L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1954, juin 1954
VOLUME IV, No 6 JUIN 1954 L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE DANS CE NUMÉRO La Mission de la J.O.C.R.P.Pierre-Paul ASSELIN, o.m.i.Lîn rappel évangéliqup R.P; Leopold ©ODBOUT, gjm.i.La J.O.C d'expression anglaise au Canada parvient à sa maturité Doug COCKLIN « Le sort de l'Action Catholique est entre les mains des prêtres.» PIE XI MONTREAL — CANADA Le plus vaste magasin canadien français de meubles de bureaux et d'écoles Arsène MENARD Président Gaston LACHAPELLE Vice-Président 261 est CRAIG MONTREAL LAncaster 3202 2 délicieuses collations Tranches aux fruits Goûtez-y Les fabricants PaMàtim-GafJ: Limitée Spécialité : complets et paletots pour le clergé Bureau-chef et salle de vente 2012 Boul St-Laurent MONTREAL Tél.LA.6141 Autorisé comme envoï postal de la deuxième classe.Ministère des Postes» LKu *a.n Toujours à votre Service Maurice, André, Pierre, Claude, Courtiers agréés HERNARDIN FRERES ASSURANCES Edifice ALDRED MONTREAL Reinelde BELANGER 7, rue Court Edmunston, N.B.Avec nos hommages ADRIEN DCFRESNE Architecte A.A.P.Q.— I.R.A.C.505 Avenue Royale, BEAUPORT, Que.Bureau : HA.5555 LESAGE & LAMOTHE OPTICIENS D'ORDONNANCES Spécialité : Prescriptions d'oculistes 373, est, rue SHERBROOKE MONTREAL ACHETE BIEN QUI ACHETE 865 est, rue Ste-Catherine Montréal PLateau 5151 ni Tél.3-1333 - 2-5122 800 King est FABI & FILS LIMITEE Contracteurs généraux Pavage d'asphalte Ciment Ready-mix SHERBROOKE, Que.Avec les hommages de la maison F.BAILLARGEON LTEE Pionniers de l'industrie de la chandelle au Canada SAINT-CONSTANT, Cté Laprairie, P.O.51 ouest, Notre-Dame Montréal, P.O.PLateau *9467 • LAIT • CREME © BEURRE « OEUFS © BREUVAGE-CHOCOLAT Afoupart&Cie 1715.fit WOLFE MONCTON PLUMBING & SUPPLY CO.LTD Plumbing and Heating Contractors A complete Line of Home Appliances, Radios and T.V.Sets GLIDDEN PAINTS P.O.Box 205 — Dial 2-1668 — 566 Main Street MONCTON, N.B.TV Hommages du Journal LE MADAWASKA Hebdomadaire acadien fondé en 1913 EDMUNDSTON, N.B.Tél.4-4407 Toujours premiers "REMINGTON" la Préférée des Connaisseurs LA LIBRAIRIE COMMERCIALE, Ltée 22 est, rue Cartier CHICOUTIMI, P.Q.Les ateliers d'Art de : PETRCCCI CAHLI Sculpteurs et Statuaires Chemins de croix — Monuments, etc.Statues — Autels — Balustrades — Fonds baptismaux 1180,rue WOLFE MONTREAL, P.Q.CH.9120 H'Spoôtolat Hitutgique Centre de diffusion liturgique et de charité.4C0 est, rue Lagauchetlère, Montréal, Tél.: HA.0787 Cours de chant grégorien "Ateliers St-Oré;;o're" : "Salle St-Louis" : "L'Accueil do Ville-Marie" Vendredi soir et samedi après-midi.\ Livres liturgiques et grégoriens.(Disques de chant grégorion.pour concerts, conférences et fêtes de pour dûmes et domoisolles.charité.V Tél.: 3526 480 Lafontaine ROMEO OUELLET Enr.Marchand en gros SUCCURSALES : Rivlère-du-Loup Station Les Escoumains, Co.Saguenay Tél.: BUREAU 4-3873 J.P.MO II IV Liée Entrepreneurs Généraux Spécialité : Edifices publics — Construction en Béton Estimés fournis sur demande 528, rue NOTRE-DAME CAP-DE-LA-MADELEINE, P.Q.Tél.PL.* 5801 DUCHESNEAU - TRUDEAU Limitée Négociants et Importateurs 81 est, rue St-Paul Montréal VI L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME IV, No 6 ____________________ JUIN 1954 SOMMAIRE « Leur double vocation.» .La Rédaction 222 Méditation Sacerdotale : Seigneur, faites que je croie .Sacerdos 223 La mission de la J.O.C.R.P.Pierre-Paul ASSELIN, o.m.i.224 Un rappel évangélique .R.P.Leopold GODBOUT, o.m.i.237 Témoignage d'une mère de famille de quatre enfants.245 Bibliographie du travail .250 La J.O.C.d'expression anglaise au Canada parvient à sa maturité .Doug COCKLIN 253 Vie des mouvements : La J.O.C.en marche .255 "L'Action Catho! ique Ouvrière" est publiée sous a responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésain] de la J.O.C.et de la L.O.C.Avec autorisation de l'Ordinaire Rédaction •t Administration : 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P.O.C anada c anditions d'abonnement (de janvier à c écembre) Ab onnemer t régulier $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.25 Editorial "LEUR DOUBLE VOCATION ." Le présent numéro nous livre la première partie d'une étude du R.P.Pierre-Paul Asselin, o.m.i.sur « La mission de la J.O.C.» Les vérités qu'il y expose méritent attention.Le problème de la jeunesse ouvrière reste toujours aussi aigu.La masse continue d'ignorer pratiquement le sens de sa vocation chrétienne.Et la masse des jeunes travailleurs qu'elle a une véritable vocation ouvrière.Le sens de la parole du Pape : « .double vocation chrétienne et ouvrière.» a peut-être échappé, à date, à bien des gens, en dehors de la classe ouvrière.Et pourtant notre jeunesse des milieux populaires ne sera sauvée, sa fidélité à l'Eglise ne sera assurée, que lorsque chacun de ses membres aura pris pour de bon conscience de cette vérité : « De toute éternité je suis appelé à être un fils de Dieu, ma vie sur la terre n'a pas d'autre sens, de toute éternité je suis appelé à être un ouvrier, ce n'est pas par hasard, par malchance, que je suis né dans la classe ouvrière, mais bien par la volonté divine qui m'a confié, là où je suis, un rôle à jouer.Par mon travail je collabore à la création, par ma peine et tous mes actes, offerts au Christ, je collabore à la rédemption des hommes.Bien loin d'avoir honte de ma condition, j'ai lieu de m'en glorifier.» Y a-t-ïl beaucoup de jeunes travailleurs qui pensent ainsi ?qui vivent de ces vérités ?Et pourquoi ?Parce que la J.O.C.n'a pas encore accompli sa mission.Et pourquoi n'est-elle pas plus avancée ?Cette fois la réponse est douloureuse.On pense à la scène de l'Evangile.Le Maître s'arrête devant un paralytique et lui demande ce qu'il attend.« Je n'ai personne pour me jeter dans la piscine.» Les jeunes sont comme le paralytique : ils n'ont personne.Personne pour leur faire comprendre les réalités sublimes de leur vocation.Personne qui veut prendre le temps et se donner la peine.Car cela prend bien du temps, de la patience et de la persévérance, former un militant.« Le sort de l'Action Catholique est entre les mains des prêtres.» Le sort de la masse des jeunes travailleurs est aussi entre les mains des prêtres.Pas de prêtres, pas de J.O.C.Et pas de J.O.C, pas de ferment apostolique dans cette masse de jeunes qui resteront terre-à-terre parce qu'ils n'auront eu personne pour les faire lever.La Rédaction.— 222 — Méditation sacerdotale SEIGNEUR, FAITES QUE JE CROIE Vous ave2 placé sur mes épaules un poids bien lourd : vous m'avez fait prêtre.Vous avez voulu que je sois un autre Vous-même.Vous m'appelez en même temps à être un formateur d'âmes, un éducateur de saints.Quand je prêche à vos militants, que je leur répète les paroles de votre Evangile : "Soyez saints comme votre Père céleste est saint"; quand je leur affirme que sans la sainteté ils sont des airains sonnants, des instruments rebelles entre vos mains, des obstacles à votre grâce dans les âmes de leurs compagnons et compagnes; je ne puis m'empêcher de penser intérieurement : Et toi, qu'es-tu ?.Et j'ai honte de moi-même.Et il me semble qu'ils vont percer ma médiocrité et me crier, comme ils en auraient le droit : Taisez-vous ! Et je vous lance alors un appel de détresse : Changez-moi, Seigneur, faites que ma vie soit conforme à ma prédication, que je ne sois pas moi-même un obstacle à votre grâce.Vous nous avez confié une tâche surhumaine : transformer les milieux de vie de la classe ouvrière, amener une à une, jusqu'à la dernière, — à la connaissance de votre Personne et à votre Amour, les âmes de tous ces jeunes étourdis par le plaisir, appesantis par le péché, de tous ces adultes aux prises avec les difficultés de la vie matérielle.La plupart ont encore la foi, assistent à la messe, disent le Pater.Mais qu'est-ce qu'ils en comprennent ?Ont-ils envers vous la confiance d'un enfant en son père ?et votre règne dans les âmes, quel intérêt y prennent-ils ?et le pardon des offenses ?Et c'est tout cela, cette incompréhension du divin, cette surdité, cet aveuglement, qu'il faut changer.Et nos militants se découragent, se sentent écrasés, sont prêts à tout lâcher.Et moi-même, je me sens froid, vide, impuissant, je n'ai rien à leur dire pour fouetter leur courage, rien à leur donner pour les ranimer.Pourquoi ?Parce que je manque de foi moi aussi.Je sais le détail de votre message.Pourquoi telle ou telle de vos paroles ne me reviennent-elles pas à l'esprit au moment opportun, quand j'ai là devant moi une âme chancelante, telle parole qui serait son salut, et avec le sien celui de beaucoup d'autres ?.Parce que je ne vis pas ma foi.Parce que trop souvent mes actes vont à l'encontre de votre volonté sur moi.Seigneur, faites que je croie en chacune de vos paroles, donnez-moi la force de les pratiquer toutes.SACERDOS.— 223 — LA MISSION DE LA J.O.C.par le R.P.Pierre-Paul ASSELIN, o.m.i.Texte d'une leçon donnée par le Père Pierre-Paul Asselin, o.m.i., aumônier national de la J.O.C, au Conseil national du mouvement tenu en mars dernier.L'auteur ne prétend pas avoir épuisé le sujet.Il a simplement voulu rappeler à l'équipe dirigeante de la J.O.C.des vérités de base pour l'aider à orienter son action dans un sens authentiquement conforme à la nature même du mouvement.Nous pensons que cette leçon peut rendre service aux aumôniers d'abord, puis à tous les prêtres affectés au ministère en milieu ouvrier et qui ne peuvent pas, pour autant, se désintéresser du sort de la J.O.C.I — Le but à atteindre Une tâche positive Il faut bien nous convaincre une fois de plus que ce n'est pas en prenant une attitude négative, une attitude de défense, anti-ci ou ça, contre tout ce qui, présentement, fait obstacle à l'épanouissement humain et chrétien des jeunes travailleurs, qu'on peut espérer une solution efficace à leurs problèmes.La mission de la J.O.C est une oeuvre positive, constructive.C'est une mission d'évangélisation de la jeunesse ouvrière, une contribution indispensable et fondamentale, à la grande tâche d'évangélisation du mouvement ouvrier actuel.Le Saint-Père dans sa lettre autographe à Mgr J.Cardijn, du 21 mars 1949, écrite à l'occasion du 25e anniversaire de la J.O.C.belge, s'exprime ainsi : « C'est par la présence agissante au sein des usines et des chantiers de pionniers pleinement conscients de leur double vocation — chrétienne et ouvrière — décidés à assumer entièrement leurs responsabilités et à ne connaître ni trêve ni repos jusqu'à ce qu'ils aient transformé leurs milieux de vie selon les exigences de l'Evangile.» Il s'agit donc bien d'une tâche positive et d'une tâche également d'évangélisation totale : auprès de la masse des individus et auprès de toutes les institutions dans lesquelles ils vivent.— 224 — Tâche gigantesque Est-il bien sûr que nous saisissions toujours concrètement l'immense étendue de la mission de la J.O.C.?.Est-il bien sûr que nous nous arrêtions suffisamment à réfléchir sur le sens profond de certains mots, à découvrir toujours plus la réalité dynamique et combien tragique qu'ils contiennent ?.Masse, milieu, transformation des milieux de vie., autant de termes que nous employons couramment.Si nous n'y prenons garde, il y a danger que nous nous habituions à ces expressions.En elles-mêmes, elles sont tout un monde de réalités, tout un programme d'action, mais elles peuvent hélas ! devenir sur nos lèvres des formules ronflantes, vagues et plus ou moins vides de leur contenu.La masse La masse des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses, c'est d'abord la totalité des individus sans aucune exception, les plus pauvres, les plus ignorants, les moins doués, les plus indésirables, comme ceux qui ont un meilleur bagage de culture, qui réussissent dans un métier lucratif, qui fréquentent nos associations et nos salles paroissiales, qu'on rencontre régulièrement au confessionnal et à la sainte Table, qui en un mot nous donnent des consolations.La masse, ce sont les jeunes travailleurs et les jeunes travailleuses de la grande, de la moyenne usine et de l'atelier ; filles de restaurants, de service domestique ; employés d'hôtel, d'hôpitaux, de sanas ; tous ceux et toutes celles qui chôment, qui restent dans leur famille pour aider.La masse, ce sont encore tous les gars et toutes les filles des coins de rue, des quartiers, des restaurants, des salles de bowling, des salles de dance, des cinémas, des clubs de nuit ; tous ces lecteurs d'une littérature à sensation, illustrée, sentimentale et largement immorale.Cette masse, toute cette masse, la J.O.C.doit l'atteindre, l'encadrer directement ou indirectement par ses services, la faire réagir devant ses problèmes, l'amener à poser dans toute sa vie des actes en accord avec sa dignité humaine, chrétienne et ouvrière.Les milieux Puis il y a les milieux dans lesquels vit cette masse à transformer, à inspirer d'esprit chrétien, autrement, renonçons à tout jamais à renouveler, à changer la masse des individus.Quand nous parlons de milieux de vie des jeunes travailleurs, — 225 — le milieu de travail vient d'abord à l'esprit, avec les dangers moraux qu'il présente et c'est juste.Pense-t-on aussi au régime du travail actuel et aux problèmes graves qu'il multiplie dans la vie des jeunes : problèmes d'insécurité de l'emploi, d'orientation, d'apprentissage, de salaires insuffisants, — le tiers des gars et presque autant de filles gagnent un salaire qui ne leur permet pas d'épargner — de chômage, ce sont toujours les jeunes les premiers congédiés, quand le travail diminue.Pense-t-on aux répercussions sur leur vie présente, sur la fondation de leur foyer ?J'ai vu de mes yeux, cet hiver, des équipes de jeunes chômeurs, s'occuper à des « rackets » pour vivre, rackets qui n'étaient rien autre que du vol organisé.L'enquête menée auprès de 300 couples de fiancés du S.P.M.en janvier dernier, ne révélait-elle pas que 75% des fiancés n'ont pas d'épargnes suffisantes pour entrer en ménage ; que 50% n'ont pas même la moitié de la somme normallement requise ; qu'un couple sur trois prévoit que la jeune épouse continuera de travailler hors du foyer après le mariage.Les loisirs aussi sont à transformer, à orienter selon les exigences de l'Evangile.Les loisirs de jeunes travailleurs vont des gangs de rue, de restaurant, de salle de bowling, de pool, jusqu'au cinéma, « week ends », plages, salle de danse et club de nuit, en passant par les romans à .10 sous, les magazines obcènes et les sports commercialisés.Tous ces endroits où concrètement se déroulent les nombreuses heures libres des jeunes travailleurs ne sont-ils pas dans une très large mesure, autant d'écoles de corruption et de dégradation ?Et le milieu familial qui joue un rôle de premier plan dans la vie des jeunes travailleurs, qu'est-il ?Y ont-ils d'abord trouvé la compréhension et reçu l'éducation auxquelles ils avaient droit durant l'enfance et l'adolescence ?.Maintenant qu'ils ont quitté la classe et sont entrés dans la grande vie du travail qu'est devenue la famille pour eux ?Trouvent-ils au foyer les conditions physiques, humaines, morales et religieuses qui leur permettent de s'épanouir ?.de découvrir le vrai sens de l'amour ?.la mission providentielle de la famille ?.Aiment-ils à y vivre ?Se sentent-ils solidaires de la communauté familiale ?.Autant de réalités, autant de problèmes que nous devons avoir toujours présents à l'esprit, d'une façon très vivante et très concrète, quand nous parlons de la conquête de la masse des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses ; quand nous parlons de transformation de leurs milieux de vie ; quand nous parlons du rôle, de la mission de la J.O.C.: mission qui s'étend jusqu'au dernier jeune travailleur, jusqu'à la dernière jeune travailleuse, jusqu'au centre ouvrier le plus reculé au pays et le plus nouvellement organisé ; mission à la taille des — 226 — structures et des dimensions nouvelles du monde ; mission d'Eglise auprès de la masse des jeunes travailleurs qu'il faut amener à prendre dans toute leur vie des attitudes conformes à leur double vocation de chrétiens et d'ouvriers.Une voix sûre Pour atteindre son but, pour réaliser sa mission, une voie sûre et certaine est tracée à la J.O.C.par le Saint-Père lui-même : « .la présence agissante au sein des usines et des chantiers de pionniers pleinement conscients de leur double vocation — chrétienne et ouvrière — décidés à assumer entièrement leurs responsabilités.» Tous les mots portent.Des militants jocistes, et des militants qui sont des pionniers, présents et agissant.L'esprit de pionniers est une caractéristique propre à la J.O.C.Il se manifeste par une foi à toute épreuve, vivante et éclairée ; par une disponibilité toujours prête à servir, jamais lassée, ni devant la tâche, ni devant les difficultés, ni devant les fatigues, toujours décidée à commencer et à recommencer.Leur action, c'est d'abord et avant tout la présence, présence partout où sont les jeunes travailleurs, dans tous les milieux où la dignité humaine et chrétienne des jeunes travailleurs n'est pas respectée.Ils doivent y donner là un témoignage vivant et agissant d'un christianisme incarné dans la vie ; ils prennent au pied de la lettre le dernier avertissement de Notre-Seigneur à ses apôtres : « Vous serez.mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre » (Act., 1.6) et cet autre de l'Evangile : « Vous êtes le sel de la terre.vous êtes la lumière du monde » (Matth., 5, 13-14).Pourquoi cette présence, ce témoignage, ce dévouement inlassable ?Parce qu'ils sont « pleinement conscients de leur double vocation — chrétienne et ouvrière.Il y a une vocation chrétienne dans laquelle nous nous engageons par le Saint Baptême et elle a ses exigences.Il y a aussi une vocation ouvrière — n'en doutons pas, le Saint-Père l'affirme — dans laquelle le jeune travailleur est engagé de par la nature même et le plan de Dieu.Cette vocation, elle aussi, a ses exigences.La pleine conscience de cette double vocation pousse le militant jociste à prendre entièrement ses responsabilités dans la vie de tous les jours, l'oblige à s'engager à fond dans le drame, jamais terminé, de la rédemption de ses jeunes frères du travail et de toute la clase ouvrière.— 227 — II — Vocation chrétienne et ouvrière Il vaut la peine, à ce stage de nos réflexions, que nous nous arrêtions pour approfondir le sens de la vocation ouvrière, comme de la vocation chrétienne du jeune travailleur.Il en découlera naturellement des conséquences lumineuses qui nous aideront à porter un jugement plus juste sur notre J.O.C.actuelle et à orienter notre action pour l'avenir.Vocation ouvrière En jetant un regard sur la société dans laquelle nous vivons, il est facile de faire une première constatation toute simple.Nous voyons qu'il existe une grande variété de biens extérieurs matériels, dont les uns sont indispensables à l'homme pour entretenir et développer sa vie : des maisons, des vêtements, de la nourriture, des routes, etc.d'autres, pas absolument indispensables, mais très utiles : des chemins de fer, des automobiles, des avions, etc.Pourrions-nous bénéficier des uns et des autres sans le travail de l'ouvrier ?Absolument impossible.Pour que le monde mange, il a fallu que des hommes se soient livrés à la culture du sol ; que d'autres, dans des usines, aient peiné à la transformation des produits de la terre.Pour que le blé devienne le pain que je mange sur ma table, il doit passer par les meuneries et les boulangeries.De même les vêtements que je porte supposent le travail de milliers d'ouvriers et d'ouvrières ; l'automobile dans laquelle je m'assois confortablement, etc.Rien de tous ces biens matériels, sans le travail de l'ouvrier.Aussi, le Pape Léon XIII dans « Rerum novarum » n'a pas craint d'affirmer que « dans cet ordre de choses, le travail a une telle fécondité et une telle efficacité.qu'il est la source unique d'où procède la richesse des nations.» Passons maintenant à une autre constatation tout aussi facile à faire.Nous rencontrons tous les jours des hommes, des femmes, des jeunes gens, des jeunes filles, qui sont doués différemment : les uns très intelligents et qui réussissent à merveille, les autres moins, et qui sont d'honnêtes citoyens dans un chemin bien battu ; les uns de très habiles charpentiers-menuisiers, les autres incapables de manier une scie ou un rabot, mais par contre des tisserands hors ligne ou des gens débrouillards en affaire.Nous en rencontrons d'autres qui semblent ne posséder que l'unique talent dont parle l'Evangile : leurs deux bras et leurs deux pieds, qu'ils emploient à des tâches de manoeuvres.De même la santé et les forces sont réparties bien diversement.— 228 — Tous ces talents multiples, mais distribués selon une gamme très nuancée et très étendue, engendrent spontanément l'inégalité des conditions : tous ne sont pas faits pour être ou soldats, ou policiers, ou travailleurs d'usine, ou employés de bureau, ou hommes d'affaires, on professionnels.Il est d'ailleurs normal qu'il en soit ainsi, puisque cette inégalité même pousse les hommes à se partager les diverses fonctions dans la société.En d'autres termes, il y a, des besoins nombreux et variés à satisfaire des tâches diverses à accomplir dans la société pour qu'elle se développe et jouisse d'une suffisante abondance de biens matériels, culturels et moraux.La même nature qui fait l'homme sociable y a pourvu en répandant avec abondance et variété des talents humains.Ainsi, il y aura toujours dans la société des hommes pour tirer de la terre la subsistance de l'humanité (les agriculteurs), des hommes pour transformer par le travail industriel les matières premières arrachées au sol (les ouvriers, les industriels), des hommes occupés aux échanges commercial (les commerçants, les hommes d'affaires), des hommes adonnés aux divers services des carrières libérales, ou au travail de la pensée (les intellectuels).Cet enseignement est encore de « Rerum Novarum » : « C'est elle, en effet, (la nature) qui a disposé parmi les hommes des différences aussi multiples que profondes : différences d'intelligence, de talent, d'habileté, de santé, de force ; différences nécessaires, d'où naît spontanément l'inégalité des conditions.Cette inégalité, d'ailleurs, tourne au profit de tous, de la société comme des individus ; car la vie sociale requiert un organisme très varié et des fonctions fort diverses ; et ce qui porte précisément les hommes à se partager ces fonctions, c'est surtout la différence de leurs conditions respectives.» Conséquences et exigences Il s'ensuit donc que d'être ouvrier, ce n'est pas un effet d'une mauvaise fortune quelconque !.Une condition transitoire d'où il faudra coûte que coûte sortir, au risque d'aller multiplier le nombre des parasites dans une autre classe !.Mais un état honorable, un état stable, répondant à des fonctions permanentes et indispensables dans la société ; une vocation réelle donc, réclamée par la nature elle-même, en définitive voulue de Dieu.Puisqu'il y a vocation, ne s'ensuit-il pas une loi de fidélité à garder sa vocation d'ouvrier ?Fidélité du fait que la société a besoin de mes bras, de mes mains, de mes talents, de mon habileté d'ouvrier, quelque soit mon métier.Y a-t-il des sots métiers, dès lors qu'il y a une fonction précise et indispensable à remplir dans la société ?Le — 229 — balayeur de rue, la blanchisseuse que je regarde de haut peut-être, dont je plains, intérieurement du moins, l'humble condition, m'arrive-t-il de penser à ce que seraient nos rues, nos maisons sans leur labeur quotidien ?.Fidélité aussi à ma vocation d'ouvrier parce que la classe ouvrière a besoin de moi.A la bonne heure si je suis mieux doué que d'autres !.Tant mieux, si j'ai eu l'avantage de fréquenter l'école plus longtemps que la plupart de mes compagnons de travail !.Tant mieux surtout, si j'ai eu le bonheur de connaître la J.O.C., de militer dans ses rangs, de me cultiver, de développer mon esprit d'initiative, mes qualités de chef !.Mon devoir est alors de servir, et toute ma vie durant, cette classe ouvrière qui m'a façonné ; d'aider ma classe et tous mes frères les ouvriers qui souffrent et qui peinent à améliorer leur condition, à sortir de l'ornière où les tient l'exploitation des puissants, à jouer enfin avec fierté, en hommes libres et intelligents, le rôle qu'ils sont appelés à remplir dans la société.Cette fidélité, cette solidarité, ne sont-elles pas d'autant plus rigoureuses que la classe ouvrière est la classe des pauvres, des petits, des faibles ?Elle n'a ni les intrigues de la politique, ni la force du capital, ni la culture de l'intellectuel pour faire entendre sa voix, et réclamer justice.Elle a de ce fait un impérieux besoin de ses chefs naturels, de ceux qui brillent en elle par leurs talents, leur tempérament de chef, leur instruction plus avancée.Les évasions Il n'est pas question ici de savoir s'il est permis ou défendu à un ouvrier de passer dans une autre classe.Il y a un passage normal et qu'on ne saurait enrayer dû aux talents particuliers, aux avantages d'une culture classique, à des alliances, etc.Du reste, comment d'autres classes pourraient-elles remplir adéquatement les fonctions toujours croissantes que la société exigent d'elles, si elles ne venaient constamment s'alimenter au grenier intarissable des classes laborieuses ?.Ces précisions étant admises, il ne fait aucun doute qu'il faille tendre à limiter le plus possible cette sorte de snobisme qui pousse à s'évader, par tous les moyens, de la classe ouvrière comme si c'était une honte d'y rester.Combien auraient pu servir magnifiquement dans leur milieu, et qui font figure de déclassés, de parvenus, de quêteux montés à cheval dans la classe bourgeoise.A plus forte raison si on est militant jociste, on n'a pas le droit de se faire de la J.O.C.un tremplin pour s'esquiver de sa classe.N'y a-t-il pas là une infidélité à sa vocation lourde de conséquences, une sorte de trahison envers son milieu ?— 230 — Réfléchissons-y bien ?Notre engagement jociste est une réponse à notre double vocation chrétienne et ouvrière.Il exige de nous la fidélité, aujourd'hui et demain ; demain davantage encore.La J.O.C.n'a certes pas été fondée, ni voulue par l'Eglise pour préparer des chefs, des militants pour les autres classes, mais bien pour être un ferment dans la masse ouvrière afin de la soulever toute entière.Ne nous faisons pas illusion.Un militant jociste qui s'évade de son milieu, risque fort d'être ni chef, ni apôtre ailleurs, mais de servir, sous toutes sortes de beaux prétextes, ses propres intérêts, ceux de la politique ou du capital.Dignité et grandeur La vie ouvrière bien comprise, replacée dans le plan de Dieu comporte une dignité et une grandeur véritables.Les thèmes nous sont assez familiers.Il n'est que de relire les nos 57-67 de la lettre pastorale collective de NN.SS.sur le « Problème Ouvrier » pour renouveler nos convictions à ce sujet.Par son travail l'ouvrier domine la matière et collabore en quelque sorte à l'oeuvre de la création ; par son travail l'ouvrier rend service à l'humanité en accomplissant des fonctions indispensables dans la société.Le travail de l'ouvrier n'est-il pas l'unique moyen dont il dispose pour pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille ?Par son travail aussi l'ouvrier développe ses facultés humaines, épanouit sa personnalité, et s'il l'accomplit comme un fils de Dieu, vivant de la vie divine en lui, son activité laborieuse prend une valeur d'éternité, le fait participer au mystère de la souffrance rédemptrice.Comme titre de gloire incomparable, l'ouvrier n'a-t-il pas comme modèle et grand Frère le Christ Ouvrier, qui venant sur la terre a non seulement voulu se faire homme, mais a daigné naître dans une famille d'ouvrier, épouser les conditions de la vie ouvrière, travailler de ses mains dans l'atelier de Joseph jusqu'à l'âge de trente ans ?Mystique ouvrière S'il y a une vocation ouvrière, n'est-il pas légitime de parler d'une mystique de la vie ouvrière ?Mystique faite d'une conscience éclairée du rôle et des responsabilités de la classe ouvrière dans le monde ; dans le monde d'aujourd'hui tout spécialement où elle « est appelée à assumer des responsabilités qu'elle n'avait jamais connues dans le passé ».Mystique faite d'une légitime fierté devant la dignité et la grandeur du travail manuel.Mystique faite de fidélité et d'attachement à sa classe, mais aussi de solidarité avec tous ses frères les ouvriers dans leur bonne comme dans — 231 — leur mauvaise fortune, dans ce qui fait leur titre de noblesse, comme dans la compréhension de leurs égarements et leurs déchéances.Mystique faite, enfin, d'amour pour la vie simple, rude et pleine de souffrances de l'ouvrier ; éclairée par l'exemple entraînant du plus beau des modèles Jésus-Ouvrier et par la doctrine lumineuse et consolante à la fois des béatitudes, la première tout spécialement .« Bienheureux les pauvres, parce que le royaume des cieux leur appartient ».Vocation chrétienne L'ouvrier, le jeune travailleur, la jeune travailleuse, est aussi un chrétien, une chrétienne, ou est appelé à l'être, c'est là, l'autre réalité que nous allons maintenant envisager.Nous sommes plus familiarisés avec ces termes « vocation chrétienne » et nous en saisissons davantage le sens : nos lectures, nos récollections, nos retraites, notre action militante, nous y ramènent sans cesse.Il ne sera pourtant pas inutile de soulever, ici encore, l'écorce des mots, pour découvrir certaines vérités cachées aux yeux de plusieurs peut-être ou trop facilement oubliées dans la pratique.Une personne humaine Chaque jeune travailleur, chaque jeune travailleuse est d'abord une personne humaine.Il ne serait pas un chrétien autrement, il ne pourrait en être un.Il n'est pas une pierre, pas une plante, pas un animal, mais un être composé d'un corps et d'une âme douée d'une intelligence, d'une volonté libre.Un être donnant la main à l'univers matériel par son corps, et s'élevant jusqu'au monde spirituel par son âme, puisqu'il est fait à l'image de Dieu.Un être capable de comprendre et de vouloir, capable de se déterminer lui-même et de prendre la responsabilité de ses actes ; capable de dire « je », « moi », d'être quelqu'un toujours le même malgré les changements qu'il subit.J'étais « moi » hier, je suis « moi » aujourd'hui, je serai « moi » demain, je serai moi », le même, pas un autre, éternellement.Ce
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