L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1957, juillet-août
L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME VII, No 6 JUILLET-AOUT 1957 SOMMAIRE Etude sur une section de J.O.C.(suite) .M.l'abbé Joseph Beauvais, ptre 224 Aspects nouveaux d'une pastorale en marche .R.P.Gaston Morissette, o.m.i.237 Le Service de Préparation au Mariage du Centre Catholique de l'Université d'Ottawa .R.P.André Guay, o.m.i.244 Rôle de l'aumônier dans la finance .253 .M.l'abbé Paul Guay, ptre 253 Vie des mouvements — J.O.C.La Session Intensive de Lévis .255 Les Centres d'entraînement .257 Le pèlerinage à Rome .258 Le Père Raby quitte la J.O.C.259 Un nouvel aumônier à la Centrale .260 Vie des mouvements — L.O.C.Session Intensive .261 L'Equipe d'Action .261 Noyau de formation .262 Chefs de secteurs .262 Initiation à Granby .262 Ottawa-Hull .262 Nicolet.263 Notre revue d'A.C.0.263 Réunions sacerdotales .263 Nos aumôniers anciens et nouveaux .263 "L'Action Catholique Ouvrière" est publiée sous la responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C.et de la L.O.C.Avec autorisation de l'Ordinaire.Rédaction et Administration : 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P.O.Canada Conditions d'abonnement (de janvier à décembre) Abonnement régulier : $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.2S ETUDE SUR UNE SECTION DE J.O.C.(suite) par M.l'abbé Joseph BEAUVAIS, ptre DEUXIÈME PARTIE: ÉTUDE INTRODUCTION Après avoir relu plusieurs fois les comptes-rendus des réunions et des interviews, il nous semble que l'angle de vision sous lequel il faut voir toutes les activités de notre section de J.O.C, c'est celui de pénétration.Une seule idée préoccupait Léo et le préoccupe encore, c'est celle de pénétrer les mi.ieux de vie.C'est pourquoi la division de cette deuxième partie sera faite à partir de l'idée de pénétration.Tous les chapitres s'y rattacheront d'une façon ou d'une autre par un lien plus ou moins étroit.Dans un premier chapitre, nous verrons ce que l'on entend par pénétration et aussi par milieu de vie.Pour pénétrer, il fallut employer des moyens; nous aurons donc un chapitre sur l'amitié, un autre sur les services.Pour pénétrer, il faut des conditions.Léo pénétra le milieu à condition de se faire accepter.Pourquoi doit-il se faire accepter ?C'est que ie milieu dans lequel il va a ses habitudes bien à lui, ses manières d'agir et de penser.Ce chapitre sera celui de "Rencontre de deux mondes".Enfin, on peut prévoir qu'il y eut quelques conséquences à cette action de Léo.Le dernier chapitre sera sur le rôle de Léo et sa complexité.Sans doute, il ne faudra pas s'attendre à une démonstration sur la logique de cette division.Nous voulons simplement attirer l'attention sur les raisons de son choix.— 224 — CHAPITRE PREMIER PÉNÉTRATION A la question: "Mais, pourquoi es-tu venu à Villeneuve ?" Léo répondait un jour: "Pour faire de la J.O.C."'.Pour lui, faire de la J.O.C.voulait dire insister dans l'action sur ce qui selon lui a été négligé par beaucoup à venir jusqu'à présent, c'est-à-dire, pénétrer les milieux de vie.Mais que voulait-il dire par pénétration et que signifiait pour lui milieu de vie ?Il nous semble important pour ce travail d'essayer de le voir.1 — Milieu de vie Quand Léo a parlé de milieu de vie, il faisait le plus souvent allusion au milieu de loisirs, au restaurant, à la salle de pool.Il parle de "la gang" en terme de milieu de vie."La gang" qui se réunit le soir au restaurant autour de la machine à boules, "la gang" qui moule son homme, c'est un milieu de vie.Mais le milieu ne s'arrête pas là.L'usine en est un, le tramway, le "bus" en sont d'autres.La famille, le quartier, la cité en sont également.Il semble que ce qui ressort de la pensée de Léo et de la vie de notre section, c'est qu'il faut entendre par milieu de vie tout endroit, tout groupement où des hommes peuvent établir certains liens entre eux.Le but de Léo était de pénétrer les milieux de vie.2 — Pénétration Si l'on regarde toujours ce qui s'est fait, on peut dire que pénétrer un milieu c'est d'abord se rendre présent là où auparavant on était absent.On n'allait pas à tel restaurant, il va falloir y aller, et non seulement y aller, mais se faire admettre comme un habitué."Chez Don, maintenant, dit un jour Léo, il n'y a plus de problème; je suis admis." Le propriétaire et les gars étaient habitués à le voir.De plus, si l'on veut pénétrer un milieu, il va falloir élargir à son profit les liens existant entre les individus.Dans "une gang", les membres sont liés par l'amitié, par une simple sympathie, par l'intérêt et par .que sais-je encore.Ce courant de sympathie, d'amitié ou d'intérêt, il faut pour ainsi dire l'intercepter et s'y infiltrer par les mêmes actes qui l'alimentent, si l'on veut pénétrer le milieu.C'est ce que Léo veut dire quand il déclare qu'il faut aborder les gars par ce qu'ils aiment et se mettre "chum" avec eux.— 225 — 3 — Importance de cette action Sur l'importance que Léo attachait à la pénétration, il y aurait énormément à dire mais, au cours de certains chapitres, la question va revenir, notamment pour ce qui regarde ses relations avec (Institution.Mais rapportons immédiatement ce qu'il déclarait aux sections de St-Jean et de Villeneuve réunies dans un conseil fédéral : "L'idée de fond qui nous a toujours travaillés (ici à Villeneuve), c'est d'entrer dans des "gangs" .peut-être qu'on a oublié le principal: le milieu de vie.S'infiltrer partout pour donner l'amitié .Dans nos sections, il s'agirait de tracer un plan d'action pour pénétrer les milieux de vie: milieu de travail, loisirs, "gangs", etc." Il n'y a pas de doute que la pénétration des milieux est pour Léo le principal objectif à atteindre.CHAPITRE DEUXIÈME MOYENS 1 — L'amitié a) La pensée de Léo sur l'amitié "Le premier point, la pierre angulaire sur laquelle doit reposer toute l'action jociste, c'est l'amitié.Sans elle, inutile de songer à rechristianiser la jeunesse ouvrière.Avec elle, tout est possible." Cette amitié, il faut d'abord que les gars se la donnent entre eux, à l'intérieur de la section.Un jour Léo expliquait à Jean-Luc qu'il ne fallait pas devenir "Une gang" fermée.Jean-Luc alors d'avouer: "Pour ma part, il me semble que je viens trop souvent te voir, que je te fais perdre ton temps ." "C'est vrai, de répondre Léo, il faut faire attention à ça.Mais, il faut faire équipe ensemble.Si nous ne faisons pas équipe ensemble ici, l'action auprès des autres va nous assécher.Donc, il faut de l'action .mais il faut se réserver quelques heures ensemble pour se réconforter." Quand il s'agit d'envisager la pénétration, Léo explique souvent que c'est d'abord l'amitié qu'il faut établir entre eux et les gars."L'important, c'est de les avoir par l'amitié.Il ne faut pas aller trop vite; des gars, c'est facile d'en avoir.Mais ils ne tiendront pas si on ne les a pas par l'amitié." En par.'ant des lutteurs, il dit son intention — 226 — de leur rendre service, de leur demander aussi de former un comité de jeunes pour traiter avec la J.O.C.et il ajoute: "Ces jeunes seront plus près de nous, on s'en fait des "chums" et on y est." bl Dans les faits Dans les faits, on a éminemment mis en pratique la théorie sur l'amitié.Jean-Luc a été, envers certains, le champion de l'amitié.Il parvint même à intervenir dans la famille d'un type où il y avait incompréhension des parents envers le garçon.Un seul titre lui permettait de pénétrer si intimement dans le foyer, c'était son amitié pour son gars.Il servit d'intermédiaire entre tel et tel gars et l'aumônier.Un seul titre lui permettait d'agir de la sorte, son amitié envers eux.Mais s'il n'a pas encore réussi pleinement dans ses plans avec Jules de "la gang" de Chez Don, on peut dire que Léo l'a tout de même traité en ami et, à certains moments, la réciproque était vraie.C'est ainsi qu'un après-midi, au restaurant, tout en mangeant ensemble, Jules lui raconte comme à un véritable ami toutes ses ambitions, tous ses rêves qu'il n'avait pas pu réaliser.cJ Les phases de l'amitié Cependant, même si l'amitié doit être désintéressée, "y faut pas chercher seulement à avoir un gars pour augmenter le mouvement, mais parce que le gars a besoin d'amitié"; même si l'amitié est l'expression de la charité et par conséquent toujours de mise, c'est tout de même un moyen, c'est un premier échelon.Il faut tendre à l'action, à l'action organisée où des liens d'amitié devront s'établir mais où il faudra passer à des réalisations, même en sacrifiant certaines amitiés.On l'a vue dans le résumé du début.Il y a eu trois phases dans l'histoire de la section: la première, celle de l'amitié; la deuxième, celle des tentatives d'organisation; la troisième, celle des organisations.On peut dire que la première et la deuxième sont une seule et même phase: celle de l'amitié, où l'amitié primait.On sacrifiait tout pour sauvegarder l'amitié.L'exemple de Bob est typique.C'est pendant ces deux premiers mois que Léo et Jean-Luc se sont rendus compte que Bob n'avait pas un tempérament de chef, qu'il ne pouvait pas conduire une action organisée.Mais on le garde quand même au Cercle d'Etude (CE.).Il n'était pas question de lui dire de se retirer.L'organisation ne l'exigeait pas encore.Mais voici qu'à la fin de la troisième phase où l'organisation prend le dessus, où l'on a affaire à de vrais chefs du milieu, il faut — 227 — alors conserver le contrôle de la ligue de balle et de l'équipe de ses soirées.L'amitié ne suffit réellement plus.L'on demande à Bob de se re.irer du CE.Il ne se retire pas de lui-même, on lui demande de le faire.Jean-Luc a eu la mission de le lui faire comprendre et de conserver les liens d'amitié.Alors qu'auparavant, lorsque Bob ne se rendait pas au CE.parce qu'il travaillait tard, Jean-Luc incité par Léo l'appelait durant la réunion et lui disait qu'il était toujours temps de venir, maintenant, i.e.vers le début d'avril, c'est Jean-Luc de lui-même, car Léo n'y pense plus, qui appelle Bob, simplement pour lui demander comment ça va.C'est que maintenant on juge en termes d'organisation.Au début, on était prêt à temporiser, à attendre que Bob fasse ses preuves; on sacrifiait en quelque sorte l'organisation à l'amitié.Aujourd'hui, on a sacrifié l'amitié à l'organisation.L'amitié est un moyen de pénétrer le milieu et un réconfort pour la section.2 — Les Services Nous diviserons ce chapitre sur les services en deux parties.Premièrement, nous verrons à l'aide des rapports des réunions ce qui s'est fait et ce qui s'est dit sur les services.Nous situerons ces derniers dans leur contexte et nous essayerons en même temps de dégager de ces faits et de cette pensée les idées maîtresses qui nous serviront, dans une deuxième partie, à élaborer un esjai de concept sur le service.Non pas que nous voulions généraliser et imposer le point de vue de la section sur le service, mais bien que nous essayons de savoir ce qu'il est pour la section de J.O.C que nous étudions.Dans les notes de Léo qui racontent l'expérience de la première réunion de la section, on y trouve ceci : "D'après vous, qu'est-ce que la J.O.C.?" Les réponses: "Ça aide les jeunes à résoudre nos (sic) problèmes." "Les jeunes ont-ils des problèmes?" Réponses: "problèmes d'argent, de passe-temps, de travail, d'avenir, de femmes ." "A Villeneuve, quel est le problème le plus frappant ?" "Manque de loisirs.Les jeunes travailleurs n'ont rien à leur disposition.Alors ." a) S.P.A.A la première réunion où l'aumônier a assisté, Bob, donnant un compte-rendu de ses contacts, explique qu'il a abordé les gars sur la question du S.P.A., du S.P.M.et ses loisirs.Le S.P.M., Service de Préparation à l'Avenir, est pour les plus jeunes et le S.P.M., Service de Préparation au Mariage, pour les plus âgés.A la fin de cette — 228 — première réunion, on est d'accord pour contacter des jeunes en vues d'une assemblée générale où il sera question du S.P.A.à lancer.Le S.P.A.devait répondre au besoin de formation que le jeune travailleur éprouve même à son insu pour faire face à ses multiples problèmes car, dit Léo, "y faut pas chercher seulement à avoir un gars pour augmenter le mouvement, y faut s'unir ensemble pour régler nos problèmes".Mais il n'a plus été question de S.P.A.Au comité diocésain, on a décidé de retarder une telle fondation.On peut voir par ce contexte que le S.P.A., projet d'un service à lancer, baignait dans une atmosphère de besoins auxquels il fallait répondre.Le service devra répondre à un besoin.b) Hockey et Ballon-balai Le prochain service dont on entendra parler sera celui de fonder une ligue de hockey et une ligue de ballon-balai.C'était le 13 décembre.Léo avait déjà eu quelques contacts avec les "gangs" au restaurant Chez Don.Mais ces contacts étaient d'individu à individu.Il connaissait quelques "gangs" et se demandait quel moyen prendre pour y pénétrer, y être admis.Il apprend alors que deux ou trois "gangs" sont intéressées au ballon-balai.Il pense donc à fonder une ligue.Des clubs existent, mais ils sont isolés.La même situation se répète pour le hockey.Fondons deux ligues: ligue de hockey, ligue de ballon-balai, pense Léo.Et le 13 décembre, il concluait: "Mes espoirs actuellement sont le hockey et le ballon-balai".L'affaire n'a pas marché : pour le hockey, il était déjà trop tard pour agir; pour le ballon-balai, un chef est parti pour l'armée et l'autre club était composé surtout de gars de Montréal, il ne restait donc qu'un club.Avec un club, il n'y avait pas de ligue possible.L'idée de Léo à propos de ces ligues était qu'il lui aurait été plus facile de fonder une organisation complémentaire que d'essayer de mettre la main sur ce qui existait déjà.Par la ligue, il répond à un besoin du milieu, ce qui le fera d'autant mieux accepter.De plus, par la ligue, il prévoit établir des relations avec tous ces capitaines de club et ainsi traiter avec eux d'égal à égal dans des relations nécessaires et admises par eux et de là entrer petit à petit dans leur vie.Donc, ce qui se dégage de ce projet, c'est d'abord qu'il faut encore répondre à un besoin.Des clubs existent mais il n'y a pas de ligue.Formons une ligue.De plus, par cette ligue, on aura des chefs du milieu, donc idée de pénétration.Cette ligue donnera l'occasion à des contacts nécessaires avec ces chefs, d'où liens d'amitié possibles et de là possibilité d'entrer dans leur vie.Il voulait pénétrer le milieu; la preuve en est que l'idée de la ligue tombe parce qu'un club est composé de gars de Montréal et que le chef de l'autre club s'en va.Alors Léo laisse tomber le tout.— 229 — cJ Service de culture physique Ceci nous mène au 16 décembre où il est question pour la première fois du service des loisirs.C'e&t Jean-Luc qui raconte les contacts faits avec ses gars.En parlant de Réjean II, il dit qu'il est intéressé à la J.O.C.et qu'il "aimerait aussi s'occuper d'un centre de culture physique".Il en est ainsi pour tous les gars de Jean-Luc.Léo alors ne finit pas la réunion sans dire à Jean-Luc: "On peut faire rencontrer tes gars.On va leur fournir des poids.Ils vont se connaître avec ça; on va les connaître.Pendant le temps qu'ils seront occupés, on pourra jaser avec celui-ci, celui-là".Léo avait dit, quelque temps auparavant: "Il faut aborder un gars avec ce qu'il aime".C'est ainsi que l'idée du service de culture physique prit naissance dans la section.A la réunion suivante, Léo annonçait: "De St-Jean, on a rapporté des poids.Alors il faudrait le dire aux intéressés: emmener vos équipes ici pour faire une réunion; parler avec eux d'organiser quelque chose pour attirer des jeunes et demander leurs idées sur l'organisation de la culture physique".A la réunion du 4 janvier, Léo répondait à Jean-Luc désireux de fixer un pian d'action: "On va le préciser tout de suite.Voir les gars .leur parler des loisirs qui s'organisent puisqu'ils ont tous émis le désir d'en avoir.Fixer tel soir avec eux.On les fait se rencontrer.Ils s'occupent avec les poids; au bout d'un certain temps, il faut se reposer.Alors on les attrape sur le comment organiser les réunions .Mais il ne faut pas oublier que cette réunion de culture physique, c'est une occasion de contacts et non pas une affaire à développer.Le 2 février, Léo annonça que le Lut de !a réunion serait de réfléchir sur leur action, sur l'orientation de la section, pour savoir comment rendre juristes les activités en marche.Jean-Luc arriva avec la réflexion suivante : "Les gars, je les ai intéressés aux sports.C'est ça qu'ils veulent, ils viennent pour ça.J'ai eu Raymond par ce côté, le côté sportif.Et on en est là.L'idéal apostolique n'a pas été abordé".Léo: "C'est légitime." Jean-Luc: "Mais au point de vue pratique, ils viennent pour les sports.Il faudrait voir Lepage (un athlète) au plus tôt, il sera une attraction.J'ai promis à Raymond qu'il viendrait".Le lendemain, nouvelle rencontre: Jean-Luc affirme la même idée: "Samedi soir dernier, Raymond est venu passer la soirée avec moi.On a jasé sur le service des loisirs.Je lui ai expliqué que ce service des loisirs consistait à se réunir une fois par semaine, que Lepage est prêt à venir leur donner un coup de main.Ça l'a intéressé".Léo: "Quelle fut au juste sa réaction ?" Jean-Luc: "lia — 230 — été content".Léo: "Mais qu'est-ce qui l'a surtout intéressé ?" Jean-Luc: "L'idée des sports! Peut-être l'amitié qu'il pouvait y trouver, mais surtout les sports".Au conseil fédéral, Jean-Luc résume l'action de la section en disant: "Nous autres, on a attiré des gars par l'idée de culture physique".Ceci finit les faits recueillis sur le service de la culture physique.Comme on le sait, le service de la culture physique n'a jamais fonctionné.Ce fut un projet.Ce qui se dégage de ce projet des loisirs ou de culture physique, c'est d'abord que les gars y étaient intéressés.Donc, il n'est pas tout de répondre à un besoin; il faut que le service soit ou devienne un centre d'intérêt.C'est la raison de la venue toujours éventuelle d'un athlète de Montréal.C'était pour intéresser les jeunes.On peut dire que par le service de la culture physique, on a voulu, tout en se basant sur le désir des gars, créer un centre d'intérêt.Mais il est à remarquer aussi que ce service ne s'adressait pas à des "gangs" déjà constituées, mais qu'on a voulu en constituer par l'intérêt de ce service.d) Locaux pour orchestre et lutteurs Autres projets furent également le service d'un local pour orchestre et d'un local pour les lutteurs.Un troisième projet a été le service de placement et d'orientation professionnelle.Il y eut des activités dans ce dernier domaine ; plusieurs jeunes, en fait on été placés et orientés grâce à la section, plus spécialement grâce à Léo.Mais le service tel quel, l'organisation elle-même n'a pas existée.Quoiqu'il en soit, ces trois projets ont donné lieu à des contacts, on a émis des idées.Léo eut l'idée d'organiser un local pour orchestre après que Jules, un chef de "gang", lui eut raconté ses ambitions de devenir chef d'orchestre, d'organiser "sa gang" à cette fin.Il en fut de même pour les lutteurs.C'est un de "la gang" qui aborde Léo: "T'occupes-tu de la ligue sportive?On n'a pas de local pour faire notre lutte".A la réunion suivante Léo rapportait le fait et il s'élevait une controverse autour de la question."J'ai rencontré un lutteur amateur .ils n'ont pas de local pour faire leur lutte.Je vais le revoir, savoir ce qu'il veut et lui faire gagner .Je vais lui dire au chef: 'Etes-vous intéressés à avoir un local ?Emmène-moi tes gars, je veux tous les voir'.Ça va me permettre de les voir, de les connaître, d'imposer les conditions.Ce sera d'abord un contact de 'business' ".Bob s'oppose disant qu'ils sont trop tough"."Oui, je sais, dit Léo, mais il faut faire quelque chose.Plusieurs de ces gars-là se tiennent Chez Don." Bob de nouveau revient à la charge avec de nouvelles objections.Léo: "C'est vrai, mais on va les — 231 — organiser.C'est un risque à prendre, mais il faut le prendre.Puis, là, je les ai.Aie pas peur, quand il est venu me voir, il était à mes genoux .En leur rendant service, on va s'infiltrer dans 'cette ga?ig'.On peut leur demander de faire un comité pour traiter avec nous.Sur ce comité, on leur demandera d'entrer quelques jeunes.Ces jeunes seront plus près de nous; on s'en fait des 'churns' et on y est." et Service de placement Pour le service de placement, on peut dire qu'il lut toujours un peu la préoccupation de Léo.Il a aidé Bob à se placer, a fait orienter Bernard et lui a trouvé une "job", a fait orienter Jean-Luc et ceci dès le début de la section.Mais vers le 10 février, il constatait qu'il avait des "relations avec des vestes de cuir (des chômeurs pour la plupart).!' sont pas encore organisés.Y commencent.Y commencent à se mettre un tigre dans le dos.Peut-être qu'en faisant de la propagande sur mon service de placement, ça prendrait.Ça me donnerait des chances pour m'infiltrer".De plus le 12 février, un gars au restaurant l'a interpellé en disant: "Y parait que tu trouves des 'jobs'?" "Certain", dit Léo."Je lui ai donné rendez-vous cette semaine." Le 23 février, Léo disait à la réunion qu'il avait contacté un orienteur employé au Bureau de Placement."Il est prêt à venir ici, dit-il, pour rencontrer les gars, les orienter, leur donner des façons de se présenter ." Il concluait que c'était par ce service qu'il voulait rejoindre Jules et "sa gang" des chômeurs, lequel Jules semblait lui échapper à ce moment-là.Et voilà ce qui en est des trois projets de services.Que ressort-il de ces tentatives ?D'abord il ressort que Léo eut l'idée de ces services après en avoir constaté le besoin.Ce sont les chefs du milieu eux-mêmes qui le demandent.Si le service n'a pas marché, c'est à cause d'obstacles extérieurs incontrôlables.Le besoin y était.C'est après avoir trouvé de l'emploi à plusieurs que Léo pense au service de placement.De plus, par les paroles de Léo au sujet du local des lutteurs, il est clair qu'il veut se servir de cette organisation pour pénétrer le milieu.D'abord le service donne l'occasion à des contacts nécessaires.'Imposer des conditions, contact de 'business'." Ensuite on passe à l'organisation.On leur demande de faire un comité pour traiter avec la J.O.C.Sur ce comité, on demande la présence de jeunes."Ces jeunes sont plus près de nous", puisque les lutteurs eux-mêmes ont un certain âge, "on s'en fait des 'churns' de ces jeunes et on y est." Même idée de pénétration par le service de placement.C'est pour rejoindre Jules et les autres tout en répondant à leur besoin.— 232 — Répondre à un besoin, donner lieu à des contacts et pénétrer le milieu, voilà ce qui ressort de ces trois projets de services.ft Ciné-Club Un autre service qu'il nous faut voir, qui n'a même pas été un projet parce que Léo l'a boycotté, mais qu'il nous faut voir justement parce que Léo l'a combattu, c'est le service d'un ciné-club.Un soir à une réunion des gars de Jean-Luc, Clément propose un ciné-club.Raymond est enchanté de l'idée.A la réunion du cercle d'étude, Léo a tué le projet."Raymond a mordu à l'idée" dit Jean-Luc.Léo réplique: "Un bon genre de ciné-club, c'est d'aller aux vues avec des gars, puis, après, d'aller au restaurant ensemble et de jaser sur le film .Avant de s'embarquer à fonder quoi que ce soit, il faut continuer dans la ligne où l'on marche .Essayer de faire découvrir à Raymond ce que c'est que la J.O.C., que ce n'est pas une affaire de sports .Clément a connu une autre expérience: celle d'organisation, ciné-club, sports, etc.Et puis la J.O.C.prend la vie où elle est.Quand on parle d'organiser la culture physique ici, ce n'est qu'un moyen pour mieux faire nos réunions d'équipe; ça ne doit pas devenir un but.Un ciné-club deviendrait un but .// faudrait que tu expliques ça à Raymond." Les idées de Léo sont assez claires.Le service n'est qu'un moyen.Un moyen d'aller trouver la vie où elle est.Une certaine part de la vie de loisir pour les jeunes se passe au cinéma.Si le service ne nous ouvre pas cette porte, il devient un but.Le service doit aider à pénétrer le milieu.g) Précisions sur problème et besoin Il est à noter que lorsqu'on a parlé de problèmes et de besoins, on a parlé, dans le fond, de la même chose, mais sous un angle différent.On a parlé d'un manque quelque part, d'une lacune qu'il fallait combler.Mais en disant problème, on fait appel à des principes à l'aide desquels on juge la situation.Quand on parle du problème d'argent chez les jeunes, on veut dire que les jeunes devraient savoir utiliser leur argent, ne pas le gaspiller.On juge la situation.Il y a un manque chez les jeunes qui ne savent pas utiliser leur argent.La situation cause un problème.Tandis que lorsqu'on parle de besoin, on se place au point de vue des personnes chez qui le manque existe.Les jeunes ne savent pas comment utiliser leur argent et ils le gaspillent.Il y a un besoin pour eux de l'apprendre.— 233 — Le besoin peut être conscient ou inconscient, ressenti ou pas.Si le problème d'argent chez les jeunes consiste dans un manque d'argent plutôt que dans un manque de savoir l'utiliser, ils vont ressentir le besoin.I.est à noter que lorsque le service répondra à un besoin ressenti, il auiu plus de chances de succès.Le besoin du S.P.A.chez les jeunes n'était pas ressenti.Le besoin d'un ciné-club non plus.h] Service de la batte e> service des soirées Il s'agit maintenant de traiter de deux services: le service de la ligue de balle et celui des soirées.Ce qu'on avait essayer de faire avec tous les autres projets, on va le réussir avec ces deux services.Voici comment Léo s'adressait à Raymond lors de la réunion du 17 février: "On peut bâtir un mouvement, la J.O.C.Pour le moment, on veut des gars-clés.On a pensé que tu en étais un pour lancer des services, pour répondre à des besoins".Jean-Luc qui devait mener la réunion, ce soir-là, reprend à son tour: "Vois-tu, là, on pourrait déjà penser à un club de balle .La grande idée, c'est de contacter les gars, de leur parler de la balle.Puis, leur parler de J.O.C; les emmener en les intéressant".Raymond: "Pour avoir des gars, je suis capable d'en avoir".On discute un peu et Léo revient: "La grande idée comme chose (Jean-Luc) disait tout à l'heure, c'est qu'on voudrait établir un plan d'action qui permettrait de prévoir les contacts, les démarches nécessaires à la fondation d'une ligue de balle .Y a-t-il des 'gangs', des hommes clés qui pourraient maintenir une ligue, des gars qui sont chefs, qui ont une influence naturelle ?" Séance tenante, on met sur papier les noms de capitaines de clubs.La plupart avaient leur club de balle l'an passé.Mais il n'y avait pas de ligue.Ces clubs étaient formés de gars qui voulaient bien jouer ensemble, des gars qui se tiennent dans les restaurants et les autres milieux de loisir.Il y eut une première réunion de ces capitaines, puis une deuxième et une troisième, ainsi de suite, jusqu'à aujourd'hui en raison d'une par semaine.Les gars sont intéressés, la ligue est formée: la Ligue Juvénile de Ba'le de la J.O.C.Un exécutif est formé; le président est élu: Raymond.Le règlement est fait, des contrats sont même signés entre la ligue et les joueurs.Actuellement, il y a quatre clubs; l'objectif est d'en avoir six.C'est Léo qui fait les réunions de la balle, même si Raymond est président de la Ligue.Léo tient à garder lui-même le contrôle tant que Raymond ne sera pas initié dans la J.O.C.et tant qu'il ne sera pas assez sûr de lui-même, car Léo voit bien dans ce service de — 234 — la balle un grand moyen de recrutement pour la J.O.C Son objectif, c'est qu'en mai il y en ait une dizaine de ces capitaines qui soient initiés dans la J.O.C.Déjà plusieurs d'entre eux ont signé leur carte de membre.C'est un premier pas."Ce sont des gars qui ont de l'étoffe, disait un jour Léo.Le problème sera de les emmener à l'idéal jociste.J'ai préparé un plan d'action à cette fin.A force de se réunir ensemble, ils vont poser un tas de questions; s'ils ne se les posent pas, on s'arrangera pour qu'ils se les posent.Il faut en arriver à ce qu'ils se posent la question sur ce qu'est la J.O.C.On maintient des exigences, par exemple, s'en tenir aux jeunes travailleurs dans la ligne, pas d'étudiants, pas de sacres, pas de bataille.Ensuite, ajoutait Léo, ils apprennent à discuter." Dès le 23 mars, il était question d'une assemblée générale pour le 16 avril où tous ceux qui sont intéressés à la balle, aux soirées, pourraient venir.Cette assemblée évidemment sera officiellement une assemblée de la J.O.C."Tu ne penses pas que des gars comme un tel et un tel ne se poseront pas la question qu'ils viennent de se faire embarquer dans une mauvaise galère.Ils vont réaliser, lors de cette assemblée, qu'ils se sont fait un peu rouler." Léo: "Justement, il sera bon qu'ils se la posent cette question.Qu'ils réagissent comme ils voudront.D'un côté, ils seront assez pris par leur affaire pour ne pas reculer.La réaction, qu'elle vienne ." De fait l'assemblée générale a eu lieu le 16 avril; ils étaient une trentaine.Plusieurs des principaux capitaines de clubs ont pris une part active à l'assemblée: l'un a fait un "speach" sur le travail, l'autre sur le chômage.Pour finir, ces capitaines et d'autres ont fait la promesse publique d'appuyer la J.O.C, de payer leur cotisation et d'assister aux assemblées.Cette promesse ainsi que leur signature sur leur carte de membre les engagent pour trois mois d'essai dans le mouvement.Léo leur a fait prendre cet engagement après leur avoir expliqué que dans trois mois, la J.O.C.restait libre de les "sacrer" dehors.Il faut admettre tout de même qu'ils étaient décidés.Pour le service des soirées, les résultats sont à peu près les mêmes.L'équipe s'est formée autour de Jean-Luc qui a tenu régulièremetnt ses réunions toutes les semaines dans le but de préparer une grande soirée le 7 avril.La soirée a eu lieu.De 70 à 80 jeunes, garçons et filles, sont venus.Les gars de la balle y étaient tous.Comme pour la balle, les principaux leaders ont signé leur carte de membre de la J.O.C.De ces deux services, il faut maintenant tirer quelques conclusions.Il apparaît que ce qu'on visait, c'était des chefs du milieu; il semble bien qu'on en ait atteint au moins quelques-uns.On parlait du club d'un tel et d'un tel, comme de "gangs" déjà formées.C'est une — 235 — action organisée; on fait une ligue avec règlements, contrats, etc.Pour parvenir à cette action organisée, on passe par les chefs du mi ieu, mais la J.O.C.en garde le contrôle et l'orientation.La ligue répond à un besoin; des clubs existaient mais sans union entre eux.Pour les soirées, ce sont les gars eux-mêmes qui en ont parlé les premiers.De plus, ce qui était moins clair avec les autres projets mais qui l'est avec ces deux réalisations, c'est que le service est un moyen de recrutement pour la J.O.C.et aussi un moyen de formation.ii Définition du service Ainsi, si l'on fait l'analyse des projets de services ou des services réalisés, on peut en arriver à une certaine généralisation sur le service.Il semble que la définition du service pourrait se concevoir comme suit: "Le service est une action organisée, sous le contrôle et l'orientation de la section, par des chefs du milieu en répondant à un besoin, comme moyen de pénétration, de recrutement et de formation".(à suivre) — 236 — ASPECTS NOUVEAUX d'une pastorale en marche par le R.Père Gaston MORISSETTE, O.M.I.Il serait facile de recenser le nombre de fidèles canoniquement rattachés à des aumôneries.Ils vivent sur le territoire d'une paroisse mais se réclament une sollicitude sacerdotale autre que celle du clergé résident : hôpitaux, prisons, pensionnats, écoles de tout genre, foyers, hospices, etc.C'est une structure normale de notre pastorale ordinaire.Les policiers, les pompiers, les voyageurs de commerce, possèdent depuis assez longtemps leur aumônier.En 1956, les employés de la Commission du Transport de Montréal recevaient un aumônier oblat.Ces dernières semaines, un Père Franciscain assuma le service religieux d'un nombre important de fidèles, les chauffeurs d'autobus de la Compagnie du Transport Provincial.Le lancement spectaculaire d'une nouvelle aumônerie, celle des chauffeurs de taxi et sa réussite pastorale prometteuse, amène les esprits à repenser le rôle de l'Eglise auprès des âmes.Les fidèles les moins ouverts aux problèmes d'Eglise ont tout à coup découvert l'évidente sagesse de cette mesure et comment la paroisse ne suffisait plus aux besoins réels de milliers de fidèles.Jusqu'à quel point l'Eglise voudra-t-elle dépêcher dans le monde si complexe du travail et des professions, ses prêtres jusqu'alors concentrés dans les paroisses et l'enseignement supérieur ?Question toute simple que, nous agitons pour voir se dessiner les orientations de la pastorale en éveil d'une Eglise vivante.Les milieux de vie débordent la paroisse territoriale.Poussons les choses à l'extrême et laissons parler un sociologue européen, le Père Desquerat, s.j."Nos paroisses modernes ressemblent à ces maisons sinistrées dont le souffle d'une torpille aérienne a crevé les portes et les fenêtres, dont un obus a percé la muraille et dont les occupants se félicitent d'avoir encore quelques pièces dites habitables".Evidemment, qu'il s'agit d'un contexte religieux tout différent de celui de notre catholicisme pratiquant majoritaire.Notre paroisse urbaine est très habitable, confortable même et très défendable.Elle n'a pas perdu la partie.Que les prêtres intensifient le — 237 — contact pastoral avec tous les fidèles même non pratiquants, que la liturgie se fas>e accueillante e.que surtout l'action des paroisses se conjugue en des ensembles puissants, la forteresse de notre christianisme tiendra le coup.Cependant ne nions pas les conditions défavorables du milieu ambiant; la trinité institutionnelle — foyer, église, écoles — doit partager son influence avec des trios mobiles et envahissants, presse, radio, télévision.Le déracinement paroissial s'accentue en ce sens que l'habitat, la juxtaposition des foyers dans l'espace ne crée plus la communauté de vie caractéristique du "pagus" antique, du bourg européen, des quartiers de petites villes voire des paroisses rurales d'autrefois et même d'aujourd'hui.Le milieu géographique fait de plus en plus place à une solidarité occupationnelle, à une communauté de loisirs commercialisés.La mobilité du transport supprime les distances, rapproche les hommes et crée ces zones d'habitation en bordure des grandes cités qui bouleversent l'équilibre de la population tout autant que l'assiette de taxation.Sans doute existe-t-il des quartiers moyens, ouvriers et bourgeois.Notre-Dame-de-Grâce n'est pas Saint-Henri.Ils naissent de la juxtaposition des foyers plus que de leur association; ils groupent les individus disposant d'un certain niveau de vie mais indépendants les uns des autres sur le plan des échanges humains.S'ils viennent à penser et à réagir semblablement, ce n'est pas qu'ils se fréquentent assidûment au foyer mais bien qu'ils lisent les mêmes journaux, écoutent les mêmes programmes, se conforment aux usages courants et aux slogans en vogue.Il nous souvient de ce prêtre animant, en pleine paroisse bourgeoise, une célébration de la Parole.Il invite les fidèles à chanter ensemble dans un élan collectif de piété communautaire "comme les premiers chrétiens" disait-il.Peu d'enthousiasme pour la simple raison que nos paroissiens d'aujourd'hui ne sont plus les premiers chrétiens; ils ne vivent plus cette communauté humaine à la base du convivum liturgique décrit au chapitre deuxième des Actes.Le Père Danielou est-il pessimiste ou simplement objectif lorsqu'il soutient que la communauté liturgique — ce'le de nos grandes paroisses métropolitaines — s'avère absolument insuffisante pour faire subsister un peuple chrétien sans un milieu humain qui le porte ?L'inquiétude pastorale de l'Église.L'Eglise pressent la gravité de l'enjeu et cherche à s'adapter à ce devenir humain.Elle n'y entre pas d'emblée car son histoire la fixe au sol et ses divisions administratives, diocèses ou paroisses, collent de très près à la géographie.Ses évêques d'autrefois ont défendu la cité et ses moines ont bâti les monastères qui fixeront les populations christianisées.Elle lance partout ces missionnaires afin — 238 — d'y planter l'Eglise.Très souple cependant, elle supprime tout d'un coup la notion de territoire pour assurer aux troupes en campagne les aumôniers militaires.Elle désire avant tout le bien des âmes.Ce qu'elle craint par-dessus tout, c'est d'être dépassée par la vie réelle, de voir se constituer des milieux en dehors d'elle qu'elle ne puisse christianiser.Elle est plus soucieuse de convertir les âmes que de délimiter des territoires.L'Action Catholiques spécialisée multiplie la présence de l'Eglise par des militants, levain dans une pâte.L'Eglise s'apprête peut-être à franchir un pas plus décisif en créant des aumôneries souples, reliées à un lieu de convergence humaine autre que la paroisse territoriale.Il ne s'agit pas de supprimer manu militari la base territoriale d'apostolat si profondément enracinée dans la tradition, le sol et le Code.Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas choisi un territoire précis pour jeter son message et le Pontife universel des âmes ne s'appelle-t-il pas aussi évêque de Rome ?Cependant la politique de présence de l'Eglise se doit déployer en des secteurs extra-paroissiaux où le prêtre serait bienvenu et bienfaisant : grandes administrations, services publics, et pourquoi pas certaines usines .Point n'est besoin d'emprunter à je ne sais quel postulat sociologique l'obligation pour les prêtres de ne pas fuir la vie réelle.Il suffit de regarder vivre le premier apôtre, le premier missionnaire du travail, Notre-Seigneur Jésus-Christ.Un corollaire de l'Incarnation rédemptrice.L'Incarnation qui réunit en une seule personne divine deux natures rapproche l'humanité de Dieu.Le Christ assume une nature singulière et se rapproche de tout l'humain à l'exception de nos préjugés et de nos péchés.Il épouse nos misères, nos faiblesses, notre travail ; Il intervient dans la grande histoire comme dans le destin le plus humble des petites gens sans histoire.Jésus n'a pas fui la vie quotidienne des Juifs, Il s'est mêlé aux foules juives, provoquant les réactions, opérant cette division des coeurs prédite par Siméon.Dès le début de son apostolat, Il s'installe délibérément au niveau des préoccupations populaires.Il prêche au Temple, sur le bord de la mer, sur les montagnes, dans les maisons des riches, au foyer de l'amitié.Il institue l'Eucharistie au cours du repas cérémonial.Les premiers chrétiens diront la messe en pleine vie sociale; d'où les abus dénoncés par l'Apôtre.Jésus-Christ est né au cours du recensement qui remue tout l'univers; Il meurt en plein rassemblement pascal.Jusqu'à la fin, Il a tenu la vedette non pas par goût de la publicité mais par une politique de présence à la vie de ceux qu'il voulait sauver.L'Eglise et le prêtre n'ont qu'à s'inspirer de Jésus-Christ.L'Incarnation et la Rédemption se continuent par eux.La pâte ne se soulève que par — 239 — l'immanence du levain.De même les âmes sous la poussée d'une />;â_£; £c;u.el e.qui.surgit dans le calme d'une église, au hasard du travail quotidien, sur le chantier de travail, par une parole de prêtre .aussi', familière à la vie que Jésus l'était aux pêcheurs galiléens et : aux/scribes du Temple.Les chauffeurs de taxi de Montréal pourvus : d'un, service religieux adéquat saisissent d'emblée l'aspect actuel de l'Incarnation rédemptrice.E.le s'opère au vif de leur vie professionnelle :1a: conjonction du Christ Rédempteur et de leur âme à sauver.Une audacieuse politique de présence.Les chauffeurs de taxi forment une population, flottante des plus typiques.Corvéables soixante à soixante-et-quinze heures par semaine, ils vivent en marge du milieu paroissial mais se rencontrent en une authenticjue fraternité humaine faite de soucis communs, de travail et de réactions.Ils constituent un milieu sympathique et coloré: Le chauffeur de taxi se bâtit une philosophie de la vie très per-'onneLe.Sa connaissance des milieux et des hommes lui fait très rapidement dépasser le stage de l'étonnement .Il connaît presque tousies acteurs de la comédie humaine pour les véhiculer vers l'avant ou l'arrière-scène de leur tapageuse apparition.Sa psychologie l'apparente très peu à celle des croisés eucharistiques ou des enfants de choeur prolongés .Bref, une classe de gens avertis, déracinés paroissiens moyens.Et voici que le Christ fait irruption dans ce milieu, que l'Eglise devient tout-à-coup familière sous les traits de deux aumôniers populaires et acceptés.La roulotte est au rendez-vous, fixée en pleine vie réelle, au détour des rues, des avenues, des boulevards, à coeur de jour et de nuit parcourus.Eux qui disposaient de peu de loisir pour approfondir ce qu'en langage pédant on appelle "les corollaires existentiels de l'Incarnation" saisissent d'emblée ce ■ que c'est qu'un Dieu à leur portée, incarné et présent.Dieu continue à prendre l'initiative, Il réduit au minimum les formalités du rendez- .vous Sauveur.Assister à la messe dans son taxi, le dernier client reconduit à son hôtel, voilà de la suprême condescendance supérieure A la messe nocturne de Notre-Dame pourtant si accessible et populaire.Nous ignorons la réaction des curés montréalais.Au fond ces bons pasteurs se réjouissent de ce que leurs paroissiens souvent inconnus puissent se ravitailler spirituellement à l'unité mobile de la roulotte extra-paroissiale.Les bons Jésuites ne travaillent pas pour de l'argent; ils doivent cependant vivre de leur apostolat sans ambitionner de monopoliser le casue! de leurs paroissiens ambulants.Mais qu'un jour se pose ce problème précis, il le faudra résoudre sans revenir en •arrière convaincu que ces paroisses sociologiques, au niveau occupational constituent un apport à intégrer à la pastorale d'aujourd'hui et surtout de demain.— 240 — Une pastorale d'anticipation.Des attitudes autrefois qualifiées d'avant-garde s'acceptent aujourd'hui couramment.Par-dessus les siècles et rejoignant l'utopia de Thomas Morus, H.J.Wells a créé un genre littéraire où il promène son lecteur dans les mondes de l'avenir heurtés et apocalyptiques.C'est le roman d'anticipation.En parlant d'aumôniers d'usines en Amérique du Nord, nous accusera-t-on de nous livrer à de la pastorale d'anticipation ?Aumôniers d'usines ?Videtur quod non, la réponse spontanée.Il est vrai que le monde du travail américain, avec sa semaine de quarante heures, de trente-six heures et bientôt de trente heures marque de moins en moins l'ouvrier moyen.La solidarité de classe joue moins ici qu'en Europe; les barrières sociales exacerbent à un moindre degré les inévitables conflits sociaux.Pourquoi des aumôniers d'usines ?L'ouvrier vit peu à l'usine; il parle beaucoup plus de sport, de fin de semaines que de syndicalisme et de politique.On ne peut concevoir des périodes fixes où un prêtre pourrait rencontrer des ouvriers.Comment serait vue une présence sacerdotale dans des milieux hétérogènes du point de vue racial et religieux, dans des usines dépendantes d'un capital anonyme international et forcément neutre ?Videtur quod non.Cette nouveauté pastorale s'avère inopportune.En effet, sans être déterminants, ces arguments apportés contre cette initiative, légitiment de sérieuses réticences.Faut-il à jamais fermer au prêtre l'accès aux grandes usines ?Complétons le dossier d'information.Notons tout d'abord que l'aumônier d'usine n'est pas une nouveauté.Il existe en Italie.A Bologne, se forment dans un séminaire interdiocésain les futurs missionnaires du travail.Un centre pastoral en groupe plusieurs déjà dispersés dans des usines locales pour y exercer un rôle sacerdotal, une sorte de service social supérieur accepté par les patrons et les ouvriers.L'aumônier d'usine sera-t-il accepté en notre milieu ?Nous vivons en Amérique où le prêtre-ouvrier est impensable.Cependant, un missionnaire du travail aurait chance de s'intégrer au milieu.Il possède son bureau comme le médecin.Il travaille sur un plan supérieur mais non étranger aux préoccupations des manoeuvres, des techniciens, qu'il édifie par son assiduité, son abord facile et son désintéressemetnt compréhensif.De fait en plein Montréal, depuis huit mois, se poursuit une expérience des plus intensives.Les employés de la Commission du Transport ont demandé à Son Eminence un aumônier, qui leur fût accordé.Ce dernier, un père oblat, s'est donné avec ardeur et intelligence à sa délicate fonction.Les employeurs se sont prêtés de bonne grâce à son action et lui ont facilité l'accès aux huit secteurs de travail qu'il visite régulièrement.Il rencontre les chauffeurs d'autobus, les ouvriers à leur poste de repos et sur leur — 241 — chantier de travail.Il remplit à coeur de semaine, les fonctions acerdo:ales les plus variées et exerce une influence qui n'échappe pas a la haute administration de la Commission.La Fraternité, union internationale, s'intéresse vivement à cette nouveauté et soutient l'actic i de l'aumônier.Ce sont les employés qui rétribuent de raisoi) îable façon, le dévouement du prêtre.Les sociologues religieux de cl.ez-nous possèdent en cette expérience-pilote, tous des éléments précieux à la solution du problème que pose une présence d'Eglise au monde du travail.Il faut songer aux exigeances de l'Eglise qui mandate un aumônier, aux intérêts des employeurs et à ceux des employés groupés en unions.Evidemment que le bien ne se fait pas seul et que les obstacles se dresseront devant des initiatives aussi bienfaisantes.On mange du prêtre dans les restaurants et dans les conversations d'usine.Les préjugés courants, les griefs classiques contre le capitalisme de l'Eglise, la toute-puissance, l'omniprésence des curés se donnent libre cours.Toutefois la foi vive de nos gens est conquise par le prêtre habile, surnaturel et zélé.L'aumônier se situe au-dessus des conflits possibles du capital et du travail; pour ce faire qu'il émarge à une caisse alimentée par l'ouvrier.En cas de crise, il risquera moins de passer pour une sorte de gendarme spirituel au service d'un ordre social discuté sinon vermoulu.Qu'il n'exerce que ses fonctions sacerdotales, confession, direction, contact personnel et culte.On sait que dans des milieux adultes fermés, la mise sur pied d'une action catholique et sociale suppose un travail difficile, délicat qui déborderait les forces d'un seul aumônier.L'aumônier d'usine, facteur d'ordre et de rendement.Les grands ensembles administratifs comportent une série de services de tout ordre, social, médical, récréatif, etc.Pourquoi pas le service religieux ?Les ouvriers comme les patrons ne ressentent-ils pas des besoins ressortissant à la compétence professionnelle du psychologue, du psychiatre .et du prêtre ?Notre milieu nord-américain à la fois amateur de tolérance et d'efficacité concevrait le prêtre catholique, le pasteur protestant, le rabbin juif, comme un facteur de rendement.Un ouvrier qui a résolu ces problèmes n'en cause pas à .'.compagnie.C'est que l'homme a artificiellement décomposé pour î.n d'inventaire philosophique et psychologique, dans le concret de la vie, reconstitue son unité.On a pu formuler en langage mathématique le coefficient d'erreur et d'accident d'un ouvrier surmené, distrait, anxieux et moralement désaxé.Il n'est pas antiscientifique d'affirmer que la présence d'un prêtre au service des besoins religieux des ouvriers, maintiendra ou augmentera le rendement tout simplement humain des travailleurs.Evidemment cette optique est toute humaine.Il la faut — 242 — dépasser sans l'oublier car cet idéal d'efficience professionnelle est le seul accessible aux dirigeants internationaux des grandes concentrations industrielles neutres de mentalité mais ouverts aux méthodes progressives.La seule présence du prêtre dans un milieu d'usine rapproche la religion de la vie, le travail des six jours de l'offrande du septième à Dieu.Dans le temple de la technique où la matière est quasi-souveraine, le prêtre impose un ordre de valeurs transcendantes.Il fait songer dans un monde qui passe aux vérités qui demeurent.Il constitue un facteur d'ordre.Il prêche le culte des valeurs constantes, le goût et la valeur du travail, le sens de la discipline.Nullement inféodé au système prévalent du monde économique actuel, il prêche une continuelle révolution sociale et des moeurs et des structures sous le signe du personnalisme chrétien.La hardiesse réglée.Parler d'aumôneries d'usine nous entraîne loin des réalités pastorales immédiates.D'aucuns y voient un inoffensif passe-temps; les autres, un espoir à longue échéance.Evidemment que l'action sacerdotale d'une dizaine de prêtres dans les usines ne changera pas la face du monde.Elle pourrait se comparer avantageusement avec le rendement spirituel d'une dizaine de prêtres dans nos paroisses.Quoiqu'il en soit, le foyer, l'école, la paroisse resteront pour nos fidèles des centres de ravitaillement spirituel irremplaçables mais non exclusifs.L'ouvrier revient à son foyer, réintègre sa paroisse comme une sorte d'arrière-garde.Il les quitte pour subir l'ambiance d'avant-garde, l'usine où se livre un combat vital où s'engagent au plan des idées des réels conflits d'influence.Quelle force pour l'Eglise que de pouvoir se déployer *ur tous les fronts dans une stratégie d'offensive, la seule promise à la victoire ! Ne craignons pas les faux-pas dans notre marche en avant.Comparée aux initiatives européennes, notre pastorale s'inscrit au bilan de la prudence conservatrice plutôt qu'à celui de l'audace pionnière.Qu'elle s'inspire davantage de ce que Bossuet appelle si bien "la hardiesse réglée".— 243 — LE SERVICE K PaSPÀSATION £U MARIAGE DU CENTRE CATHÔUtlUE DE L'U&VEKSITE D'OTTAWA par le R.Père André GlJAY, O.M.I.Directeur du Centre Catholique de l'Université d'Ottawa.Le Service de Préparation au Mariage mis sur pied par Le Centre Catholique de l'Université d'Ottawa en 1944, se présente comme une formule de prolongation heureuse et une amplification inattendue de la géniale trouvaille de la J.O.C.canadienne, son Service de Préparation au Mariage, dont on a célébré cette année le 15e anniversaire.Grâce à cette collaboration intime de deux grands organismes d'apostolat, la J.O.C.et Le Centre Catholique, l'encyclique Casti Connubii, base de l'apostolat du foyer, n'est pas demeurée lettre morte mais est devenue le point de départ de la reconstruction familiale dont tous les pays de l'univers ont actuellement un si grand besoin.Pour prolonger l'initiative de la J.O.C.La diffusion du Service de Préparation au Mariage lancé par la J.O.C.en 1942 se trouvait handicapée pour plusieurs motifs.C'était la guerre.Toute la jeunesse non-mobilisée travaillait jour et nuit aux industries de guerre; impossible souvent de grouper les jeunes gens afin de les faire participer aux conférences et discussions qu'organisait le Service de Préparation au Mariage de la J.O.C.D'autre part, l'organisation d'un tel service d'une façon adéquate et avec le contrôle voulu sur tout l'enseignement ne s'avère pas possible partout.Il faut la collaboration de médecins franchement chrétiens, de psychologues, d'hommes d'affaires, etc.en mesure de donner du mariage une idée en tout point conforme à la doctrine catholique; en de tels sujets, il peut si facilement se glisser des erreurs et des imprécisions regrettables, souvent irréparables ! Enfin, bon nombre de paroisses n'ont pas la popu ation suffisante pour assurer la mise sur pied d'un Service de Préparation au Mariage par cours oraux.Au courant de ce problème, Le Centre Catholique qui avait déjà, depuis quatre ans, acquis une riche expérience dans le lancement et l'organisation des cours par correspondance sur les questions sociales, offrit à la J.O.C.sa collaboration pour prolonger de la même façon son apostolat familial.Le Service de Préparation au Mariage de la J.O.C, alors entre les mains de son Fondateur, le R.P.A.Sans- — 244 — chagrin, o.M.i.et de sa responsable, Mademoi3ëjli.e Simone Comeau, accepta avec enthousiasme et offrit à son.tour toute sa collaboration.Il fut entendu que l'ordre des leçons serait, le- même tant dans les cours oraux que dans les cours par correspondance.Le texte que rédigerait Le Centre Catholique devait aussi servir aux deux Services à la fois.Et c'est pourquoi, avant :même l'impression de la.prernière leçon du texte du Centre Catholique, la J.O.C.commandait pour l'usage de son propre Service, la respectable, quantité- -de 7000 exemplaires.Bien plus, c'est la J.O.C.elle-même- ijiir-fournit.au .Centre Catholique le texte lui-même, des deux- -premières-leçons ainsi;.-qûe celui de la cinquième leçon.■-"■ - :■■ - :.:■ "■•■'• .-;■-';:: y.- Le texte du cours élaboré par Le Centre Catholique'; et dont la préparation devait exiger deux aris de travail, 'devait ' servir de base, de manuel complet et pratique pour tous les apôtres de la préparation au mariage.Grâce à ce manuel, il devenait maintenant possible à tous les organisateurs de conférences préparatoires au mariage, de préciser leur enseignement, chose particulièrement importante quand ce sont des laïques qui donnent les cours oraux-, on éviterait également l'enchevêtrement des diverses leçons, chaque* conférencier ayant dans le texte du cours un guide sot-qui l'empêcherait'd'empiéter sur le terrain d'autrui.■"'■'"■'-■■■■-' ■-•'• .'^ ■ Enfin dernière et féconde étape:"" un Bureau était organisé au Centre même, pour assurer l'enseignement par correspondance à tous les jeunes qui se trouveraient dans "l'impossibilité dé suivre les cours oraux dans leur propre paroisse en ville.'",'"" r r r ■.■
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