L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1952, septembre 1952
L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME II, No 8 SEPTEMBRE 1952 SOMMAIRE Retour aux sources .La Rédaction 336 « Commencement, recommencement, perpétuel recommencement ! » .Mgr Joseph CARDIJN 337 Hommages à S.E.Mgr Paul BERNIER .L'A.C.O.341 Le nouveau Catéchisme : son histoire, ses richesses.Reginald MARSOLAIS, ptre 342 Une enquête révélatrice : Ja vie religieuse des Jeunes Travailleurs .XXX 354 Nouvel aumônier .La Rédaction 360 Plan de récollection —■ Notre engagement avec Marie : 1—L'engagement .Pierre-Paul ASSELIN,o.m.i.361 2—L'engagement avec Marie .Leopold GODBOUT, o.m.i.366 La Voix du Pape : « Richesse et Misère » : lettre à la Semaine Sociale de Dijon .S.S.PIE XII 370 Réunion annuelle des aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C.La Rédaction 376 La Voix des Evêques : « Pourquoi la J.O.C.est-elle si belle ?.S.E.Mgr P.-E.LEGER 377 Le Service de l'Homiletique et le 20ème anniversaire de la J.O.C.La Rédaction 382 "L'Action Catholique Ouvrière" est publiée sous a responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C.et de la L.O.C.Rédaction et Administration : 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P.Q.Canada Avec autorisation de l'Ordinaire C snditions d'abonnement (de janvier à c écembre) Abonnement régulier : $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.25 Editorial RETOUR AUX SOURCES Le mois de septembre nous appelle à intensifier notre travail pastoral par la reprise de plusieurs activités apostoliques tombées un peu au ralenti au cours de l'été.Le présent numéro de la Revue nous offre un ensemble d'articles et de documents que l'on peut considérer comme une invitation à recommencer avec une ardeur nouvelle et, pour cela, à revenir aux sources authentiques d'un apostolat laïque vraiment surnaturel.Pour reprendre le mot de Pie XII, disons que nous ne devons connaître « ni trêve, ni repos » jusqu'à ce que soient « transformés les milieux de vie selon les exigences de l'Evangile » '.Notre tâche d'aumôniers nous fait donc un devoir de faire nôtre ce mot d'ordre du fondateur de la J.O.C., Mgr Cardijn : « Commencer, recommencer, toujours recommencer ».Mais surtout il nous faut sans cesse nous redemander si nos échecs, nos lenteurs, nos difficultés ne sont pas dûs à notre manque de fidélité aux lois de base qui dowent gouverner notre Action catholique.D'où la nécessité de revenir constamment aux sources.1 — La première source de notre Action Catholique spécialisée restera toujours, d'abord et avant tout, une doctrine chrétienne à toute épreuve.Le premier instrument tout désigné pour nous fournir cette doctrine, c'est le catéchisme.Nous avons demandé à un spécialiste en la matière de traiter pour nous tous un sujet si important.2 — La seconde source qui favorisera ce renouvellement continuel par une adaptation aux problèmes concrets, c'est le vrai sens de l'enquête.Qu'on lise attentivement le résultat de l'enquête sur la place de la religion dans la vie des Jeunes Travailleurs.Mais aussi qu'on s'attache à ce point si important pour une connaissance toujours plus précise de notre paroisse, de notre milieu ouvrier.Toute paroisse vraiment missionnaire ne devrait-elle pas posséder une carte ouvrière sans cesse réajustée et revisée ?Quel instrument précieux pour orienter le travail pastoral du curé et de ses vicaires ! Notre Action Catholique Ouvrière, en particulier, aura tout à y gagner.A l'occasion du 20ème anniversaire de la J.O.C.canadienne, relisons le message si éloquent de Son Excellence Mgr Léger.Nous saurons alors mieux nous remettre à la tâche avec confiance et ardeur, tout spécialement à notre ministère d'aumôniers de J.O.C.et L.O.C.La REDACTION 1.Lettre autographe de S.S.Pie XII au Chanoine Cardijn, 21 mars 1949.— 336 — "COMMENCEMENT, RECOMMENCEMENT, PERPETUEL RECOMMENCEMENT!" J par Mgr Joseph CARDIJN, fondateur de la J.O.C.' « C'est, dit Pie XII, par la présence agissante au sein des usines et des chantiers, de pionniers pleinement conscients de leur double vocation, chrétienne et ouvrière, décidés à assumer entièrement leurs responsabilités et à ne connaître ni trêve ni repos jusqu'à ce qu'ils aient transformé leurs milieux de vie selon les exigences de l'Evangile.que l'Eglise pourra étendre son action vivifiante à des millions d'âmes qu'elle entoure d'une si ardente et maternelle sollicitude ; et c'est à cette tâche sublime que sont appelés à contribuer les jeunes chefs ouvriers chrétiens formés par la J.O.C.» 2 L'esprit de pionnier C'est là l'esprit de pionnier, qui ne connaît ni trêve, ni repos.un recommencement, un perpétuel recommencement.C'est dans la mesure où nous serons de vrais pionniers dans le monde moderne, que nous pourrons donner une réponse positive aux problèmes qui se posent à l'heure présente pour la classe ouvrière et pour tous les milieux.C'est l'esprit de pionnier qui devrait animer tous les dirigeants jocistes, non seulement pour l'action qu'ils ont à mener en vue de résoudre les problèmes qui se posent dans leur vie et dans leur propre entourage ; mais cet esprit devrait encore les animer lorsqu'ils réfléchissent aux problèmes qui se posent à travers le monde, aux problèmes de leur propre pays, de leur région, de leur section locale, ainsi qu'à tous les problèmes qui ont été si souvent projetés devant les yeux de leur esprit depuis leurs premiers contacts avec la J.O.C.Cet esprit de pionnier a été à la source du mouvement.Celui-ci doit continuellement retourner aux sources.Il faut 1 Cet article est la reproduction approuvée de notes sténographiques prises au cours d'un entretien familier avec Mgr Joseph CARDIJN, sur «.L'esprit de pionnier ».2 Lettre autographe de S.S.Pie XII au Chanoine Cardijn, 21 mars 1949 — 337 — même intensifier cet esprit, à mesure que le mouvement se développe ; car à mesure que le mouvement s'étend, il devient de plus en plus difficile de garder et de développer l'esprit de pionnier.On est si vite menacé de "fonctionnarisme", de "méthodologie".Le grand danger, c'est que l'esprit disparaisse entièrement sous un ensemble de règles, de moyens, de trucs ou de méthodes.Il en est de même de l'art : il faut bien apprendre les règles de l'art, mais on n'apprend pas à devenir un artiste, on "est" artiste.L'inspiration qui animait les premiers pionniers de la J.O.C.était cette foi fondamentale dans la dignité, la vocation, la mission de chaque jeune travailleur et de chaque jeune travailleuse.C'est là l'idée inspiratrice de tout le laïcat dans l'Eglise et spécialement du laïcat ouvrier : cette vérité fondamentale de la foi chrétienne que tout homme est appelé par Dieu à participer à Sa Vie divine, à Son Amour.Chaque jeune travailleur et chaque jeune travailleuse, a ici-bas, dès sa conception dans le sein de sa mère, une mission divine, une vocation divine, une dignité inviolable : il est appelé à devenir enfant, collaborateur, héritier de Dieu ! Mais pour la masse des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses, il est quasi impossible de réaliser cette mission divine.Lancés dans la vie ouvrière, seuls et abandonnés sans formation ni soutien, ils sont exposés à toutes les exploitations et à toutes les corruptions.loin de leurs parents, de la paroisse, de leurs éducateurs.Non pas pour détruire, mais pour faire connaître.Il y en a qui disent : Il y a toujours eu des luttes, il y a toujours eu des exploiteurs et des exploités.Le seul moyen de mettre une fin à cette lutte et de se débarrasser de l'exploitation, c'est de détruire les exploiteurs.A cette antithèse-là, la J.O.C.dit : NON ! Il est vrai qu'il y a toujours eu une lutte : la lutte de l'homme pour accomplir ici-bas la mission que le Créateur lui a confiée.La réponse chrétienne à cette lutte, c'est un appel à l'union, non pour détruire, mais pour faire connaître à tous la destinée éternelle de chacun.Et le Pape dit encore : « // est trop évident, en effet, que si chaque condition - 338 — sociale a son rôle important à jouer dans une transformation du monde comme celle qui s'opère de nos jours, la classe ouvrière, en ce qui la concerne, est appelée à assumer aujourd'hui des responsabilités qu'elle n'avait jamais connues dans le passé » 3.Foi, disponibilité, esprit d'équipe L'esprit de pionnier a plusieurs caractéristiques.Il a tout d'abord une caractéristique d'ordre personnel : une foi totale, réaliste, jusqu'auboutiste ; cette foi fondamentale, qui est un ferment, une révolution ! Cette foi suppose une confiance totale en Celui qui donne la foi, en Celui qui a créé l'homme, l'appelle et lui donne sa mission ; une foi capable de "transporter les montagnes".Cette foi jusqu'auboutiste nous rend capables de sacrifice, de générosité, de cran, d'endurance, d'oubli de soi.Pour remplir cette mission, il faut savoir suivre le Christ, jusqu'au sommet du Calvaire ! A côté de cette caractéristique d'ordre personnel, l'esprit de pionnier en a d'ordre communautaire.Il faut être disponible.Toute mission suppose un engagement."Je m'engage, comme dirigeant à la J.O.C., pour un an, pour deux ans, pour cinq ans.; pour renouveler ensuite cet engagement d'apostolat dans ma vie d'adulte".Je m'engage, cela veut dire : "vous pouvez disposer de moi, je suis disponible ; mon temps, mon argent, ma personne sont disponibles pour la rédemption de la jeunesse travailleuse".L'esprit de pionnier ne laisse pas de place à l'individualisme.C'est l'esprit d'équipe, qui permet "les réalisations d'équipe".L'équipe n'est pas une administration, une division des tâches.Une équipe est avant tout un esprit, une disponibilité de travail en commun.Les premiers et les premières jocistes étaient disponibles pour le travail missionnaire ; disponibles pour aller travailler dans telle usine de peaux de lapins, disponibles pour aller habiter telle mansarde dans un quartier populaire.C'est parce qu'ils faisaient équipe qu'on pouvait tout leur demander.Aucun d'eux n'aurait pu résister aux difficultés qu'ils rencontraient 3—Lettre autographe au Chanoine Cardijn, 21 mars 1949 — 339 — chez eux dans leur entourage ; aucun.Mais on faisait équipe ensemble ! L'aumônier doit faire équipe avec tous.Et de même le chef d'équipe doit faire équipe ; il ne commande pas, mais il stimule et inspire, il est entraîneur par son exemple.L'équipe requiert aussi une grande ouverture d'esprit.Il ne faut pas des équipes fermées, juridiquement organisées ; mais bien des équipes ouvertes, souples, imprégnées d'un esprit de fraternité, d'amitié spontanée et surnaturelle.Si cet esprit d'ouverture manque, l'esprit d'équipe disparaît pour faire place à l'esprit de clan, de cloison.« Quand j'ai commencé à Laeken, raconte le fondateur de la J.O.C., il y avait plusieurs équipes.Une équipe de jeunes filles des familles les plus riches de la paroisse ; pour faire des enquêtes elles allaient comme de simples jeunes travailleuses, elles faisaient la file parmi les ouvrières et, arrivées devant le guichet, elles s'entendaient interpeller comme les ouvrières, subissaient tous les affronts que subissent les ouvrières.Il y avait une équipe d'institutrices et de régentes, la plupart d'écoles officielles ; elles faisaient des enquêtes sur leurs élèves, qui habitaient dans telle ou telle rue, dans telle mansarde, dans tel taudis.Il y avait une équipe d'employées et de comptables, ainsi que l'équipe de professionnelles, les brodeuses et les lin-gères, dont plusieurs sont devenues des ouvrières d'usine pour partager le sort des plus mal lotties ; il y avait l'équipe des ouvrières d'usine et enfin l'équipe des apprenties ! Et la caractéristique de toutes ces équipes, c'est qu'elles étaient disponibles et avaient la volonté de servir ! » Esprit de ressourcement continuel L'esprit de pionnier, comme l'esprit d'équipe, suppose un effort de formation continuel.On ne vient pas "dans une équipe".On "fait équipe", et chaque membre de l'équipe est un pionnier dans son propre milieu de vie.L'enquête, l'action, les responsabilités, sont les moyens de formation à l'esprit de pionnier et à l'esprit d'équipe.C'est par ces moyens, que la formation partira de la réalité, des besoins authentiques, de la vie et des problèmes de vie.Chacun apporte à l'équipe les expériences de son enquête et c'est en commun qu'on apprend à voir les pro- — 340 — blêmes, à les juger ; c'est en commun que l'on se soutient pour y apporter une solution.Un autre moyen de formation, c'est l'effort de collaboration.Un des éléments les plus importants dans la vie jociste, dans la vie d'équipe, dans toute vie, c'est cette recherche de collaboration qui respecte et désire les compétences de chacun ; qui, loin de conduire à l'uniformité, permet à chacun de développer sa personnalité par la vie d'équipe et celle-ci, à son tour, s'enrichit des talents et de la personnalité de chacun.Essayons de nous pénétrer de cet esprit de pionnier, de l'esprit d'équipe.Cherchons à le développer en nous, à le conquérir par un effort jamais lassé.Le Christ a fait équipe avec ses apôtres.C'est l'esprit surnaturel, l'esprit du Christ qui est la source vive où doit continuellement se renouveler l'esprit de chaque pionnier et de chaque équipe jociste."Commencement, recommencement, perpétuel recommencement", voilà quel doit être notre mot d'ordre.r/os respectueux hommages et nos meilleurs a J5on C^xcellence IKévérendissime rflonieianeur f-^aut (Dernier, que le J^aint-f^ère vient de nommer —Mrcneuêque titulaire de cjLaodicée et r fonce -sêpostolique à Costa r\ica et j^ana L'Action Catholique Ouvrière «———,-4 — 341 LE NOUVEAU CATECHISME Son histoire - Ses richesses par M.l'abbé Reginald MARSOLAIS, prêtre Assistant-directeur de l'Office catéchistique de Joliette « Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire de l'Eglise, a écrit le chanoine Boyer, le catéchisme a toujours consisté dans l'explication du Symbole à laquelle on a progressivement ajouté celle du Pater, de l'Ave, des commandements » l.Jamais le catéchisme n'a consisté exclusivement dans la présentation et l'explication de l'Evangile.Il y a donc une distinction traditionnelle entre les deux.Le récit évangélique peut et doit « servir de point de départ et d'illustration au catéchisme ».Mais « l'enseignement est autre ».« Il est vrai que tout le catéchisme est dans l'Evangile, mais il n'y est qu'en germe, et ça n'est pas aux particuliers de l'en sortir ».2 En 1942 les Evêques de la Province de Québec ont formé une Commission episcopate pour la rédaction d'un nouveau catéchisme.Des spécialistes en doctrine chrétienne ont déduit du message révélé un enseignement codifié qui s'y trouve en germe et l'ont expliqué de façon adaptée aux catholiques de chez-nous.Nos Seigneurs les Evêques, les maîtres attitrés pour l'enseignement religieux, ont censuré et corrigé le nouveau code doctrinal et lui ont donné leur approbation officielle le 15 août 1951 en prescrivant son enseignement dans toutes les écoles de la Province de Québec.UN SEUL CATECHISME POUR TOUTES LES CLASSES Il existe deux courants d'idées pédagogiques au sujet du manuel de catéchisme.Un groupe de pédagogues, surtout des Américains, sont d'avis qu'il vaut mieux avoir un manuel par division pour les maîtres et les élèves.Le manuel varie avec les années et s'adapte au développement progressif des élèves.Les formules de catéchisme à mémoriser au cours d'une année ne sont pas nécessairement au programme des années à venir.Dans le manuel de l'élève on emploie beaucoup de moyens intuitifs pour mieux faire saisir la vérité.Un autre groupe de pédagogues, des Européens surtout, préfèrent un seul code doctrinal simple pour toutes les divisions.Ils sont d'avis 1 Chanoine André BOYER : Catéckêtique.Lethielleux, éd.1946, ch.III, p.46.2 Ibid., pp.46 et 47.— 342 — que pour l'adaptation il faut mettre plus de bagages pédagogiques dans les mains du professeur et moins dans les mains de l'enfant.Car, disent-ils, l'image frappe mais ne fixe pas la doctrine dans l'intelligence de l'enfant.Dans la Province de Québec les Evêques ont toujours préféré l'usage d'un seul code doctrinal pour toutes les divisions.L'élève commence à le mémoriser en 3ème année et finit en 6ème année.Depuis les débuts de notre vie nationale l'Episcopat s'est efforcé, d'années en années, d'améliorer, de simplifier le catéchisme et de l'adapter aux fidèles.En prescrivant l'enseignement d'un catéchisme renouvelé et unique pour toutes les années du cours primaire Nos Seigneurs les Evêques continuent la tradition apostolique et pédagogique de leurs prédécesseurs.L'IIISTOIRE DES CATECHISMES3 « Si étrange que cela puisse paraître à des catholiques du Canada, disait Son Excellence Mgr le délégué apostolique l'automne dernier, il n'existe pas encore un texte de catéchisme pour le monde entier, quoiqu'on y ait pensé depuis des siècles.Le Concile de Trente aurait voidu que tous les fidèles du monde entier aient entre leurs mains un texte unique.Mais le catéchisme issu de ce Concile était seulement à l'usage des curés et des catéchistes.« Au Concile du Vatican la question jut reprise et longuement discutée ; mais face aux difficultés de langues différentes et de divers caractères des peuples, on n'arriva pas à bon port.Toutefois, dans certaines nations, on arriva à l'unité.Il m'est agréable de souligner ici comment au Canada, par les directives précises des Evêques, les prescriptions des Conciles et le dévouement du Clergé, on alla au devant des désirs du St-Siège » 4.Jusqu'en 1700 on employait librement en Nouvelle-France les différents catéchismes des diocèses de France, surtout ceux de Paris, de Rouen et celui des Jésuites.Mais de 1701 à 1754 il y eut un manuel unique d'imposé : 3 Consulter à ce sujet l'étude merveilleuse de Fernand PORTEUR, o.f.m., dans L'Institution Calèchistique au Canada.Les Editions Franciscaines, 1949.Deuxième partie : Les Livres Employés, pp.102 à 118.4 S.E.Mgr Ildebrando ANTONIUTTI, délégué apostolique au Canada : allocution à l'occasion du sacre de Leurs Excellences Nos Seigneurs CODERRE et FRENETTE.Cf.L'Action Populaire de Juliette, 20 sept.1951.— 343 — celui de monseigneur de Saint-Valier.Il est intéressant de souligner en passant que déjà, dans ce catéchisme qui avait coûté à Mgr de Saint-Vallier bien des heures de travail et bien des tracas, toutes les sections de l'enseignement religieux se compénètrent.L'auteur suggère à chaque chapitre l'emploi d'images et de faits d'évangiles qu'il détermine et auxquels il renvoie.En 1754, l'édition étant épuisée, le nouvel évêque, Mgr de Pontbriand, adapte pour la Nouvelle-France le catéchisme du diocèse ■de Sens (France) dont l'Evêque, Mgr Languet, est l'auteur.C'est ce catéchisme qui eut la plus grande influence sur notre jeune peuple.Il était bien fait.Il fut en vigueur de 1754 à 1894.C'est le catéchisme de Mgr Bégin, dans lequel nos parents et nous-mêmes avons étudié, qui l'a remplacé.Le nouveau catéchisme est donc le quatrième manuel national de catéchisme des Canadiens-français.LE NOCVEAIT CATECHISME : CN PERFECTIONNEMENT DE L'ANCIEN On peut dire que ce que nous trouvons dans le nouveau catéchisme c'est un code de doctrine comme dans l'ancien ou, pour mieux dire, c'est le catéchisme de Mgr Bégin mais renouvelé, simplifié et adapté à notre époque.C'est un résumé codifié de la doctrine chrétienne selon l'esprit du catéchisme du Concile de Trente.Vous n'y trouvez pas de méthode nouvelle : ce n'est pas un catéchisme évangélique, christocentrique ou liturgique.Ce n'est pas non plus un manuel du maître.Il n'y a pas de centre d'intérêt précis : ce qui peut expliquer que les parties du catéchisme semblent un peu traitées à cloisons étanches.Il n'y a donc pas de nouvelle méthode insérée dans le nouveau code doctrinal.La commission épiscopale formée pour la rédaction du catéchisme n'a jamais été chargée d'autre mission que celle de transformer, simplifier, rajeunir et adapter l'ancien, tout en gardant les divisions et l'esprit du catéchisme du Concile de Trente.CIRCONSTANCES OUI ONT AMENE LE NOUVEAU CATECHISME «7/ me semble opportun, écrivait en mai 1951 M.Omer Jules Desaulniers, surintendant de l'Instruction publique, d'expliquer brièvement les raisons de cette transformation, entreprise pour répondre au vœu général des éducateurs.— 344 — « Ceux-ci, en effet, trouvaient difficile de faire assimiler aux enfants du cours élémentaire la matière du traité catéchis-tique jusqu'ici en vigueur.Ils soumettaient respectueusement que la présentation en était trop abstraite, que beaucoup de réponses étaient trop longues et.que certains points de doctrine n'étaient pas suffisamment développés.« D'autre part, les éducateurs demandaient que le nouveau manuel de catéchisme fît davantage appel à l'affectivité de l'enfant, utilisât la méthode inductive plutôt que la méthode deductive, l'emploi du style direct dans les questions et les réponses et, surtout, l'adaptation au nouveau programme d'études élémentaires.« Ces seules raisons auraient pu justifier la Commission d'entreprendre son gigantesque travail.Mais il y avait plus, beaucoup plus que le besoin d'une simple adaptation pédagogique correspondant aux développements de cette science ■' il y a des buts d'ordre surnaturel qui ont surtout orienté la commission dans son travail » 5.EA COMMISSION EPISCOPALE C'est en 1942 que l'Assemblée des Archevêques et Evêques de la Province confiait à une Commission présidée par Son Excellence Mgr DESRANLEAU, évêque de Sherbrooke, le soin de refondre le texte du catéchisme en usage dans nos écoles.Voici les noms des membres qui, avec S.E.Mgr DESRANLEAU, formaient la Commission : M.l'abbé Almanzor FORGET, visiteur des écoles de Montréal, M.l'abbé A.DUPONT, curé de Ste-Anne-de-Sorel, M.l'abbé C.LETOURNEAU, chapelain des Sœurs du Bon Pasteur, de Québec, M.l'abbé Gérard CODERRE, directeur de l'Office catéchistique de Joliette et directeur diocésain d'Action catholique.« Cinq ans plus tard, c'est-à-dire en 1947, cette commission présentait un premier projet, élaboré au cours de plus de 200 séances plénières, sans compter le travail de recherches personnelles fourni par chacun de ses membres » ".En 1949, une commission épiscopale de revision fut formée.S.E.Mgr DESRANLEAU de Sherbrooke, S.E.Mgr Maurice ROY, archevêque de Québec, S.E.Mgr Omer GARANT, évêque auxiliaire, de 5 O.-J.DESAULNIERS.Dans L'Enseignement primaire, 3ème série, Vol.10, no.9, mai 1951, p.675.6 Ibid., p.675.— 345 — Québec et S.E.Mgr Napoléon-A.LABRIE, c.j.m., évêque du Golfe St-Laurent, en faisaient partie.A l'été de 1951, la commission terminait son travail de revision et le texte définitif du nouveau catéchisme fut fini d'imprimé en septembre 1951.CARACTERISTIQUES DIT NOUVEAU CATECHISME A mon humble avis le nouveau manuel a trois grandes qualités : 1 — il est centré sur le surnaturel ; 2 — il est positif et pratique ; 3 — il est adapté à l'enfant.1 — CENTRE SUR LE SURNATUREL Le catéchisme de Mgr BEGIN a connu un grand succès par sa richesse doctrinale.Le nouveau catéchisme a déjà gagné l'admiration des éducateurs par sa richesse de vie surnaturelle.En effet, on se sent pénétré par le centre de vie qui y domine : la vie de grâce et le ciel.On y trouve non seulement une source de doctrine mais aussi une source de vie chrétienne.Les trois parties du manuel sont traitées en regard de l'idée-force du ciel : ce que nous devons CROIRE pour aller au ciel, ce que nous devons FAIRE pour aller au ciel, ce que nous devons AVOIR pour aller au ciel.I i ri«-o Pourquoi Jésus a-t-Il voulu un intermédiaire entre Lui et nous ?N'est-Il pas assez facile d'accès ?Repousse-t-Il ceux qui vont directement à Lui ?Non pas.Pour trouver la réponse à cette question il faut d'abord se demander pourquoi II a voulu avoir une Mère en venant sur terre ?Il aurait pu assumer un corps humain à l'âge adulte puisqu'il est tout-puissant.Il a voulu avoir une Mère comme nous pour nous ressembler davantage.Mais du moment qu'il prenait une Mère II l'associait nécessairement à son œuvre : rédemption et salut du monde.De par sa nature de Mère elle devait s'intéresser, participer pleinement aux souffrances de son Fils, et à toutes ses volitions.Plus que cela, en devenant Mère du Christ, tête du Corps Mystique, elle devenait aussi Mère de tous les membres de ce corps, Mère de tous les humains que son Fils engendrerait à la vie surnaturelle.Et au cas où les hommes ne comprendraient pas cela, Jésus le leur dit explicitement sur la Croix, juste avant de mourir : « Mère, voilà votre fds ; Jean, voilà ta Mère».(Jean, 19, 26-27).b) Nécessité de la voie d'enfance Dans son beau livre « Prière et silence », Méditations avec la Vierge,3 le Père Allard, s.j., donne une autre raison sur laquelle il vaut la peine de s'arrêter.C'est l'obligation que Jésus nous a faite de redevenir comme des petits enfants si nous voulons entrer dans le royaume des Cieux.Vous vous rappelez ce passage de l'Evangile : les apôtres, sur la route, discutaient à savoir qui serait le plus grand, le premier du 3 Paul ALLARD, s.j.: Prière et silence.Méditations avec la Vierge — Les Editions Ouvrières, 1019 rue St-Denis, Montréal (Si.50).— 366 — royaume.Ils s'arrêtèrent pour se reposer et Jésus leur demanda : «.De quoi parliez-vous en chemin » ?Comme ils ne répondaient pas, Il appela un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et leur dit : « A ■moins que vous ne redeveniez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des deux.(Matth.18, 1-4).Qu'est-ce à dire ?— Il faut en arriver à nous comporter envers Lui comme de petits enfants avec leurs parents.Même simplicité, même confiance, même abandon, même amour.N'est-ce pas une chose impossible pour des êtres si avides de passer pour adultes, si constants à prouver qu'ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes ?Oui, chose bien difficile.Et pourtant bien nécessaire.« A moins que.vous n'entrerez pas.» c) Nécessité d'une More Il fallait une Mère, nous dit le Père Allard, pour nous réapprendre à être des enfants.Pour nous apprendre l'humilité, le renoncement à notre volonté, la simplicité, l'abandon, l'amour.Et le Christ qui savait cela, nous a donné une Mère, la sienne.Ce fut son ultime cadeau, son ultime marque d'amour.II—POUIl MA SANCTIFICATION PERSONNELLE a) Chargée de m-clever dans le Christ Comme une mère élève petit à petit son enfant au point de vue naturel, ainsi Marie va m'élever au point de vue surnaturel, lentement, patiemment, à une condition : que je reste avec Elle, que j'aie recours sans cesse à Elle, que je revienne sans cesse vers Elle, que je m'abandonne toujours à Elle, comme un petit enfant.b) Elle in'apprend a iuiiter son Fils Jésus Son travail d'éducation va consister à m'apprendre à imiter son Fils ; à pratiquer les vertus théologales sans doute — foi, espérance, charité — et les vertus cardinales — prudence, justice, force, tempérance — mais aussi ces vertus ignorées et qui nous répugnent tant, sans lesquelles cependant nous n'entrerons pas au ciel : — l'humilité, qui attire les grâces de Dieu ; — la confiance, qui Lui donne la liberté d'agir en nous et par nous ; — l'abandon, qui Lui fait oublier toutes nos bêtises et Le porte à nous saisir dans ses bras ; — l'obéissance, qui nous rend infaillible.Jésus a pratiqué toutes ces vertus avec une perfection infinie : « Je ne fais pas ma volonté.Je fais la volonté de Celui qui m'a envoyé.— Ma nourriture est de faire la volonté de mon — 367 — Père.— Père, que votre volonté soit faite.— Je remets mon âme entre vos mains».(Jean, 4, 34 ; 5, 30 ; 6, 38.) C'est l'obéissance à Dieu, son Père.Il a aussi donné l'exemple de l'obéissance aux représentants de Dieu : Marie, Joseph, les prêtres du Temple.c) En l'imitant elle-même comme un enfant imite sa mère Il nous paraît impossible d'imiter le Christ, parce qu'il était Dieu.Cela paraît moins difficile d'imiter Marie, car Elle était créature.Et un enfant imite facilement sa Mère.Imitons-la à Nazareth, à Bethléem, au Temple, dans la fuite en Egypte, à Cana, au Calvaire.Partout même conduite : soumission et abandon à la volonté de Dieu.Et en imitant Marie, c'est Jésus que nous imiterons, car Elle a été elle-même une parfaite imitatrice de son Fils.Ill- roi n MON APOSTOLAT a) Elle m'apprend Tordre des valeurs Pressés par les nécessités, les exigences de l'action, nous sommes bien portés à oublier une vérité fondamentale : qu'il ne sert à rien d'agir si nous ne prenons pas le temps de prier.
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