La presse, 17 novembre 2001, B. Plus
[" 6LP1201B1117 b01 samedi 17 novembre 6LP1201B1117 ZALLCALL 67 02:18:45 11/17/01 B 6LP1101B1117 b02 samedi 17 novembre 6LP1101B1117 ZALLCALL 67 02:15:43 11/17/01 B 6LP1001B1117 b03 samedi 17 novembre 6LP1001B1117 ZALLCALL 67 02:15:37 11/17/01 B 6LP0901B1117 b04 17 novembre 6LP0901B1117 ZALLCALL 67 02:15:28 11/17/01 B Le Coran éternel Quand des catholiques pensent au Nouveau Testament, la première phrase qui leur vient à l'esprit est souvent : « Aimez-vous les uns les autres.» Qu'en est-il chez les musulmans ?Le Coran a-t-il lui aussi des versets clés ?La Presse a posé la question à un spécialiste du Coran de l'Institut d'études islamiques de l'Université Mc Gill, Issa Boullata.Le professeur Boullata n'est pas musulman, mais le rite chrétien orthodoxe qu'il suivait dans sa jeunesse à Jérusalem est en langue arabe.Pour lui, il n'y a aucun doute : le premier chapitre, ou sourate, du Coran, est crucial.« La première sourate, Fatiha ou Prologue, est récitée 17 fois par jour, au fil des cinq prières quotidiennes, explique M.Boullata.Et son premier verset est reproduit au début de 113 des 114 sourates du Coran.» Au fil du Prologue, les êtres humains demandent à Dieu de les aider à s'accepter entre eux, et à L'accepter comme l'autorité au jour du Jugement dernier.Le Coran est déconcertant pour un Occidental.« Le style d'une sourate peut changer brusquement d'un verset à l'autre, même si le message sous-jacent demeure, dit M.Boullata.Les versets d'une même sourate n'ont pas été révélés en même temps ; parfois, leur révélation a duré cinq, dix ans.» La révélation du Coran à Mahomet a duré 23 ans.Quand un verset lui était communiqué par l'ange de Dieu, le prophète le répétait à ses disciples.Ces derniers l'apprenaient par coeur.Certains fidèles notaient leurs versets favoris sur des omoplates et peaux de chameaux, des feuilles de palmiers.Un an après la mort de Mahomet, en 633, la bataille de Yamamah marque le début de l'invasion islamique de l'Empire byzantin.Mais le premier calife, Abou Bakr, est inquiet : de nombreux compagnons de la première heure de Mahomet sont morts à Yamamah.Disparaissent avec eux autant de copies orales du Coran.Pour éviter que le Coran ne soit oublié, Abou Bakr demande à un jeune scribe, Zaïd ibn Thabit, de fusionner les différentes versions du Coran.Mais le troisième calife, Outhman, se rend compte que conserver précieusement la compilation d'Abou Bakr ne suffit pas.L'empire musulman s'étend sur des pays aux langues différentes, et des dissensions apparaissent entre les versions mémorisées.Outhman charge ibn Thabit d'amalgamer les différentes variantes du Coran.Vers 650, la recension d'Outhman est née et distribuée dans les six provinces du monde islamique.Elle s'impose définitivement.À peine a-t-elle été peaufinée en 1923 par l'Université Al-Azhar, du Caire, pour établir un standard d'imprimerie.Pour éteindre les dissensions, Outhman fait brûler les autres versions, notamment une version compilée par le gendre de Mahomet, Ali.Cet épisode a enflammé les imaginations : de nombreuses légendes de « sourates disparues » ont fasciné écrivains et orientalistes.Longueur décroissante À la fin du VIIe siècle, une nouvelle graphie arabe a été introduite pour faciliter la lecture des nombreux convertis pour qui l'arabe était une deuxième langue \u2014 et éviter les mauvaises interprétations.Néanmoins, les lecteurs des différents pays ne parvenaient toujours pas à réciter le Coran comme en Irak, longtemps la capitale de l'arabe pur.Depuis le Xe siècle, sept « lectures » coraniques sont donc permises ; elles diffèrent par les liaisons entre consonnes et voyelles, les pauses, et de légers points de détail.Les sourates de la recension d'Outhman ne sont pas présentées en ordre chronologique, mais grosso modo en longueur décroissante : les plus longues au début, les plus courtes à la fin.L'ange qui révélait les versets à Mahomet précisait dans quelle sourate les placer.Au début du siècle dernier, des orientalistes allemands ont analysé les versets du Coran pour déterminer lesquels avaient été écrits en premier.Les analyses allemandes ont identifié deux phases : La Mecque jusqu'en 622, Médine entre 622 et 632.Les sourates de Médine sont en général plus longues, et donc placées au début du Coran ; les sourates de La Mecque sont plus poétiques, spirituelles.En général, on considère qu'ont été révélés en premier les six premiers versets de la 96e sourate, Alaq ou Adhérence, qui explique que la conception humaine est l'oeuvre de Dieu.Les orientalistes qui étudient cette évolution du Coran doivent prendre des pincettes.Pour les musulmans, on ne peut analyser le Coran comme la Bible, parce qu'il est la voix de Dieu.Il n'est donc pas possible d'étudier le Coran avec les outils d'analyse stylistique développés pour la Bible, selon plusieurs experts musulmans.En fait, explique M.Boullata, la seule mention de l'écriture du Coran est sacrilège : le Coran est éternel.« La récitation du Coran, qui « rend présente » la parole de Dieu, a parfois été comparée à l'eucharistie catholique, qui « rend présents » le corps et le sang du Christ », explique Jane Dammen Mc Auliffe, islamologue et rectrice d'un collège de l'Université Georgetown à Washington, qui a supervisé la rédaction de l'Encyclopédie du Coran, un projet international dont la publication vient de commencer.L'équivalent musulman de la Bible serait plutôt la collection des maximes et gestes de Mahomet, les hadiths, littéralement « traditions », qui ont été rapportés par ses proches.Ils ont été recensés, et classés selon la crédibilité des sources, au fil des VIIIe et XIVe siècles.Première sourate, Fatiha « Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.« Louange à Allah, Seigneur de l'univers.« Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, Maître du Jour de la rétribution.« C'est Toi Seul que nous adorons, et c'est Toi Seul dont nous implorons secours.« Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.» 6LP0801B1117 b05 samedi 17 novembre 6LP0801B1117 ZALLCALL 67 02:15:19 11/17/01 B PORTRAIT Asma Omar Canadienne, 11 ans J'AI 11 ANS et je suis née au Québec de parents palestiniens.Je suis allée trois fois en Palestine.La première image qui me vient quand je pense à mes séjours là-bas, c'est celle de cette énorme glissade d'eau.Je me souviens bien aussi qu'il y avait de belles montagnes avec de jolies fleurs.J'aimerais beaucoup aller à la guerre pour y être tuée, parce que ça m'assurerait d'aller au paradis.Si j'avais un gros fusil et un Israélien devant moi, par contre, jamais je ne pourrais le tuer parce que tout le reste de ma vie, je me sentirais trop mal.Quand j'écoute les nouvelles, j'ai toujours très peur quand j'entends les mots Gaza et Washington parce que j'ai des tantes et des oncles dans ces deux villes.Dans chaque prière, je demande à Allah de nous les garder.Je n'arrive pas à croire que ce soient des Afghans qui aient fait cela.Voyons ! À la télévision, les Afghans ont l'air pauvres et ils vivent dans des tentes.Où trouveraientils l'argent pour les bombes ?Chose certaine, que ce soit un musulman ou un Québécois qui ait fait cela, je pense qu'il devrait être tué.Cette personne- là n'a-t-elle pas pensé que par son geste, elle allait aussi tuer des gens de son propre sang ?Au lendemain des événements du World Trade Center, ma soeur pleurait et ne voulait pas aller à l'école.Moi aussi, j'avais très peur parce que je pensais qu'ils viendraient faire exploser notre école.À la mosquée, Monsieur Bourque (Pierre) est venu nous parler, et après, je n'ai plus eu peur.J'ai beaucoup d'amies québécoises.Après le 11 septembre, j'ai appelé ma meilleure amie québécoise et je lui ai dit que sûrement elle ne voudrait plus me parler.Elle m'a plutôt dit qu'elle savait bien que je n'avais rien à voir avec ce qui était arrivé et qu'elle savait bien que je n'avais pas de bombe.Je suis très fière de porter le voile.Pour moi, le matin, c'est aussi naturel que de me mettre un chandail.Si l'on voulait m'empêcher de le porter, je préférerais mourir.Le voile, ça me rapproche du Dieu.Ça n'a rien à voir avec la condition de la femme.Ma mère a déjà porté la burqa et mon père voudrait que je la porte.Il n'en est pas question.C'est déjà assez chaud comme ça, le voile ! Ma chanteuse préférée, c'est Britney Spears, même si je trouve qu'elle devrait s'habiller davantage.À la maison, nous n'avons que deux cassettes de films arabes parce que ces films sont dans l'arabe des prophètes alors que tout le monde parle l'arabe Adi.Nous regardons donc surtout des films américains.J'adore les films d'horreur ! Depuis cette année, je fréquente une école musulmane.Je l'aime beaucoup mieux que mon ancienne école.Tout y est plus respectueux, les élèves sont plus polis entre eux et nous n'avons pas le droit de dire de mauvais mots.Mon école est différente des écoles régulières surtout parce qu'on y enseigne l'islam trois heures par semaine et aussi l'arabe, qui est très difficile à apprendre.Pour le lire, aucun problème, mais pour l'écrire, c'est une autre histoire.Ce que je préfère, ce sont les mathématiques.Plus tard, je veux être professeur.Art et interdépendance culturelle « Et ils dirent : Glorifiez Dieu et proclamez sa grandeur en le magnifiant.» Coran VII, 111.L'élan artistique du monde musulman on le doit, noblesse oblige, à Mahomet.Fuyant en l'an 622 l'hostilité grandissante des habitants de La Mecque, en Arabie, il trouve refuge à Yatsrib, qui devient « Madinet en Nabi » (la ville du Prophète) ou « El Madina » (Médine).Son premier souci est d'y édifier une mosquée.« Il s'agit du premier geste architectural islamique, dit Dominique Clévenot, spécialiste de l'art islamique à l'université de Toulouse, en France.La mosquée était faite d'un mur en briques sèches délimitant un espace carré avec trois portes.Le prophète fixa la direction de la prière vers Jérusalem avant de la reporter vers La Mecque.» Directeur de la communication à l'Institut du monde arabe (www.imarabe.org), à Paris, Philippe Cardinal, estime que l'art islamique a accompagné la naissance d'une culture particulière.« Jusqu'à la naissance de l'islam, les Arabes ne sont guère qu'un peuple de tribus éparses vivant dans la péninsule arabique, dit-il.L'islam et la révélation coranique ont été un point de départ, le début d'une réforme.» Quand l'islam a débordé l'Arabie, la mosquée (en arabe, mesdjid : lieu où l'on adore) a adopté des éléments architecturaux byzantins héritiers des modèles grecs et romains.« La force de l'islam est de se superposer sur les cultures, ajoute Sami Aoun, professeur d'histoire et de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke.Elle a un véritable génie de l'emprunt.Car l'islam originel, il faut le dire, était très monotone.Pour se distraire, les Irakiens musulmans fréquentaient des fêtes chrétiennes ! » M.Clévenot précise qu'il n'y avait pas de minaret en Arabie.Le minaret est apparu tardivement en Syrie au IXe siècle.On pense qu'on a copié le clocher syrien, mais il pourrait s'agir aussi d'une reprise de l'architecture militaire avec la tour de guet.Le monde musulman est alors constitué de populations diverses aux traditions locales fortes.« L'architecture andalouse et celle de l'Asie centrale sont complètement différentes », dit M.Clévenot.(voir site http : islamfrance.free.fr) L'art islamique est à son apogée entre les VIIe et XIXe siècle.L'ornementation en est une caractéristique.Elle favorise la géométrie, une discipline fondamentale du monde arabe qui dame alors le pion à l'Occident avec l'algèbre, la trigonométrie et la découverte du zéro (sifrone en arabe, mot qui donnera chiffre en français.Voir http : quidfrance.com/WEB/MATH/ Q005890.HTM) « L'art musulman tient beaucoup de l'art byzantin, dit Sophie Makariou, conservatrice au département des antiquités orientales du musée du Louvre.Il y a ce même goût pour une sorte d'harmonie du monde avec des réseaux géométriques qui s'étendent à perte de vue.» L'ornementation faite de feuillages entrelacés a donné le mot arabesque (propre aux Arabes).« Cet art a horreur du vide, dit M.Clévenot.Les musulmans sont très doués pour organiser les surfaces, il n'y a qu'à regarder les tapis par exemple.La forme la plus achevée de l'art islamique est la calligraphie, l'écriture de ce graphisme si particulier de droite à gauche.Les caractères arabes sont révérés par tous les musulmans et les calligraphes tenus en haute estime.« C'est l'art privilégié de l'islam, dit M.Aoun, car il est interdit aux musulmans de dessiner ou de peindre des faciès.En effet, il n'y a pas de peinture figurative ou d'art statuaire réalisés par des musulmans.Aucune figure n'est représentée dans le livre sacré ni dans les lieux de prière.Rejetant les idoles du passé, Mahomet a opté pour une religion iconoclaste.« Peindre ou sculpter c'est usurper le pouvoir de Dieu », dit Lynne Thorton, experte européenne en peinture orientaliste (http : orientaliste.free.fr/).Toutefois, certains artistes ont bravé l'interdit, notamment l'artiste irakien Al- Wassîtî, qui illustra la situation sociale de son pays en 1237 (voir www.perso.ch/slaibi/ art\u2014islamique.htm).La calligraphie accompagne les arabesques et décore les livres, les mosquées, les pierres tombales, les armes, les tissus, les tapis, le bois sculpté et les céramiques (voir http : kitab.free.fr/media/doc/ arts/txt\u2014callig.html).Elle est encore très vivante aujourd'hui.Les calligrammes du plasticien tunisien Nja Mahdaoui enjolivent des manuscrits, des robes et.des avions.On lui doit l'habillement stylé du fuselage de toute la flotte d'avions de Gulf Air à l'occasion du 50e anniversaire de la compagnie aérienne du Golfe Persique (www.nja-mahdaoui.com).« Il a récemment exprimé le côté sensuel de la calligraphie en la comparant aux mouvements du corps de la femme », explique Neyla Chehimi, membre du comité organisateur du dernier Festival du monde arabe (FMA).Autre expression de l'art islamique, les céramiques émanent d'un artisanat qui a plus de 3000 ans.On en trouve dans tous les pays musulmans.« Les céramiques marocaines et andalouses ont des motifs le plus souvent géométriques alors que la céramique est plus florale ou figurative en Iran, avec des oiseaux et des couleurs très diversifiées », dit Gérard Degeorge, professeur d'histoire du monde arabe et d'architecture islamique à l'École d'architecture de Paris-la-Seine.« Fin XVIIe, début XVIIIe marque la fin de l'art islamique, dit M.Clévenot.Il n'y a plus de grandes innovations.On reproduit les modèles anciens.» Les soldats de Napoléon foulent les sables égyptiens en 1798.Scientifiques, peintres et écrivains découvrent « l'Orient ».La technique européenne et la colonisation vont transformer le monde musulman tandis que l'Occident se nourrira de la science, de l'humanisme et de la philosophie de l'islam.Selon M.Cardinal, les Arabes n'ont pas pris à ce moment-là « le tournant de la modernité ».Il raconte que les premiers Arabes venus visiter l'Europe ont découvert le chemin de fer avec émerveillement mais qu'en même temps, ils se moquaient des Européens car ils ne voyaient pas le progrès que représentait le train.Pour eux, il ne s'agissait que d'un jouet.Mais aujourd'hui, alors que communications et cultures ont brisé les frontières, les pays musulmans foisonnent d'artistes dans tous les domaines.Et comme les nombreux emprunts de mots arabes (jupe, soda, pyjama, khôl, matelas, tasse, carafe, hasard, échec, alcôve, etc.), ils font souvent partie de notre quotidien, de la musique qu'on écoute, des livres qu'on lit, des expositions que l'on fréquente.« Moi, je suis chrétien mais je suis aussi musulman de culture car je suis né au Liban, dans un milieu imprégné de culture musulmane, dit Joseph Nakhlé, directeur du FMA.Le métissage est partout aujourd'hui : dans les arts, la façon de s'habiller, etc.Il y a encore des démarcations politiques mais elles ne sont plus culturelles.» « Pour moi, les Arabes sont constitutifs de la civilisation occidentale, dit Philippe Cardinal.Pendant toute une période de l'Histoire, les arts et les sciences se sont constitués dans le monde arabe.Quand Bagdad et Cordoue étaient à leur apogée, il n'y avait rien en Europe, ni cathédrale ni bâtiments en dur depuis les Romains.Les Arabes sont à l'intérieur de l'Occident, car ils partagent le monothéisme et l'articulation de l'esprit autour de la pensée grecque qu'ils ont pris en compte comme nous.» « La force de l'islam est de se superposer sur les cultures.» 6LP0701B1117 b06 samedi 17 novembre 6LP0701B1117 ZALLCALL 67 02:14:14 11/17/01 B Myriam Paris-Boukdjadja Québécoise, avocate PORTRAIT Les femmes et l'Islam JE SUIS NÉE AU Québec, d'un père algérien et d'une mère québécoise convertie à l'islam.Je suis avocate spécialisée en droit de l'immigration.Combien de montages ai-je vu à la télévision montrant successivement l'image du World Trade Center s'écroulant et, tout de suite après, celle d'un musulman en prière ?Ça m'a mis hors de moi.J'ai vraiment aimé la réponse qu'a servie Muhammad Ali à la journaliste qui lui demandait comment il se sentait de partager la même foi qu'Oussama ben Laden.Du tac au tac, il lui a répondu : « Et vous, de partager celle d'Hitler ?» Sa réponse résume ma pensée : aucune comparaison n'est possible entre les croyances d'Oussama ben Laden et les miennes.L'Islam, ce n'est pas nécessairement une femme voilée et un homme barbu.Par la force des choses, depuis le 11 septembre, mes origines arabes ressortent plus que jamais.Comment pourrait- il en être autrement à l'heure où l'on ne cesse de nous montrer du doigt ?Je crains qu'à force d'ostracismes, certaines personnes bien intégrées se replient sur ellesmêmes, traversent une crise d'identité et se disent : « Les Canadiens et les Américains me rejettent, je dois donc être musulman et seulement musulman.Les sanctions contre l'Irak et le sort fait aux Palestiniens expliquent peut-être le geste des extrémistes, mais ne l'excusent certainement pas.Et quand j'entends ben Laden demander à tous les musulmans de se rallier à lui pour dénoncer ces injustices, je me dis que ce sont plutôt tous les êtres humains ayant à coeur les droits fondamentaux qui devraient se réveiller.Plusieurs peuples sont victimes d'actes répréhensibles : les Tibétains, les Ougandais.Les exemples ne manquent pas.Voilà qu'Israël s'attaque maintenant à des écoles et des hôpitaux, à la veuve et l'orphelin.Comment comprendre que d'un côté, on accepte l'amplification des frappes d'Israël contre les Palestiniens sans intervenir alors que, de l'autre, nous avons la bénédiction internationale pour bombarder l'Afghanistan Dans mon milieu, personne ne s'étonne de ce que je sois musulmane et avocate.Je n'ai essuyé des remarques déplacées qu'une seule fois, il y a deux ans.Je représentais des clients dans un dossier de financement d'entreprise et nous étions tous autour d'une table.À brûle-pourpoint, le banquier (non musulman) m'apostrophe : « Vous êtes musulmane et vous ne portez pas le voile ?» J'étais là en tant qu'avocate, dans le cadre de relations professionnelles.En quoi le port du voile étaitil pertinent à notre affaire ?L'Islam n'est en rien un frein à l'épanouissement de la femme.Khadidja, l'épouse de Mahomet, était elle-même une femme d'affaires prospère.Dans l'Islam, la femme est l'égale de l'homme.Le Coran, tout comme la Bible et la Torah, a cependant généré toutes sortes d'interprétations.Quant à la polygamie, elle s'est inscrite dans un contexte très précis, celui de la guerre.Ce que nous considérons aujourd'hui comme dégradant fut autorisé à l'époque pour donner un statut et des droits à de nombreuses veuves et à leurs enfants.Quand j'étais plus jeune, l'islam m'apparaissait comme une liste de restrictions.Sur les sorties et les « chums », je trouvais mon père vraiment sévère.Avec le temps, à force de côtoyer des jeunes d'autres communautés culturelles, comme les Grecs et les Italiens, j'ai réalisé que je vivais finalement la même chose qu'eux.Aujourd'hui, maintenant que je suis adulte, j'ai des échanges très stimulants avec mon père sur l'islam.Mohammed a 24 ans et il aime secrètement une femme depuis un an et demi.Chaque rencontre, chaque heure volée font l'objet de mensonges savants pour tromper l'entourage.Ce qu'ils font est dangereux.Si son amie se fait prendre, elle sera déshonorée, privée de sa liberté et plus personne ne voudra la marier.Elle sera exclue de la société.Notre collègue, qui rentre du Pakistan, nous raconte son histoire.Mohammed vit à Islamabad, la capitale du Pakistan, mais sa famille est de Quetta, une ville conservatrice située tout près de l'Afghanistan.Là-bas, on ne badine pas avec le mariage et l'honneur des femmes.Mohammed vient d'un milieu bourgeois, il a été à l'université et il détient une maîtrise en relations internationales.Son amie, elle, a grandi dans une famille respectable à Islamabad.Ils ne sont pas libres de s'aimer à cause de leur religion, l'islam, explique Mohammed.« Ce que nous faisons est immoral », dit-il, bouleversé.Il raconte les détails de son aventure amoureuse avec beaucoup de fébrilité et un immense sentiment de culpabilité.Assis sur le bord de sa chaise, il se mord les lèvres et parle très vite.Il se sent piégé, malheureux.Il sait que son histoire d'amour finira mal.C'est écrit dans le ciel pakistanais.Au Pakistan, les mariages sont arrangés, mais les moeurs ont évolué.Désormais, dans les familles éduquées, une jeune fille peut refuser d'épouser l'homme choisi par ses parents s'il ne lui convient pas du tout.« Chez nous, précise la secrétaire d'État à la Condition féminine du Pakistan, Perveen Qadir Agha, nous tombons en amour après le mariage.» Combien de Pakistanais vivent un amour clandestin, une liaison dangereuse ?Peu, affirme Mohammed.Le poids de la religion tue dans l'oeuf toute tentative de révolte, tout élan du coeur.L'islam est là pour les rappeler à l'ordre.Mais le drame de Mohammed et de son amoureuse est bien léger si on le compare au sort de la majorité des Pakistanaises.Selon la Commission de surveillance des droits humains (Human Rights Watch), 90 % des femmes sont victimes de violence conjugale et les crimes d'honneur montent en flèche.Si une femme déshonore sa famille en se comportant de façon immorale, son mari ou son frère peut la tuer.Souvent, la police ferme les yeux avec complaisance.Chaque année, 1000 femmes sont ainsi sacrifiées au nom de l'honneur.À la défense de l'islam De nombreuses femmes prennent la défense de l'islam et s'insurgent contre les critiques des médias occidentaux.« Est-ce que les musulmanes vont en Occident pour dire aux femmes que leurs jupes sont trop courtes, demande Mme Qadir Agha ?Bien sûr que non.Alors pourquoi l'Ouest dénonce-til la burqa des femmes afghanes ?L'islam nous donne tellement de droits.En Occident, les hommes ne respectent pas les femmes parce qu'elles veulent être traitées sur un pied d'égalité.» Salma Kiane, aussi, défend les valeurs islamiques.Elle est médecin et elle travaille dans un hôpital d'Islamabad.Elle a une fille de 14 ans, Fatima.C'est elle qui va lui choisir un mari, mais Fatima doit approuver son choix.« L'amour n'est pas un critère pour réussir un mariage, explique la mère.Ce n'est pas une valeur importante dans notre société et nous n'encourageons pas l'expression de ce sentiment.Ce qui est important, c'est le respect.» D'autres femmes, par contre, dénoncent l'islam et elles essaient de comprendre pourquoi les pays musulmans les traitent aussi durement.« La charia, la loi islamique, explique beaucoup de choses, souligne Samina Imtiaz, porte-parole d'un petit organisme non gouvernemental à Islamabad, le Fazal Dad Human Rights Institution.Les mollahs ont pris des versets controversés du Coran et ils en ont fait une interprétation tordue et biaisée qui les arrange.La société musulmane est dominée par les hommes.« Mais il y a aussi d'autres facteurs, ajoute-t-elle.La plupart des pays musulmans appartiennent au tiers-monde, ils sont pauvres et souvent ignorants.Les femmes en subissent les contre-coups.» La charia n'est pas tendre avec les femmes.Elle prévoit, entre autres, des châtiments corporels, dont la flagellation et la lapidation, leur exclusion aux postes de commande et leur soumission au monde des hommes.« Les femmes qui vivent dans les pays musulmans soufrent beaucoup, affirme une avocate d'Islamabad, Farhana Khan.Au Pakistan, la vie privée \u2014 le divorce, la garde des enfants, le mariage \u2014 est régie par la charia.Si une femme qui a été violée veut porter plainte, par exemple, elle devra présenter en cour le témoignage de quatre hommes musulmans prêts à jurer qu'ils ont tout vu.» Mais au-delà de la charia, il y a l'éducation.Et elle commence au berceau.« Lorsqu'une femme est enceinte, le couple souhaite avoir un garçon, dit Samina Imtiaz.La discrimination entre les garçons et les filles commence dès le tout jeune âge.Le garçon, par exemple, a les meilleurs morceaux de nourriture, il a tous les droits et les parents investissent dans son éducation parce que, plus tard, il sera le pourvoyeur de la famille.» « Les filles, elles, apprennent très vite à être soumises, poursuitelle.Et le plus désolant dans tout cela, c'est que ce sont les mères et les tantes, c'est-à-dire les femmes, qui rentrent ça dans la tête de leurs enfants.» Photothèque La Presse L'application stricte du code vestimentaire imposé aux femmes musulmanes dans certains pays du Golfe donne lieu à des scènes étonnantes.Des femmes voilées de noir des pieds à la tête accompagnées de leurs enfants prennent un bain de mer au Koweït sous un soleil de plomb pendant que, sur les mêmes plages koweïtiennes (photo du bas), des femmes déambulent en bikini. 6LP0601B1117 b07 samedi 17 novembre 6LP0601B1117 ZALLCALL 67 02:13:56 11/17/01 B PORTRAIT Yolande Geadah Québécoise d'origine égyptienne LE 11 SEPTEMBRE, j'avais la gorge serrée et l'estomac noué devant les images hallucinantes de grappes humaines accrochées aux fenêtres de ces gigantesques tours du World Trade Center.D'un côté, j'étais indignée qu'une telle catastrophe puisse être l'oeuvre délibérée de mains d'hommes et non pas un caprice de la nature.D'un autre côté, j'espérais que le réveil brutal causé par cette folie meurtrière puisse servir à quelque chose.J'ai été déçue.Déçue des discours transmis par les médias.En colère aussi devant le refus obstiné de remettre en cause les politiques extérieures américaines qui sont à la base de tout ce gâchis.En tant que femme arabe, je suis profondément choquée devant le principe du deux poids deux mesures.Pourquoi les termes « terrorisme », « assassinat », et « fanatisme religieux » ne sontils jamais accolés aux actes de violence exercés par les autorités israéliennes ou les colons juifs intégristes, tout aussi fanatiques que les islamistes ?Pourquoi les médias parlent-ils alors de « représailles » ou d'« accrochages » en prenant soin d'ajouter des justifications aux attaques israéliennes ?En escamotant les causes véritables de la violence et de la colère du côté arabe et musulman, on en vient à démoniser tout un peuple et toute une civilisation.En ce moment même, Israël profite de la diversion causée par les événements tragiques de New York et la guerre contre l'Afghanistan pour augmenter sa répression contre les Palestiniens, les dépossédant de leurs terres et de leurs maisons et ce, au milieu de l'indifférence internationale.Le cri du coeur « Nous sommes tous Américains ! » repris par plusieurs au lendemain de l'attentat résonne étrangement à mes oreilles.Il évoque pour moi les slogans des islamistes visant à rallier à leur cause l'ensemble du monde musulman : « Nous sommes tous musulmans et l'Occident est notre ennemi ! » Ce cri de ralliement basé sur la seule appartenance religieuse, ethnique ou nationale, cache une idéologie simpliste et démagogique qui me fait peur.Cette solidarité primaire sert à escamoter les débats de fond et à étouffer tout esprit critique.Comment oublier, dernièrement, la volonté générale manifestée pour sauver les deux statues de Bouddha que les talibans s'apprêtaient à dynamiter ?Voilà qui contraste fortement avec le mutisme et l'inertie totale face aux politiques génocidaires des talibans à l'endroit des femmes afghanes.Serait-ce que les femmes sont moins importantes aux yeux de l'opinion publique que des statues ?Empêchées de s'instruire, de travailler, de se soigner ou de sortir de chez elles, les femmes afghanes sont pratiquement prisonnières dans leur propre maison.Plusieurs d'entre elles, chefs de famille, sont réduites à la mendicité ou à la prostitution.Incapables de supporter leur sort actuel, elles sont nombreuses à sombrer dans la dépression et à se suicider.Cette politique inhumaine se poursuit depuis des années, sans que la communauté internationale juge nécessaire de se mobiliser pour y mettre fin.L'inertie des puissances occidentales est d'autant plus scandaleuse qu'il s'agit de régimes politiques soutenus par ceux qui se prétendent les défenseurs des droits des femmes.N'est-il pas grand temps de se donner les moyens politiques nécessaires pour protéger les droits fondamentaux des femmes, comme on sait si bien le faire dès qu'il s'agit de défendre des intérêts commerciaux et notre sécurité nationale ?Photothèque La Presse Deux leaders du monde musulman, deux époques radicalement différentes : l'Ayatollah Khomeyni, feu le père de la révolution islamiste en Iran, qui a tourné le dos à l'occident, et le roi Abdallah II de Jordanie, considéré comme un jeune leader plus ouvert aux mondes non musulmans.Un siècle de hauts et de bas avec l'Occident Quelques républiques ont certes basculé dans le giron occidental : l'Égypte de Sadate et Moubarak, la Tunisie de Ben Ali, le Liban sous la Paix de Taëf, l'Algérie post-guerre froide.L'OLP même campe, depuis Oslo, à l'ombre des États-Unis et de l'Europe.Mais là, l'antioccidentalisme prend désormais des allures d'islamisme.Le rapport vis-à-vis de l'Occident reste donc une constante de la politique arabe moderne.Dès le début du XXe siècle en fait, quand l'Europe colonialiste (Grande-Bretagne, France, Italie, Espagne) décide de jouer la carte du « nationalisme arabe » pour dépecer l'Empire ottoman, alors « l'homme malade de l'Europe ».Dès 1830 la France prend pied à Alger, puis à Tunis (1881), et pousse vers le Maroc (fin XIXe siècle) et la Mauritanie (1903).Elle est aux Comores en 1841 et à Djibouti (Somalie française) en 1862.Avec les Anglais, l'Italie s'installe aussi en Somalie au XIXe siècle ; elle est en Libye en 1912.Les Anglais s'imposent en Égypte en 1882 et au Soudan en 1898.Ils sont au Yémen dès 1799, aux Émirats, à Bahreïn et à Oman dès 1861, ils entrent au Koweït en 1899 et à Qatar en 1916.Le dépeçage de l'Empire ottoman s'accompagne donc du morcellement des « provinces » arabes.Cela devient caricatural avec la Première Guerre mondiale : alors que le colonel T.E.Lawrence (d'Arabie), et les promesses anglaises d'indépendance, alimentent la Révolte arabe de 1916 contre les Turcs, l'Anglais Arthur Balfour offre la Palestine au mouvement sioniste ; parallèlement, aux termes de l'Accord Sykes-Picot, Anglais, Français et Russes (tsaristes) se partagent le Liban, la Syrie, l'Irak, la Jordanie et la Palestine en en dessinant les frontières.Morcellement-carcan, puisque l'idée d'État-nation est étrangère à la culture politique arabe héritée de l'islam : il y a la « grande nation arabe » (Al-watan al-arabi), et il y a la Oumma, communauté mondiale des croyants \u2014 qui voyait l'empereur ottoman en Calife.Mais le rêve « panarabe », poursuivi dès le XIXe siècle par Mehmet Ali devenu maître d'Égypte après le retrait de Napoléon en 1801, se heurte de front au refus de l'Anglais Henry Palmerston.Voyant le Moyen-Orient sous l'angle de l'India Office, et non du Foreign Office, il joue certes le « nationalisme arabe » contre les Turcs, mais pas jusqu'à aider les Arabes à refaire leur unité politique et territoriale \u2014 et à s'ériger ainsi en rival potentiel.À l'instar de Mehmet Ali, les dirigeants arabes du XXe siècle ont tous articulé un discours « panarabe », les conservateurs invoquant l'islam, les progressistes s'appuyant sur divers socialismes \u2014 nassérien, destourien, baassiste, voire communiste.Monarchisme et islamisme sont les deux piliers de l'emprise de l'Occident sur les Arabes.C'est le cas dans le Golfe, où le lien de la famille Saoud et du wahhabisme puritain fait l'affaire des Anglais au point où ceux-ci le soutiennent dès 1924 aux dépens de la monarchie hachémite, qui leur est pourtant aussi alliée.Dès la fin du XIXe siècle, l'islam comme idéologie politique est revu par Jamaleddine Afghani, Mohammad Abduh, Rachid Ridha, et Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans lancés en 1928 pour combattre les Britanniques.Ce courant, qui fait boomerang aujourd'hui avec Oussama ben Laden et Al-Qaeda, s'avéra malgré tout utile à l'Occident pour barrer la route au communisme durant la Guerre froide.En Algérie, il servit à asseoir la légitimité du FLN « baassiste » \u2014 et à refouler les appels à la reconnaissance de l'identité amazighe (berbère).Revigoré par la victoire (pro-occidentale) des « moudjahidines » sur l'Armée rouge en Afghanistan (1979-1989), ce courant s'est toutefois posé en rival du pouvoir en Algérie (FIS), en Tunisie (Nahda), en Égypte (Jihad et Frères musulmans) durant les années 1990.Les régimes musclés (pro-occidentaux) s'en servent depuis comme alibi pour réprimer les démocrates, les féministes, et la société civile « post-modernes ».Au Liban et en Palestine, ce courant se nourrit de la résistance à Israël.Dans le camp « laïciste », Saad Zaghlul, d'Égypte, se pose dès les années 1920 en « modernisateur ».Au Liban, en Syrie, en Irak, chrétiens et musulmans pensent le « nationalisme arabe ».Le Maroc chérifien et la Tunisie de Habib Bourguiba se veulent « libéraux » \u2014 les Chérifiens se disant aussi toutefois héritiers du prophète.Le rêve « panarabe » a continué en parallèle d'animer ce paysage : il y eut le projet hachémite d'unifier la Syrie, le Liban, l'Irak, la Palestine, la Jordanie et la péninsule arabique sous un seul califat ; il y eut la République arabe unie (union Égypte-Syrie), vite éclatée ; il y a le projet baassiste, chaque parti « national » n'étant qu'une « section » du grand parti panarabe ; il y eut les unions avortées de la Libye avec l'Égypte et la Tunisie ; il y a l'Union du Maghreb arabe qui piétine.Et il y a 21 États membres de la Ligue arabe \u2014 la Palestine étant la 22e entité, et le Sahara occidental restant en suspens depuis 25 ans.De jeunes rois sont montés sur le trône récemment en Jordanie et au Maroc, mais les monarchies en place s'usent.Le baassisme est assiégé, en Irak sous Saddam Hussein et les sanctions surtout.Mais la Syrie, alliée au Hezbollah, joue gagnant au Liban \u2014 et a investi Assad fils.Les régimes musclés, et essouflés, d'Égypte, de Tunisie et d'Algérie vivent de l'appui occidental ; celui de la Libye vit de son statut de paria, et de son pétrole.Et l'islam revient en boomerang : il a emporté Anouar Sadat pour avoir ramené l'Égypte dans le giron occidental ; il a soutenu au Soudan le putsch du général Béchir ; il a forcé Israël à évacuer le gros du Liban sud ; et il menace désormais Hosni Moubarak, mais surtout l'Arabie saoudite, bras droit des États-Unis au coeur du monde arabe depuis le Pacte du Quincy en 1945 entre Franklin Roosevelt et Abdel Aziz ibn Saoud \u2014 et source du revirement des rôles en ce début du XXIe siècle.À lire et à voir : The Arab Awakening, de George Antonius, Capricorn Books, 1965 Les 100 Portes du Proche-Orient, d'Alain Gresh et Dominique Vidal Éditions Autrement, 1986 Lawrence d'Arabie, de David Lean, le montage du réalisateur de préférence.Nasser-56, sur la nationalisation du canal de Suez.Le Lion du désert, de Moustapha Akkad, épopée de la résistance libyenne à l'Italie.La Bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo Liens : imarabe.org (Institut du monde arabe, Paris) fordham.edu/halsall/islam/ islamsbook.html (Internet Islamic History Sourcebook) JOONEED KHAN Gamal Abdel Nasser ou les Hachémites, Kadhafi ou les Chérifiens, Saddam Hussein ou les Saoudiens?De l'Atlantique au Golfe, le monde arabe se débat depuis un siècle entre deux pôles politiques : républicanisme antioccidental et monarchisme pro-occidental. 6LP0501B1117 b08 samedi 17 novembre 6LP0501B1117 ZALLCALL 67 02:13:35 11/17/01 B PORTRAIT Hossein Mahoutiha Iranien d'origine EN IRAN, MES opinions n'étaient pas désirables et j'ai dû demander l'asile politique au Canada.À l'époque, on voyait très peu Montréal dans les films et avant mon arrivée ici, en 1985, je n'avais jamais vu la ville, pas même en image.Dans ma tête, Montréal, comme le reste du pays, n'était qu'une grande forêt avec quelques maisons de pierre ici et là.Vous imaginez mon étonnement ! Mais plus que par les hauts édifices, j'ai surtout été impressionné au Québec par la chaleur des gens, par la sincérité des relations.J'adhère aux valeurs de l'islam et je me dis musulman, mais je n'ai jamais beaucoup fréquenté les mosquées, que ce soit en Iran ou au Québec.Pour moi, l'islam, c'est une relation directe qu'on a avec Dieu.À la maison, nous mangeons autant de cuisine iranienne que nord-américaine.Même chose pour la musique.Ma conjointe québécoise peut tout aussi bien que moi prendre un CD de musique iranienne pour l'accompagner lors d'un long trajet en voiture.Pour elle comme pour moi, ce qui est bon est bon, peu importe que ce soit iranien ou québécois.À cause du dossier que l'on garde sur moi en Iran, je n'ai jamais pu retourner dans le pays de mon enfance.Un jour, j'ai participé à l'émission Droit de parole, avec Claire Lamarche, qui portait sur Salman Rushdie.Eh bien, croyez-le ou non, la cassette de l'émission a abouti en Iran, entre les mains des services secrets qui l'ont brandie à l'un de mes cousins qui porte le même nom que moi.On lui a demandé où je me trouvais, il leur a répondu qu'il n'avait pas eu de mes nouvelles depuis 20 ans.À quelques reprises, à Montréal, des Iraniens que je ne connais pas m'ont apostrophé pour me rappeler que mon instruction \u2014 j'ai un baccalauréat en génie \u2014 pourrait grandement aider mon peuple et que je devrais rentrer.Je ne demanderais pas mieux ! Je n'ai pas démissionné.Je suis toujours Iranien et je n'accepterai jamais d'avoir été dépossédé de mon pays.En même temps, on ne peut pas tirer un trait sur 20 ans d'exil.Je me suis bâti une carrière, une vie ici.J'ai une conjointe québécoise et je ne suis plus seul à prendre des décisions.À distance, en tant que démocrate iranien, je me bats pour que soient restaurées les libertés en Iran et pour que mes compatriotes là-bas puissent retrouver une vie normale.Je dévore toutes les nouvelles que je trouve sur l'Iran.La société iranienne est en pleine remise en question et commence à se demander s'il ne serait pas bon de laisser les citoyens poser des questions à ceux qui les gouvernent.La démocratie est enfin au coeur de tous les débats.Depuis le 11 septembre, les Québécois, contrairement aux Américains, semblent se poser les bonnes questions.Parce que, non, il ne s'agit pas simplement d'une vingtaine de têtes brûlées qui sont entrées dans deux tours.C'est beaucoup plus compliqué que cela.Les pays en voie de développement, eux, en ont connu plein, de 11 septembre.La seule guerre entre l'Iran et l'Irak a fait un million de morts, gracieuseté des Occidentaux qui fournissaient en armes un camp puis l'autre au gré des rapports de force à établir.Le 11 septembre doit être l'occasion d'un bon examen de conscience.Comment peut-on espérer résoudre quelque problème que ce soit sans partage des ressources ?Peut-on vraiment laisser une si grande partie du monde vivre dans la plus extrême pauvreté Photothèque La Presse La rencontre de deux mondes: le roi du divertissement à l'américaine, Michael Jackson, et l'un des grands bonzes de la finance du monde arabe, le prince saoudien al-Waleed bin Talal, dont la fortune est évaluée à 20 milliards US.Malgré l'univers qui les séparent en apparence, les deux hommes sont associés en affaires depuis des années.Une économie façonnée par la foi À quoi ça sert d'être le plus riche du cimetière?«L'islam est une religion très proche de l'activité quotidienne, explique Omar Aktouf, professeur de management à l'École des hautes études commerciales de Montréal et Algérien d'origine.La conception du « développement économique » y est très différente de l'Occident : le maximalisme y est inconnu, l'individualisme est considéré comme immoral.Le meilleur exemple de cette différence est probablement l'argent, qui est considéré de façon particulière dans les pays musulmans.Ce n'est pas un hasard si les Arabes sont plus souvent commerçants que financiers.Le coût de l'argent, ou le taux d'intérêt associé à un prêt ou à un dépôt, est considéré comme de l'usure et est proscrit par le Coran.L'usure, c'est-à-dire l'intérêt pris sur une somme d'argent, est un péché mortel, rappelle Omar Aktouf.C'est en réaction au prêt usuraire, très répandu au temps du prophète Mahomet, que la foi islamique a banni toute forme d'usure, rappelle pour sa part Mohamed Allouch, représentant en Amérique du Nord de la Banque populaire du Maroc.Encore aujourd'hui, 15 siècles après la mort du prophète, les théologiens débattent toujours de ce qui doit être considéré comme de l'usure et ce qui ne doit pas l'être, dit-il.Le Coran n'a rien contre la richesse, « d'ailleurs la première épouse du prophète était une commerçante opulente », rappelle Omar Aktouf.Mais il n'encourage pas non plus l'accumulation de biens.« La conduite économique doit se plier au principe de la kanaa, concept qui veut dire se contenter du nécessaire et ne pas chercher à accumuler pour accumuler, et au principe de la zakat, le partage des richesses personnelles avec les autres.À quoi cela sert-il d'être le plus riche du cimetière ?» dit-il.Recherche désintéressée Cette attitude explique en partie pourquoi les Arabes musulmans ont été de grands scientifiques \u2014 le monde leur doit entre autres l'invention du zéro en mathématiques et le système comptable encore utilisé aujourd'hui (les chiffres arabes).« L'islam pousse à la recherche désintéressée du savoir, dit le professeur Aktouf.Il n'est donc pas étonnant que le développement en termes de sciences, de savoirs, de sagesse, de quête de sens ait été bien plus important que celui du matériel et des richesses en numéraires ou en possessions.» Cela dit, il existe depuis toujours des moyens d'apaiser la conscience des plus croyants parmi les croyants qui voudraient faire fructifier leur argent.Des instruments modernes ont été développés pour permettre d'emprunter, d'investir et de prospérer sans renoncer pour autant au salut de son âme.Les banques arabes offrent des produits d'épargne et d'emprunts conformes à la charia (loi islamique) et à la prohibition de la riba (usure).Par exemple, les banques islamiques concluent avec leurs clients une sorte d'entente de partage de risque appelée mudaraba.Les institutions financières deviennent donc des associées qui assument une partie des risques en échange d'une partie des gains à venir.Il y a des outils similaires pour la location (ijara), le démarrage d'entreprises (istina'a) ou l'achat différé (bay'mu'ajjal).Les investisseurs du monde entier ont aussi accès à une gamme de produits d'investissements conformes à la charia et transigés sur les marchés financiers internationaux.Depuis 1999, l'entreprise Dow Jones compile même huit indices, les Dow Jones Islamic Markets, composés des actions de 600 compagnies compatibles avec la foi islamique.Un peu à la manière des fonds éthiques, les investissements islamiques bannissent certains secteurs d'activités comme les banques et l'assurance, l'élevage et la transformation du porc, l'alcool, de même que les entreprises de divertissement comme les hôtels, les casinos, les cinémas et la musique.Ces outils existent, mais ils sont loin d'être utilisés par tout le monde, souligne Mohammed Allouch, de la Banque populaire du Maroc, qui n'est pas une banque islamique, mais une institution financière semblable aux banques occidentales.Le banquier a bien des clients qui renoncent à l'intérêt sur leur dépôt, mais ils sont une minorité, dit-il.Dans la vraie vie, les gens d'affaires arabes, tout musulmans soient-ils, ne se distinguent pas des autres, affirme le président d'une PME québécoise qui a beaucoup de clients dans le monde arabe.Même les banques islamiques ont des façons de faire très semblables à celles du système bancaire international, renchérit Ghassan Gebrayel, responsable du Moyen- Orient et de l'Afrique du Nord pour Alis Technologies de Montréal.Alis, qui vend des logiciels d'impression en langue arabe, traite avec ses clients musulmans, dont des banques islamiques, de la même façon qu'avec ses autres clients, assure M.Gebrayel.La foi islamique influence tous les aspects de la vie des croyants.L'économie des pays musulmans a été façonnée par les principes du Coran, selon lesquels le groupe a primauté sur l'individu et il ne sert à rien d'accumuler des richesses à l'infini.L'usure, c'est-à-dire l'intérêt pris sur une somme d'argent, est un péché mortel.Inégalités pétrolières Quinze siècles plus tard, les pays qui ont vu naître l'islam sont rendus à des stades de développement très inégaux et la plupart tentent tant bien que mal de s'adapter aux conditions économiques modernes.Un grand fossé sépare les pays qui ont du pétrole et ceux qui n'en ont pas, note Antoine Ayoub, professeur à l'Université Laval.La situation est explosive, selon lui, parce que ceux qui ont la richesse pétrolière ont la population la plus faible (Émirats arabes unis, Koweït) tandis que les autres sont les plus populeux (Égypte, Maroc).Malgré les principes de partage de la richesse prônés dans le Coran, la redistribution des revenus pétroliers reste marginale, constate le professeur Ayoub.« Les surplus pétroliers ont plutôt été investis en Amérique, en Europe et au Japon », dit-il.La richesse est restée aux mains des monarchies pétrolières qui sont les seules à avoir un assez bon rang dans la liste des pays classés selon l'Indice de développement humain de l'Organisation des Nations unies.Les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et Bahreïn sont en effet loin devant les autres selon cet indice qui mesure l'espérance de vie, le taux d'alphabétisation et le taux de scolarisation, en plus de la richesse du pays.Il faut en effet plus que de l'argent pour assurer le développement économique d'un pays.« Tous ces pays ont prouvé que la disponibilité des capitaux est une condition nécessaire, mais pas suffisante au développement », résume Antoine Ayoub.Le manque d'institutions démocratiques et la corruption répandue dans les pays arabes musulmans viennent du fait que leurs richesses ont été détournées vers les pays du nord, estime pour sa part Omar Aktouf, professeur aux HEC.« Il faut savoir que là où il y a le moins de démocratie dans les pays musulmans, c'est là où il y a des régimes soutenus à bout de bras par Washington.« Si les États-Unis et l'Occident avaient encouragé les nationalistes, les politiciens honnêtes et modérés de gauche dans ces pays, il y aurait certainement moins d'intégristes et plus de démocrates », soutient-il.Selon le professeur des HEC, il ne faudrait pas prendre le conflit actuel pour une guerre entre chrétiens et musulmans.Il y a trop d'intérêts économiques en jeu, selon lui.Antoine Ayoub, de l'Université Laval, est plutôt de son avis.« Le pétrole est toujours un enjeu géostratégique et il le demeurera.» 6LP0401B1117 b09 samedi 17 novembre 6LP0401B1117 ZALLCALL 67 02:13:23 11/17/01 B PORTRAIT Moustapha Malloumi originaire du Tchad Oui au sport, pas pour tous JE SUIS VENU ici pour étudier et j'habite à Montréal depuis deux ans.Si l'occasion se présente, j'aimerais peut-être immigrer ici pour de bon.Nous sommes une centaine de Tchadiens au Québec et la communauté est tissée serrée.Cette proximité nous permet d'alléger un peu notre mal du pays.Je viens du nord du pays et je suis donc de culture araboislamique, par opposition aux Tchadiens du sud qui sont chrétiens.À l'école, j'ai appris l'arabe « standard », littéraire, qui permet aux Arabes de se comprendre entre eux.Chaque pays, et le Tchad ne fait pas exception, parle cependant son arabe bien à lui.Je suis croyant et pratiquant.Je n'ai jamais manqué une seule de mes cinq prières quotidiennes, même depuis que j'habite à Montréal.Je fréquente assidûment la mosquée.Pendant le ramadan, dès l'aurore et jusqu'au crépuscule, je ne pourrai ni manger, ni boire, ni même poser intentionnellement mon regard sur une femme puisque le jeûne en est un pour tous les sens.Au Tchad, dans les villages, de grands festins s'organisent après le coucher du soleil et chacun s'invite chez l'un et chez l'autre.On mange alors notamment la chourba, une soupe propre au ramadan \u2014 dont je ne connais pas la recette, puisque seules les femmes cuisinent, au Tchad.L'idée de ces grands festins est de se refaire des forces avant une autre journée de jeûne.Ces repas pleins de chaleur me manquent beaucoup ici.Il n'est pas facile de vivre le ramadan à l'extérieur de chez soi, dans un environnement non musulman.Normalement, deux ou trois heures avant le coucher du soleil, je devrais déjà être tranquillement chez moi, mais, ici, à 16 heures, j'ai souvent des cours à l'université.Le Coran nous excuse cependant dans le cas de contraintes qui ne relèvent pas de nous.L'un de mes bons amis à Montréal est Québécois d'origine et quand je suis chez lui en visite, il ne voit aucun inconvénient à me voir me retirer pour faire mes prières.Il m'a dit un jour qu'il était athée, et fier de l'être, et j'ai trouvé cela absolument scandaleux ! N'empêche, nous nous respectons beaucoup lui et moi, et nous nous contentons de faire quelques blagues sur le sujet.Quand les événements du 11 septembre se sont produits, j'ai eu peur que mes rapports avec mes amis québécois changent du tout au tout.Dans les faits, on m'a bien posé quelques questions, on m'a bien sondé un peu sur le sujet, mais sans plus.En quelques jours, tout était redevenu comme avant.À l'instar des Tchadiens de ma communauté, j'en veux beaucoup aux responsables des attentats terroristes qui sont venus ternir l'image de l'islam, une religion qui prône la paix.Un homme qui peut tuer des milliers de personnes ne peut pas être aussi musulman que moi.Le Coran dit très clairement que seul Dieu peut enlever la vie à quelqu'un et la jurisprudence musulmane n'a établi que quelques exceptions bien précises, comme la peine capitale en cas de meurtre, par exemple.Le jihad est une chose du passé, limité au temps du prophète Mahomet et lancé dans le cadre strict de la Conquête visant à répandre l'islam.Le jihad s'est terminée avec la mort de Mahomet et n'a aucun sens aujourd'hui.Ceci étant, il m'apparaît évident que les extrémistes responsables des attentats du 11 septembre n'étaient pas animés par un sentiment religieux, mais antiaméricain.Les musulmans d'Asie craquent pour le cricket et le hockey sur gazon.Ceux d'Afrique préfèrent l'athlétisme et le basketball.Mais tous partagent une même passion, celle du « foot », version européenne bien sûr, un sport qui a la force de regrouper sous la bannière d'une équipe nationale tous les groupes religieux et les minorités ethniques d'un pays.Tous les Nigérians \u2014 musulmans et chrétiens \u2014 ont célébré fièrement leur médaille d'or olympique conquise aux Jeux d'Atlanta, en 1996.Et les Iraniens, hommes et femmes, boire et fêter dans les rues de Téhéran après la victoire des leurs contre la sélection américaine lors de la dernière Coupe du Monde.L'absence des musulmans des ligues majeures de baseball, de hockey et de football américain est donc trompeuse ; sur les terres d'Allah, les hommes font bel et bien du sport.Pour les musulmanes, en revanche, c'est une autre histoire.Dans les pays dirigés par des autorités intégristes, la femme doit généralement demander la permission de son mari pour pratiquer une activité physique.« De plus, une femme mariée doit s'assurer qu'aucune de ses tâches d'épouse ne soit sacrifiée par ses activités », écrivait Hikmat Beiruty, en 1997, dans le magazine Nida'ul Islam.Son article, qui portait sur la place des musulmanes dans le sport, traite aussi de la tenue vestimentaire, des cours de natation, de la présence des femmes dans les gymnases et de la télédiffusion des événements.« Lorsqu'une femme participe à des événements sportifs, poursuit-elle, elle doit porter des vêtements acceptables pour l'Islam.Cela exclut les culottes courtes, les t-shirts, les justaucorps et les maillots de bain.Il est très important de s'assurer qu'aucun homme ne regarde (des femmes s'entraîner).» L'auteure de l'article condamnait aussi l'utilisation de déodorant parfumé qui est contraire, dit-elle, aux enseignements des prophètes.Des athlètes musulmanes ont commencé à contester les autorités intégristes au début des années 90.Parmi elles, la coureuse de demifond algérienne Hassiba Boulmerka, gagnante sur 1500 mètres aux championnats du monde de Tokyo en 1991.À son retour, l'Algérie l'a acclamée, mais le Front islamique du Salut n'avait que des reproches à lui faire.Hassiba Boulmerka, ont soutenu les intégristes, avait couru en short et fait honte aux musulmans.« Je ne peux tout de même pas courir avec un hijab (foulard qui cache le cou et les cheveux), avait-elle raconté à la journaliste Michèle Ouimet, de La Presse.Après tout on ne va pas à la mosquée en short.» Aux Jeux de Barcelone, en 1992, elle répétait son exploit et dédiait sa médaille d'or à « toutes les femmes du monde qui souffrent de la même chose qu'(elle), et en particulier aux femmes algériennes ».À la suite de ses sorties publiques se sont tenus les premiers Jeux islamiques féminins, à Téhéran, en février 1993.Un contingent de 407 athlètes originaires de 11 pays s'étaient affrontées dans huit disciplines.Une deuxième édition s'est déroulée au Pakistan à l'automne 1997.En 1998, 38 femmes participaient à une réunion de la Fédération internationale d'athlétisme amateur à Doha, au Qatar, une première dans ce pays.Puis aux Jeux de Sydney, l'année dernière, le Comité international olympique (CIO) invitait symboliquement une jeune fille de 12 ans du Bahreïn à prendre le départ du 50 mètres nage libre pour montrer aux intégristes que les moeurs changeaient.Mais sur le terrain, les athlètes musulmanes devront sauter encore plusieurs haies avant d'accéder à la libre pratique du sport.Si l'athlétisme est la discipline forte des musulmans du Maghreb, les sports de combat sont l'apanage des nations d'Asie centrale.Sur les 64 médailles remportées aux Jeux olympiques par la Turquie, 52 le furent en lutte.Les 16 médailles de l'Iran sont concentrées dans trois disciplines : la lutte, le taekwondo et l'haltérophilie.Seule exception régionale, le Pakistan, surtout fort en hockey sur gazon.Parallèlement, c'est un boxeur originaire du Kentucky qui allait permettre aux Américains de mieux comprendre l'islam.Cassius Clay, devenu en 1964 Muhammad Ali, a pavé la voie à la conversion de plusieurs milliers d'afro-américains à l'islam.Il a même créé une maison d'édition de livres sur la religion islamique.Un autre boxeur, Mike Tyson, s'est également converti à l'islam lors d'un séjour en prison au milieu des années 90.Deux basketteurs étoiles de la NBA, Hakeem Olajuwon et Kareem Abdul-Jabbar, sont eux aussi musulmans.Le premier, originaire du Nigeria, s'est joint la saison dernière aux Raptors de Toronto.Il est reconnu comme un musulman pratiquant.« Ce qu'il y a de beau avec l'islam, a-t-il déjà dit, c'est que vous avez la patience, une meilleure compréhension des choses et que vous évitez les tentations de la société américaine.Alors vous pouvez jouer avec une plus grande liberté, vous pouvez apprécier davantage le jeu et tout mettre en perspective.» Kareem Abdul-Jabbar a pour sa part découvert l'islam à travers le parcours du leader noir Malcolm X.« Son assassinat en 1965 m'a beaucoup affecté, a écrit Abdul-Jabbar.Lorsque son autobiographie fut publiée, en 1966, j'étais étudiant à UCLA.J'ai lu le livre avant mon dix-neuvième anniversaire.Ce livre m'a complètement bouleversé.Après, j'ai commencé à voir les choses différemment à la place de tout accepter d'un point de vue conventionnel.» Or, même le célèbre basketteur fut victime des réprimandes des intégristes après être apparu dans une publicité du brasseur Coors.Kareem Abdul-Jabbar avait néanmoins décidé de poursuivre sa collaboration avec la multinationale américaine.À voir et à lire : >Le film Ali, avec Will Smith, qui doit sortir en salle à Noël.>Le livre Tropic of Hockey, de Dave Bidini, sur les hauts et les bas d'une équipe de hockey des Émirats arabes unis.(Mc Clelland & Stewart).>Article de Hikmat Beiruty : http : www.islam.org.au/articles/19/ women.htm Photothèque La Presse Grande star de la National basketball Association, Hakeen Olajuwon est un des rares sportifs professionnels musulman pratiquant.« Ce qu'il y a de beau avec l'islam, a-t-il déjà dit, c'est que vous avez la patience, une meilleure compréhension des choses et que vous évitez les tentations de la société américaine.Alors vous pouvez jouer avec une plus grande liberté, vous pouvez appréciez davantage le jeu et tout mettre en perspective.» « Je ne peux tout de même pas courir avec un hijab (foulard qui cache le cou et les cheveux)» Photothèque La Presse En plus de battre ses rivales sur les pistes, la coureuse algérienne de demi-fonds Hassiba Boulmerka a dû aussi se battre contre l'intégrisme religieux qui interdit aux femmes le port du short.Véritable symbole de la lutte des femmes arabes, Hassiba Boulmerka a notamment remporté le 1500 mètres lors du championnat du monde de 1995, en Suède. 6LP0301B1117 b10 samedi 17 novembre 6LP0301B1117 ZALLCALL 67 02:13:13 11/17/01 B PORTRAIT Rabah Aït Ouyahia originaire d'Algérie JE SUIS NÉ en Belgique de parents algériens.Nous sommes rentrés en Algérie quand j'avais trois ans et j'y ai vécu jusqu'à mes 21 ans.Je me considère comme un Algérien arabisé de culture berbère.On trouve des Berbères un peu partout dans le Maghreb.Leur situation et leurs aspirations d'autodétermination sont à peu près les mêmes que celles du Québec des années 60, à cette exception près que c'est à coup de fusil qu'on les réprime.Jusqu'en 1992, en Algérie, nous vivions plutôt bien.En famille, nous faisions de grands voyages un peu partout.Puis, la violence est devenue de plus en plus gratuite et l'éducation de plus en plus impossible.Les professeurs se faisaient assassiner et les universités étaient sans cesse perturbées par des grèves.Pour mes parents, qui sont tous deux de grands intellectuels, l'éducation a toujours été prioritaire.C'est donc d'abord pour nous, leurs enfants, qu'ils ont décidé de faire leurs valises.Mon père n'étant pas bénéficiaire des 26 milliards détournés en Algérie, il a dû s'en remettre à l'aide sociale à son arrivée ici, lui qui avait été professeur et vice-ministre.J'étais déjà adulte à mon arrivée au Québec et j'ai eu du mal à m'adapter.Au début, on se sent coupable d'avoir laissé son pays, aigre, surtout, d'avoir été empêché d'y réaliser nos rêves, aigre que des gens sans scrupule nous obligent à fuir le pays que l'on a aimé.Aujourd'hui, cependant, je ne voudrais plus du tout vivre en Algérie.J'y suis retourné il y a deux ans et je n'avais qu'une envie: rentrer à Montréal! C'est ma ville, c'est mon pays, ici.Je vis enfin dans une société libre où je peux faire ma place et je suis vraiment heureux.À terme, quand j'aurai acquis suffisamment d'expérience, quand j'aurai quarante ans, peut-être, j'espère devenir ministre québécois d'un pays souverain.La souveraineté du Québec m'apparaît plus nécessaire que jamais depuis le 11 septembre alors qu'il est évident que le Canada ne sera jamais plus que la marionnette des États-Unis.Ce que j'aurais fait, si j'avais été au pouvoir au Québec, le 11 septembre?J'aurais d'abord cherché à comprendre, j'aurais pris du recul.Et pour tout dire, avant que la situation ne se présente, je me serais mis au courant de ce qui se passe en Afghanistan de sorte que je ne serais pas parti de rien.La guerre?Sauf dans les cas précis où votre territoire est envahi, comme ça a été le cas de la Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale, je désapprouve toute violence.Dans nos chansons, nous prenons bien soin de ne faire la morale à personne.Nous abordons les thèmes de la précarité, de la disparition des valeurs humaines les plus élémentaires, des tueries dans les écoles américaines.L'une de nos chansons s'adresse à Jacques Parizeau.Nous lui disons: «Je suis pas le seul ni l'unique/Je suis juste une partie du vote ethnique.» Notre deuxième disque est tout prêt, mais le 11 septembre a retardé sa sortie.Vous imaginez bien que Universal n'a pas manqué de demander à mon gérant s'il trouvait vraiment approprié de sortir en un moment pareil un disque avec un Algérien pour chanteur.Et de fait, le timing n'est vraiment pas bon.Je n'arrive pas à croire que toutes ces histoires me suivent, que toute cette violence me rattrape jusqu'ici.Est-ce que ça va jamais finir?Il me semble que tous les soirs, aux infos, on annonce la découverte à Montréal d'une nouvelle filière maghrébine.Chaque fois, je me dis : Voilà, c'est reparti. 6LP0201B1117 b11 samedi 17 novembre 6LP0201B1117 ZALLCALL 67 02:13:06 11/17/01 B PORTRAITS Nada Sefian Palestinienne, enseignante JE SUIS NÉE au Liban de parents réfugiés palestiniens.Quand la guerre civile a éclaté, je me suis installée en Arabie saoudite, puis en France.J'habite Montréal depuis cinq ans.deuxième génération d'immigrants et pour notre famille, la vie demeure difficile.Mes parents vieillissent seuls au Liban, séparés de leurs enfants éparpillés aux quatre coins du monde.Je me suis mariée à un réfugié palestinien et la guerre m'a toujours suivie.Elle m'a d'abord empêchée de vivre dans mon pays, puis elle m'a rattrapée au détour au Liban.Quand le pays a été envahi par Israël en 1982, les bombardements étaient quotidiens, mais nous n'avions d'autre choix que de rester là.Où aller?Comme tous les Palestiniens, mon mari n'avait pas de passeport, mais un simple document de voyage.Pendant longtemps, nous avons dû «magasiner» un pays qui veuille bien nous accepter.Pour nos enfants, nous ne voulions pas de ce genre de vie.Ainsi, à chacun de mes accouchements, je suis allée passer trois ou quatre mois à Londres ou à Boston pour qu'ils aient leur citoyenneté américaine ou anglaise.Vous imaginez la difficulté et les airs suspicieux des douaniers quand nous voyagions en famille! Une véritable Tour de Babel que notre famille! Un jour que j'effectuais la liaison Paris-Londres avec mon fils de 12 ans, comme d'habitude, on nous a interceptés.«Vous croyez vraiment que mon fils de 12 ans est un terroriste?» ai-je demandé au douanier.Il m'a répondu: «On ne sait jamais, Madame.» Lasse de tous ces contrôles et soucieuse d'en éviter quelques- uns, j'interdisais formellement aux enfants de parler arabe dans les aéroports.Dès que nous avons obtenu notre citoyenneté canadienne, mon fils n'a plus voulu que je le lui interdise et il a fait de son droit de parler la langue de son choix une question de principe.Mon peuple a beaucoup souffert et continue de vivre dans des conditions misérables.Les maisons sont confisquées, détruites, la violence constante.Jusqu'ici, les Israéliens ne sont pas prêts à payer le prix de la paix.Comme les Allemands ont dû payer pour les atrocités qu'ils ont fait subir aux juifs, les Israéliens devront un jour réaliser que des compensations s'imposent aussi pour nous qui avons été chassés de notre territoire.Mon mari et moi avons nousmêmes de grands terrains làbas dont nous ne pouvons pas profiter.Je n'ai jamais ressenti quelque sentiment haineux que ce soit envers les juifs.Je sais qu'ils sont nombreux à favoriser l'existence d'Israël, mais pas l'occupation.Je milite d'ailleurs avec eux et avec d'autres Palestiniens au sein de Paju, un groupe qui réclame la fin de l'occupation et qui se réunit chaque vendredi devant le consulat israélien pour une vigile.Quand on est jeune, de se fixer quelque part n'est pas prioritaire.Plus vieux, on voudrait avoir son chez-soi, une fois pour toutes.J'aimerais pouvoir enfin vivre en Palestine.Je sens que le devoir m'y appelle.Quand la paix sera enfin signée commencera le vrai travail, celui de rétablir les ponts entre les deux communautés.J'aimerais être de ceux qui y contribueront positivement.En attendant, je milite à la hauteur de mes moyens en faveur de la paix en organisant des soupers-bénéfices au profit des femmes afghanes et je distribue des tracts aux stations de métro pour inciter les gens à dénoncer la guerre en Afghanistan.Là comme en Israël, je crois que les choses s'arrangeront si l'opinion publique finit par se mobiliser. 6LP0101B1117 b12 samedi 17 novembre 6LP0101B1117 ZALLCALL 67 02:17:00 11/17/01 B "]
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