L'Action canadienne-française., 1 mai 1928, Étudiants canadiens à Paris
ÉTUDIANTS CANADIENS A PARIS La eourtoise polémique, engagée par X.sur le dos des Etudiants canadiens de Paris, risque de se prolonger indéfiniment, sous l'anonymat, sans qu'on en arrive à résoudre un problème des plus complexes.Il faudrait mettre trop de points sur les i.X ., tout imprégné de l'amour des âmes — ce dont personne ne lui fera reproche — conseille de donner à nos étudiants « un bon prêtre, un prêtre d'expérience, ami de la jeunesse et la comprenant.» Nous avons répondu que telle n 'était pas la solution satisfaisante ou opportune, et qu 'il fallait étudier dans son ensemble, non pas seulement dans quelques-uns des résultats acquis, le problème des Etudiants canadiens à Paris.X., qui a doublement le caractère d'un apôtre, réplique en citant le chanoine Charron, et insiste sur les dangers de la Ville-Lumière.Sans le connaître, nous avons beaucoup d'estime pour M.le chanoine Charron, mais nous nous permettons de ne pas généraliser comme il le fait.Et d'abord, y a-t-il « chaque année des centaines de jeunes Canadiens (qui) vont s'asseoir sur les bancs de certaines grandes Ecoles françaises»?De quelles Ecoles veut-on parler?La Sorbonne?Sans doute, il s'y enseigne un peu de tout, et bien des leçons y sont « désespérantes» .pas pour ceux qui ont la foi, l'enthousiasme.Sans doute, beaucoup de ses maîtres, pontifes du laïeisme et de l'athéisme, y déshonorent la pensée françaises faite de clarté.Nous sommes prévenus, et le dicton est toujours vrai: un homme averti en vaut deux." Dans un de ses derniers romans, Pierre Benoit prête à l'un de ses personnages d'amusantes paroles : «Un 'est pas, pour un étranger, d'enseignement plus profitable que celui de votre Sorbonne.Cet enseignement, je crois qu 'on peut assez bien le caractériser en disant que vos professeurs s'efforcent d'y faire prévaloir le culte de l'humanité sur celui de la patrie.J'ai pu constater qu'ils y réussissent à merveille avec les étudiants français.Mais avec les étudiants étrangers, c'est autre chose.Je n'en ai pas connu un seul chez qui ces cours n'aient pas eu pour résultat le développement du nationalisme le plus fanatique.» Et cela n 'est pas loin de la vérité, si l'on scrute d'un peu près la politique extérieure de la France depuis la Révolution de 1789.Mais, il n'y a pas que de ces maîtres-là en Sorbonne! Il n'y • NOS ÉTUDIANTS À PARIS 323 a pas que de telles leçons! J'en appelle aux milliers d'étudiants catholiques qui l'ont fréquentée comme moi ou la fréquentent.Qu'on ne nous accuse pas de vouloir défendre l'enseignement de la Sorbonne.Des écrivains de talent, destructeurs de nuées révolutionnaires ou autres, n 'ont cessé de combattre, de clouer au pilori les pontifes de la Bépublique laïque qui, depuis cinquante ans, travaillent à démoraliser la France, non seulement en Sorbonne, mais dans l'Ecole primaire et le lycée.Ces écrivains — pour d'autres motifs, l'Eglise vient d'en frapper plusieurs — ont permis au signataire de ces lignes de rire des sophismes de certains maîtres.Ils ont changé la physionomie du Quartier Latin et dompté le respect humain.Dans un très grand nombre de cas, des lectures faites antérieurement, des liaisons entretenues par la suite ont fortifié les premiers principes reçus.Que font donc les étudiants catholiques français qui fréquentent la Sorbonne et les autres grandes Ecoles?Nul ne niera le renouveau catholique dans l'élite intellectuelle de France.Où s'est-il préparé?A l'Ecole Normale, à l'Ecole Polytechnique, à Centrale, en Sorbonne, où les bons se sont groupés et on eu des gestes admirables.Et les Canadiens ne sont pas qu'en Sorbonne.Il y a l'Ecole des Chartes, l'Ecole des Sciences politiques, l'Ecole des Hautes Etudes commerciales où certains des maîtres d'ici pourraient prendre d'utiles leçons.Il y a le Collège de France où tous les professeurs ne se perdent pas dans les fantaisies d'un Izoulet.Il y a les universités de province, les Instituts catholiques.Nous avons entendu en pleine Faculté de Droit de Paris des leçons de morale civique et chrétienne dont les salles de la même Faculté, rue Saint-Denis, n 'ont pas encore retenti.L'étudiant canadien-français, qui a reçu, pendant plus de quinze ans,>»un enseignement catholique, peut trouver, à la Sorbonne, d'excellents exemples.Il peut, il doit se grouper dans les associations ou cercles de ses camarades catholiques.Très souvent, il ne veut pas; et il ne veut pas, dès son arrivée à Paris.S'il est médecin — comme les médecins sont plus nombreux, c 'est dans leur groupe que les mauvais effets se font le plus sentir — il arrive souvent à Paris avec des idées préconçues 1 : il n 'y i Nous ne faisons que rapporter, en les résumant, des paroles ou des gestes notés par nous, en diverses occasions. 324 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE a pas de grands savants catholiques, pas de médecins célèbres parmi les catholiques, à Paris; les médecins de Lourdes cachent la vérité, et il faut aller les prendre sur le fait, etc., etc.Les professeurs de Montréal ou de Québec passent de bien mauvais quarts-d'heure .Et je répète qu 'on n 'attend pas d'avoir vécu un an à Paris, pour parler de cette façon.D'autres étudiants, dès leur arrivée, iront se pâmer d'aise dans les boites de Montmartre — où l'on s'amuse si peu en somme •— et vivront pendant quatre ou cinq jours, une vie qui est parfois le prolongement de leur vie de Montréal ou de Québec.Ceux-là, en général, ne sont pas les plus dangereux, et ils sont le petit nombre.Mais qu 'ont-ils fait de l'enseignement reçu, des principes, des disciplines?Nous fera-t-on croire que ces gens-là étaient préparés?Que dire maintenant de certains autres — beaucoup plus dangereux que ceux-là — qui se vantent d 'aller chercher à Paris — ils Tiraient aussi bien chercher à Londres, Berlin ou Vienne — la liberté de pensée?Ils veulent se débarrasser des «préjugés» qu'on leur a imposés au pays, font de l'anti-cléricalisme entre eux — et se croient riches de leur sous-voltairianisme de oistro.Certains reviennent, gardent leurs mêmes idées, mais les dissimulent pour pouvoir vivre, prétendent-ils.X .me dira: «Mais vous pensez comme moi, ancien Pari-got! » Nous n'avons jamais nié l'évidence.Nous persistons cependant à croire qu 'il faut, pour la plupart du temps, appliquer ici le remède.Des réformes s'imposent dans la manière d'agir vis-à-vis des étudiants et des grands élèves de collèges.On doit, entre autres choses, tendre à développer la personnalité, le sens profond de l'honneur, chrétien et national, faire l'éducation de la liberté.On n'empêchera pas l'étudiant, qui y tient mordicus, de s'amuser à Paris — croit-on qu 'il s'amuserait moins à Londres ou à New-York, même à Montréal?Il y aura toujours de malheureux déchets.On peut toutefois prévenir les chutes, relever ceux qui tombent, encourager à monter ceux qui résistent.Un bon prêtre suffira-t-il?Nous ne le pensons pas.Un bon prêtre ne sera certes pas inutile; mais il faut d'autres moyens.Nous tenons à la préparation sérieuse avant le voyage.Les armes « fourbies à peu de frais », dont X .veut se moquer, ont déjà servi à plu- NOS ÉTUDIANTS À PARIS 325 sieurs.Nous n'avons jamais écrit que c'était suffisant.Nous avons aussi parlé du milieu à Paris.Et ce milieu, il ne faut pas le faire, là-bas, tel qu'il existe souvent ici.L'initiative, la personnalité de chacun doit y avoir une place prépondérante.Par malheur, — nous l'avons maintes fois constaté — les catholiques parisiens n'offrent pas toujours aux jeunes catholiques étrangers des organisations appropriées, intéressantes et vivantes.On prend les étudiants canadiens, qui ne sont plus de très jeunes gamins, pour des lycéens satisfaits d'un vieux billard ou de projections dans une tabagie .Les catholiques de Paris ne sont pas pauvres en célébrités, en oeuvres, en maisons hospitalières.Qu'ils nous fassent donc voir les unes et les autres! Pour être juste, cependant, ajoutons que nous devons demander pour recevoir, et apprendre à nous bien tenir, pour éviter des bévues, genre de celles qui font encore rougir d'authentiques témoins.Et voilà, mon cher X ., une nouvelle fois, le rôle de la préparation première tout indiquée! Le contact des éléments d'ici avec les bons éléments de là-bas peut se préparer de loin et de longue main.Qu'on utilise ceux qui ont des relations là-bas, ceux qui ont certaine expérience dans la matière, et, quitte a m'entendre accuser de plaider pro domo — qu 'on s'adresse parfois à l'initiative des jeunes.Qu'on sache faire appel aux amla dévoués de France dont les bras et les coeurs nous sont ouverts, mais pas toujours par le canal des groupements officiels.Demandez donc aux trente étudiants et étudiantes que la région du nord accueillait en mai et juin 1927, quelle révélation ce fut pour eux, quel bien pour leur âme, quel accroissement de force pour leurs convictions, quelle lumière sur les coins obscurs! Ce que nous avons écrit précisément s'applique à tous les étudiants qui vont à Paris, boursiers ou non.Nous ne sommes pas maîtres de ceux qui partent à leurs frais.Mais il y a les autres, les heureux boursiers.Ceux-là, on les choisit, et on les envole avec l'argent de la province.Comment les choisit-on?Même aujourd'hui, la couleur bleue ou rouge de la chemise ne joue-telle pas souvent un rôle primordial?La direction, à Paris, est-elle adéquate?Répond-elle aux besoins nouveaux?Encourage-ton suffisamment ceux qui partent mariés et sont, par le fait même, plus à l'abri que les solitaires?«Il n'est pas bon que l'homme soit seul » — Reçoit-on, au retour, avec assez d'égards et d'en- 326 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE eouragement pratique, ceux qui, n'ayant remporté que des succès, veulent continuer le travail de 6 ou 10 ans déjà?N'exigera-t-on pas encore le bout de chemise bleue ou rouge — plutôt rouge maintenant —• pour accorder telle ou telle situation qui empêcherait l'atrophie des bonnes volontés, des talents, et l'arrêt des énergies encore toutes chaudes?Ne cache-t-on pas dans les coins — sous le prétexte dissimulé qu 'ils sont encore trop jeunes, et qu 'ils pourraient nuire aux « vieux » — ceux qui ont pris une avance, dont la tète est pleine d'idées et de projets, et qui, à la fin de leur séjour, à Paris ou ailleurs, avaient trouvé beaucoup de sympathie et de considération?Utilise-t-on ceux qui reviennent, et dont les gains dépassent, de beaucoup, les pertes, à éclairer la voie pour ceux qui vont partir?Puisque, chaque année, une bonne trentaine d'étudiants part pour les vieux pays, pourquoi ne pré-pare-t-on pas, de loin, avec les expériences d'un passé récent, ceux qui s'en iront, à leur tour, un jour ou l'autre?« L'atmosphère énervante » de Paris, qui n 'est pas énervante pour les seuls jeunes Canadiens, mais pour les Bretons, les Angevins, les Basques et les Savoyards attirés par la grande ville, le sera moins pour un « coeur bardé de triple airain ».Ceux qui doivent se perdre, souvent volontairement, souvent aussi pour peu de temps, — se perdront.Nous sauverons les autres, le plus grand nombre possible — nous les garderons, même s'ils s'améliorent — ce qui est toujours nécessaire, — en travaillant ici et là-bas.Un ancien Parigot.LA LIGUE CATHOLIQUE FÉMININE.Cette ligue a pour but d'obtenir le triomphe de la modestie chrétienne particulièrement dans les vêtements féminins.Elle a' son siège social à Québec.Pour atteindre son but, la Ligue se sert de différents moyens dont la prière, l'exemple et la diffusion d'un bulletin d'adhésion que l'on obtient gratuitement en s'adressant à 105, rue Sainte-Anne.Depuis sa fondation, la Ligue a recruté plus de quatre mille ligueuses dans les paroisses et dans vingt-six couvents.Puisse leur travail être efficace contre la licence de la mode!
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