L'Action française., 1 janvier 1920, Journaux, livres et revues - les "silhouettes paroissiales" du P. Louis Lalande
[" JOURNAUX, LIVRES ET REVUES LES «SILHOUETTES PAROISSIALES» DU P.LOUIS LALANDE* Tracer une silhouette de l'auteur tel qu'il apparaît dans ces trois cents pages pleines de vie serait Å\u201cuvre bien propre à tenter un critique plus habile.Il y aura bientôt un quart de siècle que le Père Ls Lalande combat d'estoc et de taille et depuis les carêmes fameux du Gesù jusqu'aux dernières pages des Silhouettes paroissiales, on retrouve la même âme d'apôtre.Que ce soit avec un ancien camarade dévoyé {Entre (amis) ou dans des conversations familières avec les jeunes (causons) le Père Lalande aime la controverse.Veut-il présenter à ses auditeurs les hommes qu'il préfère, il dresse devant eux deux lutteurs infatigables : Veuillot et de Mun.Désire-t-il donner un mot d'ordre, il fait une conférence sur la Fierté.Il ne peut souffrir la lâcheté ou les traver» dangereux et de sa plume alerte, déclare la guerre à nos défauts nationaux et exalte les vertus qui nous grandiront.On sent qu'il est de bonne race, et la figure de l'Ancien qu'il évoque au début de son livre, doit lui rappeler le vaillant Canadien qui a donné au pays une nombreuse famille et trois de ses fils à la Compagnie de Jésus : « le type fier, habillé d'étoffe du pays, muselé d'acier et taillé en force, pétri d'honnêteté, de rude franchise, de courage joyeux, dans les labeurs et la faim, sacré par tous les privilèges de la vieillesse, de la foi profonde, du travail fécond et nourricier de la race; â\u20ac\u201d un de ces anciens à qui nos mÅ\u201curs laissent peu de successeurs, un de ces humbles qui nourrissent la Patrie sans songer qu'ils sont grands patriotes, un des forts qui accomplissent tout leur long devoir héroïque, et qui riraient de s'entendre appeler des héros.» (Un Ancien, p.11).A semblable école, le P.Lalande a reçu une éducation qui ne cadre guère avec certaines théories modernes, et si M.l'abbé Perrier a trouvé dans les Silhouettes paroissiales des sujets de prônes, parents et maîtres peuvent y puiser largement de salutaires principes.Avecuntel guide, ce 1 1 Vol.1-16, 300 pages.Imprimerie du Messager, Montréal, 75 sous, (par la poste, 85 sous.) Distributeur pour le commerce: Service de Librairie de L'Action Française, 32, Immeuble de Sauvegarde, Montréal. l'action française 39 n'est pas en serre chaude qu'ils élèveront leurs enfants, et ils apprendront à en faire des hommes.Relisez Un fils à papa, (p.119) et Les conseilleurs, (p.76) vous verrez comment l'auteur entend les devoirs des parents.L'égoïsme et la faiblesse des chefs de famille, n'est-ce pas la grande plaie de l'heure présente ?Si l'on a tant de bouches molles et de cÅ\u201curs veules, c'est que dans la conduite comme dans le langage on a laissé l'enfant se former seul et on ne l'a pas redressé.Le brillant causeur dénonce avec énergie le manque d'idéal des apathiques et des lâches qui gardent notre âme coloniale, défiante d'elle-même et soumise.11 comprend la grandeur de notre peuple, et cherche à lui inspirer un légitime orgueil et une louable ambition.Le Canadien doit sans doute porter les yeux plus haut que l'or et les biens d'ici-bas : il est à plaindre le père de famille qui, « à travers une éducation et des conseils tout humains ne fait pas briller un rayon de soleil, car, dit le P.Lalande à un brave Ã\u2030cossais qui lui expose une théorie terre à terre : « A travers ces industries mercantiles, oes moyens habiles de faire de l'argent et de vivre à l'aise, toutes ces vertus naturelles enfin, il devrait passer un souffle surnaturel et des rayons d'Ã\u2030vangile.» (Gros bon sens, p.174).Ces conseils et bien d'autres que les parents pourront glaner sont de nature à faire réfléchir et à faire mieux comprendre l'importance de l'éducation familiale.Le P.Lalande s'adresse aussi directement aux jeunes.Depuis les heures déjà lointaines où il enseignait la philosophie, il en a suivi plusieurs et s'est donné avec amour à leur formation.Dans Nu-peids, p.28, il esquisse presque avec une gamine malice la silhouette de trois gosses de douze ou treize ans.« Ils allaient,déchaussés jusqu'aux genoux, se chamaillant pour deux tranches volées à la devanture de l'épicerie du coin, sales, effrontés, baragouinant des grossièretés, le museau barbouillé et la tête en fourmilière, la chemise en loques frissonnantes au vent, des culottes fin-de-canicule, aussi peu décentes que peu confortables pour l'hiver.» A peine le croquis achevé, le ton se hausse : le moraliste cherche l'âme sous la repoussante enveloppe, et il en profite pour tirer de cette scène de la rue une mâle leçon de fierté nationale.A l'adolescent de vingt ans, il veut donner un modèle.Les quatre ou cinq pages intitulées Un jeune, (p.35), constituent presque'un programme de vie et un cours de politesse.1 Ce qu'il détestera de toute p Dans Soldais, page 112, il exalte ceux qui savent défendre leur foi et vivre leurs principes. 40 l'action française son âme chez le jeune homme et partout, c'est tout ce qui, de près ou de loin, dénote un manque de caractère.On reconnaîtra en effet au P.Lalande, le courage de ses idées et rien ne lui déplaît autant qu'un acte de couardise.On sent que tout se révolte en lui.Dans Bouches molles, il stigmatise le défaut d'articulation, parce que selon la belle parole de Liebnitz qu'il cite : « Entre la langue et le caractère d'un peuple, il y a la même relation mystérieuse qu'entre la lune et la mer ».Plus encore que l'anglicisme, il faut combattre la mollesse des lèvres.« Apprenons aux enfants, aux éducateurs, surtout aux très puissantes éducatrices que sont les mères de famille, à faire vibrer sur les lèvres canadiennes les fermes syllabes ».En quelques pages, le Père campe devant nous « le courageux » (p.126.) flagelle l'égoïste élevé chez soi à l'abri de tout effort, dans un nid confortable, sans autre bien que l'argent.Où le ton s'élève jusqu'à l'indignation, c'est en présence des apathiques et des nonchalants, des gens qui se laissent vivre et n'ont pas le courage de penser par eux-mêmes.« Le flegmatique (Kondiarontk, p.250), c'est l'être sans transparence, sans sentiments mis dehors.son âme est ce qu'elle est, c'est à vous de la chercher, mais vous ne trouverez jamais, si vous attendez pour la découvrir le regard révélateur de son Å\u201cil, un froncement de son sourcil, un épanouissement de joie dans sa physionomie, un frisson de son être ému.Le flegme est un mur, l'homme est derrière, allez-y voir si vous pouvez ».Lisez ailleurs (Le quatrième, p.163) le portrait du lymphathique : « Ses deux yeux bleus sont tendres avec des regards alanguis.Ses attitudes ont toujours l'air de demander un appui : debout, on voit bien qu'il veut s'asseoir; et assis, qu'il voudrait se coucher.Sa démarche traîne, elle flageole comme celle d'une fillette anémique.Deux épaules lourdes et bien nourries portent sa tête mal assurée couverte d'une chevelure plus soyeuse qu'une filasse et séparée, au centre, par une impeccable raie.Dans ce cadre, une physionomie sans oui ni non, illisible.» Plus loin, (p.209), se dessine le « timide » sous toutes ses formes, et il y a là un véritable traité pour guérir ce pitoyable défaut.Le père Lalande ne reste pas toujours dans le genre sérieux et son esprit satirique aime à peindre nos travers.Vous voyez d$filer devant vous toute une série de ridicules que vous reconnaissez pour les avoir souvent aperçus.chez les autres, et peut-être même découverts un l'action française 41 peu.chez vous.Voici l'égoïste odieux (Je.moi 107), l'incorrigible bavard qui se grise de mots (L'homme gui parle et l'homme.p.191), le neurasthénique (p.53).Avec allégresse, l'auteur raille ceux qui sont atteints de dénigromanie.Souvent le ton est encore plus léger (Un record p.256; Les crampons en l'air, p.170; Le piano, p.110).Il arrive même que le trait est un peu forcé et que la silhouette devient une charge.Ce ne sont pas les endroits qui plaisent le mieux, ce ne sont d'ailleurs que de rares morceaux et le Père se retrouve chez lui dans des sujets plus graves.Il y a, au début du livre, de fort belles pages sur la responsabilité de l'écrivain et du lecteur, (p.14), sur le roman contemporain dans lequel, sous prétexte d'art, tant d'âmes se déflorent.(Liseuses, p.19), Et quand il s'agit de Veuillot, l'auteur ne peut se lasser de glorifier le grand polémiste dont « l'Å\u201cuvre, comme toutes les Å\u201cuvres de foi, de justice, de vérité et de grand art, n'a rien perdu, ni de ses leçons profondes ni de ses beautés.» (p.99) Parmi les morceaux les mieux réussis, il faut compter, me semble-t-il, ceux que le P.Lalande a consacrés à ses deux frères en S.Ignace : Le P.Rottot (p.65) et le P.Durocher (p.150).Le premier nous offre une admirable leçon de bonté et de charité et l'on ne peut s'incliner sans émotion devant « l'apôtre dévoué jusqu'à l'héroïsme discret, jusqu'à se faire complice dans son corps, et sans rien dire, de la maladie qui le tuait, oublieux de lui-même jusqu'aux excès de la faim, humble et fatigué jusqu'à l'épuisement, constant jusqu'à l'agonie.» et donnant toute sa vie sans compter.L'hommage rendu au vaillant lutteur théologique que fut le P.Durocher n'est pas moins touchant, et tous ceux qui l'ont connu, savent quelle passion de la vérité anima toujours l'excellent professeur, et nul ne sera surpris de sa réponse à la mort qui frappait à sa porte : « Je vais enfin contempler ce qu'il y a de plus grand et de plus splendide, l'essence divine.» A côté de ces portraits, l'auteur des Silhouettes nous en montre d'autres pleins de charme; Mlle Anne-Marie (p.224); Suzanne (p.234) que le devoir présent prive des joies du Carmel, et surtout Mon vieux curé, p.56, dont « la gloire ne claque pas augrand vent de la célébrité; tout au plus est-elle comme la bannière qu'on porte avec respect aux jours de procession, ou qui ondoie doucement dans l'ombre du sanctuaire, sous les yeux de la madone, quand on ouvre les fenêtres de l'église ». 42 l'action FRANÃ\u2021AISE Il y a enfin dans les Silhouettes paroissiales, quelques articles que chacun devrait méditer.Le féminisme (p.197) la mode (p.217) le dévouement des SÅ\u201curs de la Providence, voilà des sujets que l'auteur traite avec bonheur, et il touche à la haute éloquence dans Joyeuse vieillesse, ou il célèbre des SÅ\u201curs jubilaires.On l'aura constaté dans cette analyse un peu confuse et forcément incomplète, la variété des sujets ne manque pas.Le style est alerte, les images surgissent nombreuses et la phrase est originale.Le lecteur parcourra avec agrément ces pages pleines d'entrain où souvent le sourire fait place à l'émotion, d'où le rire lui-même n'est pas absent.Nul ne fermera ce livre sans y trouver matière à sérieux examen.N'est-ce pas le plus bel éloge que l'on puisse décerner à l'auteur dont la personne apparaît vivante presque à chaque ligne î II y est tout entier le prêtre au physique robuste, à la haute stature, fier de sa race et heureux de lui faire honneur.Il a puisé au foyer paternel les sentiment de dignité qui lui sont chers, et la droiture qui ne peut souffrir une vilenie ou une injustice.Il rêve une jeunesse forte, au langage bien articulé, à l'âme franche et haute, soucieuse de se distinguer dans un tournoi athlétique aussi bien que dans une joute intellectuelle.Comme les « Anciens », avec plus de conscience de ses sentiments,il aime la patrie et l'Ã\u2030glise et ne peut souffrir qu'on les raille ou les dédaigne.Aussi n'a-t-il pas assez de mépris pour le Canadien qui rougit de n'être pas Américain, pour le lâche qui dissimule ses croyances-, pour l'apathique, sans autre idéal que de servir.Avant tout, c'est un apôtre : apôtre de la langue qu'il aime et qu'il défend, de la race dont il dénonce les défauts et encourage les aspirations, de la parole de Dieu qu'il a fait retentir à travers tout le continent.Aussi mérite-t-il d'avoir un jour, non pas une simple silhouette, mais un portrait fièrement tracé et digne du religieux qui occupe un si noble rang parmi les fils de Loyola.Alphonse de GrtANDPRÃ\u2030, C.S.V.RETARDS ^ar suite d'une série de contretemps, dont - nous nous excusons auprès de nos lecteurs, cette livraison de l'Action française est de plusieurs jours en retard.Pareillement, nous sommes contraints de remettre à février la chronique de M.Héroux sur les groupes extérieurs.Elle paraîtra en même temps que celle de M.l'abbé Maurault sur le mouvement artistique."]
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