La presse, 8 juin 2008, P. Plus: lectures
[" PLUS LECTURES GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, LIVRES DEUX ÉCRIVAINS ET LES PRIMAIRES AMÉRICAINES DES ENTREVUES AVEC RUSSELL BANKS ET JONATHAN SAFRAN FOER PAGES 4 ET 5 sur cyberpresse.ca CHAPLEAU La ligne maligne en ligne de Chapleau, en exclusivité, sur cyberpresse.ca/edito VERT Les tendances vertes, à lire sur cyberpresse.ca/ environnement Pendant deux semaines en mai, notre journaliste a suivi un procès pour meurtre à Kuujjuaq, la «métropole» du Grand Nord québécois.Auparavant, elle a vécu huit jours à Kangirsuk, le village de 460 habitants où, par une nuit d'hiver, en 2006, un homme a sauvagement assassiné sa compagne devant sa fillette de 7 ans.Elle y a rencontré de nombreux Inuits qui en ont ras le bol des maux qui ravagent leur société.Et qui essaient de reprendre leur vie en main.Le reportage d'Agnès Gruda en pages 2 et 3.SÉRIE LE NUNAVIK CRIE AU SECOURS LE PAYS DES RÊVES PERDUS PHOTO JEAN-FRANÇOIS LEBLANC, AGENCE SINGULIER Russell Banks MON T R É AL DI M A N C HE 8 J U I N 2 0 0 8 SERIE LE NUNAVIK CRIE AU SECOURS AGNES GRUDA ENVOYEE SPECIALE KANGIRSUK Lydia a 20 ans et presque plus de dents.Quand elle sourit avec ses gencives beantes, son visage garde toujours un fond de tristesse.Nous nous croisons lors d'une journee carriere organisee a l'ecole de Kangirsuk.La seance est un peu surrealiste: la presentatrice vante les merites d'une carriere au sein du gouvernement regional Kativik a une poignee de jeunes qui sont tres loin de partager son enthousiasme.La responsable locale de l'emploi, Lizzie Putulik, la ramene a l'ordre: Expliquez-leur d'abord ce que signifie le mot carriere.De tous les jeunes presents, c'est Lydia qui suit la seance avec le plus d'interet.Il y a plusieurs annees qu'elle ne va plus a l'ecole.Ces temps-ci, elle travaille comme une ombre, c'est-a-dire qu'elle accompagne une fillette deficiente dont elle s'occupe pendant la journee.Les deux flanaient a l'ecole, et c'est comme ca qu'elles ont abouti a la seance d'information sur les carrieres.La Presse demande a Lydia quels sont ses projets, ses reves.La reponse est coupee au scalpel : Je n'ai aucun reve.Puis Lydia precise: J'en ai peut-etre deja eu avant, mais j'ai oublie.Ici, tout le monde connait l'histoire de Lydia.Ca s'est passe il y a cinq ans, quand deux bateaux ont quitte Kuujjuaq en direction de Kangirsuk.Le premier bateau, celui de la famille de Lydia, etait surcharge: l'adolescente a ete transferee dans la seconde embarcation.C'est la derniere fois qu'elle a vu ses parents, son frere et sa soeur.Le bateau a du heurter un rocher .son moteur semble avoir ete arrache sous l'impact.Mais certains mentionnent que l'alcool a joue un role dans ce naufrage.Si les adultes a bord avaient ete parfaitement a jeun, peutetre auraient-ils empeche le bateau de couler?Chose certaine, l'accident a fait une cinquieme victime.Lydia ne s'est jamais remise du choc.A Kangirsuk, il n'y a pas l'ombre d'un psy.La jeune femme a du se debrouiller toute seule avec son chagrin.Elle a eu recours a la medecine habituelle: l'alcool.Le couvre-feu Au village, il y a des enfants.Beaucoup d'enfants.Les plus jeunes sont accroches au dos de leur mere, bien cales au fond du capuchon d'un amautik, le manteau feminin traditionnel.Plus tard, on les retrouve dans la rue.Fin mai, le ciel reste clair jusque vers 22h.Mais meme bien apres minuit, des enfants trainent encore dehors, avec leurs nez morveux et leurs velos.Pas etonnant que le matin, a l'ecole, ils soient nombreux a dormir sur leurs pupitres.Et que les meilleurs eleves soient ceux dont les parents imposent un couvre-feu.C'est le cas de Joseph et Kitty Annahatak.Le maire de Kangirsuk et sa femme ont oblige leurs cinq enfants a rentrer a la maison a 20h jusqu'a l'adolescence.Encore maintenant, je dois etre a la maison a 23h, dit Minnie, leur fille de 16 ans.Il y a quelques annees, sa mere a suivi une formation parentale ou elle a appris comment dire non aux enfants.Des cinq enfants de la famille, l'un vient de terminer sa premiere annee de cegep a Montreal, et un autre est sur le point d'entrer au cegep.Leur fille Minnie est la seule eleve de quatrieme secondaire a l'ecole de Kangirsuk, un village ou la vaste majorite des eleves ne depassent pas la troisieme secondaire.Des reves, elle en a tout plein.Elle veut devenir infirmiere et voyager partout dans le monde.Tourner la page Mary profite d'une pause pour fumer une cigarette.Secretaire a 30 000$ par an, Mary prend soin de ses trois enfants, qu'elle eleve seule .les trois peres ne sont plus dans le portrait.Ca fait beaucoup de bouches a nourrir dans ce village eloigne, ou une petite boite de detergent coute 17$ et un seul poivron rouge, 5,50$.Parler de sa vie difficile en laissant la fumee s'envoler devant la glace bleue de la riviere Payne, ca va.Mais parler du meurtre de son amie Kitty, qui a ete assassinee en fevrier 2006 par son compagnon, Sam Grey, une nuit ou une grande quantite d'alcool est entree au village?Pas question.Pourquoi ecrire la-dessus?Tout ca, c'est du passe.Pourtant, deux ans et demi apres cette nuit, Mary a toujours un peu peur de s'aventurer dehors les soirs ou l'alcool entre au village.Kangirsuk a connu au cours des dernieres annees une rafale d'evenements tragiques.Un ado s'est egare dans le blizzard.Un couple s'est noye lorsque la glace de la riviere a cede sous le poids de sa motoneige.Deux jeunes femmes ont peri dans des accidents de quatre- roues.Avec le meurtre de Kitty et le naufrage des parents de Lydia, ca fait beaucoup pour un village de 460 habitants.Le probleme, c'est que nous ne voulons jamais parler de ces evenements, explique Lizzie Putulik en mimant les mouvements d'un balai qui repousse la poussiere sous le tapis.Mais en se contentant de tourner la page, on ne regle jamais rien, regrette-t-elle.J'AI PEUT-ETRE DEJA REVE AVANT, MAIS J'AI OUBLIE PHOTO JEAN-FRANCOIS LEBLANC, AGENCE SINGULIER On dit que les traditions se perdent au Nunavik.Pas la chasse, comme en temoignent ces jeunes Inuitsmontes sur une motoneige plutot qu'avec un attelage a chiens.Quoique Joseph-Armand Bombardier avait initialement voulu appeler son invention.ski-dog. LE NUNAVIK, C'EST.14 villages de l'Arctique quebecois bordant la baie d'Hudson et la baie d'Ungava.Une population de 10 000 Inuits dont pres de 60% ont 25 ans et moins.Un taux de violence domestique 10 fois plus eleve que la moyenne canadienne.Un taux de suicide de six a 11 fois plus eleve que la moyenne canadienne.Une esperance de vie qui est passee de 66,5 a 62,8 ans entre 1989 et 2003.NUNAVIK Umiujaq Inukjuak Kuujjuarapik Puvimituq Akulivik Ivujivik Salluit Kangiqsujuaq Quaqtaq Killiniq baie d'Hudson baie d'Ungava Aupaluk Tasiujaq KUUJJUAQ Kangiqsualujjuaq LABRADOR KANGIRSUK NUNAVIK QUEBEC SERIE LE NUNAVIK CRIE AU SECOURS La vie d'avant Leah et Geeka Kudluk sont nes sur une autre planete.Elle a 71 ans, lui 75.Pour notre rencontre avec des anciens, ils ont aussi invite Mary Airo, une amie de toujours.Leah a grandi dans une petite communaute a une quinzaine de kilometres de l'actuel Kangirsuk.Une poignee d'etres humains jetes au milieu d'un monde rude ou chacun avait un role a jouer pour la survie du groupe.Des l'age de 5 ans, Leah devait accomplir des taches vitales : aller chercher l'eau, ramasser des mottes de terre pour alimenter le feu.Plus tard, elle a commence a coudre.Leah se rappelle avec peine l'age qu'elle avait quand ses parents ont decide de la marier avec Geeka.Dix-neuf ans, peut-etre?La rencontre entre les deux familles a eu lieu a Kangirsuk, qui n'abritait a l'epoque que le depot de la Compagnie de la Baie d'Hudson.Leah etait-elle contente du mari que ses parents lui avaient choisi?La vieille dame eclate de rire avant de preciser que, dans ce temps-la, la question ne se posait pas.Les parents decidaient, un point, c'est tout.Puis il y a eu les enfants.Onze au total, dont un n'a pas survecu.Aujourd'hui, quand on croise quelqu'un au village, il y a de fortes chances qu'il soit apparente d'une maniere ou d'une autre a la famille Kudluk.La grande rupture dans la vie de Leah est survenue en 1961 avec l'arrivee d'une ecole.Pour avoir droit aux benefices qu'apportaient les Blancs, il fallait envoyer les enfants au village, loin de la famille.Les enfants de Geeka et Leah se souviennent encore, vaguement, de la vie d'avant.Mais leurs petits-enfants, eux, sont nes avec la television, qui a debarque dans leur vie en 1981.Depuis que le Nunavik a ete rejoint par l'internet, il y a quatre ans, ils clavardent et jouent a des jeux en ligne.Un saut gigantesque en deux generations.Pour Leah et Geeka Kudluk, la vie etait plus belle avant.Il n'y avait pas ces problemes d'alcool et de drogues, les vieux avaient droit au respect.Leah et Geeka ne retourneraient pas en arriere.Mais ils trouvent que le prix de la modernite qui leur est tombee dessus sans qu'ils le demandent a ete tres eleve.PHOTO AGNES GRUDA, LA PRESSE Geeka et Leah Kudluk se sont maries a l'epoque ou les Inuits vivaient encore comme des nomades.Ils ne retourneraient pas en arriere, mais ils trouvent bien eleve le prix de la modernite.J'ai change de vie Elijah est assis par terre dans son salon, en train de bricoler sur sa generatrice toute neuve.C'est pour le camping, explique-t-il.Mais pour Elijah, la generatrice represente plus qu'une simple acquisition materielle.C'est aussi le symbole de la victoire qu'il vient de remporter sur lui-meme.J'ai change de vie , dit-il pendant qu'un bouillon de pattes de caribou mijote dans la cuisine.Elijah a commence a boire avec des amis, puis il s'est marie, a eu des enfants.et a continue a boire.Pendant 35 ans.Parfois, il etait tellement soul qu'il oubliait ce qu'il avait fait.Le pire, c'etait le lendemain, quand il devait affronter les regards des voisins.Je me sentais miserable.Ce printemps, Elijah prenait un coup solide.Ivre, il criait apres tout le monde.Sa femme etait prete a le laisser.Pour Elijah, c'etait maintenant ou jamais.Elijah s'est donc rendu a une session pour hommes dans un village voisin.Lors de notre rencontre, il y avait trois semaines qu'il ne buvait plus.Maintenant, j'ai le temps de lire la Bible , se rejouissait-il a la suite de ce traitement teinte de religion.Dans ce village ou l'alcool coute cinq fois plus cher qu'a Montreal, ceux qui arretent de boire voient vite la difference dans leur budget.La generatrice a ete financee avec ces economies L'aut re jour, des amis d' El ijah lui ont demande pourquoi il avait arrete de boire.Il leur a repondu qu'il en avait assez de se sentir miserable.Ils m'ont dit : \"Nous on boit et on se sent miserables \".Ali du Nord Parlant de l'internet, la Toile a fait des petits a Kangirsuk.Litteralement.Du haut de leur 60e parallele, quelques jeunes femmes se sont amusees a explorer les sites de rencontres.Deux copines ont trouve leurs amoureux au Maroc, elles sont allees les rencontrer l'an dernier.Une autre a fait la rencontre d'un Jamaicain.Resultat : j'ai croise l'autre jour a Kangirsuk un bebe tout mignon qui s'appelle Ali.Sa maman le transportait dans son amautik, le manteau traditionnel.Et son papa marocain?Personne dans sa famille ne semble croire qu'il viendra la rejoindre a Kangirsuk La modernite Moi, je n'ai aucun probleme a chasser le week-end dans la toundra et a m'asseoir devant mon ordinateur le lundi matin.La phrase est de Larry Watt, le jeune maire de Kuujjuaq, le plus grand village du Nunavik.Ici, on trouve les memes maisons basses qu'a Kangirsuk, mais il y a deux restaurants, un bar, des magasins mieux approvisionnes, et meme La Presse du jour.Age de 36 ans, Larry Watt est l'un des rares leaders inuits a avoir fait des etudes universitaires: sciences politiques a Concordia.Il essaie a sa facon d'ameliorer le sort de ses compatriotes.Il y a aujourd'hui a Kuujjuaq de nombreuses aires de jeu pour enfants.Et meme un cinema ou on arrete les projections pour une pause cigarette.Les Inuits expliquent souvent leurs problemes par le choc entre leur culture ancestrale et la modernite.Larry Watt fait partie de ceux qui pensent pouvoir reconcilier les deux.Note: Certains noms ont ete changes pour proteger l'anonymat des personnes citees dans ce reportage. PLUS LECTURES SIGNET JEAN-FRANÇOIS CLOUTIER COLLABORATION SPÉCIALE Russell Banks est l'un des écrivains américains contemporains les plus appréciés du monde francophone.Récemment, il a publié The Reserve (La réserve, en français), roman qui se déroule en 1936, autour d'une luxueuse «réserve» privée dans les Adirondacks.Sur fond de dépression économique et de montée du fascisme en Europe, un célèbre peintre de gauche, Jordan Groves, entretient une passion coupable avec Vanessa Cole, fille adoptive d'un riche neurochirurgien new-yorkais, aussi séduisante que dangereuse.L'auteur, qui demeure à une centaine de kilomètres de la frontière québécoise, s'est entretenu avec La Presse.Il nous parle de son livre, de politique et des différences entre le Canada et les États-Unis.Q Plusieurs critiques ont été très négatives - je pense notamment à celles parues dans le New York Times et dans le USA Today - à la sortie de The Reserve.Cela vous a-t-il affecté?R Non, la critique dans le New York Times était tellement mauvaise que j'ai fini par la trouver amusante.Pour être tout à fait franc, elle a gâché mon déjeuner, mais je me suis dit qu'elle ne gâcherait pas mon dîner\u2026 Et puis d'autres critiques ont aussi été positives et le livre s'est retrouvé sur la liste des best-sellers dans plusieurs régions du pays.C'est aussi devenu très rapidement un best-seller en France quand le livre a paru en mars.Q Comment expliquez-vous ce succès tout particulier que vous connaissez dans le monde francophone?R C'est difficile à dire, mais, outre que j'ai un éditeur loyal et compétent, je dirais que les Français semblent apprécier dans mon travail une dimension politique avec laquelle les Américains sont plus mal à l'aise.Les Américains ont du mal à composer avec la politique si elle n'est pas nationaliste et égocentrique.Il y a aussi ici une tradition importante de fiction domestique; les Européens sont beaucoup plus habitués à retrouver dans une oeuvre un contexte politique et historique significatif.Q Vous êtes connu comme le maître du « roman de col bleu».Dans La réserve, vous faites une incursion dans le monde des super riches, que la Dépression n'affecte nullement.Vous a-t-il été difficile de peindre cette réalité différente?R Pas vraiment.Je fréquente dans ma vie des gens semblables à Jordan Groves et à Vanessa Cole.Ils font partie aujourd'hui de mon milieu social.La difficulté a plutôt été de les rendre sympathiques, sans pour autant en donner une vision romantique.Cela donne beaucoup d'ironie dans La réserve, plus que dans tous mes autres ouvrages, ce qui explique peut-être pourquoi les Français ont tant aimé.Q En choisissant de parler de l'époque de la Dépression et de l'avant-guerre, aviezvous en tête certains parallèles à faire avec l'époque actuelle ?R Il y a certainement eu de ça.Je suis devenu de plus en plus conscient ces dernières années que l'écart entre les revenus des riches et des pauvres se creusait rapidement et que la dernière fois qu'il avait été aussi important, c'était dans les années 30.Il est parfois intéressant de prendre du recul pour tenter de comprendre ce qui nous arrive.D'un point de vue politique, toutefois, les parallèles sont moins frappants que dans mon roman précédent (NDLR : American Darling), où on pouvait voir une ressemblance claire entre les effets de la politique étrangère américaine au Liberia et en Irak.Q Vous avez été très engagé au cours des dernières années contre la politique de George Bush et sa guerre au terrorisme.Avezvous le sentiment que les choses sont en train de changer, alors que l'impopularité du président atteint des sommets?R Il est sûr que j'espère qu'Obama va l'emporter à la prochaine élection, même si ses politiques sont beaucoup moins progressistes qu'on ne le croit.Obama reste un homme politique d'une grande honnêteté et d'une grande intelligence et, symboliquement, le fait que sa mère soit blanche et son père noir me paraît crucial.Son élection marquerait un pas en avant dans les rapports entre les races qui sont au coeur de notre histoire.Cela dit, mon sentiment intime est qu'il ne sera pas élu.Je pense que Mc Cain va l'emporter.Q Pourquoi donc?R Je ne crois pas que le petit nombre d'électeurs susceptibles de balancer entre les démocrates et les républicains va vouloir voter pour un homme noir.À mon avis, la classe ouvrière blanche et les femmes plus âgées qui soutiennent Hillary Clinton en ce moment vont préférer appuyer John Mc Cain que lui.Q Vous ne sentez donc pas un vent de changement irrésistible en faveur des démocrates ?R Non.Ce qu'il y a en ce moment, c'est un ras-le-bol issu des difficultés en Irak et du ralentissement économique, mais je ne vois pas un mouvement significatif des Américains vers la gauche.Je pense aussi qu'en dépit de tous nos efforts, les divisions raciales demeurent déterminantes dans notre pays.Q Vous êtes canadien par votre père et vous venez souvent à Montréal.Quelles différences vous frappent le plus lorsque vous traversez la frontière ?R Les Américains, même du nord, sont à peine conscients que le Canada existe.À l'inverse, les Canadiens tendent plutôt à regarder vers l'extérieur qu'en eux-mêmes.Dans les deux cas, je pense que c'est un problème.C'est assez étrange, mais en dépit du fait que le Canada et les États- Unis soient des partenaires économiques majeurs, il me semble que nous avons fort peu d'échanges.LA RÉSERVE Russell Banks, Actes Sud/Leméac, 2008, 379 pages, 35,95$ ENTREVUE / Russell Banks L'ami américain PHOTO JOHN FOLEY, OPALE «Je dirais que les Français semblent apprécier dans mon travail une dimension politique avec laquelle les Américains sont plus mal à l'aise.Les Américains ont du mal à composer avec la politique si elle n'est pas nationaliste et égocentrique», dit l'écrivain Russell Banks pour tenter d'expliquer l'énorme succès de La réserve dans le monde francophone.LES ÉCRIVAINS ET LES PRIMAIRES CHANTAL GUY Le fantasme du «grand roman américain», qui embrasserait à lui seul la complexité et les extrêmes de ce pays, est un puissant moteur de création dans la littérature américaine, même au Québec chez les écrivains qui se réclament de leur américanité.À mon avis, il n'y a qu'en Amérique qu'on entretient ce fantasme.Il n'y a pas ce rêve du «grand roman national» en France - où l'on préfère peut-être le grandécrivain à l'opus magnum - pas plus qu'au Canada, pays pourtant riche en grands espaces.Comme le dit le dicton: qui trop embrasse mal étreint.Nombreux sont les écrivains qui se sont cassé la gueule et ont failli devenir fous en s'imposant l'énorme pression d'écrire le «grand roman de l'Amérique.» Mais depuis 2001, les ambitions littéraires semblent avoir été détournées, comme un avion par des pirates de l'air, vers un objectif plus précis : c'est à qui écrira LE roman du 11 septembre.Et à la critique de s'empresser d'élire le gagnant de ce concours bizarre au thème imposé, comme s'il s'agissait d'être les premiers à désigner le Grand Roman de ce 21e siècle encore si jeune.N'est pas le dernier venu celui qui vient de se commettre sur le sujet : l'écrivain américain Don De Lillo (Libra, Mao II, Joueurs, Outremonde, etc.) dont le roman, Falling Man, vient de paraître en français chez Actes Sud sous le titre de L'homme qui tombe.Oui, cet homme-là qui s'est jeté du haut des tours en flammes, immortalisé sur une photo dans une posture étrange, presque belle, image obsédante qui traverse tout le roman, en particulier parce qu'un artiste la reprend pour faire des performances en se jetant, attaché à une corde, du haut des immeubles de New York, en répétant la pose.Est-ce de l'art ou de l'exhibitionnisme?C'est ce que tout le monde se demande.En ce qui me concerne, je me demande quoi penser de ce roman, dans ma lecture toute fraîche - j'y reviendrai.Je me sens toujours un peu perdue après un De Lillo.Il y aurait un essai à écrire sur la culture populaire et le 11 septembre.Jamais événement n'aura été à ce point considéré comme historique le jour même de son déroulement et analysé à la seconde près.Il aura fallu bien plus de temps pour décanter la Deuxième Guerre mondiale, qui continue de fournir une littérature abondante encore aujourd'hui, assez parfois pour donner la nausée à des lecteurs qui n'en peuvent plus de lire des romans dont les intrigues sont continuellement aspirées par le trou noir de 39-45.«Parce qu'il ne faut jamais oublier», dit-on.C'est oublier que sous le choc, on veut fuir le traumatisme.La littérature de la Shoah n'est pas née en 1945 et n'a pas trouvé ses lecteurs rapidement.Il fallait profiter de la Libération.Le premier geste «culturel » spontané relié au 11 septembre a été de faire disparaître les tours du World Trade Center de l'imagerie populaire; elles ont été gommées du générique de Sex and the City comme du film Spider-Man.Mais, assez rapidement, elles ont été redressées.Particulièrement en littérature.Si je me souviens bien, le premier à avoir flairé le filon est le «fils de pub» Frédéric Beigbeder avec son Windows on the World à peu près en même temps que Jonathan Safran Foer (Extrêmement fort et incroyablement près).D'aucuns se sont demandé, comme à la sortie du film United 93 de Paul Greengrass, s'il était trop tôt pour aborder le sujet par la fiction.J'ai plutôt l'impression que nous n'en sommes qu'au premier chapitre de la «littérature du 11 septembre » qui, pour l'instant, ne peut élargir sa vision bien au-delà de cette journée qui tourne toujours en boucle dans les esprits.On se met dans la peau des terroristes, des victimes, des survivants, on sort peu de New York, trop occupé par le ver dans la Grosse Pomme.Et ce ver, c'est la peur.Notre époque n'a certainement pas le charme de la Libération, et l'on sait qu'il reste bien des romans à écrire sur l'Afghanistan, l'Irak ou Guantanamo.LE roman du 11 septembre n'existe pas, puisqu'il est encore en train de s'écrire.Pour joindre notre journaliste: cguy@lapresse.ca LE roman du 11 septembre 3553868A un puzzle haletant où la reine du suspense brouille les pistes avec un talent diabolique.Albin Michel ©Bernard Vidal 3564352A PLUS LECTURES JEAN-PHILIPPE CIPRIANI COLLABORATION SPÉCIALE Jonathan Safran Foer attend sur un banc de Prospect Park, le Central Park de Brooklyn, les lunettes rondes bien vissées sur sa figure d'adolescent studieux.Nous sommes à deux pas de sa maison à trois étages, achetée l'an dernier dans ce quartier désormais ultrabranché, où il vit avec sa femme, l'écrivaine Nicole Krauss (L'histoire de l'amour, 2005), et leur fils de 2 ans.Dans leur fenêtre, un grand autocollant: «Obama \u201808».Le couple, l'un des plus médiatisés de la littérature américaine, affiche fièrement son engagement envers le candidat démocrate.«Obama est ce qui est arrivé à mieux à l'Amérique au cours de ma vie, affirme Foer sans ambages.Il est le politicien le plus authentique et le plus intelligent que j'aie vu.» «Vous avez vu les images de sa grandmère au Kenya, en train de défaire les grains de maïs sur un épi pour les donner à ses poulets, dans une maison sans électricité ni eau courante?Et le petit-fils de cette dame pourrait devenir l'homme le plus puissant de la planète! D'un coup, l'élection d'un président noir poserait un baume sur une grande part de ce que l'Amérique a bousillé depuis huit ans.Il serait à nouveau légitime de parler des États-Unis comme d'une terre d'opportunités.» À 30 ans et seulement deux romans, Foer est déjà considéré comme l'un des écrivains les plus en vue aux États-Unis.Il puise dans la quête des origines et construit des personnages atypiques pour pondre des récits d'une rare intelligence.Ses études en philosophie, dit-il, l'ont peut-être aidé à développer une discipline intellectuelle, mais il n'aborde jamais l'écriture avec la tête.«Je suis attentif à l'accident, explique-t-il.Si je m'assois plusieurs matins de suite devant des feuilles blanches, quelque chose finit par arriver, par se construire.La rime est plus intelligente que le poète, disait Joseph Brodsky.» Son premier roman, Tout est illuminé, écrit alors qu'il était encore à l'université, verse dans l'autofiction.Il raconte le périple de son double, Jonathan Safran Foer, parti en Ukraine à la recherche de la femme qui sauva son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale.La prémisse est vraie, mais Foer n'a jamais trouvé la dame en question.Son deuxième roman l'a consacré comme un écrivain de premier plan.Extrêmement fort et incroyablement près raconte l'histoire d'un surdoué de 9 ans dont le père a péri dans les attaques contre le World Trade Center.Le livre a défrayé la chronique comme l'une des premières oeuvres abordant de front les attentats de New York.L'image d'un homme tombant d'une des tours en flammes revient sans cesse dans le roman.«Je n'ai pas écrit par catharsis, précise-til.Mais les gens n'ont pas encore trouvé le moyen d'être confortables pour écrire sur le 11 septembre, pour en parler.Je crois qu'on verra de plus en plus d'oeuvres là-dessus.» Judaïté et américanité Dans chacun des romans de Foer, la Shoah s'impose également en filigrane du récit.Sa mère est née dans un camp de déplacés, ses tantes y sont mortes.Mais contrairement à d'autres écrivains juifs américains, sa relation avec la judaïté n'inspire pas la même filiation avec les États-Unis.«J'aime l'Amérique, mais je ne me sens pas aussi redevable que la génération précédente, qui a trouvé refuge ici, constate-til.Vous savez, lorsqu'un écrivain meurt ou est sur le point de mourir, sa famille vend ses lettres et ses manuscrits à une université.Un ami, qui gère ce genre de trucs, me racontait qu'il avait de la difficulté à convaincre les écrivains juifs de le faire.Ils veulent tous les léguer à la Bibliothèque du Congrès américain, puisqu'ils se sentent redevables.Pour ma part, je ne me sens ni profondément américain ni juif.» Foer admet toutefois qu'il se plaît dans le rôle de faiseur d'impact.La pire réaction à ses mots, dit-il, est l'indifférence.«Je veux que ce soit le pire ou le meilleur livre que le lecteur ait lu.Entre le vide et le coup de poing, je prends le coup de poing.Il n'y aurait aucun intérêt à écrire un livre pour qu'il soit immédiatement oublié.» La prise de position politique est-elle nécessaire pour l'écrivain?«Je suis tenté de dire oui, évoque-t-il après réflexion.Dans une ère comme la nôtre, toute personne qui a accès à une tribune devrait sentir cette obligation.Mais je ne jugerai personne qui décidera de se taire.» Être romancier, affirme-t-il, le pousse à se considérer comme un imposteur.Peutêtre pour cette raison, son troisième ouvrage ne s'annonce pas comme une fiction, mais semble sujet à la polémique.Il puisera cette fois dans un thème hautement délicat pour l'Amérique profonde: la viande.«C'est un sujet qui m'obsède, ose-t-il.Je suis végétarien depuis l'âge de 9 ans.En fait, ça fonctionne par cycle, parce que lorsque je vivais à Paris, je mangeais de tout.Et puis, maintenant, je suis de nouveau végétarien.» En 2004, il avait fait la narration du documentaire américain If This Is Kosher, qui dénonçait la c r uaut é enver s les animaux dans le processus de cer ti f ication de la viande casher.«Cette fois, c'est autre chose, explique- t-il.Je viens de passer un an à visiter des fermes partout aux États- Unis, des grosses fermes industrielles aux petites fermettes familiales, en passant par les abattoirs.Et j'écris là-dessus, mais j'ignore encore ce que ça va donner.» Quand le nouvel ouvrage osera-t-il envahir les étals?«Croisez vos doigts, mais ne retenez pas votre souffle.Ça pourrait prendre encore un moment.» ENTREVUE / Jonathan Safran Foer Affirmation à l'américaine LES ÉCRIVAINS ET LES PRIMAIRES PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA À 30 ans et seulement deux romans, Jonathan Safran Foer est déjà considéré comme l'un des écrivains les plus en vue aux États-Unis.L'écrivain américain Jonathan Safran Foer a touché plusieurs facettes de l'américanité dans ses romans, abordant le 11 septembre, les enfants de la Shoah, la quête des origines.Après avoir passé la dernière année à visiter des fermes et des abattoirs dans l'Amérique profonde, il s'affiche aujourd'hui comme un partisan de Barack Obama, le «politicien le plus authentique» qu'il ait vu.Pour lui, tout artiste devrait naturellement sentir l'obligation de prendre position.L'élection d'un président noir poserait un baume sur une grande part de ce que l'Amérique a bousillé depuis huit ans. LOUIS-BERNARD ROBITAILLE COLLABORATION SPÉCIALE PARIS \u2014 À propos de la Shoah, on pouvait penser que la somme de Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe (plus de 2000 pages, Folio en trois volumes), était un sommet inégalable.Saül Friedländer, né en 1932 à Prague, réfugié et caché en France pendant la guerre, devenu professeur d'histoire à UCLA, montre qu'on n'a jamais fini «d'interroger la Shoah, ce génocide massif qui fut également un suicide de civilisation».Et le monument dont les éditions du Seuil viennent de terminer la publication en français, un an après sa parution en anglais, constitue un autre chef-d'oeuvre incontournable : l'envers de l'oeuvre de Hilberg, ou le génocide vu par les victimes.Dans un ouvrage remarquablement construit, Friedländer revisite l'histoire politique de l'Allemagne et de l'Europe de 1933 à 1945, mais entrelacée à des destins individuels.Principalement ceux des victimes.Hilberg avait décrit la mécanique monstrueuse, Friedländer, au travers de nombreux journaux personnels et de correspondances privées, lui donne des visages.Des journaux exhaustifs ou fragmentaires, la plupart du temps inédits, méconnus ou publiés sur le tard.Ainsi, le journal de Viktor Klemperer, universitaire à Dresde et philosophe, né en 1881, converti au protestantisme en 1912, ancien combattant de la guerre 14-18.Il est «juif converti» et sa femme est «aryenne», ce qui lui permet d'échapper à la déportation en 1942 contrairement à la quasitotalité des Juifs encore présents en Allemagne.En guise de traitement «privilégié », il est chassé de l'Université en 1934.Voit la montée des interdictions: interdiction des théâtre juifs de monter des pièces «aryennes», aux orchestres de jouer Beethoven et autres compositeurs allemands.En 1938, on lui confisque son permis de conduire.On le force à vendre sa voiture.On confisque sa machine à écrire.On le force à quitter sa maison et à emménager dans une Judenhaus.Il doit rendre son poste radio, a interdiction d'acheter un journal, on lui supprime le téléphone.En 1941, ce sera le port de l'étoile jaune, des restrictions de plus en plus sévères.Des gamins l'insultent dans la rue.Parfois - de plus en plus rarement - il note des marques publiques de sympathie.Comble de l'hallucination : c'est le 12 février 1945, alors que la guerre est irrémédiablement perdue et l'Allemagne envahie, que Klemperer se voit signifier son ordre de déportation.Il est sauvé par les bombardements alliés qui détruisent Dresde les 13 et 14 février.De façon empirique, au travers de textes intimes, parfois naïfs, Friedländer fait revivre de manière très convaincante le climat de l'époque.Comment vivaient et réagissaient des «demi-Juifs» allemands, parfois grands décorés de la guerre de 14-18, et qui ne se croyaient pas menacés par le processus d'extermination.Comment les responsables éminents (et parfaitement assimilés) des communautés juives de France ou des Pays-Bas ont souvent collaboré avec les nazis croyant éviter le pire - et ont euxmêmes fini à Auschwitz.Ce panorama nous montre comment certains Allemands (très minoritaires) ont manifesté leur opposition au nazisme avant de se résigner.Comment, à partir de 1941 et 1942, les récits imprécis, mais nombreux et irréfutables, ont commencé à s'accumuler sur les massacres de masse à l'Est.Les Allemands savaient.Le Vatican et la hiérarchie catholique savaient.Tout comme Churchill, Roosevelt, les dirigeants de la communauté juive américaine, et même les Juifs de Palestine.Parmi les surprises les plus étonnantes de ce grand ouvrage, une critique enthousiaste publiée lors de la Mostra de Venise en septembre 1940 à propos du Juif Süss, le film de propagande antisémite commandé par Goebbels, qui gagnera le Lion d'or cette année-là: «Nous n'avons aucune hésitation à dire que si c'est un film de propagande, alors vive la propagande.C'est un film fort, incisif, efficace.» Le jeune critique italien de 28 ans s'appelait Michelangelo Antonioni.L'ALLEMAGNENAZIE ET LESJUIFS.T.1: LESANNÉESDEPERSÉCUTION, 830 PAGES.T.2: LESANNÉESD'EXTERMINATION, 1020PAGES.Saul Friedländer, Éditions du Seuil.Marc Levy renoue avec l'univers romantique et fantastique qui l'a fait connaître.Le nouveau Marc Levy Suspense, tendresse et humour.Marc Levy nous entraîne au coeur de la relation entre un père et sa fille et nous raconte l'histoire d'un premier amour, celui qui ne meurt jamais.Robert Laffont 3565075A 3563975A QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com BONNE FÊTE DES PÈRES ! Offrez-lui le premier ouvrage luxueux consacré aux plus beaux parcours de golf du Québec.En librairie Plus de 500 photos Textes et photos : Jacques Fortin Photos aériennes : François Fortin 3566427A PLUS LECTURES BIBLIO APEX OU LE CACHEBLESSURE COLIN WHITEHEAD GALLIMARD 202 PAGES, 35,95$ Le héros du dernier roman de Colson Whitehead se définit comme un conseiller en nomenclature.On ne connaîtra jamais ni son nom, ni même son prénom.On saura en revanche qu'il est noir, qu'il affectionne le désordre et l'ironie et qu'il claudique par suite d'une blessure mal soignée au gros orteil.On sait aussi qu'il avait le statut d'une star dans la boîte où on le payait le prix fort pour trouver des noms à des produits de toute sorte.Son chef d'oeuvre: Apex, pour relancer une gamme de pansements qui battait de l'aile.Il a eu la brillante idée de la proposer dans toutes les teintes de brun de manière à ce que les gens de couleur puissent se panser sans que cela paraisse.D'où le titre de ce roman amer-doux Apex ou Le cache-blessure.On apprendra que son ancien patron le convainc de sortir de sa retraite pour une mission spéciale.Renommer la ville de Winthrop, un bourg du sud-ouest des États-Unis, paisible et en déclin.Il s'y rend et découvre petit à petit que la ville, qui doit son nom à l'important fabricant de barbelés du coin, avait été fondée par des esclaves affranchis, mais développée par les Winthrop qui fournissaient les éleveurs blancs de bétail venus profiter de ses pâturages infinis.L'élite locale voudrait la renommer New Prospera et attirer des magasins de renommée, les Noirs auraient peut-être un penchant pour Liberty.Il pense qu'Apex peut à nouveau convenir, mais comment les convaincre ?Roman sur la négritude étatsunienne, Apex est aussi une délicieuse réflexion sur l'art d'habiller la réalité de mots porteurs qui cachent parfois l'essentiel.- Rudy Le Cours AUTOUR D'EUX ANNIE DULONG ÉDITIONS VLB 144 PAGES, 20,95$ La nouvelle a le vent dans les voiles ces jours-ci.Autre titre à se mettre sous la dent, le premier recueil de l'auteure Annie Dulong s'attarde ici à l'étrangeté, celle qui plane parfois au-dessus de nous, attendant le bon moment pour se poser sur notre environnement réel.Ainsi, l'on retrouve un jour d'hiver sa mère perdue dans une ruelle.On découvre que les accidents de voiture sont étonnamment silencieux, que le hurlement d'un chien se juxtapose à l'innommable, que notre coeur est hanté par tous les petits fantômes des êtres que nous avons un jour aimés et que l'on ne trouve rien à dire à quelqu'un qui va mourir.Avec un peu d'effort et d'observation soutenue, on remarque que l'étrangeté plane aussi autour des autres.Il y a cette petite fille qui change subrepticement son nom lorsqu'on le lui demande, cet ami qui connaît par coeur le cimetière et surtout, cet homme qui lutte de toutes ses forces contre ses prémonitions, fondées ou non.Parfois concises, parfois lyriques (parfois carrément minimalistes), les nouvelles de Dulong ne semblent pas toujours enchâssées dans le bon format, comme si l'auteure avait voulu goûter toutes les sauces.Néanmoins, on y découvre avec enchantement un sens de la métaphore indiscutable qui frappe le lecteur jusque dans son propre quotidien.Car chez Dulong, l'étrangeté paraît universelle.Elle n'a pas d'âge, pas de préférences.Elle rôde «autour d'eux », comme autour de nous, sans distinction ni préavis.- Jade Bérubé, collaboration spéciale L'HOMME DU LAC ARNALDUR INDRIDASON MÉTAILIÉ, 348 PAGES, 29.95$ En un peu moins de trois ans, depuis la parution de La Cité des jarres, en 2005, Arnaldur Indridason s'est imposé comme le nouveau chef de file des auteurs de polars scandinaves, allant même jusqu'à supplanter Henning Mankell dans le coeur de plusieurs amateurs.Avec L'homme du lac, quatrième volet des enquêtes du commissaire Erlendur, l'écrivain islandais confirme son immense talent.L'affaire commence par la découverte, sur le fond d'un lac asséché, d'un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques.Pour les besoins de leur enquête, les policiers orientent leurs recherches du côté des ambassades et des délégations des pays de l'ex-bloc communiste, dont le personnel hyper-paranoïaque est soudain frappé de mutisme.A travers ce récit policier, Indridason évoque un chapitre peu connu de l'histoire islandaise.Alors que la guerre froide battait son plein, dans les années 60, de jeunes Islandais idéalistes avaient reçu des bourses d'étude de l'Allemagne de l'Est.Le roman nous raconte le destin tragique de certains de ces jeunes gens qui font la douloureuse expérience d'un système totalitaire où espionner ses proches était chose courante.Fanatisés, certains collaborent avec la police secrète, alors que d'autres veulent dénoncer, à leurs risques et périls, les abus de cette machine répressive.L'un deux finira au fond d'un lac.C'est ce terrible secret que découvriront les enquêteurs après un travail acharné qu'on suit avec grand intérêt.Ajoutons qu'Indridason est un styliste dont l'écriture très sobre contribue à la tonalité tragique de ses romans.- Norbert Spehner, collaboration spéciale ESSAIS La Shoah côté victimes 3566387A Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des pères Fête des Benoît Gignac 24,95 $ «\u2026ça se lit bien, ça se lit vite\u2026» Jean-Christophe Laurence, La Presse Collectif 29,95 $ « un croquis de groupe très original » Stéphane Baillargeon, Le Devoir Alain Dubuc 26,95 $ « pertinent et bien documenté » Gérald Leblanc, La Presse Nathalie Christiaens et Brigitte Thériault 32,95 $ « Un hommage à la paternité » Charlesbourg Express Robert Blondin 26,95 $ « Le livre le plus tripatif de l'année! » Jacques Languirand, Par 4 chemins SRC Joanna Villeneuve 34,95 $ « .se lit comme une véritable lettre d'amour » Pierre Turgeon, La Tribune Philippe Terninck 29,95 $ «\u2026un livre qui passionne tout le monde » Christiane Charette, Christiane Charette SRC Michel Durand 34,95 $ « Un livre pour la suite du monde » Carole Thibodeau, La Presse Tout pour plaire à papa.3566430A PLUS LECTURES AU PIED DE LA LETTRE DANIEL LEMAY POURÉCOSOCIÉTÉ Jérôme Minière, Ève Cournoyer, Tomas Jensen et les Zapartistes participeront jeudi au Kola Note (5240 ave.du Parc, 20$) au spectacle-bénéfice d'Écosociété, petite maison d'édition indépendante contre laquelle la minière géante Barrick Gold a intenté une poursuite pour 6 millions après la publiciation de Noir Canada - Pillage, corruption et criminalité en Afrique, dont Alain Deneault a dirigé la rédaction.Par ailleurs, plus de 3000 personnes ont déjà signé la pétition d'appui à Écosociété qui demande entre autres au gouvernement une loi pour endiguer les poursuites-bâillons (en anglais SLAPP: Strategic Lawsuit Against Public Participation).Pour info: http://slapp.ecosociete.org/.DEUXMOTS.Pour Demains (Écrits des Forges), Rachel Leclerc a remporté le Prix du public du 9e Marché de la poésie de Montréal qui a attiré 6500 personnes le week-end dernier à la place Gérald-Godin (métro Mont-Royal).Robert Lalonde (Espèces en voie de disparition, Boréal) sera l'invité d'Aline Apostolska aux Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, jeudi à 12h30.SOURCES : VLB, Maison de la Poésie, Dimédia, Écosociété.CONTRE L'INFORTUNE Martin Petitclerc, professeur d'histoire de l'UQAM originaire de Shawinigan, a reçu le prix Clio pour le Québec de la Société d'histoire du Canada pour son essai Nous protégeons l'infortune - Les origines populaires de l'économie sociale au Québec (VLB, 2007).Parmi les premiers historiens à se pencher sur le mouvement mutualiste, Martin Petitclerc démontre dans son ouvrage comment, au milieu du XIXe siècle, des institutions comme l'Union Saint-Joseph - dont la devise était justement «Nous protégeons l'infortune » - ont contribué à définir le mouvement ouvrier québécois.Martin Petitclerc PHOTO QUEBECOR MEDIA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Certaine critique savante oblitère parfois les oeuvres qu'elle est censée éclairer.Elle est au service du savant plus qu'à celui de la littérature, celle-ci, le plus souvent, faisant d'ailleurs toute seule son chemin.Quand telle critique a ses écoles, l'écrivain préfère la buissonnière.On peut évidemment examiner une création sous une loupe freudienne ou autre, si la démarche ne prétend pas gommer toute autre lecture.Jacques Beaudry ne cède pas à de tels biais.De toute évidence, il aime les oeuvres dont il traite et il essaie comme tout le monde de comprendre ce qu'elles révèlent de leurs auteurs.Aucune de ses hypothèses n'est nécessairement confirmée et on ne lui en demande pas tant.Seulement cherchera-ton dans son essai des pistes de lecture qui permettent, tout en enrichissant l'histoire littéraire, de se réapproprier les oeuvres.L'essayiste a choisi des écrivains qui ont mal fini.Hector de Saint-Denys Garneau qui ne se suicide pas mais c'est tout comme, car il se lance dans une folle course en canot alors qu'il est physiquement épuisé; Claude Gauvreau, qui se jette dans la rue depuis son appartement de la rue Saint-Denis; Hubert Aquin, qui se tire une balle dans la tête dans les jardins de Villa Maria.Pourquoi ce désastre répété?Par fatigue d'être, avance M.Beaudry, qui résume toute son entreprise dans cette synthèse lumineuse.« La fatigue qui a tué Garneau, Gauvreau et Aquin est le résultat d'un labeur faustien qui les a condamnés tour à tour à concentrer au plus profond de leur seul être ce qui était le partage de tous les autres autour d'eux : la condition de jouet de Dieu (Garneau), de prisonnier des institutions (Gauvreau) ou de condamné à mort (Aquin).» Il y a dans les oeuvres ce qu'on y cherche et l'essayiste n'y a pas manqué, mais sans tomber dans l'interprétation délirante.Ainsi ce qu'il nous donne à relire annonce déjà, avec une transparence que les effets de l'art atténuent à peine, la mort qui s'imposera aux trois écrivains.Ils auront, chacun à sa manière et jusqu'à l'épuisement, lutté contre le fatum qui les écrasait.Il est troublant de visiter ses morts, surtout quand ils ont déposé en soi des traces qui semblent indélébiles.À travers Garneau, je revois tous ceux que l'idée de Dieu, au lieu de les mener au paradis, a précipités dans l'univers morbide de la faute.Songeant à Gauvreau, je ne peux oublier ses vociférations lyriques, lors de notre dernière rencontre chez lui, là-même où il allait bientôt se taire pour toujours.Et souvent, sortant de chez moi, je jette un regard vers la longue allée de la Villa Maria et j'ai une pensée pour ce beau monstre de culture qu'était Aquin.- Réginald Martel LA FATIGUED'ÊTRE Jacques Beaudry Hurtubise HMH, 144 pages, 18,95$ La fatigue d'être qui tue CÉLÉBRITÉS.Vous a Vez un é Vénement à célébrer ?tous les dimanches dans La Presse Composez le (514) 285-7274 appels interurbains (sans frais) 1 866 987-8363 celebrites@lapresse.ca celeb_08/05/08 THÉRÈSE LEBOEUF LOZEAU 85 ans le 3 juin Cet événement se souligne.Bravo à toi ! Avec tout notre amour et notre admiration Tes enfants, leurs conjoints et conjointe, tes petitsenfants et arrière-petits-enfants.XXX YOLAndE ET ROBERT RivET 50e anniversaire de mariage Le 14 juin, 2008 Bravo pour ce beau parcours! On vous embrasse! Ronald, Anabela et Emily, France et Serge, Sylvain, Judith, Rachel et Arianne LOUiSE d AvELUY GAGn On 90 ans Toutes nos félicitations chère Louise pour tes 90 ans.Avec toute notre affection Paule, Danielle, Gabriel et tous les Daveluy CLAiRE SOUCY Être mère de famille, c'est très bien.Travailler en même temps, c'est excellent.Y ajouter l'obtention d'une maîtrise en travail social, c'est extraordinaire.Le titre de son mémoire : «Le pouvoir décisionnel des femmes âgées en ressources intermédiaires de la Montérégie».Félicitations Claire pour l'obtention de ta maîtrise.Ton époux.dR THAnH Li Em nGUYEn Félicitations pour l'obtention de ton diplôme en médecine podiatrique et l'ouverture de la Clinique Podiatrique Berri.Danielle, Marie, Jeff, Simon, Suzie, Michel et Alexandre mATHiEU CHAREST Félicitations! pour avoir obtenu brillamment un doctorat en criminologie.Nous soulignons avec admiration toutes ces années d'efforts, de persévérance et de courage.Nous sommes très fiers de toi.Ta famille; Agathe, Jacques, Isabelle et Mitch et ta belle Isabelle.LÉOn FRAdETTE Bonne fête des Pères Léon, tu es formidable et nous t'aimons beaucoup.Tes enfants Mario, Angèle, Benoit, Jean-Pierre et Myriam, tes petits-enfants.Steve, Joey, Sophia, Jeanne, Mathilde, Inès et tous les autres pour qui tu agis comme un père.KYOSHi PASCAL SEREi Après un examen officiel qui a eu lieu en France devant plus de mille spectateurs et en présence du comité des grades de la World Kobudo Federation, Pascal Serei a été élevé au rang de 8e Dan d'Aiki Ju-Jitsu, une première pour le Québec.L'Association de Nintai Aiki Ju-Jitsu du Québec lui adresse ses félicitations 514-766-9766 1-800-565-9766 AMNISTIE INTERNATIONALE Devenez membre du Club de la Vigilance Aidez-nous à diminuer les disparitions d'enfants en appuyant les programmes de recherche des enfants portés disparus d'Enfant-Retour Québec 1 888 692.4673 www.enfant-retourquebec.ca PLUS LECTURES LITTÉRATURE CANADIENNE Parmi les sagas les plus connues et les plus appréciées au pays, il y a l'histoire de la Grande Famine en Irlande en 1847, et l'exode des paysans affamés vers l'Amérique.Ces Irlandais, on le sait, ont donné un grand coup de main à la construction de notre pays, notamment à Montréal.Si vous désirez savoir d'où sont partis les Ryan, Gallagher et autres Québécois à racines irlandaises dans votre entourage, ce roman de Peter Behrens, Montréalais de naissance, vous mettra sur le bon chemin.Autre fait : si jamais vous êtes tenté d'abriter sous la même enseigne les Anglais et les Irlandais, du seul fait qu'ils parlent l'anglais - quoique ce ne fût pas toujours le cas - La loi des rêves vous aidera à vite corriger le tir.Au XIXe siècle, pour les Anglais propriétaires des grandes terres, leurs paysans irlandais valaient moins cher que leurs chevaux de traite.Et les Irlandais vouaient à leurs maîtres une haine qui brûle intensément encore aujourd'hui.Ce roman raconte l'histoire de Fergus, un jeune homme qui perd famille et foyer à la suite de l'épidémie qui frappe la culture de la pomme de terre.Puisque toute l'Irlande pratiquait cette monoculture, il n'y avait tout simplement rien à manger.Les propriétaires mettaient leurs paysans dehors, la maladie s'est installée.Fergus se retrouve bientôt orphelin.On l'accueille dans un asile guère mieux qu'une prison, mais le garçon a soif de liberté.Il s'en évade et tombe sur un groupe de révoltés, les «garçons de la tourbière», dont le leader est une fille qui s'est donné le nomde guerre de Luke.Le plan de Luke est simple: se venger.Son groupe s'attaque à des fermes propriétés d'Anglais, y compris celle des Carmichael, les mêmes qui ont expulsé la famille de Fergus.La vengeance laisse la place à l'amour aussi, car Luke apprendra à Fergus que le feu de la révolte mène aussi à l'ardeur amoureuse.Les scènes d'amour, tout au long de ce roman, ne nient pas du tout le côté animal de la chose.La loi des rêves s'apparente à un road novel.Fuyant la police après l'attaque contre les Carmichael, Fergus passe en Angleterre et se réfugie dans un bordel.De là, ce sont les chantiers du chemin de fer, et le prochain pas, c'est l'exil vers l'Amérique.Les scènes à bord du bateau sont saisissantes comme, d'ailleurs, toutes les étapes de ce roman initiatique.La plume de Behrens passe sans faute du lyrisme au bestial, et nous suivons avec plaisir le grand voyage de Fergus jusqu'à Montréal.- David Homel, collaboration spéciale La loi des rêves Peter Behrens, traduit par Isabelle Chapman.Christian Bourgois, 574 pages, $34,95 Les Irlandais et les Québécois "]
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