L'abeille /, 1 janvier 1941, février 1941
If6vue mensuelle Jeia Jeunesse LES FRERES DE L'INSTRUCTION CHRETIENNE, LAPRAIRIE, P.Q. SCENES DE III/ NCUS A A A^A A A A A A A A A L'ABEILLE Paraît tous les mois, juillet et août exceptés.Elle a reçu une bénédiction spéciale de S.S.Pie XI.Publiée avec l'autorisation de Son Exc.Mgr l'Evêque de St-Jean, et la permission des Supérieurs.Les abonnés ont part aux prières et aux messes offertes à l'intention de nos bienfaiteurs.Abonnement annuel: $0.75; avec prime : $1.00—Dix numéros à la même adresse: $4.50, DIRECTEUR : Frère Util AIN-M A RIE, Laprairle, P.Q. LUMIERE ET VIE (Courtoisie de "La Famille".) Présenté au Temple.Jésus s'offre à Dieu.La Chandeleur iête Jésus, Lumière du monde.Aussitôt habillé.Paul fait sa prière.H offre ses souffrances au bon Dieu. QUE SERT fl L'HOfïïïïlE.?Fin septembre Quelle splendide journée d'automne! Un beau soleil achève de mûrir les derniers fruits.Regardez-moi ces grands chênes devenus tout dorés, les grands érables rouges, tout près.C'est vrai qu'ils les perdront ces feuilles, mais en attendant, sont-elles belles un peu, et le temps, donc?Ne dirait-on pas que la nature se fait plus câline ou plus jolie, avant son changement de décor?Ça va venir vite maintenant.Une histoire vraie Mil neuf cent vingt-X.Dans un pensionnat des bords du Saint-Laurent, un gros garçon de quinze ans vient de commencer la dernière année de son cours.Inutile de songer à lui pour le sacerdoce ou la vie religieuse.Sa carrière est toute choisie : — Gros cultivateur et laitier comme Papa ! L'on était si bien à la maison durant les vacances, qu'il lui en a coûté beaucoup de revenir à l'école.Lorsqu'il fait si beau dehors, s'enfermer dans une classe, n'est-ce pas péché?— Ah! soupire-t-il, si elle peut enfin finir cette dernière année scolaire?Oui, c'est la dernière, Papa l'a promis.Par bonheur, il y a les récréations.Comme cela fait du bien de bondir, de s'ébattre sans plus songer à la maison paternelle, tout là-bas.Mais déjà la cloche sonne : — Ciel ! qu'elles passent donc vite les récréations! Ah! sont-elles heureuses les hirondelles ! Sont-ils chanceux les papillons ! Mais non, c'est le bon Dieu qui commande : en classe, mon vieux! L'heure du "Petit sermon Depuis quelque temps, le professeur entretient ses élèves sur la vocation.Il aborde, ce matin, la mission du Frère Enseignant.— Ça, pense notre ami, ce n'est pas pour moi ! Tout de même, ça promet d'être intéressant : une histoire! On ne perd rien à bien écouter.(Photo: F.Patrice) "C'est aujourd'hui grande fête au paradis, commence le maître.Saint Pierre, qui s'encadre dans la porte d'or, est tout souriant, car voici que s'avance — tout doucement — un humble Frère.Son nom?Son pays?Peu importe! C'est un Frère Enseignant ! — Toi, je te connais ; tu étais un pêcheur comme moi.— Non pas, bon saint Pierre ; je tâchais seulement de bien faire le catéchisme.— Tu péchais de petits poissons : c'est moins encourageant que les gros, voilà tout.Comme moi, tu as tout quitté quand Jésus a dit : VIENS ET SUIS-MOI.Tu as donc droit à ma récompense.— Y pensez-vous, saint apôtre?Y pensez-vous ?Vous êtes mort martyr, vous ; et moi, je viens de m'éteindre clans mon lit.— Tu es mort religieux ; tu as persévéré, cela compte ici.CELUI QUI AURA PERSEVERE JUSQU'A LA FIN SERA SAUVE.C'est la loi.Voyons pourtant ton MEMORIAL.— 121 — Belle carrière Baptisé dès sa naissance.Première communion très fervente.Vocation suivie dès le jeune âge, et sans retard.Quarante ans d'enseignement.Une infinité de bons exemples.Trois heures au moins d'exercices spirituels quotidiens.Une sainte retraite chaque année.— Très bien ! très bien ! Voyons aussi les manquements : A dormi à l'oraison.— Et moi, donc, au jardin des Oliviers?Je venais de faire ma première communion, cependant.S'est fâché en classe, assez souvent.— Je comprends, avec ces petits-là qui remuent toujours.Je les ai vus autour de Jésus : Insupportables! Et passer quarante ans avec eux?C'est magnifique! Triple couronne Mais déjà, le Roi des cieux avait envoyé saint Michel, cet archange qui préside à la réception des grands saints, et lui avait dit de déposer sur le front du Frère une TRIPLE couronne : La couronne des VIERGES ; celle des officiers qui suivent toujours le souverain ; La couronne des DOCTEURS, pour avoir enseigné la SAGESSE aux âmes simples en la mettant à leur portée.La couronne des MARTYRS : la consécration religieuse n'èst-elle pas un long martyre?Pendant ce temps, des chefs d'Etat, des grands de la terre s'étonnaient de voir le nouveau venu monter, monter encore.jusqu'aux bienheureux fondateurs des Instituts religieux qui, entourés de milliers de Disciples, entonnèrent le TE DEUM des jours les plus solennels.Et Jésus, le Christ-Roi, de clore la cérémonie par ces mots : — Ceux qui en auront enseigné plusieurs brilleront comme des étoiles dans les perpétuelles éternités !" — C'est beau, tout de même, songe notre grand garçon !.Et dire que ce ne sera pas pour moi !.Enfin, chacun sa vocation .A l'ombre des érables .Sur la cour de récréation, le professeur cherche discrètement à se renseigner, pre- nant à part l'un ou l'autre de ses meilleurs élèves pour causer vocation.Jusqu'ici, les essais ne paraissent pas avoir été fructueux, si l'on en juge par les conversations des élèves : — Dis donc, Paul, pourquoi le Frère t'a-t-il appelé, tout à l'heure?Tu avais la tête basse.— Imagine-toi ; c'était pour me parler de ma.vocation ! — Et puis?Tu pars la semaine prochaine pour le Juvénat?— Si tu ne veux pas attraper une claque, tu ferais mieux de te pousser; pour qui me prends-tu ?Ce soir, viendra le tour de notre homme de se faire.appeler! Vous comprenez que ça ne lui sourit pas beaucoup.— Venez donc ici quelques minutes, interpelle le surveillant qui ne se doute de rien.J'aurais quelque chose à .C'est inutile — Oui, oui, je sais bien ce que vous avez à me dire ; c'est parfaitement inutile.D'ailleurs, la partie de balle commence et l'on réclame mes services.Non, mais.en a-t-il du toupet le Frère, gronde notre ami, tout en rejoignant ses copains de jeux.Moi, qui n'aime plus l'école et les livres ; moi, qui brûle de retourner chez nous; moi, enfin.venir me demander pour.Ah! perd-il le nord, mon professeur?Il ne perd pas le nord, ton maître, mon cher ami.Bien plus, — ce qui va te surprendre, peut-être, — il ne se décourage pas.Il va prier, se mortifier.car il a découvert que, chez toi, il y a de l'étoffe.Tu te glorifies de compter plusieurs religieuses parmi tes tantes, n'est-ce pas?Eh bien! il ira jusqu'à leur écrire pour demander une attaque de prières et de sacrifices.En attendant, toi, tu peux aller jouer en paix.Novembre est venu .Novembre! Vive réaction chez tous les êtres.Le corps grelotte ; l'âme se recueille, silencieuse.L'oiseau n'a plus le cœur à chanter, et les pensionnaires donc!.Au lieu du riant manteau vert, Le bois vêt sa sombre parure.Tout, en effet, semble mourir Dans une muette agonie.— 122 — Pour nous, c'est la grande leçon Qui nous rappelle que tout passe, Que chaque jour, nous avançons Vers la mort qui point ne fait grâce.C'est dimanche, et le sermon se donne au cimetière ce jour-là.Deux par deux, en silence, les élèves du pensionnat se dirigent à pas comptés vers le champ du repos.Une foule compacte les suit, qui égrenne ses Ave ou psalmodie le De Profundis pour l'éternel bonheur de ceux qui dorment tout là-bas."C'est la fête des morts! Les tombes refleuries Ont des airs de bonheur paisible et triomphant.Mais écoutez! des voix sonnent, graves et fortes : A genoux! A genoux! pour les défunts prions! Prions! Quand nous serons près d'eux dans la poussière, Un chrétien, en passant, se souviendra de nous." "Que sert à l'homme .?" De sa voix grave, M.le Curé commence son allocution : — QUE SERT A L'HOMME DE GAGNER L'UNIVERS, s'il vient à perdre son âme?Tiens, qu'est-ce que ça veut dire?Notre jeune homme la connaît depuis longtemps cette fameuse sentence, pour l'avoir apprise dans son catéchisme; mais aujourd'hui, là, sur ces tombes, ce n'est plus la même chose.Et puis, tout au cours du sermon, toujours le même refrain : QUE SERT A L'HOMME.?Voici qu'il n'écoute plus les sublimes considérations de M.le Curé; une seule parole lui a suffi."C'est donc vrai que je mour- rai, pense-t-il ; et si.Ah ! mais c'est affreux d'y songer !.Et pour finir?Toute la semaine qui suit, il est, en classe, d'une "platitude" déconcertante.Plus rien ne l'intéresse; une seule pensée l'obsède : Quelle est ma vocation?Un bon soir, n'y tenant plus, il aborde son professeur : — L'autre jour, j'ai refusé net de causer avec vous, sachant fort bien ce dont il s'agissait.Mais aujourd'hui, je ne suis plus le même.Je veux être FRERE de l'Instruction chrétienne, pour apprendre à plusieurs cette simple mais sublime parole : QUE SERT A L'HOMME.?— Quand part-on?— J'aurai seize ans le 26 de ce mois; il me plairait d'entrer au Juvénat ce jour-là même.— C'est entendu! Et maintenant, allons remercier Dieu de son éclatante victoire !.Aujourd'hui encore Il y a de cela plusieurs années déjà.Mais ce n'est jamais sans une profonde émotion, qu'au matin du 26 novembre, chaque année, le F.X., — notre héros, — intitule sa pensée morale ou "petit sermon" : QUE SERT A L'HOMME DE GAGNER L'UNIVERS S'IL VIENT A PERDRE SON AME?Michel ST-HENRI.Grands amis de "L'Abeille" à l'école du Fort-Neuf, Lapralrle.— 123 — (Photo: F.Patrice). LE GATEAU DES ROIS C'était au neuvième siècle, la fête des rois dans une chaumière du pays de Galles.La neige tombait à gros flocons, le vent soufflait avec violence.Tout le monde se rapprochait du foyer en songeant à ceux qui, cette nuit-là, sans asile et sans pain, erraient dans les hameaux en quête de la part à Dieu.Car, les pauvres avaient leur part du gâteau de famille.Dans la chaumière d'Olgard le laboureur, Edvitha, sa pieuse et douce enfant, allait et venait avec sa grâce habituelle pour préparer le repas du soir.Quand tout fut prêt, Olgard s'assit à la table, découpa le gâteau et mit la part à Dieu de côté.A ce moment on heurta à la porte.— Qui est là?dit Olgard.Et un pauvre, les vêtements couverts de neige, les membres raidis de froid, entra péniblement, soutenu par Edvitha, qui avait couru à sa rencontre.Le maître se leva, et désignant un siège au bout de la table : — Ami, votre place : les pauvres sont les bienvenus dans ma demeure.— Merci, maître; Jésus et Marie vous le rendent ! murmura le visiteur avec émotion.Il prit sa part du gâteau et le mangea avec appétit.Olgard, Edvitha, les serviteurs en firent autant de leur côté.Mais, tout en mangeant, chacun se demandait : — Qui sera roi, ce soir?Tout à coup l'étranger s'arrête, et souriant à ses hôtes : — Voici la fève I — Vous êtes roi, lui dit-on en choeur.— Pauvre roi I s'écria Edvitha, je vous demande une part de votre royauté.— Je vous donne mon royaume.— Bravo, roi généreux 1 réplique Olgard en riant.— Vous serez ma reine, continua le pauvre en s'adressant à la jeune fille, je vous donne mon sceptre.— C'est bien ! Mais alors, mon roi, puisque je suis reine, je me dois à vos besoins.Vos vêtements sont en lambeaux, je veux les renouveler.Voici une fourrure qui vous garantira du froid et de la neige.Votre chaussure est usée, en voilà une autre plus neuve.Et puis votre escarcelle est sans doute légère, je vous donne la mienne de grand cœur." II Ainsi parla la douce et généreuse enfant, et ce qui fut dit fut fait.Le pauvre de plus en plus ému, remercia timidement; mais des larmes de reconnaissance brillaient dans ses yeux.— 124 — Olgard gronda doucement et en secret sa fille de tant de générosité.Mais elle était si radieuse, la petite Edvitha, que son père finit par la féliciter.On passa donc une soirée délicieuse dans la vieille cabane du pays de Galles.Et toutes les fois que l'étranger portait la coupe rustique à ses lèvres, Olgard répétait, suivant l'usage : — Le roi boit ! A la santé du roi ! Le matin le pauvre avait disparu.Mais bientôt d'étonnantes nouvelles coururent dans la contrée.On disait : Le roi Alfred, que les Danois avaient chassé de son trône, vient, avec ses fidèles soldats, de rencontrer l'envahisseur dans la forêt de Selwood et l'a complètement défait.Le roi Alfred, affirmait-on encore, après avoir longtemps erré de chaumière en chaumière, avait pénétré dans le camp des Scandinaves.Là, sous un déguisement de barde, il s'était appliqué à étudier leurs forces et leurs positions, et avait profité de leur désordre pour livrer cette décisive bataille.C'était la vérité.Or, un jour des équipages brillants s'arrêtèrent à la porte de la cabane d'Olgard.Un guerrier couvert d'une armure resplendissante, entra joyeusement et dit, en montrant les vêtements pauvres que portait un officier de sa suite : — Reconnaissez-vous ceci ?—Oui, repartit Edvitha.— Eh bien ! je suis le mendiant à qui vous les avez donnés.Vous avez eu pitié de mon infortune.Vous m'avez sacré roi.Un ange de vertu et de bonté à bien voulu se nommer ma reine; je viens réclamer l'exécution de cette promesse, car je suis véritablement roi et je veux qu'elle soit reine ! Tout le monde s'inclina; c'était le roi; c'était Alfred le Grand.Edvitha devint reine et elle fut heureuse.Les chroniques ajoutent que la maison d'Olgard fut changée en un temple saint, où chaque année le roi et la reine faisaient un pèlerinage pieux en l'honneur de lésus et de Marie.Lecteurs chrétiens, au saint jour de l'Epiphanie, le Gâteau des Rois occupe sans doute une large et belle place sur votre table de famille.Mangez-le dans la joie; mais n'oubliez pas la part des pauvres : la part de Dieu ! Qui donne aux pauvres, prête à Dieu.Petit Messager Il faut y penser.Parmi les problèmes importants de la vie, celui de l'orientation est au premier plan.¦ Il est peut-être l'un de ceux qu'on règle le plus à la légère.Sous la rubrique Vocation nous entendons ici aider et éclairer ceux qui cherchent leur voie.Il y a des gens qui s'imaginent qu'à force de ne pas penser à un problème ou à une difficulté, le problème ou la difficulté finissent par disparaître, comme si les précipices cessaient de longer les routes de la Gaspésie, du fait que l'automobiliste refuse d'y songer.Qu'on veuille ou qu'on refuse de les envisager, le problème du salut éternel comme le problème de la vocation, qui est intimement lié au premier, ne perdent rien de leur importance et il n'est jamais trop tôt pour commencer de les envisager sérieusement.— Mais je n'ai que seize ans, quatorze ans, douze ans et vous voulez que je pense à ma vocation ?— Tu dis bien.Je veux que tu penses à ta vocation.Plus tard seulement viendra l'heure de prendre une décision qui engage ta vie.Pour le moment je veux que tu penses, que tu réfléchisses, que tu ne t'en ailles pas dans la vie sans but, sans dessein, sans désir, sans idéal, sans savoir où tu vas, vers quel but tu t'achemines .un peu comme le campagnard qui arrive en ville, qui se laisse attirer par toutes les rues, tous les bruits, toutes les vitrines, toutes les lumières et qui finit par oublier ce qu'il est venu faire en ville et qui s'engouffre dans la première rue qui se présente, dans la voie la plus facile, sans se demander si cette route est la bonne.S'il y était déjà, enlève de ton esprit ce préjugé que toutes les voies sont également bonnes pour parvenir au ciel, et si Dieu a pris la peine de te choisir une voie unique, il est peut-être légitime que toi, tu te donnes la peine de chercher cette voie, que tu fasses quelques efforts pour découvrir ta route à toi, ton chemin à toi, ta vocation à toi.Pas le droit de s'en aller dans la vie les yeux fermés.— 125 — Tu vas donc cesser de t'en aller à l'aveugle.Tu n'es pas une étoile qui nie fatalement sa course poussée ou attirée par une force qui te mène malgré toi dans un chemin choisi d'avance.Tu n'es pas un aéroplane blessé qui choisit le chemin le plus court pour venir se fracasser sur la terre impitoyable.Tu n'es plus un bébé de sept ans pour qui l'on est obligé de penser et de vouloir.Tu n'es pas un somnambule qui ne voit rien du monde réel et qui ne cherche qu'à réaliser le rêve fou que lui suggère son magina-tion.Non, tu es une personne responsable, c'est-à-dire une personne qui devra répondre de ses actes, à qui l'on demandera compte de ses actes.Eh bien ! une personne responsable, une personne qui doit répondre doit aussi s'habituer à penser.Une réponse donnée sans réflexion engendre une sottise.Parce que tu dois répondre des grâces de Dieu tu vas donc penser; parce que tu dois faire à Dieu un jour la réponse que Dieu attend de toi, tu vas penser à ta vocation.Autrement tu ferais la sottise de ta vie, sottise qui serait peut-être éternellement irréparable.— Mais quand donc penser à ma vocation.— Mais toujours, pauvre enfant, sans jamais pourtant te donner mal à la tête.Comme tu penses toujours à regarder à droite et à gauche avant de traverser la rue, comme tu penses à prendre tes trois repas et à te coucher le soir.Quand un homme part pour Québec il ne pense pas toujours à la citadelle ou à l'hôtel Frontenac et pourtant l'on peut dire que pas un instant il n'oublie qu'il s'en va à Québec.Il ne lui vient pas à l'idée de descendre parce que le conducteur du train annonce les différentes gares.De même le chrétien qui s'en va au ciel.Il ne pense pas toujours actuellement au ciel et d'une certaine façon il ne cesse pas d'y penser.Qu'on lui annonce toutes sortes de gares où l'on peut s'amuser, il ne pense même pas à s'y arrêter, parce que sa destination c'est le ciel.Ainsi pour ta vocation.Sans y penser toujours actuellement tu te fais chaque jour à l'idée que c'est ton devoir de prendre un jour le chemin que Dieu te montrera.Sans connaître encore ce chemin dans le détail tu l'acceptes d'avance et tu l'aimes parce que c'est pour toi le chemin du ciel.Ton premier devoir c'est donc de penser à ta vocation.Et si tu y penses de la façon que je viens de te dire, il est impossible que tu ne pries pas pour ta vocation: c'est ton deuxième devoir.le petit gâs qui sait grimper, sauter, recevoir des coups un petit gâs pas cassant, un petit gâs de bouts de corde, de couteaux à ressorts, de bretelles cassées .etc.UN VRAI PETIT GAS.digne de porter ce nom-'à, .ni catin ni fillette un petit gâs qui peut avoir les joues et les mains sales des fois mais qui a le cœur toujours net un petit gâs qui sait faire un sacrifice sans broncher sans grimacer sans sauter croche et qui ne se doute pas qu'il est beau à voir un petit gâs qui trouve ça bon vivre et qui est décidé à vivre OUI, à rester VIVANT de corps et d'âme.UN PETIT GAS COMME ÇA .c'est l'étoffe dans laquelle l'avenir taillera des hommes l'église taillera ses soldats le ciel taillera des saints .oui, mais de vrais saints .pas des saints à capuchons pas des saints flanqués sur une corniche comme on s'imagine les saints trop souvent .mais des saints en culotte qui mangent qui boivent qui parlent qui rient qui s'amusent parce qu'ils trouvent le «« JOUG DU SEIGNEUR LÉGER »» .des petits gâs qui sont des saints parce qu'ils savent marcher sans broncher dans le sillage du Christ dans la barque de Pierre qui reste et restera toujours la plus sûre des embarcations.Vogue, vogue, mon bateau IN CHRISTO GRAND-NORD.— 126 A propos de la barque de St Pierre.Un bateau Ça, c'est un bateau sur le bord de l'eau Ça, c'est le bateau que j'aime solidement amarré dans le port car ça me fait penser.les vagues clapotent sur les quais tout au petit gâs que j'aime !.alentour et le font balancer molle- Le petit gâs que j'aime ment ce n'est pas le petit gâs ancré à son la fumée s'échappe en tourbillonnant matelas ou à son lit de plume de ses cheminées géantes ce n'est pas le petit gâs chocolat qui le titan aux flancs blindés se repose n'a pas encore désappris l'usage du en rêvassant aux limites de la plaine biberon liquide ce n'est pas le petit gâs mielleux qui HHHHHein !.ça c'est du canevas qui distribue les sourires à ceux qui e va se changer bientôt en la plus flattent grandiose des descriptions.ce n'est même pas le petit gâs «« dévo- — Qu'en penses-tu ?.tionneux »», le petit gâs statue qui — Rien .mais rien du tout .sait prier longtemps sans bouger sinon que je fais la grimace d'avance Ah.le petit gâs que j'aime parce que .pour moi .TU VEUX LE CONNAÎTRE?.UN BATEAU A L'ANCRE.J'aime le petit gâs.je n'aime pas ça.qui me regarde avec des yeux, de beaux — Tu aimes, alors ?.yeux reluisants, des yeux toujours — Ce que j'aime ?.propres même quand il y a un peu C'est un bateau en pleine mer de barbouillage autour.i dans les vagues qui le secouent J'aime le petit gâs l'inondent d'écume qui pleure de bon cœur, sans détour, le font tanguer le petit gâs qui sait avoir des joies et craquer des peines profondes balloter le petit gâs qui sait dire : « JE VEUX » un bateau qui lutte quand bien même il veut quelque qui avance malgré la rafale chose que je n'aime pas en remplissant les airs de la fumée le petit gâs qui sait se décider épaisse qui s'échappe de ses le petit gâs qui sait choisir ses jeux, poumons d'acier.et joue avec entrain (Suite à la page précédente.) — 127 — Des surveillants.Pour se consoler de vivre sous la surveillance paternelle de leurs parents et de leurs maîtres, les jeunes écoliers et éco-lières auront profit à lire les lignes suivantes.L'ouvrier allemand et son camarade des territoires occupés par le Ille Reich dans toute l'Europe vivent dans une atmosphère singulièrement déprimante.On les es- Eionne et on les surespionne sans cesse, 'autorité mobilise pour eux un grand nombre de surveillants dont le rôle est non seulement d'empêcher les critiques du ré- E'me à l'usine, de prévenir les grèves et s sabotages que l'on redoute dans la grande Allemagne plus que partout ailleurs, mais aussi de signaler les moindres défaillances dans la production, établie selon un principe rigide où l'homme n'a plus que la valeur d'un obéissant et servile automate.C'est le dramaturge américain Robert Emmet Sherwood qui disait, en août dernier, dans une causerie radio-phonique prononcée au programme canadien « Soyons réalistes », que pour cent ouvriers au travail, le Reich doit affecter quarante policiers pour voir à ce que le travail des ouvriers s'effectue sans récrimination et sans mauvais esprit, et, de plus, vingt SA.ou membres des troupes de choc pour forcer les quarante policiers à faire proprement leur besogne d'espionnage et, au premier échelon de cette sinistre échelle de mouchardage, douze agents secrets qui doivent faire un rapport circonstancié sur la façon dont les vingt SA.s'acquittent de leur tâche.Voilà soixante-douze individus sur pied dans le seul but d'exercer leur contrainte sur un petit groupe de prolétaires.Ce qui revient à dire que pour donner le même rendement que donnent cent ouvriers dans un pays libre, il faut, sous le régime nazi faire appel à cent soixante-douze individus, j Impressions de jeunes réfugiés.LE CANADA, s'inspirant lui-même du NEW-YORK TIME MAGAZINE, compilait récemment les impressions de jeunes réfugiés anglais arrivés depuis quelques temps en Amérique.« C'est très drôle, ditTun, ren Angleterre nous employons l'expression < nous dépêcher ».Mais actuellement, en Amérique, vous vous hâtez bien plus que nous.» Un autre trouve également que < l'Amérique donne l'impression d'être plus occupée que l'Angleterre ».Les petites filles se sont arrêtées à des détails de tenue ou de présentation.Une fillette de 11 ans déclare: «J'ai été étonnée de voir des filles de 13 ans se mettre du rouge aux lèvres et de la poudre, ce que je n'aime pas beaucoup.» Hélas ! elle E r L X I € N S D E II E E n'est pas seule de son avis.Une autre enfant, âgée de dix ans juge ainsi ses contemporaines : « Les filles ici ressemblent à des dames, mais au fond elles sont vraiment des enfants comme nous.» Malgré les différences de nourriture, un dédain presque unanime pour les fameuses « céréales », le danger de prendre l'accent « Yankee » qui « résonne comme le son du banjo », des opinions souvent partagées sur le « nombre de bombes qui seraient nécessaires à Hitler pour détruire l'immense gratte-ciel de l'EMPIRE STATE BUILDING, en dépit de changements dans les règlements du football ou dans la manière de classer les élèves à l'école, jeunes Anglais et jeunes Américains font bon ménage et l'on peut certainement augurer d'heureux effets d'influences réciproques librement acceptées.« L'Amérique, disait un tout jeune réfugié est le plus beau pays du monde.Il y a des lumières.» Et un autre d'ajouter: « Tous ces millions de lumières, quel gaspillage I mais combien il est merveilleux de pouvoir ainsi gaspiller ! » C'est la dernière qui compte.< La preuve est faite que la Grande-Bretagne n'entend point capituler.Peut-être le sort des combats ne lui sera-t-il pas toujours favorable.Mais ce qui importe ce n'est pas de gagner toutes les batailles, c'est d'emporter la dernière.» (R.Che-nevier, l'ILLUSTRATION, Paris, 1er juin, 1940.) Les amateurs de tennis en été et les grands joueurs de hockey, en hiver, ne raisonnent pas autrement et ils ont raison : Ce qui importe ce n'est pas de gagner toutes les joutes, c'est d'emporter la dernière.Lea étudiants, les étudiantes, même les plus ambitieux, consentiront sans trop de peine à céder une fois ou l'autre la première place à condition qu'ils soient certains de remporter la dernière bataille, celle qui donne le prix.Et ils ont raison et leur ambition est bonne et leur raisonnement est juste: Ce qui importe ce n'est pas de gagner toutes les batailles, c'est d'emporter la dernière.Pourquoi les chrétiens que nous sommes ne raisonnent-ils pas avec autant de prudence quand ils s'agit de la grande lutte contre le diable dont le salut éternel est l'enjeu ?Le vrai chrétien n'entend point capituler.Peut-être le sort des combats ne lui sera-t-il pas toujours favorable.Mais ce qui importe ce n'est pas de gagner toutes les batailles, c'est d'emporter la dernière.L'inconvénient c'est que la DERNIÈRE est toujours plus proche qu'on ne l'attend.«Veillez et priez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.» Pendant le temps des fêtes, il a trempé ses lèvres à la coupe mousseuse des plaisirs.enivrants ! A son âge, on ne pèche pas par ivrognerie, c'est entendu; mais parce que c'est drôle de paraître brindezingue et d'imiter ceux gui sont tout en farces et en grimaces, « Lui » a fait semblant d'être éméché, alors gu'en réalité il ne s'était que réchauffé la langue avec un cocktail très bénin.Et pourtant, il apprenait d'une manière concrète et effective à gâcher sa vie dans les plaisirs douteux.« Si t'aimes pas l'vin, t'es pas un homme », lui avait dit son grand cousin.Qu'il soit un homme, pourriez-vous en douter ?Vous savez bien qu'il a treize ans ! Il veille avec le « grand monde », et il prend son petit verre lorsqu'on passe le plateau.Oh ! un petit verre très spécial et bien baptisé ! Chanceux Lui ! Et pour comble, on ne lui présente pas le doux breuvage sans lui donner quelque avis salutaire: « Prends-en, ça va te faire digérer ton souper.La dinde te fatiguera moins.— Ah ! mon vieux, tu commences à « cailler »; si tu ne veux pas t'endormir, goûtes-y encore un peu.— Ouf ! qu'il fait chaud ici, avec tout ce monde; ça te rafraîchirait si tu en buvais quelques bonnes gorgées.— Avant la fin de la soirée, accepte ce petit verre, tu dormiras mieux, rendu chez toi.— Puisque c'est l'heure de nous quitter, avale ça, il n'y a rien de pareil pour te réchauffer le long du chemin.» « Lui » ne passe plus inaperçu dans les réunions de famille.C'est un petit personnage gue l'on traite bien.Chanceux «Lui».C'est aussi un garçon perspicace qui retient fidèlement les mauvaises leçons qu'on lui donne.Il est maintenant convaincu qu'il ne peut y avoir de réunion de famille sans boissons fortes; qu'on ne saurait se saluer au jour de l'an sans liqueurs alcoo- liques, ni rire un bon coup sans être entre deux vins.Il trouve vulgaire de se saouler comme un ivrogne, mais il est persuadé qu'une journée sans une couple de petits verres d'une liqueur de choix n'est qu'une journée plate.« Lui » deviendra-t-il ivrogne un jour ?C'est possible, la pente est si glissante ! mais il n'y a aucun doute gu'il sera alcoolique à trente ans, et père d'une famille de « râleux » à cinquante, car qui a bu boira.En attendant, il a l'esprit tout occupé à sa culture physique.Il est gros, grand, fort et bien portant.Avant longtemps, il pourra à son tour « faire la loi aux petits ».Chanceux lui ! Un compliment de sa tante Eugénie l'a fait se pâmer d'aise: « Ah ! comme tu as grandi, mon chéri », s'est-elle exclamée en arrivant de Montréal.« Lui », tout heureux, est allé se mesurer sur la tringle de la porte: deux pouces et demi !.Il a grandi de deux pouces et demi, depuis l'automne !.Vite, il court se peser, et lit ravi sur le cadran indicateur gu'il a gagné douze livres et trois quarts.C'est épatant, c'est merveilleux ! Chanceux ( Les as du matelas, de la boxe et des haltères sont ses héros.Il connaît le développement de la poitrine, du biceps, du mollet et des cuisses de tous les colosses blancs, noirs ou jaunes qui font l'exhibition de leur force animale.Ces mastodontes sont-ils intelliqents, honnêtes, distingués ?C'est une question qu'il ne se pose pas.Il court à toutes les rencontres de boxe ou de lutte, criant, hurlant, applaudissant aux coups les plus brutaux, aux chutes les plus vulgaires.Les rugissements de bêtes fauves sont en parfait accord avec son sens affiné de la civilisation et de l'idéal chrétien.Chanceux Lui, de s'accommoder de si peu ! Mais par contre, il aura passé sur la terre sans saisir la beauté d'une fleur, le charme de la brise, la majesté d'un fleuve, ou la magie prenante d'un coucher de soleil.Il aura passé sur la terre sans sentir son âme vibrer à l'harmonie des virtuoses de l'archet, à la souplesse d'une voix d'artiste ou à la plainte amoureuse et puissante des grandes orgues.Il aura passé sur la terre sans deviner la tendresse d'une âme d'enfant, la noblesse d'un coeur vaillant ni les délices d'une vie toute à Dieu.Il n'aura compris ni le beau, ni le vrai, ni le bien véritable; il n'aura été gu'un homme sans âme et sans idéal.SCRIBE.— 129 — Sciences naturelles, LE CHAMEAU Le chameau fait partie des Ruminants; il s'en distingue un peu en ce qu'il ne porte pas de cornes et que son estomac est divisé en trois parties au lieu de quatre.Ses pieds ont une forme spécialement adaptée pour empêcher l'animal d'enfoncer dans le sable: le dessous ressemblant à un large coussin.Une partie de l'estomac contient plusieurs cellules cubiques remplies d'eau.Son odorat lui permet de sentir la présence de l'eau à une grande distance.Il a la faculté de fermer à volonté ses narines: une précaution utile contre la tempête de sable au désert.Le chameau porte une ou deux bosses sur le dos.La croyance populaire est que l'animal porte de l'eau dans ces bosses.En réalité ce sont de grosses masses de graisse; c'est une réserve de nourriture à la manière des animaux qui passent l'hiver sans manger.Cette bosse s'affaisse par un excès de travail ou une nourriture insuffisante.Lorsque l'Arabe doit faire un long voyage, il jette d'abord les yeux sur la grosseur de la bosse.Il y a confusion entre chameau et dromadaire.Ce dernier paraît désigner l'espèce à deux bosses tandis que le chameau désigner l'animal à une seule bosse.C'est une erreur.Le chameau à une bosse porte le nom de dromadaire s'il est bon pour la course, tandis qu'il porte le nom de chameau de transport s'il n'est pas bon courseur.L'on trouve ce chameau en Arabie, en Syrie et en Afrique nord.Le chameau à une bosse comprend plusieurs races différentes de taille, de pelage et de couleur, allant du brun foncé au blanc.Le chameau Bactrien porte deux bosses.Il possède du long poil sous le cou et sur les bosses.Il ne craint ni le froid ni la chaleur : on le trouve en Sibérie et en Indoustan.Le chameau est très utile pour le voyage dans les déserts.Il peut porter de 800 à 1 000 livres.S'il est surchargé, il ne se relève que lorsque la charge est convenable.Il est dressé à l'âge de 4 ans.Sa chair est excellente lorsqu'il est jeune.La femelle fournit un lait de bonne qualité et en plus grande abondance encore que la vache.Le chameau est patient et ordinairement attaché à son maître.Sainte-Brigide.Musique religieuse, profane et instrumentale comptoir- musical" • WMCT • 568, Ste-Catherine E.Demandez le catalogue "F" Instruments de Musique pour fanfare et orchestre.Notre Bandage Herniaire vous donnera satisfaction.d^^^._ Spécialité : Appareils ^^^J^PaS^*^^ orthopédiques, membres >Sj» -f^* artificiels, corsets pour ^^^^^ difformités, supports abdominaux, bas élastiques, etc.48-50 E., rue Craig, Montréal.Dépt 13.Tél.: H Arbour 3727 Pour votre plomberie, chauffage ou couverture, -: VOYEZ :-La Cie J.& C.Brunet, Ltée QUALITÉ - SERVICE - HYGIENE 1095, boul.St-Laurent.Tél.: LAnc.1211 Pour vous assurer un cachet distinctif sur votre photo, rendez-vous au Studio ALBERT DUMAS RUE STE-CATHERINE — 130 — Vocabulaire du Ski Matériel et équipement Sortes Skis de saut Skis de fond Skis de tourisme Skis de slalom Parties Surface Queue Pointe ou spatule Bois Frêne Hickory ou noyer blanc d'Amérique Accessoires Fixation (et non harnais).La fixation comprend: un étrier de sécurité, une double courroie passant dans la mortaise, un dispositif permettant une tension diagonale une talonnière à ressort une courroie entourant le coup de pied.Arêtes artificielles ou carres (edges): métalliques ou non, à profils, en angles, en^T, en diagonales, en coulisses.Bâtons.Les bâtons comprennent: un pommeau, une dragonne en cuir (courroie), un disque.Presses Anti-dérapant (ski-stop).Divers : Farts (mélange de cire et de goudron dont on enduit les skis).D'où: farter.Laque (vernis).Lunettes de montagne Guêtre de toile Sac (se porte au dos) Mouffles (gant où il n'y a de séparation que pour le pouce) Musette (petit sac de toile) Visière avec protège-oreilles Serre-tête Veste de toile (windbreaker) Chausser ses skis, les déchausser.Technique : La montée (en escalier, en demi-escalier, en ciseaux) La descente (en ligne droite, en biais) Demi-tour Virage Freinage.Neige : Collante - Croutée - Gelée dur - Névée (de printemps) - Mouillée - Fraîche humide - Poudreuse -Sèche - Piste (et non trails).LA SOCIÉTÉ DES ÉCRIVAINS CANADIENS.Mutuelle des Jeunes Cyclistes 1089, rue St-Georges, Montréal.Tél.: PLateau 5731 Le Gérant de la MUTUELLE a le plaisir d'annoncer que l'heureuse gagnante de la bicyclette est : Mlle Léocadie Latulipe, 2146, Saint-Germain, Montréal.Deux magnifiques lanternes pour bicyclette, offertes comme prix de consolation, ont été adjugées par le sort à : M.Léon Prince, C.P.323, Chicoutimi, P.Q.et à : M.René Barry, 114, avenue Moncton, Québec, P.0- Félicitations du personnel de la Mutuelle aux trois favorisés du sort.- 131 — » Le 9 février 1941, JOUR NATIONAL DE PRIERE LE MANDEMENT DE NN.SS.LES ÉVEQUES Si la neuvaine 1er au 9, rien reporter s est .Mais il arrive que, dans notre Province, le représentant immédiat de Sa Majesté, Sir Eugène Fiset, lieutenant-gouverneur, a jugé bon, de l'avis et avec le loyal appui du Conseil exécutif, et non sans Nous avoir d'abord pressentis, de proclamer le dimanche neuf février prochain jour de prières publiques, et de prescrire une grande manifestation religieuse qui constituerait comme l'hommage officiel du peuple catholique de toute la province envers le Souverain Maître des rois et des peuples.Ce serait en même temps comme une grande réparation de tant de crimes privés et de tant d'injustices sociales qui ont mérité au monde les coups terribles de la vengeance divine.Ce serait, enfin, une grande supplication, humble mais confiante, de tous les nôtres à l'adresse de Celui de qui dépendent les empires, et qui, tant de fois depuis la fondation de la Nouvelle-France, nous a manifesté Sa miséricorde et Sa prédilection par les interventions providentielles les plus éclatantes.Voilà pourquoi Nous avons agréé avec joie et consolation le p:'eux dessein de Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, et Nous vous invitons tous à unir vos prières à celles de vos chefs spirituels et temporels, et à supplier le Dieu des armées qu'il nous aide, selon la pensée et l'expression même de Sa Majesté notre Roi, « à frayer notre chemin vers la justice et vers la paix ».Rien ne convenait mieux à un acte de religion officiel et public comme celui-là, que les saints mystères de nos autels et la prière même de l'Église.Et comme i' importe que tous nous nous unissions dans une même pensée, un même sacrifice et une même prière, Nous avons réglé et ordonné, et par les présentes réglons et ordonnons ce qui suit, savoir: — 1° - Le dimanche de la Septuagésime, neuf février mil neuf cent quarante et un, dans l'église Notre-Dame de Montréal, une MESSE VOTIVE SOLENNELLE POUR LA VICTOIRE sera célébrée, en présence de l'Épiscopat, des représentants de l'Etat et d'une deputation de tous les corps publics, religieux, civils et militaires.2° - De même, dans toutes les églises et chapelles de Nos diocèses, la Messe paroissiale ou la Messe principale sera également la Messe votive solennelle en temps de guerre.SUGGESTION: UNE NEUVAINE Ce que les autorités religieuses demandent pour le 9 février prochain c'est d'abord une journée et plus spécialement une messe de prière et de supplication pour obtenir de Dieu la paix et la victoire.Plus important que l'acte extérieur de foi et de confiance, il y a l'esprit intérieur de prière et de pénitence qui seul donnera au geste public toute sa valeur et sa signification.Nous sommes donc tout à fait dans l'esprit en suggérant aux 35,000 jeunes — et à leurs familles — que cet appel atteindra, de s'unir les uns aux autres dans une fervente neuvaine qui commencerait le 1er février pour se terminer le dimanche, 9 février, jour de la messe solennelle.Sur cette page nous proposons comme prières de la neuvaine les prières mêmes de la messe votive qui sera célébrée le dimanche.Mais nous supplions les jeunes de ne pas se borner à réciter machinalement des prières.Pour obtenir les grâces de paix qu'elle désire, cette neuvaine doit être d'abord une neuvaine d'état de grâce, une neuvaine de pénitence, une neuvaine de travail, une neuvaine de messes et de communions.Que chacun détermine clairement à l'avance ce qu'il fera et que tous ensemble, dans un même esprit de supplication et de pénitence, demandent ardemment à Dieu la paix et la victoire.impossible du l'empêche de la plus tard.LA PROCLAMATION DU LIEUTENANT-GOUVERNEUR Considérant qu'une terrible menace plane toujours sur les pays britanniques et sur tout le monde chrétien et civilisé; Partageant d'autre part la confiance de notre Gracieux Souverain qu'« avec l'aide de Dieu nous allons frayer notre voie vers la justice et vers la paix »; Je, Sir Eugène Fiset, lieutenant-gouverneur de la Province de Québec dans la puissance du Canada, de l'avis et avec le loyal concours du Conseil Exécutif de cette Province, proclame par les présentes le dimanche, neuf février prochain, jour national de prière et invite tous mes compatriotes à supplier ce jour-là le Dieu des Armées qu'il nous accorde la victoire qui, seule, nous assurera une paix féconde et durable.J'entretiens le ferme espoir que l'ampleur et l'unanimité de nos supplications nous obtiendront la miséricorde et la protection divines nécessaires pour échapper au pire sort qui ait jamais menacé un peuple croyant et libre.Nous prierons aussi Dieu, qui régit les rois et les peuples, de bénir Sa Majesté George VI, notre Souverain, et de lui accorder avec le succès de ses armes de longues et heureuses années de règne.LA PRIÈRE DU PRÉSIDENT ROSEVELT « Dieu tout-puissant qui nous avez donné cette bonne terre en héritage, nous vous supplions humblement que nous puissions toujours nous montrer un peuple conscient de votre faveur et heureux d'accomplir votre volonté.Bénissez notre pays en lui donnant des industries stables, une instruction solide et des moeurs pures.Sauvez-nous de la violence, de la discorde et de la honte; de l'orqueil et de l'arrogance et de toute mauvaise façon de vivre.Protégez nos libertés et façonnez, en un peuple uni, les multitudes sorties ici de plusieurs parentés et langage.« Inculquez l'esprit de sagesse à ceux à qui, en votre nom, nous confions l'autorité du gouvernement.Que la justice et la paix régnent chez nous et que, par l'obéissance à votre loi, nous puissions manifester vos louanges parmi les nations de la terre.En temps de prospérité, remplissez nos coeurs de reconnaissance, et, aux jours de trouble, ne permettez pas que notre confiance en vous fasse défaut.Amen.» PRIÈRES DE LA NEUVAINE ORAISON.— O Dieu, qui mettez fin aux guerres et qui, par la puissance de votre secours, repoussez les agresseurs de ceux qui espèrent en vous, assistez vos serviteurs implorant votre miséricorde, afin que la férocité de leurs ennemis étant vaincue, nous vous louions en une incessante action de grâces.Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.SECRÈTE.— Considérez favorablement, Seigneur, ce sacrifice que nous vous immolons, afin qu'il nous arrache aux maux des guerres et qu'il nous établisse dans la sécurité sous votre protection.Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.POSTCOMMUNION.— O Dieu, Dominateur de tous les royaumes et des rois, vous qui nous guérissez tout en nous frappant et nous conservez en nous pardonnant, étendez sur nous votre miséricorde, afin que la tranquilité de la paix étant maintenue grâce à votre puissance, nous nous en servions pour guérir nos âmes en nous corrigeant.Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.Ainsi soit-il. Jeunesse chrétienne! i Un camionneur s'est offert à traverser la ville pour la distribution, quatre ou cinq jeunes gens l'accompagnent.Ils déposeront les paquets à la bonne porte, mais ne sauront pas dire au nom de qui.Ils frappent.Une femme amaigrie et frileuse entr'ouvre et d'un ton aigre: « Qu'est-ce que vous voulez ?.» — Un panier pour vous, madame ! — Qui envoie ça ?.Je n'ai rien demandé.— On ne le sait pas, madame, on nous a pris en route pour faire ces commissions.La femme gronde encore quand les commissionnaires referment la porte et disparaissent.• Plus loin, ils verront une maman entourée de ses quatre petits fondre en larmes et dire tout haut: « Merci, mon Dieu, c'est vous !.» ¦ « Mon Dieu, c'est vous ! » Faire reconnaître le passage de Dieu, c'était le but ! • Et maintenant à l'oeuvre, Jeunesse Chrétienne, pour une autre manche.La partie de l'amour, c'est nous gui la gagnerons ! II Il s'était bien dépensé.Jéciste dans son école, puis jociste à son travail, responsable d'Action Catholique, il était de tous les cercles d'études, de toutes les journées de dirigeants ou de militants.A dix-neuf ans, il était occupé comme un ministre.Au milieu d'une bande de médiocres, parfois malpropres et méprisables, il avait dû confesser sa foi et crânement, il avait redressé sa grande taille de chrétien et lancé la réplique cinglante et vengeresse.* Il avait trop grandi et trop vite.Il traîna une grippe, fit une pleurésie et le docteur prescrivit le sanatorium.Il quitta Montréal, sa famille, son père de la L.O.C, sa soeur de la J.O.C.F., il quitta la J.E.C.et la J.O.C., ses deux amours, et fut emporté à l'autre bout du pays dans une solitude bienfaisante et redoutable.* • Des mois passèrent sur un lit.Tous les désirs d'apostolat s'exprimaient sur des Que de gens qui n'ont jamais rien compris à ces vocables nouveaux: J.O.C., J.A.C., J.E.C., J.I.C., etc.La lettre du milieu change, parce qu'une manufacture, une école, un bureau, une grange, ce n'est pas la même chose., mais J.C.se retrouvent partout: Jeunesse Chrétienne.La Jeunesse Chrétienne, ce sont des jeunes qui se groupent parce qu'ils sont chrétiens, — pour rester chrétiens, — pour multiplier les chrétiens.C'est la Jeunesse qui oppose l'amour à l'égoïsme et à la haine.Nos petites soeurs de la Jeunesse Étudiante Chrétienne ont voulu faire leur part, cette année encore, à Noël et porter du soleil là où il fait presgue toujours sombre et froid.• Elles se sont groupées par petites bandes de cinq ou six.Elles ont taillé des robes, quêté des tricots, des conserves, des jouets.Elles ont fait des paquets et après bien des tracas, bien des préoccupations, elles ont fait porter le tout au Secrétariat Général par un inconnu avec des adresses judicieusement choisies.¦ Et là un classement a dû se faire dans ce monceau d'objets si divers, un partage équitable.Telle adresse indique la présence de deux bébés, telle autre adresse signale un petit aveugle, ailleurs c'est une grand'maman paralysée: ici, on enverra donc un châle, là, du lait concentré ou une couple de serviettes.Nos petites soeurs jécistes se penchent des heures, des jours, sur ces paquets, sur ces misères, elles se fatiguent, leurs vacances filent rapidement.Peu importe, c'est le programme, et elles ne pensent qu'à semer plus d'amour.• Voici la veille du jour de l'an, tout le monde est sur pied: c'est le tourbillon des cartes et des visites.Dans les taudis, il y a des gens qui n'attendent personne, qui gèlent et qui crèvent de faim.Nos petites soeurs de la Jeunesse Etudiante Chrétienne les y ont découverts et vont les y poursuivre de leur amour. lettres ou dans des prières pressantes.Des jécistes et des jocistes de Montréal firent bien une fois ou deux le grand voyage.pour un brin de causette, mais c'était peu pour un coeur déjà tellement dilaté.* Un après-midi de novembre, un gars parut dans la salle, un nouveau, gui paraissait avoir besoin de parler.Lui aussi était président d'une section jociste, ancien jé-ciste: une minute d'observation avait suffi aux deux pour gu'ils se découvrent mutuellement.Et ce fut, depuis lors, dans le sanatorium, l'invasion régulière et joyeuse et fortifiante des troupes jocistes des environs.Les frères s'étaient reconnus sans s'être jamais vus,.par l'insigne peut-être un peu, mais surtout par l'accent.! Les gars de l'Action catholigue, ils ont une langue à eux, un ton, une flamme gui les distingue et les unit.d'un bout à l'autre du monde.Ainsi, le grand malade ne pouvait plus aller à la J.E.C.et à la J.O.C.C'est la J.E.C.et la J.O.C.gui s'en venaient à lui.Et la Jeunesse Chrétienne est à faire la trame d'un monde nouveau ! RENÉ.Plotre-Dame-de-Liesse.Musique : Al.Guilmant il I 11 1 l 1 i iM 11 l i H 0 Vierge jtune «t f.é - re Qui hrû les du.d< Pa roles : Jean Laramée, S.J.lir De donner à L 1er - re U* ¦ »u> (j ui va ve - — 2 — Conservera jeunesse, Jeune Vierge, à ma foi; Du doute et ses vieillesses A jamais garde-moi.Que mon intelligence, En cherchant à s'ouvrir, Ne trouve pas^la science Qui la ferait vieillir.Conserve son enfance A mon esprit chercheur: A mon âme en croissance Conserve sa fraîcheur.— 3 — Garde à mon espérance Toute suavité; Garde à ma confiance Toute ingénuité.Ne permets pas aux rides Qui terniront mon corps De rendre moins limpides Mes yeux jeunes encor.Comme Jésus, le gage De mes espoirs d'enfant, Garde-moi, malgré l'âge.Jeune éternellement.— 4 — Avant d'entrer en lice, O Vierge, me voilà Pour t'offrir les prémices De mon apostolat.Comme aux jours du Cénacle Dans mon âme en secret, Reproduis le miracle Du divin Paraclet.Et fort de ma jeunesse Et fort de ta vigueur, O Dame de Liesse, Je dirai tes grandeurs.Ce cantique est tiré d'une brochurette intitulée « LA PROMESSE JÉCISTE » qui se vend $0.05 l'unité Casier postal 185, station G.Montréal.— 135 — Page religieuse.A travers le monde.CATHOLIQUES PERSÉCUTÉS: « L'Autriche libre », organe des réfugiés autrichiens en Angleterre, nous apporte des renseignements précis sur la persécution des Catholiques d'Autriche par les autorités nazies.A Innsbruck, les Sœurs de l'Adoration perpétuelle ont été chassées de leur couvent, et quand certaines d'entre elles, qui n'avaient jamais dépassé les murs de l'institution, hésitèrent instinctivement à le faire, elles furent brutalement poussées dans la rue par les agents de la Gestapo.Quatre églises et dix chapelles ont été fermées par les Nazis, à Innsbruck.Dans ce seul diocèse, plusieurs prêtres ont été emprisonnés, sans compter que cinquante-cinq autres prêtres, réguliers et séculiers, ont été jetés dans les camps de concentration.Aucun prêtre n'a le droit d'entrer dans les écoles, et des centaines de religieux se sont vu enlever le droit d'enseigner la religion aux enfants.Dans la seule région du Tyrol, qui est reconnue pour son ardente piété, cinquante-deux écoles sont privées d'instruction religieuse.Les Allemands ont fermé la faculté de théologie de l'université d'Innsbruck, 28 écoles d'enseignement secondaire, 35 jardins de l'enfance qui étaient dirigés par des religieuses, 21 écoles catholiques d'arts et métiers et 18 pensionnats catholiques.L'Union catholique des travailleurs, au Tyrol, qui englobait 11 associations de jeunesse, a été abolie.Ses propriétés ont été confisquées et elles ont été converties en écoles de nazisme.Les Allemands se sont acharnés à détruire tout vestige d'influence catholique en Autriche.La presse catholique a été bâillonnée: huit publications ont été interdites, les ateliers d'impression servent maintenant à diffuser la propagande de M.Goebbels; de plus, 150 bibliothèques catholiques sont passées aux mains des Nazis.La vénérable abbaye de Sekkau, en Sty rie, célèbre depuis 800 ans, l'école S.-Sévérin de Fuerstenfeld et le séminaire jésuite de S,-André, en Carinthie, ont été réquisitionnés par l'armée et le parti nazi, et les religieux qui s'y trouvaient ont été chassés.D'autres monastères et plusieurs couvents ont subi le même sort.Aucun prêtre n'a le droit d'entrer dans un hôpital.Quand un patient veut recevoir les Sacrements, il doit d'abord en faire la demande au directeur de l'hôpital, qui est nécessairement un Nazi, et c'est ce fonctionnaire partisan qui fait un prêtre, si le cœur lui en dit.Ainsi persécutés, les Catholiques retrouvent leur ferveur religieuse.Il n'y a plus de tièdes: on est sans-Dieu ou Catholique fervent, presque fanatique.Hitler a voulu déchristianiser l'Autriche, mais la cruauté de ses agents produit dans la population un effet tout-à-fait contraire.LA SITUATION RELIGIEUSE EN RUSSIE SOVIÉTIQUE On pourrait être impressionné par le bilan de la formidable activité antirereligieuse qui s'exerce actuellement en Russie.Mais il y a lieu de se rappeler que ces chiffres bolcheviques sont fortement sujets à caution.En 1937 par exemple, la presse antireligieuse de l'URSS affirmait que le nombre des Sans-Dieu militants était de 5 millions.S'il est descendu en 1939 à 3 millions, comme l'indiquent les chiffres, il y aurait donc une diminution de plus de 2-5 dans les effectifs.En ce qui concerne les résultats obtenus, il est facile de voir que malgré de formidables efforts, les bolcheviks ne parviennent pas à déraciner la foi.Dans le numéro d'août 1940 du journal officiel de l'Union des Sans-Dieu, Yaroslavsky écrit : « En Russie, vingt années ne nous ont pas suffi pour éliminer l'influence de l'Église et il nous reste encore à accomplir un travail considérable.La population continue à célébrer les fêtes religieuses.Le baptême chrétien subsiste, même dans les familles communistes et chez les komsomols (jeunesses communistes).» Quoi qu'il en soit, et malgré le scepticisme avec lequel il faille accueillir les renseignements et statistiques contre la religion, loin d'être abandonnée, est, au contraire, poursuivie avec une énergie accrue.Et il est établi, d'autre part, que malgré les efforts des ennemis de Dieu la foi dans l'âme du grand nombre persiste et se renforce même, au fur et à mesure qu'augmentent les persécutions et que les tyrans s'acharnent à vouloir extirper toute trace de l'idée de Dieu.LA POLOGNE REDEVIENDRA LIBRE Un fait assez étrange, mais que beaucoup de Polonais considèrent comme merveilleux et qui les a remplis de confiance vient de se produire dans leur pays.C'est le provincial des Jésuites qui le raconte lui-même dans une lettre adressée aux États-Unis.Un officier allemand, écrit-il, se présenta récemment à la résidence de la Compagnie à Varsovie et demanda à voir tous les membres de la communauté.« Un prêtre, expliqua-t-il, portant la soutane des Jésuites, m'a arrêté ce matin en pleine rue et m'a déclaré que la Pologne recouvrerait sa liberté.Je n'ai pas voulu discuter avec lui publiquement, mais je considère cette action comme séditieuse et je viens en demander raison à son auteur.» L'officier examinait un à un les religieux présents, sans grand résultat apparent, lorsque soudain désignant un tableau suspendu au mur, il s'écria : « Voilà mon homme, je le reconnais parfaitement.» Or ce tableau n'était autre que le portrait de saint André Bobola, jésuite polonais martyrisé en 1657 et grand protecteur de sa patrie.Réponses des mots croisés.de janvier, 1941.LA FEUILLE D'ÉRABLE Verticalement : 1.Patte, 2.Art, 3.Ro, Eres, 4.Est, El, 5.Ber, Tau, Ur, 6.Ras, Snobs, 7.Dur, Nul, Horizontalement : 1.Do, 2.Buse, 3.Re, 4.Er, An, 5.Ranime, 6.Oire, Sure, Lire, 7.Ost, Le, Ouf, Verticalement : 8.Ose, Ire, 9.Ame, Utile, 10.Ane, Ose, Ru, 11.Lue, Mi, 12.If, Cale, 13.Mur, 14.Élève, Horizontalement : 8.Ta, Tas, Use, Me, 9.Atre, Uniate, Cuve, 10.Etre, Mare, 11.El, II, 12.Usiner, Paul-Henri. LE I til I S DE L» JFrançois, priant en la chapelle de S.-Damien Au vieux desservant de la chapelle en ruine, Prenant chez lui des rouleaux de beau drap, Le vieux prêtre refuse une si grosse somme, CATHOLIQUE {Courtoisie de « La Famille ».) entend le crucifix dire: « Rebâtis ma maison.» il laisse le prix de l'huile pour la lampe.il en charge un cheval et vend tout à Florence.mais permet à François d'habiter à S.-Damien. LE USSIER 124* D'après le Père HUBLET, S.J.Gérard et Pierrot, rentrés dans leur chambrette, s'agenouillèrent selon leur coutume, épaule contre épaule, pour réciter ensemble leur prière du soir.Ce soir-là, ils la prolongèrent plus que d'habitude.Le Père Jecquières se garda bien de les troubler, devinant qu'ils priaient pour leur père.Enfin, tous deux se relevèrent; mais tandis que Pierrot, las de sa journée, se hâtait de se dévêtir, Gérard se laissa tomber sur sa chaise, les bras ballants, es yeux dans le vague.n'en pouvant plus.C'était 'affaissement général de son corps épuisé par les veilles et les tracas des derniers huit jours, et de son âme affreusement endolorie.Au moment de grimper sur son lit, Pierrot, debout sur sa descente de lit, et prêt à pleurer lui aussi, s'alarma du profond abattement de son aîné.Alors, il courut à Gérard; et, lui jetant ses bras autour du cou: « Je t'en prie, Gérard !.t'en prie !.ne sois pas si désolé.Si tu perds courage, toi aussi, que vais-je devenir ?.Je n'ai que toi, ici !.Comme son frère ne bougeait pas, Pierrot eut une de ses intuitions d'enfant, étrangement pénétrantes: « Gérard !.Papa a dit que tu étais le chef de famille.que tu tiendrais sa place, désormais.eh bien ! donne-moi la bénédiction, au nom de papa !.pour que je dorme tranquille.» Gérard se redressa.Cet appel à son père l'avait touché au plus vif de l'âme, réveillant son sentiment du devoir, comme un souffle bienfaisant ranime l'étincelle près de s'éteindre.Reliqieusement, il traça sur le front penché de son benjamin une petite croix, et, du coup, retrouva la force de lui sourire.Le Père Jecquières qui venait leur souhaiter le bonsoir, s'arrêta sur le seuil; bouleversé, il se retira sans bruit, pour ne pas troubler cette scène si belle et si touchante qui, désormais, allait se reproduire chaque soir: Gérard bénissant Pierrot, gravement, au nom de papa.« Eh bien, ça ne va pas ?interrogea le Père Jecquières, quand un soir, il vit entrer Gérard dans on bureau.Aurait-on fait une sottise ?— Oh non ! Père ! — La conscience est tranquille?.— Oui, Père, grâce à Dieu.— C'est à la maison, j'imagine ?.» L'enfant fit « oui » de la tête, puis: Vous me conseillerez, Père ?« De mon mieux.Et ceci demeurera entre vous et moi.— Je ne songeais même pas à vous le demander.Voici l'affaire: Vous savez que Papa dirigeait une usine très prospère.Après sa mort, un cousin assez éloigné s'offrit à nous aider.Il a présenté à Maman un acte d'association qu'elle a signé de confiance, puis il a pris la direction de l'usine.Il y eut des mécontentements parmi les ouvriers; dès les premiers jours, plusieurs des plus anciens ont été chassés.Ce que voyant, Monsieur Mornange, le premier ingénieur, un homme sur qui nous comptions, et que Papa traitait comme son fils, a donné sa démission.Le cousin prétend aussi que les comptes n'étaient pas en règle !.Ça, c'est faux, Père ! Papa était un homme d'ordre !.En tout cas, les affaires vont mal.on a fait de grosses pertes et.et.pour échapper à la ruine, à la faillite, le cousin parle de vendre.Sunnyland I » Gérard se tut, oppressé.Son pauvre coeur blessé battait à se rompre.Le Père, avant de répondre, regarda longtemps l'enfant, et toute son âme compatissante passa dans ses yeux.« Vendre Sunnyland I.murmura-t-il enfin.C'est à peine croyable ! — Je n'y comprends rien, Père!.— Assurément!.Christiane aura mal compris! — Cependant, Christiane ne perd pas facilement la tête, je vous l'assure.Et, elle se serait bien occupée de l'usine.mais le cousin a eu soin de l'éloigner ! — Quel est ce monsieur Lurchon, Gérard ? — Je le connais peu; je l'ai vu à peine.Tenez, Père, il me fait horreur ! — Allons ! ne jugez pas trop vite ! — J'ai si peur qu'il ne trompe Maman ! — Qu'est-ce qui vous fait croire cela, Gérard ?— Je le sens.Mon cousin craignait Papa; et il se montrait flatteur devant lui.Maintenant, il est brutal et grossier envers Maman, parce qu'elle est trop bonne, trop confiante !.Pauvre Maman !.Et, nous nous en allons à la ruine !.— Qui vous le dit ?.Pas de découragement, Gérard, c'est indigne de vous ! Soyez vaillant ! Le Bon Dieu vous éprouve, pour que vous soyez le digne successeur de votre noble Père.— Comme c'est dur.Père !.S'il n'y avait que moi, ça irait ! Mais il y a les petites soeurs !.il y a Pierrot !.il y a Maman ! Je n'ai pas le courage de les voir souffrir ! — Il faut être vaillant ! il faut donner l'exemple de l'entrain, de la joie.C'est héroïque cela, mais votre Papa vous dirait la même chose.et vous êtes son remplaçant.— Je serai généreux, Père.Et pour maintenant, que dois-je faire ?— Rien, je crois; il faut attendre, fortifier votre âme et prier, prier beaucoup; vous y trouverez force et joie.Aussi, dites-vous bien que vous n'êtes pas seul: souffrez avec Notre-Seigneur.— Courage ! du haut du ciel, Papa sera content de se voir si bien remplacé.» Quelques semaines plus tard, à la fin d'une récréation, le Père Jecquières remarqua la mine chiffonnée et les yeux en détresse de Gérard.« Alors, mon enfant, ça ne va pas ?fit-il cordialement.— Non, Père.Christiane demande si vous connaissez un très bon avocat.elle voudrait le consulter, le cas échéant.— De nouveaux mécomptes ?— Tout est perdu; le cousin Lurchon, à force de brutales instances, a forcé Maman à vendre Sunnyland.— Mon pauvre peut ! — Pauvre Maman surtout, Père ! Vendre Sunnyland !.la maison de Papa !.C'est là que tous nous sommes nés, là que s'est écoulée notre enfance, là que nous avons vécu si heureux, tous ensemble !.là que Papa est mort !.Ah ! Père ! Sentez-vous ce que je souffre ?.» Le Père était tout ému de voir le pauvre Gérard, écrasé sous une telle douleur.Il réfléchit un instant.« Écoutez, Gérard, l'avocat le plus habile et le mieux fait pour vous aider, c'est .Monsieur Favereau I » Gérard bondit: «Monsieur Favereau !.le père d'Eddie !.Savez-vous que c'est lui qui rachète Sunnyland ?.— Que dites-vous ?— Oui ! Ce n'était pas assez de perdre « la maison ».il faut encore que ce soit mon ennemi qui y prenne ma place ! — Gérard, Eddie n'est pas votre ennemi !.— Si ! cria l'enfant exaspéré.Avec ses airs de Sainte-Nitouche, il me méprise, il me hait ! Il ne se contente pas de me voler mes places.c'est ma maison qu'il lui faut, à présent ! Et je devrai voir cela ! Sunnyland vendu à Favereau ! Et cet Eddie que je déteste jouera dans mon jardin, occupera ma chambre.Son père travaillera dans le bureau de Papa.et toute sa famille se prélassera dans nos salons !.Oh ! Père!.Père!.— Je sens combien il vous est dur de voir passer en d'autres mains ce cher Sunnyland, votre héritage de famille.Cette nouvelle épreuve est bien cruelle; mais c'est le Bon Dieu qui l'envoie, mon cher Gérard.Soyez fort, acceptez-la comme un Herlandy ! — Oh !.oui, Père.Que la Volonté du Bon Dieu soit faite !.— Fort bien.A présent, raisonnons froidement.Il doit y avoir méprise.Je connais monsieur Favereau comme un homme d'honneur; votre Père l'avait en haute estime.Quant à Eddie.il n'a rien à voir en ceci.— Possible.mais je le déteste ! Puis, tournant court, sans permettre au Père de l'interrompre, il se redressa, les yeux enflammés: Le grand coupable, Père ! le criminel, c'est Lurchon ! C'est lui qui nous a perdus et ruinés.Lui, je le hais; parce qu'il a fait pleurer Christiane, parce qu'il a torturé Maman, parce que, à cause de lui.Pierrot souffrira et mes petites soeurs ne connaîtront pas la joie.Oh ! je vous en prie, ne me dites pas que c'est mal.c'est plus fort que moi! je le hais!.je le hais ! » Doucement, le Père Jecquières caressa la main nerveuse crispée dans la sienne; il laissa passer les plus gros bouillons de cette colère, avant de répondre, de sa voix grave, tendrement grondeuse: « Le vilain, mot, Gérard ! Dans la bouche d'un chrétien, il sonne comme un blasphème ! Notre-Seigneur n'a pas connu la haine: sa seule vengeance du haut de la croix, tient toute en quatre mots: Mon Père, pardonnez-leux 1.— Oh !.pardonner !.— Oui, mon cher enfant ! — C'est trop fort.je ne puis pas ! — Il le faut, mon Gérard.— Ah ! vous aviez promis de m'aider !.je vous croyais mon ami !.— Je le suis vraiment, Gérard.Quel plus grand service vous rendrais-je que de vous protéger ici, contre vous-même ?Écoutez-moi bien, mon cher petit ami: Quel que soit le mal que vous fasse cet homme, vous ne pouvez pas le haïr.Dieu vous le défend; je vous le dis de sa part, et votre Père vous l'eût dit comme moi.Profondément chrétien comme il l'était, il eût, j'en suis sûr, pardonné lui aussi, à l'exemple de son divin Maître.» Il lui fallut parler longuement, trouver des mots d'affection, de bonté et de paix, pour panser la profonde et douloureuse blessure.Gérard l'écouta, d'abord insensible, morne, se renfermant dans un silence obstiné; puis, ce fut un flot pressé de phrases farouches,.des objections qui se faisaient de plus en plus plaintives, enfin, dans un sanglot, il se rendit, tombant à genoux aux pieds du prêtre, il répéta après lui les mots bénis du Notre-Père: Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à eaux qui nous ont offensés.Le Bon Ange avait la victoire, mais comme elle avait été dure !.(A suivre.) Union dans le sacrifice pour obtenir la paix — 139 — CCNC€LCS MOTS CROISÉS ENCYCLOPÉDIE de choses placées les personnel.— Con jonc - HORIZONTALEMENT 1.Regarder.2.Pièce de bois en forme de T.— Conjonction.3.Sorte de natte ou de tissu de paille sur lequel se couchent les Orientaux.4.Note de la gamme.6.Enfants qui reçoivent des leçons d'un maître.7.Matière inflammable et visqueuse qui découle de certains arbres, tels que les pins, les sapins.8.Pronom personnel.9.Pronom personnel.— Pronom indéfini.10.Remplacement d'une troupe par une autre dans un service.11.Rangée de personnes ou unes derrière les autres.12.Petit ruisseau.— Pronom tion.14.Boutique de boucher.15.Sorte de petit citron.16.Unité de mesures pour les surfaces agraires, (plur.) 17.Bruit, ce qui frappe l'ouïe.— Saison.18.Du verbe être.— Abrév.de numéro.— Ville en Chaldée.19.Ne pas céder au choc d'un autre corps.20.Premier en son genre.— Article défini.— Petit ruisseau.22.Mise en terre.23.Note de la gamme.24.Pronom personnel.25.Opiniâtre.26.Qui est au bon air.VERTICALEMENT 1.Métal précieux.— Lieu planté d'osiers.2.Pronom personnel, 2e pers.— Aller ça et là à l'aventure.— Ville en Chaldée.— Tentes avec audace.— Du verbe noyer., 3.Ornements en forme d'oeuf.— Article défini.— Partie d'une église qui s'étend du portail au choeur.— Action de s'élancer.— Note de la gamme.— Symbole chimique du sodium.4.Pronom personnel, 2e pers.— Existe.— Meuble sur lequel on se couche.— Champ oh l'on s'exerce à tirer.— Heuve d'Egypte.— Groupe choisi de personnes.5.Conjonction.— Ensemble des actes humains depuis la naissance jusqu'à la mort.— Prédestiné.— Principe de vie.— Tentes avec audace.— Rendre un son enroué par la difficulté de la respiration.6.ERRER moins un R.— Conjonction.— Dessin architectural en forme d'oeuf.— Fait tort.— Métal précieux.— Pronom personnel.7.Négation.— Rivière de France qui passe à Paris.— Conjonction, marquant la condition.— Enlever la vie.— Anneau de cordage.8.Du verbe avoir.— Appareil destiné à ferme une porte à clef.ENCYCLOPÉDIE POUR FÉVRIER 1941 1.2.3.4.5.6.7.9.10.11.12.JUNIORS Assassin d'un roi ?Aspirant-officier dans la marine ?Qui vend de seconde main au petit détail ?Nom donné à l'empereur du Japon ?Histoire fabuleuse des dieux de l'Antiquité ?Crier, en parlant des petits oiseaux ?Matelot en sentinelle dans la mâture ?Erreur qui consiste à placer un événement à une date autre que la vraie ?Changement par lequel un être perd sa forme pour en prendre une autre ?Gouvernement où l'autorité est entre les mains de Sielques familles puissantes ?rifice inférieur de l'estomac, par où les aliments passent dans l'intestin ?Fameux défilé, célèbre par le dévouement de Léonidas ?SENIORS 1.Abus que fait un homme en place pour l'avancement des membres de sa famille ?2.Début d'un discours ?3.Violente propension à boire ?4.Manie de parler toujours de soi ?5.Industrie qui concerne l'élevage des vers à soie ?6.Qui aime à se promener pendant la nuit ?7.Qui sait se servir également des deux mains ?8.Auteur qui donne comme sien ce qui a pillé chez autrui ?9.Instrument servant à couper les racines ?10.Opération par laquelle on perce les os du crâne ?11.Ouvrier qui travaille dans les marais salants ?12.Science qui a pour objet les tremblements de terre?MAURICE.— 140 — LE SECRET DE LA CCNEEJJ1CN CHAPITRE X Le juge d'Instruction Au point du jour, les gendarmes et le personnel du tribunal d'Aix firent leur apparition.Le juge d'instruction, un officier de police et un secrétaire muni d'un grand portefeuille furent aussitôt conduits dans l'appartement du curé où le maire se tenait avec ses compagnons.Le juge d'instruction, M.Barthelot, se fit raconter en peu de mots l'événement, et lut attentivement le procès-verbal."Voilà, remarqua-t-il des sources de preuves très fortes, accablantes même.Je vous félicite de votre découverte, Mou-sieur le Maire.Qu'en dit l'inculpé?— Il nie.Il affirme effrontément son innocence, et pousse l'audace jusqu'à prendre Dieu à témoin.Voulez-vous le voir?Il est à côté, gardé par notre gendarme.— Pas maintenant; voyons d'abord les lieux." Le maire le conduisit à la cuisine et lui montra le couteau, le mouchoir, et la place où on les avait découverts.— Il est étonnant que ces objets aient été si mal cachés, dit le juge; ils semblent avoir été placés là à dessein pour qu'on les y trouve.Le curé a-t-il dit quelque chose lorsqu'on a trouvé le couteau?— Non, 11 a joué la stupéfaction et affirmé son innocence.On se rendit, par le corridor sombre, jusqu'au palier de la chambre de la sacristie.— C'est Ici que le meurtre a été commis, déclara le maire.L'assassin a dû attendre sa victime dans ce coin, derrière la porte ouverte.— Comment le curé pouvait-il arriver là avant Mme Blanchard, s'il l'avait laissée à sa porte?— Il a pu suivre le grand escalier, et se glisser ici pendant qu'elle priait dans l'oratoire.— Vous avez raison.Ouvrez maintenant la porte.C'est vous naturellement qui avez étendu ce drap sur la morte?— Non, non; nous l'avons trouvé ainsi, et nous l'avons seulement soulevé juste assez pour nous assurer de la mort et de l'identité de la victime.— C'est très étrange.Un assassin ordinaire n'aurait pas perdu son temps à faire cela! C'est ce qui trahit la main d'un ecclésiastique.Comment le curé s'est-il comporté lorsque vous avez découvert le cadavre?— A notre grande surprise, d'un seul regard il reconnut aussitôt le cadavre, tandis que nous pouvions à peine distinguer le drap mortuaire.Il s'agenouilla ici comme pour prier.— Est-il tout à fait certain que le sacristain n'était pas dans la maison à l'heure du crime?demanda le juge au maire, alors qu'ils remontaient ensemble l'escalier.— Cela est absolument prouvé et reconnu par le curé lui-même.Personne autre que le curé et la victime n'était dans le cloître.— Ce serait là une preuve accablante de la culpabilité du curé.Passe-t-il pour être avare?— Au contraire, il est plus charitable que ses moyens ne le lui permettent.— Hum! peut-être a-t-il contracté des dettes pressantes?— Non, pas à ma connaissance.Mais il est pauvre, et il a une mère pauvre qu'il désirait depuis longtemps prendre avec lui.Elle venait justement de lui rendre visite; elle est repartie pour Aix à peine une heure avant le crime.— Hum! il me vient une idée.Sa mère aurait pu emporter l'argent à Aix.— Comment expliquer alors la quittance signés ' par la défunte?— Il pouvait facilement obtenir par ruse cet écrit de la bienveillante dame; par exemple en lui disant qu'il avait déposé la somme dans une armoire de la sacristie, et qu'il voulait la lui compter là-bas.Mme Blanchard aura signé le reçu pour ne pas être obligée de revenir Bur ses pas, et sur le chemin de la sacristie elle aura reçu un coup de couteau au lieu de l'argent.— J'admire votre perspicacité, Monsieur le juge.Tout s'ajuste très bien; cela doit être ainsi.— Bien, mon cher maire, un télégramme à Aix pour recommander cette dame Montmoulin à l'attention spéciale de la police.Maintenant nous allons vite, pour la forme, interroger la vieille servante.Ensuite viendra le tour de l'inculpé.— 141 — CHAPITRE XI L'Interrogatoire La vieille Suzanne se lamentait, sanglotait, la figure dans son tablier, au point d'émouvoir un rocher.Est-ce qu'on la regardait comme la meurtrière de la bonne dame Blanchard?On n'avait qu'à le dire : elle n'en serait pas étonnée, puisqu'on avait l'audace d'accuser un homme bon, pieux, saint, comme Monsieur le Curé! Elle assura que le couteau avait manqué le matin, que le curé lui avait dit, avant dix heures, être indisposé, vouloir se reposer et n'avoir pas besoin d'elle pendant la journée.En quittant le cloître, elle avait rencontré Mme Blanchard, qu'elle n'avait pas revue.— Et vous avez vu Mme Blanchard entrer dans le cloître?Quelle heure était-il?— Je puis vous le dire exactement.Dix heures sonnaient.Elle me salua et me demanda si l'abbé Montmoulin était seul, et je répondis : oui, tout seul.En effet, sa mère était déjà partie.— Sa mère avait-elle un sac ou un petit panier à la main, lorsqu'elle sortit?— Oui, M.le Curé lui avait confié un sac rempli de linge, je crois, pour le réparer.— Vous avez dit que le curé était tout seul dans le cloître lorsque Mme Blanchard y est venu.En êtes-vous absolument sûre?— Oui, tout à fait sûre.— Le sacristain n'était-il pas là?— Non, le coquin est parti dimanche soir pour Marseille, et il n'est pas encore revenu.— Eh bien, Mademoiselle Suzanne, quelle est maintenant votre opinion?Si le curé était tout seul avec la vieille dame dans le cloître, sur qui le soupçon doit-il retomber?— Je ne sais pas.En tout cas, pas sur M.le curé, qui est un si saint homme.Sur ces entrefaites, le Docteur vint dire que le couteau de l'abbé Montmoulin avait certainement servi pour faire la blessure mortelle.Puis on avait trouvé sous la morte un bout de cierge et un chandelier.Le chandelier fut reconnu comme la propriété du curé, et le juge vit dans cette nouvelle circonstance une confirmation de son opinion.— Nous avons actuellement tout l'enchaînement des preuves, dit-il avec satisfaction.Nous allons en faire sentir d'un seul coup le poids à l'inculpé, et je serais étonné s'il ne baissait pas un peu le ton.Ce disant, M.Barthelot se rendit dans l'appartement du curé où il prit place près de la table avec son secrétaire, et fit amener le prisonnier.Sur la place, on discutait le terrible événement.Jusqu'à la pointe du jour, l'abbé Montmoulin avait dormi sur son lit, dans un état de complet abattement.Il fut réveillé par le bruit des curieux qui se pressaient toujours plus nombreux sur la place.A peine les portes s'étaient-elles ouvertes avec l'aurore, en effet, que l'effrayante nouvelle du meurtre volait de maison en maison.Devant le cloître, on discutait à voix haute le terrible événement.De sa fenêtre même fermée, l'abbé Montmoulin pouvait entendre les jugements défavorables portés par certaines personnes auxquelles il n'avait fait que du bien.Ainsi est fait le cœur de l'homme, plus disposé à croire de son semblable le mal que le bien.C'était donc une terrible réalité, et non pas seulement un mauvais rêve! Le prêtre repassa mentalement les détails de la triste soirée, les motifs qu'il avait de se sentir lié au secret par la pseudo-confession de Loser; et après s'être confié de nouveau à son divin Maître, il dit ses prières avec un calme qui impressionna le gendarme préposé à sa garde.Enfin, vers dix heures, on le mena devant le juge d'instruction.Celui-ci le reçut avec bienveillance et lui fit prendre place en face de lui.— Je n'ai pas besoin de vous parler de la triste circonstance qui m'oblige à vous dresser procès-verbal, commença-t-il, elle vous est connue, Monsieur le Curé.Comme ami, je vous conseille un aveu immédiat; c'est le seul moyen d'échapper à l'arrêt de mort L'abbé Montmoulin remercia le juge de sa bienveillance et protesta de son Innocence.— On vous prouve que Mme Blanchard est venue chez vous hier à dix heures pour prendre une grosse somme d'argent.Comment expliquez-vous son assassinat commis pendant que vous étiez les deux seules personnes sous ce toit?— 142 — — Est-il prouvé que nous étions les seules personnes ici?— Certainement, Votre servante n'était pas ici à l'heure du meurtre.Il en est ainsi du sacristain auquel vous aviez le soir précédent donné et peut-être offert un congé.Vous avez vous-même reconnu, qu'à votre connaissance, celui-ci n'était pas revenu.M.le curé aurait pu répondre : "Peut-être est-il revenu sans que je le sache".Mais la crainte de porter atteinte au secret de la confession l'empêcha de donner cette réponse permise.Il fit seulement l'observation générale que quelqu'un avait bien pu se glisser dans le cloître.— Avec cette réponse, vous ne satisferez aucun tribunal.Encore une chose! Connaissez-vous ce chandelier?— Certainement; c'est celui dont je me sers près du missel; je l'avais perdu hier matin.— Et savez-vous où on l'a trouvé?.Sous le cadavre.L'abbé Montmoulin changea de couleur.Il sentit que le poids des preuves apportées contre lui était encore plus écrasant qu'il ne l'avait pensé.Involontairement, une larme jaillit de ses yeux, et il dit d'une voix émue : — Les apparences sont contre moi, mais je suis innocent; Dieu m'en est témoin.Comment en serais-je venu à commettre un tel crime?— Si l'on ne découvre pas l'argent ici, votre mère l'aura mis à l'écart dans son sac.En tout cas, elle sera emprisonnée comme complice.— Ma mère! s'écria l'abbé Montmoulin, pâle d'effroi.Pour l'amour de Dieu, ayez pitié d'elle! Ce serait sa mort, supplia-t-il.— Avouez, répondit le juge inexorable, et votre mère sera traité avec le plus grand ménagement Autrement, je la fais emprisonner ouvertement.Quant à vous, on vous traitera sûrement comme un vulgaire assassin.Un prêtre qui commet un tel crime mérite la honte dix fois plus qu'un meurtrier ordinaire.— Je peux seulement vous renouveler la protestation de mon innocence; et pour le reste m'en remettre à la disposition de Dieu, dit le prêtre avec résolution.— Le juge d'instruction haussa les épaules, fit lire par le secrétaire le procès-verbal, et le présenta à l'abbé Montmoulin pour qu'il y apposât sa signature.L'inculpé eut comme le pressentiment qu'il signait là son arrêt de mort.Le juge Barthelot fit alors entrer les gendarmes et leur remit le prisonnier en disant : — Enchaînez-le! GAGNANTS DES CONCOURS DE JANVIER Odette Chénier, pensionnat St-Polycarpe, Soulange, P.0.— Jean-Jacques Vennes, 84 Ste-Catherine, Grand'-Mère.— M.-Anne Bourget, 9551, rue Hochelaga, Terrasse Vinet, Montréal.— Anne-Marie Laramée, Orphe- linat St-Joseph, Ottawa, Ont.— F.Fernand Moreau, Juvénat St-Joseph, La Pointe-du-Lac, P.Q.¦— Aima Desmarais, école Ste-Anne, coin Chapel et Myrand, Ottawa, Ont.— Richard Lymburner, 555 Eastern Ave.Fall Riever, Mass., U.S.A.— Jacques Leblanc, 1685 Parc Lafontaine, Montréal.GRAND MERCI au R.P.RICHARD, O.F.M., Direc- vignettes (Photos: Rie.) mises à la disposition de teur de l'intéressante revue "La Famille", pour les jolies "L'Abeille".TJn coup de sifflait strident strie l'air tranquille de la montagne.Des murmures et des exclamations répondent à ce signal.TJn panache blanc apparaît au loin, il brille dans le crépuscule.C'est le train! Mais oui, c'est le train qui dessert une petite station où de nombreux skieurs attendent ce convoi qui les ramènera chez eux.Il grimpe lestement la pente, tout petit mais plein de vie, plus vite encore en apercevant la station car il sait y avoir quelques instants de répit.TJ s'avance haletant, suivi d'un bruit de forge, puis doucement, docile, sous la poigné de l'ingénieur, il s'arrête le long du quai pour permettre :ui\ voyageurs de monter.Les voyageurs s'y engouffrent les portes se referment sur eux, la cloche tinte, un coup de sifflet déchire l'air, le petit train s'ébranle lentement, comme à regret il quitte le quai.Se ranimant, dans une course folle, il dévore des milles de rail pour mener à destination les passagers qu'il porte dans son flanc.Le petit train c 'est une bonne bête mécanique qu» ressemble à beaucoup de gens; il a pour tête une locomotive, qui fonctionne pourvu qu'on la bourre de.combustible.Marcel Bergeron.— 143 — UNE GREVE AVORTEE Le frère Jean, professeur de septième à l'école X.explique une leçon de mathématiques à ses trente-cinq élèves.C'est une après-midi d'octobre, Le ciel, d'un gris cendré, annonce une pluie prochaine.Un fluide magnétique emplit l'atmosphère et surexcite les imaginations et les nerfs.Le frère Jean s'aperçoit que ses élèves n'écoutent pas comme à l'ordinaire.Il se sent lui-même plus agité, plus irritable et ne parvient pas à contenir quelques saillies d'humeur.— Allons, Lucien, j'en ai assez de votre bavardage.Vous resterez en retenue à quatre heures.Lucien Renaud, en bon espiègle, cesse un moment d'agacer son voisin, Jacques Dumoulin, aussi turbulent que lui.Le frère continue l'explication d'un problème d'arithmétique.Tout va bien durant quelques instants.Puis, la dissipation s'empare de nouveau des écoliers.— Encore vous, Jacques, reprend le professeur, vous resterez en retenue à quatre heures.La classe se termine enfin, non sans quelques autres apostrophes adressées aux plus remuants.Les élèves partis, le frère Jean repasse un moment sa journée ; peu encourageante, à la vérité : des écoliers indisciplinés, des punitions.Que sera le lendemain ?Après un moment de mélancolie, le professeur entreprend consciencieusement la correction des devoirs de la veille.Mais Lucien Renaud et Jacques Dumoulin sont deux copains.Une fois leur retenue terminée, il complotent une petite vengeance contre leur maître.— Si tu veux, Jacques, dit Lucien, nous allons faire une grève, ce soir.— Quelle grève?— Nous ne ferons pas de devoir?— A quoi cela servira-t-il ?de reprendre Jacques.— Cela servira à montrer au frère que nous en avons assez, nous aussi, de ses pensums et de ses retenues.— C'est vrai! — Bien plus que cela, Jacques, si tu veux, nous allons monter la tête des autres gars et nous allons organiser une grève en règle.— C'est bon, mais ce n'est pas sûr que tu réussisses.Et, au sortir de l'école, nos deux espiègles sont résolus à gagner des adhérents à leur cause.Des enfants jouent sur la cour.Us ont organisé une partie de ballon.La plupart des élèves de la septième sont là.— Tiens, la chance nous court, dit Lucien.— Venez jouer au ballon, leur crie alors Paul Tremblay, un sportif enthousiaste.Mais Jacques et Lucien ont l'esprit à autre chose.Us appellent un de leurs amis.— Viens ici, une minute, Gérard.— Qu'est-ce que vous voulez?— Nous voulons te dire quelque chose, se hâte d'ajouter Lucien.As-tu fait ton devoir?— Bien non! pourquoi?— Nous autres, nous n'en ferons pas ce soir.11 est presque cinq heures.Avec ça, un devoir deux fois plus long que d'habitude.— Vous allez vous faire punir.— Nous faire punir, continue Lucien?Nous sommes habitués aux punitions.Et puis, penses-tu que si tout le monde faisait comme nous, le frère nous punirait?Pendant ce temps, deux ou trois autres écoliers se sont approchés, tous plus ou moins sympathisant avec les petits rebelles.— Si vous voulez, les gars, dit Lucien d'un air d'autorité, nous allons faire la grève ce soir?Tout le monde veut-il?— C'est bon, c'est bon, de crier les jeunes mutins.A ce moment, Paul Tremblay, qui s'impatiente de voir partir ses joueurs, s'approche du groupe, suivi des autres élèves.— Qu'est-ce que vous faites ici, crie-t-il en arrivant?Avec ça, pas moyen de jouer! — Oui, la grève ce soir, reprend Paul Tremblay, et demain, deux fois plus long de devoir, sans compter les punitions.— Espèce de peureux! dit Lucien, c'est toi qui va nous faire manquer notre coup.Nous la ferons quand même, la grève.— Veux-tu que je te le montre, si je suis peureux, répond Paul, en s'approchant résolument de son interlocuteur.Et ses petits poings crispés s'apprêtent à frapper pendant que le groupe se divise en deux camps prêts à assister à une scène de pugilat.Tous les élèves connaissent la force et la souplesse de Paul.Aussi Lucien a-t-il reculé de plusieurs pas en criant : — Ne fais pas ton fantasque ! — 144 — — Tu es meilleur pour parler que pour agir, répond Paul.En tous cas, s'il y en a qui veulent faire la grève à cause de ce peureux-là, faites-la, moi, je ne la fais pas.— Moi non plus, ajoute Réal Dupont, un ami de Paul Tremblay.Je ne tiens pas à me faire punir pour faire plaisir à Lucien Renaud.— Moi non plus, moi non plus, ajoutent plusieurs autres.— Vous n'avez pas pensé à quelque chose, les gars, reprend Roger Laferté, qui s'était tu jusque-là.Demain, c'est la fête de notre professeur.Si nous nous mettons en grève nous aurons des punitions et la journée sera plus mauvaise que d'habitude.Nous serions bien mieux de faire notre devoir et de préparer une surprise au frère.— Ça, c'est une bonne idée, ajoutent plusieurs élèves.Qu'est-ce que nous allons faire?— Si vous voulez, je vais demander à mon grand-frère de composer une adresse.Et puis, il y en a qui savent des déclamations.— Moi j'en sais.moi aussi! moi aussi! — Alors, nous organisons une petite fête.De plus, si nous allions à la messe demain matin ! — Hem ! il va falloir se lever de bonne heure ! — Pour une fois, répond Roger, on n'en sera pas plus mal.Nous irons à la messe de 6 heures 45.— Moi, je n'irai pas, dit Lucien Renaud.— Fais comme tu voudras, lui riposte Paul Tremblay; fais.ta grève, nous autres, nous y allons.— Donc, continue Roger Laferté, la messe demain, puis notre petite fête.Que personne ne le dise, il faut que ce soit une surprise pour notre professeur.Là-dessus, le groupe se disperse, Roger Laferté et Lucien Renaud qui demeurent sur la même rue font route ensemble.— Pourquoi ne viendras-tu pas à la messe, dit Roger à Lucien?— J'en ai assez des punitions du frère.— C'est vrai qu'il t'a puni, mais tu l'avais mérité.Demain, tâche d'être tranquille.Tu sais, si nous faisons les choses comme il faut, le frère peut nous récompenser.Il y a des histoires, un congé de devoir! — Je vais voir à ça.Le lendemain, à la messe de 6 heures 45, le frère Jean ne fut pas peu surpris de voir la majorité de ses élèves groupés dans la rangée de bancs du bas-côté.La plupart s'approchèrent de la table sainte.Lucien Renaud, l'espiègle, était du nombre; mauvaise tête, mais bon cœur.La petite fête eut lieu.Roger Laferté lut l'adresse; Paul Tremblay et Maurice Gagnon déclamèrent.Le frère, ému, remercia ses élèves puis leur promit une histoire durant l'après-midi et une surprise pour le soir.Durant ce jour, Lucien Renaud et Jacques Dumoulin furent plus sages que d'habitude.A quatre heures, le frère annonça un congé de devoir.Une salve d'applaudissements accueillit cette nouvelle et, la classe terminée, Paul Tremblay organisa une partie de balle sur la cour.Tout le monde jouait avec entrain, y compris Lucien Renaud et Jacques Dumoulin qui ne pensaient plus à leur grève.avortée.Dullard Des Ormeau.r.(Photo: Rie.) — 145 le BonHomme sept heures Chaque soir, sa mère lui serinait le même refrain : "Si tu sors, le Bonhomme Sept Heures" va t'emporter dans sa voiture grise,.et puis, tu sais, les hommes saouls volent les enfants qui se promènent seuls." Aussi le petit Paul qultta-t-il fort effrayé la maison de grand-père.— Reste à coucher", lui avait conseillé celui-ci.— J'ai promis à maman de retourner tout de suite après souper.Et il était parti dans le grand vent.C'était un soir d'hiver à pierre fendre, sans lune et sans étoiles.La bise se ruait à l'assaut de nuages plombés, gonflés de neige, qu'elle bousculait sans pitié, et, là-bas, dans les grands bras souffrants des arbres en délire, ululait."Hou, hou, hou." chantait le vent.L'enfant s'alarmait au souvenir d'histoires lugubres de feux-follets et de loups que forgeaient les voisins pour s'amuser de sa peur."Hou, hou, hou." Afin de soutenir son courage défaillant, Paul se répétait à haute voix; "Je n'ai pas peur; non, non, je n'ai pas peur, il n'y a pas de loups".Afin de soutenir son courage défaillant, Paul se répétait à haute voix : 'Je n'ai pas peur; non, non, je n'ai pas peur, il n'y a pas de loups".Mais brusquement "hou, hou ! ." les loups hurlaient de plus belle : un chien aboyait au loin.Avec des frissons par tout le corps, le petit gars pointait vers le bois des regards effarés comme s'il craignait d'y voir surgir une armée de bêtes.Seul dans le grand froid, il trottinait pour se garder les pieds chauds.A chaque pas, la flamme de sa lanterne sautillait comme une langue d'or.Ainsi avançait-il courbé sous les rafales qui lui picotaient la figure, écrasant parfois de sa rude mitaine les larmes qui roulaient sur ses joues glacées.Peu de va-et-vient, ce soir; à long intervalle, un traîneau filait sur la route cuirassée de verglas.Au deuxième rang, Paul activa sa course en rabâchant toujours son "Je n'ai pas peur".Et pareils aux ailes d'un noir corbeau, les pans de son paletot claquaient au vent, tandis que, sous ses bottines neuves, la neige criait comme une poulie.A tout bruit insolite, le petit s'arrêtait hors d'haleine et scrutait les alentours d'un air de souris craintive : le refrain du "Bonhomme Sept Heures" sonnait toujours à son oreille.Encore quelques minutes, et il serait arrivé.Juste à temps pour la prière .Il se voyait bien au chaud près du poêle pétillant.Déjà c'était le carrefour.Un traîneau dont le tintement éperdu de la gre-lottière s'approchait depuis quelque temps arriva dare-dare et lui barra le chemin."Tu vas te geler, petit, grommela une voix de rogomme.Monte avec nous".Deux inconnus le reluquaient.Que lui voulait-il ?"Des hommes saouls ! ! " Cetfe pensée s'agrippa à son cerveau.Pris de panique, de toutes ses jambes, de huit ans.Paul détala; et tant il courait que la neige semblait gicler de ses semelles.Du coup, les deux hommes s'esclaffèrent d'un grand éclat semblable à la pétarade d'un moteur, et l'un d'eux s'écria : "Mais, aie pas peur, le p'titl Aie pas peur !' Talonné par une folle terreur et cette voix effrayante, l'enfant plongea sous une clôture et décampa par le champ.Une grange ! Laquelle ?Impossible à dire : la peur lui embrouille la vue.Une porte; vite, il s'y engouffre, et tel un oiselet égaré qui retrouve son nid, il se clapit à croupetons dans le foin, la gorge et les poumons en feu et le cœur trépidant.Bien qu'au loin frissonne le carillon de grelots, il entend encore les cris des hommes vibrer à son oreille, là, tout près .Devant lui, la vue se heurtait à des masses d'ombres.Sous la poigne d'une peur immense, au moindre crépitement de foin froissé, il se rencognait davantage.Il se sentait cerner de toutes parts.Par qui ?Par quoi ?Il ne savait pas.Il aurait voulu se lever et fuir n'importe où .mais fuir .Quelque chose de plus fort le rivait au sol, un poids plus lourd écrasait sa poitrine : l'oppression de la peur qui annihilait ses révoltes.Puis il se fit en lui un demi-calme.Il pensa : il se vit dans cette grange noyée de ténèbres, guetté par deux hommes, incapable de s'enfuir.Il imagina sa mère dans les transes à cause de son retard.Les larmes jaillirent en hoquets convulsifs, et les épaules lui tressautaient sous les sanglots."Papa, murmurait-il croyant crier très fort, au secours !" Ah ! si son père était ici, il ne craindrait pas ces vilains hommes .Telles étaient ses pensées quand un clou claqua avec le bruit sec d'une détonation de carabine.Paul sursauta.Horreur I la porte lentement s'ouvrait avec un grincement qui lui pinçait le cœur.Et là, une lumière entra en dansant comme un feu-follet.Vivement, elle s'approchait de lui.Livide, recroquevillé les genoux au menton, Paul suivait des yeux cette lumière éreintée qui traînait maintenant jusqu'à son abri des ombres informes et affreuses.Il étouffa soudain un cri d'épouvante.Nul doute, il a vu un hom- — 146 — me.un des hommes saouls porte ce falot ! Il le cherche pour l'enlever I Surprise.L'inconnu passe tout droit sans le voir, prend une chaudière et part en faisant crisser la porte dans un méchant rire qui évoque celui de la route.Pendant combien de temps l'enfant se tint-il sur le qui-vive, l'oreille au guet, dans la crainte d'un retour subit ?Quelques minutes, peut-être.Ça lui parut une éternité.Bientôt ce silence chargé de menaces fut troublé.Comme dans un geignement, avec toute l'acuité de la nuit et du froid qui cristallisent les moindres bruits, l'âme de la grange s'éveillait et gémissait par à-coups dans le bruissement du foin et les craquements de sa carcasse vermoulue.D'une manière confuse d'abord, les histoires entendues chez lui dans les veillées, à la flamme de la lampe, palpitèrent en la mémoire de Paul.Puis d'un bond, elles se dressèrent en épouvantails qui taraudèrent sa raison.Il percevait les voix des veilleux et leurs "peurs" à faire dresser les cheveux : tour à tour défilèrent les voleurs, les hommes saouls, les loups mangeurs d'enfants, les feux-follets et les apparitions.Malgré le vent qui cornait au dehors, malgré le froid piquant qui soufflait aux joints des planches, les sueurs inondaient le visage de Paul.Et son cœur, très gros, s'affolait, toquait fort, oh, si fort et ce martèlement en sa poitrine, qu'il lui faisait mal ! Tout ce qu'il augurait de terrible dans cet océan noir l'horrifiait.Pour ne plus rien voir, il s'enfouit le visage entre les mitaines.En vain.L'inapaisable peur grimaça dans ses plus hideux visages : encore et encore son imagination débridée se peuplait d'horreurs aussitôt volatilisées pour surgir sous d'autres formes.Aux maisons et aux granges hantées succédèrent les spectres et les revenants qui trimbalaient leurs chaînes.Sa raison chavirait.Tout à coup, il se souvint du vieux quêteux inhumé l'année précédente, oh ! ce quêteux dont il s'était moqué ! ! Voici qu'il soulevait la terre de son tombeau, quittait le cimetière et accourait vers la grange pour le tuer .Une seule pensée : écarter l'horrible vision.Son geste de répulsion lui découvrit brusquement les yeux.C'est alors que l'hallucination aidant, toutes les vagues silhouettes de la grange se précisèrent à ses yeux, se metamorpherent en je ne sais quoi d'affreux qui avait tailles de squelettes.L'enfant les compta.Un, deux, trois, un autre surgit, puis un autre, et encore un autre.Partout autour de lui.ça se mouvait, ça fringuait.Et le cercle se resserrait avec des crépitements d'os.Plus qu'il ne les voyait, Paul devinait des doigts décharnés, souples comme des serpents, des mains étendues, avides de le saisir.Elles s'approchaient toujours.Impossible de leur échapper I Par avance, il en éprouvait le froid mortel : hors de sens, de la tête, des bras, dos pieds, il se débattit sous l'étreinte, s'efforça de crier, mais les mains impitoyables étranglèrent le son dans sa gorge.Il défaillit.Une sensation de doigts dans la figure le tira de son inconscience : une souris grimpait sur sa joue.Il poussa un cri auquel fit écho le chant d'un coq dans le poulailler.D'autres souris farfouillaient dans la pénombre qui s'escamotèrent de tous côtés."Où suis-je ?" demanda l'enfant.11 eut beau papilloter des yeux, il ne comprit pas ces nids d'hirondelles collés aux poutres, ni, à droite, ces machines aratoires constellées de boue.Puis comme une balle projetée contre un mur, le souvenir de la nuit rebondit dans sa mémoire.Une dernière fois, il cria : "Papa, au secours".De nouveau, il s'évanouit.Les premiers rayons d'un froid soleil de janvier se coulaient timidement par une lucarne oblongue, tamisée de toiles d'araignées, pareilles à des rideaux déchirés, et où pendillaient des mouches prises au filet.Pendant ce temps, à la maison, le père encourageait la mère en émoi : "Voyons la mère.Pourquoi te donner du tintouin ?Il aura encore couché chez son grand père, le "p'tit poison!".Après maintes recherches, il fallut se rendre à l'évidence : l'enfant s'était "écarté" ou on l'avait enlevé.Aussitôt, on organisa une battue dans les bois.Avec l'aide de quelques amis, Jean, l'aîné des garçons, fouillerait les "bâtiments".Flanqué de "Jack", le gros danois, il les visita un à un.Toute espérance croulait lorsque, en ouvrant la grange de M.Blondeau, "Jack" aboya.Etonnement de ne voir personne.Derechef un second aboiement, sans aucune fureur, joyeux même.Museau à terre, voici le chien courant vers le poulailler puis, soudain, il disparaît entre deux poutres.Bien significatifs, des jappements menus éclatèrent."Il est là!" s'exclama Jean.Tous de se précipiter.C'était bien là.A côté du petit corps étendu, "Jack" gambadait en passant sa langue rêche sur le front de son jeune maître.On transporta le petit retrouvé à la maison.Visiblement la fièvre le brûlait.Par moment, son regard devenait fou.D'autres fois, l'enfant s'agitait dans son délire."Les hommes saouls ! Le quêteux ! Oh, les méchants ! "criait-il tandis que la démence luisait dans ses yeux, dans son visage convulsé par l'horreur d'une terrifiante vision.Force fut de l'envoyer à un hôpital de la ville."Une crise nerveuse, dit le médecin.La peur a dû lui troubler la raison.J'ai confiance qu'il en reviendra.Mais les pieds sont gelés : il perdra les orteils et boitera sa vie entière ." Lors d'une visite de ses parents, le petit, revenu à la raison mais infirme, raconta tout : son départ, sa peur du "Bonhomme Sept Heures", la rencontre des hommes saouls, sa fuite échevelée et surtout la terrible nuit dans la grange.L'on vit la mère, cette rude paysanne, s'éloigner du petit lit blanc en ravalant un sanglot."Pourquoi lui avoir fait peur avec toutes ces men-teries ?.Informe, infirme pour toujours, mon petit Paul, et par ma faute ." Maurice BOUTHILLIER — 147 — Générosité (Courtoisie de l'Action Catholique)
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