Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
P. Plus: lectures
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

La presse, 2008-02-24, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" PLUS LECTURES GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, LIVRES APRÈSCASTRO H C'est aujourd'hui que le Parlement de Cuba doit choisir le nouveau chef de l'État - et tourner ainsi officiellement la page sur près d'un demi-siècle de Fidel Castro.Pour souligner l'événement, la journaliste Violaine Ballivy revient sur la vie de cette figure légendaire qui a défié la plus grande puissance de la planète, et qui laisse à son peuple un héritage controversé.Alexandre Sirois a quant à lui pris le pouls des habitants de Santiago, la deuxième ville de Cuba, considérée comme le berceau de la révolution.On y chercherait en vain des manifestations de joie soulignant la retraite du Lider maximo.Mais les Cubains rencontrés cette semaine espèrent néanmoins des changements.À lire en pages 2 et 3.PHOTO ADALBERTO ROQUE, AFP FIDEL CASTRO, LE LIDER MAXIMO UNE CRITIQUE DE DANIEL LEMAY PAGE 4 DES FICTIONS D'UN OCÉAN À L'AUTRE UNE ENTREVUE AVEC NOAH RICHLER PAGE 5 PLUS Un pays à la croisée des chemins FIDEL HOMME DE LÉGENDES ALEXANDRE SIROIS ENVOYÉ SPÉCIAL SANTIAGO \u2014 Ne cherchez pas ce qui a changé à Cuba depuis l'annonce de la retraite de Fidel Castro.L'événement n'a eu aucun impact visible sur la vie politique du pays.Prenez le musée de la caserne Moncada, à Santiago, deuxième ville du pays, située à l'extremité sud-est de l'île.C'est ici qu'en 1953, une centaine d'étudiants dirigés par Castro avaient lancé la première attaque de leur guerre révolutionnaire.Leur offensive avait échoué et le jeune Castro s'était retrouvé en prison.Mais sa légende était née.Dans les deux longues pièces rectangulaires de cette ancienne caserne, Fidel Castro est dépeint évidemment comme un héros.Notre guide, une Cubaine aux grands yeux expressifs, explique que le brouhaha provoqué par la démission de Castro n'est qu'une tempête dans un verre d'eau.«Rien ne change à Cuba.Rien ne change dans ce pays », déclare-t-elle d'un ton péremptoire.Elle se montre ravie de ce statu quo.«Nous allons continuer à soutenir la révolution, avec ou sans Fidel.Il a préparé le peuple cubain en vue d'un avenir sans lui à la tête du pays», ajoute-t-elle.Plaza Dolores, l'une des quatre places de Santiago, Cubains et touristes se prélassent alors que le mercure frôle les 30 degrés.Certains sur les bancs d'un parc, d'autres sur les chaises sans charme en plastique blanc d'une terrasse où des musiciens tentent de vous soutirer quelques sous pour une chanson.«C'est une dynastie.Fidel est le numéro un et Raul est le numéro deux», lance un des musiciens.Il gratte une vieille guitare, accompagné par un violoniste dont la mâchoire inférieure est presque entièrement dépourvue de dents.N'y a-t-il pas eu certaines manifestations publiques depuis la démission du Lider maximo?Pour toute réponse, Octavio, dont l'anglais est rudimentaire, fait mine de s'ouvrir les veines.Le sang aurait coulé, essaie-t-il de nous faire comprendre.Dans la capitale, La Havane, on aurait vu certains Cubains célébrer discrètement en distribuant quelques claques dans les mains de leurs concitoyens.Rien de tel à Santiago, confirme un ingénieur informatique de 28 ans que nous appellerons Manuel.La maladie a triomphé.Fidel Castro a officiellement renoncé au pouvoir cette semaine à La Havane, à l'âge de 81 ans.Un «miracle » de longévité, si l'on considère que sa tête a été mise à prix une première fois il y a un demi-siècle, et plus de 600 fois depuis.Fidel a finalement survécu à 10 présidents américains, réussi à «humilier les Yankees» (1961) et participé au scénario du déclenchement d'une troisième guerre mondiale au moment de la crise des missiles en 1962.Mais Fidel, c'est aussi un fana de fruits de mer et de baseball.Portrait d'un révolutionnaire-né.VIOLAINE BALLIV Y Fidel Castro n'a pas 15 ans lorsqu'il s'inscrit pour la première fois dans les registres de la Maison-Blanche.Le 6 novembre 1940, il envoie une lettre au président américain Franklin D.Roosevelt afin de le féliciter de sa réélection.Il signe «votre ami».Puis demande: «Envoyez-moi un billet de 10 dollars américains, car je n'en ai encore jamais vu et j'aimerais en posséder un.» Vingt ans plus tard, la CIA aura déjà fomenté contre lui une première tentative d'assassinat.Le «charmant» gamin s'est transformé en ennemi juré.Car Fidel montre très jeune son penchant pour la rébellion.C'està20ans qu'il participe à sa première révolution, décidant de joindre les rangs d'un commando destiné à renverser le régime du dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine.L'opération est un fiasco, mais formatrice: Castro en revient gonflé du désir d'être candidat aux prochaines élections cubaines.Et quand le scrutin est annulé par le coup d'État de Fulgencio Batista, en 1952, il transpose tout naturellement ses visées révolutionnaires chez lui.Le 26 juillet 1953, Fidel Castro fait son entrée dans l'histoire cubaine, l'arme au poing, au cours d'une opération sanglante contre la caserne Moncada qui lui vaut d'abord la prison, puis l'exil au Mexique.C'est là qu'il rencontre Ernesto Che Guevara.Et c'est de là qu'il s'embarque avec ses 81 compagnons sur le mythique Granma.La traversée est cauchemardesque.L'arrivée n'est guère mieux, et ce n'est qu'après 25 mois de guérilla dans la Sierra Maestra que Fidel Castro entre triomphalement à La Havane, en janvier 1959.Là où plusieurs auraient abandonné, Fidel Castro s'accroche, faisant preuve d'une détermination et d'une ambition exceptionnelles.«C'est un homme qui ne pense qu'au pouvoir.Férocement.Continûment.Pour le garder, il peut mentir comme un arracheur de dents.Il peut aller jusqu'à faire fusiller un ami ou un homme qui avait porté très haut la gloire cubaine», remarque Jean-Pierre Clerc, auteur des Quatre saisons de Fidel.Et il a démontré à plus d'une reprise que son ambition dépassait de loin les limites de son île, entre autres lorsqu'il a envoyé, en 1975, 50 000 militaires sur les champs de bataille d'Angola pour devenir le premier chef d'État latino-américain à faire la guerre hors du continent.«Seul l'assassinat aurait pu le détourner de sa route », dit Jean-Pierre Clerc.Cela, les États-Unis aussi l'ont compris.Cigare explosif, mollusques piégés, pilules empoisonnées, combinaison de plongée enduite du bacille de la tuberculose: un rapport des services secrets cubains révélait en 2004 que la CIA aurait tenté 638 fois d'éliminer cet homme qui a osé, en pleine guerre froide, instaurer un régime communiste à moins de 200 km des côtes américaines.Castro a ff irme lui-même que les Américains ont «contribué à ma légende».C'est, dit-il, l'échec du débarquement de la baie des Cochons par John Kennedy en 1961 qui a fait de lui un héros international de «l'anti-impérialisme».L'homme derrière le mythe Fidel Castro détient le record de longévité pour un chef d'État.Deux Cubains sur trois sont nés sous son régime.Mais que savent-ils de l'homme sous le treillis militaire?Très peu, à vrai dire.Castro cultive sa légende en distillant les informations.«La seule chose que je préserve, c'est ma vie privée.Je crois que la vie privée d'un homme ne doit pas être utilisée à des fins publicitaires ou politiques, -comme il est d'usage dans le monde capitaliste», confiet- il à son ami Tomas Borge.Outre Fidel, le plus connu de la famille Castro est son frère cadet Raul.Fidel se fâche très jeune avec son père, riche propriétaire terrien, à qui il reproche d'exploiter ses ouvriers, incitant même ces derniers PLUS CHRONOLOGIE Le 28 octobre, Christophe Colomb découvre l'île de Cuba lors de son premier voyage transatlantique.L'Espagne fonde à Cuba une première colonie, Baracoa.Il faudra trois ans aux Espagnols pour mater les révoltes autochtones et prendre possession de l'ensemble de l'île.Les premiers esclaves africains sont envoyés dans l'île.C'est le début de la guerre d'indépendance contre l'Espagne, qui durera plus de trois ans et fera 200 000 morts.Battue, l'Espagne accepte l'indépendance de l'île.Après une occupation militaire de quatre ans, les États-Unis se retirent de l'île.Mais ils demeurent à Guantanamo.Fulgencio Batista s'empare du pouvoir lors d'un coup d'État.Partis du Mexique, Fidel Castro, son frère Raul et Ernesto Che Guevara accostent à Cuba pour renverser Batista.Fidel Castro entre en triomphe dans La Havane après plus de deux ans de combats.Les révolutionnaires exproprient 192 sociétés américaines.Les États-Unis répliquent avec un embargo sur les exportations vers l'île.Soutenus par Washington, 1500 exilés cubains débarquent armés dans la baie des Cochons.Les anticastristes sont défaits.Les États-Unis découvrent des silos contenant des missiles balistiques soviétiques sur le sol cubain et imposent un blocus naval contre l'île.L'URSS accepte de retirer ses missiles.Alors que Cuba connaît l'une de ses pires crises économiques, plus de 125 000 Cubains quittent l'île pour la Floride.Castro accepte cet exode.Le populaire général Arnaldo Ochoa est fusillé après avoir été reconnu coupable de trafic de drogue.Mais plusieurs croient qu'il a été éliminé car il était partisan de la perestroïka.Environ 200 dissidents manifestent le 20 mai.Ils prétendent qu'il s'agit de la plus importante réunion de contestataires depuis 1959.Le 31 juillet, Raul Castro doit assumer les fonctions présidentielles alors que son frère est malade.Un rapport des services secrets cubains révélait en 2004 que la CIA aurait tenté -et aurait chaque fois échoué- 638 fois d'éliminer cet homme.D'autant plus que cette ville attachante est le «berceau de la révolution», dit-il.Il estime que les partisans de Castro y sont plus nombreux qu'ailleurs.Lui-même se dit en accord avec «80% du système actuel ».Mais il serait en faveur de certains changements.La vie est dure pour les jeunes comme lui.Ils tirent souvent le diable par la queue, raconte-t-il.Cela dit, il pense lui aussi que l'avenir politique du pays, à court terme, est hautement prévisible.Qu'aucun changement majeur n'est à prevoir.«Fidel s'est entouré de politiciens qui partagent ses idées.Il ne veut pas perdre sa révolution », ajoute Manuel.Comme bon nombre de Cubains, il est convaincu que Fidel Castro continuera de tirer les ficelles.Cela dit, plusieurs ont aussi l'impression que le pays est néanmoins à la croisée des chemins.Fidel Castro a tiré sa révérence.Son frère, Raul, est presque aussi âgé que lui et finira également par devoir jeter l'éponge.«Il va y avoir du changement », assure une serveuse de La taberna Dolores.L'endroit, un immeuble en bois de deux étages, est doté d'une coquette cour intérieure.Il semble, comme Santiago dans son ensemble - une ville bruyante avec ses automobiles américaines des années 50 - faire partie du décor d'un film d'époque.Mais ce passé omniprésent sur lequel on a tant écrit, on le sent, ne saurait être garant d'un avenir aussi prévisible.Alicia tient d'ailleurs à ajouter: «Ce qu'on ne sait pas, c'est si le changment sera bon ou mauvais.» à déclencher la grève! Il reste près de sa mère, dont il parle avec chaleur et affection.Mais pour le reste, «il ne faut voir que rumeurs dans les révélations des services secrets colportées sur ses aventures», dit Volker Skierka, auteur de Fidel Castro, «El Comandante ».Fidel n'apparaît presque jamais en public au bras d'une femme depuis l'époque de son mariage avec Mirta Diaz Balart, à la fin des années 60.«La rumeur de son impuissance a couru à une époque.Elle a vivement déplu au Lider maximo, à plus forte raison dans le contexte d'une île machiste-léniniste, comme on disait plaisamment à Cuba, raconte Jean-Pierre Clerc.Ses services ont donc fait circuler en retour le chiffre de sa progéniture.» Bilan: un fils légitime, Fidelito, et au moins quatre illégitimes - mais certains biographes parlent du double -, et une fille, Alina, née d'une union passionnée avec Naty Revuelta, aristocrate mariée à un riche avocat.Il vit depuis 1980 avec Dalia Soto del Valle.Quoi d'autre?On connaît son aversion pour l'argent, et son goût pour les sports (il s'en est fallu de peu qu'il ne devienne joueur professionnel de baseball aux États- Unis).Son athéisme, aussi, qu'il a même fait inscrire dans la Constitution.Mais moins son enthousiasme pour les plaisirs de la table.La recette préférée du Chef est le spaghetti aux fruits de mer, dont il donnera le secret à son ami Frei Betto, dans ses Conversations nocturnes : «L'assaisonnement : uniquement du beurre, de l'ail et du citron, un bon repas doit être simple.» Il aime le bon vin, raffole de la crème glacée et des cigares - il cesse toutefois d'en fumer en 1985, alors qu'une vaste campagne antitabac est menée dans l'île; il aurait voulu donner le bon exemple au peuple cubain.À moins qu'il n'ait voulu se prémunir contre un cigare empoisonné.Les photos d'un Fidel Castro souriant sont rares.Pourtant, il s'entoure de compagnons visiblement doués pour faire la fête, à commencer par le Che et l'auteur Gabriel Garcia Marquez, qui dira de lui qu'il est l'«un des rares Cubains qui ne chantent ni ne dansent».En contrepartie, «il est impossible de trouver quelqu'un qui soit plus passionné par la parole que lui».Très vite, les Cubains devront s'habituer à ses discours-fleuves.Sa première allocution à La Havane, en 1959, dure sept heures.Garcia Marquez remarque que «sa voix est son instrument le plus utile et le plus irrésistible».Mais voilà, les Cubains n'ont plus entendu cette voix en public depuis le 26 juillet 2006.Ce fut alors, pour plusieurs, la première mort de Fidel.PHOTO JAVIER GALEANO, AP Un jeune garçon brandit un drapeau cubain devant la photo de Fidel Castro, à la Havane en août 2006.Comme de nombreux compatriotes, il manifestait son appui au leader, qui se remettait d'une importante opération chirurgicale. PLUS DESOH! ET DES BAH! La chronique ironique qui voit et entend tout\u2026 à sa façon DES CHIFFRES QUI PARLENT Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbah@lapresse.ca Avec : AFP, Courrier International, BBC.Colligé par Agnès Gruda.600MILLIONS Le volume de tonnes métriques de dioxyde de carbone émis chaque année par les 16 000 avions qui survolent la planète.C'est autant d'émissions que celles produites par les activités humaines de tout le continent africain.CYBERPRESSE Voyez les dessins parus, jour après jour, dans La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Tribune et Le Nouvelliste, sur www.cyberpresse.ca CARICATURESDE LA SEMAINE La Presse publie chaque semaine une sélection des dessins des caricaturistes de nos partenaires du réseau Gesca.LE SOLEIL LA TRIBUNE DANIEL LEm Ay C'est peut-être le nomle plus connu du monde.Rythmé, «signifiant»: Fidel comme dans foi; Castro qui, en espagnol, désigne une place forte sinon inexpugnable.Jamais dans l'histoire autant d'humains n'auront vécu pendant un si long règne d'un leader politique.Fidel Castro est entré en triomphe à La Havane dans l'après-midi du 8 janvier 1959, entouré de ses lieutenants barbus - on les appellera les barbudos.Le Comandante, qui avait alors 33 ans, était monté sur un tank américain Sherman que ses guérilleros avaient pris à une unité de l'armée de Fulgencio Batista (1901-1977), le dictateur odieux qui venait de fuir Cuba avec quelques valises rapidement bouclées\u2026 et remplies d'or.Arrivé au palais présidentiel, le chef révolutionnaire commença son discours (qui devait durer quatre heures) par ces mots: «Je crois que, si nous avons réussi à rassembler une armée en partant d'à peine 12 hommes, qui n'ont jamais abandonné un blessé ni abattu un prisonnier, c'est à nous que revient le commandement des forces de la République.» Le petit peuple de Cuba ne pouvait savoir que son libertador allait exercer ce commandement suprême pendant 50 ans et l'obliger entre-temps à faire la queue pendant des heures pour une cuisse de poulet ou un pain de savon.Au nom de la Révolution.De l'enfance dorée à Santiago de Cuba à la vieillesse débilitante, Fidel Castro - L'histoire en images du Lider maximo relate magnifiquement les grandes étapes de la vie fascinante d'un idéaliste qui, pendant un demi-siècle, a incarné son pays et une certaine vision du monde.Pour le meilleur et pour le pire.Ce beau livre le montre: Fidel Castro a toujours été une star, tant dans le look - barbe, cigare et treillis de combat - que dans la manière de livrer ses discours et de prendre la pose qui déclenche les flashes.Star locale d'abord, comme meilleur athlète du prestigieux collège Belén de La Havane.Star du mouvement étudiant dont il fera son tremplin politique et ensuite, comme avocat, star de la lutte des classes laborieuses contre la dictature et l'oppression.Plus tard, ce fils de riche atteindra une renommée internationale - et le statut de superstar dans une partie de l'intelligentsia occidentale - comme figure de proue de la lutte contre l' «impérialisme yankee» qui définira l'ensemble de sa politique et de sa vie.Une vie croquée en noir et blanc, pour une bonne partie.Ici, Fidel lanceur de béisbol, surnommé rey de la curva (roi de la courbe).Là, Fidel avec Ernesto Guevara, le Che, son ami et compagnon d'armes, mort en 1967 et vite adopté par la jeunesse contestataire du temps comme icône de l'idéal révolutionnaire.Plus loin, Fidel avec Nikita Khrouchtchev, le «grand frère» soviétique qui, avec des missiles installés en sol cubain et pointés sur New York et Washington, poussera le monde au bord de la guerre nucléaire ; John F.Kennedy, le protagoniste américain de ce dangereux épisode de la guerre froide, tombera sous les balles 13 mois plus tard.En couleur mais sans le sourire, voici Castro et Gorbatchev à La Havane peu avant la chute du Mur de Berlin qui, pour plusieurs, allait aussi marquer la fin de la dictature de Castro\u2026 C'était en 1989.Neuf ans plus tard, Jean-Paul II sera le premier pape à fouler le sol cubain où il sera accueilli par l'ancien élève des jésuites qu'avait excommunié (1961) son prédécesseur Jean XXIII pour cause de communisme.Les beaux livres de ce genre évacuent souvent toute considération critique, se consacrant à la conservation sinon à l'édification du mythe de leur sujet.Ici le texte d'accompagnement du journaliste italien Luciano Garibaldi, dense et concis, évoque la plupart des champs que choisira l'Histoire pour juger de l'oeuvre du Lider maximo: d'un côté, l'alphabétisation et les progrès sanitaires, de l'autre, la négation totale des droits individuels ; après l'acharnement dogmatique, la faible reconnaissance que Cuba ne peut plus vivre séparée du monde.Bien sûr, des ouvrages plus profonds - comme déjà les entretiens d'Ignacio Ramonet (Fidel Castro : biographie à deux voix) - envahiront les rayons quand Fidel Castro passera l'arme à gauche.Le jour venu, le petit peuple qui l'avait acclamé il y a 49 ans voudra peutêtre danser dans les rues de la capitale.La grande question qui se pose encore à La Havane et à Miami, c'est : le pourra-t-il?FIDELCASTRO\u2014L'histoire en images du Lidermaximo Valeria Manferto De Fabianis et Luciano Garibaldi, Éditions White Star, 271 pages, 49,95$ Fidel Castro, le Lider maximo PHOTO ADALBERTO ROQUE, ARCHIVES AFP Fidel Castro - L'histoire en images du Lider maximo le montre: Fidel Castro a toujours été une star, tant dans le look - barbe, cigare et treillis de combat - que dans la manière de livrer ses discours et de prendre la pose qui déclenche les flashes.Le petit peuple de Cuba ne pouvait savoir que son libertador allait exercer ce commandement suprême pendant 50 ans et l'obliger entre-temps à faire la queue pendant des heures pour un pain de savon.70% La proportion de Cubains qui n'ont jamais connu d'autre président que Fidel Castro.ICI ET AILLEURS mOSCOU À la vôtre Le chef de la police moscovite, Vladimir Pronine, a trouvé le moyen de lutter contre la plaie de l'alcoolisme.Il a contacté les principaux journaux de la capitale russe et leur a demandé de publier une nouvelle rubrique appelée «Honte».Cette chronique regrouperait les noms, les photos et les mésaventures des ivrognes de Moscou.La stratégie n'est pas nouvelle.À l'époque soviétique, le pouvoir s'était déjà essayé à éradiquer les excès d'éthylisme en placardant les binettes des soûlons sur les murs de la ville.Comme quoi les meilleures idées sont faites pour durer.ILS, ELLESONT DIT Anatomique «Enlever le Kosovo à la Serbie, c'est comme si l'on vous coupait la jambe, un bras ou que l'on vous enlevait un enfant.» - Vena Vujacic, une enseignante serbe protestant contre la sécession du Kosovo.Encore plus anatomique «Dieu a dit qu'il agiterait le monde pour vous réveiller si vous agitez vos parties génitales là où vous n'êtes pas censés le faire.» - Député du parti d'extrême-droite israélien Shass, expliquant que la récente vague de tremblements de terre au Proche-Orient est causée par les pratiques homosexuelles.Dubitatif «Si c'est un budget qui nous apparaît acceptable, ou du moins pas nocif, pas trop nocif pour l'économie canadienne, on pourrait le laisser passer.» - Le chef de l'opposition Stéphane Dion, préparant l'opinion publique à la stratégie d'évitement électoral.EN HAUSSE, EN bAISSE CLAUDE CASTONgUAy Pour la rapidité avec laquelle son rapport s'est retrouvé sur les tablettes.Entre la divulgation du document et sa mise au rancart, il se sera écoulé cinq grosses heures.FIDEL CASTRO Il est parti.Et dire qu'il n'a même pas atteint 50 ans de pouvoir ! STEPHEN HARPER Il est loin du demi-siècle, lui, mais selon toute probabilité, il n'est pas à la veille de prendre sa retraite.PHOTO PC PHOTO AFP PHOTO PC PHOTO PC Tous 150 MÉTIERS ET PROFESSIONS EN NOMINATION 40 LAURÉATS 18 PALMES Lesmeilleures possibilités de carrières en2008! Une réalisation : Offert sur www.septembre.com, chez Renaud-Bray et dans toute librairie PLUS LECTURES CHANTAL GUY Nous rencontrons Noah Richler dans un café, peu de temps après son empoignade avec Victor-Lévy Beaulieu, qui l'a décrit comme un «enfant de bâtard» à Christiane Charette lundi dernier.Il n'a pas l'air du tout ébranlé.Flegme britannique, pour cet homme qui a passé de nombreuses années de sa vie en Angleterre, mais qui s'est découvert farouchement Canadien?Il nous confie que le sous-titre de son livre, à la blague, a failli être «pourquoi il est justifiable de détester les Anglais»\u2026 Réglons tout de suite la question.Le Québec représente un chapitre sur 12 dans cet essai, et c'est dans ce chapitre que Richler, l'un des cinq enfants de Mordecai, se montre le moins détaché.Toute son entreprise est basée sur le fait que les récits font naître un lieu, un territoire, un pays.Adepte du multiculturalisme, qu'il estime ne pas être un choix mais un destin canadien, il accepte toutes les fictions qui contribuent à ce territoire, mais pas celle de VLB.Dans sa rencontre colorée avec l'écrivain de Trois-Pistoles, Richler règle un peu trop vite le cas du «dinosaure» VLB en l'opposant aux jeunes écrivains québécois «ouverts sur le monde ».Il se défend d'avoir voulu ridiculiser l'écrivain, et soutient qu'il a vécu plus d'une rencontre surréaliste sur une centaine d'interviews pendant les trois ans de son projet radiophonique qui a mené à ce livre.«Les gens comme VLB appartiennent à une autre époque où les histoires étaient là pour défendre une vision de la société, dit-il.Pour VLB, le but, c'est de posséder le territoire de façon exclusive et je ne peux pas endosser cette idée.Il a un point de vue idéologique du roman, qui doit poursuivre un but particulier.Mais on ne peut pas écrire un roman de bonne foi si on a un programme précis.On polémique, on ne fait pas du roman.» Noah Richler aime et protège aussi passionnément le roman comme forme littéraire que son pays, et c'est pourquoi il aime le titre de la traduction française de son livre (This is my Country, What's Yours ?) dont l'ambiguïté le sert bien.«Le roman est le fruit d'une société tellement sophistiquée.En Angleterre, on avait peur de ce qu'il représentait, on disait que c'était un genre pour les femmes.Les romans accroissent toujours le territoire, ils incluent les exclus.» Cette forme littéraire complexe est à l'image du Canada pour lui.Un pays où il faut s'inventer tous les jours, qui demande sans cesse un acte d'imagination.Son essai a aussi failli s'intituler Le pays de nos défaites, parce que, au Canada, l'espace, le climat, les distances, tout travaille à tester nos limites, dans un lieu qu'on a longtemps considéré comme illimité.D'où le sentiment de liberté qu'on peut y trouver, mais aussi, paradoxalement, de dépendance envers les monopoles, un résidu plutôt ridicule de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui a la vie dure\u2026 Les trois âges de la littérature canadienne Dans cet «atlas littéraire du Canada », Noah Richler analyse la psychogéographie du pays et sépare notre histoire littéraire en trois âges : l'ère de l'invention, «au cours de laquelle les récits se mesurent à l'idée même d'un lieu qu'ils s'efforcent de mettre au monde», l'ère de la cartographie, qui tente de dessiner ce qui se trouve entre ces frontières, et finalement, l'ère du débat, pendant laquelle «une nation vraiment mature comprend qu'il n'y a pas une seule histoire, une seule carte valide », nous explique l'auteur.On n'en est pas à une surprise près dans ce passionnant voyage littéraire d'un océan à l'autre.En fait, l'auteur lui-même est allé de découverte en découverte et c'est ce qu'il communique de façon enthousiaste dans ce livre, qui ratisse large au risque de tourner parfois les coins ronds (pas le choix, on est au Canada !).Il insiste pour dire que c'est au Québec que ses échanges ont été les plus intéressants (même avec VLB), «parce qu'ici, les écrivains n'ont pas peur de parler de leurs points de vue politiques et littéraires, ils sont très à l'aise dans les deux».Il a aussi découvert la fraternité naturelle entre les Québécois et les Américains.«Cela m'a irrité en premier.Cela m'apparaissait comme paroissial que les écrivains et les critiques québécois ne connaissent pas leurs collègues anglophones et se réfèrent surtout aux Américains.Je pensais que c'était pour des raisons politiques, mais ce n'est pas tout à fait le cas.Il y a une autre raison : les Québécois et les Américains sont des républicains.Il n'y a qu'une petite communauté monarchiste qui avait son siège à Toronto et qui était isolée en Amérique du Nord.J'ai été instruit par la façon dont les Québécois sont à l'aise sur le continent de l'Amérique et les romanciers québécois continuent d'envoyer leurs héros souvent nommés Jack ou Jacques dans un territoire qui leur appartient.» Son expérience comme correspondant de la BBC en Afrique et en Inde, dans les anciennes colonies britanniques, lui a donné envie de s'interroger sur le complexe du colonisé chez ses compatriotes - une réalité bien plus ignorée du côté anglophone que francophone, croit-il.Mais il refuse le terme de «deux solitudes».Comme il refuse que son père ne soit pas considéré comme un écrivain québécois.Il revient dans son essai sur la fuite des anglophones montréalais vers Toronto au plus fort du mouvement nationaliste québécois.« Ils sont partis avec une vitesse choquante, en donnant substance à cette idée qu'ils voyaient leur fortune, et non pas le Québec, comme leur pays.Ce n'était pas le cas de tous les anglophones à l'époque, ce n'était pas le cas de mon père qui aimait ce pays, et ce n'est pas mon cas.Je promets que s'il y a un jour un référendum gagnant, j 'achète immédiatement une maison ici ! » Il rappelle que son père l'a envoyé dans une école francophone et lui a donné à lire les livres de Gabrielle Roy et Pierre Vallières.«Il voulait que j'apprenne quelque chose de cette société.Je pense qu'il aurait été fier en ce moment que je puisse discuter de mon livre en français avec mes confrères francophones.» D'Iqualuit, au Nunavut, en passa nt par Vancouver, les prairies, Toronto, Montréal et Terre-Neuve, Noah Richler fait parler uniquement les écrivains «vivants» - Tomson Highway, Douglas Coupland, Lisa Moore, Marga ret Atwood, Al ista i r Mac Leod, Yann Martel, Gil Courtemanche, Nadine Bismuth, Gui l laume Vigneault , Élise Turcotte, VLB, etc.- et dévoile ainsi la diversité des points de vue, la richesse de l'imaginaire, le rôle crucial des écrivains dans la création d'une société, ainsi que la grande question qui soustend toute cette production : comment vivre ensemble ?MONPAYS, C'ESTUNROMAN.UNATLASLITTÉRAIRE DUCANADA Noah Richler, Boréal, 493 pages, 34,95$ ENTREVUE / Noah Richler Ô Canada, terre de nos fictions Le Canada, pays absurde aux frontières si peu naturelles, c'est là que Mary Shelley envoie se terrer la créature de Frankenstein; c'est aussi là qu'on expédie le monstre gélatineux du film américain The Blob.Dans son introduction qui joue volontairement sur les clichés d'un pays ennuyeux, Noah Richler se penche sur ce «nulle part » où l'on peut disparaître, mais aussi renaître.Une terre de dissolution comme de liberté.Ce pays-là, s'il n'existait pas, il aurait fallu l'inventer - en fait, c'est exactement ce qu'ont fait et continuent de faire les écrivains, nous dit Noah Richler dans son essai Mon pays, c'est un roman.Noah Richeler refuse le terme de «deux solitudes ».Comme il refuse que son père ne soit pas considéré comme un écrivain québécois.PHOTO FRANCOIS ROY, LA PRESSE On n'en est pas à une surprise près dans le passionnant voyage littéraire d'un océan à l'autre que propose Noah Richler.En fait, l'auteur lui-même est allé de découverte en découverte et c'est ce qu'il communique de façon enthousiaste dans ce livre, qui ratisse large au risque de tourner parfois les coins ronds.Il insiste pour dire que c'est au Québec que ses échanges ont été les plus intéressants.même avec VLB. PLUS LECTURES SIGNET JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE Auguste ne dort pas et ne peut s'empêcher d'entrer chez les gens à leur insu.Galya confond amour et dépendance.Mathias fuit.Victoire garde le contrôle comme une sentinelle acharnée.Quatre personnages que tout accuse font entendre leur voix coupable dans ce nouveau livre de l'auteure trifluvienne.« Tout m'accuse est un livre un peu différent de mes autres écrits, affirme l'auteure et metteure en scène.Tout d'abord, il est né d'un désir formel plutôt que d'un propos, même si le thème de la santé mentale s'y retrouve encore.J'ai eu au départ envie de créer quatre voix égales, quatre narrateurs.» C'est qu'habituellement, Véronique Marcotte travaille autour d'un fait divers remarqué dans les journaux.Mais cette fois-ci, l'auteure s'est fait surprendre.«Mon livre reflète mon questionnement sur la culpabilité, questionnement qui m'a hantée depuis les dernières années, confiet- elle, visiblement encore sous le choc.Au moment de l'écrire, je n'étais consciemment que dans une recherche formelle.Mais ça m'a frappée lorsque j'ai vu la page couverture avec le titre.Mes quatre personnages ont quelque chose à se reprocher de très fort.» Coupables ?Certes.Mais pardonnés.Car la roue du vice tourne.Si Auguste entre par effraction chez ses voisins sans pouvoir s'en empêcher, c'est que sa mère, Galya, a étouffé ce fils sous une fine main de manipulatrice.Une névrose justifiée à son tour par la violence d'un départ silencieux du mari et père d'Auguste, ayant choisi le bonheur à des kilomètres de là.Bref, tout le monde balance et puis tout le monde danse.Matricide, dépression, troubles obsessifs compulsifs, la curiosité de Véronique Marcotte envers le déséquilibre ne semble toujours pas assouvie.«Je n'ai pourtant personne autour de moi qui éprouve des problèmes de santé mentale, ni dans ma famille immédiate, ni dans mon cercle d'amis, s'étonne-t-elle.Mais quand je me promène dans la rue, je me surprends à traquer cette espèce de cassure qu'on voit habituellement à l'oeil nu.Cette capacité du cerveau de se renverser du jour au lendemain me fait peur.D'autant plus que la médecine ne semble pas avoir fait le tour de la question elle non plus\u2026» Plaçant le lecteur dans la position du juge, l'auteure se glisse donc dans la peau des quatre protagonistes, livrant tour à tour leurs pensées délirantes.Presque tous recevront l'absolution de leurs pairs à l'exception de la mère.Un choix discutable.«Il est vrai que le personnage de la mère est le seul qui soit jugé sans possibilité de pardon, constate Marcotte lorsqu'on le lui fait remarquer.Personne ne lui laisse de chance.Peut-être parce que j'avais besoin d'un antihéros, d'une femme qui allait faire peur, qui était capable de se faire rentrer dedans.C'est mon personnage le plus tordu, et elle provoque des émotions limites chez les lecteurs.C'est étrange.Je n'avais pas prévu ces réactions!» Un air de Belgique Bénéficiant d'une résidence d'écrivain en Belgique en 2005, Véronique Marcotte a laissé son écriture se teinter de l'ambiance locale.Personnages de nationalité belge, clins d'oeils aux us et coutumes, Tout m'accuse fait se rencontrer les deux cultures.« Je suis partie pour la Belgique avec le début de ce roman dans ma valise.Or, je me suis aperçue que les Belges sont très près des Québécois.Et à force de baigner dans l'ambiance belge, j'ai intégré celle-ci dans mon histoire.J'ai énormément fouillé sur la Belgique, particulièrement en ce qui a trait aux belgicismes et à l'influence du néerlandais sur leur français.» L'expérience de la résidence aura permis à l'auteure.qui est également metteure en scène, de pousser sa réflexion sur son rapport à l'écriture.«J'y ai découvert que je ne pouvais plus écrire dans un quotidien en branle-bas de combat, entre la mise en scène et le reste.J'ai appris que l'écriture demande d'y être immergée\u2026 par périodes du moins.» TOUTM'ACCUSE Véronique Marcotte Éditions Québec Amérique, 232 pages, 22,95$ VÉRONIQUE MARCOTTE / Tout m'accuse Chercher la faille PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE L'écrivaine Véronique Marcotte, qui vient de publier Tout m'accuse, offre à ses lecteurs un roman un peu différent de ses autres écrits.Après Les revolvers sont des choses qui arrivent, l'auteure Véronique Marcotte poursuit son exploration des équilibres précaires avec Tout m'accuse.«Mon livre reflète mon questionnement sur la culpabilité, questionnement qui m'a hantée depuis les dernières années.» ENTREVUE SONIA SARFATI Profondeurs, le nouveau livre d'Henning Mankell - du moins, en français (en version originale, il a été publié en 2004) - ne met pas en scène l'inspecteur Wallander, pas plus que sa fille, Linda, qui a (re)pris le flambeau paternel dans Avant le gel.Profondeurs n'est pas non plus - comme l'émouvant Tea-Bag - un roman de la veine africaine de l'auteur suédois qui partage sa vie entre son pays natal et son Mozambique d'adoption.Profondeurs est un roman profondément suédois.La neige et la glace y règnent.Sur la terre et la mer.Dans les coeurs.Un roman, donc, qu'il faut lire en ces temps d'hiver, de froidure.Et sous ces latitudes.La plongée dans les abysses que l'écrivain y explore, qu'elles soient humaine ou maritimes, ne se fera que plus en\u2026 profondeur.N'en semblera que plus réelle.Présente.Nous sommes à l'automne 1914.La Première Guerre mondiale a commencé.Les flottes allemande et russe s'affrontent dans les eaux qui cernent la Suède.Laquelle n'a pas pris position dans le conflit.Neutralité, avance-t-on.Peur de s'engager, comprend-on dans les lignes de ce roman.Parce que là se trouve l'un des thèmes de Profondeurs.Incarné par le capitaine Lars Tobiasson-Svartman, qui s'est engagé dans la marine.Il y est cartographe et, en ce début d'affrontements, est envoyé en mission dans la Baltique - où il doit sonder les fonds marins à la recherche de nouvelles voies navigables.Il est engagé corps et âme dans ce travail-là.Une obsession plus qu'une vocation.C'est sur le plan humain que l'engagement lui fait défaut.Avec ses compagnons, officiers supérieurs comme marins à ses ordres.Et avec les deux femmes\u2026 que l'on pourrait dire «de sa vie»: son épouse, restée à la maison; sa maîtresse, sauvageonne vivant seule sur un îlot désolé, qu'il rencontre en cours de mission.Il ne pourra choisir entre les deux.Leur menti ra.Comme il mentira à l'amirauté.De plus en plus gravement.Profondément.Un labyrinthe inextricable de non-vérités.Il s'y perdra.Posera des gestes inexcusables.N'en disons pas plus, contrairement au quatrième de couverture du livre qui en révèle honteusement à peu près tous les méandres.À ne surtout pas lire.Bref, Henning Mankell crée là un personnage froid au départ.Glacial à l'arrivée.Un antihéros qu'il est impossible de trouver sympathique.Qui l'est de moins en moins.C'est pourtant avec fascination qu'on le suit.Une fascination morbide, peut-être.Parce qu'il y a là une justesse dans l'émotion.Une beauté âpre dans les lieux dits.Et un propos qui n'est pas de surface - même s'il est, de temps en temps, alourdi par le style.Problème de traduction ou d'auteur de roman policier qui veut «faire sérieux» et littéraire?Espérons que non.Henning Mankell n'a pas besoin de cela.PROFONDEURS Henning Mankell, traduit par Rémi Cassaigne, Seuil, 343 pages, 31,95$ LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Mankell en eaux profondes CHANTAL GUY Dans la vie de tout lecteur actif, il y a ce que l'on pourrait appeler des épisodes.Des chapitres.Des trips.J'ai eu mes intenses périodes québécoise, française (les deux arrivent souvent en même temps), russe, américaine, sud-américaine, anglaise.Je commence à peine à m'éveiller à la littérature des Antilles, j'ai envie de découvrir les écrivains haïtiens, cubains\u2026.Et j'ai aussi envie de découvrir un peu plus les écrivains canadiens.Pendant que je lisais l'essai de Noah Richler, Mon pays, c'est un roman (Boréal), j'ai pensé que je n'ai jamais rencontré, à part mon charmant collègue David Homel, des gens qui «trippent» littérature canadienne.Remarquez, mes collègues du cahier Cinéma pourraient vous dire la même chose.À part David Cronenberg et Atom Egoyan, qu'est-ce qu'on connaît du cinéma canadien?De fait, la littérature, la télé et le cinéma canadiens peinent à rejoindre même le public anglophone.Je réfléchis à cela aussi lorsque je lis sur le débat concernant l'enseignement de la littérature au collégial, qui est revenu dans l'actualité après la publication d'une lettre de notre critique Jacques Folch-Ribas, dans laquelle il s'inquiétait de la disparition de la littérature française au profit de la littérature québécoise dans les cours.Un débat récurrent.La littérature québécoise doit-elle avoir préséance sur la littérature française dans l'enseignement?Doit-on choisir entre la littérature nationale ou la «littérature- ancêtre» ?C'est comme ça qu'on nomme aujourd'hui la littérature française dans les programmes d'éducation.Mais on oublie que se comparer, c'est se consoler.Non, nous ne sommes pas seuls! Selon une étude commandée par le Conseil des Arts et préparée par la «Société d'encouragement aux auteurs du Canada» (c'est mignon, non ?), publiée en 2002, seulement 31% des écoles au pays proposent un cours de littérature canadienne.Cela ne s'améliore pas beaucoup aux études supérieures.«Nous sommes probablement le seul pays au monde à ne pas enseigner notre littérature nationale », lit-on (et il me semble avoir déjà entendu cela quelque part).On apprend aussi que «seul un petit nombre d'élèves peut identifier 10 auteurs canadiens et que la plupart des élèves lisent cinq livres ou moins d'auteurs canadiens au cours de leurs études secondaires.» En fait, les élèves anglophones baignent surtout dans la littérature américaine et les profs seraient divisés en deux camps : ceux qui défendent la littérature canadienne et ceux qui la méprisent.«Certains sont d'avis que notre littérature manque d'envergure, n'aborde pas de thèmes universels et est dépourvue de \u201cfibre morale\u201d.» Une littérature sans fibres dans un pays producteur de blé, c'est triste\u2026 Si les Canadiens anglais ont une idée aussi négative de leur littérature, je comprends mieux pourquoi on ne m'a jamais proposé un auteur canadien dans mes cours, du primaire à l'université.Sauf que depuis quelques années, je découvre les auteurs canadiens, et c'est en grande partie par des maisons d'édition québécoises allumées qui mettent la main sur de bons romans.Il se passe en ce moment même une petite guerre d'édition dont on vous parlera bientôt.Car il est complètement absurde que nous découvrions les auteurs anglo-canadiens par le truchement des maisons d'édition parisiennes.C'est comme si le sirop d'érable goûtait meilleur parce qu'on l'importe de France.Ma collègue Marie-Claude Fortin était atterrée lorsqu'elle a appris que son coup de coeur de 2007, Lullabies for Little Criminal de Heather O'Neill, avait été acheté en France plutôt qu'ici.De mon côté, j'ai apprécié la traduction jouissive et «joualisée» de Down to the Dirt de Joel Hynes par Sylvie Nicolas chez Québec Amérique, la même maison qui vient de nous offrir Vandal Love ou Perdus en Amérique de D.Y.Béchard.Et je suis franchement heureuse qu'un livre aussi puissant que Parfum de poussière de Rawi Hage ait été publié chez Alto et non chez Gallimard ou le Seuil.L'écrivain en aurait sûrement vendu plus, mais un bon livre trouve toujours ses lecteurs.Pour joindre notre journaliste: cguy@lapresse.ca Et la littérature canadienne? 3532390A PLUS LECTURES UN BELGE, UNE FOIS.La librairie Alire de la Place Longueuil accueille jeudi soir l'écrivain belge Nicolas Ancion, qui y présentera son recueil de nouvelles Nous sommes tous des playmobiles (Éd.Le grand miroir).Nicolas Ancion est présentement en résidence ici dans le cadre de l'Échange d'écrivains et de conteurs entre le Québec et la Communauté française de Belgique (la Montréalaise Violaine Forest est à Bruxelles).Elsa Pépin animera la soirée de jeudi (dès 19h).PARTAGE Dans le cadre des rencontres littéraires du programme Mots partagés des Bibliothèques de Montréal, le poète Claude Beausoleil sera à la bibliothèque Le Prévost mardi, entre 10h et 11h30 (7355, avenue Christophe- Colomb, 514 872-1523).Sources: Le Libraire, Alire, Ville de Montréal.AU PIED DE LA LETTRE DANIEL LEMAY NORBERT SPEHNER COLLABORATION SPÉCIALE Permettez-moi de vous présenter Lisbeth Salander, une jeune Suédoise dans la vingtaine, rebelle et perturbée - elle refuse obstinément de parler aux flics ou aux psychologues - placée sous tutelle pour cause de problèmes psychiques graves.Plutôt frêle, quasi anorexique (ses ennemis l'appellent «la crevette »), elle est maquillée comme une peinture moderne ratée, et affiche un air plutôt trash, avec ses tatouages et ses piercings.Cette écorchée vive est la criminelle la plus recherchée de Suède.On la soupçonne de crimes en série, de coups et blessures et autres délits graves.Un monstre?Pas exactement.Atteinte du syndrome d'Asperger (elle mémorise des documents en quelques secondes), d'une intelligence redoutable, Salander est un génie de l'informatique, ce qui en fait une enquêteuse hors pair et la vedette incontestée de la trilogie Millénium, du Suédois Stieg Larsson.Véritable phénomène d'édition, les trois romans de cette série exceptionnelle se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires en Europe.Mais qu'est-ce que Millénium?Une piste inexplorée Dans Leshommes qui détestaient les femmes, nous faisons la connaissance de Mikael Blomkvist, rédacteur de Millénium, une revue d'investigations sociales et économiques.Ce journaliste émérite (Lisbeth l'appelle Super Blomvski) vient d'être condamné à trois mois de prison pour diffamation.Il a accusé de détournement de fonds Hans-Erik Wennerström, un richissime magnat corrompu, mais l'affaire a mal tourné.En attendant de purger sa peine, il est engagé par Henrik Vanger, un ancien industriel qui veut lui faire écrire sa biographie et l'histoire de sa détestable famille.En fait, c'est un prétexte pour relancer une enquête abandonnée depuis 40 ans.Sa nièce, Harriet, a disparu dans des circonstances mystérieuses.Elle a probablement été assassinée, mais son corps n'a jamais été retrouvé.Au début, Blomkvist est plutôt sceptique quant à ses chances de résoudre le mystère, puis il découvre une piste jusqu'alors inexplorée.Avec l'aide précieuse de Salander, appelée à la rescousse, il se fraie un chemin dans le marécage des haines familiales et des scandales financiers.Les deux complices déterrent donc une histoire de famille nauséabonde et démasquent un dangereux criminel dans des circonstances périlleuses.Une fois l'énigme de Harriet résolue, Lisbeth trouvera les moyens pour confondre Wennerström.Elle profitera de la chute du magnat pour effectuer quelques transactions financières à son propre compte, et ce, à l'insu de tout le monde.La coupable désignée Dans La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, nous en apprenons un peu plus sur le passé trouble de cette héroïne étrange.Elle s'ennuie aux Caraïbes, alors que Blomkvist s'apprête à lancer un numéro spécial de la revue sur un thème délicat: le trafic de prostituées venues de l'Est, un sujet qui dérange à la fois les mafieux et certains politiciens.Quand deux enquêteurs de Millénium sont assassinés, Lisbeth, qui venait de leur rendre visite, devient la coupable désignée et toute la police de Suède se lance à ses trousses.Blomkvist, qui ne croit pas à la culpabilité de la jeune femme, mène sa propre enquête pour tenter d'éclaircir cette affaire où apparaît un personnage sinistre nommé Zala.Cet épisode passionnant, riche en action, se termine par une tragédie.Aucun pardon Au début de La reine dans le palais des courants d'air, Lisbeth, très mal en point, est clouée sur un lit d'hôpital.Plus que jamais vulnérable, elle est la cible d'un complot sinistre ourdi par une cellule de fanatiques issue des services secrets.Alors que Blomkvist et ses amis se démènent de leur côté pour déjouer ses redoutables ennemis, Lisbeth met à profit son génie de l'informatique pour contre-attaquer de manière décisive.Elle a enfin l'occasion de régler ses comptes, car Lisbeth Salander ne pardonne rien ! Ces résumés ne rendent pas vraiment justice aux qualités fondamentales de Millénium.Il est impossible, en quelques lignes, de rapporter de manière satisfaisante les multiples facettes de ce conte de fées noir, dont le lecteur devient vite dépendant.À l'exemple des meilleurs feuilletons qui nous gardent captifs devant la télé, les protagonistes sont nombreux, l'action est trépidante, les surprises, abondantes.Par ailleurs, le grand intérêt de ces polars atypiques réside dans leurs personnages bien campés, souvent très originaux.Quant à la narration, c'est du Stephen King: un texte fluide, des actions qui s'enchaînent à un rythme parfois affolant et, pour le lecteur, un besoin impérieux de poursuivre sa lecture.Une fois le dernier tome refermé, la plupart des réponses ont été données, mais il reste quelques aspects non résolus.Par exemple, où est passée la soeur jumelle de Lisbeth, souvent évoquée, jamais présente?Qu'adviendra-t-il de la relation entre Mikael et Lisbeth?Hélas, nous ne le saurons probablement jamais.Larsson est mort d'une crise cardiaque quelques semaines seulement après le dépôt du manuscrit.Il avait 50 ans! Né en 1954, Karl Stig-Erland Larsson était un journaliste connu pour son engagement contre l'extrémisme de droite et le racisme.Ses préoccupations sociales, son engagement et son travail de reporter se reflètent dans son oeuvre romanesque.Cela dit, ces trois récits totalisent 2000 pages.Il est préférable de les lire dans l'ordre de parution.Une fois plongé dans l'univers extravagant, bouleversant, de Lisbeth, vous serez perdu pour votre entourage.Gare aux nuits blanches ! Millenium est un virus, mais si vous l'attrapez, vous me remercierez de vous l'avoir transmis.LESHOMMESQUIN'AIMAIENT PASLESFEMMES 576 pages LA FILLEQUI RÊVAITD'UNBIDON D'ESSENCEETD'UNEALLUMETTE 654 pages LA REINEDANSLEPALAIS DESCOURANTSD'AIR 712 pages Stieg Larsson, Actes Sud, chaquevolume: 34,95$ COURRIEL Pour joindre notre collaborateur : nspehner@sympatico.ca MILLÉNIUM Formidable trilogie policière ! POLARS À l'exemple des meilleurs feuilletons, qui nous gardent captifs devant la télé, les protagonistes sont nombreux, l'action est trépidante, les surprises, abondantes.D'APRÈS AFP ET AP L'écrivain libanais Souheil Idriss, un des plus grands romanciers arabes contemporains, est décédé mardi à l'âge de 83 ans.De son côté, l'écrivain américain Robin Moore, auquel on doit plusieurs romans comme The French Connection et Les Bérets verts, est décédé après une longue maladie à l'âge de 82 ans.Né à Beyrouth en 1925, «Souheil Idriss était l'undes innovateurs dans le roman arabe (.) de par son audace et la diversité de sa production», commentait mercredi le supplément littéraire du quotidien al-Mousatqbal.Fondateur de la prestigieuse revue littéraire Al Adab (Lettres), il était un amoureux de la littérature française et a notamment traduit des oeuvres de Jean-Paul Sartre et d'Albert Camus.Titulaire d'un doctorat en littérature de la Sorbonne, Souheil Idriss a amorcé sa carrière comme journaliste.C'est en s'inspirant de sa vie d'étudiant à Paris qu'il a écrit l'un de ses plus célèbres romans, Quartier Latin, où le héros, un étudiant patriote, fustige les jeunes universitaires arabes qui mènent une vie de débauche et d'oisiveté dans la capitale française.Quant à Robin Moore, mort jeudi soir dans un hôpital du Kentucky, il était né le 31 octobre 1925 dans le Massachusetts et s'était surtout fait connaître avec la publication des Bérets verts, en 1965, et The French Connection, en 1969.Ce dernier avait inspiré le film du même nom qui avait remporté cinq Oscars en 1971.Deux écrivains nous ont quittés UN «BOOKER» SPÉCIAL Les romanciers canadiens Margaret Atwood, Yann Martel et Michael Ondaatje sont en lice pour le prix The Best of the Booker, qui sera décerné l'été prochain à l'occasion du 40e anniversaire du célébre prix littéraire britannique.Depuis 1969, le Man Booker Prize est décerné à un auteur vivant dans un pays du Commonwealth, en Irlande, au Pakistan ou en Afrique du Sud.Michael Ondaatje a été le premier auteur canadien à remporter le Booker avec The English Patient (Le patient anglais ; titre original : L'homme flambé, Seuil) en 1992; il sera suivi en 2000 par Margaret Atwood avec The Blind Assassin (Le tueur aveugle, Laffont) et par Yann Martel avec The Life of Pi (Histoire de Pi, XYZ) deux ans plus tard.Le public sera invité à choisir le gagnant dans une liste de six finalistes qui sera publiée bientôt (voir le site www.themanbookerprize.com).Michael Ondaatje JEFF NOLTE, BLOOMBERG NEWS PLUS LECTURES LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE BIBLIO LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE GLORIOLE À VENDRE, PRIX RÉVISÉ RACHEL LAVERDURE ÉDITIONS DU SÉMAPHORE 184 PAGES 18,95 $ Les très jeunes Éditions du Sémaphore pratiquent une belle rigueur éditoriale.Cela explique d'autant moins la publication du roman de Rachel Laverdure, Gloriole à vendre, prix révisé.L'histoire en vaut une autre.Un agent immobilier a trouvé un manuscrit écrit par son père décédé.Il décide de le faire publier sous son nom, en espérant que personne ne découvrira l'imposture.Le roman est un grand succès, comme on s'en doutait.Il reste à trouver le moyen d'écrire pour vrai.Les personnages secondaires sont paradoxalement importants, au moins pour l'espace qu'ils occupent : un ami qui n'a pas de succès auprès des femmes, une grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, plusieurs maîtresses de passage qui n'en font qu'une, une soeur lointaine et surtout un musicien de rue qui devient un confident.La plupart de ces personnages s'inscrivent mal dans l'économie du récit.Y compris les grandes considérations sur des riens, lancées de manière emphatique, il y a peu à retenir de cette fiction poussive.Les lecteurs seront plutôt saisis par l'impénétrable flou sémantique de la prose ou l'occurence des anglicismes.Les naïvetés font le reste : «j'ai fini par arriver jusqu'à la poignée de la porte ; mes deux verres de vin étaient peu enclins à m'aider ; la porte semblait m'appeler de tous ses voeux.» Objets inanimés, avez-vous donc une âme/ Qui s'attache à notre âme.» \u2014 Réginald Martel PETIT GUIDE POUR ORGUEILLEUSE (LÉGÈREMENT) REPENTANTE ANNIE L'ITALIEN QUÉBEC AMÉRIQUE 184 PAGES 19,95$ On compte de plus en plus d'émules de Helen Fielding, Lauren Weisberger et autres Lucia Extebarria, ces figures dorénavant célèbres de la « chick lit », cette littérature qui revendique son lectorat féminin.Au Québec, nous avons Rafaële Germain ou India Desjardins; on compte maintenant Annie L'Italien qui signe un premier roman dans la même mouvance.Sous forme de confessions intimes narrées au je et prenant avec beaucoup d'humour le lecteur (ou plutôt la lectrice) à témoin, ce Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante suit à la lettre la recette établie, ce qui fera sans doute le bonheur des aficionados du genre.On y lit donc le soliloque d'Anne, une trentenaire célibataire montréalaise aux prises avec ses déboires sentimentaux et amicaux.À l'occasion de son anniversaire, quatre redoutables meilleures amies (et je pèse mes mots) choisiront de lancer la catherinette dans une folle chasse au trésor dans le Sud, avec amourette à la clé.Le récit, quoique un peu tiré par les cheveux, fera sourire la « girlie » qui sommeille en vous - s'il y en a une - ne serait-ce que grâce à certaines trouvailles de l'auteure qui semble prendre un malin plaisir à mettre dans la bouche de son héroïne des réflexions généralement éprouvées.Ainsi, nous rions de sa déconfiture devant la photo ratée d'un pur moment de bonheur à nager parmi les dauphins.« Qui est donc cet hippopotame à l'air pâmé?» s'exclamera- t-elle, déconfite.Simplement pour ce sens de l'autodérision, on est tenté de pardonner à l'auteure la simplicité de la bluette.Pour amatrices only.\u2014Jade Bérubé, collaboration spéciale OMER DESERRES TROIS GÉNÉRATIONS CRÉATIVES HÉLÈNE DESERRES ÉDITIONS DE L'HOMME \u2014 190 PAGES \u2014 34,95 $ Des étalages et des pages de catalogue de quincaillerie ne représentent pas, à priori, l'idée que l'on se fait d'un sujet de beau livre.Les Éditions de l'Homme n'en ont pas moins conçu un beau petit «square book» intitulé Omer De Serres - Trois générations créatives, lancé cette semaine à l'occasion du centenaire de la célébre enseigne montréalaise.L'auteure, Hélène De Serres, est la petite-fille d'Omer, le fondateur (1881-1949), un dandy qui se faisait conduire dans une Packard décapotable, et la fille de Roger De Serres (1914-2004), vedette du tout premier numéro de la revue Commerce, en octobre 1950, et l'un des businessmen les plus en vue dans le Montréal d'après-guerre, rendu ici en quelques superbes photographies.S'inspirant des mémoires de son père qu'elle avait elle-même recueillies, Mme De Serres, c'est son grand mérite, a réussi à intégrer l'anecdote familiale dans une plus vaste perspective, montréalaise et québécoise, voire canadienne: de l'émergence des grands commerces canadiens-français au début du siècle dernier au difficile redéveloppement du centre-ville autour de l'UQAM.Contemporain des grands magasins comme Dupuis puis des grandes surfaces à la Canadian Tire, Omer Deserres, «la plus grosse quincaillerie du Canada» à un moment donné, a constamment réagi aux aléas du marché, passant de la quincaillerie spécialisée en plomberie à la chaîne intercontinentale de magasins de matériel d'artiste et de scrapbooking (voir l'entrevue de Marc De Serres, l'homme de la «troisième génération», dans nos pages Affaires d'hier).Du Mont Saint-Louis au Mont-Tremblant, de Mc Gill à la Chaire de Commerce Omer De Serres des HÉC, l'odyssée d'Omer nous rappelle que la petite histoire fait toujours partie de la grande.\u2014Daniel Lemay L'auteur, qui sait pourtant fort bien qu'il est connu, commence ainsi: «Je ne sais pas si certains d'entre vous se souviennent de moi.Il y a quelques années, j'ai publié Le potentiel érotique de ma femme (.) qui avait obtenu un réel succès (.).J'étais alors dans la promesse.Pourquoi les choses ont-elles si mal tourné?(.) J'ai tenté d'analyser les raisons de mes échecs, mais il est impossible de comprendre pourquoi l'on devient invisible.La médiocrité, peut-être ?(.) Suis-je trop allé chez le coiffeur ?» On voit tout de suite le ton, mi acerbe, mi plaignard, d'un écrivain qui ne semble plus rien avoir à dire à sa propre femme, Laurence.Elle non plus, d'ailleurs.Dans un état proche de la déprime, et après des aventures que nous allons taire pour ne rien déflorer, voilà notre écrivain qui prend le train à destination de la Suisse.Il rencontre une femme, qu'il croise dans le couloir, et soudain lui apparaît une évidence: cette idée de roman qu'il cherchait désespérément, la voilà! Mais hélas, elle disparaît aussitôt.Il essaie de se souvenir exactement de l'heure précise: 18 heures, 15 minutes et 32 secondes, à mitrajet, entre Genève et Paris.«Je m'étais levé, j'avais marché dans le wagon- bar, puis j'avais fait demi-tour.Comme souvent, j'avais changé d'avis en cours de route.Une fois rassis à ma place, j'avais compris qu'un fait déterminant venait de se produire.Un fait explosif (.) Je venais d'avoir une grande idée de roman».Il va la chercher partout, cette idée, même dans le lit conjugal : «Pris d'une pulsion absurde, je me suis levé précipitamment pour aller voir sous l'oreiller, sous le drap, partout où j'avais posé la tête - Mais qu'est-ce que tu fais ?Tu te fous de moi ou quoi ?dit Laurence - Euh, je l'ai perdue - Quoi ?- Mon idée, je l'ai perdue».Chacune de ses rencontres, avec Caroline qui était blonde et avait du soleil dans la voix, avec sa fille Victoria qui allait sans doute devenir une joueuse de tennis, «Comment un écrivain fantasque sans la moindre rigueur envers lui-même, fatigué en permanence, avait-il pu donner naissance à un enfant sportif et parfois superficiel ?», chacune de ses conversations va tourner autour de son obsession : retrouver cette idée de roman, forcément géniale.Même avec ses voisins, la famille Martinez (dont on peut signaler le grand intérêt comique), même avec Jessica la diseuse de bonne aventure, «Jessica, vie future et vie intérieure ».Rien à faire, l'idée est perdue.Jusqu'à ce que la vie, un travail obtenu en Suisse, se charge de lui faire refaire un voyage en train, Paris-Genève, pendant lequel il est sûr qu'il va la retrouver.Refaisant tout ce qu'il a fait, minute après minute, et rencontrant une femme, et la croisant dans le couloir, et l'accompagnant chez elle.Le reste fait partie du suspense, et les sceptiques seront confondus.C'est un excellent roman, intrigant au possible, et souvent drôle.\u2014 Jacques Folch-Ribas, collaboration spéciale Qui se souvient de David Foenkinos?David Foenkinos Gallimard, 181 pages.31,95$ Une idée de roman, c'est volatil et comique L'excellente illustration de la couverture de Dieu vit à Saint-Pétersbourg résume bien la désolation qui règne dans ce recueil de nouvelles, le premier de la toute jeune plume de Tom Bissell.On y voit un paysage vide avec, pour toute présence humaine, deux hommes sur un vélo, dont un porte une Kalashnikov.Pour bien compléter l'illustration, il faudrait y mettre un Américain perdu dans cette catastrophe politique et humaine qu'est l'Asie centrale, libérée du joug soviétique pour tomber dans le chaos des guerres locales.Bissell écrit sur les décors exotiques : l'Afghanistan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan.Apparemment, il a travaillé dans ces pays comme enseignant d'anglais.Dans son oeuvre, cette zone, encore sous le choc de l'effondrement de l'Union soviétique, est un lieu de misère et de corruption où une âme perdue pourrait se perdre encore plus profondément.La nouvelle qui donne le titre au recueil en est le plus flagrant exemple.Timothy Silverstone, enseignant de langue anglaise, secrètement missionnaire, est très faible devant la chair.Celle de Sacha, un garçon russe, et celle de Susanna aussi, une de ses élèves qui est à peine pubère.La mère de la fille l'offre à Timothy, histoire de donner à Susanna la possibilité d'une vie meilleure en Amérique.Tout passe dans un minimum de pages, qui confère une grande intensité à la nouvelle.Silverstone est un pécheur, mais sa jouissance reste furtive, car son Dieu le regarde avec désapprobation.La nouvelle «Voyages de luxe pour nulle part » est dans la lignée de Hemingway.Deux Américains, Douglas et Jayne, un couple marié avec trop d'argent, cherchent l'aventure au Kazakhstan.Et ils la trouvent - un peu trop à leur goût.Le guide de leur trekking est un ancien combattant russe qui a connu l'Afghanistan, et pour qui la vie et la mort sont des jeux sans conséquence.Sous ses yeux amusés, le couple se défait, et chacun ressent un dégoût physique pour l'autre.Douglas «se demande à partir de quel âge les femmes, au lieu d'une odeur de talc, commencent à dégager une légère odeur de décomposition.» On sent le vécu derrière cette cruelle observation.Aral, c'est le nom d'un énorme lac de la région, assassiné par la pollution.C'est là où se rend une biologiste américaine qui travaille pour l'ONU dans la nouvelle «Aral.» Enlevée par le peuple qu'elle est censée aider, elle finira par voir de très près la souffrance des riverains d'Aral.Tom Bissell ressemble aux ravisseurs de cette biologiste.Il nous force à regarder un monde en décomposition.Très puissant.\u2014 David Homel, Collaboration spéciale Dieu vità Saint-Pétersbourg Tom Bissell traduit par Michel Lederer Albin Michel, 212 pages, $26,95 Loin des yeux de Dieu "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.