La presse, 19 janvier 2008, X. Éléments: terre
[" Le continent invisible terre eau feu air tex tes de Chris t ian Geiser photos de Mar tin Chamberland terre AVENTURE > ENVIRONNEMENT > DÉCOUVERTE La Presse a lancé ses journalistes sur la piste des éléments, la terre, l'eau, le feu et l'air.Dans ce premier cahier spécial d'une série de quatre, nous avons suivi les membres de l'expédition Mexpé au fond de grottes perdues dans la jungle mexicaine, à la découverte d'un continent souterrain. Le monde souterrain CHRISTIAN GEISER MARTIN CHAMBERLAND TEPEPA \u2014 Tous les continents n'ont pas été découverts.Il en reste un.Partout et nulle part à la fois.Caché sous la terre.Les spéléologues l'appellent lemonde invisibleou encore le dernier continent.Des pans entiers de cet espace sont encore à défricher.Une façon d'y accéder est d'aller dans la jungle mexicaine, enpassantpar Tepepa, dans l'État de Puebla, au sud-est de Mexico.Aux antipodes du village mexicain que visitent les touristes, ce hameau de 600 habitants, perché dans les montagnes de la Sierra Negra, ne paye pas de mine.La place centrale se résume à une grande plaque bétonnée.Les maisons sont modestes, construites sur la terre battue.Poules, dindes, mules et chiens vont librement.Pour l'atteindre, il faut rouler pendant plus de neuf heures dans trois autobus différents, puis trouver un chauffeur de camionnette qui acceptera de vous conduire pendant une heure sur une route défoncée.C'est pourtant le dernier village que franchit, année après année, un petit groupe de spéléologues québécois avant d'entamer une marche de plus de deux heures dans la jungle.À l'aide de mules, ils transportent plusieurs centaines de kilos d'équipement et de nourriture: tout ce qu'il faut pour camper en autonomie complète et faire de la spéléologie pendant un mois.Ils ont choisi cette région en raison de son relief sousterrain, troué par des millions d'années d'érosion.C'est la perspective de trouver de nouveaux trous, de descendre le plus profondément possible et de découvrir les réseaux les plus vastes qui motive ces explorateurs.«Il y a deux marques mythiques, nous explique Pierre Provost, coordonnateur de l'expédition.Le moins 1000 et les 30 kilomètres.» Autrement dit : descendre sous terre jusqu'à \u20141000 mètres ou trouver un réseau de galeries de 30 kilomètres.Pour y parvenir, ils se frayent, à coup de machette, un chemin dans la jungle, se fiant au relief pour deviner l'emplacement d'une grotte, cherchant un courant d'air frais qui trahira la présence d'une cavité.Dès la première année, en 1987, les participants de l'expédition Mexpé, organisée par la Société québécoise de spéléologie, ont découvert ce qui était à l'époque un record absolu.Un puit «plein pot» de 329 mètres: l'équivalent d'une descente en ligne droite faisant deux fois la hauteur du Stade olympique.Depuis, les découvertes s'enchaînent.Les membres de Mexpé ont repéré au fil des ans un total de plus de 70 kilomètres de galeries, dont les plus profondes vont jusqu'à 900 mètres.On est loin de la spéléologie dite classique qui consiste à explorer des grottes déjà connues, voire équipées, comme c'est notamment le cas au Québec ou aux États- Unis.Ici, pas de rampe ou d'éclairage préinstallés.Eau, nourriture, cordes, matériel de verticale (qui permet de descendre et de monter le long de celles-ci), casques, éclairage, tout doit être apporté à chaque descente.Il faut avoir une confiance aveugle dans cet équipement.Même après 40 ans de pratique, les papillons sont toujours là, avoue Daniel Caron.«Ça me fait encore de l'effet quand je descends dans d'immenses gouffres au bout d'un filin si mince.Même si, théoriquement, il peut supporter des tonnes.» Il arrive aussi que les facteurs se combinent pour rendre les choses encore plus excitantes.«À chaque descente, j'appuie sur les points d'ancrage pour m'assurer qu'ils tiennent.» nous raconte, avec un grand sourire, Guillaume Lamarre, à sa sortie des Tres Quimeras, un gouffre d'un niveau technique relevé situé dans de la roche friable et dont le puits d'entrée fait plus de 100 mètres de profondeur.Mais si les sensations fortes sont au rendez- vous, la spéléologie n'est pas un sport extrême.La découverte et l'exploration passent avant.«Le sentiment le plus intense, nous confie Guillaume, c'est quand tu découvres une nouvelle galerie et que tu es le premier à y mettre le pied.» «Il y a deux marques mythiques, nous explique Pierre Provost, coordonnateur de l'expédition.Le moins 1000 et les 30 kilomètres.» Autrement dit: descendre sous terre jusqu'à \u20141000 mètres ou trouver un réseau de galeries de 30 kilomètres.Le temps semble s'être arrêté à Tepepa.Perché dans lesmontagnes de la Sierre Negra, ce petit hameau est coupé du reste du monde.Dans une maison construite sur la terre battue, une femme cuisine des tortillas.Dans la lumière du petit matin, les mules attendent que le camp soit démonté avant d'être chargées.Pour accéder à la grotte des Tres Quimeras, cachée dans une végétation luxuriante, il faut franchir un puits de 100 mètres.Rien pour impressionner Guillaume Pelletier. Il arrive aussi que les facteurs se combinent pour rendre les choses encore plus excitantes.«À chaque descente, j'appuie sur les points d'ancrage pour m'assurer qu'ils tiennent.» nous raconte, avec un grand sourire, Guillaume Lamarre, à sa sortie des Tres Quimeras, un gouffre d'un niveau technique relevé situé dans de la roche friable et dont le puits d'entrée fait plus de 100 mètres de profondeur. CHRISTIAN GEISER TEPEPA \u2014 Papillons dans l'estomac.C'est aujourd'hui qu'avec Martin, nous descendons sous terre pour la première fois.Ultime inventaire avant de partir.Il n'est pas question de se rendre compte, après une heure de marche, que l'on a oublié une pièce d'équipement au camp de base.Chargés de notre attirail de spéléologie, de nourriture et d'eau pour une journée, du matériel photo et vidéo ainsi que de tout l'éclairage nécessaire pour travailler dans l'obscurité, nous partons accompagnés de trois membres de Mexpé.Dix minutes plus tard, nous sommes en nage.Après une demi-heure, nous quittons le sentier pour couper dans la jungle.L'équipe de Mexpé a beau avoir tracé le chemin à la machette, notre progression est plus difficile.«Attention! nous a-t-on avertis.Regardez où vous mettez les mains.Dès fois il vaut mieux tomber que de s'accrocher à n'importe quoi ! » Les mots piquants et urticants étant fréquemment utilisés pour décrire la flore de la Sierra Negra, on en prend bonne note.Il faut contourner des arbres juchés sur le sol, marcher en équilibre sur des crêtes rocheuses.De chaque côté, des ravins et des trous de près d'une dizaine de mètres.Notre progression est finalement récompensée par un indice qui ne trompe pas: un courant d'air frais provenant d'une entrée de grotte.Notre pouls s'accélère.C'est le moment d'enfiler notre matériel de verticale.Il est vérifié plusieurs fois par Luc Le Blanc et François Gélinas, deux vétérans de la spéléologie.C'est apprécié! Nous entrons dans la grotte.Son porche est étonnamment haut.Bientôt, notre progression s'arrête.Il faut enlever nos sacs et les pousser devant nous pour franchir un court boyau.Derrière, une plateforme boueuse (donc glissante) et légèrement inclinée surplombe un puits d'une dizaine de mètres.En s'assurant sur une corde qui longe la paroi, on arrive, avec précaution, au-dessus du vide.Il s'agit maintenant de s'arrimer à la corde qui descend.Comme il faut éviter tout frottement de la corde sur la pierre, celleci est souvent déviée ou fractionnée.Il faut donc faire des transitions qui demandent, tout en étant assurés, de se détacher de la corde puis de s'y réinstaller.Autant de risques d'erreur.Il faut alors vérifier si la corde est passée conformément au plan dessiné sur le descendeur.La montrer, à la lumière vacillante de nos lampes, à Pierre qui est suspendu quelques mètres au-dessus de nous.«Ça a l'air OK!» Défaire le noeud qui bloque le descendeur est toujours un peu angoissant.Notre vie ne tient quand même qu'à cette petite pièce d'équipement, manipulée par un débutant qui aurait très bien pu passer la corde à l'envers.Qu'elles semblent loin nos deux séances de familiarisation et d'entraînement au matériel de verticale! Allez, il faut descendre.Le puits luit d'humidité.La flamme de notre lampe danse sur les parois.C'est magique.Trois puits sont ainsi descendus.Après avoir franchi d'autres boyaux, Marcher sur un sol vierge désescaladé quelques parois, une salle magnifique s'ouvre devant nous.Les stalactites et les stalagmites nous offrent un effet surréaliste.Lunaire.«Va dans cette direction», propose Pierre.Personne n'est jamais passé par là.Marcher sur un sol vierge est une sensation grisante.Petit avertissement de François : «N'oublie pas qu'il peut y avoir des trous partout.Regarde où tu marches!» C'est le moment d'éteindre toutes les lumières.De vivre le noir intégral, total.L'effet de désorientation est sidérant.Après avoir passé six heures sous terre, il faut entamer la remontée.En tirant sur notre poignée et en poussant sur nos pédales, les mêmes obstacles qu'à la descente sont franchis, avec les mêmes séquences d'arrimage-désarrimage.Sauf que, cette fois, la fatigue rend les choses plus compliquées.Parvenir à remonter sur la plateforme qui surplombe le dernier puits avant la sortie est particulièrement ardu.Après s'être battu avec le mousqueton pour m'assurer, je parviens finalement à mettre le pied sur le surplomb.Plus que quelques centimètres et c'est la sécurité du sol ferme.Loin du trou.Ma botte glisse.Chute vers l'arrière.Je ne peux retenir un cri.La longe fait son travail et me retient.La poussée d'adrénaline me donne l'énergie de me hisser et d'aller rejoindre Martin qui semble, lui aussi, vidé par la remontée.Direction l'entrée de la grotte.Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines.La nuit est tombée et il fait aussi noir dans la jungle que sous terre.Il va falloir gravir les mêmes obstacles qu'à l'aller, mais à la lumière faiblissante de nos lampes avant de retrouver le camp et, surtout, nos tentes.La technique est simple: coller aux talons de celui qui nous précède, tout en lui laissant un peu d'avance dans les endroits délicats.Il est ainsi plus facile d'identifier les bonnes prises tout en évitant de se faire tomber dessus en cas de glissade.Notre pénible progression est pimentée par les découvertes de François.«Tiens, un serpent à tête rouge» ou «Ah ! J'ai une mygale sur moi ! » Surtout, ne rien dire à Martin, qui apprécie modérément la compagnie des arachnides.Il est d'ailleurs catégorique: la prochaine fois, on s'arrange pour sortir du trou avant que la nuit ne tombe.Suspendu dans le vide, les séances d'entraînement nous semblent loin.François Gélinas explore une cavité .Daniel Caron (à gauche) et Martin Archambault procèdent au relevé topographique de la grotte.Tout doit être calculé, noté. CHRISTIAN GEISER Les accidents sont rares en spéléologie.La connaissance et le respect des aptitudes de chacunet unmatériel approprié sont gages de sécurité.L'attitude est également importante.« Une tête brûlée n'a pas sa place dans notre groupe, avertit Daniel Caron.Il serait mis à l'écart.» Garder un tel élément dans le groupe pourrait compromettre toute l'expédition.Malgré tout, la fatigue accumulée d'un mois d'expédition peut parfois provoquer des erreurs.Durant une descente, un de nos accompagnateurs, plus préoccupé par notre sécurité que par la sienne, a fait un geste qui aurait pu lui être coûteux : il a accroché son descendeur au mauvais endroit sur son baudrier.En pleine descente, le poids des sacs qu'il portait conjugué au sien ont fait céder la pièce d'équipement, qui n'était pas conçue pour supporter une telle charge.La chute a été instantanée.Heureusement, le puits n'avait que quelques mètres de profondeur.Il en a été quitte pour une bonne frousse et quelques bleus.Dans un trou plus profond, la chute aurait pu être fatale.Jacques Orsola, alias La Rouille, fait de la spéléologie depuis 45 ans, partout à travers le monde.Il a de nombreuses histoires et anecdotes à raconter.Souvent à propos d'expéditions coincées sous terre pour diverses raisons et qui finissent par remonter à la surface.«Le pire moment, nous confiet- il, c'est quand tu te réveilles le matin et qu'une des autres équipes n'est pas revenue.» Pierre Provost est du même avis.D'ailleurs, il dort mal.Quand la nuit avance et que les équipes ne sont pas toutes de retour au camp, il se met à organiser les secours dans sa tête.« Dès que je les entends, là, je peux dormir.» Sa plus grande joie à la fin de l'expédition ?« C'est que tout le monde soit sain et sauf.» La semaine avant notre arrivée, il a pourtant eu une bonne frayeur.Un matin, deux spéléologues manquaient à l'appel.Deux équipes partent à leur recherche et les retrouvent sains et saufs.Ils s'étaient perdus sur le chemin du retour.Plutôt que de tourner indéfiniment en rond dans la jungle, ils ont préféré dormir.Pierre Provost en a été quitte pour une nuit blanche.Le souci de la sécurité La structure de la Terre L'intérieur de la Terre est constitué d'une succession de couches de propriétés physiques différentes: au centre, le noyau, qui forme 17% du volume terrestre et qui se divise en noyau interne solide (1) et noyau externe liquide (2); puis, le manteau, qui constitue le gros du volume terrestre, 81%, et qui se divise en manteau inférieur solide (3) et manteau supérieur (4) principalement plastique, mais dont la partie tout à fait supérieure est solide; finalement, la croûte (ou écorce), qui compte pour moins de 2% en volume et qui est solide (5).La croûte terrestre La croûte terrestre est la partie superficielle et solide du matériau dont est faite la Terre.C'est la partie supérieure de la lithosphère (qui constitue les plaques tectoniques).On distingue la croûte continentale (30% de la surface terrestre) de la croûte océanique (70%de la surface terrestre).La croûte continentale forme essentiellement les continents, est épaisse de 15 à 80km, avec une moyenne de 30 km, et a une densité de 2,7 à 2,8 g/cm3.La croûte océanique forme essentiellement le fond des océans.Elle est beaucoup plus fine (5 à 7 km en général) et aussi plus dense (3 g/cm3).La limite entre la croûte terrestre et le manteau supérieur est la discontinuité de Mohorovicic, ou Moho.Le trou le plus profond du monde Il y a 40 ans, en URSS, dans la péninsule de Kola, au nord du cercle Arctique, on a commencé à creuser le Kola Super Deep Hole.L'objectif était de descendre à 15 km sous nos pieds pour découvrir de quoi est constituée la couche séparant le manteau supérieur de la croûte terrestre.Malheureusement, le projet a avorté en 1989, à 12,262 km.Les températures, de l'ordre de 180°C, étaient trop élevées pour poursuivre le forage, la croûte n'étant plus vraiment solide et présentant des propriétés plastiques.Aujourd'hui, d'autres essais sont prévus au niveau du fond des océans, où la croûte terrestre est plus fine.L'expédition japonaise Chikyu espère atteindre 7 km sous la croûte océanique d'ici la fin 2007 et peut-être, descendre jusqu'au manteau plus tard.Ce serait un exploit, mais l'équivalent, à l'échelle de la planète, d'une piqûre d'un dixième de millimètre à la surface d'une orange à l'échelle de la planète! Voyage au centre de la Terre Jules Verne avait imaginé un voyage au centre de la Terre en passant par un volcan éteint.En fait, le record mondial de profondeur dans une cavité naturelle n'est encore que d'un peu plus de 2000 mètres, ce qui est tout de même impressionnant.Ce sont des spéléologues russes et ukrainiens qui ont dépassé cette marque dans le gouffre Krubera-Voronja, localisé en Abkhazie.Malgré les difficultés physiques et politiques rencontrées, on a atteint en 2007 une profondeur de 2170 m.Ce record n'est que provisoire, puisque des campagnes d'exploration se poursuivent dans différentes branches du gouffre. Topographie Corvée pour les uns, passion pour les autres, la topographie est au centre du projet Mexpé.Il s'agit de répertorier les découvertes, nouvelles galeries, puits, jonctions, etc.et de les transcrire sur une carte.Il faut d'abord mesurer, ensuite noter les données dans un carnet et dans un Palm.Des copies des cartes seront remises aux municipalités qui accueillent l'expédition sur leur territoire.Avant de descendre, une vérification du fonctionnement de la lampe s'impose.Pour une expédition réussie et sécuritaire, une quantité importante de matériel est nécessaire.Cela va de la trousse de premiers soins à la machette et au matériel de spéléologie, en passant par le téléphone satellite.Sans oublier, bien sûr, deux kilomètres de corde.Mygales La vie est presque totalement absente sous terre.Àla différence d'autres grottes, il n'y a pas de chauves-souris.L'observateur averti pourra toutefois trouver des mygales.Martin Archambault, professeur d'éducation physique au primaire, est d'ailleurs investi d'une mission.Il doit en ramener au Québec.Deux, vivantes, pour l'Insectarium, et quatre, dans l'alcool, pour l'universitaire Pierre Paquin, spécialiste des araignées cavernicoles.L'objectif est à la fois scientifique et pratique.«On veut identifier les races, mais aussi connaître la toxicité des différentes espèces, au cas où un spéléologue se ferait mordre.» Martin fouille donc l'entrée d'une grotte au nom évocateur de Mygalomania.Quant aux représentants de La Presse, ils regardent où ils mettent les mains.La Posa Dans la jungle, l'eau est rare.Il est seulement possible de se laver les mains et de se débarbouiller sommairement.Heureusement, il y a La Posa.Située à 15 minutes de marche du camp, cette piscine naturelle est un endroit idyllique pour recueillir de l'eau potable et pour se laver (préférablement dans cet ordre).Par contre, l'eau est très froide.Les frileux apprécient peu l'expérience. DIRECTION ARTISTIQUE : BENOIT GIGUÈRE GRAPHISME : JACQUES-OLIVIER BRAS ET ALEXANDRE ROY CONCEPTION ET COORDINATION : MICHEL MAROIS CHRISTIAN GEISER Dans les multiples luttes menées au nom de l'environnement, rarement entend-on parler de la préservation du patrimoine cavernicole.C'est un enjeu qui ne se transpose pas facilement dans le discours environnemental.Normal, puisqu'il est difficile de se mobiliser pour quelque chose qu'on ne voit pas.Pourtant, même si on en parle peu, le patrimoine géologique n'en demeure pas moins important.«Par sa richesse, le monde souterrain est une sorte de bibliothèque de la terre.Un lieu où l'histoire des phénomènes qui se sont passés à la surface est archivée.C'est un endroit de loisir et d'éducation, avance Jacques Schroeder, professeur au département de géographie et spécialiste de la préservation du patrimoine cavernicole.Il faut donc en prendre soin.» Malgré tout, une superficie équivalente au total des nouvelles grottes découvertes est détruite chaque année.L'exploitation des carrières en est la première cause.Blotti dans la jungle de la Sierra Negra, le système Tepepa exploré par les participants à Mexpé peut sembler loin des dangers.Toutefois, les grottes, à l'image des autres ressources naturelles, ne sont pas à l'abri des destructions causées par l'homme.La déforestation (voir encadré), par exemple, a un impact direct sur le monde souterrain.Avec la disparition de la forêt, la pluie érode facilement les sols, s'infiltre dans les grottes et les colmate.La pratique même de la spéléologie peut aussi mettre en péril les lieux explorés.Il y a 25 ans, des tonnes de déchets reposaient au fond des sites les plus populaires.«Les expéditions laissaient tout sur place.Les sacs de couchage, les boîtes de conserve, les cordes usées.Même les poubelles n'étaient pas remontées », explique Daniel Caron, participant à Mexpé et auteur d'articles et publications sur la spéléologie et la préservation du patrimoine cavernicole.L'amélioration de l'équipement a permis d'atténuer cette tendance.«À l'époque, cela prenait 30 personnes et jusqu'à trois tonnes d'équipements pour réaliser l'exploration du Gouffre du Berger (en France).Aujourd'hui, cela se fait à deux avec très peu de matériel.» L'évolution de l'équipement a permis l'apparition d'une spéléologie plus écolo.Surtout, les mentalités ont changé.Maintenant, l'attitude «ne laisse que l'empreinte de tes pieds» est plutôt la norme.La préservation intégrale est tout de même impossible.«Il est difficile de ne pas faire de dégâts quand tu progresses », concède Daniel Caron.Les sites les plus populaires souffrent parfois de la surfréquentation.Les concrétions ne résistent pas aux multiples visites, et on y trouve des marques de cordes profondément gravées dans la pierre, par exemple.Des solutions La solution la plus radicale utilisée par certains spéléologues consiste à dynamiter l'entrée des sites qu'ils ont découverts afin d'empêcher que quiconque n'y pénètre et les détériore.D'autres montrent les plans de leurs trouvailles, mais ne précisent plus où elles se situent ou ne divulguent ce renseignement qu'à des organismes de spéléologie responsables.Sans tomber dans l'extrême, il est possible de trouver un équilibre entre le sport et la capacité du milieu de l'accepter.«Dotée de bonne infrastructure, une grotte peut être fréquentée sans être dégradée.Et si une autre est fragile, il faut en restreindre l'accès », avance le professeur Schroeder.Dans certains États américains, les lois sont très strictes.Tout ce qui descend dans la grotte doit en remonter.Y compris les petits besoins des spéléologues.L'accès est aussi sévèrement régi.Même chose en Colombie-Britannique où, pour accéder à Castle Guard (la plus grande caverne au Canada), il faut prouver que l'on y va avec des motifs bien précis, comme une étude scientifique.Et dans la Sierra Negra ?Lentement, la route avance, de plus en plus loin dans les montagnes et dans la jungle, et les Indiens de Tepepa, constatant que l'engouement pour la spéléologie perdure, songent à construire un hôtel.L'isolement, la protection naturelle contre la surfréquentation des grottes de la région, s'érode petit à petit.Quandla terre tremble Un tremblement de terre se définit comme un mouvement vibratoire causé par la rupture de roches souterraines soumises à de fortes pressions.Le point de rupture est appelé foyer, alors que le point de surface immédiatement au-dessus est l'épicentre\u2014c'est là que les secousses sont les plus intenses.Il existe de nombreuses façons de mesurer les tremblements de terre, dont la plus connue est celle inventée par Charles Richter en 1935.Chaque année, une centaine de secousses fortes se produisent, mais heureusement, la plupart d'entre elles surviennent en mer ou en régions peu peuplées.Le plus puissant: 22 mai 1960 au Chili, 9,5 sur l'échelle de Richter Le plus meurtrier: 23 janvier 1556 à Shensi en Chine, 830 000 morts et disparus Les plus puissants au Canada: 26 janvier 1700, dans la zone de subduction Cascadia en Colombie- Britannique, 9 sur l'échelle de Richter.22 août 1949, au large de l'archipel de la Reine-Charlotte en Colombie- Britannique, 8,1 sur l'échelle de Richter.Le plus puissant au Québec: 5 février 1663, dans Charlevoix, 7 sur l'échelle de Richter.Le peuple des profondeurs Les cultures d'Europe du Nord foisonnent de mythes peuplés de nains et de trolls qui vivent sous la terre, loin de la lumière, et qui amassent des trésors.On raconte qu'ils sont des forgerons remarquables, capables de transformer tous les métaux en or.JRR Tolkien, l'auteur du Seigneur des anneaux, s'est largement inspiré de ces mythes, comme le compositeur Richard Wagner dans son cycle d'opéras L'anneau du Nibelungen.Le royaume des morts Selon l'auteur antique Virgile, le monde souterrain est le royaume auquel on accède par un sentier qui nous conduit au lieu de confluence de l'Achéron (fleuve de l'Affliction) et du Cocyte (fleuve des Gémissements).Charon, le nocher, transporte alors les morts sur l'autre rive, au pied de la porte.Les morts étaient traditionnellement enterrés avec une pièce entre les dents, pour payer le nocher.Cerbère, le célèbre chien à trois têtes, avait pour mission de ne laisser sortir personne.Précieuse richesse souterraine SUR L'INTERNET Expédition Mexpé www.mexpe.ca Société québécoise de spéléologie www.speleo.qc.ca Culture du maïs Tout à coup, le sentier s'arrête.Daniel, qui est pourtant passé par là il y a quelques jours, ne reconnaît plus le chemin.Et pour cause : la jungle a été rasée.Enmoins d'une semaine, tout un secteur a été déboisé.À coup de machette, les Mexicains d'origine nahua ou mazatèque travaillent sans relâche.Leur objectif : pouvoir planter dumaïs.Pour se nourrir, mais aussi pour fabriquer de l'éthanol.Le maïs étant particulièrement drainant pour le sol, celuici est laissé à l 'abandon après trois ans de culture.La jungle reprendra alors lentement ses droits.Pierre Provost profite du spectacle lunaire offert par les stalactites.San Francisco en 1906 Gollum Cerbère "]
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