L'abeille /, 1 janvier 1947, avril 1947
TABLE DES Jésus apparaît à Marie Madeleine .225 A qui les bicyclettes ?.226 TOLLE!.Crucifiez-te !.227 Jésus est ressuscité, alleluia ! .228 Concours de Pâques .228 Fête du- Patronage de saint Joseph .228 Fleurs de sang .229 /> Frère Colman-Eugène .233 Jean-Marie de la Mennais .234 Martyrs du Christ .236 Bricolage.— Mots pour rire .239 Des oies à une patte .240 Le coin de la jeune fille .242 Mots croisés .245 MATIÈRES Ecole Prévost, Fall Hiver.246 La physique au service de la médecine .247 Le Congrès des Fées .248 Un jeune artiste : Remi Crète .249 Jésus et les hirondelles .249 Imbécile, va I.(saynète) .¦ • ¦ 250 Légende des deux larrons .251 Ecole supérieure Prévost .262 Amusons-nous.Devinettes .253 L'Abeille en France .254 Le courrier de l'Abeille.255 L'Abeille aux Etats-Unis .265 Les trois épis (chant.) .256 A QUI LES BICYCLETTES?Le tirage promis pour Pâques a eu lieu.Les numéros qui suivent sont sortis de l'urne dnns l'ordre indiqué : 1er, le numéro 13713 de février; 2e, le numéro 8201 de décembre, 3e, Eugène Boivin, de Chicoutimi, (1) 4e, le numéro 20368 de septembre, 5e, le numéro 23002 de janvier, 6e, le numéro 12955 d'octobre, 7e.l'école Ste-Eulalie, Montréal.(1) Nous avons tiré plusieurs numéros au cas où quelques-uns seraient perdus et pour que les garçons et les filles aient leurs chances, car nous n'avons aucune indication nous disant où et qui sont les possesseurs de ces numéros.Les trois premiers pourraient se trouver parmi les garçons.Dans ce cas, le numéro 13713 seul est bon, et les deux suivants sont annulés, car il n'y a qu'une bicyclette pour les garçons, et la deuxième irait au premier (1) Tel qu'annoncé, page 25 de l'Abeille de septembre 1946, les écoles ou zélateurs et zélatrices, avalent des chances supplémentaires sur ces bicyclettes : a) UNE pour chaque abonnement à 75c.ou $1.00; b) UNE par 20 abonnements d'élèves.numéro suivant détenu par les filles.Si, au contraire, les deux premiers numéros appartenaient à des filles, le numéro 13713 vaudrait la bicyclette à son propriétaire ; le numéro 8201 serait nul et la bicyclette pour garçons irait à Eugène Boivin, TRES IMPORTANT.— Dès que vous aurez reçu votre "Abeille" d'avril, cherchez vos numéros précédents pour savoir si vous avez l'un de ces 5 numéros "Chanceux".Si oui, écrivez votre nom et votre adresse, bien lisiblement et au complet, sur le coupon; puis, adressez-le, au plus tôt, à : L'ABEILLE, La Prairie, P.Q.Vu l'importance de ce coupon, nous vous conseillons de recommander votre lettre pour qu'elle ne se perde pas.Si le gagnant était de France ou d'un autre pays éloigné, il devrait nous faire parvenir son coupon par avion afin de ne pas retarder l'attribution des prix.Si l'un ou l'autre des gagnants est étranger au Canada, un montant en argent remplacera la bicyclette, vu la difficulté qu'il y aurait à lui faire parvenir cette dernière.Et maintenant nous avons, comme tous nos Lecteurs et Lectrices, une hâte bien légitime de connaître les heureux gagnants.L'ABEILLE Paraît tous les mois, juillet et août exceptés.Publiée avec l'autorisation de Son Exc.Mgr l'tvêque de Saint-Jean, et la permission des Supérieurs.Directeur : Frère ARATOR-JOSEPH, La Prairie, P.Q.Une messe est dite tous les mercredis au» Intentions des abonnés.Enregistrée au CANADA comme matière postale de seconde classe.— 226 — TolleL.Enlevez-leL.Au cours de sa Passion, Jésus connut toutes les ignominies comme tous les tourments.Sa vie entière fut le plus admirable modèle offert aux hommes.tous ses pas furent accompagnés de prodiges.Il passa en faisant le bien.et malgré cela on le saisit, on le maltraita, on l'outragea, on le mit en parallèle avec le plus grand des malfaiteurs, et le peuple, aveuglé et ameuté par ses chefs, lui préféra l'infâme Barabbas.Aujourd'hui Jésus n'est guère mieux traité.Dans bon nombre de pays, il est mis hors la loi en la j>ersonnc de ses ministres et de ses disciples.Sa passion se renouvelle dans les tourments et la mort infligés aux catholiques.D'autre part, que de chrétiens même préfèrent leurs plaisirs et leurs passions à Jésus et à sa loi !.Chaque fois que nous commettons le péché, ne disons-nous pas à notre tour : "Nous ne voulons pas de Jésus.ôtez-le !.A nous plutôt le plaisir défendu.à nous toutes les libertés !." • Aujourd'hui où le communisme menace et persécute partout Jésus et son Eglise, attachons-nous plus fortement que jamais à ce bon Maître.Nous aurons à souffrir probablement pour lui demeurer fidèles, mais il faut choisir entre Dieu et le démon, entre l'Eglise et le communisme.Jésus n'est Que dois-je luire de Jésus ?.Enlevez-le !.Qu'il soil crucifié !.parvenu à la gloire de sa Résurrection et de son Ascension qu'après avoir subi les tourments de la Passion.Nous-mêmes nous n'arriverons au ciel qu'en marchant à sa suite, en prenant notre croix et en faisant une guerre acharnée à nos défauts, à nos passions et à tous les ennemis de notre salut.EXERCEZ - VOUS.Problème.— M.et Mme Durand se promènent avec leurs deux enfants.Ils veulent traverser une rivière et ne trouvent qu'un canot pouvant porter au maximum 150 livres.Or M.Durand pèse 145 livres, sa femme 140 et les deux enfants 144 livres.Comment faire?letuieid e[ jeipjeip |ue|Aej lupjue ,j e| ie emes esjOAixii ejeui D| uueiAej xnep un,! .'nrieAnou ep luessixiea' s)Uojue xnep se"! |ue|Aej turque ,£ e| je esjeADii "meg enhin>q -uie,s ejed e| sjop .'ioudo e\ dsao iuoia&i un t .'pjoqop luesjeADJt siuojue j soi — -esnode)} Lu sur un monument funéraire dans un cimetière : ICI REPOSENT : 2 arand'mères avec leurs 2 petites-filles; 2 maris " 2 femmes; 2 mères " 2 filles; 2 mères " 2 Hls; 2 filles " 2 pères; 2 frères 2 sœurs.Combien de dépouilles en tout ?— Expliquez votre réponse.• •ebDjjDUi eo ep e[|ij eun jne \o oj|iid | ep sm e| Dsnode oaiisa enboip :srfj i |ueme seAiiOA xnep : semnodep XIS — ¦eroodfg — 227 — Jésus est ressuscite.: Alleluia !.: Jésus esl ressuscite !.Quelle surprise et (|iicllc joie ces mots ne causèrent-ils uns aux Apôtres le matin de Pâques ! Jésus, que ses ennemis avaient condamné à une mort si cruelle, était vivant !.Pierre et Jean vonlent s'en assurer.ils courent au sépulcre.constatent la disparition de Jésus.l'n ange leur confirme l'heureuse nouvelle et bientôt Jésus lui-même se fait voir à eux.Jésus a vaincu le démon et triomphé de la mort.Sa résurrection est la meilleure preuve de sa divinité et le Rage de notre propre résurrection.C'est cette pensée consolante qui a fortifié les martyrs et leur a donné la force d'affronter tous les supplices pOW demeurer fidèles à leur foi.Quand la tristesse ou le découragement nous accablent, pensons que tout cela passera ; que cette vie est courte, et que nos peines et nos misères, supportées avec patience et résignation, nous procureront au ciel une joie et un bonheur sans fin.CONCOURS de PAQUES lo.— Quelles revues de Jeunesse sont reçues dans votre école ?2o.— Auxquelles étes-vous abonné ?3o.— Laquelle a vos préférences ?Pourquoi ?.Indiquez quelques raisons.4o.— Quelles sont les histoires qui vous ont le plus intéressé cette année ?So.— Y a-t-il quelque chose dans la revue qui ne vous dise rien ?60.— Qu'est-ce que vous aimeriez à y trouver et qui y manque cette année ?7o.— Si vous êtes l'un des gagnants des concours, que préférez-vous ?.un dollar ou une "Abeille" reliée ?TOUT LE MONDE est Invité à prendre part à ce concours.Au moins cinq prix à gagner; davantage si le nombre des concurrents le justifie.Fête du patronage de saint Joseph Comme la fête de saint Joseph tombe toujours pendant le carême (19 mars), l'Eglise en reporte la solennité au troisième mercredi après Pâques (23 avril).Ce temps est plus favorable à la joie.En ce jour béni, recourons à ce bon patriarche avec la plus grande confiance.Demandons-lui de veiller sur l'Eglise et son chef, sur chacune de nos familles, et spécialement sur tous les enfants avec la même sollicitude qu'il veilla sur Jésus.Son pouvoir est sans limites, pourrait-on dire.Il n'a qu'à exprimer un désir; aussitôt Marie, son épouse, et Jésus, dont il fut le gardien et le protecteur, s'empressent de l'exaucer.• PRIERE O Joseph, gardien fidèle à qui Dieu confia Jésus, l'innocence même, et Marie, la Vierge des Vierges, protégez notre famille et faites que, pur de cœur et chaste de corps, je serve constamment Jésus et Marie dans une chasteté parfaite.-228 - FLEURS « $ ANC Le» bandits chinois venaient de s emparer de Jeanne.Ils poussèrent des hurlements de triomphe.Hélas ! préoccupé de l'enlèvement de la jeune héroïne, distrait un moment de la besogne d'humanité qu il entendait accomplir même au plus fort de la bataille, le lieutenant HENRY n'avait pu intervenir assez tôt pour épargner l'effusion du sang.Les matelots, fous de rage, venaient de venger sur les Boxers surpris dans 1 appartement tout le sang qui avait coulé dans leurs rangs.Sept cadavres gisaient, la tête fracassée.L'officier détourna la tête et des regrets amers lui vinrent au cœur, mais il n'eut guère le temps de se laisser aller à ses sentiments d'humanité.Une exclamation du ZOHOVt venait de le tirer de son rêve douloureux où il était plongé.Dans un coin de la pièce, l'enfant venait de découvrir la vieille religieuse, étendue sur le dos, les bras cachant sa figure, dans l'attitude d'une morte.Précipitamment il donna ordre à ses matelots de surveiller l'entrée de la fenêtre, car le moment n'était pas aux attendrissements.L'ennemi veillait; une seconde d'oubli pouvait être fatale.Le lieutenant, rassuré de ce côté, tout entier maintenant au devoir de sauver — s'il était encore possible — cette vie si précieuse, se pencha sur le visage de la Mère, écarta ses dents serrées.redoutant de découvrir l'atroce vérité.Au bout de quelques instants, il se releva.— Merci, mon Dieu I fit-il.La pauvre femme vit encore.Il lui fit d'énergiques frictions.La Soeur ouvrit les yeux, puis, en reconnaissant une figure amie, elle eut un vague sourire, bien- tôt voilé par une préoccupation qui l'obsédait même au sortir du rêve douloureux où elle était demeurée plongée.— Mes Sœurs > demanda-t-elle.— Vivantes, ma Mère, répondit l'officier.— Les enfants ?— Sauvées.— Jeanne ?Oh ! Jeanne qu'ils ont tuée, les misérables I — Non pas tuée !.non, elle vit.— Alors, où est-elle ?.Je veux la voir, dites.Monsieur l'officier I Le lieutenant ne répondit pas à la question.Hélasl disait-il vrai seulement lorsqu'il affirmait que la pauvre enfant était vivante?Peut-être à cette heure-là, tout près, ces tigres étaient-ils en train de la martyriser ' Cette angoisse pesait lourdement sur l'âme de l'officier, mais il n'en fit rien paraître.— Jeannel répétait la vieille religieuse.Je veux voir mon enfant! — Calmez-vousI dit doucement le lieutenant .Soyez tranquille.— Jeanne! Où est Jeanne?répétaient les lèvres tremblantes de la pauvre femme.Une syncope lui ferma les yeux, la saisit dans un nouvel évanouissement.Elle avait le cou tuméfié de la blessure qu'elle avait reçue, blessure providentielle, puisque les Chinois qui avaient emporté Jeanne, croyant la vieille Mère morte, l'avaient abandonnée comme un cadavre.— Emportez-la chez les Sœurs, ordonna l'officier.Deux marins la prirent doucement, la remirent aux mains des religieuses qui sanglotaient, pensant que l'assassin l'avait tuée.— 229 — L'attaque ayant changé de front, les matelots, sauf quatre qui demeurèrent de garde au dortoir, se réunirent dans la pièce où venaient de se passer les scènes que nous avons contées.Les sept cadavres des Boxers assommés furent jetés dans la rue.Des cris de fureur répondirent à cette funèbre manifestation, quelques coups de fusil furent tirés, mais la fenêtre était haute et ils n'atteignirent personne.Les Chinois, exaspérés, voyaient tous leurs efforts se heurter contre la défense héroïque des Français.Défense admirable dont le Zouave devait rester l'un des plus magnifiques héros.Deux jours se passèrent «ans alerte.On eût pu croire que l'ennemi, lassé de tant de ténacité, abandonnait l'attaque.Mais les abords de la maison étaient envahis.Les traîtres attendaient que les défenseurs, incapables d'être vaincus par la force, le fussent par la famine.Les Sœurs priaient pour les morts et soignaient les blessés.— Le couvent sera pris lorsqu'il ne restera plus un seul de nous vivant, disait l'officier à la supérieure.Et les matelots, toujours généreux, comprirent la nécessité de "se serrer l'estomac avec la grande courroie du sac", jeûnant héroïquement, n'acceptant que le quart de leur ration pour que les fillettes pussent manger à leur faim.Mais tous les cceurs étaient angoissés, plus encore à la pensée de Jeanne dont on ignorait le sort, qu'à l'appréhension de nouveaux dangers menaçant les défenseurs, les religieuses et les enfants.Jeanne tombée vivante aux mains de ces hideux Chinois, dont la férocité ne connaissait pas de bornes et dont l'ingénieuse cruauté savait trouver pour ses victimes des supplices inouïsI.Chez Pastoureau, la peine violente qu'il avait ressentie en apprenant la disparition de sa chère petite sœur, si miraculeusement retrouvée, redoublait la fièvre causée par sa blessure.Immobilisé par la douleur, il était plongé dans un noir chagrin, que seul le dévouement constant de ses admirables infirmières pouvait empêcher de tourner au désespoir.Le ZOMOVe s'était fait son gardien, et ce petit garçon, toujours à la recherche de quelque action d'audace, veillait le marin avec la patience et la délicatesse d'une Sœur.Un soir, comme il avait assemblé près du lit du blessé tous les objets qui lui appartenaient, il souleva le sac de toile que chaque matelot porte avec lui dans les expéditions de débarquement.— Ahl çal mon vieux, s'écria-t-il, qu'est-ce que tu portes dans ton fourbi qui pèse tant ?— Je n'en sais rien, fit Pastoureau qui commençait à s'assoupir.— Faut pas que je le réveille, murmura le petit homme, il y a assez longtemps qu'il n'a pas fermé l'œil.Sans bruit, il ouvrit le sac, plongea sa main dans l'ouverture.Mais malgré son désir d'être silencieux, il eut une exclamation de surprise joyeuse.Il se leva, s'en alla trouver le lieutenant.— Monsieur l'officier, dit-il.je viens de faire une riche trouvaillel.— Qu'est-ce que c'est, mon bonhomme?— Ce qui nous est le plus nécessaire en ce moment.— Du pain?— Mieux que ça.J'ai trouvé cinquante cartouches dans le sac à Pastoureau I — Cinquante cartouches?— Cinquante-deux tout justeI Et il mena l'officier auprès du blessé.— Mais comment se trouvent-elles là?.fit le lieutenant stupéfait.C est inouï.Il en aura pris une double provision en partant.C'est une chance inespérée.C'est peu.mais nous pouvons encore faire beaucoup de mal à l'ennemi avec ça.Lh Scourt «oignaient Us blaim -230- AhI je crois bien que c'est mieux que du pain! En effet, c'était une précieuse trouvaille, cinquante-deux coups de fusil à tirer I Sans doute, ce n'était pas le salut, mais cela constituait une ressource suprême pour une attaque imprévue.— Demain matin, au réveil, nous les offrirons à ces braves gens.Va dormir.L'enfant s'étendit auprès du lit de Pastoureau, tandis que l'officier veillait, ne voulant laisser à personne cette fatigue supplémentaire.Au petit jour, un des matelots qui étaient en sentinelle dans la partie de la maison où Jeanne avait été enlevée se précipita dans le dortoir.— Lieutenant! s'écria-t-il.venez vite.Cette fois nous sommes perdus.LES MATHUR1NS A cette affolante exclamation les hommes se levèrent.— Du calme! ordonna l'officier.Et surtout pas un cri; vous n'êtes pas des enfants! Ensemble, ils se rendirent dans l'aile droite de la maison.Le lieutenant s'approcha de la fenêtre.— Qu'est-ce qui te fait croire que nous sommes perdus?demanda-t-il à l'homme qui était venu le prévenir.— Ça, dit-il simplement.Et, se penchant à l'ouverture, il indiqua de la main le renfoncement de la rue.En face d'eux une trentaine d'hommes armes de pics étaient massés.Ceux des premiers rangs commençaient à creuser un sillon qui aboutissait au mur du couvent.Par derrière, quatre Boxers portaient une sorte de caisse carrée recouverte de fer.L'officier avait compris.C'était une manœuvre familière aux Chinois.Incapables d'avoir raison de la forteresse improvisée, désespérant de prendre vivants ceux qui s'y trouvaient enfermés, ces lâches voulaient la faire sauter.La boîte métallique était un engin rempli de poudre.— Cette fois, c'est bien la fin, cria le matelot qui ne se possédait plus.Mais l'officier venait de le saisir par le bras et de le rejeter dans l'appartement.— Et quand même ce serait, dit-il en le regardant sévèrement, est-ce une raison pour affoler tes camarades?C'est cela que tu appelles du courage?Crier comme un enragé que nous sommes perdus! Tu vas te taire, autrement je te fais enfermer et tu ne te battras plus.L'homme apostrophé regarda son chef, et tous les matelots demeurèrent immobiles.Cette parole de l'officier, ce calme devant le danger tout proche, ce mépris suprême du péril, leur donnait une confiance sans bornes en cet homme qui avait juré de les guider jusqu'au dernier moment.Le quar-tier-maitre s'était rapproché.— Ah! lieutenant, quel malheur! Si nous avions seulement des balles, seulement une douzaine! Quelle danse nous donnerions à ces faillis chiens.Le lieutennnt le regarda.— Nous en avons, dit-il.Et ce simple mot produisit un effet magique.En ce moment critique, on aurait annoncé à ces hommes qu'ils étaient délivrés et que leur vie était sauvée, la joie n'eût pas brillé si épanouie dans leurs yeux.Quelques-uns caressaient leurs fusils, ces choses inertes et inutiles qui allaient redevenir vivantes et terribles.On avait des balles! Etait-ce possible?Alors, comme chacun allait bien viser son homme! Et quelle belle place pour fusiller tous ces brigands! — Oui, nous avons des cartouches ! répéta le lieutenant, cinquante-deux que le Zouave a trouvées dans le sac de Pastoureau.C'était plus que de l'or; c'était la défense, presque le salut.L'enfant arrivait, portant les munitions.Chacun en prit deux avec respect, comme si c'eût été des diamants.— Pas une de perdue! déclara l'officier.Visez comme à la cible.D'abord les hommes qui ont des pics.— Lieutenant, fit le quartier-maître, si vous permettez, j'ai une idée.— Parle, mon ami.dit le chef.Tout le monde a le droit de contribuer à la défense par ses conseils.— M'est avis qu'il vaudrait mieux commencer par "canarder" la boîte à musique.C'est ainsi qu'il désignait l'énorme cartouche à mine.— Bonne idée! fit l'officier, est-ce qu'on la voit toujours?— Tenez, les voilà.Ils se mettent quatre à la porter, les gredins! Le lieutenant appela : — Moustille! — Présenti — C'est toi le meilleur tireur?— Vous me l'avez dit l'autre jour, lieutenant.— Tu vas ouvrir le feu. — Chance! murmura le matelot.Et un large sourire s'épanouit sur sa face rougie.— Pagne! Cibert! Labretl Coustol! appela l'officier.— Présents! — Chargez, pour fusiller les hommes qui piochent, quand je commanderai.— Quel bonheur! sourit Coustol, un grand brun qui était nu-tête parce qu'une balle chinoise lui avait "soufflé" son béret quelques jours auparavant.Les Boxers continuaient leur besogne, persuadés que les Français n'avaient plus une seule balle à tirer.Moustille, dissimulé derrière le balcon, avait posé son fusil sur la balustrade, l'oeil sur l'engin, le doigt immobile sur la détente.Le lieutenant s'était placé en arrière, voulant assurer la sécurité de ses hommes, et jugeant nécessaire de surveiller un enthousiasme qui eût pu leur coûter la vie.— Assez d'un à s'exposer, dit-il.Les autres, cachez-vous dans les coins et n'allez pas vous faire fusiller comme des étourneaux, lorsque ces diables jaunes vont riposter.Va, Moustille, tu peux commencer le feu, mon gaillard, et vise bien! Mon Moustille restait immobile, comme pétrifié.— Qu'attends-tu donc, Moustille?fit l'af-ficier impatienté.Es-tu sourd?.Feu! je te dis.Au lieu du coup de fusil, ce fut un formidable juron qui éclata.Le matelot s'était retourné, ses yeux reflétait le découragement, presque le désespoir.— Lieutenant, s'écria-t-il.lieutenant, je peux pas tirer! — Ah! ça, rugit le chef, es-tu fou?— Non, non! Pas fou! Regardez.J'ai peur.peur de tuer la demoiselle.— La demoiselle?questionna l'officier en riant, car il pensait que ce pince-sans-rire de Moustille voulait plaisanter.Mais soudain une angoissante pensée lui traversa l'esprit.D'un bond, il s'élança vers la fenêtre, regarda le groupe de Chinois occupés à miner le sol devant la muraille.— Race de traîtres! murmura-t-il.incapable cette fois de maîtriser la colère qui l'envahissait.Hélas! le matelot avait dit vrai.Le souci d'une existence chère l'empêchait de tirer.La "demoiselle" c'était Jeanne, la pauvre petite Jeanne, qui, les mains attachées, chancelante et le visage livide, avait été placée devant les travailleurs.Oui! race de traîtres et de lâches, ces hideux Boxers qui faisaient une guerre monstrueuse en méprisant les droits les plus élémentaires de 1 humanité.Voilà pourquoi ils s'étaient emparés d'une femme sans défense! Voilà pourquoi ils ne l'avaient pas tuée! Sa vie devait leur servir plus que sa mort.De cette enfant, ils se faisaient un rempart contre les balles françaises, rempart sacré, obstacle inviolable.Car ils savaient que jamais on ne voudrait risquer la redoutable chance, même éloignée, de tuer la jeune fille.Le meilleur tireur ne peut jamais affirmer que sa balle ne déviera pas.D'ailleurs pour être plus sûrs que l'enfant leur serait un abri, les misérables se serraient derrière elle.Des murmures de colère se firent entendre parmi les matelots.11 fallait donc que leur bravoure fut arrêtée par cette stupide lâcheté! La situation était douloureuse.Jeanne, incapable de tendre les mains vers ses amis, concentrait vers eux toute la vie de son regard.On eût dit qu'elle parlait avec ses yeux.Les armes s'étaient abaissées; une morne stupeur planait dans la maison assiégée.Que faire?Et le danger grandissait: les ouvriers continuaient leur sinistre besogne, abrités derrière cette enfant près de laquelle ils se savaient plus en sûreté que protégés par une épaisse muraille.Mais, tout à coup, une voix perçante retentit dans la rue.C'était Jeanne qui parlait, les matelots prêtaient l'oreille.— Est-ce possible?murmura le lieutenant.La voix montait, claire et tranquille.— Tirez! Tirez quand même! disait l'héroïque enfant.De toutes façons, j'aime mieux mourir.Tirez, je meurs contente, puisque c'est pour la France et mes chères Sœurs! Les hommes se regardèrent; jamais ils n'avaient vu pareil courage.— Jamais! fit l'officier.Plutôt mourir jusqu'au dernier que de tuer cette héroïque enfant.Mon Dieu! fit-il avec amertume, est-il possible qu'elle périsse de la main de ces bandits?Dans un coin, huit matelots chuchotaient à voix basse.— Mais c'est un Conseil de guerre, si nous en revenons! (à suivre) 'piété &U*H4*t-Su$è*e (1887-1947) La Congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne vient de faire une grosse perte en la personne du Frère Colman-Eugène, décédé à Ploërmel le 31 janvier 1947.Né à Binic, (France), en 1887, il entra au juvénat en 1900 et prit l'habit religieux le 2 février 1903.La persécution qui éclata en France cette année-là ne lui permit pas d'achever son noviciat là-bas; mais comme il estimait sa vocation religieuse par-dessus tout, il demanda et obtint la permission de venir au Canada, terre si hospitalière.Il arriva à La Prairie le 27 juin 1903 et y acheva paisiblement son noviciat.L'année suivante (1904) il débuta à l'école Ste-Elisa-beth comme cuisinier, tout en aidant à ses confrères dans leurs classes.L'école Saint-Edouard (aujourd'hui La Men-nais) fut ensuite le théâtre de ses activités de 1907 à 1913.Grâce à son inlassable dévouement il obtint des succès remarquables dans sa classe qui comptait parfois plus de cent élèves.De 1914 à 1922 il enseigna la première classe à la Ste-Famille (St-Plerre Claver) tout en remplissant les fonctions de sous-directeur.Chargé de la direction de l'école de Saint-Ours de 1928 à 1934, il en fit les beaux jours, et les plus brillants succès scolaires y couronnèrent ses efforts.D'autres écoles bénéficièrent aussi de son zèle: Mascouche 1913-1914; Louiseville 1922; La Pointe-du-Lac 1923; le Juvénat de La Prairie 1923-26; St-Stanislas 1926-27; La Men-nais 1927-28; le noviciat de La Prairie 1934-35; le Fort-Neuf de La Prairie 1935-37.Dans tous ces divers postes il se dévoua sans compter.Aussi sa santé, bien que robuste, ne.tarda pas à s'en ressentir.Une pression artérielle très forte le contraignit à abandonner l'enseignement et à prendre un repos.Mais il ne put jamais se résigner à l'inactivité et chercha toujours à se rendre utile de quelque manière.Avec l'espoir qu'une visite au pays natal et un pèlerinage à Lourdes contribueraient à restaurer sa santé, il se résigna à partir pour la France en juillet dernier.Son attente fut déçue; l'amélioration escomptée ne se produisit pas, et il se résigna dès lors à l'inévitable.Il aurait voulu revenir au Canada 1 Le Frire COLMAN-EUGENE pour y finir ses jours; mais son médecin s'y objecta et bientôt il dut prendre le chemin de la clinique de Ploërmel.La mort l'attendait là où il s'était donné à Dieu 44 ans auparavant Le Frère Colman-Eugène fut un de ces travailleurs qui ne reculent jamais devant l'effort, et il savait communiquer son ardeur à ses élèves qui se distinguèrent partout par leurs succès.Excellent religieux, il fut aussi un fervent apôtre.Bon nombre de ses anciens élèves, aujourd'hui prêtres ou religieux, lui doivent, après Dieu, leur vocation et lui en conservent une éternelle reconnaissance."L'Abeille" à laquelle ce bon Frère a rendu de nombreux services, le recommande aux ferventes prières de ses lecteurs et lectrices.Que tous s'unissent également pour demander au Maître de la Moisson d'envoyer de nombreux ouvriers de sa "trempe" pour prendre la place demeurée vide par son départ pour un monde meilleur.Qu'il jouisse au plus tôt là-haut de la belle récompense promise à ceux qui, comme lui, ont tout quitté pour Dieu !.Fr A.-J.— 233- eauvM arte J« ^Memais 1780 ~ \M - par Uuy Guy Looiolette _ Ji A la Cour de France VII —A LA COUR DE FRANCE La Grande Aumôncrie.Monsieur de la Mennals remplissait depuis cinq ans les fonctions de Vicaire capi-tulaire au diocèse de Salnt-Brleuc, lorsque le Grand Aumônier de France le demanda comme Vicaire général.Le Fondateur des Frères de l'Instruction Chrétienne et des Filles de la Providence de Saint-Brieuc refusa tout d'abord un poste qui ('éloignait de ses protégés, mais sur les instances du roi, Louis XVIII, et de ses nombreux amis, il partit pour Paris le 22 novembre 1822.Lea beaux habite de drap.Quand le nouveau dignitaire arriva dans la capitale, de généreuses demoiselles s'occupèrent elles-mêmes des changements à opérer dans son costume.Et ce fut heureux, car ce n'était pas une mince besogne que celle de transformer en abbé de cour un homme qui n'avait jamais sacrifié aux soins de la toilette."Le cher abbé Jean nous est arrivé à neuf heures du matin, écrit l'une de ces charitables filles.A dix heures, tout était en activité pour son accoutrement: tailleurs, chapeliers, cordonniers, marchands de bas."Enfin, à deux heures, la métamorphose était complète, et l'abbé Jean nous est apparu pimpant, élégant et riant aux éclats.C'est réellement une chose ravissante que de le voir en habit de beau drap doublé de soie".Par esprit de pénitence.Une fols installé dans son nouveau poste, l'humble prêtre breton négligea malheureusement d'entretenir l'élégance et la fraîcheur de son costume.L'habit de cour ne tarda pas à ressembler aux soutanes et aux petite collets de Saint-Brieuc, renommés par leurs taches un peu trop visibles et.leurs accrocs persévérants.Cette négligence exposait le cher homme aux taquineries de la cour, mais quand on l'ennuyait trop fort à ce sujet, la réponse tombait à pic."Eh I Mesdames, s'écria-t-il un jour en présence du roi; ne voyez-vous pas que ma toilette fait pénitence pour les excès de la vôtre ?" — Bravo I continua Louis XVIII, qui n'était pas lui-même très soigneux dans sa mise, voilà ce qui s'appelle répondu ! Le beau sexe a trop de coquetterie; nous n'en avons pas du tout.Cela fait compensation, monsieur le Grand Vicaire".L'abb* lean retaia dix-sapl loi» l'éplicopal
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