr Ouellet, à qui l'on n'en demandait pas tant, et encore moins aimé l'hostilité ouverte, par fois ef f royablement grossière, avec laquelle ont réagi de nombreux Québécois.Le Québec d'aujourd'hui, malgré son enthousiasme subit pour la «laïcité», doit être encore bien englué dans son passé religieux pour se lancer dans des règlements de compte aussi hargneux.La liste est longue des torts de l'Église, de la chrétienté en général et du catholicisme en particulier.Mais enfin, ayons un minimum de gratitude pour ceux et celles qui ont consacré leurs vies à instruire et soigner des générations de Québécois, à l'époque où l'État refusait d'assumer ses obligations! Reconnaissons au moins que c'est en partie grâce à ce clergé têtu et fidèle que nous parlons encore français.Inutile de désigner des boucs émissaires: les préjugés affreux qu'ont véhiculés les religieux étaient ceux de leur société - la nôtre.Personne ne nous connaît\u2026 Le pouvoir de l'Église s'est-il effondré avec la Révolution tranquille ?Non.La structure était déjà vermoulue.JACQUES RIVET L'auteur est professeur titulaire au département d'information et de communication de l'Université Laval.L'archevêque catholique de Québec, Marc Ouellet, vient de se représenter habilement sur la scène publique comme le porte-étendard de l'autorité épiscopale repentie en raison des excès de toute nature de l'Église québécoise dans le passé.Il insiste pour souligner qu'il s'agit d'une main tendue aux Québécois et aux Québécoises et un premier pas vers une réconciliation avec les valeurs catholiques.Mais il garde un silence intrigant sur le fait de savoir s'il s'agit des valeurs du passé, du présent ou de l'avenir.Dans son acte de contrition, il reconnaît sans ambages que «des mères de famille ont été rabrouées par des curés sans égard pour les obligations familiales qu'elles avaient déjà assumées».Sans cependant rappeler que lesdits curés étaient la voix de leur évêque, laquelle était le prolongement de la voix papale.Quand des journalistes lui ont demandé s'il entrevoyait des réformes au sein de l'Église du Québec dans l'avenir, à la lumière de sa lucidité critique concernant ce passé contestable, il a rétorqué qu'il s'en était tenu «à un premier pas» en vue d'éliminer le «blocage» découlant du contentieux que les gens du Québec entretiennent à l'égard de la religion catholique.Il se propose d'aborder la question dans une prochaine étape après avoir affronté les défis qui confrontent dans le présent son projet de réconciliation.Pourtant, il est une manière bien simple d'anticiper sur cette deuxième étape à partir de sa lettre publiée dans tous les quotidiens québécois, le 21 novembre.Il suffit de porter attention aux maux actuels que l'éminentissime religieux déplore dans sa missive «Urbi et Orbi» québécoise.Parmi eux, il y a cette «frilosité devant la procréation\u2026».Tiens! tiens! Que son dogmatique prédécesseur, le cardinal Jean-Marie Rodrigue Villeneuve (1931-1947), s'y reconnaîtrait dans ce propos nataliste.En fait, le cardinal Marc Ouellet vient d'annoncer que l'avenir du peuple québécois est du côté des familles nombreuses.La nouvelle a étrangement échappé aux journalistes, sans doute à la grande satisfaction de ses relationnistes qui lui ont conseillé d'attendre d'expliciter, au moment du Congrès eucharistique international de Québec en 2008, le véritable sens de la repentance à laquelle il convie substantiellement les mères et les futures mères québécoises: «Ne refusez plus la famille et faites des enfants comme vos arrière-grands-mères.» Lettre pastorale ou civique?Sa lettre, comment la qualifier?Est-elle pastorale ou est-elle civique?En raison de son statut officiel, elle est évidemment épiscopale.Mais, paradoxalement, du fait de sa grande transparence, elle est essentiellement politique pour la suite des choses: celles-ci ne changeront pas.Elles vont même régresser.Maniant avec dextérité le sophisme à la manière d'un jésuite défroqué, Marc Ouellet est entré dans le débat public à la faveur d'un concept que l'actualité lui a fourni sur un plateau d'argent en tant qu'instrument de son combat réactionnaire: les accommodements raisonnables.Il faut discriminer en fonction de la religion catholique et protestante quant à l'enseignement de la religion à l'école.La majorité québécoise, présupposée catholique ou protestante, a aussi un droit à des accommodements raisonnables.Sa dernière trouvaille en la matière n'est pas des moindres: «Le cours d'État d'éthique et de culture religieuse.» Nouveau sophisme: car il y eût, encore récemment, un véritable «cours d'État» de religion et de morale dans les écoles du Québec puisqu'il était protégé par la clause constitutionnelle «nonobstant».Au moment de Vatican II, le jeune séminar iste Marc Ouel let a souvent fait l'objet d'une démarche de confrères du Grand Séminaire de Montréal consistant à tenter de calmer ses ardeurs progressistes .La carrière vaticane qui fut la sienne plus tard, après avoir reçu l'ordination sacerdotale, explique grandement le personnage d'aujourd'hui.Marc Ouellet n'a rien d'un curé de village.C'est un diplomate de carrière.Il a reçu un mandat de Rome: il faut que le Québec catholique fasse marche arrière, à commencer par éliminer sa «frilosité devant la procréation, devant la vie».Heureusement, l'histoire récente du Québec a montré que le cléricalisme de jadis a un rempart qui l'empêche, aujourd'hui comme dans l'avenir, de se réactualiser: le féminisme.Et les féministes québécoises, y compris de l'intérieur de l'Église catholique, attendent heureusement Marc Ouellet au détour.La natalité à l'ordre du jour Le passage du texte de Mgr Ouellet parlant de la «frilosité devant la procréation» est curieusement passé inaperçu Le cardinal Marc Ouellet vient ni plus ni moins d'annoncer que l'avenir du peuple québécois est du côté des familles nombreuses. ÉDITORIAUX OPINION serge.chapleau@lapresse.ca DROITS RÉSERVÉS FORUM André Desmarais > Président du conseil d'administration Guy Crevier > Président et éditeur Philippe Cantin > Vice-président à l'information et éditeur adjoint Éric Trottier > Directeur de l'information André Pratte > Éditorialiste en chef apratte@lapresse.ca ANDRÉ PRATTE La Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale recevra mercredi le président de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau.Les députés veulent qu'il fasse le point sur les investissements de la Caisse dans un produit financier appelé «papier commercial adossé à des actifs» (PCAA).Depuis des mois, les institutions financières du monde entier traversent une crise provoquéepar la perte totale de confiance des investisseurs dans ce type de placement.Les banques canadiennes ont déjà dévalué de plusieurs centaines de millions le PCAA qu'elles détiennent.Tout indique que la Caisse de dépôt a été un des acheteurs les plus enthousiastes de ces instruments.Notre collègue Francis Vailles, toujours bien informé, estime que le gestionnaire des fonds de retraite des Québécois détient 13,6 milliards de PCAA.La Caisse elle-même refuse de dévoiler l'importance de ces placements de même que la valeur qu'elle leur accorde aujourd'hui.Depuis quelques jours, les partis de l'opposition talonnent le gouvernement à ce sujet.Jeudi, Mario Dumont a réclamé davantage de transparence: «C'est comme si vous appeliez votre courtier pour savoir qu'est-ce qu'il y a dans votre fonds mutuel et qu'il vous disait: Tu n'as pas le droit de le savoir.» Henri-Paul Rousseau a fait de la transparence une des principales valeurs de la Caisse dès son entrée en fonction il y a cinq ans.Alors, pourquoi reste-t-il muet?Il l'expliquera aux députés mercredi soir.Sans doute craint-il que dévoiler l'exposition de la Caisse ne perturbe le délicat exercice de sortie de crise mené par un comité de grands investisseurs.Ce comité tente de trouver un moyen de transformer les PCAA en un instrument plus sûr et de permettre à tous de récupérer le gros de la valeur de leur placement.Dans un communiqué, le président du comité, Purdy Crawford, a indirectement appuyé la position de la Caisse, soulignant que «notre décision de ne pas divulguer de renseignements partiels sur les actifs sous-jacents des PCAA (\u2026) est destinée à faciliter une restructuration réussie dans l'intérêt de tous les porteurs de billets».Dans le cas particulier de la CDPQ, iln'yaaucuneurgence à ce que ces données soient rendues publiques.L'institution ne souffre pas de problèmes de liquidités.Et aujourd'hui, on ne peut que spéculer sur la valeur qu'aura le PCAA qu'elle détient à la fin de son année financière, le 31 décembre.Henri-Paul Rousseau et son équipe dirigent la Caisse de dépôt de main de maître depuis plusieurs années.Si M.Rousseau estime que dévoiler maintenant les statistiques réclamées pourrait être néfaste pour le rendement de la Caisse, il faut lui faire confiance.Toutefois, cette confiance a une contrepartie.Les questions que posent l'opposition et maints observateurs sont légitimes et importantes.M.Rousseau doit s'engager mercredi à faire toute la lumière sur cette affaire au moment de la publication du rapport annuel de la Caisse.L'exercice de transparence devra alors être aussi exhaustif que celui qu'il avait piloté lors de son entrée en fonction, en 2002.Faisons confiance à M.Rousseau M.Rousseau doit s'engager mercredi à faire toute la lumière dans le dossier du PCAA.nathalie.collard@lapresse.ca NATHALIE COLLARD Des vêtements fabriqués à base d'algues qui détoxiquent la peau et réduisent le stress?C'est ce qu'affirmait Lululemon, la marque de vêtements de yoga BCBG établie à Vancouver, pour vanter sa ligne Vita Sea.Un reportage publié dans le New York Times a toutefois révélé que des tests avaient décelé autant d'algue dans la composition du vêtement en question que dans celle d'un gaminet 100% coton\u2026 c'est-à-dire aucune trace.Le Bureau de la concurrence a donc demandé à Lululemon de retirer les étiquettes sur lesquelles étaient annoncés les effets, ce qui fut fait.Les fabricants peuvent-ils dire n'importe quoi?Au Canada, la Loi sur la concurrenceexigequ'ils puissent prouver ce qu'ils avancent\u2026 Ensuite, tout est une question d'interprétation.Par exemple, les crèmes antirides ne font pas disparaître les rides, elles en diminuent l'«apparence ».Même chose pour les crèmes anticellulite.Le Bureau de la concurrence exige des fabricants qu'ils aient les preuves en main mais n'effectuent aucune vérification, contrairement à la Grande- Bretagne où on est beaucoup plus sévère.En 2005, par exemple, L'Oréal s'est vu interdire d'affirmer que sa crème anticellulite était amincissante.Les preuves n'étaient pas là.En octobre dernier, les autorités anglaises ont jugé trompeuse une publicité de mascara de la marque Rimmel parce qu'on promettait que le produit «augmentait de 70% la longueur des cils» et que les utilisatrices feraient «arrêter les voitures sur leur passage».Le message publicitaire a été interdit de diffusion.On peut critiquer les promesses non tenues de nombreux produits actuellement sur le marché mais on peut aussi remettre en question la motivation des consommateurs qui les achètent.Croient-ils tout ce qu'on leur dit?Les clientes de Lululemon ont-elles vraiment avalé qu'elles seraient moins stressées en portant des vêtements fabriqués à base d'algues?Ou se sont-elles plutôt dit qu'à un prix à peu près équivalent, pourquoi ne pas acheter le vêtement qui fait miroiter quelques bienfaits supplémentaires?La vérité se situe sans doute quelque part entre les deux.Lululemon n'est pas la seule entreprise à miser sur les bienfaits thérapeutiques ou médicaux de ses produits.Ils sont plusieurs, dans un environnement dominé par l'obsession de la santé et du bien-être, à développer des produits qu'on pourrait classer dans la catégorie «d'une pierre deux coups ».Dans une société où tout le monde m a n q u e d e temps, on séduit le consommateur en lui promettant qu'il pourra accomplir deux choses simultanément (je me vêts ET je m'hydrate, je mange un yogourt ET j'améliore mon état de santé).On trouve de plus en plus de ce type de produits sur le marché: des mouchoirs qui tuent les virus en l'espace de 15 minutes, des yogourts qui boostent le système immunitaire, etc.À l'heure actuelle, la recherche dans le secteur des aliments fonctionnels est en pleine effervescence.On assiste au même phénomène, quoique plus timide, du côté des vêtements.Il est par exemple possible d'acheter des collants et des gants qui hydratent la peau.Mais on attend encore la tuque ou la casquette qui augmentera le jugement de celui ou celle qui la porte\u2026 Crédulité inc.PHOTO RICHARD LAM, PC Lululemon prétendait fabriquer des vêtements à base d'algues.STEEVE LEMAY L'auteur est un Montréalais habitant le quartier Griffintown Un peu d'ironie pour commencer.Je me vois déjà manger un bon beigne glacé au chocolat avec un café filtre trop faible dans le hall du Wal-Mart de mon quartier en attendant de faire changer les pneus d'hiver de ma voiture (que je n'ai pas encore) chez Canadian Tire, qui me le rendra bien en dollars du même nom\u2026 Je désire commenter le projet des promoteurs qui veulent implanter un projet immobilier et commercial de 1,3 milliard dans la quartier Griffintown.Pour l'instant, le maire Tremblay y va de son approbation.Griffintown se transformera vraisemblablement en un nouveau quartier Dix30, avec quelques éléments «urbains» et «écolos» pour faire taire les perturbateurs.Vous savez, ce quartier à l'angle des autoroutes 10 et 30 qui invite à la surconsommation, avec ses magasins à grandes surfaces, son méga-super-plex-cinéma (d'une beauté architecturale exceptionnelle !), ses trottoirs vides et ses stationnements immenses?Un exemple de développement durable, écologique et esthétiquement enviable! Un savoir-faire qui incite notre maire, lui qui est à l'affût du développement des grandes métropoles de ce monde, à faire appel à ce promoteur plein de créativité et d'argent, Devimco pour le nommer.Des résidants s'opposent au projet et à la place réservée aux magasins à grandes surfaces.Pas de problème, cette fois-ci, le créateur du Dix30 insiste sur le fait que le projet «comprend une forte composante résidentielle ».N'est-ce pas là une façon de cacher la présence de tels magasins dénudés de charme, car ils font toujours partie semble-t-il du projet de développement, si on peut l'appeler ainsi ?Il y a quelques mois, on parlait d'un Wal-Mart et d'un Canadian Tire ! Les commerçants de la rue Sainte-Catherine et des environs s'opposent également au projet.Pour faire passer le morceau, on revient à la charge appuyé bien sûr d'une étude (Jean Nantel , HEC).On y précise entre autres que le scénario le plus probable est que l'impact du projet Griffintown serait neutre sur la rue Sainte- Catherine, alors qu'il aurait un effet positif pour la zone commerciale dans son ensemble et donc pour la Ville de Montréal.Je ne critique pas les conclusions de cette étude, M.Nantel a sûrement travaillé longtemps sur le sujet, contrairement à moi.Je me questionne seulement sur les moyens que l'on veut mettre en place, c'està- dire un quartier qui semble s'orienter vers les caractéristiques d'une banlieue, et ce, pour éviter les «fuites commerciales » vers ces dites banlieues.Pourquoi ne pas user plutôt de créativité dans le développement de Griffintown?Revitaliser un ancien bâtiment pour en faire un marché où l'on vendrait des produits locaux.En restaurer un autre pour faire un cinéma à trois ou quatre salles qui présenterait du cinéma de répertoire, question de désengorger l'Ex-Centris.Construire une salle de théâtre de 100 places qui ne serait pas vide la moitié du temps.Redonner vie à un bâtiment qui permettrait aux artistes d'exposer à faible coût.Faire place à des cafés de quartier aux allures de petites bibliothèques.Construire un complexe sportif pour les jeunes de Pointe Saint- Charles et Gri f fintown.Développer un volet historique qui rappelle le passage des Irlandais dans le quartier.Prévoir une section sans automobile (50% de la superficie du projet par exemple), etc.On parle de fuite commerciale vers la banl ieue pour justifier ce projet.Le concept : si les urbains vont acheter en banlieue, amène la banlieue en ville.Une chose est sûr, c'est que de tels projets risquent d'encourager une fuite démographique.Si l 'on crée des projets copiés sur la banlieue, quel est l'intérêt de rester en ville et de ne pas se rendre à Outrepont?À l'heure où la ville se vide, le maire devrait être prudent de ne pas élargir\u2026 le trou du beigne.Non au Dix30-Griffintown ! À l'heure où la ville se vide, le maire Tremblay devrait être prudent de ne pas élargir\u2026 le trou du beigne Quel est l'intérêt de rester en ville si l'on crée des projets, comme celui que propose les promoteurs Devimco, copiés sur la banlieue?Pourquoi ne pas user plutôt de créativité dans le développement de Griffintown?Revitaliser un ancien bâtiment pour en faire un marché, construire une salle de théâtre de 100 places, faire place à des cafés de quartier. VOUS AVEZ UNE NOUVELLE À NOUS TRANSMETTRE?Écrivez-nous à nouvelles@lapresse.ca VOUS VOULEZ EXPRIMER VOTRE OPINION?forum@lapresse.ca Seule la Presse Canadienne est autorisée à diffuser les informations de La Presse et celles des services de la Presse Associée et de Reuters.Tous les droits de reproduction des informations particulières à La Presse sont également réservés.ISSN 0317-9249.Le quotidien La Presse est publié et édité par La Presse, ltée dont le siège social est sis au 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 et il est imprimé à Transcontinental Métropolitain, situé au 12 300, boulevard Métropolitain Est, Pointe-aux-Trembles, division de Imprimeries Transcontinental G.T.inc.Guy Crevier.Président et éditeur.ABONNEMENT (514) 285-6911 ou 1 800 361-7453 cyberpresse.ca/abonnement DÉCÈS (514) 285-6816 deces@lapresse.ca RÉDACTION (514) 285-7070 commentaires@lapresse.ca CARRIÈRES (514) 285-7320 carrieres@lapresse.ca PETITES ANNONCES (514) 987-8363 ou 1 866 987-8363 petitesannonces@lapresse.ca PUBLICITÉ (514) 285-6931 POUR NOUS JOINDRE La Presse, 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 À VOTRE TOUR LETTRE DE LA SEMAINE GENEVIÈVE ALLARD Chers baby-boomers, collègues, professeurs, parenté et parents.Vous nous regardez, nous les jeunes, avec un point d'interrogation dans les yeux.Vous ne nous comprenez pas et vous nous jugez avec les valeurs de votre temps.Voilà où est le problème.Nous n'avons pas d'autres valeurs que ce que la société nous dicte à coups de films et de publicités: la réussite matérielle en premier, l'amour ensuite et la famille en dernier.Votre moralité est pour nous d'une autre époque.Nos actes sont irréfléchis et désinvoltes, car ils sont pour nous sans conséquence.Pendant un demi-siècle, vous avez lutté pour l'égalité des femmes, les droits des travailleurs et les droits de la personne.Vous avez lutté afin de préserver la langue française, vous avez sorti l'Église de vos vies.Vous avez fait tout cela dans le but d'offrir un monde plus juste à vos enfants.Nous sommes ces enfants.Un monde plus beau, à l'image du meilleur des mondes, de 1984, ou encore, de Globalia.Mais voilà le problème.Vous vous êtes battus pour construire un monde idyllique et vous connaissez la valeur des sacrifices que vous avez faits pour y parvenir.Vous avez vu l'évolution et vous en êtes fiers.Et nous, nous sommes nés dans un monde où tout a déjà été fait.Grâce à vos sacrifices, nous avons eu le droit de réussir, d'échouer, de prendre de la drogue, d'avoir un enfant à 16 ans, de voyager, de nous lancer en affaires, d'être soignés gratuitement, ou même de nous rebeller\u2026 car le rebelle devient un précurseur.Nous sommes dans une bulle de verre qu'on agite pour y voir des flocons en plastique.Un monde pressurisé et confortable, un monde qui neutralise notre esprit à grands coups de publicité pour nous empêcher de remettre notre existence en question.Cela nous mène au suicide, ce qui voudrait alors dire qu'il y aura un contribuable de moins pour maintenir en place votre système parfait.Vous êtes scandalisés?Il est surprenant de constater comment une remise en question de votre belle société peut vous choquer autant alors qu'une attaque de civils innocents en Afghanistan vous laisse si indifférent.Nous sommes mal placés pour faire la morale aux pays qui abritent des «terroristes» alors que notre système de valeurs s'écroule.Ce monde parfait que vous avez construit, celui qui vous rend si fiers, celui que vous nous léguez, il tire à sa fin.Vous en doutez?J'aimerais remettre sous votre nez vos infrastructures qui tombent en miettes, votre système de santé gratuit qui s'effondre, et la pyramide des contribuables qui s'inverse.Cela ne présage rien de bon pour l'avenir.Il ne nous reste plus qu'à nous regarder le nombril et à nous amuser avec la mousse qu'on pourrait y trouver.Vous avez tout construit: les systèmes politiques, économiques, les systèmes sociaux.Tout ce que nous pourrions proposer ne serait qu'un amalgame de déjà-vu.Nous restons là, blasés et impuissants.Il ne nous reste plus qu'à nous complaire dans les excès et gérer nos vies avec désinvolture telle des vedettes hollywoodiennes.C'est mieux que de se cogner la tête sur la paroi de la bulle de verre; elle est si opaque qu'on ne peut y voir notre avenir, seulement notre reflet difforme en contre-jour d'une société qui nous est étrangère.Alors, quand nous utiliserons nos cartes de crédit pour nous payer des conneries qui nous font croire au bonheur, pardonnez-nous.Quand nous nous habillerons comme le personnage de Nelly Arcan et utiliserons nos corps comme des trophées avec des hommes qui ne connaissent de la sexualité que les films pornos, comprenez-nous.Quand tous les excès ne seront plus suffisants et que nous tomberons dans la drogue et l'alcool pour oublier ces parois de verre qui nous étouffent, aidez-nous.Et si nous tentons de nous enlever la vie parce que l'on a vu à quel point l'existence qui nous est offerte n'a pas de sens, aidez-nous, car cette vie que vous nous avez offerte et qui ne fait que commencer, pour passer au travers, nous aurons besoin de vous.L'auteure de la lettre de la semaine, Geneviève Allard, recevra une copie laminée de cette page.Votre monde s'écroule\u2026 CLAUDE CHAMPOUX L'auteur est un Montréalais.Que se passe-t-il dans ce wagon de métro?Les gens sourient! Il manque quelque chose: il n'y a aucune publicité sur les murs et, eux, sont tous peints en bleu.Un bleu marine chaud et rassurant illuminé d'un éclairage un peu rosé.Et puis quoi encore\u2026 il y a des sons! Un montage sonore enveloppe nos oreilles par des chants, des sons d'animaux, des paroles en différentes langues, des bruits\u2026 Et qu'est-ce que je vois dans les fenêtres?Des images translucides de rues, de personnes, de sections de ville, etc.Ici, il y a une image d'un livre, ouvert à tous, qui présente un texte sur une ville imaginaire dans laquelle se trouve un musée où tous les gens peuvent y installer une maquette de leur ville idéale\u2026 La mei l leure place pour vivre cette expérience, partout! On se promène dans le wagon pour voir toutes les images, lire les textes, entendre les sons.Et puis, merde! Je suis déjà rendu à la station Bonaventure, je dois descendre.Elle n'a jamais porté aussi bien son nom cette station.C'est avec un grand sourire que je suis sorti du wagon.Le plus fascinant n'est pas l'installation elle-même, mais l 'ambiance conviviale qui , entre les passagers, s'installe.Quelle belle atmosphère.Elle unit les passagers qui sont habituellement, pour la majorité, très isolés, bien enfermés dans leur cellule individuelle à l'aide de leur i Pod, cellulaire ou autre hochet pour adultes.On se met à rêver de voir tous les wagons, tous les segments de ce serpent souterrain prendre le même entrain.Mais peut-être pas! L'adaptation exceptionnelle de l'humain (à la fois sa grande qualité et son grand défaut) ferait que l'on s'habituerait.On ne l'apprécierait plus à sa juste valeur.Vraiment un beau moment présent qui a passé trop vite.Maintenant je vis dans l'espoir de reprendre ce wagon dans lequel «L'art prend le métro».Bravo pour cette initiative originale.Les transports en commun sont devenus pendant quelques minutes une expérience commune, hors du commun.Un métro vraiment underground\u2026 Une expérience «métrorable » CATHERINE DAGENAIS L'auteure est une Montréalaise.Le matin, pour me rendre au travail, je prends le métro.Même s'il fait souvent trop chaud, qu'on est tous agglutinés les uns sur les autres, j'apprécie ce moment qui est mon petit moment à moi, mon oasis de paix où je me consacre durant mon trajet à la lecture.Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre des petits oiseaux gazouiller en prenant le métro ce matin.Au début, effet de surprise et sourire qui se transforment rapidement en source d'irritation majeure.Après le gazouillis, le son de cloches, du chant grégorien, diverses nationalités qui se parlent en différentes langues, qui nous disent de ne pas trop manger de pâté chinois, des personnes qui rient, qui nous disent de rêver, etc.Non seulement j e suis assaillie de pollution visuelle maintenant dans le métro mais on pousse l'audace jusqu'à m'assaillir de pollution sonore.Non seulement on m'impose du bruit (fort soi dit en passant) mais en plus il y a un côté moralisateur au message véhiculé appelant à nous mêler aux autres, à tenir compte des diverses cultures\u2026 Ouf! Irritation majeure.Je n'ai absolument pas besoin de cela pour sourire aux gens le matin et être courtois.Peuton laisser aux gens le loisir de rêvasser tranquillement s'ils en ont envie, de jaser avec leur voisin s'ils le veulent, de lire tranquillement, d'écouter leur musique, de ne penser à rien, de refaire le monde\u2026 Je ne peux concevoir qu'on ait mis de l'argent pour une telle initiative.Il me semble que la fonction première du métro est d'arriver à l'heure et de nous amener à bon port, ce qui n'est pas une tâche facile si l'on en juge par le nombre de pannes ou les défectuosités qui surviennent fréquemment.Occupez-vous de c e t t e priorité et nous gérerons aisément comment meubler notre esprit! S.V.P., un peu de tranquillité! PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © Pour Claude Champoux, les transports en commun ont été, l'espace de quelques instants, une expérience commune hors du commun.PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE © Geneviève Allard s'interroge sur les grandes réalisations de ses aînés: «Ce monde parfait que vous avez construit, celui qui vous rend si fiers, celui que vous nous léguez, il tire à sa fin.Vous en doutez?J'aimerais remettre sous votre nez vos infrastructures qui tombent en miettes, votre système de santé gratuit qui s'effondre, et la pyramide des contribuables qui s'inverse.Cela ne présage rien de bon pour l'avenir.» Chers baby-boomers, collègues, professeurs, parenté et parents, votre moralité est pour nous d'une autre époque.Je ne peux concevoir qu'on ait mis de l'argent pour une telle initiative."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.