L'abeille /, 1 janvier 1931, janvier 1931
6- ANNÉE — N" 56 — Janvier 1931 — Abonnement, $ 1.00. "L'Abeille" est approuvée par l'autorité ecclésiastique.SOMMAIRE Est-Il vrai que lutter, c'eBt bo condamner ù une.vie triste?187.— Adoration des mages, 191.— Une Btaluc de la sainte Vierge, 194, — "Quatre fleurs du Paradis", 190.— lCchos des Noviciats, Laprairie, 200.— Au lointain Ouganda, 204.— Conte de Noël, 211.- Charles de Langlade.215.— L'Ile mystérieuse.218.— Le Diable et le petit gardon.227.— Rires et sourires, 230.— Cherchons.231.Tableau d'honneur Propagandistes de "L'Abeille".M.Philippe Shaker (fall River), 1H abonnements.— F.Henri-Victor, 4 ab.— FF".François, Malhias.Isidore-Joseph, Hyaciiilhe, Alcide.Elisée-Marie, Thomas d'Aipiin.Mlle Blanche Lord.Mme Hob.Menard.F.rncst Duhic, Noël Boucher, Maurice Gingras, J.-C.Houdr, G.Desparois.Phil.l'nlry.M.Hivard, Clément l)u-fresne, 3 nb.— FF.Claude, Wcnreslas, Marcellin.Orner, Dosi-thée-Joscph , Ade'innr .Basilius , Oscar-Marie .Aniédée-Jos"ph , Noël, I.éonardi.Louis de Montfort.SS.St-Pierrc Goninlës, St-Fran-çois du Crucifix.Mme Itichnrd.Mme Victor Favrcnu, MM.Alphonse Graton, Maurice PloufTc, Emile Dubé, Maurice Lefebvre, J.-B.Lcfebvro.Laurent Ledotix, Fern.Dubrnlc, Fem.I.cgiiult, Emilien Leroux, René Portelancc, Benoit Nadeau, 2 ub.(A suivre.) PRIMES DES ABONXEHEXTS.On a distribué les récompenses promises aux propagandistes de "L'Abeille".Ceux qui auraient pu être oubliés sont priés de nous en avertir au plus toi.Ce doit être le cas pour quelques-uns qui nous ont fait parvenir leur liste sans les signer, de sorte qu'on ne sait à qui donner crédit.CLASSE "EXCELLENTE" 48 — Watervillf.(Maine) — Classe du F.Clémentien-Mahii:.I'll IM ES La prime promise a la personne qui mirait recueilli le plus d'abonnements à "L'Abeille" au 15 décembre a été «aimée par M.Maurice Lefebvre, de Laprnlrir, avec 6 abonnements. EST-IL VRAI QUE LUTTER, C'EST SE CONDAMNER A UNE VIE TRISTE?(Dialogue entro L'ABEILLE et l'un de «es jeunes LECTEURS) LECTEUR.— Je ne puis nïôter de la tête, chère Abeille, que si l'on pratique habituellement le renoncement à soi-même que vous prêchez, on se condamne à s'isoler de la société, à mener une nie triste et maussade: car enfin, là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir ! L'ABEILLPl — Là où il y a de la gène, il n'y a pas de plaisir!.Ce n'est point certes dans l'Evangile que tu as puisé cette, maxime; je ne m'attendais pas à la trouver sur les lèvres, mon pauvre enfant.L.— Comment donc?Est-ce là une mauvaise maxime ?Mais, on l'entend partout, même dans nos familles chrétiennes.A.— Oui, malheureusement l'esprit du monde, ses maximes, ses usages s'infiltrent jusque dans nos meilleures familles.N'empêche que cette maxime est opposée à la doctrine de Jésus-Christ, tout autant que cette autre : Il faut que jeunesse se passe; ou bien encore : Il faut faire comme tout le monde.L.— Franchement, je ne vois pas en quoi cette maxime soit dangereuse.A.— Elle est pourtant très dangereuse.C'est une protestation contre la grande loi du renoncement à soi-même proclamée par Notre-Scigneur et à laquelle nous 188 i.' \hkii i i: nous sommes soumis par notre baptême.C'est un appel à la vie des sens; c'est le cri de ralliement des mondains et des sensuels répondant à ce.cri de ralliement de Jésus-Christ ; "Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix et me suive." L.¦— Je ne me serais jamais imaginé qu'il y avait tant de malice cachée dans cette formule.Je la répétais sans trop la comprendre; je vois maintenant qu'elle est, comme vous le dites, une excuse pour se livrer ù la jouissance sensuelle.A.— Abordons ù présent le point essentiel de ton objection : une vie de renoncement et de lutte, est-elle nécessairement une vie triste ?L.— Oui, c'est surtout cela qui m'embarrasse et vous aurez bien du mérite si vous réussissez ù changer mes idées à cet égard.A.— Ton objection tiendrait bon s'il n'y avait qu'une sorte de souffrance et qu'une sorte de jouissance.Devines-tu ce que je veux dire ?L.— Non, pas du tout.A.— Pour l'animal, il n'y a qu'une souffrance : celle qui contrarie les sens; qu'une jouissance ; celle qui les Patte.Ainsi le cheval souffre lorsque le fouet lui cingle les flancs, et il jouit lorsqu'il gambade en liberté dans lu prairie ou qu'il savoure son picotin d'avoine.L.— Oui; mais où voulez-vous en venir ?A.— Je veux te faire remarquer que, pour l'homme, il y a trois sortes de jouissances ; celles de la vie animale, comme le cheval dont je viens de te parler; ce sont les plus grossières; celles de l'intelligence, telle la satisfaction qu'on éprouve à s'instruire, elles sont beaucoup plus nobles que les premières; enfin celles de la vie d'enfant de Dieu, qui surpassent infiniment les deux autres puisqu'elles sont une participation à la joie même de Dieu.Tu les as sans doute goûtées après une bonne confession, une fervente communion.Quand le bon Dieu entre dans une âme, la joie qu'il y verse est si pure, si profonde qu'une seule goutte de cette joie, pour ainsi dire, fait plus de bien qu'une vir entière passée dans les plaisirs coupables. 189 L.Oh, chère Abeille, tout relu est beau, ties beau.Vous aviez raison de le dire dans notre précédente causerie, notre plus grand mal à nous, enfants et jeunes gens, c'est que nous n'avons pas une juste idée des obligations de notre baptême, que nous ne connaissons notre religion que superficiellement.A.Maintenant il me sera facile de te montrer qu'une vie de renoncement n'est pas triste.Quand on se renonce, on sacrifie une jouissance naturelle, mais c'est pour obtenir en échange un bien d'un ordre supérieur, un bien mille fois plus précieux.L.- — Expliquez cela d'une façon très claire s'il vous plait; je ne saisis pas bien.A.— Prenons des exemples.Pour un enfant, jouer, gambader en liberté est un plaisir naturel: s'il sacrifie ce plaisir en fréquentant la classe, il obtiendra une autre jouissance beaucoup plus noble et plus utile : celle du savoir.De.même se livrer à des conversations lascives avec des camarades légers procure une certaine satisfaction à la nature corrompue.Mais si, au lieu de céder, on résiste, à la tentation, si l'on garde sa bouche et son cœur purs que fait-on ?.à toi de finir.L.¦— On échange, une satisfaction coupable et honteuse qui laisse dans l'âme un cuisant remords contre une satisfaction délicieuse et qui rend aussi heureux qu'on peut l'être sur la terre.A.— Mais alors, tu comprends cette fois ?L.- Oui, je comprends.Il y a quelques jours, notre professeur nous expliquait, après la prière du matin, la pensée morale suivante : "Plus on se renonce et plus on est heureux." "Voulez-vous, disait-il, voir des jeunes gens heureux ?Allez dans les Juvénats et les Noviciats des communautés religieuses ; quelle bonne humeur ! quelle joie profonde ! quels visages sereins !" "Et pourquoi ?ajoutait-il.parce que ces jeunes gcns-lù luttent, résistent à leurs mauvais penchants.A ce moment, j'avais de la peine à le croire; mais avec vos explications, j'en suis à présent bien convaincu. wo l'abeille LA CROISADE DE PRÉSERVATION DE L'ENFANCE PAR L'ENFANCE.Intention pour janvier 1931.— l.a connaissance pratique de la grande loi évannèliqne.du renoncement à soi-même.Pratiques recommandées.— 1.— Se renoncer en s'interdisanl absolument dnns les amusements lous jeux de mains, toute parole contraire à la pureté ou au respect dû aux choses saintes.2.— Questions à étudier et à traiter eu rédaction : a) L'Enfant Jésus modèle de renoncement.b Comparer la joie du jeune homme chrétien qui se renonce avec la joie du jeune homme mondain et sensuel.F.Célestin-Auquste.LE MODELE DES h oui lis L'Enfant Jésus, étant Dieu, savait tout.: Il n'avait Uonc pas besoin d'étudier.Cependant, pour servir de modèle aux écoliers, il voulut fréquenter l'école de Nazareth comme les autres enfants de son âge.Fut-Il jamais écolier plus attentif, plus servlable pour ses compagnons, plus respectueux envers son maître?O le divin modèle! Heureux ceux qui s'efforcent de l'Imiter ! ADORATION DES MAGES |É8U8 étant né à Bethléem de Judée, sous le règne ('" r"' Ilérode.des Mages arrivèrent d'Orient à Jérusalem, disant : Où est le Roi des Juifs qui vient de naîtret Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer."A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui."Ayant fait assembler tous les Princes des prêtres et les Scribes du peuple, il s'enquit d'eus où devait naître le Christ."Ils lui répondirent : "A Bethléem de Judée, selon ce qui "a été écrit par le Prophète : 'Et toi.Bethléem, terre de Judii, "tu n'es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car "de loi sortira le Chef qui doit gouverner Israël, mon peuple'." "Alors Hérode, ayant fait venir secrètement les Mages, apprit d'eux la date précise à laquelle l'étoile leur était apparue.Et.les envoyant à Bethléem, il leur dit : "Allez, informez-vous "exactement de l'Enfant, et quand vous l'aurez trouvé, aver-"tissez-moi.afin que j'aille moi aussi l'adorer." "Les Map-s, ayant entendu le roi, se remirent en route.Kt voici que l'étoile qu'ils avaient rue en Orient allait devant eux jusqu'à ce que, arrivée an lieu où était l'Enfant, elle s'arrêta."A la vue de l'étoile, grande fut la joie qu'ils ressentirent."Entrant donc dans la demeure, ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent.Puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe."Enfin, avertis en songe de ne point aller revoir Hérode, ils s'en retournèrent dans leur pays par un autre chemin." (Matt.IT.1-12). 192 T.'AHlCII.I.g • • • ObéiRsanl, à l'appel de l'étoile, les Mages entreprirent un long et périlleux voyage, pour offrir leurs hommages au Roi nouveau-né annoncé par les prophètes.L'évangéliste nous dit qu'ils trouvèrent l'Enfant avec Marte sa mere.Mère heureuse, Marie révèle à ces sages et à leur suite les merveillps de l'Enfant, divin présent que Dieu fait à la terre.Marie est la reine des missionnaires ; elle a devant elle les prémices des nations païennes qui devaient composer l'Eglise.A mesure que la Vierge dévoile aux Mages le grand mystère d'un Dieu devenu notre frère — avec quelle éloquence, on le devine — le Saint-Esprit éclaire leurs cœurs comme l'étoile avait éclairé leurs yeux.Aussi, sans être rebutés par la pauvreté du berceau de Jésus, les Mages tombent à genoux et adorent le divin EnfanU Merveilleuse récompense de la fidélité à la grâce ! Ils voient Jésus, ils entendent MRrie, et ils croient.lleureux l'enfant qui prend pour guide celle que l'Eglise nomme si bien l'Etoile du matinl Comme les rois Mages, il ira tout droit à Jésus; et parce qu'il est pauvre, Marie lui mettra dans les mains les seuls présents qu'apprécie son divin Fils : l'or de l'amour de Dieu, l'encens de la prière et la myrrhe de la pureté I UNE STATUE DE LA SAINTE VIERGE 'est une pauvre veuve, dont le travail suffit à peine pour elle et ses quatre petits enfants.La misère et l'excès de fatigue la mettent au bout de ses forces et l'obligent à s'aliter.Un charitable médecin lui prodigue des soins, mais sans pouvoir enrayer le mal.Et les jours passent sans apporter d'espoir de guérison.Pauvres petits enfants ! La grande sœur Hélène et ses trois frères aiment bien leur maman et sont très affligés de la voir souffrir.La sainte Vierge, qu'on a toujours honorée et priée dans cette famil'e.lui inspire un projet pour obtenir la guérison de la chère malade."Ecoute, Antoine, le médecin n'a pas l'air content du tout, et ça me tracasse; il m'est venu une idée ce matin.— C'est d'aller chercher un autre médecin.— Pas ça du tout I — Ma petite Hélène, il me reste deux sous de l'argent que ma marraine m'a donné au jour de ma fête.Si nous allions mettre un cierge à la bonne Vierge t — Bien pensé, Prosper; mais ce n'est pas mon idée de ce matin.Le cierge, la maman ne le verra pas brûler, et puis, une fois brûlé, il n'en restera plus rien.Tu as deux sous, mois j'en ai six, Antoine en a bien deux aussi peut-être; allons acheter une petite statue, et nous la porterons a notre maman en grande procession. l'abeille 195 — Une statue de In Sainte Vierge ! Il y en a précisément chez le marchand; mais il faudra la faire bénir T — Certainement, répondirent en chœur les petits garçons.Rassemblons nos trésors." Cette humble scène, toute naïve qu'elle était, vous aurait attendri, si vous aviez pu en être témoin.La Providence vint en aide aux enfants, en faisant arriver précisément à ce moment-là un de ces marchands de plâtres qui parcourent les campagnes."Une petite bonne Vierge ! une petite bonne Vierge ! demanda la sœur aînée.— En voilà de soixante sous 1 — Pas possible, alors.— En voilà de vingt sous ! — C'est encore moitié trop.— Tenez, je vous céderai celle-ci pour dix sous, parce que c'est vous." On va chercher l'argent, on paie la statue, on l'examine, on l'admire, et de tous ces petits cœurs d'enfants s'exhale une filiale prière.La malade dormait quand on entra dans la chambre.Hélène s'avança sur la pointe des pieds; Antoine et Prosper, tout en prenant les mêmes précautions, approchèrent du lit une petite table de bois blanc; Paul, le benjamin de la troupe, eut l'intelligence de ne point parler.Quand la maman se réveilla, elle aperçut tous les enfants agenouillés près du petit autel; elle en rendit grâces au bon Dieu.Le lendemain, le médecin déclarait la malade hors de danger; huit jours après elle était guérie.Et c'est avec un petit air plein d'importance, un sourire rempli de reconnaissance et de joie, qu'Hélène installait la petite bonne Vierge sur la cheminée, disant : "C'est pourtant moi qui ai eu cette idée-là.La petite bonne Vierge nous a mieux réussi que toutes les drogues du pharmacien." Pensées dn Vén.j.-M.de La Hennals.La récitation du chapelet est une des plus belles dévotions envers Marie, et l'une des prières les plus saintes.La sainte Vierge veille avec une sollicitude maternelle sur ceux qui l'invoquent et qui mettent en elle leur confiance.Voulez-vous éviter de tomber dans les pièges du démon ?Recommandez-vous à la très sainte Vierge, notre patronne et notre mère.A la voix de Marie, les graces tombent du haut du ciel, comme un fleuve immense, sur tons ceux qui, en s'efforçant d'Imiter ses vertus, se sont rendus dignes de sa bienveillance maternelle. + + + *** + + ** + + + + * + + 4' + + QUATRE "FLEURS DU PARADIS" écloses en terre japonaise.UN MARTYR I>E ONZE ANS.N jeune enfant fie onze ans, Louis Ibarki, attirait surtout les regards de la foule.Avec lui, dans le cortège des saintes victimes, se trouvaient ses deux oncles, Paul Youaniki et Léon Caratsouma, le premier Tertiaire franciscain du Japon.Louis était né dans la province d'Owari, de parents idolâtres.Baptisé à neuf ans par le P.Pierre-Baptiste, il était pieux comme un ange et son âme était pure comme un beau lis.Son attachement pour le P.Pierre-Baptiste lui valut la grâce du martyre.Quand il fut arrêté à Mékao, l'officier, le voyant si jeune, refusait de l'inscrire sur la liste, mais le généreux enfant fit tant par ses supplications et ses larmes qu'i^ obtint de n'être point séparé des religieux.Chacun se montrait la figure candide et rayonnante dé cet enfant qui, sur la charrette, les mains liées derrière le dos.alternait avec ses petits compagnons la récitation de l'Oraison dominicale et de la Salutation angélique.A Carazou, ville distante de trente lieues de Nangazaki, le terrible Fazamburo lui-même fut.impressionné et fit tous ses efforts pour le séduire : "Mon petit enfant, lui dit-il, votre vie est entre vos mains; si vous le voulez, vous êtes libre.— Je ne désire rien de vous, répondit Louis, je suis content de mon sort.Disciple de mon bon Père Pierre-Baptiste, je'dé- l'aiikii.i.k lî)7 pends de lui seul, et je suis résolu à ne rien faire que ce qui lui plaira." Fazamburo s'adresse alors au cbef de cette héroïque phalange."Lui permettrez-vous, dit le saint, de vivre selon la loi de Jésus-Christ t — Je ne puis permettre cela, répond le gouverneur.— Et moi, réplique alors l'enfant, A une semblable condition, je ne veux de la vie à aucun prix : je ne suis pas insensé au point d'échanger le ciel contre une misérable existence." Déconcerté, Fazamburo se retire : "Quelle est donc cette religion, s'écrie-I-il, qui change les petits enfants en héros T" Mais, sur le calvaire de Nangasaki.il revient de nouveau à la charge, et il espère (pie la perspective des tourments fera cette l'ois faiblir l'enfant.IVinc perdue! "Moi, répète Louis, moi abandonner mon bon l'ère Pierre-Baptiste, celui qui m'a élevé dans la religion de mon Dieu et m'a fait participer à la gloire des saints ! Je laisserais mes compagnons ! Je sacrifierais les délices du ciel ! Je perdrais mon âme ! Non, jamais !" Et il tourna le dos au persécuteur.Dès qu'on fut arrivé sur le lieu du supplice, Louis demanda quelle était sa croix, et, quand on la lui eut indiquée, il s'empressa d'aller l'embrasser, il la baisa cent et mille fois, puis, comme s'il eut craint qu'on ne la lui dérobât, il ne voulut plus s'en détacher jusqu'au moment où le bourreau vint pour l'y étendre.Cependant, il avait entendu Antoine chanter le psaume ImikIhIi-, puai: Thomas et lui le continuèrent avec une admirable ferveur, et.voyant le fer de la lance qui s'apprêtait à les frapper, ils s'écrièrent encore : "Paradis ! Paradis !" et leurs âmes s'envolèrent avec leurs frerra les anges.MAXIME TA KK Vit A.Parmi les martyrs se trouvait un certain Cosmo Takcyru, qui, non content il "avoir embrassé le christianisme et le Tiers-Ordre de saint François, avait consacré à Dieu son lils, du nom de Maxime, Agé seulement de dix uns.11 l'avait même placé sous la conduite des Franciscains de Mékao.Cet enfant, vécut dans la communauté comme un ange du paradis.11 y fut le compagnon inséparable du petit Louis, qui était à peu près de son âge.Au moment de l'arrestation, le petit Maxime était gravement malade, et le P.Pierre-Baptiste, craignant de ne pouvoir lui donner tous les soins nécessaires dans une maison qui 198 ! .' ¦¦ i .i : i i .i i : était déjà à la merci des soldats, l'avait fait reconduire chez sa mère.Cependant sa santé s'améliora peu à peu, sans qu'il fût pourtant assez bien pour quitter le lit comme il l'eût si ar déminent désiré.Ije jour où la troupe sainte des martyrs quittait Méka-i pour Ozacca, Maxime vit sa sœur entrer, les larmes aux yeux, dans sa chambrette.A cette vue, il soupçonne tout.Aussitôt, il saute du lit, s'habille à la hâte, prend en main un petit crucifix et court rejoindre les martyrs sur la route.A peine l'enfant les a-t-il aperçus de loin qu'il se met à crier : "Mes Pens, mes Pèros.pourquoi me laissez-vous f Thomas, Antoine, Gabriel, je suis Maxime, votre ancien compagnon et vous ne m'avez pas averti ! Moi, je veux mourir aussi avec vous !" Puis, apercevant sur le dernier chariot le petit Louis qui récitait l'Oraison dominicale avec ses deux jeunes compagnons, il continue à crier : "Louis, mon cher Louis, comment es-tU parti sans m'avertir t Ah ! tu as oublié la promesse que nous avions faite de mourir ensemble pour Jésus-Christ 1" Enfin, il aperçoit son père parmi les martyrs : "Ah! mon père, mon père, s'écrie-t-il, prenez-moi avec vous dans le chariot, je suis chrétien, moi aussi, je suis votre fils.8'approchant de saint Pierre-Baptiste, l'héroïque enfant ('écrit : Eh quoi ! ne vous ai-je pas servi, moi aussi f N'est-ce pas vous-même qui m'avez donné pour compagnon à Louis 1 Pourquoi donc maintenant me rejeter lorsque vous lui ac- l'abeille 199 corde/., h lui.aussi petit que moi, «le pouvoir donner sa vie poot Jésus-Christ T" L'émotion (.'«(.'liait tous les rieurs, et les bourreaux eux-mêmes dissimulaient mal la pitié qu'ils ressentaient.Ils veulent éloigner l'enfant, mais c'est en vain : Maxime redouble ses supplications.A la fin, un soldat irrité de sa constance saisit le manche de son épée et en assène un coup violent sur la tète de l'enfant qui tombe évanoui et baigné dans son sang-Un cri de malédiction s'élève du milieu de la multitude, et les martyrs de faire entendre de douloureux gémissements.On vit alors une femme relever l'enfant avec une émotion indicible, l'embrasser tendrement, le presser sur son cœur et l'emporter vers Mékao : c'était sa mère, c'était la digne épouse du saint martyr Cismo Takeyra.L'enfant expira quelques jours p'us tard, a l'heure même où les saints martyrs étaient immolés par la main des bourreaux sur le Golgotha de Nan gasaki.1/aurtnU lêrapMqur.Sur cette colline, désormais consacrée, la cruelle besogne était accomplie, les martyrs avaient rendu à Dieu leur belli âme; les croix se dressaient sinistres dans l'ombre comme des trophées ei i|i-s signes accusateurs.l'eu A peu, la foule s'écoula, les bruits s'éteignirent dans le silence de la nuit, et, en redescendant le mont des martyrs, chrétiens et païens se frappaient la poitrine et étouffaient leurs sanglots.Cette terre du Japon était maintenant baptisée par le sang de ses enfants, le Christ pouvait, la revendiquer pour slelllle.Ltelurrs du dimanche. "'•"'i ! !' 'il 'in i i 'i i i il : !1 hi i :i i ill ill 'f ill ¦.1 !¦ .- ii i r ¦ i ¦ ¦ ¦ ¦ i i ¦ !¦ 1 , n ¦ i mi m 1 i" i ECHOS DE5 NOVICIATS -- Laprairie l ii riiiniiii'iir de Mûrir.La fete de l'Immaculée-Conceptlon a pris un cachet spécial de solennité au juvénat.lin long mois fut employé à la préparation.Nos méditations, nos prières, nos travaux des huit premières jour-n.ea, ont eu pour but d'obtenir une véritable contrition do nos péchés, en considérant les douloureuses blessures qu'Us causent aux cœurs de Jésus et de Marie.Nous avons ensuite renouvelé nos promesses du baptême.Purifiés par le regret, nous nous sommes mis devant Marie pour étudier sa vie et nous appliquer a reproduire ses vertus comme de fidèles miroirs.C'est sous la direction de cette bonne Maltresse que noUB avonB contemplé les œuvres de Notre-Selgneur et que nous en uvons tiré des leçons pour notre conduite.Nombreuses sont les belles roses mystiques que nous avons cueillies et effeuillées en l'honneur de notre blen-almée Mère, pendant ce mois.L' "Heure de Marie" fut en grand honneur : ce colloque d'une heure avec notre douce Relue rayonualt sur toute la journée.La veille, n trois heures de l'après-midi, nous commencions une courte retraite préparatoire a la fête du lendemain.Silence, recueillement, prière en union avec Marie; tel est le mot d'ordre.Kiii'm.l'aurore de ce beau jour, si impatiemment attendu, brille à nos yeux ! La Journée débute pnr une fervente prière suivie d'une courte méditation sur l'émlncnt privilège de notre Mère, que l'Eglise célèbre aujourd'hui; puis, a six heurts et demie c'est la communion; vient ensuite la grand'messe solennelle; on sent que chacuu veut honorer de son mieux sa douce Patronne : les mélodies grégoriennes sont rendues avec ame.Dans l'avant-midi, séance marlale : au pied du trône de notre bonne Mère, une heure durant, petits et grands rivalisent d'ardeur pour proclamer les louanges de leur bonne Mère; la cérémonie se clôt par la rénovation de notre consécration a Marie.Le reste de la journée se passe en doux entretiens avec la Reine des Cœurs.Le soir, chacun va prendre son repos, heureux d'avoir fait quelque chose pour plaire a celle de qui saint Bonaventure a dit : "Vous connaître, o Vierge Mère de Dieu, c'est un gage d'immortalité, et publier vos louanges, un gage do salut." l'abeille 201 Quelques ê|iliéiiiéridrrairie) et ait rôtirent tle» 88, de Ste Croix.Si-Laurent ; f-'.Ol) l'unité, 4 20.Ou ta douzaine. Conte de Noël LA VIEKUE A L'ENFANT H :- Au-dessus de l'immense vallée endormie sous son épais manteau de neige, plane dans l'épaisse brume le son argentin de la cloche conviant les fidèles à venir adorer l'Enfant-Dieu; ses tintements doux et joyeux semblent la voix des anges : on croit ouïr leur céleste refrain : "Gloria! glottal in excelsis Oeo.Et in terra pax." Oui, paix sur la terre! Paix à toute lu terre! Et pourtant, au milieu de cette allégresse intime, elle reste-désolée, morne, la veuve de Hans IJorkeim."Quoi, toujours travailler?toujours pleurer?toujours souffrir?" crie-t-ellc en se tordant les bras auprès du rustique berceau de sapin où repose, à ses pieds, son Ills unique, l'orphelin de son cher Hans."Quoi, je devrai te voir pauvre, humilié?toi mon seul trésor, mon seul amour!" Elle se dit, comme le poète : Aucun rayon ne luit devant ma route sombre.Aucun etro ne vient m'aider, me Routenlr.Mais elle n'ajoute pas comme lui : La foi pure et Dieu seul me guideront dans l'ombre Ki m'enseigneront a souffrir.— Non, crie-t-cUe, se redressant sombre et farouche, non, tu seras riche, tu seras puissant, car l'or achète tout.Dussé-je y laisser mon Ame.j'irai a la grotte de Sudensthal.N'est-ce pas cette nuit la nuit de Noel?En vain, la conscience de Hoserl jette un appel à sa foi de chrétienne, l'appel est étouffé; d'un mouvement brusque, rapide, elle a soulevé l'enfant, le roulant dans une chaude couverture, elle l'assujettit fortement a ses épaules, saisit un sac de grosse toile, ouvre la porte de sa chaumière et regarde au loin. 212 l'abeille Elle n'écoute pas les tintements de la cloche invitant les fidèles a venir saluer le Sauveur, pauvre Roserl, elle n'entend que la voix de la passion, qui lui crie : "Ton fils, grâce à toi, sera riche, il sera puissant!" Elle s'est détournée de la route pour entrer daus la gorge sauvage conduisant à la grotte merveilleuse.Elle remonte le cours sinueux du torrent qui gronde sourdement sous sa couche de glace; elle se meurtrit aux blocs des rochers, elle se bute aux cailloux humides, elle glisse sur les fougères où les mousses recouvertes de neige.Elle marche courbée sous son précieux fardeau, dont elle semble ne point sentir le poids.Elle marche, elle se presse, elle avance, elle se hôte, car elle a déjà gagné le plateau, la grotte est proche désormais, voici le bouquet de pins qui la domine.Courage, Koscrl, encore quelques cents pas, et tu trouveras l'or tant convoité, mais sache borner ton ambition, car la grotte qui s'ouvre au Gloria sonore, se referme à l'Amen pour ne plus se rouvrir.qu'au Gloria du Noël suivant."Enfin!" Roserl a poussé le cri de l'impatience."Enfin!" Oui, enfin, elle est ouverte la fantastique Sudensthal! Elle apparaît magique aux yeux éblouis de Hoscrl, toute ruisselante des feux de ses pierreries, avec ses murs de rubis, ses colonnades de lopaze, ses voûtes d'émeraudes, son chapiteau de cristal, ses merveilleux entassements d'or.Oh! cet or! comme il arrache Roserl à sa contemplation admiratrice, tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle touche, dépasse infiniment ce qu'elle a rêvé.Elle se penche, elle puise à deux mains, elle se hate, elle remplit le sac, elle fait des efforts violents pour le pousser au dehors.Victoire! le sac vient de rouler sur le sentier, elle le voit, elle le tient.il était temps, la grotte s'est refermée silencieusement; Roserl est retombée dans les ténèbres."Enfin! mon trésor, tu es riche, tu auras l'or, le plaisir, la puissance.et, qui sait?la gloire!" Roserl veut le presser dans ses bras, sur son cœur, ce futur seigneur et maître.horreur ! dans sa précipitation, son ardeur, ses efforts, elle n'a pas senti que son cher fardeau se détachait et glissait à terre."Mon fils, où es-tu?où es-tu?" Elle le cherche autour d'elle, tâtant fiévreusement le long du sentier."Où es-tu?" crie-t-ellc.Et, dans la nuit sombre, l'écho répète "Où es-tu?" Et, comme un trait de feu qui traverse son âme, la conscience de Roserl lui répond : "Où est ton Dieu?" Et les tintements lointains des cloches, semblables à des voix célestes, chantent "la paix aux cœurs de bonne volonté," qui savent être doux envers lu souffrance et montrer au malheur un front résigné.• • • Le ciel est bleu, la terre ensoleillée, les arbres reverdis, les petits nids joyeux.Elle est seule en sa chaumière, la triste I, ABEILLE 213 Roserl, seule avec sa douleur profonde, insondable comme l'a-bimc; elle berce doucement la couche rustique où reposait son trésor perdu.les petits nids se peuplent, mais son nid, à elle, reste vide.Le sait-elle, la pauvre insensée?Sait-elle aussi que là, dans le coin, tout près d'elle, l'or de la Sudensthal brille d'un éclat diabolique et fait de son logis un lieu maudit abandonné des Anges?Le sait-elle?Oh! non, sous le poids de son infortune, la malheureuse a perdu la raison, il ne lui reste que le souvenir vague d'une immense faute, d'une immense angoisse.Elle berce, elle chante, elle berce encore, elle chante plus bas; elle s'endort, elle rêve, elle le voit, elle le baise avec tant d'amour! mais le réveil la replonge dans sa tristesse, elle recommence a bercer, a chanter.Pourtant, du fond de la vallée, le soleil illumine un radieux paysage, il jette des reflets chatoyants sur les pics géants, les pins sombres, les nuages blancs, les pentes gazonnées, les petits chalets nichés dans les bosquets touffus, les cascades, les lacs.tout son empire, enfin.Mais Roserl, pauvre Roserl n'en voit rien.Elle reste plongée dans sa tristesse muette et concentrée, plus navrante en sa silencieuse profondeur.De nouveau, le soleil a pâli, voilé par les masses nuageuses, les brumes épaisses planent encore sur les montagnes, les vallées, les pics, les sombres forêts de sapins.Voici venir Noël, la gracieuse, la touchante fête de Noël; les cloches, à toute volée, ont entonné l'hymne divin.leur joyeux carillon résonne dans le silence ému de cette nuit bénie.Roserl a secoué sa torpeur, elle se redresse, elle voit le berceau vide et pousse un long cri de douleur; d'un bond elle s'est précipitée sur l'or maudit, d'un geste convulsif, elle l'entasse dans le sac de toile, vite, vite, oh! si vite.elle le jette sur son dos et reprend le sentier rocailleux qui mène à la Sudensthal.Vingt fois elle glisse sur le rebord du gouffre béant, vingt fois elle va rouler dans l'abime emportée par le poids de son lourd fardeau : "Sainte Vierge, crie-t-ellc angoissée, ô Vierge Marie, secourable aux malheureux, pitié, pitié pour moi!" Elle arrive a la grotte, elle s'agenouille sur la terre durcie par la gelée, elle épanche sa douleur et son repentir dans une ardente prière."Vierge Marie, pitié! Roserl se repent; Roserl s'humilie, Roserl vous implore.Roserl espère.Pitié! Hendez-lui son enfant!" Elle ne songe pas à l'absurdité de sa demande; il lui faut un miracle; la Vierge Marie est mère, elle comprendra la douleur de Roserl; elle est puissante, elle fera ce miracle.Roserl continue ses supplications, elle crie, elle importune.sera-t-ellc exaucée ?La lune s'élève lentement dans le ciel gris, elle profile ses doux reflets sur la grotte merveilleuse, qui s'entr'ouvre et laisse apercevoir ses magiques trésors.Sur un trône de cristal, au milieu des pierreries, une femme étincelante de grâce, de 214 l'abeille douce majesté, des dons surnaturels et divins surpassant l'or et les diamants, une Mère radieuse tenant sur ses genoux un enfant couvert de simples langes."C'est la Vierge!" a crié Roserl qui, jetant le sac d'or sur le pavé de la grotte, s'est précipitée aux pieds de la Reine et de l'Enfant.Elle se prosterne, elle adore, elle veut contempler.0 merveille, cet enfant s'est lentement transformé, il grandit, il grandit, son pale visage n pris la teinte de la rose, il se détache des bras de la Vierge et se jette en ceux de Roserl; c'est son fils! Roserl a perdu connaissance, mais pour bien peu de temps; l'âpre bise lui pique le visage et la voix aimée de son fils la réveille doucement : "Mère, j'ai froid, retournons a notre petite chaumière!" • • • Ceci me fut conté par un jeune étudiant tyrolien, alors que, sac au dos, nous escaladions gaiment les montagnes abruptes de son pittoresques pays natal; nous arrivions à la Sudensthul où la grotte nous offrait le pieux attrait d'un pèlerinage rustique, connu sous le nom de ta Vierge à l'Enfant et où le peintre a représenté, dans un tableau naïf mais bien touchant, la Vierge Marie remettant le fils a la pauvre mère, dont le visage exprime des sentiments intraduisibles."La légende s'arrête brusquement, n'est-ce pas?me dit mon aimable compagnon, elle ne dit pas ce qu'il advint de ses héros, mais il est probable que Roserl, convertie de son amour des richesses, ne chercha plus qu'à faire de son fils un rude travailleur et un vaillant chrétien.Et c'est, du reste, ce que pensent nos bonnes Tyroliennes quand elles amènent en foule leurs jeunes garçons à la Sudenslhal.pour les consacrer à la Vierge, Mère de miséricorde." M.d'Auvkbone.I '- ''' '" i" ' n'l'l "l I' ! ; ¦ i'l '1 i !" " i'"T " ¦.i'" i 'I 'il- "I ,: ¦ i ¦ : u mur nil ;i 1 ¦ m nr ir- il ninu 1" mi ti liÉGITS CANADIENS CHARLES DE LANGLADE Alexander llenry, l'un des quatre traiteurs anglais qui se trouvaient, à Michillimakinac lors de la prise de ce fort par les sauvages, fut témoin de l'affreux massacre de la garnison anglaise.Comme son titre d'Anglais l'exposait à une mort certaine dans les circonstances, il se rendit immédiatement à la résidence de Langlade, voisine de la sienne, dans le but de s'y réfugier.A son arrivée chez Langlade, toute la famille de ce dernier, était, aux fenêtres et suivait des yeux la sanglante tragédie qui se déroulait en ce moment."Pour l'amour du bon Dieu, lui demanda Henry, trouvez-moi dans votre maison un endroit où je puisse me soustraire à la rage des Indiens qui ne manqueront pas de me donner la chasse!" — "Comment voulez-vous que je puisse trouver un lieu qui soit à l'abri de la perspicacité des sauvages lui répondit Lunglade!" Heureusement pour Henry, une esclave Pawnee, de la maison de Langlade fit signe de la suivre au traiteur anglais.Elle le conduisit à un escalier qui aboutissait, au grenier, et lui conseilla d'aller s'y cacher.Henry s'empressa de suivre son avis, et l'Indienne l'enferma sous clef.Anxieux de voir ce qui se passait au fort, Henry put, au moyen d'une ouverture dans le toit, observer les sauvages qui jouissaient en barbares de leur atroce triomphe.C'était un spectacle hideux à voir.Les mourants, en proie à la plus cruelle agonie, faisaient entendre des cris déchirants et laissaient échapper des flots de sang, tandis que les morts gisaient sur le sol, scalpés et dépouillés de leurs vêtements.Pour ajouter à l'horreur du tableau, quelques sauvages se gorgeaient du sang de leurs victimes avec le creux de leurs mains en jetant des cris pleins d'une rage infernale.Après avoir assouvi leur féroce vengeance, quelques Objibwas se précipitèrent dans la maison de Langlade, en proférant des vociférations qui faisaient dresser les cheveux d'Henry.Ils demandèrent à Langlade si quelques anglais ne s'étaient pas réfugiés dans sa maison.Il répondit négativement, mais pour plus de certitude ils furetèrent dans tontes les chambres et se rendirent finalement au grenier. 21G T,'Amnr.r.« Henry crut que e'en était fait de su vie, et une indicible terreur s'empara de lui.En entendant leurs pas précipités, il se cacha derrière un tas de vaisseaux faits d'écoree de bouloail, qui servaient à recueillir l'eau d'érable.Tl retint de sou mieux sa respiration, mais les battements de son cœur étaient si violents qu'il crut qu'ils allaient le trahir.Quatre sauvages, armés de casse-tête, teints de sang, comme des hyènes furieuses, ne tardèrent pas à pénétrer dans le grenier, Ils promenèrent un regard inquisiteur dans cette sombre pièce, où le jour entrait à peine, puis partirent sans apercevoir Henry.Ils étaient accompagnés île Langlade, auquel ils énumérèrcnl com plaisamment le nombre de chevelures anglaises qu'ils avaient scalpées durant le jour.La joie d'Henry lorsque la porte se referma sur lui, ne peut se comparer qu'A celle du condamné qui échappe d'une manière inespérée à l'exécution fatale.Epuisé par tant d'émotions.Henry s'abandonna à un sommeil bienfaisant jusqu'à l'heure du crépuscule, alors qu'un nouveau bruit l'éveilla soudainement.C'était la femme de Langlade qui entrait.Elle lui dit de prendre courage, ear la plupart des Anglais ayant péri, elle espérait qu'il pourrait échapper à leur vengeance.Tl lui demanda un peu d'eau pour restaurer ses forces et elle s'empressa de lui en apporter.Après une nuit pleine d'angoisses et d'insomnie, Henry entendit, dès les premiers feux du jour, la voix menaçante de plusieurs sauvages qui pénétraient de nouveau dans la maison de Langlade.Ils informèrent ce dernier que, n'ayant pas trouvé la tête d'Henry parmi celles des autres victimes, ils allaient l'aire de nouvelles perquisitions, afin de ne pas laisser échapper cette nouvelle proie.En entendant leurs menaces, la femme de Langlade s'efforça de lui démontrer qu'il ne serait pas prudent de soustraire Henry plus longtemps à leurs recherches, car les sauvages irrités ne manqueraient pas de se venger sur leurs propres enfants.Langlade résista d'abord aux instances de sa f°mme, mais ses sollicitations devenant de plus en plus pressantes, il crut devoir déclarer aux Tndiens qu'Henry s'était réfugié sous son toit.A cette nouvelle, les sauvages bondirent au grenier.Ils étaient ivres et affreux à voir.Leur chef, Wenniway.un véritable colosse, tout noirci de charbon, s'élança sur Henry, et le saisit d'une main par le collet de son habit en brandissant de l'autre un long couteau, faisant mine de le lui enfoncer dans la poitrine.Puis, se ravisant tout à coup, comme si un sentiment d'humanité l'ont fait reculer devant le crime qu'il allait commettre, il retira son arme prête à se rougir de saint : "-le D6 tr tuerai pas, dit-il.J'ai souvent combattu contre les Anglais; l'abeille 217 je Leur ai enlevé bien des chevelures.Mon frère Mus uigo:i a été tué par eux; eh bien, tu prendras sa place et tu porteras son nom." Henry reçut de Wenniway l'ordre de se rendre à son wigwam j le traiteur anglais, obtint cependant la permission de demeurer pendant quelques jours sous le toit de Langlade.Il y était à peine entré qu'un sauvage vint lui ordonner de le suivre au camp des Objibwas.Henry connaissant le caractère brutal de cet Indien qui lui était endetté, craignit qu'il n'essayât de le tuer durant le trajet.Ses appréhensions étaient fondées, ear son farouche compagnon, voulut l'entraîner vers un endroit écarté, plein de broussailles, en arrière du fort.Henry refusa d'aller (dus loin, Le sauvage leva alors son couteau pour l'en frapper; mais Henry para le coup et prit la fuite.Furieux de voir échapper sa proie, l'Indien se mit à sa poursuite en jetant de grands cris.Le fugitif, auquel l'épouvante semblait donner des ailes, se dirigea vers la demeure de Langlade, et alla se réfugier dans le même grenier, où pour la seconde fois il trouva un lieu de protection contre ses ennemis.Dès qu'il vit «pie sa l'nite pourrait s'effectuer sans trop de danger, Heury partit pour Détroit où en effet il arriva sans trop de peine.C'est de lui-même que nous sont parvenus les détails de cette terrible aventura, (A finir.) D'après J.Tassé.I»KSSINKZ Les écoliers ont désormais beaucoup de cliaucc d'apprendre A manier crayons et couleurs avec tous les ouvraKcs et modèles qui sont | leur disposition : 1" "Dessin d'Observation", par une Sœur de Ste-Orolx .J2.00.(Les classes "excellentes" peuvent se procurer ce livre pour $1.00.) 2" Huit plancbe8 de bordures, et autres sujets, en couleurs; par le P.(ïabrlel-GeorRes: une feuille.5 sous; la collection.30 sous.Un specimen a été Inséré dans le dernier numéro de L'AbrilIr.Comme on a pu le constater, c'est très décoratif.3" "La Couleur"; extrait du "Dessin d'observation".Une page entre autres sera appréciée des apprentis coloristes, c'est celle où l'on présente le spectre des couleurs avec le moyen Infaillible d'en choisir, deux, trois, et même quatre qui s'harmonisent dans une composition."L'Abeille" recommande fortement ces ouvrages en vue de l'exposition scolaire de fin d'année. CHAPITRE V — Terre ! — M AIGRE REPAS — UN BAIN MANQUÉ - RÉVKII, JOYEUX — NAVIGATION DANGEREUSE — NAUFRAGE — LES SURVIVANTS.DIans Cette partie de l'Océan Indien que nous traversions ] à la rame en ce lendemain de naufrage, les engelures et les oreilles gelées ne sont pas de mode.Ruisselants de sueur, fatigués de l'insomnie et des émotions de la nuit précédente, nos langues chômaient.Après nos deux heures d'ouvrage,nous glissions du banc; des rameurs dans le fond du canot, où nous nous allongions pour dormir.Vers la fin de mon quart, tout en tirant paresseusement sur ma rame, je pensais au bien-être des jours précédents."Hier, à cette heure-ci, me disais-je, sur le pont du Khatidnla je battais Visitatio dans une partie de palet, Monsieur Bookie faisait sa ronde, et Ivan ouvrait une nouvelle boîte de chocolats prise dans l'inépuisable réserve maternelle." Mais, maintenant, maniant cette lourde rame, sous un soleil de plomb, je faisais un métier d'esclave.Il me semblait avoir des bras et des jambes de flanelle; la tête me tournait, je voyais trente-six chandelles.J'ai déjà éprouvé cette sensation d'épuisement en été, quand je sers la messe avant le déjeuner.Le capitaine me lorgnait du coin de l'œil.Mi-souriant, il m'apostropha : "Arrête donc, mon pauvre Frank, tu n'en peux plus ! Nous allons dîner.— Serang 1" Serang veut dire quartier-maître en bon français.C'était le titre du grand Jim.Le lascar, sur l'ordre du chef, ouvrit le garde-manger et le capitaine lit une distribution parcimonieuse d'aliments.Ce n'é- l'abeille 219 tait pas un repas complet, pas même le quart, mais quand j'eus absorbé ma ration de biscuits et d'eau, je me sentis tout de même moins mal.Ivan et Visitatio éprouvèrent le même bienfait, car sortant de leur mutisme, ils commencèrent à parler des événements de la nuit.Ca, c'est un signe, il n'y a pas d'erreur.L'arrêt fut court; il fallut se remettre à la tâebe.Ivan qui ne goûtait guère plus ce genre de sport que votre humble serviteur, me dit à l'oreille qu'un bain serait délicieux.C'était aussi mon opinion."Capitaine, dis-je à Monsieur Bookie, vou-driez-vous arrêter le bateau un moment pour permettre à l'équipage de prendre un bain rafraîchissantf" "N'est-ce pas trop tôt après avoir mangé?" remarqua le ehef.Je lui répondis que personne n'aurait le moindre pretext'' d'attraper une congestion après cet ombre de repas.Il accéda donc à ma demande.Je voulais être le premier à plonger, aussi je me déshabillai en grand vitesse, et bientôt debout sur le plat-bord j'étais prêt.Je fis un grand signe de eroix.selon mon habitude, et les mains jointes en avant je pris mon élan.Mais ce quo je vis me cloua sur place : une forme noire glissait paresseusement entre deux eaux non loin de moi."line torpille, encoreI" pensai-je.Le capitaine l'avait aperçue aussi tôt que moi : "Attends un peu, scout!", dit-il tranquillement.L'ombre se rapprocha, grossit démesurément, puis une nageoire brillante émergea des flots, à vingt-cinq pieds du canot.Tous les occupants de l'embarcation l'aperçurent distinctement.Ivan et Visitatio reprirent leurs vêtements.Un silence de mort se fit dans le groupe.Jim le Roux dit quelque chose d'un ton narquois.Je questionnai des yeux le capitaine."Scrang demande, répondit-il, si les jeunes messieurs ont encore envie de prendre un bain, ou bien s'il faut continuer à ramerï" C'est avec une touchante unanimité que nos trois têtes firent signe que non.("est bien la seule fois que j'ai refusé de prendre un bain ! Le dangereux requin nous tint compagnie pendant un certain temps.Pour lui donner congé, Monsieur Bookie lui envoya une balle de son revolver.Il comprit la suggestion et nous quitta pour îles parages moins malsains pour lui.C'était mon temps de repos.Je me trouvai une bonne place à l'arrière, et je me couchai avec l'intention bien arrêtée île prendre un bon somme.Mais le sommeil refusait de clore mes paupières.L'ombre sinistre passait et repassait devant mes yeux.Je récitai trois Are Maria à Notre-Dame pour la remercier de m'avoir protégé.Ah ! que je me sentais heureux sous sa garde! Je ne regrettais pas de m'être consacré à cette 220 l'abeille bonne Mère et de faire partie de sa Congrégation.Sans trop savoir encore comment je sortirais sauf de cette aventure, j'eus la conviction intime, profonde, que Marie veillait sur son enfant et qu'elle le sauverait.Par une voie inconnue de moi, elle me ramènerait à maman; elle sauverait aussi mon papa, j'en avais la certitude.Quand donc notre monde païen comprendra-t-il la consolation que peut donner, au temps du malheur, une fervente prière à notre bonne Mère du ciel T Avec ces douces pensées, je m'endormis tout de suite.Mais mon estomac torturé par la faim, me remplit l'imagination de scènes des plus beaux naufrages dont j'avais lu le récit ou que j'avais vus représentés sur l'écran.Un sauvenir entre tous m'en est resté.J'avais vu une peinture dans un musée de New-York, celui du Parc Central je crois, représentant le naufrage de la Méduse.Sur un radeau a demi démoli par les vagues, quatre ou cinq passagers, l'oeil hagard, la figure livide, flottent sur une nier agitée.Un homme mort, ballotté par les vagues, gît sur la partie submergée du radeau.Tout près attendant sa proie, un requin émerge de l'eau bleue.C'est lu scène que j'avais dans l'esprit en m'endormant.Vous devinez pourquoi ! Plus rien .jusqu 'à ce que secoué vigoureusement, aspergé copieusement d'eau salée, je m'éveillai aux cris d'Ivan qui hurlait à tue-tête : "La terre I Frank ! la terre ! la terre d'Asie est en vue I" Bientôt — c'est-à-dire une heure plus tard, car entre deux lours de corvée aux rames nous nous étions arrêtés à considérer une espèce de tortue géante flottant à la surface de l'eau — nous distinguions clairement le cône d'une montagne qui se profilait sur l'horizon lointain.Le capitaine calcula que nous serions à terre vers la moitié du deuxième quart."Il veut dire six heures," suggéra Ivan.Comme si je ne comprenais pus les termes nautiques.Nous approchions de plus en plus, et, n'ayant pas à ramer, nous avions le temps de faire des remarques.Dans une barque, il n'y a pits d'autre chose à faire."Regarde donc, Frank, disait Ivan, cette montagne resssemble, n'est-ce pas, au grand nez d'un Juif couché sur le dos." — Non, répliqua Visitaiio, on dirait plutôt la tête d'un cobra.11 y a une colline de cette forme-là dons la région du Khandala, au nord de Bombay." C'était vrai, ce qu'il disait; je devais l'apprendre bientôt.Et des serpents de cette espèce, il y en avait dans l'île, j'en rencontrerais et je constaterais de mes propres yeux l'effet mortel de leur morsure.Rien que d'y penser, j'en tremble de la tête aux pieds. l'abeille 221 Sur les flancs de cette montagne symbolique et à sa base s'étendait une vaste forêt tropicale où croissaient en abondance palmiers et bois de teck.Près de ces rives enchantées, une barrière de brisants semblaient nous interdire l'accès de cet Eden et nulle part le long du rivage n'apparaissaient de maisons, de quais, d'antennes pour le sans-fil, ces choses civilisées (pie pardessus tout nous souhaitions voir.Nous n'étions plus qu'à un demi-mille de l'île.Le soleil couchant illuminait le paysage de reflets dorés, qui lui donnaient l'aspect d'une toile de théâtre.Le capitaine, muni de sa lorgnette, scrutait les abords du rivage.L'anxiété se peignait sur son visage, par les plis qui se formaient autour des yeux et la contraction des mâchoires et des lèvres.11 est clair qu'il se posait un problème dont il ne trouvait pas la solution.Ave/vous examiné les figures des élèves pendant les compositions, quand les questions sont difficiles ?On y lit bien des choses.Finalement, il trouva la réponse, car la figure reprit, son expression calme et confiante et les jumelles retombèrent sur la poitrine : "Mes amis, dit-il, en s'assoyant, il y a un banc de corail qui nous barre le passage.J'ai cherché un chenal pour 222 l'abeille passer, je crois l'avoir trouvé.Mais je tiens à vous avertir que nous ne nous en tirerons pas sans peine.Notre embarcation peut sombrer dans ces brisants.Toi, Gaze, tu nages comme un poisson.Ivan, tu ferais mieux de mettre un ceinture de sauvetage, car ici tu n'es pas dans la baignoire du Khandala.Il indiqua une ceinture au fond du canot.!-îi, par malheur nous chavirions en traversant les brisants, tâche de fermer la bouche afin de ne pas avaler d'eau.Frank t'aidera à gagner le rivage.Je m'occuperai de Visitatio qui ne sait pas nager.Laissez-vous aller au gré des vagues, afin de ne pas vous fatiguer inutilement, et surtout ne perdez pas la tête.Je ferai tout en mon pouvoir pour maintenir la barque à flot, mais je vous dis cela pour que vous soyez prêts à toute éventualité.Ivan murmura à mon oreille pendant que je lui attachai la ceinture de sauvetage : "Penses-tu, Frank, qu'il y a des requins ici aussi?" Je le rassurai : "Non, Ivan, les requins sont des paresseux, ils aiment à se tenir dans l'eau tranquille, aussi ne viennent-ils pas parmi les brisants où ils seraient forcés de nager." Je ne mentais pas.Je l'avais entendu dire à une dame, qui avait fait le tour du monde, et qui donnait une conférence.Elle devait savoir, je suppose.Le capitaine distribua les rôles : les enfants assis sur le siège d'arrière, les quatre lascars aux rames, lui en avant pour surveiller la passe.Les matelots ramenèrent la proue tournée vers l'île, et le périlleux voyage commença.A la poupe, nous avions une position idéale pour contempler le panorama.Au premier plan, les brisants, blancs d'écume; an delà, une plage sableuse parsemée de rochers rougeâtres, puis une forêt très dense do palmiers, de manguiers et d'autres arbres tropicaux entourant la montagne centrale qui s'élevait à un demi-mille de nous, couronné de ce rocher grisâtre que Visitatio appelait le cobra.Je remarquai que Visitatio murmurait une prière, et vite j'envoyai un appel à mon ange gardien, car des brisants sont des brisants, et une embarcation s'y trouve mal à l'aise.Le bruit des lames qui nous avait semblé agréable à distance était devenu assourdissant.On aurait dit que la mer était furieuse.Quittant les grandes vagues, nous entrons dans les remous et tout de suite nous nous sentons à la merci d'un géant, comme l'enfant dont la main serait serrée dans celle d'un champion poids-lourd.Point n'était besoin de nous dire : "Tenez bon, les gars 1" nous suivions les meilleures traditions de la tribu des sangsues. l'abeille 223 lialliii tie droite à gauche, île bas en haut, nous ne savions plus trop où nous en étions; ciel et eau se confondaient.Une fois.Une lame furieuse me décolla du siège; je bondis dans l'espace.Ma tête cogna.Je crus que c'était la voûte du ciel bleu que je défonçais, car je n'avais pas remarqué d'autre obstacle moins élevé.Heureusement, je n'étais pas rendu si loin.C'était l'oreille droite d'Ivan que j'avais rencontrée.11 avait pris son vol en sens contraire et nos deux têtes s'étaient eiilrc-choquces.Mon oncle Vincent opère une machine à Coney, qu'on appelle la dance de Virginie.C'est un petit wagon circulaire qui descend une pente rapide en changeant fréquemment de direction.Je vous assure que cette descente agitée me paraissait calme a côté de la danse sur les brisants dans le canot du Khandala.Les pauvres lascars ramaient activement d'après les commandements brefs du capitaine.Monsieur Bookie n'avait plus sa première pose de Washington traversant la Delaware : il s'accrochait au plat-bord de toutes ses forces et recevait, fréquemment des paquets de mer en pleine figure.Quand à moi, avec ces vagues arrivant de tous côtés, je n'avais de sec «pie mon chandail, mes souliers et ma montre que j'avais déposés, dans le tiroir étanche.Mais après le bain de soleil brûlant de l'après-midi, c'était plutôt agréable et je ne me plaignais pas.«T'en aurais peut-être ri à la longue, si le malheur n'était pas arrivé droit comme une balle lancée au premier but pour terminer la partie.Nous arrivions juste au milieu de la passe et tout allait assez bien, quoique la barque dansât comme un cheval indompté.Au moment où nous espérions atteindre l'eau calme sans avarie notable, une vague énorme cassa les rames de Jim et de Rama et les laissa impuissants, le manche en mains.En bons matelots, ils ne perdirent pas l'équilibre; mais comme c'étaient les deux rameurs de bâbord, le canot, livré à la merci des flots, vira vers le récif.Une autre vague nous ensevelit sous un déluge d'eau.Je criai à mes deux petits eamarades de tenir bon; je me cramponnai moi-même au siège avec l'énergie du désespoir.J'ouvris les yeux et je vis à travers l'eau qui ruisselait de ma tête, deux de nos lascars soulevés de leurs bancs comme des fétus de paille et lancés à la mer.L'embarcation frappa le récif, une fois, deux fois, trois fois.Tout était perdu, lie capitaine, d'un bond, sauta près de nous, saisit Visitai m et se précipita dans les vagues en criant.Je n'entendis pas ses pa roles, mais son geste m'indiquait la consigne.Je fis un signe à Ivan de fermer la bouche.Il me regarda avec de grands yeux effarés pendant deux secondes, puis les vagues nous couvrirent. 224 I j'ABEILLE Je revins vite à la surface tenant, mon homme d'une main ferme, et je nageai vers la rive à travers les vagues les plus furieuses que j'ai jamais vues de ma vie.La figure du pauvre Ivan était blanche comme un drap, sauf le front où une lars?" coupure laissait échapper un filet tie sang que l'eau effaçait vite.J'étais content de n'avoir que mon habit de bain et je nageais suns trop de difficulté, me laissant aller au gré des vagues selon le conseil de mon chef.Je frappai le corail du pied et je dus me faire une coupure car je sentais un engourdissement au gros orteil.Mais je retombai vite en eau profonde, alors je continuai à progresser en nageant d'une main.J'eus le malheur d'ouvrir la bouche et j'avalai une gorgée d'eau qui faillit m'étouffer.J'étais épuisé et j'avais envie de lâcher Ivan qui ne remuait plus, mais je me souvins de ma promesse au capitaine cl de mon titre de scout, aussi je tins bon.Je nageais avec énergie quand je reçus un coup vigoureux par derrière, connue si un joueur du camp ennemi m'avait bouté dans une partie de rugby.J'en perdis la respiration.La remarque de mon petit compagnon : "Y a-t-il des requins par là, Frank!" me revint à la mémoire, et je me crus perdu.Ma pensée se tourna vers le ciel et je murmurai avec ferveur : "Cœur sacré de Jésus, j'ai confiance en vous !" Je crois que c'est la meilleure prière à dire quand on va rencontrer son Juge.Qu'en pensez-vous î A ce moment, une autre vague me souleva et me jeta dans un bassin d'eau plus tranquille, puis se retira en glissant sur le fond garni de coraux.Une seconde plus tard, ou peut-être un jour, que sais-je, je n 'avais plus guère la notion du temps et des choses, me:; pieds touchèrent un fond de sable et.je partis en boitant, tombant parfois, me relevant ensuite, luttant toujours, dans l'eau jusqu'à la ceinture, traînant à la remorque le pauvre Ivan évanoui.J'étais content de ne pas l'avoir abandonné.J 'étais fourbu, mais je marchais quand même, dominant ma faiblesse, pour mettre en sûreté le petit corps inerte et sanglant que j'avais sauvé des eaux.Je n'ai pas souvenance d'autre chose.Je dus m'évanouir, car lorsque je revins à moi, Jim me frictionnait vigoureusement, et près de nous le capitaine faisait la même opération sur mon petit compagnon.Jim, voyant que j'étais mieux me quitta pour vaquer au plus pressé.Je me sentais faible, la tête me tournait comme une meule de moulin, et je ne savais trop si le bruit des vagues qui me sonnait dans les oreilles -venait de mon cerveau ou du rivage.Je restais là étendu sans force. i.miii::.225 Après mu- ili/.iiinr de minutes je seul is la faim me tenailler de nouveau l'eslomue.un peu de force me revint, et regardant autour de moi j'aperçus les eorps de deux lasears étendus sans vie sur le sable.Je devinai que les vagues les avaient broyée sur les réeifs puis les avaient rejetés sur le rivage.Les sir survivant» maïujcrenl avec appétit.Ivan reprenait vie.Couché sur le bras du capitaine, il toussait vigoureusement dans un effort suprême pour débarrasser son système de l'eau de mer qu'il avait ingurgitée.V'isitatio et Kama en compagnie du grand Jim, tiraient la chaloupe ail rivage.Je devrais plutôt dire, ce qui restait de la chaloupe, ear l'avant avait divorcé d'avec l'arrière dans la bataille avec les éléments.Il était clair que l'embarcation ne prendrait plus la mer ; elle était bonne tout au plus à figurer dans un musée.Le capitaine, nie voyant revenu à moi, me cria : "Mon bon scout, je suis content de toi : tu as tenu en vrai bulldog.Si notre ami Ivan avait su fermer son dalot comme je le lui avait recommandé, il aurait joui de son bain forcé.Viens voir 22fi l'abeille le bel n-uf-de-pigeon qui est en train de se former au-dessus (lé son ceil gauche.Il vient de nie dire que la chaloupe lui a envoyé un coup de pied dans la figure.Ji' me levai doucement et allai voir.Je ne me pensais pas si faible.Devant mes yeux, les palmiers et les manguiers de la forêt semblaient danser une sarabande, le sable ondulait comme dans un tremblement de terre.Le capitaine me voyant prêt de tomber, accourut à ma rencontre et me prenant par la main, me conduisit près de mon compagnon.Ivan sourit faiblement et prit une de mes mains : "Frank, mon bon Frank!." Je l'arrêtai tout ému : "Ce n'est rien, Ivan, n'en parlons plus." Visitatio arrivait à la course nous annoncer que les provisions étaient sauvées; je vous assure que cette nouvelle nous donna du courage."Serang, cria le capitaine, servez-vous un repas royal ! Mes bons amis, continua-t-il en riant, nous allons faire fête ici sur notre plage privée, puis nous chercherons un bon gîte pour la nuit, afin d'enlever toute fatigue.Demain nous serons tous frais et dispos." Les six survivants assis en eerc'c autour des provisions de biscuits, de conserve, de thé de bœuf, mangèrent avec appétit, ("était bon.J'étais à bout de forces, mais j'avais faim et je mangeais comme un loup.Mais .vous en auriez fait autant à ma place, je parie.(A suivre.) Neil Boyton, S.J."By kind prrmiiaion of Benxiger Brother*, New York, holders ol Copyright 1922".Signalez "L'Abeille" à vos amis Les abonnés qui sont satisfaits de la revue nous rendraient un grand service en recrutant un nouvel abonné.Avec plus de ressources, on pourrait enjoliver encore la revue, et en conserver tout l'espace pour les lectures, en n'y insérant pas d'annonces.BVIle élreiine à offrir, renouvelée chaque mois de l'année : c'est d'abonner nu ami à l'une des publications suivantes : L'ABEILLE, abonnement $1.00.LE MESSAGE!! DE MARIE -, HEINE DES CŒUHS, Lb.$0.50.E.V., * 0.00.L'APOTRE DE STE THERESE, J On peut prendre un abonnement à ces revues en s'adressant a L'AREILl.E, I.APRA1RIE, P.Q. LE DIABLE ET LE PETIT GARÇON Qi'iUS que deux jours, se dit-il le lendemain matin, en reprenant son voyage.Dix heures de marche, quatre heures de halte, cela me fait, pour aujourd'hui seulement, quatorze heures de vigilance.C'est long !" Et il soupira.Tout s'était bien liasse, pourtant, pendant les trois quarts de l'étape.Le soleil brillait, les alouettes chantaient, les papillons dansaient, les blés ondulaient à la brise, les bleuets et les coquelicots rivalisaient d'éclat et de coquetterie.Ah ! la belle journée et comment la colère eût-elle pu se loger en un creur épanoui par toutes ces merveilles 1 Vers le milieu de l'après-midi.Jean aperçut, en haut d'une côte qu'il était en train de gravir, une colossale statue de saint Christophe."Attention ! se dit-il, en ramassant par terre un gros caillou.Que l'expérience des autres jours me Rerve ! Saint Christophe, qui était un géant, va, sans aucun doute, lui aussi se moquer de nia petite taille.Grâce à ce caillou, je demeurerai quelque temps sans lui répondre, tout le temps qu'il faudra pour que mon sang puisse se calmer." — Bonjour, saint Christophe ! dit-il quand il fut près de la statue.Je vois qu'il n'est pas besoin de te fleurir, car tu as une belle gerbe de fleurs.Mais celui qui t'a fait ce cadeau aurait bien pu enlever la toile d'araignée que tu as sous le bras.Il monta sur le socle, enleva la toile d'araignée du bout de son bâton puis, s'agenouillant, fit une bonne prière.— Merci, mon enfant, dit saint Christophe, mais où donc t'en vas-tu comme ça t "Nous y voilà ! prenons garde !." dit Jean tout bas: puis, tout haut : — Je vais dans l'enfer battre le Diable ! Et vite, il se mit le caillou dans la bouche.— Battre le Diable ! dit saint Christophe.Il y faudrait des bras autrement vigoureux que les tiens I Serais-tu seulement capable de briser en deux ton bâton t 228 i.'abeim.r Jean n'avait pas prévu cette attaque.Aussi le trouva-i-ellc désarmé.Il cracha le caillou
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