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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 2001-12-29, Collections de BAnQ.

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[" 6LP0101B1229 B1 samedi 6LP0101B1229 ZALLCALL 67 20:55:24 12/28/01 B 6LP0201B1229 B2 samedi 6LP0201B1229 ZALLCALL 67 19:43:41 12/28/01 B B2 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 Un voile difficile à lever Les Pakistanaises défient tantôt, confortent tantôt les préjugés Les néons éclaboussent le salon d\u2019une lumière crue.Une brise légère agite les rideaux et un ventilateur brasse doucement l\u2019air moite.En octobre, il fait encore chaud à Islamabad.Salma Kiane me verse du thé.Elle est avec son mari, Zahid.Elle est médecin, lui, ingénieur.Elle vit dans une maison de deux étages, dans un quartier résidentiel d\u2019Islamabad, avec ses quatre enfants, sa belle-soeur, son beau-frère, leurs bambins, sa belle-mère, son beaupère et une servante, vieille dame toute courbée par des années de labeur.Ainsi va la vie au Pakistan : la famille élargie qui s\u2019aime, s\u2019entraide et vit, entassée, entre les quatre murs d\u2019une maison.Rien à voir, souligne Salma, avec les Occidentaux qui se retrouvent souvent seuls, divorcés, malheureux et dont les vieux sont expédiés dans des centres d\u2019accueil où ils finissent leurs jours loin de leurs enfants.Salma Kiane m\u2019explique sa vision du monde et des femmes.Le Pakistan est un pays profondément musulman, précise-t-elle.Même s\u2019il flirte avec l\u2019intégrisme, il ne tombe pas dans le délire taliban ou la dictature religieuse iranienne.Ce sont les parents qui décident de la vie de leurs enfants.C\u2019est elle qui va choisir non seulement le mari de sa fille de 14 ans, Fatima, mais aussi l\u2019épouse de son fils.Elle souhaite dénicher un gendre qui a une belle éducation, inspire le respect et vient d\u2019une famille honorable.Et l\u2019amour ?ai-je demandé.« Ce n\u2019est pas un sentiment que l\u2019on encourage, répond-elle.Ici, nous sommes au Pakistan.» Pas en Amérique, brûle-t-elle d\u2019ajouter.Elle se retient, mais, dans son regard, défilent tous les préjugés qu\u2019elle entretient sur les femmes occidentales et leurs moeurs scandaleuses.Encore un peu de thé, peut-être ?\u0001 \u0001 \u0001 Les Pakistanais voient l\u2019Amérique à travers l\u2019oeil de la télévision.Comme les Occidentales qui regardent le petit écran pour décoder le monde musulman.Et ce sont toujours les mêmes images qui défilent : des femmes emprisonnées dans leur voile, piégées dans des sociétés dominées par les hommes où elles ont bien peu de pouvoir.Bref, des femmes malheureuses.Salma, elle, est heureuse dans sa grande maison d\u2019Islamabad.Mais pour une Salma heureuse, combien de femmes endurent des vies de misère ?Lorsque j\u2019étais au Pakistan, je n\u2019ai pas passé trois semaines à boire du thé dans le salon de Salma.J\u2019ai aussi rencontré des femmes et des hommes résignés qui acceptent difficilement le poids des traditions musulmanes.Un poids plus fort que leur désir de révolte.Un poids qui étouffe leur besoin de liberté.Mohammed, par exemple, vit depuis un an et demi une liaison secrète avec une fille de bonne famille.Il a 24 ans et une maîtrise en relations internationales.Il est jeune, instruit, curieux, mais il est torturé par son aventure amoureuse et terrorisé à l\u2019idée d\u2019être découvert.Chaque minute volée, chaque baiser arraché, chaque heure vécue avec sa maîtresse sont autant de défis silencieux lancés à la société.Mohammed ne risque pas grandchose, mais sa petite amie peut tout perdre.Si elle est démasquée, elle sera déshonorée et plus personne ne voudra l\u2019épouser.Son père pourrait même la tuer, car son honneur aura été bafoué.La police et les juges ferment les yeux avec complaisance sur ces crimes d\u2019honneur.Environ 1000 femmes par année meurent ainsi au Pakistan.Et que dire de Tanveer Zahira, cette jeune femme de 28 ans qui a été mariée à un homme brutal qui a essayé de l\u2019assassiner.Tanveer avait 17 ans lorsque ses parents lui ont choisi un époux.Il lui a envoyé sa photo qu\u2019elle caressait longuement du bout des doigts en rêvant à sa vie de femme mariée.Il était beau, grand, séduisant.Mais le jour du mariage, elle a eu un choc.Son futur était petit, gros et à moitié chauve.« Mon mariage, m\u2019a-telle raconté, a commencé par un mensonge.» Elle a quitté Islamabad pour vivre dans la famille de son mari dans une petite ville conservatrice, Kohat.Elle s\u2019est retrouvée dans une grande maison avec une bellefamille hostile et un mari qui la battait, loin de ses amis et de ses parents.Elle a eu deux enfants et elle a enduré mille humiliations.Mais un jour, elle en a eu assez et elle a demandé le divorce.Blessé dans son honneur, son mari a essayé de la tuer en lui maintenant la tête sur la flamme qui s\u2019échappait du poêle au kérosène.Son fils, terrorisé, a hurlé tellement fort qu\u2019il a alerté les voisins qui ont défoncé la porte.Il y a eu un procès, puis un règlement à l\u2019amiable.Son mari a le droit de voir les enfants sous étroite surveillance.Mais Tanveer a peur de lui, peur de sa violence et de son désir de vengeance.Le cas de Tanveer est extrême, mais le bonheur de Salma l\u2019est-il aussi ?Combien de femmes subissent des mariages malheureux ?Le taux de divorce au Pakistan est de 0,6 %.Dans les pays occidentaux, un mariage sur deux se termine par un divorce.\u0001 \u0001 \u0001 Comment une journaliste occidentale peut-elle comprendre une société aussi complexe que le Pakistan en trois semaines ?Comment en parler sans tomber dans les raccourcis et les préjugés ?Comment aller au-delà du voile ?Comment mettre de côté ses gros sabots idéologiques ?Mais comment, aussi, ne pas se scandaliser en voyant toutes ces femmes voilées, soumises, mal mariées, coincées avec une belle-famille tyrannique dans des maisons surpeuplées ?Comment ne pas se révolter devant tous ces hommes tellement convaincus de la supériorité de leur culture, de leur religion et de leur sexe ?Que répondre à un homme qui vous dit que vous ne pouvez pas comprendre parce que vous n\u2019êtes pas Pakistanaise ?Et lui, peut-il comprendre les femmes ?Photo AP Le poids des traditions pèse lourd sur les Pakistanaises, même si les situations s\u2019avèrent plus multiples que ce que l\u2019on perçoit.Ce matin-là, tout avait l\u2019air si normal.Tout le monde semblait préoccupé quand notre vieil autocar a finalement quitté Peshawar, au Pakistan, pour prendre la route de l\u2019Afghanistan.Le signal de départ avait été donné avec quatre heures de retard, mais depuis quelques minutes, nous n\u2019étions plus certains de vouloir partir.Notre flottement tenait au fait qu\u2019au moment même ou nous montions dans l\u2019autocar cinq de nos collègues ont décidé qu\u2019ils renonçaient à venir avec nous parce qu\u2019ils jugeaient la route trop dangereuse.« Nous avons entendu dire que quatre journalistes ont été assassinés aujourd\u2019hui sur la route entre Jalalabad et Kaboul.La nouvelle n\u2019a pas encore été confirmée, mais ça suffit, nous on ne part plus », ont-ils lancé en reprenant leurs bagages.Deux heures plus tard, en arrivant au poste frontière de Torkham, il n\u2019y avait plus de doute possible.La route était fermée parce que les autorités ne pouvaient pas assurer la sécurité des voyageurs après ce qui venait de se passer.Têtus, nous avons négocié pendant près de deux heures avec les préposés aux douanes du côté pakistanais pour finalement obtenir le droit de passage.Droit, c\u2019est beaucoup dire : ils ont accepté de détourner la tête en retour de notre générosité.Une fois franchie la barrière, nous étions en terre afghane, mais sans savoir qui gouvernait dans cette région du pays.Le drapeau des talibans flottait encore sur le poste de police, les guérites des douaniers étaient désertes et tous les commerces étaient fermés.Il nous restait encore trois heures de route avant d\u2019arriver à Jalalabad, ville abandonnée par les talibans une dizaine de jours plus tôt.Nos deux guides afghans ne voulaient pas continuer avant l\u2019arrivée d\u2019une forte escorte armée offerte par le nouveau gouverneur antitaliban de la région.Ce n\u2019est pas que le gouverneur Haji Qadeer soit un grand défenseur de la liberté de presse, mais tout simplement parce que ses deux fils profitaient d\u2019un véhicule de notre convoi pour retourner au domicile familial.La garde promise est finalement arrivée et nous avons eu le privilège de monter dans des véhicules récemment confisqués aux talibans pour filer vers Jalalabad.Hélas ! les talibans entretiennent mal leurs voitures.Une heure plus tard, lorsque notre véhicule a eu une crevaison, nous avons constaté que nous n\u2019avions pas de pneu de secours.Le village où nous étions était privé d\u2019électricité, mais dans la lumière glauque des lampes à huile, nous percevions des regards hostiles.Nous étions les seuls étrangers dans une région où ce mot est synonyme d\u2019américain.Un peuple peu apprécié de ces villageois puisque leurs voisins avaient été bombardés, la veille, par l\u2019aviation américaine.Heureusement, nos compagnons ont finalement constaté que nous ne suivions plus et ils ont eu la bonne idée de venir à notre rescousse un peu plus tard.C\u2019est donc au milieu de la soirée que nous sommes arrivés à Jalalabad où nous attendaient nos collègues rescapés de la tragédie survenue le matin même.L\u2019un après l\u2019autre, ils faisaient le récit de leur déplacement vers Kaboul et se désolaient de n\u2019avoir rien pu faire pour venir en aide aux quatre journalistes tués.Le lendemain, un confrère hollandais me disait qu\u2019ils avaient consulté plusieurs personnes avant de prendre la route de Kaboul.« Tout le monde nous rassurait et puis ce matin-là.tout avait l\u2019air si normal, tout avait l\u2019air si normal », a-t-il dit d\u2019une voix étranglée par des sanglots.Mais malgré le soleil, la mort était là qui attendait au détour de la route.Photo ITAR-TASS Un avion français attend à l\u2019aéroport de Douchanbé, au Tadjikistan, les dépouilles des journalistes Johanne Sutton et Pierre Billaud, assassinés en Afghanistan. 6LP0301B1229 B3 samedi 6LP0301B1229 ZALLCALL 67 19:01:34 12/28/01 B LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 B3 Elles mèneront le bal Tu n\u2019as pas vu une seule femme en cheveux, en 20 jours, en Iran ?Pas une seule.Quand le pilote a annoncé que nous allions atterrir à Téhéran, ma voisine, une Canadienne de Vancouver d\u2019origine iranienne, a sorti un foulard de son sac en poussant, pour m\u2019en faire complice, un soupir d\u2019exaspération.Et le contraire quand je suis reparti.Dans l\u2019avion qui quittait Téhéran pour Londres, nous survolions encore la ville que la plupart des Iraniennes à bord avaient déjà enlevé leur foulard.Attends, si.Une fois pendant mon séjour.À l\u2019hôtel.J\u2019ai frappé à la porte du cinéaste Mohsen Makhmalbaf (le réalisateur de Kandahar), c\u2019est sa femme qui est venu me répondre, elle était tête nue.Ah ! oui, et une autre fois aussi.À Zahedan.Dans la rue.L\u2019Iran venait de battre les Émirats arabes au soccer \u2014 pourtant pas de quoi pavoiser \u2014 et ça a été un peu la fête.Un peu.Rien pour mourir de plaisir.J\u2019étais dans les ruelles du bazar, quelques autos se sont mises à klaxonner, une s\u2019est arrêtée, quatre jeunes en sont descendus, dont deux filles.Ils ont esquissé quelques pas de danse, et avant de remonter dans leur véhicule, les filles ont ôté leur foulard et l\u2019ont agité dans un geste de défi en direction des boutiquiers.Mais Zahedan, capitale délinquante du Baloutchistan n\u2019est pas un bon thermomètre de la vie iranienne, les baloutches préfèrent les courses de chameaux au soccer.Le même soir, Téhéran a été beaucoup plus démonstrative.Les titres réprobateurs des journaux du lendemain faisaient état de « débordements inacceptables ».Rue Valiasr, justement, et dans le square du même nom, des filles dansaient tête nue, et savez-vous ce qui est arrivé quand les miliciens ont voulu les disperser ?Hein ?Le savez-vous ?Les filles ont fait danser les miliciens.Oui monsieur.Mes soeurs, mes soeurs, grondait l\u2019éditorialiste que je me suis fait traduire, votre place n\u2019est pas dans la rue, encore moins sans foulard.Tout cela a commencé le 29 novembre 1997.Ce jour-là, en Australie, l\u2019Iran se qualifiait pour la Coupe du monde de soccer, celle de 1998 en France.Au coup de sifflet final, Téhéran a explosé.Des dizaines de milliers de jeunes \u2014 presque autant de filles que de garçons \u2014 sont descendus dans la rue, ont chanté, dansé toute la nuit.Voilà comment tout cela a commencé.C\u2019est à cause du football si les Iraniennes sont devenues folles.Pourtant elles n\u2019ont même pas le droit d\u2019aller au stade ! La même année, un grand débat public avait passionné les Iraniens : devait-on permettre à une journaliste italienne d\u2019assister à un match international au grand stade Azadi, comme elle le demandait ?Funeste décision, la permission lui fut accordée : 120 000 spectateurs, une seule femme, cette Italienne.Le ver s\u2019était introduit.Depuis, chaque match international de l\u2019équipe iranienne est suivi d\u2019une « troisième mi-temps » dans les rues de Téhéran.L\u2019occasion pour le peuple d\u2019exprimer ses frustrations souterraines.Les messages aux autorités sont de plus en plus lapidaires.Dehors ! Maquereaux ! On brûle aussi des journaux pour s\u2019en faire des torches, manière de dire que cette presse contrôlée par les mollahs n\u2019éclaire que lorsqu\u2019on la brûle.Mais le plus explicite, le plus politique de tous les messages est muet : têtes nues, des filles dansent dans la rue.Le dernier jour de mon séjour, l\u2019Iran jouait contre l\u2019Irlande sa qualification à la prochaine Coupe du monde.J\u2019avais regardé le début du match à la télé.Mais bon, j\u2019avais une chronique à écrire, on ne m\u2019avait pas envoyé en Iran pour couvrir le soccer.Mon travail terminé, j\u2019avais complètement oublié le match.Je suis sorti.J\u2019ai pris un taxi.Ah oui ! c\u2019était aussi le jour où Mazar- e-Charif est tombée.Je venais de l\u2019apprendre.Je monte dans le taxi et j\u2019entreprends de donner au chauffeur les dernières nouvelles de la guerre, en mimant et en bruitant la chose : Mazar boum.Schlak.Fini.Américains 1.Pachtouns 0.Un doigt levé d\u2019un côté.De l\u2019autre main, je faisais zéro.Le chauffeur me regardait de biais, intrigué.Je voyais bien qu\u2019il n\u2019était pas d\u2019accord.Il faisait non de la tête.Il a lâché son volant.Il a brandi deux doigts d\u2019un côté, et fait un zéro de l\u2019autre main.2-0 ?Comment ça 2-0 ?Hé, ho, remets tes mains sur le volant.2-0 ?J\u2019ai allumé d\u2019un coup.Il ne parlait pas de la guerre.Il parlait du match.L\u2019Iran perdait 2-0.Mazar-e-Charif pouvait bien tomber, et Kaboul, et le ciel aussi.L\u2019Iran avait sérieusement compromis ses chances de participer à la Coupe du monde l\u2019été prochain (1).Une fenêtre sur le monde venait de se fermer.Le lendemain, je lisais dans un journal de Londres que des jeunes Iraniens et Iraniennes sans voile avaient brûlé des banderoles qui disaient que Allah était grand.Avaient brûlé aussi, pour la première fois, ce drapeau iranien qui les avaient toujours unis depuis la révolution de 1979.Avaient brûlé, enfin, des portraits géants du guide suprême du pays, l\u2019ayatollah Ali Khamenei.Si le régime des mollahs est renversé un jour, et il sera, ce sera après un match de foot.Et les filles mèneront le bal.(1) Il y a eu deux matches contre l\u2019Irlande.Je parle ici du premier.Comme prévu, les Iraniens ont été incapables de redresser la situation lors du second.Photo Newscom Ces Irlandaises ont été les premières femmes à pouvoir prendre place dans un stade afin d\u2019assister à un match de soccer à Téhéran, le 15 novembre dernier, alors que les représentants de leur pays affrontaient ceuxde l\u2019Iran en qualifications pour la Coupe du monde de 2002.Le pays sans nom «Don\u2019t say the word ! » a hurlé Regna au bout du fil.Regna est une journaliste basée à Amman, en Jordanie.Quand j\u2019ai réussi à la joindre, elle se trouvait au milieu d\u2019une noce, l\u2019orchestre jouait à tue-tête et j\u2019ai dû répéter ma question trois fois pour qu\u2019elle me comprenne.« Je cherche la meilleure façon de me rendre en Israël en partant de Damas, en Syrie.On m\u2019a dit que vous pouviez me renseigner », ai-je martelé à travers le brouhaha de la musique.Regna était horrifiée.« Vous êtes à Damas ?Mais vous êtes folle ?Il ne faut pas dire le mot ! » a-t-elle crié dans son cellulaire avant de retourner à la fête.Après avoir raccroché, je me suis sentie bien bête.La Syrie est en conflit ouvert avec Israël.C\u2019est une dictature.Les téléphones de mon hôtel sont peut-être sur écoute.Et moi qui prononce le nom du pays maudit comme ça, bang : Israël.Mais où avais-je donc la tête ?L\u2019automne dernier, j\u2019ai eu la chance de voyager au Moyen- Orient, question de prendre le pouls du monde arabe au lendemain du 11 septembre.Mais le reportage aurait pu aussi bien s\u2019intituler : voyage autour du pays sans nom.À la fin de ma « tournée », je devais passer quelques jours à Jérusalem.Il y avait une bonne raison pour choisir Israël comme dernière destination : plusieurs pays arabes refusent les détenteurs d\u2019un passeport estampillé en Israël.Les diplomates et journalistes basés au Proche-Orient ont l\u2019habitude d\u2019utiliser deux passeports : un pour les pays arabes, un autre pour l\u2019État hébreu.Ça, je le savais avant de partir.Je savais aussi que de tous les voisins d\u2019Israël, seule la Jordanie a une frontière ouverte avec ce pays.Et que les déplacements vers Israël exigent des détours compliqués.Mais ce que j\u2019ignorais, c\u2019est le silence qui se fait autour de vous quand vous dites « the word ».Et les détours linguistiques qu\u2019il faut prendre pour nommer Israël.Même s\u2019il y a plus de 20 ans que l\u2019Égypte a signé la paix avec Israël, la presse locale réfère à cet État par de lourdes périphrases.Elle se garde bien de lui attribuer la qualité de « pays », mais parlera plutôt de « l\u2019entité sioniste ».Ou, dans une variante moins neutre, d\u2019« ennemi sioniste ».Ces euphémismes accusateurs ont cours chez deux autres voisins d\u2019Israël : la Syrie et le Liban.Dans ces pays, les cartes désignent le territoire israélien par le terme « Palestine ».Même dans les conversations privées, le tabou se dresse comme un mur de briques et le mot Israël suscite une réaction gênée.L\u2019État hébreu est au Moyen- Orient ce que Voldemort est à Harry Potter : le symbole du mal, l\u2019ennemi innommable.Cela impose bien des contorsions linguistiques.Quand des amis arabes me posaient des questions sur mon itinéraire, ma réponse baignait dans un flou artistique : je ne sais pas, il se peut que, j\u2019attends les directives de mes patrons.À Damas, mon amie Samar, qui a déjà vécu à Montréal et n\u2019est donc pas trop empêtrée dans le tabou israélien, m\u2019avait suggéré de me rendre à Tel-Aviv en passant par Chypre.J\u2019étais prête à courir vers la première agence de voyages pour réserver mes billets.Mais cela aurait été trop simple.« Une réservation Chypre-Israël, dans une agence de Damas, oublie ça », m\u2019a prévenue Samar.J\u2019aurais aimé consulter un agent de voyages syrien, ne serait-ce que pour vérifier les horaires des vols.Mais pour cela, il aurait fallu prononcer le fameux mot.« Le mieux, c\u2019est que tu ailles à Chypre, tu trouveras sûrement un vol à partir de là », m\u2019a suggéré Samar.Le scénario me paraissait incertain et j\u2019ai finalement opté pour un autre itinéraire.À force de marcher dans un champ de mines, on finit par acquérir des réflexes.Je n\u2019osais plus prononcer le mot Israël, pas même avec ma copine québécoise à Saïda, au Liban.Parfois, je disais « ce pays », en désignant le sud.Un jour, j\u2019ai eu l\u2019idée de me rabattre sur le nom de Jérusalem \u2014 après tout, personne ne contexte l\u2019existence de cette ville.Mais bizarrement, c\u2019est son nom hébreu qui s\u2019est frayé un chemin à travers les interdits.« I go to Yerosholayim », ai-je balbutié.Ça s\u2019appelle rater son effet.J\u2019avais tellement intégré le tabou d\u2019Israël que j\u2019ai failli tomber en bas de ma chaise quand un Libanais croisé à Saïda a laissé échapper « le mot » au fil de notre conversation.Son choix de vocabulaire n\u2019était pas fortuit, il s\u2019agissait d\u2019un geste réfléchi, m\u2019a-t-il confié.« Israël existe, qu\u2019on le veuille ou non, je préfère nommer la réalité.» Ce pragmatisme est un phénomène rare.Il faut dire qu\u2019au-delà de la guerre de mots, les voisins d\u2019Israël font tout pour faire disparaître ce pays du champ visuel de leurs citoyens.En Syrie, les accès aux sites Internet israéliens sont bloqués.Les liaisons postales sont coupées elles aussi.Et pour de nombreux ressortissants arabes, Israël est une destination impossible.Fadi, un Libanais de Saïda, rêve de visiter Jérusalem.Il a imaginé se rendre en croisière à Haïfa et profiter de l\u2019escale pour faire un saut jusqu\u2019à la ville sainte.Mais il y a un risque : si les autorités libanaises apprennent qu\u2019il a foulé le sol israélien, il risque la prison.« Un jour, j\u2019ai survolé Jérusalem.J\u2019allais à Amman et l\u2019avion avait commencé à descendre au-dessus de la Vieille Ville.C\u2019était beau.J\u2019aimerais tellement avoir quelque chose, un objet qui vient de là.» J\u2019ai promis à Fadi que je lui trouverais une babiole à Jérusalem.Désolée, Fadi, mais j\u2019ai oublié.Ce n\u2019est pas cette fois que tu auras un souvenir du pays sans nom.Photo Reuters Un char de l\u2019État d\u2019Israël prend position près de Jérusalem. 6LP0401B1229 B4 samedi 6LP0401B1229 ZALLCALL 67 20:38:29 12/28/01 B B4 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 Tour (très) guidé dans la vraie Chine Les voyages officiels du premier ministre du Canada sont comme des bulles hermétiques qui, même si elles se déplacent à l\u2019autre bout du monde, reproduisent toujours le même décor.Vous pouvez accompagner Jean Chrétien à Buenos Aires, à Lisbonne, à New York ou à Sydney, si vous restez dans la bulle, vous aurez toujours l\u2019impression d\u2019être au Hilton centreville d\u2019Edmonton en train de couvrir une conférence sur le litige fédéral-provincial à la mode.Même ambiance aseptisée de grand hôtel, même monde soupçonneux autour du premier ministre, même bande de journalistes qui posent les mêmes questions sur les affaires intérieures du Canada et mêmes réponses cabotines du premier ministre.Si vous vous laissez prendre au jeu, vous aurez fait le tour du monde, et tout ce que aurez vu, c\u2019est le Hilton centre-ville d\u2019Edmonton.Bien non, justement, en ce petit matin humide de février, on n\u2019avait pas envie de revoir Edmonton.On était en Chine avec Équipe Canada, et on voulait voir des Chinois.Des vrais Chinois, dans leur vraie Chine.Nous étions, un petit groupe de journalistes et de cameramen, à Xi\u2019an, dans la province de Shaanxi, quand nous avons décidé de profiter des deux heures libres à l\u2019horaire pour aller prendre un bain de foule dans cette « ville de taille moyenne » de sept millions d\u2019habitants.« C\u2019est pourtant pas chinois, avons-nous dit à l\u2019attachée politique de l\u2019ambassade du Canada, on en a marre des cérémonies officielles de signature de protocole d\u2019entente canado-chinois, on veut aller voir le vrai monde.» « Très bien, nous a répondu la dame quelques minutes plus tard, les Chinois ont tout arrangé.» Tout « arrangé », c\u2019était bien le mot en effet.Prétextant des problèmes de circulation insolubles, des risques pour notre sécurité dans les rues de Xi\u2019an et insistant même sur le protocole, les agents du ministère de l\u2019Intérieur ont pris en main notre tour guidé.Coincés dans le bus, on a vite compris que, malgré toutes nos protestations, on ne verrait pas les vrais Chinois de cette province pauvre et agricole.On a visité toutes les bretelles d\u2019autoroutes neuves de la région de Xi\u2019an pendant deux heures avant d\u2019aller rejoindre Jean Chrétien et sa suite au site de fouille des soldats de terre cuite de Xi\u2019an.Les bains de foule, on les a faits plus tard dans le voyage, en semant les guides chinois mis à notre service pour s\u2019assurer que l\u2019on voie la Chine que les autorités voulaient bien nous montrer.D\u2019agents en costard-cravate, on est vite passé à des agents en vert kaki.À peine mes collègues de la télé ont-ils sorti leur attirail sur la place Tiananmen que l\u2019on s\u2019est fait virer sans ménagement par des soldats hyperzélés.On a traversé la rue pour aller au Palais du Peuple, qui, malgré son nom, n\u2019invite pas tellement aux débordements de foule avec ses gardes armés postés à tous les trois mètres.« Et les droits de l\u2019homme, M.Chrétien ?Et la démocratie ?» a-t-on une fois de plus demandé au premier ministre qui sortait d\u2019une rencontre avec son homologue, Zhu Rongji.La Chine est en train de changer, elle se dirige lentement mais sûrement vers la démocratie, et la meilleure façon de pousser les Chinois vers la démocratie, c\u2019est de les inclure dans le grand marché mondial, a une fois de plus répondu M.Chrétien.Le lendemain, Zhu Rongji a fait emprisonner trois nouveaux « dissidents » du mouvement Falun Gong en promettant d\u2019éliminer cette « secte dangereuse » par tous les moyens.Mais quelques doux rêveurs en t-shirts jaunes ne pèsent pas bien lourd aux yeux de l\u2019Occident qui, de toute évidence, croit lui aussi dans la théorie de la démocratie par le commerce.Depuis février, la Chine a obtenu les Jeux olympiques d\u2019été de 2008, elle a fait la paix avec Washington et est entrée à l\u2019Organisation mondiale du commerce par la grande porte.La Chine tarde toutefois à donner le change, trop occupée sans doute à faire le ménage.Selon Amnistie internationale, plus de 1800 personnes ont été exécutées dans le cadre de l\u2019opération « Frapper fort » contre la criminalité.Photo PC Suivre Jean Chrétien en voyage officiel donne l\u2019impression, même à Pékin, d\u2019être au Hilton centre- ville d\u2019Edmonton en train de couvrir une conférence sur le litige fédéral-provincial à la mode.Et alors, comment était le PM?Lucien Bouchard a conduit sa dernière mission à l\u2019étranger dans la bonne humeur Au retour d\u2019un périple de presque un mois en Europe en début d\u2019année, qui m\u2019a menée des pics enneigés de la Suisse au soleil frisquet de l\u2019Italie, en passant rapidement par la douce chaleur de l\u2019Espagne, le seul sujet qui semblait intéresser vraiment, c\u2019était le PM.« Comment était le PM ?» Bon.Alors, comment était le PM ?Le PM \u2014 sobriquet pour premier ministre, en l\u2019occurrence Lucien Bouchard qui effectuait alors son dernier voyage officiel en Europe \u2014 allait très bien merci ! Mais encore ?Il était charmant, avenant et, surtout, très détendu.C\u2019était manifestement un homme bien dans sa peau, à l\u2019aise avec sa décision, annoncée moins de trois semaines plus tôt, de retourner à la vie privée.Malgré quelques tentatives de la part des journalistes, il s\u2019est refusé avec tact et simplicité à tout commentaire, toute remarque qui aurait pu avoir quelque conséquence politique.Pour rien au monde n\u2019allait-il glisser sur une peau de banane en toute fin de parcours.Et, loin des caméras et des journalistes ?Tout aussi agréable, dit Jean-Yves Duthel, vice-président aux communications à la Société générale de financement, qui était un des organisateurs de la mission.D\u2019autres membres de son entourage qui ont préféré garder l\u2019anonymat ont parlé d\u2019un homme très serein, évidemment libéré, qui assumait parfaitement la décision qu\u2019il avait prise.Certes, le PM avait le pas plus léger, mais cela ne signifiait pas que la mission qu\u2019il dirigeait était moins importante, insiste un autre participant qui a aussi opté pour l\u2019anonymat.Au contraire, M.Bouchard était tout aussi rigoureux et exigeant pour cette mission, qui a été l\u2019une des plus importantes qu\u2019il ait jamais réalisée.« Il tenait à ce que cette mission soit un succès.Ce fut une très belle mission.» En janvier dernier, c\u2019est d\u2019abord le Forum de l\u2019économie mondiale, à Davos en Suisse, qui m\u2019amène à traverser l\u2019Atlantique.Les journalistes y côtoient Bernard Landry, alors ministre des Finances.mais bientôt premier ministre.Fidèle à son habitude, il y multiplie les contacts.Ensuite, je rejoins la Mission Québec Europe 2001, une tournée qui devait à l\u2019origine être à la fois politique et économique.Mais quelques jours auparavant, le 10 janvier plus précisément, Lucien Bouchard prend tout le monde par surprise en annonçant qu\u2019il tire sa révérence.Il abandonne la direction du gouvernement du Québec, qu\u2019il aura finalement assumée de janvier 1996 à mars 2001, après avoir été un des fondateurs du Bloc québécois en juin 1991, dont il a dirigé les destinées pendant presque cinq ans.Néanmoins, la huitième mission économique et la dernière que dirigerait M.Bouchard en tant que premier ministre est maintenue, toutes les activités à caractère politique en ayant été soustraites.Lucien Bouchard se rendra donc à Madrid, en Espagne, et en Italie, à Milan d\u2019abord et ensuite à Rome, où la famille Bouchard sera reçue par le pape Jean-Paul II.C\u2019est le clou du voyage.À tout le moins, c\u2019est ce qui semble soulever le plus d\u2019intérêt au Québec.Après quelques jours de repos en Europe avec sa famille, M.Bouchard se joindra ensuite à Équipe Canada, en Chine.Hormis le fait que ce soit la dernière sortie importante du premier ministre démissionnaire en Europe, cette mission revêt une importance toute particulière parce que c\u2019est M.Bouchard qui a mis en place la structure des missions Québec telles qu\u2019on les connaît aujourd\u2019hui.C\u2019était d\u2019ailleurs, comme il l\u2019a maintes fois déclaré, un aspect du travail qui lui plaisait beaucoup.Alors, le long voyage à l\u2019étranger allait se dérouler dans un climat particulier.« M.Bouchard n\u2019était plus obligé de jouer au PM, raconte Jean-Yves Duthel.Il ressentait moins de stress, et la présence d\u2019Audrey (Best) et des enfants (qui l\u2019ont rejoint à Milan) a aussi aidé.Les relations humaines étaient plus importantes pendant ce voyage.» Comme organisateur, M.Duthel a été touché d\u2019être là.« C\u2019était émouvant de travailler avec un homme qu\u2019on savait sur le point de partir.Les efforts pour s\u2019assurer d\u2019une superbe réussite ont été quintuplés.» En fait, selon l\u2019organisateur, l\u2019attitude de tout le monde était différente.Même les journalistes étaient plus gentils.Ils cherchaient moins la bête noire.M.Duthel, qui connaît pourtant M.Bouchard depuis plusieurs années, a découvert un homme qu\u2019il voyait pour la première fois sous un autre angle : « Un homme amoureux des belles choses.» C\u2019est à Rome, la dernière étape du voyage et la plus personnelle, qu\u2019on a pu mesurer l\u2019ampleur du changement d\u2019attitude de M.Bouchard.Pour la toute première fois, il a accepté que quelques journalistes fassent une entrevue avec ses deux fils après leur rencontre avec le pape.Il a toujours voulu protéger ses enfants de la vie politique et, n\u2019eût été sa décision de partir, il n\u2019aurait probablement jamais accepté cette intrusion.C\u2019était aussi la première fois que les enfants du couple étaient présents lors d\u2019un événement largement médiatisé.La famille a été reçue dans le bureau de Jean- Paul II, et non dans la bibliothèque de l\u2019aile est du Vatican, comme c\u2019est la coutume.« C\u2019est très émouvant.Il a été d\u2019une gentillesse et d\u2019une simplicité tout à fait désarmantes, chaque instant est privilégié avec un homme de cette importance, et c\u2019est un contraste avec sa proximité avec nous, il est très chaleureux, il aime beaucoup les enfants », a déclaré M.Bouchard, ému, après la rencontre familiale avec le souverain pontife.« On est arrivé dans le bureau, il nous a souri, a dit bonjour et nous a demandé comment ça va.On a dit que ça allait bien, et nous avons embrassé sa bague », a raconté le jeune Alexandre, alors âgé de 11 ans.« Il a été très gentil avec nous, il était en forme », a ajouté son jeune frère Simon.« C\u2019est un très grand homme, donc, c\u2019est un homme très simple, a dit leur père.Les hommes les plus grands sont les hommes les plus simples.» C\u2019était un homme bien dans sa peau, à l\u2019aise avec sa décision, annoncée moins de trois semaines plus tôt, de retourner à la vie privée. 6LP0501B1229 B5 samedi 6LP0501B1229 ZALLCALL 67 21:08:34 12/28/01 B LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 B5 L\u2019espoir à São Paulo ÀSão Paulo, il y a une course de Formule 1 et une clinique pour soigner les malades du sida.Mais oui, il y a mille autres choses à São Paulo, je sais bien.Il y a des gratte-ciels à perte de vue et des bidonvilles à perte de parole.Il y a des gens nu-pieds et des usines de Volkswagen.Il y a du café qui s\u2019appelle Pelé et une équipe de futebol que les gens surnomment les Cochons.Il y a des murs très hauts autour des maisons des riches.Et pas toujours de murs dans les maisons des pauvres.Et puis, pour commencer, il y a 20 millions de personnes.Ça fait pas mal de gens, pour commencer, 20 millions de personnes, et même pour finir.Alors j\u2019en ai choisi quelquesunes seulement.Celles que j\u2019ai vues au Grand Prix de Formule 1, qu\u2019on m\u2019a envoyé couvrir, au mois d\u2019avril.Et d\u2019autres que j\u2019ai vues, la même semaine, à l\u2019Institut d\u2019immunologie Emilio-Ribas.L\u2019Institut, au coeur de São Paulo, est un drôle d\u2019endroit pour chercher l\u2019espoir.Et pourtant il s\u2019y trouve.Il se trouve chez Emi, une orpheline de quatre ans grosse comme un bébé de deux ans qui serait maigre.Aussi dans le bureau du docteur Vasco Pedroso de Lima, le directeur.Et dans la tête de tout le monde qui y travaille.Pour Emi, quel est l\u2019espoir, quand on a quatre ans, le sida, à peine l\u2019énergie pour se mouvoir et pas de parents ?L\u2019espoir est de survivre, et peutêtre même de vivre.Il y a cinq ans, l\u2019espoir n\u2019existait pas.Depuis, le Brésil, où environ un demi-million de personnes sont infectées, a mis sur pied une stratégie nationale de lutte contre le sida en même temps que la science pharmacologique a progressé de façon spectaculaire.Le Brésil, au grand déplaisir des groupes pharmaceutiques, a décidé de copier les médicaments antisida, alléguant l\u2019« urgence nationale ».Le pays, le seul en Amérique latine avec un programme universel d\u2019assurance- santé et d\u2019assurance-médicaments, produit les médicaments dans six laboratoires de l\u2019État.Si bien qu\u2019au lieu des 12 000 $ qu\u2019il en coûte aux États-Unis ou en Uruguay pour soigner une personne infectée, il en coûte 4700 $ US.Le prix a diminué de 70 % au Brésil, contre un maigre 9 % en moyenne ailleurs.Rosanan Ferreira, infirmière, avait les larmes aux yeux en me disant que, cinq ans plus tôt, elle se demandait chaque matin, en rentrant au travail, quel enfant allait mourir ce jour-là.Maintenant, pour chacun, il y a un espoir, m\u2019a-t-elle dit.« Nous avons 33 000 patients inscrits à l\u2019Institut, et s\u2019ils demeurent infectés, ils peuvent vivre, travailler », dit le directeur.Les coûts du programme (303 millions l\u2019an dernier) sont largement compensés par les économies : près de 1,2 milliard de moins en hospitalisation et en médicaments depuis 1997.\u0001 \u0001 \u0001 Le lendemain de ma visite à l\u2019Institut, j\u2019allais assister à une conférence de presse de Ferrari, dans un grand hôtel de la périphérie de cette ville qui n\u2019en finit plus de périphérer.De longilignes demoiselles dans des jumpers très rouges et très moulants accueillaient les journalistes venus entendre ce qu\u2019avaient de nouveau à dire les deux pilotes, le champion du monde, Michael Schumacher, et le fils de São Paulo, Rubens Barrichello.Ce n\u2019était pas terriblement nouveau, mais ce qui l\u2019était encore moins, c\u2019étaient les lamentations annuelles des pilotes débarqués en hélicoptère près de la piste pour inspecter les lieux : mauvais entretien, des bosses partout, la ville est dangereuse, Mme Schumacher est restée à la maison, quelle ville épouvantable.Je sais bien que leur métier est de piloter des voitures, pas de régler le sort du monde.Que dans les circonstances, ils ne pensent qu\u2019à « ça », c\u2019est-à-dire leur boulot, qui consiste à risquer frôler la mort en roulant à 300 km/h.Et pourtant, la course du Brésil a été la plus excitante, on pourrait presque dire une des seules dignes d\u2019intérêt de toute la saison.Monaco, cette course ringarde où personne ne peut dépasser, et où seuls ceux qui ne foncent pas dans un mur finissent, est par contre l\u2019une des préférées des pilotes, qui peuvent garer leur bateau à quelques coins de rue de là.Le spectacle, peut-être que cela n\u2019est pas non plus de leur ressort.De toute la semaine brésilienne, il ne s\u2019est trouvé qu\u2019un pilote, Jean Alesi, pour dire : arrêtons de nous plaindre, ce n\u2019est pas le grand luxe, mais c\u2019est très décent.Au fait, parlant de luxe, avez-vous vu la ville ?Alesi a pris sa retraite.S\u2019en trouvera- t-il un autre, cette année, pour dire, juste comme ça, en passant : avez-vous vous où nous courons, aujourd\u2019hui, sur la planète Terre ?On a droit à ce petit espoir-là.Photothèque Reuters Le fils de São Paulo, Rubens Barrichello, pilote chez Ferrari, envoie la main à ses supporters qui n\u2019habitent sûrement pas les bidonvilles.Vert Brésil Cela faisait deux heures que l\u2019on roulait dans Brasilandia, un vaste quartier au nord de São Paulo.Deux heures à arpenter les tortueux chemins de terre des favelas, ces bidonvilles qui tapissent à perte de vue les buttes et les terrains vagues.Saoulant.À un moment, la petite bagnole grise du prêtre québécois Claude Trudel, qui avait gentiment accepté de me guider, reste coincée entre deux abris de fortune construits de bouts de tôle, de planches et de cartons.Des yeux inquisiteurs, où se lisent un mélange de peur et de colère, apparaissent dans les fentes et nous suivent jusqu\u2019à ce que nous sortions du cul-de-sac.Mon amie Tania m\u2019avait déconseillé de visiter Brasilandia ; comme la plupart des Paulistes, elle craint de se promener dans ces quartiers contrôlés par les trafiquants de drogue et les sectes.Pourtant, comme nous repartons, une gamine sort en courant et nous salue de la main.À ses pieds, la mare d\u2019un tuyau d\u2019arrosage qui sert de fontaine publique.Au-dessus de sa tête, des fils électriques entremêlés raccordés illégalement aux poteaux.Mais elle s\u2019en moque et sourit à pleines dents.Ce ne sont pas ces sourires, mais les visages défigurés par la douleur qui hantent Jean-Robert Michel, jeune collègue haïtien de Claude Trudel avec qui nous dînons ce jour-là.Chaque année, la ceinture de misère autour des villes industrieuses du sud du Brésil s\u2019agrandit avec le flot continu d\u2019immigrants qui quittent leurs villages du nord où ils crèvent de faim.Ils arrivent à Rio, à São Paulo sans travail, sans le sou, avec le seul nom d\u2019un parent chez qui ils pourront crécher.Ils survivent en fabriquant des bricoles, en mendiant, en volant à la tire, en se prostituant.Jean-Robert Michel, qui aime la musique de Bob Marley et le porto, \u2014 la vie quoi ! \u2014, est encore chaviré à notre arrivée par la visite récente d\u2019un homme de son âge, en crise.Il n\u2019a pas trouvé les mots pour le sortir de son désespoir.Jean-Robert ne le dira pas, mais je sens que le doute s\u2019est emparé de lui.Paradoxalement, de l\u2019espoir, il y en a à São Paulo, peut-être même trop.Vert Brésil ! C\u2019est l\u2019élection de Marta Suplicy à la mairie, il y a un an, qui a soulevé l\u2019enthousiasme.Cette candidate du Parti des travailleurs tente d\u2019instaurer dans cette ville de 10 millions d\u2019habitants une forme de démocratie directe par laquelle ce sont les simples citoyens, réunis en petites assemblées, qui dictent les priorités budgétaires.Un défi titanesque.C\u2019est à Porto Alegre, capitale de 1,3 million d\u2019habitants du Rio Grande do Sul, l\u2019État le plus au sud du pays, qu\u2019est né ce « budget participatif ».Dans cette agora des temps modernes, plus de 35 000 personnes ont participé l\u2019an passé aux assemblées de leur arrondissement ou à celles, d\u2019intérêt général, sur l\u2019urbanisme, la culture, la taxation ou le transport en commun.Ces assemblées n\u2019ont rien à voir avec nos « sommets » où les éternelles figures du patronat, des syndicats et des autres lobbies accaparent les micros.Ce sont des gens qui prennent leur courage et s\u2019avancent au micro, l\u2019un pour réclamer une meilleure surveillance policière, l\u2019autre, des cuisines collectives, etc.Le Parti des travailleurs a instauré le budget participatif après avoir gagné la mairie il y a 12 ans, quand il s\u2019est aperçu que les fonds publics étaient insuffisants pour financer ses promesses électorales ; plutôt que d\u2019imposer ses choix, il a laissé les citoyens trancher.Cette ville est ainsi devenue un modèle de gouvernement pour les opposants à la mondialisation, José Bové en tête, qui louangent la place faite à la société civile.Ainsi, c\u2019est à Porto Alegre qu\u2019ils tiennent leur contre-Forum économique mondial, appelé Forum social mondial.Porto Alegre, c\u2019est l\u2019antithèse de Davos, ce petit village suisse des Grisons.La plus grande ville au pays des gauchos, ces cow-boys du sud des Amériques, a fait fortune grâce à son port d\u2019eau douce et à ses expéditions de boeuf.Mais dans ce pays aux inégalités criantes, cette fortune a échappé à la majorité.Ainsi, Porto Alegre a sa bonne part de favelas.La mairie n\u2019a pas les moyens de construire beaucoup de logements sociaux, mais s\u2019enorgueillit de quelques HLM neufs, comme celui prosaïquement appelé le « condo des anges », construit à la demande d\u2019une communauté de squatters.Arildes dos Santos et sa famille ont attendu 16 ans avant d\u2019avoir un toit digne de ce nom.« Nous y voici », me disait-il en sirotant son thé vert devant son immeuble qui sentait encore la peinture fraîche.Tous sont loin d\u2019y être, mais c\u2019est déjà un début.PhotoAFP À son premier jour à la mairie, Marta Suplicy a tenu à prendre son dîner avec des défavorisés dans le centre-ville de São Paulo. B6 | PLUS L A P R E S S E MO N T R É A L S AME D I 2 9 D É C EMB R E 2 0 0 1 PLUS | B7 ACTUALITÉ GÉNÉRALE 1.Gérald Tremblay a remporté les élections municipales à Montréal avec une avance sur Pierre Bourque de: a.25 238 voix b.32 328 voix c.35 328 voix d.37 238 voix 2.Pour une série d\u2019agressions sexuelles commises sur deux fillettes, le boxeur Dave Hilton a été condamné le 9 mai à: a.Deux ans de pénitencier b.Quatre ans de pénitencier c.Sept ans de pénitencier d.Dix ans de pénitencier 3.Il était l\u2019avocat des villes antifusions dans le dossier de la loi 170: a.Jean Keable b.Guy Bertrand c.Gérald Tremblay d.Maurice Lagacé 4.La multinationale General Motors fermera son usine d\u2019assemblage de Boisbriand en: a.Janvier 2002 b.Mars 2002 c.Juillet 2002 d.Septembre 2002 5.Ottawa en a autorisé la consommation pour des fins thérapeutiques l\u2019été dernier: a.La cocaïne b.Le haschisch c.La marijuana d.L\u2019ecstasy 6.D\u2019ici quatre ans, tous les Québécois en auront un, a promis Pauline Marois en février 2001: a.Un hôpital privé près de chez soi b.Un infirmier à domicile en cas de besoin c.Un médecin de famille d.Un réseau de la santé efficace sans attente aux urgences 7.Le Festival Juste pour rire lui a rendu hommage l\u2019été dernier: a.Bernard Tapie b.José Bové c.Charles Trenet d.Louis de Funès 8.Les prénoms les plus fréquemment choisis par des parents francophones en 2000 ont été: a.Samuel et Ariane b.Michel et Sarah c.Oussama et Céline d.William et Mégane 9.Au Sommet des Amériques, la GRC a utilisé pour la première fois de nouvelles balles à Québec: a.Des balles de caoutchouc b.Des balles de tennis c.Des balles de foin d.Des balles de plastique 10.La Presse a révélé l\u2019an dernier que les cols bleus montréalais ont un taux d\u2019absentéisme plus élevé que les autres employés municipaux montréalais.De combien de fois?a.De deux fois b.De trois fois c.De quatre fois d.De six fois 11.Ils ont tous deux remporté un prix au Festival des films de Berlin: a.Denys Arcand et Pascale Bussières b.Robert Lévesque et Robert Lepage c.Denis Villeneuve et Martine Chartrand d.Robert Lepage et Pascale Bussières 12.En mars dernier, près de 150 motards criminels étaient arrêtés lors de 200 perquisitions effectuées dans des dizaines de municipalités québécoises.Comment s\u2019appelait l\u2019opération policière: a.Dunkin 2001 b.Coup de poing 2001 c.Printemps 2001 d.Justice infinie 2001 13.Une statue à son effigie a été installée en face de l\u2019hôtel de ville de Montréal: a.Jean Doré b.Jacques Duchesneau c.Jean Drapeau d.Camillien Houde 14.Un couple homosexuel de cette ville qui affirmait être victime de discriminations a reçu plusieurs marques de sympathie de la population: a.Châteauguay b.St-Tite-des-Lacs c.Pointe-Claire d.Lac-Saguay 15.Il a fait une longue grève de la faim pour protester contre le «traitement injuste réservé aux pères de famille séparés ou divorcés du Québec»: a.Marc Labrèche b.Jeffrey Loria c.Marc Parent d.Gordon Sawyer 16.En 10 ans, l\u2019utilisation du Ritalin a augmenté au Québec de: a.200% b.350% c.500% d.750% 17.Par crainte de la vache folle, Ottawa a interdit pendant quelques mois de 2001, l\u2019importation de: a.Vaches espagnoles b.Lamas péruviens c.Boeufs brésiliens d.Dindes américaines 18.Le réalisateur du documentaire Bacon, le film sur la production porcine québécoise: a.Philippe Falardeau b.Fabien Cochonou c.Hugo Latulippe d.Kevin Bacon ARTS ET SPECTACLES 19 - Quel film a remporté le prestigieux Oscar du meilleur film en 2001?a.Tigre et Dragon b.Erin Brockovich c.Traffic d.Gladiator 20 - Qui a raflé le titre d'humoriste de l'année au gala des Olivier?a.Stéphane Rousseau b.Patrick Huard c.Jean-Michel Anctil d.Yvon Deschamps 21 - Quelle chanteuse a décroché le Jutra de la meilleure actrice de soutien en 2001?a.Louise Portal b.Marie-Jo Thério c.Carole Laure d.France D'Amour 22 - Quel chanteur québécois tiendra la vedette de la comédie musicale française Le Petit Prince en 2002?a.Garou b.Bruno Pelletier c.Daniel Lavoie d.Mario Pelchat 23 - Quel auteur(e) québécois a vu son roman transposé au théâtre par le TNM en 2001?a.Réjean Ducharme b.Jean-Yves Soucy c.Marie Laberge d.Michel Tremblay 24 - Quel groupe a joué joué trois fois au Centre Molson à guichets fermés en 2001?a.U2 b.Aerosmith c.Les Backstreet Boys d.Radiohead 25 - À qui a-t-on confié la présidence du jury du Festival des films du monde cette année?a.Sophia Loren b.Emmanuelle Béart c.Francisco Rabal d.Jean-Jacques Beineix 26 - Outre le Théâtre du Nouveau Monde, quelle autre institution culturelle québécoise fêtait ses 50 ans cette année?a.Le Centre d'arts d'Orford b.L'Orchestre symphonique de Montréal c.Le Musée des beaux-arts de Montréal d.L'Orchestre symphonique de Québec 27 - Quel pianiste québécois nous a offert un marathon Beethoven cet automne?a.Marc-André Hamelin b.Louis Lortie c.Richard Raymond d.André Laplante 28 - Laquelle des chansons suivantes des Beatles, toutes chantées par George Harrison, a été écrite par Lennon et McCartney?a.Here Comes The Sun b.Don\u2019t Bother Me c.Piggies d.Do You Want To Know A Secret INTERNATIONAL 29- En janvier 2001, le président de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) a été assassiné, s\u2019appelait-il: a.Laurent-Désiré Kabila b.Omar Bongo c.Mobutu Sese Seko d.Patrice-Aimé Lumumba 30- En février 2001, les Israéliens ont élu Ariel Sharon premier ministre.Comment s\u2019appelait son principal adversaire?a.Shimon Peres b.Ehud Barak c.Benjamin Netanyahu d.Yitzhak Rabin 31- En avril 2001, l\u2019ancien président yougoslave Slobodan Milosevic a été: a.tué b.arrêté c.condamné d.amnistié 32- En avril 2001, les Américains ont perdu en Chine: a.un avion b.un hélicoptère c.un bateau d.une valise diplomatique 33- En juin 2001, le Népal a perdu: a.son siège aux Nations unies b.la moitié de son territoire au profit de l\u2019Inde c.le roi, la reine et le prince héritier d.la Coupe d\u2019Asie de cricket 34- En juin 2001, Timothy McVeigh a été exécuté aux États-Unis.Il avait auparavant été reconnu coupable d\u2019un attentat à: a.Omaha b.Oklahoma City c.Salt Lake City d.Kansas City 35- En octobre 2001, le prix Nobel de la Paix a été attribué à: a.Tony Blair b.Kofi Annan c.Lakhdar Brahimi d.Boutros Boutros-Ghali 36- Quelle est la capitale de l\u2019Afghanistan?a.Kunduz b.Kaboul c.Jalalabad d.Islamabad 37- Comment s\u2019appelle l\u2019organisation du Saoudien Oussama Ben Laden?a.Jihad b.Al-Qaeda c.Fatwa d.Hezbollah 39- Après des semaines de suspense, qui a déclaré George W.Bush vainqueur des élections américaines?a.Le Congrès b.Bill Clinton c.La Cour suprême d.l\u2019État de la Floride POLITIQUE 39- Le premier ministre Jean Chrétien va célébrer son 40e anniversaire de vie politique: a.en avril 2003 b.en avril 2006 c.en avril 2008 40- Le chef de l\u2019Alliance canadienne, Stockwell Day, a été élu «Survivor» de l\u2019année par ses pairs à la Chambre des communes.Vrai ou faux ?41- Combien de députés de l\u2019Alliance canadienne ont fait faux bond à Stockwell Day pour former une coalition avec les conservateurs de Joe Clark?a.22 b.13 c.8 42- Quelle mesure le gouvernement fédéral a-t-il annoncé en décembre pour augmenter la sécurité dans les aéroports et les avions?a.Interdiction de boire du café et de l\u2019alcool dans les avions b.Fouille manuelle de tous les bagages c.Embauche de policiers armés dans les avions d.Détecteur de métal à bord des avions 43- Quel est le nom du député qui a qualifié Nelson Mandela, l\u2019ancien président de l\u2019Afrique du Sud, fait citoyen d\u2019honneur du Canada, de terroriste et de communiste?a.le libéral Denis Coderre b.le bloquiste Ghislain Lebel c.l\u2019allianciste Rob Anders 44- Lucien Bouchard a quitté son poste de premier ministre en janvier 2001 pour une carrière dans le secteur privé.Quelle fonction occupe-t-il désormais?a.représentant patronal pour la ronde des négociations du secteur public b.avocat dans un important bureau montréalais c.président du PQ Montréal-Centre d.président-directeur général du CHUM 45- À peine devenu premier ministre, Bernard Landry a soulevé un tollé en qualifiant le drapeau canadien de: a.papier rouge b.chiffon rouge c.torchon rouge d.dossier rouge 46- Le gouvernement Landry a donné l\u2019occasion à Hydro-Québec de sortir de son créneau habituel cette année, en permettant à la société d'État de: a.Vendre son moteur-roue à General Motors b.Demander aux Cris d'exploiter un barrage à la Baie-James c.Lancer un projet de centrale au gaz naturel à Beauharnois d.Geler ses tarifs jusqu'en 2008 47- La Commission de la représentation électorale a présenté une nouvelle carte délimitant les 125 circonscriptions de la province pour les prochaines élections générales.Quel en était le fait saillant?a.Le Québec passera à 125 comtés.b.La Gaspésie gagne des représentants supplémentaires à l'Assemblée nationale c.Une circoncription crie apparaîtra dans le Nord québécois.d.Le poids politique de l'île de Montréal diminue avec la disparition de deux circonscriptions.48- La Commission des États généraux sur la langue a rendu publiques l'été dernier ses conclusions après un an d'audiences, à qui le gouvernement avait-il donné le mandat de faire le bilan de la Charte de la langue, 25 ans après son adoption?a.Robert Libman b.Guy Bouthillier c.Mario Beaulieu d.Gérald Larose ÉCONOMIE 49- À son deuxième trimestre, Nortel Networks a déclaré la pire perte trimestrielle de l\u2019histoire des entreprises canadiennes, au montant de 19,4 milliards de dollars.Une seule autre entreprise, dans le monde, avait auparavant déclaré une perte plus importante pour un seul trimestre.Laquelle?a.Ford b.Kraft c.General Motor d.Procter & Gamble 50- En mars prochain, la Banque Nationale aura un nouveau chef de la direction.Qui est-ce?a.Jean Turmel b.Michel Bélanger c.Réal Raymond d.André Bérard 51- Au début de l\u2019automne, GM a annoncé la fermeture de son usine à Boisbriand dès septembre 2002.Au moment de l\u2019annonce, combien de personnes y travaillaient?a.2200 b.3100 c.1200 d.1800 52- Bell Globemedia a acheté le réseau TQS, en partenariat avec Cogeco.La filiale de BCE possède deux autres médias importants, en tout ou en partie.Lesquels?a.National Post b.réseau CTV c.réseau Global d.Globe & Mail e.La Presse 53- Avant de remonter légèrement à la fin de l\u2019année, le dollar canadien a touché un creux historique par rapport à la devise américaine.Que valait le dollar canadien à ce moment?a.63,12 cents US b.62,11 cents US c.62,87 cents US d.62,37 cents US 54- Lequel des dirigeants suivants n\u2019a pas annoncé, en 2001, qu\u2019il quittait son poste?a.Laurent Beaudoin b.John Roth c.Raymond Bachand d.Jacques Bougie 55- Les marchés boursiers ont offert une piètre performance.À quel moment l\u2019indice TSE 300 de la Bourse de Toronto a-t-il affiché son niveau le plus bas de l\u2019année?a.Le 14 septembre b.Le 3 octobre c.Le 21 septembre d.Le 22 août 56- Le mot récession a été sur toutes les lèvres cette année.Qu\u2019est-ce qui, techniquement, officialise que la récession s\u2019est bel et bien installée?a.La croissance du PIB chute de plus de 1% en deux trimestres b.La croissance du PIB est négative pendant deux trimestres sur trois c.La croissance du chômage est de 0,5% ou plus en six mois d.La croissance du PIB est négative pendant deux trimestres consécutifs SPORTS 57- Quel tennisman a remporté les Internationaux du Canada au stade du Maurier?a.Andre Agassi b.Andrei Pavel c.Sébastien Lareau d.Gustavo Kuerten 58 \u2013 Les Jeux olympiques d\u2019été de 2008 ont été accordés à quelle ville?a.Toronto b.Athènes c.Pékin d.Paris 59 - Qui détenait la position de tête lors du départ du Grand Prix du Canada au circuit Gilles-Villeneuve?a.Mika Häkkinen b.Jacques Villeneuve c.Ralf Schumacher d.Michael Schumacher 60- Qui a remporté l'Omnium du Canada au club de golf Royal Montréal?a.Tiger Woods b.Fred Couple c.Mike Weir d.Scott Verplank 61- Dans la transaction du Canadien impliquant Martin Rucinsky et Benoit Brunet contre Donald Audette, quel joueur des Stars de Dallas complétait le marché?a.Guy Carbonneau b.Kirk Muller c.Shaun Van Allen d.Andreas Dackell 62- Qui a été choisi le joueur par excellence des Expos en 2001?a.Orlando Cabrera b.Vladimir Guerrero c.Tim Raines d.Lee Stevens 63 - Quel ancien lanceur des Expos a remporté le trophée Cy Young en 2001?a.Jeff Fassero b.Pedro Martinez c.Randy Johnson d.John Wetteland LE GRAND QUIZ DE FIN D\u2019ANNÉE Ahhh.la période des Fêtes: les bons petits plats, les batailles de boules de neige, les longues soirées à s\u2019exciter autour d\u2019une table en jouant à «Quelques arpents de piège» avec parents et amis.Ah oui, vous aimez les jeux-questions?Ça tombe bien! Les différents secteurs de la rédaction de La Presse se sont creusé la tête pour vous concocter 63 questions sur l\u2019actualité, toutes avec un choix de réponses.Alors à vos marques, prêt, partez! Les réponses se trouveront dans notre dernièr numéro de l\u2019année, demain en page A2! Amusez-vous bien! L A PRESS E MONTRÉAL SAM E D I 29 DÉCEMBRE 20 0 1 6LP0801B1229 B8 samedi 6LP0801B1229 ZALLCALL 67 21:14:37 12/28/01 B B8 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 Le royaume des alicaments Il y a des personnes qui se ruent sur les monuments célèbres dès qu\u2019elles mettent le pied dans une nouvelle ville ou un nouveau pays.D\u2019autres vont s\u2019asseoir dans un café ou un resto, histoire d\u2019observer les passants.Moi, je vais à l\u2019épicerie, au supermarché, au dépanneur du coin et je regarde les gens et ce qu\u2019ils achètent à manger.À chacun ses portes d\u2019entrée.C\u2019est donc ce que j\u2019ai fait en arrivant à Tokyo, en mai dernier.Et c\u2019est dans un dépanneur, à quatre coins de rue de mon hôtel qu\u2019a commencé un voyage ahurissant dans l\u2019univers des alicaments, mais surtout de la consommation futuriste, folle et flirtant avec les pires excès, des Japonais.Le Japon est en récession depuis le début des années 90.Je croyais donc, en partant là-bas, que je trouverais un pays stagnant, une sorte d\u2019ancienne vedette de la science-fiction, aujourd\u2019hui défraîchie.Certes, j\u2019avais lu dans bien des magazines et sur Internet que le Japon demeurait le royaume des alicaments, ces produits mi-aliments, mimédicaments sur lesquels je voulais faire un reportage, parce qu\u2019on les décrit comme les aliments de l\u2019avenir.Ils existent au Japon depuis une quinzaine d\u2019années et commencent à arriver en Amérique du Nord.Mais bon.Je me disais que leur développement avait probablement beaucoup ralenti à cause du marasme économique et je me préparais à bien pédaler pour nourrir mon reportage.Tu parles! Dès mon arrivée au dépanneur du coin (avec portes automatiques comme dans Star Trek, évidemment) je suis tombée sur une tonne de ces produits nutraceutiques.Des gelées aux protéines dans des sacs métalliques de style astronaute, des chocolats au calcium, des jus vitaminés, caféinés et enrichis à satiété de tous les derniers nutriments à la mode, des potions pour accélérer la production de collagène, des nouilles au psyllium, des légumes et des algues exotiques lyophilisés, du jus aux fibres (les Japonais sont obsédés par leurs intestins), des boissons au yaourt qui font baisser la tension artérielle.Et la liste continue encore et encore.Je me suis vite rendu compte que le Japon, du moins Tokyo, n\u2019est pas un endroit qui fait dans la mesure.On dit que les Américains n\u2019ont aucune idée de ce qu\u2019est la modération.Les Japonais non plus.Du moins, pour certaines choses.La preuve: Shibuya, Shinjuku, Akihabara, entre autres.Quelques quartiers de Tokyo complètement démentiels avec leurs chemins de fer suspendus traversant des canyons de néons, des vidéos géantes qui propulsent les images de vedettes au look humanoïde, des foules grouillantes de milliers de personnes entassées dans le métro ou traversant d\u2019immenses carrefours, le tout sur trame sonore dans la plus pure lignée des Pokemon ou encore mieux, de Démétan.Avez-vous dit hal-lu-ci-nant?Il y a des gens qui se ruent sur les monuments célèbres quand ils arrivent dans une nouvelle ville.Moi, je suis partie prendre le métro et j\u2019ai été propulsée dans un univers de consommation et de folie urbaine propre, mais complètement assourdissant.Des marques, des marques, des marques.Partout.Les Japonais sont fous de marques.Personne ne se promène en public sans son Gucci, son Fendi, son Vuitton, son Burberry, son ci, son ça.Après un moment, ça devient grotesque.Quoi, votre papier toilette n\u2019est pas griffé?Parlant de toilettes.Saviez-vous que les sièges des toilettes dans les immeubles à bureaux de Tokyo sont souvent chauffés et qu\u2019à côté du bouton de chauffage, il y a un bouton pour mettre de la musique ou alors faire jouer des chants d\u2019oiseau ?Les Japonais n\u2019aiment pas s\u2019entendre faire pipi.Mais ils aiment les faux chants d\u2019oiseau.À Kyoto, j\u2019en ai entendu dehors, dans la rue.On a installé des haut-parleurs sur des poteaux.En fait, les Japonais aiment beaucoup de choses fausses.À Odaiba, tout nouveau quartier de Tokyo construit sur des terres regagnées à la mer, il y a des centres commerciaux qui reproduisent des lieux d\u2019ailleurs.Un faux village toscan avec façades terre de Sienne et faux ciel bleu avec nuages cotonneux, un faux quartier de Hong Kong avec bruits d\u2019avions, canards laqués en plastique et miaulements de chats enregistrés.Ailleurs en banlieue, on a construit des pentes de ski dans des hangars géants, avec de la neige artificielle, bien entendu.Et à Odaiba, on peut se baigner dans une fausse baie avec une plage artificielle ponctuée de fausses vagues.Dans une immense enceinte signée Toyota, on peut aussi essayer de fausses voitures et faire semblant d\u2019aller à 180 km/h.Quand on négocie une courbe, le mal de coeur, lui, est vrai.Je suis partie au Japon en mai, peu de temps après avoir couvert les manifestations contre la mondialisation capitaliste à Québec.Je suivais les préparatifs des groupes de manifestants depuis quelques mois.Je venais aussi de terminer une série sur le retour d\u2019une pensée de gauche au Québec.Bref, j\u2019avais entendu et réentendu mille fois, avant de partir, le discours néo-progressiste de l\u2019heure sur les excès de notre univers de publicité et de marketing et sur le culte des marques, résumé par Naomi Klein dans son livre No Logo.Au Japon, je suis débarquée dans la capitale du logo et de la consommation débridée.Comme contraste, on n\u2019aurait pu faire mieux.J\u2019ai essayé de parler de ces questions avec les Japonais que j\u2019ai rencontrés.Mais même la personne la plus intéressée par le sujet (elles étaient rares) portait un sac à main clairement signé, Prada.Photo Reuters Shibuya, Shinjuku, Akihabara.Des quartiers de Tokyo complètement démentiels avec leurs chemins de fer suspendus traversant des canyons de néons et des vidéos géantes qui propulsent les images de vedettes au look humanoïde.Milan: des collections apaisantes dans un monde traumatisé Au moment des attentats de New York, La Presse avait déjà planifié l\u2019envoi d\u2019une journaliste pour assister à la présentation des collections de Milan, les défilés de mode les plus prestigieux au monde avec ceux de Paris.C\u2019était la première fois \u2014 à notre connaissance \u2014 qu\u2019un journaliste permanent était mandaté officiellement en Italie pour cet événement.Au moment des attentats, bien sûr, la question s\u2019est posée : dans quelle mesure cette couverture demeurait-elle encore pertinente ?La réponse s\u2019est vite imposée.Malgré l\u2019ampleur de la tragédie qui secouait l\u2019Amérique, la vie ailleurs, la vie en général continuait.Les organisateurs de la Fiera (la foire) à la Chambre de la mode se sont aussi interrogés.Devaient-ils, à une semaine de la date prévue, annuler un des plus gros show de mode au monde ?Il fallait certainement voir plus loin que le côté clinquant de l\u2019événement.C\u2019est un pan de l\u2019industrie planétaire de la mode qui risquait d\u2019en prendre un coup.Et, finalement, malgré l\u2019absence d\u2019acheteurs américains, le feu vert a été donné.Pour apaiser le traumatisme collectif, un bain de légèreté et de beauté n\u2019était après tout pas à dédaigner.En effet, ils furent un peu surréalistes, ces défilés, dans une ambiance teintée par la crainte du terrorisme.Plusieurs alertes à la bombe ont retenti dans la ville lombarde au Duomo et au grand magasin La Rinascente.Les policiers étaient partout pour accompagner le ballet diplomatique entourant les premières négociations impliquant l\u2019ancien roi afghan Zaher Shah et la visite en coup de vent de George Bush père.Les grandes fêtes en marge des défilés ont été annulées en signe de solidarité avec l\u2019Amérique, mais les grands couturiers italiens ont mis le paquet, sans exagération non plus, preuve évidente qu\u2019un show chez Armani, GianFranco Ferré ou Prada peut réconcilier avec la beauté du monde.On a pu s\u2019amuser davantage chez Donatella Versace, grande diva de la mode, qui a encore une fois joué la Rock Star en lançant un message de courage et d\u2019humanité au début de son défilé.Les Dolce&Gabbana, avec leur image de doux punks, ont apaisé l\u2019assistance en les inondant de roses grimpantes, autant dans la mise en scène que sur leurs vêtements Le plus saisissant fut bien sûr de constater que l\u2019incertitude qui frappait l\u2019Amérique pour une rare fois de son histoire ne trouvait pas le même écho en Europe, continent marqué par bien des deuils.Une impression renforcée dans ce monde à part \u2014 celui des couturiers \u2014 d\u2019apparence fermée, narcissique et autarcique.On a senti une certaine solidarité chez les jeunes designers, chez ceux qui percent, ou qui vendent beaucoup.en Amérique.On ne donnera pas de noms.Comme tout est mode à Milan, les I love New York sur les t-shirts ont fait un tabac.Personne n\u2019est dupe, mais tout le monde aime.Les bonnes idées marketing sont toujours les bienvenues.En effet qui se soucie des travailleurs du World Trade Center quand une ex-Spice Girl ou une actrice de série B, « toute en jambes », assiste à un défilé ?Qui pense aux pompiers morts en service quand les amuse-gueule servis à l\u2019hôtel cinq étoiles Principe di Savoia font léviter à chaque bouchée ?Qui s\u2019apitoie sur le sort des passagers des avions-suicide quand Giorgio Armani salue ceux qui viennent de vivre un grand moment de création ?Et quand un sursaut de lucidité secoue la torpeur du fan de collections, Roberto Cavalli, le dernier chouchou de la mode, est là pour l\u2019anesthésier de nouveau à grand coup de bouteilles individuelles de Moët & Chandon sirotées à la paille.Légèrement décadent, indécent aussi pour les esprits, de plus en plus nombreux, préoccupés par le fossé de plus en plus grand entre les riches et les pauvres.Mais bigrement rafraîchissant dans l\u2019atmosphère surchauffée des temples de la mode.Photo AP Donatella Versace, grande diva de la mode, a encore une fois joué la Rock Star en lançant un message de courage et d\u2019humanité au début de son défilé. 6LP0901B1229 B9 samedi 6LP0901B1229 ZALLCALL 67 21:24:28 12/28/01 B LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 B9 Photo ROBERT SKINNER, La Presse © Pour l\u2019essentiel, les enfants de Davis Inlet sont comme ceux d\u2019ailleurs.Ils courent, rient, jouent des tours, font de la luge, raffolent des bonbons, regardent des cassettes vidéo, ne mettent pas toujours leur tuque pour sortir, attrapent le rhume.L\u2019ennui, c\u2019est que c\u2019est loin Je ne suis pas fière de moi.J\u2019avais promis d\u2019envoyer la série d\u2019articles réalisée sur Davis Inlet parue dans La Presse en mars dernier, à un tas de gens là-bas.À Joseph, à George, à Sam le chasseur, au chef du village, au chef du déménagement.Maintenant qu\u2019on me demande de résumer mon voyage à Davis Inlet pour ce dossier Envoyé spécial, cette promesse non tenue, ce presque mensonge, revient me hanter.Comme elle l\u2019a fait furtivement depuis mars dernier.C\u2019est ça l\u2019ennui avec le Labrador ou le Grand-Nord, c\u2019est loin.Beaucoup moins que l\u2019Afrique ou le Mexique, c\u2019est vrai.Mais il faut plus de temps pour s\u2019y rendre en raison de l\u2019itinéraire alambiqué.Il y a de ces coins de pays, tout en haut de la carte géographique, qui se fondent dans la brume de nos pensées, une fois qu\u2019on est revenu dans l\u2019agitation du bas de la carte.Voilà bien le problème.Quand j\u2019étais là-bas, on me l\u2019a souvent répété.« On nous oublie, on se fiche bien de nous.Par exemple, quand on commande quelque chose d\u2019un grand magasin, très souvent, ils ne nous envoient pas ce qu\u2019on demande.Ils nous font parvenir des articles de fin de série, la mauvaise couleur, pas la bonne taille.Parce qu\u2019on est loin, ils croient qu\u2019on se trouvera déjà bien chanceux d\u2019avoir ça.» Mais ce n\u2019était pas pour le commerce qu\u2019on nous avait envoyés làbas, Robert Skinner, le photographe, et moi.C\u2019était pour voir comment allaient les enfants.Pour l\u2019essentiel, les enfants sont comme ceux d\u2019ailleurs.Ils courent, rient, jouent des tours, font de la luge, raffolent des bonbons, regardent des cassettes vidéo, ne mettent pas toujours leur tuque pour sortir, attrapent le rhume.Il y a des différences toutefois et là, je sens que je vais faire des petits jaloux.Vu l\u2019absence d\u2019eau courante dans 75 % des maisons, les bains sont réduits au strict minimum, et même bien en deçà pour plusieurs.Il y a bien sûr les autres, ceux qui reniflent l\u2019essence.Ils ne jouent plus beaucoup, et quand ils rient, c\u2019est tout seul, en regardant dans le vide.On a beau s\u2019y attendre, ça fait un choc de voir des enfants de 12 ans usés comme de vieux alcooliques : les yeux vitreux, les joues zébrées de veines éclatées.Desmond est un peu plus vieux, 17 ans peut-être.Une ombre que l\u2019on voyait rôder à la tombée du jour.Desmond, le nez dans son sac d\u2019essence.Est-il seulement encore en vie ?On nous avait envoyés là-bas aussi pour voir comment se déroulait la construction du nouveau village, à Natuashish, où doivent déménager tous les habitants de Davis Inlet au cours des prochaines années.« THE » project, comme dirait l\u2019autre.Des maisons isolées avec sous-sol en ciment, l\u2019eau courante dans toutes les demeures, des vrais toilettes au lieu des « buckets » qu\u2019on déverse à côté de la porte, et même des bornes-fontaines dans les rues.Plein gaz, Natuashish est à 30 minutes de motoneige du village actuel.Cajetan Rich, chef du déménagement, nous y avait conduits une fin d\u2019aprèsmidi.En revenant, le soir tombait, le froid s\u2019incrustait.Dans ce grand désert blanc, sans aucun repère, on suivait le chef à la trace comme deux pingouins.Le chef connaît le coin comme le fond de sa poche.Et, ce qui ne gâche rien, il a un téléphone satellite dans son autre poche.Les étranges invités de Margaret «Nous sommes réunis aujourd\u2019hui, tous les membres de la famille.Ceux qui le sont par le sang, ceux qui le sont par choix.Comptons-nous chanceux de n\u2019avoir aucune chaise vide, comme c\u2019est le cas pour tant de familles aujourd\u2019hui.» J\u2019ai regardé autour de la table ; nous étions 12.Margaret a regardé tendrement ses deux filles et son frère à sa droite, puis les autres, amis et invités, qui allaient partager ce repas très spécial de Thanksgiving.Nous avons baissé la tête en songeant à « ce jour-là », quand les avions ont été détournés sur la côte Est.À l\u2019autre bout de l\u2019Amérique, dans une banlieue tranquille de la baie de San Francisco, Margaret a souri en voyant ses invités se serrer les coudes autour de la table.Personne n\u2019aurait osé se plaindre que la table était un peu juste.J\u2019avais rencontré Bill par hasard sur le campus de l\u2019Université de Californie à Berkeley ; il essayait de remettre calmement en question l\u2019existence de Dieu avec une jeune musulmane et un républicain.Le ton a monté, les deux autres ne voulaient rien entendre de ses arguments, puis Bill m\u2019a soudainement mêlée à la conversation alors que je demandais innocemment mon chemin.Les deux autres ont profité de la fin du lunch pour s\u2019éclipser.« Et toi ?T\u2019as pas de cours ?\u2014 Moi ?Non, je ne suis plus étudiant.Je m\u2019amuse simplement à venir faire un tour ici, une fois de temps en temps.J\u2019aime la vie ici, les idées qui sont débattues, les gens qui ont encore le goût de changer le monde.C\u2019est difficile à trouver dans la vraie vie, dès qu\u2019on sort du campus.» Je venais tout juste de terminer mes articles sur Thanksgiving.J\u2019avais passé une semaine dans le Midwest à entendre parler de dinde rôtie, de purée de pommes de terre, de tarte à la citrouille.Je savais exactement de quoi devait avoir l\u2019air un vrai dîner de Thanksgiving sans jamais en avoir vu.Ça manquait à ma culture, a décrété Bill, en m\u2019invitant spontanément au dîner qu\u2019il allait préparer le jeudi suivant chez Margaret.« Tu verras, il n\u2019y aura pas que des gens de la famille, on invite aussi beaucoup d\u2019amis.» Pendant une seconde, j\u2019ai pensé au Dîner de cons.puis j\u2019ai secoué la tête et j\u2019ai noté l\u2019adresse en essayant de ne pas rire.\u0001 \u0001 \u0001 Dans le Midwest, on se sent loin de New York, encore plus de l\u2019Afghanistan.Je n\u2019ai pas senti de colère ou de haine chez les gens que j\u2019ai croisés en Illinois, au Wisconsin, en Iowa ou au Minnesota.Plutôt de la résignation.« Le président doit savoir ce qu\u2019il fait », soupiraiton.Un après-midi, la télé du Wooden Nickel Saloon de Ferryville, sur la rive du Mississippi, a montré les premières images des Afghanes sans burqa.Pendant un moment, les clients ont cessé de parler de l\u2019ouverture prochaine de la chasse au chevreuil ou de la meilleure manière de farcir une dinde.Puis les conversations ont repris, comme si de rien n\u2019était.Et pourtant.Ces images ont touché les Américains, ceux qui se résignaient à la guerre et ceux qui la combattaient jusque-là.La guerre aurait-elle un bon côté ?Bill a avoué qu\u2019il n\u2019était plus aussi pacifiste qu\u2019il croyait l\u2019être.Pour lui et pour d\u2019autres, la guerre ne pouvait faire que des perdants.La libération de Kaboul a chamboulé leurs convictions.\u0001 \u0001 \u0001 Au Wisconsin, quand je disais que je m\u2019en allais en Californie, on souriait poliment.« California ?Strange people out there.» avait dit Dave Kleppe en se retenant de rire.Bizarres, les Californiens ?Pour les conservateurs du Wisconsin, on pouvait difficilement trouver plus étrange.Ne sont-ils pas tous végétariens sur la côte Ouest ?Et militants pacifistes extrêmes ?Toujours en contradiction avec le reste du pays ?Le comble, pour les fermiers Jane et Doug Mueller, c\u2019était leur belle-soeur californienne.« L\u2019an dernier, elle avait mélangé des pommes aux pommes de terre en purée pour Thanksgiving », a raconté Mme Mueller, en plissant le nez.« Des pommes, vraiment ! Eh bien ! Ces gens-là, ils doivent toujours faire différemment des autres ! » Chez Margaret, on a bien ri de cette réputation.« Mais c\u2019est peutêtre vrai qu\u2019on est un peu bizarre », a rigolé le gendre de Margaret, en désignant les convives.Il y avait là une vénérable tante allemande excentrique convertie au judaïsme après la guerre, une artiste-gypsie israélo-hongroise, un ingénieur physique passionné par les nanotechnologies, un informaticien placide, un écolo en train de bâtir la maison de l\u2019avenir, deux jeunes femmes qui se chamaillaient en riant comme si elles avaient 12 ans, un végétarien.et une journaliste avec un drôle d\u2019accent exotique qui venait enquêter sur les moeurs américaines.« Ce n\u2019est pas un vrai dîner de Thanksgiving, a dit la jeune artiste-gypsie.Dans les vrais dîners, tout le monde se déteste ! Ici, c\u2019est comme si chacun avait choisi d\u2019être là.» À la fin du repas, les invités ont pris congé en bâillant.« Qu\u2019écriras- tu à notre sujet ?Diras-tu à tout le monde que nous sommes vraiment étranges ?», me taquinait-on.Margaret les a envoyés promener.« Tu écriras ce que tu veux dans ton journal, m\u2019a-t-elle chuchoté en m\u2019embrassant.Je ne suis pas inquiète.J\u2019aime ma famille comme elle est ! » Photothèque AP La baie de San Francisco. 6LP1001B1229 6LP1001B1229 ZALLCALL 67 21:29:32 12/28/01 B B10 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 Une ardente patience Je les ai trouvées grâce au son de la télévision qui résonnait dans les décombres.Elles écoutaient un feuilleton de fin d\u2019après-midi.La scène était surréaliste : des grands-mères en robes fleuries, tranquillement assises dans un village à 95 % pulvérisé par un effroyable tremblement de terre.J\u2019étais au Salvador, plus précisément à Verapaz, minuscule village rocheux perdu à des années-lumière de San Salvador et de ses gratte-ciel modernes.J\u2019ai fait comme s\u2019il n\u2019y avait rien de plus normal que de regarder la télé après un tremblement de terre.Elles n\u2019ont rien dit en voyant arriver mon taxi jaune banane.Même si un taxi jaune banane, ça a finalement beaucoup en commun avec une soucoupe volante quand ça s\u2019échoue à 50 km de la capitale, dans un champ de décombres, à la nuit tombante.L\u2019électricité venait tout juste d\u2019être rétablie après six jours d\u2019attente.Mais il n\u2019y avait plus de murs, plus de plafond pour visser la moindre ampoule.C\u2019est pour ça qu\u2019elles avaient branché leur télé sur le trottoir.Et aussi, j\u2019imagine, parce qu\u2019elles commençaient à avoir très envie d\u2019oublier leur vie en miettes.Je pensais trouver des gens figés dans leur malheur, aussi effondrés que leurs 2000 maisons d\u2019argile.Mais ils n\u2019ont pas arrêté de renier leur décor.Je les ai vus rouler à bicyclette entre les monticules de roches, balayer un enclos à poules tout autour de leur lit, se promener main dans la main entre deux haies de ruines.Au parc, il y avait même un vendeur de frites.J\u2019avais décidé de passer la nuit avec eux pour savoir ce qui se produit quand les caméras et les secours repartent et qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019école, plus de travail, plus d\u2019église, plus de mairie.Je le sais maintenant : une attente interminable.« Le jour, ça va, il y a tellement à faire.Mais on ne dort pas de la nuit », m\u2019avait bien prévenue mon hôtesse Occlina.Nous avons mangé dans la rue.Les voisins avaient extirpé du chaos quelques chaises, des matelas gorgés de poussière, une table à trois pattes.Vers 23 h, Occlina a sorti sa lampe de poche pour que je piétine, en les gravissant, les restes de sa maison : un périlleux amas de poutres et de roches.De l\u2019autre côté, il y avait un lit et au milieu du lit, son petit garçon qui jouait.Avec son mari et son frère, elle a tendu une toile de plastique pour le protéger de la pluie.Le petit garçon s\u2019est mis à sauter sur le lit pour faire crisser la toile.Les poules se promenaient tout autour.Par terre, plein d\u2019objets tordus, irrécupérables.Il n\u2019y avait rien à faire, mais Occlina ne voulait pas dormir par peur des voleurs.De toute façon, elle ne le pouvait pas.Nous avons parlé de son oncle qui vit à Montréal et qui lui avait envoyé une carte postale pour lui montrer la neige.Vers 2 ou 3 h du matin, elle a cessé de parler et s\u2019est étendue les yeux grands ouverts.Ils se sont emplis d\u2019eau.La nuit lui faisait apparemment le même effet que mes questions.« Qu\u2019allez-vous faire demain ?Et après-demain ?Et l\u2019an prochain ?» Pendant ses insomnies, elle cherchait la réponse.L\u2019aube n\u2019était pas encore arrivée et je n\u2019en pouvais déjà plus d\u2019égrener les secondes.De l\u2019autre côté de la « maison », mon chauffeur de taxi avait disparu.Pour la première fois, j\u2019ai eu un tout petit peu peur.Pas peur du noir ni des chiens errants.Peur de me retrouver tout aussi oubliée qu\u2019eux.Mon taxi a évidemment reparu.Mais Occlina en a passé combien, depuis, des nuits de veille.Cent ?Deux cents ?Mille ?J\u2019ai lu que les gens de la Croix- Rouge sont retournés à Verapaz pour aider les adultes et faire jouer les enfants.Le gouvernement a fait appel aux étrangers et aux expatriés pour redonner un toit aux 1,5 million de sinistrés.Mais tout le monde savait que la reconstruction prendrait des mois et des mois ; les plus pessimistes disaient même des années.J\u2019ai bien dû penser à Occlina une vingtaine de fois depuis mon retour.J\u2019ai quitté le Salvador depuis 10 mois.Au moment où vous lisez ces lignes, tout indique qu\u2019elle passe encore ses nuits à attendre dans le noir.Photothèque AFP Un vendeur de glaces regarde avec dépit une cicatrice laissée dans une rue d\u2019Armenia, ville à proximité de San Salvador, par un des terribles tremblements de terre qui ont secoué le Salvador au début de 2001.Volé au Congo par des policiers «Retour de l\u2019insécurité à Kinshasa », martèlent ces jours-ci les listes de nouvelles que je reçois tous les jours par courriel sur la RDC (République démocratique du Congo).Heurts meurtriers à l\u2019Unikin (Université de Kinshasa), arrestations et torture de chefs de l\u2019opposition non armée, les rapports inquiètent, surtout que les forces d\u2019occupation remobilisent à l\u2019approche d\u2019une ronde du Dialogue intercongolais en janvier à Bruxelles.L\u2019insécurité y était déjà grande lors de mon séjour en février pour un reportage dans la foulée de l\u2019assassinat de Laurent-Désiré Kabila : je fus arrêté au moins trois fois en deux semaines, et délesté d\u2019environ 1000 $US par des agents, en uniforme et en civil, à l\u2019intérieur même de leurs bureaux ! La première arrestation fut assez « correcte ».Rentrant d\u2019une visite à un projet de cantine scolaire de l\u2019ONG québécoise Développement et Paix à Kingasani, dans la banlieue est de Kinshasa, je m\u2019arrêtais dans Masina au marché public de l\u2019Arrêt Pascal, appelé « la petite Chine », pour prendre une photo de l\u2019immense foule s\u2019affairant sur les lieux.Trois ou quatre hommes en civil nous demandèrent de les suivre au poste.Jean-Pierre, garde du corps fourni par le collègue Modeste Mutinga, du quotidien kinois Le Potentiel, piqua une colère.Je m\u2019efforçais de le calmer, avec l\u2019aide de Kafuti, le chauffeur, pour ne pas envenimer la situation, tout en exhibant mes accréditations, obtenues à fort prix et après deux jours de démarches au ministère de l\u2019Information.Les documents, avec ma photo, étaient signés du ministre de l\u2019Information Sakombi lui-même, patron en plus des CPP (Comités de pouvoir populaire) qui quadrillent le terrain.« Ici l\u2019autorité, c\u2019est nous, dit l\u2019un d\u2019eux, il fallait notre permission pour faire des photos.» « Il faut saisir l\u2019appareil, il a photographié des ordures pour ternir l\u2019image du pays », répétait un autre, le plus agité du groupe.Je fus interrogé près de trois heures dans un petit bureau près du marché par le président du CPP local.Il y avait un va-et-vient d\u2019individus avec des questions diverses.Mon sac, avec mes documents de voyage et mon argent (dollars américains et francs congolais), me fut laissé \u2014 les services de l\u2019auberge où je logeais n\u2019étaient pas plus fiables.Mais l\u2019agité partit avec l\u2019appareil photo.À un moment, tout le monde s\u2019est retiré, le président emportant mes documents, me laissant seul avec un jeune homme qui répétait : « Tout ça peut se régler, vous savez quoi faire.» Craignant d\u2019être aussi accusé de tentative de corruption et décidé à voir l\u2019affaire jusqu\u2019au bout, je ne fis rien ; l\u2019agité revint disant que j\u2019allais être « verbalisé » \u2014 c\u2019est-à-dire qu\u2019ils allaient me dresser un procès-verbal, ce qui « judiciarise », et complique, l\u2019affaire.Dans une pièce voisine, un fonctionnaire, assis devant une vieille machine à écrire, allait taper mon nom sur une feuille sale quand le président m\u2019a reconvoqué dans son bureau.Un « tribunal populaire » siégeait, composé du chef de police, du responsable des FAP (Forces d \u2019 a u t o d é f e n s e p o p u l a i r e ) \u2014 l\u2019agité \u2014, de celui de l\u2019ANR (Agence nationale de renseignements), et de trois ou quatre autres personnes.Après reprise des explications de part et d\u2019autre, et expressions de bonne foi de ma part, l\u2019agent de l\u2019ANR proposa que je signe un engagement à « ne rien publier qui nuise à l\u2019image du Congo ».J\u2019acceptai et je rédigeai même le texte que je signai devant eux.L\u2019agité des FAP insista pour garder l\u2019appareil photo, refusant mon offre de lui céder le film ; les autres s\u2019interposèrent, et le président du CPP rappela fermement que « l\u2019autorité politique ici, c\u2019est moi ».Je fus libéré, avec mon sac, mes documents, mon argent et mon appareil photo.Dehors, Kafuti avait alerté Mutinga, qui avait alerté des ministres et l\u2019ambassade du Canada.Un reporter de l\u2019Agence d\u2019information du Congo (AIC) nous accompagnant avait envoyé une dépêche sur l\u2019affaire.Arrivé avec trois heures de retard à une rencontre au siège de l\u2019Union nationale des femmes, je reçus, au nom du gouvernement Kabila fils, les excuses de la ministre Marie-Ange Lukiana.Le lendemain matin, le président du CPP de Masina, Charles Mayamba, qui avait si bien dénoué l\u2019affaire, se présenta à mon auberge, flanqué du jeune homme qui m\u2019avait dit de « faire ce qu\u2019il faut faire ».Je les invitai à déjeuner.Mayamba m\u2019expliqua comment fonctionnent les instances populaires, avant de me dire qu\u2019il avait besoin d\u2019une carte SIM pour son cellulaire.L\u2019autre raconta qu\u2019il avait été espion pour le Congo, de l\u2019Ouganda jusqu\u2019en Angola, et qu\u2019il faisait du trafic de diamants.Je leur donnai l\u2019équivalent de 10 $US en francs congolais.La vie est dure au Congo, même pour de petits fonctionnaires.Deux jours plus tard, je fus de nouveau arrêté : je photographiais une file d\u2019attente devant une station- service de Kinshasa pour illustrer les effets de la pénurie d\u2019essence.Cette fois, Kafuti s\u2019emporta.Le policier en uniforme monta avec nous et demanda à Kafuti de s\u2019arrêter dans un endroit désert.Kafuti s\u2019emporta de plus belle.Le policier menaça de l\u2019arrêter.La bagarre se déroulait en lingala, Jean-Pierre traduisait.On se ramassa enfin au poste, sis dans un conteneur non loin de là.Une douzaine d\u2019individus se précipitèrent sur moi, les uns s\u2019emparant de mon sac, les autres de l\u2019appareil photo.Je fus enfin sommé de vider mon sac sur une table.Il y avait des liasses de dollars américains et de francs congolais que je venais de changer.Tout le monde décida de compter l\u2019argent, feignant d\u2019examiner chaque billet vert « pour établir s\u2019ils ne sont pas faux ».Mon passeport, mon billet d\u2019avion, mes accréditations furent examinés pêle-mêle.C\u2019était dur de tout surveiller.L\u2019épreuve dura une éternité.On menaça de me verbaliser.Jusqu\u2019à l\u2019arrivée de Mutinga, alerté par Kafuti.Tapes dans le dos, saluts fraternels.Le journaliste était bien connu des flics, qui l\u2019avaient souvent arrêté.« Donne-moi des francs », dit-il, et s\u2019empara de plusieurs liasses, jusqu\u2019à 200 $ peutêtre, qu\u2019il distribua à la ronde.Je ramassai mes affaires éparpillées et partis avec Mutinga.En recomptant mon argent dans la voiture, il me manquait au moins 600 $.Vers la fin de mon séjour, je décidai d\u2019aller sur le campus de l\u2019Unikin avec un professeur.Je n\u2019avais pas rendez-vous ; personne ne voulut assumer ma présence sur les lieux.Je pus remettre à un prof une lettre de son fils étudiant à Montréal et parler à des étudiants.À mon départ, un policier en uniforme me demanda de le suivre au poste.Son chef, cravaté et costumé malgré la chaleur torride, m\u2019expliqua la dureté de sa mission \u2014 une centaine de policiers pour 25 000 étudiants, et toute cette agitation politique.Vidant le contenu de mon sac sur son pupitre, il prit deux billets de 100 $ US, les mit de côté, et me dit que je pouvais partir.Et il me serra la main ! Photothèque AFP Laurent-Désiré Kabila. 6LP1101B1229 B11 samedi 6LP1101B1229 ZALLCALL 67 22:17:32 12/28/01 B LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 B 1 1 Poser devant Kim Il-sung M.Moon ne se faisait jamais prier : chaque fois que je lui demandais de poser avec moi devant une statue de Kim Il-sung, une fresque appelant les travailleurs nord-coréens à redoubler d\u2019efforts, ou un monument montrant la marche irrésistible du peuple contre les oppresseurs japonais ou américains, il acceptait toujours avec un grand sourire.À voir son air protocolaire, mains derrière le dos, jambes écartées, j\u2019éprouvais toujours un certain malaise.J\u2019avais l\u2019impression de trahir son enthousiasme.Mon « conseiller politique », qui devait me guider autant que me surveiller durant mon reportage en Corée du Nord, pensait- il vraiment que je vouais aux monuments nord-coréens le même respect qu\u2019à la cathédrale Notre-Dame à Paris, à l\u2019Empire State Building, au Colisée de Rome, aux temples bouddhiques de Kyoto, entre autres merveilles du monde ?Je voyais la photo telle qu\u2019elle serait publiée dans La Presse, avec un article décrivant la folie autarcique de la Corée du Nord, le ridicule des immenses slogans rouges qui exhortent à « Vivre à la manière des héros industriels », l\u2019anachronisme des gigantesques sculptures représentant le marteau et la faucille, symboles auxquels le père de la patrie Kim Il-sung avait ajouté le crayon de l\u2019intellectuel pour bien marquer l\u2019originalité du système nord-coréen.Et malgré le ton bourru de M.Moon quand les journalistes de notre groupe abordaient sans permission des passants, malgré le fait qu\u2019il refuse de nous laisser sortir de Pyongyang, j\u2019avais honte.M.Moon semblait si fier de poser avec moi.Toute la semaine, j\u2019ai essayé de percer la langue de bois des Coréens que je rencontrais.Plusieurs semblaient intelligents, avaient voyagé hors de Corée du Nord, avaient travaillé avec des étrangers familiers avec la démocratie.Passe encore de croire à la propriété collective des moyens de production, une théorie qui semble avoir toujours échoué, mais qui a le charme de l\u2019utopie.Mais comment peut-on raisonnablement déifier un militaire devenu homme d\u2019État, qui a liquidé ses anciens camarades pour rester seul au pouvoir ?Avant-garde La Corée a connu un XXe siècle sanglant.Occupation japonaise, puis américano-soviétique, guerre civile entre le Nord communiste et le Sud pro-américain entre 1950 et 1953, suivie d\u2019une menace d\u2019invasion du Sud par le Nord qui perdure encore aujourd\u2019hui.Kim Il-sung, un ancien chef de la résistance aux Japonais, a mené la Corée du Nord d\u2019une main de fer jusqu\u2019à sa mort, en 1994.Son fils Kim Jong-il, le « Cher Leader », a repris le flambeau.Kim Il-sung, le « Grand Leader », a imposé une idéologie d\u2019autarcie appelée Juche, qui a fonctionné parce que l\u2019Union soviétique lui échangeait du pétrole contre des biens de consommation de mauvaise qualité.Depuis une dizaine d\u2019années, la Corée du Nord meurt de faim, mais le régime ne relâche pas sa poigne \u2014 alors que le Sud connaît une remarquable démocratisation.J\u2019ai mis deux ans à obtenir un visa pour la Corée du Nord.J\u2019ai finalement pu joindre, avec trois autres journalistes, une délégation de l\u2019ambassade canadienne à Pékin, qui s\u2019est rendue dans la capitale, Pyongyang, en février dernier.L\u2019ambassadeur allait établir officiellement des relations diplomatiques avec la Corée du Nord.Malgré toutes mes protestations, je n\u2019ai pas réussi à prolonger mon séjour au-delà des cinq jours de la visite protocolaire.Arrivés sur place, deux conseillers politiques \u2014 appelés très justement « minders » en anglais \u2014nous attendaient.Leur but : nous prouver que la Corée du Nord était une société normale où tout le monde était heureux.C\u2019était une mission impossible.À la maternité, le travail de techniciens dans un laboratoire était visiblement arrangé avec le gars des vues : les imprimantes de leurs calculatrices n\u2019avaient pas de papier ni d\u2019écran, et ils se sont éclipsés dès que notre délégation est passée dans une autre salle.À l\u2019orphelinat, une puéricultrice m\u2019a expliqué sans rire que les triplés dont elle s\u2019occupait s\u2019appelaient Byol, Dong et Dae parce que Byoldongdae signifie « avantgarde ».Le mausolée en l\u2019honneur de Kim Il-sung était tellement solennel qu\u2019en approchant du cercueil vitré, autour duquel défilait une file de Coréens endeuillés, j\u2019ai dû réprimer une envie de faire un signe de croix.(L\u2019anecdote a fait sourire mon beau-père, ancien prof de pastorale.) Guerre des nerfs Mais au-delà de ces ratés, M.Moon n\u2019a pas failli à sa tâche : je n\u2019ai pas réussi à parler franchement avec un Nord-Coréen.Chaque fois, la langue de bois ressortait : gloire à Kim Il-sung et Kim Jong-il ; Juche nous assurera la prospérité ; l\u2019impérialisme américain est responsable de nos difficultés.Durant un souper protocolaire, je pensais bien pouvoir enfin parler sérieusement quand on m\u2019a présenté un fonctionnaire nord-coréen qui avait habité Cuba : l\u2019alcool et l\u2019espagnol aidant, me disais-je, j\u2019ai une chance de lui faire baisser la garde.Peine perdue : quand j\u2019ai demandé à mon hispanophile s\u2019il pensait que les Coréens du Sud voteraient pour Kim Jong-il après la réunification, il m\u2019a confié d\u2019un air conspirateur que le « Cher Leader » était très populaire au Sud.Exaspéré, un de mes collègues journalistes a un soir pris à partie un autre conseiller politique, alors que nous finissions la journée autour d\u2019un verre.« Tu sais que le gouvernement canadien n\u2019a aucun contrôle sur ce que nous allons écrire, n\u2019est-ce pas ?» lui a-t-il demandé à plusieurs reprises.Notre hôte s\u2019est levé de table pour aller chercher à boire, s\u2019est tortillé sur sa chaise, a changé de sujet, mais n\u2019a pas répondu à la question.Dans l\u2019ascenseur qui nous ramenait à nos chambres, un autre journaliste du groupe a apostrophé l\u2019indiscret, lui reprochant de miner nos chances d\u2019obtenir la permission de sortir de la ville.La guerre des nerfs des Coréens du Nord avait au moins réussi à diviser l\u2019ennemi.Photo AP Un groupe de Nord-Coréens rend hommage à Kim Il-sung devant une statue de 18 mètres à son effigie au centre de Pyongyang.En marge des nouveaux Russes Le dernier pelmeni au porc se laissait désirer dans le fond de l\u2019assiette.Un coup de fourchette allait bientôt l\u2019achever.Pour ce premier souper dans la capitale, nous étions accompagnés de quatre jeunes Moscovites que les médias occidentaux qualifient souvent de «nouveaux Russes ».Lisa, 24 ans, travaille dans une banque du centre-ville.En l\u2019absence de son copain Andrei, parti enseigner le commerce électronique à des Américains de Chicago, elle est venue avec une collègue du bureau.Nikita, 24 ans lui aussi, est financier.Il a étudié le français à Paris.Son ami parle également notre langue et connaît toutes les équipes de la Ligue nationale de hockey.Nikita, Lisa et sa collègue commandent des blinis aux oeufs de saumon.L\u2019ami de Nikita fume un cigare de qualité.Tous possèdent des téléphones cellulaires.Tous désirent travailler, comme Andrei, à l\u2019étranger.«L\u2019avenir n\u2019est pas ici», estime Nikita, qui possède pourtant une datcha évaluée à un million de dollars américains en banlieue de Moscou.Depuis l\u2019effondrement du bloc soviétique, en 1991, une classe de jeunes Russes financièrement à l\u2019aise et résolument tournés vers l\u2019Occident a fait son apparition.Ces Moscovites dînent dans des clubs privés, ils achètent des disques d\u2019artistes américains et conduisent de rutilantes voitures sport européennes.Or, en marge de l\u2019émergence de ces «nouveaux Russes», Moscou reste une capitale aux infrastructures tiers-mondistes, une ville où les autos carburent au plomb et où l\u2019eau du robinet est non potable.La ville et le pays sont étouffés par une bureaucratie dont la lourdeur réputée est justifiée.Pour obtenir un visa, il faut obligatoirement être invité par un Russe ou par un organisme reconnu par l\u2019État.Les journalistes qui couvraient la session du Comité international olympique (CIO) devaient être pris en charge par le Comité olympique russe.Jusque-là, aucun problème.Or, fallait-il encore recevoir ladite invitation.La demande a été déposée huit semaines avant la session et l\u2019autorisation n\u2019est arrivée que quatre jours avant le départ.Et encore là, il a fallu payer un supplément pour accélérer les procédures.L\u2019arrivée à Moscou fut un choc.Une joie intérieure, un grand frisson m\u2019a gelé le corps lorsque j\u2019ai aperçu le nom de la ville imprimé en caractères cyrilliques rouges sur le mur extérieur de l\u2019aéroport.Mais mon sang s\u2019est mis à bouillir lorsqu\u2019un employé de l\u2019aéroport est venu nous indiquer que le temps d\u2019attente avant de passer les douanes était de deux heures et demie.Il n\u2019y avait que deux agents pour environ 350 personnes.Le troisième guichet était réservé uniquement aux membres du CIO, qui n\u2019en sont plus à un privilège près.Les collègues plus âgés trouvaient que la capitale avait beaucoup changé depuis la fin des années 70.À l\u2019époque, le président sortant du CIO, Juan Antonio Samaranch, était ambassadeur espagnol en Russie.Grâce à ce saufconduit, le Catalan franquiste avait pu éviter un lynchage public dans les rues de Barcelone et entreprendre une brillante, mais controversée carrière dans le milieu olympique.Le Moscou d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est sûrement pas plus riche que sous le régime soviétique.À l\u2019extérieur des murs du Kremlin et du quartier intellectuel de l\u2019Arbat, où tout semble poli à la brosse à dents, les poches de pauvreté sont la norme.Pour un jeune financier prospère comme Nikita, il y a des centaines de Russes comme Pavel qui arrondissent leurs fins de mois en transformant leur voiture personnelle en taxi.Pour 100 roubles, ou 5$ US, Pavel nous conduisait du centre de presse à l\u2019hôtel Metropol, où logeait le premier ministre Jean Chrétien, venu en renfort pour soutenir la candidature torontoise.À Chicago, ce trajet d\u2019une demi-heure aurait coûté de huit à 10 fois plus cher.Pour un jeune financier prospère comme Nikita, il y a aussi tous ces policiers sous-payés qui bouclent leur budget en improvisant des contrôles à tous les coins de rue.Tout est prétexte à infraction, incluant un visa non estampé à l\u2019hôtel.Dans ces cas, il vaut mieux ne pas argumenter et payer l\u2019amende, généralement 100 ou 200 roubles.Pour un jeune financier prospère comme Nikita, il y a toutes ces filles de joie qui tuent les heures dans le hall des anciens hôtels soviétiques.De connivence avec les gardiens de sécurité \u2014 mafia oblige, il faut montrer patte blanche pour entrer dans les hôtels \u2014, elles suivent les touristes dans les ascenseurs et même jusqu\u2019à leur chambre.Le dernier soir du voyage, enfin reposé des 10 nuits blanches précédentes consacrées à la rédaction d\u2019articles, j\u2019allais dormir pour la première fois avant le lever du soleil.Mais à 1h30 du matin, le téléphone sonna.Dans un anglais cassé, une femme à la voix rauque m\u2019interrogea: «Sorry, sir, but do you want services from a special lady?\u2014 Euh.Sorry, but what do you mean by a special lady?\u2014 You know, these girls downstairs.» J\u2019ai finalement résisté aux filles de joie, aux longues files de l\u2019aéroport, à l\u2019hépatite A, à sa petite soeur, la B, à la tuberculose, à l\u2019envie de s\u2019expliquer avec les bureaucrates ou de contester une amende.Mais j\u2019ai succombé aux charmes de la basilique Saint-Basile, aux rondeurs d\u2019une matriochka blanche aux ailes bleues, à la silhouette élancée des tours du Kremlin, à l\u2019élégance du théâtre Bolchoï et au dernier pelmeni qui se laissait désirer dans le fond de l\u2019assiette.Photothèque AP Après avoir été écarté de la présidence du CIO, Dick Pound s\u2019est levé et a quitté la salle moscovite où Juan Antonio Samaranch venait tout juste d\u2019annoncer le nom de son successeur, Jacques Rogge. 6LP1201B1229 B12 samedi 6LP1201B1229 ZALLCALL 67 21:48:36 12/28/01 B B12 LA PRESSE MONTRÉAL SAMEDI 29 DÉCEMBRE 2001 Des enfants sur la ligne de front Il pleut.Un crachin glacé qui transit le corps et engourdit les doigts au point de faire de la moindre prise de notes une épreuve complexe et frustrante.De toute façon, les feuilles de mon calepin sont déjà détrempées et l\u2019encre gelée du stylo refuse obstinément d\u2019en sortir.C\u2019est le genre de matinée trop grise qui fait regretter d\u2019être sorti du lit.Mais nous sommes tous là, parents, enfants, soldats et journalistes, à sautiller sur place pour nous réchauffer, attendant avec nervosité le signal du départ.La route que nous devons emprunter pour nous rendre à l\u2019école primaire Holy Cross, dans le nord de Belfast, n\u2019est pas très longue.Trois cents mètres, tout au plus.Trois cents mètres de bitume et de fureur.Sur le chemin des écoliers, je suis dans le camp catholique.Je veux marcher parmi les fillettes, me mettre dans leur peau, ressentir ce qu\u2019elles doivent subir tous les jours depuis la rentrée des classes.Depuis que des protestants ont décidé de cracher leur colère sur elles plutôt que sur leurs aînés.Le groupe se met en branle.L\u2019ambiance est lugubre.Je suis surtout frappée par le regard hostile d\u2019un homme dans la cinquantaine.Planté sur le trottoir, il fixe les enfants, immobile, tenant en laisse un gros chien aux poils noirs et mouillés.Tous les matins depuis des semaines, il proteste ainsi contre ce cortège de bambins ayant l\u2019audace de passer dans « sa » rue pour se rendre à l\u2019école.Aux yeux d\u2019un adulte, il est pitoyable.Pour un enfant, il est sans doute terrifiant.Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a ni pierres, ni injures, ni bombes artisanales.Que des manifestants silencieux, dont plusieurs ont le visage enfoui dans un foulard, craignant d\u2019être victimes de représailles s\u2019ils affichent leur haine au grand jour.On ne peut s\u2019empêcher de penser qu\u2019ils ont honte de ce qu\u2019ils sont en train de faire.Ce n\u2019est qu\u2019après tout ce cirque, après que les enfants eurent franchi les grilles de l\u2019école et que les manifestants furent rentrés chez eux, que je me rends compte que j\u2019ai enfreint l\u2019une des règles les plus élémentaires du journalisme.Je n\u2019ai interviewé que des catholiques, tous très disposés à me raconter leur enfer quotidien \u2014 une épreuve pire, jurent-ils, que tous les meurtres, attentats et boucheries dont ils ont été témoins depuis 30 ans.« Contrairement aux catholiques, les protestants n\u2019ont jamais eu le tour avec les médias », me confie un vieux routier de la BBC en me refilant les numéros des rares manifestants susceptibles de m\u2019accorder une entrevue.« Ils ont perdu la guerre de propagande dès le début des troubles, quand des policiers ont battu des militants des droits civiques catholiques devant les caméras du monde entier.» La route de la haine est maintenant presque déserte.Seuls quelques soldats s\u2019activent encore sous une pluie de plus en plus forte.Stuart McCartney, protestant à l\u2019air inoffensif de gros ours en peluche, m\u2019a donné rendez-vous près de la petite école.C\u2019est un thérapeute, spécialisé en gestion du stress.Il ne manque pas de patients.L\u2019entrevue tourne sans cesse autour de la même question.Je comprends les griefs des protestants, qui se sentent étouffés dans ce rude quartier à prédominance catholique.Mais pas leur décision de faire passer leur message en s\u2019en prenant à des écolières.Comme stratégie de relations publiques, on peut difficilement faire pire.C\u2019est la faute aux journaux, se plaint-il.Trop de sensationnalisme.Soit.Mais vous ne pouvez rien y faire, alors pourquoi persister à couler votre propre cause ?Pourquoi entacher la réputation de tous les protestants d\u2019Irlande du Nord, alors que des millions de gens, d\u2019un bout à l\u2019autre de la planète, ne retiendront qu\u2019une seule chose : les larmes des enfants terrorisés par des adultes ?Rien à faire.Le monde peut penser ce qu\u2019il veut de Stuart McCartney et de ses voisins.L\u2019IRA peut détruire son arsenal.Le World Trade Center peut s\u2019écrouler.La terre peut même s\u2019arrêter de tourner.Leur petit bout de route, c\u2019est tout ce qui compte.C\u2019est leur jihad à eux.Qui a dit que le monde ne serait plus jamais pareil après le 11 septembre ?Dans la triste banlieue du nord de Belfast, rien n\u2019a changé.L\u2019entrevue traîne en longueur.Je prends congé du thérapeute.Dehors, il a cessé de pleuvoir.Les soldats sont partis.Mais le quartier est mort, plus gris que jamais.Accrochés aux réverbères, des drapeaux loyalistes et républicains claquent au vent.Je n\u2019ai envie que d\u2019une chose.Retourner me coucher.Photothèque AP Après l\u2019explosion d\u2019une bombe en septembre 2001 devant une école catholique de Belfast, des parents affolés ont accouru sur les lieux de l\u2019explosion et ont amené leurs enfants en lieu sûr.Une semaine à Potterland «Je vais à Londres », leur ai-je dit.« Tu vas faire du cinéma-a », ont-ils immédiatement chantonné.Référence \u2014 à Renée Martel \u2014 révélatrice de leur âge et/ou de leur culture.Qu\u2019ils assument.Mais, chose certaine, ils se trompaient.J\u2019allais à Londres du 30 octobre au 5 novembre non pas pour faire du cinéma, mais pour en voir.Et j\u2019en ai vu.Londres, par contre, je suis moins sûre.La question tourne encore \u2014 en rond \u2014 dans ma tête : ne serait-ce pas plutôt à Potterland que j\u2019ai passé une semaine ?D\u2019accord, il y avait les fameux autobus rouges à impériale \u2014 mais, panneaux publicitaires obligent, ils étaient devenus le véhicule de Harry Potter and The Philosopher\u2019s Stone.D\u2019accord, il y avait les momies du British Museum \u2014 mais à la boutique de souvenirs, les reproductions de la pierre de Rosette étaient éclipsées par les pyramides de coffrets Harry Potter.D\u2019accord, il y avait le pont et la tour de Londres \u2014 mais.non, le petit sorcier créé par J.K.Rowling n\u2019était pas monté à leur assaut ! Enfin, je crois.Pas eu le temps d\u2019aller vérifier : j\u2019étais à Londres pour me faire « potteriser ».plus que je ne l\u2019étais au départ \u2014 ce qui n\u2019est pas peu dire.Pour ce faire, les bonzes de Warner \u2014 le mégastudio qui a produit le film \u2014 avaient tout prévu.Pour moi, bien sûr (!), et, soit dit en passant, pour des centaines d\u2019autres journalistes.Des bataillons venus de partout, armés et vêtus selon la nature de la mission à remplir.Cela allait des contingents légers envoyés par les médias écrits à l\u2019arsenal lourd des télévisions.Les premiers, look confortable et visage assumant le décalage horaire.Les second(e)s, tout en bronzage, maquillage et griffes (aux ongles comme sur les vêtements) \u2014 bref, à ne plus savoir qui étaient les artistes : ceux qui tendaient le micro ou ceux qui parlaient dedans.Jalouse, va ! Ce (parfois très) beau monde, invité à rencontrer les artisans du film le-plus-attendu-de-l\u2019annéeavec- The-Lord-of-The-Rings puis à faire le planton sur le tapis rouge qui serait déroulé dans Leicester Square le soir de la première mondiale de Harry Potter and The Philosopher\u2019s Stone \u2014 et où allaient passer les artisans du film-le-plus-bla-blabla de même que de ces stars de passage qui ne sont pas des étoiles filantes : Sting, Cher et autres sublimes Cate Blanchett seraient de la fête.Pour une première, c\u2019était toute une première.En particulier pour moi : les junkets \u2014 c\u2019est le nom de ce type d\u2019événement de presse organisé par les studios de cinéma \u2014 m\u2019étaient encore une planète inconnue.Je n\u2019avais jamais « fait de tapis rouge » non plus.Or, tant le junket que le tapis étaient de catégorie « très gros ».Impression de départ, donc : j\u2019allais à Londres.pour me faire des cheveux blan-ancs \u2014 sur un air maintenant connu.D\u2019autant que sur ce voyage à Potterland planait l\u2019ombre très sombre de l\u2019attentat contre le World Trade Center.La plaie était à vif et mettait en relief la frivolité \u2014 ou l\u2019apparence de frivolité ?\u2014 de ce qu\u2019on (ben oui, incluant la personne qui parle !) était en train de faire au nord de Londres, dans le château de Knebworth maquillé pour l\u2019occasion à la manière de Poudlard (l\u2019école de sorcellerie que fréquentent Harry et ses amis).Mais dans nos rangs se trouvait celle qui s\u2019est qualifiée de « préposée au 11 septembre ».Sa question, se glissant entre celles concernant le nombre de centimètres que les jeunes acteurs avaient pris en taille depuis qu\u2019ils avaient été engagés et sur le pire \u2014 ou le meilleur \u2014 moment du tournage : « Comment Harry Potter and The Philosopher\u2019s Stone allait-il être reçu en cet après- 11 septembre ?» Pour la plupart des intervenants, du producteur David Heyman au réalisateur Chris Columbus en passant par l\u2019acteur Robbie Coltrane, c\u2019était « terrible à dire » (ils l\u2019ont toutefois dit quand même), mais le film, qui présente une victoire du Bien contre le Mal \u2014 une première victoire, dans une guerre qui est loin d\u2019être finie \u2014 ne pouvait qu\u2019être comme un baume sur le moral des troupes.oups ! des spectateurs.Richard Harris, qui incarne le professeur Dumbledore, avait une autre manière de voir les choses.« Je déteste dire cela », (oui, oui, lui aussi l\u2019a toutefois dit quand même) « mais il n\u2019y avait pas meilleur moment pour sortir ce film.» Et l\u2019idée de la-victoire-du-Biencontre- le-Mal de s\u2019incarner de nouveau dans les hochements de tête approbateurs des journalistes.Sauf que l\u2019acteur, qui n\u2019est pas adepte des chemins tout tracés, allait ailleurs : « Ce film arrive au bon moment parce qu\u2019il ne contient ni détournements d\u2019avion ni terroristes.Il arrive au bon moment pour sa magie.» Pas seulement celle des sorciers.Et s\u2019il parle ainsi, Richard Harris, c\u2019est parce qu\u2019il est né en 1930.Il avait neuf ans quand la Seconde Guerre mondiale a commencé.Seize quand elle s\u2019est terminée.« J\u2019ai grandi dans une société pleine de violence, de restrictions.Nous vivions dans le tourment et dans la mort.Nous ne croyions pas à l\u2019avenir.Vous savez, la terreur, ça vous forme une personnalité.Moi, j\u2019étais un jeune homme en colère.» La magie lui a manqué.Il en sait d\u2019autant plus l\u2019importance.La preuve, hein, qu\u2019il n\u2019y avait pas que de la frivolité à Potterland ! Mais.il y en avait quand même un peu.Comme ce somptueux souper tenu dans la crypte de Guild Hall où s\u2019allongeaient des tables aux couleurs des quatre maisons de Poudlard.Pour trouver sa place, obligation de piger un papier dans un « choixpeau ».Résultat ?La plupart des représentants des médias écrits se sont retrouvés à Serdaigle \u2014 chez les intellos, quoi ! \u2014 alors que les belles gens de la télévision ont été expédiés.chez les méchants Serpentards.Comme quoi, il y avait vraiment de la magie dans l\u2019air.Et, pour moi, ce n\u2019était qu\u2019un premier souffle : peu après, j\u2019ai été professionnellement condamnée ( !) à un séjour en Terre du Milieu pour veiller à la sortie de The Lord of the Rings.Qu\u2019il va être difficile, le retour sur cette bonne vieille (et dure) Terre.Photothèque AP Trois des comédiens de Harry Potter and The Philosopher\u2019s Stone \u2014 Rupert Grind, Daniel Radcliffe et Emma Watson \u2014 posent à leur arrivée à la première du film accompagnés de l\u2019auteure J.K.Rowling."]
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