L'abeille /, 1 janvier 1926, septembre 1926
II' Volume — N" 1 — LAl'KAIKIE, P.Q., — Septembre 1026 MOT D'ORDRE AvEZ-VOUS UNE ÂME IMMORTELLE?Jeune homme chrétien, c'est à nous que je pose cette question.— Mais nous m'insultez! — Pas du tout; car je connais l'Evangile; je sais ce que Jésus-Christ demande de ceux qui veulent opérer leur salut: or à vous entendre parler, à voir le peu de cas que vous faites des commandements de Dieu, ne croirait-on pas que, pour vous, tout doive finir à la mort?On dirait que l'homme perd le sens dès qu'il s'agit de ses éternelles destinées.Dans la vie commerciale ou industrielle, dans l'économie domestique, les arts, les sciences, le sport, il envisage fermement le but à poursuivre, il proportionne les moyens à la fin, il lutte pour renverser les obstacles, en un mot, il se montre sérieux et avisé.Si, par exemple, il organise un voyage de plaisir, il marque l'heure du départ et la date du retour; il s'assure les véhicules les plus agréables et les moins coûteux: il détermine les endroits où l'on s'arrêtent, où l'on prendra une réfection, où Ton s'amusera; bref, il prévoit tout jusqu'aux moyens de parer aux éventualités.Regardez cet homme au front chargé de soucis; il va, vient, consulte, travaille jusqu'à l'épuisement.Il a perdu l'appétit; il ne dorl plus ou, s'il repose, c'est dans l'agitation d'un esprit troublé.Quels intérêts sont donc en jeu 9 l'abeille pour qu'il leur sacrifie son repos, sa santé, presque su vie?Oh! peu de chose : un procès à gagner, un honneur à Me procurer, une entreprise à mener à bonne fin, et outres affaires semblables qui passent avec la vie.Ainsi, en tout ce qui concerne les affaires matérielles, l'homme déploie une sagesse digne de sa qualité de roi de la création.Ce n'est que dans le grand voyage de la vie, dans la redoutable affaire du salut, qu'il devient inintelligent, léger, siupide.Vais Dieu a ses élus qui s'occupent avant tout de leur àme, tels, saint Louis de Gonzague et saint Stanislas Kottka que, cette année, à l'occasion du deuxième centenaire de leur canonisation, le souverain Pontife propose à l'imitation de la jeunesse catholique du monde entier.Eux aussi aimaient le plaisir, eux aussi entendaient les appels d'un monde séducteur; mais ils comprirent l'inutilité de ce qui passe si vite.Ils résolurent de conquérir le ciel et, à cette fin, sacrifiant le brillant avenir que leur avait préparé leur naissance, ils se consacrèrent entièrement au service de Dieu.Louis disait : "A quoi cela me scroira-t-il pour l'éternité?" Stanislas répondait à ceux qui l'invitaient à prendre part à leurs divertissements : "Non, je suis fuit pour quelque chose de plus grand".Jeune homme chrétien, ce qui était vrai pour eux, ne l'est pas moins pour vous.A quoi vous serviront ces uinu-sements dangereux auxquels vous vous livrez?Vous êtes fuit pour quelque chose, de plus grand.On ne vous propose pas de tout quitter comme Louis de Gonzague et Stanislas, mais on vous demande d'avoir pitié de votre âme, d'observer les promesses de votre baptême, de garder Dieu dans votre cœur.Vous pouvez le faire; qui vous en empêche? JÉSUS À L'ÉCOLE DES DOCTEURS DANS I.E TEMPLE |a fête de la Pâque chez les Juifs se célébrait au printemps; elle avait été instituée pour leur rappeler comment leurs ancêtres avaient échappé de la captivité en Egypte.Fidèles observateurs de la loi de Dieu, chaque année Marie et Joseph se rendaient à Jérusalem pour célébrer cette fête solennelle.Quand Jésus eut accompli sa douzième année, il accompagna ses parents dans leur saint pèlerinage à la maison du Seigneur.Les pèlerins restaient une semaine dans la ville sainte, après quoi chacun était libre de regagner son domicile.Le saint Evangile ne nous a pas dépeint le gracieux Enfant prosterné en adoration devant la face de son Père céleste.Nulle plume, nul pinceau n'aurait pu retracer le divin spectacle de cet Enfant, ignoré de la terre, mais sur lequel le ciel s'ouvre, et en qui l'Eternel a mis ses complaisances! Nul doute que Jésus ne dût faire l'édification de tous ceux qui furent témoins de sa piété.Les mères envièrent à Marie le bonheur de posséder un tel trésor.Hélas! mère bienheureuse.Marie allait devenir une mère affligée : le glaive prédit par le saint vieillard Siméon allait une fois encore transpercer son cœur, et se tourner et retourner dans la pluie pendant trois jours! Quand les solennités de la fête furent passées, Marie et Joseph se joignirent à l'une des caravanes qui regagnaient la Galilée en chantant des psaumes et de saints cantiques.C'était environ un millier de personnes formant plusieurs groupes distincts : les jeunes gens devaient aimer à se réunir pour mettre en commun leur gaieté et leur entrain ; les parents et les amis qui vivaient dispersés goûtaient le plaisir de cheminer ensemble pour resserrer les liens de la parenté et du l'amitié. 4 Cela explique comment les membres d'une même famille pouvaient aisément se séparer ; mais comme les haltes pour la nuit se faisaient toujours aux mêmes endroits, ils étaient certains de se retrouver : ils n'en éprouvaient donc aucune inquiétude.Ajoutons, avec Bossuet, que les charmes du.saint Enfant étaient merveilleux : il est à croire que tout le monde le voulait avoir, et ni Marie ni Joseph n'eurent peine à croire qu'il fût dans quelque autre troupe des voyageurs.Ainsi Jésus échappa facilement : "et ses parents marchèrent un jour" sans s'apercevoir de leur perte.A la tombée de la nuit, la caravane fit halte, et les familles se recomposèrent.Mais Marie et Joseph attendirent vainement l'enfant Jésus.Leur alarme fut vive, et ils s'empressèrent de s'enquérir de lui auprès des parents et des connaissances qu'ils avaient dans la caravane.A tout moment ils s'attendaient à voir surgir dans l'ombre la blanche silhouette d'un enfant, accourant se jeter dans leurs bras et disant : "N'ayez pas peur, me voici!" Mais ils ont passé et repassé h travers tout le campement, et Jésus ne paraît point, et personue ne l'a vu! La nuit se passa dans de mortelles inquiétudes.Le lendemain, à la fine pointe du jour, ils retournent sur leurs pas.Ils scrutent d'un regard anxieux les groupes qu'ils rencontrent; ils interrogent les pèlerins qui reviennent de Jérusalem.Vaines recherches, la nuit survient, et Jésus est toujours absent! Ii'abeille 5 Knfin nu bout, dp trois jours de reelierelie laborieuse et angoissante, quand il eut été assez pleuré, assez recherché, le saint Enfant se laissa trouver dans le Temple.Il était assis, avec d'autres auditeurs, dans une vaste salle, voisine du parvis des prêtres et réservée aux docteurs de la Loi, qui y donnaient leur enseignement.En ces jours solennels, grande était 1'affluence de ceux qui se pressaient autour de leur chaire pour s'instruire de la Loi du Seigneur.Et le divin Enfant s'était mêlé à cette foule.Or ses questions, comme les réponses qu'il était parfois amené à donner aux docteurs manifestaient tant de sagesse et de prudence pour un enfant, sa voix était si douce, et si grand le charme qui se dégageait de toute sa personne, que docteurs et auditeurs, tous étaient émerveillés devant le petit prodige de douze ans! Survenant donc dans cette réunion, Marie et Joseph furent au premier abord absolument interdits.Mais l'heureuse mère se souvint de la mère désespérée, et, entre deux embrassements, de son cœur s'échappa ce tendre reproche : "Mon fils, pourquoi nous avez-vous fait cela! Voilà que votre père et moi nous vous cherchions, bien en peine de vous!" Jésus, qui préludait ainsi à la mission divine qu'il était venu remplit sur la terre, fit cette courte réponse : "Pourquoi me du rrhii trmis.' Si surit z-ruus pas t/ut je dois êlri tout entier aux affaires de mon Pèret", c'est-à-dire, à la rédemption du monde par l'enseignement de ma doctrine et par les exemples d'une vie tonte sainte; pour cette mission, je ne suis soumis à personne : je ne dépends absolument que de Dieu et de moi-niêine.Mûrie et Joseph, remarque ici saint Luc, "ne comprirent pas le sens de ce que Jésus leur avait dit"; ils devaient en effet se demander avec étonnement comment Jésus allait à l'avenir "s'appliquer aux choses de son Père".L'unique consolation de Marie était de garder le souvenir de toutes ces choses et de les repaaser dans son cœur.Quant à Jésus, l'heure de son évasion définitive ne devait sonner que dix-huit ans plus tard.Après cette parole de Jésus, la première que nous ait rapportée l'Evangile, le silence se fit de nouveau autour de lui.Et Jésus s'en retournu avec eux et revint à Nazareth."Il leur était soumis, et il croissait en sagesse, eu iige et en grâce devant Dieu et devant les hommes." Chers enfants, la fi» des vacances vous a ramenés auprès des "docteurs" dont la tâche principale est de former de vous des chrétiens : que servirait, en effet, de gagner l'univers si l'on venait à perdre son âme! Comme le divin Enfant, votre modèle. 6 l'afieillb aimez bien l'école : vos maîtres s'estimeront dédommagés de toutes leurs peines s'ils trouvent en vous attention, travail, piété, soumission et reconnaissance.Quel charmant spectacle que celui d'une classe où l'on travaille ferme, sous le regard du bon Dieu! Bien sûr que la sainte Mère doit sourire en contemplant ces bonnes ligures, qui lui rappellent si bien son divin Fils écoutant gravement et interrogeant les vénérables docteurs du Temple.NONNI et EUS I.— i m mystérieuse Alors que, jeune garçon, je vivais encore dans l'Islande, ma douce patrie, je me tenais pour très heureux d'habiter tout contre l'océan.Notre maison, en effet, se trouvait seulement à quelques mètres du rivage de l'Atlantique.Et pen à peu, l'océan m'était devenu un ami, un ami très cher, et il me devenait chaque jour davantage, car chaque jour il me ménageait d'autres surprises et d'autres joies.Mais une certaine fois, en fait de surprises, il m'en réserva une si extraordinaire que je veux la conter ici.C'était un soir de fin d'été.Assis dans ma chambrette, je dévorais les contes arabes des Mille et tme nuits.Je finissais juste l'histoire d'Aladin et de sa lampe enchantée et j'attaquais la légende suivante, Ali-Baba et les quarante voleurs, quand soudain, au dehors, éclatent de joyeuses voix d'enfants, criant, s'interpellant et riant d'un rire tout frais et tout joyeux.C'était la pétulante jeunesse de ma petite ville d'Akureyri — mes compagnons et mes compagnes de jeu — qui s'amusaient sur le rivage du golfe d'Eyjafjbrdur. l'abeille 7 D'un bond, je fus à la fenêtre.Le soir était silencieux et calme,' doux et tiède.Mais il faisait déjà si sombre au dehors qu'on ne pouvait plus voir les petits joueurs.Je grillais pourtant d'apprendre ce qui s'était passé.Car, n'est-il pas vrai?on ne rit si haut et ne crie sa joie si bruyamment que dans les cas extraordinaires."Oh! mais qu'est-ce donc que ceci! m'écriai-je à mon tour, sitôt que mon regard s'était allongé vers l'océan.Quelle merveille!" Eh! oui, qn'est-ce qui se passait donc là, devant moif A cause de l'obscurité, je ne pouvais plus, il est vrai, distinguer la mer du rivage, mais juste à la place où devaient s'étendre les flots, je vis distinctement s'élever de toutes parts, brillantes comme des éclairs, une multitude de petites flammes qui, après avoir jailli de l'eau, scintillèrent pendant quelques secondes, pour s'évanouir aussitôt.Jamais je n'avais vu semblable phénomène! Et il m'était impossible de deviner ce que cela pouvait être.Comme j'entendais toujours monter sous nos fenêtres les exclamations, les rires perlés et les longs cris de joie, j'en déduisis que mes camarades contemplaient du rivage l'étonnant prodige.Oh! vite avec eux! Et laissant dormir sur ma table Ali-Baba avec tous ses voleurs, je souffle ma petite lampe, traverse la maison en coup de vent; deux sauts, et me voilà à la côte.Une foule d'ombres noires s'y agitent.Bientôt je reconnais l'un de mes meilleurs amis, Elis, treize ans, un petit garçon éveillé et charmant.Pour lors, le happant au vol : — Mais qu'est-ce que ces flammes, Elis, là-bas sur la mert — Comment, Nonni, tu ne sais pas! Attends, je vais te montrer.Et m'attirant tout au bord : — Maintenant, reste là jusqu'à ce (pie je revienne.A ma stupéfaction, le voilà qui s'enfonce tout droit dans la mer.L'instant d'après il a disparu.Mais dans la direction où il s'est enfui, je vois bientôt jaillir de l'océan une suite de flammes, mystérieuses lumières qui semblent courir l'une devant l'autre, partant du rivage et le regagnant, après avoir décrit un grand cercle.Les voici revenues au bord.Elis, mon petit ami, est revenu en même temps.Quelle énigme ! — Eh bien, Nonni, as-tu compris maintenant t — Moi, Elis, mais pas le moins du monde I — Bon, alors je vais te faire voir, dit-il, et me saisissant le hras, il tâcha de m'entraîner avec lui dans la mer. i.'abeille Je me raidis de toutes mes forces et lui criai : — Elis, que fais-tu donc! Tu veux me jeter à l'eaut — Mais voyons, Nonni, en ce moment c'est marée basse.Viens donc! La mémoire me revient.Eh oui ! la mer est basse.A cet endroit, les eaux se sont retirées au large, laissant presque il sec le fond ferme et sablonneux du golfe.Alors, je nie laissai entraîner par Elis sur ce sol humide.Quelques pas, et il s'arrête.— Maintenant, Nonni, frappe fortement du pied.Je frappe.Aussitôt, semblable à un éclair, une lumière s'échappe du sable comme une flamme vive, et s'évanouit sur-le-champ.Stupéfait, je m'écriai : — Mais Elis, qu'est-ce que cela peut bien êtref — C'est le brasillement de la mer, Nonni.— Mais d'où cela vient-il 1 — On dit que c'est un phosphore que parfois la mer montante apporte avec elle et qu'elle dépose sur le sable en se retirant.— Et qu'est-ce donc que ce phosphore, Elisî — Tl proviendrait, à ce qu 'on dit.d'une multitude do bestioles lumineuses, bien plus petites encore que les vers luisants.Si on les laisse tranquilles, elles demeurent sombres, mais si on les heurte, elles vomissent aussitôt feu et flamme.Je me baissai alors et.touchai le sol du doigt.La mystérieuse lumière apparut, aussitôt.Je ne sentis pourtant aucune chaleur.C'était seulement éclairant : tout brillant que ce fût, cela restait absolument froid.Je promenai mon doigt sur le sol, il s'y dessina, à peu de chose près, la même ligne lumineuse que lorsque, la nuit, on frotte un mur avec une de ces bonnes vieilles allumettes soufrées, passées de mode.Et d'autres flammes brillantes dansent autour de nous.Ce sont les empreintes des petits pieds qui.dans l'obscurité, trépignent d'aise sur le sable du fond.Une scène enchantée! Elis et moi, depuis longtemps déjà, nous la contemplons avec un rare bonheur et nous nous réjouissons de ce nouveau prodige de l'océan, le grand ami, quand soudain une forte voix se fait entendre tout près de nous : — Venez donc, venez! C'était Arni, l'un des grands, qui parlait à un groupe de nos petits camarades.Je cours vite de ce côté pour savoir ce qu'ils avaient en tête.— Arni, m'expliqua-t-on, veut faire un tour en mer dans sa grande barque et nous invite à venir avec lui.— Oh! dis-je, j'en suis, Arni! i.'abeille — Et moi ! et moi ! et moi aussi ! crièrent plusieurs des petits garçons.— Bien, bien, répondit Ami.Main voyons, combien serons-nous?Nous nous pressâmes autour de lui.Tant bien que mal il nous compt?.dans l'obscurité, pour finalement trouver juste la douzaine.— Parfait, conclut-il, la barque en porte autant.Allons, vite! et tenons-nous bien serrés.Groupés tous ensemble, pour ne pas nous perdre, nous suivîmes Arni.Comme Elis est de la partie, nous deux, nous nous tenons par la main, prenant bien garde que la nuit épaisse ne nous sépare.Toutefois, cbemin faisant, je commence à réfléchir.— Arni, mais pourquoi veux-tu donc, par une telle obscurité, faire un tour en inert — Parce qu'en ce moment l'ooéan doit être plein de feu.Nous le verrons bien sitôt que la barque, en s'éloignunt du rivage, mettra l'eau en mouvement; Peux-tu t'imaginer un pareil spectacle t — Mais, dist Est-ce qu'il n'est pas quand même un peu dangereux, Arni, de se risquer en mer, par cette nuit noire t — Et où donc serait le dunger, Nonnit La mer est absolument calme.— Oui, mais sur l'eau, s'il nous arrive de ne plus rien voir du tout, comment alors trouver le chemin du retour?J'ai fait cette expérience une fois avec mon petit frère Manni, et nous étions vraiment en danger.Arni jeta un coup d'œil sur les rangées de maisons alignées tout au long du rivage : — Vois, Nonni, beaucoup de ces maisons ont encore de la lumière.Cela suffira pour nous guider.— Mais oui.mais oui, approuvèrent quelques voix.11 n'y a aucun danger.Il ne faut pas avoir pour, Nonni.l'n vrai marin n'a jamais peur.— Non, non, jamais! reprit le chœur.En avant, marche! Comme ma réflexion me faisait maintenant un peu honte, je dis : — Je n'ai pas peur non plus.Tout ce que je voulais dire, c'est qu'il faut être prudent, surtout sur l'eau! Et l'on continua d'avancer.Mais bientôt Elis me souffle à l'oreille : — Ecoute, Nonni, je crois que tu as raison.Ces lumières seront vite éteintes et je ne vois pas comment, alors, nous retrouverons notre chemin. 10 i-'abeille — C'est justement ce que je pensais, Elis.Mais il est trop tard maintenant, les autres ne se laisseront plus retenir, et, si nous ne les suivons pas, ils se moqueront de nous et nous traiteront de peureux.— Pour sûr, Nonni.N'en parlons donc plus.Allons-y et espérons que tout ira bien.A ce moment nous arrivâmes chez Arni.Sa maison, l'une des dernières de la ville du côté nord, était assise tout contre le rivage.Là, fût-ce même par les plus basses marées, il y avait toujours de l'eau.Jamais en cet endroit on ne pouvait aller se promener sur le fond sec du golfe.Là aussi commençait la grande rade : de nombreux vaisseaux étrangers mouillaient dans les eaux profondes.La petite troupe s'arrêta.Tandis qu'Arni allait chercher deux paires de rames sous un hangar, je ne fis, avec Elis, qu'un bond au rivage.Et nous nous penchâmes avidement sur la mer pour y plonger les mains et l'agiter., Nous poussâmes un cri de ravissement! Les jolis éclairs s'allumèrent aussi dans l'eau et d'une manière encore plus vive.Vite nous appelâmes nos camarades.Autour de nos mains, la mer semblait brûler et s'enflammer.On aurait dit qu'un coup de baguette magique l'avait changée en un scintillement, un ruissellement d'argent et d'or.Et voilà tous les petits gars, sur une seule ligne, frappant l'eau à l'envi, qui des mains, qui du bâton.Et aussitôt l'eau s'embrase et flambe.Une splendeur indescriptible! Ce coin de rivage parut en feul — Que c'est beau! mais que c'est donc beau! s'exclamèrent toutes les voix.— En mer, ce sera bien autre chose encore, répliqua Arni qui revenait avec les rames.Vite, vite, la barque est là, tout près.Il nous conduisit à la place où le canot était attaché par une chaîne de fer.Tandis qu'il maintient ferme le bateau, nous y cuirons avec précaution et nous nous installons sur les bancs des rameurs et sur les autres sièges.— Tout le monde est làT demanda Arni.L'un de nous parcourut la barque et compta 1 "équipage, matelot par matelot.— Au complet I Arni sauta alors près de nous, laissa tomber la chaîne et, de la gaffe, éloigna du rivage la nacelle lourdement chargée.(A suivre.) (Jon Svenbbon : Stcits Islandais, Editions Spes — Pari»). LA C.HAPI'E DE RAISIN l.l 1,1 M.r TVRQUB Au temps où les fils d'Osman étaient encore en Asie, deux voyageurs parcouraient la route qui va de Brousse à Moudania.C'étaient deux riches marchands qui venaient s'approvisionner, dans la capitale, d'étoffes précieuses et de bijoux^.Le soleil tombait à plat sur la terre crayeuse.Des bouquets d'oliviers paies faisaient seuls quelques taches d'ombre.Les marchands étaient exténués.Leurs gosiers étaient plus desséchés que les lits îles torrents, leurs visages tannés comme la peau d'une outre et noircis par la poussière.Les mulets, pliant sous le faix, avançaient péniblement.Soudain, Hadil poussa un cri de joie.Un filet d'eau murmurait, presque imperceptible, entre deux t roches.— Mustapha, mon frère, ne te semblc-l-il pas bon que nous fassions halte?Nos bètes reprendraient haleine, et nous-mêmes avons besoin de faire provision de forces, car les minarets de Moudania sont loin.— La sagesse parle par tu bouche, Hadil.Ils mirent pied à terre lavèrent leurs mulets, les firent boire et, les iiyunt entravés, leur donnèrent de l'orge.Alors, seulement, ils s'occ»"èr
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.