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Titre :
L'Action canadienne-française.
L'Action canadienne-française succède à L'Action française (1917-1927) en janvier 1928. Elle est publiée pendant une année seulement. La revue reprend le flambeau nationaliste et engagé de sa prédécesseure. [...]

L'Action canadienne-française succède à L'Action française (1917-1927) en janvier 1928. Elle est publiée pendant une année seulement. La revue reprend le flambeau nationaliste et engagé de sa prédécesseure.

Albert Lévesque, jeune éditeur qui collabore depuis quelques années à L'Action française, acquiert la Librairie d'Action française, qui éprouve des difficultés financières, et la renomme Librairie d'Action canadienne-française.

L'Action canadienne-française est publiée une dernière fois dans son format habituel en décembre 1928. En mars 1929, un fascicule paraît pour annoncer l'interruption de publication de la revue, décision prise à la suite du départ de Lionel Groulx de la Ligue d'Action canadienne-française au printemps 1928.

On y trouve le cahier d'actualité littéraire L'Âme des livres qui est aussi tiré à part et qui survit à L'Action canadienne-française pendant quelques mois.

La publication se réincarne en 1933 sous la forme de L'Action nationale, revue toujours publiée à ce jour.

HÉBERT, Pierre, « Quand éditer, c'était agir - La Bibliothèque de l'Action française (1918-1927) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 46, no 2, 1992, p. 219-244.

Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action canadienne-française,1928-1929.
Contenu spécifique :
Le dimanche dans le Québec
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • L'Action française.
  • Successeur :
  • L'Action nationale,
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Références

L'Action canadienne-française., 1928-01, Collections de BAnQ.

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LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC I C'est par le problème du dimanche que VAction canadienne-française a voulu commencer son enquête de cette année.On peut voir là un indice de l'importance qu'elle y attache.La violation du précepte dominical revêt, en effet, dans notre pays, un double caractère d'immoralité.Elle est à la fois une offense contre les lois ecclésiastiques et une transgression des lois civiles.Car l'Eglise et l'Etat s'accordent au Canada pour faire du dimanche un jour de repos.Celui qui le viole s'insurge du même coup contre l'un et contre l'autre.La première offense sans doute est beaucoup plus grave.L'Eglise, en définissant le précepte dominical, en précisant les obligations qu'il comporte, agit au nom de Dieu.Elle ne fait d'ailleurs que fixer à la conscience humaine les règles qui vont l'aider à accomplir un devoir dont celle-ci sent, au fond d'elle-même, l'impérieuse nécessité.Ecoutons sur ce point un éminent théologien: « L'institution du repos dominical, écrit Mgr Paquet, prend ses racines dans les profondeurs mêmes de l'âme consciente de ses destinées, et pénétrée de ses devoirs envers son suprême Bienfaiteur.Dieu et l'Eglise n'ont fait que déterminer par des règles positives ce qui était l'instinct général des consciences et des peuples.« L'homme, en effet,la théologie l'enseigne, doit à Dieu non seulement un culte spirituel et intérieur, mais aussi un culte corporel et extérieur ; il lui doit l'hommage privé et l'oblation publique de tous les éléments dont il se com- LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 5 pose, de son esprit, de sa volonté, de son organisme, de ses sens, de sa personne toute entière.Or, d'après la juste remarque de saint Thomas d'Aquin, il y a chez l'être raisonnable une vague inclination_de nature qui le porte à fixer pour toute série d'actes et d'oeuvres nécessaires un temps déterminé; et, de même que, d'après cet instinct, le travail, le sommeil, les repas, se partagent, à heures fixes, la vie et les attitudes du corps, de même la raison demande qu'un temps spécial et des soins appropriés soient assignés aux nécessités de l'âme.Voilà pourquoi l'on peut dire que le repos et les exercices du dimanche, pris en un sens large, tombent sous la loi morale.C 'est comme une prémisse de droit naturel.«Le droit positif s'y est greffé.Et, en vertu de ses précisions et de ses dispositions, les Juifs jadis eurent leur sabbat, tel que la Bible le décrit ; nous avons, nous, le dimanche, tel que l'Eglise l'entend, avec les obligations liturgiques qu'il comporte et l'abstention des oeuvres serviles qu'il exclut.« Ces deux caractères de nos jours fériés forment dans la pensée chrétienne deux éléments essentiels.On les retrouve substantiellement les mêmes à toutes les époques; et de bonne heure, alors que l'esprit du christianisme tendait à pénétrer toutes les lois, ils passèrent des textes de législation religieuse dans le code juridique de toutes les nations.« Une société qui admet Dieu, dit Li-.beratore, doit conséquemment admettre la nécessité du culte divin tel que le prescrit l'Eglise.Or, la société, comme telle, parle et professe sa foi et ses convictions par ses lois.» 1 i Mgr Paquet, Pjroit public de l'Eglise.L'action religieuse et la loi civile, p.139. 6 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE Le Canada s'est placé au rang des nations chrétiennes.Sa législation reconnaît le précepte dominical.Elle impose à tous les citoyens le devoir de l'observer.Que dit en effet la loi fédérale?« Le dimanche.il n'est permis à personne, excepté ainsi qu'il est prévu en la présente loi ou dans les lois provinciales qui sont présentement en vigueur ou qui le peuvent être à l'avenir, de vendre, d'offrir en vente ni d'acheter des marchandises, effets ou autres biens meubles, ou des biens immeubles, ri de faire ou expédier quelque affaire que ce soit de sa profession ordinaire ou se rattachant à cette profession, ni, pour gain, de faire, ni d'employer personne pour faire, ce jour-là, quelque ouvrage, affaire ou travail que ce soit.» Cette loi ne devait pas, dans l'intention des législateurs, venir en opposition avec les lois provinciales.Mais celle de notre province est pratiquement semblable.Voici sa teneur : « Il est défendu, le dimanche, dans un but de lucre, sauf néanmoins le cas de nécessité ou d'urgence, d'exécuter ou de faire exécuter aucune oeuvre industrielle, ainsi que d'exercer aucun négoce ou métier, ou de donner ou d'organiser des représentations théâtrales, ou des excursions accompagnées de vente de liqueurs alcooliques, ou de prendre part ou d'assister à ces représentations théâtrales ou à ces excursions.» Quant aux exceptions prévues, ce sont celles que reconnaît la morale: « cas de nécessité ou d'urgence », dit la loi provinciale ; et la loi fédérale : « travaux de nécessité ou d'humanité », sous lesquels elle range les cas suivants: soulagement des malades, vente de médicaments; travaux nécessaires: ceux relatifs au culte divin, trans- LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 7 mission de dépêches télégraphiques, allumage ou entretien de feux essentiels à une industrie, les mines, par exemple, transport des voyageurs, soins aux animaux, livraison du lait, opérations se rapportant à la fabrication du sucre d'érable et du sirop d'érable dans les forêts, etc.Ainsi donc, au Canada, la loi civile vient appuyer la loi religieuse.Elle admet le précepte du dimanche.Elle exige que ce jour-là tous les citoyens s'abstiennent d'oeuvres serviles, d'opération commerciale, de négoce, fût-ce sous forme d'amusements.Que faut-il de plus pour assurer à un pays le précieux bienfait du repos dominical?Nous devrions donc jouir, clans le Québec, d'un dimanche religieusement observé.Et il en serait, certes, ainsi si nous étions les maîtres chez nous.Regardons les régions où le capital étranger n'a pas pénétré, nos campagnes, par exemple.Qui ne serait édifié du spectacle qu'elles présentent?Le dimanche.tout travail cesse.C'est le jour du repos.Mais un repos sanctifié par la religion.Aussi Notre-Seigneur a-t-il les prémices de la journée.De grand matin la population s'ébranle.Il faut bien que chacun — maîtres et serviteurs, hommes et femmes, jeunes et vieux — entende la messe, et pour cela qu'on se relaie, car les enfants ne peuvent demeurer seuls à la maison.Aussi les groupes se succèdent-ils à l'église.C'est la grand 'messe qui attire le plus de monde.On y descend de tous les rangs à pleines voitures.On s'y rencontre avec plaisir.Quel air de paix répandu sur les figures ! Quelle joie franche dans les regards! On reconnaît une population saine, attachée à ses devoirs, baignant dans une atmosphère de foi et de piété. 8 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE Et le reste du jour appartient à la famille.Le père, qui a peiné toute la semaine, est heureux de cette détente.Il peut causer tranquillement avec les siens, recevoir les aînés, partis pour fonder à leur tour un foyer et qui viennent, tout fiers, montrer leurs premiers-nés.2 Ces scènes, d'une si touchante simplicité, se rencontrent aussi, mais sous une autre forme, dans beaucoup de nos villes.Même là, le Canadien français est resté attaché au précepte dominical.Et presque partout il l'observe.Dans les quartiers bourgeois comme dans les faubourgs ouvriers, les églises se remplissent.Montréal, par exemple, compte maintenant cent-six paroisses.On y dit plusieurs messes chaque dimanche.Entrez à ce moment dans n'importe quelle église.Vous serez profondément édifiés d'y voir une foule compacte et recueillie.La province de Québec est certainement un des pays du monde où l'assistance à la messe est le mieux observée.Mais ce tableau, malheureusement, a ses ombres.Ainsi il existe plusieurs petites villes où fonctionnent des usines de pulpe et de papier.Les ouvriers .sont canadiens-français; les maîtres ne le sont pas.Ceux-ci observent peut-être privément le dimanche, mais poussés par l'appât du gain, ou mal conseillés par des contremaîtres étrangers, ils ont décidé que leurs employés de nuit continueraient leur travail, ce jour-là, jusqu'à sept ou huit heures du matin.Résultat: un dimanche tronqué, passé une grande partie du temps à dormir et même, pour un bon nombre,—trop fatigués,—sans messe.En outre, afin d'économiser du temps et de produire davantage, on ré- 2 Qu'on lise dans la Campagne canadienne du E.P.Adélard Dugré, S.J., le beau chapitre intitulé: Dimanche. LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 9 serve pour ce jour-là réparations et nettoyage,ce qui oblige de nombreuses équipes d'hommes à travailler presque toute la journée.Ils commencent à huit heures du matin, et, si ce n 'est eux, ce sont leurs femmes qui alors sont privées d'entendre la messe.Eefuser de faire ce travail, c 'est s'exposer à être remercié de ses services.Et quand on n'a pas d'autre gagne-pain.Régime d'esclave, contre lequel nos chefs spirituels ne manquèrent pas de protester.Dès l'année 1912, l'évêque de Chicoutimi, Mgr Labrecque, en signalait, dans une lettre pastorale, la flagrante injustice.Son grand vicaire, Mgr Lapointe, le dénonça, lui aussi, vigoureusement.On finit par obtenir l'intervention du gouvernement.Une enquête eut lieu en 1916.La Compagnie Priée, poursuivie, fut condamnée.Mais l'amende payée, — une bagatelle et après un long procès, qu'on ne pouvait facilement recommencer du jour au lendemain, — rien ne l'empêcha de continuer le même système.Cette quasi-impunité encouragea naturellement les autres pulperies.La situation devint telle qu'en 1923 Son Eminence le cardinal Bégin et les évêques de la province ecclésiastique de Québec crurent devoir élever publiquement la voix.Us publièrent une lettre collective où ils condamnaient le mal grandissant.En voici un extrait : « Pourquoi faut-il que, dans bon nombre de centres industriels,nous ayons constamment sous les yeux l'attristant spectacle d'usine en pleine activité,une grande partie du jour consacré au Seigneur, et de nombreux ouvriers employés d'une façon continue à des travaux que rien ne justifie, mais que seul l'esprit de lucre peut expliquer 1 Car on ne peut le nier, dans beaucoup de nos manufactures, le travail de fabrication se prolonge régu- 10 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE lièrement jusqu'à sept ou huit heures,le dimanche matin.Quelquefois, il reprend, le soir, à quatre ou six heures, toujours sous prétexte d'urgence, mais en réalité pour remplir certaines commandes de marchandises, pour éviter par conséquent des pertes accidentelles d'argent et accumuler des bénéfices.» Cette situation, dénoncée en 1923, a-t-elle changé?S'est-elle quelque peu améliorée?Ne pas le reconnaître serait injuste.Grâce à cette lettre, grâce aussi aux révélations et à l'appel de Mgr Lapointe à la Semaine sociale d'Ottawa, l'opinion publique s'émut- La presse libre entreprit une vigoureuse campagne qui dure encore.Une ligue se fonda dont tous les efforts tendent à faire respecter les lois existantes.Le gouvernement lui-même dut entrer dans le mouvement.A la suite d'une enquête, dont il avait pris l'initiative et qui fut défavorable aux industriels en cause, le procureur général les avertit de se soumettre à la loi.Et l'on peut affirmer aujourd 'hui que, dans la majorité de ces industries, la fabrication du papier a cessé.Elle a cessé dans les établissements Price au Saguenay, elle a cessé dans les importantes usines de la région du Saint-Maurice.C'est une victoire dont on ne saurait méconnaître l'importance.Il convient donc de s'en réjouir et de remercier ceux qui ont contribué à la remporter.Mais tout n'est pas là.La Ligue du dimanche reconnaissait dernièrement ces faits et félicitait la Cie Saint-Lawrence des Trois-Rivières d'aller plus loin encore.Elle ajoutait cependant : « Mais, à côté de la fabrication du papier, il y a celle de la pulpe ; mais, aux Trois-Rivières, il n 'y a pas que la Saint-Lawrence ; mais, un peu partout dans la province, il y a des industries du même genre et LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 11 d'autres aussi où, comme nous l'avons vu plus haut, des graves abus se produisent.» On travaille encore, de fait, le dimanche, dans des fabriques de pulpe: aux Trois-Rivières, au Cap de la Madeleine, à Donnacona, à Riverbend, à East Angus, à Jo-liette, etc.A ce dernier endroit et à Hull, des prêtres ont dû protester publiquement contre la violation ouverte du repos dominical.En outre, dans la plupart de ces usines, un bon nombre d'ouvriers sont employés aux réparations le dimanche.D'après les chiffres fournis par la Donnacona Paper Co., elle-même, près de la moitié de ses ouvriers ordinaires y seraient obligés.Les enquêteurs nommés par le gouvernement ont étudié cette question.Ils reconnaissent qu'au point de vue légal ces réparations ne sont pas justifiables.Voici leurs paroles : « Les Commissaires en sont venus à la conclusion que le travail de réparation et de mise en ordre des usines qui se fait invariablement le dimanche, dans les usines de l'un et de l'autre groupe, pourrait se faire sur semaine et ils ne peuvent voir dans ces travaux le caractère de nécessité ou d'urgence qui en ferait des exceptions à la règle générale posée par la loi du dimanche.«En effet, l'exception prévue à l'article 12 de cette loi « réparations en cas d'urgence » et de tout autre travail « essentiel à quelque industrie ou à quelque procédé de fabrication dont le caractère de continuité est tel qu 'il ne saurait y avoir d'arrêt sans préjudice grave à cette industrie, à la production, à l'outillage ou au matériel 12 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE employé dans ce procédé » ne comprend évidemment pas des travaux comme ceux dont il s'agit puisque, quelque horaire qui soit adopté dans les fabriques, partout, on arrête complètement la fabrication pendant au moins vingt-quatre heures chaque semaine, sans qu 'il semble en résulter le moindre préjudice dans l'industrie, à la production, à l'outillage ou au matériel.» Le rapport ajoute bien, il est vrai, que si les réparations étaient faites durant la semaine, la production serait moindre, que les bénéfices diminueraient, que les compagnies en souffriraient, etc.Mais comment ne pas remarquer qu'il en est pratiquement ainsi dans toutes les autres industries et dans un grand nombre d'entreprises, et que, si cet argument valait, la loi du dimanche deviendrait vite lettre morte.Les pulperies des autres provinces ne font-elles pas leurs réparations ordinaires sur semaine ?En Angleterre, le travail cesse dès six heures le samedi, ce qui laisse une marge jusqu'à minuit pour les cas urgents.Cette pratique, d'ailleurs, a été condamnée par nos évêques.« De plus, disent-ils dans la lettre déjà citée, toujours dans le but de suspendre le moins possible la production, des centaines d'ouvriers sont employés la plus grande partie du jour et même, dans beaucoup de cas, durant les offices solennels de l'Eglise, au nettoyage et à la réparation des machines; travail qui, cela a été démontré, pourrait si bien se faire durant la semaine, ou au moins dans la soirée du samedi.» Et plus loin : « En conséquence — et c 'est là pour nous non seulement un droit mais un devoir, — nous réclamons, au nom de la conscience chrétienne et en vertu de notre autorité LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 13 pastorale, le repos intégral du dimanche, de minuit à minuit, pour tous les ouvriers, sauf pour ceux qui sont préposés à la garde des moulins, à l'entretien des feux, et à quelques autres travaux nécessaires ou urgents prévus par la loi.» Le mauvais exemple est - contagieux.Ce qui devait fatalement se produire arriva.Des grosses industries, le travail du dimanche gagna peu à peu d'autres domaines.Il y a maintenant une tendance, dans presque tous les métiers, à ne plus le considérer comme grave.Pour la moindre raison, plusieurs se croient autorisés à l'entreprendre.Il en est même qui, sans autre motif que celui de faire plus d'argent, dimanche comme jours de fêtes, construisent, boulangent, vendent.Si une réaction ne se produit, cette plaie gangrènera bientôt tout notre corps social.s # # * Le travail n'est pas cependant le seul manquement à la loi du dimanche dont nous ayons à souffrir.11 est un autre abus, croissant lui aussi, et auquel il faut porter un prompt remède, si nous ne voulons pas qu'il détruise nos traditions et notre foi.Un désastre retentissant l'a mis en pleine lumière.C'est l'assistance aux théâtres et aux cinémas.La loi civile — nous l'avons vu plus haut — défend les représentations théâtrales le dimanche.La loi ecclé- 3 La situation spéciale faite aux juifs dans notre province n 'est pas de nature à guérir ce mal.Ils ont droit de se livrer au commerce le dimanche, mais à deux conditions: qu'ils le fassent sans inconvénients pour les autres et qu'ils observent le sabbat.Or, à Montréal, ces deux conditions sont violées de façon scandaleuse. 14 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE siastique aussi : le premier Concile plénier de Québec s'est prononcé nettement sur ce point.Et cependant depuis des années, théâtres et cinémas ouvrent leurs portes le dimanche, et grand nombre de catholiques s'y rendent.Là encore les évêques n 'ont cessé de protester.Qui ne se rappelle par exemple la lettre de l'archevêque de Montréal, S.G.Mgr Bruchési en 1916?Mais devant l'inertie des autorités civiles, la violation semblait s'ériger en règle.N'a-t-on pas entendu dernièrement un magistrat en appeler au fait acquis ! Il a fallu la catastrophe du Laurier Palace pour secouer les consciences.Une enquête est venue révéler une situation vraiment intolérable.Et quelle qu'ait été la conclusion de l'enquêteur,—à laquelle une évidente partialité enlève toute valeur, — ceux qui ont suivi les témoignages savent maintenant de science indiscutable que la loi du dimanche concernant les théâtres et les cinémas est ouvertement violée dans notre province, et que, grâce à cette violation, on sert, ce jour là, à notre population, pour employer l'expression même du premier ministre, de la pourriture.4 Comment une telle situation ne soulèverait-elle pas l'indignation de tous les honnêtes citoyens?De nouveau l'épiscopat est intervenu.Dans une lettre pastorale, publiée le 21 novembre dernier, les archevêques et évêques de la province civile de Québec rappellent la doctrine catholique sur le précepte dominical et l'appliquent au cas actuel.* « C 'est de la pourriture que nous servent les films américains.» Déclaration faite par l'Hon.L.-A.Taschereau à une délégation de la Ligue des Bonnes Moeurs de Montréal, en 1021.Sur l'immoralité du cinéma on lira avec profit la brochure si documentée que vient de publier M.Oscar Hamel, à l'Ecole Sociale Populaire : Le Cinéma et sa moralité. LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 15 L'Eglise, on le sait, ne condamne pas les divertissements, le dimanche.Elle ne verse pas dans le puritanisme.Elle comprend que ses enfants ont besoin de détente et de récréation et que le jour,où tout travail cesse, y est propice.Elle demande seulement, d'abord que les amusements soient honnêtes, ensuite qu'ils ne recouvrent aucune opération de lucre ou d'argent.Et c'est précisément sur ce dernier point — le premier n'étant pas spécial au dimanche, bien qu'il vaille ce jour-là au moins autant que les autres — que les représentations théâtrales se classent en marge de la loi.« Vous savez, ont écrit nos évéques, que le commerce est défendu le dimanche.Or, ces représentations, par leur multiplicité et leur allure d'opérations financières et industrielles, constituent aujourd'hui une véritable profanation du jour du Seigneur que la conscience catholique ne peut pas tolérer.Ne pas les condamner avec énergie, ne pas presser leur disparition les jours de dimanche et de fête, causerait un scandale bien propre à troubler les bons catholiques et à mal édifier ceux qui ne partagent pas nos croyances.Les uns et les autres jugent, à bon droit, que l'on peut se reposer et se récréer sans violer le caractère sacré du dimanche.» 5 II L'exposé de la situation s'est étendu au-delà de nos prévisions.Mais ne constitue-t-elle pas la pièce principale de ce problème?Et n'est-ce pas ces faits surtout qu'il fallait mettre sous les yeux du public?5 M.le chanoine Harbour a publié sur cette question une série d'articles judicieux et vigoureux, réunis en tract sous ce titre : Dimanche vs Cinéma. 1C L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE Sur les causes et les effets de cette profanation, il est moins nécessaire d'insister.6 La cupidité, on l'admettra facilement, telle est la grande source du mal.S'enrichir le plus possible voilà ce que recherchent, avant tout, les chefs d'usines et les propriétaires de cinémas.Six jours par semaine ne suffisent pas à leur ambition.Il leur faut empiéter sur la part de Dieu et lui voler les heures qu 'il s'est réservées, le septième.Mais qu 'ils prennent garde ! Car s'il est un crime que le ciel venge ici-bas, qui attire sur les coupables de terribles punitions, c'est bien la profanation du dimanche.Il trouve d'abord en lui-même son propre châtiment.L'homme qui travaille sept jours par semaine se ruine physiquement.Et la société dont les membres sont privés d'exercices religieux, à qui on ne permet pas d'entendre la parole de Dieu, court à sa ruine morale.Elle est mûre pour le bolchévisme et toutes les anarchies.Mais, outre ces effets directs, le travail du dimanche est encore souvent châtié par des interventions spéciales de Dieu.L'histoire de l'humanité en est remplie.On y trouve la réalisation de cette prophétie de Jérémie : Voici ce que dit le Seigneur: Prenez garde à vos âmes, et ne portez point de fardeau le jour du sabbat, et n'en faites point entrer par les portes de Jérusalem.Ne faites sortir de vos maisons aucun fardeau 6 A qui voudrait avoir une étude approfondie du problème du dimanche dans notre province, sous ses différents aspects, nous recommandons la brochure: Le Repos dominical publiée par la Ligue du Dimanche et rédigée en collaboration par des hommes de haute compétence tels que Mgr Paquet (aspect religieux), E.P.Trudeau, 0.P.(aspect social), l'Hon.Juge Dorion, (aspect moral), M.Antonio Perrault, (aspect juridique), M.J.-E.-A.Du-buc, (aspect industriel), le chevalier Beaulé (aspect ouvrier), M.Charles Bourgeois (conclusion). LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 17 le jour du sabbat, et ne faites aucun ouvrage.Et sanctifiez le jour du sabbat, comme je l'ai ordonné à vos pères.Mais si vous ne m'écoutez pas en sanctifiant le jour du sabbat, en ne portant aucun fardeau, quand vous entrez par les portes de Jérusalem, le jour du sabbat, alors j 'allumerai un feu aux portes de la ville, et il dévorera les palais de Jérusalem, et il ne s'éteindra point.7 Dans de telles circonstances le devoir des catholiques est tout tracé.Qui donc hésite, lorsqu 'un danger menace la maison qu'il habite, à prendre les moyens de le conjurer?Or ce sont les bases mêmes de notre édifice national, ce sont nos traditions et notre foi,que sape la profanation du dimanche.Aussi on comprend le pressant appel de nos chefs spirituels : « Ayez à coeur, par votre vigilance et votre exemple,de maintenir le jour du Seigneur en grand honneur parmi nous et de ne permettre à personne de venir le profaner et d'en faire un jour de malédiction.Usez de tous les moyens honnêtes pour faire disparaître, les dimanches et les jours de fête, ces oeuvres si peu conformes à notre esprit chrétien et à nos traditions nationales, telles que les représentations théâtrales et cinématographiques, et autres organisations entreprises dans un but de lucre.Servez-vous, au besoin, de la loi civile, et, si on réussit encore à l'éluder, nous avons confiance que nos législateurs se feront un devoir de l'amender, de la préciser, de la renforcer et de la munir de sanctions efficaces.» Donc, la lutte par tous les moyens honnêtes, et en par- 7 Jérému, XVII, 21 à 23, 27 à 34. 18 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE ticulier le recours à la loi civile.C 'est le programme de la Ligue du dimanche.8 Depuis sa fondation, en 1924, elle ne cesse d'agir par des enquêtes, des conférences,des tracts et des articles de journaux, des pétitionnements, des congrès, des démarches auprès des autorités, pour que cesse complètement tout travail prohibé le dimanche.Ces années de lutte lui ont donné une certaine expérience en la matière.Elle s'est convaincue de ceci : seul, le gouvernement est assez puissant pour enrayer le mal actuel.Ni un simple individu ni une association ne disposent des ressources nécessaires pour traduire devant les tribunaux, et peut-être suivre jusqu'au conseil privé, les compagnies délinquantes._On a parlé des municipalités.Mais c'est laisser à une multitude de conseils le soin d'appliquer une loi qu'ils n'ont pas faite, qui ne relève pas d'eux, qu'ils interpréteront peut-être différemment, qu'ils ne peuvent amender pour la rendre plus efficace.Quelques-uns en ont tenté l'expérience.Le tribunal les a déboutés de leur action parce qu'ils outrepassaient leurs droits.Et on sait d'ailleurs, ainsi que vient de le déclarer la Ligue du dimanche dans un communiqué récent, que plusieurs municipalités ont les mains liées envers les industries qui y sont installées.Que pourraient-elles faire pour réprimer leurs abus?8 La Ligue du dimanche a pour but, disent ses constitutions, de faire observer les lois concernant le repos dominical.Elle se compose d'un comité central, de comités diocésains et de comités locaux.Le comité central élu par les délégués des comités diocésains est ainsi constitué actuellement: Président, l'Hon.juge Fabre-Surveyer; vice-présidents: L'Hon.juge C.-É.Dorion, M.Charles Bourgeois, C.E.; secrétaire-trésorier: M.Jean-Chrysostôme Mar-tineau; Directeurs: M.Simon Lapointe, C.R.; M.J.-A.Julien, C.R., M.le magistrat Millar, M.J.-E.-A.Dubuc, M.P.; Aumônier, le R.P.Archambault, S.J. LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 19 Non, ce n'est ni tel individu ni tel corps social qui doit entreprendre cette besogne nécessaire, mais les autorités provinciales.Un jurisconsulte de marque, M.Antonio Perrault, l'a établi clairement dans cette page vigoureuse : « Qui doit prendre l'initiative de faire observer ces lois?Le procureur général, dans chaque province.L'article 17 de la loi fédérale (chap.153, Statuts revisés du Canada, 1906) décrète que nulle action ou poursuite pour une contravention à cette loi ne peut être intentée sans la permission du procureur général de la province où l'offense a été commise.L'esprit de la loi c 'est donc que le procureur général voie en définitive s'il y a lieu ou non de poursuivre le délinquant.Pour obvier à toute difficulté, ne vaut-il pas mieux que le procureur général fasse, par l'entremise d'employés spéciaux, la police à ce sujet, ordonne les enquêtes, obtienne de ces inspecteurs les rapports voulus, décide si, dans tel ou tel cas, il y a lieu de poursuivre le coupable devant les tribunaux.« La province de Québec se charge de voir à l'application de la loi des liqueurs alcooliques.Des milliers et des milliers de dollars sont payés annuellement par le gouvernement pour rémunérer les inspecteurs chargés de découvrir si X ou Y a vendu contrairement à la loi une bouteille de scotch ou de cognac.Pourquoi la province de Québec, par l'entremise du procureur général, ne se montrerait-elle pas aussi soucieuse de l'observance du dimanche?Il s'agit d'une loi d'intérêt public, affirmant le caractère chrétien du Canada.Il n 'est pas équitable de laisser à quelques individus le soin d'encourir seuls les ennuis et les frais que nécessitent les poursuites de ce genre.Il appartient au gouvernement provincial, au procureur général en particulier, de nommer des inspecteurs spécialement chargés de trouver les profanateurs publics du dimanche, et, les traduisant devant les tribunaux, faire observer la loi.Bien ne sert d'écrire une loi dans les recueils, si les autorités publiques s'en désintéressent, et, par leur inaction, la rendent lettre morte.» Ces réflexions sont sages et justes.Elles nous amènent à notre conclusion et nous permettent de la résumer 20 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE d'un mot: l'action du gouvernement.Action préventive et répressive; action constante,s'exerçant à chaque heure du jour, comme pour les autres lois; action fermement organisée afin qu'il n'y ait aucune maille par où les délinquants puissent échapper ; action, enfin, rigoureuse, pour qu'on n'ait pas envie de recommencer le lendemain, certain de s'en tirer avec une légère amende.La tâche peut paraître difficile aux autorités.Elle • n'est certainement pas intéressante.Nous le comprenons.Mais pourquoi gouverne-t-on ?Est-ce pour recevoir des honneurs ou pour procurer le bien commun de la société?Et depuis quand le devoir d'un gouvernement se mesure-t-il à la facilité des tâches à remplir?Nous savons que les autorités actuelles ont une autre conception de leur rôle.Elles l'ont prouvé plus d'une fois, ne reculant pas devant des mesures sévères lorsqu'elles les croyaient nécessaires.Nous avons la ferme confiance qu'elles agiront de même dans le cas présent.Mais il serait injuste de ne pas faciliter au gouvernement cette tâche, puisque chacun de nous en bénéficiera.Il faut qu'il sente derrière lui, dans cette action salutaire, tous les citoyens honnêtes du Québec.Leur influence et leur nombre pourront alors faire contrepoids aux forces puissantes qui s'exercent en sens contraire.Et plus ces citoyens seront unis, groupés, organisés, plus leur intervention pèsera dans la balance.Ce sont donc nos associations qui doivent entrer en lice.Peu de problèmes réclament aussi impérieusement leur attention.Combien s'intéressent à des questions bien moins importantes! Le comité national, que nous souhaitons, n'hési- LE DIMANCHE DANS LE QUÉBEC 21 terait pas à les lancer toutes dans cette croisade.Et quelle force irrésistible elles constitueraient ! En attendant la création de cet organisme nécessaire, l'Action-canadienne-française se permet d'inviter tous nos corps sociaux et nationaux à s'unir pour le triomphe d'une telle cause.C'est le mot d'ordre qu'elle jette, de toute son âme, à l'aube de la nouvelle année : Tous debout et à l'oeuvre, pour le respect du dimanche ! Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.CES MESSIEURS DU SPORT.C'est des nôtres que nous voulons parler.Ils ont une déplorable manie qui, par surcroît est une anglomanie — et c'est d'angliciser leurs prénoms.Prenez quelquefois la peine de parcourir les chroniques sportives de nos journaux et vous serez stupéfaits du nombre de Pitt, de Joe, de John, de Jack, de Bob, de Kid, etc., qui étalent là leur personnage.Autant de Métis dont la race prolifique s'accroît tous les jours,et autant de commandeurs de l'Ordre de l'Anneau dans le nez à qui 0 faudra très prochainement envoyer leur décoration.Que ces messieurs se donnent les petits noms qu 'ils voudront, noms de légumes ou noms d'oiseaux, c 'est parfaitement innocent.Ce qui ne l'est pas, ou ce qui, en un certain sens, l'est trop — e 'est de s'affubler de ce petit masque à l'anglaise.Comment ne voient-ils pas l'inconvenance de pareils enfantillages ?Puisque ces Canadiens français, dans les Ligues sportives dont ils font partie, tiennent à garder l'identité française de leurs équipes, que n'y figurent-ils aussi bien sous des noms entièrement français?Il y a même, si nous ne faisons erreur, un M.Lalonde qui s'est donné ou se laisse donner le nom tout à fait épatant de «Newsy».«Newsy»! Ni vous, ni moi, n'aurions trouvé cela.Serait-ce parce que « Newsy » rime avec « rusé » que ce grand homme s'appelle ainsi?Car s'il faut en croire les chroniques, ce M.Lalonde serait la ruse incarnée.Cela prouve tout au plus qu'il y a des noms plats, comme il y a des rimes plates.J.B.
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